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Le document traite des conditions de validité du contrat, en se concentrant sur l'objet et la cause, ainsi que sur la condition de forme. Il explique la distinction entre l'objet de l'obligation et l'objet du contrat, et aborde les exigences d'existence et de détermination de l'objet selon le code civil. Enfin, il évoque les problèmes liés à la valeur de l'objet, notamment la notion de lésion.

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Le document traite des conditions de validité du contrat, en se concentrant sur l'objet et la cause, ainsi que sur la condition de forme. Il explique la distinction entre l'objet de l'obligation et l'objet du contrat, et aborde les exigences d'existence et de détermination de l'objet selon le code civil. Enfin, il évoque les problèmes liés à la valeur de l'objet, notamment la notion de lésion.

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SEMAINES N°5 et 6 :

La formation du contrat
(suite)
. Conditions de fond (II) :
- L’objet
- La cause.
. Condition de forme.

171
185 – Parmi les conditions de validité du contrat, l’article 1108 du code civil cite un objet
certain. Mais en dehors de l’article 1108 du code civil, les articles 1126 à 1130 traitent
également de l’objet du contrat.

Il règne une certaine confusion quant à la notion d’objet du contrat. Certains articles se
réfèrent à l’objet de l’obligation (article 1129) et d’autres à l’objet du contrat (article 1110,
alinéa 1er, 1126 et 1128).

186 – Objet de l’obligation et objet du contrat – L’objet de l’obligation peut être défini
comme la prestation due par le débiteur. Il peut s’agir d’une obligation de donner, d’une
obligation de faire ou d’une obligation de ne pas faire.

L’objet du contrat comporte deux acceptions. Il peut signifier l’opération juridique


voulue par les parties. Dans la vente, l’objet du contrat est le transfert de propriété.

Selon la deuxième acception, l’objet du contrat est la chose même sur laquelle porte le
contrat. Dans la vente, le bien vendu constitue l’objet du contrat.

Dans la majorité des cas, les deux termes sont utilisés comme étant synonymes.

L’objet du contrat répond aux questions suivantes : sur quoi le cocontractant a-t-il
voulu réellement s’engager ou que doit-on ?

Trois problèmes se posent quant à l’objet : l’existence et la détermination de l’objet


(Section I), la valeur de l’objet (Section II) et la licéité de l’objet (Section III).

172
SECTION I : L’EXISTENCE ET LA DÉTERMINATION DE L’OBJET.

187 – Le contrat ne peut valablement être conclu que si l’objet existe (§1) et s’il est déterminé
(§2).

§1. L’EXISTENCE DE L’OBJET.

188 – L’existence de l’objet comme condition de la validité du contrat est imposée par
l’article 1108 du code civil. L’inexistence totale de l’objet empêche la formation du contrat.
Mais l’objet du contrat peut être une chose future (A) ; l’objet du contrat doit également être
possible (B).

A. L’OBJET DU CONTRAT PEUT ÊTRE UNE CHOSE FUTURE.

189 – Le principe – Selon le principe énoncé par l’article 1130, alinéa 1er du code civil, « Les
choses futures peuvent être l’objet d’une obligation ». Il en est ainsi de la vente ayant pour
objet un immeuble à construire (articles 1601 à 1604 du code civil) ou de la vente d’une
récolte sur pied ou récolte en culture.

Mais une difficulté peut survenir si la chose n’existe pas au jour de l’exécution du
contrat. Si l’obstacle à la réalisation de la chose ne provient pas du débiteur, le contrat doit
être considéré comme nul faute d’objet. Dans le cas contraire, le contractant fautif engage sa
responsabilité contractuelle.

190 – L’exception – Le principe de la validité des contrats portant sur une chose future
comporte une exception contenue dans l’article 1130, alinéa 2 du code civil. L’article précité
prohibe les pactes sur successions futures c’est-à-dire les conventions portant sur une
succession non encore ouverte.

La prohibition des pactes sur succession future est également contenue dans l’article 6
de la loi n°2019-573 du 26 juin 2019 relative aux successions1. Cet article 6 prévoit la nullité
de toute convention ayant pour objet une succession non encore ouverte, qu’il s’agisse de
convention sur la succession d’autrui ou de convention sur sa propre succession sauf dans les
cas prévus par la loi.

La raison de la prohibition des pactes sur succession future réside dans la nécessité de
protéger la vie. Si cette prohibition de principe n’existait pas, des héritiers présomptifs

(1) J.O.R.C.I. du 16 juillet 2019, pp 277 et S.

173
impatients et couverts de dette pourraient dissiper leur part d’héritage avant le décès de leur
auteur. Ils pourraient même attenter à la vie de ce dernier afin qu’avec son décès des pactes
qu’ils auraient conclu sur la succession du de cujus soient exécutés sans difficultés.

B. L’OBJET DU CONTRAT DOIT ÊTRE UNE CHOSE POSSIBLE.

191 – Le contrat ne saurait être valable si l’objet de l’obligation est impossible.


L’impossibilité peut être matérielle. On peut citer comme exemple d’une impossibilité
matérielle le contrat de vente portant sur des dinosaures. Les dinosaures étant des animaux
préhistoriques, le contrat est frappé de nullité car la chose n’existe plus dans sa matérialité.

L’impossibilité peut être juridique. C’est le cas de la vente de la chose d’autrui. Selon
les dispositions de l’article 1599 du code civil, la vente de la chose d’autrui est nulle car l’on
ne peut transférer des droits sur une chose qui ne vous appartient pas.

§2. LA DETERMINATION DE L’OBJET.

192 – Selon les dispositions de l’article 1129 du code civil, il faut que l’obligation ait pour
objet une chose au moins déterminée quant à son espèce (A). La quotité de la chose peut être
incertaine, pourvu qu’elle puisse être déterminée (B).

A. LA DETERMINATION DE LA CHOSE QUANT A SON ESPECE.

193 – Une distinction doit être faite entre les choses individualisées ou corps certains et les
choses non individualisées ou choses de genre.

193.1 – Les corps certains sont des choses qui peuvent faire l’objet d’une individualisation.
Ainsi dans le contrat de vente portant sur un véhicule, la détermination de la chose, objet du
contrat, ne pose pas de problème. Au moment de la conclusion du contrat, l’acquéreur et le
vendeur prennent soin de préciser la marque du véhicule, l’année et les caractéristiques de
celui-ci. Il en est de même dans le contrat de vente portant sur un bien immeuble par exemple
une villa.

193.2 – Les choses de genre encore appelées biens fongibles sont des choses qui ne peuvent
faire l’objet d’individualisation. Ainsi un industriel qui s’engage à livrer des métaux doit
préciser la catégorie à laquelle ils appartiennent (fer, cuivre etc.).
Selon les dispositions de l’alinéa deuxième de l’article 1129 du code civil, la quotité
de la chose peut être incertaine pourvu qu’elle puisse être déterminée.

174
Le terme quotité vise la quantité. Dans le cas où la quotité n’est pas précisée dans le
contrat, il suffit qu’elle soit déterminable. Le critère de détermination sera soit la volonté des
parties exprimée dans les clauses du contrat soit par les usages applicables en la matière.

En cas de silence des parties sur la qualité de la chose, objet du contrat, l’article 1246
du code civil impose au débiteur de fournir une qualité moyenne1.

B. LA DETERMINATION DU PRIX.

194 – Se fondant sur les dispositions de l’article 1129 du code civil, le problème s’est posé de
savoir si le prix, qui est l’objet de l’obligation de l’acheteur, doit être déterminé ou
déterminable dès le jour de la conclusion du contrat.

La réponse diffère selon qu’il s’agit d’un contrat de vente, d’un contrat d’entreprise ou
d’un contrat de distribution.

194.1 – La détermination du prix dans le contrat de vente - A l’instar de l’article 1129 du


code civil, l’article 1591 du même code énonce le principe selon lequel le prix doit être
déterminé par les parties. Mais exceptionnellement, les parties peuvent laisser à un tiers
l’estimation du prix.

L’arrêt inédit n°308/06 de la Chambre judiciaire de la Cour Suprême de Côte d’Ivoire


du 1er juin 2006 est relatif à l’application de l’article 1592 du code civil. Statuant sur les
conditions d’application de l’article 1592 du code civil, la juridiction suprême ivoirienne a
décidé que « Mais attendu que l’article 1592 du code civil n’autorise le recours à l’arbitrage
que si toutes les parties litigantes conviennent de confier à un tiers, le soin de fixer les prix;
qu’en l’espèce, la désignation de l’expert n’a pas été le fait de tous les contractants, Le GFCI
ayant refusé; que dès lors en faisant application en l’espèce du principe de la prohibition des
fixations judiciaires de prix, tiré de l’article 1591 du code civil, l’arrêt n’a ni violé l’article
1592 du code civil, ni omis de statuer; d’où il suit que le pourvoi en ses deux moyens réunis
n’est pas fondé».

1- Voir dans le même sens l’article 1166 nouveau du code civil français issu de l’ordonnance n°2016-131 du 10 févr. 2016.
«Lorsque la qualité de la prestation n’est pas déterminée ou déterminable en vertu du contrat, le débiteur doit offrir une
prestation de qualité conforme aux attentes légitimes des parties en considération de sa nature, des usages et du montant de la
contrepartie».

175
Dans cet arrêt, la Cour Suprême consacre le principe selon lequel la détermination du
prix doit être faite par les parties (article 1591 du code civil). Ce n’est qu’exceptionnellement
que la détermination du prix sera faite par un tiers sur accord des parties. En l’espèce,
l’exception n’a pu être appliquée à défaut d’accord des parties de recourir à un arbitre.

194.2 – La détermination du prix dans le contrat d’entreprise pose plus de problèmes. Le


contrat d’entreprise est un contrat par lequel une personne (l’entrepreneur) s’engage
moyennant une rémunération, à effectuer pour une autre (le maître de l’ouvrage) un ouvrage
ou un service.

L’article 1129 du code civil ne peut s’appliquer au contrat d’entreprise car la


détermination du prix ne peut se faire au moment de la conclusion dudit contrat. En effet,
cette détermination dépend d’éléments inconnus au moment de la conclusion du contrat (par
exemple : le nombre d’heures de travail).

La jurisprudence admet alors qu’à défaut d’accord des parties, le prix sera fixé par le
juge.

194.3 – La détermination du prix dans les contrats de distribution a été source de


nombreuses difficultés ; l’exécution de ces contrats étant échelonnée sur une certaine durée,
un prix précis ne peut être fixé par avance. Il en est ainsi dans les contrats « de bière » et dans
les contrats de distribution passés entre les compagnies pétrolières et les stations d’essence.

Les contrats de bière sont des contrats qui lient un commerçant notamment un
restaurateur à un producteur. Le commerçant s’engage à s’approvisionner auprès du
producteur (par exemple Solibra) pendant une certaine période à des prix qui seront
déterminables selon le tarif en vigueur au jour des commandes d’approvisionnement.
Si l’on se fonde sur les dispositions de l’article 1591 du code civil, les contrats de
distribution pourraient être annulés pour indétermination du prix.

L’application de l’article 1591 du code civil, texte propre au contrat de vente, conduit
à une assimilation des contrats de distribution à des contrats de vente. Or les contrats de
distribution ne sont pas des contrats de vente.

L’on pourrait alors songer à leur appliquer un texte de portée générale, l’article 1129
du code civil1. Se fondant sur l’alinéa deuxième de l’article 1129 précité, la jurisprudence
pourrait annuler les contrats de distribution pour indétermination du prix.

L’article 1129, alinéa 2 du code civil prévoit que « La quotité de la chose peut être incertaine pourvu qu’elle puisse être
déterminée ».

176
Mais l’application de l’article 1129 du code civil est également inappropriée comme
fondement de la nullité parce que dans les contrats de distribution les prix sont déterminables.
Il suffit de se référer à la clause du contrat qui prévoit que le prix sera fonction du tarif du
producteur en vigueur au moment de la livraison1. Aussi la détermination du prix dans les
contrats de distribution ne peut être une exigence de validité de ces contrats sauf textes
spéciaux2.

SECTION II : LA VALEUR DE L’OBJET : LA LESION.

195 – La détermination de la valeur de l’objet peut être une source de difficultés dans deux
hypothèses. Il se peut, d’une part, que l’un des cocontractants, le vendeur ait sous évalué
l’objet du contrat au moment de la vente et qu’il l’ait vendu à un prix inférieur à sa valeur.
C’est le problème de la lésion. Il se peut, d’autre part, qu’au moment de la conclusion du
contrat, l’objet du contrat ait fait l’objet d’une juste évaluation et que c’est ultérieurement à la
conclusion, que cet objet a acquis une valeur supérieure. Ce préjudice résultant du
déséquilibre des prestations né après la conclusion du contrat ne peut être assimilé à la lésion.
Aussi devrons nous préalablement définir la notion de lésion (§1) avant d’en déterminer le
régime juridique (§2).

