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La Côte d'Ivoire, autrefois stable, a plongé dans la violence depuis 2002, en grande partie à cause du rôle des médias, qui diffusent des discours haineux et des informations biaisées. Ce document explore comment transformer la presse écrite en un vecteur de paix et de cohésion sociale, tout en soulignant la nécessité d'une responsabilité citoyenne et d'une éducation à la culture de l'information. Les dérives de la presse et la manipulation de l'opinion publique par les médias sont également mises en lumière, soulignant le besoin urgent d'une réforme médiatique.

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La Côte d'Ivoire, autrefois stable, a plongé dans la violence depuis 2002, en grande partie à cause du rôle des médias, qui diffusent des discours haineux et des informations biaisées. Ce document explore comment transformer la presse écrite en un vecteur de paix et de cohésion sociale, tout en soulignant la nécessité d'une responsabilité citoyenne et d'une éducation à la culture de l'information. Les dérives de la presse et la manipulation de l'opinion publique par les médias sont également mises en lumière, soulignant le besoin urgent d'une réforme médiatique.

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136

SLC n°7 Vol 2 déc. 2013, éd. Paari, Paris, 2012, p. 136 -152

Médias, violence et discours politique en Côte d’Ivoire :


Comment parvenir à une paix sociale durable ?

Dje Bi Kahou Albert, Université


Alassane Ouattara

Résumé : Pays jadis havre de paix et de stabilité socio-économique, la Côte d’Ivoire


a sombré depuis le 19 septembre 2002 dans une spirale de violence politico-
militaire. Au plus, la société ivoirienne s’est profondément désagrégée. Plusieurs
raisons sont évoquées pour justifier la crise, mais tous, restent unanimes sur le fait
que les médias y ont une grande part de responsabilité. La presse écrite est très
prisée en Côte d’Ivoire car elle devenue un véritable relais vers le peuple toujours
en quête d’information politique, économique et sociale. Toutefois, le traitement de
l’information de ces moyens de communication de masse reste marqué par la
violence verbale, les discours haineux, des prises de positions radicales etc. Nous
envisageons à travers cette recherche, faire des journaux ivoiriens, des médias de
paix et de cohésion sociale. Cela nécessite une prise de conscience et un souci de
responsabilité citoyenne. C’est la démarche d’une société de l’information.
Mots clés : Presse écrite, discours politique, propagande, démocratie, paix,
cohésion sociale

Introduction

On entend de plus en plus fréquemment affirmer que les médias


jouent un rôle croissant dans la vie politique aussi bien interne
qu’internationale. Non seulement les professionnels de la politique
accordent une attention soutenue à la préparation de leurs stratégies
médiatiques, mais encore les gouvernés acquièrent l’essentiel de leur
information grâce aux médias. Mais alors, qu’est-ce qu’un média ?
Dans le langage courant, le terme média renvoie plus restrictivement
à une situation caractérisée par une domination des moyens de
diffusion collective qui permettent d’atteindre des publics vastes,
hétérogènes et anonymes. A partir de cette approche définitionnelle,
les médias d’information sont principalement la télévision, la radio et
137

la presse écrite, objet de notre étude, même si de nouveaux médias


sont apparus avec des innovations technologiques au premier rang
desquelles il faut citer l’internet.
La question de l’indépendance des médias en Côte d’Ivoire a de tout
temps animé les débats. Aujourd’hui encore cette problématique
reste d’actualité. La crise politico-militaire que la Côte d’Ivoire
connaît depuis le 19 septembre 2002, a fini par creuser des clivages
au sein de la population. Au menu de cette spirale de violence, la
presse écrite. Cette presse s’est véritablement démarquée des autres
médias surtout, pendant la période des élections présidentielles de
[Link] est bon de rappeler que, depuis le début de la crise ivoirienne,
acteurs et observateurs nationaux et internationaux ont accusé les
médias et les journalistes ivoiriens d’avoir, au mieux, mis de l’huile
sur le feu, au pire, fomenté le conflit.
En Côte d’Ivoire, l’évolution de la presse écrite est intimement liée à
celle des partis politiques. En effet, ce sont les partis politiques qui
ont favorisé l‘éclosion de cette presse, moment que Perret Th84.
appelle « le printemps dela presse » depuis les années 1990, période du
multipartisme en Côte d’Ivoire. Aujourd’hui encore, la presse écrite
ivoirienne continue d’entretenir des relations intimes avec la classe
politique85. L’analyse de cette situation fait appel à un
questionnement :
- Comment peut-on dans une Côte d’Ivoire défigurée par des
querelles politiques faire des médias, des agents de paix pour une
cohésion sociale durable ?
- Pourquoi la presse écrite ivoirienne rime-t-elle avec violence
verbale et atteinte au respect des règles éthiques et de
déontologiques du métier ?
- Pourquoi les instances de régulation des médias sont
impuissantes face à cet état de fait ?
- Pourquoi les hommes politiques et autres leaders d’opinion
adulent-ils au tant la presse écrite ?
Biens de préoccupations auxquelles nous tenterons de trouver des
éléments de réponses à travers des investigations. Des théories et
méthodes en sciences de l’information et de la communication sont
plus nécessaires dans notre démarche argumentative. Nous en en
avons mobilisé deux : le béhaviourisme et le fonctionnalisme.
Pour une meilleure compréhension de la démarche argumentative de
notre corpus, nous avons convenu de le traiter comme suit : Partir de
la nomenclature de la presse écrite pour mieux apprécier le ton et

