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A Métaphore UNE Remise EN DE LA Définition Lexicographique

Le document explore la métaphore en tant que concept linguistique et cognitif, remettant en question les définitions lexicographiques traditionnelles. Il souligne l'importance de la culture dans la compréhension des métaphores et propose une approche cognitive pour redéfinir des expériences humaines à travers des métaphores. La métaphore est présentée comme un outil essentiel pour la catégorisation et la définition des concepts, en particulier dans le contexte de la lexicographie arabe.

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A Métaphore UNE Remise EN DE LA Définition Lexicographique

Le document explore la métaphore en tant que concept linguistique et cognitif, remettant en question les définitions lexicographiques traditionnelles. Il souligne l'importance de la culture dans la compréhension des métaphores et propose une approche cognitive pour redéfinir des expériences humaines à travers des métaphores. La métaphore est présentée comme un outil essentiel pour la catégorisation et la définition des concepts, en particulier dans le contexte de la lexicographie arabe.

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n° 11 - Autour de la définition

LA MÉTAPHORE : UNE REMISE EN QUESTION DE


LA DÉFINITION LEXICOGRAPHIQUE

Nadia BENELAZMIA

Table

Introduction
1. Métaphore et culture
2. La métaphore : différentes approches
3. La métaphore dans le dictionnaire
4. La métaphore entre le modèle des C.N.S. et le
modèle du prototype
5. La métaphore dans la lexicographie arabe
Conclusion
Bibliographie

Introduction

Longtemps l’intérêt porté à l’étude de la métaphore s’est


concentré sur deux aspects qui sont à la fois l’aspect
rhétorique et l’aspect poétique. Ces deux aspects
constituaient deux disciplines mortes depuis le 19ème S. A
partir du 20ème siècle on assistera à un nouvel intérêt vis-
à-vis de la métaphore ; couronné par les études de grands
chercheurs appartenant à de nouvelles disciplines, à
savoir la linguistique et le cognitivisme.
Si l’approche linguistique arpente les pas d’Aristote dans
son étude de la métaphore ; l’approche cognitive est une
remise en question de l’ancienne conception
philosophique de la métaphore. Ainsi, d’un point de vue
cognitif, la métaphore n’est plus un procédé de
l’imagination poétique et de l’ornement rhétorique, elle
est plutôt, une caractéristique du langage. Elle concerne la
pensée et l’acte plutôt que les mots, d’où son aspect
culturel. Ceci dit, la métaphore chez les cognitivistes est
une remise en question de la définition lexicographique,
qui se fait en terme de conditions nécessaires et
suffisantes. C’est une définition qui se fait en terme
prototypique. C’est une catégorisation non
conventionnelle; dans la mesure où on introduit une classe
dans une catégorie à laquelle elle n’appartient pas. Et
chaque culture catégorise le monde métaphoriquement ;
conformément à ses croyances et ses dogmes. Et ceci,
procure à la métaphore un aspect existentiel.
Ceci dit, notre approche de la métaphore dans le
dictionnaire arabe sera une approche cognitive. Nous
allons voir de près, comment la culture arabe redéfinit
métaphoriquement des expériences humaines comme la
purification, l’exode et le mariage.
1. Métaphore et culture

