INTRODUCTION GENERALE
La dépigmentation est un processus volontaire ou non qui entraine la réduction de
la mélanine qui est le pigment responsable de la coloration de la peau. Celle-ci peut être
provoquée par : les maladies les facteurs génétiques (l’albinisme, vitiligo) ou les
utilisations des produits chimiques (l’hydroquinone, mercure). Dans ce même contexte,
nous nous appesantissons sur la dépigmentation volontaire(DV), cosmétique, artificielle ou
encore communement appelée « Ndjassang » au Cameroun qui est une pratique
essentiellement féminine en Afrique et touche un quart à plus des deux tiers des femmes.
Elle est reportée surtout dans les pays subsahariens notamment le Sénégal, le Mali, le
Togo, le Burkina-Faso, le Niger , le Congo le Cameroun et l’Afrique du Sud qui ont une
prévalence variant de 32 à 74%,selon les pays (Ly,2006).Au Cameroun, ce fléau prend de
plus en plus l’ampleur surtout chez les jeunes où une enquête menée en 2022 a révélé que
près de 30% des femmes camerounaises utilisent des produits éclaircissants ,sans
consultation médicale( Ngassam et al ; 2022) . Bien que plusieurs Etats ont essayé de
mettre sur pieds des lois et mesures pour palier à ce fléau notamment : au Sénégal qui
depuis 1979 a interdit l’usage et la promotion des produits dépigmentants avec un rappel à
la loi en 2019 ; en Cote-d’Ivoire c’est la promotion de la fabrication et la
commerçialisation des produits dépigmentants dépuis 2015; à la RDC c’est la fabrications
et la vente depuis 2006 ; au Cameroun depuis 2022 interdit la fabrication et la distribution
des produits à base de l’hydroquinone , de mercure et de corticoide et enfin le Burkina-
Faso qui interdit uniquement la publicité ; il y a pas d’applicabilité sur le terrain vu la
croissance des expansions des produits éclaircissants dans les marchés, les publicités
médiatiques et les fabrications artisanales qui minent le respect de celles-ci .Par
conséquent , les chiffres sur cette pratique sont alarmants et ceci se démontre par les
chercheurs (Tchoua et al ;2025) .
I. ETUDE DE LA PEAU
I.1Structure et fonctions physiologiques
La peau tout le monde en parle, mais beaucoup la considèrent juste
comme
une enveloppe corporelle sans vraiment la connaitre. Elle est bien plus
que cela,
car c’est un organe part entière, le plus grand du corps humain. Elle
joue un rôle
essentiel non seulement en tant que première barrière de protection de
l’organisme contre les agressions extérieures, mais également sur le
plan
esthétique et émotionnel (Michèle ariane. DN,2015).
I.1.1Structure de la peau
épiderme
C’est la couche la plus superficielle de la peau, il est formé d’un épithélium
pavimenteux stratifié kératinisé squameux épais de 0.04 à 0.4mm, il est dépourvu de
vascularisation, c’est la principale structure protectrice du corps. L’épiderme comprend
de la superficie à la profondeur cinq couches : cornée, claire, granulaire, épineuse et basale.
Il est constitué à 80 % de kératinocytes, conférant aux cellules de l’épiderme leurs
propriétés protectrices, trois autres types cellulaires, soit les mélanocytes, les cellules de
Langherans et les cellules de Merkel, cohabitent dans l’épiderme.
- Les mélanocytes : production de la mélanine responsable de la couleur de peau,
protégeant les kératinocytes de l’épiderme des rayons lumineux nocifs.
-Les cellules de Langerhans: rôle de défense.
- Les cellules de Merkel : un rôle de mécanorécepteur et sont impliquées dans la
fonction du toucher.
Derme
C’est un tissu conjonctifs sous-jacent à l’épiderme épais de 0.5 à 2.5mm, les
fibroblastes sont les principales cellules du derme, il contient aussi les fibres collagènes et
élastiques.
Le derme contient les annexes de la peau, à la différence de l’épiderme, le derme est
vascularisé, ce qui lui permet non seulement d’apporter à l’épiderme énergie et nutriments,
mais aussi de jouer un rôle primordial dans la thermorégulation et la cicatrisation.
NB : la compression prolongée de vaisseaux du derme entraine la formation des escarres.
Hypoderme
C’est le tissu conjonctif et le tissu graisseux situé entre le derme et le fascia profond,
cette dernière en gaine les muscles sous-jacents, Il est essentiellement constitué
d’adipocytes spécialisés dans l’accumulation et le stockage des graisses, l’hypoderme joue
donc un rôle de réserve énergétique, il Système tégumentaire participe également à la
thermorégulation, la graisse étant un isolant thermique. L’accumulation de la graisse
hypodermique se traduit par un surpoids. L’hypoderme contient aussi les vaisseaux et les
nerfs destinés au derme, les glandes sudoripareset les follicules pileux. L’hypoderme est
absent dans : paupières, pénis, scrotum, aréoles et mamelons. NB: l’hypoderme est le siège
de l’injection sous cutanée.
