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Chapter 3

Le Maroc a connu une augmentation significative des incendies de forêt depuis les années 1990, avec des pics notables en 2022 et des baisses en 2024, illustrant la variabilité interannuelle des risques. La géographie des incendies montre une concentration dans les régions septentrionales, exacerbée par des facteurs écologiques et démographiques, tandis que des contraintes d'accessibilité et des insuffisances dans le réseau de pistes forestières compliquent les interventions. Les conditions climatiques, notamment la saisonnalité estivale, et les caractéristiques géomorphologiques des massifs forestiers aggravent la situation, rendant la gestion des incendies particulièrement difficile.

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Chapter 3

Le Maroc a connu une augmentation significative des incendies de forêt depuis les années 1990, avec des pics notables en 2022 et des baisses en 2024, illustrant la variabilité interannuelle des risques. La géographie des incendies montre une concentration dans les régions septentrionales, exacerbée par des facteurs écologiques et démographiques, tandis que des contraintes d'accessibilité et des insuffisances dans le réseau de pistes forestières compliquent les interventions. Les conditions climatiques, notamment la saisonnalité estivale, et les caractéristiques géomorphologiques des massifs forestiers aggravent la situation, rendant la gestion des incendies particulièrement difficile.

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CHAPITRE 2 : Dynamique et Contraintes des Incendies de Forêt

1. Evolution des Incendies de Forêt


L'analyse diachronique des incendies de forêt au Maroc, telle qu'elle ressort des bases de
données consolidées du HCEFLCD, révèle une dynamique longue marquée par une forte
variabilité interannuelle et une tendance structurelle à la hausse des départs de feu depuis le
milieu des années 1990. Sur la période 1960–2009, le pays a enregistré près de 12 912 incendies
ayant endommagé au total 149 292 hectares de forêts, soit une moyenne annuelle de 2 986
hectares. L'année 1983 demeure la plus dévastatrice avec 11 289 hectares détruits, tandis que
2002 constitua l'exercice le moins impacté avec seulement 593 hectares affectés (HCEFLCD,
2010).

Depuis lors, la dynamique s'est intensifiée. Les statistiques disponibles pour la décennie
2002–2015 font état d'une superficie moyenne annuelle brûlée de 3 549 hectares, traduisant une
aggravation tendancielle malgré les améliorations notables des capacités d'intervention. L'année
2022 constitue à cet égard une rupture brutale, avec plus de 500 incendies ayant ravagé plus de
22 000 hectares — le pic le plus élevé enregistré depuis plusieurs décennies, imputable à une
conjonction de facteurs climatiques extrêmes et de conditions de combustibilité exceptionnelles.
À l'inverse, l'année 2024 a marqué un recul historique, avec seulement 382 incendies pour 874
hectares brûlés, soit une baisse de 86 % par rapport à 2023 (6 426 hectares) et de 82 % par
rapport à la moyenne décennale, selon les données de l'Agence Nationale des Eaux et Forêts
(ANEF, 2025).

Ces contrastes interannuels témoignent de la sensibilité du risque incendie aux conditions


météorologiques de courte période, mais également de l'efficacité potentielle des dispositifs de
prévention et d'attaque précoce lorsqu'ils sont correctement dotés en ressources humaines et
matérielles. La figure ci-après illustre cette évolution sur la période 1960–2024.
Figure 1.1 — Évolution des superficies forestières brûlées au Maroc (1960–2024).

Source : HCEFLCD / ANEF. Les lignes pointillées indiquent les moyennes de référence.

La comparaison du ratio « hectares brûlés par incendie » entre les différentes périodes est
particulièrement révélatrice. Ce ratio, qui atteignait 14 hectares par feu entre 1960 et 1980, est
tombé à 7 hectares entre 2001 et 2014, témoignant d'une amélioration substantielle des capacités
d'intervention précoce grâce au renforcement progressif des moyens aériens et terrestres. L'année
2022 constitue cependant une rupture inquiétante avec un ratio de plus de 44 hectares par
sinistre, soulignant la fragilité du système de gestion face aux épisodes climatiques extrêmes
(ANEF, 2022).

Tableau 1.1 — Bilan décennal des incendies de forêt au Maroc (1960–2024)

Superficie Moy. ann.


Période Nb. incendies Ha / incendie Source
totale (ha) (ha)

1960–1980 ~4 000 ~60 000 2 857 ~14 HCEFLCD

1981–2000 ~5 200 ~58 000 2 900 ~11 HCEFLCD


2001–2014 ~3 712 ~49 700 3 549 ~7 HCEFLCD

2015–2021 ~2 100 ~28 000 4 000 ~6,5 ANEF

2022 (pic) > 500 > 22 000 — ~44 ANEF

2023 ~500 6 426 — ~12,9 ANEF

2024 (min) 382 874 — ~2,3 ANEF

Source : Compilé à partir des données HCEFLCD (2010), ANEF (2025). Les valeurs en rouge signalent
l'année exceptionnelle 2022 ; en vert, l'année record 2024.