(1) Voir sur ce point l’évolution de la jurisprudence française dans les ouvrages de droit français.

(2) Sur les contrat de bière voir en droit ivoirien l’arrêt inédit n° 407/06 de la Chambre judiciaire de la Cour Suprême de Côte
d’Ivoire du 6 juillet 2006 relatif à un contrat de concession exclusive conclue entre les sociétés 2 CDG et la société
SOLIBRA aux termes duquel la société 2 CDG avait l’exclusivité de la distribution et de la commercialisation de boissons
dans une zone d’exclusivité déterminée; qu’estimant que la société SOLIBRA a violé ledit contrat, la société 2 CDG l’a
assignée en paiement de 50.000.000 f de dommages-intérêts devant le tribunal d’Abidjan qui l’a déboutée de sa demande;
que la Cour d’Appel d’Abidjan ayant, par arrêt n° 1124 du 23 décembre 2005 reformé cette décision et condamné la société
SOLIBRA à payer à la 2 CDG la somme de 30.000.000 f de dommages-intérêts. La société SOLIBRA s’est pourvue en
cassation contre cet arrêt et a, en application de l’article 214 du code de procédure civile, commerciale et administrative,
présenté au Président de la Cour Suprême, aux fins de sursis l’exécution dudit arrêt, une requête à laquelle celui-ci a fait droit
par l’ordonnance n° 100/CS/JP/06 du 24 mai 2006 signifiée le 29 mai 2006.

Attendu qu’un soutien de sa requête, la société SOLIBRA expose que l’exécution de l’arrêt attaqué lui causera un
préjudice irréparable en ce que ses relations avec la société 2 CDG ont été régulièrement ponctuées par des impayés de la
part de celle-ci; qu’au 31 janvier 2001, elle restait lui devoir 15.869.054 F;

Attendu qu’au regard de ce qui précède, l’exécution de l’arrêt attaqué est de nature à causer à la société SOLIBRA
un préjudice irréparable; qu’il y a lieu d’ordonner la discontinuation des poursuites contre la SOLIBRA. En l’espèce, le
problème de la détermination du prix ne s’est pas posé.

177
§1. LA DEFINITION DE LA LESION.

196 – Dans le langage courant, la lésion est synonyme de dommages. Dans le langage
juridique, particulièrement en droit des contrats, la lésion a un sens différent. La lésion est le
préjudice subi par l’un des contractants du fait du déséquilibre des prestations au moment de
la conclusion du contrat. On peut citer l’exemple du propriétaire d’une villa sise aux deux-
Plateaux qui l’a vendue à soixante millions et découvre, après les résultats de l’expertise, qu’il
a reçus ultérieurement, que cette villa valait au moment de la vente cent vingt millions. Il peut
s’agir d’un acquéreur qui a fait l’acquisition d’un véhicule d’occasion à dix-huit millions de
francs CFA et qui, après l’expertise, découvre que la valeur réelle de ce véhicule est
seulement de dix millions de francs CFA.

La lésion est donc un déséquilibre des prestations qui se traduit soit par le prix
insuffisant de l’objet soit par le prix excessif de l’objet du contrat. Si le déséquilibre provient
d’une insuffisance portant sur une prestation autre que le prix, il n’y a pas lésion mais absence
partielle de cause.

197 – La lésion et la notion de vil prix ou de prix dérisoire – Contrairement à la lésion qui
traduit un prix insuffisant ou un prix excessif, le vil prix équivaut à une absence de prix. Il y a
vil prix lorsqu’un vendeur procède par exemple à la vente d’une 206 Peugeot neuve au prix
d’un million. L’absence de prix ou vil prix est sanctionné (e) par la nullité pour absence
d’objet ou absence de cause. De plus, la vente à un vil prix peut masquer un acte de donation.

198 – Lésion et prix taxé – Dans le dessein de lutter contre l’inflation, le gouvernement
ivoirien, à l’instar des autres États, pratique une politique de taxation des prix des denrées
alimentaires de première nécessité. Il en a été ainsi du prix de la bouteille de gaz, du prix de la
bouteille d’huile, des sacs de riz et autres produits de première nécessité. Cette politique de
taxation des prix est encore appelée le plafonnement du prix de certains produits de premiere
nécessité.

En cas de taxation légale du prix, le prix taxé ne peut être confondu au prix lésionnaire.
Le prix lésionnaire ne concerne que les prix librement fixés par les parties. De plus, les deux
notions se distinguent par leur régime juridique.

En cas d’inobservation du prix taxé, la sanction est la nullité de la vente alors que le
prix lésionnaire n’est sanctionné qu’exceptionnellement par la nullité.

178
199 – Lésion et de l’imprévision – La lésion est un préjudice né du déséquilibre des
prestations au moment de la conclusion du contrat ; le déséquilibre des prestations doit exister
dès la conclusion du contrat. Si le déséquilibre est postérieur à la conclusion du contrat, il n’y
a pas lésion mais imprévision.

Dans l’imprévision, le prix fixé au moment de la conclusion du contrat était un juste


prix. Mais ce sont les fluctuations économiques postérieures qui ont provoqué l’insuffisance
du prix ou son excessivité. Comme le révèle la terminologie du mot imprévision, le
déséquilibre des prestations est dû ici à un événement imprévu.

§2. LE REGIME JURIDIQUE DE LA LESION.

200 – Dans le but d’assurer la sécurité juridique des transactions, le législateur ivoirien
n’admet l’annulation des actes juridiques pour cause de lésion qu’exceptionnellement. Aussi
en l’absence d’exceptions jurisprudentielles en droit ivoirien, la lésion ne constitue une cause
de nullité que dans les contrats de ventes d’immeuble (A), dans le partage (B) et pour les actes
conclus par un mineur non émancipé (C).

Il résulte de ces dispositions éparses que la lésion en droit ivoirien n’entraîne la nullité
du contrat qu’exceptionnellement. Aussi en principe, l’existence de la lésion ne peut invalider
le contrat1. Le législateur ivoirien opte pour une conception restrictive de la lésion.

(1) Voir dans le même sens l’article 1168 nouveau du code civil français issu de l’ordonnance n° 2016-131 du 10 février
2016. « Dans les contrats synallagmatiques, le défaut d’équivalences des prestations n’est pas une cause de nullité du contrat,
à moins que la loi n’en dispose autrement».

179
Faisant prévaloir l’impératif de justice contractuelle au détriment de la sécurité
juridique, d’autres législateurs sanctionnent la lésion sous l’appellation nouvelle «d’avantages
excessifs1». Il s’agit alors d’une conception extensive de la lésion.

A. LA LÉSION DANS LA VENTE D’IMMEUBLE.

201 – Les articles 1674 à 1685 du code civil déterminent le champ d’application de la lésion
en matière de vente d’immeuble (1) et précisent ensuite le régime juridique de l’action en
rescision pour lésion (2).

1) Le domaine d’application de la lésion dans la vente d’immeuble.

202 – Les articles 1674 et suivants du code civil énoncent le principe selon lequel l’action en
rescision pour lésion ne concerne que les ventes d’immeuble. Il résulte de l’interprétation a
contrario de ces articles que la rescision pour lésion ne s’applique pas à la vente de biens
mobiliers.
203 – Mais ce principe est assorti de deux exceptions : les ventes immobilières faites par
autorité de justice et les ventes immobilières avec rentes viagères échappent à l’action en
rescision pour lésion.
203.1 – L’exception relative aux ventes immobilières faites par autorité de justice est énoncée
par l’article 1684 du code civil. Elle s’applique notamment aux ventes aux enchères résultant
d’une saisie immobilière2.

(1) Voir article 3/10 de l’avant-projet du code OHADA sur le droit des contrats (lequel a été abandonné par les États
Africains).

« Avantages Excessifs »

1) La nullité du contrat ou de l’une de ses clauses pour cause de lésion peut être invoquée par une partie lorsqu’au moment de
sa conclusion, le contrat ou la clause accorde injustement un avantage excessif à l’autre partie. On doit, notamment, prendre
en considération :
a) le fait que l’autre partie a profité d’une manière déloyale de l’état de dépendance, de la détresse économique, de
l’urgence des besoins, de l’imprévoyance, de l’ignorance, de l’inexpérience ou de l’inaptitude à la négociation de la
première ; et
b) la nature et le but du contrat.
2) Le tribunal peut, à la demande de la partie lésée, adapter le contrat ou la clause afin de le rendre conforme aux exigences
de la bonne foi.
3) Le tribunal peut également adapter le contrat ou la clause à la demande de la partie ayant reçu une notification
d’annulation pourvu que l’expéditeur de la notification en soit informé sans tarder et qu’il n’ait pas agi raisonnablement en
conséquence. Les dispositions du paragraphe 2 de l’article 3/15 sont alors applicables.
En droit français, la réforme du code civil résultant de l’ordonnance n° 2016-131 du 10 février 2016 consacre la
violence économique sous l’appellation de l’avantage excessif. Voir l’article 1143 nouveau « Il y a également violence
lorsqu’une partie, abusant de l’état de dépendance dans lequel se trouve son cocontractant, obtient de lui un engagement qu’il
n’aurait pas souscrit en l’absence d’une telle contrainte et en titre un avantage manifestement excessif».
(2) - Voir les articles 246 et suivants de l’Acte Uniforme OHADA relatif aux voies d’exécution.

180
Ces ventes, ayant lieu sous l’autorité du juge, sont réputées avoir eu lieu au plus juste
prix. Elles ne peuvent donc être l’objet de l’action en rescision pour lésion.

203.2 – La seconde exception concerne les ventes immobilières avec rente viagère. Le prix de
vente dans la rente viagère consiste dans le versement périodique d’une somme d’argent
(arrérages) par le débirentier (l’acquéreur) au crédirentier (le vendeur) jusqu’au décès de ce
dernier. C’est cette modalité du paiement du prix de vente qui donne à la vente immobilière
avec rente viagère ce caractère aléatoire puisque le montant définitif du prix de vente dépend
de la durée de vie du crédirentier (articles 1968 et suivants du code civil).

Les contrats de vente d’immeuble avec rente viagère sont donc des contrats
synallagmatiques aléatoires. En effet, dans ces contrats, la prestation de l’acheteur (le
débirentier) n’est pas déterminable lors de la conclusion du contrat puisque le montant final
du prix de vente dépend de la durée de vie du vendeur (crédirentier). Or nul ne connaît la
durée de vie du vendeur. Il y a donc aléa. Aussi par application de l’adage « l’aléa chasse la
lésion », la vente d’immeuble avec rente viagère ne peut être rescindable pour lésion.

Avec le perfectionnement des calculs fondés sur les statistiques, certains marginalisent
l’existence de l’aléa puisque la durée de vie d’une personne selon son âge est déterminable1.

Mais en dépit de l’évolution des données statistiques, l’aléa quant à la durée de vie
d’une personne demeure. Aussi la vente d’immeuble avec rente viagère ne peut être soumise,
à notre avis, à l’action en rescision pour lésion.

2) Le régime juridique de l’action en rescision pour lésion dans la vente


d’immeuble.

204 – Les articles 1674 et suivants précisent les conditions et les sanctions de la rescision de
la vente d’immeuble pour cause de lésion.

a) Les conditions.

205 – Le vendeur d’immeuble, qui a été lésé de sept douzième dans le prix de vente, peut
demander la rescision de la vente pour cause de lésion dans un délai maximum de deux ans à
partir de la vente.

(1) Voir en ce sens certaines décisions jurisprudentielles françaises qui ont prononcé l’annulation de ventes d’immeubles
avec rente viagère pour lésion : Cass. Civ. 3°, 2 octobre 1980, G. Pal. 1981, I. 16 ; Civ. 3°, 3 octobre 1991, R.T.D. Civ. 1992,
p. 578, Obs. Gautier ; D. 1992, som. P. 197, Obs. Paisant. En sens contraire voir T.G.I. Paris, 27 février 1980, IR, 488.

181
La charge de la preuve de la lésion incombe au demandeur.

Les conditions d’exercice de l’action en rescision pour lésion sont donc au nombre de
trois. Elles concernent d’une part, les parties à l’action. D’autre part, le taux de la lésion et
enfin le délai d’exercice de l’action.

205.1 – Les parties à l’action en rescision pour lésion – L’action en rescision pour lésion ne
peut être intentée que par le vendeur d’immeuble contre l’acquéreur (article 1674 du code
civil).

L’article 1683 précise expressément que la rescision pour lésion n’a pas lieu en faveur
de l’acheteur. Seul le vendeur est protégé par l’action en rescision pour lésion.