84
Perret (Th.), Le temps des journalistes, Paris, Editions Karthala, 2005, pp 76-89
85
Se référer à l’ours de certains journaux pour se rendre compte que les Directeurs de
Publication sont des responsables politiques.
138

l’angle de traitement des informations politiques par les différents


journaux. Ensuite, analyser les effets induits par ce traitement de
l’information sur la population et la cohésion sociale, en passant par
l’inaction des instances de contrôles des médias, pour terminer par la
mise en place des conditions pour une éducation de la population à
la culture de l’information, gage de stabilité et de paix sociale
durable.

1- Nomenclature de la presse écrite en Côte d’Ivoire

Dans cette présentation synoptique de la presse écrite ivoirienne,


nous retiendrons en priorité deux grands types. Il va s’agir des
quotidiens d’information et d’opinion, donc la presse proche des
deux coalitions politiques antagonistes : Rassemblement des
Houphouetistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP), Congrès National
pour la Résistance et le Démocratie (CNRD) et les quotidiens
d’information générale dite presse neutre ou centriste.

1-1. Les journaux proches du RHDP

Le RHDP est une plate-forme politique qui regroupe en son sein : le


Parti Démocratique de Côte d’Ivoire-Rassemblement Démocratique
Africain (PDCI-RDA), le Rassemblement Des Républicains (RDR), le
Mouvement des Forces de l’Avenir (MFA), l’Union pour la
Démocratie et la Paix en Côte d’Ivoire (UDPCI) et les Forces
Nouvelles (FN). La coalition politique RHDP est aujourd’hui au
pouvoir en Côte d’Ivoire. Ce groupement politique est constitué
autour des valeurs et idéaux de paix prônés par le père fondateur de
la Côte d’Ivoire, le Président Felix Houphouët-Boigny. Les journaux
qui constituent un relais vers les militants et sympathisants de cette
coalition politique ont un fond vert et sont très opposés au CNRD et
ses alliés. Il s’agit essentiellement de : Le Patriote, Le Nouveau Reveil, le
Mandat, Le Démocrate, la Matinale, etc.

1-2. Les journaux « bleus » ou la presse proche de l’opposition

Le CNRD est un groupement de plusieurs partis politiques,


associations et syndicats, qui étaient acquis à la cause de l’ancien
Président Laurent Gbagbo. Il est composé du Front Populaire
Ivoirien (FPI), de l’Union pour la République et la Démocratie
(URD), du Rassemblement Pour la Paix (RPP), de l’Union pour la
Nouvelle Génération (UNG), etc. Elargi à d’autres sensibilités
139

politiques, le CNRD a donné naissance à La Majorité Présidentielle


(LMP) à l’approche des élections présidentielles de 2010. Les titres
dits « bleus » ou presse de l’opposition, reprennent la couleur de
l’emblème du parti politique qui leur est proche, le Front Populaire
Ivoirien (FPI). Cette coalition politique (LMP) entend défendre les
fondements de la démocratie et résister au néocolonialisme en
soutenant mordicus les actions politiques de M. Laurent Gbagbo.
L’on peut à ce titre citer les journaux suivants : Aujourd’hui, LG Infos,
Le Nouveau courrier, Le Quotidien d’Abidjan, Le temps, Notre voie, etc.

1-3. Les équilibristes ou les journaux « centristes »

On classe dans cette catégorie les journaux qui se disent « neutres et


objectifs », et« tapent un jour à gauche, un autre jour à droite ». Les
équilibristes ne parviennent cependant pas toujours à se maintenir
sur le fil... Certains d’entre eux sont régulièrement taxés d’être « bleu
comme le ciel » tandis que d’autres sont invariablement accusés de
suivre le mouvement » c’est-à-dire le financement. La ligne éditoriale
de cette catégorie de journaux est difficile à être identifiée ou
assimilée à un parti ou groupement politique. On dénombre au
moins deux journaux dans ce registre. Il s’agit de L’Inter et de Soir
Info qui appartiennent tous deux au groupe depresse Olympe.

2- Violence verbale, discours de propagande et manipulation


des populations à travers la presse écrite

En dépit de la diversité actuelle des médias, la presse écrite reste le


premier d’entre eux car son monopole s’est exercé jusqu’à la
découverte des ondes hertziennes. Les termes de presse
radiophonique puis de presse audiovisuelle qui ont désignées ces
nouveaux moyens d’information, en conservant le premier mot qui
désignait le vecteur d’information (l’écrit), illustre bien la primauté
de cette dernière.
En Côte d’Ivoire, fort du rapprochement entre les journaux et les
différents partis politiques, tous les conflits qui opposent les
populations, sont rapidement ressenti comme « une guerre de
l’information » dans laquelle les enjeux militaires, sociaux,
intellectuels sont relayés par les médias de masse, notamment la
presse écrite. Dans le traitement de l’information de ces journaux, les
photographies sont utilisées comme illustration et constituent par la
même occasion son principal argument d’information. Cette
situation présente une condition d’existence subtile de la propagande
140

en ce sens que les ces images n’identifient pas toujours les lieux et les
protagonistes photographiés. De plus, les légendes ne sont toujours
pas exactes même si quelque fois, l’on peut lire en dessous la
mention : (Photo d`archive utilisée juste à titre d`illustration).

