La Prise de Décision Pour L'évaluation Du Risque Hémorragique Durant La Période Préopératoire
La Prise de Décision Pour L'évaluation Du Risque Hémorragique Durant La Période Préopératoire
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THÈSE
DOCTEUR EN MÉDECINE
PAR
Mélanie STUTZ
THÈSE
DOCTEUR EN MÉDECINE
PAR
Mélanie STUTZ
DIRECTION
DEPARTEMENT MEDECINE
Directeur des Études Professeur Guillaume BESCH
Assesseur 1er cycle Professeur Quentin LEPILLER
Assesseur 2ème cycle Professeur Yann CHAUSSY
Assesseur 3ème cycle Docteure (MCU) Elisabeth DE BUSTOS-MEDEIROS
Coordonnateur Pédagogique - Chirurgie Professeur Zaher LAKKIS
Coordonnateur Pédagogiques - Médecine Générale Professeur (PAST) Benoît DINET
DEPARTEMENT PHARMACIE
Doyen Pharmacie Professeur Lhassane ISMAILI
Directrice des Études Docteure (MCU) Céline BOUVIER-SLEKOVEC
Coordonnateurs Pédagogiques 3ème cycle Professeur Samuel LIMAT
Professeure Virginie NERICH
DEPARTEMENT MAIEUTIQUE
Directrice Département Madame Marilia GIRAULT (Sage-Femme)
DEPARTEMENT ODONTOLOGIE
Doyen Odontologie Professeur (PAST) Edouard EUVRARD
Docteure (MCU) Dina IANDOLO
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RELATION AVEC L'UNIVERSITE Professeure Virginie WESTELL
CHARGES DE MISSION
Coordonnatrice - Relations Humaines de l'UFR Professeure (Émérite) Sylvie NEZELOF
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MEDECINE
PROFESSEURS DES UNIVERSITES-PRATICIENS HOSPITALIERS
PROFESSEURS EMERITES
ENSEIGNANTS ASSOCIES
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PHARMACIE
PROFESSEURS DES UNIVERSITES-PRATICIENS HOSPITALIERS
PROFESSEURS EMERITES
ENSEIGNANTS ASSOCIES
PHARMACIE SCIENCES DU MEDICAMENT (PAST) Monsieur Lionel PAZART
PHARMACIE CLINIQUE-OFFICINE (PAST) Madame Anne-Charlotte GRILLON
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ODONTOLOGIE
ENSEIGNANTS ASSOCIES
CHIRURGIRE ORALE, PARADONTOLOGIE, BIOLOGIE ORALE Madame Chérine ABDEL MALAK
(Professeure Associée)
PROFESSIONS DE SANTE
MCF SCIENCES INFIRMIERES Madame Aline CHASSAGNE
MCF ASSOCIE SCIENCES INFIRMIERES Madame Virginie HURTARD
MCF ASSOCIE SCIENCES INFIRMIERES Monsieur Jean MAILLET CONTOZ
MCF SCIENCES DE LA REEDUCATION ET DE READAPTATION - Monsieur Alexandre KUBICKI
KINESITHERAPIE
MCF SCIENCES DE LA REEDUCATION ET DE READAPTATION - Monsieur Yoshimasa SAGAWA
KINESITHERAPIE
AUTRES ENSEIGNANTS
PROFESSEURE AGREGEE ANGLAIS Madame Vanessa MARTIN
PROFESSEUR CERTIFIE ANGLAIS Monsieur Charles Dale SANTANA
PROFESSEUR CERTIFIE ANGLAIS Monsieur Gulcin KABAKCI
PROFESSEUR CERTIFIE ANGLAIS Monsieur Keith BRAND
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Remerciements
A Monsieur le Docteur David Ferreira, la réalisation de cette thèse n’aurait pas été possible
sans ton encadrement de qualité. Ton exigence, tes conseils, ta confiance mais surtout ta
disponibilité ont été déterminants pour la réalisation de ce travail. Merci pour ta patience et
ta réactivité, je t’exprime mes remerciements les plus sincères.
A Monsieur le Professeur Guillaume Besch, vous me faites l’honneur d’avoir accepté de siéger
au sein de ce jury. Je vous remercie pour votre accompagnement précieux durant mon
internat et pour votre investissement au sein du DAR. Veuillez trouver ici l’expression de ma
profonde reconnaissance.
A Monsieur le Professeur Emmanuel Samain, merci d’avoir accepté de faire partie de ce jury,
c’est un honneur. Je tiens à vous exprimer ma sincère reconnaissance pour l’enseignement et
les valeurs transmises avec patience et bienveillance. Je vous adresse toute ma gratitude.
A Madame la Docteure Alexandra Fournel, votre présence dans ce jury est un véritable
honneur pour moi. Je vous remercie pour l’attention que pour porterez à ce travail à travers
votre œil expert. Veuillez trouver ici mes remerciements les plus sincères.
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A ma famille :
A mes parents, je n’en serais pas là sans vous, merci pour la vie que m’avez offerte, merci de
m’avoir transmis le goût du sport. Merci d’avoir toujours subvenu à mes besoins et pour votre
soutien tout au long de ces années. J’espère vous rendre fiers.
A Marine, merci pour toutes les soirées, le voyage à Amsterdam et tous les concerts. Tout cela
m’a bien permis de me vider la tête quand c’était nécessaire. Vivement les prochains !
A Nico, merci de m’avoir initiée à ce sport incroyable qu’est le vélo. Merci de m’avoir
accompagnée sur mes premiers cols alpins et pour toutes les sorties partagées ensemble.
J’espère qu’on en partagera encore plein et avec Matou !
A Anna, il me tarde de te voir grandir, j’espère que tu garderas ta joie de vivre le plus
longtemps possible.
A Dimitri, je suis contente de t’avoir comme beau-frère, merci de rendre ma sœur heureuse.
On peut toujours compter sur toi pour passer une bonne soirée, une en particulier me restera
longtemps en tête…
A Christian et Agnès, merci pour votre accueil toujours si chaleureux et votre soutien tout au
long de ce parcours.
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A Basile et Enola, merci de me faire rire avec vos blagues et d’être toujours motivés pour les
randonnées. J’espère partager avec vous et vous faire découvrir encore plein de choses !
A Katia, je suis toujours contente de te voir même si les occasions sont trop rares. Merci d’être
là depuis toutes ces années.
A Benoît et Ginette, merci pour votre présence aujourd’hui, elle me fait énormément plaisir.
A mes ami(e)s :
A Morgane, merci d’être là depuis le début. Je suis si heureuse d’avoir partagé toutes ces
années avec toi, tant de souvenirs que j’espère ne jamais oublier. Je suis si fière de ce que tu
es devenue et de te voir épanouie dans ta petite famille.
A Alizé, du premier burger partagé au café Leffe à la côte basque, en passant par le Portugal
et par Six-Fours, merci pour tous ces moments incroyables. J’espère bientôt venir vous voir ta
mer et toi.
A Charlène, Léa, Jeanne et Nathan, même si la distance nous sépare je pense toujours à vous.
A mes co-internes :
A Robin, mon binôme de Pontus, une de mes plus belles rencontres de cet internat. Je t’ai
tellement vu évoluer toutes ces années, je suis si heureuse de te voir épanoui comme tu l’es
aujourd’hui. Merci pour tous ces souvenirs, les soirées KL, les sorties trail, les premières sorties
ski de fond et les chutes qui vont avec… J’espère que notre amitié durera longtemps.
A Cassandre, tu es une femme incroyable, merci pour ton amitié, merci d’être toujours à
l’écoute et pour ton énergie débordante.
A Alice, la queen de la course à pied, je suis heureuse de t’avoir comme amie. Peut-être que
tu doutes de toi mais moi tu m’impressionnes dans tout ce que tu fais.
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A Jules, pour tous ces semestres partagés, tu as beau beaucoup râler ce fut tout de même un
plaisir.
A Wael, mon mentor, merci de m’avoir acceptée comme padawan, tu m’as beaucoup appris
toutes ces années.
A ma promo, Rahma pour ta douceur et ton si beau sourire, Clara pour tes éclats de rire qui
te font rayonner, Alban pour ta détente à toute épreuve, Léa pour ces quelques mois partagés,
Magalie la force tranquille, Gwendan pour être la personne la moins prise de tête que je
connaisse, Jacques pour avoir partagé ces dernières semaines de galère, Raph le plus MAR
des MIR.
A tous les autres, Alex et Camille pour cet été au bloc d’urg, Zoé pour ta gentillesse, Clément
pour les conversations vélo, Lucas le meilleur représentant du DAR, Rodolphe, Clarissou et
Emilie les ultra-traileurs, Grégoire, Thomas, Coline, Alicia, Marion et tous les autres copains
du DAR.
A Raphaëlle pour ton écoute et tes conseils, Fethi, Manon, Flo N., Flo A., Matthieu P., Julien,
Jérôme, Geoffrey pour m’avoir appris deux ou trois trucs.
A l’équipe de réa chir, Rodolphe, Coline, Jules, Clarisse, Emma, Ninon, Isma, Sam, Paul,
Clément, Margaux, je ne pouvais pas espérer une meilleure team pour ces derniers mois.
Merci aux copains de réa med, Christelle, Perrine, Anaïs, Rodolphe, Christophe, Jules, Wael,
Raph, Elise pour ce semestre incroyable.
A Jordan, Julian, Clément, Imrane, Raph, Aysegul, Clément pour les covoit et cet été en réa à
Vesoul.
A Patou, Sophie et Valérie travailler avec vous a toujours été un plaisir, j’espère toujours faire
une randonnée avec vous !
Merci aux équipes médicales et paramédicales de la réa med, réa chir et réa Vesoul.
Merci à l’équipe du bloc de Pontus, ce semestre chez vous a été l’un des meilleurs de mon
internat. Merci en particulier à Simon, Isa, Elo et Justine vous m’avez beaucoup appris, merci
aussi à Elo et Fiona pour avoir pris soin de moi.
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A PB, mon amour, merci pour ton soutien sans faille. Merci pour tes mots, ta confiance, tes
câlins qui me rassurent à chaque fois. La vie est plus belle avec toi, j’ai hâte de la suite à tes
côtés. Je t’aime si fort.
