2022 Rapport Record
2022 Rapport Record
RAPPORT FINAL
septembre 2022
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Créée à l’initiative du Ministère en charge de l’Environnement, l’association RECORD est depuis 1989,
le catalyseur d’une coopération entre industriels, institutionnels et chercheurs.
Acteur reconnu de la recherche appliquée dans le domaine des déchets, des sols pollués et de
l’utilisation efficace des ressources, RECORD a comme objectif principal le financement et la réalisation
d’études et de recherches dans une perspective d’économie circulaire.
Les membres de ce réseau (groupes industriels et institutionnels) définissent collégialement des
programmes d’études et de recherche adaptés à leurs besoins. Ces programmes sont ensuite confiés
à des laboratoires publics ou privés.
Avertissement :
Les rapports ont été établis au vu des données scientifiques et techniques et d'un cadre réglementaire
et normatif en vigueur à la date de l'édition des documents.
Ces documents comprennent des propositions ou des recommandations qui n'engagent que leurs
auteurs. Sauf mention contraire, ils n'ont pas vocation à représenter l'avis des membres de RECORD.
Pour toute reprise d’informations contenues dans ce document, l’utilisateur aura l’obligation de
citer le rapport sous la référence :
RECORD, Stockage et prétraitements des intrants avant alimentation de digesteurs de
méthanisation - Etat des connaissances et recommandations, 2022, 151 p, n°20-0420/1A
© RECORD, 2022
MOTS CLES
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SUMMARY
The introduction of resources into anaerobic digesters and the production of maximum of biogas are
important technical and economic issues for biogas units, whether agricultural, territorial or industrial.
The literature review shows that many technologies (mechanical, physical, biological, thermal) exist
and are available on the market. The survey of plant operators shows that pre-treatment brings
benefits in terms of anaerobic digestion performance but also on more technical aspects (ease of
mixing, reduction of breakdowns), even if investment costs and charges (maintenance, electricity) may
limit their implementation. In addition, the development potential of anaerobic digestion by 2030 based
on agricultural inputs, R&D efforts on this type of resource, as well as a broader analysis of the
environmental, energy and health impacts of the processes have been identified as leverages for
improving the sector.
KEY WORDS
Les enjeux des dispositifs de prétraitement de la matière première en méthanisation sont directement
liés à la typologie et au potentiel de mobilisation des gisements méthanisables. L’étude des
prétraitements nécessite donc une évaluation des matières traitées en méthanisation à l’heure
actuelle mais aussi dans les prochaines années et décennies. Les potentiels énergétiques de chaque
type d’intrants est un facteur essentiel à considérer pour déterminer les matières à fort enjeux et
focaliser l’attention sur ces dernières. La liste des intrants a été définie sur la base des retours du
groupe de travail intrants porté par la filière biométhane en relation avec le Ministère de l’agriculture et
la DGEC et pour lequel Solagro a réalisé le diagnostic et synthétisé les propositions.
Pour l’ensemble de ces ressources, il est estimé le potentiel de valorisation en méthanisation en 2020
et à l’horizon 2030. Les estimations sont basées sur l’outil de modélisation BACUS (voir Annexe 1)
développé par Solagro, sur les hypothèses du scénario Afterres20501 (Solagro, 2016), sur le Rapport
de l’Observatoire National des Ressources en Biomasse (FranceAgrimer, 2020), sur les données
compilées de GrDF (2020) ainsi que sur l’Étude estimative de la production de biodéchets au sein des
établissements de restauration (Groupement National de la Restauration, 2011).
1
le scénario Afterres2050 propose un scénario visant l’utilisation des terres agricoles et forestières pour satisfaire
les besoins alimentaires, énergétiques, en matériaux, et réduire les gaz à effet de serre. Le scénario Afterres2050
est le compromis d’hypothèses qui a paru à Solagro, en 2016, le plus cohérent, le plus réaliste et le plus
soutenable. Il n’est pas le seul envisageable et est évolutif
Tableau 3 : Hypothèses non agricoles (Compilation RECORD 2022) (Outil BACUS, Solagro)
Hypothèses gisement non agricole
1) FFOM : 45 kg/hab/an
3) Boues urbaines : 12 kgMS/hab/an, hors STEP qui méthanisent déjà et STEP < 5000 EH
Figure 2 : Ratio MSV / MS (%) pour les différentes catégories de substrats (Compilation RECORD
2022) (Base de données APESA, 2021)
La Figure 2 présente pour chaque catégorie de substrats le ratio MSV / MS (%). Il est intéressant de
noter que certaines catégories de substrats présentent une forte teneur en cendres, c’est notamment
le cas des lisiers, fientes, déchets verts, boues et macroalgues. Les macroalgues et les déchets verts
présentent les plus fortes teneurs en cendres moyennes avec 37% MS et 48 %MS respectivement.
Ces fortes teneurs peuvent être attribuées aux sels résiduels sur les macroalgues et à la terre
présente sur certains déchets verts.
Les Figures 3 et 4 présentent en format box-plot les valeurs de potentiels méthanogènes exprimés en
Nm3/tPB et Nm3/tMSV. Les valeurs exprimées en PB sont celles généralement utilisées sur les sites
industriels mais difficilement exploitables ici car certains échantillons ont été traités en laboratoires
Figure 3 : Valeurs de BMP (Nm3/tonnes PB) pour les différentes catégories de substrats. Entre
parenthèse le nombre de substrats utilisés pour chaque catégorie. (Compilation RECORD 2022)
(Base de données APESA, 2021)
Fumier 35 63 171
Déjections animales Lisier 7 16 216
Fiente 44 73 176
Paille céréale 84 215 255
Résidus agricoles Canne de maïs 58 145 240
Menues paille 85 230 270
CIVE 33 91 283
Production végétale
Ensilage herbe 27 84 315
DV tonte 29 57 194
Déchets verts des collectivités
DV broyat 48 29 55
Effluent IAA 3 10 338
Lactosérum 6 28 474
Déchets et effluents des
industries Graisses IAA 33 215 630
Graisses et déchets
d’abattoirs 30 150 447
Boues de station d'épuration Boues biologiques 12 25 185
des eaux usées Graisse STEU 14 95 597
FFOM 38 111 281
GMS 20 78 427
Biodéchets
Biodéchets de
cantine 41 183 477
Macroalgues 17 19 114
Algues
Microalgues 33 87 268
Les données prises en compte sont issues de la Base de données de l’ADEME des projets d’injection
de biométhane bénéficiant d’un récépissé d’identification ADEME sur la période de 2012 à novembre
2020 (ADEME, 2021). A noter que cette base de données n’intègre pas les projets en cogénération.
Ainsi les résultats présentés ici ne comptabilisent pas les unités en cogénération, du fait de l’absence,
à la connaissance des auteurs, d’une base de données à jour et diffusable concernant cette typologie
d’installations.
Figure 5 : Répartition du tonnage entrant en méthanisation en 2020 sur la base des projets en
injection identifés par l'ADEME (Compilation RECORD 2022) (SOLAGRO issu ADEME 2021)
L’estimation des ressources méthanisables à l’horizon 2030 met en évidence une augmentation de la
part de productions végétales intermédiaires (CIVE) et une diminution de la part des effluents
d’élevage. Cette estimation repose sur les hypothèses évoquées plus haut, prenant en compte une
diminution progressive de l’élevage dans les prochaines décennies.
Le gisement méthanisable à l’horizon 2030 représente 136 TWh/an. Cette valeur est supérieure aux
résultats de l’évaluation réalisée pour l’étude « Estimation des gisements potentiels de substrats
utilisables en méthanisation », ADEME, 2013. Les différences reposent principalement sur une
augmentation de la mobilisation des ressources agricoles végétales (CIVE) basées sur le scénario
AFTERRES 2050 et une baisse de la quantité de déjections d’élevage (diminution progressive de
l’élevage).
Les enjeux des prétraitements se concentrent donc sur les matières agricoles représentant la
proportion la plus importante du gisement mobilisable, en tonnage et en énergie. De plus, il s’agit de
matières majoritairement fibreuses nécessitant une première étape de dégradation en amont du
processus de digestion anaérobie.
La charge introduite dans le méthaniseur dépend de la teneur en matière organique des intrants
(MS/MSV), de leur biodégradabilité (BMP), du volume de digestion et de la technologie de
méthanisation.
La caractérisation des matières à digérer est nécessaire pour établir la recette d’intrants et s’assurer
que les équilibres biologiques nécessaires à la digestion anaérobie sont respectés. Les analyses
généralement réalisées sur les intrants comprennent la MS, MSV, l’azote Kjeldahl et le phosphore. Le
soufre est analysé en complément pour anticiper de potentielles problématiques liées à la production
d’H2S. Le potentiel méthanogène des intrants est mesuré en laboratoire pour évaluer la production de
méthane du digesteur et lisser la production dans le temps lors de la préparation de la ration.
L’analyse des éléments traces et potentiels inhibiteurs sera nécessaire sur des substrats peu connus.
Le bon fonctionnement de la digestion est contrôlé par le suivi biologique du digesteur en complément
de la qualité et de la quantité de biogaz produit. Sont principalement mesurés :
- Le pH qui doit rester autour de la neutralité : 7 à 8,5,
- Le potentiel redox qui doit être caractéristique de conditions anaérobies : < - 300 mV/ENH,
- La concentration en AGV (Acides Gras Volatils) qui doit rester faible < 2 -3 g/L sans quoi un
risque d’acidification du digesteur peut intervenir (acidose) (Ademe Bourgogne, 2014),
- Le ratio AGV/TAC2 qui permet de contrôler que le pouvoir tampon du digestat est suffisant au
regard de la quantité d’acides gras présents. Ce ratio doit être inférieur à 0,5 (Ademe
Bourgogne, 2014). Un ratio qui augmente est caractéristique d’une diminution du pouvoir
tampon et indique un risque d’acidose,
- La concentration en ammonium qui doit rester en deçà de 3 g/L dans le digesteur pour éviter
une alcalose qui se traduit par une augmentation du pH et une diminution de la production de
biogaz.
Les principaux paramètres mesurés sur les intrants et le digestat (suivi biologique) sont représentés
sur la Figure 11.
2
Titre Alcalimétrique Complet
Figure 11 : Liste des paramètres utilisés pour la caractérisation des intrants et du digestat, suivi
biologique (APESA, 2021)
Les substrats présentent des ratio C/N très variables, les résidus agricoles et les graisses présentent
les ratios les plus élevés au contraire des déjections animales de type lisier (Figure 12).
Le soufre est nécessaire car c’est un constituant des principaux acides aminés et un nutriment
essentiel pour la croissance des bactéries méthanogènes (Mao et al., 2015; Vintiloiu et al., 2012). Un
ratio C/S de 600/1 est suffisant (Weiland, 2010).
[Link].Eléments traces
Des éléments traces minéraux sont nécessaires à la croissance microbienne, en particulier pour les
Archées méthanogènes : potassium, calcium, cuivre, molybdène, cobalt, vanadium, magnésium, fer,
manganèse, zinc, nickel, sodium, bore, sélénium, argent, or, iode, tungstène et titane (Escudié &
Cresson, 2017; Moletta, 2008). Les concentrations de cobalt, sélénium, nickel et molybdène doivent
être supérieures à 0,1 mg/L dans le digestat (PlanET). Seul le fer est nécessaire en concentrations
plus élevées, de 1 à 10 mg/L (Weiland, 2010) voire 200 mg/L (PlanET; Schattauer et al., 2011). Ces
éléments sont généralement en concentrations suffisantes dans la recette. Dans certains cas, des
carences peuvent être constatées en particulier pour des méthaniseurs fonctionnant en mono-
digestion. Dans ce cas, la dégradation de la matière ne sera pas optimisée entrainant des productions
de gaz diminuées et des risques de couches/mousses en surface (PlanET). Un apport peut alors être
réalisé à des concentrations généralement inférieures à 1 mg/L (Moletta, 2008).
[Link].Inhibiteurs
Les éléments traces peuvent, à partir d’un certain seuil, être des inhibiteurs et pénaliser les
performances de la digestion anaérobie. Certains composés organiques sont aussi connus pour
inhiber les processus biologiques. Le Tableau 5 inventorie les concentrations stimulatrices et
inhibitrices pour la méthanisation.
La présence de microplastiques dans les intrants pourrait aussi impacter la digestion anaérobie. Li et
al. (2020) ont étudié, à l’échelle laboratoire, l’impact de l’addition de particules de microplastiques de
polyester (200 µm) lors de la digestion anaérobie mésophile de boues de station (Li et al., 2020). Des
diminutions de production de méthane de l’ordre de 10% ont été mesurées avec peu de différences
selon la quantité de plastique ajoutée, entre 1 et 200 particules/kg MS. Des micropolluants adsorbés
sur les microplastiques pourraient être relargués lors de la digestion anaérobie (Zhang, Chen, et Li
2020).
Des mycotoxines, puissants inhibiteurs, sont produits par certains micro-organismes lors du stockage
de la matière. Pour éviter cette problématique, il convient de couvrir les silos et stocker la biomasse
sous abri (issues de céréales, …)(PlanET).
Les microorganismes de la digestion anaérobie peuvent s’acclimater dans une certaine mesure à la
présence d’inhibiteur. La co-digestion permet de diluer la concentration en inhibiteur lié à un substrat
en particulier.
Des ajouts d’hydroxyde de fer ou de chlorure de fer peuvent être réalisés avec les intrants ou dans le
digesteur pour précipiter les sulfures. Ce mécanisme met en jeu les réactions suivantes :
La société Ovive (France) et BiogasJG B.V. (Pays Bas) commercialisent des produits à base de fer
pour cette application :
- OVIVE HFµ à base de Fe(OH)3,
- FeSFix de BiogasJG B.V à base de Fe2O3 et d’éléments traces (Co, Ni, Cu, Mn, Zn, B, V, Al).
[Link].Accessibilité de la matière
Certains substrats sont très fermentescibles, à l’exemple des glucides et lipides, ce qui peut générer
des risques d’acidose. Les AGV produits s’accumulent provoquant une diminution du pH du digesteur.
Le taux de graisse dans la recette est généralement limité à 10 à 15% de la MS entrante afin de ne
pas générer de difficultés au niveau de la digestion (acidification, moussage, remontée de graisses).
Au contraire, les matrices lignocellulosique présentent des propriétés physico-chimiques (faible
surface accessible, fort taux en lignine, cellulose cristalline) qui peuvent limiter l’accessibilité de la
matière et son hydrolyse (Monlau et al., 2013). Ces matières sont lentement biodégradables et
nécessitent des prétraitements adaptés ou des temps de séjour longs.
Un agrément sanitaire est nécessaire pour les unités de méthanisation traitant des sous-produits
animaux (Parlement Européen 2009).
Les lisiers présentent des faibles taux de MS et sont utilisés pour la dilution de la ration dans le cas de
la méthanisation en infiniment mélangé. Le ratio C/N est faible avec une plage de variation comprise
entre 1 et 22. Ceci peut être source d’inhibition à l’azote lors de la digestion en mono-digestion.