Le vendeur de l’immeuble a le droit de demander la rescision de la vente quand bien


même il aurait expressément renoncé dans le contrat à la faculté de demander cette rescision
(article 1674 précité).

205.2 – Le taux de la lésion – Le vendeur de l’immeuble doit établir qu’il a subi une lésion
de plus de sept douzièmes (article 1675 du code civil).

Le vendeur doit démontrer qu’au moment de la conclusion du contrat de vente portant


sur l’immeuble, il y a eu un déséquilibre des prestations en sa défaveur (lésion) occasionnant
un préjudice de plus de sept douzièmes.

Mais si le prix fixé au moment de la vente était juste et que c’est suite à des
fluctuations économiques postérieures que le prix de vente s’est avéré insuffisant, il n’y a plus
lésion mais imprévision.

Aussi pour savoir s’il y a lésion de plus de sept douzièmes, il faut estimer l’immeuble
suivant son état et sa valeur au moment de la vente (article 1675). Si le déséquilibre des
prestations est postérieur à la vente, les règles applicables ne sont plus celles de la lésion mais
celles de l’imprévision.

La charge de la preuve de cette lésion de 7/12 incombe au demandeur. La lésion étant


un fait juridique, la preuve doit se faire par tout moyen. Mais le législateur a apporté une
exception à la liberté de preuve en matière de vente immobilière en réglementant le mode de
preuve de la lésion dans les articles 1675 à 1680 du code civil.

182
La preuve de la lésion ne pourra être admise que par jugement, et dans le cas
seulement où les faits articulés seraient vraisemblables et assez graves pour faire présumer la
lésion (article 1677 du code civil). Les dispositions de l’article 1677 donnent ainsi au tribunal
un pouvoir d’appréciation afin d’exclure les demandes abusives. Si le tribunal considère que
les faits sont vraisemblables et assez graves pour présumer la lésion, il rend un jugement
autorisant le vendeur à faire la preuve de la lésion. Dans ce jugement d’autorisation, le
tribunal doit désigner trois experts qui seront tenus de dresser un seul procès-verbal commun
contenant leur avis sur l’existence de la lésion. Les trois experts seront nommés d’office, à
moins que les parties ne se soient accordées pour les nommer tous les trois conjointement
(article 1680 du code civil). Se fondant sur l’avis de ces trois experts, le tribunal décidera par
la suite s’il y a eu ou non lésion de plus de sept douzièmes.

Si nous prenons l’exemple d’un immeuble qui a été vendu le 18 septembre 2019 au
prix de 55 millions de francs CFA alors que la valeur réelle de cet immeuble est selon
l’expertise de 155 millions de francs CFA au moment de la vente. Dans cet exemple, la lésion
est la différence entre la valeur réelle de l’immeuble au jour de la vente et le prix réellement
payé soit 155 millions – 55 millions = 100 000 000 F CFA.

Pour déterminer le taux de la lésion c’est-à-dire savoir si elle est d’au moins 7/12 du
prix de l’immeuble, nous devrions prendre la valeur réelle de l’immeuble 155 millions : 12 =
12 916 666 francs CFA = 1/12. Pour trouver les 7/12, nous devrons multiplier 12 916 666
francs CFA x 7 = 90 416 662 et cette somme correspond à 7/12. Or en l’espèce, la différence
de prix étant 100 000 000 (cent millions) de francs CFA, elle est supérieure à 90 416 662 F
CFA (correspondant à une lésion de 7/12). Dans cet exemple, la lésion est plus de 7/12.
L’action en rescision est donc recevable.

On peut également utiliser une méthode plus simple: la règle de trois:


155.000.000 cfa x 7= 90.416.662 cfa.
12

On peut citer à titre d’exemple l’arrêt n° 437/03 de la Cour Suprême de Côte d’Ivoire
du 10 juillet 2003 relative à la preuve de la lésion1 ; la Cour Suprême a rejeté le pourvoi au
motif que «S’il est exact que le prix de vente de l’immeuble a été fixé à un million, le vendeur,
dame Sasso, ne rapporte nullement qu’elle est lésée de plus de sept douzièmes du prix de
l’immeuble litigieux. De sorte qu’au regard de l’article 1674 du code civil, elle est fondée à
solliciter la rescision de la vente pour cause de lésion».

Cette décision de la juridiction suprême ivoirienne est contestable parce qu’elle ne se


réfère pas aux articles 1675 à 1680 du code civil lesquels réglementent le mode de preuve de
la lésion.

(1) Actualité juridique 2004, n° 43.

183
205.3 – Délai biennal – Le délai d’exercice de l’action en rescision pour cause de lésion a été
fixé par la loi à deux ans (article 1676 du code civil).

Le point de départ de ce délai biennal est le jour de la vente.

Ce délai biennal n’est pas suspendu pendant la durée du temps stipulé pour le pacte de
rachat (article 1676, alinéa 3).

b) Les sanctions.

206 – Dans les cas où l’action en rescision est déclarée recevable par le tribunal, la loi offre à
l’acheteur le choix d’opter pour la révision du contrat qui permettra la « survie » du contrat
(article 1681 du code civil).

206.1 – La rescision du contrat pour cause de lésion est une nullité relative. Comme toute
nullité relative, l’exercice de l’action en rescision pour lésion appartient à la partie protégée.
Cette partie est ici le vendeur d’immeuble (article 1674 du code civil).

Si la nullité relative pour cause de lésion est prononcée, elle aura pour effet d’entraîner
l’anéantissement du contrat de vente portant sur l’immeuble.

Le contrat de vente étant rétroactivement anéanti, chaque partie (vendeur et acquéreur)


sera tenu d’une obligation réciproque de restitution de la prestation reçue. Aussi l’acquéreur
sera tenu de rendre l’immeuble litigieux.

Si l’acquéreur a perçu des fruits de l’immeuble, il sera également tenu de restituer les
fruits à compter du jour de la demande en rescision pour lésion (article 1682, alinéa 2 du code
civil).

Quant au vendeur de l’immeuble litigieux, il sera tenu de restituer le prix de


l’immeuble payé par l’acheteur.

Mais l’acquéreur peut éviter la sanction de la rescision pour lésion en optant pour la
révision.

206.2 – La révision du contrat – La condition pour qu’il y ait révision du contrat est le
paiement par l’acheteur d’un supplément du prix de vente de l’immeuble. Mais quels sont les
modes de calcul de ce supplément de prix ?

184
Selon les dispositions de l’article 1681, alinéa 1er du code civil, l’acheteur doit payer le
supplément du juste prix, sous la déduction du dixième du prix total. Il existe deux méthodes
de calcul du supplément du juste prix.

La première méthode de calcul est la suivante:

Le supplément du juste prix est la différence entre la valeur réelle de l’immeuble au


jour de la vente et le prix effectivement payé par l’acquéreur. Prenons l’exemple d’un
immeuble acquis le 18 septembre 2019 au prix de 55 millions de francs CFA alors que sa
valeur réelle au moment de la vente était 155 millions de francs CFA. La lésion dans cet
exemple est la différence entre la valeur réelle de l’immeuble et le prix réellement payé, soit
155 millions – 55 millions = 100 millions.

Pour déterminer le supplément du juste prix que doit payer l’acheteur pour conserver
l’immeuble, il faudra procéder à la déduction du dixième du prix total.

Le prix total dans notre exemple est 155 millions. Soit 155 millions : 10 = 15 500 000
francs CFA.

Pour trouver le supplément du juste prix, nous devrions déduire des 15 550 000 francs
CFA des 100 000 000 (cent millions) = 84 500 000 francs CFA.

A ce montant de 84 500 000 F CFA, il faut ajouter les 55 millions payés au moment de
la vente. Ce qui nous donne maintenant le nouveau prix de l’immeuble qui est 139 500 000 F
CFA.

La seconde méthode est la suivante:

On commence par déterminer en quoi consiste la lèsion de plus sept douzièmes.

185
Dans les deux méthodes de calcul, le nouveau prix obtenu est 139.500.000 cfa au lieu
de 155.000.000 cfa.

Ce nouveau prix permet de rétablir quel que peu l’équilibre des prestations bien que
l’on n’atteigne pas la valeur réelle de l’immeuble qui est de 155 millions. Mais cette solution
se justifie car c’est le vendeur qui s’est trompé sur la valeur même de son immeuble. Le
législateur ne peut donc instaurer la justice contractuelle totalement au détriment de
l’acquéreur.

Dans notre exemple, la perte subie et non compensée est de 15.000.000 cfa)
(155.000.000-139.500.000 cfa).

Cependant, il nous faut préciser que le mode de calcul du juste prix contenu dans
l’article 1681 n’a pris en compte que la valeur de l’immeuble au jour de la vente. Mais il se
peut qu’entre le jour de la vente et le jour de la révision du prix de vente, l’immeuble a pu
prendre de la valeur. Aussi l’on doit proposer au législateur de tenir compte de cette plus-
value dans la fixation du supplément du juste prix.

La revision a pour effet de permettre à l’acheteur de conserver l’immeuble, objet de la


vente, s’il paie le supplément du juste prix.

B. LA LESION DANS LE PARTAGE SUCCESSORAL.

207 – La lésion dans le partage successoral est désormais régie par la loi n° 2019-573 du 26
juin 2019 relative aux successions1 laquelle abroge la loi n° 64-379 du 7 octobre 1964 relative
aux successions et la loi n° 64-381 du 7 Octobre 1964 relative aux dispositions diverses
applicables aux matières régies par la loi sur les successions.

Les articles 123 à 128 nouveaux de la loi du 26 juin 2019 précitée déterminent le
champ d’application de l’action en rescision pour lésion dans le partage successoral et le
régime juridique de cette action.

1) Le champ d’application de la lésion dans le partage.

208 - Tous les partages ne sont pas soumis à la rescision pour lésion. L’article 123 nouveau de
la loi nouvelle sur les successions vise expressément le partage de succession à l’exclusion
notamment du partage de la communauté ou tout autre partage.

1- J.O.R.C.I., n° spécial du 16 juillet 2019, pp. 277 et s.

186
L’article 124 nouveau de la loi du 26 juin 2019 prend soin de définir la notion de
partage. Le partage est tout acte qui a pour objet de faire cesser l’indivision entre cohéritiers,
encore qu’il fut qualifié de vente, d’échange et de transaction, ou de toute autre manière1.

Selon les dispositions de l’article 124 nouveau précité, tout acte qui contribue à la
cessation de l’indivision est rescindable pour lésion.

2) Le régime juridique de l’action en rescision pour lésion dans le partage.

209 – La loi n° 2019-573 du 26 juin 2019 relative aux successions détermine les conditions du
prononcé de la rescision pour cause de lésion dans le partage et les sanctions afférentes.

a) Les conditions d’exercice de l’action en rescision.

210 – Les conditions d’exercice de l’action en rescision pour cause de lésion dans le partage
sont au nombre de deux : elle concerne d’une part, l’assiette de la lésion et, d’autre part, le
taux de la lésion.

La lésion est calculée sur l’ensemble des biens attribués au co-partageant sans
distinction de leur nature mobilière ou immobilière.

Pour juger s’il y a lésion, les objets constituant l’assiette de la lésion sont estimés selon
leur valeur à l’époque du partage (article 126 nouveau).

Le taux de la lésion pris en compte par l’article 123 nouveau, alinéa deuxième de la loi
nouvelle précitée, est plus du quart.

b) Les sanctions de la lésion dans le partage.

211 – A l’instar de la lésion dans la vente d’immeuble, il existe deux sanctions possibles de la
lésion : la nullité relative du partage ou le paiement d’un supplément (article 127 nouveau de
la loi nouvelle précitée).

A la demande du co-partageant, victime de la lésion de plus d’un quart, le partage peut


être annulé entraînant un retour au statu quo ante qui ne prendra fin que par un nouveau
partage.

Pour empêcher ce nouveau partage, le défendeur à la demande en rescision peut offrir


et fournir au demandeur le supplément de sa portion héréditaire, soit en numéraire soit en
nature (article 127 nouveau précité).

1- L’article 124 nouveau reprend les dispositions de l’article 130 ancien de la loi relative aux successions.

187
Ce supplément a donc pour objet d’instaurer un rééquilibre dans le partage en
instaurant ainsi la justice contractuelle.

C. LA LÉSION DANS LES ACTES CONCLUS PAR DES INCAPABLES : LE


CAS DU MINEUR.

211 – Les conditions d’exercice (1) et les sanctions (2) de l’action en rescision pour cause de
lésion dont un incapable a été victime résultent de deux textes : les articles 1305 et suivants du
code civil et la loi n° 2019-572 du 26 juin 2019 relative à la minorité laquelle abroge la loi n°
70-483 du 3 août 1970 sur la minorité1.