Il apparaît que notre système conceptuel est structuré


métaphoriquement i.e. qu’il est compris en termes
d’autres concepts. La plupart de ces concepts sont liés à
notre expérience physique directe comme : haut/bas,
dedans/dehors, avant/arrière, chaud/froid, ou affective. Et
ceci, nous donne des concepts différents des objets, des
substances et des contenants… Cependant, ce qu’il faut
retenir c’est que toute expérience, qu’elle soit physique ou
affective, est tributaire d’une culture. Et chaque culture
conçoit à sa façon, ou plutôt définit à sa façon l’espace, le
temps, l’amour, le bonheur, etc. et cela se traduit par le
langage métaphoriquement (Lakoff et Johnson, 1985, p.
65-66). Ainsi, si on dit en France :
- le temps est de l’argent
- En arabe on dit :‫( الوقت من د هب‬le temps est de l’or)
Dans les deux cultures, le temps est défini en terme de
marchandise qui a de la valeur i. e. le temps c’est quelque
chose de précieux qu’il faut préserver et sauvegarder.
Nous avons aussi le cas des métaphores d’orientation qui
ne structurent pas un concept par le biais d’un autre ;
mais qui organisent un système de concepts les uns par
rapport aux autres. Ce type d’orientation métaphorique tel
que haut/bas, dedans/dehors, devant/derrière,
dessus/dessous trouvent leur fondement dans notre
expérience culturelle et physique. Le choix et l’importance
de ces fondements physiques et culturels peuvent varier
d’une culture à une autre. En plus les fondements
physiques et culturels de toute métaphore d’orientation
sont inséparables ; dans la mesure où le choix du
fondement physique dépend de la cohérence culturelle de
la métaphore. Ainsi, par exemple, le haut en occident et
dans le monde arabe, réfère à l’au-delà, à Dieu c’est à dire
à tout ce qui est sublime et bon. Par contre « en bas »
réfère à l’injustice, la terre, la bassesse. Cette
interprétation est sous tendue par les croyances
religieuses de la société à la fois occidentale et arabe.
Cependant, parfois nos valeurs culturelles ne sont pas
cohérentes avec notre système métaphorique ce qui
donne lieu à une certaine incompatibilité dans le système
métaphorique. A titre illustratif :
 Le taux de criminalité s’élève ;
 L’inflation monte ;
Le fait que l’inflation et la criminalité ne sont pas de
bonnes choses, contredit le principe culturel qui prétend
que tout ce qui est en haut est bon. Aussi, ce qui explique
« cette contradiction » c’est qu’on ne peut pas parler
d’une seule culture cohérente ; mais il y a dans chaque
culture des subcultures qui coexistent et partagent les
mêmes valeurs fondamentales ; sauf que chaque
subculture donne la priorité à une valeur au détriment
d’une autre valeur (Ibid, 18-33).
2. La métaphore : différentes approches

Par ailleurs, une étude diachronique de la métaphore nous


permet de distinguer deux approches principales :
 a-Une approche traditionnelle: cette approche traite
la métaphore comme un phénomène purement
linguistique et l’explique en terme d’anomalie, de
comparaison et d’interaction. Et
 b-Une approche cognitiviste: engendrée par
l’avènement des sciences cognitives. Cette
approche conçoit la métaphore comme un
phénomène cognitif (cf. Lakoff et Johnson, 1985).
Dans la première approche, le principe d’anomalie est
fondé sur l’impossibilité d’interpréter la phrase dans ce
qu’elle affirme directement. Et cela suppose l’existence
d’un substitutif auquel on fait recours pour la
compréhension de la métaphore. Le principe de la
comparaison qui est dû à Aristote, implique que les
métaphores sont des comparaisons implicites. Elles sont
rendues possibles grâce aux traits sémantiques communs
entre les deux composants de la métaphore. Quant à
l’approche cognitive, la métaphore n’est pas un
phénomène linguistique mais cognitif. Ce qui fait que, son
foyer n’est pas la langue, mais la pensée. Ainsi, d’après
Lakoff et Johnson (1985 :16) « la métaphore n’est pas
seulement affaire du langage ou question de mots. Ce
sont au contraire les processus de pensée humaine qui
sont en partie métaphoriques. C’est ce que nous voulons
dire quand nous disons que le système conceptuel humain
est structuré et défini métaphoriquement.».
Ce qui différencie l’approche traditionnelle de l’approche
cognitive c’est que dans cette dernière la pensée de l’être
humain est structurée métaphoriquement, et que la
métaphore n’est que la réalisation de surface d’une
structure conceptuelle qui la sous tend. Par contre, dans
l’approche classique, la pensée intervient uniquement
dans l’interprétation de la métaphore.
3. La métaphore dans le dictionnaire

Lakoff (Ibid, p. 125) fait le procès de tous les dictionnaires.