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SERMENT D'HIPPOCRATE
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Table des matières
LISTE DES ENSEIGNANTS ................................................................................................................. 7
REMERCIEMENTS .......................................................................................................................... 15
SERMENT D'HIPPOCRATE .............................................................................................................. 23
TABLE DES MATIERES .................................................................................................................... 25
LISTE DES ABREVIATIONS .............................................................................................................. 27
I. INTRODUCTION .................................................................................................................... 29
OBJECTIF DE LA RECHERCHE .................................................................................................................... 32
II. MATERIELS ET METHODES .................................................................................................... 33
DESIGN DE L’ETUDE ............................................................................................................................... 33
RECRUTEMENT DES PARTICIPANTS............................................................................................................ 33
DEROULEMENT DE L’ENTRETIEN .............................................................................................................. 34
ENREGISTREMENT, RETRANSCRIPTION ET ANALYSE DES ENTRETIENS ............................................................... 35
ÉTHIQUE ............................................................................................................................................. 35
III. RESULTATS ........................................................................................................................... 36
I. FACTEURS INTERNES A L’INDIVIDU ................................................................................................... 39
1.1. Connaissances ................................................................................................................. 39
1.2. Un repérage des interventions risquées ......................................................................... 42
1.3. Une construction progressive du raisonnement clinique ............................................... 43
1.4. Une prise de décision en lien avec la gestion de l’incertitude ........................................ 45
1.5. L’appui de l’expérience clinique...................................................................................... 49
1.6. Motivations et besoins.................................................................................................... 52
2. FACTEURS LIES A L’ENVIRONNEMENT ET A L’ORGANISATION ................................................................. 54
2.1. Contexte social ................................................................................................................ 54
2.2. Culture institutionnelle ................................................................................................... 58
2.3. Contraintes temporelles ................................................................................................. 59
2.4. Ressources disponibles ................................................................................................... 60
2.5. Environnement physique et organisationnel .................................................................. 62
2.6. Lieu d’exercice ................................................................................................................ 63
3. FACTEURS LIES A LA NATURE DE LA DECISION ..................................................................................... 64
3.1. Degré d’incertitude ......................................................................................................... 64
3.2. Risques associés .............................................................................................................. 65
3.3. Objectifs à atteindre ....................................................................................................... 66
3.4. Regard critique sur les pratiques .................................................................................... 67
IV. DISCUSSION .......................................................................................................................... 70
FORCES ET LIMITES DE L’ETUDE ................................................................................................................ 74
PERSPECTIVES ...................................................................................................................................... 76
V. CONCLUSION ....................................................................................................................... 77
VI. ANNEXES ............................................................................................................................. 78
VII. BIBLIOGRAPHIE .................................................................................................................... 84
VIII. IMPRIMATUR DU DIRECTEUR DE L’UFR ................................................................................ 87
IX. RESUME ................................................................................................................................ 90
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Liste des abréviations
• AH — Assistant Hospitalier.
• AINS — Anti-inflammatoires non stéroïdiens.
• AL — Anesthésie locale.
• ALR — Anesthésie loco-régionale.
• ASA — (Score/Statut) American Society of Anesthesiologists.
• CH — Centre Hospitalier.
• CHU — Centre Hospitalo-Universitaire.
• DJ — Docteur junior.
• DRCI — Délégation à la Recherche Clinique et à l’Innovation
• HEMSTOP — Score clinique d’évaluation du risque hémorragique.
• HPPI — Hémorragie du post-partum immédiate.
• NICE — National Institute for Health and Care Excellence.
• PFA-100 — Platelet Function Analyzer-100 (analyseur de fonction plaquettaire).
• PH — Praticien Hospitalier.
• RAI — Recherche d’agglutinines irrégulières.
• RFE — Recommandations formalisées d’experts.
• SFAR — Société Française d’Anesthésie et de Réanimation.
• TCA — Temps de céphaline avec activateur.
• TP — Taux de prothrombine.
• VPA — Visite préanesthésique.
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I. Introduction
La consultation d’anesthésie est encadrée par le décret du 5 décembre 1994. Cette
consultation contribue à l’évaluation pré anesthésique de l’état du patient et doit être réalisée
plusieurs jours avant l’intervention. A l’issue de cette consultation l’anesthésiste peut décider
de prescrire ou non des examens complémentaires et d’éventuelles consultations spécialisées
permettant une évaluation des risques péri opératoires.
L’hémorragie péri-interventionnelle constitue un de ces risques et est associée de manière
significative à une augmentation de la morbi-mortalité postopératoire. Ainsi, l’évaluation
préopératoire du risque hémorragique est une étape indispensable lors de la consultation
d’anesthésie afin d’élaborer des stratégies de prévention pour réduire ce risque. La présence
de facteurs de risque liés au patient l’expose à un surrisque hémorragique. Ces facteurs de
risque sont en lien avec des troubles de l’hémostase et sont peu fréquents dans la population
générale. (1).
On distingue les troubles congénitaux de l’hémostase des troubles acquis de l’hémostase. Les
troubles congénitaux ont une prévalence faible de 1/40 000 chez les patients
asymptomatiques. Le trouble congénital de l’hémostase le plus fréquent est la maladie de
Willebrand avec une prévalence de 1/100, suivie des hémophilies A et B avec des prévalences
respectives de 1/5 000 et 1/25 000 puis des thrombopathies et thrombopénies
constitutionnelles avec une prévalence de l’ordre de 1/30 000 (1). Les troubles acquis de
l’hémostase sont plus fréquents, 2% à 5%, et sont surtout liés à une prise médicamenteuse
comme les anticoagulants oraux ou les antiagrégants plaquettaires.
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sensibilité et une bonne spécificité, cependant ce score n’est pas encore validé pour le
dépistage du risque hémorragique en préopératoire.
La prescription d’un bilan biologique d’hémostase standard est un autre moyen d’évaluer le
risque hémorragique (3). Les tests d’hémostase standards sont représentés par le taux de
prothrombine (TP) et le temps de céphaline avec activateur (TCA). Le TP explore la voie
exogène et les facteurs communs de la cascade de coagulation. Le TCA explore la voie
endogène et les facteurs communs de la cascade de coagulation.
Les tests d’hémostase standards ont néanmoins plusieurs limites. En effet, leur performance
diagnostique est faible avec une faible sensibilité et une faible spécificité aboutissant à des
risques de faux positifs et faux négatifs (4). De plus, la corrélation entre les anomalies du bilan
d’hémostase et les saignements périopératoires est faible (5).
Les recommandations en vigueur sur la prescription des examens pré-interventionnel sont les
recommandations formalisées d’expert de la SFAR de 2012 (5).
Concernant le bilan standard d’hémostase, ces recommandations précisent bien qu’il ne faut
pas prescrire de façon systématique un bilan d’hémostase s’il n’y pas de suspicion de trouble
de l’hémostase, quel que soit le grade ASA, le type d’intervention, le type d’anesthésie et quel
que soit l’âge (sauf pour les enfants qui n’ont pas acquis la marche).
Plusieurs études montrent que les recommandations sur la prescription des examens pré-
interventionnel sont peu suivies, et ce depuis de nombreuses années (6–10).
En effet, déjà en 1985 Kaplan et al. (6) ont montré dans une étude prospective portant sur des
patients de chirurgie programmée que sur 2785 bilans sanguins préopératoires de routine
étudiés, 60% de ces tests n’auraient pas été effectués s’ils l’avaient été uniquement pour des
indications reconnues.
Plus récemment, l’équipe française de Beloeil et al. ont évalué l’adhérence aux
recommandations sur la prescription des examens pré-interventionnels de la SFAR (7). Pour
cela, ils ont analysé le taux de bilan de coagulation standard et de détermination du groupe
sanguin prescrits en préopératoire dans une large cohorte nationale de patients programmés
pour des interventions chirurgicales pour lesquelles les bilans préopératoires ne sont
généralement pas recommandés.
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Dans cette cohorte de plus de 1 500 000 patients, le taux de prescription de ces deux bilans
préopératoires était élevé avec une prescription chez 32 à 49% des patients.
De plus, il a été montré que les bilans réalisés en préopératoires étaient souvent normaux et
qu’ils ont un faible impact thérapeutique avec peu de modification de la prise en charge en
cas d’anomalie (6,11–13).
Perez et al. ont mis en valeur que chez 3131 patients de grade ASA 1 et 2 ayant une indication
de bilan préopératoire seuls 27% des résultats étaient anormaux dont 15% non suspecté à la
consultation. Ces résultats anormaux ont mené à une modification de la prise en charge pour
seulement moins de 2% des patients (14).
Dans une autre étude, les auteurs se sont intéressés à l’impact d’un résultat anormal sur la
prise en charge de patients programmés pour une cure de hernie inguinale (9). Malgré un
résultat anormal chez 61,6% des 7209 patients qui ont été testés le jour même de la chirurgie,
celle-ci a tout de même été réalisée.
De même, il n’a pas été montré que les bilans préopératoires permettent de diminuer la
morbi-mortalité.
Dans un essai randomisé et contrôlé, Schein et al. ont montré que sur 20 000 chirurgies de la
cataracte le taux de complication intra et post-opératoire était identique que les patients aient
eu un bilan préopératoire ou non (15).
De nombreux bilans préopératoires sont ainsi fréquemment prescrits pour des patients en
bonne santé sans aucune indication clinique et dont les résultats sont rarement responsables
d’une modification de la prise en charge anesthésique ou chirurgicale. Il existe donc une
difficulté à inscrire les recommandations de la SFAR dans les pratiques cliniques.
Quelques études se sont intéressées aux raisons du non-suivi des recommandations sur la
prescription des bilans préopératoires par les chirurgiens et les anesthésistes.
Patey et al. ont mené des entretiens semi-structurés avec des anesthésistes et des chirurgiens
pour identifier les croyances sur les pratiques de prescription de bilans préopératoires de
routine pour des patients en bonne santé (16). Pour les 16 participants de cette étude, dont 5
chirurgiens et 11 anesthésistes, les principales convictions mises en évidence sont : un
manque de clarté sur qui est responsable de la prescription de ces bilans, l’incapacité à annuler
des bilans prescrits par un collègue, la réalisation du bilan avant que l’anesthésiste ait vu le
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patient et la croyance qu’un collègue aimerait qu’un bilan soit réalisé. Cependant dans cette
étude, le bilan préopératoire était uniquement représenté par la radiographie pulmonaire et
l’électrocardiogramme.
D’autres études dont plusieurs de méthodologie qualitative (17–21) ont identifié des facteurs
pouvant expliquer la persistance de la prescription de ces bilans de dépistage malgré des
recommandations contraires. La plupart de ces études ont été réalisées sur des anesthésistes,
des chirurgiens et des infirmiers et ont mis en évidence des facteurs communs comme la peur
de passer à côté d’une anomalie non détectée à l’interrogatoire et l’examen clinique, l’inertie
de la pratique, les inquiétudes médico-légales, l’inquiétude que la chirurgie soit reportée ou
annulée si le bilan n’est pas réalisé et la croyance que d’autres collègues veulent que le bilan
soit réalisé.
En revanche, peu d’études se sont intéressées spécifiquement aux motivations de la
prescription par les anesthésistes des bilans d’hémostase en préopératoire.
L’objectif de cette étude était donc de comprendre pourquoi les recommandations ne sont
pas appliquées en analysant les mécanismes de la prise de décision des anesthésistes de
différents hôpitaux de la région sur la prescription des bilans d’hémostase en préopératoire.
Objectif de la recherche
1. Objectif principal
2. Objectifs secondaires
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II. Matériels et méthodes
1. Design de l’étude
La méthode choisie pour cette étude est une approche qualitative par la réalisation
d’entretiens semi-dirigés. L'entretien semi-dirigé suit une trame de questions préétablie au
regard de grandes thématiques identifiées par l’analyse de la littérature et l’expérience
clinique du chercheur.
Cette méthode offre une forme de souplesse et laisse au participant la possibilité d’une
expression relativement libre. Ainsi, selon les réponses du participant il est possible de
s’écarter de la trame. Cette souplesse permet d’explorer des sujets inattendus ou émergents
en fonction des réponses, tout en conservant une structure minimale pour rester dans le
thème principal.
Ce type d'entretien encourage les participants à s’exprimer librement et à fournir des détails
sur leurs expériences ou opinions.