1.1. Distribution Géographique des Incendies

La géographie des incendies de forêt au Maroc révèle une concentration spatiale fortement
marquée dans les régions septentrionales du pays. Cette distribution asymétrique s'explique par
la conjonction de plusieurs facteurs écologiques, démographiques et topographiques spécifiques
à ces territoires. La région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima se distingue nettement comme la
zone la plus sinistrée du pays, enregistrant annuellement près de 170 incendies représentant
environ 1 600 hectares détruits (HCEFLCD, 2019).

Plusieurs provinces concentrent une pression de mise à feu particulièrement élevée :


Chefchaouen, Tétouan, Tanger, Larache, Ouazzane et Nador figurent parmi les territoires les
plus exposés. Cette concentration septentrionale s'explique par la conjonction de plusieurs
facteurs structurels : une densité forestière élevée — notamment les formations de chêne-liège,
pin maritime et eucalyptus —, une démographie rurale importante exerçant des pressions d'usage
sur les ressources forestiers, ainsi qu'une topographie accidentée qui complexifie les
interventions de lutte. D'autres régions sont également concernées, notamment Fès-Meknès,
Rabat-Salé-Kénitra et l'Oriental, comme en témoignent les données de 2024 où Fès-Meknès a
concentré 41 % de la superficie nationale brûlée.

Tableau 1.2 — Distribution régionale des incendies de forêt au Maroc

Moy. % national % national


Région Moy. ha/an Vulnérabilité
incendies/an (feux) (ha)
Tanger-Tétouan-Al ~170 ~1 600 ~57 % ~53 % Très élevée
Hoceima

Fès-Meknès ~45 ~450 ~15 % ~41 %* Élevée

Rabat-Salé-Kénitra ~30 ~250 ~10 % ~8 % Élevée

L'Oriental ~20 ~150 ~7 % ~5 % Modérée

Autres régions ~35 ~350 ~11 % ~11 % Variable

Source : Compilé à partir des données HCEFLCD (2019) et ANEF (2024). * Valeur spécifique à l'année
2024.

1.2. Saisonnalité du Risque

La distribution temporelle des incendies obéit à une saisonnalité prononcée, avec une
concentration des sinistres sur la période estivale, de juin à septembre. Cette fenêtre de
vulnérabilité correspond à la conjonction des conditions les plus défavorables : sécheresse
prolongée, températures élevées, vents chauds de type chergui ou tramontane, et dessèchement
accru de la biomasse végétale. La modélisation du risque incendie, développée notamment par
l'Institut Scientifique de Rabat et l'ANEF, intègre ces paramètres météorologiques dans des
indices de danger tels que le Fire Weather Index (FWI), permettant de caractériser
quotidiennement les niveaux d'alerte.

Figure 1.3 — Répartition mensuelle indicative des incendies de forêt au Maroc (2001–
2020). La zone ombrée délimite la « saison à risque ».

Source : Estimations d'après HCEFLCD/ANEF.


La saisonnalité du risque est intimement liée aux caractéristiques phénologiques et
biochimiques des peuplements forestiers. Plusieurs études botaniques conduites dans les
formations ligneuses du Maghreb montrent que les résineux — pins, cèdres — et les formations
de maquis méditerranéen voient leur teneur en eau foliaire chuter significativement entre juillet
et août, atteignant des seuils critiques d'inflammabilité. Cette fragilité phytochimique explique
que, lors des périodes de sécheresse prolongée, les forêts réagissent beaucoup plus rapidement à
une source d'ignition. Ainsi, la saison estivale correspond à une période où les conditions
climatiques et l'état des végétaux se combinent pour rendre les incendies beaucoup plus
probables et plus difficiles à maîtriser.

Les données statistiques révèlent également une évolution notable du ratio « superficie
brûlée par incendie » au fil des décennies : de 14 hectares par feu durant la période 1960–1980,
ce ratio est tombé à environ 7 hectares entre 2001 et 2014, témoignant d'une amélioration des
capacités d'intervention précoce — notamment par le déploiement de Canadairs et de Dash-8 mis
à disposition par des partenaires internationaux. En 2025, l'ANEF a émis des alertes de risque «
moyen à extrême » pour plusieurs provinces du Nord, anticipant une saison difficile en raison de
la persistance de températures avoisinant les 40°C et d'un déficit pluviométrique marqué.

