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DECARBONISATION

Ce guide sur la décarbonation des portefeuilles des institutions financières en Tunisie vise à accompagner ces institutions dans la réduction de leurs émissions de carbone financées, tout en fournissant des outils et méthodes pour appliquer les meilleures pratiques en matière de décarbonation. Il souligne l'importance de l'alignement des investissements sur des objectifs climatiques globaux et présente des stratégies et mécanismes mobilisables pour favoriser une transition vers une économie bas-carbone. En intégrant des cadres internationaux et des initiatives spécifiques, le guide propose des orientations adaptées au contexte tunisien pour soutenir la transition énergétique.

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DECARBONISATION

Ce guide sur la décarbonation des portefeuilles des institutions financières en Tunisie vise à accompagner ces institutions dans la réduction de leurs émissions de carbone financées, tout en fournissant des outils et méthodes pour appliquer les meilleures pratiques en matière de décarbonation. Il souligne l'importance de l'alignement des investissements sur des objectifs climatiques globaux et présente des stratégies et mécanismes mobilisables pour favoriser une transition vers une économie bas-carbone. En intégrant des cadres internationaux et des initiatives spécifiques, le guide propose des orientations adaptées au contexte tunisien pour soutenir la transition énergétique.

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GUIDE SUR LA

DÉCARBONATION
des portefeuilles des institutions financières
en Tunisie: Mesure de l’empreinte carbone

Juin 2025
GUIDE SUR
LA DÉCARBONATION
des portefeuilles des institutions financières
en Tunisie: Mesure de l’empreinte carbone

Juin 2025
Guide sur la décarbonation
Groupement ILB - Alcor

2
Avant-propos 04
[Link] A LA DECARBONATION ET AUX STRATEGIES DE TRANSITION 05
1.1. Comprendre la décarbonation 05
1.2. rôle des institutions financières dans la transition 06
1.3. Les stratégies d’accompagnement de la transition 06
1.4. Les mécanismes mobilisables 06
[Link] des actifs 07
1.6. Principaux cadres et initiatives
[Link] NON-FINANCEES 09
[Link] carbone 09
2.2.Méthodologie de Calcul du Bilan Carbone/GHG Protocol / ISO 14064 09
11
TABLE DES MATIÈRES
2.3. Les périmètres
2.3.1Le périmètre organisationnel 11
2.3.2Le périmètre opérationnel 11
2.3.3Le périmètre temporel
12
12
2.4. Calcul des émissions des GES
13
2.4.1 Scope 1 : Émissions directes
13
2.4.2 Scope 2 : Émissions indirectes liées à l'énergie 13
2.4.3 Scope 3 : Autres émissions indirectes 14
3.ÉMISSIONS FINANCEES : QUELS OUTILS ET METHODOLOGIES POUR CALCULER
SES EMISSIONS DE FINANCEMENTS, D’INVESTISSEMENTS ET D’INTERMEDIATION 16
3.1. Les émissions financées et la décarbonation 16
3.2. Cas d’usage des émissions financées 18
▪ Présentation des usages possibles et limites 18
▪ Cas d’usages spécifiques (non-exhaustif) 19
▪ Influence des cas d’usage sur les choix méthodologiques 19
3.3. Processus de quantification des émissions financées 19
3.4. Types de métriques des émissions 19
4. CONSTRUCTION DE L’EMPREINTE D’UN PORTEFEUILLE 21
4.1. Définir le périmètre de l’étude pour le calcul de l’empreinte du portefeuille 21
4.2. Trouver la donnée 24
4.3. Estimer la donnée 26
4.3.1. Les différentes méthodes d’éstimation 26
3.3.2. Estimation et qualité de données 28
4.4. Indicateurs liés à l’empreinte carbone 29
5. INTRODUCTION AUX METRIQUES ALTERNATIVES POUR EVALUER L’ALIGNEMENT
D’UN ACTIF ET D’UN PORTEFEUILLE 30
5.1. Les métriques vert-brun 31
5.2. Les émissions évitées 31
5.3. Les métriques d’alignement 32
5.4. Métriques binaires 33
5.5. Benchmark Divergence 33
5.6. Score de Température Impliquée (ITR) 33
5.7. Échelles de maturité 34
5.8. Complémentarité avec les métriques d’émissions 35
Guide sur la décarbonation
Groupement ILB - Alcor

Avant-propos
Conformément aux directives du sixième rapport du GIEC et en réponse aux recommandations du pre-
mier rapport mondial sur le climat, les parties à la CCNUCC doivent adopter des politiques et mesures
ambitieuses en matière d’atténuation et d’adaptation aux changements climatiques. La mobilisation des
ressources financières en adéquation avec l’alignement sur une trajectoire de neutralité carbone à l’hori-
zon 2050, représente un levier majeur pour assurer la concrétisation des objectifs de l’accord de Paris et
l’accélération de la mise en œuvre de la troisième édition des contributions déterminées au niveau natio-
nal (CDN 3.0). Les institutions financières sont appelées à jouer un rôle majeur dans la décarbonation de
l’économie mondiale à travers la réorientation des flux financiers vers les investissements dans les activités
économiques favorisant la lutte contre les changements climatiques.

Au niveau international, la prise de conscience de ces enjeux s’est traduite par diverses initiatives,
telles que :

Glasgow Financial Alliance for Net-Zero (GFANZ), une coalition mondiale pour la neutralité car-
bone qui intègre aujourd’hui plus de 650 membres de 50 pays

L’initiative « Net-Zero Banking Alliance (NZBA)" lancée en 2021 et qui intègre aujourd’hui 138
banques de 44 pays représentant plus de 40% des actifs bancaires mondiaux.

Le Groupe de travail sur les informations financières liées au climat (TCFD) créé par le Conseil de
stabilité financière pour améliorer et accroître la déclaration des informations financières liées au
climat.

Le pacte vert de l’Europe qui s’est traduit par le plan d’action de l’UE de 2018 sur le financement de
la croissance durable et la stratégie de 2021 en matière de finance durable, etc.

Au niveau national, le ministère de l’environnement en collaboration avec le PNUD et le Conseil Bancaire et


Financier, a entrepris plusieurs travaux visant l’appui à l’émergence d’une politique volontariste de finance
durable en Tunisie, en particulier la mise en place d’une taxonomie durable au sens climatique et le renfor-
cement des capacités des institutions financières pour la décarbonation de leurs portefeuilles.

Le présent guide sur la décarbonation des portefeuilles des institutions financières Tunisiennes vise trois
principaux objectifs :

1
Accompagner les institutions financières tunisiennes dans la réduction de leurs
émissions carbone financées

2 Fournir des outils, méthodes et recommandations pour comprendre et appliquer


les best practices en matière de décarbonation

3 Offrir des orientations spécifiques pour adapter les approches globales au


contexte tunisien.

4
[Link] à la décarbonation
et aux stratégies de transition
1.1. Comprendre la décarbonation
La décarbonation fait référence au processus de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), notam-
ment le dioxyde de carbone (CO₂), provenant des activités humaines. Dans le secteur financier, elle consiste
principalement à aligner les portefeuilles d’investissement et de financement sur des objectifs climatiques
globaux, comme ceux définis par l’Accord de Paris. Cet alignement est crucial, car les institutions financières
jouent un rôle central en orientant les flux de capitaux vers des activités économiques faibles en carbone.
L’incidence de la décarbonation sur le secteur financier est multiple :
Gestion des risques climatiques : Les risques physiques (liés aux impacts directs du changement cli-
matique) et les risques de transition (résultant de la transition vers une économie bas-carbone) doivent
être intégrés dans les décisions financières. Pour transformer radicalement nos systèmes énergétiques,
l’investissement devra monter en puissance afin de financer la transition.1 En 2017, le fonds monétaire
international estimait que pour atténuer les risques climatiques, 6 000 à 10 000 milliards de dollars sup-
plémentaires d’investissement, public ou privé, seront nécessaire au niveau mondial dans les dix ans à
venir. Cela représente un total cumulé de 6 à 10 % du PIB annuel mondial.
Opportunités de croissance : La décarbonation offre un large éventail d’opportunités économiques
grâce à l’essor de la finance verte. Par exemple, fin 2023, l’encours des obligations durables émises par
les entreprises et dans le secteur public dans le monde atteignait respectivement 2 300 milliards USD et
2 000 milliards USD.2
Responsabilité et transparence : Les organismes de normes internationaux, comme le Task Force on
Climate-related Financial Disclosures (TCFD), exigent désormais des institutions qu’elles rapportent leurs
émissions financées et leur exposition aux risques climatiques. Cela inclut la divulgation des émissions
financées et des stratégies adoptées pour réduire leur impact environnemental. Ces normes sont pro-
gressivement adoptées par les régulateurs nationaux et régionaux, comme l’Union Européenne avec la
Sustainable Finance Disclosure Regulation (SFDR). De même, une transparence accrue sur les impacts
climatiques renforce la confiance des investisseurs et des parties prenantes.

1.2.Rôle des institutions financières dans la transition3


Les institutions financières tunisiennes ont une opportunité majeure à saisir pour accélérer la transition éner-
gétique du pays.4 Des investissements stratégiques dans les énergies renouvelables, notamment l’éolien et le
solaire, pourraient réduire la dépendance énergétique, renforcer la résilience économique et aligner le pays
sur les objectifs de l'Accord de Paris.
Participer et s’aligner à la transition permet également de réduire les risques financiers. En effet, en évitant
d’investir dans des actifs incompatibles avec la transition, les banques peuvent limiter leur exposition à des
actifs échoués5 (stranded assets), notamment dans les secteurs des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon),
qui sont particulièrement vulnérables face aux politiques climatiques mondiales et aux évolutions du mar-
ché. Les secteurs des énergies fossiles, comme le pétrole, le gaz et le charbon, sont particulièrement vulné-
rables face aux politiques climatiques mondiales et à la transition énergétique. Une meilleure intégration
des risques climatiques au sein des portefeuilles financiers permet non seulement de se protéger contre ces
pertes potentielles, mais aussi de saisir les opportunités liées à l’essor des technologies bas-carbone.

1 L’objectif zéro émissions carbone, 2021, IMF


2 Obligations durables, 2024, OECD
3 Guide pédagogique Intégration des risques climatiques dans les portefeuilles des institutions financières, Ministère de l’Environnement, Unité Nationale de Coordination
sur les Changements Climatiques
4 Tunisia, IEA
5 Les actifs échoués sont des investissements qui perdent rapidement leur valeur en raison de changements législatifs, environnementaux ou technologiques.

5
Guide sur la décarbonation
Groupement ILB - Alcor

[Link] stratégies d’accompagnement de la transition


Les institutions financières peuvent s’engager à réduire leurs émissions en définissant des objectifs alignés
sur les trajectoires climatiques globales. Par exemple, des initiatives telles que la Net-Zero Banking Alliance
(NZBA) ou la Net-Zero Asset Owner Alliance (NZAOA) incitent leurs membres à atteindre la neutralité carbone
dans leurs portefeuilles d'ici 2050. Ces engagements incluent des étapes intermédiaires, telles que réduire
les émissions financées dans des secteurs clés comme l’énergie ou l’industrie d'ici 2030. Pour rendre ces
engagements opérationnels, les institutions doivent fixer des objectifs spécifiques basés sur des données
scientifiques, comme ceux proposés par l’initiative Science- Based Targets for Financial Institutions (SBTi), et
mesurer leurs progrès grâce à des cadres de transparence, tels que les recommandations de la Task Force on
Climate-related Financial Disclosures (TCFD).

