DECARBONISATION
DECARBONISATION
DÉCARBONATION
des portefeuilles des institutions financières
en Tunisie: Mesure de l’empreinte carbone
Juin 2025
GUIDE SUR
LA DÉCARBONATION
des portefeuilles des institutions financières
en Tunisie: Mesure de l’empreinte carbone
Juin 2025
Guide sur la décarbonation
Groupement ILB - Alcor
2
Avant-propos 04
[Link] A LA DECARBONATION ET AUX STRATEGIES DE TRANSITION 05
1.1. Comprendre la décarbonation 05
1.2. rôle des institutions financières dans la transition 06
1.3. Les stratégies d’accompagnement de la transition 06
1.4. Les mécanismes mobilisables 06
[Link] des actifs 07
1.6. Principaux cadres et initiatives
[Link] NON-FINANCEES 09
[Link] carbone 09
2.2.Méthodologie de Calcul du Bilan Carbone/GHG Protocol / ISO 14064 09
11
TABLE DES MATIÈRES
2.3. Les périmètres
2.3.1Le périmètre organisationnel 11
2.3.2Le périmètre opérationnel 11
2.3.3Le périmètre temporel
12
12
2.4. Calcul des émissions des GES
13
2.4.1 Scope 1 : Émissions directes
13
2.4.2 Scope 2 : Émissions indirectes liées à l'énergie 13
2.4.3 Scope 3 : Autres émissions indirectes 14
3.ÉMISSIONS FINANCEES : QUELS OUTILS ET METHODOLOGIES POUR CALCULER
SES EMISSIONS DE FINANCEMENTS, D’INVESTISSEMENTS ET D’INTERMEDIATION 16
3.1. Les émissions financées et la décarbonation 16
3.2. Cas d’usage des émissions financées 18
▪ Présentation des usages possibles et limites 18
▪ Cas d’usages spécifiques (non-exhaustif) 19
▪ Influence des cas d’usage sur les choix méthodologiques 19
3.3. Processus de quantification des émissions financées 19
3.4. Types de métriques des émissions 19
4. CONSTRUCTION DE L’EMPREINTE D’UN PORTEFEUILLE 21
4.1. Définir le périmètre de l’étude pour le calcul de l’empreinte du portefeuille 21
4.2. Trouver la donnée 24
4.3. Estimer la donnée 26
4.3.1. Les différentes méthodes d’éstimation 26
3.3.2. Estimation et qualité de données 28
4.4. Indicateurs liés à l’empreinte carbone 29
5. INTRODUCTION AUX METRIQUES ALTERNATIVES POUR EVALUER L’ALIGNEMENT
D’UN ACTIF ET D’UN PORTEFEUILLE 30
5.1. Les métriques vert-brun 31
5.2. Les émissions évitées 31
5.3. Les métriques d’alignement 32
5.4. Métriques binaires 33
5.5. Benchmark Divergence 33
5.6. Score de Température Impliquée (ITR) 33
5.7. Échelles de maturité 34
5.8. Complémentarité avec les métriques d’émissions 35
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Avant-propos
Conformément aux directives du sixième rapport du GIEC et en réponse aux recommandations du pre-
mier rapport mondial sur le climat, les parties à la CCNUCC doivent adopter des politiques et mesures
ambitieuses en matière d’atténuation et d’adaptation aux changements climatiques. La mobilisation des
ressources financières en adéquation avec l’alignement sur une trajectoire de neutralité carbone à l’hori-
zon 2050, représente un levier majeur pour assurer la concrétisation des objectifs de l’accord de Paris et
l’accélération de la mise en œuvre de la troisième édition des contributions déterminées au niveau natio-
nal (CDN 3.0). Les institutions financières sont appelées à jouer un rôle majeur dans la décarbonation de
l’économie mondiale à travers la réorientation des flux financiers vers les investissements dans les activités
économiques favorisant la lutte contre les changements climatiques.
Au niveau international, la prise de conscience de ces enjeux s’est traduite par diverses initiatives,
telles que :
Glasgow Financial Alliance for Net-Zero (GFANZ), une coalition mondiale pour la neutralité car-
bone qui intègre aujourd’hui plus de 650 membres de 50 pays
L’initiative « Net-Zero Banking Alliance (NZBA)" lancée en 2021 et qui intègre aujourd’hui 138
banques de 44 pays représentant plus de 40% des actifs bancaires mondiaux.
Le Groupe de travail sur les informations financières liées au climat (TCFD) créé par le Conseil de
stabilité financière pour améliorer et accroître la déclaration des informations financières liées au
climat.
Le pacte vert de l’Europe qui s’est traduit par le plan d’action de l’UE de 2018 sur le financement de
la croissance durable et la stratégie de 2021 en matière de finance durable, etc.
Le présent guide sur la décarbonation des portefeuilles des institutions financières Tunisiennes vise trois
principaux objectifs :
1
Accompagner les institutions financières tunisiennes dans la réduction de leurs
émissions carbone financées
4
[Link] à la décarbonation
et aux stratégies de transition
1.1. Comprendre la décarbonation
La décarbonation fait référence au processus de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), notam-
ment le dioxyde de carbone (CO₂), provenant des activités humaines. Dans le secteur financier, elle consiste
principalement à aligner les portefeuilles d’investissement et de financement sur des objectifs climatiques
globaux, comme ceux définis par l’Accord de Paris. Cet alignement est crucial, car les institutions financières
jouent un rôle central en orientant les flux de capitaux vers des activités économiques faibles en carbone.
L’incidence de la décarbonation sur le secteur financier est multiple :
Gestion des risques climatiques : Les risques physiques (liés aux impacts directs du changement cli-
matique) et les risques de transition (résultant de la transition vers une économie bas-carbone) doivent
être intégrés dans les décisions financières. Pour transformer radicalement nos systèmes énergétiques,
l’investissement devra monter en puissance afin de financer la transition.1 En 2017, le fonds monétaire
international estimait que pour atténuer les risques climatiques, 6 000 à 10 000 milliards de dollars sup-
plémentaires d’investissement, public ou privé, seront nécessaire au niveau mondial dans les dix ans à
venir. Cela représente un total cumulé de 6 à 10 % du PIB annuel mondial.
