Ch4 1 EstimationNonParametrique
Ch4 1 EstimationNonParametrique
Introduction
Dans tout ce chapitre, on considère le modèle d’échantillonnage en dimension 1, autrement dit
on dispose d’un échantillon (X1 , . . . , Xn ) de variables aléatoires réelles i.i.d. de loi inconnue PX .
Contrairement au Pile ou Face du Chapitre 1 et au modèle linéaire gaussien du Chapitre 2, la loi
PX n’est plus supposée indexée par un paramètre θ fini-dimensionnel, si bien que l’on se situe dans
un cadre non paramétrique. La loi PX étant caractérisée par la fonction de répartition associée,
c’est cette fonction F que l’on va estimer à partir de sa version empirique Fn . Dans ce contexte,
des équivalents de la loi des grands nombres et du théorème central limite sont donnés par les
Théorèmes de Glivenko-Cantelli et de Kolmogorov-Smirnov.
Ses propriétés découlent directement de la loi des grands nombres et du théorème central limite.
Puisque la variance σ 2 des Xi apparaît dans le résultat de normalité asympotique, il est naturel
de chercher à l’estimer à son tour. Ici, les choses se compliquent un peu en raison du biais de la
variance empirique.
59
60 Chapitre 3. Estimation non paramétrique
Puisque E[Y 2 ] = Var(Y ) + E[Y ]2 pour toute variable aléatoire de carré intégrable, la moyenne du
premier terme est triviale :
" n #
1X 2
E Xi = E[X12 ] = Var(X1 ) + E[X1 ]2 = σ 2 + µ2 .
n
i=1
Le second est à peine plus difficile si l’on tient compte du fait que la variance de la somme de
variables indépendantes est égale à la somme des variances :
n
!
1 X 1 σ2
2 2
E[X̄n ] = Var(X̄n ) + E[X̄n ] = 2 Var Xi + E[X1 ]2 = Var(X1 ) + E[X1 ]2 = + µ2 ,
n n n
i=1
σ̂n2 n−1 1 P
= = 1 − −−−→ 1,
ŝ2n n n n→∞
P P
σ̂n2 −−−→ σ 2 et ŝ2n −−−→ σ 2 .
n→∞ n→∞
Si l’on suppose de plus l’existence d’un moment d’ordre 4 pour les Xi , alors il y a aussi normalité
asymptotique :
√ L √ L
n(σ̂n2 − σ 2 ) −−−→ N (0, v 2 ) et n(ŝ2n − σ 2 ) −−−→ N (0, v 2 ),
n→∞ n→∞
Preuve. Pour la convergence, on part de la formule (3.1) à laquelle on applique deux fois la loi
des grands nombres :
n
1X 2 P
σ̂n2 = Xi − X̄n2 −−−→ E[X12 ] − E[X1 ]2 = Var(X1 ) = σ 2 .
n n→∞
i=1
Par la remarque ci-dessus et le Théorème de Slutsky, le même résultat s’applique à ŝ2n . Pour la
normalité asymptotique, on bidouille un peu en considérant les variables i.i.d. centrées Yi = (Xi −µ)
et en notant que
n n n
1X 1X 1X 2
σ̂n2 = (Xi − X̄n )2 = (Yi − Ȳn )2 = Yi − Ȳn2 = Yn2 − Ȳn2 .
n n n
i=1 i=1 i=1
Par la loi des grands nombres, Ȳn tend en probabilité vers 0. De plus, le TCL appliqué aux variables
Yi de moyenne nulle et de variance σ 2 donne
√ L
n Ȳn −−−→ N (0, σ 2 ),
n→∞
Quant à l’estimateur sans biais, tout le travail a déjà été fait ou presque, vu que
√ √ 2 √ 1 √
n(ŝ2n − σ 2 ) = n(ŝn − σ̂n2 ) + n(σ̂n2 − σ 2 ) = √ ŝ2n + n(σ̂n2 − σ 2 ).
n
Il suffit donc d’invoquer la convergence de ŝ2n et Slutsky pour le premier terme, et la normalité
asymptotique de σ̂n2 pour le second.
