10
La discussion
entre condisciples
Chaque jour du 'Omèr, travaillez un trait de caractère sur [Link]/omer
Semaine 10 l jour du Omer 10
midda 10 l La discussion entre condisciples
Le Roua’h ‘Haim explique qu’il est fondamental de préciser
et de comprendre ce que dit son partenaire d’étude. Le
dikdouk ‘havérim est cette compréhension précise de ce
que dit l’autre au travers d’une discussion respectueuse et
argumentée.
La disparition des 24 000 élèves de Rabbi Akiva :
La Massehet Yevamot (62b) nous relate la disparition
des 12 000 binômes d ‘étude de Rabbi Akiva. La
désolation s’installa sur le monde jusqu’à ce que Rabbi Akiva se
rende chez nos Maîtres dans le sud et leur enseigne la Torah. Il
s’agissait de Rabbi Méïr, Rabbi Yéhouda, Rabbi Yossi, Rabbi
Chimon et Rabbi Elazar ben Chamoua et ce sont eux qui ont fait
revivre la Torah à cette époque. Un Tana nous enseigna : " Ils sont
tous morts entre Pessa’h et Chavouot. " Rabbi Hama ben Abba
ou peut-être Rabbi ‘Hiya ben Abin dit : " Ils ont tous péri d’une
mort cruelle ". De quoi s’agissait-il ? Rabbi Na’hman répondit : " De
diphtérie ".
La Guemara donne comme raison à cette mort, soudaine
et affreuse, le manque de respect mutuel entre membres
95
Commander le livre : [Link]@[Link] / 00972.[Link]
Chaque jour du 'Omèr, travaillez un trait de caractère sur [Link]/omer
10 l La discussion entre condisciples
de chaque binôme. Dans la Massehet Chabat (33b), Rachbi
enseigne que la diphtérie survient dans le monde lorsque la
Torah n’est pas étudiée autant qu’elle pourrait l’être (Bitoul
Torah). Ces deux raisons, le manque de kavod envers son
‘Haver et le Bitoul Torah, ne font qu’une. L’explication est
la suivante : le manque de kavod envers son compagnon
d’étude constitue un obstacle radical à toute élévation en
Torah. Ainsi le limoud Torah sans respect mutuel peut être
considéré comme du Bitoul Torah car il constitue un frein au
limoud Torah véritable.
Illustrons ce propos avec une histoire rapportée par Rav
Chalom Shwadron Zal.
M. Dounech vivait en Russie au début du 20ème siècle.
C’était un très grand donateur et un homme doté d’une
grande intelligence. Lorsque ce dernier recevait une visite de Rav
Yossef Yosel Horvits de Novardok, il ouvrait son coffre devant lui
et l’invitait à prendre ce dont il avait besoin pour sa Yeshiva.
A une autre occasion, M. Dounech reçut la visite d’un très
grand Rav, qui faisait une collecte pour une cause de première
importance. Le Rav reçut la contribution de notre cher donateur
mais n’en fut pas totalement satisfait et osa demander pourquoi
il n’était pas traité avec les mêmes égards que l’Alter de Novardok.
M. Dounech lui fit une réponse des plus surprenantes :
Cher Rav, lui dit-il, lorsque vous êtes venu chez moi, vous avez
pris soin de mettre vos habits de Chabat, vous avez patienté
avant de vous asseoir et avez fait preuve de maintes attentions,
et de savoir vivre à mon égard. Mais qui suis- je pour mériter tant
d’égards ? C’est donc mon argent que vous honorez de la sorte.
96
Commander le livre : [Link]@[Link] / 00972.[Link]
Chaque jour du 'Omèr, travaillez un trait de caractère sur [Link]/omer
Semaine 10 l jour du Omer 10
Et si l’argent mérite tant d’égards, alors je souhaite le garder en
ma possession. Lorsque Rav Yossef vient me voir, il s’assoit et
me sermonne gentiment : " Dounchele, Dounchele, que vas-tu
devenir car à part l’argent tu n’as rien d’autre... ". Et je comprends
alors que l’argent n’est rien… C’est pourquoi je m’en déleste aussi
facilement au contact de Rav Yossef.
Cette histoire est pour le moins édifiante. Le Kavod rend
les choses importantes. Sans respect réciproque, le limoud
des talmidim de Rabbi Akiva n’était plus important. Il
s’apparentait à du bitoul Torah...
