Dossier 1 Rwanda
Dossier 1 Rwanda
Dossier noir n° 1
Table de Matières
CHAPITRE 1.....................................................................................................................................................3
UNE PARTIE DE L'ARMÉE FRANÇAISE A POURSUIVI L'ALLIANCE AVEC LES FORCES
ARMÉES RWANDAISES (FAR). ELLE LEUR A APPORTÉ ARMES, INSTRUCTION, SOUTIEN
LOGISTIQUE,..................................................................................................................................................3
1. Le soutien aux forces armées du parti génocidaire.............................................................................3
2. Les livraisons d'armes pendant le génocide.........................................................................................4
3. Et depuis..................................................................................................................................................6
4. Manoeuvres franco-zaïroises................................................................................................................7
5. Document n° 1......................................................................................................................................10
RAPPORT DE VISITE FAIT AUPRES DE LA MAISON MILITAIRE DE COOPERATION A
PARIS...............................................................................................................................................................10
CHAPITRE 2...................................................................................................................................................12
LA FRANCE A FAIT OBSTACLE À LA RECONNAISSANCE DU GÉNOCIDE. DES DIRIGEANTS
FRANÇAIS ONT TENTÉ D'ACCRÉDITER LA THÈSE DU " DOUBLE GÉNOCIDE "...................12
CHAPITRE 3...................................................................................................................................................14
LA FRANCE A REÇU, HÉBERGÉ OU PROTÉGÉ DES RESPONSABLES MAJEURS DU
GÉNOCIDE.....................................................................................................................................................14
CHAPITRE 4...................................................................................................................................................17
LA DIPLOMATIE FRANÇAISE A PRÔNÉ L'INTÉGRATION DANS LE GOUVERNEMENT
RWANDAIS DE RESPONSABLES OU COMPLICES DU GÉNOCIDE...............................................17
CHAPITRE 5...................................................................................................................................................18
LA FRANCE A LONGTEMPS ORCHESTRÉ LE BLOCAGE DE TOUTE AIDE
INTERNATIONALE AU NOUVEAU GOUVERNEMENT DE KIGALI, EN CHARGE DE
RECONSTRUIRE UN PAYS RAVAGÉ PAR LES EFFETS DU GÉNOCIDE......................................18
CHAPITRE 6...................................................................................................................................................20
AUX NIVEAUX NATIONAL ET INTERNATIONAL, LA FRANCE TENTE D'ESQUIVER LES
PROCÉDURES EFFICACES D'ARRESTATION, DE JUGEMENT ET DE SANCTION DES
RESPONSABLES DU GÉNOCIDE.............................................................................................................20
1. En France..............................................................................................................................................20
2. Aux Nations unies.................................................................................................................................21
CHAPITRE 7...................................................................................................................................................23
VALSE-HÉSITATION OU DOUBLE LANGAGE....................................................................................23
ANNEXE..........................................................................................................................................................25
1. La politique de la France au Rwanda................................................................................................25
2. Repères chronologiques sur l'implication de la France au Rwanda...............................................27
INDEX..............................................................................................................................................................34
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Chapitre 1
Une partie de l'armée française a poursuivi l'alliance avec les Forces
armées rwandaises (FAR). Elle leur a apporté armes, instruction,
soutien logistique,...
De 1990 à 1993, la France a caché l'importance de son soutien militaire au régime du général
Juvénal Habyarimana. Elle l'a ensuite admis, en se justifiant par l'heureuse conclusion des accords
d'Arusha (4 août 1993). Mais elle rejette l'implication de certains de ses soldats dans l'enchaînement
des événements qui, au début de 1994, ont conduit au génocide. Et elle dément formellement avoir
prolongé son alliance avec les Forces armées rwandaises (FAR), co-responsables du génocide, après
le déclenchement de celui-ci. Or le soutien aux FAR a dépassé largement la sympathie de quelques
officiers français pour leurs anciens élèves.
-5-
3. Et depuis...
Avant de réarmer les FAR, on pouvait ne pas les priver d'armes :
" Après la défaite [...], les troupes françaises ont désarmé les forces rwandaises qui traversaient la
frontière vers le Zaïre, puis ont remis leurs armes aux autorités zaïroises. La France sachant la constance
du soutien zaïrois à l'armement des FAR, la décision française [...] n'était pas vraiment appropriée. [...]
Avant leur relève par d'autres contingents de l'ONU, elles relâchèrent les prisonniers [...]. Les forces
françaises ont laissé derrière elles au moins une cache d'armes dans la ville rwandaise de Kamembé, dans
la zone de sécurité ".
Le 9 novembre à Biarritz, Colette Braeckman a apporté le témoignage suivant :
" J'ai rencontré à Kigali, fin août, des éléments de l'armée rwandaise qui étaient revenus subrepticement
au Rwanda. Ils m'ont dit que, lorsqu'ils se trouvaient dans la zone Turquoise, ils avaient fait état à l'armée
française de leur volonté de rejoindre Kigali, en disant : "La guerre est finie. On doit former une armée
nationale. Nous ne sommes pas d'accord avec le génocide qui a été commis et nous voulons rentrer à
Kigali". Les militaires français les ont mis dans un hélicoptère et les ont a déposés à Bukavu, où s'était
replié l'état-major des FAR, en leur disant : "Arrangez-vous avec vos supérieurs !". Un autre s'est fait
injurier lorsqu'il a dit qu'il voulait rentrer. Il s'est fait traiter, je cite, de "sale nègre" par un officier français
qui a ajouté : "On va te couper la tête si tu rentres à Kigali". Il a dû aller au Zaïre, et le FPR est venu le
rechercher à Goma".
Alison Desforges, de Human Rights Watch, ajoutait qu'elle avait rencontré la veille (le 8 novembre)
"un Rwandais tout à fait fiable, qui revenait de Goma depuis deux jours". Il "m'a parlé d'un colonel
français en train de collaborer avec les militaires rwandais". Le rapport de la même organisation,
publié en mai 1995, sera plus précis :
"Selon des témoignages recueillis par HRW, des militaires et des miliciens hutus ont continué de recevoir
un entraînement militaire dans une base militaire française en Centrafrique après la défaite des FAR.
HRW a appris de leaders hutus qu'au moins en une occasion, entre le 16 et le 18 octobre 1994, des
membres des milices rwandaises et burundaises ont voyagé sur un vol d'Air-Cameroun de Nairobi à
Bangui, capitale de la Centrafrique (via Douala au Cameroun), pour y être entraînés par des militaires
français ".
Des milliers de soldats ont, selon des témoins, été transportés en bus au camp de Chimanga. Un
visiteur étranger a estimé que 5 000 hommes s'y trouvaient, et qu'un nombre égal y avait transité. Ils
y suivaient un programme rigoureux. Le chef du camp, le colonel Munyakazi, s'est vanté que des
militaires français lui avaient offert de l'aider à entraîner ses hommes. Il se trouve qu'à l'automne
1994, plusieurs attachés militaires français ont été dépêchés depuis la France et Kinshasa jusqu'à
Goma et Bukavu .
Selon les "services" des Nations unies, la DGSE utiliserait des entreprises françaises "amies" (voire
même des entreprises britanniques) pour continuer de ravitailler les ex-FAR. Leur armement a été
notablement transformé, leur équipement rénové, ce qui atteste de livraisons importantes, par des
circuits que l'armée française, très présente dans la région, ne peut ignorer. Des munitions ont été
découvertes dans des colis de médicaments.
Une "fuite" mentionne encore le départ d'Orléans, le 9 juin, d'un convoi aérien (3 Mirage et 4
appareils de transport), organisé par la DGSE et destiné à étayer les préparatifs militaires du Hutu
power. D'autres mouvements militaires français auraient été observés à destination de la frontière
rwandaise, via la Centrafrique. Et un journaliste britannique a signalé au début de l'été, au bord du
lac Kivu, la présence de la section amphibie du 2° REP (Régiment étranger de parachutistes -
troupes de choc). Impénitents, les militaires froggies grenouillent...
