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Cette thèse explore l'utilisation des modes de résonance acoustique dans les fibres optiques microstructurées pour des applications de capteurs répartis. Elle présente des résultats sur la mesure des modes acoustiques transverses et le développement d'un réflectomètre Brillouin pour surveiller le spectre Brillouin le long de la fibre. Les travaux incluent également une analyse vectorielle du spectre Brillouin pour cartographier les modes hybrides avec précision.

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Cette thèse explore l'utilisation des modes de résonance acoustique dans les fibres optiques microstructurées pour des applications de capteurs répartis. Elle présente des résultats sur la mesure des modes acoustiques transverses et le développement d'un réflectomètre Brillouin pour surveiller le spectre Brillouin le long de la fibre. Les travaux incluent également une analyse vectorielle du spectre Brillouin pour cartographier les modes hybrides avec précision.

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Les modes de résonance acoustique dans les fibres

optiques microstructurées - Applications aux capteurs


répartis
Michel Dossou

To cite this version:


Michel Dossou. Les modes de résonance acoustique dans les fibres optiques microstructurées - Appli-
cations aux capteurs répartis. Physique [physics]. Université des Sciences et Technologie de Lille -
Lille I, 2011. Français. �NNT : �. �tel-00614250�

HAL Id: tel-00614250


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Submitted on 10 Aug 2011

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abroad, or from public or private research centers. publics ou privés.
UNIVERSITE LILLE 1
SCIENCES ET TECHNOLOGIES

THESE DE DOCTORAT

présentée pour l’obtention du grade de


DOCTEUR EN SCIENCES de l’Université Lille 1

dans la spécialité :
Optique et Lasers, Physico-Chimie, Atmosphère

par
Michel DOSSOU

Les modes de résonance acoustique dans


les fibres optiques microstructurées -
Applications aux capteurs répartis

soutenue le 07 avril 2011 devant le jury composé de:

M. Yves JAOUEN TELECOM ParisTech Rapporteur


M. Pierre FERDINAND CEA LIST Rapporteur
M. Jean RINGOT OSYRIS Examinateur
M. Yves QUIQUEMPOIS Université Lille 1 Examinateur
M. Georges WLODARCZAK Université Lille 1 Président du jury
M. Pascal SZRIFTGISER Université Lille 1 Directeur de thèse
Cette thèse a été réalisée d’octobre 2007 à octobre 2010 au sein du laboratoire de
Physique des Lasers, Atomes et Molécules (PhLAM), Unité Mixte de Recherche (UMR)
8523 du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) dirigée par le Professeur
Georges WLODARCZAK. Elle se trouve dans les locaux de l’Unité de Formation et de
Recherche (UFR) de Physique de l’Université Lille 1 (France).

Sous la direction de Pascal SZRIFGISER, j’ai été rattaché à l’équipe "Chaos quan-
tique" du groupe "Atomes froids" et à l’Ecole Doctorale : Sciences de la Matière, du
Rayonnement et de l’Environnement (SMRE).

La thèse a été cofinancée par le CNRS et la Région Nord Pas-de-Calais (France).

Résumé

Ce travail de thèse rassemble nos résultats d’étude sur l’utilisation des modes de
résonance acoustique pour réaliser des capteurs répartis à base des fibres à cristaux pho-
toniques (Photonic Crystal Fibres : PCF).
Tout d’abord, nous avons démontré qu’à l’heure actuelle, il est difficile voire im-
possible de mesurer en rétrodiffusion les modes acoustiques transverses dans une fibre
optique. Ces modes dont la fréquence est inférieure à 2 GHz, ont été mesurés dans une
boucle non linéaire sur une PCF, une fibre conventionnelle et une fibre à dispersion déca-
lée. Les différents spectres montrent une dépendance à la structure transverse des fibres.
Ensuite, nous avons mis au point un réflectomètre Brillouin (Brillouin Optical Time
Domain Reflectometer : BOTDR) permettant de suivre en temps réel le spectre Brillouin
le long d’une fibre avec une résolution spatiale de l’ordre d’une dizaine de mètres. Il est
particulièrement capable de discriminer différents modes présents dans le spectre Brillouin.
La comparaison des spectrogrammes obtenus sur différentes structures transverses de
fibres, confirme que l’existence de multipics Brillouin dans les PCF est liée au très petit
cœur (dont le diamètre est de l’ordre de la longueur d’onde de mesure) de la fibre.
Enfin, toujours dans l’optique de mieux observer le spectre Brillouin réparti, nous
avons développé un outil d’analyse Brillouin vectorielle permettant de cartographier avec
précision les modes Brillouin hybrides grâce à la complémentarité du spectrogramme de
phase. Les mesures réalisées sur une PCF dont le diamètre varie linéairement de 3,5 µm
à 2,6 µm montrent un second mode Brillouin dont la fréquence varie à raison de -118,2
MHz/ µm.

Mots-clés : modes acoustiques, diffusion non linéaire, diffusion Brillouin, fibre à


cristaux photoniques, mesures réparties, capteurs à fibres.

iii
Abstract :

Acoustic modes in photonic crystal fibres for distributed optical fibres sensors
applications.

This thesis deals with the results of our study on the use of acoustic resonance modes
to achieve distributed sensors based on photonic crystal fibres (Photonic Crystal Fibres :
PCF).
First, we demonstrated that at present it is difficult to measure backscattered trans-
verse acoustic modes in an optical fibre. These modes whose frequency is below 2 GHz have
been measured in a loop on a nonlinear PCF, a conventional fibre and a dispersion-shifted
fibre. The different spectra show a dependence on the fibres cross section structure.
Then we developed a Brillouin reflectometer (Brillouin Optical Time Domain Re-
flectometer : BOTDR) to monitor in real time the Brillouin spectrum along a fibre with
a spatial resolution of about a dozen meters. It is particularly capable of discriminating
between different modes present in the Brillouin spectrum. Comparison of spectrograms
obtained on different transverse structures, confirms that the existence of Brillouin mul-
tipeak on PCF is linked to the very small core (with a diameter of about the wavelength
of measurement) of the fibre.
Finally, in order to better observe the distributed Brillouin spectrum, we have de-
veloped a vector Brillouin optical time domain analyzer for high-order acoustic modes to
accurately map the Brillouin hybrid modes with the complementary phase of the spec-
trogram. The measurements taken on a PCF whose diameter varies linearly from 3.5 µm
to 2.6 µm show a second Brillouin mode whose frequency varies as -118.2 MHz/ µm.

Keywords : acoustic modes, nonlinear optics, Brillouin scattering, photonic crystal


fibres, distributed measurement, optical fibre sensors.

iv
REMERCIEMENTS

Je remercie Pascal SZRIFTGISER de m’avoir fait confiance en me proposant ce


sujet de thèse. Je tiens à souligner son rôle déterminant dans mon encadrement. Son
acharnement au travail et sa disponibilité m’ont aidé dans la réussite de ce travail de
recherche.

Travailler avec Denis BACQUET a été un réel plaisir ; il n’a ménagé aucun effort
malgré les difficultés rencontrées. Je n’oublierai pas Marc LEPARQUIER pour notre brève
collaboration.

Je remercie MM. Yves JAOUEN (TELECOM ParisTech), Pierre FERDINAND


(CEA LIST), Jean RINGOT (OSYRIS), Georges WLODARCZAK (Université Lille 1)
et Yves QUIQUEMPOIS (Université Lille 1) pour l’intérêt qu’ils ont porté à ce travail
et pour avoir accepté d’être membres du jury de soutenance. Yves QUIQUEMPOIS m’a
éclairé sur la compréhension de la propagation des ondes optiques dans les fibres micro-
structurées. Nos nombreuses discussions ont été bénéfiques.

Toute la partie expérimentale de ce travail ne saurait être réalisée sans l’aide de


l’atelier d’électronique que je remercie ici à travers Michel GAMOT et Hervé DAMART.

J’adresse mes amitiés aux anciens thésards Ludo, Maxence, Clément, Adriana et
François ainsi qu’aux autres thésards Sébastien, Nicolas, Paul, Vincent, Béatrice, Nazek,
Matthias, Bénoît, Imane et Mamadou. Je n’oublie pas Saliya, Jean-françois, Ihsan, Hi-
cham, Manu, Florent et Quentin.

L’occasion m’a été offerte durant ces années de recherche de participer aux enseigne-
ments universitaires tout d’abord sous la direction de Nicole SEMMOUD à Télécom Lille
1 et ensuite avec Brigitte POUILLY à l’Institut Universitaire de Technologie A (IUT)
de Lille 1. Je tiens à les remercier pour la confiance qu’elles m’ont accordée et la bonne
ambiance de travail.

La vie nous réserve de belles surprises. En effet, toute cette belle aventure a débuté

v
le jour où l’un de mes anciens professeurs Monsieur André GOFFIN me mit en contact
avec Pascal SZRIFTGISER pour un stage de fin d’études d’ingénieur dans son labora-
toire, c’était en septembre 2006 ! C’est pour cela, que je tiens à remercier très sincèrement
Monsieur André GOFFIN pour sa vision, sa disponibilité, le savoir qu’il m’a transmis et
ses conseils. Qu’il en soit honoré et accepte mes excuses si tout ne s’est pas passé de façon
idéale.

J’exprime ma vive reconnaissance à Monsieur Louis de STRYCKER.

Je pense à tous ces visages anonymes de France, Belgique, Allemagne et du Bénin


qui m’ont soutenu tout au long de ces années.

L’ensemble de ces recherches a été financièrement soutenu par le Centre National


de la Recherche Scientifique (CNRS) et la Région Nord-Pas de Calais. Je ne saurais les
oublier !

Je remercie également Gisèle Lila MIYAGOU, doctorante en géographie à Lille 1,


avec qui j’ai partagé des centaines de repas du midi au restaurant universitaire. Nos
conversations pour réformer le monde me restent en esprit.

A toi ma sœur, Yvette DOSSOU qui m’a supporté (oh que mes caprices étaient
nombreux,. . . ), mes soucis t’ont sans doute agacée. Merci d’avoir été là car la cuisine que
tu faisais m’a donné beaucoup d’énergie.

vi
TABLE DES MATIÈRES

Remerciements v

Liste des figures xiv

Liste des tableaux xvii

Liste des acronymes xix

Liste des symboles xxiii

Introduction Générale 1
Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4

1 Les fibres à cristaux photoniques 7


1.1 Bref aperçu de la fibre optique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.2 Les fibres à cristaux photoniques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
1.2.1 La propagation par réflexion totale interne modifiée . . . . . . . . . 13
1.2.2 La propagation par bande interdite photonique . . . . . . . . . . . 16
1.2.3 La présentation des PCF utilisées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
1.2.4 Les paramètres importants des PCF . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
[Link] L’indice de réfraction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
[Link] L’atténuation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
[Link] L’aire effective optique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
[Link] L’ouverture numérique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
[Link] La fréquence normalisée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
[Link] La dispersion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
[Link] Les interactions onde-matière . . . . . . . . . . . . . . . . 32
1.2.5 Les applications des PCF . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
1.3 Modélisation des fibres à cristaux photoniques . . . . . . . . . . . . . . . . 38
1.4 Techniques d’épissures des fibres microstructurées . . . . . . . . . . . . . . 40
1.5 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44

vii
Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45

2 La diffusion Brillouin et les modes de résonance acoustique 49


2.1 Généralités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
2.2 La diffusion Brillouin et les modes longitudinaux . . . . . . . . . . . . . . . 51
2.2.1 La diffusion Brillouin spontanée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
2.2.2 La diffusion Brillouin stimulée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
[Link] Les mécanismes mis en jeu . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
[Link] L’électrostriction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57
[Link] La puissance de seuil Brillouin . . . . . . . . . . . . . . . 59
2.3 Les modes transverses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
2.3.1 Les modes radiaux Rom . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63
2.3.2 Les modes torsio-radiaux TR2m . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
2.4 Les modes acoustiques transverses dans les PCF. . . . . . . . . . . . . . . 66
2.5 Mesures des modes acoustiques transverses . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
2.5.1 En direct . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71
[Link] Banc expérimental . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71
[Link] Résultats . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
2.5.2 Dans une boucle non linéaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
[Link] Fondement théorique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
[Link] Banc expérimental . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
[Link] Résultats . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
2.6 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 78
Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79

3 Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés 83


3.1 Etat de la matière en réflectométrie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84
3.1.1 La résolution spatiale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
3.1.2 La fréquence de répétition des impulsions . . . . . . . . . . . . . . . 86
3.1.3 Les variantes d’OTDR . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
3.2 Réflectométrie Brillouin (BOTDR) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
3.2.1 Principe de fonctionnement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
[Link] Schéma de principe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
[Link] Caractéristiques de l’impulsion . . . . . . . . . . . . . . . 89
3.2.2 Dispositifs expérimentaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 90
[Link] Réglage du modulateur électro-optique . . . . . . . . . . . 91
[Link] Préparation du signal avant la fibre testée . . . . . . . . . 92
[Link] Le signal rétrodiffusé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92
3.2.3 Analyse de données . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
[Link] La fréquence d’échantillonnage . . . . . . . . . . . . . . . 97
[Link] La fenêtre de temps . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
3.2.4 Résultats expérimentaux des mesures en réflectométrie . . . . . . . 99
[Link] Sur deux fibres SMF en cascade . . . . . . . . . . . . . . . 100
[Link] Sur SMF de 2,2 km . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102
[Link] Contrôle du montage : mesures en continu . . . . . . . . . 103
[Link] Sur DSF . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106
[Link] Sur PCF T452A . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109
[Link] Etude de l’influence de τ sur les résultats . . . . . . . . . 110
[Link] Obstacles de mesure . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112

viii
3.3 Réflectométrie Brillouin à base de modes hybrides . . . . . . . . . . . . . . 113
3.3.1 Amélioration du montage avec l’utilisation de deux diodes . . . . . 115
3.3.2 Résultats expérimentaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 118
[Link] Sur DSF . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 119
[Link] Sur PCF . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 120
3.4 Avantages et faiblesses du BOTDR . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 124
3.4.1 Avantages . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 124
3.4.2 Faiblesses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 124
[Link] Limitations en résolutions spatiale et en fréquence . . . . . 125
[Link] Limitations en puissance retour Brillouin / Seuil Brillouin 125
[Link] Limitations de la fréquence de répétition des impulsions . 125
3.5 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 125
Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 127

4 Analyse Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés 131


4.1 L’analyse Brillouin (BOTDA) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 132
4.1.1 Principe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 133
4.1.2 Différents types de BOTDA . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 134
[Link] Cas a) : BOTDA avec amplification de la sonde . . . . . . 134
[Link] Cas b) : BOTDA avec atténuation de la sonde . . . . . . . 134
4.2 BOTDA vectoriel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 135
4.2.1 Principe de fonctionnement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 135
4.2.2 Dispositifs expérimentaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 138
4.2.3 Analyse de données . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 140
4.2.4 Résultats expérimentaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 141
4.3 Les applications . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 145
4.3.1 Présentation de la PCF à diamètre variable . . . . . . . . . . . . . 145
4.3.2 Variation de la fréquence en fonction du diamètre . . . . . . . . . . 145
4.4 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 147
Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 149

Conclusion et Perspectives 151


Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 153

Liste des publications 155

Liste des revues 159

ix
LISTE DES FIGURES

1.1 Les différentes parties d’une fibre optique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9


1.2 Les bandes interdites en électronique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
1.3 La périodicité dans un cristal photonique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.4 La couleur des papillons et la structure de leurs ailes. . . . . . . . . . . . . 12
1.5 L’importance de la microstructure sur la couleur de certains papillons. . . . 12
1.6 La réflexion totale interne. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
1.7 La section transverse d’une fibre optique microstructurée. . . . . . . . . . . 15
1.8 Schéma de l’aire effective (pour une fibre à saut d’indice). . . . . . . . . . . 24
1.9 Schéma du cône d’ouverture pour une fibre à saut d’indice. . . . . . . . . . 25
1.10 L’évolution de V en fonction de Λ/λ pour une valeur de d/Λ fixée. . . . . . 28
1.11 L’évolution de V en fonction de λ/Λ pour une valeur de d/Λ fixée. . . . . . 28
1.12 L’évolution de V en fonction de d/Λ pour une valeur de λ/Λ fixée. . . . . . 28
1.13 Le diagramme de phase d’une PCF. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
1.14 Détermination de la zone de "multimodalité" pour une valeur de λ/Λ fixée. 29
1.15 Les processus de diffusion. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
1.16 Le mécanisme de la diffusion stimulée. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
1.17 La structure d’une PCF avant le maillage. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
1.18 Le mode optique fondamental dans une PCF. . . . . . . . . . . . . . . . . 39
1.19 L’image de la soudeuse. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
1.20 L’image des électrodes de la soudeuse. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
1.21 Le coefficient de transmission et les pertes d’épissures. . . . . . . . . . . . . 41
1.22 La configuration pour une épissure directe. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
1.23 La configuration pour une épissure indirecte. . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
1.24 Les pertes d’épissures pour quelques PCF. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
1.25 La vue de plan vertical de deux fibres parfaitement alignées pour l’épissure. 42
1.26 L’épissure de la fibre UHNA4 à une SMF : étape d’alignement. . . . . . . . 43
1.27 L’épissure de la fibre UHNA4 à une SMF. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
1.28 L’épissure de la fibre UHNA4 à la PCF T625B. . . . . . . . . . . . . . . . 44
1.29 L’épissure de la fibre UHNA4 à la PCF T510A. . . . . . . . . . . . . . . . 44

xi
Liste des figures

2.1 Les modes acoustiques longitudinaux. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52


2.2 a) Interaction entre les trois ondes. b) Illustration de la condition de Bragg. 54
2.3 La courbe de gain Brillouin. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
2.4 Schéma de l’effet de "boucle" de la diffusion Brillouin [31]. . . . . . . . . . 59
2.5 Les modes acoustiques transverses. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
2.6 La section transverse d’une fibre optique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
2.7 L’image au MEB de la PCF T452A. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
2.8 Courbe d’estimation de vT . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
2.9 L’interaction acousto-optique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
2.10 Liste des symboles utilisés dans les schémas. . . . . . . . . . . . . . . . . . 71
2.11 Montage de mesure des modes TR2m en direct. . . . . . . . . . . . . . . . . 72
2.12 Calibrage de la DFB utilisée. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72
2.13 Représentation de la boucle non linéaire. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
2.14 Montage expérimental pour la mesure des modes TR2m . . . . . . . . . . . . 76
2.15 Observation des modes TR2m dans une fibre photonique de gros cœur. . . . 76
2.16 L’image au MEB de la PCF T452A. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
2.17 Observation des modes TR2m dans une fibre standard. . . . . . . . . . . . 77
2.18 Niveau de bruit de l’analyseur de spectre électrique. . . . . . . . . . . . . . 77

3.1 Schéma de principe d’un réflectomètre OTDR standard. . . . . . . . . . . . 85


3.2 Le schéma de principe du BOTDR. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
3.3 Le schéma du circulateur. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89
3.4 Le dispositif expérimental pour la réflectométrie Brillouin. . . . . . . . . . 91
3.5 Le schéma de l’hétérodynage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93
3.6 Montage d’une source micro-onde de 10,4 GHz. . . . . . . . . . . . . . . . . 93
3.7 Signal micro-onde avant doublage. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94
3.8 Signal micro-onde après doublage. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94
3.9 Signal micro-onde après amplification. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
3.10 Représentation temporelle de la somme de deux sinusoïdes. . . . . . . . . . 96
3.11 Représentation fréquentielle de la somme de deux sinusoïdes. . . . . . . . . 96
3.12 Représentation temporelle d’un signal de fréquence variable. . . . . . . . . 96
3.13 Représentation fréquentielle d’un signal de fréquence variable. . . . . . . . 96
3.14 Représentation temporelle d’un signal de fréquence variable. . . . . . . . . 97
3.15 Représentation fréquentielle d’un signal de fréquence variable. . . . . . . . 97
3.16 L’interface graphique du logiciel. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99
3.17 Les étapes de l’analyse de données. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99
3.18 Spectrogramme obtenu sur deux fibres SMF soudées. . . . . . . . . . . . . 100
3.19 Spectrogramme obtenu sur deux fibres SMF soudées. . . . . . . . . . . . . 101
3.20 La trace à l’oscilloscope du signal Brillouin rétrodiffusé . . . . . . . . . . . 102
3.21 Spectrogramme sur une SMF de 2,2 km . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102
3.22 Amplitude du signal rétrodiffusé après l’application de la TF . . . . . . . . 103
3.23 Moyennage sur le spectrogramme de la figure 3.21 . . . . . . . . . . . . . . 103
3.24 Spectrogramme sur une SMF de 2,2 km. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
3.25 Même mesure qu’à la figure 3.24 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
3.26 Dispositif pour la mesure en continu des modes acoustiques guidés. . . . . 104
3.28 La diffusion des modes acoustiques guidés créée par la diffusion Brillouin. . 104
3.27 Observation à l’OSA des ondes rétrodiffusées. . . . . . . . . . . . . . . . . 105
3.29 Observation en continu des fréquences de battement. . . . . . . . . . . . . 106

xii
Liste des figures

3.30 Observation du spectre de la DSF dans une boucle non linéaire. . . . . . . 106
3.31 Une des possibilités des positions relatives sur l’axe des fréquences. . . . . 106
3.32 Dispositif pour la mesure en réflectométrie des modes de battement Brillouin.107
3.33 Mesure de réflectométrie sur 500 m de DSF. . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
3.34 Mesure de réflectométrie sur 500 m de DSF. . . . . . . . . . . . . . . . . . 108
3.35 Spectrogramme sur la DSF dont une portion chauffée. . . . . . . . . . . . . 109
3.36 Même mesure qu’à la figure 3.35, sans chauffage. . . . . . . . . . . . . . . . 109
3.37 Spectrogramme sur la T452A précédée de 100 m de SMF. . . . . . . . . . . 109
3.38 Spectrogramme obtenu sur deux fibres SMF soudées. . . . . . . . . . . . . 110
3.39 Spectrogramme obtenu sur deux fibres SMF soudées. . . . . . . . . . . . . 110
3.40 Spectrogramme obtenu sur 2,2 km de SMF. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 111
3.41 Spectrogramme obtenu sur 2,2 km de SMF. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 111
3.42 Spectrogramme obtenu sur 2,2 km de SMF. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 111
3.43 Spectrogramme obtenu sur 2,2 km de SMF. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 111
3.44 Automodulation de phase. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112
3.45 Automodulation de phase . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112
3.46 Automodulation de phase. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
3.47 Automodulation de phase. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
3.48 Convention des positions relatives des différents modes Brillouin. . . . . . . 115
3.49 Les différentes possibilités des positions relatives des modes Brillouin. . . . 116
3.50 Le dispositif expérimental utilisant deux diodes sans le synthétiseur. . . . . 117
3.51 Le schéma de la branche "Modes Brillouin" de la figure 3.50. . . . . . . . . 117
3.52 Schéma des positions relatives des fréquences des deux diodes lasers. . . . . 118
3.53 Mesure du signal rétrodiffusé Rayleigh dans une DSF. . . . . . . . . . . . . 118
3.54 Mesure du signal d’automodulation de phase dans une DSF. . . . . . . . . 118
3.55 Mesure du spectre Brillouin dans une DSF . . . . . . . . . . . . . . . . . . 119
3.56 Mesure du spectre Brillouin dans une DSF. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 120
3.57 Observation des modes de battement Brillouin. . . . . . . . . . . . . . . . 120
3.58 L’image au MEB de la section transverse de la PCF T794A. . . . . . . . . 121
3.59 La mesure en réflectométrie du mode fondamental Brillouin dans la T794A. 121
3.60 L’image au MEB de la PCF T794B. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 121
3.61 La mesure en réflectométrie du mode fondamental Brillouin dans la T794B. 122
3.62 L’observation d’un deuxième mode Brillouin dans la PCF T794B . . . . . . 122
3.63 Les images au MEB des sections transverses de la PCF T510A. . . . . . . 123
3.64 Spectre Brillouin pour un décalage de 10,96 GHz. . . . . . . . . . . . . . . 123
3.65 Spectre Brillouin pour un décalage de 8,5 GHz. . . . . . . . . . . . . . . . . 123
3.66 Les images au MEB des sections transverses de la PCF T510B. . . . . . . 124
3.67 Spectre Brillouin pour un décalage de 11,3 GHz. . . . . . . . . . . . . . . . 124
3.68 Spectre Brillouin mesuré sur la PCF T510B avec une seule diode . . . . . . 124
3.69 L’état de dégradation progressive du connecteur de fibre. . . . . . . . . . . 125

4.1 Schéma de principe du BOTDA : amplification de la source continue. . . . 133


4.2 Schéma de principe du BOTDA : atténuation de la source continue. . . . . 135
4.3 Addition des deux fréquences de pilotage du modulateur de phase. . . . . . 136
4.4 Spectre obtenu après la double modulation de phase . . . . . . . . . . . . . 137
4.5 Spectre optique lors de l’interaction Brillouin. . . . . . . . . . . . . . . . . 137
4.6 Schéma du montage du BOTDA. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 138
4.7 Spectrogramme d’intensité obtenu sur une fibre DSF de 300 m de longueur. 141

xiii
Liste des figures

4.8 Spectrogramme de phase obtenu sur une fibre DSF de 300 m de longueur. . 141
4.9 Spectrogramme d’intensité obtenu sur une fibre SMF. . . . . . . . . . . . . 142
4.10 Spectrogramme de phase obtenu sur une fibre SMF. . . . . . . . . . . . . . 142
4.11 Spectrogrammes d’intensité et de phase. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 142
4.12 Sections des spectrogrammes d’intensité et de phase. . . . . . . . . . . . . 143
4.13 Illustration de la variation de diamètre dans la PCF T711B. . . . . . . . . 145
4.14 L’image au MEB de l’extrémité de plus grand diamètre de la PCF T711B. 146
4.15 L’image au MEB de l’extrémité de plus petit diamètre de la PCF T711B. 146
4.16 Spectrogramme d’intensité obtenu sur la PCF T711B. . . . . . . . . . . . . 146
4.17 Spectrogramme d’intensité obtenu sur la PCF T711B. . . . . . . . . . . . . 147
4.18 Spectrogramme de phase obtenu sur la PCF T711B. . . . . . . . . . . . . . 147
4.19 Spectrogramme d’intensité obtenu avec un zoom sur le second mode . . . . 147
4.20 Spectrogramme de phase obtenu sur le second mode de la PCF T711B. . . 147

xiv
LISTE DES TABLEAUX

1.1 Les différentes catégories de fibres microstructurées. . . . . . . . . . . . . . 13


1.2 La comparaison des deux mécanismes de propagation dans les PCF. . . . . 17
1.3 Les images au MEB des sections transverses des PCF à gros cœur. . . . . . 18
1.4 Les images au MEB des sections transverses des PCF à gros cœur utilisées 19
1.5 Les images au MEB des sections transverses des PCF à petit cœur utilisées. 20
1.6 Les coefficients empiriques de modélisation des PCF. . . . . . . . . . . . . 22
1.7 Les paramètres des PCF utilisées à λ = 1550 nm. . . . . . . . . . . . . . . 30
1.8 La comparaison des diffusions non linéaires. . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
1.9 Le résumé des principaux effets non linéaires. . . . . . . . . . . . . . . . . 37
1.10 Les applications des PCF. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
1.11 Les caractéristiques des fibres d’adaptation utilisées. . . . . . . . . . . . . . 42
1.12 Les pertes d’épissures entre une SMF et les fibres d’adaptation UHNAX. . 43
1.13 Les pertes d’épissures entre la fibre UHNA4 et des PCF. . . . . . . . . . . 43

2.1 Les propriétés mécaniques de la fibre en silice. . . . . . . . . . . . . . . . . 52


2.2 Les fréquences et longueurs d’onde des dix premiers modes radiaux. . . . . 64
2.3 Les fréquences des dix premiers modes torsio-radiaux. . . . . . . . . . . . . 65
2.4 Les propriétés de la fibre T452A. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
2.5 Fréquences des modes Rom et TR2m dans la PCF T452A . . . . . . . . . . 68
2.6 Comparaison entre les fréquences calculées et mesurées des modes TR2m . 69

3.1 Les erreurs liées au choix des fenêtres de temps. . . . . . . . . . . . . . . . 98


3.2 Paramètres de mesure. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 100
3.3 Paramètres de traitement des données. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 100
3.4 Paramètres de mesure. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 101
3.5 Paramètres de traitement des données. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 101
3.6 Paramètres de mesure. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102
3.7 Paramètres de traitement des données. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102
3.8 Paramètres de mesure. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 108
3.9 Paramètres de mesure. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109

xvii
LISTE DES ACRONYMES

ASE amplified spontaneous emission


BOFDA Brillouin optical frequency domain analysis
BOTDA Brillouin optical time domain analysis
BOTDR Brillouin optical time domain reflectometry/reflectometer
CW continuous wave
DBS diffusion Brillouin stimulée
DFB distributed feedback laser
DSF dispersion-shifted fibre
EDFA erbium doped fibre amplifier
FSM fundamental space-filling mode
FWHM full-width half-maximum
FWM four wave mixing
GAWBS guided acoustic wave Brillouin scattering
pour l’information et la communication avancée
LIDAR light detection and ranging
LPA low power amplifier
MASER microwave amplification by stimulated emission of radiation
MEB microscope électronique à balayage
MP modulateur de phase
NA numerical aperture
OFDM orthogonal frequency-division multiplexing
OFDR optical frequency domain reflectometry
OSA optical spectrum analyser
OTDR optical time domain reflectometry/reflectometer
PCF photonic crystal fibre
PC polarization controller

xix
Liste des acronymes

PLL phase-locked loop


PM power meter
RF radio frequency
RoF radio over fibre
SRF spectrum radio-frequency
SBS stimulated Brillouin scattering
SMF single mode fibre
TF transformée de Fourier
VHF very high frequency

xx
LISTE DES SYMBOLES

Symboles Signification

aef f Le rayon effectif du cœur d’une fibre microstructurée


Aef f L’aire de la section effective de la fibre
c La vitesse de la lumière (dans le vide)
d Le diamètre des trous de la gaine photonique
D La dispersion chromatique
E~ Le vecteur champ électrique
E L’amplitude du champ électrique
E Le module de Young
f La fréquence de l’onde optique
fa La fréquence de l’onde acoustique
fbat La fréquence de battement
fB La fréquence Brillouin
fLO La fréquence du synthétiseur
fo La fréquence du laser
fr La composante radiale de la force d’électrostriction
fr La fréquence de répétition des impulsions
fφ La composante angulaire de la force d’électrostriction
fs La fréquence de l’onde Stokes
R
fm La fréquence du mode radial d’ordre m de l’onde acoustique
transverse
TR
fm La fréquence du mode torsio-radial d’ordre m de l’onde acoustique
transverse
F L’intensité de la distribution du mode de champ électrique
Fs La fréquence d’échantillonnage
Fsweep La fréquence de balayage
g L’exposant du profil d’indice (pour une fibre conventionnelle)
gB Le coefficient de gain Brillouin
h La constante de Planck

xxiii
Liste des symboles

~ La constante normalisée de Planck


Ip L’intensité du champ électrique de l’onde de pompe
Is L’intensité du champ électrique de l’onde de sonde
Jn La fonction de Bessel de première espèce d’ordre n
k Le nombre d’onde
k⊥ La composante transverse du nombre d’onde
~ka Le vecteur d’onde acoustique (onde diffusée)
~ki Le vecteur d’onde optique incidente
~kp Le vecteur d’onde de pompe (onde incidente)
~ks Le vecteur d’onde de sonde (onde diffusée)
Lef f La longueur effective d’interaction de la fibre
LO La fréquence de l’oscillateur local
n L’indice de réfraction
n0 L’indice de réfraction induit
nc L’indice de réfraction du cœur de la fibre
nef f L’indice effectif de mode
ng L’indice de réfraction de la gaine (pour une fibre conventionnelle)
nF SM L’indice de réfraction de la gaine (pour une fibre à cristaux photoniques)
N Le nombre de modes de propagation
Nfft Le nombre de points échantillonnés sur lesquels sera appliquée la fenêtre
N f rame Le nombre de blocs de points échantillonnés utilisés dans
le traitement des données
NA L’ouverture numérique
p12 Le coefficient longitudinal élasto-optique
P L’amplitude du vecteur de polarisation
Pin La puissance optique en entrée de fibre
PL La puissance optique en sortie d’une fibre de longueur L
Pmax La puissance maximale de l’onde optique
P cr La puissance de seuil Brillouin
Pc La puissance crête de l’impulsion
Po La puissance de l’impulsion lumineuse
Pp La puissance spectrale
r Le rayon du cœur d’une fibre conventionnelle
Pr La puissance du signal rétrodiffusé
Ps La puissance de la sonde
r La distance à l’axe de symétrie de la fibre
R Le coefficient de réflexion en intensité (dans un coupleur optique)
~r Le vecteur-position
t Le temps
T La température
T Le coefficient de transmission de puissance (lors d’une épissure)
TB La durée de vie des phonons
V La fréquence normalisée
vg La vitesse de groupe de l’impulsion lumineuse
vL La vitesse de l’onde acoustique longitudinale
vT La vitesse de l’onde acoustique de cisaillement
w Le rayon de mode

xxiv
Liste des symboles

ym La racine de rang m dans la résolution des équations de Bessel


z La position
α Le coefficient d’affaiblissement en unités logarithmiques
β La constante de propagation
β~ Le vecteur d’onde acoustique
γ Le facteur de polarisation
∆ La différence relative d’indice
∆fB La largeur spectrale à mi-hauteur de l’onde Stokes
∆fp La largeur spectrale à mi-hauteur de l’onde de pompe
∆ρ La variation de la densité
∆n La biréfringence de phase ou modale
∆znum La résolution spatiale numérique
0 La permittivité du vide (constante diélectrique)
 La permittivité du milieu
λ La longueur d’onde optique
λL La longueur d’onde acoustique longitudinale
κ Le quotient de surface d’air d’une fibre microstructurée
λp La longueur d’onde de pompe
Λ La distance inter-trous dans la gaine photonique
ν Le coefficient de Poisson
ω La pulsation de l’onde optique
ρ La densité du matériau
ϕ Le déphasage
Φ L’angle d’incidence sur le dioptre cœur-gaine
Θ L’ angle entre les deux vecteurs d’onde optique
Π Le rapport de couplage du coupleur optique
ε Le coefficient de perte due au coupleur
Γ Le coefficient de transmission en intensité (dans un coupleur optique)
τ La durée de l’impulsion

xxv
INTRODUCTION GÉNÉRALE

Les systèmes de transmission classiques basés sur le principe de l’optique linéaire


trouvent leur limite physique dans les phénomènes de dispersion et de non-linéarité d’une
part et les vitesses de commutation et de modulation des composants optoélectroniques
d’autre part. Ainsi, de nouveaux dispositifs photoniques fondés sur les principes de l’op-
tique non linéaire et de l’optique quantique ont vu le jour : l’optique linéaire a vu, ces
dernières années, son champ d’application se restreindre au profit de celui de l’optique
non linéaire.

La demande de plus en plus croissante de bande passante pour les télécommuni-


cations a conduit au développement rapide de la photonique. La fibre optique et ses
applications ont connu un développement spectaculaire. Cela concerne des secteurs aussi
variés que les télécommunications optiques, le micro-usinage, la biologie, le médical, ou
encore les capteurs qui nous intéressent plus particulièrement dans cette thèse. Sous cer-
taines conditions, la photonique tire aujourd’hui largement profit des non-linéarités de
la fibre. La grande longueur d’interaction de la fibre, permet d’atteindre une meilleure
efficacité non linéaire. Par exemple, l’automodulation de phase engendrée par l’effet Kerr
est exploitée de manière utile pour compenser la dispersion chromatique de la fibre. La
diffusion Brillouin stimulée (DBS), est un phénomène non linéaire très étudié dans les
fibres. En effet, c’est en 1922 que Léon Brillouin a exposé pour la première fois, dans un
article des Annales de physique [1], les limites de la transmission de la lumière à travers
un corps transparent.
En injectant dans la fibre une puissance optique supérieure au seuil à partir duquel
la fibre ne se comporte plus comme un milieu linéaire, une fraction du signal injecté est
rétrodiffusée. Lorsque cette rétrodiffusion est due à l’agitation thermique des particules
constituant le milieu de propagation, on parle de l’effet Brillouin.
Cet effet a conduit à la réalisation d’amplificateurs optiques et de lasers fibrés
Brillouin sans oublier le domaine des capteurs optiques répartis réalisés au moyen de
fibres optiques en silice. Il est en effet possible d’utiliser la fibre optique pour la mesure
de différentes grandeurs physiques comme la température, la déformation, la composition
chimique de l’environnement ; et bien d’autres encore à partir de la lumière rétrodiffusée.

1
INTRODUCTION

La plupart des capteurs utilisant l’effet Brillouin exploitent les modes acoustiques
longitudinaux qui se propagent le long de la fibre. Lors de leur interaction avec l’onde
optique incidente, naît une onde optique diffusée dont les propriétés dépendent de celles
de la fibre. Les modes longitudinaux font partie de la famille plus large des modes de
résonance acoustique. Cependant, si l’on en juge de par le très faible volume de publica-
tions, très peu d’études ont été réalisées sur les modes acoustiques transverses qui eux, se
propagent dans la section de la fibre en sondant sa gaine. Ces modes acoustiques trans-
verses affectent la dynamique des lasers à fibres [2, 3] et limitent certaines expériences
quantiques [4]. Toutefois, mieux les comprendre ainsi que leur interaction avec une onde
optique guidée, pourrait conduire par exemple à fabriquer de nouveaux types de capteurs
capables de mesurer les déformations latérales sur la fibre. Ce genre de capteurs peut être
utilisé en génie civil par exemple dans la surveillance d’ouvrages d’art faits de béton. C’est
l’une des raisons pour lesquelles l’étude de ces modes nous intéresse particulièrement dans
cette thèse.

L’apparition, de surcroît, des fibres à cristaux photoniques, permet aujourd’hui,


d’envisager la création de composants dont la dispersion chromatique est ajustable. Ces
fibres qui sont constituées de trous, offrent un plus large éventail de possibilités de design
des fibres pour des propriétés précises définies a priori. Le confinement très important de
l’onde lumineuse dans leur cœur ajoute de belles perspectives au champ, par ailleurs déjà
étendu, des applications de l’optique non linéaire dans les fibres optiques.
En outre, les fibres microstructurées à bandes interdites photoniques laissent passer
certaines fréquences au détriment d’autres et se comportent donc comme des filtres op-
tiques. Elles peuvent théoriquement se comporter aussi comme un filtre acoustique si les
faibles dimensions de la structure sont techniquement réalisables.

L’objectif de cette thèse est d’une part, d’étudier dans les fibres à cristaux photo-
niques, les modes de résonance acoustique, longitudinaux et transverses. D’autre part,
nous analysons la possibilité de les mesurer en rétrodiffusion afin d’exploiter leurs pro-
priétés dans la mise au point de capteurs répartis. En plus des possibles applications de
capteurs, les résultats de cette thèse satisferont de prime abord, à un besoin local au sein
de notre laboratoire. En effet, nous disposons d’une tour de fibrage qui fabrique des fibres
microstructurées destinées à la recherche. Actuellement, la mesure de l’homogénéité de
la structure de la section le long de la fibre se fait a posteriori c’est-à-dire une fois que
la fibre est fabriquée. L’idée serait de mettre en place un dispositif pouvant permettre
de mesurer et de corriger l’homogénéité de la structure de la section de fibre durant sa
fabrication par un principe d’asservissement.
Le présent manuscrit de thèse se range dans le domaine de l’exploitation, par les
capteurs optiques répartis, de la diffusion Brillouin stimulée.

Ce travail se répartit comme suit.

Le chapitre 1 présente les fibres à cristaux photoniques en soulignant leurs atouts


par rapport aux fibres conventionnelles. Leur origine et les différents types de propagation
dans ces fibres à savoir par réflexion totale interne modifiée et par bande interdite pho-
tonique sont exposés. Nous présentons ensuite quelques-unes des fibres microstructurées
que nous avons utilisées. Il s’agit de fibres utilisant la propagation par réflexion totale
interne modifiée.

2
INTRODUCTION

Dans ce chapitre, nous présentons également la manière dont nous vérifions le ca-
ractère monomodal optique de nos fibres microstructurées. Une section a été consacrée à
la modélisation des fibres microstructurées et les différentes techniques d’épissures.

Le chapitre 2 est consacré à l’étude de l’interaction acousto-optique dans les fibres


optiques. La diffusion Brillouin très étudiée dans la littérature, fera l’objet d’une attention
particulière. Les différents paramètres impliqués dans cette interaction seront exposés. A
travers l’étude des modes acoustiques transverses, nous montrerons l’influence de la polari-
sation de l’onde optique incidente sur l’excitation des différents types de modes acoustiques
transverses. Nous proposons également des pistes à explorer pour le calcul et l’estimation
des fréquences des modes acoustiques transverses dans les fibres à cristaux photoniques.
Pour ce faire, nous faisons tout d’abord l’état de l’art sur les modes acoustiques en général
puis sur les modes acoustiques transverses dans les fibres microstructurées en particulier.

Réaliser des capteurs répartis peut se faire par l’utilisation des techniques de réflec-
tométrie.
Le chapitre 3 s’intéresse donc à l’une des techniques de réflectométrie utilisant la
diffusion non linéaire Brillouin. Il s’agit du BOTDR (Brillouin Optical Time Domain
Reflectometry). En commençant par une présentation du principe de réflectométrie et de
ses variantes, nous nous attarderons sur la réflectométrie Brillouin. Le banc expérimental
que nous avons développé sera détaillé puis comparé au principe du BOTDR classique.
Afin de valider ce banc, plusieurs mesures seront réalisées sur la fibre à dispersion décalée
(Dispersion-Shifted Fibre) en raison de la richesse de son spectre Brillouin. Ensuite, les
différentes techniques de traitement de signal utilisées pour extraire les informations de
nos mesures, seront détaillées.
Comme toute technique, le BOTDR présente des limites. C’est la raison pour la-
quelle nous consacrons le chapitre suivant à une autre technique qu’est l’analyse Brillouin.

Le chapitre 4 expose les techniques que nous avons utilisées pour pallier les pro-
blèmes liés au BOTDR. Nous avons développé un nouvel outil d’analyse Brillouin BOTDA
(Brillouin Optical Time Domain Analysis) optimisé pour observer avec précision les modes
de gaine Brillouin. D’une part, des puissances relativement faibles sont suffisantes pour
l’analyse Brillouin puisque nous utilisons une technique pompe-sonde nécessitant l’utili-
sation des deux extrémités de la fibre. D’autre part, ce nouvel outil permet une analyse
vectorielle complète des modes Brillouin puisque nous utilisons aussi la partie imaginaire
des signaux démodulés. Grâce à cet outil, la dépendance des modes acoustiques dans une
fibre microstructurée par rapport à la variation de son diamètre de cœur a été démontrée.

3
INTRODUCTION

Bibliographie
[1] L. Brillouin, “Diffusion de la lumière et des rayons par un corps transparent homo-
gène.” Ann. Phys., no. 17, pp. 88–122, 1922.
[2] A. B. Grudinin, D. J. Richardson, and D. N. Payne, “Passive harmonic modelocking
of a fibre soliton ring laser,” Electron. Lett., vol. 29, no. 21, pp. 1860–1861, 1993.
[3] E. Picholle and A. Picozzi, “Guided-acoustic-wave resonances in the dynamics of a
stimulated Brillouin fiber ring laser,” Opt. Commun., vol. 135, no. 4–6, pp. 327–330,
1997.
[4] R. M. Shelby, M. D. Levenson, and P. W. Bayer, “Guided acoustic-wave Brillouin
scattering,” Phys. Rev. B, vol. 31, no. 8, pp. 5244–5252, 1985.

4
CHAPITRE

LES FIBRES À CRISTAUX


PHOTONIQUES

In the longer term, Photonic Crystal Fibres (PCF) could become the vehicle
of choice in long-haul optical communications networks.
Philip Russell

Sommaire
1.1 Bref aperçu de la fibre optique . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.2 Les fibres à cristaux photoniques . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
1.2.1 La propagation par réflexion totale interne modifiée . . . . . . 13
1.2.2 La propagation par bande interdite photonique . . . . . . . . . 16
1.2.3 La présentation des PCF utilisées . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
1.2.4 Les paramètres importants des PCF . . . . . . . . . . . . . . . 20
[Link] L’indice de réfraction . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
[Link] L’atténuation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
[Link] L’aire effective optique . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
[Link] L’ouverture numérique . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
[Link] La fréquence normalisée . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
[Link] La dispersion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
[Link] Les interactions onde-matière . . . . . . . . . . . . . . 32
1.2.5 Les applications des PCF . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
1.3 Modélisation des fibres à cristaux photoniques . . . . . . . . . 38
1.4 Techniques d’épissures des fibres microstructurées . . . . . . 40
1.5 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45

7
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

Depuis très longtemps, la lumière servait déjà comme moyen de communication.


Toutefois, le manque d’un milieu adéquat limitait les progrès des télécommunications
optiques. Et il a fallu attendre l’année 1910 pour que Hondros et al. [1] démontrent de
manière analytique qu’un champ magnétique transverse à symétrie circulaire peut être
guidé par un diélectrique de forme cylindrique placé en espace libre. L’idée d’utiliser des
fibres de verre pour les communications, devint une réalité dans les années 1960.
Les télécommunications ont connu un essor sans précédent avec l’avènement des
fibres optiques. La découverte du maser puis du laser en 1962 a largement contribué au
développement des technologies basées sur les fibres optiques. Avec une forte atténuation
de l’ordre de 100 dB/km au départ, la fibre optique standard appelée "single mode fibre
SMF 28" a, de nos jours, une atténuation inférieure à 0,2 dB/km.
Outre la fibre optique standard, l’imagination et l’ingéniosité des chercheurs condui-
sirent à la mise au point d’autres types de fibres optiques dont les fibres à cristaux pho-
toniques qui ne cessent de révéler leurs innombrables atouts.
Le but de ce chapitre est de présenter cette nouvelle génération de fibres et leur
utilisation dans le cadre de cette thèse.