Si X1 , . . . , Xn sont des variables aléatoires i.i.d., on appelle loi empirique de l’échantillon (X1 , . . . , Xn )
la fonction de ω ∈ Ω définie par
n n n
1X 1X 1X
νn = δXi =⇒ νn (ω) = δXi (ω) = δxi .
n n n
i=1 i=1 i=1
Ainsi, la loi empirique νn de l’échantillon (X1 , . . . , Xn ) est une probabilité aléatoire : à chaque
ω ∈ Ω sont associées de nouvelles réalisations (x1 , . . . , xn ), donc une nouvelle mesure de probabilité.
On peut voir νn comme une application de l’espace mesurable (Ω, F) dans l’ensemble des mesures
de probabilité à support fini 1 sur la droite réelle. Les quantités associées à la mesure νn sont donc
des variables aléatoires, dites empiriques. Par exemple, pour tout borélien A, la quantité
n n
1X 1X |{i ∈ {1, . . . , n}, Xi ∈ A}|
νn (A) = δXi (A) = 1A (Xi ) =
n n n
i=1 i=1
est appelée fréquence empirique de l’ensemble A. En l’occurrence, puisque les Xi sont i.i.d. de loi
PX , c’est une variable aléatoire de loi connue :
loi binomiale de paramètres n et PX (A) = P(X1 ∈ A). On peut aussi noter que, si la loi PX des
Xi n’a pas d’atome, alors presque sûrement les Xi sont distincts et νn n’est rien d’autre que la
mesure uniforme sur ces n points aléatoires.
Notation. Dans ce qui suit, Eν [ϕ(Z)] correspond à l’espérance de la variable aléatoire ϕ(Z) lorsque
Z a pour loi ν. Comme dans les intégrales dans le cours d’analyse, ceci permet de voir Z comme
une variable (aléatoire) muette, puisque dans ce cas Eν [ϕ(Z)] = Eν [ϕ(T )]. Ceci étant, si on écrit
E[ϕ(Z)] au lieu de Eν [ϕ(Z)], c’est qu’il n’y a aucune ambiguïté sur la loi de Z.
Considérons des réalisations (x1 , . . . , xn ), la loi empirique νn des xi et une variable aléatoire Y de
loi νn . Ainsi Y prend les valeurs xi avec les probabilités 1/n, donc par définition de l’espérance et
par le Théorème de Transfert, on a pour toute fonction ϕ
n
X n
1 1X
Eνn [ϕ(Y )] = ϕ(xi ) × = ϕ(xi ).
n n
i=1 i=1
En particulier, la moyenne empirique peut se voir comme une espérance empirique, puisqu’il suffit
de prendre ϕ(y) = y :
n
1X
Eνn [Y ] = Xi = X̄n ,
n
i=1
1.00 1.00
0.75 0.75
0.50 0.50
0.25 0.25
0.00 0.00
−5 0 −5 0 5
Figure 3.1 – En bleu : deux réalisations de F20 avec X1 , . . . , X20 i.i.d. selon une loi de Cauchy.
En rouge : fonction de répartition de la loi de Cauchy.
C’est une fonction (aléatoire !) en escalier qui ne présente des sauts qu’aux X(i) , ces sauts étant
tous égaux à 1/n si les Xi sont distincts (cf. Figure 3.1). Dans le cas général, l’amplitude des sauts
est toujours un multiple de 1/n, le multiple en question correspondant au nombre de points de
l’échantillon empilés au même endroit.
Preuve. Dans tous ces résultats, il importe de garder en tête que x est un réel fixé. Ainsi nFn (x)
représente tout bonnement le nombre de points de l’échantillon qui tombent à gauche de x :
n
X n
X
nFn (x) = 1]−∞,x](Xi ) = Yi ,
i=1 i=1
d’où la loi binomiale pour leur somme. De la même façon, la loi des grands nombres appliquée aux
variables Yi assure que
n
1X p.s.