1.4. Les mécanismes mobilisables


Les institutions peuvent utiliser différents mécanismes pour influencer les marchés et leurs portefeuilles et
favoriser une transition durable.
Investissements ciblés : Les institutions peuvent orienter leurs financements vers des projets verts
ou des secteurs sous-desservis (grow undersupplied capital markets). Ces investissements renforcent
les énergies renouvelables, les infrastructures durables et les technologies bas- carbone. Par exemple, la
taxonomie verte proposée par l'IDFC (International Development Finance Club)6 ou la taxonomie euro-
péenne offre des critères clairs pour identifier les activités éligibles.
Stratégies d’investissement/désinvestissement : En investissant dans des entreprises alignées sur la
transition et en désinvestissant de celles fortement émettrices, les institutions influencent les marchés
financiers. Cette approche, connue sous le nom de price signalling, crée des incitations économiques pour
que les entreprises adoptent des modèles d’affaires durables.
Exclusion et engagement actionnarial : Les exclusions consistent à retirer tout soutien financier aux
industries incompatibles avec une transition bas-carbone, comme le charbon. À l’inverse, l’engagement
actionnarial implique un dialogue actif avec les entreprises pour améliorer leurs pratiques environnemen-
tales, sociales et de gouvernance (ESG).

[Link] des actifs


Les stratégies de transition doivent être différenciées en fonction des actifs gérés. À ce titre, plusieurs classifi-
cations ont été développées afin de catégoriser ces actifs, émanant tantôt des autorités de régulation, tantôt
d’initiatives sectorielles. Parmi ces dernières, le cadre élaboré par la Glasgow Financial Alliance for Net Zero
(GFANZ), reconnu par de nombreuses institutions financières, propose une catégorisation des actifs en quatre
typologies :
Verts : Ces actifs, déjà alignés sur des trajectoires bas-carbone, nécessitent un soutien continu pour
garantir leur pérennité.
Net Zéro : Actifs ciblant la neutralité carbone, intégrant des initiatives pour réduire les émissions à long
terme.
En transition : Ces actifs, bien qu’initialement incompatibles avec les objectifs climatiques, présentent un
potentiel d’alignement grâce à des investissements dans des technologies ou des stratégies bas-carbone.
Incompatibles : Ces actifs, tels que les projets liés aux énergies fossiles, sont souvent exclus des porte-
feuilles des institutions engagées dans la transition.
Ces classifications permettent aux institutions financières de prioriser leurs engagements et d’adapter leurs
stratégies en fonction du profil de risque et du potentiel climatique de chaque actif. Par exemple, en Tunisie,
les projets énergétiques solaires ou éoliens pourraient être soutenus comme des actifs "en transition" pour
réduire la dépendance énergétique nationale tout en contribuant à la transition bas- carbone.

6 L’International Development Finance Club (IDFC) est une association de banques de développement partageant les mêmes idées.

6
1.6. Principaux cadres et initiatives
Les principaux cadres internationaux offrent des outils et des méthodologies pratiques pour accompagner les
institutions financières dans la mise en œuvre de stratégies de décarbonation.
La Net-Zero Owner Alliance (NZAOA) regroupe des investisseurs institutionnels qui se sont engagés à
aligner leurs portefeuilles sur des trajectoires de neutralité carbone d'ici 2050. Cette initiative fournit des
méthodologies détaillées pour mesurer et réduire les émissions financées. Elle propose des outils pour
définir des objectifs de décarbonation pour les propriétaires d'actifs, notamment des principes directeurs
pour intégrer les risques climatiques dans les décisions d'investissement. Les institutions financières tuni-
siennes peuvent utiliser ces outils pour évaluer la performance environnementale de leurs portefeuilles,
en particulier pour les actifs à long terme.7
La Net Zero Banking Alliance (NZBA) est une initiative spécifique aux banques, visant à les aider à
atteindre la neutralité carbone dans leurs portefeuilles d'ici 2050. Ce cadre fournit des objectifs de réduc-
tion des émissions de financement, des outils pour mesurer l'impact environnemental des prêts et des
investissements, et des méthodes pour intégrer les risques climatiques dans les décisions bancaires. Les
banques tunisiennes peuvent adapter cette méthodologie pour définir des engagements en matière de
financement vert et réduire leur exposition aux actifs carbonés.
La Science-Based Targets initiative – Finance (SBTi FINZ) aide les institutions financières à établir des
objectifs climatiques basés sur des données scientifiques, alignés sur les dernières recommandations
du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). Les institutions financières
peuvent utiliser ce cadre pour fixer des objectifs spécifiques de réduction des émissions financées, en
s'assurant que leurs portefeuilles sont en ligne avec les objectifs de l'Accord de Paris. En Tunisie, cette
initiative pourrait être utilisée pour structurer des stratégies financières basées sur des données scienti-
fiques, notamment en tenant compte des secteurs à fort potentiel de décarbonation comme les énergies
renouvelables.
L’Institutional Investors Group on Climate Change (IIGCC) fournit notamment des lignes directrices sur
la manière d'intégrer les risques climatiques dans les stratégies d'investissement des institutions finan-
cières. Il propose des principes pour aider les investisseurs à comprendre l'impact des risques physiques
et de transition, à définir des engagements de décarbonation, et à prendre des décisions d'investissement
éclairées. En Tunisie, ce cadre pourrait guider les institutions financières dans l'évaluation des risques liés
au changement climatique et dans la mise en œuvre de pratiques d'investissement responsables, en par-
ticulier dans des secteurs clés comme l'énergie et les infrastructures.

Tableau comparatif des différents cadres présentés8 :

Critères NZAOA NZBA SBTi FINZ IIGCC


Toutes institutions Investisseurs institution-
Public cible Investisseurs institutionnels Banques
financières nels
Aligner les portefeuilles sur Fixer des objectifs ba-
une trajectoire de neutralité Réduction des émissions sés sur des données Intégration des risques
Objectif
carbone des portefeuilles de finance- climatiques dans les straté-
principal scientifiques (accords
ment d’ici 2050 gies d’investissement
d’ici 2050 de Paris)
Méthodes pour mesurer
Méthodologies pour mesurer l’impact environnemental
et réduire les émissions finan- Cadres spécifiques Principes pour
Outils des prêts et investissements
cées ; principes pour définir ; outils d’intégration des alignés sur les recom- l’évaluation des risques
fournis des objectifs de décarbona- mandations du GIEC
risques physiques et de transition
tion
climatiques
Approche Opérationnelle, axée sur les
Orientée sur la gestion d’actifs Scientifique, stricte et Qualitative, axée sur les
méthodolo-
à long terme portefeuilles de financement quantitative risques climatiques
gique

7 Net-Zero Asset Owner Alliance sets the pace on climate ambition, action and transparency in latest Progress Report, 2024, UNEP
8 UN-Convened Net-Zero Asset Owner Alliance, Net-Zero Asset Owner Alliance demonstrates tangible climate action in the latest Progress Report (2023), Net-Zero Asset
Owner Alliance’s Target-Setting Protocol Fourth Edition affirms 1.5ºC ambition for 2030 portfolios ahead of real economy progress (2024), Net-Zero Asset Owner Alliance
(2020)

7
Guide sur la décarbonation
Groupement ILB - Alcor

Tous secteurs, avec


Secteurs à fort impact cli-
Secteurs Actifs institutionnels à long Financements bancaires flexibilité pour les
matique (énergie, infrastruc-
ciblés terme (prêts, crédits) portefeuilles diver-
tures, etc.)
sifiés
Alignement Alignement strict Adaptation large, sans
Trajectoires basées sur l’ac- Trajectoires basées sur
avec les
cord de l’accord de avec les objectifs cadre chiffré obliga-
accords
climatiques Paris Paris du GIEC toire

Réduction de l’exposition
Évaluation environnementale Structuration de stra-
bancaire aux actifs à haute Identification des risques
Utilité pour des investissements à long tégies financières
intensité carbone et dévelop- climatiques et application
la Tunisie terme, notamment dans les pement du durables pour les éner- de pratiques responsables
infrastructures gies renouvelables
financement vert

Approche à long terme Méthodes adaptées aux Guide global pour


Objectifs quanti-
Avantages adaptée aux investisseurs banques, avec un évaluer et intégrer les
fiables et alignés
spécifiques ; institutionnels accent sur les prêts risques
scientifiquement
outils détaillés et crédits climatiques

Rigueur
Moins axé sur les
Complexité d’adaptation scientifique qui peut
Limites ou Moins adapté aux inves- résultats chiffrés,
pour les acteurs non institu- nécessiter des res-
défis tisseurs institutionnels approche
tionnels sources
qualitative
importantes

8
2. Emissions non-financées
2.1. Comptabilité carbone
Les principales approches de comptabilité carbone – Bilan Carbone, GHG Protocol, et ISO 14064 – sont diffé-
rentes en termes d'origine, d'objectif, de méthodologie et d'applicabilité.
Le Bilan Carbone, développé en France par l'ADEME, est une méthode spécifique et détaillée qui couvre
les émissions des Scopes 1, 2, et 3. Son approche exhaustive inclut une large collecte de données (déplace-
ments, énergie, déchets, etc.) et est particulièrement adapté au contexte français, bien qu'elle puisse être
utilisée ailleurs. Cependant, elle n'est pas normative et n'est pas conçue pour des vérifications externes
systématiques.
Le GHG Protocol, quant à lui, est une initiative internationale élaborée par le World Resources Institute
(WRI) et le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD). Il offre un cadre standardisé,
flexible et largement adopté dans le monde, permettant aux entreprises et organisations de mesurer et
de gérer leurs émissions de gaz à effet de serre. Reconnu mondialement, il fournit des outils et des guides
spécifiques pour divers secteurs, mais peut paraître complexe pour les entreprises qui débutent.
Enfin, la norme ISO 14064 propose une approche normative, axée sur la quantification, la vérification et
la certification des émissions de GES. Conçue sous l'égide de l'Organisation internationale de normalisa-
tion (ISO), elle est auditable et s'appuie sur des principes de transparence et d'exactitude. Contrairement
au Bilan Carbone et au GHG Protocol, elle est particulièrement utilisée par les organisations recherchant
une certification officielle.
Ainsi, le choix entre ces approches dépend des besoins de l'organisation : conformité réglementaire, stratégie
interne, certification, ou encore réponse à des exigences internationales ou sectorielles.