Opportunités de croissance : La décarbonation offre un large éventail d’opportunités économiques
grâce à l’essor de la finance verte. Par exemple, fin 2023, l’encours des obligations durables émises par
les entreprises et dans le secteur public dans le monde atteignait respectivement 2 300 milliards USD et
2 000 milliards USD.2
Responsabilité et transparence : Les organismes de normes internationaux, comme le Task Force on
Climate-related Financial Disclosures (TCFD), exigent désormais des institutions qu’elles rapportent leurs
émissions financées et leur exposition aux risques climatiques. Cela inclut la divulgation des émissions
financées et des stratégies adoptées pour réduire leur impact environnemental. Ces normes sont pro-
gressivement adoptées par les régulateurs nationaux et régionaux, comme l’Union Européenne avec la
Sustainable Finance Disclosure Regulation (SFDR). De même, une transparence accrue sur les impacts
climatiques renforce la confiance des investisseurs et des parties prenantes.
5
Guide sur la décarbonation
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6 L’International Development Finance Club (IDFC) est une association de banques de développement partageant les mêmes idées.
6
1.6. Principaux cadres et initiatives
Les principaux cadres internationaux offrent des outils et des méthodologies pratiques pour accompagner les
institutions financières dans la mise en œuvre de stratégies de décarbonation.
La Net-Zero Owner Alliance (NZAOA) regroupe des investisseurs institutionnels qui se sont engagés à
aligner leurs portefeuilles sur des trajectoires de neutralité carbone d'ici 2050. Cette initiative fournit des
méthodologies détaillées pour mesurer et réduire les émissions financées. Elle propose des outils pour
définir des objectifs de décarbonation pour les propriétaires d'actifs, notamment des principes directeurs
pour intégrer les risques climatiques dans les décisions d'investissement. Les institutions financières tuni-
siennes peuvent utiliser ces outils pour évaluer la performance environnementale de leurs portefeuilles,
en particulier pour les actifs à long terme.7
La Net Zero Banking Alliance (NZBA) est une initiative spécifique aux banques, visant à les aider à
atteindre la neutralité carbone dans leurs portefeuilles d'ici 2050. Ce cadre fournit des objectifs de réduc-
tion des émissions de financement, des outils pour mesurer l'impact environnemental des prêts et des
investissements, et des méthodes pour intégrer les risques climatiques dans les décisions bancaires. Les
banques tunisiennes peuvent adapter cette méthodologie pour définir des engagements en matière de
financement vert et réduire leur exposition aux actifs carbonés.
La Science-Based Targets initiative – Finance (SBTi FINZ) aide les institutions financières à établir des
objectifs climatiques basés sur des données scientifiques, alignés sur les dernières recommandations
du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). Les institutions financières
peuvent utiliser ce cadre pour fixer des objectifs spécifiques de réduction des émissions financées, en
s'assurant que leurs portefeuilles sont en ligne avec les objectifs de l'Accord de Paris. En Tunisie, cette
initiative pourrait être utilisée pour structurer des stratégies financières basées sur des données scienti-
fiques, notamment en tenant compte des secteurs à fort potentiel de décarbonation comme les énergies
renouvelables.
L’Institutional Investors Group on Climate Change (IIGCC) fournit notamment des lignes directrices sur
la manière d'intégrer les risques climatiques dans les stratégies d'investissement des institutions finan-
cières. Il propose des principes pour aider les investisseurs à comprendre l'impact des risques physiques
et de transition, à définir des engagements de décarbonation, et à prendre des décisions d'investissement
éclairées. En Tunisie, ce cadre pourrait guider les institutions financières dans l'évaluation des risques liés
au changement climatique et dans la mise en œuvre de pratiques d'investissement responsables, en par-
ticulier dans des secteurs clés comme l'énergie et les infrastructures.
7 Net-Zero Asset Owner Alliance sets the pace on climate ambition, action and transparency in latest Progress Report, 2024, UNEP
8 UN-Convened Net-Zero Asset Owner Alliance, Net-Zero Asset Owner Alliance demonstrates tangible climate action in the latest Progress Report (2023), Net-Zero Asset
Owner Alliance’s Target-Setting Protocol Fourth Edition affirms 1.5ºC ambition for 2030 portfolios ahead of real economy progress (2024), Net-Zero Asset Owner Alliance
(2020)
7
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Réduction de l’exposition
Évaluation environnementale Structuration de stra-
bancaire aux actifs à haute Identification des risques
Utilité pour des investissements à long tégies financières
intensité carbone et dévelop- climatiques et application
la Tunisie terme, notamment dans les pement du durables pour les éner- de pratiques responsables
infrastructures gies renouvelables
financement vert
Rigueur
Moins axé sur les
Complexité d’adaptation scientifique qui peut
Limites ou Moins adapté aux inves- résultats chiffrés,
pour les acteurs non institu- nécessiter des res-
défis tisseurs institutionnels approche
tionnels sources
qualitative
importantes
8
2. Emissions non-financées
2.1. Comptabilité carbone
Les principales approches de comptabilité carbone – Bilan Carbone, GHG Protocol, et ISO 14064 – sont diffé-
rentes en termes d'origine, d'objectif, de méthodologie et d'applicabilité.
Le Bilan Carbone, développé en France par l'ADEME, est une méthode spécifique et détaillée qui couvre
les émissions des Scopes 1, 2, et 3. Son approche exhaustive inclut une large collecte de données (déplace-
ments, énergie, déchets, etc.) et est particulièrement adapté au contexte français, bien qu'elle puisse être
utilisée ailleurs. Cependant, elle n'est pas normative et n'est pas conçue pour des vérifications externes
systématiques.
Le GHG Protocol, quant à lui, est une initiative internationale élaborée par le World Resources Institute
(WRI) et le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD). Il offre un cadre standardisé,
flexible et largement adopté dans le monde, permettant aux entreprises et organisations de mesurer et
de gérer leurs émissions de gaz à effet de serre. Reconnu mondialement, il fournit des outils et des guides
spécifiques pour divers secteurs, mais peut paraître complexe pour les entreprises qui débutent.