I.1.2Anatomie fonctionnelle
La peau est un organe aux fonctions diverses :
Il constitue une barrière de protection contre l’environnement ;
C’est l’organe de tact ;
Il permet les échanges thermiques ;
C’est un organe épurateur d’urée et de CO2 ;
C’est une zone d’absorption et d’échange ;
La peau participe à la synthèse de certaines vitamines (A B C D) ;
Types de peau
Il en existe plusieurs à savoir :
La peau normale : elle est équilibrée, douce, avec un teint frais et des pores plus
visibles elle n’est ni trop sèche ni trop grasse ;
Soins : nécessite une routine d’hydratation et de nettoyage adaptée mais n’a pas
besoin de soins spécifiques complexes ;
La peau sèche : elle produit moins de sébum, ce qui la rend plus sensible aux
agressions extérieurs et à la déshydratation, entrainant tiraillement, inconfort et
parfois rougeurs ;
Soins : besoin d’une hydratation et d’une nutrition intenses pour restaurer le film
protecteur et retenir l’humidité ;
La peau grasse : elle produit excès de sébum, ce qui peut entrainer une brillance sur
l’ensemble du visage et favoriser l’apparition d’imperfections ;
Soins : privilégier l’utilisation de produits qui régulent la production de sébum sans
être déshydratants ;
La peau mixte : elle combine des zones de peau différentes sur le même visage,
généralement grasse sur la zone T et normale ou sèche sur les joues
Soins : nécessite des soins adaptés à chaque zone avec les produits plus légers pour
la zone grasse et des soins plus riches pour les sèches
La peau sensible : particulièrement relative, elle peut rougir picote ou tirailler face à
des produits non adaptes ou des agressions extérieures
Soins :il est crucial d’utiliser des produits très doux et hypoallergéniques
La peau déshydratée : elle manque d’eau et non pas nécessairement de sébum.
Elle peut être sèche normale grasse et se manifeste par une sensation de tiraillement
Soins : celle-ci a besoin d’hydratation pour retrouver souplesse et éclat
I.1.3Traitement et protection de la peau
Pour une peau radieuse, certaines mesures doivent être pris en compte notamment : une
alimentation saine, pratiquer du sport, rester dans l’ombre, portez des vêtements de
protection ; hydratez votre peau, usage des savons doux, consultez les dermatologues
régulièrement.
II. NOTION DE LA DEPIGMENTATION CUTANEE
La dépigmentation est une décoloration de la peau. Dans certaines zones, la peau ne
possède plus de mélanine, le pigment naturel de la peau, celle-ci ayant été détruite. Cette
pathologie prend également le nom de vitiligo. La dépigmentation cutanée volontaire est
définie comme l’ensemble des procédés qui consistent, de sa propre initiative, à éclaircir la
teinte naturelle de sa peau à visée esthétique (Petit A., 2007). Ceci passe par
l’atténuation de la pigmentation mélanique la physiologie de la peau.
[Link] DU BLANCHIMENT CUTANEE
Des techniques d’éclaircissement ou de blanchiment ont vu le jour il y a
très longtemps dans diverses civilisations mais il s’agissait de pratiques rituelles
limitées dans le temps, comme des déguisements et des maquillages de cérémonie ou de
théâtre. La DV comme phénomène social de grande ampleur a pris naissance dans les
années 1960, catalysée par La découverte du pouvoir dépigmentant de l’hydroquinone et la
mise au point des dermocorticoïdes. Les propriétés de l’hydroquinone auraient été décelées
fortuitement chez des ouvriers noirs travaillant dans l’industrie du textile et du caoutchouc
aux USA (Petit,a 2007), où, son utilisation sans protection aurait provoqué un blanchiment
des mains et parties exposés. Ainsi les dépigmentants à l’hydroquinone auraient-ils d’abord
été produits aux USA en 1955 pour envahir en premier lieu les pays africains anglophones
( Ondongo, J. 1989). Les marchés anglophones africains constituent la destination
initiale des produits (descriptions dès 1961 en Afrique du Sud). Le phénomène se répand
rapidement en Afrique subsaharienne à partir des années 80 . La DV s’est largement
développée au cours de ces 20 dernières années, avec la mise à disposition, à la fin du
XXème siècle de moyens techniques d’éclaircissement efficaces, faciles d’emploi et bon
marché. Cette progression
pourrait en partie s’expliquer par l’influence que peuvent exercer certaines industries
spécialisées dans les cosmétiques pour peaux fortement pigmentées, par le biais de
publicités volontairement agressives et omniprésentes dans certaines presses féminines
(AFSSAPS ,2011 ).