L’intervieweur peut adapter la formulation des questions en temps réel, clarifier des points et
demander des exemples concrets si nécessaire. Cela permet de mieux comprendre le point de
vue et l’expérience du participant et de s’assurer que le sens de ses réponses est bien saisi.
Nous avons appliqué les directives COREQ (COnsolidated criteria for REporting Qualitative
research) permettant ainsi de solidifier les résultats de notre étude.
Les participants éligibles ont été identifiés grâce à une collaboration entre le directeur de
thèse et l’investigatrice.
Le recrutement des participant a eu lieu dans un Centre Hospitalier Universitaire, deux Centres
Hospitaliers et une Clinique privée.
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l’investigatrice et de préciser les conditions de l’entretien. Nous leur avons rappelé la garantie
de leur anonymat et les modalités d’enregistrement audio. Un délai de réflexion leur a été
garanti, ainsi que la possibilité de sortir de l’étude à tout moment.
Une hétérogénéité de l’échantillon a été recherchée en variant les critères socio-
démographiques tels que le sexe, l’âge, le lieu, le mode et la durée d’exercice afin d’enrichir
l’analyse des pratiques.
Critères d’inclusion
- Médecin anesthésiste-réanimateur thèsé réalisant des consultations préopératoires
- Appartenant à une structure publique ou privée
- Volontaire
Critère d’exclusion
- Refus d’enregistrement par un dictaphone
3. Déroulement de l’entretien
L’investigatrice s’est appuyée sur un guide d’entretien pour mener les entretiens semi-
dirigés. Celui-ci a été réalisé par l’investigatrice et relu par les encadrants. Le guide d’entretien
était révisable tout au long de l’étude en fonction des réponses apportées par les participants.
Les grands thèmes abordés dans le guide d’entretien sont : l’évaluation du risque
hémorragique, les recommandations, l’environnement, la personnalité du praticien et les
pratiques futures.
Les entretiens ont été retranscrits et analysés directement après leur réalisation.
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4. Enregistrement, retranscription et analyse des entretiens
Les entretiens ont été réalisés par la porteuse du projet Mélanie Stutz, ont eu lieu en tête
à tête afin de créer un lien de confiance et de permettre l’expression plus aisée du vécu du
praticien et ont duré entre 30 minutes et 1 heure.
L’enregistrement de l’entretien a été effectué par l’application dictaphone d’un smartphone
ainsi que par la fonction « Dicter » du logiciel Word ®.
L’interprétation et l’analyse des données a été réalisée avec les encadrants du travail, à partir
des codages descriptifs produits par la porteuse du projet, permettant une triangulation de
l’analyse.
Les entretiens ont été réalisés jusqu’à atteindre la saturation des données signifiant donc
qu’aucune nouvelle catégorie n’émergeait lors de l’analyse.
5. Éthique
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III. Résultats
Au total 11 entretiens semi-dirigés ont été réalisés. Les entretiens se sont déroulés entre avril
2025 et juin 2025.
Le tableau 1 résume les différentes caractéristiques des participants.
Sur les onze participants, il y avait six femmes et cinq hommes. Leur âge variait de 32 à 64 ans,
avec un âge médian de 41 ans (intervalle interquartile 36 – 44 ans).
Sur les 4 lieux de recrutement, la majorité des participants exerçait dans un Centre Hospitalo-
Universitaire (n=8), deux participants exerçaient au sein de deux Centres Hospitaliers
périphériques et un participant exerçait en Clinique.
Tous les entretiens semi-dirigés ont été réalisés en présentiel. La durée des entretiens oscillait
entre 27 et 48 minutes, avec une durée médiane de 37 minutes (intervalle interquartile 30 -
45 min).
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Tableau 2 : Caractéristiques des participants
1-1 H 32 CHU 1 DJ 40
1-2 H 33 CHU 2 AH 45
1-3 F 34 CHU 7 PH 30
1-4 H 64 CHU 34 PU-PH 45
1-5 F 55 CHU 25 PH 48
1-6 F 41 CHU 11 PH 30
1-7 F 48 CHU 18 PH 34
1-8 F 44 CHU 13 PH 30
2-1 H 43 CH 12 PH 37
2-2 F 36 CH 6 PH 30
2-3 H 39 Clinique 10 PH 27
AH : Assistant des Hôpitaux ; CHU : Centre Hospitalo-Universitaire ; CH : Centre Hospitalier ; DJ : Docteur Junior ; F :
Femme ; H : Homme ; PH : Praticien Hospitalier ; PU-PH : Professeur Universitaire – Praticien Hospitalier
Les résultats ont été présentés sous forme de grands thèmes avec les catégories et
sous-catégories rentrant dans chaque thème. Des citations ont été retranscrites afin d’illustrer
les données.
Un schéma explicatif est également disponible afin d’avoir une représentation visuelle.
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Figure 1 : Schéma explicatif des résultats
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I. Facteurs internes à l’individu
Les facteurs internes à l’individu regroupent l’ensemble des éléments propres au praticien
qui influencent directement sa perception du risque hémorragique et sa décision de prescrire
ou non un bilan d’hémostase en préopératoire.
Ces facteurs internes interagissent et s’expriment différemment en fonction de chaque
praticien expliquant en partie la variabilité des décisions observées dans les pratiques.
1.1. Connaissances
« Si le patient a une insuffisance hépatique, une maladie hémato, là aussi je vais avoir tendance à
prescrire un bilan de coagulation. » [1-1, CHU, 1 an d’expérience]
« Bah oui par exemple l'insuffisant hépatocellulaire qui va faire la prothèse de hanche par exemple, bon
ben bien que je fasse plus ça, t'as envie de savoir comment est son bilan avant de commencer. » [1-5,
CHU, 25 ans d’expérience]
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1.1.2. Un usage fréquent du score HEMSTOP
La majorité des praticiens, sept sur les onze, rapporte utiliser le score HEMSTOP pour
orienter l’interrogatoire vers la recherche de diathèse hémorragique. Pour certains
participants son utilisation est systématique quel que soit le type d’intervention ou
d’anesthésie prévue.
Pour d’autres praticiens son utilisation n’est pas formelle, néanmoins ses items sont de fait
intégrés à l’interrogatoire habituel.
« Et s’ils ont jamais eu de chirurgie là je vais aller plus chercher s'il y a des antécédents familiaux ou des
problèmes de coagulation quand ils se cognent ou ce genre de choses, s'ils font des ecchymoses pour
faire le finalement les questions de l’HEMSTOP mais pas de façon formalisée quoi. » [1-6, CHU, 11 ans
d’expérience]
« Bah il y a l’HEMSTOP c'est vrai que je l’utilise pas beaucoup j'avoue, j'utilise pas mais je devrais mais
je l’utilise pas. […] Ça revient un peu au même je pense. » [1-7, CHU, 18 ans d’expérience]
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1.1.3. Une orientation issue des recommandations
Certains praticiens ont une bonne connaissance des recommandations et s’attachent à les
appliquer.
« Elles sont assez claires et elles disent clairement pas de bilan de coagulation systématique, qu'il faut
se baser justement sur l'anamnèse rechercher les diathèses hémorragiques et rechercher les
pathologies à risque de coagulopathie » [1-1, CHU, 1 an d’expérience]
« Donc oui je reste fidèle aux recommandations qui disent en cas d'absence d'examen clinique ou
d'interrogatoire positif on ne fait rien. » [2-1, CH, 12 ans d’expérience]
Pour d’autres médecins leur application n’est pas stricte et certains anesthésistes adaptent
leur prescription au cas par cas. Toutefois pour la majorité des participants les
recommandations sont jugées comme étant adaptées aux situations cliniques rencontrées
tous les jours en consultation.
« Bah oui oui, parce qu’au final tu te dis il y a quand même des spécialistes qui passent du temps à
réfléchir donc oui elles sont hyper adaptées. » [1-5, CHU, 25 ans d’expérience]
« Oui je m'appuie enfin je les connais, je les utilise après je les adapte un peu quand même j’avoue. »
[1-7, CHU, 18 ans d’expérience]
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conséquence hémorragique comme le déficit en facteur XII des anomalies nécessitant une
prise en charge ou d’orienter les explorations complémentaires vers des dosages ciblés, ou
anticiper la stratégie thérapeutique.
« Et en fonction de ce qu’ils me disent, après je sais si c’est une anomalie du XII c’est pas à risque
hémorragique donc là j’en ferai rien » [1-3, CHU, 7 ans d’expérience]
« Oui ah bah oui je demande pas un avis d'emblée quoi. Oui bien sûr et après aussi du fait qu'on ait un
petit peu d'expérience, on sait par exemple que voilà déficit en facteur XI ça va être Exacyl on sait déjà
ça. » [1-7, CHU, 18 ans d’expérience]
Certaines interventions sont d’emblée identifiées par les praticiens comme à haut risque
hémorragique, soit par leur nature soit par la localisation à proximité de structures à risque
fonctionnel important.
Le cas des chirurgies majeures est fréquemment mentionné par les participants comme une
situation où même en l’absence de signes cliniques retrouvés à l’interrogatoire il semble
difficile pour le médecin de se passer d’un bilan de coagulation et en demande
systématiquement un.
« Oui bah pour certaines chirurgies bah notamment la chirurgie intracrânienne ou les chirurgies
majeures je fais systématiquement un bilan de coag. » [1-3, CHU, 7 ans d’expérience]
« Alors j'avoue que du coup moi je demande s'il y a un risque hémorragique, déjà si c’est de la
neurochirurgie intracrânienne ou si c'est une hernie discale je demande. » [1-7, CHU, 18 ans
d’expérience]
Ce participant souligne la difficulté à définir ce qu’est vraiment une chirurgie majeure avec
nécessité d’un bilan. On relève ainsi un conflit interne avec un doute quant à la réelle nécessité
du bilan d’hémostase dans ces cas-là.
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« Mais je pense que dans les faits, même pour des chirurgies majeures type Bricker, on va pas forcément
avoir besoin d'un bilan de coagulation. Ah je sais pas c’est un peu complexe. Le cas de la chirurgie
majeure, qu’est-ce qu’on considère comme chirurgie majeure avec nécessité ? » [1-1, CHU, 1 an
d’expérience]
Tous les praticiens vont débuter leur consultation avec un interrogatoire systématisé
à la recherche de signes cliniques d’hémostase anormale ou d’antécédents pouvant orienter
dans ce sens-là.
Les réponses vont être pondérées et analysées à la lumière du contexte clinique. Un
antécédent évocateur, même ancien, ou un faisceau de signes faibles mais concordants
peuvent être perçus par l’anesthésiste comme des signaux d’alerte et l’inciter à demander un
bilan biologique.
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« Si déjà il y a des antécédents familiaux de coagulopathie, à savoir Willebrand ou hémophilie, s'il y a
déjà eu des interventions précédentes chirurgicales qui se sont compliquées, notamment si c'est un
accouchement, saignement lors des dents de sagesse. »
[1-2, CHU, 1 an d’expérience]
« Après à partir du moment où le malade dit moi je saigne de façon anormale, oui ça saigne beaucoup,
alors pour moi c'est quand même un signe d'alerte parce qu’il y a quand même des anomalies de la
coagulation mineures qui donnent dans la vie quotidienne des troubles modérés mais qui sont quand
même présents. » [1-4, CHU, 34 ans d’expérience]
Dans le cas d’une anamnèse mettant en évidence des signes cliniques de coagulopathie, seuls
deux participants déclarent d’emblée prescrire un bilan plus large que le bilan de coagulation
standard. D’autres vont avoir tendance à commencer par prescrire un bilan de coagulation
standard puis d’orienter les examens complémentaires en fonction de l’avis spécialisé.