Points communs entre le Bilan Carbone, le GHG Protocol, et la norme ISO 14064 :
1 Objectif principal : Les trois approches visent à mesurer les émissions de gaz à effet de serre (GES)
d'une organisation, d'un produit ou d'un projet afin de faciliter leur gestion et leur réduction. Elles
participent toutes à l’effort global de lutte contre le changement climatique.
2 Scope des émissions : Elles incluent les Scopes 1 (émissions directes), 2 (émissions indirectes liées
à l'énergie), et 3 (autres émissions indirectes tout au long de la chaîne de valeur). Bien que l'approche
de Scope 3 varie en détail, les trois donnent son importance pour une analyse complète.
3 Méthodologie basée sur des facteurs d'émission : Ces approches s'appuient sur des facteurs
d'émission, qui sont des coefficients permettant de convertir des données d'activité (comme la
consommation énergétique ou les kilomètres parcourus) en émissions de GES.
4 Compatibilité avec les cadres internationaux : Bien que développés différemment, les trois ap-
proches sont complémentaires et compatibles avec des initiatives internationales comme le Proto-
cole de Kyoto, l'Accord de Paris.

2.2. Méthodologie de Calcul du Bilan Carbone/GHG Protocol / ISO 14064


Le calcul est basé sur la formule suivante :

Émissions de GES = Données d'activités x Facteur d'émission


Données d’activités : Quantités mesurables liées aux activités génératrices d’émissions, comme la
consommation d’énergie ou les déplacements.

9
Guide sur la décarbonation
Groupement ILB - Alcor

Facteur d’émission : Valeur indiquant la quantité de GES émise par unité d’activité, souvent exprimée en kg
CO₂/kWh pour l’électricité ou en kg CO₂/litre pour le carburant.

Exemple :
1) Électricité : Une entreprise utilise 100 MWh d’électricité avec un facteur d’émission de 0,4 kg
CO₂/kWh. Les émissions calculées seront : 100,000 kWh x 0,4 kg CO₂/kWh = 40 tonnes de CO₂.
2) Carburant : Pour 500 litres de carburant avec un facteur d'émission de 2,5 kg CO₂/litre, les émissions
seront : 500 litres x 2,5 kg CO₂/litre = 1,250 kg CO₂.

L’empreinte carbone produit ISO 14067 :


L'empreinte carbone d'un produit, également appelée empreinte carbone produit, désigne la quantité
totale de GES émise tout au long du cycle de vie d'un produit. Cela inclut les émissions directes et indi-
rectes associées aux différentes étapes, depuis l'extraction des matières premières jusqu'à la fin de vie du
produit.

Étapes typiques de l'empreinte carbone produit :

Extraction et production des matières premières : émissions liées à l’extraction,


au transport et à la transformation des matières nécessaires à la fabrication.

Fabrication : énergie et ressources utilisées dans les processus industriels pour produire le
bien.

Transport et distribution : émissions associées au transport entre les sites de production,


les entrepôts et les lieux de vente.

Utilisation par le consommateur : consommation énergétique ou émissions générées


lors de l’utilisation du produit.

Fin de vie : traitement des déchets (recyclage, incinération, enfouissement, etc.).

Méthode de calcul :
L'empreinte carbone d'un produit est généralement calculée à l'aide de la méthode Analyse du Cycle de Vie
(ACV), conforme aux normes ISO 14040 et ISO 14044.
Cette méthode implique :

des données d’activité : quantification des ressources et des énergies utilisées à


chaque Collecte étape.
Application de facteurs d’émission : conversion des données en équivalents CO₂ (CO₂e)
grâce à des bases de données spécifiques.
Synthèse et interprétation : identification des étapes à fort impact pour prioriser les actions
de réduction.

Cette approche est standardisée dans la norme ISO 14067, qui précise les exigences pour le calcul et la com-
munication de l'empreinte carbone du produit.

10
Exemple d'empreinte carbone produit : Une bouteille d'eau en plastique de 1 litre
L'empreinte carbone de cette bouteille est le résultat des émissions générées tout au long de son cycle
de vie. Voici un exemple basé sur des étapes typiques :
1. Extraction et production des matières premières :
Extraction et raffinage du pétrole pour produire du plastique (polyéthylène téréphtalate, PET).
Émissions estimées : 1,6 kg CO₂e pour chaque kilogramme de produit PET.
2. Fabrication :
Transformation du PET en bouteilles (chauffage, moulage, refroidissement).
Émissions estimées : 0,2 kg CO₂e par bouteille, en fonction de l'énergie utilisée.
3. Transport et distribution :
Acheminement des bouteilles vides vers les usines d'embouteillage, puis des bouteilles pleines vers les
points de vente.
Émissions estimées : 0,1 kg CO₂e par bouteille pour un trajet moyen.
4. Utilisation par le consommateur :
Si l'eau n'est pas consommée localement, d'autres transports ou réfrigérations peuvent augmenter l'em-
preinte carbone.
Émissions estimées : négligeables si consommée directement.
5. Fin de vie :
Enfouissement, incinération ou recyclage de la bouteille. Les impacts varient selon le scénario :
Recyclage : réduit les émissions globales, avec une valeur nette de 0,02 kg CO₂e.
Incinération ou enfouissement : peut ajouter jusqu'à 0,05 kg de CO₂e par bouteille.

Calcul total de l'empreinte carbone :


Pour une bouteille de 1 litre, l'empreinte carbone moyenne serait d'environ 0,3 à 0,5 kg CO₂e, en fonction des
conditions de production, de transport et de gestion des déchets.

2.3. Les périmètres


Pour établir un bilan carbone/GHG Protocol/ ISO 14064, il est essentiel de définir clairement les différents
périmètres à prendre en compte. Ces périmètres permettent de cadrer l'analyse, de garantir sa cohérence et
de refléter de manière pertinente les activités de l'organisation.

2.3.1 Le périmètre organisationnel


Le périmètre organisationnel correspond à l'ensemble des sites, installations et activités de l'organisation qui
doivent être pris en compte dans le bilan carbone. Il ne se limite pas à la structure juridique de l'organisation,
mais vise à refléter l'ensemble des activités sur lesquelles celle-ci exerce une influence.
Selon la norme ISO 14064-1, le périmètre organisationnel peut être défini selon deux approches :·
Part du capital :
Les émissions des biens ou activités sont prises en compte proportionnellement à la participation finan-
cière de l'organisation dans les entités concernées. Par exemple, si une organisation détient 30 % d'une
filiale, elle comptabilise 30 % des émissions de cette dernière.
Contrôle :
Contrôle financier : Les émissions des installations sur lesquelles l'organisation à un contrôle financier
majoritaire (part de capital > 50 %) sont intégralement enregistrées.

11
Guide sur la décarbonation
Groupement ILB - Alcor

Exemple :
Une entreprise A possède un bâtiment, mais en a cédé une partie à une association B tout en conser-
vant la propriété et le contrôle financier du bâtiment.
Pour l'entreprise A :
Si elle choisit le contrôle financier, les émissions du local utilisées par l'association B restent dans
son périmètre en tant qu'émissions directes (Scope 1) , car elle conserve un contrôle financier sur
le bâtiment.
Pour l'association B :
Si l'association souhaite réaliser son propre bilan carbone et opte pour le contrôle financier, elle
considère les émissions du local cédé comme des émissions indirectes (Scope 3), car elle ne possède
aucun contrôle financier sur ce local.

Contrôle opérationnel : Les émissions des installations directement exploitées par l'organisation sont
prises en compte, quel que soit le contrôle financier.
Exemple :
Reprenons le cas de l’entreprise A et de l’association B.
Pour l’entreprise A :
Si elle choisit le contrôle opérationnel, elle attribue les émissions du local cédé à l’association B
comme des émissions indirectes (Scope 3), car elle ne l’exploite pas directement, même si elle en
reste propriétaire.
Pour l’association B :
Si l’association choisit le contrôle opérationnel, elle comptabilise les émissions du local en tant
qu’émissions directes (Scope 1), car elle exploite ce local, même si elle n’en est pas propriétaire.

Le choix de l’approche dépend des objectifs de l’organisation et de ses responsabilités vis-à-vis des émissions
de GES

2.3.2 Le périmètre opérationnel


Le périmètre opérationnel déterminant les émissions de gaz à effet de serre qui seront incluses dans le bilan carbone en
fonction de leur origine. Il repose sur la catégorisation des émissions en Scopes :

Scope 2 : Scope 3 :
Scope 1 : Autres émissions indirectes
Émissions indirectes liées à
Émissions directes provenant générées par la chaîne de
l’énergie, notamment celles
des sources appartenant ou valeur de l'organisation,
issues de la production de
contrôlées par l'organisation incluant les émissions
l’électricité, de la vapeur ou de
(ex : combustion de carburant amont (ex : fabrication des
la chaleur achetée et consom-
dans des véhicules ou des matières premières) et aval
mée par l’organisation.
chaudières). (ex : utilisation et fin de vie
des produits).

Le périmètre opérationnel doit être défini en fonction des enjeux de l’organisation, des attentes des parties
impliquées et de la pertinence des émissions indirectes dans son secteur d’activité. Une prise en compte
exhaustive des Scopes garantit une vision complète de l’impact carbone.
2.3.3 Le périmètre temporel
Le périmètre temporel correspond à la période couverte par le bilan carbone. Traditionnellement, cette
période est d’un an, ce qui permet de refléter l’activité globale de l’organisation sur une base annuelle cohé-
rente avec les cycles comptables et stratégiques.
Cependant, il est également possible de définir un périmètre temporel spécifique pour des besoins particu-
liers, tels que :
12
• Un événement ponctuel : Analyse des émissions générées lors d’un événement spécifique (ex : organisa-
tion d’une conférence).
• Un projet : Évaluation des émissions sur toute la durée de vie d’un projet, depuis sa conception jusqu’à sa
fin de vie (ex : construction d’un bâtiment).