Enfin, la norme ISO 14064 propose une approche normative, axée sur la quantification, la vérification et
la certification des émissions de GES. Conçue sous l'égide de l'Organisation internationale de normalisa-
tion (ISO), elle est auditable et s'appuie sur des principes de transparence et d'exactitude. Contrairement
au Bilan Carbone et au GHG Protocol, elle est particulièrement utilisée par les organisations recherchant
une certification officielle.
Ainsi, le choix entre ces approches dépend des besoins de l'organisation : conformité réglementaire, stratégie
interne, certification, ou encore réponse à des exigences internationales ou sectorielles.
Points communs entre le Bilan Carbone, le GHG Protocol, et la norme ISO 14064 :
1 Objectif principal : Les trois approches visent à mesurer les émissions de gaz à effet de serre (GES)
d'une organisation, d'un produit ou d'un projet afin de faciliter leur gestion et leur réduction. Elles
participent toutes à l’effort global de lutte contre le changement climatique.
2 Scope des émissions : Elles incluent les Scopes 1 (émissions directes), 2 (émissions indirectes liées
à l'énergie), et 3 (autres émissions indirectes tout au long de la chaîne de valeur). Bien que l'approche
de Scope 3 varie en détail, les trois donnent son importance pour une analyse complète.
3 Méthodologie basée sur des facteurs d'émission : Ces approches s'appuient sur des facteurs
d'émission, qui sont des coefficients permettant de convertir des données d'activité (comme la
consommation énergétique ou les kilomètres parcourus) en émissions de GES.
4 Compatibilité avec les cadres internationaux : Bien que développés différemment, les trois ap-
proches sont complémentaires et compatibles avec des initiatives internationales comme le Proto-
cole de Kyoto, l'Accord de Paris.
9
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Facteur d’émission : Valeur indiquant la quantité de GES émise par unité d’activité, souvent exprimée en kg
CO₂/kWh pour l’électricité ou en kg CO₂/litre pour le carburant.
Exemple :
1) Électricité : Une entreprise utilise 100 MWh d’électricité avec un facteur d’émission de 0,4 kg
CO₂/kWh. Les émissions calculées seront : 100,000 kWh x 0,4 kg CO₂/kWh = 40 tonnes de CO₂.
2) Carburant : Pour 500 litres de carburant avec un facteur d'émission de 2,5 kg CO₂/litre, les émissions
seront : 500 litres x 2,5 kg CO₂/litre = 1,250 kg CO₂.
Fabrication : énergie et ressources utilisées dans les processus industriels pour produire le
bien.
Méthode de calcul :
L'empreinte carbone d'un produit est généralement calculée à l'aide de la méthode Analyse du Cycle de Vie
(ACV), conforme aux normes ISO 14040 et ISO 14044.
Cette méthode implique :
Cette approche est standardisée dans la norme ISO 14067, qui précise les exigences pour le calcul et la com-
munication de l'empreinte carbone du produit.
10
Exemple d'empreinte carbone produit : Une bouteille d'eau en plastique de 1 litre
L'empreinte carbone de cette bouteille est le résultat des émissions générées tout au long de son cycle
de vie. Voici un exemple basé sur des étapes typiques :
1. Extraction et production des matières premières :
Extraction et raffinage du pétrole pour produire du plastique (polyéthylène téréphtalate, PET).
Émissions estimées : 1,6 kg CO₂e pour chaque kilogramme de produit PET.
2. Fabrication :
Transformation du PET en bouteilles (chauffage, moulage, refroidissement).
Émissions estimées : 0,2 kg CO₂e par bouteille, en fonction de l'énergie utilisée.
3. Transport et distribution :
Acheminement des bouteilles vides vers les usines d'embouteillage, puis des bouteilles pleines vers les
points de vente.
Émissions estimées : 0,1 kg CO₂e par bouteille pour un trajet moyen.
4. Utilisation par le consommateur :
Si l'eau n'est pas consommée localement, d'autres transports ou réfrigérations peuvent augmenter l'em-
preinte carbone.
Émissions estimées : négligeables si consommée directement.
5. Fin de vie :
Enfouissement, incinération ou recyclage de la bouteille. Les impacts varient selon le scénario :
Recyclage : réduit les émissions globales, avec une valeur nette de 0,02 kg CO₂e.
Incinération ou enfouissement : peut ajouter jusqu'à 0,05 kg de CO₂e par bouteille.
11
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Exemple :
Une entreprise A possède un bâtiment, mais en a cédé une partie à une association B tout en conser-
vant la propriété et le contrôle financier du bâtiment.
Pour l'entreprise A :
Si elle choisit le contrôle financier, les émissions du local utilisées par l'association B restent dans
son périmètre en tant qu'émissions directes (Scope 1) , car elle conserve un contrôle financier sur
le bâtiment.
Pour l'association B :
Si l'association souhaite réaliser son propre bilan carbone et opte pour le contrôle financier, elle
considère les émissions du local cédé comme des émissions indirectes (Scope 3), car elle ne possède
aucun contrôle financier sur ce local.
Contrôle opérationnel : Les émissions des installations directement exploitées par l'organisation sont
prises en compte, quel que soit le contrôle financier.
Exemple :
Reprenons le cas de l’entreprise A et de l’association B.
Pour l’entreprise A :
Si elle choisit le contrôle opérationnel, elle attribue les émissions du local cédé à l’association B
comme des émissions indirectes (Scope 3), car elle ne l’exploite pas directement, même si elle en
reste propriétaire.
Pour l’association B :
Si l’association choisit le contrôle opérationnel, elle comptabilise les émissions du local en tant
qu’émissions directes (Scope 1), car elle exploite ce local, même si elle n’en est pas propriétaire.
Le choix de l’approche dépend des objectifs de l’organisation et de ses responsabilités vis-à-vis des émissions
de GES
Scope 2 : Scope 3 :
Scope 1 : Autres émissions indirectes
Émissions indirectes liées à
Émissions directes provenant générées par la chaîne de
l’énergie, notamment celles
des sources appartenant ou valeur de l'organisation,
issues de la production de
contrôlées par l'organisation incluant les émissions
l’électricité, de la vapeur ou de
(ex : combustion de carburant amont (ex : fabrication des
la chaleur achetée et consom-
dans des véhicules ou des matières premières) et aval
mée par l’organisation.
chaudières). (ex : utilisation et fin de vie
des produits).