[Link]
Les données documentant l’ampleur du phénomène de la DV dans la population générale,
sont peu nombreuses (AFSSAPS ,2011). La DV est une pratique en Afrique qui touche
un quart à plus des deux tiers des femmes selon le type d’échantillonnage et le recrutement
( Mahé.A et al ,2007 ).En général, la pratique concerne surtout la gente féminine de
l’adolescence à l’adulte jeune. Sur certaines études transversales, la DV semble moins
fréquente dans la population féminine à partir d’un certain âge : 67% de l’ensemble d’un
échantillon de femmes âgées de 15 à 55 ans la pratiquent contre 41% seulement pour la
tranche de 45 à 55 ans selon l’étude de Wone (Wone I et al, 2000) ; 66% d’un
échantillon de femmes s’éclaircissant la peau ont moins de 40 ans et 34 % plus de 40 ans
selon l’étude de Pitche (Pitche P,1998). Elle est rapportée surtout dans les pays
subsahariens notamment le Sénégal, le Mali, le Togo, le Burkina Faso, le Nigeria, le
Cameroun, le Congo et l’Afrique du sud (Schulz EJ, 1982). La DV est observée plus
rarement chez l’homme, cependant on a pu constater récemment dans certains pays
d’Afrique centrale comme le Congo une exacerbation du blanchiment chez les hommes
(Ajose Fo,2005). On retrouve la même prévalence en France dans la population migrante.
la DV est rare voire exceptionnelle dans d’autres populations notamment d’origine
antillaise, ou bien dans la communauté comorienne. Selon le niveau d’instruction, la
profession, le mode de vie, toutes les catégories sociales sont concernées mais à des degrés
différents. 64% des femmes de niveau d’instruction primaire se dépigmentent contre 54%
de celles de niveau supérieure et 44% des femmes non scolarisées (Mahé.A et
al .,2004). En Afrique la DV touche toutes les classes sociales même les
médecins(Remed .,2009).
[Link]
Différents termes sont utilisés pour désigner la DV :«xeesal» (dépigmentation) ou «leeral»
(éclaircissement) au Sénégal, «tcha-tcho» au Mali, «maquillage» au Congo, « Ndjansang »
au Cameroun, « Kwanza » au Gabon. Les produits sont dits blanchissants (« bleaching »)
aux Etats Unis. Ces noms sont comme des codes que seul la diaspora noire comprend et
utilise pour parler de ce fléau. Historiquement, la DV comportait une première phase de
mordançage résultant de l’application intensive d’une préparation caustique. La seconde
phase avait pour but de limiter les effets irritants grâce aux dermocorticoïdes et de
pérenniser l’hypopigmentation par l’emploi de l’hydroquinone (Marchand JP et al.,1976).
Aujourd’hui, le mordançage ne semble plus être pratiqué. En effet, l’application directe sur
la peau de produits dépigmentants puissants est préférée. Ces produits, utilisés soit de
manière isolée, soit en association, sont en général appliqués sur tout le corps (dans 92%
des cas) (Mahé.A et al ,2003) ou plus rarement sur les parties découvertes seulement.
Les femmes procèdent à une ou plusieurs applications journalières, souvent durant
plusieurs années (Wone I et al.,2000). Cependant, les pratiques actuelles de la
dépigmentation volontaire restent relativement imprécises ; elles varient d’une personne à
une autre, en fonction de ses moyens financiers, de la vitesse de dépigmentation souhaitée,
de la disponibilité des produits et des « recettes » locales (AFSSAPS ,2011 ).
VI. MECANISME DE LA DEPIGMENTATION CUTANEE
Composés chimiques, naturels, ou synthétiques, les agents dépigmentant peuvent agir
selon plusieurs types de mécanismes (Fig.5) :
VI.1.Régulation de la Mélanogenèse par contrôle de l’activité des
tyrosinases
Parmi les agents dépigmentants qui inhibent les tyrosinases, on peut citer l’arbutine, la
vitamine C, l’acide kojic, la trétinoide, les sels de mercure. Ceux-ci agissent à plusieurs
niveaux :
Inhibition de l’activité des tyrosinases ;
Réduction de la production de tyrosinases ;
Une augmentation de la dégradation des tyrosinases (Jung WS and Kyong
CO ;2014) .
