M1 Gestion de l’environnement
Année 2023/2024
Outils réglementaires – Droit de l’environnement
Support n° 4
Cours de M. Ludovic de Thy (20h).
Maître de conférences en droit public à l’Université de Corse Pasquale Paoli
Le principe d’intégration des exigences environnementales
➢ Objectif : développement durable.
➢ Déclaration de Stockholm (1972) : « Afin de rationaliser la gestion des ressources et
ainsi d'améliorer l’environnement, les Etats devraient adopter une conception
intégrée et coordonnée de leur planification du développement, de façon que leur
développement soit compatible avec la nécessité de protéger et d'améliorer
l'environnement dans l'intérêt de leur population. » (principe 13)
➢ TFUE : « Les exigences de la protection de l'environnement doivent être intégrées
dans la définition et la mise en œuvre des politiques et actions de l'Union, en
particulier afin de promouvoir le développement durable. » (art. 11)
➢ Charte de l’environnement : « Les politiques publiques doivent promouvoir un
développement durable. A cet effet, elles concilient la protection et la mise en valeur
de l'environnement, le développement économique et le progrès social. » (art. 6)
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➢ Code de l’environnement : « l'objectif de développement durable […] vise à satisfaire
les besoins de développement et la santé des générations présentes sans
compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs » (art. L. 110-
1 II.)
➢ « L'objectif de développement durable, tel qu'indiqué au II est recherché, de façon
concomitante et cohérente, grâce aux cinq engagements suivants :
1° La lutte contre le changement climatique ;
2° La préservation de la biodiversité, des milieux, des ressources ainsi que la
sauvegarde des services qu'ils fournissent et des usages qui s'y rattachent ;
3° La cohésion sociale et la solidarité entre les territoires et les générations ;
4° L'épanouissement de tous les êtres humains ;
5° La transition vers une économie circulaire. » (art. L. 110-1 III.)
Intégrer les exigences environnementales en les conciliant avec le développement
humain…
Le juge effectue un bilan qui vérifie la proportionnalité des atteintes
environnementales au regard des bénéfices escomptés par un projet.
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Intégrer sans régresser ?
➢ En France depuis 2016 : « Le principe de non-régression, selon lequel la protection
de l'environnement, assurée par les dispositions législatives et réglementaires relatives
à l'environnement, ne peut faire l'objet que d'une amélioration constante, compte
tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment » (art. L. 110-1 II. 9°
C. enviro)
➢ Exemple de mise en œuvre : les modifications apportées à la nomenclature des ICPE
ont pour effet d'exempter de toute évaluation environnementale des projets qui
étaient, auparavant, susceptibles d'y être soumis soit de manière systématique soit
après un examen au cas par cas. Faute pour l'administration de faire état d'éléments
permettant d'établir que ces installations ne font pas courir de risque à
l'environnement ou à la santé humaine ou que la nature d'un tel risque a changé ou
que la procédure de déclaration, exempte de toute évaluation environnementale,
offrirait une protection équivalente à celle qu'assurait la procédure d'autorisation, les
associations requérantes sont fondées à soutenir que ces dispositions méconnaissent
le principe de non-régression de la protection de l'environnement (CE, 30 déc. 2020,
One Voice et FNE, n° 426528).
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➢ Mais ne contraint pas le législateur, seulement le pouvoir réglementaire… et même
pas toujours : il n'est pas invocable lorsque le législateur a entendu en écarter
l'application dans un domaine particulier ou lorsqu'il a institué un régime protecteur
de l'environnement et confié au pouvoir réglementaire le soin de préciser les
conditions de mise en œuvre de dérogations qu'il a lui-même prévues à ce régime
(CE, 27 mars 2023, Sortir du nucléaire, n° 463186)
➢ Exemple de la loi n° 2020-1578 du 14 décembre 2020 relative aux conditions de mise
sur le marché de certains produits phytopharmaceutiques en cas de danger sanitaire
pour les betteraves sucrières (dite loi pesticide tueurs d’abeilles – pourtant interdits
par l’UE).
Le Conseil constitutionnel considère que cette loi est conforme à la Constitution, car
la régression est fondée sur un « motif d’intérêt général » (20 décembre 2020, cons.
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Toutefois, une décision rendue le jeudi 19 janvier 2023 par la Cour de justice de
l’Union européenne exclut l’utilisation des néonicotinoïdes pour les semences et le
droit de déroger à l'interdiction européenne.
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Le principe de prévention
➢ Diminution des risques connus, prévisibles.