« S’il est supérieur à 2 je vais avoir tendance à donc prescrire un bilan de coagulation un peu plus étendu
que le TP/TCA. […] qu'en première intention je vais plutôt prescrire les bilans étendus de première ligne,
type les recherches du Willebrand, du PFA 100. » [1-1, CHU, 1 an d’expérience]
« Après ouais, s’ils commencent à donner, enfin à dire oui en effet ils font des hématomes, il y a déjà
eu des reprises pour saignement sur des chirurgies, il y a eu des HPPI, logiquement il devrait déjà y avoir
quelque d'authentifier mais c'est pas toujours le cas. Et donc là par contre oui je vais faire un bilan de
coag. Alors standard au départ et après puis en fonction de ce que j'ai j'appellerai l'équipe d'hémostase
avoir leur avis quoi. » [1-3, CHU, 7 ans d’expérience]
« Moi celle où je suis toujours un peu perturbée c'est quand il y a des femmes qui te décrivent des
règles hémorragiques, avec des ecchymoses importantes, mais qui ont déjà accouché et puis que ça
s'est bien passé. » [1-6, CHU, 11 ans d’expérience]
Face à des signes cliniques subjectifs tels que les hématomes, les gingivorragies ou les
ménorragies le praticien doit faire preuve d’un bon sens clinique pour ne pas sous-estimer un
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signe paraissant banal mais étant en réalité important. Pour cela certains participants vont
pousser leur interrogatoire et poser des questions précises afin de chercher à distinguer les
causes locales ou banales des signes d’une diathèse hémorragique réelle.
« Bah c'est à dire que j'aime bien montrer la taille des bleus avec les doigts, comparer avec une pièce
de 2€ et montrer avec les doigts, dire précisément ce que c'est que des règles hémorragiques enfin des
règles abondantes avec changement de garniture toutes les heures, se changer la nuit et cetera. S'il y
a des gingivorragies qui sont décrites je demande s’il y a une parodontopathie avec ou si ça a toujours
été comme ça ou si c'est plutôt un manque de soins, si ces épistaxis je demande si ça s’arrête
rapidement ou s’ils doivent être méchés, s’il y a un problème de tache vasculaire, enfin j’essaye de
trouver les diagnostics différentiels d’un HEMTSOP exagéré. » [1-8, CHU, 13 ans d’expérience]
« Souvent je leur dis par exemple 20 min pour essayer de les orienter parce que des fois ils disent je
saigne beaucoup mais ça en fait c'est pas beaucoup donc je dis 20 min et puis là ils me disent Ah non
non c'est plutôt 5 min. » [1-7, CHU, 18 ans d’expérience]
« Après j'oriente les questions sur un volumineux hématome où je grossis toujours le trait, c'est pas
juste je me cogne et puis j'ai eu un petit bleu quoi, parce qu'autrement après le saignement de nez
souvent c'est toujours un peu voilà, les règles abondantes parce que voilà toutes les femmes sont pas
pareil. » [2-2, CH, 6 ans d’expérience]
Si le raisonnement clinique repose sur des critères objectifs, la décision est aussi influencée
par le ressenti du praticien face à l’incertitude.
Les émotions influencent la décision de prescrire ou non un bilan d’hémostase.
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1.4.1 Recherche de réassurance et de sécurité
« Non après ça dépend comment ils me répondent je pense, parce que s’ils me disent juste oui bah je
marque un petit peu j'ai un peu des ecchymoses et que tout le reste est normal, notamment s'ils ont
déjà eu d'autres chirurgies, si les femmes ont déjà eu des enfants alors ça m’inquiète pas plus que ça. »
[1-3, CHU, 7 ans d’expérience]
« Alors pour moi les antécédents de chirurgie ou chez les femmes d'avoir une anesthésie péridurale sont
des facteurs plutôt rassurants sur l'absence de de coagulopathie innée. » [1-4, CHU, 34 ans
d’expérience]
Un doute à l’interrogatoire, des réponses perçues comme peu fiables, ou une situation
inhabituelle peuvent déclencher la prescription par précaution. Dans ces situations, le bilan
est perçu comme un filet de sécurité face au risque de passer à côté d’un trouble de
l’hémostase méconnu. Certains anesthésistes, cinq sur les onze, reconnaissent qu’ils préfèrent
faire plus que moins pour éviter de regretter une décision trop restrictive.
« Mais si c'est flou et que moi j'ai pas d'arguments pour me rassurer, à ce moment-là je vais quand
même au bilan, on a parfois de mauvaises surprises. » [1-2, CHU, 1 an d’expérience]
« Si je sens qu’au niveau de l'interrogatoire il y a quelque chose qui me gêne et que on est sur un risque
au potentiel au moins modéré au niveau hémorragique je vais le faire. Je fais plutôt plus que moins
voilà. » [2-2, CH, 6 ans d’expérience]
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La perspective d’un geste chirurgical ou anesthésique à risque renforce cette prudence et pour
la majorité des participants le fait de disposer d’un bilan normal procure un sentiment de
sûreté.
« Euh si pour moi c'est une chirurgie qui est même à risque intermédiaire je pense que je ferai un bilan
bio quand même pour déjà m'assurer que le bilan standard, qu’il n'y a pas d'anomalie TP, TCA,
fibrinogène, on sait jamais. » [1-3, CHU, 7 ans d’expérience]
« De sécuriser oui comme tu dis de sécuriser la chirurgie, c'est sûr que si on a une chirurgie avec un
bilan de coagulation normal on va se dire qu'on est en sécurité pour une chirurgie hémorragique. Voilà
c'est surtout ça je pense. Moi c'est sûr c'est d'encadrer le geste et d'être sécuritaire. » [1-7, CHU, 18 ans
d’expérience]
« Ben s'il y a une anomalie, si on détecte une anomalie dans 100% des cas j'appelle le médecin
d'hémostase voilà. » [1-4, CHU, 34 ans d’expérience]
« Mais dès qu'on a un doute on les appelle et puis ils sont quand même hyper réactifs » [1-5, CHU, 25
ans d’expérience]
Certains participants se considèrent comme « non sachant » face à un bilan anormal et jugent
essentiel d’avoir recours à un avis spécialisé. Cela peut laisser supposer que dans ces cas-là le
praticien se retrouve face aux limites de sa compétence et est rassuré par l’intervention d’un
expert dans le domaine ce qui lui permet de réduire son incertitude.
« Je pense qu'il faut obligatoirement que ce soit quelqu'un qui sache dont ce soit la spécialité quoi. »
[1-1, CHU, 1 an d’expérience]
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« Ah bah d’hyper important et puis c’est beaucoup plus facile parce que… Enfin voilà on est pas expert
en hémostase non plus, même si on le gère un peu au quotidien donc oui c'est quand même bien
pratique. » [1-3, CHU, 7 ans d’expérience]
« Je pense pour moi c'est pas possible de gérer ce genre de problème si on n'a pas des correspondants
qui sont capables de répondre aux questions. Pour moi c'est un travail de pros, c'est une
professionnalisation. » [1-4, CHU, 34 ans d’expérience]
« Mais après aussi je pense que l'analyse d'un bilan de coagulation quand il y a une diathèse
hémorragique modifiée ou quand il y a, je pense à ça, tu vois s’il y a un problème médico-légal sur la
prise en charge d'un patient qui aurait saigné, et ben je pense que comme on peut toujours considérer
que c'est jamais sûr, que tout le monde soit de bonne foi, et bien après ben voilà on peut mieux se
défendre » [1-5, CHU, 25 ans d’expérience]
Le recours à l’avis des hémostasiens allège la responsabilité individuelle face à des situations
complexes ou ambiguës. Il apporte une validation externe qui sécurise le prescripteur d’un
point de vue médico-légal. Les anesthésistes évoquent le sentiment d’encadrer le dossier
grâce à cet avis et la certitude que la conduite à tenir sera partagée par plusieurs médecins et
documentée dans le dossier médical. Cette collaboration est particulièrement perçue comme
importante lorsque la décision implique un geste à risque comme une anesthésie neuraxiale
ou une chirurgie hémorragique.
« Et puis après je me fonde quand même beaucoup, quand on va aller plus loin dans l'exploration, sur
les conclusions de l’hémostasien qui a quand même voilà une expérience supplémentaire et puis qui a
une valeur je pense médico-légale sur l'utilisation ou non de l’ALR et en particulier l’ALR
périmédullaire. » [2-1, CH, 12 ans d’expérience]
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« Ben pour me protéger, là c'est plus d’un point de vue légal, et ben j’ai appelé M. […] Parce qu’il fallait
juste quelqu'un qui me valide on va dire plus légalement le truc. » [2-2, CH, 6 ans d’expérience]
L’avis hémostasien est alors perçu par le médecin comme une protection médico-légale. Le
fait de pouvoir attester qu’un spécialiste a validé la décision constitue un élément rassurant
pour l’anesthésiste, réduisant alors la charge émotionnelle.
« Je le fais parce que s’il se passe un truc on peut me tomber dessus » [2-3, Clinique, 10 ans
d’expérience]
« Enfin je suivrais en fait la recommandation assez bêtement de F., de toute façon on nous tombe
dessus si on fait pas. Mais c'est con hein mais c'est une médecine où tu te décharges quoi. » [2-3,
Clinique, 10 ans d’expérience]
Les anesthésistes décrivent une nette évolution de leurs pratiques au fil des années.
Les plus expérimentés rapportent avoir réduit progressivement les prescriptions
systématiques de bilans d’hémostase, privilégiant une approche plus ciblée fondée sur
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l’interrogatoire. Pour certains praticiens cette évolution a notamment été permise par la
publication des recommandations, comme l’explique ce participant exerçant depuis
quasiment 20 ans : « Oui j'en demande moins qu'avant je pense, surtout lié aux nouvelles
recommandations, je ne sais plus de quand elles datent, sur les bilans de coag je demande moins de
bilans de coag qu’avant. » [1-7, CHU, 18 ans d’expérience].
« Mais je dirais que maintenant c'est plus ouais peut-être c'est l'habitude qui rentre en jeu, c’est peut-
être pas bon hein c'est la vieillesse. » [2-3, Clinique, 10 ans d’expérience]
Cette déclaration d’un médecin expérimenté reflète qu’avec le temps la valeur accordée à
l’usage strict des recommandations peut devenir moindre par rapport à l’autonomie
décisionnelle associée à la liberté de prescription.
« Alors c'est pas un carcan, je considère pas qu'on est en faute si jamais on a demandé un bilan alors
qu'il était considéré comme non nécessaire dans les recommandations et puis chaque médecin a une
liberté de prescription. » [1-4, CHU, 34 ans d’expérience]
Pour d’autres l’avancée dans leur carrière et donc la confrontation à de multiples situations
cliniques se déroulant sans évènements hémorragiques imprévus peut réduire la dépendance
au bilan.