2. Contraintes d’Accessibilité

Dans la gestion des incendies de forêt, la variable temporelle est fondamentale. Les modèles
comportementaux du feu démontrent que la superficie brûlée croît de manière exponentielle avec
le délai d'attaque initiale (Cohen & Saveland, 1997 ; Fried & Fried, 1996). Chaque minute qui
s'écoule entre l'allumage du feu et l'arrivée des premiers moyens de lutte se traduit par une
expansion non linéaire du front de flammes, une augmentation de l'intensité thermique et une
réduction drastique des possibilités de contrôle direct. Dans ce contexte, l'accessibilité du terrain
forestier n'est pas une considération secondaire : elle conditionne directement l'issue de toute
tentative d'intervention.

Le concept d'accessibilité forestière englobe plusieurs dimensions interdépendantes. Il


renvoie d'abord à l'existence d'infrastructures routières permettant le déplacement des engins et
des équipes jusqu'aux zones concernées. Il implique ensuite que ces infrastructures soient
praticables dans les conditions spécifiques d'un incendie : charge du véhicule, vitesse de
déplacement. Il suppose enfin que la configuration du terrain elle-même — pentes, ravines,
densité de végétation — ne constitue pas un obstacle insurmontable pour l'approche à pied des
équipes d'extinction.

Le déficit d'accessibilité se manifeste à des degrés variables selon les massifs, mais constitue
une contrainte quasi-universelle que les gestionnaires forestiers et les commandants des
opérations de secours doivent intégrer dans leurs décisions tactiques.

2.1. Insuffisances structurelles du réseau de pistes forestières

La piste forestière constitue l'artère vitale de toute opération de protection et de lutte contre
les incendies. Elle permet le déplacement des camions-citernes, le positionnement des équipes au
sol, l'établissement de points d'eau et, dans les phases post-incendie, l'accès aux opérations de
reboisement et de surveillance. En dehors de toute situation d'urgence, elle est également le
principal vecteur de l'aménagement forestier ordinaire.

Le Maroc dispose d'un réseau de pistes forestières estimé à environ 22 000 kilomètres, dont
la gestion relève de l'Agence Nationale des Eaux et Forêts (ANEF) en coordination avec les
services provinciaux. Ce chiffre, qui peut paraître conséquent en valeur absolue, révèle à
l'analyse de profondes insuffisances qualitatives et quantitatives lorsqu'on le rapporte à la
superficie du domaine forestier national.

En termes de densité, on estime que la norme minimale recommandée pour une desserte
forestière efficace se situe entre 20 et 25 mètres linéaires de piste par hectare de forêt dans les
zones à risque élevé d'incendie (Contreras & Chacón, 2008). Or, dans les massifs forestiers
marocains les plus vulnérables, la densité effective du réseau de desserte atteint rarement 5 à 8
m/ha, et descend parfois en dessous de 2 m/ha dans les zones les plus enclavées du Rif et du
Moyen Atlas (HCEFLCD, 2015 ; ANEF, 2022). Ce déficit quantitatif signifie concrètement
qu'une proportion considérable du domaine forestier demeure inaccessible aux véhicules
motorisés, même dans des conditions normales.

« La densité du réseau viaire forestier au Maroc représente en moyenne moins de


30% des standards recommandés pour une intervention efficace contre les
incendies dans les zones à relief accidenté. » — ANEF, Rapport national sur les
feux de forêts, 2022.

Au déficit quantitatif s'ajoutent des insuffisances qualitatives tout aussi préoccupantes.


Une part significative des pistes existantes présente des caractéristiques techniques inadaptées
aux exigences opérationnelles des moyens modernes de lutte contre les incendies. Les camions-
citernes forestiers de grande capacité (8 000 à 12 000 litres) requièrent des pistes d'une largeur
minimale de 4 mètres, avec des rayons de courbure suffisants pour permettre la progression sans
manœuvre en zones dangereuses, et une capacité portante adaptée au gabarit de ces engins
lourds. Or, nombreuses sont les pistes marocaines construites pour des usages agricoles ou
pastoraux historiques dont les caractéristiques géométriques sont très inférieures à ces exigences.

La question de l'entretien constitue un facteur aggravant supplémentaire. Les pistes


forestières sont des infrastructures sensibles aux aléas climatiques : les épisodes pluvieux
intenses — dont la fréquence et l'intensité augmentent sous l'effet du changement climatique —
provoquent des ravines, des éboulements et des effacements qui rendent les pistes
temporairement ou durablement impraticables. Or, les budgets alloués à l'entretien courant du
réseau de desserte forestière demeurent structurellement insuffisants, générant un stock croissant
de pistes dégradées non remises en état (Benali et al., 2019).