2.4. Calcul des émissions des GES


2.4.1 Scope 1 : Émissions directes
Les émissions directes (Scope 1) sont celles qui proviennent directement des installations fixes ou mobiles
qui sont sous le contrôle de l'organisation. Ce sont des émissions générées par des sources dont l'organisation
a la propriété ou le contrôle, y compris la combustion de carburants, les procédés industriels, les fuites de
gaz à effet de serre, et d'autres sources directes. Le Scope 1 est divisé en cinq sous-catégories principales, qui
renvoient les diverses sources d'émissions :
1. Sources fixes de combustion
Cela inclut les émissions provenant de la combustion d'énergie dans des installations fixes (comme des
chaudières, des fours ou des générateurs) pour produire de la chaleur, de l'électricité, ou pour des procé-
dés industriels. Par exemple, une usine qui brûle du gaznaturel pour produire de la chaleur ou de la vapeur
génère des émissions de CO₂ qui sont enregistrées dans cette catégorie.
2. Sources mobiles à moteu thermique
Les émissions provenant de véhicules ou d'autres équipements mobiles qui utilisent des moteurs ther-
miques pour fonctionner (par exemple, des camions de livraison, des engins de chantier ou des véhicules
d'entreprise). Ces émissions proviennent principalement de la combustion de carburants fossiles dans les
moteurs.
3. Procédés hors énergie
Ce sont des émissions générées par des procédés industriels, mais qui ne sont pas directement liés à la
combustion d'énergie. Cela inclut des procédés chimiques comme la production de ciment ou de produits
chimiques, où des émissions de gaz à effet de serre (par exemple, des oxydes d'azote ou du méthane)
peuvent être générées lors de la transformation des matières premières.
4. Émissions directes fugitives
Ce sont des émissions qui s'échappent de manière non contrôlée, souvent sous forme de fuites de gaz à ef-
fet de serre, comme les fuites de réfrigérants dans des systèmes de climatisation ou les fuites de méthane
dans les installations de production ou de stockage d'hydrocarbures.
5. Problèmes d'émissions de la biomasse (sols et forêts)
Cela concerne les émissions générées par l'utilisation ou la gestion de la biomasse (par exemple, la com-
bustion de matières organiques pour produire de l'énergie, ou les émissions de gaz à effet de serre cotisa-
tions à la gestion des sols agricoles ou forestiers).
2.4.2 Scope 2 : Émissions indirectes liées à l'énergie
Les émissions indirectes liées à l'énergie (Scope 2) sont celles associées à la production d'énergie, comme
l'électricité, la vapeur ou la chaleur, utilisée par l'entreprise dans ses activités. Ces émissions ne proviennent
pas directement des installations de l'entreprise, mais elles sont liées à la consommation d'énergie fournie
par des sources externes. Elles sont également divisées en deux sous- catégories principales :
1. Émissions indirectes liées à la consommation d'électricité
Il s'agit des émissions résultant de la production d'électricité utilisée par l'entreprise. Par exemple, l'élec-
tricité fournie par un réseau public peut être produite par des centrales à charbon, à gaz ou nucléaires,
générant des émissions de CO₂, de méthane et d'autres gaz à effet de serre.
2. Émissions indirectes liées à la consommation de vapeur, chaleur ou froid
Ces émissions sont générées par la production et l'approvisionnement en vapeur, chaleur ou froid utilisées
dans les installations de l'entreprise. Cela concerne, par exemple, les chaudières à vapeur utilisées dans les
industries ou les systèmes de refroidissement utilisés dans les bâtiments.
13
Guide sur la décarbonation
Groupement ILB - Alcor

2.4.3 Scope 3 : Autres émissions indirectes


Le Scope 3 englobe toutes les autres émissions indirectes qui ne sont pas incluses dans les Scope 1 ou 2, mais
qui sont une conséquence des activités de l'entreprise. Cela inclut une large gamme de sources amont et aval
liées aux produits, aux services, aux déplacements, et à la gestion des déchets, parmi d'autres. Le Scope 3 est
souvent la plus grande source d'émissions pour les entreprises, car il inclut des activités en dehors de leur
contrôle direct. Le Corporate Value Chain (Scope 3) Accounting and Reporting Standard du GHG Protocol9 ,
comprend 15 sous-catégories principales :

1) Biens et Services Achetés


Émissions liées à la production des biens et services achetés par l’organisation (matières premières,
biens intermédiaires, services externalisés, etc.).
2) Biens d'Équipement
Émissions issues de la production des immobilisations (bâtiments, machines, équipements utilisés
par l’organisation).
3) Activités liées au Combustible et à l'Énergie (non incluses dans les Scopes 1 ou 2)
Émissions associées à l’extraction, la production et le transport des combustibles et de l’énergie consom-
més par l’organisation.
4) Transport et Distribution Amont
Émissions provenant du transport et de la distribution des biens achetés ou des services externalisés,
avant qu’ils n’atteignent l’organisation.
5) Déchets générés par les Opérations
Émissions provenant du traitement et de l'élimination des déchets générés par les activités de l'organisa-
tion.
6) Déplacements Professionnels
Émissions issues des déplacements des employés pour des raisons professionnelles (vols, locations de
voitures, etc.).
7) Déplacement domicile-travail
Émissions liées aux déplacements quotidiens des employés entre leur domicile et leur lieu de travail.
8) Actifs Loués en Amont
Émissions associées aux actifs loués par l'organisation qui ne sont pas déjà incluses dans les Scopes 1 ou 2.
9) Transport et Distribution Aval
Émissions issues du transport et de la distribution des produits vendus par l'organisation, jusqu'à l'utilisa-
teur final.
10) Traitement des Produits Vendus
Émissions provenant du traitement des produits intermédiaires vendus par l'organisation à d'autres en-
treprises.
11) Utilisation des Produits Vendus
Émissions liées à l’utilisation des produits vendus par l'organisation à ses clients.
12) Fin de Vie des Produits Vendus
Émissions générées par le traitement des produits vendus en fin de vie (recyclage, incinération, mise en
décharge, etc.).
13) Actifs Loués en Aval
Émissions associées aux actifs loués par l'organisation à des tiers.
14) Franchises
Émissions issues des opérations des franchises de l'organisation.
9 Corporate-Value-Chain-Accounting-Reporing-Standard_041613_2.pdf

14
15) Investissements
Émissions associées aux investissements financiers (projets financés, participations, prêts).

Scope Poste Exemple de calcul Formule Émissions (kg CO₂)

Sources fixes de Consommation de 50 000 m³ de gaz naturel,


Scope 1 50000 m³×1,96 kg CO₂ /m³ 98 000 kg de CO₂
combustion facteur d'émission de 1,96 kg CO₂/m³.

Sources mobiles à Consommation de 10 000 litres de diesel, facteur


Scope 1 10000 litres×2,68 kg CO₂/litre 26 800 kg de CO₂
moteur thermique d'émission de 2,68 kg CO₂/litre.

Procédés hors Production de 100 000 tonnes de ciment, 100000 tonnes×700 kg CO₂/
Scope 1 70 000 000 kg de CO₂
énergie facteur d'émission de 700 kg CO₂/tonne. tonne

Les émissions 50 kg de réfrigérant R-134a libérés, facteur de réchauf- 71 500 kg d'équivalent


Scope 1 50 kg×1430 kg CO₂/kg
fugitives fement global de 1430 kg CO₂/kg de réfrigérant. CO₂

Problèmes
Utilisation de 100 000 kg de bois comme biomasse,
Scope 1 d'émissions de la 100000 kg×0,95 kg CO₂/kg 95 000 kg de CO₂
facteur d'émission de 0,95 kg CO₂/kg de biomasse.
biomasse

Consommation Consommation de 500 000 kWh d'électricité, 500000 kWh×0,45 kg CO₂/


Scope 2 225 000 kg de CO₂
d'électricité facteur d'émission de 0,45 kg CO₂/kWh. kWh

Consommation
Consommation de 200 000 kg de vapeur, facteur
Scope 2 de vapeur, chaleur 200000 kg×0,6 kg CO₂/kg 120 000 kg de CO₂
d'émission de 0,6 kg CO₂/kg de vapeur.
ou froid

Achats de pro- Achats de biens pour 100 000 DT, facteur


Scope 3 100000 DT×1,2 kg CO₂/DT 120 000 kg de CO₂
duits et services d'émission moyen de 1,2 kg CO₂/DT.

Transport des
Transport de 20 tonnes de matières premières sur 500 km×20 tonnes×0,1 kg
Scope 3 marchandises 1 000 kg de CO₂
500 km, facteur d'émission de 0,1 kg CO₂/km/tonne. CO₂/km/tonne
montant

Tableau récapitulatif : exemples de calculs pour chaque poste des scopes 1, 2 et 3

15
Guide sur la décarbonation
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3. Émissions financées :
Quels outils et méthodologies pour
calculer ses émissions de financements,
d’investissements et d’intermédiation ?
3.1. Les émissions financées et la décarbonation
La décarbonation regroupe les mesures visant à diminuer les émissions de gaz à effet de serre (GES) liées à
une activité. Pour les institutions financières (IFs), cela implique d’aligner leurs activités ainsi que leurs poli-
tiques de financement, d’investissement et d’assurance sur des trajectoires compatibles avec une économie
bas-carbone.
Une institution financière doit mettre en place différents outils pour aider à sa décarbonation effective.
Parmi les outils existants, nous retrouvons :
La fixation d’objectif (ou Target setting) : Processus par lequel les IFs définissent des objectifs mesu-
rables et spécifiques pour réduire leurs émissions directes et financées, alignés sur des frameworks.
Evaluation des risques : Processus visant à mesurer les risques associés au changement climatique
ainsi que les risques associés à la transition de l’économie vers un monde bas- carbone.
Stratégie au niveau des IFs : Nécessite la définition d’objectifs spécifiques et temporels, soutenus par
des plans solides, intégrés dans les processus opérationnels, et accompagnés d’un suivi rigoureux des
progrès réalisés.
Stratégie d’investissement : Mise en place de stratégie de réorientation des investissements vers des
activités considérées comme durables ou en transition tout en réduisant l’exposition aux activités pol-
luantes.
Plan de transition : Un aspect de la stratégie globale de l’IF définissant ses objectifs et actions
pour sa transition vers une économie durable.

La mesure des émissions des portefeuilles représente un point d’entrée clé pour la décarbonation des IFs.
Le choix des outils ou la combinaison des outils mentionnés ci-dessus va différer selon l’objectif fixé par
l’institution.
En l’état, l’évaluation des émissions est une mesure largement utilisée au niveau des entreprises, elle est
simple et générale, et peut être interprétée comme une mesure de contribution potentielle des activités
financières des IFs sur le climat.
? Qu’est-ce que l’empreinte carbone d’un portefeuille
L’empreinte carbone correspond à l'évaluation, des émissions de GES financées par les prêts et inves-
tissements figurant dans le portefeuille d'une institution financière, à un moment donné, en cohérence
avec les périodes comptables financières.

L’évaluation des émissions carbone des portefeuilles est la première étape qui permet notamment de :
1) Etablir une baseline10 pour l’analyse de scénarios
2) Etablir une baseline pour le target setting
Sans une mesure claire d'une baseline, les IFs ne disposent pas des informations nécessaires pour évaluer
10 Baseline : désigne un point de référence utilisé pour comparer les évolutions futures, des émissions de GES par exemple
de l’entreprise. Cette ligne de base correspond généralement à une année t.

16
les scénarios et définir leurs objectifs climatiques, ni pour suivre leurs progrès dans l'alignement avec l'Ac-
cord de Paris. Une approche robuste, transparente et harmonisée de la mesuredes émissions financées per-
met aux institutions financières de prendre des décisions éclairées concernant la définition du target setting,
le développement de stratégies et les actions requises pour décarboner l'économie.
Pour évaluer les émissions des institutions financières, diverses normes ont été mises en place par des stan-
dard setters. La norme ISO se réfère au GHG Protocol, tout comme le Bilan Carbone de l'ADEME en France.
Globalement, ces approches partagent la même philosophie, avec quelques différences pratiques.

Le GHG Protocol fournit des cadres pour que les entreprises, les gouvernements, et les organi-
sations puissent quantifier, comprendre, et réduire leurs émissions de GES. Il catégorise les émis-
sions liées aux investissements dans son Scope 3 au sein de la catégorie 15.

Cette catégorie est principalement destinée aux IFs privées, comme les banques commerciales,
mais elle s'applique également aux IFs publiques, comme les banques multilatérales de dé-
veloppement, ainsi qu'à d'autres entités détenant des investissements non inclus dans les
.Scopes 1 et 2
Le GHG Protocol permet de comptabiliser les émissions sur tout le cycle de vie des produits via
le GHG Protocol Product Life Cycle Standard. Il ne représente pas un programme de reporting et
ne collecte pas d'inventaires d'émissions. Il sert plutôt de base et est compatible avec la plupart
des programmes de réduction des émissions.

