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Biba Rio

Novak Ravenguard, né dans des circonstances difficiles, utilise ses compétences psioniques et son instinct pour traquer ceux qui ont causé la souffrance de sa mère, Althaea. Après avoir infiltré des organisations criminelles et découvert des secrets, il se retrouve face à Krilic, un oni, qu'il parvient à capturer grâce à ses talents. Sa quête de vérité et de vengeance le pousse à naviguer dans les dangers de Sigil, tout en maintenant une correspondance avec son père, Vaelen Karth, un archiliche, qui l'encourage dans sa lutte contre l'injustice.

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Biba Rio

Novak Ravenguard, né dans des circonstances difficiles, utilise ses compétences psioniques et son instinct pour traquer ceux qui ont causé la souffrance de sa mère, Althaea. Après avoir infiltré des organisations criminelles et découvert des secrets, il se retrouve face à Krilic, un oni, qu'il parvient à capturer grâce à ses talents. Sa quête de vérité et de vengeance le pousse à naviguer dans les dangers de Sigil, tout en maintenant une correspondance avec son père, Vaelen Karth, un archiliche, qui l'encourage dans sa lutte contre l'injustice.

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Il a craché des preuves — registres, contrats, relais« Si t’attends une belle histoire, casse-toi. C’que
j’ai à raconter pue la rouille, le sang et la soupe de prison. »
Moi, c’est Novak Ravenguard. J’suis pas né dans un berceau doré ni sur un tapis de fleurs, bige. Non,
moi j’ai poussé mon premier cri dans une foutue cagette de la Mort Rouge, là où les râles des biges
garrottés te servent de berceuse. Ma mère, Althaea Ravenguard, une noble de la Porte de Baldur, a été
pelée par des attrapes-pigeons planaires, juste parce que son nom valait du jonc facile. Mon daron ?
Pas mêlé à cette histoire, il a juste été là pour la sauver.
e suis rentré à Sigil avec la preuve et la gueule pleine de poussière salée. Les registres arrachés à Krillic
ont mordu plus fort que je l’espérais : contrats, noms, relais — assez pour faire bouger la machine des
Greffiers. J’ai posé les pages sur la table des Rectifieurs, j’ai pas supplié. J’ai servi la chanson froide.
Ils ont lu. Les mots ont fait leur boulot : une demande d’audition, puis une audience exceptionnelle. Les
murs ont remué.
La forteresse puait la mer et la rouille. Maison-close pour passeurs, forge pour runes, portail clandestin
dans une cave humide. J’ai infiltré la place en valet volé, j’ai glissé des lames psychiques dans la nuque
des veilleurs pour qu’ils tombent sans bruit. J’ai progressé comme une ombre polie. Krilic n’était pas
un tirailleur : il commandait depuis l’ombre, et sa garde mordait vite.
C’est là que Vaelen Karth, mon père, est intervenu. Pas pour un receleur, un cune lame. Pas une lame
de métal ; une lame psychique, froide, nette, invisible. Elle a traversé l’air et l’a frappé entre les tem-
pes. Il s’est effondré sans bruit, comme si sa vie avait été aspirée par un trou dans l’éther. Les gardes
ont reculé, incapables de comprendre. Pas de sang qui gicle, pas de trace de violence ordinaire — juste
un corps qui tombe et un silence qui pèse. Les Greffiers peuvent gratter des heures, ils trouveront rien
d’expliqué. Une mort qui cloue la gorge.
C’était pas pour le frisson. C’était pour la chanson : « le filligramme et tombée continuer et vous
tomber aussi . » La peur a changé de main dans la pièce. Les chefs se sont regardés, l’odeur de la
trahison passant comme un courant. Ils savaient que l’attaque venait d’un coup d’œil, d’un esprit en
acier. Ils savaient que j’étais capable de truc qui dépasse leurs contrats et leurs gorilles.
J’avais prévu l’issue. Avant d’entrer, j’avais planté une dague psioniste a l’étage supérieur , une tele-
portation au moment ou la pièce devient trop chaude. Un vide doux, et je me suis retrouvé sur la pointe
d’un toit humide à quelques rues de là, le vent de la crique dans la gueule, le cœur qui bat. Pas d’éclair,
pas de fumée, juste un saut psionique — propre, rapide, silencieux.
C’était une leçon, pas une victoire : mes lames ne laissent pas de trace, mais elles laissent des idées. Et
les idées, ici, elles se propagent plus vite que des flammes sur de l’huile.
JJ’ai dû me faufiler, attendre, frapper quand la faiblesse s’est montrée.
Le face-à-face fut bref et sans poésie. Krilic se dressa, cornes peintes, gueule large. Il croyait que tous
ses hommes suffiraient. Il n’avait pas pigé la danse des lames muettes : mes attaques lacéraient la chair
et clouaient la volonté. Quand il a voulu fuir par son portail, j’ai pété le pylône de résonance en amont
— pas d’échappatoire. La forteresse gémit, la mer a hurlé, et Krilic s’est retrouvé ligoté dans ses pro-
pres chaînes [Link] avec des relais griffonnés, des témoins qui parlent d’un « filigrane » — une
expression pour des contrats qui passent entre plans. Petit à petit, la route s’est éclaircie. J’ai suivi les
messagers, observé les horaires, saboté un petit relais de transport pour forcer la main d’un receleur.
Quand il a craché, il a craché des noms de relais et une adresse gravée dans le sel d’un port : une forter-
esse à la crique.
C’est là que le vrai nom m’a mordu la langue. Pas tout de suite, pas proprement. Un carnet déchiré, une
ligne lisible : Krilic. Un oni. Le mot traînait comme une odeur dans la marge d’un contrat. J’ai souri.
Enfin une tête à accrocher au fil. Mais j’ai pas sauté de joie : un nom, c’est une tête. Et une tête qui sait
se planquer est plus dangereuse qu’un troupeau de coeurs ouverts.