Etude de Cas : L'Incendie de Chefchaouen (2022)

En juillet 2022, les incendies qui ont ravagé la région de Chefchaouen ont détruit plus de
3 200 hectares en moins de 72 heures. Les rapports d'analyse post-incendie ont établi que
l'essentiel de la propagation avait eu lieu dans des zones où aucune piste carrossable
n'existait à moins de 4 kilomètres du front de flammes. Les moyens terrestres ont dû
progresser à pied sur des terrains en forte pente, portant leur équipement, ce qui a
considérablement réduit leur efficacité opérationnelle. La coordination avec les moyens
aériens (Canadairs, hélicoptères bombardiers d'eau) a été entravée par l'impossibilité de
positionner des équipes de guidage au sol. Cet épisode illustre de manière exemplaire
comment le déficit d'accessibilité transforme une situation gérable en catastrophe
forestière.

2.2. Contraintes géomorphologiques et enclavement des massifs

Au-delà du réseau de pistes, la géomorphologie des massifs forestiers marocains génère des
contraintes d'accessibilité que les infrastructures seules ne peuvent entièrement résoudre. Le
Maroc possède l'un des reliefs les plus accidentés du continent africain, avec des chaînes
montagneuses qui couvrent près de 40% du territoire national. Les principaux massifs forestiers
— Rif, Moyen Atlas, Haut Atlas, Anti-Atlas — se caractérisent par des pentes souvent
supérieures à 35-45°, des dénivelés importants et des configurations topographiques complexes.

Ces caractéristiques géomorphologiques se traduisent directement en contraintes


opérationnelles. Les pentes supérieures à 30° rendent difficile voire impossible l'approche des
engins motorisés même sur des pistes existantes. Au-delà de 40°, seuls les équipes légères à pied
peuvent progresser, avec des limitations sévères en termes de charge transportable et de vitesse
de déplacement. Les configurations en gorges étroites — caractéristiques du Rif et des gorges
atlasiques — créent des zones de piège potentiel pour les équipes engagées, où les voies
d'évacuation rapide sont limitées ou inexistantes.

Les ravins et les cours d'eau saisonniers constituent des obstacles supplémentaires à la
libre circulation des équipes et des engins. La plupart des oueds marocains connaissent des crues
éclairs pendant la saison estivale, précisément au moment où le risque incendie est le plus élevé.
Ces crues peuvent survenir sans avertissement préalable et couper soudainement des axes de
progression ou d'évacuation, exposant les équipes engagées à des risques graves.

La carte ci-dessous illustre la corrélation entre la densité du réseau viaire forestier et la


sinistralité incendie dans les principales régions forestières marocaines. On observe une
corrélation inverse très marquée : les régions présentant la plus faible densité de pistes sont
précisément celles où les surfaces brûlées annuelles sont les plus importantes, ce qui confirme
empiriquement le lien entre accessibilité et efficacité de la lutte.

Tableau 1.2 — Accessibilité et charge combustible par région forestière marocaine


Région Inclinaison Charge
Superficie Accessibilité*
forestière dominante combustible

Rif (Nord) 760 000 ha Très accidenté (>45°) < 15% Élevée

Moyen Atlas 1 400 000 ha Accidenté (25-45°) 25-30% Très élevée

Haut Atlas 490 000 ha Très accidenté (>40°) < 10% Élevée

Région côtière 310 000 ha Modéré (< 25°) 40-50% Modérée

* Pourcentage de la superficie accessible aux véhicules lourds d'intervention (camions-citernes


≥ 8 000 L). Sources : ANEF (2022) ; HCEFLCD (2015) ; FAO (2020).

2.3. L'accessibilité aérienne : potentiels et limites dans le contexte marocain

Face aux contraintes de l'accessibilité terrestre, les moyens aériens représentent une
alternative opérationnelle dont l'importance s'est considérablement accrue au cours des deux
dernières décennies. La flotte nationale de lutte aérienne contre les incendies comprend des
avions bombardiers d'eau de type Canadair CL-415 et des hélicoptères bombardiers d'eau,
auxquels s'ajoutent ponctuellement des moyens loués ou mis à disposition dans le cadre de la
coopération internationale maghrébine et euro-méditerranéenne.

Les moyens aériens présentent des avantages décisifs en termes de mobilité : ils
s'affranchissent par définition des contraintes liées au réseau routier et peuvent intervenir sur
n'importe quel point du territoire dans les délais déterminés par les distances et les vitesses de
déplacement. Leur capacité à déverser de grandes quantités d'eau ou de retardant sur des fronts
de flammes inaccessibles par voie terrestre en fait des outils irremplaçables dans les
configurations d'incendies graves.