1.1 Bref aperçu de la fibre optique


Une fibre optique standard est formée de deux guides cylindriques et concentriques
ayant tous deux le même axe de révolution. Le guide intérieur est le cœur au travers
duquel la lumière se propage ; l’enveloppe cylindrique extérieure (figure 1.1), d’indice de
réfraction (cf paragraphe [Link]) plus petit que celui du cœur, garantit, sous certaines
conditions, le guidage de la lumière dans ce dernier. Le fait qu’un milieu diélectrique
transparent puisse guider la lumière si son indice de réfraction est supérieur à celui de son
environnement extérieur, avait déjà été démontré en 1854 par le physicien irlandais John
Tyndall, auteur de la première démonstration scientifique du principe de réflexion totale
de la lumière. Injectant un rayon lumineux dans un jet d’eau grâce à une lentille, il montra
qu’en modifiant la direction du jet d’eau, la trajectoire de la lumière se trouvait changée 1 .
La silice (Si02 ), matériau de base des fibres en verre a, des années durant, constitué un
facteur limitant en raison de son insuffisante transparence au rayonnement lumineux du
proche infrarouge et de l’infrarouge.
Dans les verres à base de silice, l’énergie des phonons d’une part et les impuretés
intrinsèques et extrinsèques d’autre part, étaient en effet à l’origine des affaiblissements
linéiques importants. L’élaboration de verre de silice de très haute pureté a permis d’amé-
liorer la transparence de la fibre et ce principalement dans le domaine du proche infrarouge,
c’est-à-dire le domaine de fonctionnement des sources lasers à semi-conducteurs.

En 1966, Charles Kuen Kao, avait déjà avec son collègue Hockam [2] réalisé la
première fibre optique en silice en la proposant comme milieu de propagation. L’atténua-
tion à la longueur d’onde de 850 nm était de l’ordre de 100 dB pour 1 km de fibre. Dans
la même année en France, un article fut publié sur la propagation de la lumière cohérente
dans les fibres optiques [3]. Kao et Hockam avaient affirmé que si l’atténuation de la
fibre pouvait être réduite à 20 dB/km pour des longueurs d’onde dans le visible ou le

1. Science & Vie, N˚1089 de juin 2008.

8
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

cœur gaine gaine de protection

Figure 1.1 – Les différentes parties d’une fibre optique standard (conventionnelle).

proche infrarouge, alors les télécommunications optiques pouvaient être développées. En


1970, elle baissait à 20 dB/km et Kapron et al. [4] démontrèrent que l’atténuation était
déjà assez faible pour envisager de propager de l’information sur de longues distances.
Quelques années plus tard, en 1979, la fibre en silice a été débarrassée de la plupart de ses
impuretés (ions OH− et ions métalliques). L’affaiblissement, mesuré cette fois à 1550 nm,
atteignait 0,2 dB/km. Actuellement, on est plutôt à 0,166 dB/km (valeur obtenue au la-
boratoire par la firme japonaise Sumitomo). Cette valeur est considérée comme la limite
intrinsèque de la silice. L’affaiblissement spectral de la fibre en silice, dans la plage des
longueurs d’onde couvrant le domaine 850 nm à 1550 nm est alors principalement régi par
la diffusion Rayleigh, diffusion due aux fluctuations thermiques induites dans le matériau.
Le coefficient d’affaiblissement linéique de la diffusion Rayleigh est donné par :

8π 3  2 
α 0Ray = n − 1 kTK (1.1)
3λ4
avec α 0Ray en m-1 , λ la longueur d’onde optique (en m), n l’indice de réfraction du ma-
tériau, k le coefficient de Boltzmann, T la température (en K) et K la compressibilité
isothermique (en Pa-1 ).

La grande transparence des fibres optiques en silice dans le proche infrarouge a


conduit, dans les années 1990, à l’utilisation massive de la fibre optique comme milieu de
propagation "préféré" dans les transmissions à haut débit terrestres et sous-marines. Elle
a permis aussi de réaliser de nouveaux composants passifs tels des coupleurs, des filtres
mais aussi des composants actifs à l’instar des fibres dopées à l’Erbium, qui sont à la
base de la réalisation de la plupart des amplificateurs optiques. D’autres composants à
base de fibres étaient alors proposés sur le marché, faisant de la fibre un excellent milieu
de propagation. La fibre est à la fois un composant passif et actif, intéressant pour le
traitement optique de l’information et des signaux mais aussi utile dans la fabrication des
coupleurs, amplificateurs et capteurs optiques [5]. C’est son usage en tant que capteur qui
nous intéresse dans cette thèse.
Les fibres optiques utilisées comme capteurs le sont de deux manières. La première
catégorie de fibres est utilisée pour transporter et transformer le signal c’est-à-dire l’in-
formation provenant de la zone sensible (zone externe à la fibre). La seconde catégorie,
quant à elle, regroupe les fibres qui constituent elles-mêmes le capteur. Dans ce cas, ce
sont les propriétés de la fibre qui éventuellement, modifiées, permettent de remonter aux
informations à étudier, faisant d’elle un capteur réparti.
Les fibres à cristaux photoniques viennent compléter la liste des différents types de

9
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

fibres.

1.2 Les fibres à cristaux photoniques


Les fibres optiques conventionnelles ont révolutionné les technologies de l’informa-
tion. Notre quotidien s’en trouve amélioré. Malgré les propriétés déjà extraordinaires des
fibres optiques (large bande passante, faible atténuation permettant l’utilisation de moins
de répéteurs pour la régénération et la réamplification du signal optique, . . . ), certaines
faiblesses subsistent. Par exemple, avoir une dispersion nulle sur une large plage de fré-
quences ou à une longueur d’onde voulue n’est pas réalisable. Certains effets non linéaires
comme la diffusion Brillouin apparaissent et sont difficiles à éliminer. Aussi est-il im-
possible de fabriquer une fibre optique conventionnelle qui sera monomode à toutes les
longueurs d’onde. Tous ces obstacles (et encore bien d’autres) sont en passe d’être dépas-
sés grâce à la technologie émergente des fibres à cristaux photoniques.

En électronique, l’existence des bandes de conduction et de valence séparées par les


bandes interdites (figure 1.2) où aucun électron ne peut se retrouver, est bien connue.
L’analogie en électromagnétisme sera faite par Yablonovitch dont les travaux [6] ont
montré qu’il peut aussi exister des bandes interdites ou "fréquences interdites" si la struc-
turation d’un diélectrique est périodique. Comme les électrons, les photons ne peuvent
donc pas se propager dans un matériau si leur énergie tombe dans les bandes interdites.

Energie
électronique

bande de 0000
1111
conduction

1111111111111
0000000000000
0000000000000
1111111111111 11111111111111
00000000000000
0000000000000
1111111111111
11111111111111111 00000000000000
11111111111111
bande 00000000000000000 00000000000000
11111111111111
0000000000000
1111111111111 00000000000000
11111111111111
0000000000000
1111111111111
interdite
0000000000000
1111111111111
1111111111111
0000000000000 11111111111111
00000000000000
0000000000000
1111111111111

bande de0000
1111
valence

Isolant (diélectrique) Semi-conducteur Conducteur

Figure 1.2 – Les bandes interdites en électronique.

En d’autres termes, dans un matériau diélectrique dont les éléments constituants


sont périodiquement arrangés avec une période d’un ordre de grandeur de la longueur
d’onde du signal optique [7], il est possible d’empêcher la propagation de la lumière à
certaines fréquences (ou longueurs d’onde) ; et cela indépendamment de la direction de
propagation et de la polarisation de l’onde optique. L’impossibilité, pour le signal optique,

10
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

de se propager à certaines fréquences n’est pas due à l’absorption du matériau mais uni-
quement à la périodicité d’arrangement de la structure de ce dernier. Cette périodicité
peut être à une dimension (1 D), deux dimensions (2 D) (figure 1.3) ou même trois dimen-
sions (3 D). La périodicité 1 D correspond au miroir de Bragg et se comporte comme un
filtre diélectrique multicouche. On peut donc parler d’une généralisation de la réflexion
de Bragg.

a) 1 D b) 2 D

Figure 1.3 – La périodicité dans un cristal photonique et son équivalence dans une fibre
optique a) à une dimension (1 D) - b) à deux dimensions (2 D). La figure a été réalisée
en s’inspirant de la référence [8].

En se comportant comme un filtre à interférence, la succession de couches d’indices


de réfraction différents laisse passer certaines fréquences en en bloquant d’autres. C’est
l’ensemble de ces fréquences auxquelles la propagation est supprimée, qui forment les
"bandes interdites". On parle de bande interdite photonique. Cette découverte s’observe
dans le monde qui nous entoure. En effet, dans la nature la couleur de certaines espèces
aquatiques, d’insectes, d’oiseaux et de papillons a une origine purement physique : il s’agit
des interférences qui conduisent au filtrage de certaines fréquences aussi bien dans le visible
que dans l’infrarouge grâce à la microstructure périodique de leur peau, ou enveloppe (fi-
gure 1.4). Les couleurs verte et bleue respectives des papillons Papilio palinurus et Papilio
ulysses s’expliquent par la périodicité de l’ordre du micromètre (µm) de la microstructure
de leurs ailes [9].

C’est le cas de beaucoup d’autres papillons dont le plus connu est le Morpho rhe-
tenor qui a fait l’objet de plusieurs études [9–13]. Quelques illustrations sont résumées
(figure 1.5). Ces différentes structures photoniques "naturelles" vont fortement influencer
et inspirer les chercheurs dans le développement de la photonique et de ses applications
technologiques.

11
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

1)

2)

Figure 1.4 – La couleur des papillons et la structure de leurs ailes. 1) Le papillon Papilio
palinurus de couleur verte et la mise en évidence de la microstructure de son aile avec
un agrandissement progressif jusqu’à l’échelle de 1 µm. 2) Le papillon Papilio ulysses de
couleur bleue et la mise en évidence de la microstructure de son aile avec un agrandis-
sement progressif jusqu’à l’échelle de 1 µm. Les agrandissements ont été réalisés grâce au
microscope électronique à balayage (MEB) d’après la référence [10].

Figure 1.5 – L’importance de la microstructure sur la couleur de certains papillons.


a) La couleur bleue du papillon Morpho rhetenor - b) et c) Les images au microscope
électronique à transmission montrant différentes structures dépendant de l’intensité de la
couleur - d) Image au microscope électronique à balayage du papillon Papilio palinurus
révélant deux couleurs e) bleue et jaune d’après la référence [13].

Ainsi, dès 1991, Philip Russell de l’université de Bath (Royaume Uni) suggéra
l’utilisation de la fibre à cristaux photoniques dont la première fabrication ne sera pos-
sible qu’en 1996 [14, 15]. La section transverse de ces fibres possède une périodicité 2 D
(figure 1.3-b). L’idée de microstructurer la section des fibres avait déjà vu le jour vingt
ans auparavant [16] mais sans réalisation possible. Les fibres microstructurées permettent

12
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

ainsi de concevoir d’autres manières de propager de la lumière dans un guide. Il est de plus
possible de modéliser ces fibres avec une parfaite maîtrise de leurs valeurs de dispersion
et de non-linéarités dans la mesure où cela est réalisable. Avant l’avènement des fibres à
cristaux photoniques, la propagation de la lumière confinée dans l’air n’était pas possible
ni envisageable car l’indice de réfraction de l’air est proche de 1. La théorie des bandes
interdites photoniques a permis de démontrer qu’un milieu de plus faible indice de réfrac-
tion peut très bien confiner la lumière et la propager [17]. Réaliser une fibre monomode
à toutes les longueurs d’onde devint une réalité [18]. Ces fibres encore appelées "fibres
à trous", "fibres à bandes interdites photoniques" ou "fibres microstructurées", trouvent
des applications dans les télécommunications, le domaine des capteurs fibrés ainsi que de
l’optique non linéaire.

Les fibres optiques microstructurées peuvent être classées en deux grandes catégo-
ries (tableau 1.1) selon le mécanisme de propagation de la lumière dans la fibre. Il s’agit
des fibres utilisant le concept de bande interdite photonique (souvent des fibres à cœur
creux ou à cœur solide d’indice de réfraction inférieur à celui de la gaine [19, 20]) encore
appelées fibres à cœur de bas indice et celles utilisant le principe de réflexion totale in-
terne modifiée encore appelées fibres à cœur de haut indice par analogie aux fibres optiques
conventionnelles. Dans la première catégorie, le caractère périodique de la microstructure
peut aider à la propagation dans la fibre tandis qu’il n’est guère nécessaire pour la se-
conde [21].

Les fibres microstructurées


Les fibres à bandes interdites photoniques Les fibres à réflexion totale
(à cœur de bas indice) interne modifiée (à cœur de haut indice)
A cœur solide A cœur creux A grande Fortement A grande
ouverture numérique non linéaires aire effective

Tableau 1.1 – Les différentes catégories de fibres microstructurées.

Dans cette thèse, nous nous intéresserons d’une part à la fibre à dispersion décalée
(Dispersion-Shifted Fibre : DSF) parce qu’elle présente plusieurs modes dans le spectre
Brillouin. D’autre part, les fibres microstructurées à cœur solide dont l’indice de réfrac-
tion est supérieur à celui de la gaine seront étudiées. Ce choix est lié au fait que nous ne
disposons que des fibres à cœur solide pour les mesures.

1.2.1 La propagation par réflexion totale interne modifiée


La propagation par réflexion totale interne, comme son nom l’indique, a lieu quand
l’indice de réfraction du cœur est supérieur à celui de la gaine. C’est le principe utilisé dans
les fibres optiques conventionnelles. Puisque la gaine d’une fibre à cristaux photoniques,
est composée d’un ensemble de trous d’air (ou de trous "solides" faits d’un autre type de
verre ou de matériau [22]) et d’interstices en verre, son indice de gaine est une moyenne
des indices des différents matériaux constituant la gaine, d’où le qualificatif "modifiée"
ajouté au terme réflexion totale interne.

13
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

ng

n ck k⊥

nc β
cœur

gaine

a) Condition de propagation dans une fibre optique conventionnelle

nF SM

n ck k⊥
nc β
cœur

gaine

b) Condition de propagation dans une fibre optique microstructurée

Figure 1.6 – a) La réflexion totale interne : ng k < β < nc k soit ng < β/k < nc
- b) La réflexion totale interne modifiée : nF SM < nef f < nc . nc désigne l’indice de
réfraction du cœur de la fibre tandis que ng et nF SM (FSM pour Fundamental Space-
filling Mode) représentent l’indice de réfraction de la gaine respectivement pour une fibre
conventionnelle et une fibre à cristaux photoniques, k est le nombre d’onde avec k⊥ sa
composante transverse et β la constante de propagation.

Les fibres à cristaux photoniques utilisant ce concept sont celles à cœur solide entouré
de couronnes (réseau) de trous qui jouent le rôle de la gaine d’indice de réfraction inférieur
à celui du cœur : ce qui permet de respecter le principe de réflexion totale.
La figure 1.6 illustre les réflexions totales interne et interne modifiée. nc désigne
l’indice de réfraction du cœur de la fibre tandis que ng et nF SM (FSM pour Fundamental
Space-filling Mode) représentent l’indice de réfraction de la gaine respectivement pour une
fibre conventionnelle et une fibre à cristaux photoniques. FSM désigne le mode optique
fondamental de la gaine photonique supposée infinie et en l’absence du cœur. β désigne
la constante de propagation et correspond à un mode de propagation. C’est aussi la
composante commune suivant l’axe de propagation des vecteurs d’onde. Dans le cas de la
propagation par réflexion totale interne, la condition à vérifier est :
ng k < β < nc k soit ng < β/k < nc (1.2)
avec k = 2πλ
, le nombre d’onde et λ la longueur d’onde.
β/k sera appelé nef f , l’indice effectif de mode. Un mode sera guidé si son indice
respecte l’équation (1.2).

Contrairement au mécanisme de propagation dans les fibres conventionnelles où l’on


définit l’indice de gaine (ng ) constant, c’est nF SM qui représente l’indice de gaine pour

14
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

une fibre microstructurée.


Par analogie donc, la propagation par réflexion totale interne modifiée exige :

nF SM < nef f < nc (1.3)

nF SM équivaut donc à la valeur maximale que peut prendre l’indice de réfraction de


la gaine de la fibre microstructurée.
La nouveauté réside dans le fait que nF SM dépend de la longueur d’onde optique.
Et toute la complexité de la modélisation des fibres à cristaux photoniques réside dans le
calcul des valeurs de nF SM et de nef f en fonction de la structure transverse de la fibre
photonique (Photonic Crystal Fibre : PCF) et de la longueur d’onde optique. Ce calcul
se fait par une résolution numérique (cf section 1.3) ou grâce à l’utilisation d’expressions
empiriques déduites de simulation numérique.
Le diamètre de cœur de ces fibres à cristaux photoniques peut être choisi à dessein :
l’augmenter au maximum atténue les effets non linéaires tout en gardant la fibre mono-
mode pour des applications lasers [23] par exemple ; le réduire par ailleurs, exalte les effets
non linéaires conduisant par exemple à la génération de supercontinuum [24].

Les paramètres géométriques d, Λ de la fibre (figure 1.7), représentant respective-


ment le diamètre des trous (supposé constant) et la distance inter-trous,
! permettent de
d
définir le régime de fonctionnement infiniment monomode < 0, 4 [18] ou multimode
Λ
de la fibre.

d
Cœur

Région de la gaine

Figure 1.7 – La section transverse d’une fibre optique microstructurée. Les trous pos-
sèdent un indice de réfraction inférieur à celui de la matrice. La gaine est constituée par
les couronnes de trous. d et Λ représentent respectivement le diamètre des trous et la
distance inter-trous.

La détermination du domaine
! de monomodalité a fait l’objet d’intenses
d
recherches [25] < 0, 424 dont les résultats s’équivalent à quelques détails près.
Λ

15
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

d et Λ sont du même ordre de grandeur que la longueur d’onde λ et sont importants


dans l’étude des fibres à trous.

1.2.2 La propagation par bande interdite photonique

C’est en 1998 [17] que la propagation dans une fibre par bande interdite photonique
a été démontrée. Le caractère innovant des fibres microstructurées provient de ce type de
propagation puisque le signal optique est confiné dans une fibre à cœur creux dont l’indice
de réfraction est inférieur à celui de la gaine, contrairement à la propagation par réflexion
totale interne modifiée.
En fonction de la longueur d’onde du signal optique, les trous peuvent se comporter
comme le milieu de propagation ou s’opposer à la propagation, agissant ainsi comme un
filtre, et ce en fonction des dimensions de la microstructure de la fibre. Ces dernières offrent
une facilité pour contrôler et ajuster la dispersion chromatique de la fibre, le diamètre de
mode ainsi que d’autres paramètres.
L’arrangement périodique des trous de la gaine autour du trou central entraîne
la résonance à une fréquence donnée dont la valeur dépend du diamètre des trous (de la
gaine) qui est en général constant. Le mode associé à cette fréquence de résonance ne peut
pas se propager dans la gaine, et se trouve donc confiné dans le cœur où il se propage.
Il est possible d’augmenter le nombre de fréquences de résonance, d’augmenter dans le
même temps la bande passante de transmission de la fibre et de diminuer sa dispersion
en faisant varier de manière progressive le diamètre des trous de la gaine [26].
Remarquons que les fibres utilisant le principe de propagation par bande interdite
photonique, offrent un éventail plus large de possibilités d’applications que les autres
types de fibres microstructurées. Elles peuvent, par exemple, permettre des transmissions
de fortes puissances. Les nombreux avantages qu’elles offrent, sont :
– une grande proportion de l’intensité lumineuse (jusqu’à 95%) peut être localisée
dans le cœur creux,
– l’interaction plus faible entre la lumière et la silice réduit le seuil de dommage,
– comme il n’y a plus de silice dans le cœur, les pertes par diffusion Rayleigh sont
limitées,
– la possibilité de remplissage du cœur avec un liquide pour augmenter les interac-
tions non linéaires.
En dépit de ces avantages, la zone de transmission de la fibre est réduite à cause de
l’apparition des modes de surface.

Ce manuscrit n’abordera pas les fibres utilisant ce mécanisme de propagation.

Le tableau ci-après compare les deux principaux mécanismes de propagation dans


les fibres à cristaux photoniques.

16
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

Mécanisme Bande interdite photonique Réflexion totale in-


terne
Cœur Solide Creux Solide
d2
Quelconque > 0, 9 Petit ou grand
Λ
Importance de Oui Oui Non
la périodicité des
trous

Tableau 1.2 – La comparaison des deux principaux mécanismes de propagation dans les
PCF.

Comme nous l’avions mentionné dans l’introduction générale, notre travail concerne
les modes de résonance acoustique dans les fibres optiques. Dans le but d’utiliser ces
modes acoustiques pour des applications capteurs ou de caractérisation de la structure de
la section d’une fibre à cristaux photoniques, il nous faut vérifier le caractère monomodal
(optique) de notre fibre microstructurée ainsi que la force du couplage entre les modes
optiques et acoustiques [27].
Le choix d’une fibre monomode à notre longueur d’onde de travail, nous assure que
les éventuelles variations dans nos mesures ne sont pas dues à l’existence de plusieurs
modes optiques mais à l’interaction du mode optique fondamental avec divers modes
acoustiques. L’importance du choix d’une fibre monomode pour des applications capteurs
a été bien détaillée [28]. L’étude du couplage acousto-optique implique donc de prêter
attention aux modes optiques dans les fibres photoniques utilisées. Par conséquent, la
suite de ce chapitre sera consacrée à l’étude de la propagation optique dans les fibres
photoniques. Pour ce faire, nous procéderons comme suit :
– nous travaillerons uniquement avec des fibres photoniques utilisant le mécanisme
de propagation par réflexion totale interne modifiée,
– nous vérifierons le caractère monomodal de nos fibres (pour des longueurs d’onde
optique de travail comprises entre 1548 nm et 1550 nm),
– il faut aussi que les fibres choisies ou modélisées soient techniquement réalisables
et aient des pertes d’insertion (somme de toutes les pertes : intrinsèques, par
confinement, . . . ) acceptables.
Pour ce faire, certains paramètres de la fibre méritent d’être étudiés.

Dans la suite, nous présenterons tout d’abord les fibres microstructurées que nous
avons utilisées durant notre recherche puis leurs paramètres importants.

1.2.3 La présentation des PCF utilisées


Comme déjà mentionné, nous nous sommes intéressés aux fibres à cœur solide uti-
lisant le mécanisme de réflexion totale interne modifiée. Nous regroupons ces fibres en
deux classes : celles avec des diamètres de cœur supérieurs à 2 µm que nous appellerons
dans la suite les "fibres à gros cœur" et les autres baptisées "fibres à petit cœur". Ces fibres
ont été fabriquées dans notre laboratoire par l’Institut de Recherche sur les Composants
d
2. Remarquons que est toujours inférieur à 1 : c’est la condition d’existence de la microstructure.
Λ

17
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

logiciels et matériels pour l’Information et la Communication Avancée (IRCICA). Les


valeurs de certaines de leurs caractéristiques (aire effective, diamètre de mode, l’indice
de mode effectif, l’indice de gaine, l’ouverture numérique, les pertes d’épissure) seront
calculées à la longueur d’onde de 1550 nm et comparées entre elles.

Les images prises au microscope électronique à balayage (MEB), des sections trans-
verses respectives de quelques-unes de ces fibres sont présentées (tableaux 1.3, 1.4 et 1.5).
Dans le terme "TXXXA" utilisé pour désigner les fibres, T signifie tirage, XXX le numéro
du tirage et A ou B désigne pour un même tirage, différents paramètres utilisés. aef f
représente le rayon effectif du cœur de la fibre (équation (1.8)). Contrairement à la fibre
conventionnelle à saut d’indice, il est différent du rayon du cercle formé par le cœur.

T794A T797A

d (µm) 2,37 2,25


Λ (µm) 3,61 4,14
d
0,66 0,54
Λ
aef f (µm) 2,18 2,96
α (dB/km) 8 dB/km @ 1550 nm 9 dB/km @ 1550 nm

Tableau 1.3 – Les images au MEB des sections transverses des PCF à gros cœur utilisées
et leurs caractéristiques opto-géométriques. Dans le terme "TXXXA" utilisé pour désigner
les fibres, T signifie tirage, XXX le numéro du tirage et A ou B désigne pour un même
tirage, différents paramètres utilisés. aef f représente le rayon effectif du cœur de la fibre. Il
est différent du rayon du cercle formé par le cœur. α désigne le coefficient d’affaiblissement
de la fibre.

18
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

T452A T625B

d (µm) 1,77 2,54


Λ (µm) 3,89 4,1
d
0,45 0,62
Λ
aef f (µm) 2,18 2,96
α (dB/km) 1,9 dB/km @ 1550 nm 5,1 dB/km @ 1550 nm

Tableau 1.4 – Les images au MEB des sections transverses des PCF à gros cœur utilisées
et leurs caractéristiques opto-géométriques. Dans le terme "TXXXA" utilisé pour désigner
les fibres, T signifie tirage, XXX le numéro du tirage et A ou B désigne pour un même
tirage, différents paramètres utilisés. aef f représente le rayon effectif du cœur de la fibre. Il
est différent du rayon du cercle formé par le cœur. α désigne le coefficient d’affaiblissement
de la fibre.

19
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

T510A T510B

d (µm) 0,9 2,48


Λ (µm) 1,18 2,25
d
0,76 1,1
Λ
aef f (µm) 0,74 0,88
α (dB/km) 200 120

Tableau 1.5 – Les images au MEB des sections transverses des PCF à petit cœur utilisées
et leurs caractéristiques opto-géométriques. Dans le terme "TXXXA" utilisé pour désigner
les fibres, T signifie tirage, XXX le numéro du tirage et A ou B désigne pour un même
tirage, différents paramètres utilisés. aef f représente le rayon effectif du cœur de la fibre. Il
est différent du rayon du cercle formé par le cœur. α désigne le coefficient d’affaiblissement
de la fibre.

Au chapitre 2, lors de l’étude des modes acoustiques transverses, nous focaliserons


notre attention sur les quelques PCF qui offrent des résultats intéressants en termes de
couplage acousto-optique.

1.2.4 Les paramètres importants des PCF


Les fibres optiques, en général, sont caractérisées par des paramètres opto-géométriques.
Nous en présentons succinctement les plus importants dans le cas des fibres convention-
nelles puis calculons leurs expressions pour les fibres microstructurées.

20
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

[Link] L’indice de réfraction


La propagation de la lumière dans le vide se fait à une certaine vitesse c (= 3. 108
m/s) supposée constante. Si ce vide est remplacé par de la matière, cette vitesse est réduite
(cm ) à cause des interactions avec la matière. Le rapport entre les vitesses de la lumière
dans le vide et dans le matériau (supposé homogène) est nommé indice de réfraction (n).
Il dépend du type de matériau et de la longueur d’onde de la lumière dans le matériau.
c
n= (1.4)
cm
Dans une fibre optique conventionnelle, la variation de n dans la section transversale
de la fibre permet de définir deux principaux types de profils d’indice : à saut d’indice et
à gradient d’indice. Le profil à gradient d’indice permet d’améliorer la bande passante de
la fibre pouvant aller jusque 50 THz. Dans ce cas, l’indice n est maximal sur l’axe de la
fibre et diminue au fur et à mesure que l’on s’en éloigne [29].
Le cœur des fibres conventionnelles, bien que constitué de silice (SiO2 ), est souvent
dopé au Germanium (GeO2 ). La différence d’indice de réfraction entre le cœur et la gaine
est très faible, de l’ordre de 0,01 [30] voire plus faible.

Dans les fibres à cristaux photoniques - en l’occurrence celles à cœur solide utilisant
le mécanisme de réflexion totale interne modifiée - l’indice de réfraction du cœur (nc )
est simplement celui du matériau dont est composé le cœur. Dans ce manuscrit, nous
considérons la matrice de la fibre comme étant constituée de silice c’est-à-dire nc = 1, 45.
Par ailleurs, les valeurs de nef f et nF SM (équation (1.3)) s’obtiennent par une ré-
solution numérique. Saitoh et al. [31] ont proposé des formules analytiques empiriques
permettant de calculer nef f et nF SM avec une précision de près de 99% pour λ/Λ < 2.
Dans nos simulations, nous avons besoin de donner une valeur initiale à nef f , celle-ci sera
donc estimée par ces expressions empiriques. En utilisant le formalisme développé dans
l’article [31], la fréquence normalisée V (cf paragraphe [Link]) est donnée par :

2π q √
V = aef f n2c − n2F SM = U 2 + W 2 (1.5)
λ
avec
2π q
U = aef f n2c − n2ef f (1.6)
λ
2π q
W = aef f n2ef f − n2F SM (1.7)
λ
et [32] :
Λ
aef f = √ (1.8)
3
le rayon effectif du cœur ; il suffit de calculer de façon empirique V par :

!
λ d A2
V , = A1 + (1.9)
Λ Λ 1 + A3 eA4 λ/Λ
!bi1 !bi2 !bi3
d d d
Ai = ai0 + ai1 + ai2 + ai3 (1.10)
Λ Λ Λ

21
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

Et W par :

!
λ d B2
W , = B1 + (1.11)
Λ Λ 1 + B3 eB4 λ/Λ
!di1 !di2 !di3
d d d
Bi = ci0 + ci1 + ci2 + ci3 (1.12)
Λ Λ Λ

Les coefficients ai0 , aij , bij , ci0 , cij , dij (i = 1 à 4, j = 1 à 3) sont donnés au ta-
bleau 1.6.

i 1 2 3 4
ai0 0,54808 0,71041 0,16904 -1,52736
ai1 5,00401 9,73491 1,85765 1,06745
ai2 -10,43248 47,41496 18,96849 1,93229
ai3 8,22992 -437,50962 -42,4318 3,89
bi1 5 1,8 1,7 -0,84
bi2 7 7,32 10 1,02
bi3 9 22,8 14 13,4
ci0 -0,0973 0,53193 0,24876 5,29801
ci1 -16,70566 6,70858 2,72423 0,05142
ci2 67,13845 52,04855 13,28649 -5,18302
ci3 -50,25518 -540,66947 -36,80372 2,7641
di1 7 1,49 3,85 -2
di2 9 6,58 10 0,41
di3 10 24,8 15 6

Tableau 1.6 – Les coefficients empiriques d’après [31] utilisés dans les équations (1.10) et
(1.12).

Ensuite, à partir des valeurs de V et W calculées et des équations (1.5) et (1.6) ;


nous déduisons les valeurs des indices effectifs de mode nef f et de gaine nF SM :

!1/2 !1/2
3λ2 (V 2 − W 2 ) 3λ2 (V 2 − W 2 )
nef f = n2c − = 2, 1025 − (1.13)
4π 2 Λ2 4π 2 Λ2
!!1/2 !!1/2
3λ2 V 2 3λ2 V 2
nF SM = n2c − = 2, 1025 − (1.14)
4π 2 Λ2 4π 2 Λ2

[Link] L’atténuation
L’atténuation permet de caractériser toutes les pertes de puissance optique que subit
la lumière pendant sa propagation à travers la fibre. Cette atténuation est causée par les
interactions entre la lumière et son milieu de propagation. Elle dépend du type de matériau
qui compose le milieu et de la longueur L de la fibre. On peut donc écrire :
0
PL = Pin e−α L
(1.15)

22
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

où PL et Pin représentent respectivement les puissances optiques à la sortie et à l’entrée


de la fibre. α 0 désigne le coefficient d’affaiblissement de la fibre en Np/km (Np : Neper)
si L est exprimée en km.
Lorsque ce coefficient α0 est donné en unité logarithmique dB/km, il est désigné par
α, comme dans la relation :
α
PL = Pin 10− 10 L (1.16)
On peut donc écrire :
10 Pin
α= log10 = 4, 343 α 0 (1.17)
L PL
Les origines de l’atténuation sont de deux sortes : les pertes intrinsèques et ex-
trinsèques [33]. Les pertes intrinsèques sont dues au matériau lui-même et ne peuvent
être modifiées à condition de changer de matériau. Il s’agit par exemple de la diffusion
Rayleigh (cf sous-section [Link]) et de l’absorption du matériau à travers les transitions
électroniques et les vibrations moléculaires. Quant aux pertes extrinsèques, elles sont cau-
sées durant le processus de fabrication et peuvent donc théoriquement être améliorées. Il
s’agit des pertes par courbure qui regroupent les pertes dues aux microcourbures et aux
macrocourbures (estimées à A−1 ef f [34], Aef f étant l’aire effective optique (équation (1.18)).
Dans les fibres optiques microstructurées, elles sont appelées les pertes par confinement.
Ces pertes sont dues au fait que le mode redevient propagatif dans la gaine de silice exté-
rieure à la microstructuration. Dans le cas de notre travail, ce sont ces pertes qui vont être
les plus significatives pour les PCF de diamètre de cœur inférieur à 2 µm. Pour une valeur
de Λ choisie, les pertes par confinement diminuent lorsque d/Λ augmente. A l’opposé, ces
pertes augmentent si le rapport d/Λ augmente mais cette fois-ci pour une valeur de d
choisie. Il y a également les pertes causées par les imperfections aux interfaces cœur-gaine
(silice-air dans notre cas) et les impuretés. Remarquons que les pertes diminuent avec
l’augmentation du nombre de couronnes de trous.
En 1999, les pertes dans une fibre à cristaux photoniques pouvaient descendre jusque
0,28 dB/km à la longueur d’onde de 1,55 µm [35].

[Link] L’aire effective optique


Lorsque la puissance optique est injectée dans la fibre, le champ électrique créé suit
une loi de distribution qui n’est pas uniforme. L’intensité du champ est plus élevée sur
l’axe de la fibre et diminue progressivement quand on s’en éloigne. La plupart des formules
développées considèrent que le mode fondamental de propagation est guidé dans le cœur
de la fibre.
De façon générale, l’aire effective optique est définie par [36] :
R R 2
∞ ~ 2
−∞ |E| dS
Aef f = R R∞ (1.18)
~ 4 dS
|E|
−∞

~ désigne le champ électrique associé à l’onde optique incidente.


E
Dans une fibre optique conventionnelle où E ~ suit approximativement une distribu-
tion gaussienne, cette aire est donnée par [37] :

Aef f = πw2 (1.19)


Dans cette expression, w désigne le rayon de champ de distribution 1/e. Cela signifie
que la valeur du champ électrique à une distance w de l’axe de la fibre est égale à 1/e

23
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

(= 0, 37) [38] de celle du champ électrique sur l’axe. w est également appelé le rayon de
mode de la fibre.
Ce paramètre est très important puisqu’il permet d’évaluer le coefficient non linéaire
d’une fibre. Marcuse a établi [39] une formule liant le rayon r du cœur d’une fibre à son
rayon de mode w en fonction de la fréquence normalisée V (cf paragraphe [Link]) pour
les fibres monomodes.
w 1, 619 2, 879
= 0, 65 + 3/2 + (1.20)
r V V6
où r désigne le rayon du cœur. Dans le cas des fibres multimodes, l’équation est :
s
w 2 0, 23 18, 01
= + 3/2 + (1.21)
r V V V6

Le schéma de l’aire effective est donné (figure 1.8) pour une fibre conventionnelle à
saut d’indice.

Figure 1.8 – Schéma de l’aire effective (pour une fibre à saut d’indice). Pmax représente
la puissance maximale de l’onde optique.

Nous pouvons modéliser les fibres microstructurées que nous utilisons comme des
fibres à saut d’indice dont l’indice de cœur est nc et l’indice de gaine nF SM . Cette approxi-
mation permet d’utiliser les équations (1.20) et (1.21) dans lesquelles r est remplacé par
aef f . La déduction de w conduit au calcul de l’aire effective en utilisant l’équation (1.19).
Rappelons qu’il est possible numériquement d’évaluer Aef f à partir du champ électrique
E~ grâce à l’équation (1.18).

L’aire effective est un paramètre fondamental puisqu’en plus de son importance


pour les non-linéarités, elle intervient dans le calcul de l’ouverture numérique et des pertes
d’épissure [39]. Plus l’aire effective est grande et plus les pertes par courbure sont grandes.

[Link] L’ouverture numérique


La condition de réflexion totale doit être satisfaite pour qu’une onde se propage dans
une fibre optique conventionnelle. Le rayon incident sur la face d’entrée de la fibre, doit
avoir un angle d’incidence de valeur inférieure à un angle critique Φmax . Cet angle, qui est
l’angle d’incidence maximal dans l’air pour lequel le rayon peut totalement se propager
dans la fibre, est une mesure des rayons qui peuvent pénétrer dans la fibre. Tout rayon

24
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

avec un angle d’incidence supérieur à Φmax sera partiellement réfracté dans la gaine de
la fibre, entraînant une perte de la puissance optique. L’ouverture numérique (N A) est
utilisée pour désigner cette caractéristique de la fibre. Elle est liée à Φmax par :

N A = sin(Φmax ) (1.22)

Avec Φmax w arctan (λ/πw) [38].


Le cône d’ouverture décrit par l’entrée de la fibre (figure 1.9), a un angle au sommet
qui est le double de Φmax .

ng

Φ nc

Figure 1.9 – Schéma du cône d’ouverture pour une fibre à saut d’indice. Φ représente la
moitié de l’angle du cône d’ouverture.

Ce cône est d’autant plus grand que la valeur de N A est élevée. Il faut donc tenir
compte de ce paramètre lors d’injection de lumière dans une fibre : celle-ci est capable
de récolter plus de lumière lorsque son ouverture numérique est élevée. Aussi, une grande
N A réduit-elle les pertes liées à la courbure de la fibre. A cause des effets de courbure,
la direction de propagation de chaque rayon change par rapport à l’axe de la fibre. Dans
une fibre optique standard, elle dépend aussi des indices de réfraction du cœur et de la
gaine par :

N A(r) = nc (r)2 − n2g = nc 2∆
q
(1.23)
Avec ng et nc respectivement les indices de la gaine et du cœur.
Ces résultats sont basés sur l’optique géométrique qui stipule que chaque rayon
lumineux peut être considéré comme un segment de droite ou une succession de plusieurs
segments de droite. Elle peut être utilisée pour étudier la propagation d’une onde optique
dans un milieu. Chaque chemin suivi par un rayon incident est appelé mode optique. Ce
concept n’est plus valable lorsqu’il s’agit des fibres monomodes dont la taille du diamètre
de cœur est de l’ordre de la longueur d’onde de la lumière : les modes doivent alors être
déterminés à partir des équations de Maxwell.
Ainsi, il a été démontré la faiblesse de l’utilisation de l’optique géométrique [40] dans
la modélisation des fibres optiques. Tous les angles d’incidence inférieurs à l’angle critique
ne permettent pas une propagation dans la fibre, contrairement aux résultats de l’optique
géométrique.
La valeur typique de N A pour la fibre optique standard est 0,18.

Avec l’avènement des fibres optiques microstructurées, plusieurs équipes de cher-


cheurs ont modélisé le paramètre V pour les PCF. La précision des résultats dépend du

25
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

choix de l’une ou l’autre des méthodes. Après un bref aperçu des diverses théories, nous
présentons notre choix.

Pour la classe de fibres microstructurées que nous utilisons, le calcul de N A nécessite


la connaissance de la valeur de nF SM c’est-à-dire ng dans l’équation (1.23). Afin d’estimer
N A sans le calcul de nF SM , nous utilisons la relation trigonométrique :
v
tan (x) 2
u
u
sin(x) = t (1.24)
1 + tan(x)2

Ce qui donne l’expression de l’ouverture numérique :

π Aef f −0.5
 
N A = sin(Φmax ) w 1 + (1.25)
λ2
expression également proposée [41].
Ce paramètre est très important lors de l’épissure d’une fibre à cristaux photoniques
(cf section 1.4).

[Link] La fréquence normalisée


Les propriétés de l’onde optique qui se propage dans un matériau dépendent de l’in-
dice de réfraction (n) du matériau, de la longueur d’onde λ dans le vide, et des dimensions
du milieu de propagation. La fréquence normalisée V est un paramètre adimensionnel qui
combine de manière pratique ces trois variables. Dans une fibre optique conventionnelle
(à saut d’indice), son expression est [42] :
2π q 2
V = r nc − n2g (1.26)
λ
2π √
= r 2∆ (1.27)
λ

= r (1.28)
λ
où r est le rayon du cœur. Ce paramètre qui ne dépend que de la longueur d’onde λ et des
paramètres opto-géométriques de la fibre, permet d’estimer le nombre de modes guidés le
long de la fibre et d’en déduire ainsi son caractère monomode ou multimode. Le nombre
de modes (N ) est approximativement égal à V dans le cas d’une fibre à saut d’indice
et V /2 dans le cas d’une fibre à gradient d’indice. La connaissance de la valeur de V est
capitale en ce sens qu’elle permet de distinguer les fibres monomodes des multimodes. Une
fibre optique conventionnelle est unimodale si V < 2,405 ; V = 2,405 étant la fréquence
normalisée de coupure du premier mode d’ordre supérieur.

Pour les fibres microstructurées utilisant le mécanisme de réflexion totale interne


modifiée, la fréquence V peut être définie de la même manière que précédemment. Rap-
pelons une fois de plus que la périodicité de la zone de gaine n’est pas nécessaire pour le
guidage dans ce genre de fibres. Le plus important est d’avoir une répartition des trous
autour du cœur de la fibre, de manière à créer une gaine d’indice de réfraction inférieur
à celui du cœur. Toutefois, afin de garantir une fibre à cœur unique [43], une structure
périodique sera considérée dans la suite.

26
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

Les premiers à s’attaquer au calcul de V dans les fibres microstructurées furent les
chercheurs de l’équipe de l’université de Bath en Grande Bretagne [14, 15, 18, 43]. Ils ont
considéré de façon arbitraire le rayon de cœur aef f de la PCF (dans l’équation (1.26))
égal à la distance inter-trous Λ et donc :
2π q 2
V = Λ nc − n2F SM (1.29)
λ
Rappelons que nF SM dépend fortement de λ. Cette relation n’est pas entièrement
correcte puisqu’elle surestime de façon erronée la valeur de aef f . Pour définir la zone de
monomodalité, la valeur de V sera prise égale à 2,405.
Quelques années plus tard, l’équipe de Crystal Fibre A/S au Danemark [44] reprit
l’équation (1.29) en considérant nc comme étant égal à nef f , l’indice effectif du mode.
Dans cette nouvelle définition de V :
2π q 2
V = Λ nef f − n2F SM (1.30)
λ
La condition de monomodalité est donnée par V = π.
Les limites de ce raisonnement résident dans deux observations : tout d’abord, le
rayon du cœur a été choisi comme égal à la distance inter-trous (Λ) exactement comme
l’a fait l’équipe de Bath ; de plus le choix de remplacer nc par nef f est une approximation
qui fausse légèrement la définition initiale de la fréquence normalisée. C’est fort de ces
différentes difficultés à modéliser la fréquence normalisée que l’équipe formée par K.
Saitoh et M. Koshiba de l’université de Sapporo au Japon [25, 31] considéra l’équation
de base (1.26) et la valeur de coupure égale à 2,405. A partir d’un modèle précis repris
au paragraphe [Link] par les équations (1.5), (1.6), (1.7) et surtout à partir d’une intense
résolution numérique, des formules empiriques fiables ont été proposées.
Nous retiendrons ce modèle pour le reste de nos calculs. Toutefois, rappelons les
hypothèses d’applicabilité de ces formules empiriques déduites de simulations numériques.
Il s’agit de :
– V > 0, 85 ;
d
– 0, 2 < < 0, 8 ;
Λ
λ
– < 2.
Λ
Afin de déterminer le diagramme de phases représenté par la courbe λ/Λ = f (d/Λ)
délimitant les zones de monomodalité, nous résolvons l’équation :
!
λ d
V , = 2, 405 (1.31)
Λ Λ

Nous déduisons de l’expression précédente et de l’équation (1.9), la relation :


 
A2
2,405−A1
−1
ln  
A3
λ/Λ = (1.32)
A4
et A1 , A2 , A3 , A4 calculés avec l’équation (1.10) pour i = 1 à 4.
La figure 1.10 (V = f (Λ/λ)) montre bien que pour une valeur fixée Λ/λ, V augmente
avec d/Λ c’est-à-dire quand le diamètre des trous et/ou quand la distance inter-trous se
réduit. Par ailleurs, pour une géométrie choisie (d/Λ fixée), la fibre devient de moins en

27
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

moins monomode quand λ diminue. Cette observation est confirmée par la figure 1.11.
d
Aussi remarque-t-on que pour des valeurs de ≤ 0, 4, la valeur de V reste bien en deçà
λ
de 2,405. La figure 1.13 montre le diagramme classique des zones de monomodalité.

4.5 5.5
d/Λ = 0.8
0.7 5
4
4.5
3.5 0.6
4
3 3.5
0.5

V
V

2.5 3
V = 2.405 0.4
2.5
2 0.3
2
1.5
1.5
d/Λ = 0.2
d/Λ = 0.2
0.86 0.86
0.5 1 2 5 10 0.2 0.5 1 1.5 2
Λ/λ λ/Λ

Figure 1.10 – L’évolution de V en Figure 1.11 – L’évolution de V en fonc-


fonction de Λ/λ pour une valeur de tion de λ/Λ pour une valeur de d/Λ
d/Λ fixée (abscisses en échelle logarith- fixée (abscisses et ordonnées en échelle li-
mique).cccccccccccccccccccccccccccccc néaire).

