0.
INTRODUCTION GENERALE
0.1. Contexte et actualité de la crise de l’eau à Kinshasa
Située sur la rive Sud du fleuve Congo, au niveau du Pool Malebo, la ville de Kinshasa
dispose en théorie d’une ressource en eau abondante. Pourtant, l’accès à l’eau potable y est
devenu un défi quotidien pour une large partie de ses habitants. Selon les données officielles,
la REGIDESO produit près de 340 mille mètres cubes d’eau par jour et en distribue environ
350 milles mètres cubes, ce qui permet de desservir environ six millions de personnes, soit
seulement 65 % de la population kinoise. Concrètement, près de 35 % des habitants, soit
plusieurs millions de personnes, n’ont toujours pas accès à l’eau potable1.
Cette situation de pénurie chronique n’est pas conjoncturelle. De nombreux quartiers de la
capitale connaissent régulièrement des coupures d’eau qui durent parfois plusieurs semaines,
voire plusieurs mois. Dans la commune de Kimbanseke, par exemple, les quartiers
Ngamayama, Ngamboko et Kingasani ont subi une pénurie totale pendant six mois. L’eau ne
coulait plus du tout aux robinets, et les habitants devaient se ravitailler auprès de trois seuls
forages, largement insuffisants pour couvrir les besoins de toute la population 2. Dans d’autres
zones comme Selembao, l’eau a manqué pendant deux mois, la REGIDESO étant totalement
absente3. Plus récemment, au mois de mars 2026, une panne des équipements
électromécaniques au captage de l’usine de traitement d’eau de Ndjili a provoqué des
perturbations majeures dans une bonne partie de la ville, affectant notamment les communes
de Masina, Ndjili, Kasa-Vubu, Selembao, Ngiri-Ngiri, Barumbu, Gombe, Kalamu et
Mont-Ngafula4. Par ailleurs, l’ONG Voix des Sans Voix (VSV) a dénoncé l’envoi de factures
à des clients pour de l’eau non fournie 5, tandis que la REGIDESO reconnait elle-même que
40% de sa production n’est pas payée, faute de service fiable6.
C’est pourquoi, face à ce constat, des initiatives sont en cours mais la crise reste profonde.
D’où la nécessité de chercher des solutions pratiques aux problèmes de distribution d’eau à
Kinshasa.
1
RDC : la REGIDESO annonce la production d’eau en bouteilles conditionnées, ACP, 05 mars 2026
2
Kinshasa : pénurie d’eau potable observée dans 3 quartiers de Kimbanseke, ACP, 30 janvier 2026
3
Pénurie d’eau à Kinshasa : Selembao assoiffé et abandonné par la REGIDESO, Congo quotidien, 17 janvier
2026
4
Pénurie d’eau dans plusieurs quartiers de Kinshasa, Radio Okapi, 14 mars 2026
5
La VSV s’insurge contre la pénurie d’eau et du courant à Kinshasa, Radio Okapi, 31 mars 2026
6
La REGIDESO reprend l’exploitation à Kinshasa après les inondations, Radio Okapi, 10 avril 2025
1
0.2. Problématique
À première vue, la pénurie d’eau à Kinshasa pourrait sembler liée à une insuffisance de la
ressource naturelle. Pourtant, le fleuve Congo fournit chaque jour des centaines de milliers de
mètres cubes. Le problème ne se situe donc pas au niveau de la disponibilité globale de l’eau,
mais bien à celui de sa distribution : le réseau de canalisations, les usines de traitement, les
branchements, et la capacité à financer l’entretien.
Cette observation conduit à une première interrogation : comment expliquer que, après
plusieurs décennies d’existence de la REGIDESO, de vastes quartiers restent privés d’eau
courante pendant des mois, alors que d’autres zones, parfois voisines, bénéficient d’un service
relativement régulier ? L’état des infrastructures apporte un élément de réponse, mais il ne
suffit pas à rendre compte de l’ampleur de la crise.
Un second mécanisme, plus pernicieux, aggrave la situation. Les ménages qui ne reçoivent
pas d’eau refusent logiquement de payer leurs factures. Faute de recettes, la REGIDESO ne
peut plus assurer l’entretien ni la modernisation du réseau. Le service se dégrade encore, ce
qui renforce le non-paiement. Ce phénomène, connu dans la littérature sous le nom de cercle
vicieux du financement, soulève une question centrale : comment en sortir ? Faut-il d’abord
réhabiliter les infrastructures pour restaurer la confiance des usagers, ou faut-il d’abord
contraindre au paiement pour disposer des ressources nécessaires ?
Un troisième niveau de questionnement concerne les modèles techniques. Les solutions
souvent préconisées comme la construction de grandes usines centralisées sont inspirées des
pays européens, où les réseaux se sont construits sur plus d’un siècle avec des investissements
massifs. À Kinshasa, la population croît de 4 % par an et les finances publiques sont limitées.
Dès lors, le modèle du « grand réseau à l’européenne » est-il vraiment adapté ? Ne faudrait-il
pas envisager des solutions plus décentralisées avec une tarification qui couvre au moins les
coûts de maintenance ?
