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INTRODUCTION
[Link] DE L'ÉTUDE
Les rapports entre l’histoire et le droit ont souvent été placés sous le signe de l’ambiguïté,
mélange de fascination et de méfiance malgré la séparation qui préside à leur objet et à leurs
méthodes respectives. L’histoire et le droit appartiennent en effet aux sciences dites « sociales »,
nées au XIXe siècle et qui, comme telles, sont amenées à se rencontrer, de manière contingente
ou nécessaire. Leur confrontation méthodique et critique permet de tracer quelques pistes de
réflexion qui sont autant de jalons pour un débat riche et ouvert entre Clio et Thémis, contribuant
au débat sur les usages sociaux du passé[Link] convient avant toute chose de distinguer ces deux
sciences de leurs productions respectives, à savoir, pour l’histoire, la combinaison intelligible de
faits ou d’événements appuyant une démonstration au service de la connaissance2 et pour le droit,
un ensemble systématisé de normes en vertu desquelles peuvent être imputés certains faits, au
service de l’ordre et de ce qu’on nomme communément la « paix sociale », par opposition à
l’anarchie et au désordre en général.
Chacune est à l’origine d’un discours propre à son objet et à ses contraintes de production
internes et externes. A la différence de l’histoire dont le discours est indirect car nécessairement
médiatisé à la fois par les sources documentaires, simples « traces » du passé, pour reprendre
l’expression de François Simiand3, et par l’historien, qui les recueille et les analyse, le discours «
du droit », qu’il faut distinguer du discours « sur le droit », est direct et procède des normes telles
qu’elles apparaissent empiriquement dans le droit positif. Du point de vue de leur objet comme
de leur structure, ces deux sciences ne se confondent pas. L’histoire en tant que science
permettant de reconstituer et de mettre dynamiquement en relation les événements du passé,
selon une démarche impliquant une mise à distance, s’appuie sur les relations de causalité
qu’entretiennent les faits entre eux, sans préjudice des choix opérés par l’historien quant aux faits
retenus et aux sources documentaires attestant de leur existence. L’argumentation historique
repose ainsi à la fois sur la preuve de l’existence de tel ou tel fait appuyée sur une documentation
plus ou moins fournie et cohérente, dont l’origine et les supports peuvent être très divers, et sur
la corrélation logique entre ces faits et les conclusions qu’en tire l’historien.
Revue française de Droit constitutionnel, 67, 2006
La contestation du discours historique peut par conséquent porter soit sur l’existence matérielle
de ces faits, en démontrant la fausseté du document qui en atteste ou en apportant par une autre
documentation la preuve d’éléments contraires, soit sur les conclusions logiques et explications
tirées de la corrélation entre ces éléments5 Les propositions du discours historique peuvent donc
être vraies ou fausses et leurs conclusions logiques ou non, selon un degré de plausibilité
proportionnel au degré de précision, d’authenticité et d’exhaustivité de la documentation utilisée.
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2. ETAT DE LA QUESTION
Nous ne sommes pas les premiers à nous interroger sur les rapports entre l’histoire et le
droit, ni sur l’existence d’une rivalité ou d’une complémentarité entre ces deux sciences. Cette
question a, en effet, suscité l’intérêt de nombreux auteurs, historiens comme juristes, depuis
plusieurs décennies. Comme le souligne Emmanuel Cartier, les relations entre ces deux
disciplines ont souvent été placées sous le signe de l’ambiguïté, mêlant à la fois fascination et
méfiance.
Plusieurs penseurs ont ainsi contribué à nourrir cette réflexion. Du côté des historiens,
FRANÇOIS Simiand ou encore MICHEL de Certeau ont mis en évidence la spécificité de la
méthode historique, fondée sur l’analyse critique des faits et des sources. À l’inverse, des
juristes tels que HANS Kelsen ont insisté sur la nature prescriptive du droit, qui se distingue des
autres sciences sociales par son rapport aux normes plutôt qu’aux faits. Par ailleurs, d’autres
auteurs, notamment FRANÇOIS Hartog et JACQUES Revel, ont montré que l’histoire peut être
instrumentalisée à des fins politiques, ce qui renforce les interactions, parfois conflictuelles, entre
le droit et l’histoire. De même, la doctrine classique, à travers Montesquieu, souligne déjà
l’existence d’un lien étroit entre ces deux disciplines en affirmant qu’il faut « éclairer l’histoire
par les lois et les lois par l’histoire ».
