Le changement climatique constitue aujourd’hui l’un des défis majeurs du développement
durable à l’échelle mondiale. Il se manifeste par une augmentation de la température moyenne
de la planète, une modification des régimes de précipitations, une élévation du niveau de la
mer et une fréquence accrue des événements climatiques extrêmes. Ces phénomènes ont des
répercussions dévastatrices sur les écosystèmes, la biodiversité, la santé humaine, et
l'économie mondiale. Parmi les secteurs les plus vulnérables, l'agriculture occupe une place
centrale. Elle dépend étroitement des conditions météorologiques et joue un rôle crucial dans
la sécurité alimentaire, la réduction de la pauvreté, et le développement durable, notamment
dans les pays en développement où elle représente une part importante du produit intérieur
brut (PIB) et de l'emploi.
Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), ces
perturbations affectent significativement les écosystèmes naturels et les activités humaines, en
particulier l’agriculture, qui demeure fortement dépendante des conditions climatiques.
Dans les pays en développement, notamment en Afrique subsaharienne, les effets du
changement climatique sont d’autant plus préoccupants que les systèmes agricoles reposent
essentiellement sur les précipitations. Cette dépendance à l’agriculture pluviale, combinée à
des capacités d’adaptation limitées, rend ces économies particulièrement vulnérables.
Plusieurs travaux empiriques ont ainsi mis en évidence l’impact négatif de la hausse des
températures et de la variabilité des précipitations sur les rendements agricoles, en particulier
pour les cultures céréalières (Mendelsohn et al., 1994 ; Schlenker et Roberts, 2009 ; Lobell et
al., 2011).
Au Niger, pays sahélien caractérisé par un climat aride et une forte variabilité pluviométrique,
l’agriculture constitue le principal pilier de l’économie. Elle contribue de manière
significative au produit intérieur brut, emploie plus de 80 % de la population active et joue un
rôle central dans la sécurité alimentaire des ménages (INS, 2016). L’agriculture pluviale,
essentiellement de subsistance, repose principalement sur la culture des céréales telles que le
mil, le sorgho, le maïs et les haricots. Ces cultures occupent 90 % de la superficie cultivée
chaque année et fournissent l’aliment de base à la majorité de la population nigérienne
(Mamane Bello & Malam Maman, 2015).
La problématique du changement climatique mobilise la communauté internationale depuis la
fin du 20ème siècle compte-tenu des changements environnementaux qui s’opèrent sous
l’action de l’homme. Le Niger ne demeure pas en reste puisqu’il subit aussi les effets du
changement climatique. Depuis plusieurs décennies, le pays est confronté à une dégradation
progressive de ses conditions climatiques, marquée par des sécheresses récurrentes, une
irrégularité accrue des précipitations et une hausse des températures moyennes. Ces
évolutions ont contribué à fragiliser les systèmes agricoles traditionnels et à accentuer
l’insécurité alimentaire, malgré les efforts consentis par les pouvoirs publics et les partenaires
au développement.
Malgré son importance stratégique, la production du mil demeure caractérisée par une faible
productivité et une forte instabilité interannuelle. Les rendements varient considérablement
d’une année à l’autre, traduisant une forte sensibilité aux aléas climatiques. Plusieurs études
menées au
Niger et dans la région sahélienne ont mis en évidence l’influence significative des
précipitations et de la température sur le rendement du mil (Ben Mohamed et al., 2002 ;
Moussa et Andilo, 2023). Toutefois, ces travaux présentent certaines limites, notamment leur
focalisation sur des zones géographiques spécifiques ou des périodes d’analyse relativement
courtes.
Dans ce contexte, le Niger fait face à de nombreux défis en matière de développement
économique et social, parmi lesquels la pauvreté généralisée, la croissance démographique
rapide, la faible diversification de l’économie et l’insécurité alimentaire. À ces contraintes
s’ajoutent des problèmes environnementaux persistants, tels que la dégradation des terres,
l’érosion des sols et la désertification, qui fragilisent davantage les bases productives du pays.