« Mais après si tu fais des explorations complémentaires elles sont pas forcément non plus justifiées,
mais en vrai maintenant j’y fais moins attention. » [1-5, CHU, 25 ans d’expérience]
« C'est l'activité polyvalente, plus t'avances plus t'en vois et plus t'en vois moins tu te dis c'est utile. »
[2-1, CH, 12 ans d’expérience]
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clinique rassurante entretiennent une certaine prudence. Ces situations peuvent freiner la
tendance à réduire les prescriptions et inciter à conserver un seuil de vigilance plus élevé,
même pour des chirurgies considérées comme à risque modéré.
Certains participants rapportent une expérience négative de complication inattendue. Ce type
d’évènement, surtout lorsqu’ils surviennent en début de carrière peuvent laisser une
empreinte durable et renforcer leur besoin de réassurance.
« Et lui cliniquement à part sa chirurgie, il faisait du sport, il avait pas tendance à faire des gros gros
bleus ou quoi que ce soit, il a déjà eu des dents de sagesse enfin des ablations dentaires qui ne se sont
pas compliquées. Sauf que finalement une chirurgie mineure s'est compliquée. […] Donc s'il y avait pas
eu la précédente chirurgie, le patient présentait bien, TP, TCA, fibrinogène était normaux chez lui, c'est
le PFA 100 qui a été fait en complication de la chirurgie qui a décelé des troubles. » [1-2, CHU, 1 an
d’expérience]
« On a eu il y a pas longtemps un patient qui nous a surpris pour lequel on est tombé sur une coag
perturbée et on s'y attendait pas à l'interrogatoire, après il n'avait jamais été opéré si je me souviens
bien, et qui a développé un hématome inattendu en post-opératoire qu'on a dû reprendre. » [2-1, CH,
12 ans d’expérience]
Au contraire, des praticiens plus expérimentés ne relatent pas avoir vécu d’évènements de ce
genre.
« Alors si je me mets maintenant côté non plus consultation mais bloc, le nombre de fois où il y a eu
une hémorragie importante non attendue d'origine non chirurgicale, c'est-à-dire liée à un trouble de
coagulation qui aurait été méconnu, j'en ai pas le souvenir. » [1-4, CH, 34 ans d’expérience]
« Et puis il y a pas d'histoire non plus parce que quelqu'un a eu un patient qui a saigné, qu’il a pas pu
s'en sortir parce que l'évaluation pré anesthésie… Non il y a jamais d’histoire comme ça, enfin moi j’en
ai aucune à te raconter. » [1-5, CHU, 25 ans d’expérience]
Pour ces praticiens la comparaison de leur pratique actuelle avec leur pratique passée et la
constatation de la rareté de ces cas leur permet de relativiser quant au risque de complications
dans leur pratique.
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« Donc il y a aussi le risque hémorragique qui diminue en chirurgie avec les techniques qui sont moins
invasives, un entraînement des chirurgiens… Tu vois tu transfusais des aortes des choses comme ça,
maintenant quand tu vois des endoprothèses tu transfuses plus. Donc le risque hémorragique il est
quand même diminué je pense, si on regarde l'ensemble des chirurgies. » [1-5, CHU, 25 ans
d’expérience]
« Alors nous on endort à peu près 800 malades par an, en tout cas on fait 800 prises en charge annuelle
combien on en a qui se passent pas bien c'est quand même pas beaucoup. Je pense que ça ça me
rassure, est-ce que j'ai le droit à un pourcent d’échec quoi en gros de déchets entre guillemets. Je pense
que oui, ça fait malheureusement partie de la pratique. » [2-1, CH, 12 ans d’expérience]
« Une valeur de base ouais pour guider la transfusion ou l'apport de produits sanguins dérivés du sang »
[1-1, CHU, 1 an d’expérience]
« Chez nous en risque intermédiaire voire important tout ce qui est prostate ou voilà des interventions
qui risquent de saigner, pas parce que j'ai peur qu'il y ait un trouble d'hémostase avant mais c'est pour
avoir une référence pour après surtout, qu’on découvre un truc après me dire « Ah bah merde en fait je
savais pas d'où je partais » quoi. » [2-2, CH, 6 ans d’expérience]
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« Qu'est-ce que j'en attends ? Bah qu'il soit normal, que ça soit le plus simple possible. » [1-5, CHU, 25
ans d’expérience]
« Bah souvent qu'ils soient négatifs pour que j’ai pas besoin d'aller plus loin parce que ça me prendra
encore du temps. » [2-1, CH, 12 ans d’expérience]
« Après franchement dans la 80 ou 90% des cas t'en fais rien quoi. » [2-3, Clinique, 10 ans d’expérience]
Le bilan de coagulation peut mettre en évidence des anomalies qui peuvent être
corrigées en préopératoire et ainsi optimiser les patients avant la chirurgie. Cela peut se faire
par une supplémentation préopératoire en cas de dénutrition par exemple.
« On peut être mené à faire de l'optimisation de nos patients. Typiquement un patient dénutri il est
possible qu'il ait un déficit en vitamine K et qui serait mis en évidence par un bilan de coagulation altéré
donc dans ce cas-là on peut en préopératoire optimiser le patient et passer de la vitamine K » [1-1, CHU,
1 an d’expérience]
Pour certains praticiens le bilan va leur permettre de savoir s’il est nécessaire de solliciter les
hémostasiens pour un avis, que le patient ait une coagulopathie connue ou non, afin
d’orienter le patient vers un hémostasien et d’avoir une conduite à tenir pour l’intervention.
« Soit le malade est suivi pour un trouble de la coagulation à ce moment-là je j'appelle le médecin qui
le suit pour savoir s'il y a besoin ou pas de recontrôler, ça peut être le cas, ça peut ne pas être le cas. »
[1-4, CHU, 34 ans d’expérience]
« Ça va permettre de bah comme je disais si on découvre une anomalie, une maladie de Willebrand de
faire vous consulter le patient chez l’hémostasien pour qu'il mette en place une stratégie et qu'il écrive
une conduite à tenir. » [1-7, CHU, 18 ans d’expérience]
Dans d’autres cas, chez un patient ayant une coagulopathie acquise en raison d’un traitement
par anticoagulant le bilan d’hémostase va permettre au médecin de s’assurer que le patient
n’est pas en surdosage et qu’il est en sécurité pour la chirurgie.
« Donc ouais voilà de faire un point, d'avoir un point aussi, quand il est sous anticoagulant en
programmé, le bilan qu'on va demander va permettre de faire le point si on est en surdosage ou si on
est dans la zone thérapeutique. » [1-7, CHU, 18 ans d’expérience]
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2. Facteurs liés à l’environnement et à l’organisation
« Certains ont besoin de cette information pour se rassurer donc oui il peut y avoir une certaine forme
de pression entre guillemets, qui peut mener à ce qu'on prescrive des choses alors qu'on estime que
c'est pas nécessaire. » [1-1, CHU, 1 an d’expérience]
« Ça influence vraiment la prescription oui. Oui pour que ça reste fluide. 10 ans d'expérience m’ont
montré que si tu fais pas comme les autres ça pose problème à ton patient. » [1-6, CHU, 11 ans
d’expérience]
« Les seules fois où je le fais c’est surtout par rapport à certains collègues qui vont différer les chirurgies
parce qu'il n'y a pas l'examen nécessaire. Donc il y a des fois je le fais plus parce que je sais qu'il y en a
qui vont le vouloir et puis voilà. » [2-2, CH, 6 ans d’expérience]
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Cette situation semble engendrer des sentiments de frustration et de lassitude pour ce
praticien.
« Ah vaste sujet… Et ben j'aimerais suivre les recommandations qui est de finalement pas prescrire de
bilan de coagulation sans élément clinique finalement nous faisant évoquer un trouble de la
coagulation, sauf que je sais qu’en vrai mes patients seraient récusés par la plupart de mes collègues. »
[1-6, CHU, 11 ans d’expérience]
« Mais ça peut arriver que le consensus fasse que la demande est pour moi un tout petit peu excessive
et elle me pose pas de problème du moment que ça permet au groupe de fonctionner sereinement. »
[1-4, CHU, 34 ans d’expérience]
Pour les participants dans la majorité des cas les chirurgiens n’interviennent pas dans
la décision de réaliser un bilan de coagulation car la gestion de l’hémostase médicale revient
aux anesthésistes.
« Ça relève de nos compétences à nous de savoir ce qui est nécessaire de ce point de vue là pour le
patient » [1-1, CHU, 1 an d’expérience]
« Non non et puis ils s’immiscent pas dans cette partie-là nos chirurgiens, pour la plupart ils nous
laissent la main sur les bilans à demander en préopératoire. » [2-1, CH, 12 ans d’expérience]
« Si j'ai travaillé avec lui plusieurs fois et que j'ai l'impression qu'il est plutôt modéré ouais peut être
plutôt me rallier à son avis » [1-1, CHU, 1 an d’expérience]
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« C'est vrai qu’avant quand on était avec les mêmes chirurgiens pendant des années peut-être que on
pouvait se dire que certains faisaient moins bien l'hémostase que d'autres mais dans ma pratique
actuelle plus du tout puisque je connais même pas les chirurgiens. » [1-5, CHU, 25 ans d’expérience]
La spécificité de l’exercice en clinique privé fait que ce sont les chirurgiens qui prescrivent le
bilan biologique en amont de la consultation avec l’anesthésiste. Pour ce praticien une
prescription excessive et non justifiée par les chirurgiens peut être expliquer par une
prescription anticipatoire afin d’éviter les contestations des anesthésistes.
« Puis après je pense qu'ils vont toujours au plus simple pour pas être emmerdés ils disent non bah allez
faire votre bilan comme ça on est couvert, l’anesth il nous fera pas chier s'il a pas fait sa prise de sang
il va pas l’annuler quoi, je pense que ça vient ça vient de là. » [2-3, Clinique, 10 ans d’expérience]
« Et donc surtout les collègues ça influence, parce que ben moi je viens d'arriver et puis ils savent un
peu plus, ils ont décidé du protocole de service et ils savent un peu plus les chirurgies qui saignent plus
ou moins. Oui il y a une influence parce qu’ils ont fait les protocoles avant nous. » [1-2, CHU, 1 an
d’expérience]
Ce médecin ayant plusieurs années d’expérience rapporte également une prescription sous
contrainte de ses séniors lors de ses premières années d’exercice.
« Mais je faisais déjà pas beaucoup ou si je le faisais c'était pas parce que c'est moi qui l'avait décidé,
c'est que je le faisais par une pression externe de soit le chef le veut quand j'étais interne » [2-2, CH, 6
ans d’expérience]
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2.1.4. Communication intra-équipe
La qualité et la fluidité de la communication entre les anesthésistes mais aussi avec les
chirurgiens permettent un partage d’informations et d’harmoniser la conduite à tenir.
« Bah globalement dans un hôpital et dans une équipe je pense qu'il faut toujours un petit peu discuter
entre nous de façon cordiale et diplomate voilà, ou voire mettre en place des réunions pour refaire des
protocoles, mettre en place pour telle chirurgie qu'est-ce qu'on estime nécessaire comme bilan pour
avoir une attitude qui soit consensuelle et pas tomber sur comme ça une hétérogénéité de prise en
charge. » [1-7, CHU, 18 ans d’expérience]
Ce praticien souligne bien que l’absence de communication dans une équipe mène à des
pratiques hétérogènes.