Fn (x) = Yi −−−→ E[Y1 ] = F (x),
n n→∞
i=1
tandis que le TCL donne
√ L
n (Fn (x) − F (x)) −−−→ N (0, Var(Y1 )) = N (0, F (x)(1 − F (x))).
n→∞
Ainsi, pour tout réel x, il existe un ensemble Ω0 (x) de probabilité 1 tel que, pour tout ω ∈ Ω0 (x),
pour toute suite de réalisations x1 = X1 (ω), x2 = X2 (ω), . . . , on a
n n
1X X i
1]−∞,x](xi ) = 1 (x) −−−→ F (x).
n n [x(i) ,x(i+1) [ n→∞
i=1 i=1
A priori, ceci n’assure même pas la convergence simple de Fn vers F de façon presque sûre, car
Ω0 (x) dépend de x, or une intersection non dénombrable d’ensembles de probabilité 1 n’est pas
nécessairement de probabilité 1. En fait, de façon presque sûre, il y a bien convergence simple et
même mieux : convergence uniforme, comme nous le verrons plus loin avec Glivenko-Cantelli.
Si F est inversible, il est clair que cette fonction quantile coïncide avec l’inverse classique de F
(avec les conventions évidentes aux limites). A contrario, considérons une variable aléatoire X
discrète à valeurs dans l’ensemble fini {x1 < · · · < xm } avec probabilités (p1 , . . . , pm ). Il est facile
de vérifier que pour tout u ∈]0, 1[,
x1 si 0 < u ≤ p1
x2 si p1 < u ≤ p1 + p2
F −1 (u) = ..
.
xm si p1 + · · · + pm−1 < u ≤ 1
c’est-à-dire
m
X
F −1 (u) = xk 1p1 +···+pk−1 <u≤p1 +···+pk . (3.2)
k=1
Si l’ensemble des valeurs prises par la variable discrète X n’est pas fini, il suffit de remplacer
cette somme par une série. Quoi qu’il en soit, outre que, tout comme F , cette fonction quantile
est croissante et en escalier, on notera que, contrairement à F , elle est continue à gauche. Ces
propriétés sont en fait toujours vraies.
Convention : dans toute la suite, nous conviendrons que F (−∞) = 0 et F (+∞) = 1 afin de
définir sans ambiguïté la fonction composée F ◦ F −1 sur [0, 1].
Propriétés 1
Soit F une fonction de répartition et F −1 son inverse généralisée. Alors :
1. Valeur en 0 : F −1 (0) = −∞.
2. Monotonie : F −1 est croissante.
Supposons maintenant F continue. Alors, pour tout u ∈]0, 1] et pour tout ε > 0, on a, toujours
par (3.3),
F −1 (u) − ε < F −1 (u) =⇒ F (F −1 (u) − ε) < u.
Etant donné que u ∈]0, 1] et que F est supposée continue, le passage à la limite lorsque ε → 0
donne (F ◦ F −1 )(u) ≤ u. Au total, on a donc prouvé que, pour tout u ∈]0, 1], (F ◦ F −1 )(u) = u.
Avec les conventions prises pour F et F −1 , ceci est encore vrai pour u = 0. Supposons F non
injective, ce qui signifie qu’il existe x′0 < x0 tels que F (x′0 ) = F (x0 ) = u0 , donc
Dans le même ordre d’idée, si F est injective, alors quel que soit le réel x, il n’existe pas de réel
x′ < x tel que F (x′ ) = F (x), donc
1. Si X suit une loi uniforme sur [0, 1], alors sa fonction de répartition F est continue mais
pas injective. De fait, on a
F(x) F−1(u)
1.00 4
0.75 2
0.50 0
0.25 −2
0.00 −4
−4 −2 0 2 4 0.00 0.25 0.50 0.75 1.00
Maintenant qu’on a défini l’inverse d’une fonction de répartition en toute généralité, on peut passer
aux quantiles.
Définition 24 (Quantiles)
Soit F une fonction de répartition et p un réel de [0, 1]. On appelle quantile d’ordre p, ou p-quantile,
de F
xp = xp (F ) = F −1 (p) = inf{x ∈ R : F (x) ≥ p} ∈ R.
On le note aussi qp (penser aux intervalles de confiance). x1/2 est appelé médiane de F , x1/4 et
x3/4 étant ses premier et troisième quartiles.
Remarque. On a toujours x0 = −∞, tandis que x1 est la borne supérieure du support (éventuel-
lement +∞).
On peut ainsi définir les quantiles empiriques, lesquels se déduisent des statistiques d’ordre.
