L’ AMDEC
Un peu d’histoire
L’Analyse des Modes de Défaillance et de leurs Effets (AMDE), est née dans l’industrie aéronautique
américaine au début des années 1960. Méthode d’analyse de la sûreté de fonctionnement (fiabilité,
disponibilité, maintenabilité, sécurité), elle prend un nouvel essor dans les années 1970, lorsque
certaines industries européennes (automobile, chimie, nucléaire) la récupèrent et y ajoutent la notion
de criticité des risques. Ainsi naquit l’AMDEC (Analyse des Modes de défaillance, de leurs Effets et
leur Criticité).
L’AMDEC est une méthode d’analyse inductive destinée à prévenir les défaillances potentielles d’un
produit, système, processus ou d’une organisation. Elle s’appuie sur une analyse méthodique des
risques potentiels, qui permet de les hiérarchiser afin de traiter les plus importants de manière
préventive.
L’AMDEC prend toute sa valeur quand elle est appliquée dès la conception des systèmes. Elle permet
alors de gérer au mieux les risques liés à l’utilisation. Un autre moment privilégié d’utilisation de
l’AMDEC est la re-conception des systèmes, qu’il s’agisse d’une modernisation ou d’une
optimisation. Il faut alors s’appuyer au maximum sur les retours d’expérience pour amener le nouveau
système à son niveau optimal de performance.
Un peu de vocabulaire
L’AMDEC est une méthode d’analyse des risques de type dysfonctionnels (non satisfaction des
besoins) basée sur l’établissement de relations de cause à effet. Elle s’appuie sur l’identification des
modes de défaillances des composants d’un système1.
Mode de défaillance : mode de fonctionnement d’un constituant du système étudié
conduisant à un dysfonctionnement de ce système.
Les dysfonctionnements identifiés du système sont les effets tels que perçus par le client au sens large
(client de l’entreprise, utilisateur et l’entreprise elle-même) .
Effet : Résultats ou conséquences pour le client du ou des modes de défaillances.
Afin d’affiner l’analyse des modes de défaillances, il est nécessaire d’en identifier les causes
d’apparition.
Cause : Evénement qui conduit le constituant du système à dysfonctionner.
1
Dans la suite du document, on utilise le terme « système » au sens large : produit, système, processus ou organisation.
Ces premiers éléments constituent les bases de l’analyse qualitative du fonctionnement du système. On
définit ensuite des critères permettant de quantifier l’importance du risque lié à chaque effet. On
définit pour cela les trois critères suivants :
Fréquence (F) : Probabilité d’apparition de la défaillance sur une échelle de temps.
La fréquence doit être calibrée en fonction des constantes de temps du système. Selon les cas, on
utilisera une calibration quantitative (ex : 1fois/an à >5 fois/an) ou une calibration qualitative (ex :
jamais à toujours).
Gravité (G) : Perception du dysfonctionnement pour le client.
La gravité est calibrée selon des critères de satisfaction du client (ex : sans conséquence,
mécontentement, …). D’une manière générale, on fait apparaître dans l’échelle de gravité, en parallèle
à la satisfaction du client, la notion de danger associé à la défaillance. Toute atteinte à la sécurité des
personnels ou du public est déclinée par un niveau élevé de la gravité. Dans certains cas, on réalise en
parallèle une étude de gravité pour l’entreprise. L’échelle de gravité sera alors une mesure de l’impact
des défaillances sur les coûts.
Détection (D) : Moyens existant dans le système permettant d’agir avant l’apparition de la
défaillance
La détection est calibrée en fonction des moyens de mesure de l’apparition des causes de
dysfonctionnement mis en œuvre. L’échelle de détection détermine la probabilité de détection de la
défaillance.
Ces trois paramètres sont ensuite synthétisés au travers d’un indicateur de niveau de risque appelé
criticité, défini comme le produit des trois critères précédents.
Criticité : Indicateur de niveau de risque. C = F x G x D. Cet indicateur est parfois appelé
« Niveau de Priorité de Risque » (NPR).
L’objectif d’une étude AMDEC est de ramener le niveau de risque, ou la criticité, à une valeur
inférieure à un seuil déterminé avant le début de l’étude. Par convention, la criticité varie sur une
échelle de 1 à 1000. La valeur 100 est souvent prise comme seuil de criticité à atteindre.
