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La Conscience

La conscience est une expérience humaine fondamentale qui soulève des questions sur l'identité du sujet pensant et son unité à travers les changements d'états de conscience. Elle est à la fois le produit de l'expérience et un rapport intentionnel avec le monde, se manifestant par l'action et la reconnaissance d'autrui. En tant que juge moral, la conscience guide nos actions, mais son interprétation varie selon les philosophies, allant de l'instinct divin à un produit de conditionnement social.

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La Conscience

La conscience est une expérience humaine fondamentale qui soulève des questions sur l'identité du sujet pensant et son unité à travers les changements d'états de conscience. Elle est à la fois le produit de l'expérience et un rapport intentionnel avec le monde, se manifestant par l'action et la reconnaissance d'autrui. En tant que juge moral, la conscience guide nos actions, mais son interprétation varie selon les philosophies, allant de l'instinct divin à un produit de conditionnement social.

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LA CONSCIENCE

QU’EST-CE QUE LA CONSCIENCE ?

La conscience est une expérience humaine qui semble irrécusable : celle de ma personne comme sujet
pensant. Mais quelle est la nature de ce sujet et ce dernier reste -t-il identique à travers la modification
incessante des états de conscience ? Comment se fait l’unité du je et est-elle propre à l’homme ?

I L’avènement du sujet : le cogito


1 La conscience comme unité d’une vie

L’une des caractéristiques les plus remarquables de la conscience est sa permanence : c’est parce que je ne
cesse d’être conscient, c’est-à-dire présent à moi-même, que je peux affirmer l’identité du moi au-delà de tous ses
changements. Quel rapport y a-t-il entre l’enfant que j’étais et l’homme mûr que je suis devenu ? Pourquoi relier
la discontinuité de tous mes états en les rapportant à l’identité d’un moi, sinon parce que ma conscience, toujours,
les accompagne ?

2 La conscience comme unité des connaissances

Le « je pense », écrit Kant, doit accompagner toutes mes représentations. La conscience se définit comme la
présence immédiate et constante de soi à soi.

Descartes souligne avec force le caractère fondateur de cette présence. Le résultat du doute méthodique entrepris
dans les Méditations métaphysiques est de faire apparaître la certitude absolue et préalable à toute autre du « je
pense » (en latin cogito) : je ne peux essayer de douter de cette certitude sans la vérifier, puisque si je doute, je
pense.

À NOTER
Il faut distinguer le doute méthodique de Descartes du doute sceptique. Tandis que le second prône
une suspension définitive du jugement, le premier est au contraire provisoire : il est un moyen de mettre
à l’épreuve les opinions, en vue d’établir des certitudes.

Le sujet pensant et conscient de lui-même devient ce à partir de quoi s’ordonne toute vérité : il n’y a de
connaissance possible du monde des objets que pour un sujet qui les pense et se saisit d’abord comme pensée
– pour une conscience donc.

II Le produit de l’expérience
1 L’identité du moi substantiel est une illusion

Selon Hume, l’identité du moi, comme celle du cogito cartésien, est une illusion métaphysique. Il n’existe, en effet,
aucune impression, aucune idée du moi en dehors des sensations multiples.

L’esprit n’est « rien qu’un faisceau ou une collection de perceptions différentes qui se succèdent les unes aux
autres avec une rapidité inconcevable et qui sont dans un flux et un mouvement perpétuels. » Comment alors
expliquer l’unité et l’identité personnelles ?
2 La conscience est le résultat de l’expérience

Tandis que, pour Descartes, l’animal est une machine et n’a pas de conscience, Hume est moins catégorique. Il
voit une différence de degré, et non de nature, entre l’animal et l’homme : « Les bêtes sont douées de pensée et
de raison tout comme les hommes. »

Tout nous vient de l’expérience sensible, que ce soit pour les hommes ou pour les animaux. En effet, à partir des
perceptions, des sensations de plaisir et de douleur, l’animal acquiert lui aussi une expérience, par exemple de
ce qui est bon ou mauvais, de ce qu’il doit rechercher ou fuir.

Cette expérience sensible est enregistrée dans la mémoire qui assure ainsi une certaine unité à travers
l’existence. La mémoire, sensible, affective et intellectuelle, produit l’identité empirique d’un individu en reliant les
idées passées et présentes. Cela vaut, à des degrés différents, pour les plantes, les animaux et les hommes.

COMMENT SE MANIFESTE LA CONSCIENCE ?

Quel est l’objet de la conscience ? La conscience est-elle un rapport immédiat de soi à soi, ou suppose-t-
elle un détour par des personnes ou des objets extérieurs, une médiation ?

I La conscience comme « visée de » ou « relation à »


1 Les limites de la conscience comme forme vide

Le sujet peut-il se saisir comme conscience, comme sujet pensant, par simple retour sur soi, par simple
introspection, indépendamment de tout rapport aux choses ou à autrui ?

Ces questionnements soulignent la faiblesse d’une conscience fondée sur une simple introspection coupée du
monde, d’une conscience isolée comme substance autosuffisante et comme forme vide.

MOT-CLÉ
L’introspection est une vue intérieure, le fait, pour un sujet, d’observer et d’analyser ses états de conscience en
vue de se connaître lui-même.

Descartes sortira du doute grâce à la découverte de la véracité divine. Il pourra dès lors compléter sa conception
première du cogito par la connaissance du monde.

2 La conscience comme intentionnalité

La conception « chosifiante » de la conscience est critiquée par la phénoménologie de Husserl. Si Descartes a eu


raison de vouloir mettre le monde entre parenthèses pour redécouvrir le caractère fondateur de la conscience,
son tort a été de considérer la conscience comme une chose pensante pouvant exister par elle-même,
indépendamment des choses matérielles.