VI.2 Inhibition du transfert des mélanosomes
Les mélanosomes sont les organites cellulaires spécialisés dans lesquels la
mélanine est synthétisée et déposée. Une inhibition du transfert des mélanosomes des
mélanocytes aux kératinocytes aura pour conséquence une hypopigmentation, par blocage
de la dispersion du pigment vers les kératinocytes (Jung WS and Kyong CO ;2014) .
VI.3 Destruction et contrôle de l’activité des mélanocytes
Une destruction de mélanocytes entraine la diminution de leur nombre : C’est le
mécanisme de mélanocytotoxicité, plus difficile à contrôler. C’est le mode d’action de
l’hydroquinone (Solano F et al., 2006). Le mécanisme d’action des corticoïdes est mal
connu. Ils diminueraient l’activité des mélanocytes et exerceraient une action sur la synthèse
des mélanines (AFSSAPS ,2011 ). Il est généralement admis que les dépigmentants
connus agissent par une combinaison de plusieurs de ces modes d’action. Les dépigmentants
sont
employés à titre thérapeutique et esthétique. A ce titre, ils entrent aussi bien dans la
composition de préparations pharmaceutiques que cosmétiques. Ces deux aspects sont
d’ailleurs intimement liés dans la majeure partie des cas. Il existe, de nos jours, de nombreux
produits aux propriétés éclaircissantes, mais peu sont utilisables en cosmétologie en raison
de leur tolérance médiocre et de la législation en vigueur.
Fig5 : inhibition de la pigmentation à différents stades de la mélanogenèse( Ortonne A
and Bissett, 2008).
[Link] DE LA DEPIGMENTATION VOLONTAIRE
De multiples hypothèses ont été soulevées, pour justifier la DV, allant de la simple
raison esthétique à des causes sociales, culturelles et psychiques. La majorité des personnes
se blanchissant la peau évoque des raisons d’ordre esthétique. Cependant une analyse plus
poussée du comportement humain révèle un possible rejet de l’identité, comme l’a écrit
Frantz Fanon dans son œuvre intellectuelle peaux noires masques blancs publiée en 1952 «
Nous ne tendons à rien de moins qu’à libérer l’homme de couleur de lui-même. » (Frantz
F ,1952).La dépigmentation volontaire relève donc de considérations
multiples :socioanthropologiques, psychologiques, esthétiques et médicales (Didillon , Les
causes de la dépigmentation les plus citées sont:
VII.1 Motivation esthétique : recherche d’un teint uniforme sans tache :
La DA est considérée pour certaines femmes comme un outil d’apparat au même
titre que la coiffure, les beaux habits, le maquillage (LY,2014). Dans la quête de produits
pour éliminer ces taches et uniformiser leur teint, les sujets de peau noire se lancent dans
l’utilisation des produits dangereux et qui par leur publicité pour la plupart mensongère
promettent un éclaircissement rapide et efficace des taches.
VII.2 Suivre le phénomène de mode
Les magazines, la publicité et le cinéma, encouragent d’une certaine façon les
personnes à peau fortement pigmentée à avoir une peau plus claire (Godlee F,1992) .On
remarque que dans la société actuelle, les icones de mode, les stars qu’on admire et regarde
en boucle à la télé, dans les magazines ont très souvent recours au blanchiment de leur
peau ce qui n’échappe pas au public (Fig. 6). Beaucoup veulent donc suivre le phénomène
de mode en s’identifiant à [Link] 6 : Emblèmes de la musique internationale se
blanchissant la peau
VII.3Pression de l’environnement
Certaines femmes avouent être souvent à l’origine des railleries et des remarques
désobligeantes dues à leur teint foncé. De nombreuses expressions sont couramment
utilisée pour y faire référence « noire comme la malchance » « être trop noire ça fait sale
».D’autres révèlent la pression de leur mari ou partenaire qui les incitent et parfois même
les obligent à se dépigmenter. Sauvegarder leur couple devient alors une raison suffisante
pour s’éclaircir à tout prix la peau.
VII.4 L’ascension sociale
Certaines personnes ont une tendance à croire qu’avoir un teint clair peut être un atout
pour gravir les échelons dans la société, surtout dans le domaine professionnel. Avoir une
belle peau claire, c’est se faire remarquer, briller en société, posséder le prestige d’une
beauté lumineuse (ViganelloG ,2008) .
VII.5 Causes psychologiques
La dépigmentation cutanée, qui est par définition le passage d’un teint foncé à un teint
plus clair, n’a pas manqué de soulever un débat sur les causes psychologiques. Ainsi,
nombreux sont ceux, parmi les professionnels de la pensée humaine qui évoquent un
complexe et un rejet de son identité culturel. Le passé de l'esclavage et la colonisation,
discrimination et maltraitance sont des facteurs qui prônent la suprématie de la peau
blanche(Ladizinski B et al .,2011).