1) Les conditions d’exercice de l’action en rescision pour lésion.

212 – L’article 1305 du code civil prévoit que « La simple lésion donne lieu à la rescision en
faveur du mineur non émancipé, contre toutes sortes de conventions ; et en faveur du mineur
émancipé, contre toutes conventions qui excèdent les bornes de sa capacité, ainsi qu’elle est
déterminée au titre de la minorité, de la tutelle et de l’émancipation ».

Il résulte de cet article qu’une distinction doit être faire entre le mineur non émancipé
et le mineur émancipé.

a) L’action en rescision du mineur non émancipé.

213 – Les conditions d’exercice de l’action en rescision exercée par un mineur non émancipé
sont au nombre de deux. Elles concernent, d’une part, les conventions rescindables pour
lésion et d’autre part, le taux de la lésion.

214 – Les conventions rescindables pour lésion – Selon les dispositions de l’article 1305 du
code civil, la rescision pour lésion concerne « Toutes sortes de conventions » conclues par le
mineur non émancipé. Il peut s’agir notamment d’actes de disposition, d’actes
d’administration ou d’actes conservatoires.

Ces dispositions de l’article 1305 du code civil sont contraires à celles du nouvel
l’article 37 de la loi n° 2019-572 du 26 juin 2019 relative à la minorité2. En effet, l’article 37
qui traite de la rescision pour lésion dans son alinéa deuxième ne concerne que les actes
d’administration3.

1- J.O.R.C.I., n° spécial du 16 juillet 2019, pp. 265 et s.


2-J.O.R.C.I. numéro spécial du 16 juillet 2019, pp. 265 et s. Cette loi abroge les dispositions de la loi du 3 Août 1970 relative
à la minorité.
3- En réalité l’article 37 nouveau reprend les dispositions de l’ancien article 33 de la loi sur la minorité.

188
Les actes d’administration, qui sont des actes de gestion courante du patrimoine du
mineur, constituent une exception à l’incapacité générale d’exercice qui frappe le mineur non
émancipé.

L’article 37 de la loi sur la minorité énonce dans son alinéa premier la validité des
actes d’administration parce que ces actes sont de ceux que le représentant légal du mineur
non émancipé aurait pu conclure seul.

Mais ces actes d’administration peuvent être rescindables pour lésion.

Il y a ici une contradiction entre l’article 1305 du code civil et l’article 37 de la loi
nouvelle sur la minorité quant au domaine d’application de la lésion. Quel est le texte qui doit
l’emporter ?

La loi n° 2019-572 du 26 juin 2019 relative à la minorité étant un texte postérieur au


code civil, ses dispositions abrogent celles de l’article 1305 du code civil. De plus, l’article
1305 du code civil se réfère lui-même à la loi sur la minorité. On peut donc conclure en
affirmant que seuls les actes d’administration conclus par un mineur non émancipé sont
rescindables pour lésion et non toutes sortes de conventions1.

De plus, le troisième alinéa de l’article 37 nouveau précité prévoit que si l’acte conclu
par le mineur est de ceux que le représentant légal n’aurait pu faire qu’avec une autorisation,
il est nul de plein droit.

Ce dernier alinéa de l’article 37 vise les actes de disposition, qui ne sont pas
rescindables pour lésion, mais frappés de nullité relative.

Bien que la nullité pour lésion soit aussi un cas de nullité relative, il existe une
distinction entre les deux cas. Dans le cas de la rescision qui concerne les actes
d’administration, la preuve d’une lésion est nécessaire.

215 – L’absence de taux légal dans la sanction de la rescision dont un mineur non émancipé
est victime, résulte des dispositions de l’article 37 nouveau, alinéa deuxième. Cet article
prévoit que « L’acte est cependant rescindable en faveur du mineur, pour cause de lésion,
quelle que soit son importance sauf si cette lésion résulte d’un événement imprévu…. ».

1- Voir une solution différente en droit français avec le nouvel article 1149 du nouveau code civil français issu de
l’ordonnance n°2016-131 du 1 févier 2016 « Les actes courants accomplis par le mineur peuvent être annulés pour simple
lésion. Toutefois, la nullité n’est pas encourue lorsque la lésion résulte d’un événement imprévisible ».

189
L’absence de taux légal s’explique ici dans la volonté du législateur de mieux protéger
le mineur non émancipé.

b) L’action en rescision du mineur émancipé.

216 – La lésion donne lieu à la rescision en faveur du mineur émancipé contre toutes
conventions qui excèdent les bornes de sa capacité ainsi qu’elle est déterminée au titre de la
minorité, de la tutelle et de l’émancipation (article 1305 du code civil).

Selon les dispositions même de l’article 1305 du code civil, l’on ne peut déterminer le
domaine d’application de la lésion subie par un mineur émancipé qu’en se référant à la loi du
26 juin 2019 relative à la minorité.

Selon cette loi du 26 juin 2019, les seules exceptions à la capacité juridique du mineur
non émancipé concernent l’adoption et l’exercice du commerce à l’exclusion du mariage.
Aussi les seuls actes du mineur émancipé rescindables pour lésion sont relatifs à l’exercice du
commerce. Ces actes seront rescindables pour lésion parce qu’ils excédent les bornes de la
capacité du mineur émancipé.

2) La nullité relative, sanction de la lésion.

217 – Selon les termes de l’article 38 nouveau de la loi du 26 juin 2019 sur la minorité, la
nullité qui sanctionne l’acte d’administration rescindable pour lésion est une nullité relative.
La nullité relative qui vise la protection d’un intérêt particulier, ne peut être invoquée que par
la ou les personnes protégées. Aussi le droit d’agir en nullité de l’acte irrégulier ou
rescindable n’appartient qu’au mineur non émancipé qui est la personne protégée.

Mais conformément aux dispositions de l’article 33 de la loi du 26 juin 2019 relative à


la minorité, le mineur ne peut exercer l’action en nullité qu’assisté de son représentant légal. Il
ne peut l’exercer seul en raison de l’incapacité générale d’exercice qui le frappe.

Le cocontractant majeur du mineur ne peut arguer de la nullité de l’acte conclu pour


incapacité. Cette interdiction, prévue par l’alinéa deuxième de l’article 38 de la loi nouvelle
du 26 juin 2019 relative à la minorité, s’explique par le caractère relatif de la nullité.

218 – Délai d’exercice de l’action – Confirmation – Prescription – L’action en rescision


pour lésion peut être exercée pendant toute la minorité de l’enfant.

190
Une fois, majeur ou émancipé, l’enfant peut encore exercer l’action pendant un délai
de cinq ans à compter du jour de la majorité ou de l’émancipation.

L’expiration du délai de cinq ans entraîne la prescription de l’action en nullité ou en


rescision (article 40 nouveau de la loi du 26 juin 2019 relative à la minorité).

Mais comme toute nullité relative, la nullité ou la rescision de l’acte conclu par le
mineur pour incapacité est susceptible de confirmation. Ainsi le mineur devenu majeur ou le
mineur qui a été émancipé peut procéder à la ratification expresse ou tacite de l’acte conclu
pendant la minorité.

219 – Les effets de la nullité ou de la rescision- Si la nullité ou la rescision pour lésion est
prononcée par le tribunal, celle-ci aura pour effet l’anéantissement de l’acte conclu pour
l’avenir aussi bien que pour le passé. L’effet rétroactif de l’anéantissement créera à la charge
de chaque partie une obligation de restitution.

Toutefois, l’article 41 nouveau de la loi du 26 juin 2019 sur la minorité, dans le souci
de protéger le mineur, apporte une limite à l’obligation de restitution de celui-ci. Selon les
dispositions de l’article 41 précité, le mineur ne sera tenu au remboursement de ce qui lui a
été payé que s’il est prouvé que ce paiement a tourné à son profit. Cette disposition signifie
que le cocontractant du mineur, qui a exécuté son obligation de restitution, n’obtiendra à son
tour une restitution du mineur que s’il prouve que le paiement effectué a tourné au profit du
mineur. Tel sera notamment le cas si le mineur n’a pas dilapidé la somme ou l’a versée sur un
compte bancaire.

SECTION III : LA LICEITE DE L’OBJET.

220 – Le contrôle de la licéité de l’objet du contrat est fondé sur deux textes : l’article 1128 du
code civil (§1) et l’article 6 du code civil (§2).

§1. LA LICEITE DE L’OBJET SELON L’ARTICLE 1128 DU CODE CIVIL.

221 – Selon les dispositions de l’article 1128 du code civil, « Il n’y a que les choses qui sont
dans le commerce qui puissent être l’objet de conventions ».

Il résulte de l’interprétation a contrario de l’article 1128 précité que les choses hors du
commerce ne peuvent constituer l’objet licite d’un contrat.

191
Dans la typologie des choses hors du commerce, l’on cite en premier l’être humain et
le corps humain, les choses dont le commerce est interdit par la loi et les choses insusceptibles
d’appropriation.

A- L’ÊTRE HUMAIN ET LE CORPS HUMAIN.

222 – Avec l’abolition de l’esclavage, les êtres humains ne peuvent être des objets d’un
commerce. De nos jours, la traite des personnes, nouvelle forme de l’esclavage, fait des êtres
humains, des objets de droit en dépit des conventions internationales relatives en la matière.

223 – Le corps humain, – composante essentielle de la personne, comprend un ensemble


d’organes, d’éléments et de produits qui ne peuvent faire l’objet de commerce juridique. De
nombreux textes en droit interne consacrent le principe de l’indisponibilité du corps humain.

L’article 5, alinéa 2 de la constitution ivoirienne du 8 novembre 2016 consacre le


principe de l’indisponibilité du corps humain en interdisant le trafic d’organes humains à des
fins commerciales ou occultes.

En dehors de la constitution, deux textes bioéthiques ivoiriens, la loi n°93-672 du 9


Août 1993 relative aux substances thérapeutiques d’origine humaine1 et le décret n° 2012-18
du 18 janvier 2012 relatif au prélèvement et à l’utilisation de substances thérapeutiques
d’origine humaine autres que le sang2 consacrent le principe de l’indisponibilité du corps
humain. Mais dans la pratique, les cas de trafics d’organes humains à des fins commerciales
ou occultes sont à l’origine de nombreux scandales.

Cependant le principe de l’indisponibilité du corps humain comporte des exceptions


relatives au don du sang et à la cession du sang à titre onéreux. Des exceptions sont également
prévues par les textes précités relatives aux dons d’organes du vivant du donneur ou post
morten.

Bien que le problème ne se soit pas encore posé en droit ivoirien, la convention par
laquelle une femme s’engage à concevoir et à porter un enfant pour l’abandonner à la
naissance à « une famille d’accueil » doit être jugée contraire au principe de l’indisponibilité
du corps humain et au principe de l’indisponibilité de l’état des personnes.

1- JORCI 30 septembre 1993, pp. 703 et S.


2- JORCI 30 janvier 2012, pp. 67 et s.

192
A- LES CHOSES DONT LE COMMERCE EST INTERDIT PAR LA LOI ET
LES «RES NULLIS»

224 – Les choses dont le commerce est interdit par la loi sont des choses hors du commerce
dans le sens de l’article 1128 du code civil. Il en est ainsi de la drogue, des substances
vénéneuses ou des marchandises contrefaites qui sont produites en infraction à la loi. On peut
encore citer comme exemples le trafic ou ventes des espèces animales en voie d’extinction,
ventes prohibées par la loi.

Dans le jugement inédit du 30 novembre 2000, le tribunal de 1ere instance de Korhogo


a décidé que «L’objet du contrat est illicite dès lors qu’il s’agit de marchandises
frauduleusement entrées sur le territoire ivoirien et dont la vente est prohibée ». Par
conséquent, le tribunal a annulé le contrat de vente portant sur des cartons et des cartouches
de cigarettes de marque «CRAVEN A» entrés frauduleusement sur notre territoire par
application de l’article 1128 du code civil.

225 – Les choses insusceptibles d’appropriation de par leur nature même sont hors du
commerce juridique. Il en est ainsi de l’air, de la mer, etc… désignés sous le terme latin « res
nullis ».

§2. LA LICEITE DE L’OBJET SELON L’ARTICLE 6 DU CODE CIVIL.

226 – Selon les dispositions de l’article 6 du code civil, il est interdit de « Déroger, par des
conventions particulières, aux lois qui intéressent l’ordre public et les bonnes mœurs ».Il
résulte de l’article 6 deux critères de contrôle de la licéité de l’objet du contrat. Il y a d’une
part l’ordre public (A) et d’autre part, les bonnes mœurs (B).