MOT-CLÉ
La pensée de Husserl (1859-1938) s’appelle une phénoménologie parce que, selon lui, la tâche de
la philosophie est de décrire les phénomènes, c’est-à-dire ce qui apparaît à la conscience.
Pour Husserl, la conscience ne peut être une chose refermée sur elle -même : elle est une visée ou une relation
ouverte. Elle n’est pas une substance, mais un acte, défini par son « intentionnalité ». Dans ses Méditations
cartésiennes, Husserl écrit que « toute conscience […] est conscience de quelque chose. »

II Les manifestations de la conscience


1 La conscience du monde par l’action

La conscience présuppose le monde, parce que nous nous reconnaissons d’abord dans nos actions sur les
choses, à travers le langage et le travail. Loin d’être un présupposé, la conscience est un résultat, le produit d’une
expérience de confrontation et de transformation du monde.

Hegel insiste sur cette condition essentielle d’une conscience de soi véritable : le monde est une médiation
nécessaire entre nous et nous-mêmes. En effet, il ne s’agit pas d’un monde brut et naturel, mais d’un monde
transformé, que nous avons façonné et qui porte la marque de l’esprit.

C’est une véritable « lutte pour la reconnaissance », un combat à mort que, d’après Hegel, l’homme mène pour
s’imposer à l’autre comme conscience. La conscience de soi passe par le fait qu’autrui me reconnaît comme un
être libre.

2 La conscience comme liberté

Sartre s’oppose lui aussi à la chosification de la conscience. Les objets sont entièrement déterminés par leurs
propriétés et ne peuvent rien être d’autre que ce qu’ils sont. Ils sont, comme dit Sartre, « en-soi ». Leur essence
précède leur existence.

Le sujet conscient, quant à lui, est un « pour-soi » : il peut toujours être différent, il n’est pas enfermé dans une
définition. Parce qu’il est conscient, l’homme est projet, dit Sartre, et non objet. Il n’est pas produit passivement
par sa naissance, sa famille ou la société, comme un animal ou un robot ; il est avant tout dans le choix conscient
de sa vie. L’existence de l’homme précède son essence.

Par la conscience, l’homme, seul, existe : car « ex-sister » c’est sortir de soi, être à distance de soi-même. Et par
la conscience l’homme est libre dans sa possibilité de dépasser ce qu’il est.

LA CONSCIENCE FONDE-T-ELLE LA MORALE ?

Rabelais disait que « science sans conscience n’est que ruine de l’âme. » C’est dire que la connaissance
seule n’a aucune valeur et peut servir au bien comme au mal. La conscience s’adjoint à la science pour la
juger et la guider, comme elle le fait pour nos actes et ceux d’autrui. La conscience est -elle notre juge
intérieur ?

I La conscience comme juge moral


1 La conscience, un instinct divin

« Conscience ! Conscience ! Instinct divin, immortelle et céleste voix ; guide assuré d’un être ignorant et borné,
mais intelligent et libre ; juge infaillible du bien et du mal, qui rend l’homme semblable à Dieu », Rousseau célèbre
en ces termes la conscience morale dans Émile ou de l’éducation.
Dans la Bible, Caïn, après avoir tué son frère Abel, est poursuivi par la conscience de la faute commise. Elle prend
la figure vengeresse de l’œil de Dieu, qui ne le quitte jamais : « L’œil était dans la tombe et regardait Caïn », écrit
Hugo. Ce récit rappelle que la conscience est un juge intérieur auquel nous n’échappons pas et qui nous dit
coupables ou innocents par-delà les lois humaines.

2 La conscience morale selon Kant

Pour Kant, la conscience morale repose sur la raison et sur une bonne volonté.

La raison nous dicte la loi, qui veut que toute action morale obéisse à une forme universelle. C’est l’ impératif
catégorique : « Agis uniquement d’après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu’elle devienne
une loi universelle ».

MOT-CLÉ
La maxime est un principe subjectif de l’action. Elle traduit la loi morale, trop abstraite en elle -même, en
l’appliquant à une situation particulière. Par exemple, je ne dois pas mentir à mon ami.

La bonne volonté choisit le bien. Elle consiste dans la pureté des intentions désintéressées qui dictent mon action.

II La conscience morale affaiblit la vie


Pour Nietzsche, la conscience morale consiste en des sentiments de culpabilité et de ressentiment qui
affaiblissent les forts, en les convainquant que leur puissance est un mal.

Nietzsche critique la mauvaise conscience liée au sentiment de culpabilité, qui conduit à retourner sa force contre
soi-même. Elle produit l’idéal ascétique : une « morale d’esclaves » d’origine judéo-chrétienne, visant à inverser
les valeurs et à voir comme un bien tout ce qui est faible et malade.

III La conscience comme produit d’un conditionnement


Pour Durkheim, la conscience morale est le fruit de l’éducation, qui permet d’intégrer l’enfant à une société. La
conscience est l’intériorisation des règles de fonctionnement social, elle peut donc être variable d’une société à
l’autre.

Pour Freud, la conscience morale est aussi le résultat d’une éducation qui inhibe et refoule les pulsions
condamnées par la société, et qui intériorise les interdits, comme le tabou de l’inceste. Cette conscience est
incarnée par ce que Freud appelle le moi, qui fait en quelque sorte tampon entre, d’un e part, l’inconscient et,
d’autre part, le surmoi.

MOT-CLÉ
Le surmoi est l’une des trois instances de la vie psychique, avec le ça et le moi. Il est l’autorité morale
intériorisée, qui pose des normes et des règles, qui guide et juge l’action du moi.

Si la conscience morale est le fruit d’un conditionnement, elle devient contingente et relative. Elle perd alors
l’exigence d’universalité que Kant exige d’elle.

SOURCE : ANNABAC

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