4. Manœuvres franco-zaïroises...
Pour le Secrétaire général de l'ONU Boutros Boutros-Ghali, "il y a des raisons de croire que ces
éléments [les responsables du génocide] préparent une invasion armée du Rwanda". Le président de
l'ex-parti unique MRND, Mathieu Ngirumpatse, a indiqué que les FAR se transformaient en guérilla
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dans l'intention de déstabiliser le régime de Kigali . Le "cerveau" présumé du génocide, le colonel
Théoneste Bagosora, a fait de même, évoquant l'intifada palestinienne. Selon Tadele Slassie,
commandant en chef des Nations unies dans la région, les forces zaïroises auraient participé à
l'entraînement de ces soldats .
En mai 1995 , Human Rights Watch a apporté une série de précisions sur l'implication du Zaïre :
" Ceux qui ont perpétré le génocide rwandais ont reconstruit leur infrastructure militaire. [...] Les ex-FAR
[Forces armées rwandaises] disposent de forces estimées à 50 000 hommes, réparties en une douzaine de
camps. Elles tiennent les milices sous un contrôle plus étroit. Elles ont lancé des attaques à l'intérieur du
Rwanda pour y déstabiliser une situation déjà précaire, obtenir de l'information et acquérir de l'expérience
en vue d'une offensive future contre l'actuel gouvernement de Kigali. [...] [Elles] continuent de jouir de
l'impunité, sans aucune poursuite ni arrestation liées à leur engagement présumé dans le génocide de l'an
dernier. [...]
Les forces zaïroises proches du Président Mobutu ont joué un rôle pivot dans la réémergence en tant que
force militaire puissante de ceux qui sont directement impliqués dans le génocide rwandais. [...] HRW a
pu interroger des officiels représentant le "gouvernement en exil", tels le premier ministre Jean Kambanda
[...] : ils déclaraient encore ouvertement, le 26 avril 1995, que le "gouvernement rwandais en exil" était
basé au Zaïre. Derrière le Zaïre se tient la France. [...]
Beaucoup des armes lourdes et des équipements que les ex-FAR ont réussi à sortir du Rwanda, dont des
véhicules blindés AML 60 et AML 90 fabriqués en France, des blindés équipés de mortiers de 120 mm,
des armes anti-aériennes variées, des lance-roquettes, des obusiers, des mortiers et des camions militaires,
ont été conservés en bon état dans une [...] base militaire près du centre de Goma. HRW a pu voir ces
armes [...] et observer que des soldats des ex-FAR étaient responsables de leur entretien courant. [...]
HRW a identifié cinq types de camps militaires dans l'est du Zaïre [Lac Vert au Nord-Kivu, Panzi près de
Bukavu, le camp secret de Bilongue au Sud-Kivu, des camps "civils" militarisés dans la région d'Uvira
(Kamanyola, Kanganiro, Lubarika, Luvungi et Luberizi), de petits camps de guérilla dans l'île Idjwi (lac
Kivu)]. [...] Kamanyola est situé à seulement 800 mètres du Burundi et quelques kilomètres du Rwanda.
[...]
Selon des sources locales, les autorités zaïroises, civiles et militaires, ont menacé les journalistes et les
militants des droits de l'homme à Goma et Bukavu, leur défendant de relater les activités des ex-FAR et
des milices, ou l'emplacement de leurs camps. [...] Des militaires zaïrois et des officiers de la Garde civile
ont autorisé des éléments des ex-FAR et des milices à résider dans certaines des bases militaires du Zaïre,
et à y conduire leurs entraînements ".
Amnesty International a confirmé par ailleurs la poursuite des livraisons d'armes au Hutu power, via
Goma "une fois par semaine - les mardi à 23h00 locales [...], jusqu'à la mi-mai 1995". Pour de
multiples raisons, il est impossible d'organiser un trafic d'armes aussi massif et régulier à Goma
sans complicités françaises.
Les liens militaires franco-zaïrois, jamais interrompus (le général Jeannou Lacaze continuait de
conseiller le maréchal Mobutu pendant le " boycott " officiel), ont été considérablement renforcés
depuis l'opération Turquoise. Les services secrets français ont initié, notamment, une alliance
franco-zaïro-soudanaise contre l'APLS (résistance sud-soudanaise) .
Une entreprise de déstabilisation du Rwanda peut difficilement se faire contre la France. Mais on ne
rencontre pas, à Paris, une farouche volonté de s'y opposer... Bien au contraire, une frange non
négligeable de l'armée restait avide de revanche contre le FPR, coupable d'avoir ridiculisé les
troupes qu'elle conseillait et instruisait depuis 1990. Quant au pouvoir civil, éclaté entre au moins
six centres de décision officiels (Elysée, Matignon, Coopération, Défense, Intérieur, Affaires
Etrangères) et au moins autant d'officieux, il contrôle bien mal, de l'aveu même d'un proche du
ministre de la Défense, l'action de tous les militaires, ex-militaires ou paramilitaires français
engagés en Afrique. A ce propos, les préparatifs, les prémisses et les causes immédiates du
génocide continuent de susciter de très graves soupçons (formation des milices, tortures, possible
participation à l'attentat contre l'avion du général Habyarimana) , qu'il ne suffit pas de dénier pour
effacer. Et les propos d'un Jean-François Bayart ne sont pas rassurants :
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"Au fur et à mesure que la crise s'aggravait, les militaires, et notamment la mission de coopération
militaire de la rue Monsieur, ont exercé une influence de plus en plus grande. Ils ont eu de plus en plus le
monopole de l'analyse de l'information que l'on déposait sur le bureau du chef de l'Etat, allant jusqu'à
créer le contexte médiatique dans lequel se prend la décision et qui éventuellement influe sur celle-ci : ce
fut le cas en janvier-février 1993, c'est la mission de coopération militaire qui, à propos du FPR, entonne
le thème des Khmers noirs, la défense de la francophonie, etc. Et Jacques Isnard du Monde a repris sans
aucun commentaire critique cette thèse selon laquelle le fond du problème était la menace anglophone et
que, sur les bords du lac Victoria, l'armée française défendait la francophonie. [...]
L'appareil de décision français est incapable de prendre la mesure des transformations sociales en
Afrique. Toutes les informations sont filtrées par nos représentations culturelles du politique en Afrique.
[...] La crise du Rwanda a été perçue dans les bons vieux termes de l'ethnicité, du tribalisme. [...] Le
deuxième stéréotype culturaliste qui a fait des ravages, c'est [...] le culte du chef. On sait bien pourtant
que [...] cette idéologie du chef est, en Afrique, une création coloniale [...].
Tous les signes annonciateurs [du génocide rwandais ont été] passés à la machine culturelle que l'on vient
d'évoquer [...]. On peut en donner pour exemple l'accueil du rapport de mars 1993 qui apportait des
éléments d'information extrêmement précis sur les massacres. Il est évident que les militaires français
étaient au courant, les tueurs partaient des casernes et les Français conseillaient l'armée rwandaise. On ne
peut pas penser que les conseillers militaires étaient satisfaits de ces tueries, mais ils les ont tues, ou
camouflées. [...] Les gens qui tenaient un autre discours étaient suspects, c'était les gauchistes de la FIDH
ou bien, encore plus grave, c'était des Anglo-Saxons d'Africa Watch. [...]
Il faut savoir que l'armée française a une autonomie à peu près complète sur le terrain en Afrique, et cela
de la façon la plus légale qui soit. Il y a toute une circulation d'argent qui relève de certaines lignes
budgétaires reconnues par le Parlement et qui n'est pas contrôlée. Cet argent sert à financer des opérations
dont nous n'avons pas la moindre idée. Et de ce point de vue la tragédie de 1994 n'a rien appris aux
décideurs français. Au moment où la France était éclaboussée par la tragédie du Rwanda, le ministère de
l'Intérieur et toute une série de Services français apportaient leur soutien à l'armée soudanaise pour
écraser la rébellion du sud Soudan. Ce soutien se poursuit à l'heure actuelle, il y a des livraisons d'armes.
Cela se fait en dehors de tout contrôle parlementaire, en dehors de toute information de l'opinion
publique, cela échappe à toute expertise. [...] [Comme] au Soudan, [...] les Services français interviennent
actuellement [au Cabinda] avec les mêmes approximations, le même rôle de l'imaginaire, les mêmes
circuits de financement [...].
Pour le Rwanda même, rien ne dit que le budget de la coopération militaire ne continue pas à financer les
anciennes forces armées rwandaises basées au Zaïre ".