Le périmètre opérationnel doit être défini en fonction des enjeux de l’organisation, des attentes des parties
impliquées et de la pertinence des émissions indirectes dans son secteur d’activité. Une prise en compte
exhaustive des Scopes garantit une vision complète de l’impact carbone.
2.3.3 Le périmètre temporel
Le périmètre temporel correspond à la période couverte par le bilan carbone. Traditionnellement, cette
période est d’un an, ce qui permet de refléter l’activité globale de l’organisation sur une base annuelle cohé-
rente avec les cycles comptables et stratégiques.
Cependant, il est également possible de définir un périmètre temporel spécifique pour des besoins particu-
liers, tels que :
12
• Un événement ponctuel : Analyse des émissions générées lors d’un événement spécifique (ex : organisa-
tion d’une conférence).
• Un projet : Évaluation des émissions sur toute la durée de vie d’un projet, depuis sa conception jusqu’à sa
fin de vie (ex : construction d’un bâtiment).
14
15) Investissements
Émissions associées aux investissements financiers (projets financés, participations, prêts).
Procédés hors Production de 100 000 tonnes de ciment, 100000 tonnes×700 kg CO₂/
Scope 1 70 000 000 kg de CO₂
énergie facteur d'émission de 700 kg CO₂/tonne. tonne
Problèmes
Utilisation de 100 000 kg de bois comme biomasse,
Scope 1 d'émissions de la 100000 kg×0,95 kg CO₂/kg 95 000 kg de CO₂
facteur d'émission de 0,95 kg CO₂/kg de biomasse.
biomasse
Consommation
Consommation de 200 000 kg de vapeur, facteur
Scope 2 de vapeur, chaleur 200000 kg×0,6 kg CO₂/kg 120 000 kg de CO₂
d'émission de 0,6 kg CO₂/kg de vapeur.
ou froid
Transport des
Transport de 20 tonnes de matières premières sur 500 km×20 tonnes×0,1 kg
Scope 3 marchandises 1 000 kg de CO₂
500 km, facteur d'émission de 0,1 kg CO₂/km/tonne. CO₂/km/tonne
montant
15
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3. Émissions financées :
Quels outils et méthodologies pour
calculer ses émissions de financements,
d’investissements et d’intermédiation ?
3.1. Les émissions financées et la décarbonation
La décarbonation regroupe les mesures visant à diminuer les émissions de gaz à effet de serre (GES) liées à
une activité. Pour les institutions financières (IFs), cela implique d’aligner leurs activités ainsi que leurs poli-
tiques de financement, d’investissement et d’assurance sur des trajectoires compatibles avec une économie
bas-carbone.
Une institution financière doit mettre en place différents outils pour aider à sa décarbonation effective.
Parmi les outils existants, nous retrouvons :
La fixation d’objectif (ou Target setting) : Processus par lequel les IFs définissent des objectifs mesu-
rables et spécifiques pour réduire leurs émissions directes et financées, alignés sur des frameworks.
Evaluation des risques : Processus visant à mesurer les risques associés au changement climatique
ainsi que les risques associés à la transition de l’économie vers un monde bas- carbone.
Stratégie au niveau des IFs : Nécessite la définition d’objectifs spécifiques et temporels, soutenus par
des plans solides, intégrés dans les processus opérationnels, et accompagnés d’un suivi rigoureux des
progrès réalisés.
Stratégie d’investissement : Mise en place de stratégie de réorientation des investissements vers des
activités considérées comme durables ou en transition tout en réduisant l’exposition aux activités pol-
luantes.
Plan de transition : Un aspect de la stratégie globale de l’IF définissant ses objectifs et actions
pour sa transition vers une économie durable.
La mesure des émissions des portefeuilles représente un point d’entrée clé pour la décarbonation des IFs.
Le choix des outils ou la combinaison des outils mentionnés ci-dessus va différer selon l’objectif fixé par
l’institution.
En l’état, l’évaluation des émissions est une mesure largement utilisée au niveau des entreprises, elle est
simple et générale, et peut être interprétée comme une mesure de contribution potentielle des activités
financières des IFs sur le climat.
? Qu’est-ce que l’empreinte carbone d’un portefeuille
L’empreinte carbone correspond à l'évaluation, des émissions de GES financées par les prêts et inves-
tissements figurant dans le portefeuille d'une institution financière, à un moment donné, en cohérence
avec les périodes comptables financières.
L’évaluation des émissions carbone des portefeuilles est la première étape qui permet notamment de :
1) Etablir une baseline10 pour l’analyse de scénarios
2) Etablir une baseline pour le target setting
Sans une mesure claire d'une baseline, les IFs ne disposent pas des informations nécessaires pour évaluer
10 Baseline : désigne un point de référence utilisé pour comparer les évolutions futures, des émissions de GES par exemple
de l’entreprise. Cette ligne de base correspond généralement à une année t.
16
les scénarios et définir leurs objectifs climatiques, ni pour suivre leurs progrès dans l'alignement avec l'Ac-
cord de Paris. Une approche robuste, transparente et harmonisée de la mesuredes émissions financées per-
met aux institutions financières de prendre des décisions éclairées concernant la définition du target setting,
le développement de stratégies et les actions requises pour décarboner l'économie.
Pour évaluer les émissions des institutions financières, diverses normes ont été mises en place par des stan-
dard setters. La norme ISO se réfère au GHG Protocol, tout comme le Bilan Carbone de l'ADEME en France.
Globalement, ces approches partagent la même philosophie, avec quelques différences pratiques.
Le GHG Protocol fournit des cadres pour que les entreprises, les gouvernements, et les organi-
sations puissent quantifier, comprendre, et réduire leurs émissions de GES. Il catégorise les émis-
sions liées aux investissements dans son Scope 3 au sein de la catégorie 15.
Cette catégorie est principalement destinée aux IFs privées, comme les banques commerciales,
mais elle s'applique également aux IFs publiques, comme les banques multilatérales de dé-
veloppement, ainsi qu'à d'autres entités détenant des investissements non inclus dans les
.Scopes 1 et 2
Le GHG Protocol permet de comptabiliser les émissions sur tout le cycle de vie des produits via
le GHG Protocol Product Life Cycle Standard. Il ne représente pas un programme de reporting et
ne collecte pas d'inventaires d'émissions. Il sert plutôt de base et est compatible avec la plupart
des programmes de réduction des émissions.