Avec la convention X(0) = −∞, le quantile xp (n) coïncide nécessairement avec l’une des statistiques
d’ordre :
i−1 i
xp (n) = X(i) ⇐⇒ <p≤ ⇐⇒ np ≤ i < np + 1 ⇐⇒ xp (n) = X(⌈np⌉)
n n
où ⌈x⌉ est la partie entière par excès de x, i.e. le plus petit entier supérieur ou égal à x.
Exemple. La médiane empirique dépend de la parité de n : x1/2 (n) = X(n/2) si n est pair et
x1/2 (n) = X((n+1)/2) sinon.
Si p ∈]0, 1[ est fixé, il en va de même pour le p-quantile xp = F −1 (p), que l’on peut chercher à
estimer. Disposant d’un échantillon (X1 , . . . , Xn ) i.i.d. selon F , que dire du p-quantile empirique
xp (n) ? Sans prendre de précautions, ça peut mal se passer...
Preuve. Pour le premier point, fixons p ∈]0, 1[ et ε > 0. Comme très souvent pour montrer une
convergence presque sûre, on va établir une inégalité de concentration du type
Ainsi
P(xp (n) ≤ xp − ε) = P(Sn − E[Sn ] ≥ ⌈np⌉ − nF (xp − ε)) ≤ P(Sn − E[Sn ] ≥ n(p − F (xp − ε))).
terme général d’une série convergente. Le second terme de l’équation (3.4) se traite de façon
comparable :
n
!
X
P(xp (n) ≥ xp + ε) = P(X(⌈np⌉) ≥ xp + ε) = P(nFn (xp + ε) ≤ ⌈np⌉) = P 1Xi ≤xp +ε ≤ ⌈np⌉
i=1
et
P(xp (n) ≥ xp + ε) = P(Sn − E[Sn ] ≤ ⌈np⌉ − nF (xp + ε)) ≤ P(Sn − E[Sn ] ≤ n(p − F (xp + ε)) + 1).
la dernière inégalité étant vraie pour tout n ≥ n0 = n0 (p, ε). On peut donc à nouveau appliquer
Hoeffding pour n ≥ n0 :
2(n(F (xp + ε) − p) − 1)2
P(xp (n) ≥ xp + ε) ≤ P(Sn − E[Sn ] ≤ n(p − F (xp + ε)) + 1) ≤ exp −
n
ce qui donne encore une série convergente. Le premier point est donc établi.
Le second revient à montrer que pour tout réel x
!
√ f (xp )
P( n(xp (n) − xp ) ≤ x) −−−→ Φ p x ,
n→∞ p(1 − p)
et en tenant compte du fait que les sauts de la fonction de répartition empirique sont d’amplitude
au moins 1/n, ceci s’écrit encore
√ √ √ ⌈np⌉ − 1
P( n(xp (n) − xp ) ≤ x) = P nFn (xp + x/ n) ≥ ⌈np⌉ = P Fn (xp + x/ n) > ,
n
c’est-à-dire
√ √ ⌈np⌉ − 1
P( n(xp (n) − xp ) ≤ x) = 1 − P Fn (xp + x/ n) ≤ = 1 − Gn (yn ),
n
et
√ ⌈np⌉ − 1 √
yn = n − F (xp + x/ n) .
n
Par définition de la partie entière par excès et d’après l’hypothèse sur F , il est clair que
√ √ x √
yn = n p + o(1/ n) − F (xp ) + f (xp ) √ + o(1/ n) −−−→ −f (xp )x.
n n→∞
Par ailleurs,
√ √ √ √
Yn − Zn = n(Fn (xp + x/ n) − Fn (xp )) − n(F (xp + x/ n) − F (xp )),
δn (1 − δn )
P (|Yn − Zn | ≥ c) ≤ −−−→ 0,
ε2 n→∞
c’est-à-dire que (Yn − Zn ) tend en probabilité vers 0. Au total, par le Lemme de Slutsky,
L
Yn = Zn + (Yn − Zn ) −−−→ N (0, p(1 − p)).
n→∞
Autrement dit, la suite de fonctions de répartition (Gn ) converge simplement vers la fonction de
répartition de la loi N (0, p(1 − p). D’après la Proposition 2, cette convergence est uniforme. En
particulier,
! !