Enfin, derrière ces aspects techniques et financiers se pose une question d’équité. L’eau est un
besoin vital. Lorsqu’elle manque, les populations les plus vulnérables : les quartiers
défavorisés, femmes, enfants sont les premières touchées. Les ménages aisés peuvent recourir
à des solutions individuelles (achat d’eau, forage privé) tandis que les autres subissent des
2
coûts élevés auprès de revendeurs informels. Comment garantir un accès équitable à l’eau
potable, indépendamment du quartier de résidence ou du niveau de revenu ?
Ainsi, la problématique centrale peut se résumer de la manière suivante : comment expliquer
les disparités d’accès à l’eau potable entre les quartiers de Kinshasa, et quelles solutions
concrètes peuvent pallier à ces différents problèmes de distribution d’eau potable ?
0.3. Hypothèses
Pour guider le présent travail, trois hypothèses peuvent être formulées :
Les quartiers de Kinshasa où l’accès à l’eau est difficile se caractérisent par un
non-paiement généralisé des factures, ce qui prive la REGIDESO des ressources
nécessaires à l’entretien du réseau. Ce mécanisme de cercle vicieux, est la principale
cause de la dégradation continue du service dans ces zones.
Le modèle centralisé « à l’européenne » caractérisé par des grands réseaux et des
usines lourdes est mal adapté aux réalités de Kinshasa. Des solutions plus
décentralisées pourraient être plus efficaces et moins coûteuses.
Une combinaison de mesures techniques, économiques et institutionnelles permettrait
de rompre le cercle vicieux et d’améliorer durablement la distribution d’eau potable.
0.4. Objectifs de l’étude
a. Objectif général
L’objectif général est de proposer des solutions pratiques pour améliorer la distribution d’eau
potable à Kinshasa.
b. Objectifs spécifiques
- Analyser à travers l’étude comparative de deus quartiers contrastés, les facteurs qui
expliquent les écarts d’accès à l’eau potable.
- Dégager à partir de cette analyse, des pistes d’action concrètes susceptibles d’améliorer la
distribution.
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0.5. Méthodologie
Cette étude repose sur une démarche inductive, nous partirons de l’observation directe de la
réalité pour dégager des conclusions générales et proposer des solutions adaptées. Pour situer
notre analyse dans un contexte plus large nous opterons pour une analyse documentaire, qui
est une lecture critique de sources écrites. Une étude de cas comparative sera menée pour
nous permettre de comprendre pourquoi l’accès à l’eau varie d’un endroit à l’autre.
0.6. Difficultés et délimitation du sujet
a) Difficulté
L’accès aux données officielles de la REGIDESO a été difficile, car l’entreprise ne publie
presque pas des rapports détaillés accessibles au public.
b) Délimitation
L’étude porte sur deux quartiers de Kinshasa entre autres : Ndanu dans la commune de Limete
et Masanga-mbila dans la commune de Mont-Ngafula. La collecte des données a été réalisée
en coupe instantanée au mois d’Avril 2026.
0.7. Plan du travail
Ce travail est structuré en trois chapitres hormis l’introduction et la conclusion :
Le premier chapitre pose le cadre théorique et conceptuel, le deuxième chapitre est consacré
au diagnostic de la distribution d’eau potable à Kinshasa et le dernier chapitre explore les
solutions pratiques pour pallier à ces problèmes.
CHAPITRE 1 : CADRE THEORIQUE ET CONCEPTUEL
1.1. Définition et nature économique de l’eau
1.1.1. Double nature : renouvelable / non renouvelable (Conférence de Dublin)
1.1.2. Typologie économique : bien public, bien de club, bien commun
1.2. Les externalités négatives liées à l’eau (santé publique)
1.3. Le cercle vicieux du financement (théorie centrale)
CHAPITRE 2 : DIAGNOSTIC DES PROBLEMES DE DISTRIBUTION D’EAU
POTABLE A KINSHASA
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2.1. Présentation de la REGIDESO et du réseau actuel
2.2. Les principaux problèmes de distribution (vue d’ensemble)
2.2.1. Coupures et pression insuffisante
2.2.2. Vétusté et pertes d’eau
2.2.3. Branchements illégaux et faible recouvrement
2.2.4. Externalités sanitaires (maladies hydriques)
2.2.5. Solutions individuelles coûteuses (puits, camions, revendeurs)
2.3. Étude de cas comparative de trois quartiers
2.3.1. Quartier NDANU
a. Présentation générale
b. Etat du service
c. Comportement face à la facturation
d. Externalités
2.3.2. Quartier MASANGA-MBILA
a. Présentation générale
b. Etat du service
c. Comportement face à la facturation
d. Externalités
2.3.3 Synthèse des résultats
CHAPITRE 3 : SOLUTIONS PRATIQUES
3.1. Solutions techniques et organisationnelles
3.1.1. Remise en cause du modèle centralisé « à l’européenne »
3.1.2. Proposition de micro-réseaux décentralisés (forages, bornes fontaines améliorées,
technologies adaptées)
3.2. Solutions économiques et tarification sociale
3.2.1. Principe « l’eau paie l’eau »
3.2.2. Rôle des subventions publiques pour l’investissement lourd
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3.2.3. Tarification couvrant les coûts de maintenance, investissement initial par l’État ou
bailleurs
3.3. Solutions institutionnelles et participatives
3.3.1. Participation des usagers (comités d’eau)
3.3.2. Contrats de délégation, régulation participative, exemples concrets
CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE
ANNEXES