Autrement dit, l'armée française ne s'est pas encore franchement dissociée de tous ceux qui, repliés
au Zaïre sous sa protection en juillet 1994, rêvent de revenir "finir le travail".
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5. Document n° 1
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d. Lors des entretiens suivants au cours desquels j'ai insisté sur les actions immédiates et à moyen
terme, attendues de la France, le général HUCHON m'a clairement fait comprendre que les
militaires français ont les mains et les pieds liés pour faire une intervention quelconque en notre
faveur à cause de l'opinion des médias que seul le FPR semble piloter. Si rien n'est fait pour
retourner l'image du pays à l'extérieur, les responsables militaires et politiques du Rwanda seront
tenus responsables des massacres commis au Rwanda.
Il est revenu sur ce point plusieurs fois. Le gouvernement Français, a-t-il conclu, n'acceptera pas
d'être accusé de soutenir les gens que l'opinion internationale condamne et qui ne se défendent pas.
Le combat des médias constitue une urgence. Il conditionne d'autres opérations ultérieurs. Dès que
le contact téléphonique protégé sera établi, une appréciation des problèmes relatés au point 3 ci-
dessus sera affinée et concrétisée en tenant compte de la position du gouvernement Français sur le
cas du Rwanda.
5- Conclusions :
a. Ces contacts m'ont permis de sonder combien la coopération militaire Française est gênée de
nous expliquer sa retenue en matière d'intervention direct par souci de solidarité à l'opinion
politique Europèenne et Américaine.
b. Les essais de relance de médiatisation fait à Paris par la cellule du Col NTAHOBALI que j'ai
enrichie par les articles ci-annexés sont à stimuler et renforcer. A ce sujet, il urge d'y dépêcher un
attaché de presse à la hauteur de la situation. Soigner davantage l'image du pays à l'extérieur
constitue une des priorités à NE PAS perdre de vue.
c. Les appareils téléphoniques que j'apporte devraient nous aider à sortir de l'isolement vis à vis de
l'étranger.
d. Le comité consultatif de crise devrait épauler davantage l'autorité politico-militaire par des
propositions concertées allant même au-delà du court terme.
e. Les amis contactés nous conseillent de faire un effort pour mettre à l’œuvre des équipes aux
effectifs réduits pour saboter les arrières de l'Eni et briser ainsi son élan.
f. Il est à remarquer tant du côté Belge que du côté de la France, l'hésitation d'envoyer tous les
stagiaires au Rwanda même ceux pour qui les cours prennent fin au début de juillet 94.
g. Une visite de haut niveau politique pourrait mieux cadrer les orientations et les actions attendues.
RWABALINDA Ephrem
Lt Col BEM
Chapitre 2
La France a fait obstacle à la reconnaissance du génocide. Des
dirigeants français ont tenté d'accréditer la thèse du " double
génocide ".
Au Rwanda, la qualification de génocide est incontournable, et même ceux qui voulaient l'éviter
sont aujourd'hui obligés de s'incliner devant les faits. Pour les journalistes, les juristes, les
représentants d'ONG ou d'associations civiques qui s'étaient rendus sur place, la cause était
entendue avant la fin avril. Mais les Etats redoutent le caractère juridiquement décisif de ce terme,
qui leur impose l'intransigeance et les contraint à réagir : s'il y a génocide, la respectabilité politique
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et la convention de Genève obligent en effet à se mobiliser pour l'arrêter, puis pour appréhender et
juger les coupables.
Fin avril, le représentant de la France s'opposait à ce que le Conseil de Sécurité qualifie de
" génocide " les massacres perpétrés contre les Tutsis du Rwanda. Il fallut attendre six semaines
après leur déclenchement pour que, le 18 mai, le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé
emploie ce mot devant l'Assemblée Nationale. Mais alors la machine de mort avait fait l'essentiel de
son travail : la France reconnaissait la gravité des faits lorsqu'il n'y avait presque plus rien à faire.
Qui a demandé au représentant français à l'ONU de combattre le diagnostic de l'abomination - dont
la presse avait, depuis déjà plusieurs jours, étalé l'horreur ? Se targuant, à raison, de son influence
au Conseil de Sécurité, la France ne pouvait pas ne pas savoir que cette obstruction empêchait une
réaction rapide de la communauté internationale... En attendant Turquoise ?
A part Alain Juppé, les autres dirigeants français ont été particulièrement avares du mot génocide -
et d'indignation à son sujet. Combien de fois François Mitterrand, Edouard Balladur, Charles
Pasqua ou Michel Roussin ont-ils employé officiellement ce terme ? Il faut dire que l'exode au
Zaïre et la " crise humanitaire " avaient fort opportunément tourné la page.
Dès le début, le Hutu power avait avancé la thèse des massacres préventifs : ils auraient été
déclenchés pour anticiper le génocide programmé par le FPR et ses complices. Cette thèse manquait
d'assise factuelle et d'effet de sympathie. Elle n'en fut pas moins relayée, pendant plus d'un mois,
par tous les tenants de l'" inexpiable conflit interethnique ". L'évidente dimension politique des
antagonismes rwandais (où l'on a " ethnicisé " des clivages sociaux, et commencé, le 7 avril, par un
massacre sauvage des opposants hutus) dévalorisa cependant cette explication " rassurante " .
Mais les nombreux amis, Français et étrangers, du régime Habyarimana, trouvèrent dans sa défaite
l'occasion de le réhabiliter. Ils tentèrent de recycler la thèse du " génocide prophylactique " en celle
du " double génocide ". En algèbre, 1 = 1 se réduit à 0 = 0. En politique, le " double génocide "
permet de disqualifier en même temps tous les acteurs du drame rwandais, donc d'effacer l'indignité
du soutien continu à l'un des camps - auteur du seul génocide reconnu jusqu'alors.
Cette algèbre miraculeuse a été testée lors de l'opération Turquoise. Selon le satisfecit officiel, elle
aurait " évité un deuxième génocide " (sous-entendu : de Hutus) . Maintenant que les Français sont
partis, plus rien ne s'opposerait vraiment à un déchaînement mimétique des Tutsis.
Dans la version écrite de son discours du 8 novembre 1994 au Sommet franco-africain de Biarritz,
François Mitterrand évoquait " les génocides " qui ont eu lieu au Rwanda. Interrogé le lendemain
par le journaliste Patrick de Saint-Exupéry, qui s'étonnait de ce pluriel, le Président de la
République a répondu : " Voulez-vous dire que le génocide s'est arrêté après la victoire des Tutsis ?
Je m'interroge aussi... " - avant de faire remarquer qu'oralement, il avait employé le terme au
singulier.
Cette hésitation est significative. Elle a lieu dans le contexte d'une campagne (portée notamment par
certains milieux catholiques , mais pas uniquement ) qui tend à contrebalancer le génocide du
printemps par les représailles et conflits de propriété qui, certes, n'ont pas manqué dans les zones
conquises par le FPR : certaines réactions étaient inévitables, lors de la découverte des massacres, et
certains extrémistes sont venus grossir les rangs du camp victorieux. Le nouveau gouvernement a
réclamé de l'aide pour la mise en place d'un système judiciaire, la restauration d'un Etat de droit et,
plus généralement, d'un Etat tout court. Jusqu'au 25 novembre 1994, la France a bloqué toute
décision d'aide financière à Kigali, tant de la Banque mondiale que de l'Union européenne. Certes,
beaucoup d'observateurs ont pu constater les graves difficultés et les faux pas du nouveau régime.
Mais ceux qui font tout pour le priver des moyens de fonctionner ne sont pas les mieux placés pour
le juger.
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Peut-on d'autre part assimiler des exactions éparses, mal contrôlées, à un génocide planifié ? A ce
titre, on pourrait accuser de génocide le Gouvernement provisoire du général de Gaulle, pour
n'avoir pas su empêcher les dizaines de milliers de " bavures " de l'épuration...
Cela n'a pas empêché l'ex-ministre Michel Roussin d'utiliser ce genre d'argument pour justifier la
non-invitation du gouvernement rwandais au sommet franco-africain de Biarritz : " Il y a encore des
exactions commises dont les responsabilités ne sont pas clairement établies. Dans ce contexte,
inviter les représentants du nouveau pouvoir [rwandais] n'aurait pas été décent ". Si l'on avait
généralisé ce critère d'exclusion (des exactions mal élucidées), quel pays aurait pu venir à Biarritz ?