[Link] DE LA DEPIGMENTATION VOLONTAIRE
Les problèmes liés aux traitements éclaircissants de la peau ont un impact
significatif sur les aspects dermatologiques, physiologiques, ([Link]),psychologique,
économique, social et culturel de la vie (Ladizinski B et al .,2011). Les effets secondaires
sont plus prononcés sur les peaux fines, très vascularisées (Mélanie B et al .,2008). La
sévérité dépend également de la toxicité, la concentration, la durée d’utilisation, le nombre
de produit utilisés à la fois, la concomitance du traitement topique et systémique pour
d’autres conditions, et la sensibilité de la peau) (Faye O et al .,2005).
VIII.1 Dyschromies
La dyschromie est une lésion élémentaire en pathologie dermatologique. C’est une
modification durable et anormale de la coloration de la peau, plus ou moins étendue. Elle
se caractérise par des macules, plaques de couleurs différentes de la peau. La pigmentation
peut être excessive ou insuffisante, localisée ou généralisée. En effet, l’application des
topiques n’est pas homogène ni en quantité ni en durée selon la localisation cutanée. De
plus certaines parties sont difficiles à dépigmenter : la persistance de la pigmentation
(correspondant à une hyperpigmentation relative) sur les faces dorsales des articulations
inter phalangiennes(Fig.7) est ainsi évocatrice de l’usage des produits blanchissants
(Blandine N,2001). Ce signe est présent dans 98% des cas selon l’étudede Raynaud.
Figure 7 : Persistance de la pigmentation au niveau des dos des articulations après
usage des dépigmentants(Armand O, 2014).
Parmi les dyschromies dues à la dépigmentation, La plus sévère et indexée
de l’usage chronique de l’hydroquinone est l’ochronose exogène (Nordlund jj and Grimes
PE.,2006)(Fig.8).
Au moins 789 cas reportés, dont 756 apparus en Afrique( Levitt J , 2006) Elle est due à
une anomalie du métabolisme de l’acide homogentisique. Elle survient surtout
sur les zones photo-exposées, notamment les régions faciales zygomatiques,
temporales et les faces latéro-postérieures cervicales (Bongiorno RM and Arico M .,2005)
Elle se manifeste par l’apparition de micro papules hyper-pigmentées d’évolution
confluente en réticulées noirâtres. La peau est épaissie, rugueuse ou granitée. Lorsque le
pavillon de l’oreille est atteint, il prend une teinte gris-bleutée. Ces lésions sont
irréversibles car il n’existe pas encore de traitement approprié à ce jour (Draelos ZD et
al .,2007)
Figure8: sujet atteint d’onochrose
VIII.2 Dermatite de contact
C’est une éruption cutanée localisée ou une irritation de la peau provoquée par le contact
avec une substance étrangère. Elle touche uniquement les régions superficielles de la peau.
Elle provoque des brulures, démangeaisons et éruptions cutanées qui durent de quelques
jours à plusieurs semaines avant la guérison. La dermite de contact ne disparait que si la peau
n’est plus en contact avec l’irritant mis en cause. Mais lorsque la suppression de l’agent
responsable n’apporte aucune amélioration,elle peut vite devenir chronique (Lutz ME and el-
Azhary RA .,1997).
VIII.3L’acné
Elle est particulièrement fréquente (12 à 53% des utilisatrices) (Del G et al . ,2003), induite
ou aggravée, parfois sévère, souvent corticodépendante. Elle génère fréquemment des taches
pigmenté au niveau du visage (Fig. 9).
Figure 9 : Cicatrices d’acné après usage des produits à base de corticoïdes (Asong
Z ,2015)
VIII.4 Atrophie cutanée
Elle se manifeste par la diminution ou la disparition totale ou partielle des éléments
constitutifs de la peau à savoir l’épiderme, le derme et l’hypoderme. Dans le cas de la
dépigmentation, on a une atrophie cortisonique qui est une atrophie cutanée diffuse,
provoquée par la fonte du tissu collagène à la suite d’un traitement prolongé par les
corticostéroïdes. Elle est responsable d’une fragilité anormale de la peau qui s'exprime lors
de traumatismes minimes, par un retard et/ou par des complications de la cicatrisation. Elle
est présente chez 8 à 41% des cas (Del G et al .,2003) .
VIII.5Les vergetures
Les vergetures sont causées par une rupture des fibres collagène et élastiques à la suite
d’un étirement trop rapide et brutal de la peau. Les vergetures dues à l’usage des
dépigmentants sont très fréquentes (7 à 44% des utilisatrices) (AFSSAPS ,2011). Elles
sont irréversibles et assez inesthétiques Leurs particularités se situent au niveau:
De leurs nombres ;
De leur localisation, non seulement sur les zones classiques de tension (grands plis,
fesses, poitrine…), mais aussi sur des sites inhabituels tels le décolleté, le cou, les
plis des coudes, cuisses et les creux poplités ;
De leur aspect : elles sont larges, atrophiques, érythémateuse, hypochromes et/ou
hyperpigmentées (Mariam K,2012)(Fig. 10).