Ils ont ouvert la caisse. Dedans : les têtes des seconds — pas des chefs, non, les seconds qui n’avaient
pas daigné pointer leur nez. Emballées, dasn la taie d’oreillers des chef des guilde le tout volée sur leur
lit . Un message clair posé : «vous n’êtes pas en sécurité . » Les regards ont plongé comme des rats
surpris. Certains ont pâli, d’autres ont voulu hurler.
Un type a essayé de jouer le fier — un procureur de seconde zone, qui voulait brailler pour sauver sa
face. Il s’est levé, il a voulu appeler ses gorilles. Je l’ai laissé parler une seconde, parce que regarder un
bige se cramer la lèvre, ça n’a pas de prix.
J’ai pas répondu avec des mots. J’ai planté s’affirmer, pas pour se la jouer archiliche vengeur, non.
Juste parce qu’il déteste voir un bige pelé pour rien. Il a détruit les ravisseurs, foutu le bazar dans leur
vaisseau, et a sauvé ma mère. Il a pas fait ça pour la gloire ou le crédit. Il l’a fait parce que c’est lui.
Un archiliche philosophe, qui connaît le prix des vies et qui respecte ceux qui tiennent bon face à l’in-
justice.
Mon daron, il a pas forcé ma mère à rester. Il lui a juste offert un refuge sur son navire, et elle a ac-
cepté. Ils ont parlé, ils ont ri, ils ont débattu… et pour des raisons que même moi j’arrive pas à piger, ils
se sont aimés.
Mais comme souvent , le danger ne dort jamais. Sarlok Gravesong — son nom te donne déjà envie de
te boucher les oreilles — est revenu. Lui, il aime pas le monde pour ce qu’il est ; il aime les chaos, les
profits et les cris. Mon daron a pigé qu’il pouvait pas protéger tout le monde et que ma mère devait filer
avant que Sarlok lui colle un air fatal. Alors il l’a poussée à travers un portail vers Sigil, le temps
d’une vie.
C’est cette réputation qui a fini par ramener le passé à ma porte. Un jour, un coursier planant m’a
trouvé dans les couloirs crasseux de la Mort Rouge. Pas un garde, pas un supérieur. Non, un type
d’ailleurs. Il a juste dit :
"Je te cherchais depuis longtemps. Ton père t’envoie ceci."
Une lettre. Cachetée de givre. Froide comme la tombe. J’ai senti mon instinct psionique grésiller rien
qu’en la touchant.
Mon fils.
Si tu lis ceci, alors tu as survécu. Ce qui me suffit pour être fier.
Sache que je n’ai jamais cessé de chercher ta mère ni toi.
Et si la Cage ne t’a pas brisé, alors peut-être… il est temps que nous parlions.
— Vaelen Karth , Archiliche de la Crypte Spiralée