« Tu discutes pas à l’îlot (…) il y a une disparité des pratiques. » [1-6, CHU, 11 ans d’expérience]
D’autre part, dans le cas de la prise en charge d’un patient présentant un risque hémorragique
une coordination interdisciplinaire en amont avec les chirurgiens est importante afin de
s’aligner sur la prise en charge.
« Je leur dis que ce patient il peut saigner à cause de ça et de ça et puis il faudrait qu'on fasse attention
à faire les techniques les moins invasives, mais après c'est leur décision. » [1-2, CHU, 1 an d’expérience]
« Parce que moi pour l'endormir clairement je m'en fiche. Donc je veux bien faire tout le début mais
après faut aussi qu'ils donnent leur avis pour voir si leur chirurgie est faisable en l'état ou pas. » [1-3,
CHU, 7 ans d’expérience]
Dans le cadre de sa pratique l’anesthésiste peut également être amener à gérer le bilan
d’hémostase lorsqu’il se trouve au bloc opératoire pour une chirurgie programmée. En cas de
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bilan manquant à l’entrée du bloc opératoire certains praticiens vont revenir sur leur réflexion
de base et adapter leur stratégie en fonction de la diathèse hémorragique du patient ou des
recommandations.
« Si le malade n'avait pas dit qu'il avait des saignements anormaux et si j'ai pas de bilan de coagulation,
je ne demande pas de bilan de coagulation au début du bloc pour sortir les ceintures et les bretelles et
voilà. » [1-4, CHU, 34 ans d’expérience]
« Alors s’il est insuffisant et que les questions cliniques apparaissent pas dans le dossier je vais
simplement commencer par réinterroger le patient pour dire effectivement s’il est insuffisant. » [2-1,
CH, 12 ans d’expérience]
Il est mis en évidence une certaine contradiction car certains participants déclarent demander
un bilan en consultation pour un type de chirurgie mais ne l’estiment pas nécessaire lorsque
le patient arrive au bloc opératoire sans ce bilan.
« Par exemple je sais que pour la prescription d'un bilan de coag je vais en prescrire un avant une
rachianesthésie alors que selon les recommandations on peut ne pas en faire et j'aime bien en faire un
quand même. Mais après inversement si mon collègue n'en a pas prescrit je vais quand même piquer
la rachi. » [1-7, CHU, 18 ans d’expérience]
Dans chaque établissement il se développe des habitudes, des valeurs et des normes qui
sont partagées au sein des équipes. Ces habitudes institutionnelles peuvent influencer la
décision de l’anesthésiste.
Pour ces médecins exerçants en CHU le fait de prescrire systématiquement un bilan à la
maternité ne semble pas utile, cependant ils appliquent et se conforment à cette habitude
locale.
« Là c'est bilan systématique si moi je décide que bah la patiente elle en a pas besoin, bah ce sera pas
moi le jour de son accouchement et on va perdre 1h30, 2h parce que j'en aurais pas demandé. Donc là
je le fais encore systématiquement ici mais je sais que c'est pas nécessaire et donc il faudrait changer
tout le protocole d'un service et pas prendre des décisions tout seul. » [1-2, CHU, 1 an d’expérience]
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« Après je sais pas à la mat je crois que le protocole local c'est quand même avec une coag donc plutôt
tendance à demander la coag comme sur le protocole de service. » [1-8, CHU, 18 ans d’expérience]
Au contraire, dans certains centres ce praticien sait que le bilan de coagulation à la maternité
n’est pas dans les habitudes de service et peut donc s’en affranchir.
« Dans certains centres où j'ai bossé, pareil je le prescrivais pas systématiquement, mais là
aussi c'était un protocole de service où je savais que mes collègues qui allaient faire la
péridurale bah ils allaient pas contre-indiquer le geste parce que pas de bilan. » [1-2, CHU, 1
an d’expérience]
Dans certaines équipes un protocole a été établi afin de définir quelles chirurgies nécessitent
un bilan préopératoire. Même si cet anesthésiste admet ne pas toujours être d’accord avec le
protocole mis en place au sein de son équipe, son adhésion au protocole et son application
paraissent plus importantes dans sa décision de prescription.
« Et sinon le bilan de routine, le bilan de routine je n'en fais que voilà pour certaines chirurgies
majeures effectivement on va dire la convention avec les chirurgiens ça a été de dire que l'on
fait un bilan lié à la chirurgie mais on va dire que le bien-fondé de cet accord il est probablement
assez contestable, mais on va dire je respecte l'accord, je le remets pas en cause à chaque fois,
parce qu’on a décidé qu’on le faisait donc on le fait. » [1-4, CHU, 34 ans d’expérience]
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« Un screening un peu, on va dire par rapport à la recherche d’une diathèse hémorragique qui nécessite
de poser quand même beaucoup de questions, je dirais que c'est un peu résumé voilà. Mais après le
temps qu'on a pour faire des consultations est pas gigantesque donc voilà. » [1-4, CHU, 34 ans
d’expérience]
« Ah ben ça c'est évident, c'est à dire que si déjà je constate que quand l’interrogatoire il a déjà été
extrêmement compliqué parce qu'on connaît pas le traitement, parce qu'on sait pas les indications,
parce qu'on sait pas pourquoi, un moment donné on n'a pas assez de temps pour au final donner des
explications. » [1-5, CHU, 25 ans d’expérience]
Il arrive que le patient ait déjà un bilan biologique qui a été réalisé en amont de la
consultation d’anesthésie et qu’il arrive avec en consultation d’anesthésie. Il peut s’agir d’un
bilan prescrit par le chirurgien ou bien d’un bilan de routine prescrit par leur médecin
généraliste.
Pour certains participants la possession de ce bilan est une information pertinente car cela
permet directement de s’assurer que celui-ci est normal et concorde bien avec leur
interrogatoire.
« Ça c'est une question qui pour moi est pertinente pour éviter justement que le malade ait un bilan, il
ne sait pas si c'est important ou pas, il en parle pas et en fait ce bilan est anormal. Donc oui ça c'est une
question que je pose systématiquement » [1-4, CHU, 34 ans d’expérience]
« Bah non parce que c’est quand même pratique quand le gars vient et puis qu’il a déjà son bilan tu
peux anticiper le truc. » [2-3, Clinique, 10 ans d’expérience]
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Quelques praticiens déclarent qu’ils trouveraient utile une amélioration du logiciel de la
consultation informatique d’anesthésie avec l’intégration de certains outils ou d’informations
préremplies. Cette amélioration est d’autant plus souhaitable dans le cas de dossiers
complexes où le patient présente de multiples pathologies, des traitements lourds ou un
parcours médical fragmenté nécessitant un travail de synthèse important.
« C'est vrai que j'arrête pas de me dire que la feuille informatique de consult si on pouvait avoir
directement les antécédents et le traitement du patient on pourrait être beaucoup plus performant sur
ce qu’on va lui expliquer. » [1-5, CHU, 25 ans d’expérience]
« Et je pense aussi que quand les dossiers sont trop compliqués, quand il y a trop de choses, parce qu'il
y avait plein de choses, plein de disciplines, on dilue toutes les choses, on a du mal de faire la vraie
synthèse et au final même si on essaie de faire la synthèse c'est pas si facile. » [1-5, CHU, 25 ans
d’expérience]
« Sur l’HEMSTOP que j'aimerais pouvoir mettre, qui existe pas dans le logiciel qu'on a pour le moment
mais que je veux intégrer, c'est pas compliqué faut qu'on puisse le faire avec la boîte qui gère le
logiciel. » [2-1, CH, 12 ans d’expérience]
Pour tous les praticiens interrogés leur prise en charge ne diffère pas en fonction de
l’accessibilité de l’avis spécialisé. Le fait d’exercer en CHU et la présence d’hémostasiens sur
site n’incite pas les anesthésistes à demander plus facilement un bilan en sachant qu’en cas
d’anomalie ils auront les ressources disponibles sur place.
« Si j’estime qu’il y en a pas besoin il y en a pas besoin, qu'importe la structure, qu’importe la facilité
d'accès aux résultats de cette consultation. » [1-1, CHU, 1 an d’expérience]
« Par rapport à si l'interrogatoire est anormal je vais demander une coag ou voilà mais non je réfléchis
pas par rapport au fait que l’avis hémostasien est facile ou pas. » [1-7, CHU, 18 ans d’expérience]
« Mais et puis l’avis hémostase qu'il soit là ou pas ils sont quand même hyper dispo donc ça change
rien du tout quoi. » [2-2, CH, 6 ans d’expérience]
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Selon les médecins exerçant dans un hôpital périphérique certains résultats d’examens
biologiques ou certains produits sont plus difficiles d’accès car ils ne sont pas disponibles sur
place et nécessitent donc une plus grande anticipation.
« On les demande avec toujours cette problématique du retour parce que c'est envoyé sur Lyon en fait,
c'est même pas envoyé au CHU c'est envoyé sur Lyon pour les bilans de co d'exploration de TCA. » [2-
1, CH, 12 ans d’expérience]
« C’est pareil sur les culots, sur la nécessité de compatibiliser, donc quand on a des RAI positives on a
plus de difficultés à avoir du sang compatible, enfin plus de difficultés, il faut une préparation quand
même sur la comptabilisation des culots parce que les RAI sont envoyées à Besançon, comptabilisées
là-bas et puis acheminement de culot et stockage en cas de nécessité. » [2-1, CH, 12 ans d’expérience]
« Et puis voir si c'est des choses qui sont compatibles, avec comme nous qui sommes en périphérique il
y a certains certaines choses qu'on a pas, en général c'est assez rare mais ils les font venir du CHU, il y
a certains produits qu’on a que au CHU et du coup ils le font venir à la pharmacie ici. » [2-2, CH, 6 ans
d’expérience]
Dans le secteur public, l’organisation des soins en anesthésie fait que le médecin recevant
le patient en consultation ne sera pas forcément le médecin responsable de l’anesthésie le
jour de l’intervention. Ainsi plusieurs anesthésistes interviennent et se succèdent dans la prise
en charge d’un patient entre la consultation, la visite préanesthésique, l’intervention et la salle
de réveil.
Plusieurs participants rapportent une difficulté dans le suivi des patients vus en consultation
et des examens biologiques prescrits. Cette organisation pourrait mener à un mécanisme de
prescription anticipatoire afin de satisfaire tous les intervenants dans la prise en charge du
patient.
« On ne peut pas assumer le suivi entier de nos patients quand on est dans une structure avec beaucoup
de patients et avec beaucoup d'intervenants. » [1-1, CHU, 1 an d’expérience]
« Voilà comme on est dans un système où on se succède sur la prise en charge d'un patient en
consultation, VPA, début d'intervention, fin l'intervention, réveil, reprise donc je pense qu'il faut que
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chacun considère qu'il ait un dossier complet comme il souhaiterait l'avoir. » [1-4, CHU, 34 ans
d’expérience]
« Mais oui je pense que à l'hôpital c'est toujours problématique parce que si un collègue ne va pas avoir
la même réflexion que moi, enfin je sais que voilà quels collègues vont réfléchir comme moi ou pas, ou
du coup oui ce serait mieux que ce soit le même qui voit de A à Z le patient son bilan et cetera. » [1-7,
CHU, 18 ans d’expérience]
L’organisation en périphérie ne semble pas poser de soucis. Nous pouvons supposer que cela
s’explique par le fait que les hôpitaux périphériques sont plus petits avec des équipes plus
petites et donc un suivi plus simple des patients.