Figure 10 : vergetures profuses après usage d’hydroquinone (Mahé A ,2010)
VIII.6L’hirsutisme
C’est l’apparition d’une pilosité de type masculin dans les zones normalement glabres chez
la femme (visage, cou, thorax, etc.). Les poils du corps poussent selon un modèle masculin
(poils androgéniques) ce qui est une entrave à la féminité. L’hirsutisme est le résultat d’une
utilisation abusive des corticoïdes chez les femmes. Des manifestations telles que
l’eczéma, la gale chronique, les dermatites lichénoïdes, les infections mycosiques (teignes,
dermatophyties, pityriasis versicolore) ont également été décrites (Mahé.A et
al.,2007 ).
VIII.7 Le cancer de la peau
C’est une tumeur constituée de cellules de la peau qui ont muté au niveau
génétique ou cellulaire et qui se multiplient de façon désorganisée et anormales.
L’Union européenne a classé l’hydroquinone comme mutagène catégorie 3. Des cas de
carcinomes épidermoïdes survenus chez des femmes noires utilisant des produits
dépigmentants contenant des dermocorticoïdes et de l’hydroquinone à visée cosmétique
depuis 10 à 15 ans en moyenne ont été rapportés. Les tumeurs étaient localisées sur la zone
cervicale, des zones photo exposées, sur des lésions de dermite lichénoïde et d’ochronose
exogène. Il s’agit des deux premiers cas publiés de carcinomes épidermoïdes survenant sur
des dermatoses induites par la dépigmentation cosmétique au long cours. Ces observations
n’apportent pas la preuve formelle du rôle des produits dépigmentants dans la survenue des
carcinomes épidermoïdes. Toutefois, elles doivent inciter à la vigilance chez les femmes
s’adonnant à la dépigmentation artificielle ( Ly ,2014) .
[Link]
Notre étude fait ressortir que 33,33% des femmes avaient un âge compris entre 20 et 24
ans avec un âge moyen de 28±5 ans. Ce résultat montre que la dépigmentation
volontaire est l’apanage des jeunes femmes comme rapporté dans la littérature par
Glèlè-Ahanhanzo (Glèlè-Ahanhanzo Y et al.,2019) au Bénin où la tranche d’âge la plus
représentée était celle des femmes ayant entre 15 et 24 ans représentait 41,33% avec un âge
moyen de 26 ans, Kouamé ATTA en Côte d’Ivoire en 2020, 82,9% des femmes enquêtées
était moyenne d’âge de 29,7 ans(Kouamé A , Affibé WA.,2020) et Ngolo en RDC en
2021 qui rapportait que la tranche d’âge la plus concernée était celle de 21 à 30ans
représentant 32,1%.Dans notre étude, 39% des femmes ont un niveau d’instruction
secondaire et 22% n'avaient aucun niveau d'instruction. Kourouma ( Kourouma S et
al.,2020) dans son étude réalisée en 2020 rapportait 45,7% qui ont le niveau secondaire,
Kalina (Kalina K,2021) rapportait que 39,4% des pratiquantes ont le niveau secondaire et
Kébé en Mauritanie( Kébé M et al,2015) où le niveau de scolarité primaire des
utilisatrices est de 40,2% et le secondaire de 41,5%. Ces résultats pourraient s’expliquer
par le fait que le niveau d’instruction bas peut influer sur la pratique par l’insuffisance de
compréhension des risques de la dépigmentation. Les femmes célibataires parmi les
enquêtées représentaient 46%, contrairement à Ngolo (RDC) ( Masudi N et al.,2022) en
2021 qui rapporte 53,8% des femmes célibataires, ( Atta K and Affibé WA,2020) qui a
trouvé que plus de la moitié 57% des femmes dépigmentées enquêtées ne vivaient pas en
couple et Pitché à Lomé (Pitchz et al.,1998) rapportait que les femmes célibataires
utilisaient plus ces produits que les femmes mariées. En effet, les célibataires sont plus
libres que les mariées pour pratiquer la dépigmentation et, par ailleurs,
elles sont plus enclines à la pratique pour chercher la beauté afin de conquérir les hommes
qui les épouseraient.