√ f (xp ) f (xp )
P( n(xp (n) − xp ) ≤ x) = 1 − Gn (yn ) −−−→ 1 − Φ − p x =Φ p x ,
n→∞ p(1 − p) p(1 − p)
0.3
0.0
0.75
0.2 −0.5
0.50
0.1 −1.0
0.25
−1.5
0.0
−5.0 −2.5 0.0 2.5 5.0 −5.0 −2.5 0.0 2.5 5.0 0 250 500 750 1000
Exemples :
1.00
0.75
0.50
0.25
0.00
0 2500 5000 7500 10000
Figure 3.4 – Oscillation de la médiane empirique pour des variables de Bernoulli B(1/2).
0.3 0.75
0.5
0.2 0.50
0.0
0.1 0.25
−0.5
0.0 0.00
−2 0 2 4 −2 0 2 4 0 250 500 750 1000
0.20 1.00
1
0.15 0.75
0
0.10 0.50 −1
0.05 0.25 −2
−3
0.00 0.00
−5.0 −2.5 0.0 2.5 5.0 −5.0 −2.5 0.0 2.5 5.0 0 250 500 750 1000
Figure 3.6 – Densité d’un mélange équiprobable de gaussiennes, fonction de répartition et médiane
empirique.
donc
p p !
p(1 − p) p(1 − p)
P p − Φ−1 (1 − α/2) √ ≤ Fn (xp ) < p + Φ−1 (1 − α/2) √ −−−→ 1 − α.
n n n→∞
Noter que cet intervalle s’obtient très facilement en pratique : si on définit p+ et p− par
p
± −1 p(1 − p)
p = p ± Φ (1 − α/2) √ ,
n
l’intervalle de confiance s’écrit tout simplement [X(⌈np− ⌉) , X(⌈np+ ⌉) ], et l’affaire est entendue.
Exemple. Lorsque F est continue en la médiane, un intervalle de confiance à 95% pour celle-ci
√ √
est, à peu de choses près, complètement défini par les statistiques d’ordres n/2 − n et n/2 + n.
Autrement dit, si n = 104 , il y a environ 95% de chances que la médiane se situe dans l’intervalle
[X(4900) , X(5100) ].
Dans cette section, nous précisons ce point, d’abord en montrant que la convergence de Fn vers F a
même lieu au sens de la norme infinie, ensuite en précisant la vitesse à laquelle cette convergence a
lieu. Une idée clé pour prouver ces résultats est de se ramener à la loi uniforme grâce à la propriété
suivante.
Preuve. Soit X = F −1 (U ) et x réel fixé, alors d’après le résultat d’équivalence des Propriétés 1,
la fonction de répartition de X se calcule facilement :
la dernière égalité venant de ce que, pour tout u ∈ [0, 1], P (U ≤ u) = u. Le premier point est donc
établi. On l’applique pour le second : la variable Y = F −1 (U ) a même loi que X, donc la variable
F (X) a même loi que F (Y ) = (F ◦ F −1 )(U ). Or F est continue, donc par le dernier point des
Propriétés 1, F ◦ F −1 = Id, donc F (Y ) = U et F (X) est de loi uniforme sur [0, 1].
A propos du second point, il est clair que si X présente un atome en x0 , la variable F (X) va hériter
d’un atome en F (x0 ), donc ne sera certainement pas distribuée selon une loi uniforme...
Application : méthode d’inversion en Monte-Carlo. Supposons que l’on dispose d’un gé-
nérateur aléatoire de variables uniformes 3 . Par exemple, en R, une réalisation est donnée via la
commande u=runif(1). Alors, si la fonction de répartition F est facilement inversible, on déduit
du résultat précédent une méthode basique pour générer une variable de fonction de répartition
F.
Exemple : simulation d’une variable exponentielle. On veut générer une variable X selon
la loi exponentielle de paramètre 1. Pour tout x > 0, F (x) = 1 − e−x , il s’ensuit que pour tout
u ∈]0, 1[, F −1 (u) = − log(1 − u). Ainsi la commande x=-log(1-runif(1)) donne une réalisation
d’une variable exponentielle. Puisque U a la même loi que 1 − U , on peut même aller plus vite par
x=-log(runif(1)). La fonction rexp de R est implémentée de cette façon.