Cependant, les moyens aériens présentent également des limitations opérationnelles


importantes dans le contexte spécifique des massifs forestiers marocains. En premier lieu, leur
efficacité est fortement dépendante des conditions météorologiques. Les vents forts — qui
accompagnent précisément les épisodes d'incendie les plus dangereux — limitent les trajectoires
d'approche et réduisent la précision des largages. Les vols sont impossibles en dessous de
certains plafonds de nuages et dans les conditions de visibilité réduite.
En second lieu, la topographie accidentée des massifs montagneux marocains crée des
contraintes aérodynamiques particulières. Les effets de turbulence dans les gorges, les rabattants
(rotors sous le vent des crêtes) et les phénomènes de convection liés au feu lui-même constituent
des risques pour la sécurité des équipages et des contraintes pour les trajectoires d'approche.
Enfin, les moyens aériens requièrent, pour une efficacité maximale, un guidage au sol assuré par
des équipes positionnées à proximité du feu — ce qui renvoie précisément à la problématique de
l'accessibilité terrestre.

Les doctrines modernes de lutte contre les incendies de forêt insistent sur la
complémentarité indispensable entre les moyens terrestres et aériens. Les moyens aériens sont
des outils de ralentissement et de confinement du feu, mais leur action ne se substitue pas à
l'extinction réalisée au sol par les équipes et les engins. Dans les massifs marocains où
l'accessibilité terrestre est déficiente, cette complémentarité ne peut pas fonctionner de manière
optimale, ce qui réduit structurellement l'efficacité des opérations même lorsque des moyens
aériens conséquents sont engagés

2.4. Délais d'intervention : Modélisation et Implications Tactiques

La relation entre l'accessibilité du terrain et les délais d'intervention peut être formalisée et
quantifiée. Dans les systèmes de planification opérationnelle des incendies, on utilise
fréquemment la notion de « temps de trajet effectif » qui intègre non seulement la distance à
parcourir mais également les conditions de la piste (déclivité, état de la chaussée, largeur), la
nature de l'engin utilisé et les conditions météorologiques. Ce paramètre est central dans
l'optimisation du positionnement des ressources.

Pour les forêts marocaines, les analyses disponibles font apparaître des temps de trajet
effectif particulièrement préoccupants. Dans les zones les mieux desservies — plaines côtières et
basses collines — les délais d'intervention à partir des bases opérationnelles atteignent
généralement entre 15 et 30 minutes. Dans les zones de montagne à accessibilité moyenne, ces
délais s'élèvent à 45-90 minutes. Dans les zones enclavées du Rif et du Moyen Atlas, il n'est pas
rare que les délais de première arrivée dépassent 2 à 3 heures, voire davantage en cas de
dégradation des pistes (ANEF, 2022 ; Chergui et al., 2018).
Or, ces délais sont à mettre en regard des vitesses de propagation des incendies dans les
conditions climatiques marocaines. Par vent modéré (30-40 km/h) et dans des formations à
combustible sec, un incendie peut progresser à des vitesses de 100 à 300 mètres par heure sur
terrain plat, voire plusieurs fois plus rapidement sur pentes exposées. Un délai d'intervention de 2
heures signifie donc potentiellement que le feu a déjà parcouru plusieurs kilomètres avant que les
premiers moyens n'arrivent, rendant toute intervention directe impossible et contraignant les
équipes à une stratégie défensive.

2.5. Stratégies d'adaptation et recommandations opérationnelles

Face au défi structurel que représente l'accessibilité difficile des forêts marocaines, les
gestionnaires et les décideurs ont développé plusieurs stratégies d'adaptation dont l'efficacité est
variable mais mérite une analyse systématique.

La prépositionnement saisonnier des ressources constitue la première réponse opérationnelle.


Pendant la saison des feux (juin-octobre), certains massifs à risque élevé font l'objet d'un
dispositif de garde avancée avec des moyens matériels et humains positionnés à l'intérieur même
des zones forestières, réduisant les délais d'intervention. Cette approche est efficace mais
coûteuse en ressources humaines et logistiques, et suppose une capacité de prévision suffisante
des risques.

La construction et la remise en état des pistes forestières constitue naturellement la réponse


structurelle de long terme la plus efficace. Les programmes d'aménagement forestier intègrent
des composantes de renforcement de la desserte, mais les budgets disponibles demeurent
insuffisants au regard de l'ampleur des besoins. Une priorisation géographique rigoureuse est
nécessaire, fondée sur une analyse multicritère combinant le niveau de risque incendie, la valeur
écologique et économique des massifs, et le potentiel d'amélioration de l'efficacité
opérationnelle.

L'utilisation croissante des technologies de surveillance et de détection précoce — capteurs


connectés, cameras panoramiques, drones de surveillance, imagerie satellitaire — peut atténuer
partiellement la contrainte d'accessibilité en permettant une alerte plus précoce et donc une
intervention avant que le feu n'ait atteint des dimensions incontrôlables. Cette approche
technologique doit cependant être intégrée dans un système de commandement et de
communication robuste, qui fait lui-même face à des défis spécifiques dans les zones de
montagne en raison des obstacles à la couverture radio et réseau.