2-1. Les dérives la presse écrite en Côte d’Ivoire

Depuis la fin de la crise post-électorale en Côte d’Ivoire le 11 avril


2011 et même avant, l’échiquier politique reste marqué par la
radicalisation des opinions sur les questions qui ont trait à la gestion
des affaires de l’Etat. Cette démarcation idéologique transparait
certes dans les discours des hommes politiques, mais elle l’est aussi
et surtout dans la presse écrite.
Nous illustrations ici nos propos par cette revue de la Unede
quelques quotidiens nationaux. Morceaux choisis :

- Notre Voie N°4528 du 26/09/2013 :Kandia Camara


sur RTI1 « 90mn de mensonge »
- LG Info N°547 du 25/09/2013 :« Malmené par ses
parrains, Ouattara prend une douche froide à New
York »
- Le Patriote N°4151du 24/09/2013 : « Candidat à la
présidentielle 2015, Banny, nouveau champion de
l’ivoirité, que peut apporter un éternel looser à la Côte
d’Ivoire

Les différents titres à la Une de ces journaux que nous venons


d’évoquer, ont un caractère irrévérencieux et peuvent inciter à la
révolte des partisans de ces hommes politiques de haut rang. En
effet, Kandia Camara est Ministre de l’Education National et de
l’Enseignement Technique ; Ouattara est le président de la
République et Banny, le Président de la Commission Dialogue Vérité
et Réconciliation (CDVR), une institution de la République.
La situation de média violence en Côte d’Ivoire est une réalité
conjoncturelle et les journalistes choisissent des images chocs pour
séduire leurs lecteurs. Ils résument ainsi l’actualité en quelques
photos. Les techniques journalistiques évoluent en faisant du texte
un commentaire de l’image.
141

2-2. Les dérives des hommes politiques, hommes de médias par la


pratique de la propagande86 au nom de la démocratie

Les médias constituent aujourd’hui l’ensemble des moyens de


communication qui mettent en relation les citoyens et les
gouvernants par l’intermédiaire de professionnels de l’information.
Les risques d’abus de pouvoir par les médias sont nombreux. Le plus
évident est celui de la manipulation de l’opinion publique, soit
directement, soit indirectement.
La Côte d’Ivoire traverse une tourmente médiatico-politique depuis
une dizaine d’années. En effet, pays jadis, havre de paix et de
stabilité, la République de Côte d’Ivoire s’est inscrite en lettre d’or
sur la longue liste des pays africains enclin aux guerres civiles et
autres troubles sociopolitiques.
Aujourd’hui encore, tous les ivoiriens ou presque, sont préoccupés
par la situation politique et les médias publics comme privés sont
devenus des vecteurs incontournables de la propagande, la
manipulation et toutes sortes d’influences. C’est ici le lieu de
s’interroger sur le rôle des médias dans l’avènement et le
renforcement de la démocratie dans une Afrique marquée par le
poids de la colonisation et les difficultés d’une alternance
démocratique toujours mise à mal par des antagonismes
idéologiques et la pauvreté.
Chaque individu est situé dans un tissu social (groupes primaires),
dans lequel il interagit avec d’autres. Au sein de ces groupes, certains
individus qualifiés de ‘’guide d’opinion’’ agiraient comme
intermédiaires entre les médias et les publics : ils captent les
messages diffusés par les médias et diffusent à leur tour des
messages vers les autres membres de leur groupe. Il s’agit du
processus de communication en deux étapes.
Pour KATZ87, les idées se transmettaient souvent par l’intermédiaire
de la radio et des journaux à des guides d’opinion qui les
répandaient ensuite dans les couches moins actives de la population.
De ce point de vue, le guide d’opinion doit avoir des caractéristiques
intrinsèques. Il doit en outre :

86
La propagande est l'action de diffuser, de propager, de faire connaître, de faire admettre
une doctrine, une idée, une théorie politique. Son but est d'influencer l'opinion publique, de
modifier sa perception d'évènements, de personnes, de produits, de convertir, de mobiliser
ou de rallier des partisans. La propagande prend la forme de campagnes de diffusion
d'informations toujours partiales et déformées, à grande échelle,parfois insidieuses.
87
Elihu Katz (né en 1926), est un psychosociologue américain, ainsi qu'un penseur
et un analyste des phénomènes médiatiques. Il s’est particulièrement attaché à
l’étude de la diffusion de l’information à travers les masses médias
142