λ
2.6 Λ = 0.2 0
Domaine monomode
10
2.4 V = 2.405
2.2
2
λ/Λ

Domaine
V

1.8 −1 Domaine multimode


10 infiniment
1.6 λ monomode
Λ =1
1.4
1.2
1 −2
10
0.3 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0 0.2 0.4 0.6 0.8 1
d/Λ
d/Λ

Figure 1.12 – L’évolution de V en Figure 1.13 – Le diagramme de phase


fonction de d/Λ pour une valeur de λ/Λ délimitant les zones de monomodalité de
fixée (abscisses et ordonnées en échelle li- la fibre microstructurée (ordonnées en
échelle logarithmique).
néaire).cccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccc

A la figure 1.13, est représentée la courbe de délimitation de la zone de monomoda-


lité, proposée par l’équipe de Cudos en Australie qui utilise la méthode multipolaire [45]
permettant de calculer aussi bien les modes que les pertes qui y sont associées. Cette
équipe a déduit des simulations numériques une équation (page 253 du livre [46]) empi-
rique donnant λ/Λ = f (d/Λ) :

λ/Λ ' a (d/Λ − b)c (1.33)


avec a = 2, 8 ± 0, 12 ; b = 0, 406 ± 0, 003 et c = 0, 89 ± 0, 02.
Nous avons retenu cette courbe pour le design de nos PCF en terme de zone de mono-
modalité puisqu’elle est valable sur tout le domaine de définition de d/Λ ∈ [0 ; 1[ contrai-
rement aux équations pour lesquelles d/Λ ∈ [0, 2 ; 0, 8], (réf. [31]). De plus, cette courbe
est plus restrictive car la limite de monomodalité "infinie" est plus basse (d/Λ < 0, 406).

28
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

On retrouve bien la condition unanimement admise de la PCF infiniment monomode.

Les pertes par confinement restent élevées pour d/Λ < 0, 406. Par conséquent, nous
décidons de modéliser des PCF qui ne soient pas infiniment monomodes mais seulement
monomodes aux longueurs d’ondes supérieures à une longueur d’onde choisie. La longueur
d’onde de travail étant λ = 1550 nm, nous voulons des PCF monomodes à partir de λ =
1500 nm.
Afin de respecter les conditions de monomodalité, si nous fixons par exemple le
rayon effectif du cœur de la fibre compris entre 1 µm et 2 µm, nous déduisons les valeurs
des autres paramètres géométriques de la manière suivante :
– la distance inter-trous (Λ) sera approximativement de 1,7 µm ou 3,5 µm, valeur
déduite de l’équation (1.8),
– pour une valeur de Λ fixée, les pertes par confinement diminuent (ce que nous
voulons) si d/Λ augmente,
– pour une valeur de Λ fixée, et une longueur d’onde de travail, nous pouvons dé-
terminer la valeur maximale de d/Λ qui définisse l’entrée dans la zone de "multi-
modalité" de la fibre et choisir de rester légèrement en deçà de cette valeur comme
démontré (figure 1.14).
En effet, à titre d’exemple, nous choisissons de déterminer d connaissant Λ pour que
la fibre soit monomode à 1550 nm. Donc :
λ 1550
= (1.34)
Λ 1700
= 0, 911
On détermine sur la figure 1.14, le point correspondant sur la courbe de monomoda-
d
lité. Ensuite, on déduit la valeur = 0,679 correspondante par une simple projection sur
Λ
l’axe des abscissses.

Domaine
0
10 λ/Λ = 0,91 monomode

Domaine Domaine
λ/Λ

infiniment multimode
−1
10 monomode

−2
10
0 0.2 0.4 d/Λ 0.6 0.679 0.8 1

Figure 1.14 – Détermination de la zone de "multimodalité" pour une valeur de λ/Λ fixée.

Par conséquent :
Λ = 1,7 µm =⇒ d/Λ = 0,679 =⇒ d = 1,22 µm.
Par la même méthode, on obtient pour :
Λ = 3,5 µm =⇒ d/Λ = 0,527 =⇒ d = 1,84 µm .

29
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

C’est cette méthode que nous avons utilisée pour vérifier le caractère monomodal à
λ = 1550 nm, des PCF utilisées.
En tenant compte des conditions de validité des formules empiriques, nous avons
calculé et résumé au tableau 1.7 les paramètres des PCF utilisées à l’exception de la
d
T510B qui est multimode et dont le rapport = 1, 1 ne respecte pas l’une des hypothèses
Λ
d
d’applicabilité des formules empiriques : 0, 2 < < 0, 8. Seules les fibres T452A et T510A
Λ
sont monomodes à une longueur d’onde de 1550 nm.

Monomodes Multimodes
T452A T510A T794A T797A T625B
Equ. (1.8) aef f (µm) 2,18 0,74 2,18 2,96 2,96
Equ. (1.9) V 2,079 2,09 3,187 2,532 3,006
Equ. (1.11) W 1,464 1,362 2,668 1,965 2,479
Equ. (1.20, 1.21) w (µm) 2,672 0,903 2,043 3,145 2,855
Equ. (1.19) Aef f (µm2 ) 22,429 2,561 13,112 31,073 25,607
Equ. (1.25) NA 0,181 0,479 0,234 0,155 0,170
Equ. (1.13) nef f 1,440 1,331 1,435 1,440 1,439
Equ. (1.14) nF SM 1,431 1,236 1,40 1,426 1,415

Tableau 1.7 – Les paramètres des PCF utilisées à λ = 1550 nm.

La dépendance de l’indice de réfraction nF SM par rapport à la longueur d’onde


optique permet de confiner le mode fondamental dans le cœur tout en laissant s’échapper
les modes d’ordres supérieurs.
Hormis le fait que la valeur de V permette de tracer le diagramme de bande des
zones de monomodalité en fonction de la géométrie de la fibre, elle est prise en compte
dans le calcul des paramètres optiques de la fibre.

[Link] La dispersion
La dispersion est une propriété de la fibre qui caractérise la différence de chemin
à un instant t donné, entre les différents modes guidés dans la fibre, chaque mode étant
représenté par son chemin de propagation, sa longueur d’onde et sa polarisation.
Comme le but initial de la fibre optique est son utilisation dans les réseaux de télé-
communications, la lumière est transmise sous forme d’impulsion dans les fibres. L’élar-
gissement de ces impulsions lors de la propagation dans la fibre est également appelé la
dispersion. Elle peut être classée en cinq catégories à savoir :

La dispersion modale. Encore appelée inter-modale, la dispersion modale est liée à


l’existence de plusieurs modes optiques guidés dans la fibre. En effet, pour une même
longueur d’onde, différents modes peuvent se propager dans une fibre si cette dernière
n’est pas monomode. A cause de la différence de longueur des chemins parcourus, deux
impulsions envoyées au même instant arriveront à des instants différents. Elle s’exprime
en picosecondes par kilomètre (ps/km). Elle est la plus sévère des dispersions et entraîne

30
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

une interférence entre les différentes impulsions. Pour pallier ce problème, l’utilisation des
fibres monomodes a été recommandée. Hormis la dispersion modale qui n’apparaît que
dans des fibres multimodes, les autres types de dispersion peuvent apparaître dans tout
type de fibres.

La dispersion liée au matériau. Même si la fibre est monomode, la longueur d’onde


de propagation est centrée sur une valeur avec une légère variation autour de cette longueur
d’onde. Cette variation dépend de la largeur spectrale de la source utilisée pour injecter
la lumière dans la fibre. L’indice de réfraction de la fibre dépend de chaque composante
du spectre. Par conséquent, chaque mode se propage à une vitesse différente conduisant
ainsi à l’élargissement temporel et à la déformation de l’impulsion. Cette dispersion est
nulle dans les fibres de silice à une longueur d’onde de 1,27 µm [47].

La dispersion du guide. Elle provient de la résolution des équations d’onde qui


montrent une dépendance de la constante de propagation à la longueur d’onde même
si la dispersion du matériau n’est pas prise en compte.

La dispersion chromatique. Il s’agit de la contribution la plus importante à la dis-


persion dans une fibre optique conventionnelle. Elle inclut les dispersions du matériau et
du guide. Ces effets combinés de la dispersion sont néfastes pour la propagation d’impul-
sion le long de la fibre. Ils limitent la distance maximale sur laquelle le signal peut se
propager. La dispersion chromatique est minimale dans une fibre optique conventionnelle
autour de la longueur d’onde de 1310 nm. Un autre type de fibre, la fibre à dispersion
décalée (Dispersion-Shifted Fibre : DSF), a été mise au point afin de faire coïncider la
longueur d’onde de dispersion minimale avec la longueur d’onde d’atténuation minimale
qui est de 1550 nm. La DSF a fait l’objet d’une attention particulière durant cette thèse.
Souvent notée D, la dispersion chromatique s’exprime en ps/([Link]). On parle de
régime de dispersion anomale lorsque la valeur de D est positive. Dans ce cas, les longueurs
d’onde élevées se propagent moins vite que les autres. Dans les autres cas, la dispersion
est dite nomale.
La mesure de la dispersion chromatique se fait au moyen du processus de mélange à 4
ondes (Four Wave Mixing : FWM) en utilisant le signal anti-Stokes FWM. Les impulsions
utilisées sont de 1 µs. Un spectrogramme est tracé en utilisant des fenêtres de temps. Plus
la fenêtre est grande, la détermination des oscillations est plus robuste mais avec moins
de résolution [48]. La mesure de la dispersion chromatique peut se faire par des méthodes
autres que le mélange à 4 ondes à l’instar de la méthode de la phase avec un interféromètre
de Mach Zehnder.

La dispersion de polarisation. Il est possible de supprimer la dispersion intermodale


en utilisant une fibre monomode, tout comme la dispersion chromatique en travaillant
à la longueur d’onde de zéro de dispersion. Toutefois, un autre type de dispersion dite
de polarisation [49, 50] peut réduire la vitesse de transfert de données (bande passante)
dans la fibre. En effet, dans une fibre optique monomode, deux modes dégénérés ayant
des polarisations orthogonales peuvent se propager. Ainsi, la vitesse de propagation du
signal dépend de son état de polarisation. Considérant un cas idéal de symétrie parfaite,

31
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

ces deux modes dégénérés peuvent se propager sans interargir. Mais de légères variations
et dissymétries dans la structure du cœur de la fibre entraînent une interaction de ces
deux modes, modifiant de fait leur caractère dégénéré. On parle de biréfringence. Il s’agit
d’une propriété que certains matériaux transparents ont, en raison de leur structure cris-
tallographique : c’est le cas de nombreux cristaux anisotropes qui, caractérisés par deux
indices de réfraction, permettent de transmettre distinctement la lumière selon sa polari-
sation. La biréfringence peut aussi être de nature extrinsèque : elle est dans ce cas induite
dans le matériau sous l’action d’un champ électrique, magnétique, voire sous l’action de
contraintes mécaniques. Elle est caractérisée par :

– la biréfringence de phase ou modale (∆n)

∆ n = |nx − ny | (1.35)
avec nx et ny les indices de réfraction du cœur de la fibre respectivement suivant
l’axe des "x" et des "y".
Elle est normalement nulle. Mais à cause des défauts de fabrication, sa valeur
moyenne est de l’ordre de 10−5 à 10−4 dans les PCF.
– la longueur de battement (LB ) : c’est la distance nécessaire pour une rotation
de 360° de la polarisation. C’est aussi la longueur de propagation dans la fibre
au bout de laquelle n’importe quel état de polarisation se retrouve identique à
lui-même. Son ordre de grandeur est de quelques centimètres.

λ
LB = (1.36)
∆n
Plus la biréfringence est élevée, moins grande est la longueur de battement.
Ce type de dispersion est moins facile à maîtriser car il varie au cours du temps. Une
façon de l’éviter est l’utilisation des fibres à maintien de polarisation à cœur elliptique [51],
à biréfringence de contrainte (Bow-tie et Panda) [52]. Dans ces fibres spéciales, les deux
axes orthogonaux de propagation ne sont plus identiques, l’un étant plus rapide que
l’autre. Ainsi, la lumière linéairement polarisée suivant chacun des deux axes, se propopage
à une vitesse différente sur chacun d’eux, conduisant alors à une biréfringence linéaire.
Ce paramètre est important pour le couplage de modes car plus la biréfringence est
forte (LB petite), plus il est difficile de réaliser ce couplage.

Le contrôle de la dispersion dans une fibre optique constitue un problème majeur


dans les télécommunications. Grâce aux fibres microstructurées, la dispersion peut être
optimisée à dessein. En effet, il est possible de réaliser des fibres soit avec des zéros de
dispersion à des longueurs d’onde inférieures à 1,27 µm en rendant la dispersion plus
anomale (la valeur de D positive) ou avec une dispersion nomale à 1,55 µm [47, 53].
Les problèmes de dispersion sont moins désastreux dans des applications capteurs
qu’ils ne le sont dans des applications de télécommunications optiques. Cela s’explique
par le fait que les longueurs de fibres concernées dans les applications capteurs sont plus
faibles que celles utilisées dans les télécommunications optiques [28]. Nous nous sommes
donc moins intéressés à la dispersion dans les PCF que nous avons utilisées.

[Link] Les interactions onde-matière

32
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

La diffusion Rayleigh. Il s’agit d’une diffusion causée par les inhomogénéités pré-
sentes dans le matériau. Il en va ainsi pour tous les matériaux transparents [54]. La
diffusion Rayleigh est la plus importante contribution à l’affaiblissement intrinsèque dans
une fibre optique. Une onde incidente linéairement polarisée excite les dipôles qui sont
parallèles à son vecteur-champ électrique. La diffusion se fait dans le plan perpendicu-
laire au vecteur-champ électrique. Cette diffusion dite élastique ne change pas l’énergie
du milieu. Les diffusions Raman et Brillouin, quant à elles, sont de type inélastique. La

Figure 1.15 – a)Processus élastique - b)Processus inélastique.

figure 1.15 illustre les processus élastique et inélastique.

En plus de cette diffusion linéaire c’est-à-dire sans aucun transfert d’énergie entre
l’onde et le matériau, il y a aussi les diffusions non linéaires.

L’optique non linéaire a vu le jour en 1961 quand Franken et al. [55] ont observé une
radiation à une longueur d’onde différente de celle du laser émetteur. Les non-linéarités
optiques sont décrites par une relation non linéaire entre le champ électromagnétique et la
polarisation régnant dans le matériau. La forte intensité de lumière traversant le milieu,
provoque une réponse non linéaire de ce dernier. Ensuite le milieu réagit en modifiant les
champs optiques d’une manière non linéaire.
Un milieu diélectrique soumis à un champ électromagnétique, est le siège de mo-
ments dipolaires induits 3 . Sous l’action du champ extérieur appliqué, les charges posi-
tives et négatives qui composent les molécules ou atomes du matériau isolant, se meuvent
localement 4 en sens opposés. Les barycentres des charges positives et négatives ne se
confondent alors plus. Il s’ensuit l’apparition d’une polarisation P induite assimilable au
moment dipolaire résultant par unité de volume. Compte tenu des effets négligeables de
la composante magnétique du champ appliqué sur les matériaux concernés par la présente
étude, seule la composante électrique de ce champ est prise en compte par la suite.
3. Optique non linéaire, J.-Y. Courtois
[Link]
4. Dans un diélectrique dépourvu de charges de conduction, contrairement aux conducteurs, seuls
de petits déplacements des charges sont possibles en raison des plus fortes forces de liaisons qui lient les
charges à l’atome.

33
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

La relation liant la polarisation P du milieu au champ électrique incident E, si l’on


suppose les susceptibilités électriques réelles 5 , est donnée par [56] :

P = 0 χ(1) E + χ(2) E 2 + χ(3) E 3 + . . .


 
(1.38)

Dans cette expression :


– 0 est la permittivité du vide,
– χ(1) est la susceptibilité linéaire,
– χ(2) , χ(3) sont respectivement les susceptibilités non linéaires d’ordres 2 et 3.
La susceptibilité exprime la dépendance de la polarisation du milieu par rapport au
champ électrique incident. La présence des susceptibilités χ(2) , χ(3) permet d’expliquer les
non-linéarités d’ordres 2 et 3.

L’intensité lumineuse requise pour observer des effets de non-linéarité peut varier
selon qu’il y a ou pas d’accord de phase de tous les dipôles induits c’est-à-dire selon qu’ils
rayonnent ou pas de manière cohérente.
Les principaux effets non linéaires rencontrés en optique sont des 2ème et 3ème ordres.

Les non-linéarités du 2ème ordre. Le doublage de fréquence, la rectification optique et


le mélange paramétrique constituent des exemples de non-linéarités d’ordre 2. Dans le cas
des deux premiers, la polarisation est créée par suite de l’interaction entre le milieu diélec-
trique de susceptibilité χ(2) et une seule onde optique incidente. En revanche, le mélange
paramétrique est une non-linéarité d’ordre 2 qui naît de l’interaction entre, d’une part, un
diélectrique de susceptibilité χ(2) et, d’autre part, deux ondes optiques incidentes émises
par deux sources lasers quasi monochromatiques de pulsations différentes. La polarisation
induite peut, dans ce cas, contenir plusieurs composantes ou produits d’intermodulation :
le rayonnement de fréquence égale à la valeur absolue de la différence des fréquences des
ondes optiques incidentes donne lieu au mélange paramétrique.

Le doublage de fréquence exprime l’apparition du rayonnement d’une onde à la


fréquence double de celle de l’onde incidente émise par la source optique incidente appelée
aussi laser de pompe.
On parle de rectification optique lorsque, sous l’action d’une pompe optique, une
polarisation permanente et constante est induite au sein du diélectrique. Lorsque le di-
électrique revêt la forme d’un cristal de forme parallélépipédique, un dipôle électrique
permanent engendre, sur les faces opposées du cristal, une tension électrique. Le mé-
canisme de la rectification optique peut être exploité pour créer des sources d’émission
TéraHertz (THz).
Il est important de noter que ces effets non linéaires du 2ème ordre n’existent pas
dans les matériaux possédant une symétrie d’inversion. La silice (SiO2 ) en constitue un
exemple.

5. Dans le cas le plus général, le développement en puissances des composantes de polarisation est
de la forme :
(1) (2) (3)
P = 0 [χij Ej + χijk Ej Ek + χijkl Ej Ek El + . . .] (1.37)

34
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

Les non-linéarités du 3ème ordre. Les non-linéarités d’ordre 3 les plus importantes
supposent que la propriété d’inversion de symétrie de matériau soit respectée. Cette pro-
priété permet de négliger les effets du 2ème ordre associés à la susceptibilité χ(2) . Les
non-linéarités d’ordre 3 peuvent impliquer une onde laser, voire deux et même plus. Dans
le cas d’une seule onde laser incidente, l’effet Kerr peut apparaître.
Lorsque deux ondes lasers stimulent un diélectrique, un rayonnement lumineux peut
apparaître sous la forme d’ondes diffusées de type Raman ou Brillouin.

Afin de comparer deux fibres en terme de non-linéarité, on utilise le "coefficient de


non-linéarité" donné par [36] :
n2 ω
γ= (1.39)
cAef f
γ s’exprime en m−1 W−1 , n2 (en m2 /W) représente le coefficient d’indice non linéaire, c
(en m/s) la vitesse de l’onde optique, Aef f (en m2 ) l’aire de la section effective et ω (en
rad/s) la pulsation de l’onde optique (ω = 2πf ).

Dans cette section, nous passerons en revue les plus importants des effets non li-
néaires associés à la susceptibilité du troisième ordre χ(3) à l’exception de la diffusion
Brillouin qui sera exposée au chapitre 2.

L’effet Kerr optique. L’effet Kerr optique s’apparente à la classe des biréfrin-
gences induites par un champ électrique d’intensité suffisante. La biréfringence est alors
proportionnelle au carré du champ électrique appliqué. On parle d’effet Kerr optique
lorsque la biréfringence est créée par la composante électrique d’une onde électromagné-
tique incidente. L’indice de réfraction varie alors linéairement avec l’intensité lumineuse.
Dans les fibres optiques, l’effet se produit lorsque des impulsions lumineuses très
brèves et très intenses se propagent dans le cœur de la fibre. Dans ce cas, la biréfringence
est décrite par l’équation suivante :

∆ n = n2 |E|2 (1.40)
Avec :
– ∆n la biréfringence,
– n2 = Kλ où K est la constante de Kerr et λ la longueur d’onde optique. n2 dépend
du matériau et est exprimé en m2 /W,
– |E| le module du champ électrique exprimé en V/m.
Comme ∆n est un paramètre adimensionnel, il convient de clarifier les unités des
autres paramètres de l’équation (1.40). |E| s’exprime normalement en V/m donc n2 devrait
être exprimé en m2 /V2 mais son unité est souvent m2 /W d’où la nécessaire conversion
ci-après [36] :

∆ n = n2 |E|2 (1.41)
= n02 Ip (1.42)

1
avec Ip = 0 c n |E|2 l’intensité du champ optique et 0 la permittivité du vide. n02 cor-
2
respond au "vrai sens" de n2 et s’exprime en m2 /W. En réalité, lorsque nous utilisons

35
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

l’unité m2 /W pour n2 , il s’agit de n02 = 2n2 /(0 c n).


0 = 8,8542. 10−12 F/m et c = 3. 108 m/s.

On peut montrer que, lors de l’apparition de l’effet Kerr, la conservation de l’énergie


est respectée.

L’interaction d’une seule onde optique avec le matériau s’accompagne toujours d’une
diffusion spontanée. La diffusion stimulée, en revanche, apparaît lorsque deux ondes in-
teragissent et font intervenir le concept de diffusion stimulée dans laquelle une onde appe-
lée onde de sonde interagit avec une onde de fréquence plus élevée appelée onde de pompe.
Cette dernière possède un décalage de fréquence par rapport à la première. Le battement
entre les deux ondes forme une onde qui à son tour interagit de nouveau avec l’onde de
pompe pour donner une onde de même fréquence que l’onde de sonde : d’où l’expression
stimulée.
La possibilité de transfert de puissance entre les ondes de pompe et de sonde est due
à l’existence dans le milieu non linéaire d’une composante de polarisation possédant la
même fréquence et le même vecteur d’onde que l’onde de sonde. Lorsque l’onde de pompe
possède une fréquence plus grande que l’onde de sonde, on assiste à une amplification de
l’onde de sonde ; le cas échéant à son affaiblissement.
Les diffusions Raman et Brillouin se différencient par la valeur du décalage en fré-
quence entre l’onde incidente et l’onde diffusée, la largeur spectrale de l’onde diffusée et
le gain (amplification) du phénomène.

La diffusion Raman. test

La diffusion Raman spontanée.


Contrairement à la diffusion Rayleigh, le photon incident de fréquence f est trans-
formé en un photon de fréquence plus petite fs , appelée fréquence Stokes. La différence
h (f − fs ) correspond à l’énergie échangée avec le milieu. Dans cette expression, h désigne
la constante de Planck.
L’énergie ainsi échangée peut conduire à un changement d’état électronique ou de
niveau vibrationnel ou rotationnel des molécules constituant le matériau. Dans le cas où
le photon libéré possède une fréquence plus élevée que celle de l’onde incidente, on parle
de fréquence anti-Stokes associée à l’onde anti-Stokes.

La diffusion Raman stimulée.


L’effet stimulé nécessite donc l’existence des ondes de pompe et de sonde. Nous
pouvons schématiser ce phénomène pour l’onde Stokes à l’aide de la figure 1.16. Sur cette
figure, l’onde de pompe excite le milieu non linéaire. Un photon correspondant à l’énergie
(h f ) de l’onde de pompe est absorbé. Selon les caractéristiques du milieu, un photon de
même énergie (h fs ) que celle de l’onde de sonde est alors émis, amplifiant ainsi l’onde de
sonde. Un transfert d’énergie entre les ondes de pompe et de sonde est ainsi réalisé.
Le décalage de fréquence de l’onde diffusée est de l’ordre d’une dizaine de THz.
Dans ce type de diffusion, l’onde Stokes a une intensité beaucoup plus élevée que celle
anti-Stokes.

36
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

Figure 1.16 – Le mécanisme de la diffusion stimulée (pour l’onde Stokes).

La comparaison des diffusions non linéaires avec la diffusion Rayleigh est présentée
au tableau 1.8.

Type de diffusion Rayleigh Raman Brillouin


Processus élastique inélastique inélastique
Origine fluctuation locale fluctuation de la fluctuation tempo-
de la densité polarisabilité relle de la densité
Ordre de gran- 0 13 THz 11 GHz
deur du décalage
fréquentiel
Largeur spectrale dizaines de MHz 5-6 THz dizaines ou cen-
taines de MHz
Ordre de grandeur 10−14 10−12 10−11
du gain (m/W)

Tableau 1.8 – La comparaison des diffusions non linéaires du 3ème ordre avec la diffusion
Rayleigh.

La classification des effets non linéaires est résumée dans le tableau 1.9 ci-dessous :

Ordre des non-linéarités


2èmeordre 3ème ordre
Doublage de fréquence Mélange paramétrique Effet Kerr optique Diffusion Raman
Rectification Diffusion Brillouin

Tableau 1.9 – Le résumé des principaux effets non linéaires.

37
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

1.2.5 Les applications des PCF


L’une des applications les plus citées est la génération de supercontinuum [24] qui
permet la génération de lumière blanche à large bande. La focalisation de la lumière à la
limite de la diffraction est donc possible à cause de la cohérence spatiale de ces sources.
On peut également envisager le transport de certains fluides notamment des gaz
dans les trous de la fibre microstructurée.
Dans les télécommunications de longues distances, les fibres optiques convention-
nelles pourraient être remplacées par les fibres microstructurées à cœur creux. Les fortes
réductions de non-linéarités dans ce type de fibres microstructurées permettraient d’avoir
des canaux de longueur d’onde de plus en plus proches tout en évitant la diaphonie (phé-
nomène qui se passe quand deux canaux de téléphonie très proches se superposent).
Les applications sont innombrables dans le domaine très varié des capteurs fibrés
(biologie, environnement, résistance des matériaux, chimie, médecine) sans oublier les
lasers [23], et amplificateurs lasers à forte puissance. L’utilisation des fibres à cristaux
photoniques dans les lasers et amplificateurs lasers aide à évacuer la chaleur due à la forte
puissance et garantit le caractère monomode du laser.
Le tableau ci-après résume quelques applications importantes des PCF.

Les fibres microstructurées


Les fibres à bandes interdites Les fibres à réflexion totale
photoniques interne modifiée
(à cœur de bas indice) (à cœur de haut indice)
A cœur solide A cœur creux A grande Fortement A grande
ouverture numérique non linéaires aire effective
Télécommu- Télécommu- Tomographie (forte Dispersion nulle Guidage infiniment
nications nications cohérence optique) dans le visible monomode
Réalisation Compression Réduction de la sensi- Génération de Limitation des
de lasers d’impulsions bilité aux courbures supercontinuum effets non linéaires
Transport de Transport de Structure à deux Exacerbation des Transport de
fortes puissances fortes puissances gaines effets non linéaires fortes puissances
Filtres de Possibilité de Transport de Capteurs Filtrage
pertes distribués remplissage du cœur puissances optiques de modes
par des gaz
Suppression ou Suppression de Capteurs Capteurs
exacerbation des réflexion de Fresnel
effets non linéaires Utilisation de
fréquences exotiques
Capteurs

Tableau 1.10 – Les applications des PCF.

1.3 Modélisation des fibres à cristaux photoniques


Le calcul des modes de propagation dans une fibre optique se fait par la résolution
des équations de Maxwell dont on déduit les champs électriques et magnétiques. A partir
d’une résolution vectorielle, on déduit les paramètres de propagation de la fibre.
Certaines approximations peuvent être faites et permettent d’utiliser un modèle sca-
laire d’indice effectif [57]. Cependant, afin d’obtenir des résultats plus précis, les méthodes
vectorielles s’imposent [58]. L’avancée technologique des performances informatiques des
ordinateurs (augmentation de la vitesse des processeurs, parallélisation des systèmes) sans
oublier l’amélioration des méthodes de résolution numérique ont conduit à l’abandon des
méthodes scalaires.

38
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

Plusieurs méthodes et outils de modélisation des fibres microstructurées ont été


développés à partir des années 1997. Les techniques les plus utilisées sont la méthode
multipolaire [46, 59–62] et la méthode des éléments finis. Cette dernière est plus rapide et
son efficacité est remarquable. Fort de cela, c’est la méthode des éléments finis que nous
utiliserons dans ce travail.
Pour cette méthode, nous employons le logiciel commercial Comsol. Tout d’abord,
nous modélisons la structure de la fibre via Comsol Script. Ensuite, il faut faire un premier
maillage de la structure, qui sera de plus en plus affiné. Il faut veiller à ce que le maillage
aux interfaces air-silice soit plus fin. Grâce à la symétrie des fibres microstructurées que
nous avons utilisées [63–65], le temps de calcul est amélioré. Les figures ci-après montrent
la structure entière d’une fibre que nous avons simulée avant le maillage (figure 1.17)
puis le spectre de confinement de son mode optique fondamental (figure 1.18). Celui-ci
est déterminé en comparant les indices effectifs de mode calculés. Dans notre cas, celui
ayant la plus faible partie imaginaire et dont la partie réelle est la plus proche de l’indice
du cœur est choisi. Quant aux fibres de Bragg à cœur creux, la partie imaginaire la plus
faible ne correspond pas au mode fondamental. Le confinement de l’énergie optique dans
le cœur (figure 1.18) montre que la fibre est monomode. Sa valeur de V calculée est bien
inférieure à 2,405, ce qui est conforme à la théorie.
Rappelons que le logiciel a besoin des paramètres non seulement géométriques mais
aussi mécaniques du matériau de la fibre. Le calcul au préalable de l’indice de mode effectif
(équation (1.13)) estimé de la fibre permet de mieux localiser le mode fondamental optique.

Figure 1.17 – La structure d’une PCF Figure 1.18 – Le mode optique fonda-
avant le [Link]-ci est bien confiné mental dans une PCF. Celui-ci est bien
dans le cœur. confiné dans le cœur.

39
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

1.4 Techniques d’épissures des fibres microstructu-


rées
Les calculs théoriques et/ou numériques sur les fibres optiques ont besoin d’être vé-
rifiés par des expériences. Dans la plupart des cas, ce sont elles qui permettent d’améliorer
les calculs ou de déduire des expressions empiriques. La manipulation des fibres optiques
en laboratoire implique leurs épissures à d’autres fibres. Il existe dans le commerce des
soudeuses de haute qualité préférentiellement conçues pour les fibres optiques conven-
tionnelles. Quant aux soudeuses pour PCF, elles sont excessivement chères. Nous nous
sommes donc contentés de notre soudeuse pour SMF, la "Fujikura FSM-45PM-LDF" qui
est une soudeuse à électrodes (voir figures 1.19 et 1.20).

Figure 1.19 – L’image de la soudeuse Figure 1.20 – L’image des électrodes de


Fujikura FSM-45PM-LDF. la soudeuse Fujikura FSM-45PM-LDF.

Elle nous a permis de souder les fibres microstructurées à gros cœur avec des pertes
d’épissures acceptables de l’ordre de 0,9 dB. Par ailleurs, l’épissure des PCF de petit
cœur est moins bonne car avec des diamètres de cœur de l’ordre de 2 µm, nous sommes
à la limite de la diffraction de la lumière à 1,55 µm. Le coefficient T de transmission de
puissance entre deux fibres parfaitement alignées, l’une en face de l’autre est calculé en
utilisant l’équation suivante [39] :
4w12 w22
T = 2 (1.43)
(w12 + w22 )
avec w1 et w2 les rayons de mode respectifs des fibres à épisser.
D’où l’expression des pertes d’épissures (en dB) :

4w12 w22
!
αdB = −10 log10 (T ) = −10 log10 2 (1.44)
(w12 + w22 )
4(w1 /w2 )2
!
= −10 log10 (1.45)
((w1 /w2 )2 + 1)2
La qualité d’une épissure dépend aussi bien des pertes qu’elle cause, que de sa résis-
tance à la traction et à la flexion, le plus important étant les pertes qu’il faut minimiser.
L’observation de la figure 1.21 montre qu’elles sont minimales lorsque w1 /w2 tend vers 1.

40
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

a) b)
1 25

0.9

0.8 20

0.7

0.6 15

αdB
0.5
T

0.4 10

0.3

0.2 5

0.1

0 0
0 1 2 0 1 2
w1 /w2 w1 /w2

Figure 1.21 – a) Le coefficient de transmision de puissance - b) Les pertes d’épissures


(en dB) en fonction du ratio des rayons de mode des deux fibres.

C’est pourquoi lors d’une épissure, il faut veiller à ce que les deux fibres aient des
rayons de mode dont les valeurs ne sont pas très différentes l’une de l’autre. En outre, il
faut qu’elles soient parfaitement alignées l’une en face de l’autre.

Dans notre cas, nous avons un montage fibré composé majoritairement de la fibre
standard (SMF) qui sera raccordée aux extrémités de la fibre microstructurée à tester.
Lorsque le rayon de mode de la fibre microstructurée est du même ordre de grandeur que
celui de la fibre SMF, l’épissure se fait directement (figure 1.22). Dans le cas contraire,
nous utilisons des fibres d’adaptation dont les caractéristiques sont rappelées au tableau
1.11. Le cœur de ces dernières, est dopé au Germanium (GeO2 ), ce qui permet l’adapta-
tion de mode avec l’autre fibre soudée. L’une des extrémités de ces fibres d’adaptation
est soudée à la fibre microstructurée tandis que la seconde est soudée à la fibre SMF du
montage (figure 1.23) dont le rayon de mode est de l’ordre de 3 µm.

41
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

PCF PCF

SMF SMF SMF UHNAX UHNAX SMF


Vers le montage Vers le montage Vers le montage Vers le montage

Figure 1.22 – La configuration pour Figure 1.23 – La configuration pour


une épissure directe d’une PCF sur le une épissure indirecte d’une PCF sur le
montage.- Le "X" de UHNAX remplace montage - Le "X" de UHNAX remplace
1, 3 ou 4. - Le "X" de UHNAX 1, 3 ou 4.

test

Paramètres UHNA1 UHNA3 UHNA4


λ (nm) 1100-1600 960-1600 1100-1600
w (µm) @ 1550 nm 2,4 ± 0,15 2,05 ± 0,15 2 ± 0,15
NA 0,28 0,35 0,35
Aire effective calcu- 18,08 ± 0,07 13,19 ± 0,07 12,56 ± 0,07
lée 6 (µm2 )
V (calculée) 7 2,72 2,9 2,84

Tableau 1.11 – Les caractéristiques des fibres d’adaptation utilisées.

La figure 1.24 présente les pertes de quelques épissures directes entre une fibre SMF
et des fibres microstructurées. On y remarque que les pertes sont élevées pour la PCF
T510A dont le rayon de mode est très petit par rapport à celui de la SMF.
L’alignement à réaliser pour les fibres à souder est illustré (figure 1.25). Les centres
des cœurs des deux fibres doivent être bien ajustés l’un en face de l’autre aussi bien
horizontalement que verticalement (figure 1.26).

T625B T510A

PCF SMF

SMF 0,9 dB 7,5 dB

Figure 1.24 – Les pertes d’épissures Figure 1.25 – La vue de plan vertical
pour quelques fibres microstructu- de deux fibres parfaitement alignées pour
ré[Link]ées pour l’épissure. l’épissure.

Nous avons réalisé des épissures entre les fibres d’adaptation (tableau 1.11) et une
SMF, puis comparé les pertes mesurées à celles théoriques (tableau 1.12). On vérifie
aisément que les pertes sont d’autant plus faibles que la valeur du rayon de mode des
fibres d’adaptation est proche de celle du rayon de mode de la SMF. C’est pour cette
raison que nous retiendrons la fibre d’adaptation "UHNA4" pour les épissures avec les
6. Calcul effectué à partir de l’équation (1.19)
7. Calcul effectué à partir de l’équation (1.28)

42
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

PCF T510A et T510B (tableau 1.13). Les pertes de soudure entre la UHNA4 et la SMF
sont de 0,6 dB et celles entre la UHNA4 et la T510A sont de 3,5 dB soit une perte totale
de 4,1 dB. Grâce à la UHNA4, les pertes sont réduites de 3,4 dB !

UHNA1 UHNA3 UHNA4


théoriques 0,21 0,61 0,69 T510A T510B
SMF
mesurées 0,31 0,81 0,6 UHNA4 3,5 dB 5 dB

Tableau 1.12 – Les pertes d’épissures Tableau 1.13 – Les pertes d’épissures
entre une SMF et les fibres d’adaptation entre la fibre UHNA4 et des PCF.- Le "X"
UHNAX - Le "X" de UHNAX remplace de UHNA remplace 1, 3 ou 4, d’adapta-
1, 3 ou 4. tion ? ? ? ? ? ? ? ? ?.

Les figures ci-après illustrent l’importance de l’adaptation des modes dans la réduc-
tion des pertes de soudure. On note que les pertes de soudure entre la UHNA4 et la SMF
sont plus faibles ce qui se justifie par une meilleure adaptation des diamètres de mode.

Figure 1.26 – L’épissure de la fibre Figure 1.27 – L’épissure de la fibre


d’adaptation UHNA4 (à gauche) à la d’adaptation UHNA4 (à gauche) à la
fibre conventionnelle SMF : étape d’ali- fibre conventionnelle SMF. Les pertes
gnement. sont de 0,6 dB. : étape d’alignement

Les figures 1.27, 1.28 et 1.29 montrent respectivement les épissures des fibres SMF,
T625B et T510A avec la fibre d’adaptation UHNA4 avec des pertes de 0,6 dB, 4 dB et
3,5 dB.

43
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

Figure 1.28 – L’épissure de la fibre


Figure 1.29 – L’épissure de la fibre d’adap-
d’adaptation UHNA4 (à gauche) à
tation UHNA4 (à gauche) à la fibre micro-
la fibre microstructurée T625B. Les
structurée T510A. Les pertes sont de 3,5 dB.
pertes sont de 4 dB.

1.5 Conclusion
Dans ce premier chapitre, nous avons présenté les fibres optiques microstructurées
ainsi que leurs principales propriétés en mettant l’accent sur les avantages qu’elles pré-
sentent par rapport aux fibres optiques conventionnelles. La famille des fibres optiques
microstructurées utilisant le mécanisme de réflexion totale interne modifiée a retenu notre
attention. Après avoir présenté les fibres à cristaux photoniques qui ont été utilisées dans
cette thèse et la méthodologie pour s’assurer de leur état monomodal optique, les tech-
niques d’épissures ont été passées en revue.
Aussi grâce à ce chapitre, avons-nous exposé la méthode utilisée pour modéliser nos
fibres afin qu’elles puissent rester optiquement monomodes à la longueur d’onde de travail
(λ = 1550 nm) et présenter des pertes par confinement non élevées. Le prochain chapitre
sera consacré à la diffusion Brillouin et les modes de résonance acoustique dans les fibres
PCF.

44
Chapitre 1. Les fibres à cristaux photoniques

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48
CHAPITRE

LA DIFFUSION BRILLOUIN ET LES


MODES DE RÉSONANCE ACOUSTIQUE
DANS LES FIBRES

Force is a direct object of sense.


Kelvin and Tait

Sommaire
2.1 Généralités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
2.2 La diffusion Brillouin et les modes longitudinaux . . . . . . . 51
2.2.1 La diffusion Brillouin spontanée . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
2.2.2 La diffusion Brillouin stimulée . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
[Link] Les mécanismes mis en jeu . . . . . . . . . . . . . . . 53
[Link] L’électrostriction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57
[Link] La puissance de seuil Brillouin . . . . . . . . . . . . . 59
2.3 Les modes transverses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
2.3.1 Les modes radiaux Rom . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63
2.3.2 Les modes torsio-radiaux TR2m . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
2.4 Les modes acoustiques transverses dans les PCF. . . . . . . . 66
2.5 Mesures des modes acoustiques transverses . . . . . . . . . . . 70
2.5.1 En direct . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71
[Link] Banc expérimental . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71
[Link] Résultats . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
2.5.2 Dans une boucle non linéaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
[Link] Fondement théorique . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
[Link] Banc expérimental . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
[Link] Résultats . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76

49
Chapitre 2. La diffusion Brillouin et les modes de résonance acoustique

2.6 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 78
Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79

Dans ce chapitre, nous sommes intéressés par l’interaction acousto-optique dans les
fibres optiques. L’une des interactions les mieux étudiées dans la littérature, à savoir la
diffusion Brillouin fera l’objet d’une attention particulière. Les paramètres qui amplifient
ou non cette interaction seront également exposés. Dans le chapitre précédent, nous avons
modélisé des fibres optiques microstructurées pour une meilleure propagation optique dans
la fibre.
A présent, grâce à l’étude des modes acoustiques transverses, nous déterminons les
propriétés de l’onde optique incidente, qui influencent leur excitation.
Pour ce faire, nous faisons tout d’abord l’état de l’art sur les modes acoustiques en
général puis sur les modes acoustiques transverses dans les fibres optiques microstructu-
rées en particulier. Ensuite, les montages expérimentaux ayant permis l’observation de
ces modes seront présentés. Enfin, quelques résultats feront l’objet d’analyses.

2.1 Généralités
Faisons un bref historique de la recherche sur les modes de résonance acoustique.
L’étude des modes de résonance acoustique dans un matériau, encore appelés "modes
acoustiques" ou "modes de vibration", relève d’une discipline appelée "mécanique des struc-
tures". Dans l’histoire de cette discipline, deux noms importants sont à retenir : Hooke
qui établit en 1678 la loi selon laquelle la déformation est proportionnelle à la contrainte
qui en est à l’origine et Navier, qui en 1821, établit les équations de déformation dans
les matériaux élastiques appelées les équations générales différentielles d’élasticité.
En mécanique des structures, le terme "contrainte" désigne une force qui s’exerce
sur la structure considérée. Le léger déplacement relatif que subit la structure, est appelé
"déformation". Les matériaux que nous considérons dans ce travail sont supposés :
– élastiques c’est-à-dire qu’ils retrouvent leur état initial quand les sollicitations
disparaissent,
– isotropes c’est-à-dire que les propriétés physiques sont invariantes quelle que soit
la direction ou l’orientation considérée,
– homogènes c’est-à-dire que tout le matériau est de même nature,
– et linéaires c’est-à-dire que les déformations sont proportionnelles aux contraintes.
Un matériau isotrope entraîne que le module de Young (E) est constant. Sa matrice
photo-élastique est donnée par [1] :
 
p11 p12 p12 0 0 0

 p12 p11 p12 0 0 0 

p12 p12 p11 0 0 0
 
 
 

 0 0 0 p44 0 0 

0 0 0 0 p44 0
 
 
0 0 0 0 0 p44
où p44 = 12 (p11 − p12 ). Ainsi, la connaissance des valeurs des deux coefficients élasto-
optiques p11 et p12 suffit-elle à définir entièrement la matrice photo-élastique d’un matériau
isotrope. A titre d’exemple, p11 = 0,121 et p12 = 0,286 pour les fibres en silice [2].

50
Chapitre 2. La diffusion Brillouin et les modes de résonance acoustique

Les atomes et molécules présents dans un matériau vibrent à cause de l’existence


des interactions dipôle-dipôle. Ces excitations thermiques causent des fluctuations vibra-
tionnelles et diffusionnelles qui sont responsables de la présence des modes acoustiques.
Le terme "mode" désigne un état de la matière caractérisé par une fréquence propre. Re-
marquons que les ondes acoustiques encore appelées "ondes sonores" sont scalaires et leur
vecteur d’onde est parallèle à leur direction de propagation alors que les ondes électroma-
gnétiques sont des ondes vectorielles transversales.
Les modes acoustiques peuvent être répartis en deux grandes catégories. Il s’agit des
modes longitudinaux et des modes transverses. Dans la suite de ce chapitre, les termes
modes longitudinaux et modes transverses feront référence aux modes acoustiques.

Dans une fibre optique, les phonons acoustiques résultant des vibrations thermiques
dans le matériau, ils sont responsables des modes acoustiques longitudinaux et transverses
qui y sont induits. Les premiers sont principalement à l’origine de la diffusion Brillouin
tandis que les seconds diffusent la lumière dans la direction de propagation de l’onde
incidente.
Leo August Pochhammer [3] et Chree [4] furent parmi les premiers à étudier les
relations de dispersion des modes acoustiques dans un matériau élastique de forme cylin-
drique, donnant ainsi naissance à la relation dite de Pochhammer-Chree. Cette relation
fournit un fondement rigoureux et théorique des équations d’élasticité dans un cylindre
infiniment long. Une présentation historique des avancées dans ce domaine a été faite [5].
Dans les années 1940, les solutions de cette relation ont été établies pour les modes
longitudinaux [6] d’une part, et pour les modes de flexion [7] d’autre part. Certains auteurs
ont déterminé les solutions analytiques dans le cas d’un cylindre infini et d’une vibration
sinusoïdale infinie [6, 8]. D’autres ont quant à eux, trouvé les solutions numériques pour
des cylindres de longueur finie [9, 10].

Etudier de façon isolée les modes de résonance acoustique d’une fibre optique est
intéressant mais c’est encore mieux de comprendre les différentes interactions possibles
entre eux et une onde optique guidée. C’est l’objet des sections suivantes.

2.2 La diffusion Brillouin et les modes longitudinaux

La diffusion Brillouin est une interaction non linéaire entre des ondes optique et
acoustique longitudinale, et qui résulte en l’existence de deux ondes optiques qui se pro-
pagent dans des directions opposées. La diffusion peut être initiée soit par deux ondes
optiques contrapropagatives dont le décalage en fréquence est égal à l’une des fréquences
de résonance d’un mode acoustique longitudinal de la fibre, ou par une seule onde optique
dont l’interaction avec l’un des modes acoustiques longitudinaux conduit au décalage en
fréquence (vers le bas) de l’onde optique.
Comme tout mode acoustique, le vecteur d’onde des modes longitudinaux est paral-
lèle à leur direction de propagation. Ils se propagent dans une fibre parallèlement à l’axe
de la fibre, suivant l’axe z (figure 2.1).