« L'amélioration de la desserte forestière reste l'investissement le plus rentable en


matière de prévention et de lutte contre les incendies. Un kilomètre de piste
forestière bien entretenu peut protéger plusieurs centaines d'hectares. » —
Rapport FAO/SILVA MEDITERRANEA, 2019.

CHAPITRE 3 : Evaluation
1.6 Gestion des Équipements et Matériels de la Protection Civile dans la Lutte contre les
Incendies de Forêt
1.6.1 Le rôle opérationnel de la Protection Civile marocaine
La Direction Générale de la Protection Civile (DGPC), rattachée au Ministère de l'Intérieur,
constitue l'acteur opérationnel de premier rang dans la réponse aux incendies de forêt au Maroc.
Elle assure la coordination des interventions d'urgence, mobilise les ressources humaines et
matérielles, et maintient la capacité de réponse permanente à travers un réseau de centres de
secours répartis sur l'ensemble du territoire national. Son action s'articule avec celle de l'ANEF
pour la composante forestière spécialisée, des Forces Armées Royales pour l'appui aérien, et des
autorités provinciales pour la coordination territoriale.
Cette position centrale confère à la gestion des équipements de la Protection Civile une
importance stratégique directe sur l'efficacité de la réponse aux incendies. Or, l'analyse de la
situation matérielle de la DGPC révèle un tableau préoccupant : une dotation en équipements de
lutte contre les incendies de forêt structurellement inférieure aux besoins opérationnels, une
politique de maintenance insuffisante, et une logistique de déploiement inadaptée aux contraintes
d'accessibilité décrites dans les sections précédentes.
1.6.2 Composition et état de la flotte d'équipements
La flotte d'équipements de lutte contre les incendies de forêt de la Protection Civile marocaine
comprend plusieurs catégories de matériels dont la disponibilité effective et l'état de
fonctionnement constituent des enjeux critiques. Les normes internationales en matière de lutte
contre les feux de forêt, notamment les standards de la National Fire Protection Association
(NFPA) et les benchmarks européens (EFFIS), fournissent un cadre de référence permettant
d'évaluer les écarts entre la dotation effective marocaine et les niveaux requis pour une
couverture opérationnelle satisfaisante.
Tableau 1.2 — Dotation en équipements de lutte contre les incendies de forêt —
Protection Civile du Maroc (2023)
Dotation Taux de Âge
Catégorie Dotation Taux de
effective disponibilité moyen
d'équipement recommandée couverture
(2023) opérationnelle (ans)
CCF Grande 180 62 34 % 67 % 12,4
capacité (≥ 8
000 L)
CCF Moyenne 200 118 59 % 72 % 9,7
capacité (4 000–
8 000 L)
Véhicules 400 245 61 % 78 % 8,1
légers 4×4 de
liaison
Groupes moto- 600 312 52 % 81 % 7,3
pompes
portables
Hélicoptères de 12 4 33 % 75 % 16,2
soutien
logistique
Équipements 5 000 2 840 57 % — 4,2
EPI feux de
forêt
(ensembles)
Systèmes de 800 410 51 % 84 % 6,8
communication
tactique
Sources : DGPC (2023) ; NFPA (2022) ; EFFIS (2022). CCF = Camion-Citerne Forestier ; EPI =
Équipements de Protection Individuelle. Les taux de disponibilité excluent les unités en
maintenance programmée ou curative.
Figure 1.3 — Dotation effective vs dotation recommandée en équipements de lutte contre les
incendies de forêt — Protection Civile du Maroc (2023).
Ces données appellent trois constats analytiques majeurs. Premièrement, le taux de couverture
global — défini comme le rapport entre dotation effective et dotation recommandée — oscille
entre 33 % et 61 % selon les catégories d'équipement, ce qui signifie que la Protection Civile
marocaine intervient structurellement avec moins de la moitié des moyens nécessaires à une
couverture efficace des zones forestières à risque. Deuxièmement, le taux de disponibilité
opérationnelle — c'est-à-dire la proportion d'unités effectivement opérationnelles au sein du parc
existant — révèle un problème de maintenance chronique : avec un taux de 67 % pour les CCF
grande capacité et un âge moyen de 12,4 ans pour ces unités critiques, un tiers du parc est
structurellement indisponible lors des pics de demande estivaux. Troisièmement, les hélicoptères
de soutien logistique présentent à la fois le taux de couverture le plus faible (33 %) et l'âge
moyen le plus élevé (16,2 ans), soulignant une double vulnérabilité — quantitative et qualitative
— dans une composante pourtant essentielle pour les zones d'accessibilité terrestre déficiente
1.6.3 Défis de la maintenance et obsolescence du parc
La problématique de la maintenance des équipements de la Protection Civile constitue un angle
mort récurrent des analyses institutionnelles. Elle illustre pourtant une réalité opérationnelle
critique : un équipement disponible sur le papier mais indisponible dans les faits — en raison
d'une panne non réparée, d'un équipement en révision prolongée ou d'un approvisionnement en
pièces détachées défaillant — ne contribue pas à la capacité de réponse effective. L'analyse de la
sinistralité de l'été 2021 dans les régions de Tanger-Tétouan-Al Hoceima et de la région du
Gharb indique que plusieurs camions-citernes assignés aux secteurs forestiers concernés étaient
en indisponibilité technique au moment de la survenue des incendies.
Cette situation est le produit de plusieurs facteurs structurels convergents. D'abord, les cycles de
renouvellement du parc matériel sont systématiquement allongés au-delà des recommandations
constructeurs, faute de budgets d'investissement suffisants. Ensuite, la politique de maintenance
préventive est insuffisamment rigoureuse : la proportion de pannes curatives — non planifiées —
dans le total des interventions de maintenance révèle une culture de réparation réactive plutôt que
préventive. Enfin, la dispersion géographique des unités sur un territoire à topographie complexe
rend logistiquement difficile la concentration des véhicules dans les centres de maintenance
équipés, ce qui allonge les délais de remise en service.
Tableau 1.3 — Indicateurs de performance de la maintenance des équipements incendie
— Protection Civile (2022–2023)
Indicateur de Valeur marocaine Benchmark
Écart
maintenance (2022–2023) européen (EFFIS)
Taux de disponibilité 67 % ≥ 85 % −18 pts
opérationnelle (CCF) (%)
Part des pannes curatives 64 % ≤ 30 % +34 pts
dans les interventions
maint. (%)
Délai moyen de remise en 18,4 j ≤5j +13,4 j
service (CCF, jours)
Durée de vie moyenne 16,2 ans 12–14 ans +2 à 4 ans
avant remplacement (CCF,
ans)
Budget maintenance / 2,1 % 5–7 % −3 à 5 pts
valeur parc matériel (%/an)
Sources : DGPC (2023) ; EFFIS (2022).
1.6.4 Déploiement territorial et logistique de pré-positionnement
La gestion des équipements ne se limite pas à leur disponibilité en parc : elle inclut la dimension
critique du déploiement territorial, c'est-à-dire la capacité à positionner les ressources matérielles
au plus près des zones de risque avant que l'incendie ne se déclare. Cette logistique de pré-
positionnement saisonnier constitue l'une des réponses opérationnelles les plus efficaces aux
contraintes d'accessibilité, dans la mesure où elle réduit structurellement les distances et donc les
délais d'intervention.
La doctrine de pré-positionnement de la Protection Civile marocaine, bien qu'existante sur le
papier, souffre de plusieurs limitations pratiques. D'abord, le nombre de bases avancées
saisonnières est insuffisant au regard de l'étendue des zones à risque : les données de la DGPC
pour la saison 2022 indiquent que moins de 35 % des zones forestières classées à risque élevé
étaient couvertes par une base de pré-positionnement opérationnelle pendant la saison des feux.
Ensuite, les équipements prépositionnés sont souvent les moins récents et les moins performants
du parc, les meilleurs engins étant maintenus dans les dépôts centraux pour des raisons de
sécurité et de maintenance. Enfin, la logistique de ravitaillement en eau, carburant et retardants
des bases avancées n'est pas toujours assurée de façon fiable, ce qui limite leur capacité
opérationnelle dans les phases aiguës d'une crise.