- présenter un intérêt plus vif pour les évènements en cause et


s’exposer dès lors plus volontiers aux médias. Il est actif, par
opposition avec ceux qu’il influence (passifs) ;
- entretenir de nombreux contacts avec les membres de son groupe ;
-le groupe qu’il influence se reconnait en lui si bien qu’il faut
qualifier l’influence d’horizontal.
Au final, le guide d’opinion est perçu par les membres de son
entourage comme mieux informé et réagissant comme eux. On peut
donc lui faire confiance et c’est justement à partir de ce contrat
social, ce pacte de confiance réciproque que la société investit sans le
savoir le guide d’opinion d’un pouvoir de manipulateur ou de
propagandiste.
Notons que le guide d’opinion exerce principalement son influence
auprès d’individus de la même tranche d’âge, ayant une profession
et des opinions politiques semblables. Du fait de l’homogénéité que
présentent les groupes primaires, le rôle du guide d’opinion se limite
essentiellement à une fonction de renforcement des opinions du
groupe, favorisant ainsi le conformisme social, la pression du
groupe. En outre, les individus ont spontanément tendance à éviter
la dissonance cognitive ; c'est-à-dire les messages qui contredisent ou
mettent à mal leurs idées antérieures, leurs préjugés, leurs opinions.
Pendant la crise post-électorale en Côte d’Ivoire en 2010, la
propagande s’est présentée comme l’amour de la nation, la loyauté
envers les partisans et la haine de l’ennemi. Durant cette période, la
coalition RHDP n’aura de cesse de développer une stratégie de
communication de masse efficace, qui a fait dire à de nombreux
observateurs qu’elle est le véritable vainqueur de l’élection. Sa
maitrise des évènements, lui aura permis de devenir un symbole
pour de nombreux ivoiriens, mais aussi pour tous ceux qui
entendent s’opposer aux symboles de leur adversaire.
En période de crise ou de guerre, les médias de masse disponibles se
révèlent comme de meilleurs instruments pour faire circuler la
propagande. En effet, les journaux pouvaient attendre chaque
individu dans la rue ou même jusque chez lui ; et chaque individu
accordait d’autant plus de crédit aux messages des journaux qu’il
était isolé et donc incapable de les confronter avec d’autres opinions.
Ces messages peuvent provoquer ou modifier les comportements des
individus ; qui plus est, ces communications peuvent être construites
de telle sorte que le comportement induit chez les individus soit celui
que les destinateurs avaient prévu ou souhaité. On attribue donc aux
médias un extraordinaire pouvoir de manipulation qui leur permet
d’injecter littéralement dans la tête des gens de nouvelles opinions,
143

de nouvelles valeurs, de nouvelles croyances. H. Lasswell compare


cette situation à ce qu’il nomme l’effet de la seringue hypodermique88.
L’avènement de la démocratie en Afrique en général et en
Côte d’Ivoire en particulier s’est accompagné de quelques écueils.
En marge du multipartisme, des années 1990, la mainmise des
politiques sur les médias, au nom de la nécessité de la construction
des nations stables et prospère a fait [Link] cette visée, les
gouvernants vont adopter les principes du système autoritaire
comme méthode de gestion de l’Etat dont le contrôle de muselage
des médias.
C’est donc l’exercice d’un journalisme dans de telles conditions qui
vont inéluctablement servir de porte-voix, d’outil de propagande aux
pouvoirs politiques en place. Dans ces conditions, Arnaud Mercier
parle de la soumission idéologique des journalistes au pouvoir en
place.
Cette situation est également perceptible dans la presse écrite proche
de l’opposition. Ce faisant, ces organes, entretiennent le mensonge au
détriment de la vérité, en s’accrochant au carcan et aux seules
versions émanant de leur bord politique en s’adonnant au
« griotisme » c'est-à-dire aux louanges, au culte de la personnalité,
celle de leur leader politique.
Dans l’univers de la presse écrite en Côte d’Ivoire le statut
d’opposant ou de presse proche du parti au pouvoir s’octroie en
fonction du changement du pouvoir exécutif. Pendant la durée du
pouvoir de M. Laurent Gbagbo (du octobre 2000 au 11 avril 2011),
toute la presse dite bleue étaient marquée par le sceau de presse pro-
gouvernementale tandis que la presse verte, journaux proche du
RHDP, faisaient valoir leur droit au niveau de la presse de
l’opposition. Aujourd’hui, le pouvoir exécutif a changé de camp, la
position et le statut des journaux aussi.
Dans un régime démocratique comme le nôtre, tout propos à
caractère propagandiste est justifié et présenté comme non
propagandiste. Cela suppose que puisque l’on se trouve en
démocratie alors, il n’y a donc plus d’opinion manipulée, ni de
volonté de manipulation. De nos jours, l’on est omnibulé par les
valeurs si elles sont jugées bonnes et donc on n’est plus regardant sur
les méthodes. Aux dire de Breton Ph. « le fond de cet argument, qui
associe démocratie et absence « naturelle » de manipulation, tient à la
croyance qu’aujourd’hui, dans un tel régime, l’homme moderne est libre89 ».