Le GHG Protocol est à l'origine de la classification des gaz à effet de serre en trois catégories : scope 1, scope
2 et scope 3.
17
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PCAF (Partnership for Carbon Accounting Financials) est une initiative visant à aider les institutions
financières à mesurer et publier leurs émissions financées. Elle développe des méthodologies spéci-
fiques pour différentes classes d'actifs (prêts, actions, obligations). L'objectif est de permettre une comp-
tabilité précise des émissions liées aux investissements des IFs.
Les cadres volontaires et obligatoires de reporting accélèrent la mise en place de données climatiques et car-
bones au sein des entreprises et des institutions financières. Deux types de cadre existent et influencent les
données reportées par les institutions financières :
Note : Des cadres comme la TCFD influencent directement certaines réglementations,
comme la CSRD.
Les cadres volontaires de reporting : Les initiatives telles que le Carbon Disclosure Project (CDP), le GHG
Protocol, la TCFD (Task Force on Climate-related Financial Disclosures), ou encore PCAF encouragent les
organisations à mesurer leurs impacts climatiques, à fixer des objectifs basés sur la science et à répondre
aux attentes des investisseurs et des parties prenantes en matière de transparence environnementale.
Permettent aux organisations de prendre l’initiative de divulguer leurs impacts
environnementaux selon leurs priorités et capacités.
Contribuent à une meilleure comparabilité des informations fournies par les institutions financières.
Les cadres obligatoires de reporting : Avec la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive), l’UE
impose un reporting détaillé sur la durabilité couvrant les dimensions ESG. Cette réglementation exige la
publication des émissions de GES (Scope 3 compris). Elle s'aligne partiellement sur des cadres comme le
GHG Protocol et SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation) de l’UE11 .
Les différences dans les objectifs et la portée des cadres influencent les types et la granularité des don-
nées collectées et reportées :
Les normes volontaires, telles que celles du GHG Protocol couvrent les émissions indirectes comme
celles des investissements financiers.
Les réglementations privilégient les émissions vérifiées, couvrant les scopes 1, 2 et parfois 3.
Figure 2 – Les émissions du véhicule d’un particulier sous le prisme de différents acteurs économiques dont le
financeur
11 La CSRD cible les grandes entreprises et impose une double matérialité. La SFDR impose aux IFs de publier des informations sur la durabilité de leurs produits et la gestion
des risques ES
18
prenantes. Des rapports comme Carbon Compass12 permettent d’évaluer ces émissions, mais ils présentent
des limites, notamment dans les contextes où les données sont insuffisantes ou difficiles à adapter aux spé-
cificités locales.
Cas d’usage spécifiques (non-exhaustif)
Le calcul des émissions financées peut être utilisé dans divers contextes tel qu’introduit en section précé-
dente. Le cas d’usage reste un facteur déterminant pour la suite de l’analyse. Comme le rappelle le Carbon
Compass, la mesure de la « climate-friendliness » et du « risque climatique » sont deux objectifs séparés pour
lesquels différentes métriques peuvent être plus approprié :
Fixation d’objectifs : Identifier les secteurs prioritaires pour la réduction des émissions.
Financement pour la transition : Orienter les flux financiers vers des projets à faible intensité carbone.
Accompagnement des institutions : Soutenir les entreprises dans leur transition via des analyses ap-
profondies.
Comparaison des options d’investissement : Identifier les projets alignés sur les objectifs climatiques.
cherchant à se conformer aux exigences réglementaires européennes privilégiera une approche rigoureuse et
normalisée, tandis qu'une institution locale pourrait adopter une méthode simplifiée et adaptée au contexte
national.
3.3. Processus de quantification des émissions financées
Établir le périmètre
Pour définir le portefeuille le plus matériel pour l’entité, et pour respecter les demandes règlementaires
ou de parties prenantes, plusieurs facteurs peuvent être considérés, dont : les actifs sous gestion de l’en-
tité, les secteurs « matériels » et les géographies « matérielles ».
Figure 3 – Niveaux de consolidation possibles pour le portefeuille d’une institution financière (IF)
19
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Intensités économiques des émissions : Évalue les émissions par unité monétaire investie pour com-
parer les portefeuilles. Par exemple : Tonnes de CO2 par M$ investis. Elle permet de comparer les porte-
feuilles indépendamment de leur taille, mais son calcul est complexe et nécessite des données liées à la
valorisation des actifs en portefeuille, comme leur capitalisation boursière.
Intensité physique des émissions : Evalue les émissions par unité physique de production. Par exemple:
Tonnes de CO2 par unité de produit (kg, l, km, etc.). Cette métrique permet d’évaluer efficacement l'im-
pact réel des actifs du portefeuille et de faciliter les comparaisons au sein du secteur économique associé,
bien que son application puisse s’avérer complexe.
Les méthodologies actuelles présentent des limites importantes, notamment en ce qui concerne le
double comptage et l’attribution des responsabilités entre les différentes parties prenantes13 .
Le double comptage, voire multiple comptage, fait référence aux cas où la même tonne de carbone
est comptabilisée plusieurs fois au sein d’un portefeuille. Il s’agit d’une question pertinente lorsque
les informations communiquées par les entreprises individuelles sont agrégées au niveau du por-
tefeuille, en particulier lorsque les émissions de Scope 2 et 3 sont incluses. Selon les calculs de l’em-
preinte cross- asset, le double comptage peut atteindre environ 30 à 40 % des émissions du porte-
feuille d’un investisseur institutionnel (Carbon Compass).
20
4. Construction de l’empreinte
d’un portefeuille
4.1. Définir le périmètre de l’étude pour le calcul d’empreinte du portefeuille
Avant d’entamer le calcul de l’empreinte carbone d’une institution financière (IF), il est impératif de définir
précisément le périmètre de l’étude. Cette étape préliminaire constitue une base essentielle pour garantir la
robustesse et la pertinence de l’analyse.