Le GHG Protocol est à l'origine de la classification des gaz à effet de serre en trois catégories : scope 1, scope
2 et scope 3.

Figure 1 – Les différents scopes d’émissions, Source PCAF

17
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PCAF (Partnership for Carbon Accounting Financials) est une initiative visant à aider les institutions
financières à mesurer et publier leurs émissions financées. Elle développe des méthodologies spéci-
fiques pour différentes classes d'actifs (prêts, actions, obligations). L'objectif est de permettre une comp-
tabilité précise des émissions liées aux investissements des IFs.
Les cadres volontaires et obligatoires de reporting accélèrent la mise en place de données climatiques et car-
bones au sein des entreprises et des institutions financières. Deux types de cadre existent et influencent les
données reportées par les institutions financières :
Note : Des cadres comme la TCFD influencent directement certaines réglementations,
comme la CSRD.
Les cadres volontaires de reporting : Les initiatives telles que le Carbon Disclosure Project (CDP), le GHG
Protocol, la TCFD (Task Force on Climate-related Financial Disclosures), ou encore PCAF encouragent les
organisations à mesurer leurs impacts climatiques, à fixer des objectifs basés sur la science et à répondre
aux attentes des investisseurs et des parties prenantes en matière de transparence environnementale.
Permettent aux organisations de prendre l’initiative de divulguer leurs impacts
environnementaux selon leurs priorités et capacités.
Contribuent à une meilleure comparabilité des informations fournies par les institutions financières.
Les cadres obligatoires de reporting : Avec la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive), l’UE
impose un reporting détaillé sur la durabilité couvrant les dimensions ESG. Cette réglementation exige la
publication des émissions de GES (Scope 3 compris). Elle s'aligne partiellement sur des cadres comme le
GHG Protocol et SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation) de l’UE11 .
Les différences dans les objectifs et la portée des cadres influencent les types et la granularité des don-
nées collectées et reportées :
Les normes volontaires, telles que celles du GHG Protocol couvrent les émissions indirectes comme
celles des investissements financiers.
Les réglementations privilégient les émissions vérifiées, couvrant les scopes 1, 2 et parfois 3.

Figure 2 – Les émissions du véhicule d’un particulier sous le prisme de différents acteurs économiques dont le
financeur

3.2. Cas d’usage des émissions financées


Présentation des usages possibles et limites
Les institutions financières utilisent le calcul des émissions financées pour des objectifs variés, tels que la ges-
tion des risques climatiques, la définition de stratégies de transition ou la communication auprès des parties

11 La CSRD cible les grandes entreprises et impose une double matérialité. La SFDR impose aux IFs de publier des informations sur la durabilité de leurs produits et la gestion
des risques ES

18
prenantes. Des rapports comme Carbon Compass12 permettent d’évaluer ces émissions, mais ils présentent
des limites, notamment dans les contextes où les données sont insuffisantes ou difficiles à adapter aux spé-
cificités locales.
Cas d’usage spécifiques (non-exhaustif)
Le calcul des émissions financées peut être utilisé dans divers contextes tel qu’introduit en section précé-
dente. Le cas d’usage reste un facteur déterminant pour la suite de l’analyse. Comme le rappelle le Carbon
Compass, la mesure de la « climate-friendliness » et du « risque climatique » sont deux objectifs séparés pour
lesquels différentes métriques peuvent être plus approprié :
Fixation d’objectifs : Identifier les secteurs prioritaires pour la réduction des émissions.
Financement pour la transition : Orienter les flux financiers vers des projets à faible intensité carbone.
Accompagnement des institutions : Soutenir les entreprises dans leur transition via des analyses ap-
profondies.
Comparaison des options d’investissement : Identifier les projets alignés sur les objectifs climatiques.

Influence des cas d’usage sur les choix méthodologiques


Les cas d’usage influencent directement les choix méthodologiques. Par exemple, une institution

cherchant à se conformer aux exigences réglementaires européennes privilégiera une approche rigoureuse et
normalisée, tandis qu'une institution locale pourrait adopter une méthode simplifiée et adaptée au contexte
national.
3.3. Processus de quantification des émissions financées
Établir le périmètre
Pour définir le portefeuille le plus matériel pour l’entité, et pour respecter les demandes règlementaires
ou de parties prenantes, plusieurs facteurs peuvent être considérés, dont : les actifs sous gestion de l’en-
tité, les secteurs « matériels » et les géographies « matérielles ».

Figure 3 – Niveaux de consolidation possibles pour le portefeuille d’une institution financière (IF)

Collecte et gestion des données


La collecte des données est un défi majeur. Les données peuvent être :
Reportées : Communiquées par les entreprises financées.
Estimées : Basées sur des facteurs d’émission standards.
Les sources incluent les rapports annuels, les bases de données internationales (CDP) et locales (comme
l’ADEME en France). Pour le contexte tunisien, il est essentiel d’adapter ces estimations et d’évaluer la faisa-
bilité des calculs en interne ou avec l’aide de fournisseurs spécialisés.

3.4. Types de métriques des émissions


12 Investor guide to carbon footprinting, Kepler Cheuvreux, 2015.

19
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Les principales métriques utilisées incluent :


Émissions absolues : Mesurent l’impact total des émissions GES d’un portefeuille pour établir une base
d’action climatique. Par exemple : Tonnes de CO2 par an. Cette métrique est utile pour estimer l'impact
total des émissions, mais elle est difficile à utiliser pour comparer l'efficacité entre différentes entités ou
secteurs.

Intensités économiques des émissions : Évalue les émissions par unité monétaire investie pour com-
parer les portefeuilles. Par exemple : Tonnes de CO2 par M$ investis. Elle permet de comparer les porte-
feuilles indépendamment de leur taille, mais son calcul est complexe et nécessite des données liées à la
valorisation des actifs en portefeuille, comme leur capitalisation boursière.

Intensité physique des émissions : Evalue les émissions par unité physique de production. Par exemple:
Tonnes de CO2 par unité de produit (kg, l, km, etc.). Cette métrique permet d’évaluer efficacement l'im-
pact réel des actifs du portefeuille et de faciliter les comparaisons au sein du secteur économique associé,
bien que son application puisse s’avérer complexe.

Les méthodologies actuelles présentent des limites importantes, notamment en ce qui concerne le
double comptage et l’attribution des responsabilités entre les différentes parties prenantes13 .

Le double comptage, voire multiple comptage, fait référence aux cas où la même tonne de carbone
est comptabilisée plusieurs fois au sein d’un portefeuille. Il s’agit d’une question pertinente lorsque
les informations communiquées par les entreprises individuelles sont agrégées au niveau du por-
tefeuille, en particulier lorsque les émissions de Scope 2 et 3 sont incluses. Selon les calculs de l’em-
preinte cross- asset, le double comptage peut atteindre environ 30 à 40 % des émissions du porte-
feuille d’un investisseur institutionnel (Carbon Compass).

13 Hors intensité physique.

20
4. Construction de l’empreinte
d’un portefeuille
4.1. Définir le périmètre de l’étude pour le calcul d’empreinte du portefeuille
Avant d’entamer le calcul de l’empreinte carbone d’une institution financière (IF), il est impératif de définir
précisément le périmètre de l’étude. Cette étape préliminaire constitue une base essentielle pour garantir la
robustesse et la pertinence de l’analyse.
La première étape nécessite d’évaluer le portefeuille le plus matériel pour l’IF ainsi que son
niveau de consolidation attendu.
Cette évaluation doit s’appuyer sur les exigences normatives et réglementaires, ainsi que sur les attentes
des parties prenantes. Plusieurs critères clés doivent être pris en compte pour déterminer le caractère
matériel du portefeuille :
Le poids du portefeuille dans l’institution financière, par exemple le volume des actifs sous gestion
(AuM).
Les secteurs économiques concernés, par exemple en fonction des secteurs les plus émetteurs de GES.
Les zones géographiques couvertes, par exemple en fonction des géographies représentant la
majorité de l’activité de l’IF.
Une fois le portefeuille identifié, il est nécessaire de définir le niveau de consolidation le plus adapté. Ce ni-
veau peut varier d’une approche très spécifique à une vision plus globale, selon les besoins de l’analyse. Parmi
les alternatives possibles (liste non exhaustive), le portefeuille couvert sera associé à :
Une classe d’actifs spécifique associée à un secteur donné
L’ensemble des classes d’actifs rattachées à un même secteur
Un portefeuille consolidé par grandes catégories d’activités (telles que retail, financement,
investissement ou assurance)
Une classe d’actifs unique couvrant plusieurs secteurs
Un portefeuille global, consolidé au niveau de l’ensemble de l’institution financière
La deuxième étape nécessite de définir le périmètre de GES considéré pour le calcul
de l’empreinte carbone.
Il convient tout d’abord de définir la typologie des GES qui seront intégrés dans l’analyse. Deux options
peuvent être envisagées :
· Option 1 : Évaluer uniquement les émissions de CO₂. Cette option est souvent privilégiée
dans un premier temps.
o Avantages :
 Les données relatives au CO₂ sont généralement plus accessibles et
standardisées.
 Ces données tendent à devenir un prérequis dans les rapports des entreprises.
o Inconvénients :
 L’évaluation des seules émissions de CO₂ ne couvre pas l’intégralité des impacts environnementaux
liés aux activités d’une entreprise.
· Option 2 : Évaluer les émissions de CO₂ équivalent (CO₂e). Cette approche inclut généralement les
six GES du Protocole de Kyoto (CO₂, CH₄, N₂O, et les gaz fluorés). Elle est recommandée dans une phase
ultérieure pour une évaluation plus complète.
o Avantages :
 Cette méthode est alignée avec les objectifs climatiques des États et les inventaires nationaux.
21
Guide sur la décarbonation
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 Elle est particulièrement pertinente pour des secteurs à forte intensité de GES autres que le CO₂,
tels que l’agriculture et l’industrie pétrolière et gazière.
o Inconvénients :
 Les données concernant le CO₂e sont souvent moins disponibles et moins standardisées que celles
pour le CO₂ seul.
Il est ensuite nécessaire de déterminer les scopes d’émissions des entreprises en portefeuille à inclure dans
le calcul de l’empreinte carbone. Trois approches sont possibles :
· Option 1 : Évaluer uniquement le Scope 1
Cette option couvre exclusivement les émissions directes, sous contrôle direct des entreprises.
o Avantages :
 Méthode simple à mettre en œuvre, nécessitant des données limitées.
o Inconvénients :
 Fournit une vue partielle des émissions associées au portefeuille, en excluant les émissions indi-
rectes.
· Option 2 : Évaluer les Scopes 1 et 2
Demandée par Partnership for Carbon Accounting Financials (PCAF), cette approche inclut les émissions
directes (Scope 1) et les émissions indirectes liées à l’achat d’énergie (Scope 2) des entreprises.
o Avantages :
 Permet une analyse plus complète des émissions des entreprises en portefeuille.
o Inconvénients :
 Exclut encore les émissions indirectes de la chaîne de valeur (Scope 3).
· Option 3 : Évaluer les Scopes 1, 2 et 3.
Cette option, recommandée par le PCAF, offre une évaluation complète des émissions associées aux entre-
prises, couvrant les émissions directes (Scope 1), les émissions indirectes liées à l’achat d’énergie (Scope 2) et
les émissions indirectes de la chaîne de valeur (Scope 3). Dans ce cadre, PCAF recommande de disclose deux
empreintes : une empreinte Scope 1&2 et une empreinte Scope 3 des entreprises en portefeuille.
o Avantages :
 Fournit une vision globale des impacts environnementaux des entreprises.
 Recommandée pour aligner l’évaluation sur les meilleures pratiques internationales.
o Inconvénients :
 La précision du Scope 3 est limitée par l’incomplétude des données fournies
par les entreprises

Zoom sur les guidelines de PCAF concernant le périmètre des émissions à prendre
en compte dans l’évaluation de l’empreinte carbone
En 2022, PCAF a publié son rapport intitulé Financed Emissions, devenu une référence pour l’évaluation des émis-
sions liées aux activités de financement. Ce rapport propose des lignes directrices sur la manière de calculer les
émissions, tout en définissant précisément les périmètres d’émissions à considérer en fonction des différentes
classes d’actifs.
Exemple : Financement de projets / Infrastructure
La classe d’actifs « financement de projets / infrastructure » englobe tous les prêts ou capitaux propres inscrits au
bilan qui sont destinés à des projets ou activités spécifiques. Pour calculer les émissions, seules les émissions des
activités strictement délimitées et financées sont prises en compte.