88
Cette formule extraite d’un article de Lasswell datant de 1948 (p. 32-51) a été, à peu de
choses près, reprise et appliquée à la communication verbale par le linguiste russe Jakobson
(1960).
89
Philip Breton, La parole manipulée, Paris, la Découverte, P.19, 2000.
144

Cette liberté dont jouit l’individu contemporain est relatif au fait


qu’il est informé en permanence par les médias qui eux aussi sont
« libres », et que tout cela rend finalement la société transparente.
Aujourd’hui, dans toutes les contrées du monde contemporain, les
médias jouent fréquemment un rôle décisif. Il est récurrent de voir
qu’ en lieu et place de se positionner en élément de décodage de la
manipulation, les médias en constituent souvent fort bien un
vecteur primordial. Les médias, à notre insu organisent une stratégie
de manipulation en termes de mensonge organisé. Philip Breton
nous apprend une fois de plus que : « la manipulation s’appuie sur une
stratégie centrale, parfois unique : la réduction la plus complète possible de
la liberté de l’auditoire de discuter ou de résister à ce qu’on lui
propose90 ».Dans le processus de manipulation des populations, les
méthodes avancent de manière voilée. Le message a deux
dimensions : cognitive et affective. Dans l’un ou l’autre cas, le but
reste le même : induire insidieusement en erreur, faire croire ce qui
n’est pas, tromper, … le message respecte toujours le principe du
mensonge cohérent. Pour Laswell, la propagande rime avec
dorénavant avec la démocratie. La propagande constitue le seul
moyen de susciter l’adhésion des masses, en outre, elle est plus
économique que la violence, la corruption et d’autres techniques de
gouvernement de ce genre. Simple instrument, elle n’est ni plus
morale ni plus immorale que la manivelle de la pompe à eau. Elle
peut être utilisée à de bonnes ou mauvaises fins. Cette vision
instrumentale consacre une représentation de l’omnipuissance des
médias, considérés comme outils de circulation des symboles
efficaces. Véritable arme de persuasion entre les mains des hommes
politiques par l’entremise des médias de masse telle que la presse
écrite dans l’acte de manipulation, le message dans sa dimension
cognitive et sous sa forme affective, est conçue pour tromper, induire
en erreur, faire croire ce qui n’est pas. En Côte d’Ivoire, à côté de la
presse écrite devenue une presse militante en générale, les hommes
politiques aiment les séances d’information avec leur public car le
procédé de manipulatoire intervient sur une résistance, une
opposition ou une non acceptation immédiate de ce dont ils veulent
convaincre. Aussi, ce processus d’échange s’apparente à la
dimension du convaincre qui suppose selon F. Goyet, qu’on ne
prêche ni dans le désert, ni à des convertis91.

90
Op. Cit, p.24
91
F. Goyet (1994), Rhétorique de la tribu, rhétorique de l’Etat, Paris, PUF.
145

3- La nécessité du respect de l’éthique et la déontologie


journalistique, gage de l’émergence de la démocratie en Côte
d’Ivoire

Dans le sillage du multipartisme en Côte d’Ivoire depuis les années


90, est née une presse essentiellement d’opinion. Cette presse privée
dite indépendante se caractérise par sa proximité avec des
formations politiques, nous l’avons déjà évoqué. Cette situation a
certainement à alourdir l’atmosphère socio-politique et n’est pas
étrangère à l’exacerbation des antagonismes politiques aujourd’hui
en Côte d’Ivoire. Au menu de cette situation, l’affluence des
étudiants en fin de cycle ; des diplômés sans emploi aussi des gens
sans qualification ni titre universitaire se sont invités dans le monde
du journalisme. Le trop grand nombre de journaliste, l’absence de
formation aux règles élémentaires du journalisme, en même temps
qu’ils traduisent un certain dynamisme du secteur, drainent
également leur lot de problème.
Il ne fait l’ombre d’aucun doute que le niveau de démocratisation
d’un pays est fonction de la liberté de la presse de cet Etat en
question. Les instruments de régulation et d’auto régulation sont les
garants d’une presse de qualité ; source de l’alliance nécessaire entre
les médias et leur public en faveur de la démocratie et du respect des
droits de l’Homme, notamment sur le continent africain. Aux dires
de Zio Moussa, « la liberté d’expression tant au niveau de la vie politique
qu’à celui du journalisme, ne furent pas accompagnés par un sens élevé de
la responsabilité qu’exige le pouvoir d’informer 92». D’où l’intérêt des
instances de régulation de la presse pour le respect des principes
éthiques et règles déontologiques de la profession journalistique.

3-1- Le Conseil National de la Presse (CNP), une instance


gouvernementale de contrôle de la presse écrite

En Côte d’Ivoire, il existe des instances de régulation et


d’autorégulation des médias. Le Conseil National de la Presse (CNP),
est une institution étatique qui a pour mission essentielle la
régulation de la presse écrite ivoirienne. Il est placé sous la tutelle du
Ministère de la Communication. Le CNP assure la formation des
journalistes, garantie la liberté de la presse et contribue par ses
conseils, décisions et appuis à donner à la Côte d’Ivoire une presse
professionnelle, de qualité et affranchie de toute pesanteur. Dans ses