51
Chapitre 2. La diffusion Brillouin et les modes de résonance acoustique

λL
x

cœur
z
vL y

Figure 2.1 – Les modes acoustiques longitudinaux. λL et vL représentent respectivement


la longueur d’onde et la vitesse de l’onde acoustique.

Ils interagissent plus efficacement avec la lumière lorsque leurs vecteurs d’onde ont
une direction opposée à celui du vecteur de Poynting de l’onde optique, entraînant ainsi la
diffusion Brillouin. Leurs fréquences (notées fB en référence à la diffusion Brillouin) sont
de l’orde de 9 GHz à 12 GHz dans une fibre optique conventionnelle, ce qui correspond à
des longueurs d’onde acoustique λL de 0,66 µm à 0,49 µm pour une vitesse longitudinale
vL = 5960 m.s−1 .
Les fréquences sont liées à la vitesse de propagation dans le matériau par la relation :
vL
fB = (2.1)
λL
vL dépend des propriétés du matériau du cœur de la fibre par la relation [11] :
v
E(1 − ν)
u
u
vL = t (2.2)
(1 + ν)(1 − 2ν)ρ
où E est le module de Young, ρ la densité de la fibre, et ν le coefficient de Poisson.
Les valeurs de ces caractéristiques mécaniques sont résumées dans le tableau suivant :

Matériau ρ (g/cm3 ) E (GPa) ν


SiO2 2,201 70 0,2

Tableau 2.1 – Les propriétés mécaniques de la fibre en silice.

La diffusion Brillouin revêt une importance capitale car ses effets sont plus consi-
dérables en intensité que ceux des autres diffusions (tableau 1.8). La puissance critique
nécessaire à son apparition est relativement inférieure à celle des autres diffusions [12]. Il
y a deux types de diffusion Brillouin : la spontanée et la stimulée.

2.2.1 La diffusion Brillouin spontanée


La diffusion Brillouin spontanée, à l’instar de celle Raman, est une interaction iné-
lastique entre une onde incidente et le matériau c’est-à-dire qu’il y a échange d’énergie
avec le matériau. Les molécules du matériau, sous l’influence de la température, effectuent
de très petits mouvements autour de leur position d’équilibre. Ces mouvements en inter-
agissant, créent des ondes acoustiques. Ici, ce sont des phonons acoustiques qui réagissent

52
Chapitre 2. La diffusion Brillouin et les modes de résonance acoustique

avec les photons alors que pour la diffusion Raman, ce sont des phonons optiques. On parle
de phonon optique car le décalage fréquentiel Raman est de l’ordre du THz et se retrouve
donc dans le domaine optique tandis que le décalage fréquentiel Brillouin est de l’ordre
d’une dizaine de GHz d’où l’usage du terme phonon acoustique. La vraie spécificité réside
dans le fait que la diffusion Raman est liée à la polarisabilité du matériau c’est-à-dire aux
vibrations et rotations des molécules individuellement tandis que celle Brillouin dépend
de sa densité à savoir un mouvement en masse des molécules.
L’intensité de l’onde lumineuse diffusée est d’autant plus grande que l’intensité de
l’onde acoustique est élevée. Pour une même fibre, l’effet Brillouin est observé pour des
puissances de pompe beaucoup plus faibles que celles nécessaires à l’observation de l’effet
Raman. La diffusion Brillouin spontanée couplée à l’amplification Raman ont été utilisées
pour la mesure de la température dans une fibre sur une distance de 150 km [13]. En
théorie, la puissance du signal rétrodiffusé par la diffusion Brillouin spontanée est 20 dB
inférieure à celle due à la diffusion Rayleigh [14].

2.2.2 La diffusion Brillouin stimulée


La diffusion Brillouin stimulée (DBS) se produit à des niveaux de puissance de
pompe significativement plus faibles que ceux nécessaires pour atteindre le seuil Raman.
Le gain qui caractérise le transfert de puissance entre l’onde de pompe et l’onde rétro-
diffusée est en effet le plus grand dans le cas de la non-linéarité Brillouin. En ce sens,
la diffusion Brillouin est la plus efficace. Lorsqu’un signal optique est envoyé dans une
fibre, il peut engendrer une onde rétrodiffusée (Stokes) qui se propage avec une fréquence
inférieure à celle de l’onde incidente.
L’étude de la DBS dans les fibres optiques, a fait l’objet de nombreuses recherches en
télécommunications parce qu’elle limite la puissance maximale à injecter dans la fibre. La
DBS limite également la vitesse et la distance de transmission [15]. Lorsqu’elle apparaît
dans une fibre, une forte proportion du signal incident est rétrodiffusée au détriment du
signal transmis.
La fréquence de décalage Brillouin et la courbe de gain Brillouin dépendent des pa-
ramètres du matériau.

Cette diffusion permet d’amplifier une onde de sonde qui se propage suivant la di-
rection (-z) opposée à celle de propagation de l’onde de pompe. L’étude théorique de la
diffusion Brillouin spontanée permet de conclure que l’onde acoustique naît de la fluc-
tuation très faible des niveaux d’énergie dans le matériau. Cependant, dans le cas du
processus stimulé, c’est la forte puissance optique incidente qui induit un changement de
la densité locale dans le matériau, créant ainsi une variation de l’indice de réfraction.
L’interaction entre les ondes de pompe et de sonde donne lieu, lorsque toutes les
conditions sont réunies, au battement à la fréquence acoustique du milieu. Il s’agit d’un
exemple d’électrostriction [16, 17].

[Link] Les mécanismes mis en jeu


La DBS est la diffusion d’une onde lumineuse par une onde acoustique engendrée
dans le milieu par effet non linéaire. Il s’agit d’une interaction entre le champ de phonons
acoustiques et les photons émis par un laser (onde de pompe) ou deux (onde de pompe
et onde de sonde). L’onde diffusée Brillouin naît à partir d’un certain seuil de puissance

53
Chapitre 2. La diffusion Brillouin et les modes de résonance acoustique

optique de pompe. Une fois le seuil atteint, l’onde diffusée est appelée onde Stokes rétro-
diffusée parce qu’elle se propage en sens opposé à celui de l’onde de pompe. Sa puissance
croît à mesure que l’onde de pompe transfère sa puissance à l’onde Stokes rétrodiffusée.

En deçà de la puissance de seuil, l’onde rétrodiffusée n’est plus stimulée. C’est le


cas de la diffusion Brillouin spontanée. Le mécanisme physique qui conduit à la diffusion
stimulée et à celle spontanée est identique si l’on excepte le fait que, pour la diffusion
spontanée, les ondes acoustiques naissent de la température et des mouvements des mo-
lécules dans le milieu.

L’interaction non linéaire qui est à l’origine de la DBS, implique donc une interaction
entre la pompe et l’onde acoustique. Le champ de pompe engendre l’onde acoustique par
le phénomène d’électrostriction. Une onde acoustique sinusoïdale, induit au sein du milieu
un profil d’indice de réfraction qui suit la même relation. On peut écrire [18] :
~ r + ϕ)
n = n0 + ηcos(β.~ (2.3)
n et n0 étant les indices de réfraction, respectivement, initial et induit, η  1 est
un coefficient qui exprime le changement de l’indice de réfraction, β~ le vecteur d’onde
acoustique, ~r le vecteur-position et ϕ le déphasage de l’onde.
L’équation (2.3) permet d’établir la condition de Bragg. Cette relation sera utilisée
dans la suite. Il s’agit de :
~ks = ~kp ± β~ (2.4)
~ks et ~kp représentent respectivement les vecteurs des ondes diffusée et incidente.

Onde
diffusée
~ks
Θ
~kp Θ
Onde optique
incidente ~ka
Plans d’onde acoustique

a) b)

Figure 2.2 – a) Interaction entre les trois ondes : ondes optiques incidente et rétro-
diffusée, onde acoustique. b) Illustration de la condition de Bragg. Θ représente l’angle
entre les deux vecteurs d’onde optique, λL la longueur d’onde acoustique longitudinale, β~
le vecteur d’onde acoustique, et ~kp et ~ks les vecteurs d’onde de pompe (onde incidente) et
de sonde (onde diffusée).
vL
Sur la figure 2.2, λL = . Dans cette expression, λL , vL et fa représentent res-
fa
pectivement la longueur d’onde, la vitesse et la fréquence de l’onde acoustique dans le
matériau.
Le graphe a) de la figure 2.2 illustre l’interaction entre les ondes de pompe, rétro-
diffusée et acoustique. Le graphe b) est la représentation schématique de la condition de

54
Chapitre 2. La diffusion Brillouin et les modes de résonance acoustique

Bragg.

L’application du principe de la conservation d’énergie et de la quantité de mouve-


ment au cours de la diffusion permet d’écrire :

fa = fp − fs (2.5)
β~ = ~kp − ~ks (2.6)

où fi et ~ki avec (i = p, s) représentent les fréquences et les vecteurs des ondes de


pompe et Stokes.
L’équation (2.6) montre l’importance de la position relative des vecteurs d’ondes de
pompe et Stokes, c’est-à-dire leur direction de propagation.
La relation entre le nombre d’onde et la fréquence s’écrit :

~ = 2πfa ~ 2πnef f fp ~ 2πnef f fs


|β| ; |kp | = ; |ks | = ; (2.7)
vL c c

Dans cette équation, c est la vitesse de la lumière dans le vide.


L’équation (2.4) permet d’établir une relation importante entre les vecteurs d’ondes
et l’angle entre les vecteurs d’ondes de la pompe et de l’onde acoustique [18] :

Θ ~
|β|
sin = (2.8)
2 2|~kp |

avec Θ l’angle entre les deux vecteurs d’onde optique.


En combinant les équations (2.7) et (2.8), on obtient pour la fréquence de l’onde
acoustique :

vL Θ
fa = 2nef f fp sin (2.9)
c 2
2nef f vL Θ
= sin (2.10)
λp 2

où λp est la longueur d’onde de pompe.


La fréquence fa s’annule pour Θ = 0 et est maximale pour Θ = π. Cela signifie que
la fréquence acoustique est maximale lorsque les ondes de pompe et diffusée (Stokes) se
propagent dans des directions opposées. La valeur maximale de la fréquence fa est appelée
la fréquence Brillouin qu’on notera fB . Il s’agit en réalité, du décalage en fréquence, nommé
shift Brillouin, entre les deux ondes optiques de pompe et de sonde. Le “shift” Brillouin
est illustré (figure 2.3). Son expression est donnée par [12] :

2nef f vL
fB = (2.11)
λp

Dans une fibre en silice par exemple, dont les paramètres sont tirés des articles [19,
20], vL = 5960 m/s. Si nous prenons, nef f = 1,46 et λp = 1,55 µm, on trouve fB =
11,23 GHz.

La figure ci-dessous illustre ce qui précède.

55
Chapitre 2. La diffusion Brillouin et les modes de résonance acoustique

Diffusion Rayleigh

∆ fB

fB

Figure 2.3 – La courbe de gain Brillouin.

Ce décalage de fréquence entre les ondes de pompe et diffusée, qui correspond à la


fréquence de l’onde acoustique, dépend de la fréquence de l’onde de pompe, de l’indice de
réfraction (donc du type de matériau) et de la vitesse de propagation de l’onde acoustique
dans le matériau. Il diminue avec l’augmentation du rayon de cœur de la fibre [21] et
dépend également du type de dopage (au Fluor (F) ou au Germanium (GeO2 )) [22, 23]
et de la concentration du dopage [24].
L’onde Stokes est caractérisée par une largeur spectrale à mi-hauteur non nulle (Full-
Width Half-Maximum : FWHM) ∆fB . Son ordre de grandeur est de quelques dizaines
voire centaines de MHz. Celle-ci est liée au temps d’atténuation des ondes acoustiques,
en d’autres termes à la durée de vie des phonons par la relation :
1
∆fB = (2.12)
πTB
avec TB la durée de vie des phonons. TB a, par exemple, une valeur de 10 ns dans les fibres
en silice. Comme il n’existe pas de méthode pour déterminer a priori TB (car fonction de
chaque matériau et probablement de l’onde de pompe), il faut l’estimer et améliorer sa
valeur à partir de mesures. D’après [25], ∆fB varie avec λ−2 c’est-à-dire croît avec fB2 .

En supposant que les ondes acoustiques s’atténuent exponentiellement en fonction


−t
du temps (e TB où t désigne le temps), le spectre de l’onde Stokes a une forme lorentzienne
dans le domaine fréquentiel.
La diffusion Brillouin peut être considérée comme un transfert de puissance optique
entre l’onde de pompe et l’onde rétrodiffusée. Le gain qui caractérise ce transfert est
fonction du décalage de fréquence entre les deux ondes évoquées. Il est donné par :
( ∆f2B )2
gB (f ) = gB (fB ) (2.13)
(f − fB )2 + ( ∆f2B )2
Dans cette expression, f = fp −fs et fB = fmax avec fp et fs respectivement les fréquences
de pompe et de sonde.
Ainsi, au plus la différence de fréquence entre les ondes de pompe et Stokes se
rapproche de la fréquence acoustique du matériau, mieux se fait le transfert de puissance
de l’onde de pompe vers celle Stokes.
L’établissement de l’équation (2.13) suppose deux conditions :

56
Chapitre 2. La diffusion Brillouin et les modes de résonance acoustique

1. les conditions de transfert sont stationnaires c’est-à-dire ne dépendent pas du temps,


2. la pompe est une source à onde continue (Continuous Wave : CW) dont la largeur
spectrale est inférieure à celle de l’onde Stokes (∆fp < ∆fB ) avec ∆fp la largeur
spectrale à mi-hauteur de l’onde de pompe.
Ce gain du transfert de puissance est maximal pour f = fB et vaut [26] :
2πn7ef f p212
gB (fB ) = 2 (2.14)
cλp ρ vL ∆fB
Dans cette expression, p12 est le coefficient élasto-optique longitudinal du matériau,
ρ sa densité et gB (fB ) est le coefficient de gain Brillouin en m/W.

Importance de la polarisation
L’équation (2.14) suppose que les ondes de pompe et Stokes se propagent en sens
inverses et sont polarisées linéairement dans la même direction. De plus, cet état de
polarisation est supposé invariant durant la propagation dans la fibre : ce qui est le
cas pour des fibres fortement biréfringentes. En théorie, dans le cas où les deux ondes
optiques sont à polarisation rectiligne selon des directions orthogonales ou lorsqu’elles
sont à polarisation elliptique, l’une lévrogyre et l’autre dextrogyre, le coefficient de gain
Brillouin est nul. Pour tenir compte de l’influence de la polarisation, un coefficient de
polarisation γ (0 < γ < 1) est introduit dans la formule du coefficient de gain Brillouin.
L’équation (2.14) devient :
2πn7 p2
gB (fB ) = 2 ef f 12 γ (2.15)
cλp ρ vL ∆fB
γ varie entre 1/3 et 2/3 [27] mais est habituellement pris égal à 0,5 [25] comme une
valeur standard, ce qui réduit le gain de moitié.

[Link] L’électrostriction
L’électrostriction est le phénomène par lequel un matériau, soumis à l’action d’un
champ électrique, se contracte. En d’autres termes, c’est la propriété selon laquelle la
densité d’un matériau augmente en présence d’un champ électrique. Ainsi, la variation
de la densité conduit à la variation de l’indice de réfraction. Il s’ensuit l’apparition d’une
onde acoustique dont l’origine est un champ électrique.
L’équation décrivant l’interaction acousto-optique dans une fibre optique est donnée
par [28, 29] :
∂ 2ρ ∂ρ Υ
2
− $∇2 − vL2 ∇2 ρ = − ∇2 |E|2 (2.16)
∂t ∂t 2
η11
avec ρ la densité du matériau, $ = , η11 désigne un terme du tenseur de viscosité,
ρ0
ρo représente la valeur moyenne de ρ. Υ = n4 0 p12 avec 0 la permittivité du vide, p12 le
coefficient longitudinal élasto-optique et n l’indice de réfraction du matériau.
En considérant les modes acoustiques longitudinaux sans déplacement dans la sec-
tion transverse ($ = 0) et pour un milieu non perturbé, l’équation (2.16) devient :
∂ 2ρ
− vL2 ∇2 ρ = 0 (2.17)
∂t2
57
Chapitre 2. La diffusion Brillouin et les modes de résonance acoustique

La résolution de l’équation précédente permet de déterminer l’ensemble des modes acous-


tiques longitudinaux caractéristiques de la fibre. Pour chacun de ces modes et en présence
d’un champ électrique, il existe une relation (non linéaire) entre le champ électrique in-
cident et la pression induite. La variation ∆ρ de la densité obéit à l’équation d’une onde
acoustique [30], à savoir :

∂2 ∂ 2 2 2 1
[ − 2∆f B − v ∇ ]∆ρ = −∇ ( ζ|E|2 ) (2.18)
∂t2 ∂t L

Pour une onde en régime permanent harmonique, la solution stationnaire de l’équa-


tion (2.18) donne [30] :

ζ
∆ρ = |E|2 (2.19)
2πvL2

où ζ = ρ∂/∂ρ est le coefficient électrostrictif et  la permittivité du milieu. ∆ρ va,


à son tour, induire une pression électrostrictive :

pst = ∆ρvL2 (2.20)

1
En combinant les équations (2.19) et (2.20), on obtient pst = 2π
ζ|E|2 .

Par conséquent, un champ électrique induit une pression dans un matériau transpa-
rent. L’aspect non linéaire vient de la dépendance du carré du champ électrique.

Caractère stimulé. Le caractère stimulé s’explique également par le fait que le phéno-
mène se déroule en boucle. En effet, une onde optique (la pompe) excite le milieu par
l’électrostriction et y induit une onde acoustique. L’onde acoustique interagit avec l’onde
de pompe et donne lieu à une onde rétrodiffusée Stokes qui à son tour va réagir avec
l’onde de pompe. L’onde acoustique est ainsi entretenue et la boucle se crée.

58
Chapitre 2. La diffusion Brillouin et les modes de résonance acoustique

Figure 2.4 – Schéma de l’effet de "boucle" de la diffusion Brillouin [31].

[Link] La puissance de seuil Brillouin


La diffusion Brillouin stimulée est une non-linéarité qui apparaît dans un diélectrique
lorsque la puissance optique incidente atteint un seuil donné.
L’interaction entre les ondes optiques de pompe et Stokes est régie par le système
d’équations différentielles non linéaires couplées déduites des équations de Maxwell. Ce
couplage entre les deux ondes optiques (pompe et Stokes) est de type pompe-sonde. En
utilisant une source CW, la dépendance temporelle disparaît grâce à l’usage des substituts
complexes des intensités Ip et Is . On a [32] :

dIp
= −gB Ip Is − αp0 Ip (2.21)
dz
dIs
− = +gB Ip Is − αs0 Is (2.22)
dz
où Ip (z = 0) = APefinf avec Aef f l’aire de la section effective de la fibre optique. z désigne
la position (exprimée en m) d’une onde le long de la fibre, Ip et Is respectivement les
intensités des ondes de pompe et de sonde exprimées en W/m2 , et αp,s 0
l’affaiblissement
linéaire subi respectivement par les ondes de pompe et de sonde. L’affaiblissement linéaire
s’exprime en 1/m. Nous considérons que αp0 = αs0 = α0 .
Rappelons que :
10 PL
α (dB/m) = − log10 ( ) ≈ 4, 343α0 (1/m). (2.23)
L Pin
Dans cette expression, α0 désigne l’affaiblissement linéaire de la fibre. Pin et PL sont les

59
Chapitre 2. La diffusion Brillouin et les modes de résonance acoustique

puissances de pompe respectivement en entrée et sortie de la fibre de longueur L.

Le signe “−” du membre de gauche de l’équation (2.22) indique que l’onde de sonde
se déplace dans la direction opposée à l’onde de pompe.
La résolution de ces équations décrit entièrement la DBS. Toutefois, elle est difficile
à résoudre analytiquement et nécessite des méthodes numériques.

En réalité, l’aire à considérer dans l’équation Ip (z = 0) = APefinf , n’est pas l’aire


effective optique mais plutôt l’aire de couplage acousto-optique Aao m pour chaque mode
acoustique m. En effet, celle-ci tient compte aussi du profil radial du mode acoustique
contrairement à Aef f qui ne considère que les ondes acoustiques planes. Les deux valeurs
sont peu différentes lorsqu’il s’agit des fibres conventionnelles dont le profil est à saut
d’indice [28]. Quand le profil n’est pas à saut d’indice, les résultats obtenus en utilisant
Aef f sont erronés. L’aire de couplage acousto-optique est donnée par [28] :
R R 2

−∞ F (r)2 dS Z Z ∞
Aao
m = R R 2 ϑ(r)2 dS (2.24)

−∞ ϑ(r)F (r)2 dS −∞

où F (r) représente le profil du mode optique et ϑ(r) désigne le profil d’un des modes
acoustiques.
Pour avoir une approximation de la valeur de ce seuil, on suppose que l’onde de
pompe ne subit que l’affaiblissement α de la fibre : c’est-à-dire qu’il n’y a pas d’appau-
vrissement de la pompe. Cela revient à annuler le premier élément du terme de droite de
l’équation (2.21). La puissance de seuil Brillouin ainsi estimée, est donnée par la formule
communément utilisée [26] :
Aef f
P cr ' 21 (2.25)
gB Lef f
Ici aussi, l’aire effective optique Aef f doit être remplacée par l’aire de couplage acousto-
optique Aao m . Lef f est la longueur effective d’interaction. Son expression est donnée par :

1
Lef f = [1 − exp(−α0 L)] (2.26)
α0
où L est la longueur de la fibre. La puissance de seuil dépend donc de l’affaiblissement α.
De façon générale, le coefficient "21" utilisé dans l’équation (2.25) est vraie unique-
ment dans le cas d’une fibre longue à faible perte [33].
Dans la littérature, il existe deux définitions arbitraires de la puissance de seuil
Brillouin :
1. la puissance de pompe à partir de laquelle l’onde Stokes à l’entrée de la fibre aug-
mente plus rapidement que l’onde transmise à la sortie de la fibre,
2. la puissance de pompe à partir de laquelle l’onde Stokes à l’entrée de la fibre a la
même intensité que l’onde injectée en entrée de fibre (sans appauvrissement de la
pompe) [34].
La deuxième définition correspond à la puissance de seuil calculée à l’équation (2.25).
Cette équation suppose un gain Brillouin faible. Pour être rigoureux, la puissance de seuil
doit être estimée en résolvant numériquement les équations (2.21) et (2.22). Dans cette
estimation, la définition 1 est retenue.

60
Chapitre 2. La diffusion Brillouin et les modes de résonance acoustique

Notons que la DBS peut être supprimée [25] en changeant les propriétés géométriques
de la fibre c’est-à-dire en y créant une non-uniformité [35–37], en changeant le rayon du
cœur [21] ou en augmentant la largeur spectrale du laser [38].

2.3 Les modes transverses


Les modes acoustiques transverses se confinent dans la section de la fibre. Ils se re-
groupent en quatre grandes catégories (figure 2.5) : les modes de flexion (Fom ), les modes
radiaux (Rom ), les modes torsiaux (Tom ) et les modes torsio-radiaux (TR2m ). Ces derniers
sont doublement dégénérés dans une fibre symétrique.

a) Modes de flexion (Fom ) b) Modes radiaux (Rom ) c) Modes torsiaux (Tom )

d) Modes torsio-radiaux (TR2m )

Figure 2.5 – Les modes acoustiques transverses.

L’interaction de ces modes avec le champ électrique de l’onde optique incidente dif-
fuse la lumière de façon copropagative le long de la fibre causant ainsi des sources de
bruit à basses fréquences. Cette interaction acousto-optique a été étudiée par Shelby et
al. [39]. Les fréquences acoustiques concernées sont de l’ordre de quelques kHz à 1 GHz
dans une fibre optique standard et peuvent atteindre 2 GHz dans une fibre à cristaux pho-
toniques [40]. La vitesse de l’onde acoustique de cisaillement, vT , est de 3740 m.s−1 [41].
Elle peut aussi se calculer par [42] :
s
E
vT = (2.27)
2(1 + ν)ρ
où E est le module de Young, ρ la densité de la fibre, et ν le coefficient de Poisson.

61
Chapitre 2. La diffusion Brillouin et les modes de résonance acoustique

x
φ z
r
y

Figure 2.6 – La section transverse d’une fibre optique. φ désigne la coordonnée angulaire.

Deux principaux types de modes acoustiques transverses sont à l’origine de cette


diffusion [41] : il s’agit des modes radiaux Rom dont le vecteur-déplacement a une com-
posante uniquement radiale (figure 2.5 b)) et qui modulent la phase de l’onde optique
incidente ; et les modes torsio-radiaux TR2m (figure 2.5 d)) avec un vecteur-déplacement
variant avec cos(2φ) (figure 2.6) et possédant également une composante radiale.
Ces derniers modulent aussi bien sa phase que son état de polarisation. Ils sont
appelés, respectivement, modes polarisés et modes dépolarisés et sont fonction des vitesses
d’onde acoustiques longitudinales et de cisaillement dans la fibre. La spécificité de ces
modes réside dans leur dépendance à la structure transverse de la fibre, ce qui en fait donc
un élément d’analyse potentiellement intéressant pour de la caractérisation structurelle.
Ces modes offrent un avantage majeur car ils dépendent de paramètres physiques tels
que la température [43], la déformation, le diamètre de fibre [44] et même de la structure
transverse, comme cela a été démontré pour une fibre à cristaux photoniques [40].
L’observation et la mise en évidence de la diffusion spontanée de la lumière conti-
nue par les modes acoustiques transverses dans une fibre optique standard ont été réali-
sées [39]. Le modèle théorique de calcul des fréquences de modes acoustiques y est décrit.
L’article prédit l’utilisation du spectre de ces modes pour analyser la structure interne
d’une fibre. Plus tard, c’est l’interaction entre ces modes transverses et les solitons, qui
sera étudiée [16, 17]. Pour déterminer la famille de modes acoustiques qui interagissent
avec l’onde optique se propageant dans la fibre, il a été calculé dans un système de coor-
données cylindriques, les composantes de la force d’électrostriction, l’électrostriction étant
le mécanisme par lequel un champ électrique comprime un matériau en changeant sa den-
sité et donc son indice de réfraction comme nous avons eu l’occasion de le mentionner.
Les composantes radiale fr et angulaire fφ de la force d’électrostriction sont modélisées
par [17] :

2 ∂ F
fr = − π {I(p11 + p12 ) + p11 (Ix − Iy )cos(2φ)} (2.28)
8 ∂r
2 ∂ F
fφ = π p11 (Ix − Iy )sin(2φ) (2.29)
8 ∂r

où  = n2 = 2,1 la permittivité diélectrique, F représente l’intensité de la distribution du


mode de champ électrique, r la distance à l’axe de symétrie de la fibre, φ la coordonnée
|Ei |2
angulaire, I = Ix + Iy avec Ii = , (i = x ou y) l’intensité du champ électrique. Dans
2
ces équations, les axes x et y ont été choisis parallèles aux axes de polarisation de la
lumière.

62
Chapitre 2. La diffusion Brillouin et les modes de résonance acoustique

En partant des équations précédentes, l’on remarque que si Ix = Iy c’est-à-dire en


polarisation circulaire, alors :

2 ∂ F


fr = − π I(p11 + p12 )

8 ∂r
φ = 0
 f

Cette condition décrit les modes radiaux Rom où seule la composante radiale de la force
d’électrostriction est non nulle. La variation de l’indice de réfraction due à l’électrostriction
est plus importante dans le cas des modes radiaux [17]. Dans le cas contraire, pour Ix 6= Iy ,
les deux composantes à savoir radiale et angulaire sont non nulles, il s’agit du cas des
modes torsio-radiaux TR2m . L’analyse des équations (2.28) et (2.29) révèle et confirme
que la diffusion de l’onde optique incidente par des modes de torsion purs n’est pas possible
car fφ 6= 0 =⇒ fr 6= 0.
Rappelons que l’interaction est efficace dans le cas d’une polarisation linéaire (po-
larisation suivant un seul axe : x ou y). Ces modes acoustiques qui diffusent la lumière
vers la gaine de la fibre sont appelés, à tort, modes de gaine. Ils représentent les modes
propres de la structure cylindrique et sont guidés par celle-ci.

Les modes acoustiques de plus hautes fréquences sont plus sensibles aux variations
extérieures de température ou de déformations que ceux de basses fréquences. Il s’agit des
perturbations dues aux caractéristiques du rayon de cœur, aux contraintes et aux inho-
mogénéités. Une variation du diamètre de gaine le long de la fibre entraîne une variation
des modes acoustiques le long de celle-ci, comme nous le verrons au chapitre 4 ; ce qui
peut être exploité dans la conception de capteurs répartis.

2.3.1 Les modes radiaux Rom


Dans un premier temps, il est présenté le calcul des fréquences des modes radiaux
dans une fibre conventionnelle. Puis, le calcul sera étendu aux fibres microstructurées.
Dans une fibre optique conventionnelle, les fréquences des modes radiaux se cal-
culent par la formule classique [45, 46] :
2 ! 2
vT vT
 
1− J0 (y) − J2 (y) = 0 (2.30)
vL vL
avec J0 (y) et J2 (y), les fonctions de Bessel de première espèce respectivement d’ordres
R
0 et 2. Les racines y de l’équation (2.30) permettent de calculer les fréquences fm des
modes, l’exposant "R" faisant référence aux modes radiaux :

R vL
fm = ym (2.31)

avec ym la racine de rang m de l’équation (2.30) et b le diamètre extérieur de la fibre. Ainsi,
plus le diamètre de la fibre est petit, plus les fréquences des modes acoustiques radiaux sont
élevées. Par conséquent, dans la mesure où ces modes sont observables expérimentalement
et à largeur spectrale constante, les fibres de plus petit diamètre offrent un avantage pour
leur utilisation dans les capteurs car les modes radiaux associés auront un meilleur facteur
de qualité (rapport de la fréquence du mode par sa largeur spectrale).

63
Chapitre 2. La diffusion Brillouin et les modes de résonance acoustique

Rappelons que :
s
vT 1 − 2ν
= (2.32)
vL 2(1 − ν)

Par exemple, pour vL = 5960 m.s−1 et vT = 3740 m.s−1 , les fréquences des dix pre-
miers modes radiaux sont calculées et résumées au tableau 2.2.

f1R f2R f3R f4R f5R f6R f7R f8R f9R R


f10
MHz 30,24 81,53 129,93 177,94 225,8 273,6 321,36 369,10 416,83 464,55
λ (µm ) 197 73,12 45,87 33,5 26,37 21,75 18,5 16,12 14,25 12,75

Tableau 2.2 – Les fréquences et longueurs d’onde des dix premiers modes radiaux dans
une fibre optique conventionnelle de rayon de cœur b = 125 µm pour vL = 5960 m.s−1 et
vT = 3740 m.s−1 .

Théoriquement, le nombre de ces modes est infini. Toutefois, comme cela a été dé-
montré [39], ils ne sont pas tous observables expérimentalement. Cela peut s’expliquer
d’une part par la faiblesse du couplage acousto-optique et d’autre part, par la faible sen-
sibilité de l’appareil de mesure qui est l’analyseur de spectre radiofréquence. Les modes
radiaux sont aussi appelés modes polarisés car ils n’agissent que sur la phase du signal.

Partant de ce qui précède, et en modélisant les fibres microstructurées comme une


fibre à saut d’indice dont les indices de cœur et de gaine sont respectivement nc et nF SM ,
nous pouvons appliquer les équations (2.30) et (2.31).

2.3.2 Les modes torsio-radiaux TR2m


En supposant les conditions aux limites d’une traction nulle à la surface de la
fibre, les fréquences des modes torsio-radiaux dans une fibre conventionnelle sont don-
nées par [45, 46] :

TR vT
fm = ym (2.33)

avec b le diamètre extérieur de la fibre et ym la solution de rang m de l’équation :

y2 y2
" ! # " ! #
vT

3− J2 y 6− J2 (y) − 3yJ3 (y)
2 vL 2 ! # =0
y2
"
vT vT vT
    
J2 y − yJ3 y 2− J2 (y) + yJ3 (y)
vL vL vL 2

où J3 (y) est la fonction de Bessel de première espèce du troisième ordre.

Par exemple, pour vL = 5960 m.s−1 et vT = 3740 m.s−1 , les fréquences des dix pre-
miers modes torsio-radiaux dans une fibre conventionnelle sont calculées et résumées au
tableau 2.3.

64
Chapitre 2. La diffusion Brillouin et les modes de résonance acoustique

f1T R f2T R f3T R f4T R f5T R f6T R f7T R f8T R f9T R TR


f10
MHz 47,12 108,44 126,18 139,85 170 175,29 200,12 223,57 260,45 290,48
λ (µm ) 79,37 34,5 29,62 26,75 22 21,37 18,62 16,75 14,37 12,87

Tableau 2.3 – Les fréquences des dix premiers modes torsio-radiaux dans une fibre optique
conventionnelle de rayon de cœur b = 125 µm pour vL = 5960 m.s−1 et vT = 3740 m.s−1 .

En utilisant la même approximation faite à la section précédente, nous appliquerons


les mêmes équations pour les fibres microstructurées.
Par opposition aux modes radiaux, les modes torsio-radiaux sont aussi appelés modes
dépolarisés car ils agissent aussi bien sur la phase que sur la polarisation de l’onde optique.
L’importance des modes acoustiques dans les fibres optiques a fait l’objet de nom-
breuses études [47]. Afin de les utiliser pour analyser des structures, ou des paramètres
extérieurs (température, pression...), nous avons besoin d’observer ces modes. Pour ce
faire, on injecte un signal optique qui va se propager dans la fibre. Le mode optique fon-
damental HE11 interagit avec les modes acoustiques et subit par conséquent un décalage
fréquentiel, permettant ainsi aux modes acoustiques d’être guidés, à l’instar de la diffusion
Brillouin.
Cette diffusion semblable à la diffusion Brillouin, mais copropagative, est à l’ori-
gine de l’expression "modes de résonance Brillouin", ou "modes de gaine Brillouin" ou
encore "modes acoustiques Brillouin guidés" (Guided Acoustic Wave Brillouin Scatte-
ring : GAWBS). L’observation de ce décalage fréquentiel donne les fréquences des modes
acoustiques.
Les modes radiaux sont plus difficiles à observer puisqu’ils sont des modes de di-
latation et n’agissent que sur l’indice de réfraction de la fibre. Il faut donc utiliser un
interféromètre de Mach Zehnder [39, 48–50]. Celui-ci utilise la cohérence du signal op-
tique traversant chacun de ses bras [51, 52]. Si la longueur des bras de l’interféromètre
est réglée de manière à créer une différence de chemin optique supérieure à la longueur
de cohérence du signal qui le traverse, alors aucune interférence n’est possible entre les
signaux optiques en sortie de l’interféromètre [51, 53].
Contrairement aux modes Rom , le montage expérimental nécessaire à l’observation
des modes TR2m est très simple. En effet, comme les modes TR2m agissent sur la po-
larisation, il est possible de les observer en utilisant un polariseur en fin de chaîne de
montage. Ils sont plus faciles à observer à cause de la force relative de leur interaction
avec l’onde optique. Leur largeur à mi-hauteur peut descendre jusqu’à 50 kHz. La diffusion
de la lumière provenant de ces modes est une source de bruit thermique pouvant pertur-
ber certaines expériences. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, quelques articles ont été
consacrés à l’utilisation des modes TR2m pour des applications capteurs. Au nombre de
ces articles, il y en a qui présentent la mesure des modes TR2m pour estimer le diamètre
extérieur d’une fibre [44]. Cette méthode a le mérite d’être non destructive contrairement
à l’analyse en champ proche. Toujours par l’utilisation des modes TR2m , la mesure de la
vitesse du son a même été réalisée grâce à la mesure de l’influence de la concentration de
Fluor (F) dans la fibre [54].
Comme à la section précédente, la quasi-totalité de ces modes se propagent dans le
cœur de la fibre optique conventionnelle. Ce qui n’est pas le cas pour les fibres microstruc-
turées. En effet, à cause des couronnes de trous autour du cœur, une partie des modes
se propage préférentiellement dans la gaine (composée des couronnes de trous) et l’autre
partie dans le cœur.

65
Chapitre 2. La diffusion Brillouin et les modes de résonance acoustique

2.4 Les modes acoustiques transverses dans les fibres


à cristaux photoniques

Les récentes études ont montré que la présence des couronnes de trous autour du
cœur d’une fibre microstructurée change les propriétés acoustiques de celle-ci. La non-
uniformité du diamètre de la gaine conduit à des variations (fluctuations) des longueurs
d’onde acoustique.

Dans une certaine condition à savoir le quotient de surface d’air (κ  1) [55] c’est-
à-dire le rapport de l’aire de trous sur l’aire totale de la fibre, il est possible d’appliquer
les équations (2.31) et (2.33) normalement valables que pour une structure parfaitement
cylindrique et uniforme. En mesurant la fréquence Brillouin, on déduit la vitesse acous-
tique longitudinale vL grâce à l’équation (2.11). Par la mesure des fréquences TR2m , on
déduit la vitesse transverse vérifiant les équations (2.31) et (2.33). En utilisant les mêmes
équations que pour un cylindre homogène, Shibata et al. [55] ont montré que la force
de couplage acousto-optique pour les modes TR2m diminue avec l’augmentation du quo-
tient κ et que les fréquences de ces modes sont légèrement inférieures à celles d’une fibre
optique conventionnelle possédant les mêmes paramètres. Ces études ont été confirmées
par d’autres.

Nous allons utiliser la même méthode : il faut d’abord exporter l’image MEB de
la PCF dans un logiciel (par exemple Matlab) pour estimer l’aire des trous. Ensuite,
une mesure de la fréquence Brillouin et des modes TR2m nous permet de remonter à la
valeur de vT dans les PCF utilisées. Nous en donnons un exemple pour la PCF T452A
dont l’image et les propriétés sont fournies respectivement à la figure 2.7 et au tableau 2.4.

Figure 2.7 – L’image au MEB de la PCF T452A. Elle a été prise à l’Institut d’Electro-
nique, de Microtechnologie et de Nanotechnologie : IEMN.

66
Chapitre 2. La diffusion Brillouin et les modes de résonance acoustique

d (µm ) 1,77
Λ (µm ) 3,89
d
0,45
Λ
aef f (µm ) 2,18
α (dB/km) 1,9 dB/km @ 1550 nm
L 500 m
fB 11,095 GHz

Tableau 2.4 – Les propriétés de la fibre T452A.

Le diamètre total mesuré pour cette PCF est de 129,58 µm soit une aire de
1,31. 104 µm2 . Comme la fibre est formée de 5 couronnes de trous auxquelles s’ajoutent
18 trous externes soit un total de 108 trous, le calcul de l’aire occupée par les trous d’air
est simple si l’on suppose tous les trous parfaitement circulaires. Ce qui donne une aire
d2
de 108 x π soit 264,6 µm2 . D’où le quotient de surface d’air est κ = 1,9. 10−2  1.
4
Par conséquent, les conditions exigées [55] pour appliquer les équations (2.30) et (2.33) à
une PCF, sont remplies.
La fréquence Brillouin mesurée sur la PCF T452A est de 11,095 GHz. Nous en
déduisons la vitesse longitudinale vL comme suit :

fB λp
vL = (2.34)
2nef f

avec nef f l’indice effectif du mode optique. Pour λp = 1550 nm et nef f = 1,44 (tableau 1.7) ;
vL = 5971 m.s−1 .

La difficulté reste l’estimation de la vitesse acoustique de cisaillement. Pour ce faire,


R
il faut d’abord mesurer la fréquence fm d’au moins un mode radial (Rom ) grâce, par
exemple, à l’utilisation d’un interféromètre. Ensuite, en combinant les équations (2.30) et
(??), on déduit l’expression de vT :

v
u 2 J0 (2π aef f fm
R
)
u
u v
u L J2 (2π aef f fm
R
)
vT = u
u J 2π a f R (2.35)
0 ( ef f m )
+1
t
J2 (2π aef f fm
R
)

Une autre façon de trouver la valeur de vT est de l’estimer à partir de la courbe


proposée par Shibata et al. [55].

67
Chapitre 2. La diffusion Brillouin et les modes de résonance acoustique

Figure 2.8 – Courbe d’estimation de vT . κ : ratio surface des trous sur surface totale,
d’après [55]

Bien que très intéressante, cette méthode a ses limites, car Shibata et al. [55]
affirment que pour un taux de remplissage très inférieur à 1 (sans donner de valeur précise),
l’on peut appliquer les équations (2.31) et (2.33). Grâce à cette méthode, nous avons
calculé les fréquences des modes radiaux et torsio-radiaux dans PCF T452A (tableau ??).

Rom (MHz) TR2m (MHz)


30,06 42,96
79,05 98,88
125,73 121,59
172,08 127,73
218,31 154,83
264,49 169,55
310,64 182,29
356,77 209,63
402,89 216,44
449 237,23
495,11 264,60
541,21 291,91
587,3 309,23
633,40 319,31
679,49 346,59
725,58 373, 90
.. ..
. .

Tableau 2.5 – Fréquences des modes Rom et TR2m dans la PCF T452A

En comparant les fréquences calculées à celles mesurées pour les TR2m dans une
boucle non linéaire (figure 2.15), on observe une cohérence.

68
Chapitre 2. La diffusion Brillouin et les modes de résonance acoustique

Mes. (MHz) Cal. (MHz)


- 42,96
76,58 -
93,09 98,88
103,6 -
- 121,59
126,1 127,73
- 154,83
165,2 169,55
184,7 182,29
213,2 209,63
.. ..
. .

Tableau 2.6 – Comparaison entre les fréquences calculées et mesurées des modes TR2m
dans la PCF T452A

Les fréquences théoriques (calculées) qui n’ont pu être mesurées amènent à conclure
que l’interaction acousto-optique des modes concernés est faible.

Une méthode plus rigoureuse peut être numérique ou simplement reprendre la mé-
thode proposée par [45, 46] et l’article [56] qui résout les équations de Bessel pour une
fibre à double gaine. Ainsi, on peut d’abord modéliser la PCF comme une fibre en forme
de W (un cœur en silice entouré d’une gaine en partie composée de trous).
Cette diffusion Brillouin copropagative a été aussi utilisée pour estimer les vitesses
acoustiques longitudinale et de cisaillement dans une fibre microstructurée [55].
Ces modes acoustiques transverses affectent la dynamique des lasers à fibres [57, 58],
limitent certaines expériences quantiques [39] et causent aussi un transfert d’énergie de
l’onde pompe continue vers une onde copropagative Stokes. Pour qu’ils soient observés
expérimentalement, ces modes ont besoin d’interagir avec l’onde optique incidente et par
conséquent d’être guidés le long de la fibre.

Interaction acousto-optique. Il est bien connu qu’un signal optique traversant une
fibre peut être modulé par les modes acoustiques présents dans celle-ci. L’interaction qui
a lieu, fait apparaître une onde de Stokes contrapropagative (diffusion Brillouin) lorsqu’il
s’agit des modes acoustiques longitudinaux, et une onde copropagative dans le cas des
ondes acoustiques transverses.
En appliquant le théorème de la conservation de la quantité de mouvement, on peut
écrire la relation (2.36) illustrée (figure 2.9) :

~ ~ks = ~ ~ki ± ~ ~ka (2.36)

avec ~ la constante normalisée de Planck, ~ks , ~ki et ~ka respectivement les vecteurs d’onde
diffusée, incidente et acoustique.

69
Chapitre 2. La diffusion Brillouin et les modes de résonance acoustique

~ks ~ks
~ki ~ks ~ka ~ki ~ka
~ki
~ka ~ka
~ka ~ks ~ks
a) b) c)
Figure 2.9 – L’interaction acousto-optique. a) cas de la diffusion Brillouin stimulée
– b) cas de la diffusion des modes acoustiques guidés – c) cas de la diffusion des modes
acoustiques guidés créée par la diffusion Brillouin. ~ks , ~ki et ~ka représentent respectivement
les vecteurs d’onde diffusée, incidente et acoustique.

Le cas b) de la figure 2.9 confirme que cette diffusion est copropagative. Elle produit
des bruits de phase et d’amplitude qui peuvent perturber les mesures réalisées sur le signal
incident. Le cas c) quant à lui, illustre la diffusion (de nouveau) de l’onde Brillouin par
les modes acoustiques transverses. La force de couplage ξ pour chaque mode, est donnée
par [59] :
Ra !2
1 2πω L 0 ef f ∆nE(r)rdr
ξ≈ (2.37)
L 2c
avec L et aef f , respectivement la longueur et le rayon effectif de la fibre, ω et E(r)
respectivement la pulsation et le champ de mode normalisé de l’onde optique ; ∆n désigne
la variation d’indice de réfraction dans la fibre, variation induite par le couplage acousto-
optique. ∆n est proportionnel à (p11 + p12 ) pour les modes radiaux et à (p11 − p12 ) pour
les modes torsio-radiaux.
D’une valeur approximative de 10−10 m−1 pour les modes radiaux [59], ξ est faible
et peut être augmentée en retirant la gaine protectrice de la fibre. Cela s’explique par le
faible recouvrement entre les modes optique et acoustique transverse, conduisant de ce
fait à un gain de couplage 100 fois plus faible que le gain Brillouin [60]. Dans le même
article, l’auteur souligne que la bande spectrale des modes acoustiques guidés est d’autant
plus large que le cœur de la fibre est petit ; de même que la largeur à mi-hauteur (FWHM)
des modes acoustiques guidés, augmente linéairement avec leurs fréquences.