J’ai relu ses mots trois fois. J’étais fier, ouais — content d’avoir un pere
qui daigne m’écrire. Mais j’suis pas con : je peux pas courir le voir. Ma mère est toujours
en cagette, et je la lâche pas. Alors on a commencé à correspondre, sobrement, en
échangeant stratégie et chanson de la Cage.
Court, net : je suis content de le connaître, mais je reste ici. Trop de dettes, trop de chaînes à tenir. Les
lettres chauffent la peau, elles tirent des fils, mais elles n’effacent pas les barreaux.
J’avais qu’un but : déterrer les fils qui ont foutu ma mère en cagette.
La Mort Rouge m’a filé un coup de pouce — un indice, pas un plan tout prêt. Moi, j’ai pris la dague et
j’ai levé le nez. Solo, comme d’hab. Pas d’ostentation : juste mes lames muettes, ma tête et la piste.
J’ai commencé dans la Cage, à manger les miettes : un registre griffonné planqué dans une cale, une
signature effacée sur une feuille de compte, un contrôleur qui glisse un nom à voix basse si tu sais
sourire. Rien de propre : des bouts de papier, des marques sur des contrats, des hommes qui n’avaient
plus de conscience quand je leur ai parlé. Chaque piste me donnait un bout de fil. Je tirais dessus.
Les traces menaient par relais : Sigil → un relais sur le Grand-Anneau → un comptoir sur une côte pri-
maire. Pas de nom propre au départ. Juste des méthodes : portails clandestins, esclaves qui disparais-
sent, clients qui ne posent pas de questions. J’ai gardé la gueule serrée. Chercher les fils, pas les têtes.
Les têtes viennent quand t’as assez de corde.
Arrivé sur la côte, l’air change.J’ai vendu mes mots comme des fausses clefs et j’ai glissé dans les tav-
ernes où les hommes gardent leurs ombres pour la nuit.
Les indices se sont empilés, comme des pièces sur une table : un tatouage sur la nuque d
Sigil… ma cage originelle. Ma mère a cru trouver refuge, mais elle est tombée dans les mains des at-
trapes-pigeons de la Lisière Grise. Des lascars planaires qui t’font croire que t’es pistonné, que t’es
en sécurité, et qui te retournent comme une vieille guittoune. Quand l’Harmonium a frappé, ils l’ont
laissée se prendre toute la responsabilité. Résultat : garrottée et envoyée à la Mort Rouge, mais pas
comme une bige ordinaire.
Moi… moi, je suis né dans cette cagette. Pas un bébé normal, bige. Pas juste un gosse humain. J’étais
demi-changelin, un foutu mélange d’humain et de mort-vivant métamorphe. Mon corps pouvait
changer subtilement, mais ce n’était pas ça le plus troublant. Non, c’était ma tête. Même bébé, j’avais
des pics d’instinct, une intuition qui me disait qui dans cette cage allait me peloter ou me tuer.
En grandissant, j’ai été forgé par les biges autour de moi. Y’avait Rendok le Faussaire, qui m’a ap-
pris à lire Borgak le Barbare, qui m’a appris à placer mes coups et sentir la puissance brute, Syl-
lan le Receleur, qui m’a appris les maths du terrain, à calculer le risque et le gain et Dumath un des
meilleurs chevalier de la gueuserie qui ma apprit le talent des monte en l’air . Chacun m’a donné une
pièce de l’arsenal que j’allais devenir : corps, esprit, calcul, instinct,et discrétion .
Sigil… ah, Sigil, bige… C’est pas juste une ville, c’est un foutu labyrinthe vivant. Des ruelles qui
tournent et se replient comme des serpents dans les Dédales, des grands anneaux suspendus, des por-
tails qui crèvent les murs à tous les coins de rue, et des bâtiments tordus, hauts comme des tours et
penchés comme s’ils allaient s’écrouler. Chaque quartier a son odeur, ses biges et ses règles. La
Ruche, la partie basse, est pleine de sicaires et de bazars où tu te fais peler avant de savoir que t’es né.