Le fait d’exercer dans une clinique privée influence fortement la demande de bilan
biologique. En effet, la spécificité de ce type d’exercice implique une attente de moyens et de
résultats plus importante que dans le secteur public.
Cela peut mener à une prescription large par crainte d’un jugement comme le rapporte ce
praticien exerçant en clinique privée.
« Ouais et c'est peut-être le biais du privé c'est que nous on va nous taper dessus vite fait quoi. Et en
gros enfin pour y avoir été une fois, il y a des règles machin, tu l’avais pas demandé même si ça peut te
sembler anodin si tu l’as pas fait c'est bon c'est réglé tu passes dans la case tu l'as pas fait et puis c'est
jugé vendu quoi. » [2-3, Clinique, 10 ans d’expérience]
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3. Facteurs liés à la nature de la décision
« C'est pour ça qu’après du coup je fais en fonction de la chirurgie et je prescrirais peut-être un peu plus
de bilan que recommandé dans le doute, parce qu'il y a des choses ben des fois on sait pas, on sait que
ce que le patient nous dit et ils savent pas toujours tout sur leur soucis de santé. » [1-3, CHU, 7 ans
d’expérience]
Cet autre praticien semble accepter la part d’incertitude résiduelle liée aux limites du
dépistage par l’interrogatoire.
« Alors après est-ce qu’il y a des situations où on a découvert des anomalies sérieuses alors que
l'interrogatoire était totalement négatif la réponse est oui aussi, on sait qu’il y a des trous dans la
raquette dans notre interrogatoire. » [1-4, CHU, 34 ans d’expérience]
Cependant le participant ne considère pas que l’incertitude liée à l’interrogatoire soit une
justification pour prescrire un bilan de coagulation car le bilan lui-même peut ne pas donner
un résultat exact.
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« Il a été admis que ça servait à rien de demander un bilan de coagulation à tout le monde, il y a des
faux positifs, il y a des faux négatifs donc oui on gère une part d'incertitude. » [1-4, CHU, 34 ans
d’expérience]
Le poids des conséquences potentielles liées à l’absence d’un bilan ou au contraire de son
résultat peuvent jouer un rôle dans la décision.
Le risque d’une atteinte fonctionnelle, qu’elle soit en lien avec un geste chirurgical ou
anesthésique, en cas de saignement en raison d’un bilan anormal est fréquemment cité par
les participants. Comme le rapporte ce participant cela peut être un argument pour demander
un bilan.
« Si c'est parce que j’estime que même s’il va y avoir peu de saignement par exemple sur une hernie
discale c'est un saignement qui va avoir un risque fonctionnel important, donc j'en demande. » [1-7,
CHU, 18 ans d’expérience]
Dans ce cas, comme le déclarent ces participants, l’anesthésiste peut être amené à changer
sa stratégie anesthésique.
« Si mon patient a malgré tout un TP/TCA qui est pas dans les clous ben l’anesthésie neuraxiale on va
quand même éviter même si j'avais envie en première intention de le faire quoi » [1-1, CHU, 1 an
d’expérience]
« Où là je suis pas dans les clous et j'ai quand même un geste voilà au niveau neuraxial tout ça, ou peut
être que typiquement si j'ai un trouble de coag c'est une rachi je vais basculer sur une AG pourrait être
plus sécuritaire si je suis pas dans les clous au niveau de ma coagulation où ça va pas pour une
anesthésie neuraxiale mais par contre ça va pour la chirurgie. » [2-2, CH, 6 ans d’expérience]
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3.2.2. Risque organisationnel
« Donc si tu le découvres le jour même ben en fait tu vas peut-être juste annuler le patient et en fait tu
sautes une vacation, une plage d'opération, le patient il est venu pour rien, si tu le découvres
tardivement le patient a été à jeun pour rien alors que ça aurait pu s’anticiper. » [1-2, CHU, 1 an
d’expérience]
« Il peut reporter la chirurgie s’il est anormal enfin oui ça peut vraiment influencer on va dire
l'organisation de la chirurgie, reporter ce genre de choses. » [1-6, CHU, 11 ans d’expérience]
Il ressort de ces entretiens que l’objectif prioritaire est de garantir la sécurité du patient et
ainsi que l’environnement opératoire soit prêt à gérer un éventuel saignement. Cela inclut
l’anticipation d’un traitement hémostatique ou l’adaptation de la stratégie anesthésique
comme le souligne ce participant.
« Ça peut contre-indiquer les anesthésies neuraxiales, ça peut contre-indiquer certains médicaments
antalgiques comme les AINS et ça peut conduire à faire une prescription enfin une administration
systématique d’Exacyl et ou de produits de facteurs de coagulation. » [1-4, CHU, 34 ans d’expérience]
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« Oui ça influe beaucoup, est-ce que tu commandes du sang, pas du sang, est-ce que tu passes du sang
tout de suite, est-ce que tu mets le Cellsaver, enfin ça conditionne tout finalement je trouve » [1-5, CHU,
25 ans d’expérience]
Au cours des entretiens il a été demandé aux participants la manière dont ils imaginent les
pratiques futures concernant la prescription des bilans d’hémostase. Cela regroupe les pistes
d’amélioration et les évolutions envisagées par les anesthésistes pour optimiser l’évaluation
du risque hémorragique.
« Il peut y avoir des protocoles avec un sorte de de thésaurus ou pour telle ou telle chirurgie on a besoin
de tel ou tel examen paraclinique » [1-1, CHU, 1 an d’expérience]
« Je pense que les collègues ou les anesthésistes en général ça les rassurera d'avoir un cadastre ou
quelque chose qui est partagé par tous, je pense que les bilans se feront de moins en moins. » [1-2,
CHU, 1 an d’expérience]
Les participants évoquent aussi le recours à de nouveaux scores validés ou encore la révision
du score HEMSTOP, considéré comme pas assez sensible et spécifique.
« Il faudrait modifier le score HEMSTOP pour qu'il soit un peu plus sensible et spécifique pour vraiment
cibler les patients et quitte à ce que ce soit un bilan plus large d'emblée. » [1-2, CHU, 1 an d’expérience]
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« Bah moi j'aimerais bien qu'on ait un vrai questionnaire pertinent pour évaluer ce risque hémorragique
parce que ceux qu'on a à notre disposition ils sont pas forcément d'une grande pertinence en terme de
sensibilité ou de spécificité. J'aimerais bien avoir un vrai score finalement qui nous dise en gros et ben
oui il faut explorer soit telle voie ou voilà. » [1-6, CHU, 11 ans d’expérience]
Pour ce praticien l’amélioration des pratiques passe par les recommandations et leur diffusion
autant auprès des anesthésistes que des chirurgiens.
« Déjà s'interroger sur l'ancienneté des recommandations et quand des nouvelles recommandations
sortent les diffuser suffisamment et largement auprès des différents acteurs du bloc, chirurgien et
anesthésiste pour qu’on colle au plus près. Après la diffusion c'est soit de l'information soit de la reprise
des anciens protocoles qui peuvent exister. » [2-1, CH, 12 ans d’expérience]
« Et il y a probablement des études à faire je sais pas s'il y en a en cours, il y en a certainement en cours,
pour savoir si les recommandations sont pertinentes ou pas. » [1-4, CHU, 34 ans d’expérience]
« Ben non moi je cliquerais des petites choses et puis hop ça te dit bilan de co. Un truc un peu IA comme
c’est à la mode. » [1-6, CHU, 11 ans d’expérience]
« Mais il faudrait intégrer alors l’HEMSTOP avec des points sur la consultation d'anesthésie qu'on puisse
remplir d'emblée, qu'on a un point sur 5 et une conduite à tenir s’il y a plus de 2 points » [1-8, CHU, 13
ans d’expérience]
Enfin, deux participants mentionnent le facteur économique et les coûts liés aux bilans comme
un futur facteur limitant. Selon ces praticiens la réduction des prescriptions proviendrait alors
de cette contrainte externe plus que d’une réflexion provenant du médecin.
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« Non je pense que tu mets de la contrainte mais ça viendra pas de nous ça viendra de de l'argent, je
pense que s’il suffit que la sécu mette son nez là-dedans et puis serre en disant là on rembourse plus ça
sera moins quoi. Je pense que ça se jouera là-dessus plus que sur les médecins, sur intelligence
médicale. » [2-3, Clinique, 10 ans d’expérience]
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IV. Discussion
Il est bien décrit dans la littérature, notamment dans le contexte de chirurgie de la cataracte
ou de chirurgie ambulatoire, que la demande systématique de bilan préopératoire n’est pas
utile et ne modifie que rarement la prise en charge. (22–24)
A notre connaissance peu d’études se sont attachées à expliquer pourquoi ces examens,
inutiles pour la prise en charge, continuent d’être prescrits.
Dans l’ensemble, les facteurs qui expliquent la prescription de ces tests préopératoires
retrouvés dans nos résultats recoupent ceux mis en évidence par des études antérieures.
Un travail réalisé aux Etats-Unis il y a une dizaine d’années par Brown et al. a mis en évidence
des résultats similaires aux nôtres. En effet, cinq facteurs majeurs alimentant les prescriptions
de bilans préopératoires systématiques sont ressortis : les habitudes de pratique, la croyance
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que d’autres médecins exigent le test, les craintes médico-légales, la peur du
retard/annulation de l’intervention et le manque de connaissance des recommandations.
On peut s’étonner que les conclusions de l’étude ne soient pas modifiées en plus de dix ans
malgré une explicitation des recommandations.
Ce faible impact des recommandations est connu depuis plus de 25 ans comme en témoigne
la revue de la littérature de Cabana et al. (25) qui rapporte que les principaux freins à
l’adhérence aux recommandations sont le manque de connaissance et de familiarité avec les
recommandations, le manque d’accord avec celles-ci et l’inertie d’une pratique ancienne.
Dans le cas spécifique des recommandations concernant la prescription du bilan d’hémostase
en préopératoire il semble que le frein majeur soit la fonction de réassurance apportée par
ces bilans.
En effet, nos conclusions concernant la fonction psychique du bilan qui favorise la prescription
du bilan en préopératoire ne différent pas de la littérature. Dans leur étude, Harris et al. (21)
ont eux aussi mis en évidence que l’inquiétude sur l’état de santé du patient et la crainte de
passer à côté d’une anomalie constituaient un obstacle à la réduction de ces bilans.
Par ailleurs, dans notre étude, le risque hémorragique lié à la chirurgie était considéré par les
anesthésistes pour demander un bilan de coagulation préopératoire. Les raisons avancées
étaient souvent une prescription pour s’assurer de la normalité du bilan ou pour avoir une
valeur de référence. Cela n’a pas été retrouvé dans les études citées précédemment.
La faible performance diagnostique pour la prédiction du risque hémorragique de ces bilans
est connue. (1) Ainsi, il semblerait que dans ce cas-là la visée de la prescription rejoint la
fonction psychique décrite précédemment.