2.5 Mesures des modes acoustiques transverses


Pour la mesure des modes de gaine, différents dispositifs ont été proposés dans la
littérature aussi bien pour les modes polarisés que pour les modes dépolarisés.
Certains de ces montages utilisent la propagation de la lumière en espace libre (en
utilisant des miroirs) et des interféromètres de type Mach Zehnder par exemple. En pro-
pagation guidée en fibre optique, des montages se basant sur la technologie de l’interfé-
romètre de Sagnac ont été proposés. Il s’agit en l’occurrence des miroirs en boucle non
linéaire qui permettent par exemple de récupérer en sortie de la boucle une infime partie
(aucune puissance si le coupleur est parfaitement 50/50 et la boucle non biréfringente
c’est-à-dire le chemin optique parcouru par les composantes x et y du champ électroma-
gnétique de l’onde optique est identique) de la puissance envoyée dans la boucle.

70
Chapitre 2. La diffusion Brillouin et les modes de résonance acoustique

Dans cette section, nous nous intéressons seulement à la mesure des modes TR2m
c’est-à-dire les modes dépolarisés. Nous les avons observés dans des fibres convention-
nelle et microstructurée. L’ensemble des symboles des éléments utilisés dans les montages
expérimentaux ainsi que leur signification sont résumés (figure 2.10).

Diode
Laser
Source Isolateur Fibre Photodiode Polariseur Circulateur

EOM EDFA RF P C
Modulateur Amplificateur Amplificateur Contrôleur
électro-optique optique électrique de polarisation

50/50
Scope OSA SRF
Oscilloscope Analyseur de Analyseur de Coupleur optique
spectre optique spectre électrique

PM

Mélangeur Atténuateur Mesureur de Machine de traitement


puissance des données

Filtre passe-haut Filtre passe-bas


Figure 2.10 – Liste des symboles utilisés dans les schémas.

Deux dispositifs expérimentaux ont été utilisés : le premier permet de faire une
mesure "en direct" tandis que le second réalise une boucle non linéaire.

2.5.1 En direct
[Link] Banc expérimental
Le montage que nous avons utilisé est présenté (figure 2.11). Les mesures sont effec-
tuées en mode continu.
La source utilisée est une diode laser à rétroaction (Distributed Feedback Laser :
DFB) et émet à une longueur d’onde de 1550 nm. Elle délivre une lumière quasi mono-
chromatique, continue et cohérente dans l’infrarouge et constitue un standard industriel
dans les télécommunications optiques à longues distances. Afin d’obtenir un régime mo-
nomode, contrairement aux diodes lasers électro-luminescentes et aux lasers multimodes,

71
Chapitre 2. La diffusion Brillouin et les modes de résonance acoustique

Fibre sous test

Diode EDFA P C
Laser

RF
SRF
Figure 2.11 – Montage de mesure des modes TR2m en direct.

l’on peut soit réduire la cavité de la diode laser ou introduire dans la cavité des éléments
qui vont spectralement sélectionner un mode [61]. C’est le cas de la DFB [62] où un ré-
seau de Bragg est gravé dans la zone d’émission, entraînant une modulation de l’indice de
réfraction du guide d’onde [63]. Celle que nous utilisons, a une largeur à mi-hauteur (Full
Width Half Maximum : FWHM) de 500 kHz [64] et fournit une puissance maximale de
50 mW. Elle est stabilisée en température et en courant. En plaçant un filtre de courant
sur l’entrée de la diode laser, nous évitons l’élargissement du spectre de la diode.
La correspondance entre le courant et la puissance de la diode est donnée à la fi-
gure 2.12. Les valeurs de courant de 200 mA et 300 mA correspondent respectivement à
Puissance (dBm)

10
0
−20
−40
−60
0 50 100 150 200 250 300 350 400
Puissance (mW)

50
40
Courant (mA)
20

0
0 50 100 150 200 250 300 350 400
Courant (mA)

Figure 2.12 – Calibrage de la DFB utilisée.

des puissances optiques de 25 mW (13,98 dBm) et 39,45 mW (15,96 dBm).

A chaque fois qu’un signal optique traverse un milieu diffusant, une fraction de ce si-
gnal est rétrodiffusée. Nous utilisons un isolateur optique après la DFB pour éviter qu’une

72
Chapitre 2. La diffusion Brillouin et les modes de résonance acoustique

réflexion aussi infime soit-elle du signal optique qui le traverse, ne revienne endommager
la source. Son efficacité se caractérise par la mesure des pertes d’isolation. Plus celles-ci
sont élevées, mieux cela est.
Le signal optique est ensuite amplifié par un amplificateur à fibre dopée à l’Erbium
(Erbium Doped Fiber Amplifier : EDFA) [65]. En télécommunications, l’EDFA permet
au signal de parcourir une plus grande distance sans nécessiter de répéteur [66]. Le seul
problème est son émission spontanée (Amplified Spontaneous Emission : ASE), qui cons-
titue une source de bruit puisque toutes les fréquences sont amplifiées de la même façon.
Grâce à l’usage d’un filtre optique à bande accordable, nous avons résolu le problème.
Outre sa fréquence et sa puissance, tout signal optique est également caractérisé
par son état de polarisation. Celui-ci indique l’orientation de son vecteur champ élec-
trique. Lors de sa propagation dans la fibre, le signal optique même polarisé (par exemple
linéairement polarisé pour une majorité de sources lasers du signal) voit son état de po-
larisation changer en permanence. Cela est dû aux micro-contraintes présentes dans la
fibre, contraintes qui modifient la vitesse de propagation du signal optique. En utilisant
un contrôleur de polarisation, qui permet de faire varier à dessein l’état de polarisation du
signal optique, avant la fibre testée, nous sélectionnons l’état de polarisation idéal pour
optimiser l’interaction acousto-optique. Un polariseur est utilisé à l’extrémité de la chaîne
pour observer le décalage en fréquence entre l’onde optique incidente et celle diffusée par
les modes TR2m . Le signal est ensuite détecté par une photodiode et amplifié par des
amplificateurs micro-ondes.
Les photodiodes permettent de convertir le signal optique en signal électrique afin
de pouvoir le lire et l’interpréter à l’oscilloscope ou à l’analyseur de spectre micro-onde
ou électrique. Celles que nous avons utilisées sont classées en deux catégories : les pho-
todiodes lentes (pour mesurer les signaux de petite bande passante) et les photodiodes
rapides pour les autres signaux. Elles ont été calibrées (rapport de conversion mW → mV)
à 1550 nm en suivant le protocole ci-après :

– tout d’abord, régler la DFB pour avoir un signal optique continu de référence dont
la puissance est mesurée à la tête optique,
– ce signal est ensuite envoyé sur la photodiode (à calibrer) qui est connectée à un
oscilloscope permettant de mesurer l’équivalence en tension électrique. On le fait
pour différentes puissances de la DFB,
– enfin, par une règle de proportionnalité, le calibrage est déduit.
Il existe un compromis entre la bande passante et le gain de la photodiode. Les
fréquences présentes dans le signal sont observées à l’analyseur de spectre micro-onde.

[Link] Résultats

Nous n’avons pu observer les modes acoustiques transverses dans notre PCF (T452A).
Cela peut s’expliquer soit par le faible couplage acousto-optique dans la fibre, par la sa-
turation de la photodiode de détection ou par la moins bonne sensibilité de l’analyseur
de spectre micro-onde (SRF).

Etant donné que nous sommes intéressés par des applications de capteurs répartis,
les expériences "en direct" n’ont pas retenu notre attention. Nous avons ensuite utilisé un
montage en boucle non linéaire.

73
Chapitre 2. La diffusion Brillouin et les modes de résonance acoustique

2.5.2 Dans une boucle non linéaire


[Link] Fondement théorique
Nous utilisons le schéma représenté (figure 2.13).

E1

Π:1−Π
E3 Entrée

L
Sortie
E4
coupleur E2

Figure 2.13 – Représentation de la boucle non linéaire. L désigne la longueur de la


boucle, Π le rapport de couplage du coupleur et Ei l’amplitude du champ électrique (i = 1
à 4).

Une boucle non linéaire peut être constituée en interconnectant les sorties d’un
coupleur bidirectionnel [67]. Soient L la longueur de la boucle, Π le taux de couplage
d’intensité du coupleur (Π : 1−Π), ε le coefficient de perte due au coupleur, α le coefficient
d’atténuation de la fibre utilisée dans la boucle et β la constante de propagation de la
fibre.
Le champ incident Ein qui entre dans le coupleur se divise en deux champs, l’un
Π Ein parcourt la boucle dans le sens horlogique sans traverser le coupleur (Π0,5 car
0,5

le champ est la racine carrée de l’intensité) et donc sa phase n’est pas changée. L’autre
champ, (1 − Π)0,5 traverse le coupleur et parcourt la boucle dans le sens anti-horlogique ;
π
sa phase a donc un retard de par rapport à la phase de l’onde incidente. Chacun de
2
ces deux champs injectés dans la boucle la parcourt puis se redivise en sortie de la boucle
en parcourant le coupleur (une partie va vers la sortie et l’autre revient vers l’entrée de
la boucle). Le champ total qui sort par le port "sortie" (figure 2.13) de la boucle sera la
superposition donc la somme de deux champs : l’un provenant du champ ayant conservé
sa phase pendant les deux fois qu’il a parcouru le coupleur et l’autre ayant changé deux
π π
fois sa phase (− (+) − ), ce qui donne pour le champ en sortie :
2 2

Π0,5 (1 − ε)0,5 Π0,5 (1 − ε)0,5 e(−α+jβ)L + (1 − Π)0,5 (1 − ε)0,5 e(−α+jβ)L e−j 2


π
h ih i h i
Eout = Ein
× (1 − Π)0,5 (1 − ε)0,5 e−j 2
π
h i 
(2.38)
Ainsi,
Eout
= Π (1 − ε) e(−α+jβ)L + (1 − Π) (1 − ε) (−j)e(−α+jβ)L (−j)
Ein
= Π (1 − ε) e(−α+jβ)L − (1 − Π) (1 − ε) e(−α+jβ)L
= (2Π − 1) (1 − ε) e(−α+jβ)L (2.39)
On comprend facilement que pour Π = 0,5 (c’est-à-dire pour un coupleur 50/50), le
champ Eout est nul et donc aucune puissance ne sort de la boucle : on parle dans ce cas
de réflexion totale.

74
Chapitre 2. La diffusion Brillouin et les modes de résonance acoustique

Le champ total qui sort par le port "entrée" (figure 2.13) est appelé le champ réfléchi.
Il est constitué d’une part du champ qui entre dans le coupleur au début sans le traverser,
en le parcourant dans le sens horlogique puis en le traversant en sortie et d’autre part
du champ qui pénètre dans le coupleur en le traversant, parcourt la boucle et sort sans
traverser le coupleur. Chacun de ces deux champs a traversé une fois le coupleur, donc un
π
déphasage de chacun. Ce qui donne pour le champ total réfléchi :
2

Π0,5 (1 − ε)0,5 (1 − Π)0,5 (1 − ε)0,5 e(−α+jβ)L e−j 2 +


π
h i
Er = Ein
Π0,5 (1 − ε)0,5 (1 − Π)0,5 (1 − ε)0,5 e(−α+jβ)L e−j 2
π
h i
(2.40)

Ainsi,
Er
= −2jΠ0,5 (1 − ε) (1 − Π)0,5 e(−α+jβ)L (2.41)
Ein
π
On remarque donc qu’il y a un changement de phase de à chaque réflexion. Mais
2
en transmission, il n’y a pas de changement de phase si Π > 0,5. Toutefois, le changement
de phase est de π si Π < 0,5.
Les coefficients de transmission et de réflexion en intensité, Γ et R sont obtenus en
Eout Er
prenant le carré du module de et dans les équations (2.39) et (2.41) respective-
Ein Ein
ment, ce qui donne :

Γ = (1 − 2Π)2 (1 − ε)2 e(−2α L) (2.42)


R = 4Π (1 − Π) (1 − ε)2 e(−2α L) (2.43)
P = 1 − (Γ + R) = 1 − (1 − ε)2 e(−2α L) (2.44)

avec P les pertes totales dans le dispositif.

L’approche ci-dessus est vraie si l’on suppose que les ondes n’ont pas accumulé de
phase lors de leur parcours dans la boucle [68] ; ce qui est vrai si la boucle se comporte
de manière linéaire c’est-à-dire si les intensités des champs électriques mis en jeu ne sont
pas assez élevées pour induire une interaction non linéaire dans la boucle.
Si l’automodulation de phase est présente, une phase ψ sera accumulée :

2π n2 |E|2 L
ψ= (2.45)
λ
n2 le coefficient d’indice non linéaire.
A partir de la figure 2.13 représentant également une "boucle anti-résonante non
sélective en fréquence" [69], les champs E3 et E4 peuvent être écrits comme suit :

E3 = Π0,5 E1 ± ej 2 (1 − Π)0,5 E2
π
(2.46)
E4 = Π0,5 E2 ± ej 2 (1 − Π)0,5 E1
π
(2.47)

Comme E2 = 0, après la traversée de la boucle, on a :

E3 = Π0,5 E1 ejΠ|E1 | 2π n2 L/λ


2
(2.48)
0,5 j(1−Π)|E1 |2 2π n2 L/λ
E4 = j (1 − Π) E1 e (2.49)

75
Chapitre 2. La diffusion Brillouin et les modes de résonance acoustique

On montre que si Π 6= 0,5 ; la transmission au port "Sortie" (figure 2.13) est totale ;
de façon périodique et sous certaines conditions. Rappelons que jusqu’ici la biréfringence
dans la boucle a été supposée quasi nulle. La biréfringence permet, en effet, de modifier
sensiblement le taux de réflectivité (de 100% à 0%) car elle crée une variation du chemin
optique des deux champs électriques contrapropageants [70].

[Link] Banc expérimental


Voici le banc expérimental utilisé en boucle non linéaire (figure 2.14) :

Isolateur
Diode EDFA
Laser P C
Fibre sous
50/50
Polariseur test

RF
SRF

Figure 2.14 – Montage expérimental pour la mesure des modes TR2m .

[Link] Résultats
Avec une fibre photonique de gros cœur baptisée PCF T452A et une fibre conven-
tionnelle de longueurs respectives 500 m et 3 km, nous avons observé à l’analyseur de
spectre électrique les modes TR2m (figures 2.15 et 2.17) avec un réglage du contrôleur de
polarisation à l’intérieur de la boucle de manière à avoir un minimum de puissance sur la
photodiode en sortie de la boucle.

−50

−55
Puissance (dBm)

−60

−65

−70
0 200 400 600 800 1000
Fréquence (MHz)

Figure 2.15 – Observation Figure 2.16 – L’image au MEB de la


des modes TR2m dans une PCF T452A.
fibre photonique de gros cœur
(T452A).cccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccccc

76
Chapitre 2. La diffusion Brillouin et les modes de résonance acoustique

−45

−50

Puissance (dBm)
−55

−60

−65

−70
0 200 400 600 800 1000
Fréquence (MHz)

Figure 2.17 – Observation des modes TR2m dans une fibre standard.

L’insertion du contrôleur de polarisation dans la boucle (figure 2.14) permet d’avoir


des coupures assez bonnes jusqu’à un rapport de 1000.
Les puissances en sortie de la DFB et de l’amplificateur optique sont respectivement
de 39 mW et 356 mW. La résolution à l’analyseur de spectre électrique est de 100 kHz
aussi bien pour la bande passante (Bandwidth) que pour la vidéo (VideoBandwidth) et
son niveau de bruit est représenté (figure 2.18).

−10

−20
Puissance (dBm)

−30

−40

−50

−60

−70

−80
0 500 1000 1500
Fréquence (MHz)

Figure 2.18 – Niveau de bruit de l’analyseur de spectre électrique.

L’observation à l’analyseur de spectre optique nous fait remarquer que les modes
TR2m s’observent plus facilement quand l’onde Brillouin a une faible puissance comparée
à celle correspondant à l’onde incidente. Cela permet de conclure que ces modes ne né-
cessitent pas que la puissance à l’entrée de la fibre soit élevée pour être observés. De plus,
l’augmentation progressive de la puissance lumineuse en entrée de fibre ne modifie pas
significativement la puissance ni la fréquence de ces modes : nous concluons que les modes
torsio-radiaux ne dépendent uniquement que de la structure de la fibre. Par ailleurs, nous
remarquons que les modes observés sont bien compris entre 0 et 1 GHz.

77
Chapitre 2. La diffusion Brillouin et les modes de résonance acoustique

2.6 Conclusion
A travers ce chapitre, une présentation des modes acoustiques dans les fibres optiques
a été faite. La diffusion Brillouin a été exposée et les modes acoustiques transverses ont été
étudiés. Ceux d’entre eux qui sont à la base de la diffusion de la lumière ont été identifiés.
Nous avons présenté les méthodes de calcul de leurs fréquences dans une fibre op-
tique standard. Sous certaines conditions respectées par les fibres microstructurées que
nous avons utilisées, les mêmes méthodes peuvent être utilisées pour prédire les fréquences
des modes longitudinaux et torsio-radiaux dans les fibres à cristaux photoniques. Grâce
au montage en boucle non linéaire, les modes torsio-radiaux ont été observés dans une
fibre photonique à gros cœur et corroborent les prédictions.

Dans le but d’exploiter ces modes transverses dans l’analyse de la section transverse
d’une fibre pour des applications de capteurs répartis, il faut pouvoir observer ces modes
en rétrodiffusion : ce sera l’objet du chapitre suivant.

78
Chapitre 2. La diffusion Brillouin et les modes de résonance acoustique

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vol. 26, no. 19, pp. 1577–1578, 1990.
[67] I. D. Miller, D. B. Mortimore, P. Urquhart, B. J. Ainslie, S. P. Craig, C. A. Millar,
and D. B. Payne, “A Nd3+ -doped cw fiber laser using all-fiber reflectors,” Appl. Opt.,
vol. 26, no. 11, pp. 2197–2201, 1987.
[68] N. J. Doran and D. Wood, “Nonlinear-optical loop mirror,” Opt. Lett., vol. 13, no. 1,
pp. 56–58, 1988.
[69] R. Paschotta, D. J. B. Brinck, S. G. Farwell, and D. C. Hanna, “Resonant loop mirror
with narrow-band reflections and its application in single-frequency fiber lasers,”
Appl. Opt., vol. 36, no. 3, pp. 593–596, 1997.
[70] D. B. Mortimore, “Fiber loop reflectors,” J. Lightwave Technol., vol. 6, no. 7, pp.
1217–1224, 1988.

82
CHAPITRE

RÉFLECTOMÉTRIE BRILLOUIN BASÉE


SUR LES MODES ACOUSTIQUES
GUIDÉS (BOTDR)

La Sagesse de Dieu échappe au calcul.


Saint Augustin

Sommaire
3.1 Etat de la matière en réflectométrie . . . . . . . . . . . . . . . 84
3.1.1 La résolution spatiale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
3.1.2 La fréquence de répétition des impulsions . . . . . . . . . . . . 86
3.1.3 Les variantes d’OTDR . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
3.2 Réflectométrie Brillouin (BOTDR) . . . . . . . . . . . . . . . . 88
3.2.1 Principe de fonctionnement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
[Link] Schéma de principe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
[Link] Caractéristiques de l’impulsion . . . . . . . . . . . . . 89
3.2.2 Dispositifs expérimentaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 90
[Link] Réglage du modulateur électro-optique . . . . . . . . 91
[Link] Préparation du signal avant la fibre testée . . . . . . . 92
[Link] Le signal rétrodiffusé . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92
3.2.3 Analyse de données . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
[Link] La fréquence d’échantillonnage . . . . . . . . . . . . . 97
[Link] La fenêtre de temps . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
3.2.4 Résultats expérimentaux des mesures en réflectométrie . . . . . 99
[Link] Sur deux fibres SMF en cascade . . . . . . . . . . . . 100
[Link] Sur SMF de 2,2 km . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102

83
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

[Link] Contrôle du montage : mesures en continu . . . . . . 103


[Link] Sur DSF . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106
[Link] Sur PCF T452A . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109
[Link] Etude de l’influence de τ sur les résultats . . . . . . . 110
[Link] Obstacles de mesure . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112
3.3 Réflectométrie Brillouin à base de modes hybrides . . . . . . 113
3.3.1 Amélioration du montage avec l’utilisation de deux diodes . . . 115
3.3.2 Résultats expérimentaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 118
[Link] Sur DSF . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 119
[Link] Sur PCF . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 120
3.4 Avantages et faiblesses du BOTDR . . . . . . . . . . . . . . . . 124
3.4.1 Avantages . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 124
3.4.2 Faiblesses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 124
[Link] Limitations en résolutions spatiale et en fréquence . . 125
[Link] Limitations en puissance retour Brillouin / Seuil Brillouin
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 125
[Link] Limitations de la fréquence de répétition des impulsions125
3.5 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 125
Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 127

Faire des mesures réparties au moyen d’une fibre optique nécessite la mise au point
d’un dispositif expérimental permettant de retrouver la position (dans la fibre) correspon-
dant au signal mesuré. La réflectométrie peut être utilisée à cette fin.
Ce chapitre s’intéresse aux techniques de réflectométrie utilisant la diffusion non
linéaire Brillouin. Il s’agit du BOTDR (Brillouin Optical Time Domain Reflectometry).
En commençant par une présentation du principe de réflectométrie et de ses variantes,
nous nous attarderons sur la réflectométrie Brillouin. Le banc expérimental que nous
avons développé sera détaillé puis comparé au principe du BOTDR classique. Ensuite, les
différentes techniques de traitement de signal utilisées pour extraire les informations de
nos mesures, seront exposées.
Les mesures ont été réalisées sur quatre catégories de fibres :
– deux fibres SMF de fabrication différente et soudées en cascade,
– une fibre SMF,
– une fibre DSF,
– et une fibre PCF.
Nous avons pu vérifier expérimentalement l’influence de la durée d’impulsion sur les
mesures réalisées. Certains obstacles aux mesures comme l’automodulation de phase ont
retenu notre attention.

3.1 Etat de la matière en réflectométrie


La réflectométrie optique est une ancienne technique [1, 2] bien maîtrisée et qui
permet d’avoir des informations réparties [3] le long d’une fibre optique. Elle est née du
besoin grandissant de pouvoir détecter les défauts et les imperfections dans un réseau
de fibres optiques, de localiser avec précision l’endroit de perte de signal, l’estimation des
pertes d’épissures et même de mesurer les pertes de signal sur un tronçon de fibre optique.
Lorsqu’une onde optique traverse une fibre, l’une des diffusions inévitable est la
diffusion Rayleigh. Ce phénomène est caractérisé par la diffusion du signal dans toutes les

84
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

directions. La fraction de signal qui diffuse dans une direction opposée à celle du signal
incident est appelée "signal rétrodiffusé". C’est la clé de la réflectométrie. En effet, en
envoyant un signal pulsé dans la fibre et en récupérant le signal rétrodiffusé en fonction
du temps d’arrivée, on peut localiser spatialement par le temps de vol, les pertes le long de
la fibre. D’où le nom de "réflectométrie optique dans le domaine temporel" (Optical Time
Domain Reflectometry/Reflectometer : OTDR) donné à cette technique. Elle ressemble
à la technologie mise en œuvre dans le LIDAR (Light Detection And Ranging : le radar
optique).
Le signal rétrodiffusé peut être analysé selon la variation de son intensité, de sa
fréquence, de sa phase... ouvrant ainsi la voie à des variétés de réflectomètres. Il est à
noter que ces réflectomètres OTDR ne sont pas basés sur les effets non linéaires dans la
fibre contrairement aux réflectomètres Brillouin et Raman.
L’utilité de l’OTDR pour les télécommunications n’est plus à démontrer et son
avantage majeur est de n’utiliser qu’une extrémité de la fibre. Cela a vulgarisé l’utilisation
du réflectomètre OTDR qui représente une technique non destructive. Son principe est
résumé (figure 3.1).

Fibre sous test


Po
Source z
Pulsée
Pr

log(Pr )
RF

t = 2nz/c

Figure 3.1 – Schéma de principe d’un réflectomètre OTDR standard. Po et Pr désignent


respectivement la puissance de l’impulsion lumineuse et la puissance du signal rétrodiffusé.
z est la position de l’impulsion correspondant à la puissance Pr , t le temps, n l’indice de
réfraction de la fibre et c la vitesse de la lumière dans le vide.

Une source laser émet directement des impulsions de puissance Po qui sont ensuite
injectées dans un coupleur optique dont l’un des bras d’entrée permettra ensuite de récu-
pérer le signal rétrodiffusé. Ce signal détecté par une photodiode est amplifié puis analysé.
Dans le cas d’un réflectomètre OTDR standard, la mesure de la puissance Pr du
signal rétrodiffusé permet de déduire son atténuation locale par la formule :

Pr (t) = Po τ (vg /2)αd Be−αT t (3.1)

avec :
– Po τ , l’énergie de l’impulsion de durée τ
– vg , la vitesse de groupe
– αd , le coefficient de diffusion
– B, la fraction de capture qui est fonction de l’ouverture numérique
– αT , somme des coefficients de diffusion et d’absorption
– t, le temps (variable temporelle)

85
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

L’expression de la puissance rétrodiffusée dans le cas d’une diffusion Rayleigh a été


calculée pour la première fois par Personick [4] qui considéra l’atténuation αT constante
sur une distance infinitésimale dz. A la suite de cet article et de la théorie développée par
Neumann [5], l’étude détaillée de la technique de rétrodiffusion dans les fibres optiques
monomodes a été présentée [6].
L’un des paramètres importants d’un réflectomètre quelle qu’en soit sa nature, est
la résolution spatiale.

3.1.1 La résolution spatiale


La résolution spatiale, ∆z, exprime la distance minimale entre deux défauts détec-
tables par le réflectomètre. Elle est liée à la durée de l’impulsion par :

∆z = (3.2)
n2
Ainsi, avec une durée d’impulsion de 100 ns, on a une résolution de l’ordre de 10 m
(avec n = 1,5).

3.1.2 La fréquence de répétition des impulsions


Il est aussi nécessaire de faire un choix minutieux de la fréquence de répétition (fr )
des impulsions afin d’éviter les interférences entre les impulsions rétrodiffusées. Ce choix
dépend de la longueur (L) de la fibre.
c
fr ≤ (3.3)
2nL
Avec n = 1,5, voici quelques valeurs acceptables de fr :
– Si L = 100 km, fr ≤ 1 kHz
– Si L = 100 m, fr ≤ 1 MHz
D’autres techniques de réflectométrie basées sur la réflectométrie OTDR existent
également.

3.1.3 Les variantes d’OTDR


Elles apportent des améliorations concernant la résolution spatiale, la sensibilité et
surtout la dynamique de mesure. Cette dernière exprime la capacité à mesurer la puissance
rétrodiffusée sur une large plage.
Il s’agit de :

L’OTDR à codage pseudo-aléatoire [7] : pour lequel les impulsions sont émises
avec une séquence pseudo-aléatoire et les techniques de corrélation sont également uti-
lisées. Encore appelé OTDR à corrélation [8–11], son but est de résoudre le problème de
compromis [10] que pose la durée de l’impulsion. En effet, pour augmenter la puissance
rétrodiffusée, on peut augmenter la valeur τ de l’impulsion. Or, augmenter τ dégrade la
résolution spatiale (équation (3.2)). Par ailleurs, même si diminuer la durée d’impulsion
d’un facteur "K" par exemple améliore la résolution spatiale également d’un facteur "K",
cela oblige à utiliser une photodiode de bande passante "K" fois plus élevée, donc de puis-
sance de bruit "K" fois plus élevée, ce qui réduit la dynamique de l’OTDR.

86
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

L’OTDR cohérent [12] : ici la technique d’hétérodynage [13–15] est utilisée pour am-
plifier de façon cohérente le signal rétrodiffusé dont la puissance Pr est relativement faible.
L’hétérodynage consiste à mélanger dans une photodiode le signal rétrodiffusé avec un
autre signal de référence plus puissant appelé signal d’oscillateur local ; ce signal peut être
une fraction de la source et donc de même fréquence que le signal incident. En augmen-
tant la puissance du signal de l’oscillateur, le rapport signal sur bruit du signal détecté
est amélioré.

L’OTDR à polarisation [16, 17] : cette variante de réflectomètre détecte l’état de


polarisation de la lumière rétrodiffusée en fonction du temps donc sa répartition spatiale
le long de la fibre. Elle permet donc de mesurer tout paramètre pouvant influencer l’état
de la polarisation de la lumière.

La réflectométrie optique dans le domaine fréquentiel (Optical Frequency Do-


main Reflectometry : OFDR) [18, 19] : la technique OFDR consiste à utiliser une
source laser modulée en fréquence ; ainsi l’information le long de la fibre est déduite des
variations de fréquence dans le signal rétrodiffusé.

L’OFDR cohérent [19] : la même technique d’hétérodynage est utilisée comme dans
le cas de l’OTDR cohérent. Un nouvel instrument utilisant cette technologie est l’OBR
(Optical Backscatter Reflectometer) développé par la firme Luna Technologies.

Une présentation plus détaillée des techniques de réflectométrie OTDR a été faite
par plusieurs auteurs [8, 20–22]. L’une des faiblesses du réflectomètre OTDR est la per-
turbation causée par la réflexion de Fresnel qui est 3 à 4 ordres de grandeurs (103 à 104 )
plus élevée que la diffusion Rayleigh [8]. La réflexion de Fresnel sature la photodiode et
empêche d’avoir des mesures fiables pour les premiers signaux rétrodiffusés : les zones
concernées sont appelées "zones mortes".

Contrairement à ces réflectomètres OTDR basés sur la diffusion Rayleigh qui est
linéaire, d’autres types de réflectomètres basés sur les diffusions non linéaires telles les
diffusions Raman [23, 24] et Brillouin ont été étudiés. Cela nécessite des impulsions de
plus forte puissance crête afin de créer dans la fibre, les effets non linéaires désirés. Dans
cette catégorie, le signal portant l’information n’est plus à la fréquence du signal incident
mais à la fréquence Brillouin (ou Raman). En filtrant le signal rétrodiffusé à la fréquence
du signal incident, on s’affranchit de la diffusion Rayleigh et surtout de la réflexion de
Fresnel.
Comme pour l’OTDR, des variantes de la réflectométrie Brillouin existent. Nous
avons entre autres, les techniques d’analyse Brillouin (Brillouin Optical Frequency Domain
Analysis : BOFDA) [25, 26] et (Brillouin Optical Time Domain Analysis : BOTDA) [27]
(cf chapitre 4) et leurs variantes qui se différencient de la réflectométrie classique par le
fait que les deux bouts de la fibre sont utilisés.

87
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

3.2 Réflectométrie Brillouin (BOTDR)


Dans cette section, nous présenterons tout d’abord le principe de fonctionnement
d’un réflectomètre Brillouin standard. Ensuite, une attention particulière sera accordée
aux dispositifs expérimentaux que nous avons réalisés. Le réflectomètre Brillouin mis au
point par notre équipe, est capable de détecter le mode longitudinal acoustique d’une fibre
optique. Enfin, les résultats expérimentaux seront exposés.

3.2.1 Principe de fonctionnement


En dépit des dégradations que la diffusion Brillouin stimulée (DBS) cause aux télé-
communications, son usage dans le domaine des capteurs est généralisé [28–30]. Plusieurs
techniques de réflectométrie se basent sur la DBS.

La technique BOTDR [31–33] est semblable à celle de l’OTDR à la différence qu’ici


la diffusion non linéaire Brillouin est exploitée à la place de la diffusion Rayleigh.

[Link] Schéma de principe


Le schéma de principe d’un réflectomètre BOTDR commercial, est donné (figure 3.2) :

fo fB fB + B fB
Source
Continue
1 EOM
Fibre sous test
2

RF

Figure 3.2 – Le schéma de principe du BOTDR. fo et fB représentent respectivement la


fréquence du laser et la fréquence Brillouin de la fibre, B symbolise une légère variation
de fB .

La figure 3.2 schématise une source laser continue de fréquence fo qui passe à travers
un premier coupleur optique (1) permettant de prélever une partie du signal (en général
1 à 10%). Cette dernière sert d’oscillateur local. Le modulateur électro-optique hache le
signal optique à une fréquence de répétition fr choisie en fonction de l’équation (3.3).
L’impulsion, si nécessaire, peut être amplifiée avant d’entrer dans le circulateur. Ici, si
nous employons un circulateur à la place d’un coupleur optique, c’est parce qu’il faut
maximiser la proportion de signal qui est couplée dans la fibre et simultanément récolter
un maximum de puissance rétrodiffusée qui revient de la fibre. En utilisant un coupleur
optique de rapport de couplage (Π : 1−Π), cette condition n’est vérifiée que pour Π = 50%.
Ce qui est loin d’être satisfaisant. Grâce au circulateur que nous avons utilisé, 70% du
signal incident est couplé dans la fibre et 80% du signal rétrodiffusé est récolté.
Le circulateur est formé d’un guide d’onde de Faraday à trois ports. En laissant à
chaque fois, le signal optique circuler dans un seul sens, il permet, lorsqu’il est placé par
exemple en entrée d’une fibre optique, d’y injecter du signal tout en récupérant le signal
rétrodiffusé (figure 3.3).

88
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

Transmission : 70%

Entrée

Circulateur
Sortie

Retour
Transmission : 80%

Figure 3.3 – Le schéma du circulateur.

Le signal Brillouin rétrodiffusé est ensuite mélangé, dans le second coupleur optique
(2), avec le signal de l’oscillateur local. On amplifie le signal de battement détecté à la
photodiode avant de le démoduler. Comme le décalage en fréquence Brillouin est sensible à
la température et aux contraintes dans la fibre, l’analyse de la variation du signal démodulé
de fréquence Brillouin, permet de remonter à ces variations physiques. Le décalage en
fréquence a une valeur typique d’environ 10 GHz dans les fibres optiques en silice. A la
figure 3.2, B désigne un changement local de contrainte ou de température. Les coefficients
de variation sont respectivement de 1 MHz/0,002% et de 1 MHz/1 K pour la contrainte et
la température [34].
Les paramètres caractéristiques d’un BOTDR sont :
– la résolution spatiale,
– la résolution en fréquence,
– la bande passante du système de détection (dépendant de la durée de l’impulsion
et de sa fréquence de répétition),
– l’étendue de la dynamique qui exprime la différence entre les valeurs maximale et
minimale des mesures faites (par exemple la puissance optique),
– et la précision de la mesure de puissance optique par le système de détection.

[Link] Caractéristiques de l’impulsion


Pour observer la DBS à l’aide d’une source pulsée, il faut que la durée de vie des
phonons (10 - 20 ns) soit inférieure à la durée de l’impulsion, c’est-à-dire τ ≥ 10 ns (1 m
en résolution spatiale) [29, 35]. En deçà de cette valeur, le gain Brillouin diminue et le
spectre Brillouin s’élargit. Cela a été vérifié par Horiguchi et son équipe [36, 37] qui
ont observé un doublement de la largeur spectrale du signal Brillouin en réduisant la
durée d’impulsion de 100 ns à 10 ns. Cet élargissement spectral et la diminution du gain
Brillouin dégradent la résolution en fréquence des mesures au BOTDR puisque celle-ci
est meilleure lorsque la largeur à mi-hauteur du signal Brillouin diminue. Une meilleure
résolution en fréquence des mesures au BOTDR améliore la précision sur les mesures de
température et de contrainte dans la fibre. Toutefois, Bao et ses collègues [38] ont observé
que la largeur à mi-hauteur du signal Brillouin diminue de nouveau lorsque τ ≥ 5 ns. La
durée de l’impulsion doit donc être minutieusement choisie en tenant compte des trois cas
ci-après :

Cas 1 : quand la durée d’impulsion τ est très supérieure à la durée de vie TB des
phonons (τ  TB ), le changement de la durée d’impulsion n’a pas d’effet sur la largeur à
mi-hauteur de la courbe de gain Brillouin de forme lorentzienne. Une interaction cohérente
a lieu entre les phonons et les photons.

89
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

Cas 2 : quand la durée d’impulsion est du même ordre de grandeur que la durée de vie
des phonons (τ ∼ TB ), le spectre Brillouin commence à s’élargir.

Cas 3 : quand la durée d’impulsion est très inférieure à la durée de vie des phonons
(τ  TB ), la largeur à mi-hauteur diminue brusquement notamment à partir de 5 ns [38].

Par ailleurs, pour une impulsion lumineuse de forme rectangulaire, de fréquence op-
tique fo et de durée τ , la puissance spectrale Pp (f, fo ) est donnée par [39] :
" #2
sinπ(f − fo )τ
Pp (f, fo ) = Po (3.4)
π (f − fo )
avec Po une constante.
On remarque en traçant la courbe de la puissance spectrale pour quelques valeurs
de τ , que la puissance optique est confinée dans une petite bande autour de fo lorsque τ
est élevée et que cette bande s’élargit avec la diminution de τ .
Naruse et son équipe [39] ont démontré théoriquement d’une part, l’élargissement
du spectre du signal Brillouin quand τ diminue et d’autre part l’allure non lorentzienne
du signal Brillouin quand τ < 10 ns.

La fonction de transfert du gain Brillouin gB (f ) calculée à l’équation (2.13) joue


un rôle important en réflectométrie Brillouin. Si l’on néglige l’influence de la durée de
l’impulsion sur gB (f ), le gain en intensité gI du signal rétrodiffusé équivaut à [29] :
gI = egB (f )Ip τ vg (3.5)
avec Ip l’intensité de la pompe, vg = c/n la vitesse de groupe de l’impulsion lumineuse.
En réalité, la valeur de τ , surtout quand celle-ci diminue, a un impact sur gB (f )
comme :
gB ∗ (f ) = 2e−π ∆ fB τ vg {cosh(π ∆ fB τ vg ) − cos(2π(f − fB )τ vg )}gB (f ) (3.6)

La puissance crête (Pc ) de l’impulsion est calculée en divisant l’énergie (E) qu’elle
contient par sa durée (Pc = E/τ ). La puissance moyenne correspondante est calculée en
multipliant la puissance crête par le rapport cyclique (fr .τ ) avec fr la fréquence de ré-
pétition des impulsions. Par exemple : pour une impulsion de 200 ns d’énergie 2 µJ avec
une fréquence de répétition de 10 kHz, on a une puissance crête de 10 W et une puissance
moyenne de 20 mW.

Le BOTDR présenté ci-dessus est basé sur le mode fondamental Brillouin (environ
10 GHz). Comme nous l’avons souligné au chapitre 2, les modes acoustiques transverses
possèdent des fréquences comprises entre quelques Hz et 2 GHz. Par ailleurs, certaines
fibres possèdent plusieurs modes acoustiques longitudinaux. Dans le but de mesurer tous
ces modes en réflectométrie, nous avons proposé le montage suivant.

3.2.2 Dispositifs expérimentaux


Cette sous-section est consacrée à la présentation du montage expérimental permet-
tant de mesurer simultanément les modes acoustiques longitudinaux et transverses. Il est
représenté (figure 3.4).

90
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

Bias
Diode 90/10
90
EOM 90/10
10
50/50
Laser 10 90 Scope 1

P C EDFA
PM

Fibre sous test

99
99/1
1

50/50
OSA

50/50
12 GHz

Scope 2 RF RF Scope 2
100 MHz 2 GHz 8 GHz
tttttttttttttttttttttttttttttttttttttttttttttttt
| {z }
Source tttttttttttttttttttttttttttttttttttttttttttttt
| {z }
I : "Modes acoustiques guidés" micro−onde II : "Mode Brillouin"
8−12 GHz

Figure 3.4 – Le dispositif expérimental avec deux chemins de détection pour la réflecto-
métrie Brillouin.

Ce dispositif est constitué de deux chemins de détection, l’un pour les basses fré-
quences et l’autre pour les hautes. Ils sont baptisés respectivement "modes acoustiques
guidés" et "mode Brillouin".
La diode laser (DFB) est la même que celle utilisée pour les mesures au chapitre 2.
Le signal qu’elle émet, est divisé en deux signaux au moyen d’un coupleur optique. Une
partie du signal est injectée dans le modulateur électro-optique tandis que l’autre partie
sert d’oscillateur local pour l’hétérodynage avec le signal optique retour. Après l’hété-
rodynage, le signal est séparé optiquement en deux fractions pour les deux chemins de
détection. L’avantage de cette séparation optique est que l’on évite les problèmes d’adap-
tation d’impédance liés à une séparation en micro-onde. La puissance du signal utile est
également plus élevée.
Dans la suite, nous détaillons le dispositif expérimental.

[Link] Réglage du modulateur électro-optique


Le réglage du modulateur électro-optique se fait en choisissant correctement les
signaux envoyés sur ses entrées radiofréquence (RF) et continue (Bias). Nous utilisons
deux générateurs de fonctions à basses fréquences pour générer ces signaux de réglage.
Les pertes par retour (return loss) du modulateur sont de 55,4 dB à λ = 1550 nm, mesure
effectuée sans aucun signal sur ses ports RF et Bias. Sa perte d’insertion mesurée est
environ de 4,7 dB.
Sur le port RF, un signal électrique de forme rectangulaire est envoyé à une fréquence
de 1 kHz, ce qui correspond à une longueur maximale de fibre pouvant être sondée, de
100 km. La tension crête à crête Vcc du signal électrique est de 8 Volts. Les durées d’im-
pulsions choisies sont comprises entre 10 ns et 200 ns, ce qui correspond à une résolution
spatiale comprise entre 1 m et 20 m. A chaque changement du type de signal RF (forme,
fréquence, durée d’impulsion), un nouveau réglage du modulateur est nécessaire. Pour un

91
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

fonctionnement en mode continu, il ne faut pas alimenter son entrée RF.

Par un bon réglage du modulateur, des impulsions de bonne coupure sont obtenues
c’est-à-dire que le signal en sortie du modulateur a une puissance quasi nulle au zéro de
l’impulsion. Au même moment, une bonne dynamique est nécessaire pour améliorer le
rapport signal sur bruit.
A titre d’exemple, des mesures réparties sur la température et les contraintes ont
été réalisées avec une dynamique de 27 dB [40].

[Link] Préparation du signal avant la fibre testée


Afin d’optimiser les caractéristiques du signal impulsionnel en sortie du modula-
teur, nous le divisons au moyen des coupleurs 90/10 et 50/50 (figure 3.4). Une partie
du signal est observée à l’oscilloscope et l’autre est envoyée au mesureur de puissance
(PM) ; ce qui nous permet d’estimer la puissance moyenne du signal impulsionnel en sor-
tie du modulateur. L’utilisation du contrôleur de polarisation (PC) juste avant l’entrée
de l’amplificateur optique (EDFA), permet de choisir l’état de polarisation du signal qui
maximise son amplification. L’EDFA amplifie suffisamment l’impulsion pour que celle-ci
puisse induire l’effet Brillouin dans la fibre testée.
Le circulateur placé en sortie de l’EDFA collecte le signal Brillouin rétrodiffusé. Nous
contrôlons les caractéristiques du signal prêt à être injecté dans la fibre, en prélevant 1%
de celui-ci. Il sert également à déclencher l’oscilloscope (Scope 2), oscilloscope qui est
piloté par un ordinateur (figure 3.4) sur lequel se fait le traitement des données.

[Link] Le signal rétrodiffusé


Le signal rétrodiffusé, quant à lui, est mélangé dans un coupleur optique (50/50)
avec 10% du signal de la diode laser puis divisé en deux signaux. Lorsque l’on travaille
en mode continu, l’analyseur de spectre optique (OSA) permet d’observer la présence et
les fréquences des différentes ondes optiques. Ainsi, observons-nous trois ondes optiques
à l’OSA : l’onde incidente à la fréquence fo , l’onde anti-Stokes Brillouin à la fréquence
fo + fB et l’onde Stokes Brillouin à la fréquence fo − fB . C’est cette dernière qui nous
intéresse le plus. Rappelons que fB est de l’ordre de 10 GHz pour les fibres utilisées.

La seconde partie du signal mélangé, est envoyée dans un coupleur optique (50/50).
Le but poursuivi en scindant le signal optique en deux parties est de rechercher simultané-
ment les modes acoustiques transverses dont les fréquences sont comprises entre 200 MHz
et 2 GHz et le mode fondamental Brillouin à environ 10 GHz.
Comme la fréquence du mode fondamental Brillouin est de l’ordre de 10 GHz, un
filtre passe-haut de fréquence de coupure égale à 8,4 GHz est utilisé afin de s’affranchir
des fréquences plus basses et sert à supprimer les harmoniques contenus dans le signal
rétrodiffusé. Ensuite, la source micro-onde, un synthétiseur, est réglée à une fréquence
fLO légèrement différente de la fréquence Brillouin fB . Il permet de générer des ondes de
fréquence type micro-onde (GHz) qui sont utilisées lors de l’hétérodynage. L’hétérodynage
est réalisé par le mélangeur micro-onde dans lequel interagissent le signal filtré à 8,4 GHz
et celui généré par le synthétiseur (figure 3.5).
La fréquence Brillouin est déduite de la fréquence de battement mesurée (fB = fLO ±
fbat ), avec fLO et fbat respectivement la fréquence du synthétiseur et celle de battement.

92
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

Une seconde mesure avec une autre valeur fLO est nécessaire pour calculer la vraie valeur
de fB .

fB

fO − fB fO Fréquence fB Fréquence
optique électrique

fbat

|fB − fLO |

fLO Fréquence
du synthétiseur

Figure 3.5 – Le schéma de l’hétérodynage au niveau de la branche "Mode Brillouin" de


la figure 3.4. fo : la fréquence de l’onde incidente ; fB : la fréquence de décalage Brillouin ;
fLO : la fréquence du synthétiseur (source micro-onde) et fbat la fréquence de battement.

Comme nous n’avions pas un synthétiseur, et dans le but de disposer d’une source
micro-onde de fréquence de l’ordre de 10 GHz, nous avons monté une source micro-onde
de 5,2 GHz (figure 3.6) qui a été ensuite doublée puis amplifiée grâce à l’amplificateur
micro-onde (Low Power Amplifier : LPA) qui amplifie le signal dans la bande de 100 MHz
à 10 GHz.