A. LA CONFORMITE DE L’OBJET A L’ORDRE PUBLIC.

227 – La définition de l’ordre public. L’ordre public est un ensemble de lois et de principes
auxquels la volonté privée ne peut déroger. C’est une notion à contenu variable dans le temps
et dans l’espace. Le caractère d’ordre public d’un texte peut résulter de la loi elle-même

193
(ordre public légal) ou résulter de la décision du juge (ordre public virtuel ou ordre public
implicite). Dans cette dernière hypothèse, ce sont les juges qui attribuent à un texte donné le
caractère d’ordre public parce qu’ils estiment que son respect est indispensable pour assurer la
protection de l’intérêt général.

228 – Distinction ordre public classique et ordre public économique – L’ordre public
classique, encore appelé ordre public politique, vise à protéger les valeurs essentielles de la
société relatives à l’Etat et à la famille. L’ordre public classique consacre ainsi les principes
relatifs à l’organisation de l’Etat et au bon fonctionnement des services publics. Aussi aucune
convention ne peut déroger au principe de la gratuité du service public. L’ordre public
classique justifie aussi l’annulation des conventions portant sur la procréation pour le compte
d’autrui et l’interdiction des pactes sur successions futures (article 1130, alinéa 2 du code
civil).

On oppose traditionnellement l’ordre public classique à l’ordre public économique1.

L’ordre public économique vise à protéger les valeurs liées à l’économie. Une
distinction est faite en son sein entre l’ordre public de direction et l’ordre public de protection.

L’ordre public de direction est un ensemble de règles impératives ayant pour objet de
permettre aux pouvoirs publics de réaliser certains objectifs économiques notamment la
réglementation des prix ou la protection de la monnaie (ordre public monétaire). Ainsi, il
arrive que le gouvernement ivoirien, dans le dessein de lutter contre l’inflation, pratique une
politique de taxation ou de plafonnement des prix notamment en ce qui concerne les produits
de première nécessité tels que le prix de la bouteille d’huile, le prix du sac de riz, de la
bouteille de gaz ou le prix de l’essence.

Quant à l’ordre public de protection, il a pour objet la protection des parties


considérées comme faibles tels que les salariés, les consommateurs et autres.

Voir Ripert, « L’ordre économique et la liberté contractuelle », Etudes Gény, II, 347 ; Hémard (J), « L’économie dirigée et
les contrats commerciaux », Etudes Ripert, 1950, t. II, p. 341 ; «L’ordre public économique», LGDJ, 1963 ; Hausser (J) et
Lemouland (J), «Ordre public et les bonnes moeurs», rep. Civ, 1993 ; Malaurie (P), «L’ordre public et le contrat», thèse,
Paris, 1953 ; «L’ordre public à la fin du xx° siècle», coordination Revet (TH), Dalloz, 1996.

194
B. LA CONFORMITE DE L’OBJET AUX BONNES MŒURS.

229 – Les bonnes mœurs constituent également une notion à caractère variable. En effet, la
notion de bonnes mœurs évolue avec le temps. En dépit de la rareté des décisions
jurisprudentielles ivoiriennes relatives à l’ordre public et aux bonnes moeurs, l’on peut
néanmoins citer l’arrêt n°188 de la Cour d’Appel d’Abidjan du 12 mars 19761. La cour a
décidé en l’espèce que «N’est pas contraire à l’ordre public et aux bonnes moeurs une
convention orale conclue entre un pharmacien et le comptable d’une entreprise, par laquelle le
premier s’engage à livrer, en leur accordant des facilités de paiement, des produits
pharmaceutiques aux agents de l’entreprise qui se présentent avec un bon signé par le second,
celui-ci se chargeant de recouvrer en fin de mois le montant des bons auprès des acheteurs, et
de le reverser au pharmacien moyennant une commission».

R. I. D. 1978, n° 3-4, p.38

195
230 – L’article 1108 du code civil subordonne la validité du contrat à l’existence et à la licéité
de la cause de l’obligation. Les articles 1131 à 1133 du code civil sont également relatifs à la
cause.
Dans le langage courant, la cause est la raison déterminante de l’engagement d’une des
parties. La notion de cause correspond à la question « pourquoi ? ».

Dans le langage juridique, la notion de cause a deux acceptions qui ont donné lieu à
une controverse.

Selon la première acception, la cause efficiente ou abstraite de l’obligation est le fait


générateur de l’obligation et il est le même pour tous les contrats du même type. Cette
première acception a donné naissance à la théorie classique ou objective de la cause.

Selon la seconde acception de la cause, cause finale ou subjective, la cause est le motif
principal qui a conduit une personne à contracter. Cette seconde acception a donné naissance
à la théorie moderne et subjective de la cause.

Par la suite, une troisième théorie, la théorie anti-causaliste est née. Pour les anti-
causalistes, dont le plus célèbre est le professeur Planiol1, la théorie de la cause est une théorie
inutile car elle se confond avec les autres conditions de validité du contrat. Il en est
particulièrement ainsi dans les actes à titre gratuit. Dans ces actes, la cause résiderait dans
l’intention libérale. Or lorsque l’intention libérale fait défaut, le consentement du
cocontractant n’existe pas. L’intention libérale (cause) se confond donc avec le problème de
consentement. Selon ces mêmes auteurs, dans les actes à titre onéreux, les obligations
réciproques des parties ne peuvent se servir mutuellement de cause car elles naissent
simultanément. Et dans les contrats unilatéraux notamment dans les contrats réels, la remise
de la chose n’est pas la cause de l’obligation mais son fait générateur.2

(1) Planiol (M), « Traité pratique de droit civil français », édition 1952, t. IV, p. 332.
(2) Dans le nouveau code civil français (ordonnance du 10 février 2016), l’article 1128 nouveau dispose que «Sont
nécessaires à la validité du contrat:
1° Le consentement des parties;
2° Leur capacité de contracter.
3° Un contenu licite et certain».
Il résulte de ces dispositions de l’article 1128 nouveau que la cause ne figure plus parmi les conditions de fond de la
formation du contrat.

196
La théorie anti-causaliste, bien qu’en partie fondée, n’a pas reçu de consécration en
jurisprudence. Seules les théories classique et moderne de la cause sont utilisées par la
jurisprudence. La théorie classique permet à la jurisprudence de vérifier l’existence de la
cause (Section I) et la théorie moderne permet de contrôler la conformité de la cause à l’ordre
public et aux bonnes moeurs (Section II)1.

SECTION I : LA THEORIE CLASSIQUE ET L’EXISTENCE DE


LA CAUSE.

231 – La théorie classique de la cause est encore appelée cause objective et abstraite de
l’obligation (§1). Cette théorie est utilisée par la jurisprudence pour sanctionner l’absence de
cause (§2).

§1. L’ENONCE DE LA THEORIE CLASSIQUE.

232 – La cause objective et abstraite (cause classique) est le but immédiat et direct qui conduit
les parties à s’engager. Le but immédiat recherché par chacun des contractants a un caractère
abstrait qui est toujours le même pour les contrats appartenant à la même catégorie juridique.
C’est pourquoi on l’appelle encore cause catégorique ou cause catégorielle. On ne retient
donc pas les motifs individuels qui varient d’un individu à un autre.

233 – La détermination de la cause objective et abstraite dans chaque catégorie de contrats -


Une distinction est faite entre les contrats à titre onéreux (A) et les contrats à titre gratuit (B).

A. LA DETERMINATION DE LA CAUSE OBJECTIVE DANS LES


CONTRATS A TITRE ONEREUX.

234 – Une sous-distinction doit être faite entre les contrats synallagmatiques (1) et les contrats
unilatéraux (2).

(1) Voir en droit français Capitant (H), «De la cause des obligations», Dalloz, 1927 ; Chazal (J.P), «théorie de la cause et
justice contractuelle», J.C.P. 1998, I, 152 ; Guéguen (J.M), «Le renouveau de la cause en tant qu’instrument de justice
contractuelle», D. 1999, chron. 312 ; Mauty (J), «Le concept et le rôle de la cause des obligations dans la jurisprudence»,
RTD. Comp. 1951, 485 ; Tournafond (O), «L’influence du motif illicite ou immoral sur la validité du contrat», D. 1999,
chron. p.238.

197
1) Dans les contrats synallagmatiques.

235 – Une distinction doit être faite entre les contrats synallagmatiques commutatifs et les
contrats synallagmatiques aléatoires.

a) Les contrats commutatifs.

236 – Dans les contrats commutatifs, la cause de l’obligation d’une partie est l’objet de
l’obligation de l’autre. Ainsi dans la vente, la cause de l’obligation de l’acheteur est la
livraison de la chose par le vendeur et la cause de l’obligation du vendeur est le paiement du
prix par l’acheteur.

Dans le contrat de bail, la cause de l’obligation du bailleur est le paiement du loyer par
le locataire et la cause de l’obligation du locataire est la mise à disposition par le bailleur de la
chose louée.

b) Les contrats aléatoires.

237– Dans ce type de contrats, la cause de l’engagement de l’une des parties ne peut être la
contre-prestation de l’autre puisque l’étendue ou l’existence même de l’obligation de l’autre
est incertaine. On dit alors que la cause de l’obligation est l’aléa c’est-à-dire l’événement
incertain dont dépend l’existence ou non de l’obligation de l’autre partie. Ainsi dans le contrat
d’assurance automobile, si aucun accident n’intervient, les primes versées par le propriétaire
du véhicule seront sans contrepartie ; l’aléa étant l’existence ou non de l’accident. On peut
donc dire que la cause de l’obligation du souscripteur de l’assurance automobile est l’aléa.

2) Les contrats unilatéraux.

238 – Les contrats unilatéraux sont ceux qui ne font naître d’obligations qu’à la charge d’une
seule partie. Il n’y a pas par conséquent, dans de tels contrats, une contre-prestation pouvant
constituer la cause de l’obligation de l’autre. Il faut alors rechercher la cause de l’obligation
dans une opération extérieure au contrat. Ainsi dans les contrats réels, la cause de l’obligation
réside dans la remise antérieure de la chose. On peut citer l’exemple du contrat de dépôt et
l’exemple du contrat de prêt. La cause objective ou cause abstraite dans le contrat de dépôt ou
dans le contrat de prêt réside dans la remise antérieure de la chose par le prêteur ou par le
déposant. Cette remise de la chose est la cause de l’obligation de restitution qui incombe à
l’emprunteur ou au dépositaire.

198
Dans le même ordre d’idées, la cause dans la promesse unilatérale de payer est une
obligation préexistante à la naissance du contrat. C’est parce qu’un individu est
antérieurement débiteur d’une personne qu’il s’engage à payer une certaine somme dans une
promesse unilatérale.

B. LA DETERMINATION DE LA CAUSE OBJECTIVE DANS LES


CONTRATS A TITRE GRATUIT.

239 – Les contrats à titre gratuit sont des contrats effectués avec une intention libérale. Le
cocontractant n’attend pas de contrepartie. La cause de son obligation réside donc dans
l’intention libérale. Ainsi dans le contrat de donation, la cause est l’intention libérale ; la
notion de cause semble alors se confondre avec le consentement et avec les motifs.

§2. LA CAUSE CLASSIQUE ET LA SANCTION DE L’ABSENCE DE CAUSE.

240 – Selon les dispositions de l’article 1131 du code civil, pour être valable, un engagement
doit avoir une cause. La théorie classique ou théorie objective et abstraite de la cause permet
de contrôler l’existence de la cause et la sanction de l’absence de cause et de la fausse cause
(A) dès lors que la preuve en est faite (B).

A. LA SANCTION DE L’ABSENCE DE CAUSE ET DE LA FAUSSE CAUSE.

241 – L’article 1131 du code civil prévoit que « l’obligation sans cause ou sur une fausse
cause… ne peut avoir aucun effet ».

En réalité, l’absence de cause (1) est distincte de la fausse cause (2) bien que la
sanction dans les deux cas soit la nullité absolue de l’acte.

1) La sanction de l’absence de cause.

242 – La constatation de l’absence de cause diffère selon la catégorie à laquelle appartient le


contrat.

199
242.1 – Dans les contrats synallagmatiques commutatifs, l’absence de cause réside dans
l’inexistence de la contre-prestation. Il en est ainsi dans un contrat de vente dépourvu de prix
ou lorsque la chose vendue a été détruite en totalité avant la vente. Dans le contrat de bail,
l’absence de cause peut résider dans l’absence de loyers.

242.2 - Dans les contrats synallagmatiques aléatoires, l’absence de cause réside dans
l’inexistence de l’aléa. Il y a absence de cause dans le contrat d’assurance-maladie lorsque
l’assuré, qui connaît sa séropositivité, ne la révèle pas à l’assureur au moment de la
conclusion du contrat. Il en est de même dans le contrat de rente viagère si l’acquéreur sait
d’avance que le vendeur décédera à brève échéance. Dans une telle hypothèse, sa prestation
est dépourvue de contrepartie réelle.