Ainsi, la doctrine révèle une pluralité d’approches. Certains auteurs mettent en avant les
différences méthodologiques entre l’histoire, science descriptive fondée sur la causalité, et le
droit, science normative fondée sur la prescription, ce qui laisse apparaître une forme de rivalité.
D’autres, en revanche, insistent sur leur complémentarité, en montrant que le droit constitue un
outil d’encadrement de la recherche historique tandis que l’histoire permet de mieux comprendre
les normes juridiques.
Dès lors, bien que cette question ait été largement étudiée par de nombreux auteurs, elle
demeure encore aujourd’hui ouverte et controversée. Les rapports entre l’histoire et le droit
oscillent ainsi entre opposition et complémentarité, ce qui justifie pleinement l’intérêt de s’y
attarder.
Cartier-2006-histoire-et-droit-rivalite-ou-complementarite. p 510-521
3. PROBLEMENTIQUE
La question serait de comprendre « Dans quelle mesure, dans le temps et dans l’espace,
les relations entre l’histoire et le droit oscillent-elles entre complémentarité — lorsque l’histoire
éclaire et fonde le droit — et rivalité — lorsque le droit, en quête de légitimation ou d’efficacité
normative, tend à encadrer, voire à reconfigurer le récit historique ? » .Les relations entre
l’histoire et le droit semblent aujourd’hui relever d’une grande complexité en raison notamment
de l’instrumentalisation du passé par le politique, qui, sans doute incapable de porter des projets
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à long terme se tourne inexorablement vers un passé expiatoire en le couvrant du voile sacré de
la loi . Ce rituel est inquiétant, tant pour le juriste que pour l’historien qui perdent leurs repères,
et en définitive pour le [Link]-ci voit se dessiner derrière les bons sentiments qui animent
le législateur, l’ombre d’un totalitarisme (in)intellectuel qui semblait jusque-là avoir épargné
lessociétés libérales.
La mémoire, entre histoire et politique », Cahiers français, juillet-août 2001, n° 303, La
documentation française, p. 45
4. HYPOTHESES
4.1 La complémentarité normale
4.2 La rivalité : l'instrumentalisation du passé
5. OBJECTIF
L’objectif de ce travail est d’analyser les rapports entre l’histoire et le droit afin de
déterminer s’ils s’inscrivent dans une logique de rivalité ou, au contraire, de complémentarité,
tant dans le temps que dans l’espace. Il s’agit plus précisément de montrer que, bien que ces
deux disciplines puissent parfois apparaître comme opposées dans leurs méthodes et leurs
finalités, elles entretiennent en réalité des relations étroites et interdépendantes.
D’une part, ce travail vise à mettre en évidence les moments de tension ou de divergence
entre l’histoire et le droit, notamment lorsque le droit cherche à fixer des normes tandis que
l’histoire s’attache à relater et interpréter les faits.
D’autre part, il a pour objectif de démontrer que l’histoire constitue une source essentielle
de compréhension du droit, tandis que le droit permet d’organiser et de structurer les sociétés
dans le temps et dans l’espace.
Enfin, ce travail ambitionne de dégager une vision synthétique des relations entre ces
deux disciplines, en montrant qu’elles sont, au-delà de toute apparente rivalité, profondément
complémentaires.
6. INTERET DU TRAVAIL
L’étude des rapports entre l’histoire et le droit présente un intérêt à la fois théorique et
pratique. Sur le plan théorique, ce sujet permet de mieux comprendre la nature profonde de ces
deux disciplines. En effet, l’histoire et le droit, bien que distincts par leurs méthodes et leurs
finalités, participent tous deux à l’organisation et à la compréhension des sociétés humaines.