OV 12 V

PLL FDR VHF LPA SRF


Entrée Sortie
Source micro−onde Doubleur Filtre Amplificateur Analyseur de spectre

Figure 3.6 – Montage d’une source micro-onde de 10,4 GHz (PLL : Phase Locked Os-
cillator - FDR : Frequency Doubler - VHF : Very High Frequency - LPA : Low Power
Amplifier - SRF : Spectrum Radio Frequency analyser).

Le filtre passe-haut de fréquence de coupure 8,4 GHz permet de s’affranchir du mode


à 5,2 GHz. La source ainsi fabriquée est une source micro-onde à 10,4 GHz.
Voici la mesure de ce signal micro-onde avant doublage (figure 3.7) qui a une puis-
sance de 12 dBm et une dynamique de 65 dB. Après le doublage de la fréquence (figure 3.8),
la dynamique est restée inchangée même si la puissance a baissé de 15 dBm environ.

93
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

20 0

10 −10

0 −20
Puissance (dBm)

Puissance (dBm)
−30 65 dB

−20 65 dB
−40

−50

−40 −60

−70

−60
5196 5198 5200 5202 5204 5206 10350 10370 10390 10410 10430 10450
Fréquence (MHz) Fréquence (MHz)

Figure 3.7 – Signal micro-onde Figure 3.8 – Signal micro-onde après dou-
avant doublage avec une puissance blage. La dynamique est toujours de 65 dB
de 12 dBm et une dynamique de et les pertes dues au doublage de fréquence
65 dB. La bande passante de l’ana- s’élèvent à 15 dB. La bande passante de
lyseur de spectre est de 1 MHz. l’analyseur de spectre est de 1 MHz.

La figure 3.9 représente le signal obtenu après amplification. Avec une puissance de
5 dBm, il est suffisant pour l’hétérodynage.
La bande passante de l’analyseur de spectre micro-onde est de 1 MHz.

Finalement, le signal obtenu après hétérodynage, traverse un filtre passe-bas de fré-


quence de coupure 2,4 GHz avant d’être amplifié afin de ne pas saturer les amplificateurs.
La qualité d’une expérience étant liée au rapport signal sur bruit dans le montage
expérimental, il faut donc en minimiser les pertes dues au bruit. L’analyse des sources de
bruit présentes dans notre montage, montre que l’ajout de la photodiode au niveau de la
détection apporte un bruit supplémentaire d’environ 6 dB à celui du SRF. Ce bruit est
plus faible à 10 GHz qu’à 1 GHz.
Quant à la source micro-onde fabriquée, elle ajoute une puissance de bruit de 0,6 dB
à 10 GHz et 1,2 dB à 1 GHz.

Nous avons ainsi démontré qu’une alternative fiable peut être trouvée au synthé-
tiseur classique optimisé pour générer des sources micro-ondes, si l’on n’en possède pas.
Comme nous en avons acquis un, nous avons abandonné la source fabriquée au profit du
synthétiseur. Ainsi, tous les résultats présentés dans la suite de ce travail, ont-ils été ob-
tenus en utilisant le synthétiseur à la place de la source micro-onde que nous avons montée.

En outre, le signal optique obtenu en prélevant 10% du signal du laser (figure 3.4),
permet de tester le montage. En effet, si en coupant les 10% du signal du laser, un signal
est toujours observé à l’oscilloscope, il s’agira donc du bruit.
Pour des mesures de réflectométrie, le signal mesuré à l’oscilloscope doit ensuite
être démodulé afin de tracer le spectre en fonction de la position le long de la fibre. Nous
désignons par "analyse de données" les différentes étapes de la démodulation.

94
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

10

Puissance (dBm) 0

−10

−20

−40

−60
10390 10392 10394 10396 10398
Fréquence (MHz)

Figure 3.9 – Signal micro-onde après amplification avec une puissance suffisante de
5 dBm. La bande passante de l’analyseur de spectre est de 1 MHz.

3.2.3 Analyse de données

La réflectométrie utilise la méthode de temps de vol c’est-à-dire qu’à partir du temps


d’arrivée d’un signal et connaissant sa vitesse, on déduit la position qui lui correspond le
long de la fibre.
En traitement de signal, il est bien connu que toutes les caractéristiques d’un signal
ne sont pas observables dans le domaine temporel et qu’il faut souvent passer dans le
domaine fréquentiel en faisant une transformée de Fourier (TF) discrète. Il est également
démontré que tout signal peut se décomposer de façon unique, et sans perte d’informa-
tion, comme une somme de sinusoïdes possédant chacune sa fréquence, son amplitude
et sa phase. L’utilisation usuelle de la TF permet de retrouver toutes les composantes
fréquentielles d’un signal temporel généralement bruité. Prenons par exemple, un signal
composé de deux sinusoïdes de fréquences (50 Hz et 120 Hz) et d’amplitudes différentes
auxquelles s’ajoute un bruit blanc.



 0, 7 ∗ sin(2 ∗ π ∗ 50 ∗ t)
sin(2 ∗ π ∗ 120 ∗ t)
2 ∗ randn(size(t))

avec t, le temps exprimé en secondes (s). Les figures 3.10 et 3.11 représentent ce signal
dans les domaines temporel et fréquentiel.

95
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

6 1

4 0.8
Amplitude

Amplitude
2 0.6

0 0.4

−2 0.2

−4 0
0 10 20 30 40 50 0 100 200 300 400 500
Temps (ms) Fréquence (Hz)

Figure 3.10 – La représentation Figure 3.11 – La représentation


temporelle d’un signal composé de fréquentielle d’un signal composé de
deux sinusoïdes de fréquences 50 Hz deux sinusoïdes de fréquences 50 Hz
et 120 Hz et d’amplitudes différentes et 120 Hz et d’amplitudes différentes
auxquelles s’ajoute un bruit blanc. auxquelles s’ajoute un bruit blanc.

Prenons ensuite deux autres signaux temporels. Supposons que le premier ait une
fréquence de 2,5 Hz la moitié du temps puis une fréquence de 5 Hz l’autre moitié du
temps (figure 3.12). Le second signal à l’inverse, possède une fréquence de 5 Hz puis
2,5 Hz (figure 3.14). L’information sur l’évolution de la fréquence de chacun de ces signaux
est perdue quand on passe dans le domaine fréquentiel puisque leur TF est identique
(figures 3.13 et 3.15). Celle-ci ne suffit donc plus.

fréquence de 2,5 Hz fréquence de 5 Hz


1 0.5

0.4
0.5
Amplitude

Amplitude

0.3
0
0.2

−0.5
0.1

−1 0
0 1000 2000 3000 4000 5000 0 2 4 6 8 10
Temps (ms) Fréquence (Hz)

Figure 3.12 – La représentation Figure 3.13 – La représentation


temporelle d’un signal de fréquence fréquentielle d’un signal de fré-
variable ; 2,5 Hz la moitié du temps quence variable ; 2,5 Hz la moitié du
puis une fréquence de 5 Hz l’autre temps puis une fréquence de 5 Hz
moitié du temps. l’autre moitié du temps.

96
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

fréquence de 5 Hz fréquence de 2,5 Hz


1 0.5

0.4
0.5

Amplitude
Amplitude
0.3
0
0.2

−0.5
0.1

−1 0
0 1000 2000 3000 4000 5000 0 2 4 6 8 10
Temps (ms) Fréquence (Hz)

Figure 3.14 – La représentation Figure 3.15 – La représentation


temporelle d’un signal de fréquence fréquentielle d’un signal de fré-
variable ; 5 Hz la moitié du temps quence variable ; 5 Hz la moitié du
puis une fréquence de 2,5 Hz l’autre temps puis une fréquence de 2,5 Hz
moitié du temps. l’autre moitié du temps.

Pour la réflectométrie Brillouin dans laquelle le signal varie en fonction du temps et


en fréquence, il nous faut non seulement observer le spectre des signaux mais aussi avoir
une information quant au contenu de ces derniers et ce à chaque instant. Autrement dit,
une analyse temps-fréquence s’impose.
Il s’agit de découper le signal échantillonné en plusieurs intervalles de temps sur
lesquels sera appliquée une fenêtre de temps avant d’appliquer la TF. Ainsi, un spectre
sera obtenu par intervalle de temps, qui mis l’un à la suite de l’autre, donnera un spec-
trogramme.
Le spectrogramme (figure 3.18) fournit trois informations : sur l’axe des abscisses,
est représenté le temps qui peut être transformé en unité de longueur (position le long de
la fibre) ; sur l’axe des ordonnées, ce sont les fréquences présentes dans le signal qui sont
représentées, le tout avec une échelle de couleurs correspondant à l’amplitude des spectres
pour chaque couple temps-fréquence.

Des paramètres importants pour l’analyse des données feront l’objet des paragraphes
suivants.

[Link] La fréquence d’échantillonnage


D’après le théorème de Shannon-Nyquist, la fréquence d’échantillonnage Fs doit
au minimum, être deux fois supérieure à la fréquence maximale présente dans le signal à
échantillonner. Le choix de ce paramètre conditionne le reste des calculs. Pour nos mesures,
nous veillons bien évidemment au choix minutieux de Fs en fonction des fréquences à
scanner. Ici, c’est au niveau de l’oscilloscope que se fait l’échantillonnage avant le transfert
des données au logiciel que nous avons développé pour le calcul du spectrogramme. La
fréquence maximale d’échantillonnage de l’oscilloscope utilisé est de 40 GHz. En pratique,
nous travaillons à 10 GHz ou 20 GHz.

[Link] La fenêtre de temps


Le choix des fenêtres dépend de l’application recherchée. Les erreurs dues à l’utili-
sation des différentes fenêtres sont résumées au tableau 3.1. Nous utilisons la fenêtre de

97
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

Hamming pour nos mesures.

Type de fenêtre 1 Erreur Max. (en dB)


Uniforme 3,92
Hamming 1,75
Hanning 1,42
Blackman-Harris 1,13
Flat Top < 0,01

Tableau 3.1 – Les erreurs liées au choix des fenêtres de temps.

Outre le type de fenêtre, nous devons choisir sa largeur (N f f t) qui désigne le nombre
de points échantillonnés sur lesquels seront calculés la TF. Les effets de bords causés par
les flancs raides des fenêtres rectangulaires sont lissés en agissant sur le pas de glisse-
ment de la fenêtre. Il est modélisé sous l’appelation Overlap et quatre choix sont possibles
(None, 50%, 75%, 90%), "None" correspondant à la situation où le pas de glissement est
égal à la largeur de la fenêtre. Il est à souligner que, si Overlap lisse les effets de bords, il
augmente le nombre de points de calcul.

La résolution en fréquence (δf ) des signaux obtenus au BOTDR c’est-à-dire le chan-


gement minimal détectable sur la fréquence du mode mesuré, est proportionnelle à la
somme des largeurs à mi-hauteur du laser utilisé et du mode concerné (∆ fo + ∆ f ) [37]
avec fo la fréquence de la source laser.
Sa valeur numérique δfnum s’obtient par la formule :
Fs /2
δ fnum = (3.7)
N f f t/2
Fs
= (3.8)
Nfft
Le choix de N f f t détermine également la résolution spatiale (numérique). En effet,
pour un signal de durée totale t en (s), le nombre de points échantillonnés est égal à Fs .t
avec Fs en Hz. Ce nombre de points est ensuite répartis en groupes désignés par N f rame
dans le logiciel dont une image de l’interface graphique est donnée (figure 3.16) :
Fs .t
N f rame = (3.9)
Nfft
On comprend donc que si N f f t augmente, la résolution en fréquence s’améliore
mais on perd en résolution spatiale numérique (∆znum ) dont l’expression est :
Nfft
∆ znum = .(2L) (3.10)
Fs .t
N f f t c.t
∆ znum = .( ) (3.11)
Fs .t n
Nfft c
∆ znum = . (3.12)
Fs n
1.
[Link]

98
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

Pour N f f t = 512, Fs = 5 GHz, c = 3. 108 m/s et n = 1,5 ; ∆znum est de l’ordre de 20 m.


Un compromis est à trouver en tenant compte de la priorité désirée pour les résolutions.
Pour les résolutions spatiales théorique et numérique, c’est celle ayant la valeur
maximale qui détermine la résolution effective du système. Pour ce faire, lors de chaque
acquisition, il faut veiller à ce que la résolution numérique soit inférieure à celle théorique.

Figure 3.16 – L’interface graphique du logiciel.

Les étapes d’analyse des données sont schématisées (figure 3.17).

Amplitude (Volts) Amplitude (Volts) Amplitude (Volts)


Echantillonnage N f rame TF
Spectrogramme
Fs Nfft

Temps Temps Temps

Figure 3.17 – Les étapes de l’analyse de données.

3.2.4 Résultats expérimentaux des mesures en réflectométrie


Nous présentons dans cette section, les résultats obtenus lors de l’étude du mode
Brillouin dans les différentes fibres. La branche concernée est celle baptisée "Mode Brillouin"
(figure 3.4).
Toutes les fibres mesurées sont monomodes à 1550 nm. Pour chacune de nos mesures,
les informations ci-après sont précisées :
– les paramètres de mesure,

99
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

– les paramètres de traitement des données,


– la longueur de fibre testée,
– la fréquence Brillouin mesurée,
– les conditions de travail (température ambiante, sous étuve).

[Link] Sur deux fibres SMF en cascade


Les premiers résultats ont été observés sur deux fibres SMF soudées en cascade. La
première d’une longueur de 1 km a une fréquence Brillouin de 10,78 GHz tandis que la
seconde d’une longueur de 3,5 km a 10,89 GHz comme fréquence Brillouin. Les paramètres
de mesure et de traitement des données sont résumés aux tableaux 3.2 et 3.3.
DFB EDFA Fréquence du synthétiseur Puissance du synthétiseur L τ
25 mW 2 mW 10,526 GHz 13,8 dBm (1 + 3,5) km 200 ns

Tableau 3.2 – Paramètres de mesure.

Fs Nfft Overlap Nombre de coups Résolution en fréquence Résolution spatiale


5 GHz 512 50% 20 10 MHz 20 m

Tableau 3.3 – Paramètres de traitement des données.

13.02

12.55
Fréquence (GHz)

12.02
Zone de l’épissure
entre les deux fibres
11.55

11.02

10.52
0 1 2 3 4 5
Distance (km)

Figure 3.18 – Spectrogramme obtenu sur deux fibres SMF soudées l’une à la suite de
l’autre, avec une résolution spatiale de 20 m. La résolution en fréquence est de 10 MHz.
Le canal de détection est celui des hautes fréquences.

100
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

Nous remarquons (figure 3.18) que les deux fibres sont bien identifiables. Le saut de
fréquence Brillouin lors du passage de la première à la seconde fibre permet de repérer la
zone d’épissure. Ainsi, grâce à ce réflectomètre, en plus d’identifier deux fibres différentes,
l’on peut également repérer les défauts dans la fibre grâce à l’étude de la variation de sa
fréquence Brillouin.

Il faut cependant veiller à un bon choix des paramètres de réglage. En effet, toute
la fibre peut ne pas être sondée pour raison de saturation du signal Brillouin. C’est le cas
(figure 3.19) où l’extrémité de la seconde fibre n’est pas visible. Cela s’explique par le fait
que le signal Brillouin est déjà saturé après 3 km de fibre. Cette saturation du signal est
causée par la forte puissance de l’EDFA (15 mW de puissance moyenne). Les paramètres
de mesure et de traitement des données sont résumés aux tableaux 3.4 et 3.5.

DFB EDFA Fréquence du synthétiseur Puissance du synthétiseur L τ


25 mW 19 mW 10,35 GHz 15 dBm (1 + 3,5) km 200 ns

Tableau 3.4 – Paramètres de mesure.

Fs Nfft Overlap Nombre de coups Résolution en fréquence Résolution spatiale


5 GHz 512 50% 20 10 MHz 20 m

Tableau 3.5 – Paramètres de traitement des données.

12.85

12.35
Fréquence (GHz)

11.85 Zone de l’épissure


entre les deux fibres

11.35

10.85

10.35
0 1 2 3 4 5
Distance (km)

Figure 3.19 – Spectrogramme obtenu sur deux fibres SMF soudées l’une à la suite de
l’autre, avec une résolution spatiale de 20 m. La résolution en fréquence est de 10 MHz.
Le canal de détection est celui des hautes fréquences. Ici, l’extrémité de la seconde fibre
n’est pas observable à cause de la saturation du signal Brillouin.

101
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

[Link] Sur SMF de 2,2 km

Nous réalisons ensuite des mesures sur une SMF de 2,2 km de longueur. Les mesures
effectuées ont révélé une fréquence Brillouin de 10,67 GHz. Les paramètres de mesure et
de traitement des données sont résumés aux tableaux 3.6 et 3.7. Le choix d’une durée
d’impulsion de 200 ns correspond à une résolution spatiale théorique de 20 m. Ainsi pour
une fréquence d’échantillonnage Fs de 5 GHz, nous ne pouvons choisir la valeur de N f f t
supérieure à 512 au risque d’avoir une résolution spatiale numérique supérieure à celle
théorique. Dans nos conditions de mesure, la résolution en fréquence est d’environ 10 MHz.
La fréquence mesurée (figure 3.21) est issue du battement entre la fréquence Brillouin
et celle du synthétiseur. La ligne de fréquence observable aux alentours de 0,65 GHz est
un artéfact.

DFB EDFA Fréquence du synthétiseur Puissance du synthétiseur L τ


25 mW 9 mW 10,1 GHz 15 dBm 2,2 km 200 ns

Tableau 3.6 – Paramètres de mesure.

Fs Nfft Overlap Nombre de coups Résolution en fréquence Résolution spatiale


5 GHz 512 50% 10 10 MHz 20 m

Tableau 3.7 – Paramètres de traitement des données.

0.015 12.6

0.01
12.1
Fréquence (GHz)
Amplitude (V)

0.005
11.6
0

−0.005 11.1

−0.01 10.6

−0.015
0 0.5 1 1.5 2 2.5 10.1
Distance (km) 0 0.5 1 1.5 2 2.5
Distance (km)

Figure 3.20 – La trace à l’oscil-


Figure 3.21 – Spectrogramme sur
loscope du signal Brillouin rétrodif-
une SMF de 2,2 km. Le canal de
fusé dans une fibre SMF de 2,2 km.
détection est celui des hautes fré-
Le canal de détection est celui des
[Link]
hautes fréquences.

102
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

−40 12.6

−45
12.1

Fréquence (GHz)
−50
Amplitude

11.6
−55
11.1
−60
10.6
−65

−70 10.1
0 0.5 1 1.5 2 2.5 0 0.5 1 1.5 2 2.5
Distance (km) Distance (km)

Figure 3.22 – Amplitude du signal Figure 3.23 – Moyennage


rétrodiffusé après l’application de la sur le spectrogramme de la fi-
TF (pour une fibre SMF de 2,2 km). gure 3.21. Le canal de détec-
Le canal de détection est celui des tion est celui des hautes fré-
hautes fréquences. [Link]

Sur les figures 3.21 et 3.23, on observe une légère dérive de la fréquence sur les
200 premiers mètres. Afin de s’assurer que la dérive ne dépend pas de notre montage
expérimental, une mesure supplémentaire a été réalisée en inversant l’extrémité d’entrée
de la fibre. Les résultats obtenus (figures 3.24 et 3.25) montrent clairement que la fibre
est responsable de la dérive de la fréquence.

11.86 11.86

11.66 11.66
Fréquence (MHz)

Fréquence (MHz)

11.46 11.46

11.26 11.26

11.06 11.06

10.86 10.86

10.66 10.66
0 0.5 1 1.5 2 0 0.5 1 1.5 2
Distance (km) Distance (km)

Figure 3.24 – Spectrogramme sur Figure 3.25 – Même mesure qu’à


une SMF de 2,2 km. Le canal de la figure 3.24 avec inversion de l’ex-
détection est celui des hautes fré- trémité de fibre. Le canal de détec-
[Link] tion est celui des hautes fréquences.

[Link] Contrôle du montage : mesures en continu


Avant de faire des mesures de réflectométrie, nous mesurons en continu le spectre
des fréquences présentes dans le signal à traiter au moyen du montage (figure 3.26). La
puissance en sortie de la DFB est de 25 mW. L’entrée "Bias" du modulateur électro-optique
est réglée de façon à maximiser la puissance moyenne en entrée de l’EDFA. Ainsi, la

103
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

puissance moyenne en sortie de l’EDFA est de 34 mW avec environ 4 mW sur la photodiode


de détection. Les mesures sont réalisées sur une fibre SMF.

Bias
Diode 90/10
90
EOM 90/10
10
50/50
Laser 10 90 Scope 1

P C EDFA
PM

Fibre sous test

99
99/1
1

50/50
OSA
50/50

SRF RF

tttttttttttttttttttttttttttttttttttttttttttttttt
| {z }
"Modes acoustiques guidés"
Figure 3.26 – Dispositif expérimental pour la mesure en continu des modes acoustiques
guidés.

La figure 3.27 montre les trois ondes optiques observées à l’OSA pour une fibre SMF
standard. Elle illustre également la frontière entre les effets Brillouin spontané et stimulé.

Mesure des modes acoustiques transverses. Si les modes acoustiques transverses


sont guidés, alors nous posons l’hypothèse qu’ils peuvent diffuser l’onde Brillouin rétro-
diffusée comme le montre la figure 3.28.

~ks
~ka
~ki
~ka
~ks
Figure 3.28 – La diffusion des modes acoustiques guidés créée par la diffusion Brillouin.
~ks , ~ki et ~ka représentent respectivement les vecteurs d’onde diffusée, incidente et acous-
tique.

Dans ce cas, ils peuvent être observés en filtrant le mode fondamental Brillouin.
Pour ce faire, sachant que les modes acoustiques guidés ont des fréquences inférieures à
2 GHz, le signal en sortie de la photodiode traverse un filtre passe-bas de fréquence de
coupure de 2 GHz. Un filtre passe-haut à la fréquence de coupure de 200 MHz est ensuite
utilisé pour supprimer le bruit à basses fréquences. Le signal ainsi filtré est amplifié puis
affiché à l’analyseur de spectre électrique dont la bande passante de résolution est de

104
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

−30
Rayleigh Stokes
Amplitude (dBm) −40

−50

anti−Stokes
−60

−70

1549.25 1549.3 1549.35 1549.4 1549.45 1549.5


λ (nm)

Figure 3.27 – Observation à l’analyseur de spectre optique de l’onde rétrodiffusée Ray-


leigh et des ondes Brillouin anti-Stokes et Stokes dans une fibre SMF. Cette figure illustre
la frontière entre les effets Brillouin spontané et stimulé.

3 MHz et celle de la vidéo de 1 kHz. La partie du montage concernée est baptisée "Modes
acoustiques guidés" (figure 3.4). Les mesures sur une fibre SMF n’ont donné aucun résultat.
L’hypothèse selon laquelle les modes acoustiques transverses pourraient être observés en
rétrodiffusion, ne tient donc pas. Les expériences ont été refaites cette fois-ci sur une fibre
DSF. Pourquoi ce choix ?

Spécificité de la fibre à dispersion décalée (DSF). La courbe d’atténuation spec-


trale d’une fibre optique standard montre un minimum de pertes à la longueur d’onde
de 1550 nm. Ajouté à cela, l’avènement des amplificateurs à fibre dopée à l’Erbium, la
technologie des fibres optiques s’est donc développée préférentiellement à 1550 nm. Toute-
fois, comme souligné au paragraphe [Link], la dispersion chromatique est minimale dans
une fibre optique conventionnelle autour de la longueur d’onde de 1310 nm. La fibre à
dispersion décalée (DSF) a été donc mise en œuvre pour minimiser la dispersion chro-
matique à 1550 nm. Dans cette fibre, plusieurs modes acoustiques longitudinaux peuvent
coexister avec le mode fondamental optique à cause du type de dopage [41], conduisant
ainsi à l’existence de plusieurs modes dans le spectre Brillouin. Rappelons que le dopage
au Fluor (F) et/ou au Germanium (GeO2 ) dans une fibre standard peut avoir le même
effet [42]. Pour notre étude, nous avons choisi de nous concentrer sur la DSF.
La dispersion chromatique de la DSF est quasi nulle à 1550 nm, soit 4 ps/([Link]) [41]
contre 17 ps/([Link]) pour une fibre optique standard [43].
La longueur de fibre est 20,32 km et les fréquences de battement entre les différents
modes Brillouin sont respectivement de 261 MHz, 471 MHz, et 631 MHz représentées par

105
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

les lettres a, b et c (figure 3.29). Les mêmes mesures réalisées en mettant la DSF dans
une boucle non linéaire (figure 3.30) montrent un spectre différent de celui de la figure 3.29
prouvant ainsi que ce dernier ne représente pas les modes acoustiques transverses.
En essayant de déduire des modes de battement, les positions relatives des diverses
fréquences Brillouin, l’on pense immédiatement au schéma (figure 3.31) où les modes
hautes fréquences du spectre de battement se retrouvent plutôt dans la gamme basses
fréquences. On y reviendra dans la suite.

−35 a −45

−40
−50
Puissance (dBm)

Puissance (dBm)
−45 b

−50 c −55

−55
−60
−60

−65 −65
0 200 400 600 800 1000 0 200 400 600 800 1000
Fréquence (MHz) Fréquence (MHz)

Figure 3.29 – Observation en continu Figure 3.30 – Observation du spectre


des fréquences de battement des modes de la DSF dans une boucle non
Brillouin d’ordres élevés avec le mode liné[Link] Brillouin d’ordres
Brillouin fondamental dans une DSF. ccccccccccccccccccccccccccccccccccc .

Intensité

Mode Brillouin fondamental

b
c

0 2 GHz ~ 10 GHz Fréquence


Brillouin

Figure 3.31 – Une des possibilités des positions relatives sur l’axe des fréquences des
modes Brillouin. a = 261 MHz, b = 471 MHz, c = 631 MHz.

[Link] Sur DSF

Après avoir identifié les fréquences de battement des modes Brillouin dans une DSF,
nous passons en réflectométrie pour observer leur variation sur 500 m de fibre (figures 3.33
et 3.34). La figure 3.32 schématise le dispositif expérimental employé.

106
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

Bias
Diode 90/10
90
EOM 90/10
10
50/50
Laser 10 90 Scope 1

P C EDFA
PM

Fibre sous test

99
99/1
1

50/50
OSA

50/50
Scope RF

Figure 3.32 – Dispositif expérimental pour la mesure en réflectométrie. Idem figure 3.4
où l’on montre uniquement la partie de détection basses fréquences.

1.5
Fréquence (GHz)

0.5

0
0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6
Distance (m)

Figure 3.33 – Mesure de réflectométrie sur 500 m de DSF. Les fréquences observées
correspondent aux fréquences de battement des modes Brillouin d’ordres élevés avec le
mode fondamental Brillouin. Le canal de détection est celui des basses fréquences.

107
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

Figure 3.34 – Mesure de réflectométrie sur 500 m de DSF. Les fréquences observées
correspondent aux fréquences de battement des modes Brillouin d’ordres élevés avec le
mode fondamental Brillouin.

Nous constatons que ces fréquences sont quasi constantes le long de la fibre ; ce qui
est normal puisqu’aucune contrainte partielle n’est exercée sur la fibre et toute la fibre
est soumise à la même température ambiante.

Même s’il ne s’agit pas de l’objectif premier de cette thèse, nous avons mesuré (fi-
gure 3.35) avec le dispositif (figure 3.4 sur le canal des hautes fréquences), le spectro-
gramme de 900 m de DSF dont la section 500 m à 700 m, a été chauffée dans une étuve à
100°C. Après la photodiode de détection, un filtre passe-bas de fréquence de coupure de
6 GHz a été mis en cascade avec un filtre passe-haut de fréquence de coupure de 100 MHz.

Les paramètres de mesure sont résumés au tableau 3.8.

Fréquence du synthétiseur Puissance du synthétiseur


11,2 GHz 15 dBm

Tableau 3.8 – Paramètres de mesure.

108
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

13.2 11.8

12.7 11.3

Fréquence (GHz)
Fréquence (GHz)

12.2 10.8

11.7 10.3

11.2 9.8
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 0 0.2 0.4 0.6 0.8 1
Distance (km) Distance (km)

Figure 3.35 – Spectrogramme sur Figure 3.36 – Même mesure qu’à


la DSF dont une portion de 200 m la figure 3.35, sans chauffage. Le ca-
chauffée à 100°C. Le canal de détec- nal de détection est celui des hautes
tion est celui des hautes fréquences. fré[Link]

La comparaison des figures 3.35 et 3.36 montre que la fréquence Brillouin a varié
sur la portion chauffée.

[Link] Sur PCF T452A


Après avoir essayé plusieurs couples (fréquence-puissance) du synthétiseur, nous
avons retenu celui indiqué au tableau 3.9.

Fréquence du synthétiseur Puissance du synthétiseur


11 GHz 15,1 dBm

Tableau 3.9 – Paramètres de mesure.

Tout d’abord, nous mesurons le spectrogramme (figure 3.37) correspondant au mode


Brillouin fondamental en utilisant le dispositif (figure 3.4). Pour mieux distinguer la fré-
quence Brillouin, 100 m de SMF ont été soudés en entrée de la PCF.

13.5

13
Fréquence (GHz)

12.5

12

11.5

11
0 0,1 0,2
Distance (km)

Figure 3.37 – Spectrogramme sur la T452A précédée de 100 m de SMF. Le canal de


détection est celui des hautes fréquences.

109
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

Les mesures de modes acoustiques guidés avec le dispositif (figure 3.32) n’ont donné
aucun résultat. Même avec 600 mW en entrée de fibre PCF T452A, nous n’observons pas
de mode de gaine or 80 mW sur chaque branche d’une boucle non linéaire permet de les
observer (figure 2.15). Nous concluons que ce n’est pas seulement la puissance injectée
dans la fibre qui compte mais la capacité à bien séparer les sources de bruit des modes
observés.

[Link] Etude de l’influence de τ sur les résultats

Jusqu’ici, la plupart des mesures ont été réalisées avec des durées d’impulsions de
200 ns. Nous nous intéressons à ce qui se passe pour des impulsions de durées plus courtes
par exemple à 100 ns.

13.02 13.02

12.52 12.52
Fréquence (GHz)

Fréquence (GHz)

12.02 12.02

11.52 11.52

11.02 11.02

10.52 10.52
0 1 2 3 4 5 0 1 2 3 4 5
Distance (km) Distance (km)

Figure 3.38 – Spectrogramme ob- Figure 3.39 – Spectrogramme ob-


tenu sur deux fibres SMF soudées tenu sur deux fibres SMF soudées
l’une à la suite de l’autre, avec une l’une à la suite de l’autre, avec une
résolution spatiale de 20 m soit résolution spatiale de 10 m soit
τ = 200 ns. Le canal de détection est τ = 100 ns. Le canal de détection est
celui des hautes fréquences. celui des hautes fréquences.

La figure 3.39 est plus bruitée que la figure 3.38 car dans cette dernière l’énergie de
l’impulsion est deux fois plus importante. Pour mieux comprendre l’influence de l’énergie
contenue dans une impulsion ainsi que celle de sa puissance crête sur le signal rétrodiffusé,
nous avons fait quelques mesures sur la SMF de 2,2 km et ainsi observé pour une même
puissance crête, l’effet des durées d’impulsions différentes donc des énergies différentes sur
la propagation de l’impulsion Brillouin rétrodiffusée le long d’une fibre.

110
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

11.45
11.45
11.25
11.25

Fréquence (MHz)
Fréquence (MHz)
11.05
11.05
10.85
10.85
10.65
10.65
10.45
10.45
10.25
10.25 0 0.5 1 1.5 2 2.5
0 0.5 1 1.5 2 2.5 Distance (km)
Distance (km)

Figure 3.40 – Spectrogramme ob- Figure 3.41 – Spectrogramme ob-


tenu sur 2,2 km de SMF avec une tenu sur 2,2 km de SMF avec une
résolution spatiale de 60 m soit résolution spatiale de 20 m soit
τ = 600 ns, Pc = 4,1 W soit 2,4 µJ. τ = 200 ns, Pc = 5,1 W soit 1,2 µJ.
Le canal de détection est celui des Le canal de détection est celui des
hautes fréquences. hautes fréquences.

11.45 11.45

11.25 11.25
Fréquence (MHz)

Fréquence (MHz)

11.05 11.05

10.85 10.85

10.65 10.65

10.45 10.45

10.25 10.25
0 0.5 1 1.5 2 2.5 0 0.5 1 1.5 2 2.5
Distance (km) Distance (km)

Figure 3.42 – Spectrogramme ob- Figure 3.43 – Spectrogramme ob-


tenu sur 2,2 km de SMF avec une tenu sur 2,2 km de SMF avec une
résolution spatiale de 40 m soit résolution spatiale de 20 m soit
τ = 400 ns, Pc = 4,6 W soit 1,8 µJ. τ = 200 ns, Pc = 9 W soit 1,84 µJ.
Le canal de détection est celui des Le canal de détection est celui des
hautes fréquences. hautes fréquences.

Nous remarquons qu’à puissance égale, les impulsions plus larges donc possédant
plus d’énergies se propagent plus loin dans la fibre donc permettent de mieux sonder la
fibre.
Nous avons donc augmenté l’énergie de l’impulsion de durée 200 ns en augmentant le
gain de l’EDFA : nous remarquons (figure 3.43) que l’impulsion ne se propage pas au-delà
de 600 m (car le signal Brillouin est saturé) contrairement au cas similaire (figure 3.42)
où l’impulsion est de même énergie et se propage jusque 1500 m.

En réflectométrie Brillouin, il faut d’abord déterminer le seuil de puissance de satu-


ration Brillouin en régime pulsé (liée au coefficient non linéaire de la fibre, à sa longueur,

111
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

au type de fibre,. . . ). Ainsi, en restant en deçà de ce seuil, l’on est certain que le signal
Brillouin se propagera le long de toute la fibre sans se saturer.

Même si le signal se propage normalement dans la fibre, certains effets non linéaires
peuvent perturber les mesures.

[Link] Obstacles de mesure : l’automodulation de phase

L’automodulation de phase est une non-linéarité optique qui affecte la propagation


des impulsions dans une fibre optique. Elle limite la puissance crête de l’impulsion pou-
vant se propager dans la fibre [44]. Les effets de l’automodulation de phase peuvent être
annihilés en utilisant des impulsions rectangulaires "propres" [37].
Voici quelques exemples de mesures. Avec des impulsions de durée τ = 200 ns, on
observe le signal rétrodiffusé (sans utilisation de synthétiseur) dans une gamme de fré-
quences de 0 à 1 GHz dans une fibre à dispersion décalée (figure 3.44) et dans une fibre
standard d’une longueur de 2,2 km (figure 3.45).

800 200

700
600 150
Fréquence (MHz)

Fréquence (MHz)

500
400 100
300
200 50
100

200 400 600 800


500 1000 1500 2000
Longueur de fibre (m) Longueur de fibre (m)

Figure 3.44 – Automodulation de Figure 3.45 – Automodulation de


phase dans une DSF/τ = 200 ns. Pc phase dans une SMF/τ = 200 ns. Pc
= 2 W soit 0,4 µJ. Le canal de détec- = 2 W soit 0,4 µJ. Le canal de détec-
tion est celui des basses fréquences tion est celui des basses fréquences
sans hétérodynage avec la DFB. sans hétérodynage avec la DFB.

L’effet est plus prononcé pour les courtes durées d’impulsion. Par exemple, pour
τ = 20 ns, dans une DSF de 500 m et une SMF de 2,2 km, on a (figures 3.46 et 3.47) :

112
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

2 200

Fréquence (GHz) 1.5 160

Fréquence (MHz)
120
1

80
0.5
40

0 0,5
0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 500 1000 1500 2000 2500
Distance (km) Longueur de fibre (m)

Figure 3.46 – Automodulation de Figure 3.47 – Automodulation de


phase/τ = 20 ns. Pc = 50 W soit phase/τ = 20 ns. Pc = 50 W soit
1 µJ. Le canal de détection est celui 1 µJ. Le canal de détection est celui
des basses fréquences. des basses fréquences.

Pour un même type de fibre et à énergie et puissance égales, nous remarquons qu’une
plus longue fibre élargit plus le spectre du signal. Cet élargissement spectral confirme bien
l’intuition que plus loin l’onde se propage dans la fibre, plus le spectre s’élargit.

Etant donné que les modes acoustiques Brillouin GAWBS dépendent de la structure
transverse de la fibre, ces modes ne devraient pas changer en fonction de la longueur de
fibre. Le spectre élargi observé ne correspond donc pas aux modes GAWBS. Cet élargis-
sement spectral de notre pompe a un effet néfaste sur le gain Brillouin.

3.3 Réflectométrie Brillouin à base de modes hybrides


A notre connaissance, à ce jour, toutes les recherches sur les applications capteurs
à base de modes acoustiques transverses, ont été réalisées en utilisant le montage simple
(figure 2.11). La limite de ces techniques est qu’elles n’offrent pas d’informations réparties
le long de la fibre parce que ces modes ne sont pas rétrodiffusés.
Pour pallier cette faiblesse, Tanaka et al. [45] ont suggéré l’utilisation de la diffusion
Brillouin stimulée afin d’observer les modes acoustiques guidés en rétrodiffusion. Bien qu’il
s’agisse à notre connaissance, de la seule publication à ce jour sur les modes acoustiques
transverses observés en rétrodiffusion, nous avons essayé de les observer à notre tour.
Ainsi, à la suite de cette étude, nous avons entrepris de réaliser un réflectomètre Brillouin
permettant de mesurer les modes acoustiques transverses de fréquence inférieure à 2 GHz.
Les résultats obtenus ont été décevants. En effet, en adaptant le dispositif proposé [45],
nous n’avons jamais pu observer les modes transverses en rétrodiffusion nonobstant les
différentes améliorations apportées au montage expérimental initial. Rappelons que dans
leur article, ils n’ont pas fait de mesures réparties. Ils affirment avoir observé les modes
acoustiques transverses en rétrodiffusion sans pourtant montrer leur spectre. Comme nous
l’avions souligné au chapitre 2, ces modes sont copropageants et il est donc difficile à ce
jour, de les observer en rétrodiffusion.
Nous avions posé une hypothèse selon laquelle les modes acoustiques guidés pou-
vaient à leur tour interagir avec le signal Brillouin et donc se trouver eux-mêmes rétro-
diffusés. Les expériences ont pour l’instant, infirmé cette thèse. Cela s’explique par le fait

113
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

que :

– la force d’interaction entre un signal optique et les modes acoustiques guidés est
très faible,
– dans le cas où les modes acoustiques guidés sont rétrodiffusés après l’interaction
avec le signal Brillouin, ils sont difficiles à observer car la puissance qui leur est
associée est très faible comparée à celle du signal Brillouin.

Toutefois, nous avons remarqué que d’autres modes longitudinaux, qui eux, sont
rétrodiffusés interagissent avec le mode Brillouin fondamental, pour donner des fréquences
de battement (figure 3.29) qui se retrouvent à leur tour dans le domaine spectral de mesure
des modes transverses (< 2 GHz).

Pour sonder ces modes de gaine, nous travaillons en mode rétrodiffusé (signal Brillouin
récupéré sur le port retour du circulateur (figure 3.3)) en utilisant la branche baptisée
"Modes acoustiques guidés" (figure 3.32). Nous observons les mêmes résultats qu’aux fi-
gures 3.45 et 3.46.

Devant cette difficulté à mesurer ces modes transverses en rétrodiffusion, et notre


objectif premier étant la réalisation de capteurs répartis à base de ces modes, nous avons
entrepris de nous consacrer aux autres modes acoustiques pouvant être observés en rétro-
diffusion à l’exception du mode longitudinal fondamental largement étudié par la diffusion
Brillouin stimulée. Ces autres modes dont les fréquences sont comprises entre 7 GHz et
12 GHz, regroupent les modes longitudinaux d’ordres élevés appelés multipics Brillouin et
qui sont généralement dus au dopage du cœur [46]. Dans cette catégorie, il y a également
les modes acoustiques qui ne sont ni purement longitudinaux ni purement transverses
mais une combinaison de ces deux types [47] : ces modes sont hybrides. Dans le cas des
multipics Brillouin dans la DSF, il a été observé que le mode fondamental Brillouin a une
puissance plus élevée que les autres pics et est séparé d’environ 200 MHz du pic le plus
proche [37]. Cela se confirme par nos mesures où le premier mode de battement est situé
à 261 MHz (figure 3.29) du mode fondamental Brillouin.

En utilisant ces autres modes présents dans le spectre Brillouin, nous espérons pou-
voir analyser la structure transverse des fibres. Comme il a été observé qu’une pression
latérale inférieure à 2,2 kg/m sur une fibre standard a un faible impact sur la fréquence du
mode Brillouin fondamental [48], il n’est pas judicieux de l’utiliser pour analyser d’éven-
tuelles déformations de la section d’une fibre optique.

La mesure d’une variable externe (température, pression, déformation ou homogé-


néité de la structure interne) implique l’usage d’une fibre appropriée dont les propriétés
permettent de mesurer la variable désirée. Dans notre cas, pour l’étude des modes Brillouin
d’ordres supérieurs, il nous a fallu choisir une fibre permettant d’observer ces modes. Notre
choix a été porté sur une fibre à dispersion décalée (DSF). La fréquence Brillouin de la
DSF que nous avons utilisée est de 10,53 GHz. Les fréquences des autres modes Brillouin
observés à l’analyseur de spectre électrique sont 10,791 GHz, 11 GHz et 11,161 GHz. Il a
donc fallu adapter le montage expérimental (figure 3.4) pour observer et discriminer les
positions de ces modes en réflectométrie.

114
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

3.3.1 Amélioration du montage avec l’utilisation de deux diodes


Dans un premier temps, nous avions utilisé une seule diode laser et l’hétérodynage
s’est fait dans le domaine électrique en faisant usage d’un synthétiseur qui délivre une
onde dont la fréquence est proche de celle Brillouin (fB ) pour le mode haute fréquence.
Ainsi, nous remontons aux valeurs possibles de fB en additionnant ou soustrayant la
fréquence de battement de la fréquence du synthétiseur. Une seconde mesure avec une
autre fréquence du synthétiseur a été nécessaire pour déterminer fB . Jusqu’ici, tout est
relativement simple quand il s’agit d’un spectre ne comportant qu’une fréquence Brillouin.
Dans le cas où plusieurs fréquences sont présentes, les choses se compliquent puisque
l’existence de plusieurs fréquences optiques donnent lieu à diverses fréquences de batte-
ment après le passage dans la photodiode. Ce spectre électrique avec diverses fréquences
de battement n’est pas facile à démoduler avec un simple usage d’un synthétiseur. Tout
d’abord, nous pouvons être confrontés à de basses fréquences de battement qui se noient
dans le bruit. Ensuite, l’interprétation de l’origine et de la nature des fréquences observées
au BOTDR n’est point aisée. Enfin, la détermination des positions relatives des fréquences
dans le spectre devient un vrai casse-tête.
En effet, si nous voulons remonter aux fréquences Brillouin à partir des 3 modes de
battement mesurés (figure 3.29), 8 différentes possibilités (figures 3.48 et 3.49)
existent pour les positions relatives sur l’axe des fréquences, des modes Brillouin d’ordres
supérieurs.

Intensité
1g 1d
Mode Brillouin fondamental

1 1
2 2
1g2g 1g2d 1d2g 1d2d
3 3

Fréquence
g d Brillouin
1g2g3g 1g2g3d 1g2d3g 1g2d3d 1d2g3g 1d2g3d 1d2d3g 1d2d3d

Figure 3.48 – Convention des positions relatives des différents modes Brillouin sur l’axe
des fréquences. "g" et "d" désignent respectivement les positions à gauche et à droite du
mode fondamental tandis que 1, 2 et 3 les premier, deuxième et troisième modes Brillouin
d’ordres supérieurs.

C’est fort de cela que nous avons adapté notre montage par l’utilisation de deux
diodes. Cela permettra de résoudre le problème de repliement des basses fréquences. Grâce
à ce dispositif, on peut également filtrer la composante intense d’un signal avant de l’am-
plifier.
La seconde diode Laser (figure 3.50) joue le rôle du synthétiseur mais cette fois-ci
dans le domaine optique. La diode laser initiale (Diode Laser 1) est fixée et la seconde
est balayée. Au moyen d’un fréquencemètre, nous mesurons en temps réel et avec une
précision de la dizaine de kHz, le décalage en fréquence ainsi que la position relative des
fréquences de nos deux diodes. Cela nous permet de balayer tout le spectre que nous
désirons et surtout de déplacer la fréquence de la seconde diode dans le bleu ou le rouge
par rapport à la fréquence de la première diode. La manière dont la fréquence des pics
évolue permet de discriminer leur position. Le montage utilisé est représenté figure 3.50.

115
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

Intensité Intensité
Mode Brillouin fondamental Mode Brillouin fondamental

1 1
2 2
3 3

Fréquence Fréquence
1g2g3g Brillouin 1g2g3d Brillouin

Intensité Intensité
Mode Brillouin fondamental Mode Brillouin fondamental

1 1
2 2
3 3

Fréquence Fréquence
1g2d3g Brillouin 1g2d3d Brillouin

Intensité Intensité
Mode Brillouin fondamental Mode Brillouin fondamental

1 1

2 2
3 3

Fréquence Fréquence
1d2g3g Brillouin 1d2g3d Brillouin

Intensité Intensité
Mode Brillouin fondamental Mode Brillouin fondamental

1 1
2 2
3 3

Fréquence 1d2d3d Fréquence


1d2d3g Brillouin Brillouin

Figure 3.49 – Les différentes possibilités des positions relatives des modes Brillouin
d’ordres supérieurs par rapport au mode fondamental. Les conventions utilisées sont les
mêmes qu’à la figure 3.48.

Les diodes sont réglées en température et/ou en courant. Il faut diminuer leur tem-
pérature pour diminuer leur longueur d’onde. Le changement de température a une légère
influence sur la puissance de sortie de la diode en ce sens que la puissance augmente lorsque
la température diminue. En outre, augmenter leur courant entraîne l’augmentation de leur
puissance de sortie et simultanément de leur longueur d’onde.