Il les accuse de passer à côté de l’essentiel en se
contentant uniquement de décrire le langage sans le
comprendre. Les lexicographes ne font qu’introduire dans
le dictionnaire des expressions métaphoriques telles que :
« l’amour est un voyage » « la discussion est une guerre »
sans expliquer comment les gens comprennent les
concepts en terme de métaphore systématique. Le
lexicographe fait référence uniquement à la norme et à
l’usage. Ainsi, « aucun dictionnaire ni aucune autre théorie
traditionnelle de la signification ne permet de dire que ces
expressions sont des moyens normaux de parler de
l’expérience de l’amour de notre culture » (Ibid, p. 126).
En plus, les expressions métaphoriques n’apparaissent
que comme sens secondaire dans la microstructure
d’autres mots et non du mot principal. Ainsi, la phrase «
l’amour est une folie » n’apparaît pas dans la
microstructure de « amour » ; mais après la définition de «
fou ». Et ceci amène Lakoff (Ibidem) à dire que les
lexicographes ont des préoccupations différentes de celles
des cognitivistes. Ce qui intéresse ceux-ci, ce ne sont pas
les mots et les concepts individuels, mais les concepts en
tant que systèmes entiers. Leur objectif est de
comprendre comment l’on comprend et on définit une
expérience en terme d’une autre expérience. Dans le
dictionnaire, la définition d’un concept est donnée par le
biais des éléments qui lui sont inhérents. Ainsi, pour
définir « amour » on ne fera pas allusion à « folie » ni au
« voyage » (dans l’amour est un voyage). Cependant, ce
qui intéresse Lakoff (Ibidem) c’est comment l’homme s’est
servi des concepts étrangers comme « voyage » et
« folie » pour comprendre le concept d’ « amour ».
Chose qui l’a poussé à inventer une autre conception de la
définition, différente de celle qui se trouve dans le
dictionnaire, pour comprendre les différentes expériences
humaines.
3.1. La définition et la métaphore

Comprendre la métaphore en tant qu’expérience, exige un


concept de définition différent du concept classique ;
parce que le principal problème lié à la définition, chez les
cognitivistes, consiste à déterminer tout d’abord ce qui est
défini et ce qui joue le rôle du définissant. Et du moment
que la métaphore nous permet de comprendre un
domaine d’expérience en terme d’un autre, elle sera
considérée comme un processus définitoire dont
l’essentiel se situe en premier lieu dans les domaines
fondamentaux d’expérience. A titre d’ exemple : l’amour,
le temps, … qui sont définis en terme d’autres domaines
d’expériences. Comme il y a la définition des sous
concepts comme gérer le temps qui est une
conséquence de la définition des concepts généraux en
terme métaphorique.
En somme, Lakoff (Ibid, p. 128) appelle la définition qu’il
propose la définition métaphorique. Elle a pour
fonction l’éclaircissement des concepts qui ne sont pas
bien définis. Elle se base sur deux concepts à savoir le
défini et le définissant. Ce dernier correspond à une
espèce naturelle d’expérience ex. les orientations
physiques, les objets, les substances, la vision, les
voyages, la guerre, la folie, etc. A noter que ces
espèces « naturelles » d’expérience sont le produit de la
nature humaine. Certaines d’entre elles sont universelles ;
tandis que d’autres sont variables d’une culture à une
autre. En plus, ces concepts possèdent suffisamment de
structures internes qui les aident à définir les autres
concepts (Ibidem).
3.2. La définition métaphorique : propriétés interactionnelles
et catégorisation traditionnelle