▌ Encadré 1.3 — Incendie de Tanger-Assilah (juillet 2021) : Défaillances cumulées


d'accessibilité et d'équipements
Les incendies qui ont frappé la province de Tanger-Assilah en juillet 2021 ont consumé plus
de 5 800 hectares en quatre jours. L'analyse post-crise conduite par la DGPC et l'ANEF a
révélé une convergence de facteurs défavorables illustrant la thèse centrale du présent
chapitre :
● Sur le plan de l'accessibilité : les fronts les plus actifs progressaient dans des zones
où la densité de pistes forestières était inférieure à 3 m/ha. La dégradation partielle
d'un axe forestier principal par des épisodes pluvieux antérieurs avait privé les
équipes d'un axe de progression essentiel.
● Sur le plan des équipements : parmi les 8 CCF grande capacité initialement
mobilisés, 2 ont été immobilisés dans les premières 24 heures pour des pannes
mécaniques, réduisant de 25 % la capacité d'engagement au moment le plus critique.
● Sur le plan du commandement : l'absence d'équipements de communication tactique
suffisants a contraint plusieurs équipes à progresser sans couverture radio,
augmentant les risques pour le personnel.

Ce cas illustre de façon concrète comment les défaillances d'accessibilité et les déficits
d'équipements s'amplifient mutuellement pour dépasser les seuils de gestion maîtrisée.