242.3 - Dans les contrats unilatéraux, il y a absence de cause s’il n’existe pas d’obligation
préexistante à la conclusion du contrat. Ainsi dans la promesse unilatérale de payer, il y a
absence de cause s’il n’existe pas de dette préexistante qui justifie la conclusion de la
promesse unilatérale de payer. Dans le contrat de dépôt, la cause n’existe pas lorsqu’il n’y a
pas eu remise préalable de la chose au déposant par le dépositaire.

242.4 - Dans les contrats à titre gratuit, l’absence de cause réside dans l’absence d’intention
libérale.

243 – La sanction de l’absence de cause est en principe la nullité de l’acte conclu. Cette
nullité se justifie par le fait que la cause est une condition de validité du contrat. Aussi
l’absence totale de cause ne peut en principe qu’être sanctionnée par la nullité absolue de
l’acte.

C’est au moment de la conclusion du contrat qu’il faut se placer pour rechercher si


l’engagement est causé.

244 – Exceptionnellement, certains actes juridiques, notamment en droit commercial, sont


valables même en l’absence de cause. On les appelle les actes abstraits. Il s’agit de la lettre de
change, du chèque et du billet à ordre.

200
2) La sanction de la fausse cause.

245 – La fausse cause est une erreur commise sur la cause. On peut citer l’exemple d’une
personne qui s’engage à prendre en charge les frais d’entretien et d’éducation d’une autre
croyant que celle-ci est sa fille. Il apprend par la suite que ce n’est pas le cas. L’engagement
conclu peut être annulé pour erreur sur la cause ou fausse cause.

En réalité, la cause n’existe pas mais comme le débiteur a cru à son existence, elle est
qualifiée de fausse cause. La sanction est la nullité absolue de l’acte.

La notion de fausse cause a été consacrée dans l’arrêt n° 417 de la Cour d’Appel
d’Abidjan du 17 juin 19771. Il a été noté que «Même si la preuve d’un vice du consentement
résultant d’une contrainte morale n’est pas rapportée, l’engagement d’indemniser la victime
d’un vol, souscrit par un tiers dans la croyance que le vol est imputable à un de ses parents,
contre promesse de la victime de ne pas porter plainte, doit être annulé pour fausse cause si la
victime s’est constituée partie civile contre la personne soupçonnée et si celle-ci a été relaxée
par le tribunal correctionnel au bénéfice du doute.

Si cet engagement a été partiellement exécuté, il y a lieu d’ordonner la répétition des


sommes payées».

Ainsi la nullité de l’engagement d’indemniser la victime du vol par le tiers (M.


Lassissi Atandah) a été prononcée par la cour d’appel pour fausse cause. Que faut-il entendre
par fausse cause ?

L’article 1131 du code civil prévoit que «L’obligation sans cause ou sur une fausse
cause ..... ne peut avoir aucun effet».

La notion de fausse cause est distincte de l’absence de cause.

L’absence de cause réside dans l’inexistence de la cause. Or en l’espèce; c’est à juste


titre que la cour d’appel a conclu à la fausse cause et non à l’absence de cause.

(1) R. I. D. 1978-1979, n° 3-4, p. 44

201
En l’espèce, la convention conclue le 27 août 1975 est un contrat unilatéral qui n’a
institué des obligations qu’à la seule charge de M. Lassissi Atandah. L’obligation à la charge
de M. Atandah est l’indemnisation de la victime du vol.

Pour déterminer la cause de ce contrat unilatéral, les juges de la cour d’appel ont
appliqué la conception objective de la cause. Dans les contrats unilatéraux, la cause de
l’obligation réside dans une opération extérieure au contrat. En l’espèce, la cause de
l’obligation de M. Atandah réside dans le vol commis antérieurement (mai 1975) et dont il
croyait son neveu coupable. C’est au moment de la conclusion de la convention ou
engagement qu’il faut se placer pour rechercher si la cause de cette convention existe ou non.
Ainsi la cause de l’obligation de M. Atandah existe mais la cour a décidé qu’il a eu erreur sur
la cause ou fausse cause. La cour a en effet précisé que «C’est faussement que Lassissi
Atandah a cru que son parent était coupable; la relaxe de son parent est la preuve qu’il a y eu
erreur sur la cause ou fausse cause ».

Le raisonnement de la cour d’appel d’Abidjan est fondé sur la conception classique de


la cause encore appelée conception objective.

B. LA PREUVE DE LA CAUSE.

246 – Les règles qui régissent la preuve diffèrent selon que la cause est exprimée ou selon
qu’elle n’est pas exprimée.

1) La cause exprimée.

247 – Lorsque l’une des parties au contrat veut prouver que la cause exprimée dans le contrat
n’est pas la véritable cause, la preuve contraire à ce qui est exprimé dans un écrit doit en
principe se faire par écrit. On peut citer l’exemple d’un contrat de vente qui masque en réalité
une donation. La preuve contraire résultera notamment de l’existence d’une contre-lettre.

2) La cause non exprimée.

248 – Selon les dispositions de l’article 1132 du code civil, « La convention n’est pas moins
valable quoique la cause n’en soit pas exprimée ».

202
L’article 1132 a été autrefois interprété à tort comme une consécration des actes
abstraits en droit français. En réalité, l’article 1132 du code civil édicte une règle de preuve :
l’existence de la cause n’a pas à être prouvée ; elle est présumée. Ainsi si le débiteur prétend
qu’il s’est engagé en l’absence de toute cause ou sur une fausse cause, il doit le prouver par
tout moyen.

SECTION II : LA THEORIE MODERNE ET LE CONTRÔLE DE LA LICEITE ET


DE LA MORALITE DE LA CAUSE.

249 – La théorie moderne ou cause subjective et concrète est apparue après la théorie
classique. Cette théorie moderne (§1) permet un contrôle de la conformité de la cause à
l’ordre public et aux bonnes mœurs (§2).

§1. ENONCE DE LA THEORIE MODERNE DE LA CAUSE.

250 – La cause moderne ou cause subjective est le motif déterminant ayant poussé le débiteur
à s’engager. Elle est appelée cause subjective parce que les motifs qui poussent une personne
à contracter varient d’un individu à un autre. Ce sont des motifs propres à chaque individu.
Elle est dénommée cause concrète parce que parmi la multitude de mobiles, les juges doivent
isoler un mobile qui sera qualifié de cause impulsive et déterminante. Ainsi la donation faite
par un homme marié au profit de sa maîtresse était autrefois déclarée nulle par la
jurisprudence française si le motif déterminant était la rétribution des relations sexuelles ou
leur maintien.

§2. LA CAUSE MODERNE ET LA CONFORMITE DE LA CAUSE A L’ORDRE


PUBLIC ET AUX BONNES MOEURS.

251 – La théorie de la cause moderne permet à la jurisprudence de contrôler la conformité du


contrat à l’ordre public et aux bonnes mœurs. Ainsi dans l’arrêt de la Cour d’Appel d’Abidjan
n° 102 du 18 février 19771, l’engagement d’un père de rembourser à un instituteur les
dépenses effectuées pour l’éducation de sa fille si celle-ci refuse de l’épouser à l’issue de ses
études a été annulé pour cause illicite ; en effet, l’état des personnes étant hors du commerce
juridique, chacun des époux doit rester libre de son consentement au mariage.

(1) R. I. D. 1978, n° 3-4, p. 41.

203
Cette nullité résulte de l’application de la conception subjective ou conception
moderne de la cause. Selon la conception subjective, la cause est le motif déterminant ayant
poussé le débiteur à s’engager. En l’espèce, le motif déterminant qui a poussé le père de la
jeune fille à conclure l’engagement litigieux est la volonté de contraindre sa fille à contracter
mariage.

Ce motif déterminant, qui constitue «La cause impulsive et déterminante», est


contraire à la loi ivoirienne relative au mariage ; cette loi consacre la liberté des époux de
contracter mariage.

La cour d’appel a donc conclu que «C’est à tort que le premier juge a ordonné
l’exécution de cet engagement en se fondant sur la révocation des donations pour cause
d’inexécution des conditions».

Par contre, dans le jugement inédit du tribunal de première instance de Korhogo du 30


novembre 2000, c’est la conception classique de la cause qui a été utilisée à tort par le tribunal
pour contrôler la liceité de la vente : «Attendu cependant que la cause dans un contrat est le
but immédiat que l’une des parties poursuit en contractant, en d’autres termes, c’est la raison
qu’il a eu de contracter. Qu’en l’espèce, le but immédiat qui a déterminé Tankara et Saliha
dans leur convention est l’acquisition du prix de vente desdits cigarettes, est illicite, Sahila ne
peut invoquer la cause illicite de cette convention pour en demander la nullité»

252 – Dans les deux décisions jurisprudentielles précitées, le problème du caractère convenu
du motif illicite ou immoral n’a pas été envisagé. Il y a des cas où le motif illicite ou immoral
est connu des deux parties comme dans le jugement du tribunal de Korhogo précité. Dans
cette hypothèse, le prononcé de la nullité de la convention pour cause illicite ou pour cause
immorale ne lèse aucune des parties. En revanche, s’il est établi que le motif illicite ou
immoral pour l’un des contractants est demeuré ignoré de l’autre, la nullité du contrat pour
causse illicite ou immorale peut-elle être prononcée ?

204
Si l’on veut prendre en compte les intérêts du cocontractant «innocent», l’on doit
admettre qu’un contrat puisse être annulé pour cause illicite ou pour cause immorale, même
lorsqu’une des parties au contrat n’a pas eu connaissance du caractère illicite ou immoral du
motif déterminant de la conclusion du contrat1. La règle «nemo auditur» n’étant pas un
obstacle à l’action en nullité, le cocontractant dont le motif déterminant est immoral peut, lui-
même, demander la nullité du contrat. De plus, la nullité étant absolue, toute personne
intéressée peut arguer de la nullité pour cause illicite ou immorale. On peut citer comme
exemple la location d’une villa dans le but d’y installer une maison close. Le locataire de
l’immeuble, animé de l’intention immorale, peut après la conclusion du contrat de vente,
demander la nullité pour cause immorale quand bien même ce motif déterminant serait
inconnu du bailleur. L’adage «nemo auditur» n’interviendra qu’au niveau de la restitution des
prestations.

(1) Voir en ce sens le revirement jurisprudentiel français : cour de cassation, 7 octobre 1998, D. 1998, p. 563, conclusion
Sainte-Rose ; J.C.P. 1998, II, 10202, note Malleville Contra. Cass. Civ 1ère, 12 juillet 1989, B. Civ. I. n° 293

205
CHAPITRE II :
LA CONDITION DE FORME.

253- Le principe du consensualisme- Le code civil ivoirien consacre implicitement le


principe de la liberté de forme des actes juridiques : c’est le principe du consensualisme qui
signifie que les contrats sont en principe valables par le seul échange des consentements.
Aucune forme particulière n’est en principe requise par la loi. Mais il existe des atténuations
et des exceptions au principe du consensualisme.

253.1- Les atténuations au principe du consensualisme – Les atténuations au principe


résultent de deux textes : il y a, d’une part, les dispositions de l’article 1341 relatives aux
règles de preuve et d’autre part, les textes qui régissent les règles de publicité.

L’article 1341 du code civil impose le principe de la preuve par écrit pour les actes
juridiques. Le contrat étant un acte juridique, la preuve du contrat doit se faire par écrit (écrit
sur support papier ou écrit électronique). Bien que l’écrit ne soit exigé qu’à titre probatoire, il
constitue une atténuation au principe du consensualisme. La solution de l’article 1341 du code
civil a été également consacrée par l’article 7 du code cima lequel prévoit la preuve du contrat
d’assurance par un écrit1.

La seconde atténuation résulte des règles de publicité notamment les règles relatives à
la publicité foncière. La vente d’un terrain urbain est un contrat consensuel qui produit ses
effets entre les parties dès l’échange des consentements. Mais cette vente ne deviendra
opposable aux tiers que si l’acquéreur procède à la publicité de la vente sur le livre foncier. En
effet, l’article 5 du décret n° 71-74 du 16 février 1971 relatif aux procédures domaniales et
foncières prescrit la forme notariée pour la vente d’immeubles. Par conséquent une vente
immobilière conclue par acte sous seing privé encourt la nullité. Telle est la solution
consacrée par la Cour Suprême de Côte d’Ivoire dans l’arrêt n° 574 du 13 novembre 20082.
La formalité de publicité ainsi exigée permet d’assurer la sécurité des relations juridiques.