En outre, l’approche cognitiviste de la définition dans le


dictionnaire est différente de l’approche traditionnelle qui
est dite objective. Celle-ci se fait en terme de conditions
nécessaires et suffisantes (C.N.S.), de traits inhérents. Et
d’après Lakoff (Ibid, p. 129), cette approche ne fournit
qu’une compréhension partielle d’un terme tel que «
l’Amour ». Ainsi, pour comprendre un terme comme «
Amour » d’une façon globale, l’homme a métaphorisé ses
expériences. Et c’est dans ce sens là qu’il dit (Ibidem) : «
Nous ne comprenons que partiellement l’amour en
termes de propriétés inhérentes. Notre
compréhension globale de l’amour est
métaphorique ».
Qu’en est il de la culture arabe? Comment celle-ci
comprend une expérience telle que «l’Amour », à travers
quels autres concepts? Et comment ceci se traduit dans le
dictionnaire ?
4. La métaphore entre le modèle des C.N.S. et
le modèle du prototype

Lakoff (Ibid, p. 132) refuse l’analyse essentialiste, dans


laquelle un élément est membre ou n’est pas membre
selon qu’il satisfait ou non les traits inhérents. Il propose
une nouvelle catégorisation. Ainsi, d’après lui : « Cette
analyse ensembliste ne correspond pas à la façon
dont nous catégorisons les objets et les
expériences » (Ibidem). La catégorisation, selon lui, doit
servir de moyen pour comprendre le monde ; ce qui fait
qu'elle doit faire cette tâche de manière simple.
Autrement dit, il exige la souplesse dans la catégorisation.
Il adopte la conception de catégorisation présentée par E.
Roch en terme de prototype et en terme de ressemblance
de famille. Dans cette catégorisation, un membre peut
être plus ou moins membre s’il satisfait quelques critères.
D’après Kleiber (1994 : 54) la métaphore « est une
procédure de catégorisation non conventionnelle,
dans la proclamation d’appartenance d’une
occurrence à, ou d’inclusion d’une classe dans une
catégorie à laquelle elle n’appartient normalement
pas ». Ainsi, dans l’exemple :
- Cet homme est un lion;
Entre la catégorie de lion et la catégorie à laquelle
appartient l’homme, il y a une grande distance
sémantique, catégorielle et même logique. Et l’énoncé
métaphorique ne relève pas uniquement de l’absurde
mais aussi de l’impossible du moment que nous
comparons l’incomparable. Cependant, afin de
désambiguïser les énoncés métaphoriques, on recourt soit
aux sèmes partagés entre le comparant et le comparé,
soit au contexte « cognitivo-affectif» de l’individu. Dans
l’exemple suivant que j’emprunte à Detienne (2004, p.
13).
- Le canari est un vrai spaghetti ;
Parmi les interprétations que nous pouvons lui procurer : il
se peut que celui qui a produit l’énoncé métaphorique
aime beaucoup « le spaghetti », devant le « canari »,
qu’il a trouvé aussi délicieux, il a pensé automatiquement
à son plat favori . C’est ce que Detienne (Ibidem) a appelé
« le contexte cognitivo-affective ». Peut être, quelqu’un
d’autre dira autre chose et produira un énoncé
métaphorique totalement différent : Ex.
Le canari est un vrai spaghetti ;
Non, je dirai plutôt une vraie banane;
On est toujours dans la même catégorie des inanimés ;
mais on est passé de l’artificiel au naturel. Cependant,
l’absurdité et l’impossibilité persistent toujours. Ce
procédé, qui consiste à comparer l’incomparable dans
l’énoncé métaphorique, est appelé par Gilbert Ryle (cité in
Ricœur, 1975, p. 250) « Catégory mistake » i.e. la
méprise catégoriale qui consiste à parler d’une chose
dans les termes d’une autre chose qui peut lui ressembler,
comme non.
En somme, afin de comprendre comment les hommes
comprennent leurs expériences ; il faut une nouvelle
conception de la définition différente de la conception
traditionnelle. Si cette dernière se fait en terme de C.N.S.
(conditions nécessaires et suffisantes) et en terme de
catégorisation ; dans la théorie expérientielle de la
définition, les concepts sont définis en terme de propriétés
interactionnelles i.e. par des prototypes et des relations au
prototype. Autrement dit, d’une manière souple non
rigide. Quant à la métaphore elle est considérée comme
un moyen pour mieux définir et pour changer le domaine
d’application des différents concepts (Kleiber, Ibidem).
5. La métaphore dans la lexicographie arabe