En ce qui concerne la source de revenu, 31,08% des femmes enquêtées sont des
couturières et 22,22% sont des coiffeuses avec un revenu mensuel approximatif situé entre
30005 F et 40000F. Atta ( Atta K and Affibé WA,2020) qui a trouvé que plus de la moitié
des femmes enquêtées (60%) avaient une activité lucrative, Kébé ( Kébé M et al,2015)
rapporte une proportion importante des vendeuses et des commerçantes, Koutchoro
(Koutchoro E.B et al., 2024) au Benin rapporte 36,8% avaient une activité génératrice de
revenu et quant à Pitché à Lomé (Pitchz et al.,1998), trouvait selon
l’activité socio-économique que les étudiantes/élèves, les salariées, les revendeuses et les
commerçantes faisaient significativement plus usage des produits dépigmentants
que les apprenties et les femmes au foyer. En effet ces petits métiers leur garantissent une
indépendance financière permettant de subvenir à certains de leurs besoins dont les
produits dépigmentant. Notre étude a relevé que 32,22% des femmes se dépigmentaient la
peau il y a 5 à 8 ans et 27,78% pendant une durée de 13 ans à plus et dans 44% la
fréquence d’application des produits est de 3 fois par jour avec des extrêmes de 1 à 5 fois.
Le rythme d’application était biquotidien chez 70,6% rapporté par Koutchoro (Koutchoro
E.B et al., 2024) . Cela montre le degré important d’exposition au risque de survenue des
conséquences liées à la dépigmentation Kanda T et al.,2022). Les produits utilisés étaient
le savon dans 86,67%, le lait corporel dans
64,44% et la pommade dans 56,67%. Ces produits contiennent pour la plupart de
l'hydroquinone (25,6%), des corticostéroïdes (18,9%), mercures et dérivés (1,1%).
Au Cameroun (Kouotou EA.,2019) rapporte que l'hydroquinone (62,7%), les dérivées
mercurielles (28,4%) et les dermocorticoïdes (25,8%) étaient les composés les plus utilisés.
Ces composés sont rapportés dans plusieurs études( Yaméogo, B.G.J et al.,2023) dans des
proportions différentes. Le mode d’approvisionnement était l'achat direct au marché
(76,78%), auprès des vendeurs ambulants (32,22%), à la pharmacie (27,78%) et auprès des
tabliers (5,55%). Les
femmes enquêtées (71,11 %) ont affirmé dépenser au moins 10000 FCFA par mois pour
l’achat des produits dépigmentants. Glèlè-Ahanhanzo [6] rapportait dans son
étude que le cout médian pour l’approvisionnement mensuel des produits dépigmentant est
de 1000 FCFA. Cette différence pourrait s’expliquer par la cherté de la vie
dans notre contexte. Concernant le lieu d’approvisionnement, cela concorde avec l’étude
de
Ngolo en RDC ) ( Masudi N et al.,2022) qui rapportait comme principaux lieux
d’approvisionnement le marché 59%, la pharmacie 12,8% et la boutique 9% et aussi celle
de Kébé en Mauritanie
( Kébé M et al,2015) qui rapportait que le marché constitue la principale source
d’approvisionnement de ces produits. Cette somme est largement inférieure au revenu
mensuel moyen des
femmes qui est de 44224,44 FCFA. Cela explique la disponibilité et l’accessibilité à
moindre coût de ces produits. Les femmes dans notre étude ont cité comme
principales causes de dépigmentation, le désir d'être belle (56,67%), la quête d'une peau
douce (40%), séduire les hommes (37,78%). Par contre au Cameroun (Kouotou EA.,2019)
la quête d’une belle peau et celui d’une peau douce étaient rapportées dans respectivement
74,3% et 68,6%.Comme raisons socio-culturelles de la dépigmentation volontaire
de la peau, notre étude fait ressortir la mode (55,56%), le plaisir (46,67%), la recherche de
conjoint/mari (38,89%).
Toutes ces causes (motivations) sont rapportées dans la
littérature (Andonaba, J.-B et al.,2017) à savoir la beauté, la séduction, l'influence de
l’entourage proche, de la mode, des modèles, la publicité, la polygamie qui met les
femmes enconcurrence et qui les poussent à être les plus belles (41,44). Koutchoro au
Benin (Koutchoro E.B et al., 2024) rapportait être plus belle (58,8%) ; uniformiser le teint
(23,0%) ; plaire auxhommes (15,5%) ; à l’occasion d’évènements sociologie comme le
mariage ou baptême (1,7%) et la rivalité (0,8%). En effet, les principales conséquences
cutanées liés à la
dépigmentation volontaire de la peau étaient prédominées par la dermatophytie (30%), les
vergetures 22,2%, l’acné (27,7%). Ces complications ont été rapportées par
plusieurs auteurs dans des proportions variables selon les études (Andonaba, J.-B et
al.,2017).