Deux méthodes d’analyse peuvent être utilisées pour estimer les émissions
liées aux projets d’infrastructure.

Méthode 1 : Évaluation des émissions annuelles


Cette approche se concentre sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) générées par un projet ou une in-
frastructure sur une base annuelle, principalement les émissions opérationnelles pendant la phase d’exploitation.

22
Simplicité : Cette méthode est relativement facile à calculer et à comprendre, les données néces-
saires étant souvent plus accessibles.
Moins complet : Elle ne prend pas en compte les émissions générées lors des phases de construction,
de maintenance et de démantèlement, ce qui peut sous-estimer l’impact environnemental global.
Moins utile pour les évaluations à long terme : Cette méthode n’est pas idéale pour mesurer
les impacts à long terme ou pour effectuer des comparaisons entre projets.
Méthode 2 : Évaluation des émissions selon l’analyse du cycle de vie (ACV)
L’analyse du cycle de vie prend en compte toutes les émissions de GES générées tout au long du cycle de vie d’un
projet ou d’une infrastructure, de la conception à la démolition.
Complet : Cette méthode fournit une évaluation détaillée et exhaustive des impacts environnementaux sur
l’ensemble du cycle de vie du projet.
Pertinence pour les projets à fortes émissions initiales : Elle est particulièrement utile pour les projets ayant des
émissions importantes lors des premières phases, comme les centrales électriques ou les infrastructures lourdes.
Précision : Elle permet d’identifier les phases les plus émettrices, facilitant ainsi les efforts de réduction des
émissions.
Modélisation incertaine : Cette approche inclut souvent des hypothèses incertaines concernant la durée de vie
ou les émissions futures du projet.
Moins adaptée au suivi annuel : L’ACV ne reflète pas les variations annuelles des émissions,
ce qui peut limiter son efficacité pour un suivi à court terme.

Lors de cette phase de définition du périmètre, il est également primordial de considérer les guidelines
avancées par le GHG Protocol et PCAF pour assurer la robustesse et la pertinence de l’empreinte carbone
du portefeuille.
Parmi ces guidelines, deux éléments se distinguent lors de la définition du périmètre :
1. La reconnaissance des émissions financées : Il est crucial que l’IF comptabilise et déclare l’inté-
gralité des émissions financées, en s’assurant que toute exclusion de ces émissions soit explicite-
ment divulguée et justifiée. Cette approche vise à garantir une transparence totale dans l’identifica-
tion et couverture des émissions générées par les activités financées.
2. La mesure des émissions financées : Les IFs doivent procéder à la mesure et à la déclaration de
leurs émissions financées en suivant le principe du « follow the money », c'est-à-dire en traçant les
flux financiers associés aux émissions. Cela implique nécessairement de quantifier les émissions
absolues associées à ces activités.

Figure 4 – Les guidelines générales du GHG Protocol et de PCAF sur la comptabilité et le reporting carbone

23
Guide sur la décarbonation
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4.2. Trouver la donnée


Avant de conduire la collecte de données pour l’empreinte carbone d’un portefeuille, des questions prélimi-
naires organisationnelles doivent être posées :

Question 1 – Quelle est l’année qui sera couverte par l’exercice ?


Souvent, il existe un décalage entre l'année où les données sont publiées et l'année sur laquelle portent
les calculs d'émissions (par exemple, N-1 ou N-2). Ce décalage peut impacter la pertinence des résultats,
car les données utilisées ne sont pas toujours les plus récentes. Il est crucial de préciser l'année pour la-
quelle l'empreinte carbone sera calculée afin d'évaluer l'impact de ce décalage sur la qualité des résultats.
Question 2 – Quelle est la récurrence à laquelle l’exercice sera conduit ?
S'agit-il d'une initiative ponctuelle ou d'un exercice destiné à être réalisé chaque année ?
Selon le cas, il sera nécessaire de mettre en place un processus de collecte de données automatisable.
Question 3 – Quelle est l’utilité finale de cette empreinte carbone ?
Cette analyse a-t-elle pour objectif de disclose une empreinte carbone aux parties prenantes ? Servi-
ra- t-elle également de base à des analyses complémentaires (identification des segments prioritaires,
construction d’outils internes) ?
Selon le cas, il sera nécessaire de structurer les données de manière à les rendre exploitables pour des outils
internes (par exemple, data visualisation, analyse d’alignement, définition d’objectifs, calcul de scores).

Source : « La quantification des émissions de GES des institutions financières », 2015

Les IFs peuvent s’appuyer sur trois typologies de sources de données externes pour collecter les informa-
tions nécessaires au calcul d’empreinte carbone de leur portefeuille :

24
1) Rapports de durabilité des entreprises
Les rapports de durabilité (ou ESG) des entreprises fournissent des informations détaillées sur leurs émis-
sions GES, la consommation d'énergie, ou encore leurs pratiques environnementales et sociales. Ces rap-
ports sont publics et sont souvent conformes à des cadres comme le GRI (Global Reporting Initiative), la
CSRD, etc.
2) Datasets spécialisés
Les ensembles de données comme GRESB (Global Real Estate Sustainability Benchmark) se concentrent
sur des secteurs spécifiques. Ils fournissent des métriques consolidées et souvent certifiées pour des por-
tefeuilles spécifiques.
3) Prestataires qui agrègent la donnée
Plateformes comme CDP (Carbon Disclosure Project14) ou Bloomberg ESG Data Services regroupent des
données structurées et harmonisées selon des standards, facilitant leur comparaison et leur analyse.
Les IFs peuvent collecter des données externes soit en mobilisant leurs ressources internes, soit en les ac-
quérant auprès de datasets spécialisés. Nous pouvons citer deux façons de recueillir les données externes
nécessaires pour la suite des estimations :
Collecter les données soi-même : A partir de rapports d'entreprises, d'ensembles de données (par
exemple CDP)
Utilisation de datasets externes : En s'appuyant sur des datasets disponibles sur le marché (par
exemple le Global Real Estate Sustainability Benchmark)

Pour ces deux manières, il est important d’identifier et de comprendre les points d’attention à avoir :
Lors de la collecte des données
Lors de l’interprétation des données déclarées

Dans le cadre de la collecte directe et de l’interprétation des données par les IFs, il est possible d’éviter cer-
taines erreurs.
Voici quelques points d’attention spécifiques aux organisations qui collectent leurs propres données sur les
émissions de GES :

Voici quelques points d’attention spécifiques aux organisations qui prélèvent les données de datasets
sur les émissions de GES :
Il est important de bien choisir les datasets en évaluant les procédures de contrôle de la qualité des

14 Organisation à but non lucratif qui collecte et publie des données sur les impacts environnementaux des entreprises, des villes et des gouvernements.

25
Guide sur la décarbonation
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données et en analysant des échantillons afin de pouvoir évaluer leur qualité soi- même.
Analyser les données fournies pour identifier des différences éventuelles entre pairs ou sur des séries
temporelles. Il est important de s'assurer que ces variations ne résultent pas d'erreurs dans les données,
mais reflètent bien des réalités économiques ou environnementales.

Attention : cela ne signifie pas que les données ne doivent pas être
utilisées, mais plutôt qu’il faut être conscient des erreurs et des limita-
tions courantes afin de pouvoir utiliser les données à grande échelle.

4.3. Estimer la donnée


L’empreinte carbone peut être construite avec une couverture partielle ou intégrale du portefeuille,
selon la couverture et la qualité de données souhaitées.

Il existe deux approches pour construire la donnée dans un portefeuille :

Couvrir seulement les lignes du portefeuille où la donnée existe


OPTION 1

Description : l’analyse d’empreinte carbone couvre seulement une partie du porte-


feuille dans le cas où des données manquent pour le reste des lignes.
Exemple : Admettons un portefeuille investissant dans 100 entreprises et n’ayant des
données carbones que pour 50% d’entre elles. Alors l’analyse ne va couvrir que 50% du
portefeuille.
Point d’attention : Le principe de complétude du GHG Protocol exige que toutes les
sources d'émissions pertinentes pour une organisation ou une activité soient incluses
dans l'inventaire des GES. Toute exclusion, notamment des émissions financées du
scope 3 pour les IF, doit être justifiée et déclarée.

Couvrir l’ensemble du portefeuille et compléter ses lignes


OPTION 2

Description : l’analyse d’empreinte carbone couvre une large partie du portefeuille


bien que certaines données manquent pour un certain nombre de lignes.
Exemple : Admettons un portefeuille investissant dans 100 entreprises et n’ayant des
données carbones que pour 50% d’entre elles. Dans ce cas, l'analyse pourrait s'étendre
à l'ensemble du portefeuille, sous réserve de la qualité associées aux données estimées.
Point d’attention : Le principe de précision du GHG Protocol vise à garantir que les
données et les résultats rapportés soient aussi exacts et représentatifs que possible
– C’est-à-dire ni surestimée ni sous-estimée par rapport aux émissions réelles, dans la
mesure du possible.

4.3.1. Les différentes méthodologies d’estimation


Pour combler les données manquantes, différentes méthodologies d’estimation existent, les fournisseurs de
données utilisant soit une technique, soit plusieurs techniques d’estimation.
En pratique, les fournisseurs de données utiliseront une ou plusieurs de ces techniques, en fonction du type
d'analyse et du secteur. Parmi elles, trois sont principalement utilisées : ACV, EEIO et des méthodes statis-
tiques.
26
Process-based (ACV)

La méthode ACV (Analyse Cycle de Vie) évalue l'impact environnemental d'un produit ou service sur l'en-
semble de son cycle de vie, à chaque étape (standardisé par les normes ISO 14040 et ISO 14044), de l'ex-
traction des matières premières à la fin de vie.
Exemple :

Pour une entreprise de fabrication de panneaux solaires, il faut évaluer les émissions de
GES associées à chaque étape de la production, y compris l'extraction du silicium, la fabri-
cation, le transport et le recyclage.