A l’instar de toutes les cultures, la culture arabe conçoit le


monde métaphoriquement. Le système conceptuel normal
de la société arabe est structuré métaphoriquement.
Autrement dit, la plupart des concepts avec lesquels nous
manions notre vie quotidienne, sont définis et compris en
termes d’autres concepts. Ainsi, des notions comme celle
de l’espace, du temps et des expériences humaines
comme la purification, la politique, l’amour, le mariage,
etc. sont définis métaphoriquement. Et même la religion
islamique ; afin de faciliter la compréhension à ses
adeptes a usé de la métaphore. Des concepts
métaphoriques, que le dictionnaire arabe de ces
différentes tendances a rapporté fidèlement. Ainsi, dans le
dictionnaire arabe, nous assistons à l’émergence d’un
système global de concepts métaphoriques. Des concepts
que les arabes musulmans et chrétiens utilisent souvent
pour s’exprimer et pour penser. Ces concepts relèvent de
tous les domaines.
5.1. Le système conceptuel arabe et la métaphore

a- La notion du bien et du mal et la purification


dans la culture arabe
A travers un ensemble d’exemples signés et non signés
dans le dictionnaire arabe ; nous assistons à la présence
des métaphores de personnification et de concrétisation.
Ainsi, des notions comme le bien et le mal sont définis en
termes des objets concrets et des matières qu’on peut
goûter, compter, mesurer, etc. A titre d’exemple :

‫ شديد "هو صلب في موقفه‬... :‫"صلب‬Dur : opinion dure

‫ كان دعيا ثقيل الروح‬... :‫صلعم‬Il avait l’âme lourde, … le


prophète

: ‫تكلم بكالم جارح قاسي‬Des paroles dures et blessantes

‫ فراغ في قلب النخلة‬:‫صلف‬Le vide dans le cœur du palmier

‫ سقطت رؤوس أغصانها‬:‫ ت الشجرة أو نحوها‬... :‫صلع‬Les têtes


des branches de l’arbre tombent

Dans ces deux derniers exemples, nous avons une


personnification du palmier et de l’arbre. On a attribué des
caractéristiques humaines, qui sont propres à l’homme, à
des arbres. En outre, dans les autres exemples ; nous
avons une concrétisation des notions abstraites, telle que
l’âme, le bien et le mal. Ainsi, l’âme devient lourde, on lui
a attribué des attributs propres à des objets et des
matières qu’on peut mesurer. Le bien est aussi mesurable,
on dit :

‫ الشيء قل خيره‬... :‫صلف‬Le bien diminue

‫ من النساء قليلة الخير‬... :‫صلود‬Une femme qui fait rarement


du bien

Ainsi, comment des choses abstraites deviennent des


objets nuisibles qui peuvent endommager à l’instar des
paroles ?! Les paroles dans la langue arabe, ne sont pas
uniquement tranchantes et blessantes ; mais aussi lourdes
:

‫ وقوله عز وجل "إنا سنلقي عليك قوال ثقيال" يعني الوحي‬... :‫ثقل‬

…des paroles lourdes...