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Chapitre 3
La France a reçu, hébergé ou protégé des responsables majeurs du
génocide
On ne s'attardera pas sur l'accueil à l'ambassade de France de Kigali et le " rapatriement " en France
de quelques-uns des principaux responsables du génocide : on pouvait encore prétendre, à l'époque,
ne pas en pressentir l'ampleur. Tandis que l'on abandonnait aux massacreurs " des centaines de
familles accrochées au portail de l'ambassade, auxquelles on refusait l'entrée ", se retrouvaient à
l'intérieur " tous les dignitaires du régime et leur famille, ainsi que le directeur de la radio et ses
subalternes connus pour leurs appels aux massacres ". A tout moment, ces dignitaires sortaient
avec leurs escortes de militaires pour " circuler dans les quartiers en flammes et à leur tour tenaient
des réunions à l'ambassade pour parler de l'évolution de la situation, dresser le bilan des victimes
ou regretter que telle ou telle personne n'ait pas encore été tuée ou tel quartier pas encore
nettoyé ".
Le 9 avril, une partie de ces notables du Hutu power est convoyée à Bangui par un Transall
militaire, puis mise dans l'avion pour Paris : la veuve du Président, Agathe Habyarimana, dont la
famille est au cœur du dispositif génocidaire ; Protais Zigiranyirazo, " Monsieur Z " (personnage
central des réunions à la " synagogue ", le quartier général des escadrons de la mort) ; l'idéologue
Fernand Nahimana, qui n'avait pas ménagé, sur Radio Mille Collines, ses encouragements aux
éradicateurs ; etc.
L'évacuation des quelque soixante enfants de l'orphelinat Sainte-Agathe a permis aussi celle de
trente-quatre " accompagnateurs " rwandais - dont beaucoup n'avaient pas l'air de nounous... Il
s'agirait, selon certaines sources, de membres de l'ancien parti unique MRND, dans la perspective
de développements politiques ultérieurs... Ce que l'on ignorait - mais que les organisateurs français
de ce curieux vol humanitaire savaient forcément -, c'est qu'avant cette exfiltration avaient été
assassinés sept authentiques employés de l'orphelinat.
Malgré ses liens étroits avec les responsables du génocide et ses déclarations incendiaires, Madame
Agathe Habyarimana, accueillie avec une gerbe de fleurs du Président de la République, a pu
séjourner sereinement en France durant plusieurs mois, avec l'aide financière du ministère de la
Coopération. Mais la France ne s'est pas contentée d'entretenir ces expatriés : elle n'a cessé d'inviter
sur son territoire des personnages-clefs du Hutu power, en pleine " action " - et notamment du
Gouvernement intérimaire rwandais (GIR), dont elle avait supervisé la constitution.
En mai, c'est le " ministre des affaires étrangères " du GIR, Jérôme Bicamumpaka, flanqué du
diplomate (et néanmoins chef du parti fasciste CDR) Jean-Bosco Barayagwiza . Ils viennent, entre
autres, " normaliser " l'ambassade du Rwanda à Paris. La France tolère cette voie de fait. Vers la
même époque, le général Huchon accueille, plus discrètement, l'émissaire des FAR Ephrem
Rwabalinda.
Durant l'opération Turquoise (fin juin - 15 août), la France a ménagé la retraite du dispositif
génocidaire :
" Rédigeant elle-même le mandat qui lui sera accordé par l'ONU , la France n'y prévoit pas l'arrestation
des responsables du génocide. Edouard Balladur le confirmera au départ de sa tournée africaine : " La
France n'a pas l'intention de jouer un rôle de police dans cette affaire ".
Sur place, les militaires font passer le message aux "humanitaires" : "On nous répète chaque jour que
l'ordre de mission de Turquoise ne comprend pas le désarmement des milices ", dira l'un d'eux. Il est vrai
que cette consigne, si elle a choqué certains officiers (d'aucuns prendront même l'initiative de la
transgresser), évitait certaines complications : "Les miliciens font la guerre. Par souci de neutralité, nous
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n'avons pas à intervenir. Sinon, demain, s'il y a des infiltrations de rebelles, on nous fera porter le
chapeau", avouait ingénument le colonel Jacques Rosier, commandant du secteur sud du dispositif
Turquoise .
Bref, la "Zone humanitaire sûre" n'est protégée que du FPR, l'adversaire de l'ex-alliance franco-
rwandaise. Mi-juillet, l'ONU demande à la France de désarmer les soldats de l'armée gouvernementale
réfugiés dans son enclave humanitaire. La France répond qu'elle n'a ni les moyens, ni les " effectifs
requis". Outre les miliciens, des unités des FAR, et plusieurs membres du "gouvernement intérimaire" (le
GIR) purent ainsi transiter par la zone humanitaire française, ou y trouver refuge . Quant à la radio du
génocide, celle des Mille Collines, elle suit l'état-major des FAR dans ses retraites successives. Les
"journalistes-animateurs" qui, en tenue de combat, plastronnaient jusqu'en juin à Kigali, se retranchent en
juillet à Gisenyi, puis à Cyangugu, dans la ZHS des Français. Porte-parole du GIR et des FAR en déroute,
ils ordonnent aux populations de prendre la route du Zaïre, menaçant de représailles et de mort ceux qui
ne partiraient pas. Le 18 juillet, ils lancent : "Le FPR a mis quatre ans pour rentrer au Rwanda avec deux
cent mille personnes. Nous mettrons un mois pour revenir avec cinq millions" .
Le lieutenant-colonel Jacques Hogard, commandant la partie sud de la ZHS, réagit "fermement". Il
demande au président et aux ministres du GIR de quitter Cyangugu, et insiste pour que la Radio des Mille
Collines parte aussi. L'officier a gain de cause , et tout ce beau monde traverse la frontière zaïroise vers
Bukavu. Ainsi, l'armée française tenait sous la main ceux qui ont appelé au génocide d'une partie de la
population rwandaise, puis ont embarqué le reste dans une fuite en avant mortelle. Mais les mots d'ordre
de Paris restent : "neutralité" et "absence de provocation". On demande donc aux militaires d'inviter ces
messieurs à continuer leur travail au Zaïre... Le ministre de la Défense François Léotard les rassure
officiellement : il confirme "que le brouillage des émissions de radio ou la destruction d'un émetteur ne
faisaient pas partie du mandat confié à la France par l'ONU " " .
Human Rights Watch complète ce tableau de non-chasse :
" Dans la zone sous contrôle français, tant dans le secteur de Cyangugu que dans celui de Gikongoro, des
officiers de la MINUAR déclarent avoir vu des listes de personnes accusées localement de génocide ou
d'autres activités criminelles, préparées par les autorités françaises de la zone. Certaines de ces personnes
étaient détenues. Pourtant, à leur départ, les troupes françaises ne transmirent pas ces listes aux forces de
la MINUAR. Avant leur relève par d'autres contingents de l'ONU, elles relâchèrent les prisonniers [...].
Selon des officiels de l'ONU, les militaires français ont emmené par avion des chefs militaires de premier
plan, dont le colonel Théoneste Bagosora et le chef des milices Interahamwe Jean-Baptiste Gatete, ainsi
que des troupes d'élite des ex-FAR et des milices : une série de vols au départ de Goma les ont menés
vers des destinations non identifiées, entre juillet et septembre 1994 ".
Début octobre, Mathieu Ngirumpatse, président de l'ancien parti unique MRND, a indiqué à l'AFP
qu'il rentrait d'un voyage en France. Responsable des milices Interahamwe – qu'il a qualifiées
d'" organisations de jeunesse " de son parti –, considéré comme l'un des principaux concepteurs du
génocide , il a déclaré le 7 octobre : " Tous les gouvernements ne sont pas nos ennemis. Nous avons
encore des amis qui comprennent nos problèmes, nous avons été victimes d'un malentendu ". C'est
le même qui, le 27 avril, déclarait lors d'une conférence de presse à Nairobi, qu'il n'avait " jamais vu
un soldat tuant un civil, ni les milices tuant des civils ". Les illusions d'optique se sont peut-être
ajoutées au malentendu.