L’azote (NH3/NH4+) en concentration modérée est nécessaire et participe au pouvoir tampon du
digestat. Les lisiers de porcs sont riches en soufre et peuvent générer des concentrations élevées en
H2S dans le biogaz. Pascal Peu a ainsi mesuré des ratios C/S de 44 et 52 pour deux lisiers de porcs
ce qui conduirait en mono-digestion à une concentration potentielle en H2S dans le biogaz comprise
entre 0,7 et 3,9% selon les hypothèses retenues (Peu, 2011). Des concentrations élevées en métaux
(cuivre et zinc) peuvent aussi être mesurées dans ces lisiers selon la ration alimentaire (PlanET).
Les fientes de volaille présentent des concentrations élevées en azote avec un ratio C/N moyen de 9.
La concentration en soufre peut être élevée avec des ratios C/S compris entre 39 et 75 pour 6 fientes
de volaille (Decoopman, 2006).
[Link].Facteurs opérationnels
Les effluents d’élevage sont des sous-produits animaux de catégorie 2. Des dérogations à la
stérilisation/hygiénisation peuvent être autorisées si l’autorité compétente estime qu’il n’y a pas de
risque de propagation d’une quelconque maladie grave transmissible (RCE 1069/2009, 2009).
Les effluents d’élevage sont des matières odorantes qui nécessiteront des mesures particulières pour
limiter les nuisances lors du transport et du stockage.
[Link].Facteurs opérationnels
Les résidus agricoles méthanisables peuvent concurrencer le secteur animal (pailles de céréales) et la
combustion (menues pailles).
[Link].Composition de la matière
Les broyats de déchets verts (bois, tailles d’arbustes) présentent des forts taux de lignine qui
pénalisent leur biodégradation en méthanisation. Ces substrats devraient être orientés vers des
filières de compostage. Les tontes et fauches de bord de route sont plus adaptés à la méthanisation.
Les tontes présentent un ratio C/S de 79 (Peu, 2011) ce qui ne génère pas de problématique liée à
l’H2S.
L’étude CARMEN (CARactérisation des HAP et des métaux dans les herbages fauchés en bord de
routes pour la MEthanisatioN), financée par l’ADEME, s’est intéressée à la méthanisation des fauches
de bords de route (Zdanevitch et al., 2018). Cette étude a montré qu’en fin d’été, les herbes sont plus
sèches qu’au printemps et présentent un caractère plus ligneux qui réduit leur digestibilité en
méthanisation (Zdanevitch et al., 2018). Le projet avait montré que les tontes ou fauches de bord de
routes sont polluées par des indésirables : pierres, sables, plastiques. Les 2 campagnes de
ramassage réalisées en bord de route ont collecté 2,4 et 3,2 kg de déchets/ km. Sur 50 km, ont été
ramassés 245 bouteilles plastiques, 330 canettes aluminium, 80 bouteilles de verre, 12 sacs de 130
litres de papiers et plastiques divers, de la ferraille et des débris de voiture. L’étude concluait que les
herbes de fauches étudiées pouvaient être méthanisées mais qu’un ramassage des déchets avant la
fauche était nécessaire. Les concentrations en HAP ou métaux lourds n’étaient pas pénalisantes pour
la digestion anaérobie ou le retour au sol au regard des exigences de la norme NF U 44-051
(Zdanevitch et al., 2018).
[Link].Facteurs opérationnels
Le coût d’une fauche destinée à la méthanisation est de 1,5 à 2 fois supérieur au coût de la fauche
classique (Zdanevitch et al., 2018). Ce surcoût pourrait être compensé par des économies sur
l’entretien des routes (fossés en particulier) et la production de biogaz (Zdanevitch et al., 2018). Une
distance maximale acceptable de 30 km a été définie entre le lieu de fauche et le méthaniseur, pour le
cas particulier de la Mayenne, pour limiter les coûts de carburants (Zdanevitch et al., 2018).
Industrie de la viande
L’industrie de la viande et en particulier l’activité d’abattage génère des déchets et graisses pouvant
être méthanisés : viscères, sang, matières stercoraires… Leur nature lipidique et protéique présente
des potentiels méthanogènes intéressants pour la méthanisation. Le ratio C/N est très variable, il
s’établit autour de 2 pour le sang et peut atteindre des valeurs élevées à l’exemple des graisses et
plumes. Des ratio C/S de 125 pour la viande de porc, 69 pour le mucus de porc, 75 pour le sang bovin
et 19 pour les poils de porc ont été reportés (Peu, 2011).
Industrie végétale
Les résidus de l’industrie végétale sont variés, il s’agit notamment des résidus de transformation et de
conserverie des fruits et légumes. Les ratio C/N peuvent être élevés pour certains produits à l’exemple
de la fécule/pulpe de pomme de terre (ratio de l’ordre de 70 à 80) et faibles pour les épluchures de
légumes. Généralement, les résidus de fruits et légumes se dégradent rapidement. Certains produits
végétaux tels que les choux, navets, poireaux, oignons, échalotes, ail, tomates contiennent du soufre
à l’origine de la production d’H2S lors de leur digestion (PlanET).
Certains résidus nécessitent des contraintes particulières à l’exemple du broyage (betterave, carotte)
pour rendre la matière accessible à la dégradation. Ils peuvent de plus être chargés en sable et terre
qui s’accumulent en fond de digesteur.
Produits transformés
Dans cette étude, la catégorie « produits transformés » intègre les déchets de l’industrie de
transformation du lait (yaourt), de la fabrication de plats préparés ou d’aliments pour animaux. Le
potentiel méthanogène est intéressant avec des ratios C/N variables.
Lactosérum
Le lactosérum présente un bon potentiel méthanogène avec une cinétique de dégradation rapide. Le
pH peut être proche de la neutralité, de l’ordre de 6,5 (lactosérum doux) ou acide avec un pH entre 3
et 5.
Effluents, boues
Les effluents d’IAA présentent un taux de MS faible. Les boues issues du traitement des effluents ont
un taux de MS plus élevé dépendant du process de déshydratation.
Graisses IAA
Les graisses d’IAA considérées dans cette étude correspondent aux résidus de production (graisses
issues de la production de margarine, graisse de confit de canard) et aux graisses générées par le
traitement des effluents : graisses de flottation. Le ratio C/N peut être très élevé en fonction de la
pureté de la graisse.
Les effluents des industries peuvent contenir des inhibiteurs pour la méthanisation à l’exemple des
désinfectants utilisés pour le lavage. Ils sont peu concentrés (en MS) et ont généralement un potentiel
méthanogène faible ramené au poids brut. Ils sont intéressants pour apporter de l’eau à la ration.
Les résidus de l’industrie végétale sont produits de manière saisonnière. Différents gisements doivent
être disponibles pour permettre une production de biogaz lissée sur l’année.
Un stockage chauffé des graisses peut être nécessaire pour permettre leur pompage.
[Link].Composition de la matière
Les boues primaires extraites du décanteur primaire présentent une meilleure biodégradabilité que les
boues secondaires produites après le traitement biologique aérobie. Les filasses (résidus de lingette
par exemple) présentes dans les boues posent des problèmes de bouchage des conduites et pompes
à l’entrée ou en sortie de digesteur et peuvent pénaliser le fonctionnement des agitateurs. Elles
peuvent de plus créer des croûtes en surface de digesteur.
Les graisses sont très fermentescibles et présentent un potentiel méthanogène élevé intéressant en
digestion anaérobie. Elles peuvent toutefois être polluées par des plastiques (COOP de France &
FNCUMA, 2011) ou des filasses.
[Link].Facteurs opérationnels
La méthanisation des boues et graisses de station d’épuration relève d’une réglementation spécifique.
Un stockage chauffé des graisses peut être nécessaire pour permettre leur pompage.
1.5.7. Biodéchets
[Link].Composition de la matière
Les biodéchets produits par les particuliers ou issus des grandes et moyennes surfaces et de la
restauration contiennent des indésirables à éliminer préalablement à la méthanisation. Il s’agit
d’erreurs de tri et d’emballages : métaux, verre, plastiques. Les biodéchets sont fortement
fermentescibles ce qui impose de bonnes conditions de stockage pour limiter les pertes de matière et
de potentiel méthanogène et les nuisances (odeurs, nuisibles, insectes). Le ratio C/N est relativement
faible : 14 ± 2 pour les biodéchets de cantine et restauration.
[Link].Facteurs opérationnels
L’article L. 541-21-1 du code de l’environnement impose le tri et la valorisation de biodéchets. Cette
obligation concernait depuis 2012 les plus producteurs, plus de 120 tonnes/an de biodéchets ou 1500
litres/an d’huiles alimentaires. Depuis 2016, sont concernés les producteurs de plus de 10 t/an de
biodéchets ou plus de 60 litres/an d’huiles alimentaires usagées (JORF, 2011). Cette obligation sera
étendue à partir du 1er janvier 2023 à tous les producteurs de plus de cinq tonnes de biodéchets par
an puis au plus tard le 31 décembre 2023, à tous les producteurs ou détenteurs de biodéchets, y
compris les collectivités territoriales et les établissements privés et publics qui génèrent des
biodéchets (Code de l'environnement, 2021).
La mobilisation du gisement de biodéchets est un point clé de la réussite de leur valorisation. Les
producteurs de biodéchets doivent être sensibilisés aux enjeux de cette mobilisation et au tri afin de
limiter au maximum la présence d’indésirables qui dégradent la qualité de la matière.
1.5.8. Algues
[Link].Composition de la matière
Macroalgues
Les macroalgues sont riches en soufre avec des ratios C/S de 12 pour les algues rouges et 7 pour les
algues vertes (Peu, 2011).
Des études ont été conduites pour la méthanisation des sargasses dans le cadre d’un appel à projet
de l’ADEME « collecte et valorisation des algues sargasses en Guadeloupe ». Les analyses réalisées
par INRAE transfert environnement montrent que les algues sargasses présentent de fortes
concentrations en sels (INRAE Transfert Environnement, 2018) en partie présents à l’intérieur des
cellules. Des concentrations en chlorure et potassium de 8,4 g/kg et 11,9 g/kg d’algues fraiches ont
été mesurées.
Le projet Eco3Sar : Ecologie, Ecotoxicologie et Economie des Sargasses, financé par l’ADEME s’est
intéressé à la présence de contaminants dans les sargasses. Les algues échouées sur les côtes de
Guadeloupe et de Martinique présentent des concentrations moyennes en arsenic de 80 mg/kg MS
(Lopez et al., 2020). Le chlordécone est présent dans les sargasses des zones de limitation/restriction
de la pêche avec des concentrations allant de quelques µg/kg de MS jusqu’à 1,9 mg/kg de MS. Dans
les autres zones, les résultats démontrent l’absence de chlordécone dans les sargasses (Lopez et al.,
2020). Des concentrations en cadmium supérieures à 0,8 mg/kg MS ont aussi été reportées en
période hivernale pour des macro-algues échouées sur les côtes danoises (Gimžauskaitė et al., 2020)
Le ratio C/N est généralement faible et évolue en fonction de la saison et de la localisation (Milledge
et al. 2019).
Le potentiel méthanogène des macroalgues est faible avec une valeur moyenne de 173 Nm3 CH4/tMSV
comparativement à d’autres substrats organiques, 272 Nm3CH4/tMSV pour les pailles de céréales par
exemple (base de données APESA, (Jard et al., 2013)).
Différents facteurs ont été avancés pour expliquer la faible production de méthane des macroalgues :
structure et résistance de la paroi cellulaire, synthèse de substances toxiques ou antimicrobiennes par
les cellules algales, ratio C/N défavorable, production de polyphénols pour certaines espèces,
présence de soufre, de métaux lourds et de sels pour les algues marines (Barbot et al., 2016).
Microalgues
Les taux de MS des microalgues sont faibles, de l’ordre de 0,1 à 1 g/L dans les bassins ouverts et 1 à
4 g/L dans les photobioréacteurs (DelTorchio, 2013; Wiley et al., 2011). Une étape de
récolte/concentration est nécessaire avant la digestion anaérobie. L’accessibilité de la matière est de
plus limitée par la structure complexe de la paroi cellulaire.
[Link].Facteurs opérationnels
Les algues d’échouage ne sont pas produites en continu nécessitant leur stockage dans des
conditions favorables à la conservation de la matière. Des précautions particulières seront
nécessaires vis-à-vis du risque H2S pour les exploitants et le matériel. Le sable présent dans les
algues marines récoltées sur les plages est aussi problématique car il se dépose en fond de digesteur
et nécessitera des opérations de vidange régulière pour conserver un volume suffisant de digestion. Il
participe de plus au vieillissement prématuré du matériel, tout comme le sel, dans le cas des algues
marines.
Les principaux verrous limitant l’utilisation des microalgues en digestion anaérobie concernent les
coûts de production de cette biomasse (Zabed et al., 2020). Les faibles concentrations en microalgues
dans les réacteurs de cultures imposent la mise en place de process de récolte et de concentration
pour augmenter le taux de MS de cette biomasse avant digestion.
Facteurs limitants
Déjections animales
Hétérogénéité
Ne pas broyer avant le stockage mais avant la digestion
pour limiter les pertes de matières pendant le stockage
Présence de paille difficilement biodégradable Pertes au stockage
Matière odorante (précaution (Peyrelasse C. et al., 2017).
(lignocellulose)
stockage/transport)
Voie sèche Cinétiques de
Prévenir et contrôler le risque d’auto inflammation
IM Présence de polluants (ETM, hormones, dégradation lentes
SPAN (dérogation possible à la pendant le stockage
antibiotiques…) pour les fumiers
stérilisation/hygiénisation)
pailleux
Enzymes biologiques pour améliorer la biodégradation et
Fumier Présence d’indésirables (pierres, sables, bois,
réduire la viscosité du digestat
ficelles, métaux)
Différentes solutions de broyage existent sur le marché
Energie d’agitation
pour accélérer la cinétique de dégradation et faciliter
élevée (viscosité)
l’introduction/mélange
Spécificités Fibres longues → contraintes mécaniques pour
IM l’introduction et l’agitation Risque de flottation
Des prétraitements de type ultrason ou cavitation existent
dans le digesteur (si
pour réduire la viscosité du digestat et améliorer la
fumier pailleux)
digestion de la matière.
Taux de MS faible Réduire la durée du stockage à 1 ou 2 semaines
maximum pour limiter les pertes de matière et de potentiel
Pertes au stockage
Faible potentiel méthanogène Matière odorante (précaution méthanogène pendant le stockage : stocker en fosse
stockage/transport) couverte agitée (Peyrelasse C. et al., 2017).