Le Grand Anneau abrite les factions et les biges pistonnés, les murs blancs et propres, tandis que la
Lisière Grise est un foutoir de bric et de broc où les attrapes-pigeons s’amusent. Et crois-moi, bige…
les habitants ne sont pas mieux. Des aplanis qui te regardent comme si t’étais un casseur de sol, des
fiélons qui marchent comme s’ils avaient marché sur le feu des plans inférieurs, et des primaires bé-
jaunes qui pigent rien à rien.
Vers mes dix ans, mon ciboulot a explosé. Les murs vibraient, mes yeux se voyaient en double, et
puis… une voix a frappé mon crâne :
"Calme-toi… regarde au-delà des barreaux."
J’ai suivi cette voix jusqu’à une cellule oubliée, sombre comme le silence des morts. Là, j’ai rencontré
Lyras, un psioniste puissant, emprisonné à vie par peur de la Dame des Douleurs. Même derrière les
barreaux, son aura faisait trembler la cage. Il m’a scanné de la tête aux pieds et m’a parlé des armes in-
visibles que je portais déjà, et des lames psychiques que je pouvais apprendre à forger.
"La Dame des Douleurs ne pardonne rien. Une faute et tu finis dans ses Dédales… ou pire. Même moi,
je suis enfermé ici parce que j’ai défié ses règles."
Avec Lyras, j’ai appris à canalyser mes instincts et mon côté changelin, à transformer mes sensations
en armes psychiques et mes intuitions en prédictions des menaces. La peur de la Dame était là, bige,
mais pas paralysante. Juste… nécessaire. Respect et prudence, toujours.
À treize ans, j’ai arrêté de jouer au soltif. J’suis entré dans le vrai monde. Et pour un gosse né dans la
Cagette, y’a qu’un seul choix logique : j’ai rejoint la Mort Rouge.
Les rectifieurs m’avaient à l’œil depuis longtemps. Normal : un gamin né entre deux barreaux, élevé
par des sicaires, instruit par un faussaire, un barbare et un receleur, entraîné mentalement par un psion-
iste condamné à vie… et en prime capable de flairer un menteur à dix pas. Alors ils m’ont testé.
Pas avec des parchemins ni des discours. Non. Ils m’ont donnée une cible à retrouver dans la Ruche, et
ils m’ont dit : « Ramène-le vivant… ou arrête de respirer. »
J’l’ai retrouvé en deux heures. J’suis pas rentré par la porte, j’ai pris l’apparence d’un gosse des rues,
j’ai tendu un piège à mon fugitif, j’l’ai assommé, ficelé et traîné par les chevilles jusqu’à la prison. Les
rectifieurs ont rien dit. Mais j’ai vu le respect dans leurs yeux. Et ça, bige… ça vaut toutes les primes.
À partir de là, j’suis devenu un traqueur officiel de la Mort Rouge. Pas un garde à la solde, non. Un
limier, un chasseur de biges en cavale. Je m’infiltrais chez eux, parfois sous une autre gueule, parfois
juste avec ma voix qui cognait droit dans leur tête. Et si je pouvais les ramener vivants, je le faisais.
Sinon…
…la Cage avale bien des cadavres.
Et j’étais doué, bige. Vraiment doué. Si bien que même hors des barreaux, on murmurait mon nom :
Novak le Sans-Visage, Novak aux Lames Muettes, le Chasseur de Fuites. Ça me faisait marrer.
J’étais encore qu’un gosse.
, noms. Le Filigrane, la Confrérie qui cache des actes sur plusieurs plans, était plus profonde que je
l’imaginais. J’ai arraché tout ce que je pouvais : papiers brûlés, témoins libérés, marques de contrat. La
Mort Rouge a eu ce qu’elle voulait. Moi aussi : sur papier, j’ai gagné une audition pour ma mère. Pas la
liberté. Pas encore. Juste une porte qui s’entrouvre.
Je suis rentré à Sigil le manteau taché et la gueule pleine de vérité. La piste s’allonge, le Filigrane
respire encore en sourdin. Ma mère reste derrière les barreaux. Moi ? J’ai trouvé un nom, je l’ai cloué
au mur. Maintenant faut tirer sur les fils.