Analyser leur relation sous l’angle de la rivalité ou de la complémentarité, dans le temps et dans
l’espace, permet ainsi de dépasser les oppositions apparentes pour mettre en lumière leur
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interdépendance. Sur le plan pratique, cette réflexion est essentielle pour le juriste. Le droit
positif ne peut être pleinement compris sans référence à son évolution historique, car il est le
produit d’un contexte social, politique et culturel donné. De même, l’histoire trouve dans le droit
une source importante d’analyse des structures et des transformations des sociétés. Ainsi, cette
étude permet d’éclairer l’interprétation des normes juridiques et d’améliorer leur application
dans des contextes variés, notamment dans des systèmes juridiques comme ceux issus de
l’espace OHADA ou d’autres traditions. Enfin, dans une perspective spatio-temporelle, ce sujet
présente un intérêt particulier en ce qu’il permet d’appréhender la diversité des expériences
juridiques à travers les époques et les espaces. Il contribue ainsi à une meilleure compréhension
des dynamiques d’évolution du droit et de son adaptation aux réalités sociales changeantes.
7. CADRE METHODOLOGIQUE
Dans le cadre de cette étude portant sur l’histoire et le droit : rivalité ou complémentarité
dans le temps et dans l’espace, nous avons adopté une démarche méthodologique rigoureuse
reposant sur plusieurs approches.
D’abord, nous avons recouru à la méthode analytique, qui nous a permis d’examiner de
manière approfondie les relations existantes entre l’histoire et le droit, en mettant en évidence
leurs points de divergence et de convergence.
Ensuite, la méthode comparative a été mobilisée afin de confronter ces deux disciplines,
tant dans leurs évolutions temporelles que dans leurs manifestations spatiales, en vue de dégager
leurs spécificités et leurs interactions.
Par ailleurs, la méthode historique a été utilisée pour retracer l’évolution des rapports
entre l’histoire et le droit à travers différentes périodes, ce qui permet de mieux comprendre leur
dynamique dans le temps.
Enfin, la technique documentaire a constitué un outil essentiel, en ce sens qu’elle nous a
permis de consulter divers ouvrages, articles scientifiques, revues juridiques ainsi que des
sources doctrinales pertinentes en lien avec notre sujet.
Ainsi, l’ensemble de ces méthodes et techniques a contribué à assurer la cohérence, la fiabilité et
la pertinence de notre analyse.
8. DÉLIMITATION DU SUJET
La présente étude porte sur les rapports entre l’histoire et le droit, envisagés sous l’angle
de leur rivalité ou de leur complémentarité. Toutefois, afin d’éviter toute généralisation excessive,
il convient d’en préciser les limites.
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Sur le plan matériel, ce travail se limite à l’analyse des interactions entre l’histoire et le
droit en tant que disciplines scientifiques, en mettant l’accent sur leurs méthodes, leurs finalités
ainsi que leurs influences réciproques. Il ne sera donc pas question d’aborder de manière
exhaustive toutes les branches du droit ni l’ensemble des courants historiographiques.
Sur le plan temporel, l’étude s’inscrit dans une perspective globale, allant des sociétés
anciennes à l’époque contemporaine, dans le but de montrer l’évolution des relations entre ces
deux disciplines à travers le temps. Toutefois, l’accent sera davantage mis sur la période
moderne et contemporaine, où les interactions entre histoire et droit apparaissent de manière plus
structurée.
Sur le plan spatial, l’analyse adopte une approche principalement générale, avec une
attention particulière portée aux systèmes juridiques d’inspiration romano-germanique,
notamment dans le contexte africain et plus spécifiquement en République Démocratique du
Congo.
Ainsi délimitée, cette étude permettra de mieux cerner les dynamiques de rivalité et de
complémentarité entre l’histoire et le droit, dans le temps et dans l’espace.
9. SUBDIVISION DU TRAVAIL
Hormis l'introduction et la conclusion, le présent travail se subdivise en 2 grandes partie qui
comporteront chacune d'elles deux chapitres qui sont:
PREMIÈRE PARTIE : LES RAPPORTS DE TENSION ENTRE L’HISTOIRE ET LE
DROIT.
Chapitre 1 : Une opposition méthodologique entre histoire et droit
Chapitre 2 : Une rivalité dans la construction du savoir
DEUXIÈME PARTIE : LA COMPLÉMENTARITÉ ENTRE L’HISTOIRE ET LE
DROIT
Chapitre 1 : L’histoire comme fondement du droit
Chapitre 2 : Le droit comme outil d’interprétation de l’histoire