253.2 - Les exceptions au principe du consensualisme consistent dans les contrats réels dont la
validité est subordonnée à la remise d’une chose et dans les contrats solennels dont la validité
dépend de la rédaction d’un écrit authentique. Il en est ainsi de la vente d’un terrain urbain
dont la validité dépend de la rédaction d’un acte notarié.

1- Voir Assi-Esso (A.M.H.), Issa Sayegh (J) et Lohouès-Oble (J), « Cima - Droit des assurances », précité, p. 199 et s.
2- Actualités juridiques n° 63, 2009 p ; 160 et suiv; voir dans le même sens Cour suprême Côte d’Ivoire, arrêt inédit n°
311/06 du 1er juin 2006 (inédit).

206
EXERCICES RELATIFS
A L’OBJET ET A LA CAUSE.

207
I- Questions à choix multiples (Q.C.M.)

Cochez la ou les bonnes réponses en y apportant des justifications.

1) L’objet du contrat répond aux questions suivantes :

a) Quelle est la raison de l’engagement ?

b) Sur quoi le cocontractant a-t-il voulu réellement s’engager ?

c) Que doit-on ?

2) L’objet de l’obligation est :

a) La prestation due par le débiteur.

b) L’opération juridique voulue par les parties.

c) La chose même sur laquelle porte le contrat.

3) L’objet du contrat de vente peut être :

a) Un immeuble à construire.

b) Une récolte sur pied ou une récolte en culture.

c) Un immeuble déjà construit.

4) Toute convention portant sur une succession non encore ouverte a un objet licite.

a) Vrai.

b) Faux.

5) L’objet du contrat de vente peut être :

a) Des animaux considérés comme des espèces en voie de disparition et qui


sont protégés par la loi.

208
b) Des dinosaures.
c) Des caniches.

d) Un immeuble appartenant à mon voisin, M. Naipabon.

6) Quels sont les textes qui prohibent les pactes sur succession future :

a) L’article 1108 du code civil.

b) L’article 6 de la loi n°2019-573 du 26 juin 2019 relative aux successions.

c) L’article 1130, alinéa 2 du code civil.

7) Mme Kobenan a conclu un contrat d’achat d’une demi-tonne de riz pour les
funérailles de son père avec la société de vente en gros Socopa située en zone 4.
Mais dans la précipitation, dame Kobenan a omis de préciser dans le contrat la
qualité du riz. La société Socopa est tenue de lui livrer dans ce cas :

a) La qualité supérieure.

b) La qualité moyenne.

c) Le dernier choix appelé communément « Deni Kacha ».

8) Constituent des contrats nuls pour illicéité de l’objet les contrats suivants :

a) La vente des défenses des éléphants.

b) Le trafic d’organes humains (cœur, rein, et autres).

c) La drogue.

d) Les produits de la contrefaçon (pagnes, cigarettes, CD … etc).

e) Des bananes plantains.

f) La viande de bœuf.

g) L’air que l’on respire.

209
9) La lésion est un préjudice né du déséquilibre des prestations postérieurement à la
conclusion du contrat.

a) Vrai.

b) Faux.

10) Tout contrat de vente d’immeuble est rescindable pour lésion.

a) Vrai.

b) Faux.

11) Le taux de la lésion dans la vente d’immeuble est de

a) + 9/12 (plus de neuf douzièmes).

b) + 7/12 (plus de sept douzièmes).

c) + 1/4 (plus du quart).

12) L’action en rescision pour lésion dans la vente d’immeuble peut être exercée :

a) Par l’acheteur de l’immeuble contre le vendeur.

b) Par le vendeur de l’immeuble contre l’acheteur.

c) Par un tiers contre le vendeur d’immeuble.

13) La preuve de la lésion peut se faire par tout moyen.

a) Vrai.

b) Faux.

14) Le délai d’exercice de l’action en rescision pour lésion dans la vente d’immeuble
est un délai de :

a) Cinq ans.

b) Dix ans.

210
c) Deux ans.

15) Dans le cas où l’action en rescision pour lésion est déclarée recevable par le
tribunal, la loi offre au vendeur le choix entre l’action en rescision ou la révision
du contrat.

a) Vrai.

b) Faux.

16) La révision du contrat par le tribunal est subordonnée au paiement par


l’acheteur du supplément du juste prix.

a) Vrai.

b) Faux.

17) Le taux de la lésion dans le partager successoral est :

a) Plus de 7/12 (plus de sept douzièmes).

b) Plus de ½ (Plus de la moitie).

c) Plus du quart (Plus du quart).

18) Pour empêcher le nouveau partage résultant de l’action en rescision pour lésion,
le défendeur à la demande en rescision peut accepter de fournir au copartageant
le supplément de sa portion héréditaire soit en numéraire soit en nature.

a) Vrai.

b) Faux.

19) Tout contrat conclu par un mineur non émancipé est rescindable pour lésion.

a) Vrai.

b) Faux.

20) Le taux de la lésion pour les actes d’administration du mineur non émancipé :

a) Plus de 7/12.

211
b) Plus du quart.

c) Absence de taux légal.

21) Seuls les actes du mineur émancipé relatifs à l’exercice du commerce sont
rescindables pour lésion.

a) Vrai.

b) Faux.

22) Sont rescindables pour lésion :

a) La vente d’un bien mobilier.

b) L’acte de partage de succession.

c) La vente d’un immeuble avec rente viagère.

d) La vente d’un immeuble faite par autorité de justice.

e) Tout contrat conclu par un mineur non émancipé.

f) La vente d’un immeuble à l’amiable.

g) Les actes d’administration conclus par un mineur non émancipé.

h) Les actes de disposition conclus par un mineur non émancipé.

i) Les actes de la vie courante conclus pour un mineur non émancipé.

23) La notion de cause correspond à la question suivante :

a) Sur quoi porte l’objet du contrat.

b) Pourquoi les parties s’engagent-elles ?

24) La théorie classique de la cause ou cause objective et abstraite ou encore cause


catégorique ou catégorielle est toujours la même pour les contrats appartenant à
la même catégorie juridique.

a) Vrai.

b) Faux.

212
25) La théorie moderne ou cause subjective et concrète est le motif déterminant qui a
poussé les parties à contracter.

a) Vrai.

b) Faux.

26) Dans les contrats synallagmatiques commutatifs, la cause de l’obligation d’une


partie est :

a) L’aléa.

b) Le motif déterminant.

c) L’objet de l’obligation de l’autre.

II- QUESTIONS DE COURS.

1) Que signifie l’adage « l’aléa chasse la lésion » ?

2) Quelles sont les erreurs qui constituent des vices du consentement pouvant invalider le
contrat ?

3) Lésion et imprévision.

4) Pourquoi dit-on que dans les contrats aléatoires, la cause de l’engagement de l’une des
parties est l’aléa ?

5) Dans les contrats unilatéraux, la cause de l’obligation réside t-elle dans la remise
antérieure de la chose ? Qu’en pensez-vous ?

6) Absence de cause et fausse cause.

7) Certains actes juridiques sont valables même en l’absence de cause. On les appelle les
actes abstraits. Qu’en savez-vous ?

213
III- CONSULTATIONS JURIDIQUES

Consultation n° 1.

Dame N’Chaut Angèle, grande commerçante au marché Gouro, a conclu le 5 avril


2020 un contrat d’achat de la récolte sur pied de la plantation de tomates de M. Adjei
Augustin, sise à Abobo Doumé au prix de 1.500.000 F CFA.

Le 25 Août 2020, dame N’Chaut Angèle s’est rendue à Abobo Doumé avec un camion
de 1.000 tonnes dans le dut d’entrer en possession des tomates.

A sa grande surprise, elle trouva la plantation de M. Adjei totalement dévastée par le


passage d’un troupeau de bœufs.

Dame N’Chaut vient vous voir parce qu’elle veut obtenir l’annulation de la vente
réalisée et la restitution de la somme payée à M. Adjei. Quelles sont ses chances de succès ?

Consultation n° 2.

M. N. Chaut, l’époux de Dame N’Chaut, propriétaire d’une chaîne de grands magasins,


a fait l’acquisition de plusieurs tonnes de cartons de sucre et de cigarettes frauduleusement
entrés sur le territoire ivoirien et dont la vente est prohibée. Apres avoir réglé le prix d’achat
de ses marchandises qui est de 22 millions de francs CFA, M. N’Chaut voudrait obtenir la
nullité du contrat et la restitution de la somme payée. Quelles sont ses chances de succès ?

Consultation n° 3.

M. Akobé Jules, promoteur immobilier, a conclu avec Dame Kouadio Rachel le 15


août 2020 un contrat de location d’un immeuble de deux étages sis au Boulevard Latrille
Deux-Plateaux. Le contrat de bail prévoit l’installation d’un fonds de commerce, plus
précisément d’un hôtel.

Le 2 septembre 2020, M. Akobé Jules, propriétaire de l’immeuble est convoqué à la


police par les voisins de Mme Kouadio pour troubles à l’ordre public. Ces derniers se
plaignent de tapages nocturnes et de rixes qui se déroulent dans cet hôtel, qui est une maison
close.

M. Akobé promet alors de demander en justice l’annulation du contrat de bail car il


ignorait l’utilisation de son immeuble à cette fin. Dame Kouadio Rachel, présente au
commissariat, prétend que M. Akobé savait que l’immeuble serait un hôtel de passe.

214
Elle vous informe que si la nullité du bail était prononcée, elle aimerait que M. Akobé
lui restitue les loyers qu’elle a déjà payés eu égard à sa mauvaise foi.

Les deux protagonistes viennent vous voir. Conseillez-les utilement.

Consultation n° 4.

M. Tankara Siaka a confié le 25 septembre 2017 sa fille Agnès, à l’époque âgée de 16


ans, à M. Yao Denis, instituteur à Bouaké. Selon une convention conclue verbalement devant
témoins entre M. Tankara et M. Yao, M. Yao s’engage à prendre en charge les frais de
scolarité et d’entretien de Melle Tankara Agnès en vue d’un mariage à la fin des études
secondaires de la jeune fille. Si ledit mariage n’avait pas lieu, M. Tankara Siaka devrait
rembourser à M. Yao les frais engagés.

Ayant été admise au Baccalauréat en juillet 2020, Melle Tankara Agnès a été orientée
à l’Université Félix Houphouët Boigny d’Abidjan. Ayant appris que Melle Tankara vit depuis
la rentrée universitaire 2020-2021 avec M. Naipabon, également étudiant dans ladite
université, M. Yao vient vous demander conseils. M. Yao compte demander en justice le
remboursement par M. Tankara des dépenses qu’il avait faites pour Melle Tankara lesquelles
s’élèvent à 8 millions de francs CFA. Obtiendra-t-il gain de cause ?

Consultation juridique n°5.

Le 25 mai 2019, le couple Pokou avait procédé à la vente par acte notarité de leur villa de sept
pièces (1500 m²) sise aux Deux-Plateaux 7° tranche pour le prix de 60 millions de francs CFA
à Monsieur Edoukou Bernard, directeur de banque. Apres une expertise effectuée par M.
Edoukou dans le cadre de l’obtention d’un crédit le 5 Août 2019, le couple Pokou est informé
qu’au moment de la vente de la villa, la valeur de celle-ci était de 150 millions de francs CFA.
Le couple Pokou s’interroge aujourd’hui sur les moyens juridiques dont il dispose pour mettre
fin au contrat et obtenir la restitution de la villa. M. Edoukou qui veut conserver ladite villa
vient vous demander conseils. Conseillez chaque partie utilement.

215
IV- COMMENTAIRES D’ARRETS.

A - Commenter le jugement inédit du Tribunal de Première instance de Korhogo du 30


novembre 2000.