Par ailleurs, la compréhension des paroles en terme
métaphorique dans la culture arabe est due à ce que
même le mal est défini métaphoriquement. Ainsi, dans
une culture qui ne réduit pas l’homme à son existence
corporelle les blessures peuvent être corporelles ou
psychologiques. Et l’homme, tel qu’il est crée par Dieu est
corps et âme. Nous allons assister à cette dichotomie
même dans l’acte de purification : celle-ci va se procurer
un sens métaphorique dans la religion islamique. Ceci dit,
la purification n’est pas liée à l’eau et au corps ; mais elle
devient un rituel lié à l’âme. Des cultes comme l’aumône,
le jeune et le pèlerinage sont des rites de purification de
l’âme. Ces concepts métaphoriques qui nous laissent
déduire que la culture arabo-musulmane donne de
l’importance à l’existence spirituelle de l’homme, comme
à son existence corporelle.
b-La conception métaphorique du cœur dans la
culture arabe
Parfois dans la culture arabo-musulmane, on n'est plus
dans cette dichotomie du corps et de l’âme de l’existence
humaine. Celle-ci devient tripartite dans des exemples
comme :

‫ إن في ابن آدم مضغة إذا صلحت صلح‬:‫ وفي الحديث‬... :‫مضغ‬


‫ يعني القلب ألنه قطعة لحم من الجسد‬،‫الجسد كله‬.

Le cœur : dans le corps du fils d’Adam un organe, s’il est


sain tout son corps est sain, c’est le cœur …

Ainsi, il y a l’âme, le corps et le cœur. Et dans ces


exemples on valorise le cœur sur les autres organes. Il y a
une personnification du cœur. Mais pourquoi cet intérêt
vis-à-vis de cet organe ? Pourquoi pas les yeux ou
l’estomac ? La culture arabo-musulmane, à travers
beaucoup de hadiths et des versets coraniques, a donné
plus d’ampleur à cet organe parce qu’il est le siège des
émotions et des sentiments du bien et du mal. Il
représente l’être humain. Si l’homme se comporte bien
c’est qu’il a un bon cœur et s’il se comporte mal c’est qu’il
a un mauvais cœur. La définition de « bon » et de «
mauvais » est métaphorique ; parce qu’il se peut que
l’homme (ou la femme) possède un cœur malade ; mais
cela ne l’empêche pas de faire le bien ; même si son cœur
fonctionne mal. Ceci dit, les notions du bien et du mal ne
sont pas liées au bon fonctionnement du cœur ; mais à sa
pureté.
c-Le mariage dans la culture arabe
La société arabe au cours de son histoire a développé des
concepts métaphoriques autour de toutes les expériences
humaines à savoir l’amour, la politique le mariage, etc. Le
dictionnaire en tant qu’un réservoir du patrimoine culturel
des communautés linguistiques a embrassé
chaleureusement ces métaphores. Une incubation qui
confirme que la langue est indissociable de la culture.
Ainsi, une expérience humaine comme le mariage dans la
culture arabe est définie en terme d’appropriation :

...‫ قد ملك فالن‬:‫ ويقال للرجل إذا تزوج‬.‫ التزويج‬:‫ االمالك‬... :‫ملك‬
‫ زوجه إياها‬:‫وأملكه إياها حتى ملكها يملكها ُملكا وَملكا وِملكا‬...Le
mariage :…s’approprier une femme : se marier avec une
femme

(‫)لسان العرب‬

Une définition qui ne changera pas avec le temps. Dans le


mesure où on assiste à la reprise de la même définition
dans le dictionnaire du 20ème siècle :

‫ تزوجها‬:‫ المرأة‬... :‫ ملك‬S’approprier une femme : se marier

‫ زوجه إياها‬:‫ ه امرأة‬... :‫ملك تمليكا‬... S’approprier une femme :


se marier

(‫)الرائد‬

‫ تزوجها‬:‫ فالن امرأة‬... ‫ الشيء ملكا‬:‫ ملك‬S’approprier une femme :


se marier

‫ زوجة إياها‬:‫ وأملك فالنا المرأة‬...‫ جعله ِملكا له‬:‫أملكه الشيء‬...