92
ZIO Moussa, (2001), L’OLPED, pionnier de l’autorégulation des médias en Afrique,
Paris, Gret, P. 9.
146

attributions, il a le pouvoir de sanctionner toute rédaction qui ne


respecte pas le code d’éthique et de déontologie de la profession. En
effet, l’éthique est propre à chaque personne. Elle désigne un
ensemble de principe et de comportement constitutif de la morale
permettant de juger, de faire la différence entre ce qui est bien et ce
qui est mal. Quant à la déontologie, elle se définie comme un
ensemble de règles que se donne librement la profession et qui fixe
les limites entre ce qui est permis ou tolérable et ce qui est
intolérable. Toutefois, dans les faits, l’on constate que seuls les
journaux de l’opposition sont toujours les seuls à être sanctionnés,
alors que, vu toutes les accusations portées contre la presse écrite
ivoirienne, qu’elle soit proche du parti au pouvoir ou de l’opposition,
elles sont toutes responsable du mauvais traitement de l’information
d’intérêt général. En réalité, le rôle de la presse est d’assurer une
meilleure information des citoyens car, mieux informés, c’est
l’assurance d’une démocratie meilleure et plus aboutie.
En Côte d’Ivoire, les hommes politiques utilisent la stratégie du
mensonge cohérent pour convaincre leur auditoire. Pour ne pas se
faire rattraper, ils usent de manipulation qui elle-même s’appuie sur
une stratégie centrale, parfois unique : la réduction la plus complète
possible de la liberté de l’auditoire de discuter ou de résister à ce que
l’on lui propose. Dans cette dynamique communicationnelle, les
méthodes de manipulation avancent masquées d’après Ph. [Link]
effet, la forte présence des techniques de la manipulation du côté des
hommes politiques serait contrebalancée par le fait que celles-ci sont
pratiquement sans effet, car immédiatement « décodées » par les
auditoires qui en sont la cible. Dans cette visée, loin d’être l’élément
fort de décodage de la manipulation, la presse écrite en constitue
souvent le vecteur primordial. L’on dit ainsi établir une distinction
radicale entre l’univers des fins et celui des moyens.

3.2. L’Observatoire de la Liberté de la Presse de l’Ethique et de la


Déontologie (OLPED), un tribunal moral

Devant les écarts et manquements répétés et persistants vis-à-vis des


règles de conduite et de déontologie journalistique, des
professionnels de l’information et des membres de la société civile se
sont demandé comment amener les journalistes à intégrer liberté et
responsabilité dans l’exercice de leur métier ? D’où l’existence de
l’Observatoire de la Liberté de la Presse de l’Ethique et de la
Déontologie (OLPED). En Côte d’Ivoire, le citoyen lecteur,
téléspectateur, auditeur a presque le même comportement face aux
médias : il est convaincu que le journaliste a toujours le dernier mot,
147

et que dénoncer la tyrannie du journaliste, ses atteintes à la dignité et


à l’honorabilité, s’est davantage s’exposer, amplifier une information
diffamante et infamante dont la lecture aurait pu rester
confidentielle. Par l’autosaisine, l’OLPED sensibilise, indique la voie
à suivre et fait un travail pédagogique : tout citoyen doit pouvoir
dire non aux dérives et dérapages des médias en faisant recours au
tribunal moral. Déjà en 2000, les dérives ne manquaient pas au
niveau de la presse quotidienne nationale. Dans son 108ème
communiqué le 13 janvier 2000, l’OLPED observait ceci :

- Notre Voie n° 497 du 6 Janvier 2000 : « Les raisons


profondesdu refus du FPId’entrer au gouvernement », un
article signé de Freedom Neruda incite au tribalisme.
« Le bal des Houphouétistes », signé de Didier Dépry, est
irrévérencieux
- Le Patriote n° 153 du 10 Janvier 2000 : « Tribalisme
de la vie politique : Gbagbo prend le relais de Bédié »,
signé de Al Séni, est injurieux
- Le Patriote n°154 du 11 janvier 2000 : « Le FPI et
son éternel mépris » ; « La nuisance des partis
malfaisants.

Ces deux articles sont susmentionnés sont de Touré Moussa, sont


injurieux.
Aujourd’hui encore, le constat est le même. Mieux, la situation s’est
empirée aux grands damnes des populations ivoiriennes. Il en va
presque de même pour le CNP et l’OLPED, qui peinent souvent à
prendre des décisions importantes pour mettre fin à cette pratique
dangereuse, exercée par des journalistes, tous aussi dangereux et qui
mettent à mal chaque jour, la cohésion et la paix sociales en Côte
d’Ivoire.
Dans son allocution d’ouverture lors de l’atelier sur « le rôle des
médias comme acteurs de la paix : quelle collaboration avec les
autorités locales », tenu à N’Djamena au Tchad, le 29octobre 2002, le
chargé de mission de l’Institut Panos à Paris, n’a pas manqué de
stigmatisé la situation des médias en Côte d’Ivoire en ces termes :

Les derniers événements de Côte d’Ivoire, dans lesquels


le rôle des médias a été décrié, nous rappelle que la
presse africaine ne s’est pas libérée du carcan du parti
pris aveugle. Ce pays, que nous admirions pour avoir
mis en place un observatoire de l’éthique et de
déontologie qui a assaini les pratiques journalistiques en
Côte d’Ivoire, voit ainsi le travail opiniâtre des
professionnels ivoiriens balayés par des passions tribales
et politiques.
148

Tout doit être mis en œuvre pour que ces agences de régulation et
d’autorégulation des médias soient de véritables garants d’une
presse écrite de qualité, source de l’alliance nécessaire entre les
médias et leurs publics en faveur de la démocratie et du respect des
droits de l’homme en Côte d’Ivoire.