Le Tribunal Qu’il ajoute que pour faciliter l’acheminement des


marchandises litigieuses pour la vente à
Vu les pièces du dossier ; Yamoussoukro et à Daloa comme convenu,
Vu l’échec de la tentative de conciliation ; TANKARA Siaka a remis la somme de 75 000 F,
Oui les parties en leurs fins, moyens et comme frais de transport ; qu’ainsi une partie de
conclusions ; ces cigarettes a été vendue à Yamoussoukro, pour
un montant de 862 500 F, entièrement réservé à
Le Ministère public entendu ; son cocontractant ; que cependant, il n’a pu
écouler le reste desdites cigarettes à Daloa, parce
Et après en avoir délibéré conformément à la loi ; que malheureusement elles ont été interceptées par
la brigade mobile des Douanes à Bouaflé ;
DES FAITS, PROCEDURE ET PRETENTIONS
Qu’il indique que nonobstant le caractère illicite
DES PARTIES ;
de la convention, et aussi par obéissance à sa foi
religieuse, il a remboursé à son cocontractant, une
Attendu que par voie de requête en date du 02
partie de la valeur des marchandises saisies, soit
novembre 2000, T ANKARA Siaka, commerçant
la somme de 762 500 F ;
à Korhogo, se disant créancier de Saliha Sylla, a
sollicité et obtenu du Président du Tribunal de Qu’il sollicite l’infirmation de l’ordonnance
Première Instance de Korhogo, l’ordonnance n° entreprise, en ce que d’une part le prix est
359/2000 du 06 novembre 2000, condamnant largement inférieur à la normale auquel les
celui-ci, à lui payer la somme de 1 419 000 F en marchandises litigieuses ont été cédées, atteste
principal, outre les intérêts et frais ; bien du caractère illicite de leur convention ;
qu’en effet, lesdites cigarettes vendues à 184250
Que cette ordonnance ayant été signifiée le 08 F le carton à l’usine et à 189 250 F dans le
novembre 2000, Saliha Sylla a par acte d’huissier commerce, lui ont été cédées à 140 000 F pour la
en date du 21 novembre 2000, formé opposition ; même quantité ; et d’autre part non seulement
ladite convention a un caractère aléatoire, mais
Qu’au soutien de son action, Saliha Sylla expose aussi repose sur une cause étrangère ;
que par convention verbale, TANKARA Siaka lui Qu’il fonde expressément son action sur les
a fourni 19 cartons et 30 cartouches de cigarettes articles 1104, alinéa 2, 1147 et 1148 du code
de marque «CRAVEN A» pour la vente ; civil ;

Qu’il précise qu’il s’est agi en réalité de Qu’à la barre du Tribunal, Saliha Sylla a réitéré
marchandises prohibées en Côte d’Ivoire, car sa demande en précisant que son cocontractant,
n’ayant pas été soumises aux formalités pour dissimuler son forfait, a fait un réemballage
douanières pour obtenir le visa exigé ; des cigarettes litigieuses en les mettant dans des
cartons de sucre ;

216
Attendu que pour sa part, TANKARA Siaka a AU FOND
répondu aux déclarations et aux écrits de Saliha
Sylla ; que concernant le cas des marchandises Sur le caractère aléatoire du contrat ;
prohibées, il a déclaré qu’il n’a jamais livré de
cigarettes prohibées à son cocontractant pour la Attendu que Monsieur Saliha Sylla fait valoir que
vente ; qu’il a fait observer que s’il s’est agi de la vente de ces cigarettes prohibées est incertaine
marchandises prohibées, celui-ci se serait et a consisté soit dans la chance de gain, soit de la
précipité à ne pas reconnaître cette dette ; alors perte pour chacune des parties ; que T ANKARA a
que justement, il lui a dèjà versé un acompte de lui-même conscience qu’il a pris des risques
762 500 F ; sachant que ces marchandises peuvent ne pas
atteindre leur destination ; qu’en application de
Que s’agissant de la somme de 75 000 F remise à l’article 1104, alinéa 2 du code civil le contrat qui
Saliha Sylla représentant les frais de transport les a liés est aléatoire, et qu’il ne peut en
desdites marchandises comme allégué par ce conséquence supporter seul le risque de perte ;
dernier, il a précisé qu’en réalité, il lui a demandé
cette somme pour régler certains problèmes le Attendu cependant que s’agissant du contrat
concernant ; aléatoire, la prestation de l’une des parties dépend
dans son existence ou dans son étendue, d’un
Que s’agissant du réemballage des marchandises événement incertain ;
litigieuses dans des cartons de sucre, il a tenu à
souligner qu’il n’a jamais fait de réemballage des Qu’en l’espèce, il y a eu accord entre Saliha et
dites cigarettes ; son cocontractant non seulement sur la vente
desdites cigarettes, mais sur le prix ;
Qu’au regard de tout ce qui précède, il sollicite
qu’il plaise au Tribunal restituer à l’ordonnance Qu’il en résulte qu’en application de l’article
querellée, son plein et entier effet ; 1583 du Code Civil, les prestations mises à la
charge des deux parties ici sont définitivement
Qu’il ne produit cependant aucune pièce au déterminées dès le moment où ce contrat de vente
dossier ; est conclu entre elles, l’acheteur, Saliha Sylla
ayant l’obligation de verser le prix de ces
marchandises à TANKARA Siaka, son
DES MOTIFS
fournisseur ;

EN LA FORME Qu’il en résulte que la prestation de Saliha ne


peut en aucun cas dépendre d’un quelconque
Attendu que l’action de Saliha Sylla étant événement incertain ;
régulière en la forme ; qu’il y a lieu de la déclarer Qu’en conséquence, il convient de rejeter ce
recevable ; moyen comme dépourvu de pertinence ;
Sur le moyen tiré de la cause étrangère ;
Que par ailleurs, les deux parties ayant comparu ;
Attendu que Saliha Sylla soutient que la saisie des
Qu’il convient de rendre un jugement cigarettes par la Douane constitue une cause
contradictoire ; étrangère qui ne peut lui être imputable ;

217

Qu’il convient de rejeter ce moyen comme non


Attendu cependant que de la lecture de l’article Qu’il convient alors de rejeter ce moyen comme
1583 du code civil, il ressort que toutes les fois non fondé ; Attendu par contre que Saliha Sylla a
qu’il y a accord sur la chose et sur le prix, la fait valoir que TANKARA lui a proposé le carton
vente est parfaite entre les parties et l’acheteur en de cigarette à 140 000 F, alors qu’à l’usine
devient le propriétaire et par voie de SITAB en 1993, il est de 189 250 F ;
conséquence, en supporte les risques de perte, en
l’absence d’une clause spécifique attributive de Que par ailleurs pour pouvoir facilement écouler
responsabilité ; ces cigarettes à Yamoussoukro et à Daloa,
TANKARA a pris soin de les emballer à nouveau
Qu’en l’espèce, l’accord intervenu entre Saliha et dans des cartons de sucre avant de lui remettre la
TANKARA sur la vente des cigarettes litigieuses somme de 75 000 F pour en faciliter
et sur le prix, rend Saliha propriétaire desdites l’acheminement ;
marchandises ; qu’en conséquence, il supporte les
risques de perte et ne peut s’abriter derrière une Attendu que sur ces points, TANKARA est resté
cause étrangère pour refuser d’en payer le prix ; très évasif dans ses répliques; qu’il n’a pas
contesté sérieusement ces faits mis à sa charge en
Qu’il convient de rejeter ce moyen comme non apportant des preuves pour étayer ses propos ;
fondé ;
Qu’il en résulte qu’il s’est agi effectivement de
Sur le moyen tiré de la cause illicite du contrat ; marchandises frauduleusement entrées sur le
territoire ivoirien et dont la vente est prohibée ;

Attendu que Saliha Sylla fait valoir que les


Qu’en conséquence, l’objet de la convention qui
cartons de cigarettes de TANKARA n’ont pas
les a liés se trouve être illicite ;
porté la mention «vente en Côte d’Ivoire» ;
Qu’il convient donc de l’annuler en application
Qu’ainsi leur vente se trouve prohibée en Côte
de l’article 1128 de code civil et d’infirmer
d’Ivoire, et qu’une telle transaction reposant sur
l’ordonnance entreprise ;
une cause illicite ne peut avoir d’effet ;
SUR LES DEPENDS
Attendu cependant que la cause dans un contrat
est le but immédiat que l’une des parties poursuit
Attendu que TANKARA Siaka succombe ; qu’il
en contractant, en d’autres termes c’est la raison
convient de le condamner aux dépends
qu’il a eu de contracter ;
conformément à l’article 149 du code de
procédure civile ;
Qu’en l’espèce, le but immédiat qui a déterminé
DISP
TANKARA et Saliha dans leur convention est
l’acquisition du prix de vente des cigarettes ;
PAR CES MOTIFS
qu’en l’absence de preuve que cette acquisition
du prix de vente desdites cigarettes est illicite,
Statuant publiquement, contradictoirement sur
Saliha ne peut invoquer la cause illicite de cette
opposition à une ordonnance d’injonction de
convention pour en demander la nullité ;
payer et en premier ressort ;

218
EN LA FORME

Reçoit l’opposition formée par Saliha Sylla ;

AU FOND

L’y dit bien fondé, infirme l’ordonnance


d’injonction de payer n° 359/2000 du 06 novembre
2000 qui l’a condamné à payer la somme de 1419
000 F à Monsieur TANKARA Siaka ;

Condamne TANKARA Siaka aux entiers


dépens ;

Ainsi fait, jugé et prononcé publiquement, les


jours, mois et an que dessus ;

219
B - Commentaire de l’arrêt n° 102 de la Cour d’Appel d’Abidjan, Chambre Civile et
Commerciale du 18 février 1977.
reconnaît pas que cette tutelle devait avoir pour
Cour d’appel d’Abidjan, chambre civile et issue le mariage d’Agnès et de Y.D. ; qu’il admet
commerciale 18 février 1977 (arrêt n° 102) cependant avoir signé, le 15 septembre 1974, une
G-P-c/.. Y.D. reconnaissance par laquelle il s’engageait à
rembourser à Y.D. si Agnès le quittait ; qu’Agnès
La Cour, a précisé et que Y.D. a reconnu qu’ils avaient eu
Considérant que Y.D. instituteur à Danané, a deux enfants pendant la période incriminée ;
assigné G.P., par exploit du 7 janvier 1976, devant qu’Agnès a enfin déclaré que G.E. était son amant
la juridiction civile de cette ville, en alléguant une et qu’elle avait l’intention de se marier avec lui
convention intervenue entre eux, aux termes de lorsqu’elle aurait terminé ses études ;
laquelle G.P. lui confiait sa fille , G. Agnès née le
20 janvier 1957, pour assurer son éducation Considérant que G.P. conclut à l’infirmation du
scolaire et la lui promettait en mariage à l’issue de jugement en insistant sur l’immoralité de la
ses études ; que le Père ayant repris sa fille pour la demande de Y.D., qui a profité de la présence
confier à une autre personne à Abidjan où elle d’Agnès sous son toit pour entretenir des relations
devait poursuivre ses études secondaires, et Agnès sexuelles avec elle dès l’âge de treize ans et a eu
ayant rejoint son amant, G.E., à Gagnoa, il s’est deux enfants d’elle ;
estimé en droit de lui demander le remboursement
des dépenses qu’il avait fait pour Agnès depuis le Considérant que l’obligation contenue dans la
cours élémentaire jusqu’à la classe de quatrième, promesse du 15 septembre 1974, prise par G.P.,
soit la somme totale de 472.300 francs ; avait pour objet le remboursement à Y.D. des
sommes qu’il avait dépensées pour l’entretien et
Considérant que le premier juge a déclaré qu’il l’éducation d’Agnès si celle-ci cessait de vivre
résultait des pièces produites aux débats et de avec lui ... ;
l’audition des parties que le père avait placé sa
fille chez Y.D. sous condition de mariage ; que les Considérant qu’un tel engagement est nul par
sommes réclamées par celui-ci constituaient des application de l’article 6 du Code civil, qui
dons manuels qui devaient être révoqués en raison dispose que l’état des personnes est hors du
de l’attitude fautive d’Agnès, et restitués au commerce, et de l’article 3 de la loi n° 64-375 du
donateur par application de l’article 45 de la loi n° 7 octobre 1964, qui stipule que chacun des futurs
64-397 du 07 octobre 1964. époux doit consentir personnellement au mariage ;
qu’il s’ensuit que l’action en répétition engagée
Considérant que les parties ont été entendues par par Y.D., fondée sur une cause illicite qui, aux
le premier juge dans le cadre d’une mise en état ; tennes de l’article 1131 du Code civil, ne peut
que le père et la fille ont admis qu’Agnès avait été avoir aucun effet, n’est pas justifiée, et que la
confiée à Y.D. et qu’elle a effectué sous décision du premier juge dans laquelle celui-ci a
surveillance sa scolarité du cours élémentaire substitué, au surplus, une autre cause, ce qui lui
jusqu’à la classe de quatrième ; que c’est Y.D. qui était interdit, à celle qui était invoquée sans
l’a habillée et a acheté ses fournitures scolaires équivoque devant lui, doit être reformée ;
pendant cette période ; que, par contre, le père ne
reconnaît pas que cette tutelle devait avoir pour
220
issue le mariage d’Agnès et de Y.D. ; qu’il admet
cependant avoir signé, le 15 septembre 1974, une
reconnaissance par laquelle il s’engageait à
Par ces motifs ;

Statuant publiquement, contradictoirement, en


matière civile, en cause d’appel et en dernier
ressort ;
Reçoit l’appel de G.P. régulier en la forme ;
Au fond, l’y dit fondé ; réforme le jugement

221

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