Le tableau ci-dessous donne un exemple de définition des échelles F, G, D.
Quotation F (Fréquence) G (Gravité) D (Détection)
1à3 Rare < 1 / an Sans conséquence Toujours 100 %
4à6 Possible 1 à 3 / an Mécontentement Non optimale > 90 %
7à9 Souvent 4 à 5 / an Incident Marquant Incertaine ≥ 60 %
10 Toujours > 5 / an Problème de sécurité Impossible < 60 %
L’essentiel de la méthode
Les acteurs
L’AMDEC est une méthode qui demande la disponibilité d’un certain nombre de compétences dont
notamment :
- Le Pilote Technique : Responsable de l’étude jusqu’à l’aboutissement des actions ;
- L’Animateur : Maîtrise la méthode et est garant de son application ;
- Conception (au sens large) : Apporte sa connaissance du système ;
- Production : Apporte son expérience de l’exploitation de systèmes similaires
- Maintenance : Apporte son expérience de maintenance sur des systèmes ou sous-systèmes
similaires.
Le groupe de base, ainsi constitué, peut être enrichi par des spécialistes de technologies particulières
mises en œuvre dans le système étudié.
Les données d’entrée
La méthode AMDEC vise l’identification et la prévention des dysfonctionnements d’un système. La
base de départ de l’étude doit donc être l’identification des fonctions attendues du système, dans son
fonctionnement nominal. La donnée d’entrée de base de l’étude AMDEC est donc l’analyse
fonctionnelle du système qui définit l’ensemble des fonctions attendues et les caractérise sur
l’ensemble de son cycle de vie. Parmi les critères caractérisant les fonctions, ceux concernant la sûreté
de fonctionnement doivent être clairement affichés. D’autre part, les dysfonctionnements sont liés aux
solutions techniques mises en œuvre pour réaliser les fonctions. La description des solutions mises en
œuvre est donc la seconde donnée d’entrée de l’analyse AMDEC. Cette description peut être un
schéma synoptique du système analysé ou un schéma détaillé selon la finesse que l’on veut donner à
l’étude.
Le déroulement de l’étude AMDEC
La démarche AMDEC se déroule typiquement en 7 étapes :
1. Initialisation : Cette première étape vise à définir le périmètre de l’étude (sujet, objectif, limites
de l’étude, planification et composition du groupe de travail). Elle est prise en charge par
l’animateur AMDEC. Les étapes suivantes sont réalisées en groupe de travail AMDEC, sous
pilotage de l’animateur.
2. Préparation : Il s’agit ici de collecter l’ensemble des données d’entrée de l’étude (analyse
fonctionnelle, description des solution, méthodes et processus de production, retours d’expérience,
…). Selon que l’étude s’applique à un nouveau système ou à la re-conception d’un système
existant, les données d’entrée seront plus ou moins complètes.
3. Identification des modes de défaillance : Dans cette étape, on analyse, pour chaque fonction
attendue, les modes de défaillance des constituants du système qui conduisent au non-respect des
caractéristiques attendues. Pour chaque mode de défaillance, on déclinera l’effet (impact sur le
client), la cause (quel phénomène est à l’origine de la défaillance) ainsi que la détection (quels
sont les moyens de contrôle existants et leur efficacité).
4. Evaluation et hiérarchisation des causes de défaillance : Pour chaque mode de défaillance, on
évalue les trois paramètres : Fréquence d’apparition, Gravité et Détection selon la grille
d’évaluation donnée ci-dessus. Le produit de ces trois paramètres donne la criticité. Le tout est
synthétisé dans un tableau de la forme suivante :
Fonction Composant Defaillance Effet Cause Contrôle F G D C
5. Recherche d’actions préventives : On considère qu’un mode de défaillance est acceptable si sa
criticité n’atteint pas la valeur 100 et que la gravité n’atteint pas la valeur 10. Dans le cas contraire,
on détermine une action (quoi, qui, pour quand) destinée à ramener le niveau de risque à une
valeur acceptable. On ré-évalue ensuite la criticité avec mise en œuvre de l’action préventive.
6. Mise en œuvre des solutions : Une fois identifiées les actions à mettre en œuvre pour augmenter
la sûreté de fonctionnement du système, il faut les mettre en œuvre. Cette étape est prise en charge
par les équipes de production.