Théorème 12 (Glivenko-Cantelli)
Soit (Xn )n≥1 des variables i.i.d. de fonction de répartition F , alors
p.s.
kFn − F k∞ = sup |Fn (x) − F (x)| −−−→ 0.
x∈R n→∞
Preuve. D’après le Lemme 3, si U est uniforme sur [0, 1], F −1 (U ) a même loi que X. Dès lors,
considérant une suite (Un ) i.i.d. de variables uniformes sur [0, 1] et
n
1X
Hn (x) = 1F −1(Ui )≤x ,
n
i=1
les suites de variables aléatoires (kFn − F k∞ ) et (kHn − F k∞ ) ont même loi. Il en découle
l’équivalence suivante :
p.s. p.s.
kFn − F k∞ −−−→ 0 ⇐⇒ kHn − F k∞ −−−→ 0.
n→∞ n→∞
Il reste à montrer que ce majorant tend presque sûrement vers 0. Soit N un entier naturel fixé
(non nul). On partitionne comme suit :
kGn − Gk∞ = sup sup |Gn (u) − G(u)| = sup sup |Gn (u) − u|.
j
0≤j≤N −1
N
≤u≤ j+1
N
0≤j≤N −1 j
N
≤u≤ j+1
N
la dernière égalité tenant compte de Gn (0) = 0 et Gn (1) = 1. Bref, on s’est ramené à la majoration
1
kGn − Gk∞ ≤ + max |Gn (j/N ) − j/N |.
N 1≤j≤N −1
Remarque. Les fonctions Fn étant croissantes, la preuve utilise bien sûr des arguments compa-
rables à celle du deuxième théorème de Dini, mais il faut noter qu’ici on n’a même pas supposé la
fonction limite F continue ! Il n’y a en fait aucune hypothèse sur celle-ci.
En gros ceci signifie que, lorsque sa taille croît, l’échantillon (X1 , . . . , Xn ) permet de reconstruire la
fonction F , donc la loi PX , ce qui était bien l’objectif annoncé en introduction. On veut maintenant
donner un équivalent du Théorème Central Limite, c’est-à-dire préciser la vitesse à laquelle cette
convergence a lieu. Nous nous contenterons de donner deux résultats en ce sens, résultats que nous
admettrons.
Mentionnons simplement qu’en équation (3.5), si on avait supposé F continue, cette inégalité
devenait une égalité puisqu’alors ]0, 1[⊆ F (R), d’où
n n
1X 1X
kHn − F k∞ = sup 1Ui ≤F (x) − F (x) = sup 1Ui ≤u − u = kGn − Gk∞ .
x∈R n u∈[0,1] n
i=1 i=1
√
Puisque kHn − F k∞ a même loi que kFn − F k∞ , étudier la convergence en loi de nkFn − F k∞
√
revient à étudier celle de nkGn −Gk∞ . Cette idée est à l’œuvre dans la preuve du résultat suivant
(admis).
Théorème 13 (Kolmogorov-Smirnov)
Soit (Xn )n≥1 des variables i.i.d. de fonction de répartition continue F , alors
√ L
nkFn − F k∞ −−−→ K,
n→∞
Une autre façon d’énoncer ce résultat est de dire que, pour tout c > 0,
+∞
X
√ 2 2
P nkFn − F k∞ ≥ c −−−→ 2 (−1)k+1 e−2k c .
n→∞
k=1
Les quantiles de cette loi sont connus, par exemple P(K ≥ 1.22) ≈ 0.1 et P(K ≥ 1.36) ≈ 0.05. Par
ailleurs, la fonction Fn étant constante sur les intervalles ]X(j−1) , X(j) [ et la fonction F croissante
et continue, la distance maximale entre Fn et F ne peut être atteinte qu’en l’un des Xj , c’est-à-dire
j−1 j
kFn − F k∞ = max max F (X(j) ) − , F (X(j) ) − . (3.6)
1≤j≤n n n
En pratique, ceci signifie que, étant donné l’échantillon (X1 , . . . , Xn ) et la fonction F , le calcul
effectif de kFn − F k∞ par logiciel est très rapide : il suffit d’ordonner l’échantillon et de prendre le
maximum des 2n valeurs de la formule (3.6).
