IRISRDC Rwanda2014
IRISRDC Rwanda2014
2014/3 - n° 95
pages 32 à 42
ISSN 1287-1672
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RÉSUMÉ / ABSTRACT
Pierre Jacquemot
Chercheur associé à l’IRIS.
Résumé Abstract
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AC
É U LTARIER A
RGEG
E SA R D
Le Rwanda et
la République
démocratique du Congo
David et Goliath dans
les Grands Lacs
Pierre Jacquemot
C
omme de dire du bien du Rwanda, dire du mal de la République
démocratique du Congo (RDC) est un exercice facile tant sont
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1. Marie-France Cros et François Misser, Géopolitique du Congo (RDC), Bruxelles, Éditions Complexe,
2007. Voir aussi David Van Reybrouck, Congo. Une histoire, Paris, Actes Sud, 2012.
2. Voir Koen Vlassenroot et Thimothy Raeymaekers, Conflict and Social Transformation in Eastern
Congo, Gand, Academia Press, 2004.
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1. Colette Braeckman, Les nouveaux prédateurs. Politique des puissances en Afrique centrale. Paris,
Fayard, 2003. Voir également Pierre Cappelaere, Congo (RDC). Puissance et fragilité, Paris,
L’Harmattan, 2011, p. 117 et s.
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1. HCDH, République démocratique du Congo, 1993-2003. Rapport du Projet Mapping concernant les
violations les plus graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises entre
mars 1993 et juin 2003 sur le territoire de la République démocratique du Congo, Genève, août 2010.
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reprirent les concessions exploitées jusque-là par des sociétés juniors. L.-D.
Kabila ne pouvait payer les échéances de l’État qu’en bradant le patrimoine
minier, foncier et forestier, comme Mobutu l’avait fait avant lui. Joseph Kabila,
qui succéda à son père en 2001, poursuivit le mouvement. Rien qu’entre
juin 2003 et décembre 2005, plus de 2 000 droits miniers furent accordés. Dans
le même temps, une nouvelle génération de commerçants émergea, plus à l’aise
dans le commerce transfrontalier que les aventuriers et les spéculateurs, qui
avaient dilapidé leurs avoirs issus de la rente en dépenses ostentatoires plutôt
qu’en investissements. Le pillage s’institutionnalisa.
Les accords de paix de Lusaka d’abord, en 1999, puis de Pretoria et de
Luanda, en 2002, sont venus relativement stabiliser la région, avec notamment
le départ des 20 000 soldats rwandais présents dans l’Est de la RDC. Cependant,
en dépit de tous ces accords, de ceux qui ont suivi (Nairobi 2006), de la
présence de 20 000 casques bleus et de l’organisation d’élections nationales
en RDC (2006 et 2011) qui ont conforté J. Kabila, de nombreux groupes
armés, parrainés par des gouvernements étrangers, ont continué à opérer sur
le territoire congolais. Cette instabilité chronique a anéanti toute possibilité
de développement durable du pays et rendu impossible la normalisation des
relations entre Kinshasa et Kigali.
En octobre 2003, le dernier soldat rwandais s’est officiellement retiré
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1. Voir notamment Nations unies, Rapport final du groupe d’experts sur la République démocratique du
Congo, New York, 13 février 2008, S/2008/43.
2. En janvier 2014, profitant de son statut de membre du Conseil de sécurité, le Rwanda a tenté de
bloquer ce rapport portant des « accusations sur le soutien du Rwanda au M23 et le recrutement
sur son sol de supplétifs combattant en RDC ».
3. Pierre Péan, Carnages. Les guerres secrètes des grandes puissances en Afrique, Paris, Fayard, 2010.
4. OCDE, Banque africaine de développement, PNUD et Commission économique des Nations unies
pour l’Afrique, Perspectives économiques de l’Afrique, Paris, éditions OCDE, 2013.
5. L’or de l’Ituri emprunte plutôt le corridor ougandais et celui du Sud-Kivu passe par le Burundi, où
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africain « moderne » –, les plus fidèles alliés de Kigali ont été unanimes à dénoncer,
en 2012, son rôle dans la déstabilisation de l’Est de la RDC et sa responsabilité
supposée dans l’assassinat de dissidents rwandais à l’étranger.
Peut-on affirmer que la rente minière et foncière du Congo a constitué la base
de l’accumulation « primitive » du capital au Rwanda, et qu’il pourrait aujourd’hui
s’en passer, après l’avoir utilisée notamment dans des investissements
d’infrastructures ? La thèse est séduisante et nous l’adoptons volontiers. Le
détournement de la rente minière congolaise s’épuise parce que la source se tarit
sous le coup des mesures internationales sur le contrôle de l’origine des minerais
– notamment la loi américaine Dodd-Franck de 2010 – et la mise en place de
dispositifs de traçabilité et de certification.
L’avenir est donc incertain. Mais Kigali ne manque pas d’arguments pour
relancer l’aide et mobiliser les investisseurs étrangers sur d’autres critères.
Sur le plan du développement, des succès remarquables ont été enregistrés
depuis 2000 : une forte croissance, accompagnée d’une réduction rapide de
la pauvreté. Entre 2001 et 2013, le taux de croissance du PIB réel a atteint, en
moyenne, 8 % par an. Le taux de pauvreté est passé de 59 % en 2001 à 45 % en 2011.
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1. Banque mondiale, Doing Business 2014. Economy Profile: Rwanda, Washington, 2013.
2. République du Rwanda, Vision 2020 du Rwanda, Kigali, 2000.
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