S’approprier une femme : se marier

(‫)الوسيط‬

Dans ces différentes entrées lexicales, la femme est


conçue comme un objet que l’homme s’approprie par
l’acte de mariage. Ces conceptions métaphoriques
développées autour de la femme et par lesquelles la
société comprend une expérience humaine telle que le
mariage dans le monde arabo-musulmane et arabo-
chrétienne est un fait culturel qui va en parallèle avec les
images stéréotypées sur la femme dans la société arabe.
Des images réductrices qui présentent la femme comme
un objet de plaisir asservi à l’homme. Elle est une charge,
un fardeau non productif. Une image qui condamne la
femme à la maison aux tâches ménagères et à la
production des enfants et c’est à l’homme d’assurer le
côté financier de la maison. Cette division de tâches
réduira la femme en une enterrée :
‫ امرأة دفين مستورة‬... :‫ دفين‬... Enterré :... une femme
enterrée, cachée ou voilée
(‫)الرائد‬
Ceci dit, le mariage dans la société arabe est défini en
terme d’appropriation. La femme dans cette expérience
humaine est comme un objet que l’homme possède par
l’acte de mariage. Elle est enterrée avant et après le
mariage. Elle ne fait que changer de tombeau en se
mariant.
d-L’exode dans la culture arabo-musulmane
L’exode qui est défini selon le modèle des conditions
nécessaires et suffisantes comme un déplacement d’un
lieu à un autre. Dans la culture religieuse musulmane, il
est défini métaphoriquement. On est toujours dans un
changement et un déplacement ; mais au lieu d’un
déplacement corporel, nous avons un déplacement
spirituel ; qui consiste à quitter le mal vers le bien,
l’incrédulité vers la foi. Et ceci va en parallèle avec la
représentation métaphorique de la religion dans l’islam.
Celle-ci est conçue comme un chemin qui a un début et
une fin :

‫ أي الصراط الذي دعا‬،‫ قل إن هدى الله هو الهدى‬...‫ ضد الضالل‬:‫الهدى‬


‫ إليه هو طريق الحق‬...Le chemin du salut

‫ الطريق الواضح‬:‫ والمنهاج‬......‫ بين واضح‬:‫ طريق نهج‬:‫نهج‬... ...