Le Talmud, dans Baba Metsia (84a), rapporte une histoire
sur Rabbi Yo’hanan et son compagnon d’étude Rech
Lakich. Ils étudiaient ensemble depuis de longues années quand
Rech Lakich tomba malade et mourut. Rabbi Yo’hanan fut
complètement effondré par cette disparition et ses étudiants
essayèrent de le consoler en lui disant : " N’ayez crainte Rabbi,
nous allons vous amener un nouveau compagnon d’étude,
l’homme le plus brillant de toute la ville. "
Une semaine plus tard, on vit Rabbi Yo’hanan marcher dans la
rue, l’air accablé. " Rabbi ! " Lui dirent ses élèves " Qu’y a-t-il ?
Nous vous avons envoyé le plus brillant compagnon d’étude de
toute la ville. Pourquoi cette tristesse ? "
Rabbi Yo’hanan répondit : " Certes, cet homme est un véritable
érudit. A tel point qu’il est capable d’amener 24 preuves que ce
que je dis est juste. Mais quand j’étudiais avec Rech Lakich, il me
donnait 24 preuves que ce que je disais était faux. C’est cela qui
me manque. Le but de l’étude n’est pas d’être confirmé. Je veux
être critiqué, questionné et me voir prouver que j’ai tort. C’est
cela l’étude de la Torah".
97
Commander le livre : [Link]@[Link] / 00972.[Link]
Chaque jour du 'Omèr, travaillez un trait de caractère sur [Link]/omer
10 l La discussion entre condisciples
Obstacles à l’acquisition de cette midda
" Rien n’est plus dangereux que la certitude d’avoir raison. " (Jacob
François)
Pourtant cette certitude est extrêmement répandue dans
notre société moderne. Pourquoi avons-nous, presque tous,
tendance à vouloir avoir raison lorsque nous discutons avec
d’autres personnes ? On peut apporter deux réponses à
cette question :
1. Nous sommes convaincus de détenir la vérité par
rapport à une question, une situation, ou des faits
précis.
2. Nous souhaitons nous positionner vis-à-vis des
autres, pour être quelqu’un dans cette relation de
communication. Pour prouver que l’on existe.
Comment dépasser ces obstacles à notre quête de vérité ?
La structure de la Guemara va nous y aider.
La Guemara est composée d’une succession d’échanges
sous forme de questions/réponses, d’objections et autres
réfutations, où chaque nouvelle question approfondit
le débat et révèle de nouvelles perspectives. La vérité
n’appartient à personne, elle est multiple. C’est la raison
pour laquelle l’étude se fait en ‘havrouta, c’est à dire avec
un partenaire, car le travail en commun est un élément
essentiel de la recherche de vérité.
La discussion suppose de rester calme et, pour ce faire, rap-
pelez-vous que celui qui est en face de vous croit aussi ferme-
ment en son idée que vous en la vôtre. Alors écoutez-le atten-
tivement, essayez de comprendre sa position et analysez
ensemble ses arguments. Soyez ouvert aux idées nouvelles.
98
Commander le livre : [Link]@[Link] / 00972.[Link]
Chaque jour du 'Omèr, travaillez un trait de caractère sur [Link]/omer
Semaine 10 l jour du Omer 10
Considérez que votre interlocuteur est aussi important que
vous. Il a son opinion et des raisons pour penser de la sorte.
Et, de même que vous n’acceptez pas systématiquement,
ne réfutez pas systématiquement. Tout point de vue, même
erroné, mérite le respect.
Avant de réfuter, approuvez ce qui mérite de l’être. Il est
rare d’être en désaccord sur tous les arguments adverses.
Dites : " Vous avez raison sur ce point, en revanche…".
Si au cours d’une discussion vous butez sur un dé-
saccord, dites à votre interlocuteur : " Soit tu me
convaincs, soit tu me donnes raison ! ". Soyez
toujours à la recherche de la vérité et du bien.
Le Séfer ‘Hassidim, ouvrage datant du moyen âge, nous
enseigne à ce propos : " Si on te prouve que tu as raison, tu
gagnes peu. Si on te prouve que tu as tort, tu gagnes beau-
coup car tu apprends la vérité ".
La recherche de la vérité doit être votre seul objectif.
Exercices pratiques
• Écoutez avec attention ce que sa ‘havrouta dit et ne pas
le contredire, le cas échéant, avant d’avoir parfaite-
ment compris ce qu’elle dit.
• Astreignez-vous à argumenter respectueusement.
• Devenez un spécialiste de la discussion. Explorez les
idées de l’autre. Ne soyez pas inquiet si la conversation
s’échauffe quelque peu. A la longue, vous apprendrez à
imposer un ton plus paisible.
99
Commander le livre : [Link]@[Link] / 00972.[Link]