EEIO

Le modèle EEIO (Environmentally-extended input output) quantifie les échanges économiques entre indus-
tries pour calculer les émissions carbones par dollar de revenu pour chaque secteur.
Exemple : Le modèle EEIO pourrait être utilisé pour estimer les émissions indirectes d'une entreprise auto-
mobile en analysant les interactions économiques entre le secteur automobile et les fournisseurs de pièces
détachées.

Méthodes statistiques

Ces méthodes utilisent des analyses statistiques basées sur des moyennes sectorielles et des données de rap-
ports pour estimer les émissions.

Exemple :

Une entreprise de textile pourrait utiliser des moyennes sectorielles pour estimer ses émissions de
GES en fonction de son volume de production et des données disponibles sur d'autres entreprises du
même secteur.

27
Guide sur la décarbonation
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4.3.2. Estimation et qualité de données


En fonction des données sous-jacentes mobilisées pour l’estimation de l’empreinte carbone du portefeuille
– selon les différentes méthodes d’estimation précédemment présentées – PCAF propose une échelle de
notation allant de 1 à 5, visant à évaluer la qualité des données utilisées. Un score de 1 correspond à la
meilleure qualité de données.
Ce système de notation, avancé par PCAF, permet d’apprécier la robustesse des données utilisées dans le
calcul de l’empreinte carbone d’un portefeuille, et ce, pour 7 classes d’actifs :
Actions cotées et obligations d’entreprises
Actions privées et prêts
Financement de projets
Dette souveraine
Prêts automobiles
Prêts immobiliers
Immobilier commercial
PCAF encourage à viser une meilleure qualité de données (Score 1) tout en reconnaissant les défis de dispo-
nibilités et de ressource. Il est donc important d’améliorer progressivement la collecte des données tout en
prenant des mesures immédiates pour établir des inventaires d’émissions.
Dans ce cadre, PCAF demande que les institutions financières fournissent une description des types de don-
nées utilisées afin de garantir la transparence du processus de calcul. Pour renforcer cette transparence par
une meilleure lisibilité des résultats, les institutions sont également tenues de publier un score pondéré de
qualité des données relatif au portefeuille15 , ou, à défaut, d’expliquer les raisons de leur incapacité à le faire,
conformément au principe du comply or explain.

Exemple du score PCAF de qualité de données pour un portefeuille de prêts automobiles


PCAF distingue trois options et six sous-options pour calculer les émissions financées par les prêts automo-
biles, en fonction des données utilisées :

15 Lorsqu’elles rapportent des émissions de scope 3 (chaîne de valeur), les institutions doivent publier un score
pondéré distinct pour ces émissions, différent de celui des scopes 1 et 2.

28
Exemple de score pondérée de qualité de données pour un portefeuille de crédit automobile :

Score pondéré de qualité des données = (450×2)+(300 3)+(200×4)+(350×1)+(150×5) = 3700 = 2.55


450+300+200+350+150 1450

4.4. Indicateurs liés à l’empreinte carbone :


En fonction des objectifs visés et du mode d’utilisation prévu, l’empreinte carbone devra produire des mé-
triques adaptées et spécifiques : Selon la finalité et le mode d’utilisation, la ou les métriques choisies pour
l’empreinte carbone seront différentes. Les émissions absolues sont une base mais d’autres métriques
comme l’intensité économique ou l’intensité physique, offrent des perspectives complémentaires (v. Section
« [Link] de métriques des émissions »).

29
Guide sur la décarbonation
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5. Introduction aux métriques alternatives


pour évaluer l’alignement d’un actif
et d’un portefeuille
Dans le contexte de la transition énergétique et de l’urgence climatique, les investisseurs cherchent à mieux
comprendre l’impact environnemental de leurs portefeuilles et à orienter leurs stratégies vers des solutions
bas carbone. Les métriques d’émissions financées, bien qu’étant souvent le point de départ de cette réflexion,
présentent des limites lorsqu’il s’agit de piloter efficacement une stratégie de transition. Pour surmonter ces
défis, des métriques alternatives, comme les métriques d’alignement, se révèlent complémentaires.

Au-delà des émissions financées, un besoin de métriques complémentaires


Les émissions financées mesurent la quantité de gaz à effet de serre associée aux investissements d’un porte-
feuille. Si elles fournissent une photographie utile de l’impact actuel, elles présentent des limites.
Tout d’abord, elles ne prennent pas en compte les trajectoires futures ou les engagements climatiques des
entreprises. De plus, elles sont rarement capables de différencier les entreprises qui prennent des mesures
concrètes pour réduire leurs émissions de celles qui stagnent.
Comme le montre l’exemple ci-dessous 16, le portefeuille B, bien qu'émettant davantage de CO2, contribue da-
vantage à la transition énergétique par ses investissements dans des secteurs verts, tandis que le portefeuille
A, qui émet moins, contribue bien moins à la transition. Cela illustre que les émissions carbones seules ne
reflètent pas nécessairement l'impact réel d'un portefeuille sur la transition énergétique.

Source : Kepler Cheuvreux

16 Carbon Compass - Long Finance

30
A titre d’exemple en 2015, l'intensité carbone de l'indice MSCI ACWI ex Coal17 est seulement 4 % inférieure
à celle de l'indice MSCI ACWI, et celle de l'indice MSCI ACWI ex Fossil Fuels18 est 13 % inférieure à son indice
parent, malgré l'exclusion des entreprises liées aux combustibles fossiles. En
revanche, les réserves de carbone de ces indices sont réduites de 44 % (ex-Coal) et 100 % (ex-Fossil Fuels).
Au niveau des entreprises, des sociétés comme Verbund et Iberdrola ont une empreinte carbone élevée,
mais investissent massivement dans les énergies renouvelables (en 2015 : 94 % pour Verbund et 13 % du EBIT
pour Iberdrola). Cela montre que l'empreinte carbone seule ne reflète pas l'exposition réelle aux risques «
bruns » et l'engagement des entreprises dans des solutions durables.
Bien que l’empreinte carbone puisse guider des stratégies de désinvestissement (par exemple, dans les sec-
teurs à haute intensité carbone), elle n’offre pas de critères clairs pour réinvestir dans des solutions clima-
tiques positives.
De plus, les différentes approches méthodologiques (incluant ou non les émissions scope 3, les risques de
double comptage, etc.) rendent également difficile la comparaison entre portefeuilles.

Les métriques alternatives


Pour pallier ces insuffisances, des métriques alternatives commencent à émerger, permettant une évalua-
tion plus nuancée et alignée avec les objectifs climatiques.

5.1. Les métriques vert-brun


Les métriques vert-brun segmentent un portefeuille entre activités « vertes » (solutions climatiques, techno-
logies renouvelables) et « brunes » (secteurs fossiles, technologies polluantes)19. L’utilisation de ce type d’in-
dicateurs notamment centré sur le secteur de l’énergie s’étend progressivement aux institutions financières
et bénéficie d’une reconnaissance croissante du régulateur et des parties prenantes (ILB, 2025).
Elles présentent plusieurs avantages :
Facilité de compréhension : Elles mesurent la proportion des investissements dans des technologies ou
secteurs respectifs.
Perspective forward-looking : Certaines versions intègrent des données futures, comme les investisse-
ments en R&D pour les technologies vertes.
Outil pour la réallocation : Elles permettent d’identifier les opportunités dans des secteurs
alignés avec une transition bas carbone.
Un élément clé de ces métriques est la distinction entre les actifs « verts » et « bruns ». Récemment, des
efforts importants ont été déployés pour développer des taxonomies permettant de définir et de mesurer
ces catégories. Cependant, l'absence de standards universels complique cette classification. Des initiatives
comme la Climate Bonds Initiative ou les taxonomies relatives aux obligations vertes s’efforcent de répondre
à ce besoin et de fournir des cadres plus cohérents et harmonisés.
En conséquence et en sus de l’absence de standard, aucun consensus n’a été établi parmi les acteurs concer-
nés. Les approches varient selon les nomenclatures adoptées : certaines s’appuient sur les classifications
internes des banques (comme celles de JPMorgan par exemple), d’autres sur les référentiels proposés par des
institutions de référence telles que l’IEA, qui distingue les énergies propres des énergies fossiles, ou encore
sur les nomenclatures issues des taxonomies existantes.

5.2. Les émissions évitées


Les émissions évitées, tel que défini dans les Orientations sur les émissions évitées de la WBCSD20 quan-
tifient les réductions potentielles de GES dues aux produits ou services d’une entreprise, par exemple, des
panneaux solaires ou des technologies d’efficacité énergétique. Bien que prometteuse, cette approche fait

17 L’indice représente la performance du marché au sens large tout en excluant les entreprises qui possèdent des réserves de charbon.
18 L’indice représente la performance du marché au sens large en excluant les entreprises qui possèdent des réserves de pétrole, de gaz et de charbon.
19 Un portefeuille pourrait également comporter une partie « neutre », ne pouvant être catégorisé ni comme « brun » ni comme « vert ».
20 World Business Council for Sustainable Development

31
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face à des limitations :


Absence de standardisation à l’échelle des portefeuilles ou des entreprises.
Complexité dans la méthodologie pour attribuer ces réductions aux investisseurs.
Malgré ces défis, les émissions évitées offrent un cadre précieux pour mesurer les contributions positives et
guider des stratégies d’allocation orientées sur les impacts climatiques. Les indicateurs associés, comme le
pourcentage de technologies vertes ou d’activités carbonées dans un portefeuille, permettent une segmen-
tation claire des risques et opportunités climatiques. Cependant, le manque de normalisation reste un défi
majeur pour leur adoption généralisée.
Un avantage notable des émissions évitées est qu'elles permettent aux entreprises de valoriser leur impact
au-delà de leur chaîne de valeur, une perspective qui n'est pas envisageable dans l'évaluation traditionnelle
des émissions de GES décrit précédemment.
Une entreprise se réclamant engagée dans la transition bas carbone, même si elle enregistre une croissance
significative, et donc une augmentation des émissions, peut, grâce aux émissions évitées déclarées, mettre
en avant cet indicateur comme un effort qu'elle déploie pour compenser cette croissance. De même, une en-
treprise vendant des produits émissifs en début de cycle de vie mais sans émissions durant la phase d’usage
(éoliennes par exemple) peuvent grâce à ce concept quantifier leur impact positif.

Par exemple, il est intéressant de comptabiliser les émissions évitées pour une entreprise comme
Panasonic qui fournit des batteries au lithium pour des voitures électriques. Elle contribue par
conséquent à la décarbonation d’une partie du secteur du transport à mesure que les consomma-
teurs abandonnent leurs véhicules thermiques.