Sources : Ministère de l'Intérieur (2022) ; Bouazza et al. (2021).


1.6.5 Analyse budgétaire et trajectoire d'investissement
L'analyse des tendances budgétaires relatives aux équipements de lutte contre les incendies de
forêt de la Protection Civile marocaine révèle une contradiction fondamentale : alors que les
superficies brûlées annuelles connaissent une tendance nette à l'augmentation sous l'effet du
changement climatique et de l'expansion des interfaces forêt-zones habitées, les budgets
d'investissement en équipements progressent à un rythme insuffisant pour compenser
l'obsolescence du parc existant, a fortiori pour le renforcer

Figure 1.4 — Évolution du budget de lutte contre les incendies de forêt de la Protection Civile et
superficies brûlées au Maroc (2015–2023).
La Figure 1.4 illustre cette inadéquation structurelle : si le budget alloué à la Protection Civile
pour les interventions liées aux incendies de forêt a connu une progression nominale sur la
période 2015–2023 (passant de 320 à 430 millions de MAD), cette augmentation de 34 % sur
huit ans reste très inférieure à la croissance des besoins opérationnels, mesurée à travers
l'évolution des superficies brûlées. La saison 2021 — avec plus de 14 000 hectares brûlés — et la
saison 2022 — record historique à 18 500 hectares — illustrent brutalement le décrochage entre
les moyens engagés et l'intensité des phénomènes à contrôler. Des travaux comparatifs avec
d'autres pays méditerranéens suggèrent que le Maroc consacre à la protection forestière contre
l'incendie, en proportion de son PIB, moins de la moitié de ce que lui imposeraient ses niveaux
de risque forestier.
1.7 Stratégies d'adaptation et recommandations opérationnelles
La convergence des déficits d'accessibilité et de gestion des équipements impose une réponse
stratégique articulant le court terme opérationnel et le long terme structurel. Les mesures
envisageables peuvent être organisées selon quatre axes complémentaires, dont la mise en œuvre
simultanée conditionne l'efficacité globale de la démarche.
Tableau 1.4 — Recommandations stratégiques pour l'amélioration de l'accessibilité et de
la gestion des équipements
Indicateurs de
Axe stratégique Mesures prioritaires Horizon temporel
résultat
1. Accessibilité Construction Densité réseau ≥ 15 Court terme : 2 ans ;
terrestre prioritaire de 1 500 m/ha dans zones Long terme : 5–8 ans
km de pistes risque élevé d'ici 2030
forestières dans le Rif ; délai moy. < 60 min
et le Moyen Atlas ; dans 80 % des zones
remise en état de 3
000 km de pistes
dégradées ;
intégration des
normes CCF dans les
spécifications
techniques
2. Programme Taux de couverture ≥ 3–5 ans (acquisition
Renouvellemen pluriannuel 75 % ; âge moyen progressive)
t du parc d'acquisition de 120 parc CCF ≤ 10 ans ;
matériel CCF grande disponibilité
capacité ; opérationnelle ≥ 85 %
renouvellement de la
flotte d'hélicoptères
logistiques ;
standardisation des
équipements EPI
3. Maintenance Mise en place d'un Part de maint. 18–24 mois
préventive CMMS (système de préventive ≥ 70 % ; (déploiement
gestion informatisée délai remise en système)
de la maintenance) ; service ≤ 7 jours ;
objectif 70 % de budget maintenance ≥
maintenance 5 % valeur parc
préventive ; création
d'ateliers régionaux
mobiles
4. Pré- Extension des bases Couverture ≥ 80 % 2–3 ans
positionnement avancées à 80 % des zones risque élevé ;
saisonnier zones à risque élevé ; délai intervention
dotation en base avancée ≤ 30
équipements récents min dans zone
des bases avancées ; couverte
Indicateurs de
Axe stratégique Mesures prioritaires Horizon temporel
résultat
exercices inter-
agences annuels
Sources : Adapté de Planas et al. (2016) ; ANEF (2022) ; DGPC (2023).

La priorisation géographique de ces investissements doit être fondée sur une analyse multicritère
combinant le niveau de risque incendie documenté, la valeur écologique et économique des
massifs concernés, et le potentiel d'amélioration de l'efficacité opérationnelle. Dans ce cadre, les
massifs du Rif occidental et du Moyen Atlas septentrional méritent une attention prioritaire en
raison de la conjonction d'un déficit d'accessibilité extrême, d'une charge combustible très élevée
et d'une sinistralité historiquement disproportionnée.
« L'amélioration de la desserte forestière reste l'investissement le plus rentable en matière de
prévention et de lutte contre les incendies. Un kilomètre de piste forestière bien entretenu peut
protéger plusieurs centaines d'hectares. » — FAO / Silva Mediterranea, 2019.

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