Application : test de Kolmogorov-Smirnov. Considérons un échantillon (X1 , . . . , Xn ), les Xi
étant i.i.d. de fonction de répartition inconnue F , et une fonction de répartition continue donnée
F0 . On veut tester
H0 : F = F0 contre H1 : F 6= F0 .
Par l’inégalité triangulaire,
kF − F0 k∞ ≤ kF − Fn k∞ + kFn − F0 k∞ .
Ainsi, supposons n “assez” grand et une réalisation (x1 = X1 (ω), . . . , xn = Xn (ω)) de l’échantillon.
√
si H0 n’est pas vraie, la statistique de test nkFn (ω) − F0 k∞ prendra des valeurs anormalement
grandes par rapport à la loi de Kolmogorov-Smirnov. La procédure de test est donc naturelle : il
suffit de fixer par exemple le niveau α = 5%, de calculer la statistique de test grâce à la formule
(3.6) et de comparer au quantile de la loi de Kolmogorov-Smirnov :
√ −1
K(ω) := nkFn (ω) − F0 k∞ ≶ FK (1 − α) = 1.36
pour décider si l’on accepte ou rejette H0 . D’après le Théorème de Kolmogorov-Smirnov, ceci donne
un test de niveau asymptotique α.
Si on regarde les preuves dans le détail, il ressort que nous avons fait deux hypothèses superflues
dans la présentation de ce test. Tout d’abord, il reste de niveau asymptotique α même si on
ne suppose pas F0 continue (par contre, on n’a plus la convergence en loi vers une variable de
Kolmogorov-Smirnov). Ensuite, on n’a pas besoin de recourir à l’asymptotique. En effet, on a vu
que
√ L √
nkFn − F k∞ = nkGn − Gk∞ =: Kn ,
où la variable aléatoire Kn s’écrit donc
n
√ √ 1X
Kn = nkGn − Gk∞ = n sup 1Ui ≤u − u .
u∈[0,1] n
i=1
Par conséquent, même dans un cadre non asympotique (e.g. n < 50), on peut appliquer exactement
la même procédure de test : il suffit d’utiliser les quantiles de Kn et non ceux de K. Même si
on n’a plus de forme explicite pour la fonction de répartition de Kn , rien n’empêche d’évaluer
numériquement ses quantiles, typiquement par méthode Monte-Carlo. Par exemple, pour n = 20,
on a P(K20 ≥ 1.18) ≈ 0.1 et P(K20 ≥ 1.31) ≈ 0.05.
Il existe une autre façon, encore plus simple, de construire un test non asymptotique de niveau α
sans hypothèse de régularité sur F . Elle est basée sur l’inégalité suivante, aussi facile à énoncer
que difficile à prouver.
En 1956, Dvoretzky, Kiefer et Wolfowitz ont montré ce résultat, mais sans préciser la constante
devant l’exponentielle. Dès 1958, Birnbaum et McCarty ont conjecturé que la constante optimale
valait 2. Finalement, Massart l’a démontré en 1990.
Remarque : lien avec Hoeffding. Supposons x fixé et revenons à l’écriture de Fn (x) comme
somme de variables de Bernoulli :
n n
1X 1X
Fn (x) = 1]−∞,x](Xi ) = Yi .
n n
i=1 i=1
Puisque les variables Yi sont indépendantes et comprises entre 0 et 1, avec E[Fn (x)] = F (x),
l’inégalité de Hoeffding donne
√ 2
P n|Fn (x) − F (x)| ≥ c ≤ 2e−2c ,
Le point remarquable de l’inégalité DKWM est que l’on peut en fait passer le supremum à l’intérieur
de la probabilité sans changer le majorant !
Revenons au test précédent. Pour un niveau α préconisé, il suffit donc de considérer
r
− log(α/2)
cα =
2
et de procéder exactement comme avant, c’est-à-dire de comparer
√
nkFn (ω) − F0 k∞ ≶ cα
2 α4
0 < α − (1 − FK (cα )) ≤ 2e−8cα = .
8
Morale de l’histoire : pour les valeurs de α considérées en pratique, disons α ≤ 10%, appliquer
le test de Kolmogorov-Smirnov asymptotique ou celui basé sur l’inégalité DKWM ne fait aucune
différence.