Sédimentation
C/N faible: risque inhibition NH3
pendant le stockage
Voie sèche Volumes importants → transport Conception de la cuve en pointe de diamant avec
Lisier
IM Concentration élevée de soufre (lisier porcin) sur de courtes distances possibilité de vider la fosse intégralement pour éliminer
Génération d’H2S en
les matières en suspension, support de développement
particulier pour le
Présence de polluants : cuivre et zinc pour les SPAN (dérogation possible à la bactérien (Peyrelasse C. et al., 2017).
lisier porcin
lisiers de porc, hormones, antibiotiques, … stérilisation/hygiénisation)
Méthaniser le lisier en co-digestion pour équilibrer le C/N
Bon pouvoir tampon et le faible taux de MS de la ration
Très fermentescible
Risque d’inhibition Prétraitement thermochimique (extraction d’azote,
C/N faible
Voie sèche azote SPAN (dérogation possible à la amélioration de l’accessibilité cellulose/hémicellulose)
Fientes
IM stérilisation/hygiénisation)
Concentration élevée en soufre
Génération d’H2S Méthaniser en co-digestion
Présence d’indésirables (terre, plumes)
Résidus agricoles
Fibres longues
Stocker sous abri, limiter les manipulations et
Concurrence avec le secteur animal
Pailles de Voie sèche Substrats introductions d’air
Présence de soufre pour
céréales IM lignocellulosiques
une partie des pailles Matière payante
difficilement Prévenir et contrôler le risque d’auto inflammation
(colza, moutarde) Cinétiques de
biodégradables pendant le stockage
dégradation lentes Concurrence biomasse
(lignine)
(combustion)
Méthaniser en co-digestion pour équilibrer le C/N
Présence de soufre pour Génération d’H2S
Voie sèche Présence
Menues pailles une partie des menues avec les résidus de Matière payante
IM d’indésirables Enzymes biologiques pour améliorer la biodégradation et
pailles (colza, moutarde) colza, moutarde
(sable, terre, pierre) réduire la viscosité du digestat
Risque d’envol lors de la
manutention
C/N élevé Adapter le temps de séjour dans le digesteur aux
Voie sèche Difficulté pour le ramassage et le
Cannes de maïs Fibres longues cinétiques de dégradation de la matière
IM broyage
Différentes solutions de broyage existent sur le marché
Energie d’agitation
pour accélérer la cinétique de dégradation et faciliter
élevée (Viscosité)
l’introduction/mélange (broyeur à couteaux / marteaux)
Spécificités Contraintes mécaniques pour l’introduction et Risque de flottation
Résidus agricoles Piège à cailloux
IM l’agitation dans le digesteur
(paille) (COOP de
Des prétraitements de type ultrason ou cavitation existent
France & FNCUMA,
pour réduire la viscosité du digestat et améliorer la
2011)
digestion de la matière.
Production végétale
Voie sèche Matière hachée à l’ensileuse Coût de production élevé avec des Une attention particulière doit être portée lors de la récolte
CIVE d’hiver
IM rendements aléatoires et du stockage pour limiter la présence d’indésirables
Présence d’acides
Logistique pour le stockage Bonne conservation de la matière ensilée, récupération
Voie sèche
CIVE d’été Substrat rapidement biodégradable (ensilage) des jus avec piège à cailloux
IM Dégradation de la
matière en absence
Présence d’indésirables (pierres, sables) Saisonnalité Prévoir un piège à cailloux et/ou pré fosses et puisard en
de stockage adapté
amont des pompes (Ollivier 2016)
Coût faible
Présence d’indésirables (pierres, sables) Risque d’acidification
Enzymes biologiques pour améliorer la biodégradation et
Voie sèche
Ensilage d’herbe Saisonnalité réduire la viscosité du digestat
IM Composition saisonnière : plus ligneuses en fin
d’été
Production existante Attendre à minima 4 semaines après l’ensilage pour
introduire la matière (risque d’acidose) (PlanET)
Energie d’agitation Privilégier les brins courts pour le réglage de l’ensileuse
Production Spécificités
élevée (Viscosité) (Ollivier 2016)
végétale IM
Redevance
nécessaire
(70°C, 60 minutes
Particules < 12 mm)
Algues
Limiter le taux de macroalgues dans la recette : co-
digestion
Précautions particulières liées au
Acclimater les microorganismes de la digestion anaérobie
Solide risque H2S pour les exploitants
Traiter le biogaz (dans le digesteur par injection
Présence de soufre et ratio C/N faible Inhibition du process Production non continue pour les
d’oxygène dans le ciel gazeux ou en amont du process
de méthanisation : algues d’échouage nécessitant un
de valorisation) et/ou injection de réactifs (hydroxyde de
Présence de sables et de sels dont NaCl sels (algues stockage
fer, chlorure de fer) dans le digesteur pour précipiter le
Macroalgues marines), soufre
soufre
Les sargasses contiennent de l’arsenic et du Sable : ensablement digesteur,
chlordécone dans certaines zones Perte de matière lors vieillissement prématuré du
La production saisonnière nécessite la disponibilité de
du stockage matériel
substrats de substitution
Taux élevé de matières minérales → Faible
potentiel méthanogène Nécessité de mettre en place un
Limiter le ramassage du sable lors du ramassage des
mode de stockage conservatif (
IM algues (ramassage des algues en mer, tamisage) et/ou
laver les algues à l’eau de mer voire à l’eau douce pour
réduire la présence de sels et éliminer les sables
Prétraitements pour casser la paroi cellulaire (Ward,
Lewis, et Green 2014)
2.1. Introduction
Parmi les différents intrants utilisés en méthanisation certains comme les cultures intermédiaires à
vocation énergétiques (CIVE) ne sont produits ou récoltés qu’une ou deux fois par an, ils doivent donc
être stockés jusqu’à leur introduction dans le méthaniseur. L’objectif principal du stockage sera la
conservation de la matière organique, en particulier la conservation du potentiel méthanogène. La
problématique de stockage sont également prégnante dans le cas des matrices facilement
biodégradables telles que les déchets alimentaires (biodéchets, soupes de déconditionnement…)
mais aussi des fumiers et lisiers pour lesquels des emissions de méthane ont lieu pendant le
stockage.
Pour la plupart des intrants solides, l’hydrolyse est l’étape limitante de la cinétique de méthanisation.
Des prétraitements peuvent être appliqués afin de faciliter cette étape. L’objectif du prétraitement sera
alors l’amélioration de l’accessibilité et de la biodégradabilité de la matière organique. Notamment, la
solubilisation de la matière particulaire et l’augmentation de la surface spécifique facilitent le contact
entre la matière biodégradable et les enzymes, ce qui résulte en une augmentation de rendement
méthane et une amélioration de la cinétique de dégradation biologique. Outre cet objectif principal
visant à favoriser l’expression du potentiel biométhanogène, les prétraitements peuvent permettre de :
- Hygiéniser certains substrats tels que les sous produits animaux comme imposé par la
règlementation
- Introduire la matière dans le méthaniseur
- Concentrer les matières organiques dans les intrants
- Diminuer la viscosité du milieu réactionnel et donc des problématiques de pompage et
réduction des coûts énergétiques de brassage
Prétraitement mécanique :
Les prétraitements mécaniques regroupent les différentes typologies de broyeurs, les systèmes
d’extrusion, les malaxeur en entrée de méthaniseur et les pompes dilacératrices. Parmi les broyeurs,
nous retrouvons notamment : broyeurs à marteaux, à couteaux, à flux croisé…. La pompe
dilacératrice pompe et broie en une seule fonction, ce qui empêche le colmatage ou le blocage.
Parmi les prétraitements mécanique, l'extrusion bi-vis est un procédé de prétraitement physique
prometteur pour la conversion de la biomasse lignocellulosique. L'extrusion bi-vis est un processus
qui combine plusieurs opérations dans une seule unité. Lors de l'extrusion, les matières traitées
peuvent être soumises à différents type de contraintes : thermique, mécanique (mélange, frottement,
cisaillement..), chimique et biochimique entraînant des modifications physiques et structurales des
polymères constitutifs.
Prétraitement physique :
Les prétraitements physiques rassemblent les procédés de cavitation, d’ultrasons, de micro-ondes, de
désintégration électrocinétique. Le prétraitement micro-ondes est l’une des méthodes de
prétraitement physique. Le principe principal du mécanisme est le rayonnement électromagnétique
utilisant une large gamme de fréquences de 300 MHz à 300 GHz avec des longueurs d’onde allant de
1 mm à 1 m, respectivement (Atelge et al., 2020; Marin et al., 2010). Par ailleurs, des procédés de
cavitation, aujourd’hui commercialisé par les sociétés Cavimax ([Link] et
Biobang ([Link] sont des solutions en pleine expansion. On
appelle cavitation la naissance et l'oscillation radiale de bulles de gaz ou de vapeur dans un liquide
soumis à une dépression. Les prétraitements ultrasons (sonication) ont aussi été appliqués
notamment sur les filières boues. La sonication consiste en la propagation d’ondes de pression dans
un milieu liquide et en la formation de bulles de cavitation qui implosent violemment lorsqu’elles
atteignent une taille critique. Une grande quantité d’énergie mécanique est alors libérée entraînant
des phénomènes de fortes turbulences et de forts cisaillements au sein du liquide. Le prétraitement
Etude RECORD n°20-0420/1A - FINAL 38
par désintégration électrocinétique, utilise des champs électriques de tension élevée (jusqu’à
quelques dizaines de kilovolts) sur des pulses de quelques millisecondes. Finalement, le procédé de
centrifugeuse lyseuse est une centrifugeuse traditionnelle à laquelle un système de lyse cellulaire a
été ajouté. Les forces de cisaillement entre des lames fixes solidaires de la paroi interne de la
centrifugeuse et des lames mobiles fixées sur le rotor conduisent à la désintégration partielle
Prétraitement thermique et thermo-chimique :
Les prétraitements thermiques et thermo-chimiques peuvent aussi être appliqués. Aujourd’hui, ce sont
majoritairement des procédés thermiques à hautes températures qui sont appliqués (Cambi®,
Exelys®...) notamment dans le cadre des unités de méthanisation traitant des boues. L’hydrolyse
thermique peut avoir lieu à haute température, entre 140 et 180°C sous pression ou à faible
température. L’hydrolyse thermique à des températures inférieures à 80°C a également été étudiée,
ces procédés impliquant des réactions biologiques, les durées sont de l’ordre de la dizaine d’heures à
quelques journées. En parallèle, un agent chimique (acide, oxydant, alcalin) peut aussi être ajouté.
Les prétraitements themo-chimiques sont jusqu’à présent majoritairement uitilisés à l’échelle du
laboratoire et les agents utilisés sont l’acide sulfurique, acide phosphorique, soude, chaux...
Prétraitement biologique :
Les prétraitements biologiques concernent les prétraitements qui engagent des organismes vivants,
sont comptés dans cette catégorie l’ensilage, le pré-compostage de la matière, les prétraitements
enzymatiques ou fongiques. Les prétraitements biologiques présentent l’avantage de CAPEX faibles,
de simplicité de mise en œuvre mais nécessite souvent de travailler dans des conditions de stérilité
afin d’éviter la consommation de la matière soluble par les organismes endogènes.
Ces technologies de prétraitements peuvent être appliqués seuls ou en synergie. Il n’est pas rare de
coupler des prétraitements mécaniques avec des prétraitements thermiques, biologiques ou
physiques.
Afin de prendre un peu de hauteur sur les travaux réalisés sur la thématique des pré-traitement et
ainsi de se différencier des nombreux états de l’art disponibles, une démarche de recherche des
travaux scientifiques au niveau national et international a été réalisée :
En ce qui concerne le niveau National, nous avons consulté l’intégralité des membres
scientifiques du CTBM (Centre Technique du Biogaz et de la méthanisation,
[Link] afin de recueillir les projets R&D et
les thèses sur le sujet du prétraitement de ses dix dernières années (2010-2021). Nous avons
aussi étendu l’enquête auprès des acteurs industriels majeurs de la méthanisation (SUEZ,
VEOLIA, ENGIE, SUEZ, TOTAL, AIR LIQUIDE, GRDF...) afin d’identifier l’existence des
collaborations industriels / académiques et également de connaître les similitudes ou les
différences des axes et des priorités R&D entre les instituts publics et industriels.
En ce qui concerne le niveau International, nous avons utilisé le moteur de recherche Web
of Science (base de données bibliographiques universitaire en ligne fournie par l'Institute for
Scientific Information). La recherche a porté sur les mots clés « pretreatment anaerobic
digestion » or « pretreatment biogas » dans le domaine topic « keywords, title, abstract ».
Nous avons ensuite adopté deux stratégies de traitements des données. La première a
consisté à utiliser l’interface Web of Science ([Link] pour
obtenir des données statistiques sur les années de publication, les auteurs publiant le plus,
les organisations et pays, les typologies d’ouvrages.... La deuxième démarche a consisté à
traiter les données à l’aide du logiciel open access VOS VIEWER
([Link] qui est un logiciel de scientométrie. VOSviewer est un outil pour
la construction et la visualisation de réseaux bibliométriques.
Comme spécifié en Figure 16, depuis 2011, en France, la plupart des thèses porte sur les biomasses
lignocellulosiques et résidus agricoles (13 thèses), puis viennent les sujets des biodéchets/ordures
ménagères (4 thèses) puis des boues (2 thèses). En ce qui concerne, les biomasses
lignocellulosiques et résidus agricoles, les thèses ont porté sur le stockage des CIVEs avant
méthanisation, sur le prétraitement des résidus agricoles, des cultures énergétiques et des fumiers.
Une thèse a aussi porté sur le prétraitement de digestat solide de méthanisation en recirculation
(Thèse Ulysse Brémond). A noter qu’une thèse est en cours sur la biodégradabilité des plastiques
biodégradables en lien avec le secteur des biodéchets au sein de l’APESA.
Une liste
détaillée des différentes thèses sur ces dix dernières années est fournie en Tableau 6. Il est a noter
l’absence de thèses sur certaines typologies de biomases et notamment les biomasses algales (micro
et macro-algues). Enfin, il est important de noter que certains industriels sont impliqués dans les
thèses (GRDF, AIR LIQUIDE, OCP...). Toutefois, cette implication reste assez marginale et pourrait
en partie expliquer le décalage que nous pouvons retrouver entre expérimentations menées à
l’échelle laboratoire et réalité industrielle.