La première étape nécessite d’évaluer le portefeuille le plus matériel pour l’IF ainsi que son
niveau de consolidation attendu.
Cette évaluation doit s’appuyer sur les exigences normatives et réglementaires, ainsi que sur les attentes
des parties prenantes. Plusieurs critères clés doivent être pris en compte pour déterminer le caractère
matériel du portefeuille :
Le poids du portefeuille dans l’institution financière, par exemple le volume des actifs sous gestion
(AuM).
Les secteurs économiques concernés, par exemple en fonction des secteurs les plus émetteurs de GES.
Les zones géographiques couvertes, par exemple en fonction des géographies représentant la
majorité de l’activité de l’IF.
Une fois le portefeuille identifié, il est nécessaire de définir le niveau de consolidation le plus adapté. Ce ni-
veau peut varier d’une approche très spécifique à une vision plus globale, selon les besoins de l’analyse. Parmi
les alternatives possibles (liste non exhaustive), le portefeuille couvert sera associé à :
Une classe d’actifs spécifique associée à un secteur donné
L’ensemble des classes d’actifs rattachées à un même secteur
Un portefeuille consolidé par grandes catégories d’activités (telles que retail, financement,
investissement ou assurance)
Une classe d’actifs unique couvrant plusieurs secteurs
Un portefeuille global, consolidé au niveau de l’ensemble de l’institution financière
La deuxième étape nécessite de définir le périmètre de GES considéré pour le calcul
de l’empreinte carbone.
Il convient tout d’abord de définir la typologie des GES qui seront intégrés dans l’analyse. Deux options
peuvent être envisagées :
· Option 1 : Évaluer uniquement les émissions de CO₂. Cette option est souvent privilégiée
dans un premier temps.
o Avantages :
Les données relatives au CO₂ sont généralement plus accessibles et
standardisées.
Ces données tendent à devenir un prérequis dans les rapports des entreprises.
o Inconvénients :
L’évaluation des seules émissions de CO₂ ne couvre pas l’intégralité des impacts environnementaux
liés aux activités d’une entreprise.
· Option 2 : Évaluer les émissions de CO₂ équivalent (CO₂e). Cette approche inclut généralement les
six GES du Protocole de Kyoto (CO₂, CH₄, N₂O, et les gaz fluorés). Elle est recommandée dans une phase
ultérieure pour une évaluation plus complète.
o Avantages :
Cette méthode est alignée avec les objectifs climatiques des États et les inventaires nationaux.
21
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Elle est particulièrement pertinente pour des secteurs à forte intensité de GES autres que le CO₂,
tels que l’agriculture et l’industrie pétrolière et gazière.
o Inconvénients :
Les données concernant le CO₂e sont souvent moins disponibles et moins standardisées que celles
pour le CO₂ seul.
Il est ensuite nécessaire de déterminer les scopes d’émissions des entreprises en portefeuille à inclure dans
le calcul de l’empreinte carbone. Trois approches sont possibles :
· Option 1 : Évaluer uniquement le Scope 1
Cette option couvre exclusivement les émissions directes, sous contrôle direct des entreprises.
o Avantages :
Méthode simple à mettre en œuvre, nécessitant des données limitées.
o Inconvénients :
Fournit une vue partielle des émissions associées au portefeuille, en excluant les émissions indi-
rectes.
· Option 2 : Évaluer les Scopes 1 et 2
Demandée par Partnership for Carbon Accounting Financials (PCAF), cette approche inclut les émissions
directes (Scope 1) et les émissions indirectes liées à l’achat d’énergie (Scope 2) des entreprises.
o Avantages :
Permet une analyse plus complète des émissions des entreprises en portefeuille.
o Inconvénients :
Exclut encore les émissions indirectes de la chaîne de valeur (Scope 3).
· Option 3 : Évaluer les Scopes 1, 2 et 3.
Cette option, recommandée par le PCAF, offre une évaluation complète des émissions associées aux entre-
prises, couvrant les émissions directes (Scope 1), les émissions indirectes liées à l’achat d’énergie (Scope 2) et
les émissions indirectes de la chaîne de valeur (Scope 3). Dans ce cadre, PCAF recommande de disclose deux
empreintes : une empreinte Scope 1&2 et une empreinte Scope 3 des entreprises en portefeuille.
o Avantages :
Fournit une vision globale des impacts environnementaux des entreprises.
Recommandée pour aligner l’évaluation sur les meilleures pratiques internationales.
o Inconvénients :
La précision du Scope 3 est limitée par l’incomplétude des données fournies
par les entreprises
Zoom sur les guidelines de PCAF concernant le périmètre des émissions à prendre
en compte dans l’évaluation de l’empreinte carbone
En 2022, PCAF a publié son rapport intitulé Financed Emissions, devenu une référence pour l’évaluation des émis-
sions liées aux activités de financement. Ce rapport propose des lignes directrices sur la manière de calculer les
émissions, tout en définissant précisément les périmètres d’émissions à considérer en fonction des différentes
classes d’actifs.
Exemple : Financement de projets / Infrastructure
La classe d’actifs « financement de projets / infrastructure » englobe tous les prêts ou capitaux propres inscrits au
bilan qui sont destinés à des projets ou activités spécifiques. Pour calculer les émissions, seules les émissions des
activités strictement délimitées et financées sont prises en compte.
Deux méthodes d’analyse peuvent être utilisées pour estimer les émissions
liées aux projets d’infrastructure.
22
Simplicité : Cette méthode est relativement facile à calculer et à comprendre, les données néces-
saires étant souvent plus accessibles.
Moins complet : Elle ne prend pas en compte les émissions générées lors des phases de construction,
de maintenance et de démantèlement, ce qui peut sous-estimer l’impact environnemental global.
Moins utile pour les évaluations à long terme : Cette méthode n’est pas idéale pour mesurer
les impacts à long terme ou pour effectuer des comparaisons entre projets.
Méthode 2 : Évaluation des émissions selon l’analyse du cycle de vie (ACV)
L’analyse du cycle de vie prend en compte toutes les émissions de GES générées tout au long du cycle de vie d’un
projet ou d’une infrastructure, de la conception à la démolition.