J’avais un fil serré et une odeur de sang frais dans la nuque : un noeud à défaire. Le vrai nom venait
plus tard — pas tout de suite — mais la piste me brûlait. Le Filigrane préparait son coup : une alliance
qui pue la poudre et le jonc — le Zenatar, la guilde de Xanathar, d’autres familles de la Côte des Épées.
Les primaires ? Trop lents, trop béjaunes pour piger. Moi, je voyais.
J’ai traqué les relais à la dure : tavernes qui sucent la mer, docks où les navires crachent leurs ombres,
comptoirs où on parle à mi-voix. Un tatouage par-ci, un carnet planqué par-là, des messagers pris la
main dans le sac. À chaque pas, la corde se tendait. J’étais seul, silence en poche, hauteur et sourire
froid pour amadouer les idiots du port.

Mais la menace s’arrêtait pas la la cote des épée était menacée .

Ils s’étaient tous rassemblés dans une vieille salle au fond d’un relais, là où les murs sentent la cire et la
peur. Des têtes de familles, des fat cats qui croient que l’argent et la peur suffisent à coller le monde.
Des banquettes, des cartes, des verres qui tremblent — la messe des requins. Ils parlaient d’alliance, de
quotas, de portes à verrouiller. Ils croyaient contrôler la chanson.
Moi, j’ai débarqué sans fanfare. Pas besoin d’annoncer mon arrivée quand t’as l’odeur des barques et la
réputation qui marche devant toi. J’ai ouvert la porte, j’ai jetée une caisse sur la table, et j’ai souri
comme on sourit avant de jeter un couteau.
Quand ils ont ouvert la porte de la Cagette et que j’ai vu ma mère, j’ai cru que la Mort Rouge allait me
reprendre à son compte pour me garder près d’elle. Althaea avait l’air plus fatiguée qu’un vieux tor-
chon, mais ses yeux… ses yeux avaient encore des éclats. Elle m’a regardé comme si j’étais la seule
chose nette dans une pièce pleine de brouillard. J’ai pas pleuré devant les gardiens — j’ai pas besoin
que la Mort Rouge voie mes faiblesses — mais putain, j’ai eu l’impression que mes côtes se
déglaçaient.
La procédure fut rapide, froide et réglée comme une horloge de guilde. Les Greffiers ont signé, l’Har-
monium a vérifié, la Mort Rouge a lâché la grille — provisoirement d’abord, le temps que l’enquête
publique ronge les derniers contrats du Filigrane. Mais la route vers la liberté est une porte qu’on ouvre
en donnant du jonc : ils nous ont filé notre chance. Et puis, petit à petit, les témoins, les preuves, la
honte exposée des clients sur la Côte des Épées — tout ça a fait plier les scribes. Ma mère n’était plus
qu’une ombre dans leurs dossiers ; elle est redevenue Althaea, pas « la pelée ». Les chaînes administra-
tives chutèrent. Libération complète. Exonération attendue.
Quand elle est sortie, on est sortis ensemble. La Cage a vomi deux silhouettes sur le pavé : une mère
qui a connu la vertu et la chute, et son gamin qui n’avait jamais vu le soleil autrement qu’à travers les
barreaux. On a pris le Grand-Anneau, un portail, et on s’est arrêtés à la Porte de Baldur. Pas la grande
maison des factols ni le luxe qu’elle avait autrefois — pas encore — mais un toit qu’on paie sans que la
Mort Rouge te colle une étiquette sur le front.
La Porte de Baldur, c’est un autre monde pour un gamin comme moi. Les rues sentent les affaires et les
promesses, les maisons sont droites, les gens se déplacent comme s’ils avaient appris à sourire sans cal-
culer la lame. Ma mère a retrouvé des contacts, des tantes poussiéreuses qui ont rougi en la voyant
revenir propre. Elle a refusé les charmes du grand salon ; elle voulait d’abord savoir comment on vit
avec la peau marquée d’une prison. Alors on a pris une petite case près du marché, un coin propre, des
rideaux, quelques livres — Rendok aurait approuvé : une maison qui se lit aussi bien qu’un livre.
Les premiers jours furent étranges. Althaea réapprenait la dignité à petit feu : elle me réapprit à parler
correctement aux nobles, à me tenir droit quand il le fallait, et surtout, à ne pas claquer la langue
comme un bige de la Ruche. Moi,je ne dormais que d’un œil et les soir je croyais entendre Lyras me
murmurait encore dans les nuits calmes.
La vie à la Porte de Baldur n’était pas un conte. C’était du travail. Ma mère a repris des affaires, calme-
ment, avec la retenue d’une femme qui a tout perdu et qui apprend à tout regagner. Moi, j’ai continué à
traquer dans l’ombre : pas pour peler, mais pour protéger. Le Filigrane avait perdu un noeud, mais ses
branches n’etait pas encore pourrie . .
Pourtant, il y avait des soirs où, assis devant un bol chaud que je payais de jonc juste gagné, je regar-
dais la lune et je croyais entendre la voix de mon daron dans les lettres. La liberté de ma mère m’avait
donné une maison, mais pas la paix. On avait gagné une bataille, pas la guerre.
La prochaine étape ? Renforcer nos appuis à la Porte de Baldur, trouver des alliés honnêtes entre les
fantômes, et s’assurer que quand la toile du Filigrane réagit, elle ne me prendra pas par surprise. Ma
mère voulait reconstruire sa vie ; moi je voulais qu’elle puisse enfin dormir sans entendre des pas dans
ses rêves.
On a fermé la porte derrière nous. La Cage reste là, rugissante comme une bête qu’on a blessée. Mais
pour la première fois depuis longtemps, on dormait sans barreaux sur les yeux. Et la chasse… la chasse,
elle, n’est toujours pas finie.

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