7. Contrôle d’efficacité et bouclage : Cette dernière étape correspond au suivi de l’efficacité
immédiate et dans le temps des améliorations apportées au fonctionnement du système. Le premier
niveau de contrôle d’efficacité est bien entendu la recette du système après mise en œuvre des
améliorations. Ensuite, un calendrier est établi pour des vérifications d’efficacité afin d’assurer un
rebouclage sur la tenue dans le temps des objectifs initiaux.
Les conditions du succès
Les domaines d’application
Le champ d’application de l’AMDEC est l’analyse des dysfonctionnement sur :
1. Les produits
2. Les systèmes
3. Les processus
4. Les organisations
Dans les deux derniers cas, quelques aménagements de la méthode sont nécessaires, particulièrement
sur le calibrage des échelles de gravité.
Dans tous les cas,
Des objectifs affirmés
Une clé du succès de l’AMDEC réside dans l’énoncé d’objectifs clairs à atteindre, tant en terme de
sûreté de fonctionnement qu’en terme de coût des solutions mises en œuvre.
Un périmètre objectif
Le périmètre de l’étude en conditionne la complexité. Le pilote technique détermine, lors de la
préparation de l’action, le niveau de profondeur. Dans tous les cas, l’étude est limitée au périmètre
d’action de l’entreprise.
La maîtrise de la méthode
L’AMDEC est une méthode rigoureuse d’analyse des risques. Elle doit être conduite par un animateur
AMDEC maîtrisant la méthode mais aussi les techniques d’animation de groupe.
Il est fréquent de lier une démarche d’analyse AMDEC avec une démarche d’analyse de la valeur, ce
qui permet de tenir, outre les objectifs de sûreté de fonctionnement, les objectifs de coût et de
productivité. Dans ce cas, l’animateur devra aussi maîtriser les méthodes d’analyse de la valeur2.
Un travail multidisciplinaire
L’AMDEC fait appel à de multiples compétences. Pour une analyse réaliste, l’étude doit être menée
avec la participation de l’ensemble des compétences représentant le cycle de vie3 du système.
Quand utiliser l’AMDEC
L’AMDEC requiert des compétences et du temps : c’est un opération qui coûte. Il convient donc de
l’utiliser à bon escient.
2
A noter que l’AMDEC est une méthode largement appliquée en analyse de la valeur.
3
Le cycle de vie d’un système est l’ensemble des phases rencontrées depuis la conception jusqu’au retrait. Un cycle de vie typique est :
Conception, Réalisation, Stockage/Approvisionnement, Installation, Exploitation, Maintenance, Retrait.
Situation Faire une étude AMDEC ?
Conception d’un nouveau système Sans hésiter, dès la phase de conception.
C’est là que l’on aura le meilleur rendement
Amélioration d’un système existant Identifier les points sensibles, par retour
d’expérience. Concentrer les efforts sur ceux-
ci
Conception d’un système similaire à un système existant Reprendre l’étude AMDEC du système
précédent.
Si elle n’existe pas, réaliser l’étude. Intégrer si
besoin des améliorations par retour
d’expérience sur le système précédent
Conception d’un système ne se différenciant d’un système Appliquer l’AMDEC en se concentrant sur les
existant que par quelques constituants points de divergence entre les deux
systèmes. Intégrer si besoin des
améliorations par retour d’expérience sur le
système précédent
Mettre en œuvre et suivre le plan d’action
L’objectif premier d’une étude AMDEC est de définir un plan d’actions préventives permettant de
réduire les risques inhérents à l’utilisation d’un système. Le plan d’action est le résultat du travail d’un
groupe de personnes qui y ont investi du temps.
Outre la dimension méthodologique de l’AMDEC, la maîtrise des risque devient rapidement un état
d’esprit pour les personnes qui ont participé à une étude. Il se crée alors une dynamique d’entreprise
dans laquelle les contributeurs sont des vecteurs de la démarche.
Cette dernière remarque n’est vraie que si l’étude est suivie d’effets. Les recommandations issues de
l’étude doivent alors être intégrées et suivies. On n’hésitera pas à communiquer sur le suivi du plan
d’action et la validation des objectifs dans le temps afin de susciter la généralisation de la prise en
compte des risques dans la conception des systèmes.