Date
Nom du projet projet Titre du projet Financeur Partenaires
2015- ADEME-
SAM 2017 SAM - Stockage de la matière avant méthanisation DOSTE INSA Lyon - Labo. DEEP, APESA
2017- ADEME-
PAM 2020 PAM - Prétraitement de la matière avant méthanisation GRAINE INSA Lyon - Labo. DEEP, NOREMAT, ENSAIA
2018- FEDER Région
EQUIMETHA 2019 Méthanisation de fumiers équins: application de prétraitement thermo-chimique N. Aquitaine APESA, Univ. Griffith
2012- INRAE (FARE, BCF, LBE, IATE), Solagro,
STOCKACTIF 2016 Stockage actif de la biomasse pour faciliter sa transformation industrielle ANR Vivescia, Envolure
2012-
BFF 2020 Biomass For Future ANR (PIA) INRAE-LBE
2021- ADEME-
METHAPLAST 2023 Méthanisation de plastiques biodégradables: impact de prétraitements GRAINE RITTMO, IRMA, APESA, SARIA
2018-
VALERORIS 2019 Valorisation écoefficiente des sous-produits des IAA : extraction de biomolécules et production d'énergie Carnot 3BCAR INRAE-LBE
EURALIS, GIE GAO (l’interprofession des huiles
et protéines
végétales, Terres Univia, et deux instituts
ADEME - techniques, Arvalis et
OPTICIVE Optimisation de la mobilisation de cive pour la méthanisation dans les systèmes d'exploitation GRAINE Terres Inovia)
ADEME-
RECITAL Capitaliser et valoriser les informations sur les Cultures Intermédiaires à Vocation Energétique GRAINE Arvalis, Cavac, Euralis, Aile, AMF, Oxyane, Engie
2020- FEDER Région
BIOGAZ RIO 2022 Biogaz Recherche Innovation en Occitanie occitanie INRAE-LBE
2010-
WINSEAFUEL 2013 Production de macroalgues pour une valorisation en biométhane et autres bioproduits ANR INRAE-LBE
2012- Saponification pre-treatment and biosensors based control system for slaughterhouse waste anaerobic digestion
ADAW 2015 improvement SME FP7 INRAE-LBE
2012- Effet d’un prétraitement thermochimique et mécanique de la paille de blé sur ses performances pour les
PEACE 2013 conversions en bio-éthanol et méthane Carnot 3BCAR INRAE-LBE
2018- UrbanBiom - Orientation et prétraitement des Biodéchets en territoire Urbain pour leur valorisation énergétique ADEME - PROVADEMSE, INSA Lyon - Labo. DEEP, GRDF,
URBANBIOM 2021 par conversion biologique et/ou thermochimique en Méthane destiné à l’injection en réseau GRAINE IRCELYON, Métropole de Lyon
2013- ADEME-
PETIOLE 2016 PrETraitements bIOlogiques des substrats LignocEllulosique DOSTE INRAE-OPAALE, LUBEM
2011- Prétraitement biologique des substrats lignocellulosique en vue de leur utilisation en méthanisation, utilisation de ADEME-
METHACHAMP 2013 champignons lignolytiques DOSTE INRAE-OPAALE
2014- ADEME-
RESIMETHA 2017 Méthanisation par voie sèche à la ferme de résidus de cultures DOSTE INRAE-OPAALE, ARVALIS, Gaec Bois Joly
2007- Programme de recherche sur la préparation des déchets pour l’optimisation de la biodégradation par
Bioptime 2011 méthanisation des déchets ménagers et assimilés ANR Veri, INRAE-PROSE, IMFT, LSEE, LIRIGM, LIPE
2021-
Save 2022 Valorisation agro-énergétique des Sargasses – SAVE ANR Ensaia, INRAE URZ, SOMARA, LAE
Figure 17 : Les projets autour du stockage et du prétraitement de la matière avant méthanisation par
catégories de biomasses et gisements (RECORD, 2022)
Enfin la Figure 18 représente les principaux financeurs de ces projets R&D. Une grande majorité de
ces projets ont été financée par l’ADEME via les programmes DOSTE (4 projets) et GRAINE (5
projets). Les autres sources de financement proviennent de l’ANR, de l’Europe (via les fonds FEDER
ou FP7) et de l’institut Carnot 3 BCAR ([Link]
Note :
En parallèle des membres du CTBM, les acteurs industriels majeurs de la méthanisation (SUEZ,
VEOLIA, GRDF, AIR LIQUIDE, ENGIE, TOTAL ENERGIES) ont été contacté. Seul GRDF et AIR
LIQUIDE nous ont fait remonter des travaux sur la thématique du stockage et du prétraitement de la
matière avec les thèses notamment de Clément Van Vlierberghe et de Ulysse Brémond. Toutefois,
cela ne signifie pas que les autres industriels ne travaillent pas sur la thématique.
Sur Web of Science, nous avons fait un recensement des ouvrages scientifiques sur la période 2000-
2021. Sur cette période il a été recensé en tout 5923 ouvrages (en date du 19/05/2021). Sur la Figure
19, on observe une activité exponentielle (courbe de modélisation) de recherche scientifique sur le
sujet. Seulement sur l’année 2020, plus de 964 ouvrages ont été publiés.
Figure 20 : Typologies d’ouvrages sur le sujet prétraitement et méthanisation publiés ces dernières
années 2000-2021 (RECORD, 2022)
La Figure 21 regroupe les principaux instituts et centres de recherche travaillant sur la thématique du
prétraitement de la matière avant méthanisation. Excepté l’INRAE et le Technical University of
Denmark, l’intégralité des autres centres sont d’origine asiatique. Cette tendance n’est pas propre à
cette thématique mais reflète une augmentation de la capacité des centres asiatiques dans le
domaine de la recherche scientifique et de sa valorisation dans des journaux à comité de lecture
International.
Figure 21 : Organisations publiant le plus sur le sujet prétraitement et méthanisation ces dernières
années 2000-2021 (RECORD, 2022)
La Figure 22 confirme cette tendance avec le pourcentage d’ouvrages réalisés sur le sujet par
continent ces dernières années sur la tranche 2000-2010 et 2010-2021. Il est intéréssant de noter que
les pays asiatiques ont augmenté leur taux de publications sur ce sujet à l’échelle mondiale avec plus
Figure 22 : Pourcentage d’ouvrages réalisés sur le sujet par continents ces dernières années sur la
tranche 2000-2010 et 2010-2021 (RECORD, 2022)
La Figure 23 présente le nombre de publications dans le domaine scientifique sur les périodes 2000-
2010 et 2010-2021. Il est intéréssant de noter la forte progression de papiers sur ces deux périodes
avec 612 documents sur la période 2000-2010 et 5456 sur la période 2010-2021. Ceci témoigne d’un
intérêt croissant de la communauté scientifique sur la thématique des prétraitements de la biomasse
avant méthanisation. La Chine reste le pays qui publie le plus sur ces deux périodes, suivi des Etats-
Unis. La France se situe en troisième position sur la période 2000-2010 et chute à la onzième place
sur la période 2010-2021.
Finalement, la Figure 24 représente les dix premiers auteurs ayant le plus publié dans le domaine
scientifique sur les périodes 2000-2010 et 2010-2021. Sur la période 2000-2010, deux auteurs
proviennent du LBE, à savoir Hélène Carrère ([Link]
et Jean Philippe Delgenès. La plupart des autres auteurs viennent du Canada ou de l’Europe. Sur la
période 2010-2021, seuls deux chercheurs européens restent dans le top 10, à savoir Hélène Carrère
(INRAE-LBE) et MJ Taherzadeh (Université de Boras, Suède). Hélène Carrère se place en quatrième
position avec 61 papiers sur la période 2010-2021 contre 17 papiers sur la période 2000-2010.
Figure 24 : Auteurs ayant le plus publié sur le sujet sur la tranche 2000-2010 et 2010-2021 (RECORD,
2022)
Figure 26 : Mapping sur VOS VIEWER des pays ayant au moins 80 publicaations dans le pool des
5923 ouvrages. Visualisation des interactions entre les pays (RECORD, 2022)
En Figure 24 et 25, un mapping des mots clés « keywords » et des interactions entre les pays
publiant le plus sur le sujet du prétraitement et de la méthanisation est fourni.
La Figure 24 est intéréssante car elle permet d’identifier différents clusters sur les mots clés. En
effet, les biomasses lignocellulosiques sont associées aux prétraitements alcalins et thermiques,
Dans la suite du rapport, nous nous sommes intéréssés à faire un recensement de la littérature
Internationale et Nationale sur l’application de technologies de stockage et/ou prétraitement afin
d’améliorer le rendement en méthane.
Les résultats sont présentés par catégories de biomasses et un focus particulier a été réalisé sur les
gisements suivants:
- Boues ;
- Biodéchets (nous avons aussi fait un focus sur les plastiques biodégradables car l’obligation
de collecte sélective des biodéchets à l’horizon 2023 risque d’amener des flux de plastiques
biodégradables notamment via les sacs de collecte).;
- Graisses ;
- Biomasses lignocellulosiques facilement biodégradables ;
- Biomasses lignocellulosiques plus difficilement biodégradables ;
- Algues (incluant microalgues, cyanobactéries et macroalgues).
Les arrêtés du 27 décembre 2013 précisent les obligations réglementaires des activités l’élevage
visés par la réglementation ICPE sous le régime de la déclaration, de l’enregistrement et de
l’autorisation. Cet arrêté précise que les fientes de volaille comportant plus de 65 % de matière sèche
peuvent être stockées, hors zone vulnérable aux pollutions par les nitrates, sur une parcelle
d'épandage dans des conditions précisées par le préfet et figurant dans l'arrêté d'autorisation de
l'élevage. Elles doivent être couvertes par une bâche imperméable à l'eau mais perméable aux gaz.
Les cuves ou fosses de stockage des lisiers doivent être conçues pour permettre l’évacuation
complète de la matière afin d’éliminer les matières en suspension qui sont une source de
développement bactérien à l’origine des pertes de méthane. Une conception en pointe de diamant est
idéale pour les lisiers qui décantent rapidement à l’exemple des lisiers de canard. Une agitation du
stockage est nécessaire pour homogénéiser le lisier avant son introduction dans le méthaniseur. La
couverture permet de limiter les odeurs, la volatilisation de l’azote et la dilution avec les eaux de
pluies. Les Meilleures Techniques Disponibles (MTD) pour l’élevage intensif de porcs et de volailles
recommandent pour limiter les émissions liées au stockage de couvrir le lisier, réduire au maximum
l’agitation, acidifier le lisier (UE, 2017).
La durée du stockage sera réduite au minimum et ne devra pas dépasser 1 ou 2 semaines pour
conserver le potentiel méthanogène de la matière. Il existe aujourd’hui des systèmes de couvertures
adaptés à la récupération/valorisation du biogaz produit pendant le stockage à l’exemple des
couvertures développées par la PME française Nénufar ou le procédé MCube (Ovalie Innovation).
Les opérateurs devront être protégés vis-à-vis des émissions de gaz, et en particulier NH3 et H2S. Des
additifs existent pour le lisier afin de réduire les émissions d’hydrogène sulfuré (H2S) et d’ammoniac
(NH3) pendant stockage. FCSI (Danemark) commercialise le produit ACTIVE NS composé d’argiles
prétraitées. Des consortiums bactériens aérobies/anaérobies facultatifs sont commercialisés par HTS
Bio (France). Il s’agit du produit GLOBALFAC® (version optimisée de la combinaison AZOFAC® plus
ACTIFAC®) qui intègre également un complexe de nutriments et d’oligoéléments pour stimuler l’action
des micro-organismes. Les avantages avancés par le fournisseur sont d’augmenter la liquéfaction du
lisier et de réduire très fortement les émissions de gaz, jusqu’à 80% pour l’ammoniac et jusqu’à 90%
pour l’hydrogène sulfuré (H2S) (HTS BIO, 2018).
Le lisier présente un taux de MS faible et représente par conséquent des volumes élevés avec un
faible potentiel méthanogène. Un traitement à proximité de son site de production est recommandé
pour limiter le transport.
Les lisiers et fientes présentent des ratio C/N faibles, ils peuvent être traités en co-digestion pour
optimiser la dégradation de la matière et éviter des inhibitions à l’azote en digestion.
[Link].Approvisionnement et stockage
Une attention particulière doit être portée lors de la récolte et du stockage pour limiter la présence
d’indésirables et bien conserver la matière.
Figure 27 : décomposition de la lignocellulose sous l’effet d’un prétraitement (Schwietzke et al., 2009)
adapté de (Hsu, 1980; Mosier et al., 2005).
Différents objectifs sont visés pour ces prétraitements (Carrere et al., 2016; Ramos-Suarez et al.,
2017) :
- la délignification de la matière : rupture des liaisons lignines-carbohydrates,
- la réduction de la cristallinité de la cellulose,
- l’augmentation de la porosité (surface spécifique accessible) pour faciliter le contact entre la
matière à dégrader et les microorganismes/enzymes.
Ces différents prétraitements appliqués aux matrices lignocellulosiques sont présentés ci-après.
Le broyage
Les constructeurs d’unité de méthanisation proposent pour les unités de méthanisation en voie sèche
continue ou infiniment mélangé soit :
- Une incorporation directe,
- Un prétraitement incluant un système de broyage.
Sont présentés ci-après les principaux broyeurs mis en œuvre pour les unités de méthanisation.
La société allemande Vogelsang produit et commercialise des broyeurs pour le prétraitement des
matières avant méthanisation en infiniment mélangé. La filiale française créée en 2005 est basée à la
périphérie de Montélimar dans la Drôme. Le broyeur à couteaux RotaCut est largement utilisé pour
réduire la taille des fibres avant introduction dans les méthaniseurs, plus de 200 unités ont été
installées en France (Eberlein, 2021). Le RotaCut fonctionne en voie humide par mélange de la
matière fibreuse avec un intrant liquide ou une recirculation du digestat. Le taux de MS visé en sortie
pour la suspension organique alimentant le digesteur est de 12%. Différentes grilles de coupe sont
disponibles dans la plage de 4 à 50 mm (Vogelsang), les grilles de 12 mm sont installées pour les
matières devant être hygiénisées. Le RotaCut est intégré dans un système d’alimentation complet dit
PreMix (Figure 28).
Ce système intègre, en complément du RotaCut, un piège à cailloux pour éliminer les lourds et une
pompe volumétrique. Un PreMix peut alimenter plusieurs digesteurs. La puissance installée est de 20
à 40 kW (selon le modèle) pour des débits de 30 à plus de 100 m3/h (Vogelsang).
Le modèle XRIPPER de Vogelsang, broyeur à couteaux fonctionnant à sec, sera utilisé pour le
broyage de matières non fibreuses telles que les déchets de cantine, résidus de fruits et légumes
(pommes de terre, betteraves, choux fleurs…) et déchets animaux de type carcasses (Eberlein, 2021).
La société Landia (Danemark) a développé et breveté un procédé d’agitation externe par recirculation
du biogaz et du digestat. Une pompe dilacératrice, équipée de couteaux pour hacher la matière,
assure la circulation du digestat (du bas vers le haut) et la recirculation du biogaz par effet venturi
(Figure 29).
L’extrusion
L’extrusion est réalisée par écrasement de la matière entre deux vis hélicoïdales afin d’éclater les
cellules grâce à des contraintes répétées de pressions et à l’augmentation de la température de la
matière (LMEngineering GmbH; Peyrelasse C. et al., 2017). L’accessibilité de la matière est améliorée
permettant d’augmenter la production de méthane. LMEngineering GmbH annonce des
augmentations de production comprises entre 14% (ensilage de maïs) et 70% (miscanthus)
(LMEngineering GmbH). Des mesures de BMP ont été réalisées après extrusion sur de la paille et de
la litière accumulée par l’université d’Aarhus au Danemark (Wahid et al., 2015). Les résultats ont
montré une augmentation de la production de méthane de 4 à 29%, selon la configuration de
l’extrudeur testée et la matière, après 29 jours de dégradation en réacteur batch. Le bénéfice du
prétraitement diminue lorsque la durée de dégradation est prolongée jusqu’à 60 jours (-2 à 16%)
(Wahid et al., 2015). La consommation énergétique d’un extrudeur Lehmann (MSZ B 110e) a été
annoncée à 10 kWh/tonne pour le traitement de 1,5 tonne/h de matière (Wahid et al., 2015).
Environ 150 unités ont été vendues dans le monde par LMEngineering GmbH dont 9 en France,
installées ou en cours d’installation (Lausmann, 2021).