Chemin bien tracé

(‫)اللسان‬

‫ وذهب في الدين‬.‫ قصد قصده وطريقه‬:‫ ذهب مذهب فالن‬... :‫ذهب‬


‫مذهبا‬...Partir : partir dans le chemin de la religion

‫ المعتقد الذي يذهب إليه‬... :‫المذهب‬.Doctrine : dogme vers lequel


on se dirige
D’où la définition de l’exode comme un déplacement du
chemin de Satan vers le chemin de Dieu. Une définition
métaphorique de la pensée religieuse musulmane qui va
contribuer à la cohérence culturelle de celle-ci.
En somme, dans la culture arabo- musulmane, nous
définissons la foi en terme d’un espace qu’on parcourt. Il y
a un début et une fin. La foi est un exode dans l’espace et
dans le temps. Il peut déboucher vers le paradis ou l’enfer.
Ceci va en parallèle avec les dogmes de la religion
islamique qui conçoit la vie comme un passage qui mène
vers l’au delà, la vie éternelle après la mort.
e- L’exode et la purification : un changement dans
l’espace et dans le temps
Dans la notion de purification développée
métaphoriquement dans la culture arabo-musulmane, il y
a la notion du passage d’un état à un autre état par le
biais de l’eau et métaphoriquement par le biais des cultes.
Ainsi, on met toujours l’accent sur l’usage d’un moyen
quelconque pour éliminer une impureté corporelle et
spirituelle. Et ceci dans une culture religieuse qui
s’intéresse en premier lieu à la perfection des mœurs :
‫ وقوله بعتث ال تمم مكارم األخالق‬...... : ‫ خلق‬Mœurs : …Dieu
m’a envoyé pour parfaire les mœurs
Ainsi, la purification corporelle est importante ; mais
insuffisante pour atteindre la foi :
‫ التنزه والكف عن اإلثم وما ال يجمل ورجل طاهر الثيابأي‬:‫التطهر‬
‫… منزه‬
La purification : …un homme propre c’est à dire saint qui
ne commet pas de péchés …
)‫ أتى رجل رسول الله (ص‬:‫ وفي الحديث عن ابن عمر قال‬... :‫المؤمن‬
‫وقال من المهاجر؟ فقال من هجر السيئات‬،......l’immigrant :…
c’est celui qui quitte les pêchés…
‫ زكاة المال معروفة وهو تطهيره‬:‫الزكاة‬، ... L’aumône : c’est la
purification de l’argent…..
Assurer les droits des pauvres, par l’acte de l’aumône est
considéré comme un acte de purification. Et l’aumône est
un droit des pauvres qui est considéré comme un droit de
Dieu que les riches doivent donner aux pauvres. Ainsi,
dans la culture arabo-musulmane, on conçoit que le
changement, tout changement doit d’abord commencer
par le changement de l’individu pour aboutir au
changement de la société. Et que le changement doit
passer par des étapes. Toutes ces étapes convergent vers
la purification de l’âme. Etablir l’égalité et créer un
équilibre entre les pauvres et les riches est un acte de
purification qui passe par l’aumône. Atteindre la foi doit
passer par l’exode du mal vers le bien et Aljihad (le
changement de soi-même) et la purification de l’être.
Ainsi, à l’instar de la purification, l’exode dans la culture
arabo-musulmane est défini en terme de « changement ».
Dans le sens premier de l’exode, il y a un changement de
lieu et dans le sens métaphorique il y a un changement
spirituel. Le passage d’un état d’incrédulité à un état de la
foi.
En somme, la métaphore d’un point de vue cognitiviste,
procure de nouvelles significations à ces trois expériences
humaines à savoir la purification, l’exode et Alijhad. C’est
une redéfinition. Dans ces trois expériences il y a un effort
à fournir par le croyant pour atteindre ces objectifs. Ce
sont des fins en soi-même. C’est un travail à faire sur soi-
même et qui aura des répercussions sur la société. Un
changement de l’individu pour aboutir au changement de
la société. Le gain de ce travail qui consiste en une
purification, un exode et Aljihad sera récolté par la
société ; parce que la société c’est un ensemble
d’individus et si la société est dépravée c’est que l’individu
l’est aussi.
Conclusion

La métaphore dans la conception cognitiviste est une


remise en question de la définition lexicographique. Et
chaque culture redéfinit métaphoriquement ses
expériences humaines. Ainsi, dans la culture arabe,
chrétienne et musulmane, le mariage est conçu comme
une appropriation. Et ceci va en parallèle avec la situation
de la femme dans le monde arabe. Et même la culture
religieuse islamique conçoit les pratiques religieuses
métaphoriquement. Ainsi, l’aumône est conçue comme
une purification, la religion est un espace que le croyant
parcourt, etc. Et ceci confirme le point de vue cognitiviste
qui affirme que le système conceptuel humain est
structuré métaphoriquement.
Bibliographie

C. DETIENNE (2004) « Transdisciplinarité et


métaphorologie » in [Link]
G. KLEIBER (1994) « Métaphore : Le problème de la
déviance », in Langue Française, N°101, Paris, Larousse
G. KLEIBER (1990) La sémantique du prototype, Paris,
P.U.F
G. LAKOFF et M. JOHNSON (1985) Les métaphores dans la
vie quotidienne, Paris, Les éditions de Minuit
P. RICOEUR (1975) La métaphore vive,Paris, Seuil

Les dictionnaires :
Alwasit : Majmaa Allugha Alarabia (L’institut de la langue
arabe)
Lissan Alarab : Ibn Mandour
Arraid : Jabran Messaoud

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