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L’ « exercice défensif » tel que décrit par Ries et al. (19) ressort également de nos résultats,
notamment dans les réponses du praticien exerçant en clinique privée. Cette pratique fait
référence au comportement des cliniciens qui vise principalement à réduire les risques
juridiques mais aussi dans une définition plus large la crainte d’insatisfaction du patient, la
crainte de négliger un diagnostic grave, la crainte d’une mauvaise réputation et les pratiques
défensives inconscientes. (26)
Cela ne semble pas se retrouver dans le secteur public. Cette différence peut s’expliquer par
la différence de responsabilité engagée entre les deux secteurs. En effet dans le cas de
l’exercice en clinique privée c’est directement la responsabilité civile personnelle de
l’anesthésiste qui se retrouve engagée.
Par ailleurs, nos résultats suggèrent la présence d’un biais d’intervention chez les
anesthésistes. Ce biais correspond à la tendance à préférer faire quelque chose, en
surestimant les bénéfices et en sous-estimant les risques, plutôt que ne rien faire dans des
situations où ne pas intervenir serait une alternative raisonnable (27). Selon Keijzers, il est
entretenu par la culture du blâme, l’intolérance à l’erreur et la pression médico-légale. Ce biais
est un des obstacles à l’inertie clinique délibérée, décrite par Keijzers et al (27), qui est l’art de
ne rien faire en guise de réponse positive.
Dans plusieurs de ces travaux antérieurs les examens préopératoires n’étaient pas
représentés par des bilans biologiques mais par d’autres examens comme
l’électrocardiogramme ou la radiographie pulmonaire. (16,17,20)
Ainsi nous pensons que les résultats de notre étude ne sont pas spécifiques des bilans de
coagulation mais pourraient être généralisés aux autres examens préopératoires biologiques
ou non.
Enfin, les déterminants qui ressortent de notre étude rejoignent les freins
comportementaux et organisationnels décrits par d’autres études qualitatives issues de la
culture anglo-saxonne. Ainsi il semble que les modèles français et anglo-saxons sont alignés
bien que les modèles économiques et organisationnels soient différents.
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En effet, les recommandations anglaises NICE (28), américaines (29) ou encore la campagne
« Choosing Wisely » (30) lancée aux Etats-Unis en 2012 s’accordent avec les recommandations
françaises sur la réduction de tests inutiles.
Cependant le facteur économique et le surcoût lié à la prescription de ces tests inutiles est
mentionné mais de façon limitée dans les recommandations françaises. (5) Le coût fait partie
des quatre critères qui déterminent la force d’une recommandation, plus le coût est élevé plus
la recommandation tend à être faible. L’angle économique est pris en compte
méthodologiquement mais est peu développé analytiquement dans les recommandations de
la SFAR.
Ainsi, l’accentuation de l’aspect économique avec une meilleure communication et une
meilleure sensibilisation permettrait probablement de favoriser une réduction des bilans
prescrits en préopératoires.
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Forces et limites de l’étude
Cette étude a plusieurs forces. Tout d’abord, nous avons utilisé les critères COREQ afin de
guider notre méthode. Tous les entretiens ont été réalisés en présentiel et ont une durée
moyenne de 37 minutes ce qui a permis l’analyse d’une grande densité de verbatims afin
d’explorer en profondeur des mécanismes décisionnels complexes.
L’hétérogénéité des participants et la multiplicité des lieux d’exercice ont permis d’enrichir
l’analyse à travers la variation des points de vue et des expériences vécues. Cela permet
d’accentuer la transférabilité de nos résultats à d’autres contextes comparables.
Une triangulation des données a été effectuée augmentant la validité interne de l’étude. De
plus, nous avons poursuivi les entretiens jusqu’à la saturation des données. Celle-ci a été
obtenue après 9 entretiens et a été confirmée par la réalisation de deux entretiens
supplémentaires.
Par ailleurs, plusieurs limites doivent être reconnues. Premièrement, l’enquêtrice était
novice en recherche qualitative. Cela a pu influencer la réalisation des entretiens mais aussi
l’analyse des données. Cependant, afin d’améliorer la méthodologie une experte en recherche
qualitative a encadré la réalisation de l’étude. De plus, il a été réalisé préalablement au début
de l’étude deux entretiens à visée d’entrainement.
La présence d’un biais de sélection est possible car la majorité des participants exerçaient en
CHU. Parallèlement, le secteur privé est sous-représenté avec un seul participant. Néanmoins
aucun nouveau thème n’est ressorti de cet entretien en clinique privée ce qui a confirmé la
saturation des données.
La population étudiée était hétérogène avec une diversité des profils et une multiplicité des
lieux d’exercice. Cependant, les participants étaient uniquement représentés par des
anesthésistes-réanimateurs car en pratique ce sont les principaux prescripteurs d’examens
préopératoires. Les points de vue rapportés ne sont probablement pas applicables à d’autres
intervenants comme les chirurgiens ou les hémostasiens.
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De plus, la couverture géographie de notre étude est également restreinte. L’étude porte sur
une région, la Franche-Comté, et des établissements mentionnés dans le protocole. Des
cultures organisationnelles différentes dans d’autres régions ou pays peuvent moduler les
mécanismes décrits.
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Perspectives
Au regard des mécanismes décisionnels nos résultats plaident pour des actions
coordonnées visant à rendre la décision plus prévisible et moins dépendant des prescriptions
de conformité.
Concrètement, cela pourrait passer par l’élaboration de protocoles basés sur les
recommandations, en collaboration avec les hémostasiens et les chirurgiens, par type de
chirurgie.
Le facteur économique est très peu mentionné par les participants à notre étude et ne semble
donc pas intervenir dans leur réflexion. Ainsi, une plus grande sensibilisation aux coûts
engendrés par la sur-prescription de bilans pourrait être un autre levier d’action sur lequel
agir.
Nous pouvons envisager cette étude comme étant le point de départ de nouvelles
recherches cliniques. Il pourrait être réalisé une étude quantitative, par exemple sous forme
de questionnaire, diffusée au niveau national et permettant ainsi d’analyser les pratiques
actuelles à une plus grande échelle.
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V. Conclusion
Enfin, l’évaluation des pratiques à plus grande échelle pourrait permettre de dégager
d’autres facteurs influençant cette prise de décision et permettrait également de s’intéresser
au coût engendré par les bilans excessifs et non recommandés.
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VI. Annexes
Pratiques futures
Environnement
Prise de décision
- Déterminants/Facteurs
influençant
Personnalité
Recommandations
- Ressenti face à une situation inhabituelle
- Influence/rôle des recommandations - Incertitudes
- Adaptées aux situations cliniques - Attente des bilans prescrits
- Influence sur la prise en charge
- Modification du choix des examens dans
le temps
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Annexe 2 : Notice d’information
Notice d’information
Cette étude a pour but d’analyser la prise de décision concernant l’évaluation du risque
hémorragique en préopératoire.
L’ensemble des données recueillies lors de cette étude seront anonymisées et resteront
confidentielles. Aucune donnée permettant de vous identifier ne sera traitée.
Les données de cette étude peuvent faire l’objet d’utilisations ultérieures dans le cadre de
recherche à caractère strictement scientifiques et être inclues dans la publication d’articles
scientifiques.
En donnant votre accord vous ne vous opposez pas à l’utilisation de données selon les
conditions décrites ci-dessus. Vous avez la possibilité d’accès, de rectification, d’opposition,
d’effacement et de limitation du traitement de vos données ainsi que la possibilité de sortir
de l’étude à tout moment sans justification de votre part.
Le CHU de Besançon est le promoteur de cette étude. Le responsable de la recherche est le
Dr Ferreira et l’investigatrice est Mélanie Stutz.
Vos données seront conservées jusqu’à la rédaction du rapport final de la recherche. Elles
seront ensuite archivées durant 2 ans.
Pour toute question, remarques ou opposition concernant cette étude, vous pouvez nous
contacter à l’adresse :
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Annexe 3 : Exemple d’un tableau d’analyse d’entretien
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Verbatims Codages Catégories Thème / Concept
« Ah vaste sujet… Et ben j'aimerais suivre les
Non suivi des recommandations par
recommandations qui est de finalement pas prescrire
adhésion aux pratiques collectives Contexte social
de bilan de coagulation sans élément clinique
Environnement
finalement nous faisant évoquer un trouble de la
Prescription pour réassurance des
coagulation, sauf que je sais qu’en vrai mes patients
collègues
seraient récusés par la plupart de mes collègues. » p2
« Donc on va dire tout ce qui est on va dire chirurgie
importante, coelio, toutes celles où on pourrait dire
qu'il y a quand même un risque hémorragique, je
pensais les amygdalectomies tout ça bah finalement Résignation à prescrire par habitude
Contexte social Environnement
je vais prescrire un bilan de co même si on n'a pas su service
d’élément faisant suspecter un trouble de
l'hémostase chez le patient, mais plutôt on va dire par
convention du service. » p2
« Ben en vrai on peut pas, enfin pour moi on peut pas
les suivre. On commence à en parler de les suivre un
Pas de suivi des recommandations Culture institutionnelle
peu plus. Mais il y a encore quelque temps c'était Facteurs organisationnels
dans les habitudes de service
inenvisageable de mettre des gens au bloc sans bilan
de co. » p2
« Moi celle où je suis toujours un peu perturbée c'est
quand il y a des femmes qui te décrivent des règles
Difficulté d’évaluation des règles et
hémorragiques, avec des ecchymoses importantes, Raisonnement clinique Facteurs internes
des ecchymoses
mais qui ont déjà accouché et puis que ça s'est bien
passé. » p2
« Mais après si tu fais des explorations
complémentaires elles sont pas forcément non plus Évolution du jugement avec Expériences
Facteurs internes
justifiées, mais en vrai maintenant j’y fais moins l’expérience
attention. » p2
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Verbatims Codages Catégories Thème / Concept
« Non mais en fait des fois t'as des TCA qui sont très
Pas d’avis spécialisé en cas de déficit
allongés puis au final c'est un facteur XII c'est ce genre Connaissances Facteurs internes
en facteur XII
de choses, donc au final il y a rien de particulier. » p3
« Qu'il soit normal pour que tout le monde soit Attente d’un bilan normal à visée de
Émotions Facteurs internes
rassuré, le chir comme l'anesthésiste. » p4 réassurance des équipes
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VII. Bibliographie
1. Ringuier CP, Samama CM. COMMENT ÉVALUER LE RISQUE HÉMORRAGIQUE EN
PRÉOPÉRATOIRE ? 2018;
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IX. Résumé
Matériels et méthodes : Cette étude multicentrique a été réalisée selon une méthode
qualitative par entretiens semi-dirigés auprès d’anesthésistes. Les entretiens ont été
menés à partir d’un guide d’entretien abordant des thèmes tels que l’évaluation du risque,
l’environnement décisionnels, la gestion de l’incertitude. Ils ont été enregistrés,
anonymisés puis les verbatims analysés selon la théorisation ancrée.
Résultats : Au total onze entretiens ont été réalisés dans quatre centres différents. Il
ressort des résultats que décision se construit de façon progressive, à partir de
l’interrogatoire et du contexte opératoire, et s’articule autour de déterminants : facteurs
internes (connaissances, expérience, besoin de réassurance face à l’incertitude, poids du
risque médico-légal, attentes du bilan), facteurs liés à l’environnement (contexte social,
communication, rapports hiérarchiques), et facteurs organisationnels (coordination,
culture locale). Les praticiens recourent volontiers à l’avis des hémostasiens pour sécuriser
et partager la décision, notamment pour des gestes à risque.