Weltec Biopower commercialise le MultiMix qui intégre des broyeurs du marché (Vogelsang, Boerger)
dans la ligne de prétraitement MultiMix. Les unités intègrent une séparation des lourds (cailloux) et un
broyage en voie humide (matières fibreuses, vinasses, résidus de légumes). Aujourd’hui, 350 unités
de broyage sont installées en prétraitement des unités de méthanisation.
La technologie de cavitation brevetée Biobang® est développée par la société Italienne THREE-ES
S.r.l. Plus de 150 unités ont été installées à travers l’Europe et une référence est aussi en
fonctionnement en Corée. Les capacités de traitement du système s’établissent dans la gamme de 0,5
à 25 m3/h (Brambilla, 2021). L’unité de plus grande capacité (15 m3/h) est installée sur une unité de
méthanisation polonaise pour le prétraitement de paille (Brambilla, 2021). Le coût d’investissement
(matériel installé) est de l’ordre de 127 000 € pour une unité de 1,5 m3/h (7,5 kW/m3) et 210 000 €
pour une unité de 2,5 m3/h (7,5 kW/m3) en 2018 (Biobang, 2018). Biobag annonce des coûts annuels
de maintenance d'environ 2 300 € avec un maximum de 3 000 € et un retour sur investissement
possible sur un an (Salon des Gas renovable, 2021).
Le procédé à ultrasons Biosonator est commercialisé par la société allemande Ultrawaves. Il est mis
en œuvre sur les boues d’épuration urbaine et sur les unités de méthanisation traitant des substrats
fibreux et difficiles à dégrader à l’exemple de l'herbe et du fumier. Le taux de MS des intrants doit être
inférieur à 15% (Ultrawaves). Il est généralement positionné sur une partie du digestat du post
digesteur avant renvoi dans le digesteur. Ultrawaves annonce un bénéfice de 10 à 15% sur la
production de biogaz ce qui permettrait un temps de retour sur investissement de 3 à 5 ans
(Ultrawaves). Une unité est en cours d’installation en France sur un méhaniseur à la ferme. Le
procédé à ultrasons Biopush de Weber Entec (Allemagne) a des retours d’expérience sur des unités
de méthanisation traitant des substrats difficiles à l’exemple de l’herbe. Une centaine de méthaniseurs
sont équipés. Le coût d’investissement pour un méthaniseur de puissance 1 MW est d’environ
150 000 €. Le fournisseur annonce une consommation électrique correspondant à 10% de la
surproduction liée aux ultrasons (Eichhorst, 2021).
Les caractéristiques de ces procédés sont présentées dans le Tableau 9.
Différentes options sont étudiées pour réduire les verrous qui freinent l’application de ces
prétraitements :
- Sélectionner les matrices à prétraiter en fonction de leur faible biodégradabilité et des
performances obtenues par le prétraitement (cinétique et BMP),
- L’utilisation de produits chimiques qui ne pénalisent pas la qualité du digestat. La soude
peut par exemple être remplacée par de la potasse qui apporte du potassium, ce dernier
ayant un intérêt pour les sols au contraire du sodium apporté par la soude (Carrère et al.,
2021),
- Le recyclage de la fraction liquide issue du prétraitement pour limiter les consommations
en eau, en produits chimiques et les volumes à traiter (Peyrelasse et al., 2021). Dans ce
cas, l’efficacité du prétraitement diminue entre chaque cycle et nécessite un complément
en produits chimiques. Des essais réalisés à l’échelle laboratoire par l’APESA ont montré
La société Xergi rachetée par Nature Energy (Danemark) a développé le procédé NiX® pour prétraiter
thermo-chimiquement la matière (pH 10 avec apport de chaux, 160°C, 6 bars). Deux unités ont été
installées pour extraire l’azote de substrats très concentrés en azote. Aucune unité n’a été installée
pour améliorer la digestion de matières ligno-cellulosiques.
Le Cooker d’Agrikomp (France) est commercialisé pour améliorer la digestion des substrats fibreux en
augmentant les cinétiques de dégradation et en réduisant la viscosité du digestat. Il se positionne
entre le digesteur et le post-digesteur autorisant l’absence de chauffage sur le post-digesteur. Un
échangeur thermique tubulaire prétraite la matière en digestion en appliquant une température
comprise entre 40 et 80°C pendant 40 à 120 minutes (Agrikomp, 2021).
Des technologies d’explosion à la vapeur (150-180°C, 8-10 bar) ont été développées par les sociétés
Biogas Systems (Economizer SE) et CleanVantage LLC (AD-Booster®).
Aucun retour n’a pu être obtenu auprès de la société Biogas systems (Australie) sur l’actuelle
commercialisation du procédé Economizer SE. La technologie de 60 t/h a été installée en Angleterre
sur 5 unités de méthanisation par la société Futurebiogas (Angleterre), partenaire de Biogas systems.
L’explosion à la vapeur fonctionnait correctement, en revanche de nombreux dysfonctionnements ont
été rencontrés au niveau de l’introduction/broyage et de l’extraction de la biomasse traitée lors de
l’automatisation complète du process. Aujourd’hui cette technologie n’est plus installée par
Futurebiogas (Future Biogas Ltd, 2021).
Le système AD-Booster® de CleanVantage LLC (Etats Unis) intègre un process d’oxydation en voie
humique/explosion à la vapeur (Advanced Wet Oxydation/Steam explosion, AWEx®) pour
déstructurer les biomasses lignocellulosiques non digérées entre 2 étages de digestion anaérobie.
[Link] ApS est une société danoise créée pour commercialiser cette technologie en Europe.
Aujourd’hui, aucune unité industrielle ne fonctionne. Un démonstrateur d’une capacité de 3,5 t/h a été
développé et testé plusieurs années sur une unité de méthanisation. [Link] prévoit d’acquérir
un méthaniseur pour poursuivre ces essais et démontrer l’efficacité et la fiabilité de cette technologie.
Les prétraitements thermiques présentent l’avantage, à haute température, de détruire les pathogènes
contenues dans certains substrats (cas des fumiers) mais aussi les adventices présentes dans les
menues pailles (Douard, 2007).
Prétraitements biologiques
Les prétraitements biologiques sont des prétraitements réalisés grâce à des bactéries, des
champignons et/ou des enzymes (Hosseini Koupaie et al., 2019). Ils sont généralement faciles de
mise en œuvre et sont appliqués soit en amont de la méthanisation : au niveau du stockage (ensilage
en particulier), en pré-compostage, dans une cuve de pré-hydrolyse ou directement dans la cuve de
digestion.
Ensilage
La part de culture alimentaire ou énergétique méthanisée est limitée réglementairement pour ne pas
concurrencer la production alimentaire. L’Art. D. 543-292 du décret du 07 juillet 2016 stipule que «Les
installations de méthanisation de déchets non dangereux ou de matières végétales brutes peuvent
être approvisionnées par des cultures alimentaires ou énergétiques, cultivées à titre de culture
principale, dans une proportion maximale de 15 % du tonnage brut total des intrants par année civile »
(Ministère de l'environnement, 2016). Ne sont pas comptabilisées dans ces 15%, les prairies
permanentes et les cultures intermédiaires à vocation énergétique (CIVE) dont l’utilisation en
méthanisation est largement répandue. Ces productions végétales produites de manière saisonnière
doivent être stockées sur plusieurs mois avant d’être méthanisées.
L’ensilage de la matière végétale est connu pour être un moyen de conservation adapté pour les
matières présentant un taux de MS < 40 % : CIVEs, tontes ou autres résidus agricoles (Peyrelasse C.
et al., 2017). La matière est hachée puis stockée en tas compact pour éliminer la présence d’oxygène
au sein du tas. En présence de sucres fermentescibles, une fermentation à dominante lactique se met
en place provoquant l’acidification de la matière. L’ensilage est ainsi stabilisé permettant de conserver
Pré-hydrolyse
Des fournisseurs proposent des cuves de préhydrolyse anaérobie, aérobie ou semi-aérobie en amont
des digesteurs.
L’hydrolyse semi-aérobie catalysée est utilisée pour prétraiter la matière ligno-cellulosique (herbe,
paille, fumier) afin d’augmenter son rendement de dégradation. Biogaz Ingénierie (Beaune 21200)
installe des cuves d’hydrolyse semi-aérobie catalysée pour prétraiter la matière ligno-cellulosique
(herbe, paille, fumier) afin d’augmenter son rendement de dégradation (Dutremée, 2021). Une
vingtaine d’unités a été installée en Allemagne par la société Bionova Biogas GmbH. Ce prétraitement
a été installé sur quelques sites en France initialement par AEB MéthaFrance. Biogaz ingénierie a
depuis installé trois unités selon le process développé par Bionova Biogas GmbH. Deux unités sont en
fonctionnement aujourd’hui, la troisième a été arrêtée en raison de difficultés de mélange/introduction.
Cette hydrolyse est réalisée dans une cuve chauffée à 37-38°C avec un temps de séjour de 0,4 à 1
jour et une aération séquencée (compresseur). Le pH est de l’ordre de 6,5 à 7. Le gaz produit par
l’hydrolyse : CO2, H2S et méthane (0,1 à 0,25%) est traité par un biofiltre à fibres naturelles type coco
ou bruyère avant rejet à l’atmosphère. Le taux de MS dans cette cuve doit être de l’ordre de 8 à 12%
pour permettre son agitation et le pompage de la matière vers le digesteur. Le digestat peut être
recirculé pour atteindre ce taux de MS. Ces contraintes font que cette hydrolyse n’est proposée par
Biogaz Ingénierie que pour des cas particuliers et en particulier lorsque les intrants intègrent un
substrat liquide type lisier pour diluer la matière lignocellulosique (Dutremée, 2021).
Les technologies d’hydrolyse biologique sont présentées dans le Tableau 10 (non exhaustif).
3
Matières produites dans le cadre du programme OPTICIVE (soutenu par l’ADEME) et conduit par GIE GAO
(ARVALIS/Terres Univia/Terres Inovia) en partenariat avec Euralis
Prétraitement fongique
Certains champignons présentent la capacité de dégrader la lignine et pourraient être utilisés en
fermentation voie sèche pour prétraiter la biomasse. Les champignons à pourriture blanche ont été
identifiés comme les plus performants pour délignifier un substrat (Rouches et al., 2016). D’après
Carrère et al., (2016), les champignons permettent une augmentation du BMP jusqu’à 50% mais les
pertes de MO estimées entre 10 et 20% sont trop peu mentionnées et peuvent conduire à une
surestimation des gains (Carrère et al., 2016). Le projet ANR Stockactif, coordonné par l'UMR FARE
et finalisé en 2017 s’est intéressé aux souches de champignons capables de délignifier les biomasses
lignocellulosiques (pailles de blé et de miscanthus). Des essais réalisés à l’échelle du laboratoire puis
en conditions réelles ont montré que le prétraitement fongique impliquait des surcoûts, + 12 % pour
les investissements, + 170 % pour les charges de fonctionnement, qui n’étaient pas compensés par
l’augmentation de la production de méthane (Solagro, 2016). A terme, les champignons pourraient
permettre de méthaniser des substrats ligneux non traités aujourd’hui (Rouches et al., 2016). Les
travaux de recherche sur l’optimisation des conditions de prétraitement (humidité, aération,
température, complément nutritionnel et durée) doivent au préalable permettre d’améliorer les
performances au regard des pertes de matières (Rouches et al., 2016).
Ces additifs sont utilisés en méthanisation mais leur impact sur la digestion anaérobie est peu
documenté. Les bénéfices avancés par les fournisseurs sont :
o la réduction de la viscosité du digestat qui permet de diminuer les consommations
énergétiques liées à l’agitation,
o l’augmentation des performances de production de méthane et l’amélioration des
cinétiques de traitement,
o la réduction des croûtes en surface (liées à la flottation de la matière).
Le fournisseur DSM (Pays Bas) commercialise 2 produits à destination des méthaniseurs (DSM,
2021) :
SOBAC (France) commercialise Bacteriometha® comme additif pour les substrats avant
méthanisation (SOBAC). Il s’agit d’un mélange de minéraux naturels et d’une sélection de végétaux
naturels compostés sur lesquels s’est développé un complexe de micro-organismes spontanés des
composts. Il est incorporé directement dans les litières moins de 15 jours avant le curage et peut
s’utiliser en méthanisation voie sèche et infiniment mélangé. Il permettrait d’améliorer l’accessibilité de
la matière organique avec une meilleure attaque des fibres, améliorerait l'homogénéité et le brassage
des substrats dans le digesteur et réduirait la formation de couches flottantes. Il permettrait de plus
d’améliorer l’absorption des jus de recirculation dans les tas pour la voie sèche.
D’autres produits sont commercialisés par Dupont (Optimash® AD100), Metgen (Metzyme® Forci™),
Novozymes (BG Max® 5005/5105/5205), Agrikomp (Enzymaxx) et SEDE (Methazyme).
Des performances ont été mesurées à l’échelle laboratoire voire pilote (Annexe 3). Herrero Garcia et al.
(2019) a ainsi montré que les performances étaient dépendantes de la nature de la biomasse avec un
impact limité pour le maïs et le triticale alors que des augmentations de production de biogaz de 30%
ont été mesurées à l’échelle laboratoire pour du sorgho, de la paille et de la rafle de maïs. Les
applications à l’échelle industrielle ne font généralement pas l’objet d’un suivi afin d’évaluer le bénéfice
réel imputable aux enzymes/microorganismes. Des performances ont, toutefois, été reportées à
l’échelle industrielle sur 30 exploitations agricoles. L’application de MethaPlus® aurait permis
d’augmenter les productions de biogaz de 18% en moyenne (4-35%) en comparaison de la production
attendue en théorie (Gerhardt et al., 2007) d’après (Kaiser, 2004).
Leur coût pourraît, en revanche, pénaliser leur intérêt d’autant que leur durée de vie est limitée dans le
temps (Brémond et al., 2018). Odnell et al. (2016) a ainsi que conclu que même si la production de
biogaz est augmentée dans certains cas, le rapport coût / bénéfice des enzymes est probablement trop
élevé compte tenu des concentrations nécessaires. Des données complémentaires restent toutefois à
acquérir pour déterminer l’impact économique global de ces solutions au regard des bénéfices
potentiels (augmentation de la production de méthane, réduction des consommations électriques liées
à l’agitation) en fonction du type de matière. Les enzymes/micro-organismes qui présentent un
avantage certain au regard de la facilité de leur mise en œuvre pourraient être une option intéressante
pour certains sites.
Le principal frein à leur utilisation en méthanisation concerne le peu de données accessibles sur leurs
performances et coûts à l’échelle industrielle. Les données disponibles sont généralement issues des
fournisseurs eux-mêmes.
Les données disponibles dans la littérature sur les performances des prétraitements appliqués à
l’échelle industrielle et pilote sur des matrices lignocellulosique (Annexe 3) sont représentées sur la
Figure 30.