Jérôme Bicamumpaka se flatte d'avoir été, de nouveau, reçu officiellement en France début
novembre 1994. On y partagerait son point de vue sur le contrôle des camps de réfugiés par le GIR .
Après la déroute des FAR et l'exode au Zaïre, nombre de responsables du génocide - ces criminels
contre l'humanité dont les noms figurent sur toutes les listes remises aux Nations unies par les
principales organisations de défense des droits de l'Homme -, ont pris leurs quartiers d'été dans des
pays " amis de la France ", comme le Gabon. C'est au Cameroun (où le Président Paul Biya reçoit
les conseils éclairés de l'ancien ambassadeur de France Yvon Omnès) que l'inspirateur de Radio
Mille Collines, Fernand Nahimana, s'est porté candidat à un poste universitaire.
Plus tard, la justice belge s'est irritée des fréquents séjours que feraient en France deux leaders du
Hutu power (ordonnateurs du génocide, mais aussi du massacre de 10 Casques bleus belges), dont
le " cerveau " présumé de l'extermination, le colonel Théoneste Bagosora . Un membre éminent du
Hutu power, Séraphin Rwabukumba, a pu sans problèmes participer à une réunion à Lille le 27 mai
- 14 -
1995. Et le chef des ex-FAR, le général Augustin Bizimungu, aurait, selon plusieurs diplomates, été
reçu à Paris début septembre 1995.
Document n° 2
Peu avant les événements du 6 avril 1994, que beaucoup pressentaient, Agathe Habyarimana a fait
recruter du personnel supplémentaire, choisi parmi ses proches, qui s'est mis à travailler en parallèle
avec le personnel ordinaire.
Le 7 avril, tout le personnel féminin de l'orphelinat était réuni dans une salle commune. Des
miliciens sont arrivés, accompagnés de gardes présidentiels. Ils ont été introduits dans les locaux
par le chauffeur de l'orphelinat, cousin de la belle-soeur d'Agathe Habyarimana (Agnès Sagatwa).
Ce chauffeur a désigné les femmes tutsies ou hutues originaires du Sud, considérées comme
" traîtres " : " Alice, c'est elle. Béatrice, c'est elle ", etc.
Les miliciens et les gardes présidentiels ont emmené trois de ces femmes à l'extérieur (dont Alice,
assistante sociale, tutsie, et Béatrice). A Alice, ils ont dit : " Toi, tu mérites plus qu'un coup de
machette ou une balle, nous allons te faire souffrir ". Alice a reçu des balles dans diverses parties du
corps, avant de mourir d'une balle dans la tête. Sept femmes en tout ont été liquidées avant
l'évacuation de l'orphelinat, arrivé en France le 12 avril.
Alors que la France a laissé périr sur place nombre d'employés tutsis de sa Coopération ou de ses
diverses institutions sur place, ainsi que les compagnes tutsies de ses ressortissants militaires ou
civils, pourquoi a-t-elle réservé l'un des rares vols d'évacuation à cet orphelinat - dont les enfants, de
par leur origine, étaient sûrement les moins visés par les génocideurs ? La seule explication tient au
nombre très élevé de leurs accompagnateurs (34), alors que le personnel " authentique " avait été
" réduit " d'au moins 7 personnes : il s'agissait d'exfiltrer une vingtaine de responsables du régime.
Les autorités françaises qui ont décidé cette évacuation " prioritaire " ne pouvaient rien
ignorer de l'identité de ces personnes, qu'elles ont transférées à Bangui, puis à Paris, ni
qu'elles avaient partiellement remplacé sept des premières victimes du génocide.
Chapitre 4
La diplomatie française a prôné l'intégration dans le gouvernement
rwandais de responsables ou complices du génocide.
Les responsables de la Banque mondiale et de l'Union européenne ne le cachent pas : jusqu'à fin
novembre 1994, la France a usé de toute son influence pour empêcher l'octroi d'aides d'urgence au
nouveau régime de Kigali, qui lui auraient simplement permis de réduire la phase de
désorganisation du pays, si préjudiciable au retour de la paix civile.
- 16 -
Ce n'est pas un problème financier. Kathi Austin fait observer que " près d'1,5 milliards de dollars
de la communauté internationale sont venus financer une opération massive de secours aux réfugiés.
Parti d'une bonne intention, cet argent aide maintenant au regroupement de l'armée hutue vaincue.
Pendant ce temps, pas un centime d'aide étrangère n'a été fourni au nouveau gouvernement
rwandais, ce membre reconnu des Nations unies - ni pour sa reconstruction, ni pour sa sécurité " .
On peut trouver confirmation de l'origine du blocage chez un parlementaire français peu suspect de
tiers-mondisme primaire, le sénateur Guy Penne, ancien conseiller pour les affaires africaines de
François Mitterrand : " La France a mis son veto à un projet de subvention par l'Union européenne
au gouvernement rwandais... [...] Les chances de succès de ce processus de transition que conduit le
FPR sont fragiles. Mais ce gouvernement à base élargie reste dans l'épure d'Arusha. Notre aide est
attendue ". Un haut-fonctionnaire européen précise : " C'est un secret de polichinelle, tout le monde
sait que la France use de tous les mécanismes pour retarder autant que possible l'aide européenne au
nouveau gouvernement rwandais ".
Cette vindicte a soulevé une indignation croissante, notamment au Parlement européen, et pas
seulement chez les députés étrangers. Le président de la Commission Développement, Bernard
Kouchner, jusqu'alors très prudent sur la gestion politique du dossier rwandais, a pris la tête de la
fronde. La parlementaire travailliste Glenys Kinnock (épouse du nouveau Commissaire européen
Neil Kinnock) s'est écriée, lors d'une Conférence de presse le 15 novembre 1994 : " Le bon vieux
temps du colonialisme est passé, et l'Afrique n'est pas l'arrière-cour des pays européens, ni de la
France, ni de la Belgique, ni du Royaume-Uni ".
Médecins sans frontières et Oxfam ont déclaré, le 25 novembre 1994, que la France, soutenue par la
Belgique, avait imposé des conditions irréalistes au gouvernement rwandais pour le déblocage de
l'aide européenne.
Nouveau ministre de la Coopération, Bernard Debré tenait sur RFI, le 18 novembre, des propos
iconoclastes : si " la politique française à l'égard du Rwanda est difficile à cerner [...], c'est que
l'Elysée, le président Mitterrand, est très attaché à l'ancien président Habyarimana et sa famille, et à
tout ce qu'était l'ancien régime ". Alain Juppé eut beau préciser que le nouveau ministre n'avait pas
encore eu le temps d'étudier le dossier, la France devait céder une semaine plus tard : l'Union
Européenne accordait une aide de 67 millions d'Ecus à Kigali, et l'envoi d'observateurs sur la
situation des droits de l'Homme.
La France a été contrainte, un temps, de céder aux critiques internationales, et notamment à celles
de ses partenaires européens. C'était à contrecœur. Le 18 décembre 1994 à Brazzaville, Bernard
Debré lui-même subordonnait au retour des réfugiés et à l'organisation d'élections la reprise de
l'aide française au Rwanda. C'était renvoyer cette aide à une ou plusieurs années, et se permettre
d'éprouver, d'ici là, la possibilité du pire. Neuf mois plus tard, le Président du Rwanda Pasteur
Bizimungu déclarait :
" Nous attendions de tous les Etats qui ont eu une responsabilité dans le génocide qu'ils nous aident
à tourner la page. Or, certains de ces Etats ne font que célébrer et entretenir le fossé qui s'est créé
entre les Rwandais du fait du génocide. A plusieurs reprises, nous avons dépêché à Paris notre
ministre des Affaires étrangères pour essayer d'arrondir les angles. Pourtant, dans les réunions
internationales où il est question de réunir les fonds pour la reconstruction du pays, la France nous
enfonce au lieu de nous apporter son concours ".