Ainsi, la forte dépendance de l’économie nigérienne à l’agriculture rend le pays
particulièrement vulnérable aux variations climatiques. Toute modification, même modérée,
des conditions climatiques peut entraîner des perturbations importantes de la production
agricole. Dans le cas spécifique du mil, ces variations affectent directement la disponibilité de
l’eau, la fertilité des sols, le calendrier agricole et, en définitive, les niveaux de rendement.
A ce niveau, la compréhension des relations entre changement climatique et performance
agricole apparaît essentielle. Il devient alors nécessaire de quantifier les effets des variables
climatiques sur le rendement du mil afin de mieux orienter les politiques agricoles et les
stratégies d’adaptation. Une telle analyse permettrait non seulement d’évaluer l’ampleur de
l’impact du changement climatique, mais aussi d’identifier les leviers d’action susceptibles de
renforcer la résilience du secteur agricole.
Dès lors, il apparaît pertinent de s’interroger sur la relation entre le changement climatique et
le rendement du mil au Niger dans une perspective de long terme. Ainsi, la présente étude
cherche à répondre à la question centrale suivante :
quel est l’effet du changement climatique sur le rendement du mil au Niger sur la période
1990–2025 ?
L’objectif général de ce travail est d’analyser les effets du changement climatique sur le
rendement du mil au Niger à travers une approche macro-économique sur la période 1990–
2025.
De manière spécifique, il s’agit de :
– évaluer l’impact de la pluviométrie et de la température sur le rendement du mil au Niger ;
– analyser l’effet de la variabilité climatique sur la stabilité du rendement du mil à long terme.
Afin d’atteindre ces objectifs, l’étude repose sur les hypothèses suivantes :
– H1 : la pluviométrie exerce un effet positif significatif sur le rendement du mil ;
– H2 : l’augmentation de la température moyenne a un effet négatif significatif sur le
rendement du mil ;
– H3 : la variabilité climatique contribue à l’instabilité du rendement du mil à long terme.
La principale contribution de cette étude réside dans l’utilisation de données nationales
couvrant une longue période (1990–2025) et dans l’adoption d’une approche macro-
économique fondée sur des méthodes économétriques de séries temporelles. Elle vise
également à fournir des éléments d’analyse susceptibles d’éclairer les politiques agricoles et
les stratégies d’adaptation face aux changements climatiques.
Enfin, le mémoire est structuré en trois chapitres. Le premier chapitre présente le cadre
conceptuel, les fondements théoriques et la revue critique de la littérature. Le deuxième
chapitre est consacré au contexte agroclimatique du Niger ainsi qu’à la méthodologie de
recherche. Le troisième chapitre expose les résultats empiriques, leur discussion et les
implications en termes de politiques économiques
Chapitre I : Cadre conceptuel, fondements théoriques et revue critique de la littérature
1.1. Cadre conceptuel
1.2. Fondements théoriques de la relation climat–rendement agricole
1.3. Mécanismes de transmission des effets climatiques sur le rendement du mil
1.4. Revue empirique de la littérature
1.5. Synthèse critique, lacunes et positionnement de l’étude
Chapitre II : Contexte agroclimatique du Niger et méthodologie de recherche
2.1. Caractéristiques agroclimatiques du Niger
2.2. L’agriculture nigérienne et la place du mil
2.3. Politiques agricoles, climatiques et stratégies d’adaptation
2.4. Cadre analytique de l’étude
2.5. Données, sources et traitement
2.6. Spécification du modèle et méthode d’estimation
Chapitre III : Résultats empiriques, discussion et implications de politique économique
3.1. Analyse descriptive et exploratoire
3.2. Résultats des estimations économétriques
3.3. Discussion des résultats au regard de la littérature
3.4. Implications économiques et recommandations
Conclusion générale