Les performances les plus élevées sont mesurées pour les prétraitements physiques (+29% pour la
médiane) et thermochimiques (+26% pour la médiane). L’explosion à la vapeur (170°C, 25 min, 4
bars) testée sur du fumier a permis d’atteindre les performances les plus élevées (+357% de
production de méthane) à l’échelle pilote (Ahring et al., 2015). Cette technologie n’est toutefois pas
disponible commercialement pour le prétraitement de matrices lignocellulosiques. [Link] ApS
(Danemark) travaille à démontrer l’efficacité et la fiabilité du système AD-Booster® d’oxydation en voie
humide/explosion à la vapeur grâce à son démonstrateur de 3,5 t/h. Les données reportées pour les
prétraitements physiques montrent des augmentations de production de méthane comprises entre
+10 et + 79%. Les performances sont augmentées de +10% (Garuti et al., 2017) et +18% (Zieliński et
al., 2019) pour la cavitation appliquée à l’échelle industrielle. D’autres avantages ont été mesurés et
notamment une diminution de la viscosité du digestat. Des bénéfices élevés (+59 et +79% de
production de méthane) sont aussi reportés pour les prétraitements aux ultrasons appliqués à l’échelle
pilote sur du fumier bovin seul ou en mélange (Ormaechea et al., 2016; Ormaechea et al., 2018).
Les prétraitements biologiques ont des performances variables (+4 à +73%). Le meilleur rendement
est obtenu pour le pré-compostage (24h, Tamb) réalisé sur la fraction organique des ordures
ménagères (Fernandez.-Güelfo et al., 2011). Le broyage (prétraitement mécanique) est utilisé pour
faciliter l’introduction de la matière et son mélange. Il permet d’améliorer les cinétiques de dégradation
et peut aussi avoir un impact positif sur la production de méthane. Les augmentations de production
de méthane mesurées dans le cadre du projet PAM (Bayard et al., 2019) sont limitées à 10-15%. Des
performances plus élevées ont toutefois été mesurées avec un broyeur à chaînes alors que pour un
site aucun impact notable n’a été mesuré (Bayard et al., 2019; Mönch-Tegeder et al., 2014).
Bilan
Les biomasses lignocellulosiques dures (type canne de maïs, paille) subissent généralement un
broyage avant digestion en réacteur infiniment mélangé. Les broyeurs à marteaux, à chaînes ou les
procédés d’extrusion apparaissent bien adaptés. Pour des biomasses moins dures, un broyage à
couteaux est généralement appliqué. La société Vogelsang recommande de mettre en place un
broyeur dès lors que la longueur des fibres ou la granulométrie de la matière est supérieure à 6 cm
(Eberlein, 2021). Des systèmes sont installés en boucle sur les digesteurs pour améliorer la digestion,
réduire la viscosité du digestat et supprimer les problèmes de croutage (cavitation, pompe broyeuse,
Les enzymes peuvent également être utilisées. Par exemple l’addition de deux glycosidases dans le
digesteur a permis l’augmentation de 10 à 20% de la production de biogaz lors d’un essai sur une
STEU. Toutefois, lors de cet essai, la température était également augementée par intermitence
(Wawrzynczyk J. (2007). L’utilisation des enzymes en prétraitement est peu favorable car la matière
solubilisée peut être dégradée avant son introduction dans le méthaniseur. L’introduction des
enzymes dans le méthaniseur est alors préférable mais il convient de considérer le pH optimal de
fonctionnement des enzymes qui peut être différent de celui du méthaniseur.
Sonication
La sonication consiste en la propagation d’ondes de pression dans un milieu liquide et en la formation
de bulles de cavitation qui implosent violemment lorsqu’elles atteignent une taille critique. Une grande
quantité d’énergie mécanique est alors libérée entraînant des phénomènes de fortes turbulences et de
forts cisaillements au sein du liquide. La température et la pression peuvent atteindre localement des
Plusieurs firmes commercialisent des homogénéisateurs à ultrasons dans le but d’un prétraitement de
la digestion anaérobie, ils sont reportés dans le Tableau 13.
STEPs de Avonmouth,
20 kHz (Royaume Uni,
sonotrodes radiales de forme cylindrique, 1 200 000 EH),
(Hogan et al.,
Technologie 6 kW/sonotrode* SeAllemagneme-Uni,
2004)
SonixTM 15-50 W/cm2* 150 000 EH), Kavlinge,
[Link]
(Sonico) Energie fournie, 4-5 kJ/L* (Suède), Orange
Boues 9% MS max* [Link])
County District, Etats-
Bilan énergie 5-10kW généré/kWconsommé* Unis et Beenyup
(Australie, 700000 EH).
20 kHz
sonotrodes en cascade,
seule une fraction des boues secondaires est
IWE Tec (Dr
soniquée 14 STEPs reportées
Heildcher
8 kW/sonotrode* dans la publication (Barber, 2005)
GmbH)
<200 W/cm2*
Energie fournie, 0,5-2 kJ/L*
Boues 10% MS max*
Bilan énergie <5 kW généré/kW consommé*
Electroporation
Cette technologie, également appelée désintégration électrocinétique, utilise des champs électriques
de tension élevée (jusqu’à quelques dizaines de kilovolts) sur des pulses de quelques millisecondes.
Les boues sont alors désintégrées et des pores sont formés dans les membranes cellulaires,
conduisant à la solubilisation des composés intracellulaires et améliorant ainsi leur digestion
anaérobie. Un essai de démonstration du procédé OpenCell a été renseigné dans la littérature
(Rittman et al. 2008). Malgré des résultats intéressants ce procédé n’est plus commercialisé. Le
procédé Biocrack (Vogelsang) utilisant la même technologie est disponible commercialement (Tableau
15), le constructeur avance une amélioration de 8% de la production de biogaz et une réduction de
11% de la quantité de boues à éliminer.
Centifugeuse-lyseuse
Ce procédé consiste en une centrifugeuse traditionnelle à laquelle un système de lyse cellulaire a
été ajouté. Les forces de cisaillement entre des lames fixes solidaires de la paroi interne de la
centrifugeuse et des lames mobiles fixées sur le rotor conduisent à la désintégration partielle des
boues épaissies. Ce dispositif a été installé sur plusieurs stations d’épuration dans les années
2000 (Zabranska et al., 2006b). Malgré des résultats intéressants (15 à 26% d’augmentation de
la production de biogaz) et le faible coût de ce prétraitement (intégré à une opération unitaire
présente sur la STEP), la société Lysatec GmbH qui le commercialisait ne semble plus exister.
Prétraitements (thermo)-chimiques
Différents prétraitements chimiques ont été appliqués au laboratoire (Annexe 4), il s’agit
principalement de traitements alcalins, acides ou d’oxydation. Les traitements alcalins sont
performants pour solubiliser la matière organique des boues et améliorer le rendement méthane. La
soude et la potasse sont plus efficaces que la chaux mais si le digestat est valorisé en agriculture, la
potasse doit être favorisée. Le procédé Lystek THP® qui combine ajout de potasse et un traitement
thermique à 75°C est commercialisé (Tableau 16).
Les traitements acides conduisent à des améliorations de production de méthane (mais inférieures
aux procédés alcalins) et à des améliorations importantes de la déshydratabilité des boues. On peut
souligner un traitement récemment publié (Wei et al., 2018) qui utilise de l’acide nitreux (HNO2)
produit in situ à partir de NaNO2 et HCl. Les auteurs indiquent un bilan énergétique positif sur une
STEU virtuelle de 400 000 EH.
Les procédés d’oxydation font appel à l’ozonation ou au procédé de Fenton (H2O2 en milieu acide et
en présence de Fe(II). Si l’ozonation est utilisée à l’échelle industrielle sur la ligne eau pour réduire la
production des boues à la source, son application sur la ligne boue se révèle coûteuse et peut
conduire à une minéralisation partielle de la matière organique, impliquant des pertes de potentiel
méthane. Une étude (He et al., 2018) propose un prétraitement d’oxydation original avec du ferrate de
potassium mais il a été évalué uniquement avec des tests BMP.
Les déchets graisseux sont généralement associés aux sous-produits animaux et sont donc soumis à
l’obligation de pasteurisation ou stérilisation. Quelques études à l’échelle du laboratoire (Annexe 5)
ont abordé la mono-digestion des déchets graisseux en réacteurs semi-continus, après prétraitement
de pasteurisation (Bayr et al., 2012a) ou stérilisation (Escudero et al., 2014). Cependant ces études
ne présentent pas de résultats sur la monodigestion en CSTR des déchets non prétraités. Elles
convergent sur la nécessité d’appliquer des temps de séjours élevés (50 ou 125 jours) ou de recirculer
une partie du digestat permettant ainsi d’éviter le lessivage de la biomasse anaérobie tout en
augmentant le temps de séjours des déchets (Affes et al., 2013). Des prétraitements thermo-alcalins
peuvent être appliqués aux déchets graisseux. La réaction entre un lipide et une base réalisée à froid
ou à chaud, appelée saponification, conduit à la production (ions carboxylates) solubles et d’alcools.
La conversion des lipides insolubles dans l’eau en savons solubles résulte alors en l’augmentation du
contact entre les déchets et les microorganismes du digesteur, ce qui permet d’améliorer la
biodégradation des déchets graisseux et d’éviter la formation d’une couche en surface du réacteur.
Après un prétraitement par saponification de graisses animales, Affes et al. (2013) ont observé une
augmentation de la cinétique de méthanisation mais pas d’impact sur le rendement en méthane. Par
ailleurs, Bayr et al. (2012) ont comparé les digestions mésophile et thermophile de déchets d’abattoir
et ont confirmé la meilleure stabilité des procédés mésophiles.
Les déchets graisseux sont donc principalement utilisés en codigestion avec les boues d’épuration, la
fraction organique des ordures ménagères ou encore des lisiers (Annexe 5). Les essais de
L’hygiénisation peut également être réalisée par hydrolyse hyperthermophile comme montré par
Alquaralleh et al. (2018) pour la codigestion de graisses et de boues secondaires. Ainsi la
méthanisation en deux étapes (2 j TSH en hyperthermophile (70°C) et 13 j TSH en thermophile
(50°C)) a conduit à une augmentation de 65% et 21% du rendement méthane par rapport la
méthanisation thermophile (TSH 15 j) pour les mélanges 70/30 et 60/40 graisses/boues (Alqaralleh et
al., 2018).
Un essai de sonication appliqué en amont de la codigestion déchets d’abattoir/ lisier bovin n’a pas
montré d’amélioration significative du rendement méthane (Luste et al., 2012). Finalement des essais
de prétraitements thermo-alcalins (ou saponification lorsqu’ils sont appliqués aux graisses) ont montré
des résultats intéressants. Ainsi le prétraitement à la soude à pH 10 à 55°C pendant 24 h d’un
mélange de graisses et boues secondaires, a conduit une augmentation de 37% de la production de
méthane (Li et al., 2015). Une autre étude sur un mélange d’eaux graisseuses de restaurant et de
boues a montré une amélioration de 58% de la production de méthane suite au prétraitement à la
potasse à pH 8, 80°C pendant 30 min (Carrère et al., 2012). Dans cette dernière étude, des essais en
BMP ont montré les mêmes résultats après les prétraitements à pH 8, 9 ou 10 et à une température
de 80 ou 120°C. En revanche, Li et al. (2015) ont obtenu un BMP légèrement inférieur (-6%) à pH 8
par rapport aux pH 10 et 12 lors du prétraitement à la soude à 55°C du mélange boues/graisses. Les
prétraitements thermo-alcalins ou saponification permettent donc de rendre solubles les matières
graisseuses et si la température est supérieure ou égale à 70°C, ce procédé peut assurer la
pasteurisation/hygiénisation des déchets.
A l’échelle industrielle, la société Sapoval (Albi, 81) propose un procédé de saponification qui peut
être appliqué en amont de stations d’épuration des eaux usées ou en amont d’un méthaniseur
([Link]
2.4.5. Biodéchets
Une particularité des biodéchets ou déchets alimentaires est la présence de matière facilement
biodégradable. Pour optimiser la valorisation de ces déchets en biogaz, il convient de conserver cette
matière afin de préserver le potentiel méthanogène (Parthiba Karthikeyan et al., 2018). Une équipe
grecque a développé un prototype de séchoir à domicile. Ils ont montré la réduction de 70% de la
masse des déchets. De plus, le glucose présent dans les déchets étudiés n’était pas dégradé pendant
un stockage de 18 jours des déchets séchés alors qu’il est dégradé en environ 7 jours pendant leur
stockage classique (Sotiropoulos et al., 2015). Les tests de potentiel méthanogène (BMP) ont montré
des valeurs plus élevées pour les déchets séchés à 63°C par rapport au séchage à 83°C (Valta et al.,
2019).
Les déchets peuvent également être préservés après broyage en cuve semi-étanche. Une étape de
fermentation entraîne la baisse du pH et l’inhibition de l’activité de la majeure partie des
microorganismes présents dans les déchets. La société Meiko ([Link]
propose les systèmes Waste Star/Biomaster qui permettent la collecte le broyage et le stockage
jusqu’à 4 ou 8 semaines des biodéchets de restauration collective (Rousseau, 2020). La start-up
française Bio-tank (Pont de Casse, 47) propose également des systèmes de stockage fermés limitant
La collecte sélective des biodéchets à l’horizon 2024 va générer de nouveaux flux de matière
organiques pour la filière méthanisation. En parallèle, un développement croissant de supports
plastiques biodégradables (barquette, sac de collecte, capsule café) est observé ces dernières
années (Abraham et al., 2021; Batori et al., 2018). Ce fort développement fait que les gisements de
biodéchets seront certainement mélangés avec des supports en plastiques biodégradables. En effet,
aujourd’hui la collecte sélective des biodéchets nécessite le plus souvent la mise en place de sac de
collecte permettant de réduire les odeurs, éviter la lixiviation des jus et faciliter la logistique (Dolci et
al., 2021). Toutefois, aujourd’hui peu d’informations sont disponibles sur le devenir des supports de
plastiques biodégradables en filière méthanisation. Aujourd’hui, le marché des plastiques
biodégradables est surtout composé d’un mix de PLA (acide polylactique), PCL (polycaprolactone),
PHA (polyhydroxyalcanoate) et TPS (amidon thermoplastifié) (Boey et al., 2021). Un état des
connaissances sur la dégradation des plastiques biodégradables en méthanisation a été réalisé en
2018 (Bátori et al., 2018) et les auteurs précisent que des plastiques biodégradables peuvent être
biodégradés avec un temps de séjour de 15-30 jours dans un réacteur de méthanisation. C’est le cas
du PHB (polyhydroxybutyrate), de l'amidon, de la cellulose e’ de la pectine. Un ordre général
d'augmentation du taux de biodégradation des plastiques biodégradables dans ces conditions, est le
suivant : PHB> PCL> PLA. Cependant, un taux de dégradation significatif n’est pas atteint pour le
PCL et le PLA avec ce temps de séjour. Afin d’optimiser les cinétiques de biodégradation, des
prétraitements de type mécaniques, thermiques, chimiques et biologiques (Carlsson et al., 2012;
Carrère et al., 2016) peuvent être utilisés pour faciliter la dégradation du matériau et ainsi augmenter
la surface de contact avec les bactéries. Ainsi, afin d’améliorer la biodégradabilité de ces plastiques
en filière méthanisation, différentes technologies de prétraitement ont été étudiées (Battista et al.,
2021; Benn & Zitomer, 2018; Ryan et al., 2017). Jusqu’à présent la plupart des prétraitements ont été
testés à l’échelle du BMP et une seule étude s’est intéressée à l’impact d’un prétraitement alcalin (55◦
C, pH = 12, 24-48h) sur du PHB co-digéré avec des boues primaires (Benn and Zitomer, 2018). Benn
and Zitomer (2018) ont notamment démontré que le prétraitement permettait d’améliorer la
biodégradation (de 5-6%) du PHB sans affecter les performances de la méthanisation.