X. QUESTIONNAIRE
Consentement éclairé (note explicative)
M/Mme, je suis MPONGO Tchoutché Séphora Juanita en 2 -ème année BTS, filière
Sciences infirmières à l’Institut de Golfe de Guinée (IUG)/Institut Supérieur des Sciences
Appliquées (ISA).Dans l’optique de mener à bien nos travaux de recherche dont le thème
est: « Corrélation entre la dépigmentation volontaire et les maladies de la peau: cas de
l’Hôpital de District de la cite des palmiers ».Nous vous prions de bien répondre en toute
liberté et conscience aux questions qui vous seront posées. Nous vous rassurons que vos
réponses seront utilisées uniquement dans un but académique et dans un anonymat absolu.
I- IDENTIFICATION DES CARACTERISTIQUES SOCIOLOGIQUES
1. Quel est votre âge?
– Moins de 18 ans
– 18-25 ans
– 26-35 ans
– 36-45 ans
– Plus de 45 ans_
2. Quel est votre sexe ?
– Masculin
– Féminin
– Autre
3. Quelle est votre origine ethnique ?
– Blanc
–Noir
– Asiatique
– Métis
– Autre (veuillez préciser) : ________
II- PRATIQUES DE DÉPIGMENTATION
4. Avez-vous déjà utilisé des produits dépigmentants ?
– Oui
– Non
5. Si oui, quel type de produit utilisez-vous principalement ?
– Crème
– Lotion
– Sérum
– Autre (veuillez préciser) : ________
6. Depuis combien de temps utilisez-vous des produits dépigmentants ?
– Moins de 6 mois
– 6 mois à 1 an
– 1 à 2 ans
– Plus de 2 ans
7. À quelle fréquence utilisez-vous ces produits ?
– Quotidiennement
– Hebdomadairement
– Mensuellement
– Occasionnellement
8. Quels sont vos objectifs en utilisant des produits dépigmentants ? (Cochez toutes les
réponses applicables)
– Éclaircir la peau
– Réduire les taches sombres
– Uniformiser le teint
– Autre (veuillez préciser) : ________
III- EFFETS SECONDAIRES ET MALADIES CUTANÉES
9. Avez-vous déjà ressenti des effets secondaires après l'utilisation de produits
dépigmentants ?
– Oui
– Non
10. Si oui, quels types d'effets secondaires avez-vous observés ? (Cochez toutes les
réponses applicables)
▪ Irritation cutanée
▪ Rougeurs
▪ Démangeaisons
▪ Éruptions cutanées
▪ Autre (veuillez préciser) : ________
11. Avez-vous déjà été diagnostiqué(e) avec une maladie de la peau ?
▪ Oui
▪ Non
12. Si oui, quelle maladie vous a été diagnostiquée ? (Cochez toutes les réponses
applicables)
▪ Eczéma
▪ Psoriasis
▪ Dermite
▪ Cancer de la peau
▪ Autre (veuillez préciser) : ________
IV-PERCEPTIONS ET ATTITUDES
13. Pensez-vous que la dépigmentation volontaire est socialement acceptée dans votre
communauté ?
– Oui
– Non
14. Quels sont, selon vous, les principaux risques associés à l'utilisation de produits
dépigmentants ? (Cochez toutes les réponses applicables)
– Maladies de la peau
– Réactions allergiques
– Dépendance aux produits
– Autre (veuillez préciser) : ________
15. Avez-vous déjà consulté un professionnel de santé au sujet de l'utilisation de produits
dépigmentants ?
– Oui
– Non
16. Si oui, quelle a été leur recommandation principale ?
– Continuer l'utilisation
– Arrêter l'utilisation
– Utiliser avec précaution
– Autre (veuillez préciser) : ________
V- MOTIVATIONS
17. Quelles sont vos principales motivations pour pratiquer la dépigmentation ? (Cochez
toutes les réponses applicables)
– Pression sociale
– Estime de soi
– Normes culturelles
– Autre (veuillez préciser) : ________
18. Pensez-vous que l'apparence de votre peau influence votre confiance en vous ?
– Oui, beaucoup
– Oui, un peu
– Non, pas du tout
19. Êtes-vous au courant des risques associés à l'utilisation de produits dépigmentants ?
– Oui, très bien informé(e)
– Oui, un peu informé(e)
– Non, pas du tout
20. Seriez-vous prêt(e) à arrêter l'utilisation de ces produits si vous saviez qu'ils étaient
nocifs pour votre santé ?
– Oui
– Non
21. Souhaitez-vous partager d'autres commentaires ou expériences concernant la
dépigmentation volontaire ?
__________________________________________________________
22. Seriez-vous intéressé(e) à participer à un suivi ou à des études futures sur ce sujet ?
– Oui
– Non
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