- 17 -
Chapitre 6
Aux niveaux national et international, la France tente d'esquiver les
procédures efficaces d'arrestation, de jugement et de sanction des
responsables du génocide
1. En France
La France a montré fort peu d'empressement à interpeller les responsables du génocide qui se
trouvaient sur son territoire - parce qu'elle les a accueillis, ou même invités après leurs forfaits. Des
associations civiques ont réagi, s'appuyant sur le dernier résultat du lent processus juridico-
institutionnel de répression des crimes contre l'humanité, amorcé en 1945. Depuis le 1er mars 1994,
le Code Pénal français (art. 211 et 212) punit de la réclusion criminelle à perpétuité le génocide et
les autres crimes contre l'humanité. Le code de procédure pénale prévoit explicitement une
dérogation aux règles habituelles de compétence (le lieu du crime) en cas de tortures, traitements
cruels, inhumains ou dégradants. La France a donc le droit - et le devoir, selon la convention de
Genève - de poursuivre tous les auteurs ou complices qui se trouveraient sur son sol, sans attendre
la constitution d'un Tribunal international ad hoc.
Au nom de leurs clients, " personnes de nationalité rwandaise, se trouvant sur le territoire français
au moment où leur famille a péri dans le cadre des massacres opérés par les milices hutus ", ou "
récemment arrivées sur le territoire français [...] et qui, en général, ont été témoins directs de
l'assassinat de leur famille ", trois membres de la Fédération internationale des droits de l'Homme
(FIDH) ont ainsi pris l'initiative d'une plainte avec constitution de partie civile pour génocide et
crimes contre l'humanité. Dans le même sens, l'association Reporters Sans Frontières a porté plainte
contre Agathe Habyarimana, cofondatrice de Radio Mille Collines, vecteur du génocide. Ces
plaintes tardent à être prises en considération. La Chancellerie et le Parquet campent sur leur
position : ils contestent la compétence des juridictions françaises. La juridiction montpelliéraine qui
a osé mettre en examen le père Wenceslas Munyeshyaka a été contrainte de constater que la loi
française la rendait incompétente et, le 4 octobre 1995, à demander l'annulation de la procédure...
Le projet de loi " portant adaptation de la législation française aux dispositions de la résolution 827
du Conseil de Sécurité des Nations unies instituant un tribunal international en vue de juger les
personnes présumées responsables de violations graves du droit international humanitaire commises
sur le territoire de l'ex-Yougoslavie depuis 1991 ", et le débat à l'Assemblée qui précéda son
adoption, le 20 décembre 1994, ne rendent pas davantage optimiste. L'article 2 du titre I précise que
" les auteurs ou complices des infractions [...] peuvent être poursuivis et jugés par les juridictions
françaises s'ils sont trouvés en France ". Cet article est d'abord inconstitutionnel, puisqu'il tend à
préciser – pour les restreindre – un traité international (les Conventions de Genève du 12 août
1949), dont la valeur juridique est supérieure à la loi, et dont les dispositions auto-exécutoires sont
directement applicables en droit français. S'il fallait vraiment une adaptation, il est assez
extraordinaire qu'elle soit limitée au cas yougoslave, alors que le génocide rwandais justifierait
largement la compétence des juridictions françaises. Surtout, l'obligation de rechercher et
poursuivre partout les auteurs de crimes contre l'humanité se transforme en la possibilité de
poursuivre et juger ces auteurs (laissée à la discrétion du Parquet) si et seulement si leur présence
est signalée en France - ce qui fonctionnera comme une invitation à déguerpir : c'est ce qui s'est
passé pour les auteurs de telles violations, présents en France, visés nommément dans la plainte
déposée en juin 1994 par les avocats de la FIDH. D'autres verrous ont été disposés au long du projet
de loi, de manière à interdire les poursuites non souhaitées - envers des criminels contre l'humanité
que l'on voudrait installer à la table des négociations, ou traiter en " partenaires ".
- 18 -
La Commission des lois avait rédigé et adopté une série d'amendements ôtant ces verrous. Le
gouvernement les a fait tous rejeter : il a rameuté dans les couloirs de l'Assemblée une cohorte de
députés dévoués, qui a mis en minorité le rapporteur et les membres présents de la Commission des
lois... L'avant-projet de loi adaptant la législation française à la création du Tribunal pénal
international sur le Rwanda (TPIR), qui devrait être prochainement inscrit à l'ordre du jour du
Parlement, renvoie purement et simplement à cet ingénieux précédent. Le général Augustin
Bizimungu pourra donc continuer de visiter ses parrains hexagonaux...
- 19 -
(n° 978) ne fasse plus référence à l'article VII de la Charte des Nations unies, et soit donc privée de
tout caractère obligatoire...
- 20 -
Chapitre 7
Valse-hésitation ou double langage...
Le 12 janvier 1995, le ministre de la Coopération Bernard Debré annonçait " une transformation
complète de notre politique envers le Rwanda ". La (modeste) coopération civile était débloquée.
Simple " chef d'antenne diplomatique " à Kigali, Jacques Courbin était nommé ambassadeur.
Selon Bernard Debré, " l'idée est d'avoir une politique lisible au Rwanda ". Pour tous ceux qui, à
travers le monde, n'y comprenaient mot – tellement le message de la France était peu châtié –, cela
ressemblait à une bonne nouvelle. Une anglophobie séculaire avait fait foncer tête baissée militaires
et civils contre le FPR. Ces exilés venus de l'Ouganda anglophone étaient considérés, avec leur allié
le Président Yoweri Museveni, comme des " pions des Anglo-Saxons ". La langue, l'influence et les
marchés français étaient en péril. Mais, se demandait Colette Braeckman, " peut-on sérieusement
imaginer que la défense de la francophonie puisse coïncider avec la protection d'un régime digne
des nazis ? Aucune loi Toubon ne pourra jamais réparer un tel outrage à l'esprit même de la langue
française ".
Le 1er janvier 1995, la France prenait la présidence de l'Union européenne. Talonnée par les autres
pays membres, elle ne pouvait plus défendre au Rwanda, au nom de l'Europe, une politique
indéfendable. Elle avait donc repris sa coopération en douceur,... par la fourniture de livres scolaires
en français. Elle annonçait ensuite divers programmes de consolidation de l'Etat de droit. La France
officielle semblait donc décidée à s'acheter une conduite. Cela avait déjà été le cas à la mi-1993,
lorsqu'elle s'était ralliée aux accords d'Arusha - que les réseaux et éléments " incontrôlés ", type
Barril, avaient contribué à saboter.
Récidiveraient-ils ? Les éléments hostiles à l'actuel gouvernement de Kigali, et complaisants vis-à-
vis du camp génocidaire, tiennent encore de fortes positions aux ministères de la Défense et des
Affaires étrangères. On a vu qu'ils n'ont cessé, tout au long de l'année 1995, de miner le terrain.
A part Alain Juppé, qui conçut et promut avec François Mitterrand la trouble opération Turquoise,
le nouvel exécutif est a priori délié, sur le dossier rwandais, du fâcheux besoin d'auto-justification :
il pourrait tirer les leçons du désastre. Mais il faudrait changer de cap. Or l'information alternative
n'a guère d'accès. Au Quai d'Orsay, rue Monsieur, rue Saint-Dominique, à la Piscine,... tous ceux
qui soutinrent sans retenue l'alliance avec le Hutu power continuent d'instruire la politique française
au Rwanda. Les schémas de diabolisation du FPR hantent toujours les esprits, sous-tendent les
analyses, imprègnent continûment la cellule africaine de l'Elysée.
Jusqu'à quel point le Secrétaire d'Etat à l'Action humanitaire d'urgence Xavier Emmanuelli, passant
au Rwanda du 17 au 19 septembre s'enquérir des besoins, représentait-il la volonté politique du
pouvoir exécutif français, et non pas seulement sa charitable sollicitude ? La question est
d'importance, car ce pionnier des French doctors a posé des actes et tenu des propos lourds de sens :
visite à Nyarubuyé – site emblématique du génocide –, appel au châtiment des responsables du
génocide comme préalable à toute " refondation ", présentation de ce déplacement au Rwanda
comme " premier pas d'une nouvelle relation avec ce pays ami de la France ".
Ces propos ont suscité l'ire de nombre d'officiers et de diplomates français. Mais, lors du Conseil
des ministres qui a suivi, ils n'ont pas été désavoués par le Président de la République. Celui-ci
saura-t-il infléchir l'attitude de ses fonctionnaires militaires et civils ? En aura-t-il le temps et
l'envie ? Les militaires favoriseront-ils ou gêneront-ils les préparatifs d'infiltrations des milices
génocidaires - peut-être via le Burundi ? Les diplomates promouvront-ils la " Conférence régionale
de paix " dans une perspective d'ingérence ou de reconstruction ? L'angoissante course de vitesse
entre extrémistes et modérés ne se joue pas seulement en Afrique centrale.