116
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

Bias
f1 Diode 90/10
90
EOM 90/10
10
50/50
Laser 1 10 90 Scope

P C EDFA
Fréquence- PM
50/50
mètre
(f1 , f1 − fB )

f2 Diode 50/50 99
Laser 2 99/1
1 Fibre sous test

50/50
OSA

50/50
100 MHz

RF Scope

tttttttttttttttttttttttttttttttttttttttttttttt
| {z }
"Modes Brillouin"
Figure 3.50 – Le dispositif expérimental utilisant deux diodes sans le synthétiseur. f1 et
f2 désignent les fréquences des deux diodes laser et fB la fréquence Brillouin.

f1 − f2

fB fB

f2 f1 − fB f1 Fréquence (f1 − fB ) − f2 Fréquence


optique électrique

Figure 3.51 – Le schéma de la branche "Modes Brillouin" (figure 3.50). f1 et f2 désignent


les fréquences des deux diodes laser et fB la fréquence Brillouin. Il s’agit du passage du
spectre optique au spectre électrique.

Avec cette technique, nous observons le signal rétrodiffusé Rayleigh en amenant par
exemple la fréquence de la DFB 2 proche de celle de la DFB 1. C’est l’exemple montré
(figure 3.53) où le décalage en fréquence entre les deux diodes est de 1623,76352 MHz.

Si f1 > f2 , alors (f1 − f2 ) diminue quand f2 augmente.


Autrement si f1 < f2 , alors (f2 − f1 ) augmente quand
f2 augmente.

C’est grâce à la même technique que nous déduisons la position relative de la fré-
quence de la seconde diode par rapport à celle du signal Brillouin.

117
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

Filtré par l’oscilloscope


f2 de 6 GHz de bande passante

f2 − (f1 − fB )
fB

f1 − fB f1 Fréquence f1 − f2 fB Fréquence
optique électrique

Figure 3.52 – Schéma des positions relatives des fréquences des deux diodes lasers. f1 et
f2 désignent les fréquences des deux diodes laser et fB la fréquence Brillouin. Mesure du
signal Rayleigh de la Diode Laser 1.

5 2.5

4 2
Fréquence (GHz)

Fréquence (GHz)
3 1.5

2 1

1 0.5

0 0
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 0 0.2 0.4 0.6 0.8 1
Distance (km) Distance (km)

Figure 3.53 – Mesure du signal ré- Figure 3.54 – Mesure du signal


trodiffusé Rayleigh dans une DSF. d’automodulation de phase dans une
τ = 200 ns, Pc = 1,4 W soit 0,28 µJ. DSF. τ = 200 ns, Pc = 1,4 W soit
Le décalage entre les deux diodes est 0,28 µJ. Le décalage entre les deux
de 1,62 GHz. diodes est de 537 MHz.

3.3.2 Résultats expérimentaux


Voici résumé le protocole de détection des modes de gaine. Il faut commencer ini-
tialement par régler les deux diodes DFB comme suit :
DFB 1 : I = 200,41 mA / T = 20,904°C / 1549,028 nm
DFB 2 : I = 170,16 mA / T = 31,123°C / 1549,094 nm
Ce qui correspond à un décalage en fréquence d’environ 10 GHz avec la DFB 2 décalée
vers le rouge par rapport à la DFB 1. Ensuite :
– laisser la DFB 1 intacte et toucher à la DFB 2 pour le réglage,
– vérifier en permanence le décalage en fréquence entre les deux diodes, au fréquence-
mètre tout en veillant à connaître la position relative des diodes,
– afin d’observer les signaux des deux diodes à l’OSA, aussi bien les deux diodes
que l’EDFA doivent être allumées,
– en allumant chaque DFB à la fois, nous pouvons lire sa longueur d’onde à l’OSA,
– d’abord, garder la DFB 2 éteinte, et travailler en mode continu avec l’EDFA et la
DFB 1 allumés pour détecter le seuil Brillouin ainsi que la fréquence Brillouin de
la fibre testée en faisant des mesures au SRF,
– puis passer en mode pulsé en réglant le modulateur,

118
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

– dans cette configuration pulsée, régler la DFB 2 de manière à avoir sa fréquence


proche (± 1 GHz) de la fréquence Brillouin,
– rapprocher la fréquence de la DFB 2 jusqu’à moins de 100 MHz de la fréquence
Brillouin et filtrer avec un filtre passe-haut (> 100 MHz) pour éliminer la compo-
sante principale Brillouin afin d’observer les multipics Brillouin s’il y en a,
– enfin, rapprocher la fréquence de la DFB 2 de celle de la DFB 1 à moins de
100 MHz par exemple.

[Link] Sur DSF

Sur la DSF, les 4 modes observés (figure 3.55) sont aux fréquences suivantes 10,53 GHz
(Brillouin fondamental) ; 10,785 GHz (FWHM : 14 MHz) ; 11 GHz (FWHM : 25 MHz) et
11,16 GHz. Rappelons que ce dernier est difficilement observable compte tenu de sa faible
amplitude. Cette mesure confirme leur position dans le spectre.

13.53

12.53
Fréquence (GHz)

11.53

10.53

9.53

8.53
0 0.2 0.4 0.6 0.8 0.9
Distance (km)

Figure 3.55 – Mesure du spectre Brillouin dans une DSF. Le décalage entre les deux
diodes est de 8,53 GHz.

Cette figure présente les résultats obtenus sur une DSF et montre les fréquences
du mode Brillouin fondamental et des 3 multipics. Les modes que nous avions observés
à basses fréquences de 200 MHz à 600 MHz, ne sont donc pas des GAWBS mais des
modes de battement entre les fréquences des trois multipics avec la fréquence Brillouin.
La figures 3.55 et 3.57 sont cohérentes. Comme le signal des multipics est puissant, nous
n’avons aucune chance d’observer les modes acoustiques transverses.
Les profils d’intensité et de fréquence sont montrés 3.56.

119
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

−35
d = 0.3181
−40
−40
−60

Puissance (dBm)
−80 −45
0 1 2 3 4 5
Amplitude

Fréquence (GHz)
−50

F = 1.901
−55
−40

−60 −60

−80 −65
0 200 400 600 800 1000
0 0.2 0.4 0.6 0.8 Fréquence (MHz)
Distance (km)

Figure 3.56 – Figure du haut : Me- Figure 3.57 – Observation des modes
sure du spectre à une position fixe de battement des modes Brillouin d’ordres
dans la fibre. Ici, il s’agit d’une dis- élevés avec le mode Brillouin fondamen-
tance de 0,3181 km par rapport à tal dans une DSF. rapport à l’entrée
l’entrée de la fibre./ Figure du bas : de la fibre./ Figure du bas : Evolu-
Evolution de l’amplitude du signal le tion de l’amplitude du signal le long
long de la fibre pour une fréquence de la fibre pour une fréquence fixe de
fixe de 1,901 GHz. 1,901 [Link]

On déduit des précédentes observations que la puissance du signal Brillouin empêche


d’observer les modes de gaine car ils possèdent une puissance environ 1000 fois inférieure
à la puissance lumineuse incidente. Même en filtrant la fréquence Brillouin fondamentale,
du bruit lié à son battement avec d’autres modes, perturbe la mesure à basse fréquence
des modes de gaine.

[Link] Sur PCF

La non uniformité du diamètre de cœur le long d’une fibre réduit son gain Brillouin [49]
et par conséquent augmente son seuil Brillouin (équation (2.25)) tout en dérivant la fré-
quence Brillouin. Cela peut expliquer le seuil Brillouin élevé des PCF à petit cœur que
nous avons utilisées.

La figure 3.59 présente la mesure faite sur la PCF T794A dont la fréquence Brillouin
est de 10,72 GHz. Nous n’avons pas observé des modes de gaine.

120
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

11.72

11.22

Fréquence (GHz)
10.72

10.22

9.72

9.22
0 0.1 0.2 0.3
Distance (km)

Figure 3.58 – L’image au MEB


Figure 3.59 – La mesure en ré-
de la section transverse de la PCF
flectométrie du mode fondamental
T794A.
Brillouin dans la PCF T794A. Le
décalage en fréquence entre les deux
diodes est de 9,22 GHz.

Par ailleurs, d’autres mesures ont été réalisées sur une autre PCF T794B (figure 3.60)
dont les caractéristiques sont :
– Cœur dopé Germanium
– Longueur : 300 m
– Diamètre du cœur plein : 2,16 µm
– Diamètre moyen d’un trou d’air : 2 µm
– Distance entre 2 trous (entre leurs centres) : 3,98 µm
– Atténuation : 5 dB/km @ 1550 nm
– Fréquence Brillouin : 10,7 GHz
Les réglages suivants ont été réalisés pour l’observation du spectre au SRF.
DFB 1 : I = 200,39 mA / T = 20,905°C
DFB 2 : Diode restée éteinte.

Figure 3.60 – L’image au MEB de la PCF T794B.

Le modulateur est réglé via son port "Bias" et fonctionne en continu. Les pertes
totales mesurées sont de 4 dB. Ensuite, afin d’atténuer la réflexion en sortie nue de la
PCF, l’extrémité nue de la PCF a été plongée dans du liquide d’indice (glycérine) : cela
a réduit d’environ 7 dB la réflexion en bout de fibre.

Ensuite, lorsque la seconde diode est mise en marche, nous constatons l’apparition
d’un second mode Brillouin. Celui-ci apparaît quand le décalage en fréquence entre les 2

121
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

DFB est presque de 10,71 GHz de manière à pouvoir filtrer le signal Brillouin principal en
vue d’observer les modes Brillouin d’ordres supérieurs. De plus, ce second mode disparaît
lorsque la DFB 2 est éteinte, ce qui signifie qu’il s’agit bien d’une fréquence provenant
du battement entre la DFB 2 et une fréquence présente dans la fibre. En balayant la
diode 2 autour de la fréquence Brillouin, on remarque que la fréquence correspondant au
signal observé est 10,71 GHz + 1,6 GHz soit 11,31 GHz. Ce mode est probablement dû au
dopage en Germanium de la fibre. Avec un décalage de 10,5 GHz entre les deux diodes,
nous mesurons le mode Brillouin fondamental de la fibre (figure 3.61).

12.5 15.71

14.71
12
Fréquence (GHz)

Fréquence (GHz)
13.71
11.5
12.71

11
11.71

10.5 10.71
0 0.1 0.2 0.3 0.4 0 0.1 0.2 0.3 0.4
Distance (km) Distance (km)

Figure 3.61 – La mesure en réflectométrie Figure 3.62 – L’observation d’un


du mode fondamental Brillouin dans la PCF deuxième mode Brillouin dans la
T794B. Le décalage en fréquence entre les PCF T794B. Le décalage entre les
deux diodes est de 10,5 GHz. deux diodes est de 10,71 GHz.

Le bruit observé sur les 100 premiers mètres de la PCF T794B (figure 3.62) est causé
par une forte réflexion en début de fibre. C’est l’épissure qui en est à la base. En effet, lors
de l’épissure, certains trous de la section transverse de la PCF (sur les premiers mètres) se
referment sous l’effet de la chaleur. La propagation du signal s’en trouve perturbée dans
cette partie de la fibre. Toutefois, l’on constate que le signal Brillouin fondamental n’est
pas affecté (figure 3.61) car le rapport signal sur bruit est bon.

A en croire les résultats publiés par Dainese et ses collègues [50], on peut éga-
lement observer les multics Brillouin (qu’ils appellent modes hybrides) dans une fibre
microstructurée si son diamètre de cœur est de l’ordre de 70% de la longueur d’onde du
signal incident. Ainsi pour λ = 1550 nm, ces modes apparaîtront pour des diamètres de
l’ordre de 1000 nm. C’est pour cette raison qu’une partie de cette thèse a été consacrée à
ces PCF de petit cœur (cf paragraphe 1.2.3). La première difficulté posée par ce type de
fibres concerne leur épissure. En raison de leur petit diamètre de cœur, les pertes d’épis-
sure sont élevées tout comme les pertes par confinement. Par conséquent, nous utilisons
des fibres de courtes longueurs (15 m à 40 m).
Les résultats du spectre Brillouin dans ces fibres sont présentés ci-après.

T510A. Les images au MEB de cette fibre sont présentées (figure 3.63).
Avec un décalage de 10,96 GHz de la DFB 2 vers le rouge par rapport à la DFB 1,
nous observons deux modes (figure 3.64) au SRF. Le pic observé à 500 MHz représente
le signal Brillouin et confirme la fréquence Brillouin qui est de 10,45 GHz. Le second pic
à 1,745 GHz correspond à l’un des multipics Brillouin qui est donc à une fréquence de
décalage de 1,2 GHz inférieure à la fréquence Brillouin soit 9,2 GHz.

122
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

Figure 3.63 – Les images au MEB des sections transverses de la PCF T510A.

Avec un décalage de 8,5 GHz entre les fréquences des deux diodes, la DFB 2 étant
toujours dans le rouge par rapport à la DFB 1, nous observons le spectre (figure 3.65)
confirmant l’existence de l’un des multipics à 9,2 GHz représenté ici par le pic à 700 MHz.

0 −10

−10 −20

−20
Puissance (dBm)
Puissance (dBm)

−30

−30
−40
−40
−50
−50
−60
−60

−70 −70
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 0 500 1000 1500 2000 2500 3000
Fréquence (GHz) Fréquence (GHz)

Figure 3.64 – Spectre Brillouin sur Figure 3.65 – Spectre Brillouin sur
la PCF T510A pour un décalage de la PCF T510A pour un décalage de
10,96 GHz entre les fréquences des deux 8,5 GHz entre les fréquences des deux
diodes. diodes.

Pour s’assurer que la fréquence observée à 9,2 GHz ne dépend pas de la fibre SMF
28 utilisée comme connecteur ni de la fibre d’adaptation UHNA4, nous gardons le même
montage et remplaçons la fibre testée par de la SMF 28 (environ 1,5 m) pour mesurer sa
fréquence Brillouin mais rien n’a été observé au SRF ni à l’OSA même avec des puissances
d’entrée sur la SMF 28 de 200 mW. Ensuite, nous remplaçons la fibre SMF 28 par la
UHNA4 (9,5 m). La conclusion a été la même : pas de fréquence Brillouin observée. Nous
concluons que le mode à 9,2 GHz est bien un multipic Brillouin confirmant ainsi la thèse
de Dainese [47].

T510B. Les images au MEB de cette fibre sont présentées (figure 3.66). D’une longueur
de 40 m, sa fréquence Brillouin est de 10,47 GHz. Les spectres mesurés sur la T510B sont
représentés aux figures 3.67 et 3.68.

123
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

Figure 3.66 – Les images au MEB des sections transverses de la PCF T510B.

−10 −40

−45
−20

Puissance (dBm)
Puissance (dBm)

−50
−30
−55

−40
−60

−50 −65

−70
−60 8.5 9 9.5 10 10.5 11 11.5
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 Fréquence (GHz)
Fréquence (GHz)

Figure 3.67 – Spectre Brillouin sur Figure 3.68 – Spectre Brillouin


la PCF T510B pour un décalage de mesuré sur la PCF T510B
11,3 GHz entre les fréquences des deux avec l’utilisation d’une seule
diodes. [Link]

Les spectres observés sur la T510 B peuvent s’expliquer d’une part par son caractère
mulitmode (optique).

3.4 Avantages et faiblesses du BOTDR


3.4.1 Avantages
Le BOTDR permet d’identifier et de mesurer les modes Brillouin présents dans une
fibre. Il aide également à localiser l’endroit de brisure de la fibre. Par ailleurs, il offre la
posibilité d’observer les modes non stimulés. Toutefois, certaines faiblesses du BOTDR
méritent d’être soulignées.

3.4.2 Faiblesses
Comparé à l’OTDR standard, l’un des inconvénients du BOTDR et plus largement
de toute technique de réflectométrie basée sur la non-linéarité est la forte dépendance de
la rétrodiffusion à la puissance crête du signal et puisque ce dernier s’atténue au fur et à
mesure qu’il se propage dans la fibre, les mesures de puissance rétrodiffusée peuvent être
entachées d’erreurs : d’où notre choix d’utiliser des spectrogrammes où la puissance est
plus qualitative que quantitative.

124
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

L’élargissement spectral dû à l’automodulation de phase est également une faiblesse


du BOTDR.

[Link] Limitations en résolutions spatiale et en fréquence


Puisque la durée de l’impulsion doit être supérieure à la durée de vie des phonons
(10 - 20 ns), la résolution spatiale est limitée à 1 m.

[Link] Limitations en puissance retour Brillouin / Seuil Brillouin


Comme la puissance du signal Brillouin rétrodiffusé, peut ne pas être suffisante pour
les mesures de réflectométrie, nous augmentons fortement le gain de l’EDFA. Cela n’est
pas sans conséquences sur le montage. Tout d’abord, un risque d’apparition d’un signal
Brillouin dans l’EDFA limite l’amplification que nous pouvons atteindre.
Par ailleurs, en augmentant le gain de l’EDFA, le connecteur en sortie de l’EDFA a
été brûlé (figure 3.69) ainsi que celui à l’entrée du circulateur entraînant des pertes allant
jusqu’à 3 dB. Nous avons donc coupé les connecteurs brûlés en sortie de l’EDFA et d’entrée
du circulateur puis soudé la sortie de l’EDFA directement à l’entrée du circulateur.

Figure 3.69 – De gauche à droite : l’état de dégradation progressive du connecteur de


fibre due aux fortes puissances optiques.

[Link] Limitations de la fréquence de répétition des impulsions


Il est impossible d’améliorer le couplage des modes GAWBS par l’augmentation de
la fréquence de répétition vers les fréquences de résonance de la fibre comme suggéré dans
l’article [51] car pour 100 MHz de fréquence de répétition des impulsions, seulement 1 m
de fibre peut être sondé.

Il est à noter que la diffusion Brillouin a été intensément étudiée dans les fibres
optiques pour des applications de capteurs [52].

3.5 Conclusion
Dans ce chapitre, nous avons dans un premier temps, présenté la réflectométrie stan-
dard et ses variantes tout en mentionnant les paramètres dont les choix sont pertinents.
Ensuite, une grande attention a été portée sur les principes fondamentaux de la réflecto-
métrie Brillouin. Les mesures effectuées ont montré l’importance du bon choix de la durée

125
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

de l’impulsion. Il a été également prouvé que les valeurs de la fréquence et de l’intensité


du synthétiseur ont une influence sur la qualité des résultats.
Grâce à l’utilisation d’une technique d’hétérodynage à deux diodes, les modes acous-
tiques hybriques dans une fibre à dispersion décalée (DSF), ont été identifiés. Cette iden-
tification a été confirmée sur une fibre microstructurée à petit cœur ouvrant ainsi la voie
à l’exploration des modes hybrides dans les fibres microstructurées.
Malgré ces résultats et en dépit des performances de la réflectométrie Brillouin,
il convient de souligner que cette dernière présente des faiblesses à l’instar de la forte
puissance crête nécessaire.
Une autre technique, le BOTDA, a été étudiée au chapitre suivant.

126
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

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Photon. Technol. Lett., vol. 12, no. 6, pp. 672–674, 2000.
[44] H. Izumita, Y. Koyamada, S. Furukawa, and I. Sankawa, “The performance limit
of coherent OTDR enhanced with optical fiber amplifiers due to optical nonlinear
phenomena,” J. Lightwave Technol., vol. 12, no. 7, pp. 1230–1238, 1994.
[45] Y. Tanaka, H. Yoshida, and T. Kurokawa, “Guided-acoustic-wave Brillouin scat-
tering observed backward by stimulated Brillouin scattering,” Meas. Sci. Technol.,
vol. 15, no. 8, pp. 1458–1461, 2004.
[46] N. Shibata, Y. Azuma, T. Horiguchi, and M. Tateda, “Identification of longitudinal
acoustic modes guided in the core region of a single-mode optical fiber by Brillouin
gain spectra measurements,” Opt. Lett., vol. 13, no. 7, pp. 595–597, 1988.
[47] P. Dainese, P. S. J. Russell, N. Joly, J. C. Knight, G. S. Wiederhecker, H. L. Fragnito,
V. Laude, and A. Khelif, “Stimulated Brillouin scattering from multi-GHz-guided
acoustic phonons in nanostructured photonic crystal fibres,” Nature Physics, vol. 2,
pp. 388–392, 2006.
[48] M. Kamikatano, H. Sawano, M. Miyamoto, and N. Sano, “Fiber strain measurement
in optical cables employing Brillouin gain analysis,” in Proc. IWCS ’92, pp. 176–182,
1992.
[49] K. Shiraki, M. Ohashi, and M. Tateda, “Suppression of stimulated Brillouin scatte-
ring in a fibre by changing the core radius,” Electron. Lett., vol. 31, no. 8, pp. 668–669,
1995.
[50] P. Dainese, P. S. J. Russell, G. S. Wiederhecker, N. Joly, H. L. Fragnito, V. Laude,
and A. Khelif, “Raman-like light scattering from acoustic phonons in photonic crystal
fiber,” Opt. Express, vol. 14, no. 9, pp. 4141–4150, 2006.

129
Chapitre 3. Réflectométrie Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

[51] P. J. Hardman, P. D. Townsend, A. J. Poustie, and K. J. Blow, “Experimental in-


vestigation of resonant enhancement of the acoustic interaction of optical pulses in
an optical fiber,” Opt. Lett., vol. 21, no. 6, pp. 393–395, 1996.
[52] M. Nicklès, “La diffusion Brillouin dans les fibres optiques : étude et application aux
capteurs distribués,” Ph.D. dissertation, Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne,
1997.

130
CHAPITRE

ANALYSE BRILLOUIN BASÉE SUR LES


MODES ACOUSTIQUES GUIDÉS
(BOTDA)

Si les idées des savants de génie qui ont été les promoteurs de la science
moderne avaient été soumises à des commissions de spécialistes, elles leur
auraient sans doute paru extravagantes et auraient été écartées en raison même
de leur originalité et de leur profondeur.
Louis de Broglie

Sommaire
4.1 L’analyse Brillouin (BOTDA) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 132
4.1.1 Principe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 133
4.1.2 Différents types de BOTDA . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 134
[Link] Cas a) : BOTDA avec amplification de la sonde . . . 134
[Link] Cas b) : BOTDA avec atténuation de la sonde . . . . 134
4.2 BOTDA vectoriel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 135
4.2.1 Principe de fonctionnement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 135
4.2.2 Dispositifs expérimentaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 138
4.2.3 Analyse de données . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 140
4.2.4 Résultats expérimentaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 141
4.3 Les applications . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 145
4.3.1 Présentation de la PCF à diamètre variable . . . . . . . . . . . 145
4.3.2 Variation de la fréquence en fonction du diamètre . . . . . . . . 145
4.4 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 147
Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 149

131
Chapitre 4. Analyse Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

Tout au long de ce manuscrit, nous avons progressivement cherché des méthodes


pour calculer et mesurer les modes acoustiques transverses en réflectométrie. Il nous est
apparu que ces modes sont copropageants et donc difficiles à mesurer avec des techniques
de réflectométrie. En fonction de la structure de la section transverse d’une fibre [1], ou du
type de dopage de son cœur [2], le spectre Brillouin peut comporter d’autres fréquences en
plus de la fréquence standard Brillouin. Les modes associés à ces fréquences sont appelés
les modes Brillouin d’ordres supérieurs ou hybrides et présentent du gain.
En raison de la faible puissance de ces modes comparée à celle du mode Brillouin
fondamental, les puissances des signaux utilisés dans un réflectomètre de type BOTDR,
doivent être élevées pour qu’ils soient observés. Or comme nous l’avons souligné au cha-
pitre précédent, ces fortes puissances peuvent induire un signal Brillouin dans l’ampli-
ficateur optique (EDFA) empêchant de ce fait, les mesures. De plus, les extrémités des
connecteurs de fibres sont généralement brûlées entraînant une perte de signal dans le
montage.
Pour pallier ce double problème, nous avons développé un nouvel outil d’analyse
Brillouin permettant d’observer avec précision les modes de gaine Brillouin hybrides.
D’une part, des puissances relativement faibles sont suffisantes pour l’analyse Brillouin
puisque nous utilisons une technique pompe-sonde nécessitant l’utilisation des deux extré-
mités de la fibre. D’autre part, ce nouvel outil permet une analyse vectorielle complète des
modes Brillouin puisque nous utilisons aussi la partie imaginaire des signaux démodulés.
Par une technique de double modulation de phase, nous améliorons les méthodes
d’analyse Brillouin dans le domaine temporel (Brillouin Optical Time Domain Analysis :
BOTDA) [3]. Ces améliorations permettent d’observer de façon répartie, en plus du mode
fondamental, plusieurs modes d’ordres supérieurs dans une fibre optique à dispersion dé-
calée (Dispersion-Shifted Fibre : DSF) et dans différentes fibres microstructurées avec une
résolution spatiale de 10 m. La dépendance de ces modes à la variation du diamètre des
fibres microstructurées a été mise en évidence, ce qui est une première. De plus, pour
la première fois à notre connaissance, nous rapportons des spectrogrammes de phase en
réflectométrie Brillouin. Contrairement au BOTDR, la résolution en fréquence dépend
uniquement du pas de balayage du synthétiseur et la résolution spatiale numérique est
divisée par deux.

4.1 L’analyse Brillouin (BOTDA)


La technique d’analyse Brillouin dans le domaine temporel est une méthode de type
pompe-sonde très bien adaptée aux mesures réparties de température et de déformation
dans les fibres optiques [3, 4]. Elle implique un transfert de puissance entre deux ondes
optiques grâce à la diffusion Brillouin stimulée. Une impulsion optique excite les ondes
acoustiques (diffusion Brillouin stimulée) dans le milieu à étudier, tandis qu’une sonde
continue balayée en fréquence, permet par la mesure de la quantité de puissance transférée
en fonction de la fréquence Brillouin, de reconstituer la courbe de gain Brillouin. La
précision de la mesure de la fréquence Brillouin dépend du rapport signal sur bruit de la
courbe de gain. L’information sur la position des paramètres mesurés le long de la fibre,
est quant à elle obtenue par la technique classique du temps de vol.

132
Chapitre 4. Analyse Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

4.1.1 Principe
Contrairement au BOTDR où l’on n’a accès qu’à une extrémité de la fibre, l’ana-
lyse Brillouin dans le domaine temporel nécessite l’utilisation des deux extrémités de la
fibre [3–5]. On parle de la méthode contrapropagative et la configuration utilisée est dite
"pompe-sonde".

Une onde pulsée est injectée sur une extrémité de la fibre tandis qu’une onde continue
contrapropagative est envoyée sur l’autre extrémité [6]. Les deux ondes optiques vont
interargir et lorsque la différence de fréquence entre elles, pénètre dans la zone de gain
Brillouin de la fibre, l’onde optique continue est amplifiée au détriment de l’onde pulsée
via la diffusion Brillouin stimulée. Ainsi, ce signal amplifié est-il récupéré à l’extrémité
de la fibre et analysé en fonction du temps d’arrivée comme dans le cas de l’OTDR. En
faisant progressivement varier la différence de fréquence entre les deux ondes optiques et
en mesurant la puissance du signal continu, l’on obtient la courbe de gain Brillouin.
Grâce au BOTDA, Koyamada [7] a atteint une résolution de l’ordre du cm pour la
mesure de la température et des déformations dans une fibre optique. Par opposition au
BOTDR, le BOTDA utilise de faibles puissances lasers, garantissant ainsi un avantage en
matière de sécurité laser et baissant le mélange à 4 ondes.

Il existe deux types de BOTDA, celui utilisant le gain Brillouin (figure 4.1) [4, 5]
et l’autre (figure 4.2) se basant sur la déplétion de la pompe. Chaque type a ses forces et
faiblesses comme nous le verrons dans la suite.

Fibre sous test Ps


Pc
Source Source
Pulsée z Continue
Ps
Filtre
log(Ps )

t = 2nz/c

Impulsion
Source
Continue

f − fB f Fréquence optique

a)

Figure 4.1 – Schéma de principe du BOTDA : amplification de la source continue. Pc


désigne la puissance crête de l’impulsion, Ps la puisance de la source continue et fB la
fréquence Brillouin.

133
Chapitre 4. Analyse Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

4.1.2 Différents types de BOTDA

[Link] Cas a) : BOTDA avec amplification de la sonde

Dans le premier type de BOTDA appelé BOTDA à gain en référence à la sonde


(figure 4.1), la source laser qui génère les impulsions de puissance crête Pc et de fréquence
optique f , est utilisée comme pompe en entrée de la fibre testée. Les impulsions peuvent
également être générées par une source laser continue couplée à un modulateur électro-
optique.

La seconde source, la sonde de puissance Ps , est continue et émet à une fréquence


inférieure à f . Ainsi, la première source (à impulsions) joue le rôle d’amplificateur pour
la seconde lorsque certaines conditions sont réunies en l’occurrence celles nécessaires pour
l’interaction Brillouin. En effet, la première source, grâce à la puissance crête de ses
impulsions, va créer une zone de gain Brillouin dans la fibre. Pour ce faire, les critères sur
le choix de la fréquence de répétition (fr ) des impulsions et de la durée d’impulsion (τ )
doivent respecter les mêmes conditions que celles énumérées aux pages 86 et 89.

Lorsque la fréquence de la sonde est comprise dans le spectre Brillouin dont la


fréquence centrale est f − fB avec fB la fréquence de décalage Brillouin, elle est amplifiée.
Il a été démontré que l’amplification de la sonde est indépendante de la position le long
de la fibre [6]. La pompe s’atténue alors au profit de la sonde qui s’amplifie. Grâce à la
mesure de l’intensité de la sonde amplifiée en fonction du temps, l’on peut remonter à la
distribution de l’interaction Brillouin le long de la fibre. La puissance du signal détecté
peut être augmentée en élevant la puissance de la sonde. Mais, il existe une puissance
maximale de la sonde à partir de laquelle la puissance mesurée reste invariante. L’un des
avantages de ce type de configuration est que le signal à analyser possède une puissance
optique suffisante, ce qui n’impose pas l’usage d’une photodiode de grande sensibilité.
Cependant, la déplétion subie par la source pulsée lors de l’interaction Brillouin limite la
distance maximale de fibre qui peut être sondée par cette technique.

[Link] Cas b) : BOTDA avec atténuation de la sonde

Par opposition au premier type de BOTDA, la figure 4.2 présente le BOTDA dans
lequel la source pulsée s’amplifie au détriment de la source continue qui s’atténue. La
fréquence de celle-ci (par exemple f + fB ) est supérieure à celle de la source pulsée.

134
Chapitre 4. Analyse Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

Fibre sous test Ps


Pc
Source Source
Pulsée z Continue
Ps
Filtre

log(Ps )

t = 2nz/c
Impulsion
Source
Continue

f f + fB Fréquence optique

b)

Figure 4.2 – Schéma de principe du BOTDA : atténuation de la source continue. Pc


désigne la puissance crête de l’impulsion, Ps la puissance de la source continue et fB la
fréquence Brillouin.

La difficulté dans ce genre de configuration est qu’il faut utiliser une photodiode
très sensible pour mesurer la sonde qui est atténuée. Toutefois, cette technique a permis
de réaliser des mesures réparties sur des fibres de très grande longueur (32 km) [8].
Comme nous le verrons dans la suite, le montage que nous proposons, combine ces
deux types de configuration.

4.2 BOTDA vectoriel


4.2.1 Principe de fonctionnement
Le principe du BOTDA reposant sur des mesures d’intensité de la sonde en fonction
du temps, les mesures vont être limitées par la diffusion Rayleigh de l’impulsion et par
toute sorte de bruits à basse fréquence liés notamment aux ondes guidées acoustiques. Cela
donne un bruit intense capté par le détecteur, typiquement dans la bande des 0 - 1 GHz.
Ces sources de bruit limitent la dynamique de l’instrument et rendent difficile (pour
ne pas dire impossible) l’observation de résonances acoustiques d’ordres supérieurs. Or
comme nous l’avons souligné précédemment, les modes de résonance acoustique d’ordres
supérieurs sondent en partie la gaine de la fibre et pourraient à terme, donner des indica-
tions sur la structure transverse de cette fibre et ce, de façon répartie. Nous avons donc
développé un BOTDA insensible à ces bruits basses fréquences.

135
Chapitre 4. Analyse Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

La majorité des montages BOTDA utilise deux sources lasers distinctes, l’une géné-
rant la pompe en général le signal pulsé et l’autre générant la sonde qui est un signal
continu. Les dérives de fréquences entre les lasers perturbent les mesures. Pour résoudre
ce problème, des solutions utilisant une seule source laser ont été proposées. Par exemple,
un système de translation de fréquence [9, 10] à partir d’une source laser modulée a été
réalisé avec succès.

En abondant dans le même sens, notre BOTDA utilise une unique diode laser (fi-
gure 4.6). La nouveauté que nous apportons est la double modulation de phase. Le mo-
dulateur d’intensité traditionnellement utilisé dans les BOTDA pour générer des bandes
latérales à ± 10 GHz permettant de balayer la zone de gain Brillouin est remplacé par
un modulateur de phase (MP). Il est piloté par deux fréquences : l’une Fsweep que nous
appellerons la fréquence de balayage et l’autre LO, la fréquence de l’oscillateur local.
La fréquence de balayage, Fsweep , est accordée typiquement de 8 GHz à 9 GHz et est
balayée par pas de 1 MHz afin de reconstruire la courbe de gain Brillouin. Sa puissance est
ajustée pour minimiser celle de l’onde optique à la fréquence f de la porteuse (figure 4.4).
La fréquence de l’oscillateur local, LO, est fixée arbitrairement à 2 GHz et sa puissance
choisie 10 dB en deçà de celle de Fsweep ; ainsi le signal de fréquence LO peut être considéré
comme une petite perturbation. Ces deux ondes micro-ondes sont d’abord additionnées
avant de moduler la phase de l’onde optique provenant de la DFB.

Nous retrouvons donc à la sortie de l’additionneur (figure 4.3), deux ondes différentes
de fréquences LO (2 GHz) et Fsweep (8 - 9) GHz.

2 GHz

Fréquence
LO

+
2 8 Fréquence (GHz)
Fsweep

8 GHz
Fréquence

Figure 4.3 – Addition des deux fréquences de pilotage du modulateur de phase.

Elles vont ensuite moduler chacune, la phase de l’onde optique provenant de la DFB
en donnant lieu au spectre de la figure 4.4. L’atout principal de cette technique de double
modulation de phase repose sur le fait qu’il n’y a pas de modulation d’intensité à la
fréquence LO en sortie du modulateur de phase. En fait, le signal de battement entre les
ondes optiques de fréquences (f + Fsweep ) et (f + Fsweep + LO) est compensé par celui
entre celles de fréquences (f + Fsweep ) et (f + Fsweep − LO) car ils sont en opposition de
phase.

136
Chapitre 4. Analyse Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

Fsweep Fsweep

LO LO LO LO LO LO

f Fréquence optique

Figure 4.4 – Spectre obtenu après la double modulation de phase. Rappelons qu’il existe
également des harmoniques à +/- 2LO, +/- 3LO, . . . et +/- 2Fsweep , +/- 2Fsweep , . . . dont
l’amplitude est faible pour un indice de modulation faible.

Ainsi, en faisant varier Fsweep donc aussi f + Fsweep , les ondes optiques de fréquences
f − Fsweep − LO (f + Fsweep + LO) parcourent le spectre de gain Brillouin dans sa zone de
gain (ou de déplétion). Pour des intensités fixes de l’onde optique et des deux fréquences
de pilotage du modulateur, les quatre ondes optiques à savoir f − (Fsweep − LO) et f −
(Fsweep + LO) pour la zone de gain et f + (Fsweep − LO) et f + (Fsweep + LO) pour la zone
de déplétion, sont d’intensités constantes.
Lorsque l’onde de fréquence f − (Fsweep + LO) correspondant à l’onde Brillouin
Stokes (paragraphe [Link]), pénètre la zone de gain, elle est amplifiée tandis que celle
à la fréquence f + (Fsweep + LO) est atténuée puisqu’elle correspond à la composante
anti-Stokes. Cela est illustré (figure 4.5) et (figure 4.6) où le spectre présenté montre un
décalage par rapport à la fréquence f .

Fsweep Fsweep

LO LO LO LO LO LO

Stokes f anti- Fréquence


Stokes optique

Figure 4.5 – Spectre optique lors de l’interaction Brillouin.

Il apparaît alors un battement (en intensité) aux fréquences LO, 2 LO, Fsweep ,
Fsweep + LO, ... enregistrées par un oscilloscope rapide. Lorsque la fréquence f − (Fsweep +
LO) traverse la zone de gain Brillouin, l’intensité de chacune des ondes aux fréquences de
battement est modulée. Ces ondes sont envoyées sur l’une des extrémités de la fibre à tester
et interagissent dans la fibre avec l’onde pulsée qui la pénètre par la seconde extrémité.
Le spectre représenté (figure 4.5) illustre bien le fait qu’aussi bien les ondes continues de
fréquences supérieures à celle de l’onde pulsée (cas du BOTDA avec atténuation de la
sonde) que les ondes continues de fréquences inférieures à celle de l’onde pulsée (cas du
BOTDA avec amplification de la sonde) participent à cette interaction : notre montage
combine donc les deux types de BOTDA.
Rappelons que les contributions pour le battement, des fréquences optiques symétri-
ques par rapport à f s’additionnent. En choisissant par exemple de ne s’intéresser qu’au

137
Chapitre 4. Analyse Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

signal de fréquence LO en utilisant une photodiode de 5 GHz de bande passante et un oscil-


loscope très rapide (dont la bande passante est supérieure à 4 GHz), l’on suit l’évolution
de la puissance de l’onde Stokes en fonction de sa fréquence et du temps pour reconstituer
le gain Brillouin autour d’une valeur donnée de Fsweep + LO. Ce procédé offre plusieurs
avantages.
Ceci est intéressant car la valeur de LO est choisie en dehors de la bande 0 - 1 GHz
où il y a beaucoup de bruits.

4.2.2 Dispositifs expérimentaux


Le montage expérimental que nous avons proposé, est schématisé (figure 4.6).

Fsweep Fsweep

LO LO LO LO LO LO

0 Fréquence

Bias
Diode EOM EDFA 1
Laser
Horloge de référence

P C
2 GHz
LO Scope
MP

Fsweep EDFA 2
8 − 9 GHz Fibre sous test

Figure 4.6 – Schéma du montage du BOTDA. : Principe du BOTDA vectoriel. Le mo-


dulateur de phase (MP) est piloté par deux fréquences : Fsweep et LO. Fsweep est balayée
entre 8 GHz et 9 GHz, tandis que la fréquence de l’oscillateur local LO est fixée à 2 GHz. La
bande passante du filtre passe-bande est de 120 GHz. Diagramme du haut : représentation
schématique des composantes spectrales générées par le modulateur de phase.

La diode laser (DFB) est la même que celle utilisée pour le BOTDR, et fournit une

138
Chapitre 4. Analyse Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

puissance de 50 mW. Le signal est ensuite divisé en deux parties, l’une générant la pompe
pulsée et l’autre la sonde continue. Le BOTDA vectoriel que nous avons développé utilise
le même principe de base que le BOTDA standard [11].
Pour obtenir la pompe, l’onde continue en sortie de la DFB est pulsée par le modu-
lateur électro-optique à une fréquence de 1 kHz. Avant de traverser le circulateur, l’onde
pulsée est amplifiée par un premier amplificateur optique (EDFA 1) d’une puissance crête
de 4 W pour des impulsions de 100 ns. Ensuite, grâce à l’utilisation du contrôleur de
polarisation, l’interaction Brillouin est optimisée.
Parallèlement, la deuxième partie du signal de la DFB est envoyée sur le modulateur
de phase (MP). Elle sera modulée par les deux ondes micro-ondes de fréquences LO et
Fsweep , ce qui donne un spectre semblable à celui à la figure 4.5.
Les ondes optiques représentées (figure 4.5) sont amplifiées par un second amplifica-
teur optique (EDFA 2) dont la puissance est comprise entre 1 mW et 10 mW. Le dispositif
"pompe-sonde" est ainsi réalisé. D’un côté, l’extrémité de la fibre est attaquée par une
onde pulsée et de l’autre par une onde continue.
Il est possible de filtrer l’onde Rayleigh au moyen d’un réseau de Bragg ou d’un in-
terféromètre mais leur dépendance à la température et aux vibrations en fait de mauvaises
solutions. En outre, la lumière lors de sa propagation dans une fibre optique pourrait créer
un important bruit d’intensité et de phase entre 0 et 1 GHz, aussi bien dans le sens de la
propagation que dans le sens contrapropagatif [12].
Ce bruit blanc, à cause de sa large bande spectrale couplée au fait qu’il n’est pas
périodique, fait qu’il est difficile de le filtrer optiquement surtout quand il accompagne la
sonde. De plus, en essayant de filtrer les perturbations à basses fréquences de façon optique,
on peut également supprimer les modes acoustiques longitudinaux d’ordres élevés, en se
privant ainsi de leur intérêt [13, 14].
En dépit de ces précautions, l’on filtre optiquement le signal utile à cause de l’émis-
sion spontanée des amplificateurs optiques. En effet, les amplificateurs dopés à l’Erbium
ont également une émission spontanée amplifiée (Amplified Spontaneous Emission : ASE)
à 1550 nm. La largeur spectrale de l’ASE est d’environ 3 THz. C’est pour cela que nous
utilisons dans notre dispositif expérimental un filtre optique passe-bande dont la bande
passante est de 120 GHz.
Après le filtrage optique, le signal est ensuite envoyé sur une photodiode suivie d’un
oscilloscope.
Pour assurer une stabilité et une reproductibilité de la phase de référence initiale,
l’horloge d’échantillonnage de l’oscilloscope, le synthétiseur du signal de fréquence LO,
ainsi que le générateur d’impulsions sont tous verrouillés à la même horloge de référence
de 10 MHz.
Contrairement aux modes acoustiques guidés (Guided Acoustic Wave Brillouin Scat-
tering : GAWBS) de fréquences comprises entre 0 et 1 GHz [15], les modes acoustiques
longitudinaux d’ordres élevés sont rétrodiffusés et stimulés, ce qui permet de les observer
au BOTDA. Pour λ = 1550 nm, leurs fréquences comprises entre 9 GHz et 12 GHz sont
voisines de celle de l’onde Brillouin. Bien que leurs fréquences soient élevées, le battement
de ces ondes entre elles, donne lieu à des ondes de fréquences de l’ordre de quelques cen-
taines de MHz correspondant à leur espacement dans le spectre des fréquences. Ce qui
constitue également une source de bruit pour une détection de l’onde Stokes Brillouin
pour un BOTDA standard. Ces modes ont été observés dans des fibres à cristaux photo-
niques [2]. Leurs fréquences dépendent des paramètres géométriques de la fibre parce que
ces modes sondent partiellement la structure de la gaine [1].

139
Chapitre 4. Analyse Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

Avec notre montage, nous pouvons mesurer distinctement ces modes. Ce dispositif
original ainsi que les résultats obtenus ont fait l’objet d’une publication [16].

4.2.3 Analyse de données


L’analyse de données se fait autrement que dans le cas du BOTDR. Dans le BOTDR,
le signal à traiter comporte toutes les fréquences Brillouin (fondamental et d’ordres supé-
rieurs) et nous faisions une transformée de Fourier par morceaux.
Ici dans le BOTDA, à chaque couple de fréquences (Fsweep et LO), nous recherchons
après détection et filtrage le signal électrique de fréquence LO. Ce dernier représente
l’onde Stokes Brillouin de fréquence (f − Fsweep − LO) s’il y a eu amplification. Ainsi,
après la transformée de Fourier par morceaux, nous ne gardons que le signal de fréquence
LO. Par conséquent, la résolution en fréquence (δf ) de nos mesures est simplement égale
au pas de balayage du synthétiseur du signal de fréquence LO.
Quant à la résolution spatiale théorique, elle est toujours donnée par l’équation (3.2) :

∆z = (4.1)
n2
La résolution spatiale numérique est donnée par :
Nfft c
∆ znum = . (4.2)
Fs n
La démodulation se déroule comme suit.
Le signal à la fréquence de 2 GHz envoyé à l’oscilloscope, est découpé en segments
contenant chacun N f f t échantillons. Afin d’optimiser la résolution, chaque segment pos-
sède 50% de recouvrement (paragraphe [Link]) avec le segment qui le précède. Après
avoir appliqué une fenêtre de Blackman, la puissance et la phase relatives à la fréquence
LO = 2 GHz sont calculées pour chaque segment en utilisant la transformée de Fourier
(TF).
Nous arrivons à remonter aux fréquences acoustiques présentes dans la fibre en
calculant la phase du signal détecté en procédant comme suit :
Transformée de Fourier

Nombre complexe : Aeiϕ
– A2 ⇒ Spectrogramme d’intensité
– ϕ ⇒ Spectrogramme de phase
Nous utilisons de ce fait le terme BOTDA vectoriel. Rappelons que des mesures
vectorielles de la DBS avaient été réalisées en mode continu au moyen d’un analyseur
vectoriel de réseau [17].

La valeur de la phase est comprise dans l’intervalle [−π, +π] avec des discontinuités
liées aux ruptures de phase. Pour supprimer ces discontinuités, un algorithme de lissage
de phase ("unwrapping") est utilisé. La phase devient une distribution continue.

Par une technique de démodulation numérique d’amplitude, on remonte à la dis-


tribution de gain Brillouin avec une très grande immunité aux bruits qui détériorent
habituellement les mesures par BOTDA.