Ceci étant, la production des batteries au lithium est très intensive en carbone, ce qui entraine des
émissions importantes dans les chaines d’approvisionnement de Panasonic et qui, par conséquent,
.impactent négativement ses émissions globales de GES
Yuki Kusumi, PDG de Panasonic a affirmé : « Si l’on mesure notre performance à l’aune de l’augmen-
tation des émissions carbone lorsque nous augmentons la production de batteries, il serait peut-être
préférable pour nous d’arrêter de fabriquer des batteries. Mais nous ne pourrons alors pas accélérer
» .les efforts de réduction des émissions de CO₂ sur la planète dans son ensemble
C’est pourquoi il est intéressant de considérer, lorsque pertinent pour certaines entreprises, la mé-
trique d’émissions évitées.

Les émissions évitées permettent également de rendre compte de l’intérêt d’une prolongation de la durée
de vie d'un appareil, qui peut certes augmenter les émissions de scope 3, mais qui tout de même génère un
impact global positif.
Il est important de rappeler tout de même que les méthodologies pour mesurer les émissions évitées, bien
que prometteuses, souffrent encore d’un manque de standardisation applicable au niveau des produits, en-
treprises et portefeuilles, et ceci malgré les efforts de la WBCSD en matière d’harmonisation des pratiques en
apportant conseils pratiques et concrets.

5.3. Les métriques d’alignement


Les métriques d’alignement permettent d’évaluer si un portefeuille ou un actif individuel est aligné avec des
trajectoires climatiques compatibles avec les objectifs de l’Accord de Paris. Contrairement aux émissions fi-
nancées, elles adoptent une approche tournée vers l’avenir en intégrant les engagements, investissements et
actions nécessaires pour atteindre un monde bas carbone.
Ces métriques sont également utiles pour guider les stratégies de réallocation du capital. Par exemple, des
initiatives comme Divest-Invest, menée par une coalition de fondations, encouragent le transfert des capitaux
des actifs carbonés vers des actifs verts.
Par ailleurs, le cadre réglementaire en France exige une transparence accrue sur la contribution à la transition
énergétique. Le point 4 du décret lié à la loi sur la transition énergétique impose de présenter la performance

32
des portefeuilles sous la forme d’un ratio entre les mesures de « contribution positive » et les mesures de
taille ou d’impact du portefeuille. Une approche plus ambitieuse consisterait à comparer ces performances à
des trajectoires compatibles avec un scénario 1,5°C.

Les méthodologies varient en termes de sophistication et d’applicabilité, chacune offrant des


avantages spécifiques pour répondre à différents besoins.

5.4. Métriques binaires


Les indicateurs binaires d’alignement ont l’avantage d’être clairs et accessibles. Leur objectif principal est de
fournir une réponse directe à une question clé : un actif, une entreprise ou un portefeuille est- il aligné sur
les trajectoires climatiques définies, comme celles compatibles avec l'Accord de Paris ?
La réponse, limitée à un simple "Oui" ou "Non", est souvent basée sur des critères précis et vérifiables. Par
exemple, ces critères peuvent inclure l’adoption d’un objectif validé par la Science-Based Targets initiative
(SBTi21),
La simplicité de ces métriques en fait un outil utile pour communiquer rapidement avec les parties prenantes,
qu'il s'agisse d'investisseurs, de régulateurs ou du grand public. Elles permettent de simplifier des débats
parfois complexes autour de la transition énergétique et de focaliser l’attention sur des résultats tangibles et
mesurables. En outre, elles peuvent être utilisées pour établir des bases solides lors de la définition d’objectifs
climatiques ou pour surveiller les progrès à un niveau macro.
Cependant, cette approche a ses limites. Les indicateurs binaires ne capturent pas les nuances ni les efforts
intermédiaires déployés par les entreprises pour améliorer leur alignement climatique.
Par exemple, une entreprise qui a récemment commencé à investir massivement dans des technologies bas
carbones peut être classée comme "non alignée" simplement parce qu’elle n’a pas encore atteint les critères
requis, malgré des progrès substantiels. À l'inverse, une entreprise peut être classée "alignée" sur la base de
ses objectifs annoncés, même si les efforts nécessaires pour atteindre ces objectifs sont encore peu visibles
ou peu crédibles.
Enfin, ces indicateurs peuvent être insuffisants pour guider des décisions stratégiques complexes. Ils ne
donnent pas d’information sur l’ampleur de l’écart par rapport à une trajectoire bas carbone ni sur les progrès
accomplis. Cette limite est particulièrement problématique lorsque l’on cherche à hiérarchiser les priorités
d’engagement ou à identifier les opportunités de réallocation de capital.
En somme, bien que les métriques binaires soient utiles comme point de départ ou comme outil de commu-
nication, elles nécessitent souvent d’être complétées par des indicateurs plus détaillés et
progressifs pour fournir une image complète et précise de l'alignement climatique.

5.5. Benchmark Divergence


L’approche de benchmark divergence offre un cadre analytique clair et quantifiable pour évaluer dans quelle
mesure un actif, une entreprise ou un portefeuille s’écarte d’une trajectoire climatique compatible avec des
objectifs comme ceux de l’Accord de Paris. Elle repose sur la mesure de l’écart, exprimé en pourcentage,
entre les performances climatiques actuelles ou projetées et une trajectoire bas carbone prédéfinie.
Elle permet une évaluation précise des surperformances ou sous-performances climatiques par rapport à
une trajectoire de référence. Par exemple, si une entreprise ou un portefeuille dépasse de 10 % les niveaux
d’émissions projetés par une trajectoire compatible avec un scénario de 1,5 °C, cet écart est clairement indi-
qué. De même, un portefeuille qui sous-performe de 20 % par rapport à cette trajectoire peut être rapide-
ment identifié.

5.6. Score de Température Impliquée (ITR)


L’Implied Temperature Rise (ITR) est une métrique qui traduit la compatibilité ou l’incompatibilité d’un porte-
feuille ou d’un actif avec des trajectoires climatiques spécifiques, en utilisant une unité universellement com-
prise : la température. Cette approche vise à simplifier les discussions complexes sur l’alignement climatique

21 SBTi est une initiative internationale qui aide les entreprises et les institutions financières à définir des objectifs de réduction des émissions de GES alignés sur les der-
nières données scientifiques relatives au climat.

33
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tout en augmentant la transparence pour les investisseurs et autres parties prenantes22 . L’objectif principal
est de fournir un indicateur clair pour évaluer l’impact climatique actuel et futur d’un portefeuille, identifier
les écarts par rapport aux trajectoires climatiques souhaitées, comme celles compatibles avec l’Accord de
Paris et soutenir des décisions stratégiques éclairées.
L’ITR repose sur l’analyse des données climatiques d’une entreprise ou d’un portefeuille, incluant les émis-
sions historiques, actuelles et les engagements futurs validés, tels que ceux définis par des cadres comme
SBTi. À partir de ces informations, la méthodologie modélise les trajectoires futures en s’appuyant sur des
scénarios reconnus, notamment ceux du GIEC, pour convertir ces données en une élévation de température
explicite (par exemple, + 1,5 °C, 2 °C ou 3 °C).
L’ITR est particulièrement utile pour les décideurs stratégiques et les praticiens techniques. Les premiers bé-
néficient d’un outil intuitif qui facilite la communication et le reporting, tandis que les seconds trouvent un
cadre pour approfondir leurs évaluations techniques et comparer différentes approches. Cependant, bien
que l’indicateur soit universellement compréhensible, son calcul repose sur des hypothèses complexes et des
données souvent hétérogènes, ce qui peut limiter sa comparabilité.
En pratique, l’ITR peut être utilisé pour définir des objectifs climatiques ambitieux, suivre les progrès réalisés
et identifier les actifs nécessitant un engagement renforcé ou un désinvestissement. Par exemple, il aide à
développer des produits financiers alignés sur des trajectoires bas carbones ou à surveiller les performances
climatiques des portefeuilles en temps réel. Malgré certains défis méthodologiques et un manque de standar-
disation, l’ITR s’impose comme un outil central pour réorienter les flux financiers vers un avenir compatible
avec une économie à 1,5 °C.
L’ITR donne une vision synthétique de l’impact climatique d’un portefeuille, mais repose sur des hypothèses
complexes et sensibles.

5.7. Échelles de maturité


L'approche de classification des actifs selon leur niveau de maturité sur l’échelle climatiques repose sur une
évaluation méthodique et graduelle. Cette méthodologie divise les actifs en catégories distinctes, telles que «
Net Zero, » « Aligné », « En cours d’alignement », « Non aligné », ou encore
« Incompatible ». Ces catégories permettent de structurer l’analyse et d'offrir une vue d'ensemble sur la po-
sition actuelle d’un portefeuille ou d’une entreprise par rapport à des trajectoires climatiques cibles, comme
celles définies par l’Accord de Paris.
Cette classification repose sur une liste de critères spécifiques que chaque actif ou portefeuille doit remplir
pour être inclus dans une catégorie donnée.
L’un des avantages clés de cette approche est sa capacité à fournir une vision nuancée et dynamique des
progrès réalisés. En permettant de classer les actifs ou portefeuilles dans des catégories évolutives, elle offre
une base solide pour évaluer les transitions au fil du temps. Par exemple, une entreprise initialement classée
« Non alignée » peut être reclassée comme « En cours d’alignement » à mesure qu’elle adopte des politiques
climatiques ambitieuses, comme l’intégration d’énergies renouvelables ou la réduction de son intensité car-
bone.
Cette méthodologie facilite également une communication claire et compréhensible avec les parties pre-
nantes. Les investisseurs, régulateurs et autres acteurs du marché peuvent facilement identifier les actifs qui
nécessitent des efforts accrus ou, au contraire, ceux qui se positionnent comme des leaders en matière de
transition énergétique. En outre, ce type de classification peut servir d’outil de suivi pour mesurer l’impact des
stratégies de réallocation de capital et des engagements climatiques.
Cependant, cette approche présente certains défis. La définition des critères d’appartenance à chaque catégo-
rie nécessite un consensus méthodologique et des données fiables. De plus, dans un contexte où les métho-
dologies et taxonomies climatiques évoluent rapidement, il peut être difficile de garantir une comparabilité et
une cohérence dans le temps et entre différents secteurs.
Malgré ces limitations, la classification par échelle de maturité est un outil puissant pour aider les investis-
seurs à structurer leurs portefeuilles en fonction des risques et opportunités climatiques. Elle encourage éga-

22 Il convient toutefois de souligner que cette métrique présente certaines limites, notamment lorsqu’elle est utilisée pour comparer des portefeuilles élaborés selon des
méthodologies hétérogènes ou reposant sur des scénarios de référence distincts.

34
lement une approche proactive de la transition, en mettant en lumière les efforts nécessaires pour que les
actifs et portefeuilles atteignent un alignement total avec les objectifs climatiques mondiaux.

5.8. Complémentarité avec les métriques d’émissions


Les métriques d’émissions et les métriques d’alignement sont complémentaires. Alors que les premières
fournissent une évaluation actuelle de l’impact climatique, les secondes projettent les trajectoires futures et
permettent de piloter des stratégies en ligne avec les objectifs climatiques.
La combinaison de ces approches offre une vue d’ensemble équilibrée : réduire les émissions tout en
maximisant les opportunités vertes et en minimisant les risques liés aux actifs carbonés.

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