- 21 -
Le 16 juillet 1995, lors du 53ème anniversaire de la " rafle du Vél'd'Hiv ", un Président de la
République française, Jacques Chirac, admettait enfin :
" Oui, la folie criminelle de l'occupant [nazi] a été secondée par des Français, par l'Etat français. [...]
Transmettre la mémoire du peuple juif, des souffrances et des camps. Témoigner encore et encore.
Reconnaître les fautes du passé et les fautes commises par l'Etat. Ne rien occulter des heures sombres de
notre histoire, c'est tout simplement défendre une idée de l'homme, de sa liberté et de sa dignité. C'est
lutter contre les forces obscures sans cesse à l’œuvre ".
Faudra-t-il attendre encore 52 ans pour entendre de semblables aveux sur le soutien de la France
aux responsables du génocide rwandais ?
- 22 -
Annexe
Avis de l'Observatoire permanent de la Coopération française (OPCF) sur
- 25 -
Massacre de la communauté tutsie des Bagogwe par l'armée (FAR), encadrant des
émeutiers.Février 1991 L'ancien membre des escadrons de la mort Janvier
Afrika – dont les témoignages ont pu être amplement recoupés – affirme avoir été
formé durant quatre mois, à partir de février 1991, par des militaires français, qui
auraient aussi " instruit " des miliciens [Link] 1991 Selon Me
Eric Gillet, de la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH), les
interrogatoires " musclés " des prisonniers FPR sont menés par des officiers
français.Février 1992 Le ministère français de la Défense détache le
lieutenant-colonel Chollet auprès du général Habyarimana " pour l'organisation de
la défense et le fonctionnement de l'institution militaire ".
Mars 1992 Création de la formation extrémiste la Coalition pour la Défense de la République
(CDR). Massacres de Tutsis au sud dans le Bugesera. Un contrat égyptien de 6
millions de dollars de fournitures d'armes au Rwanda est " couvert " par le Crédit
Lyonnais. Durant les années 1990-93, la manufacture d'armes sud-africaine
Armscor livre au Rwanda pour 86 millions de dollars par an. Elle refuse de dire en
quelles devises elle a été payée...
Août 1992 Massacres de Tutsis dans la région de Kibuye, perpétrés par les milices - juste
après la signature d'un premier cessez-le-feu à ArushaOctobre 1992 Le sénateur
belge Kuypers dénonce le rôle des " escadrons de la mort " (les " réseaux Zéro ")
et la politique raciste du régime [Link] 92 Le Président
Juvénal Habyarimana invite les militants du MRND à combattre le "chiffon de
papier" des premiers accords d'Arusha. Léon Mugesera, membre du Bureau
Politique du parti présidentiel MRND, prône ouvertement la liquidation des
Tutsis.Décembre 92 Pogromes de Tutsis et d'opposants hutus dans la région
du Président à [Link] 1993 Une Commission d'enquête
internationale, conduite notamment par la FIDH, parcourt le Rwanda. L'un des
membres de cette Commission, Jean Carbonare, affirme avoir vu des instructeurs
français dans le camp de Bigogwe, où l'" on amenait des civils par camions
entiers. Ils étaient torturés et tués ".Février 1993 De nouveaux massacres suivent
le départ de la Commission, entraînant le 8 février une reprise des hostilités. La
France renforce son dispositif militaire au Rwanda.
Mars 1993 La commission d'enquête internationale dénonce les pratiques de génocide au
Rwanda et la responsabilité au plus haut niveau des autorités rwandaises dans ces
massacres Résolution 812 du Conseil de Sécurité, visant à mettre en place une
force internationale d'interposition. Début du retrait des troupes françaises. Retour
du FPR sur ses positions d'avant février [Link]ût 1993 Signature des
accords d'Arusha. Infléchie avec l'arrivée d'Alain Juppé au ministère des Affaires
étrangères, la politique française les appuie officiellement
Début des émissions racistes et incendiaires de la Radio Télévision Libre des
Mille collines (RTLM), dirigée notamment par Séraphin Rwabukumba (beau-
frère du Président Habyarimana et membre des réseaux Zéro), Ferdinand
Nahimana (ancien Président de l'Université et principal idéologue du régime).
Décembre 93 Fin du retrait des troupes françaises et mise en place de la Mission des Nations-
Unies pour l'Assistance au Rwanda (MINUAR).
Janvier 1994 Blocage des accords d'Arusha : la fraction présidentielle refuse de mettre en place
le Gouvernement de transition élargi au FPR
En principe partis du Rwanda depuis décembre, onze militaires français du DAMI
(Département d'assistance militaire à l'instruction) sont reconnus à Kigali, en civil,
- 26 -
durant le 1er trimestre. Le capitaine Paul Barril, prestataire de services de sécurité
au régime rwandais, fréquente aussi cette capitale
29 mars 1994 Le chef d'état-major des FAR préside une réunion, en présence du Préfet de
Kigali, qui prépare et organise, sous la responsabilité de l'armée, l'élimination des
" infiltrés " (les Tutsis et les " traîtres " hutus).6 avril 1994 Vers 20h30,
destruction de l'avion (piloté par trois Français) transportant le président du
Rwanda, Juvénal Habyarimana et le président du Burundi, Cyprien Ntaryamira.
En moins de 3/4 d'heure, avant même que la nouvelle soit annoncée à la
radio, des barrages sont installés aux grands carrefours de Kigali, et les rues
principales se jonchent de cadavres. La Garde présidentielle interdit à la
MINUAR de se rendre sur les lieux de l'attentat. Le commandant français de
Saint-Quentin y a accès.
7 avril 1994 Assassinat du Premier ministre rwandais, Agathe Uwilingiyimana, de plusieurs
ministres et responsables politiques hutus démocrates. Massacres de Rwandais
tutsis, de ceux qui les protègent et des partisans d'une politique de conciliation
nationale. Extension hors de Kigali des massacres de Tutsis et de ceux qui les
protègent. Massacres dans les paroisses de Zaza (10 et 12 avril), Kabarondo (13
avril), Nyarubuye (14 avril), Kibungo (15 avril), Shangi (17 avril) ...
8 avril 1994 Selon le colonel belge Luc Marchal, de la MINUAR, l'un des avions français
destiné au rapatriement des Européens résidant au Rwanda était chargé d'armes au
profit des FAR
9 avril 1994 La France et la Belgique envoient des troupes à Kigali et commencent
l'évacuation des expatriés. Le gouvernement français organise aussi l'évacuation
sur Paris d'Agathe Habyarimana - cofondatrice de RTLM et co-inspiratrice des
" réseaux Zéro ". Sa famille est au coeur du dispositif génocidaire. Seront aussi
ramenés et hébergés à Paris, entre autres, ses frères Séraphin Rwabukumba et
Protais Zigiranyirazo - personnage central du Hutu power - ainsi que l'idéologue
Fernand Nahimana, père spirituel de RTLM
Il est également procédé le 9 avril à l'évacuation des quelque soixante enfants de
l'orphelinat Sainte-Agathe - permettant l'exfiltration de trente-quatre
" accompagnateurs " rwandais, n'ayant pour la plupart pas l'air de nounous...
L'ambassadeur de France Jean-Michel Marlaud fait détruire précipitamment toutes
les archives. Son ambassade est largement ouverte au personnel politique de
l'ancien régime (mais non aux Tutsis menacés d'extermination). Il aide à rendre
" présentable " la liste du Gouvernement intérimaire rwandais (GIR), par lequel le
Hutu power s'empare de l'exécutif (en contradiction avec les accords d'Arusha,
dont elle a assassiné nombre des protagonistes).
10 avril 1994 Un commando militaire français est envoyé au point de chute de l'avion
présidentiel
12 avril 1994 Offensive à Kigali des forces du FPR contre l'armée de l'ancien régime. La
France, la Belgique... ferment leurs ambassades. Exode du personnel
diplomatique.
21 avril 1994 Au Conseil de Sécurité, la France vote la réduction de 2 700 à 450 du nombre des
Casques bleus et observateurs présents au Rwanda.