140
Chapitre 4. Analyse Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

4.2.4 Résultats expérimentaux


Des mesures réparties des fréquences de décalage de deux modes Brillouin ont été
réalisées au réflectomètre Brillouin [18] mais aucun spectrogramme n’avait été rapporté.
Les spectrogrammes que nous rapportons ont été obtenus après trente minutes d’ac-
quisition de données. Ce temps est limité par la vitesse de transfert des données de l’os-
cilloscope vers l’ordinateur. Une partie des mesures a été réalisée sur 300 m de fibre à
dispersion décalée (DSF), mesures qui sont moyennées 64 fois.
Comme on l’avait souligné pour le BOTDR, la DSF présente plusieurs modes lon-
gitudinaux acoustiques [12, 18] en raison de sa structure particulière. Le spectrogramme
d’intensité observé est représenté (figure 4.7). La durée d’impulsion est de 100 ns soit
une résolution spatiale de 10 m. Avec une fréquence d’échantillonnage de l’oscilloscope
de 20 GS/s (20 milliards d’échantillons par seconde), 64 échantillons par segment (N f f t
= 64) et un recouvrement de 50% entre deux segments successifs, la résolution spatiale
N f f t/2 c
numérique est de . soit 32 cm. Le spectrogramme de phase correspondant est re-
Fs n
présenté (figure 4.8). Outre l’onde Stokes Brillouin standard dont la fréquence est environ
10,52 GHz, trois autres modes d’ordres élevés sont visibles sur les deux spectrogrammes.
Toutefois, ils sont plus faciles à distinguer sur le spectrogramme de phase (figure 4.8).

11.2 11.2

11 11
Fréquence (GHz)

Fréquence (GHz)

10.8 10.8

10.6 10.6

10.4 10.4

10.2 10.2

10 10
100 200 300 400 500 100 200 300 400 500
Distance (m) Distance (m)

Figure 4.7 – Spectrogramme d’inten- Figure 4.8 – Spectrogramme de phase


sité obtenu sur une fibre DSF de 300 m obtenu sur une fibre DSF de 300 m de
de longueur. La durée d’impulsion est de longueur. La durée d’impulsion est de
100 ns et les mesures sont moyennées 64 100 ns et les mesures sont moyennées 64
fois. fois.

En refaisant les mêmes mesures, cette fois-ci sur une fibre SMF, nous n’observons
que le mode fondamental Brillouin (figures 4.9 et 4.10) à la fréquence de 10,87 GHz. Cela
confirme que les autres modes observés sur la DSF sont caractéristiques de sa structure.

Pour mettre en évidence l’utilisation de ce BOTDA vectoriel dans des applications


de type "capteurs", une section de 50 m de la DSF après la première centaine de mètres,
a été chauffée à une température de 50°C. Le saut en fréquence au niveau de la section
chauffée est clairement visible (figure 4.11) et prouve que l’outil que représente le BOTDA
vectoriel, est adapté pour des applications de capteurs de température. Le coefficient de
décalage en fréquence mesuré pour le mode Brillouin fondamental a une valeur typique

141
Chapitre 4. Analyse Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

12 12

Fréquence (GHz) 11.5 11.5

Fréquence (GHz)
11 11

10.5 10.5

10 10
50 100 150 200 250 300 350 50 100 150 200 250 300 350
Distance (m) Distance (m)

Figure 4.9 – Spectrogramme d’inten- Figure 4.10 – Spectrogramme de phase


sité obtenu sur une fibre SMF. La durée obtenu sur une fibre SMF. La durée
d’impulsion est de 100 ns et les mesures d’impulsion est de 100 ns et les mesures
sont moyennées 64 fois. sont moyennées 64 fois.

de 0,88 ± 0,05 MHz/°C.


La figure de droite (figure 4.11) reproduit le spectrogramme de phase qui a été acquis
simultanément. Cela donne un aperçu complémentaire. Par exemple, le mode de résonance
à la fréquence de 11,15 GHz, à peine visible sur le spectrogramme d’intensité, est bien
identifiable sur celui de la phase. Les traces sont également plus régulières. Contrairement
aux modes représentés sur le spectrogramme de l’intensité et donc perturbés par les
variations d’amplitude, ceux obtenus via la phase ne le sont pas. Cette stabilité offerte par
le spectrogramme de phase peut être exploitée pour une meilleure et précise localisation
spatio-fréquentielle des modes.
Par ailleurs, les spectrogrammes de phase pourraient être utilisés pour l’analyse du
bruit de phase ou dans des applications nécessitant la reconstruction temporelle.

11.3 11.3
4
11.2 11.2
3
11.1 11.1
Fréquence (GHz)

Fréquence (GHz)

11 11
2
10.9 10.9

10.8 10.8

10.7 10.7
1
10.6 10.6

10.5 10.5

10.4 10.4

10.3 10.3
0 50 100 150 200 250 300 0 50 100 150 200 250 300
Distance (m) Distance (m)

Figure 4.11 – Figure de gauche : Spectrogramme d’intensité pour une section de 300 m
de DSF. La durée d’impulsion est de 100 ns (10 m de résolution spatiale). Bien qu’ils
soient moins intenses que le mode Brillouin fondamental (marqué "1"), les modes d’ordres
supérieurs sont visibles (marqués "2" à "4"). Figure de droite : Spectrogramme de phase
acquis simultanément. En plus du mode fondamental autour de 10,52 GHz, 3 autres modes
longitudinaux d’ordres supérieurs sont aussi observés.

142
Chapitre 4. Analyse Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

La figure 4.12 a) donne les résultats obtenus sur une fibre DSF. Il compare des
extraits des deux spectrogrammes (d’intensité et de phase) mesurés à la même position
(à 20 m de l’entrée de la fibre). La figure en couleur rouge est déduite du spectrogramme
de phase tandis que celle en noir est extraite du spectrogramme d’intensité.

15
10 (a)
Puissance (dBm)

5
0.5

Phase / π
0
−5 0
−10
−0.5
−15
−20
−25
10.3 10.4 10.5 10.6 10.7 10.8 10.9 11 11.1 11.2 11.3

20
Puissance (dBm)

10 (b)
0.5

Phase / π
0

−10 0

−20 −0.5

−30

−40
10.1 10.3 10.5 10.7 10.9 11.1 11.3
Fréquence (GHz)

Figure 4.12 – (a) Sections des spectrogrammes d’intensité et de phase au même point
(à environ 20 m) dans une fibre DSF. La phase (représentée en rouge) subit un saut de π
pour le mode fondamental à 10,52 GHz. (b) Même observation pour la section transverse
d’une fibre optique standard SMF. Dans ce cas, la dynamique atteint 57 dB.

Les deux figures illustrent la mesure du spectre de la section transverse de la DSF. On


remarque que les deux spectres (en noir et rouge) se superposent parfaitement. En effet,
les fréquences des maximas de la courbe en noir (déduite du spectrogramme d’intensité)
correspondent aux points d’inflexion de la courbe en rouge (déduite du spectrogramme
de phase), le premier maximum correspondant à une phase nulle. De plus, le spectre (en
rouge) déduit du spectrogramme de phase révèle un saut de phase de π à la fréquence de
10,52 GHz correspondant au mode fondamental Brillouin : la relation de Kramers-Kronig
est donc vérifiée.

Les mêmes mesures sont reprises (figure 4.12 b), cette fois-ci dans une fibre op-
tique standard (SMF). La dynamique atteint les 57 dB. Notre système est principalement
basé sur la transformation de la modulation de phase en modulation d’amplitude grâce
au déséquilibre amplification/atténuation des bandes latérales. Toutefois, la dispersion
conventionnelle dans une fibre pouvant aussi conduire à la conversion modulation de

143
Chapitre 4. Analyse Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

phase/modulation d’amplitude, il faut veiller à utiliser une fibre peu dispersive ou de


longueur limitée. Pour nos paramètres et pour une fibre SMF avec une dispersion de
16 ps/nm/km, les 57 dB de dynamique trouveront leur limite au-delà de 2 à 3 km. Pour
une plus longue fibre, l’on devrait réduire LO. Grâce à des acquisitions supplémentaires
sur cette SMF, la résolution spatiale numérique a été améliorée jusque 4 cm (N f f t =
8). A cette résolution numérique impressionnante, une dynamique de 52 dB est encore
obtenue. Nous avons également mesuré des dynamiques de 51 dB et 46 dB respectivement
pour des impulsions de 50 ns et 30 ns.

Il est intéressant de pouvoir mesurer des spectrogrammes avec des résolutions spa-
tiales numériques aussi bonnes que 4 cm. A l’heure actuelle, la résolution spatiale du
BOTDA vectoriel se trouve limitée par la durée de l’impulsion ou par la durée de vie des
phonons acoustiques. Il s’agit d’un problème bien connu auquel différentes recherches se
sont intéressées. Il y a entre autres, des techniques de la double impulsion [19], de l’impul-
sion "grise" [20], de largeur d’impulsion différentielle [21] ou la méthode de reconstitution
du profil de gain [22].
Comme le BOTDA vectoriel transfère l’information de distribution Brillouin à une
fréquence élevée (par exemple 2 GHz), il est probable que les diverses techniques citées
précédemment puissent lui être adaptées. Cela permettrait d’atteindre une résolution
spatiale de l’ordre du centimètre avec le BOTDA vectoriel.
Notre dispositif a l’avantage d’être polyvalent : il peut à la fois être un BOTDA
comme un BOTDR, donc économique. Les améliorations apportées par rapport au BOTDR
sont :
– amélioration de la dynamique,
– possibilité d’utilisation de faibles puissances optiques pour la pompe,
– meilleur contraste de couleur sur le spectrogramme de phase.

En résumé, nous avons mis au point un réflectomètre BOTDA vectoriel avec une
très grande immunité au bruit à basses fréquences (0 - 1 GHz). La dynamique de l’ins-
trument qui dépasse probablement les 57 dB nous permet de rapporter l’observation de
plusieurs modes opto-acoustiques d’ordres supérieurs dans une fibre DSF. Comme ces
modes sondent partiellement la gaine, ils peuvent à terme être utiles pour obtenir des in-
formations sur la structure transverse des fibres pour des applications de caractérisation
de fibres microstructurées, par exemple.

Enfin, nous rapportons les premiers spectrogrammes de phase jamais observés (à


notre connaissance) en réflectométrie Brillouin.
En dépit des nombreux avantages qu’offre le BOTDA, quelques faiblesses subsistent.
En effet, l’accès aux deux extrémités de la fibre à tester est obligatoire pour mettre en
œuvre le BOTDA, or pour des fibres de très grandes longueurs, cela n’est pas facile. Outre
l’utilisation de deux sources lasers (aux deux extrémités de la fibre), les fréquences op-
tiques des deux sources doivent être séparées d’une valeur égale à la fréquence de décalage
Brillouin : ainsi une légère variation sur la différence de fréquence entre les deux lasers
conduit à des résultats erronés. Par ailleurs, si la fibre se casse, le BOTDA ne fonctionne
plus contrairement au BOTDR qui fonctionne encore et indique l’endroit du problème.

144
Chapitre 4. Analyse Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

3,5 µm 2,69 µm

50 m 70 m
Figure 4.13 – Illustration de la variation de diamètre dans la PCF T711B.

4.3 Les applications

La première application du BOTDA vectoriel est sa bonne résolution spatiale numéri-


que. En effet, de nombreuses recherches assez récentes concernent la réduction de la résolu-
tion spatiale théorique (réelle) avec des variantes de BOTDA dont le but est de surmonter
l’obstacle que constitue la durée d’impulsion (> 10 ns) pour utiliser l’effet Brillouin.
Ainsi, il est à présent possible d’obtenir des résolutions spatiales (réelles) centimé-
triques. Pour bénéficier des résultats intéressants de ces recherches, il est important que
la résolution spatiale numérique puisse aussi être de l’ordre du cm : ce que nous offrons
grâce à notre technique.

Les modes acoustiques transverses, les modes Brillouin d’ordres supérieurs et les
modes hybrides en général sont caractéristiques de la structure transverse de la fibre.
C’est pour cette raison que nous avons fait des mesures réparties de ces modes sur des
fibres microstructurées à diamètre variable ; ce qui est une première (à notre connaissance).

4.3.1 Présentation de la PCF à diamètre variable

Il s’agit de la PCF T711B d’une longueur de 120 m dont le diamètre reste constant
à 3,5 µm sur les 50 premiers mètres, puis varie linéairement de 3,5 µm à 2,69 µm sur les
70 mètres restants. Son atténuation est de 10 dB/km à 1550 nm. La figure 4.13 illustre la
variation de diamètre.
Les images au MEB de la PCF T711B sont représentées aux figures 4.14 et 4.15.

4.3.2 Variation de la fréquence en fonction du diamètre

Afin d’étudier l’influence de la variation du diamètre de mode sur la fréquence


Brillouin et/ou sur celle des modes Brillouin d’ordres supérieurs, nous avons réalisé des
mesures de spectrogrammes d’intensité et de phase sur la PCF T711B.
Les résultats de mesures obtenus sur la PCF T711B sont présentés dans la suite.

145
Chapitre 4. Analyse Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

Figure 4.14 – L’image au MEB de l’ex- Figure 4.15 – L’image au MEB


trémité de plus grand diamètre de la de l’extrémité de plus petit diamètre
PCF T711B. Le diamètre initial est de de la PCF T711B. Le diamètre est de
3,5 µm et décroît linéairement. 2 µ[Link]

11 Autre mode
Fréquence (GHz)

10.5

Mode Brillouin
10 fondamental

9.5

50 100 150
Distance (m)

Figure 4.16 – Spectrogramme d’intensité obtenu sur la PCF T711B. La durée d’impulsion
est de 100 ns et les mesures sont moyennées 64 fois.

146
Chapitre 4. Analyse Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

zone de décroissance
11 linéaire de la fréquence 11
(− 118.2MHz/µm)

Fréquence (GHz)
Fréquence (GHz)

10.5 10.5

10 10

9.5 9.5
60 80 100 120 140 160 180 200 60 80 100 120 140 160 180 200
Distance (m) Distance (m)

Figure 4.17 – Spectrogramme d’inten- Figure 4.18 – Spectrogramme de phase


sité obtenu sur la PCF T711B. La du- obtenu sur la PCF T711B. La durée
rée d’impulsion est de 100 ns et sa puis- d’impulsion est de 100 ns et sa puissance
sance crête est de 2,12 W. Les mesures crête est de 2,12 W. Les mesures sont
sont moyennées 16 fois. moyennées 16 fois.

Nous constatons d’une part, qu’en plus du mode fondamental Brillouin à 9,8 GHz,
d’autres modes sont présents à environ 10,8 GHz. D’autre part, la variation du diamètre
de fibre se remarque sur ces modes. Elle est de -118,2 MHz/µm. Les figures 4.19 et 4.20
sont obtenues en faisant un agrandissement sur les spectrogrammes d’intensité et de phase
dans la zone de 10 GHz à 11 GHz.

11 11
Fréquence (GHz)
Fréquence (GHz)

10.8 10.8

10.6 10.6

10.4 10.4
60 80 100 120 140 160 180 200 60 80 100 120 140 160 180 200
Distance (m) Distance (m)

Figure 4.19 – Spectrogramme d’inten- Figure 4.20 – Spectrogramme de phase


sité obtenu en zoomant sur le second obtenu sur le second mode de la PCF
mode de la PCF T711B. La durée d’im- T711B. La durée d’impulsion est de
pulsion est de 100 ns et les mesures sont 100 ns et les mesures sont moyennées 64
moyennées 64 fois. [Link]

4.4 Conclusion
Dans ce chapitre, nous avons proposé et démontré un nouveau type de BOTDA
grâce à une technique de double modulation de phase. Ce BOTDA vectoriel présente une
grande immunité au bruit de phase et permet d’obtenir un spectrogramme de phase. Il

147
Chapitre 4. Analyse Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

est très bien adapté aux situations complexes impliquant plusieurs modes de résonance
acoustique à l’instar des modes acoustiques longitudinaux d’ordres supérieurs. Ce nouveau
type de BOTDA a permis de caractériser avec précision les modes acoustiques présents
dans une fibre à dispersion décalée (DSF) en mesurant leurs spectrogrammes d’intensité
et de phase. Ce qui est une première.
Hormis le filtre passe-bande utilisé avant le bloc de détection pour supprimer l’émis-
sion spontanée amplifiée des amplificateurs optiques (EDFA), aucun autre filtrage optique
n’a été nécessaire.
Une grande dynamique de 57 dB a également été atteinte avec des impulsions de
100 ns et une résolution spatiale numérique de 64 cm. Nous pensons que ce BOTDA vec-
toriel est un outil prometteur pour l’étude des modes acoustiques d’ordres élevés dans les
fibres à cristaux photoniques avec d’intéressantes applications dans la caractérisation de
la structure de ces fibres et que les mesures réalisées (figures 4.16 à 4.20) sur une PCF à
diamètre variable en sont des exemples édifiants.

148
Chapitre 4. Analyse Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

Bibliographie
[1] P. Dainese, P. S. J. Russell, N. Joly, J. C. Knight, G. S. Wiederhecker, H. L. Fragnito,
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pp. 388–392, 2006.
[2] L. Zou, X. Bao, and L. Chen, “Brillouin scattering spectrum in photonic crystal fiber
with a partially germanium-doped core,” Opt. Lett., vol. 28, no. 21, pp. 2022–2024,
2003.
[3] T. Horiguchi and M. Tateda, “BOTDA-nondestructive measurement of single-mode
optical fiber attenuation characteristics using Brillouin interaction : Theory,” J.
Lightwave Technol., vol. 7, no. 8, pp. 1170–1176, 1989.
[4] T. Horiguchi, T. Kurashima, and M. Tateda, “A technique to measure distributed
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[5] X. Bao, D. J. Webb, and D. A. Jackson, “22-km distributed temperature sensor using
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[6] T. Horiguchi and M. Tateda, “Optical-fiber-attenuation investigation using stimula-
ted Brillouin scattering between a pulse and a continuous wave,” Opt. Lett., vol. 14,
no. 8, pp. 408–410, 1989.
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[8] X. Bao, D. J. Webb, and D. A. Jackson, “32-km distributed temperature sensor based
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[9] T. Horiguchi, K. Shimizu, T. Kurashima, M. Tateda, and Y. Koyamada, “Deve-
lopment of a distributed sensing technique using Brillouin scattering,” J. Lightwave
Technol., vol. 13, no. 7, pp. 1296–1302, 1995.
[10] K. Shimizu, T. Horiguchi, Y. Koyamada, and T. Kurashima, “Coherent self-
heterodyne detection of spontaneously Brillouin-scattered light waves in a single-
mode fiber,” Opt. Lett., vol. 18, no. 3, pp. 185–187, 1993.
[11] S. Diaz, S. Foaleng-Mafang, M. Lopez-Amo, and L. Thévenaz, “A high-performance
optical time-domain Brillouin distributed fiber sensor,” IEEE Sensors Journal, vol. 8,
no. 7, pp. 1268–1272, 2008.
[12] M. Horowitz, A. Chraplyvy, R. Tkach, and J. Zyskind, “Broad-band transmitted
intensity noise induced by Stokes and anti-Stokes Brillouin scattering in single-mode
fibers,” IEEE Photon. Technol. Lett., vol. 9, pp. 124–126, 1997.
[13] N. Shibata, K. Okamoto, and Y. Azuma, “Longitudinal acoustic modes and Brillouin-
gain spectra for GeO2 -doped-core single-mode fibers,” J. Opt. Soc. Am. B, vol. 6,
no. 6, pp. 1167–1174, 1989.
[14] W. Zou, Z. He, M. Kishi, and K. Hotate, “Stimulated Brillouin scattering and its
dependences on strain and temperature in a high-delta optical fiber with F-doped
depressed inner cladding,” Opt. Lett., vol. 32, no. 6, pp. 600–602, 2007.
[15] J.-C. Beugnot, T. Sylvestre, H. Maillotte, G. Mélin, and V. Laude, “Guided acoustic
wave Brillouin scattering in photonic crystal fibers,” Opt. Lett., vol. 32, no. 1, pp.
17–19, 2007.

149
Chapitre 4. Analyse Brillouin basée sur les modes acoustiques guidés

[16] M. Dossou, D. Bacquet, and P. Szriftgiser, “Vector Brillouin optical time-domain


analyzer for high-order acoustic modes,” Opt. Lett., vol. 35, no. 22, pp. 3850–3852,
2010.
[17] A. Loayssa, R. Hernández, D. Benito, and S. Galech, “Characterization of stimulated
Brillouin scattering spectra by use of optical single-sideband modulation,” Opt. Lett.,
vol. 29, no. 6, pp. 638–640, 2004.
[18] C. C. Lee, P. W. Chiang, and S. Chi, “Utilization of a dispersion-shifted fiber for
simultaneous measurement of distributed strain and temperature through Brillouin
frequency shift,” IEEE Photon. Technol. Lett., vol. 13, no. 10, pp. 1094–1096, 2001.
[19] S. Cho, J. Lee, and I. Kwon, “Strain event detection using a double-pulse technique
of a Brillouin scattering-based distributed optical fiber sensor,” Opt. Express, vol. 12,
no. 18, pp. 4339–4346, 2004.
[20] A. W. Brown, B. G. Colpitts, and K. Brown, “Dark-pulse Brillouin optical time-
domain sensor with 20-mm spatial resolution,” J. Lightwave Technol., vol. 25, no. 1,
pp. 381–386, 2007.
[21] W. Li, X. Bao, Y. Li, and L. Chen, “Differential pulse-width pair BOTDA for high
spatial resolution sensing,” Opt. Express, vol. 16, no. 26, pp. 21 616–21 625, 2008.
[22] T. Sperber, A. Eyal, M. Tur, and L. Thévenaz, “High spatial resolution distributed
sensing in optical fibers by Brillouin gain-profile tracing,” Opt. Express, vol. 18, no. 8,
pp. 8671–8679, 2010.

150
CONCLUSION GÉNÉRALE ET
PERSPECTIVES

Conclusion
Cette thèse a pour objectif d’étudier, de manières théorique et expérimentale, les
modes de résonance acoustique dans les fibres microstructurées (PCF).
Résumer les travaux entrepris depuis trois ans déjà n’est pas toujours aisé. Cela
est d’autant plus vrai que tous les aspects couverts dans le manuscrit, de la théorie à
l’expérimentation, concernent des domaines variés.
Dans ce manuscrit, nous avons présenté les fibres optiques microstructurées ainsi
que leurs principales propriétés en mettant l’accent sur les atouts qu’elles présentent par
rapport aux fibres optiques conventionnelles. La famille des fibres optiques microstructu-
rées utilisant le mécanisme de réflexion totale interne modifiée a retenu notre attention.
Nous avons proposé une méthode permettant de vérifier a priori le caractère monomodal
des fibres à cristaux photoniques en fonction de la longueur d’onde choisie. Après avoir
présenté les fibres qui ont été utilisées dans cette thèse, les techniques d’épissures ont été
passées en revue.
Une présentation des modes acoustiques dans les fibres optiques a été faite puis
nous avons exposé les méthodes de calcul de leurs fréquences dans une fibre optique stan-
dard. Sous certaines conditions respectées par les fibres microstructurées que nous avons
utilisées, les mêmes méthodes ont été utilisées pour prédire les fréquences des modes lon-
gitudinaux et torsio-radiaux dans les fibres microstructurées. En polarisation circulaire
de l’onde optique, parmi les modes acoustiques transverses, seuls les modes radiaux sont
excités. Grâce au montage en boucle non linéaire, nous avons observé les modes torsio-
radiaux dans une fibre photonique à gros cœur.

Toutefois, nos résultats ont confirmé la thèse selon laquelle les modes acoustiques
transverses diffusent l’onde optique incidente vers l’avant ("en forward"). Une des réponses
qu’apporte ce manuscrit est la difficulté à mesurer les modes acoustiques transverses en
rétrodiffusion. Il n’est pas possible, à ce jour, de réaliser des capteurs répartis à partir

151
CONCLUSION

de ces modes.

Nous avons ainsi consacré nos efforts à l’étude et à la mesure en réflectométrie des
modes Brillouin d’ordres supérieurs ainsi que des modes hybrides. L’utilisation de la fibre
à dispersion décalée (DSF) a été d’une importance capitale dans cette démarche. Des
modes Brillouin d’ordres supérieurs ont été identifiés et mesurés aussi bien dans la DSF
que dans les fibres microstructurées. Les mesures effectuées ont montré l’importance du
bon choix de la durée d’impulsion.

En utilisant la réflectométrie Brillouin dans le domaine temporel, nous avons me-


suré les spectrogrammes en intensité dans la DSF et des PCF. Ce qui nous a permis de
déceler les limites de cette technique en présence d’un spectre Brillouin contenant dif-
férentes fréquences. Grâce à l’utilisation d’une technique d’hétérodynage à deux diodes,
technique que nous avons développée, les modes Brillouin d’ordres supérieurs dans une
fibre à dispersion décalée (DSF), ont été mesurés avec précision. Cette identification a été
confirmée sur une fibre microstructurée de diamètre de cœur de 2 µm ouvrant ainsi la voie
à l’exploration des modes hybrides dans les fibres microstructurées.
Malgré ces résultats et en dépit des performances de la réflectométrie Brillouin, il
convient de souligner que cette dernière présente des faiblesses à l’instar de la forte puis-
sance crête nécessaire. En outre, tous les modes de résonance acoustique présents dans
la DSF n’avaient pas été correctement observés. C’est pour cette raison que l’analyse
Brillouin a été étudiée et nous avons mis au point (pour la première fois à notre connais-
sance) grâce à une technique de double modulation de phase, un BOTDA vectoriel avec
lequel les modes dans une fibre à diamètre variable ont été mesurés. Il a été constaté
que les fréquences des modes acoustiques diminuent avec l’augmentation du diamètre de
cœur avec un ordre grandeur d’environ 100 MHz/µm pour la PCF testée. Ce nouvel outil
présente une grande immunité au bruit de phase. L’accès au spectrogramme de phase
permet une analyse complémentaire dans les situations complexes où plusieurs modes de
résonance sont excités.
Les résultats obtenus sur les PCF encouragent à poursuivre sur cette lancée pour
mieux comprendre le lien entre leur structure transverse et les différents spectres mesurés.

Perspectives
De nombreuses pistes de recherche subsistent pour cette thématique. On peut :
– par une étude rigoureusement théorique, établir un modèle permettant de calculer
le spectre des modes acoustiques dans une PCF quelle que soit sa structure,
– essayer d’autres formes d’impulsions (triangulaires, gaussiennes, arbitraires...) afin
d’étudier la forme de l’impulsion lumineuse sur les spectres observés,

– essayer d’autres types de fibres photoniques en l’occurrence les fibres à bandes


interdites photoniques qui n’ont pas été investiguées dans ce travail,

– utiliser une photodiode à asservissement pour automatiser le réglage du modula-


teur électro-optique dont la dérive induit des erreurs sur les résultats,

152
CONCLUSION

– pour la suite, utiliser l’algorithme génétique qui permettra à partir des propriétés
voulues de la PCF de faire son design géométrique [1].

Bibliographie
[1] F. Poletti, V. Finazzi, T. M. Monro, N. G. R. Broderick, V. Tse, and D. J. Richardson,
“Inverse design and fabrication tolerances of ultraflattened dispersion holey fibers,” J.
Lightwave Technol., vol. 13, pp. 3728–3736, 2005.

153
LISTE DES PUBLICATIONS

Revue internationale avec comité de lecture

1. Michel Dossou, Denis Bacquet, and Pascal Szriftgiser, "Vector Brillouin optical
time-domain analyzer for high-order acoustic modes", Optics Letters (Optical So-
ciety of America - OSA), vol. 35, no. 22, pp. 3850-3852, 2010.

Conférence internationale avec actes et comités de lecture


2. M. Dossou, D. Bacquet, A. Goffin and P. Szriftgiser, "Observation of Cladding
Brillouin Scattering (CBS) modes using backscattering technique", Proc. Symposium
IEEE/LEOS Benelux Chapter, pp. 35-38, 2008.
3. M. Dossou, P. Szriftgiser and A. Goffin, "Theoretical study of Stimulated Brillouin
Scattering (SBS) in polymer optical fibres", Proc. Symposium IEEE/LEOS Benelux
Chapter, pp. 175-178, 2008.

Conférence nationale avec actes et comités de lecture


4. Michel Dossou, Denis Bacquet et Pascal Szriftgiser, "BOTDA vectoriel : une nou-
velle technique d’analyse Brillouin appliquée aux modes de gaine hybrides", Journées
Nationales d’Optique Guidée (JNOG), Besançon 2010.
5. Michel Dossou, Denis Bacquet et Pascal Szriftgiser, "Développement d’un nouvel
outil d’analyse Brillouin (BOTDA vectoriel)", Colloque commun de la division de
Physique Atomique et Moléculaire et Optique de la Société Française de Physique et
des Journées de Spectroscopie Moléculaire (PAMO JSM), Paris 2010.
6. M. Dossou, D. Bacquet, M. Le Parquier, P. Szriftgiser, "Réflectométrie Brillouin
basée sur les modes acoustiques guidés", Journées Nationales d’Optique Guidée
(JNOG), Lille 2009.

155
3850 OPTICS LETTERS / Vol. 35, No. 22 / November 15, 2010

Vector Brillouin optical time-domain analyzer


for high-order acoustic modes
Michel Dossou, Denis Bacquet, and Pascal Szriftgiser*
Laboratoire de Physique des Lasers Atomes et Molécules, UMR CNRS 8523,
Université Lille 1, 59655 Villeneuve d’Ascq Cedex, France
*Corresponding author: [Link]@univ‑[Link]
Received July 23, 2010; revised October 12, 2010; accepted October 20, 2010;
posted October 26, 2010 (Doc. ID 132207); published November 12, 2010
Thanks to a double-frequency phase modulation scheme, we report a vector Brillouin optical time-domain analyzer
(BOTDA). This BOTDA has a high immunity level to noise, and it features a phase spectrogram capability. It is well
suited for complex situations involving several acoustic resonances, such as high-order longitudinal modes. It has
notably been used to characterize a dispersion-shifted fiber, allowing us to report spectrograms with multiple acous-
tic resonances. A very high 57 dB dynamic range is also reported for 100-ns-long pulses simultaneously with a 16 cm
numerical resolution. © 2010 Optical Society of America
OCIS codes: 290.5900, 060.2370, 120.5050.

The Brillouin optical time-domain analyzer (BOTDA) is a ous operating mode with a vector network analyzer [8].
fundamental tool for distributed measurements in optical In the context of distributed sensing, phase modulation
fibers. It is a stimulated Brillouin scattering (SBS) pump– has been implemented: the intensity pulse of the pump is
probe technique in which the counterpropagating probe is replaced by a phase pulse for the purpose of spatial re-
frequency scanned through the Brillouin–Stokes line [1]. solution enhancement [9]. With a Brillouin optical time-
The pump is pulsed, and thanks to a probe intensity time of domain reflectometer, distributed measurements of the
flight, a distributed measurement of the Brillouin gain frequency shift of two peaks have been observed [10],
spectrum (BGS) is recovered. Because the probe detec- but no spectrogram was reported. The VBOTDA princi-
tion operates in a low-frequency range from dc to a few ple is summarized in Fig. 1. The emission of a low-noise
hundred megahertz, the difficulty of this method is to dis- ∼500 kHz FWHM [11] distributed-feedback (DFB) laser
criminate the SBS signal from other perturbations, such as diode is split to generate a pulsed pump and a continu-
the pump Rayleigh backscattered light and a wide variety ously modulated probe. The VBOTDA is very similar to a
of low-frequency noise. Of course the Rayleigh compo- standard BOTDA [12] except that the intensity modulator
nent might be filtered out with a Bragg grating or an that usually modulates the DFB in order to synthesize
interferometer, but these devices are temperature and vi- the probe is replaced by a phase modulator (PM).
bration sensitive and require a continuous monitoring. Be- Additionally, this PM is driven by two frequencies instead
sides, the light propagating in an optical fiber might induce
a significant backward and forward intensity and phase
noise in the ∼0–1 GHz range [2]. Because of its wide con-
tinuous spectral spread or nonperiodic distribution, this
noise cannot simply be removed with an optical filter,
especially if it is copropagating with the probe. On the
other hand, higher-order longitudinal acoustic modes are
of potential interest [3,4]. Contrary to the forward guided
acoustic wave Brillouin scattering in the 0–1 GHz range
[5], these backward modes are stimulated and could be
observed with a BOTDA. Their frequency is close to the
Stokes line, in the ∼9–12 GHz range for 1550 nm light.
If their absolute frequency is quite high, as they beat with
the other, they will also lead to low-frequency oscillations
determined by their frequency spacing, typically a few
hundred megahertz. These modes have been observed
in photonic crystal fibers [6]. As they partially probe
the cladding structure, their frequencies are dependent
on the geometric parameters of the fiber [7]. In the near Fig. 1. Upper inset, double-frequency phase modulation princi-
future, they could allow us to go beyond traditional tem- ple (F LO , local oscillator frequency; F S , scanned frequency). Side-
perature and longitudinal strain sensing. Applications bands are created at F BGS ¼ ðF S þ F LO Þ. When they enter the
such as distributed diameter deviation sensing or trans- BGS resonance, they are either amplified or depleted. Lower inset,
VBOTDA simplified representation (DFB, 1548 nm distributed-
verse strain sensing could be considered. feedback laser diode; EO, intensity electro-optic modulator;
In this Letter, we report a vector BOTDA (VBOTDA) EDFA1, ∼4 W peak output power; EDFA2, 1–10 mW cw; LNA,
that is insensitive to low-frequency noise, which results middle power low-noise amplifier stage 25 dB gain, ∼1 dB NF;
in a high dynamic range (DR). Let us mention that vector Circ, circulator; OSC, oscilloscope; BPF, 120 GHz bandpass
SBS measurements have been performed in the continu- optical filter; PC, polarization controller).
0146-9592/10/223850-03$15.00/0 © 2010 Optical Society of America
November 15, 2010 / Vol. 35, No. 22 / OPTICS LETTERS 3851

of a single one. The first of these frequencies, the local


oscillator (LO) is fixed at F LO ¼ 2 GHz. The second fre-
quency, F S , is scanned to reconstruct the distributed
BGS. The F S microwave power level is adjusted to mini-
mize the carrier at F ¼ 0. The LO power is set 10 dB be-
low this level to be seen as a small perturbation. The
probe spectrum is then compounded with sidebands at
F S , ðF S –F LO Þ, and F BGS ¼ ðF S þ F LO Þ. The main
interest of the phase modulation method is that no inten-
sity modulation at F LO is generated after the PM. Indeed,
there is, for instance, a beat note between the probe com-
ponents at F S and F S þ F LO , but this beat note is exactly
counterbalanced by the beat note between the F S and
F S − F LO components, which have an opposite phase.
However, if F S is tuned so that the sidebands F BGS en-
ter the BGS vicinity, the −F BGS sideband will be amplified
while the þF BGS sideband will be depleted. The delicate Fig. 2. (Color online) Intensity spectrogram of a DSF. Horizon-
phase modulation equilibrium is broken, which engen- tal axis, distance in meters. Vertical axis, F BGS (GHz), 1 MHz
ders an intensity beat note at the LO frequency. This sig- step. Although they are well below the main Stokes level (trace
nal can then be detected by the 5 GHz photodetector and labeled 1), higher-order modes are clearly visible (labels 2 to 4).
the high-speed oscilloscope (>4 GHz bandwidth). More- At 100 m, a 50 m section of fiber is heated to 50 °C.
over, we have numerically checked that the contribu-
tions of the amplified and depleted sidebands both is hardly visible on the intensity spectrogram, while it
coherently contribute to the signal. The point is now to clearly appears in the phase spectrogram. The traces
detect the amplitude of this F LO intensity modulation as a are also more regular. They are not subject to deep ampli-
time function to obtain the BGS distribution for a given tude variations as is the case for the intensity ones. This
F BGS . This procedure has many advantages. First, the stability could be exploited for precise maxima localiza-
useful signal is transferred to a high-frequency carrier tion. Besides, phase spectrograms could also be employed
(2 GHz), a spectrum area both free of the intense low- for phase noise analysis or temporal reconstruction appli-
frequency perturbations and far from the Stokes lines. cations. Figure 4(a) displays a direct comparison of cross
Second, in addition to the microwave power (propor- sections extracted from the two spectrograms at exactly
tional to the SBS optical intensity), the phase time of the same spatial location. To show all the VBOTDA poten-
flight of this wave might also be estimated to construct tial, Fig. 4(b) displays two similar cross sections obtained
a phase spectrogram. The demodulation procedure is as from the spectrograms of a standard single-mode fiber
follows. The 2 GHz signal logged with the oscilloscope is (SMF); the DR reaches 57 dB [13] (we have also measured
sliced into segments made of N FFT consecutive samples. 51 and 46 dB for 50 and 30 ns pulses, not shown Fig. 4).
Each segment has a 50% overlap with the previous one to With the SMF, we have performed acquisitions, down
optimize the resolution. After the application of a Black- to NR ¼ 2 cm [ðN FFT ¼ 8Þ]. An impressive 52 dB DR is
man window, the power and the relative phase at F LO of still observed. Checking that the VBOTDA behaves well
each segment are calculated with a fast Fourier trans- with centimeter-level NR is a first step toward a high
form. To ensure a stable and reproducible initial phase spatial resolution spectrometer, because the NR is an
reference, the LO generator, oscilloscope sampling
clock, and pulse generator are all phase locked to the
same 10 MHz clock reference. All the results presented
in this Letter have been averaged 64 times.
A 300 m section of dispersion-shifted fiber (DSF) has
been characterized. Because of its particular structure,
the DSF displays several longitudinal acoustic resonances
[2,10]. The experimentally observed intensity spectro-
gram is shown in Fig. 2. The pump pulse duration is
100 ns, i.e., a 10 m spatial resolution. With N FFT ¼ 64
and a 20 gigasamples/s oscilloscope sampling rate, the nu-
merical resolution (NR) corresponds to 16 cm—a good
compromise between the DR and the spectrogram render-
ing. In addition to the standard Stokes wave (labeled 1),
three higher-order modes are visible. At around 100 m,
a 50 m section of the fiber has been heated to 50 °C. A fre-
quency step is clearly visible, which demonstrates that the
VBOTDA is suitable for standard temperature sensing. Fig. 3. (Color online) Experimental phase spectrogram of
For the main Stokes line, the temperature shift is multiple acoustic resonances. In addition to the main Stokes
0:88  0:05 MHz=°C—a standard value. The phase spec- lines around 10:52 GHz, three higher-order longitudinal modes
trogram is shown Fig. 3. It gives a different data insight. are also well resolved. Horizontal axis, distance in meters.
For instance, the highest resonance around 11:15 GHz Vertical axis, frequency (GHz).
3852 OPTICS LETTERS / Vol. 35, No. 22 / November 15, 2010

edge, in Brillouin reflectometry. Finally, the VBOTDA


seems to be a promising tool notably for the study of
high-order acoustic modes in photonic crystal fibers with
potential applications in structural characterization.
The authors acknowledge Arnaud Mussot and
Stéphane Randoux for helpful discussions. This work
was supported by the Ministry of Higher Education and
Research, the Nord-Pas de Calais Regional Council, and
Fonds Européen de Développement Régional through
the Contrat de Projets Etat Region 2007-2013.
References and Notes
1. T. Horiguchi and M. Tateda, Opt. Lett. 14, 408 (1989).
2. M. Horowitz, A. R. Chraplyvy, R. W. Tkach, and J. L.
Zyskind, IEEE Photon. Technol. Lett. 9, 124 (1997).
3. N. Shibata, K. Okamoto, and Y. Azuma, J. Opt. Soc. Am. B 6,
Fig. 4. (Color online) (a) Cross sections at the same spatial 1167 (1989).
location (∼20 m) of the Figs. 2 and 3 spectrograms. The phase 4. W. Zou, Z. He, M. Kishi, and K. Hotate, Opt. Lett. 32, 600
(red solid curve) undergoes a π jump when crossing the main (2007).
Stokes line. (b) The same for the two spectrograms of an SMF 5. J. Beugnot, T. Sylvestre, H. Maillotte, G. Mélin, and V.
fiber. Laude, Opt. Lett. 32, 17 (2007).
6. L. Zou, X. Bao, and L. Chen, Opt. Lett. 28, 2022 (2003).
ultimate limit for this apparatus. However, let us be re- 7. P. Dainese, P. St.J. Russell, N. Joly, J. C. Knight, G. S.
minded that presently, the VBOTDA resolution is still lim- Wiederhecker, H. L. Fragnito, V. Laude, and A. Khelif,
ited by the pulse duration or by the acoustic phonon Nat. Phys. 2, 388 (2006).
lifetime. This is a well-known BOTDA limitation, and sev- 8. A. Loayssa, R. Hernández, D. Benito, and S. Galech, Opt.
eral strategies to overcome it have been successfully de- Lett. 29, 638 (2004).
veloped. They include the double-pulse [14], dark-pulse 9. S. Foaleng-Mafang, J.-C. Beugnot, and L. Thévenaz, Proc.
SPIE 7503, 75032C (2009).
[15], differential pulse-width pair [16], and gain profile 10. C. C. Lee, P. W. Chiang, and S. Chi, IEEE Photon. Technol.
tracing [17] methods. As the VBOTDA transfers the BGS Lett. 13, 1094 (2001).
information to a high-frequency carrier, it is likely that 11. F. Mihélic, D. Bacquet, J. Zemmouri, and P. Szriftgiser, Opt.
most of these methods might be adapted to the VBOTDA. Lett. 35, 432 (2010).
This would allow all the VBOTDA features with a centi- 12. S. Diaz, S. Foaleng Mafang, M. Lopez-Amo, and L. Thévenaz,
meter level resolution, limited by the NR. IEEE Sens. J. 8, 1268 (2008).
In summary, we have proposed and demonstrated a 13. Because of PM to AM conversion, we estimate that for our
vector BOTDA scheme. No critical optical filtering is re- parameters and an SMF with a 16 ps=nm=km dispersion,
quired. The only optical filter component that has been the 57 dB DR would probably be limited for fibers above
used is a broad stable 120 GHz bandpass filter to reject 2 or 3 km. For a longer fiber, one should reduce F LO .
14. S. Cho, J. Lee, and I. Kwon, Opt. Express 12, 4339 (2004).
the erbium-doped fiber amplifier amplified spontaneous 15. A. Brown, B. Colpitts, and K. Brown, J. Lightwave Technol.
emission. Nevertheless, the VBOTDA is insensitive to 25, 381 (2007).
low-frequency noise with up to 57 dB DR. This allowed 16. W. Li, X. Bao, Y. Li, and L. Chen, Opt. Express 16, 21616
us to report an intensity spectrogram with multiple long- (2008).
itudinal acoustic modes. A phase spectrogram has also 17. T. Sperber, A. Eyal, M. Tur, and L. Thévenaz, Opt. Express
been reported, for the first time to the best of our knowl- 18, 8671 (2010).
ABRÉVIATION : BIBLIOGRAPHIE

Abréviation Signification

Ann. Phys. Annales de Physique


Ann. Physik. Annalen Der Physik
Appl. Opt. Applied Optics
Appl. Phys. Lett. Applied Physics Letters
Bell Syst. Tech. J. Bell System Technical Journal
ECOC European Conference on Optical
Communication
Electron. Commun. Electronic Communications
Electron. Lett. Electronics Letters
Eur. Phys. J. D European Physical Journal D
IEE Proc. IEE Proceedings
IEEE J. Electr. Power App. IEEE Journal of Electric Power Applications
IEEE J. Quant. Electron. IEEE Journal of Quantum Electronics
IEEE Photon. Technol. Lett. IEEE Photonics Technology Letters
IEEE Trans. Microwave Theory IEEE Transactions on Microwave Theory
and Tech. and Techniques
IEICE Trans. Commun. IEICE Transactions on Communications
IEICE Trans. Electron. IEICE Transactions on Electronics
J. Acoust. Soc. Am. Journal of the Acoustical Society of America
J. Appl. Phys. Journal of Applied Physics
J. Appl. Mech. Journal of Applied Mechanics
J. Europ. Opt. Soc. Rap. Public. Journal of the European Optical Society :
Rapid publications
J. Lightwave Technol. Journal of Lightwave Technology
J. of Phys. Journal of Physics
J. Opt. Commun. Journal of Optical Communications
J. Opt. Soc. Am. Journal of Optical Society of America
J. Opt. Soc. Am. A Journal of the Optical Society of America A
J. Opt. Soc. Am. B Journal of the Optical Society of America B

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Liste des revues

J. Phys. E Journal of Physics E


J. Am. Ceram. Soc. Journal of the American Ceramic
Society
J. Reine Angew. Math. Journal für die Reine und Angewandte
Mathematik
J. R. Soc. Interface Journal of The Royal Society Interface
Mat. Sci. and Engineering Materials Science and Engineering
Meas. Sci. Technol. Measurement Science and Technology
Nature Photon. Nature Photonics
Opt. Commun. Optics Communications
Opt. Express Optics Express
Opt. Laser Technol. Optics and Laser Technology
Opt. Lett. Optics Letters
Opt. Fiber Sensors Optical Fiber Sensors
Opt. Rev. Optical Review
Phil. Trans. Roy. Soc. Lond. Philosophical Transactions of The Royal
Society of London
Phil. Trans. R. Soc. B Philosophical Transactions of The Royal
Society B
Phys. Rev. Physical Review
Phys. Rev. B Physical Review B
Phys. Rev. Lett. Physical Review Letters
Proc. Amer. Ceramic Soc. Proceedings of the American Ceramic
Society
Proc. Conf Lasers and Electro-Opt. Proceedings of the Conference on Lasers
and Electro-Optics
Proc. 10th Euro. Conf. Opt. Commun. Proceedings of the 10th European
Conference on Optics Communications
Sov. Lightwave Commun. Sovietic Lightwave Communications
Tech. Dig. Int. Quantum Electron. Conf. Technical Digest on International
Quantum Electronics Conference
Tech. Dig. Ser. Technical Digest Series
Tech. Dig. Symp. Opt. Fiber Meas. Technical Digest - Symposium on Optical
Fiber Measurements
Trans. Camb. Phil. Soc. Transactions of the Cambridge
Philosophical Society on Mathematics

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