4- L’autorité du discours politique en Côte d’Ivoire

Etant entendu que le discours politique respecte une certaine trilogie,


c’est-à-dire : la production, le contenu et les effets sociaux, comment
garantir une stabilité sociale dans une Côte d’Ivoire marquée par son
passé récent de pays en guerre ?Depuis la survenue de la guerre en
terre ivoirienne, les médias et l’information politique ont pris de
l’ampleur à telle enseigne que la presse quotidienne nationale ne
traite que des informations politiques ignorant de facto les fonctions
ludique et distractive de ces moyes d’information. Ainsi, la
conjoncture politique pèse sur la production de tous discours à
travers la presse. Depuis la crise postélectorale, situation qu’Abolou
qualifiera insidieusement d’ « entropie de la vie politique ivoirienne93 »,
les discours politiques sont devenus plus incisifs. Ils n’émancipent
plus librement des contraintes de réalité pour succomber à
l’euphorique promesse d’un monde meilleur et plus facile94. De fait,
sous le terme propagande, les représentations ordinaires créditent le
discours politique d’une efficacité sociale redoutable, qui se
marquerait dans sa capacité à court-circuiter la vigilance constante
des récepteurs pour pénétrer habilement dans leur subconscient.
L’efficacité du discours politique tient moins à son contenu (si habile
soit-il) qu’au contexte d’énonciation, dont le statut du locuteur
constitue sans doute l’élément central. En fait, l’autorité du discours
politique reflète avant tout l’autorité socialement conféré à celui qui
discourt. Pour utiliser une formule chère à P. Bourdieu, « l’autorité
advient au langage du dehors »95. Le droit de parole n’est jamais, en
politique, inconditionnel ; il n’est souvent que droit de produire un
type particulier d’énoncé, ajusté à une situation particulière. La
médiatisation d'un événement finit par interagir avec l'action, comme
le souligne Daniel Hermant : « Dès qu'un événement atteint une certaine
93
Abolou (C. R), « Les mots de la crise ivoirienne, discours, représentations, et
modélisation », in Les cahiers de la psychologie politique, (en ligne), numéro 14, Janvier
2009, URL : http ://lodel :[Link]/cahierspsychologiepolitique/[Link] ?id=355
94
Ph. Braud (1980), Le suffrage universel contre la démocratie, Paris, PUF,
95
Ce qui, par exemple, limite selon nous la portée des analyses consacrées à l’usage du
mode « impératif » dans le discours politique.
149

ampleur, il engendre un flux d'images et de représentations qui, ensuite, est


réinjecté dans le processus lui-même et interfère dans son évolution96 ».
C’est le cas des discours des hommes politique, relayé par la presse.
Depuis sa sortie de prison, le Président du FPI, M. Pascal Affi
N’Guessan multiplie ses intervention sur la situation politique en
Côte d’Ivoire et toutes ses sorties sont largement diffusées par les
journaux proche de leur idéologie. Le traitement de l’information
politique dans ces conditions donne de l’espoir et du réconfort les
partisans et sympathisants de LPM par rapport à la conjoncture
politique ivoirienne.

5- Vers une éducation à la culture de l’information

La culture de l’information, est une composante de l’éducation aux


médias. Elle s’entend comme le développement des capacités
d’analyse critique des médias quel que soit le support (écrit, radio,
télévision, TIC), la quête d’une distanciation nécessaire par la prise
de conscience de leurs contenus. En d’autres termes, il est question
d’éduquer le regard, d’interagir sur le degré de compréhension des
lecteurs des journaux. Faire prendre conscience que les médias et les
TIC, peuvent être source de savoir mais aussi de manipulation, de
propagande et de désinformation. Nous convenons avec Tisseron
quand il affirme finement qu’il faut que chacun, « puisse devenir son
propre pilote dans l’image en étant capable d’en identifier les mécanismes et
les effets97 ». Faut-il comprendre que le journaliste se doit à la fois
d’apporter une information complète sur l’actualité et donner celles
qui correspondent aux besoins des citoyens. Ainsi, nous nous
trouvons face à la nécessité du journalisme de paix98. En effet, le
journalisme de paix est une forme de journalisme qui structure les
reportages les reportages de telle sorte à ce qu’il encourage, analyse
les conflits et l’émergence d’une réponse non violente non-violente .
Il cherche explicitement à mettre en exergue les initiatives de paix
d’où qu’elles viennent et à permettre au
lecteur/auditeur/téléspectateur, de bien faire la distinction entre les
prises de position officielles et les véritables « buts de guerre » des
partis en présence. Ce journalisme est une réponse au journalisme