Fin avril 1994 Le représentant de la France au Conseil de Sécurité s'oppose à ce que celui-ci
qualifie de " génocide " les massacres perpétrés contre les Tutsis du Rwanda.
Paris reçoit le " ministre des Affaires étrangères " du GIR Jérôme Bicamumpaka,
- 27 -
accompagné du chef du CDR Jean-Bosco Barayagziwa, qui " récupèrent "
l'ambassade du Rwanda.
9-13 mai 1994 Visite d'Efrem Rwabalinda, adjoint du chef d'état-major des FAR (le général
Augustin Bizimungu), à la mission militaire du ministère de la Coopération -
commandée depuis un an par le général Jean-Pierre Huchon. Une aide militaire
multiforme est promise, un matériel de communication cryptée est fourni, pour
maintenir le contact des FAR avec Paris. Le général Huchon apporte ses conseils
pour " retourner l'opinion internationale " en faveur du camp génocidaire.
17 mai 1994 Le Conseil de Sécurité vote le déploiement de 5 500 Casques bleus au Rwanda et
l'embargo sur les armes à destination de ce pays. Soutenant la position du
représentant du GIR, celui de la France s'était efforcé d'empêcher cet embargo
22 mai 1994 Succès militaire du FPR à Kigali. Les FAR perdent le contrôle de l'aéroport.
25 mai 1994 La Commission des Droits de l'Homme des Nations unies vote une résolution
indiquant que " des actes à caractère de génocide ont pu survenir ", décide l'envoi
au Rwanda d'un rapporteur (René Degni-Segui) pour enquêter sur les violations
du droit humanitaire international. Message du deuxième secrétaire de
l'ambassade du Rwanda au Caire, annonçant au GIR une livraison de 35 tonnes
d'armes (munitions et grenades) pour un montant de 765 000 dollars. Le document
mentionne une transaction faite à Paris.
25 mai 1994 D'avril à juin, les FAR sont ravitaillées en armes et munitions par des Boeing 707
atterrissant à Goma (Zaïre). Toutes les sources sur place se déclarent certaines que
ces livraisons d'armes ont été " payées par la France ".
Fin mai 1994 Réunis à huis clos à Paris, les ambassadeurs des pays d'Afrique francophone
incitent les dirigeants français à s'opposer à la " déstabilisation " du Rwanda par le
FPR.
11 juin 1994 A Paris, le Quai d'Orsay déclare que la communauté internationale devra prendre
de nouvelles initiatives, si les combats et les exactions se poursuivent.
16 juin 1994 A Paris, le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé emploie pour la première
fois le terme de génocide (un jour après le Secrétaire d'Etat Lucette Michaux-
Chevry) : " Il faut parler de génocide au Rwanda... ".
21 juin 1994 Le Conseil Oecuménique des Eglises déclare, dans un communiqué : " La
perspective de la France n'est pas fondée sur une analyse approfondie de la réalité
au Rwanda et dans les pays voisins".
22 juin 1994 Sur proposition de la France, le Conseil de sécurité autorise une intervention
armée humanitaire au Rwanda. La résolution ne prévoit pas la poursuite des
responsables du génocide - qui a déjà fait quelque 500 000 victimes.
L'intervention française est condamnée par le FPR et les partis démocratiques
rwandais - notamment le Premier ministre désigné par les accords d'Arusha,
Faustin Twagiramungu. Selon Jacques Baumel, vice-président de la Commission
de la Défense de l'Assemblée, François Mitterrand voulait envoyer les
parachutistes français sauter sur Kigali. Il en aurait été empêché par des membres
plus prudents de l'exécutif de cohabitation.
23 juin 1994 Entrée officielle des forces françaises au Rwanda, par Cyangugu.
28 juin 1994 Publication du rapport des Nations Unies (René Degni-Segui) sur le génocide des
Tutsis et les massacres de Hutus au Rwanda.
- 28 -
4 juillet 1994 L'armée de l'ancien régime est refoulée de Kigali et de Butare, contrôlées
désormais par le FPR. La France crée une " Zone humanitaire sûre " (ZHS) au
sud-ouest du Rwanda.
13 juillet 1994 Début d'un exode massif de Rwandais vers le Zaïre.
19 juillet 1994 Un gouvernement d'union nationale est formé à Kigali. Annonce de l'épidémie de
choléra parmi les réfugiés : il y a 13 à 14 000 victimes entre le 19 et le 25 juillet.
Juillet-août 1994 Durant l'opération Turquoise, la plupart des responsables du génocide (dont les
animateurs de RTLM) se replient sur la ZHS avant d'aller à Bukavu (Zaïre).
Aucun n'est interpellé, pas plus que les préfets, sous-préfets ou chefs miliciens qui
ont, localement, organisé les massacres. Le chef des FAR, le général Bizimungu,
est aperçu à Goma dans un véhicule de l'armée française. Des officiers français
dissuadent de rentrer à Kigali ceux des officiers des FAR qui souhaitent renouer
avec le gouvernement d'union nationale. En ZHS ou à Goma, la plupart des
militaires oublient les calculs géopolitiques qui les ont envoyés là pour accomplir
un incontestable travail humanitaire.
21 août 1994 Fin de l'opération Turquoise.
Début octobre Mathieu Ngirumpatse, président du MRND, responsable des milices
Interahamwe, indique à l'AFP qu'il rentre d'un voyage en France.
Début novembre Jérôme Bicumumpaka, " ministre des Affaires étrangères " du GIR, se flatte
d'avoir été, de nouveau, reçu officiellement en France.
8 novembre 1994Dans le texte écrit du discours de François Mitterrand aux participants du Sommet
franco-africain de Biarritz, il est question des " génocides " du Rwanda, les
adversaires étant renvoyés à leur envie réciproque de " s'autodétruire ". Le
nouveau gouvernement rwandais n'est d'ailleurs pas invité à Biarritz. Témoignage
sur la collaboration d'un colonel français avec les ex-FAR. Selon les " services "
de l'ONU, la DGSE utiliserait des entreprises françaises (voire britanniques) pour
continuer de ravitailler les ex-FAR. Selon Tadele Slassie, commandant en chef
des Nations unies dans la région, les forces zaïroises participeraient à
l'entraînement des ex-FAR. Or les liens militaires franco-zaïrois ont été
considérablement renforcés depuis l'opération Turquoise.
9 novembre 1994Le Conseil de Sécurité de l'ONU crée un Tribunal pénal international ad hoc
(TPIR) pour juger les actes de génocide et les crimes contre l'humanité commis en
1994 au Rwanda.
18 novembre 1994 A Paris, le nouveau ministre de la Coopération Bernard Debré déclare, sur
RFI, que si " la politique française à l'égard du Rwanda est difficile à cerner [...],
c'est que l'Elysée, le président Mitterrand, est très attaché à l'ancien Président
Habyarimana et sa famille, et à tout ce qu'était l'ancien régime ".
21 novembre 1994 Selon le Secrétaire général de l'ONU Boutros Boutros-Ghali, " il y a des
raisons de croire que ces éléments [les responsables du génocide] préparent une
invasion armée du Rwanda ".
25 novembre 1994 Après des mois de blocage de toute aide financière au nouveau régime de
Kigali, tant à la Banque mondiale qu'à l'Union Européenne (UE), la France cède à
l'indignation croissante et accepte que l'UE accorde un premier soutien de 67
millions d'Ecus
9 février 1995 La résolution 978 du Conseil de sécurité de l'ONU demande aux Etats membres
d'arrêter les responsables présumés du génocide rwandais qui se trouveraient sur
leur sol. La France obtient que cette résolution n'ait pas de caractère obligatoire.
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17-19 sept. 1995 Visite au Rwanda de Xavier Emmanuelli, Secrétaire d'Etat à l'action humanitaire
d'urgence. Il présente ce déplacement " comme premier pas d'une nouvelle
relation avec ce pays ami de la France ". Ces propos apparaissent contredits par
une série de pressions diplomatiques, la bienveillance franco-zaïroise envers les
ex-FAR en voie de reconstitution, et l'accueil en France de responsables présumés
du génocide.
5 novembre 1995Dans ses résolutions finales, le Colloque international de Kigali sur le génocide et
l'impunité souligne la responsabilité de la France (ainsi que de la Belgique et de
l'ONU) et lui demande de contribuer à l'indemnisation des victimes.
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