Complet : Cette méthode fournit une évaluation détaillée et exhaustive des impacts environnementaux sur
l’ensemble du cycle de vie du projet.
Pertinence pour les projets à fortes émissions initiales : Elle est particulièrement utile pour les projets ayant des
émissions importantes lors des premières phases, comme les centrales électriques ou les infrastructures lourdes.
Précision : Elle permet d’identifier les phases les plus émettrices, facilitant ainsi les efforts de réduction des
émissions.
Modélisation incertaine : Cette approche inclut souvent des hypothèses incertaines concernant la durée de vie
ou les émissions futures du projet.
Moins adaptée au suivi annuel : L’ACV ne reflète pas les variations annuelles des émissions,
ce qui peut limiter son efficacité pour un suivi à court terme.
Lors de cette phase de définition du périmètre, il est également primordial de considérer les guidelines
avancées par le GHG Protocol et PCAF pour assurer la robustesse et la pertinence de l’empreinte carbone
du portefeuille.
Parmi ces guidelines, deux éléments se distinguent lors de la définition du périmètre :
1. La reconnaissance des émissions financées : Il est crucial que l’IF comptabilise et déclare l’inté-
gralité des émissions financées, en s’assurant que toute exclusion de ces émissions soit explicite-
ment divulguée et justifiée. Cette approche vise à garantir une transparence totale dans l’identifica-
tion et couverture des émissions générées par les activités financées.
2. La mesure des émissions financées : Les IFs doivent procéder à la mesure et à la déclaration de
leurs émissions financées en suivant le principe du « follow the money », c'est-à-dire en traçant les
flux financiers associés aux émissions. Cela implique nécessairement de quantifier les émissions
absolues associées à ces activités.
Figure 4 – Les guidelines générales du GHG Protocol et de PCAF sur la comptabilité et le reporting carbone
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Les IFs peuvent s’appuyer sur trois typologies de sources de données externes pour collecter les informa-
tions nécessaires au calcul d’empreinte carbone de leur portefeuille :
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1) Rapports de durabilité des entreprises
Les rapports de durabilité (ou ESG) des entreprises fournissent des informations détaillées sur leurs émis-
sions GES, la consommation d'énergie, ou encore leurs pratiques environnementales et sociales. Ces rap-
ports sont publics et sont souvent conformes à des cadres comme le GRI (Global Reporting Initiative), la
CSRD, etc.
2) Datasets spécialisés
Les ensembles de données comme GRESB (Global Real Estate Sustainability Benchmark) se concentrent
sur des secteurs spécifiques. Ils fournissent des métriques consolidées et souvent certifiées pour des por-
tefeuilles spécifiques.
3) Prestataires qui agrègent la donnée
Plateformes comme CDP (Carbon Disclosure Project14) ou Bloomberg ESG Data Services regroupent des
données structurées et harmonisées selon des standards, facilitant leur comparaison et leur analyse.
Les IFs peuvent collecter des données externes soit en mobilisant leurs ressources internes, soit en les ac-
quérant auprès de datasets spécialisés. Nous pouvons citer deux façons de recueillir les données externes
nécessaires pour la suite des estimations :
Collecter les données soi-même : A partir de rapports d'entreprises, d'ensembles de données (par
exemple CDP)
Utilisation de datasets externes : En s'appuyant sur des datasets disponibles sur le marché (par
exemple le Global Real Estate Sustainability Benchmark)
Pour ces deux manières, il est important d’identifier et de comprendre les points d’attention à avoir :
Lors de la collecte des données
Lors de l’interprétation des données déclarées
Dans le cadre de la collecte directe et de l’interprétation des données par les IFs, il est possible d’éviter cer-
taines erreurs.
Voici quelques points d’attention spécifiques aux organisations qui collectent leurs propres données sur les
émissions de GES :
Voici quelques points d’attention spécifiques aux organisations qui prélèvent les données de datasets
sur les émissions de GES :
Il est important de bien choisir les datasets en évaluant les procédures de contrôle de la qualité des
14 Organisation à but non lucratif qui collecte et publie des données sur les impacts environnementaux des entreprises, des villes et des gouvernements.
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données et en analysant des échantillons afin de pouvoir évaluer leur qualité soi- même.
Analyser les données fournies pour identifier des différences éventuelles entre pairs ou sur des séries
temporelles. Il est important de s'assurer que ces variations ne résultent pas d'erreurs dans les données,
mais reflètent bien des réalités économiques ou environnementales.
Attention : cela ne signifie pas que les données ne doivent pas être
utilisées, mais plutôt qu’il faut être conscient des erreurs et des limita-
tions courantes afin de pouvoir utiliser les données à grande échelle.
La méthode ACV (Analyse Cycle de Vie) évalue l'impact environnemental d'un produit ou service sur l'en-
semble de son cycle de vie, à chaque étape (standardisé par les normes ISO 14040 et ISO 14044), de l'ex-
traction des matières premières à la fin de vie.
Exemple :
Pour une entreprise de fabrication de panneaux solaires, il faut évaluer les émissions de
GES associées à chaque étape de la production, y compris l'extraction du silicium, la fabri-
cation, le transport et le recyclage.
EEIO
Le modèle EEIO (Environmentally-extended input output) quantifie les échanges économiques entre indus-
tries pour calculer les émissions carbones par dollar de revenu pour chaque secteur.
Exemple : Le modèle EEIO pourrait être utilisé pour estimer les émissions indirectes d'une entreprise auto-
mobile en analysant les interactions économiques entre le secteur automobile et les fournisseurs de pièces
détachées.
Méthodes statistiques
Ces méthodes utilisent des analyses statistiques basées sur des moyennes sectorielles et des données de rap-
ports pour estimer les émissions.
Exemple :
Une entreprise de textile pourrait utiliser des moyennes sectorielles pour estimer ses émissions de
GES en fonction de son volume de production et des données disponibles sur d'autres entreprises du
même secteur.
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15 Lorsqu’elles rapportent des émissions de scope 3 (chaîne de valeur), les institutions doivent publier un score
pondéré distinct pour ces émissions, différent de celui des scopes 1 et 2.