Le prétraitement mécanique consiste généralement en un broyage, déchiquetage, extrusion ou
cavitation et est largement appliqué dans les installations de biogaz existantes (Carrère et al., 2016;
Monlau et al., 2012). Yagi et al. (2009) ont étudié l'impact de la réduction de la taille des particules sur
la biodégradabilité anaérobie du PCL. Les résultats n’ont pas montré de différence dans la
biodégradation de la poudre PCL (après 60 jours d'incubation) pour les différentes distributions de
tailles de particules (0–250 µm, 250–500 µm, 0–125 µm, 125–250 µm), avec un taux de dégradation
de 80 à 90 % (Yagi et al., 2009). Cependant, la réduction de la taille des particules a un effet positif
sur la cinétique de biodégradation et la petite taille des particules induit une cinétique de dégradation
plus rapide. Ryan et al. (2017) ont étudié l'impact de la taille des particules (de 10 µm à 3900 µm) sur
la biodégradabilité anaérobie du PHBV. Pour toutes les granulométries testées, une production de
méthane autour de 580 ± 12 mL / g, correspondant à une biodégradabilité de 86 ± 2%, a été mesurée.
Néanmoins, en dessous de 840 µm, une phase de latence plus élevée a été observée car la
méthanogénèse a probablement été temporairement inhibée en raison de la diminution du pH
attribuée à l'accumulation des acides gras volatils et à l'acidification du réacteur qui en résulte par une
hydrolyse plus rapide des plastiques biodégradables de petite taille.
Les prétraitements thermiques et thermochimiques ont également été étudiés pour la dégradation des
plastiques biodégradables (Benn & Zitomer, 2018; Hobbs et al., 2019; Vargas et al., 2009). Vargas et
2.4.7. Algues
[Link].Les microalgues
Le nombre de publications traitant des microalgues est en constante augmentation ces dernières
années montrant l’intérêt qu’elles suscitent pour la communauté scientifique. Cet intérêt s’appuie sur
leur productivité surfacique élevée, leur capacité à produire des composés d’intérêt et leur
consommation de dioxyde de carbone.
Les domaines de l’environnement dans lesquelles elles peuvent être d’intérêt sont très variés. Elles
sont utilisées pour le traitement de l’air et en particulier la capture du CO2 des rejets canalisés (type
cimenteries) ou diffus dans les centres villes. Au niveau du traitement de l’eau, leur faculté à
consommer les nutriments (N, P, etc.) est bien connue, mais d’autres domaines sont étudiés comme
l’élimination des antibiotiques ou des métaux lourds. La production d’énergie (hydrogène, méthane,
diesel, éthanol) à partir des microalgues fait aussi l’objet de nombreuses recherches. Les algues ont
également un intérêt dans de nombreux autres domaines pour produire des denrées alimentaires, des
aliments pour animaux ou des produits à forte valeur ajoutée (cosmétique, pharmaceutique, chimie
comme les pigments, les biopolymères et la chimie fine).
La digestion anaérobie pourrait être une option pour intégrer les microalgues dans un cycle vertueux
permettant de valoriser :
- les microalgues utilisées en remédiation de l’air ou de l’eau,
- les résidus de microalgues résultant d’une valorisation en énergie ou production de produits à
forte valeur ajoutée.
Cependant, la biodégradabilité anaérobie des microalgues est limitée par la structure complexe de
leur paroi cellulaire (Passos & Ferrer, 2014). Chlorella, Scenedesmus et Nannochloropsis sp.
présentent une paroi cellulaire, à base de polysaccharides, particulièrement résistante (Carrere et al.,
2016; G’nzález-Fernández et al., 2012). D'autres espèces, telles que Chlamydomonas sp., ont une
structure de paroi cellulaire plus facilement biodégradable de type glycoprotéique avec un manque de
cellulose (Passos & Ferrer, 2014). Il existe aussi des espèces dépourvues de paroi cellulaire telles
que Dunaliella salina (Carrère et al., 2016).
Une digestion en mono-substrat pourra être pénalisée par des ratios C/N faibles qui peuvent être à
l’origine d’inhibition à l’azote (Klassen et al., 2017).
Différents prétraitements ont été testés à l’échelle du laboratoire pour améliorer l’accessibilité de la
matière organique présente à l’intérieur des cellules des microalgues. Les données disponibles sur les
performances des prétraitements testés sont issues d’essais réalisés à l’échelle laboratoire ou pilote
Les données disponibles sur la comparaison des performances dans la littérature à l’échelle pilote
sont représentées sur la Figure 31.
L’efficacité des prétraitements des microalgues a été largement étudiée à l’échelle BMP mais peu de
données sont disponibles pour des digesteurs fonctionnant en continu. Les performances peuvent
être élevées à l’exemple des résultats obtenus pour les prétraitements enzymatiques (Mahdy et al.,
2016; Mahdy et al., 2015). Les prétraitements thermiques ont aussi permis d’atteindre de bonnes
performances (Kinnunen et al., 2014; Mendez et al., 2015; Passos & Ferrer, 2015; Passos & Ferrer,
2014; Schwede et al., 2013) avec des augmentations de production de méthane comprises entre
32 et 108%. Seule une étude mettant en œuvre une digestion en continue s’est intéressée au
prétraitement des microalgues cultivées en milieu salin (Schwede et al., 2013). Une accumulation
d’AGV avait été mesurée en raison de concentrations élevées en ammonium et sels entrainant une
diminution des performances.
[Link].Les macroalgues
La digestion anaérobie des macroalgues est peu appliquée à l’échelle industrielle (cf. 3.2.6). Elle fait
en revanche l’objet de plusieurs projets de recherche.
Le projet ANR SAVE (2020-2023) : Valorisation agro-énergétique des Sargasses – SAVE coordonné
par Stéphane Pacaud de l’ENSAIA. Ce projet s’intéresse au stockage (classique, ensilage) et au
prétraitement des sargasses avant méthanisation (Pacaud, 2021). Les tests de stockage visent à
déterminer les meilleures stratégies pour conserver la matière malgré les taux élevés d’humidité et la
présence de sel qui peut être pénalisante pour l’ensilage. Des prétraitements de type lavage, broyage
et séchage seront étudiés. Des pilotes de laboratoire (digesteur chemostat) permettront d’évaluer
l’efficacité de ces prétraitements. La co-digestion des sargasses avec des déchets agro-industriels
produits aux Antilles sera étudiée pour s’affranchir des princ paux verrous liés à leur digestion :
production saisonnière, présence d’inhibiteurs (sels) et de polluants (chlordécone, cadmium).
Ces projets montrent les difficultés liées à la digestion des macroalgues. Le ramassage des algues
doit se faire de manière à réduire au maximum la présence de sable collecté. Aucun système ne
donne toutefois complète satisfaction (Gimžauskaitė et al., 2020).
Des systèmes de tamisage ou de cuve agitée peuvent aussi être appliqués en prétraitement pour
limiter l’introduction de sable dans le digesteur (Gimžauskaitė et al., 2020). Le lavage des algues
marines à l’eau douce est une option pour réduire la quantité de sable et de sel entrant dans le
digesteur mais cela ne permettra pas d’éliminer le sel présent à l’intérieur des cellules. De plus, cette
étape de lavage induira un process complémentaire et des coûts d’investissement et de
fonctionnement supplémentaires.
Concernant le stockage, les travaux réalisés dans le cadre du projet ANR SAVE permettront
d’identifier les techniques les plus conservatives pour stocker les algues après les périodes
d’échouage et lisser leur digestion dans le temps. La mono-digestion de macroalgues a conduit à des
dysfonctionnements biologiques importants lors des essais menés par l’INRAE (INRAE Transfert
Environnement, 2018) et ceux réalisés dans le cadre du projet Coastal (Gimžauskaitė et al., 2020).
Les sels et l’H2S avaient été identifiés comme les principaux inhibiteurs. La réduction de l’effet
inhibiteur des algues (sel, soufre) dans le digesteur peut se faire en premier lieu par la co-digestion qui
permet de rétablir des conditions favorables à la biologie (ratio C/N, C/S, concentrations en sels et
polluants) et assure une continuité des apports pendant les périodes de faible production algale.
En ce qui concerne les exploitants d’unités en fonctionnement, les démarches suivantes ont été
entreprises :
- Réalisation d’une liste d’unités agricoles, territoriales et de STEP avec systèmes de
prétraitements variés ;
- Création d’un questionnaire d’enquête en ligne à destination des exploitants ;
- Diffusion ciblée du questionnaire dans un premier temps auprès de contact couplé à un
entretien téléphonique de 30 min à 60 min ;
- Diffusion élargie du questionnaire via les réseaux d’exploitants.
En ce qui concerne les constructeurs et les fournisseurs, les démarches suivantes ont été réalisées :
- Entretien téléphonique ;
- Demande de contacts références afin de pouvoir contacter les utilisateurs de leurs
technologies (conservateurs d’ensilage, broyeurs, préfosse…).
Conservateur d’ensilage…
Production de biogaz
Qualité du biogaz
Moins de croûte
Moins de mousse
Investissement k€
Niveau de satisfaction
Oui, plutôt oui, neutre, plutôt non, non
du système
Extraction d’azote
La société Xergi rachetée par Nature Energy (Danemark) a développé le procédé NiX® d’Extraction à
l’azote pour prétraiter les matières qui présentent des concentrations élevées en azote. Le procédé
breveté prétraite thermo-chimiquement la matière (pH 10 avec apport de chaux, 160°C, 6 bars) pour
réduire la teneur en azote de l’intrant et améliorer la dégradation de la matière. L’ammoniac strippé est
converti en sulfate d’ammonium par lavage à l’acide sulfurique. La matière est ainsi hygiénisée et
produirait 25% de biométhane supplémentaire par rapport à la matière non traitée (DANETV, 2010;
Fink, 2019). Deux unités ont été installées, l’une au Danemark pour prétraiter la fraction solide de
lisiers, l’autre en Irlande du Nord pour la méthanisation de fientes de volaille (40 000 t/an) en mono-
digestion.
Pré-compostage
Une unité de méthanisation en voie sèche discontinue (garage) traite du fumier, des résidus agricoles
(menues paille, maïs ensilage, poussières de céréales) et déchets d’abattoir. Des essais ont été
réalisés par l’exploitant pour évaluer l’intérêt du broyage (retourneur d’andain et broyeur à compost)
en amont des digesteurs. L’absence de broyage avant l’incorporation induit 3 phénomènes
contraignants :
- Pas de montée en chaleur donc consommation importante de chaleur pour monter à 37°C
- Démarrage de la réaction de méthanisation longue
- Moins de production de biogaz
Le retourneur d’andains demande une surface de prétraitement très importante pour pouvoir produire
un andain suffisamment important. Le broyeur à compost permet de broyer plus finement la matière
que le retourneur d’andains réduisant la durée nécessaire du pré-compostage à 1 semaine contre 2
semaines pour limiter les pertes de matières.
D’après l’exploitant, ces deux pratiques permettent une montée en température de la matière (> 40°C)
avant introduction dans le méthaniseur, une augmentation de la production de biogaz et de la
cinétique de production.
Suite à ces essais, l’exploitant recommande de réaliser un broyage pour les fumiers pailleux.
L’investissement s’élève entre 75 et 150 k € (retourneur d’andain ou broyeur à compost).
Broyage et défibrage
Différents dispositifs de broyage et de défibrage sont retrouvés sur les unités de méthanisation en
fonctionnement en France et ailleurs en Europe. Ces équipements sont disposés en ligne dans la
chaîne de traitement de l’unité ou de façon déportée. Les broyeurs et défibreurs sont de plus en plus
généralisés chez certains constructeurs qui souhaitent s’affranchir des problématiques d’introduction
et de traitement de la matière. Pour autant, bien que ces derniers présentent de multiples avantages,
ils peuvent également devenir une source de contraintes ou de charges pour l’exploitant de
l’installation.
Le broyeur à couteaux
Parmi les retours d’expérience obtenus, le broyeur à couteaux de type PréMix proposé par la société
Vogelsang est installé sur un nombre important d’unités, notamment du fait qu’il est proposé en
équipement standardisé par plusieurs constructeurs d’unités de méthanisation agricole clés en mains.
Le PréMix est retrouvé sur des installations traitant des matières complexes tels que des fumiers
pailleux et des pailles mais également pour des matières ensilées telles que des Cultures
Intermédiaires à Vocation Énergétique. L’intérêt de cet équipement pour des cultures ensilées
Pour un des exploitants contactés, le PréMix a été installé après deux années de fonctionnement, lui
permettant de comparer un avant et un après et d’en tirer les bénéfices et les inconvénients.
Les principaux bénéfices de cet équipement avancés par les exploitants sont les suivants :
Les principales limites de cet équipement avancées par les exploitants sont les suivantes :
Le broyeur à marteaux
Le broyeur à marteaux est principalement retrouvé sur des unités traitant des matières très complexes
(fumiers pailleux, pailles de céréales, cannes de maïs, racines d’endives, radicelles de betteraves,
potirons entiers…). Il est réputé plus efficace que le broyeur à couteaux pour le prétraitement de
matières fibreuses et sèches. Les broyeurs à marteaux sont généralement proposés avec des
puissances plus élevées que les broyeurs à couteaux, avec des modèles standards de 75 kWe et de
Les principaux bénéfices du broyeur à marteaux avancés par les exploitants sont les suivants :
Les principales limites de cet équipement avancées par les exploitants sont les suivantes :
Le broyeur à chaînes
Le broyeur à chaînes est robuste et fiable. Il est installé pour le broyage de matières fibreuses. Une
unité de méthanisation a été contactée pour recueillir leur retour d’expérience sur l’utilisation d’un
broyeur à chaîne TQZ 1200 de Verde Energy (8 à 10 t/h). Ce broyeur est utilisé pour le prétraitement
de fumier bovin pailleux, CIVE, ensilage d’herbe et déchets de pomme. Les cailloux présents dans les
intrants sont désagrégés lors de leur passage dans le broyeur. La matière broyée est introduite dans
Le broyeur forestier est une solution privilégiée par certains exploitants qui ne souhaitent pas avoir de
dispositif de broyeur en ligne, pouvant pénaliser le fonctionnement de l’installation en cas de panne.
Le broyeur forestier est un système mobile déporté utilisé principalement dans le cadre du broyage de
déchets verts. Il est adapté sur certaines unités de méthanisation pour le broyage de fumier et de
résidus de culture. Il est réputé particulièrement robuste mais n’est pas adapté pour les fumiers mous.
Les modèles retrouvés lors des entretiens sont de la marque Hantsch et Menart. Ils sont retrouvés
principalement en version diesel mais existent également en version électrique ou raccordés derrière
à un tracteur.
Figure 35 : Photo de broyeur à déchets verts Hantsch Willibald Mini-Shark (SOLAGRO, 2021)
Les principales limites de cet équipement avancées par les exploitants sont les suivantes :
Le GasMix
L’université Aarhus au Danemark a évalué l’impact du GasMix sur plusieurs unités de méthanisation.