➢ TFUE : « La politique de la Communauté dans le domaine de l’environnement […]
est fondée sur les principes [...] d’action préventive, sur le principe de la correction,
par priorité à la source, des atteintes à l’environnement » (art. 191)
➢ Charte de l’environnement : « Toute personne doit, dans les conditions définies par
la loi, prévenir les atteintes qu'elle est susceptible de porter à l'environnement ou, à
défaut, en limiter les conséquences. »
S’impose à l’Administration mais aussi au législateur et aux personnes privées.
➢ Art. L 110-1 II. 2° C. enviro. implique d’utiliser « les meilleures techniques
disponibles à un coût économique acceptable », d’éviter les atteintes à la biodiversité
ou de les compenser, dans un objectif d’absence de « perte nette de biodiversité ».
➢ Nombreuses applications dans des domaines variés, ex :
- Réglementation ICPE ;
- Règlement REACH ;
- Directives SEVESO ;
- Planification en matière d’urbanisme…
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Le principe de précaution
➢ Diminution des risques pressentis ou soupçonnés (incertitude scientifique).
➢ Mise en œuvre du droit à l’environnement des générations futures.
➢ Mais : le risque zéro n’existe pas… Quel risque est acceptable ?
➢ Principe très critiqué par les libéraux économiques et les « techno-scientistes ».
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➢ Formulation internationale :
- Déclaration de Rio (1992) : « Pour protéger l’environnement, des mesures de précaution
doivent être largement appliquées par les États selon leurs capacités. En cas de risques de
dommages graves ou irréversibles, l’absence de certitude scientifique absolue ne doit pas
servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives visant à
prévenir la dégradation de l’environnement » (principe 15)
- Inclus à l’article 191 TFUE, principe « autonome » et « principe général du droit
communautaire imposant aux autorités concernées de prendre, dans le cadre précis de
l’exercice des compétences qui leur sont attribuées par la réglementation pertinente, des
mesures appropriées en vue de prévenir certains risques potentiels pour la santé publique,
la sécurité et l’environnement, en faisant prévaloir les exigences liées à la protection de ces
intérêts sur les intérêts économiques » (Tribunal de première instance des Communautés
européennes, Solvay Pharmaceuticals BV contre Conseil de l’Union européenne, 21 octobre 2003).
- Consacré par Cour EDH : le principe de précaution « recommande aux États de ne pas
retarder l’adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de
dommages graves et irréversibles à l’environnement en l’absence de certitude scientifique
ou technique » (Tatar vs. Roumanie, 2009).
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➢ Formulation nationale :
- Charte de l’environnement : « Lorsque la réalisation d'un dommage, bien
qu'incertaine en l'état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière
grave et irréversible l'environnement, les autorités publiques veillent, par
application du principe de précaution et dans leurs domaines d'attributions, à la
mise en œuvre de procédures d'évaluation des risques et à l'adoption de mesures
provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage. » (art. 5)
- Code de l’environnement : « Le principe de précaution, selon lequel l'absence de
certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment,
ne doit pas retarder l'adoption de mesures effectives et proportionnées visant à
prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l'environnement à un
coût économiquement acceptable » (art. L 110-1 II. 1°)
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➢ Mise en œuvre en France, exemples :
- Pesticides : le ministre de l’agriculture a eu raison d’interdire le Gaucho (« la preuve de
l’innocuité du gaucho n’étant pas rapportée, le ministre était tenu de retirer l’autorisation
précédemment délivrée » - CE, 28 avril 2006, Association générale des producteurs de maïs et autres,
n° 269103). Le ministre peut, à titre conservatoire et provisoire, interdire l'utilisation de
semences traitées par un produit phytopharmaceutique lorsqu'il apparaît sur la base
d'éléments nouveaux reposant sur des données scientifiques fiables que leur utilisation est
susceptible de présenter un risque grave pour la santé humaine ou animale ou
l'environnement (CE, 11 juin 2014, Sté Syngenta Seeds SAS, n° 361848). Toutefois, police
spéciale dans les mains du ministre (un maire ne peut interdire) (CE 31 décembre 2020,
commune de Gennevilliers, n° 440923).
- Antennes relais : décisions divergentes. Toutefois compte tenu de l'état des connaissances
scientifiques et dans l'attente des résultats des travaux engagés, alors même que deux États
membres de l'Union auraient choisi de baisser certaines des valeurs en cause, le Premier
ministre n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de modifier les
valeurs limites d'exposition du public en matière de téléphonie mobile fixées par le décret
du 3 mai 2002 (CE, 7 mars 2018, Assoc. Robin des toits, n° 399727).
- OGM : réglementation très contraignante (art. L 532-1 et suiv. C. enviro).
- Fracturation hydraulique de la roche pour l'exploration et l'exploitation des mines
d'hydrocarbures liquides ou gazeux : interdiction (loi n° 2011-835 du 13 juillet 2011)
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