96
Hermant (D.), "Les discours, la menace, l'ordre international et la guerre du
Golfe", Stratégique, 1992 (2), n°54, p.173.
97
Tisseron S. (1998), Y’a-t-il un pilote dans l’image ?, Paris, Aubier.
98
Le concept de journalisme de paix a été créé par un sociologue norvégien, Johan Galtung.
Les têtes pensantes (ou plutôt les "coeurs pensants") du journalisme de paix sont une
journaliste britannique, AnnabelMcGoldrick, et un journaliste australien, Jake Lynch,
Directeur du centre pour la paix et pour l'étude des conflits de l'université de Sydney.
150

traditionnel (classique) qui a tendance à couvrir le conflit au jour le


jour sans remonter à ses racines ni à rendre compte de ses
conséquences.
Dans le cadre de nos investigations, nous avons mené une étude
auprès des lecteurs d’un quotidien de la place qui venait d’être
suspendu par le CNP pour non-conformité à la loi. Il s’agit du
journal Le Temps. Au moyen d’un sondage, nous avons interrogé des
lecteurs sur le manque que crée chez eux l’absence du journal. Nous
avons constaté notamment que certains lecteurs, parmi les mieux
informés habituellement, sont grandement touchés par l’absence du
journal : le manque que ces personnes ressentent va jusqu’à rendre
plus difficiles les relations avec leurs pairs. Nous somme donc arrivé
à la conclusion que le journal représente une réelle source de
sécurité. A la suite de cette enquête, nous avons également identifié
les fonctions des médias au sein de la communauté. Les gens
s’exposent aux médias donc pour s’informer, affirmer leur identité,
s’intégrer et interagir socialement et enfin se divertir. C’est dans le
but de combler des besoins d’ordre social et psychologique que le
citoyen contemporain ne peut se passer des médias.
Notre étude se voulant à la fois historique et prospective, il va sans
dire que l’approche fonctionnaliste nous permet de sortir notre
public de sa torpeur passive et collective pour lui reconnaitre des
capacités critiques et une organisation sociale qui permet aux
individus de choisir librement et raisonnablement les messages
médiatiques qu’ils consommeraient. Ainsi, le problème central se
déplacerait de la manipulation vers la séduction. Cet état de fait nous
autorise à définir l’approche fonctionnaliste comme les relations
possibles entre les individus, considérés comme sujet humains libres
et autonomes, et d’autre part, les médias de masse comme
institutions de diffusion.
Si notre projet de faire des citoyens, des personnes éduquées en
matière de culture d’information prend forme, l’on peut à tout loisir
faire cette comparaison entre le béhaviourisme et le fonctionnalisme
comme suit :

Tableau de comparaison sur l’impact de la presse écrite sur le public


entre le béhaviorisme et le fonctionnalisme

Béhaviorisme Fonctionnalisme
Public Faible et atomisé Libre et autonome
Passif et vulnérable Doué de raison, cherchant à
satisfaire des besoins
Presse écrite Forte Faible
Manipulatrice Gratifiant et séducteur
151

Perception Accumulation passive Active et structurante


Question centrale Effets de la presse Usages de la presse écrite
écrite sur le public par le public

L’on peut déduire de ce tableau que l’approche fonctionnaliste


envisage la presse écrite comme garent des libertés individuelles et
de la démocratie, tout en prônant l’autorégulation de l’industrie
médiatique par le marché, s’imposera sans nul doute dans le
contexte actuel de la société ivoirienne actuelle, particulièrement
réceptive au mouvement fondé sur la liberté d’entreprendre et la
liberté d’expression.

Conclusion

Il est bon de préciser que les médias, au nom des sacrosaints


principes de la liberté d’expression et de la liberté de la presse,
peuvent idéalement être les ardents défenseurs de la vérité contre la
manipulation politique, les dénonciateurs d’affaires politico-
financières, les porte-parole de la démocratie dans le monde entier.
Aujourd’hui, en Côte d’Ivoire, l’histoire de la liberté de la presse se
confond et se fond avec le niveau de démocratisation et de
développement. Toutefois, compte tenu des différents manquements
orchestrés par la presse écrite en Côte d’Ivoire, la liberté d’expression
par ces moyens de communication de masse doit avoir des
limites pour garantir une paix sociale durable, vœux très cher à tout
ivoirien épris de paix. Au bout du compte, il faut savoir que l’impact
indéniable des médias en temps de paix comme de guerre doit nous
amener, en dépit de la difficulté de la tâche dans notre
environnement politique, à rechercher les voies et moyens d’utiliser
le pouvoir des médias de façon positive, notamment l’instauration
d’un climat de paix, de cohésion sociale et de
développementdurable. Norbert Wiener, père de la cybernétique99,
achève de nous convaincre lorsqu’il dit que : « la société du future
s’organisera au tour de l’information ». En fait, la qualité de citoyen
authentique s’acquiert par le fait d’avoir des informations de qualité
servis par des hommes et des femmes de qualité. La Côte d’Ivoire
aujourd’hui a besoin d’un journalisme de paix. Il consiste à relayer

99
La cybernétique est une science des systèmes autorégulés, qui ne s'intéresse pas tant
aux composantes qu'à leurs interactions, et où est pris en compte avant tout leur
comportement global. C'est une modélisation de la relation entre les éléments
d'un système, par l'étude de l'information et des principes d'interaction.
152

l’information qui met en valeur la paix pour une cohésion sociale et


non la guerre.

Bibliographie
ABOLOU (C. R), « Les mots de la crise ivoirienne, discours, représentations, et
modélisation », in Les cahiers de la psychologie politique, (en ligne), numéro 14,
Janvier 2009, URL :
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