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Exemple de score pondérée de qualité de données pour un portefeuille de crédit automobile :
29
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A titre d’exemple en 2015, l'intensité carbone de l'indice MSCI ACWI ex Coal17 est seulement 4 % inférieure
à celle de l'indice MSCI ACWI, et celle de l'indice MSCI ACWI ex Fossil Fuels18 est 13 % inférieure à son indice
parent, malgré l'exclusion des entreprises liées aux combustibles fossiles. En
revanche, les réserves de carbone de ces indices sont réduites de 44 % (ex-Coal) et 100 % (ex-Fossil Fuels).
Au niveau des entreprises, des sociétés comme Verbund et Iberdrola ont une empreinte carbone élevée,
mais investissent massivement dans les énergies renouvelables (en 2015 : 94 % pour Verbund et 13 % du EBIT
pour Iberdrola). Cela montre que l'empreinte carbone seule ne reflète pas l'exposition réelle aux risques «
bruns » et l'engagement des entreprises dans des solutions durables.
Bien que l’empreinte carbone puisse guider des stratégies de désinvestissement (par exemple, dans les sec-
teurs à haute intensité carbone), elle n’offre pas de critères clairs pour réinvestir dans des solutions clima-
tiques positives.
De plus, les différentes approches méthodologiques (incluant ou non les émissions scope 3, les risques de
double comptage, etc.) rendent également difficile la comparaison entre portefeuilles.
17 L’indice représente la performance du marché au sens large tout en excluant les entreprises qui possèdent des réserves de charbon.
18 L’indice représente la performance du marché au sens large en excluant les entreprises qui possèdent des réserves de pétrole, de gaz et de charbon.
19 Un portefeuille pourrait également comporter une partie « neutre », ne pouvant être catégorisé ni comme « brun » ni comme « vert ».
20 World Business Council for Sustainable Development
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Par exemple, il est intéressant de comptabiliser les émissions évitées pour une entreprise comme
Panasonic qui fournit des batteries au lithium pour des voitures électriques. Elle contribue par
conséquent à la décarbonation d’une partie du secteur du transport à mesure que les consomma-
teurs abandonnent leurs véhicules thermiques.
Ceci étant, la production des batteries au lithium est très intensive en carbone, ce qui entraine des
émissions importantes dans les chaines d’approvisionnement de Panasonic et qui, par conséquent,
.impactent négativement ses émissions globales de GES
Yuki Kusumi, PDG de Panasonic a affirmé : « Si l’on mesure notre performance à l’aune de l’augmen-
tation des émissions carbone lorsque nous augmentons la production de batteries, il serait peut-être
préférable pour nous d’arrêter de fabriquer des batteries. Mais nous ne pourrons alors pas accélérer
» .les efforts de réduction des émissions de CO₂ sur la planète dans son ensemble
C’est pourquoi il est intéressant de considérer, lorsque pertinent pour certaines entreprises, la mé-
trique d’émissions évitées.
Les émissions évitées permettent également de rendre compte de l’intérêt d’une prolongation de la durée
de vie d'un appareil, qui peut certes augmenter les émissions de scope 3, mais qui tout de même génère un
impact global positif.
Il est important de rappeler tout de même que les méthodologies pour mesurer les émissions évitées, bien
que prometteuses, souffrent encore d’un manque de standardisation applicable au niveau des produits, en-
treprises et portefeuilles, et ceci malgré les efforts de la WBCSD en matière d’harmonisation des pratiques en
apportant conseils pratiques et concrets.
32
des portefeuilles sous la forme d’un ratio entre les mesures de « contribution positive » et les mesures de
taille ou d’impact du portefeuille. Une approche plus ambitieuse consisterait à comparer ces performances à
des trajectoires compatibles avec un scénario 1,5°C.
21 SBTi est une initiative internationale qui aide les entreprises et les institutions financières à définir des objectifs de réduction des émissions de GES alignés sur les der-
nières données scientifiques relatives au climat.
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tout en augmentant la transparence pour les investisseurs et autres parties prenantes22 . L’objectif principal
est de fournir un indicateur clair pour évaluer l’impact climatique actuel et futur d’un portefeuille, identifier
les écarts par rapport aux trajectoires climatiques souhaitées, comme celles compatibles avec l’Accord de
Paris et soutenir des décisions stratégiques éclairées.
L’ITR repose sur l’analyse des données climatiques d’une entreprise ou d’un portefeuille, incluant les émis-
sions historiques, actuelles et les engagements futurs validés, tels que ceux définis par des cadres comme
SBTi. À partir de ces informations, la méthodologie modélise les trajectoires futures en s’appuyant sur des
scénarios reconnus, notamment ceux du GIEC, pour convertir ces données en une élévation de température
explicite (par exemple, + 1,5 °C, 2 °C ou 3 °C).
L’ITR est particulièrement utile pour les décideurs stratégiques et les praticiens techniques. Les premiers bé-
néficient d’un outil intuitif qui facilite la communication et le reporting, tandis que les seconds trouvent un
cadre pour approfondir leurs évaluations techniques et comparer différentes approches. Cependant, bien
que l’indicateur soit universellement compréhensible, son calcul repose sur des hypothèses complexes et des
données souvent hétérogènes, ce qui peut limiter sa comparabilité.
En pratique, l’ITR peut être utilisé pour définir des objectifs climatiques ambitieux, suivre les progrès réalisés
et identifier les actifs nécessitant un engagement renforcé ou un désinvestissement. Par exemple, il aide à
développer des produits financiers alignés sur des trajectoires bas carbones ou à surveiller les performances
climatiques des portefeuilles en temps réel. Malgré certains défis méthodologiques et un manque de standar-
disation, l’ITR s’impose comme un outil central pour réorienter les flux financiers vers un avenir compatible
avec une économie à 1,5 °C.
L’ITR donne une vision synthétique de l’impact climatique d’un portefeuille, mais repose sur des hypothèses
complexes et sensibles.
22 Il convient toutefois de souligner que cette métrique présente certaines limites, notamment lorsqu’elle est utilisée pour comparer des portefeuilles élaborés selon des
méthodologies hétérogènes ou reposant sur des scénarios de référence distincts.
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lement une approche proactive de la transition, en mettant en lumière les efforts nécessaires pour que les
actifs et portefeuilles atteignent un alignement total avec les objectifs climatiques mondiaux.
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