Les résultats de cette étude ont été présentés par Landia en 2015 au workshop annuel organisé par
l’IBBA (Inter Baltic Biogas Arena).
Le suivi d’une unité agricole (lisier bovin, porcin, fumier en ensilage de maïs) a montré que la viscosité
du digestat non équipé du Gasmix était supérieure de 46% à celui équipé (Thorkild, 2015).
Une seconde unité agricole (lisier, litière, glycérol, déchets agricoles variés) a fait l’objet d’un suivi. La
production de méthane était supérieure de 11% pour le digesteur équipé d’un GasMix tout en
améliorant le mélange de la partie haute du digesteur (couche flottante). L’effet positif du GasMix était
plus marqué pour le prétraitement des matières lignocellulosiques avec une réduction de la taille des
particules et de la cristallinité de la cellulose (Thorkild, 2015).
Cavitation
La dernière unité française de cavitation BioBANG® a été installée en mars 2021 sur l’unité de
méthanisation Reims Biométhane (Figure 36). Cette unité de 700 Nm3/h est équipée de deux
digesteurs primaires et d’un post-digesteur. Les intrants comprennent des oignons, betteraves, paille
et ensilage de maïs à raison de 50 t/j. Le BioBANG® de 2 m3/h fonctionne en continu en recirculation
sur l’un des deux digesteurs primaires (Biobang, 2021).
Les bénéfices visés sont une réduction de la viscosité du digestat permettant d’optimiser les
consommations énergétiques liées à l’agitation et au pompage (Biobang, 2021). Des augmentations
de production de biogaz sont aussi attendues en raison de l’amélioration de l’accessibilité de la
matière et de l’augmentation possible du taux de MS de la ration (Biobang, 2021).
Trois sociétés (Lallemand, Schaumann et Roullier) proposant des conservateurs d’ensilage et des
produits de conservation de matières végétales (acides) ont été contacté dans le cadre de cette
étude. Les produits proposés sont des inoculants (bactéries lactiques homo et hétérofermentaires) et
des conservateurs chimiques (produits acides tamponnés à l’ammoniac ou à l’eau). Ce marché est
très développé en Allemagne en 2021 mais encore très récent en France. Environ 80% des éleveurs
produisant de l’ensilage en Allemagne ont recours à des inoculants, alors qu’en France ils ne
représentent que 20% d’entre eux. Concernant les ensilages à destination de la méthanisation, la
grande majorité des unités allemandes ajoutent des inoculants quand en France ils sont cinquantaine
à le faire en 2021.
L’utilisation de produits de conservation s’expliquent par trois grandes problématiques rencontrées par
les exploitants :
Les bénéfices annoncés par ces trois sociétés sont les suivants :
Le coût moyen des acides est de 4 €/tonne de matière brute traitée. Bien que leur prix soit plus élevé,
ils sont les seuls adaptés pour la conservation de produits très secs (menues-pailles, poussières de
céréales…) pour lesquels la conservation par ensilage est impossible. Il est donc conseiller d’opter
pour des inoculants pour des matières solides avec un taux de matière sèche inférieur à 45% et
pouvant être ensilé (taux de sucre disponible suffisant), et de privilégier les conservateurs acides (ou
basiques) pour les intrants solides très secs ne pouvant pas être ensilés.
La couverture des silos avec une bâche est conseillée par les fournisseurs de conservateurs
d’ensilage. L’absence de couverture ou l’ajout d’un couvert végétal induiraient selon eux des pertes
non négligeables jusqu’à un mètre de profondeur en partie supérieure du silo.
Les sites sont, pour partie, équipés de broyeurs ou de tamis fin pour l’élimination des filasses des
boues, problématiques pour la filière de traitement. Le tamis à boues sous pression (Strainpress®) de
la société Huber Technology donne généralement satisfaction auprès des exploitants malgré des
coûts d’investissement et de fonctionnement élevés. Il pourrait toutefois diminuer la déshydratabilité
des boues (Falipou et al., 2020).
Des prétraitements sont installés sur les boues en amont du process de méthanisation pour un peu
plus de 10% des unités de méthanisation de STEP en France (Falipou et al., 2020). Ces traitements
sont de type :
Les performances directement imputables aux prétraitements sont difficilement mesurables lorsqu’ils
sont installés simultanément avec le process de méthanisation au cours d’une phase de réhabilitation
de la station. Une station s’est équipée d’un traitement hydrolyse thermique/méthanisation pour le
traitement des boues secondaires centrifugées. Cet investissement donne pleinement satisfaction et a
permis de réduire le tonnage de boues produites d’un facteur 3 facilitant réduisant les coûts liés à
l'évacuation des boues. L’hydrolyse thermique peut aussi être installée entre deux étages de
digestion. C’est le cas d’une station d’épuration de 550 000 EH, en France, équipée de quatre
hydrolyseurs thermiques. Le fournisseur annonce une augmentation de la production de gaz de 25%
ainsi qu’une réduction du volume de boues à déshydrater. L’investissement pour les quatre
hydrolyseurs s’est élevé à 3,4 M€. Les consommations d’énergie sont sous forme de vapeur (8500
t/an) et d’électricité pour le malaxeur/ mélangeur de l’hydrolyse Thermique (15 kWh), la pompe à eau
de l’hydrolyseur (4 kW) et la pompe à boues hydrolysées (7,5 kWh). Ces équipements donnent
satisfaction malgré des coûts de fonctionnement élevés liés à la maintenance des équipements sous
haute pression et au curage annuel des hydrolyseurs.
- Un traitement par hydrolyse thermique a aussi été arrêté après quelques mois d’essais en
2017. Les hydrolyseurs traitaient une partie du digestat recirculé sur les méthaniseurs de
boues primaires et secondaires (après pré-déshydratation par centrifugation). Lors de la
période d’essais, plusieurs difficultés ont été rencontrées et notamment des défauts de
fonctionnement des hydrolyseurs et l’augmentation de la concentration en azote dans les
retours en tête conduisant à l’augmentation des concentrations en sortie de station
d’épuration. Le rejet des eaux traitées de cette station se fait en milieu sensible avec des
exigences strictes sur les paramètres azote ce qui ne permet pas d’accepter ce flux d’azote
supplémentaire.
3.2.4 Graisses
Le prétraitement des graisses par saponification est proposé par la société SAPOVAL (81000 Albi)
pour faciliter leur digestion anaérobie. Il permet la solubilisation et la stabilisation des matières
prétraitées pour limiter les problématiques physiques (colmatage, encrassement, croûtage) et
biologiques (inhibition, moussage, capacité de digestion) liées aux graisses. Un brevet a été déposé.
Ce prétraitement se fait dans une cuve agitée, non chauffée, avec addition d’une base de type soude,
potasse ou lait de chaux. Le pH visé est de 8,5 à 9,5. Il peut être mis en œuvre sur les graisses de la
station d’épuration et toutes graisses issues des eaux usées (bacs à graisses, flottation des
restaurateurs). Les coûts d’investissement sont de l’ordre de 50 à 150 k€ pour un coût de
fonctionnement de 5 à 15 €/t selon le type de graisses traitées. L’équipement serait rentabilisé entre 1
et 4 ans grâce aux gains opérationnels et à la fiabilisation du process de digestion. Plusieurs
équipements sont en exploitation ou seront démarrés en 2021 pour le prétraitement de graisses avant
méthanisation en France (STEU de Vichy, Limoges) et en Belgique (SAPOVAL, 2021).
3.2.5 Biodéchets
Des fournisseurs proposent des solutions techniques pour stocker les biodéchets et préserver le
potentiel méthanogène tout en limitant les nuisances liées aux odeurs, insectes et nuisibles.
Des techniques de déshydratation des biodéchets sont commercialisées par GEB Solutions (89 300
Joigny). Cette déshydratation permet de conserver la matière mais présente certains inconvénients et
notamment une consommation d’énergie élevée. De plus, une réhydratation ou un mélange de la
poudre de biodéchets à un co-substrat sera nécessaire pour permettre sa digestion.
La société Bio Tank (47 800 Pont du Casse) commercialise des contenants étanches pour stocker les
biodéchets en absence d’oxygène. Le processus d’hydrolyse démarre dans ces contenants, le CO2
produit chasse l’oxygène présent permettant de conserver la matière acidifiée. L’étanchéité permet
également de supprimer les nuisances telles que les odeurs et la présence de nuisibles. Ce mode de
stockage a été évalué par un laboratoire spécialisé, une conservation de 99% du potentiel
méthanogène a pu être obtenue sur une durée de stockage d’un mois. Une production d’hydrogène et
d’hydrogène sulfuré a été mesurée pendant ce stockage. Les évents sont traités par adsorption au
charbon actif avant émission à l’atmosphère. Deux configurations sont disponibles selon que les
biodéchets sont bruts ou emballés. En présence d’emballages, ceux-ci sont éventrés puis l’ensemble
est compacté pour le stockage. Un déconditionnement sera nécessaire avant la digestion anaérobie
sur le site de méthanisation. Pour les biodéchets non emballés, un broyeur à peigne d’une maille de
10 mm est intégré au Bio Tank.
Un tri peut être nécessaire en premier lieu pour vérifier la qualité de la matière et éliminer les
indésirables résultant d’erreurs de tri. La présence d’emballages nécessite une étape de
déconditionnement des biodéchets pour séparer les emballages des matières biodégradables. Cette
étape est soit réalisée par le producteur de déchets soit par l’unité de méthanisation. Les procédés
classiques de déconditionnement broient la matière en entrée avant séparation des emballages. Des
systèmes innovants existent afin de perforer les emballages et d’en extraire les matières organiques
valorisables. Selon une étude récente (Les solutions de déconditionnement des biodéchets emballés
et leurs performances, ADEME 2021), 43 installations de déconditionnements sont installées en
France.
Réglementairement, les biodéchets doivent être broyés à une taille maximale de 12 mm avant d’être
hygiénisés.
Des cuves d’hydrolyse sont installées sur quelques unités pour le prétraitement des matières
fortement fermentescibles afin de diminuer le risque d’acidose dans le digesteur. La société Naskeo
(92240 Malakoff) a installé 3 cuves d’hydrolyse sur les résidus agro-industriels et déchets carnés. La
cuve est agitée et chauffée à 45-55°C et dimensionnée pour un temps de séjour de quelques jours
(Fougerit, 2021 ). Un industriel spécialisé dans la collecte et la méthanisation de biodéchets agro-
industriels a été contacté au cours de l'enquête. Les 5 sites en service sont équipés d’une cuve
d’hydrolyse biologique en amont du digesteur anaérobie. L’hydrolyse se fait en continue après l’étape
d’hygiénisation. La cuve est agitée et la température maintenue à 45 ou 55°C. Le pH n’est pas
contrôlé, il s’établit naturellement autour de 4,5. Les gaz produits au cours de cette hydrolyse sont
évacués par un évent soit à l’atmosphère soit vers le ciel gazeux du digesteur. L’efficacité de ce
traitement n’a pas été mesurée mais permettrait, selon l’industriel, d’améliorer la production de biogaz
de 10 à 15% grâce à l’amélioration des cinétiques de dégradation qui permet d’augmenter la quantité
de matières traitées.
3.2.6 Algues
Peu de retours d’expériences sont reportés sur la méthanisation des algues. L’usine de Solrød au
Danemark méthanise des macroalgues d’échouage en co-digestion (Gimžauskaitė et al., 2020). En
juin 2020, cette unité était la seule référence connue à méthaniser ce type d’intrants.
L’unité de Solrød, mise en service en 2015, a une capacité de 226 000 tonnes/an avec une
valorisation du biogaz par cogénération. Le coût d’investissement s’est élevé à 11,6 millions d’euros.
Les algues sont co-digérées, dans un méthaniseur infiniment mélangé, avec des résidus organiques
(pectine, acide lactique, bouillie de levure) et du fumier (Figure 37). Elles ne représentent que 7 000
tonnes/an soit moins de 4% du tonnage de matières entrantes traitées.
Le ramassage des algues pour les méthaniser a permis de résoudre les problèmes liés à la présence
des algues sur la plage (odeurs, impact paysager) et dans l’eau en réduisant les concentrations de
nutriments (N et P) et par conséquent les problèmes d’eutrophisation. L’unité de Solrød reçoit deux
types d’algues, une algue verte (Zostera marina) et une algue brune (Pilayella littoralis, Ectocarpus
sp). La concentration en cadmium est limitée à 0,8 mg/kg MS algale. Si cette limite est dépassée,
principalement en hiver, le lot d’algues est rejeté en mer. Le développement d’outils adaptés au
ramassage des algues était toujours à l’étude en 2020.
Les algues subissent des prétraitements sur le site de méthanisation avant digestion. Elles sont, en
premier lieu, introduites dans une cuve fortement agitée pour séparer les algues des sables. Les
algues sont ensuite hachées finement dans un macérateur puis mélangées aux autres matières
premières.
Tableau 18 : Synthèse des retours d’expérience sur les dispositifs de prétraitements suite aux entretiens d’acteurs (Compilation RECORD 2022)
Nombre Technologie Coûts
Catégorie Typologie Conditions Charges de Gains de Autres Satisfaction
de Interlocuteur de Prétraitement d'investisse Maturité Bénéfices Limites
d'intrants d'installation opératoires fonctionnement production impacts exploitant
retours méthanisation ments
Voie liquide Extraction des emballages des
Ligne de
infiniment biodéchets et production d'une Oui tout à
1 Exploitant Territoriale déconditionnem 600 k€ 100 k€ Industrielle
mélangée soupe "pompable" qui peut ensuite fait
ent
mésophile être incorporée en méthanisation
Biodéchets
Voie liquide
Non
Agricole infiniment Broyeur et Oui tout à
1 Exploitant Industrielle clairement
collective mélangée hygiénisation fait
établi
mésophile
Plutôt non du
Prétraitement
Voie liquide fait que le
de 20% du flux Non
infiniment bénéfice
1 Exploitant STEU Ultrasons de boues Industrielle clairement
mélangée n'est pas
secondaires établi
mésophile clairement
épaissies
établi
8 500T vapeur
d’eau
consommées/an
Malaxeur/ Concentration des
Hydrolyse
Mélangeur contaminants
positionnée sur
3 447 k€ (4 Dynamique dans les digestats
Voie liquide la totalité du Réduction du
hydrolyseurs Hydrolyse pouvant impacter +25% de
infiniment Hydrolyse flux entre le volume de Plutôt
3 Exploitant STEU ) Thermique Industrielle leur épandage production
mélangée thermique premier et digestat à satisfait
Boues de STEU de Exelys : 15 kWh Coûts de de gaz
mésophile deuxième déshydrater
STEU 555 333 EH Pompe Eau fonctionnement
étage de
industrielle (équipement sous
digestion
Exelys : 4 kWh pression)
Pompe Boues
Hydrolysées
Exelys : 7,5 kWh
Boues fluides
facilement
transportables
Voie liquide Prétraitement
et ne
infiniment Hydrolyse des boues Oui mais non Oui tout à
3 Exploitant STEU Industrielle nécessitant
mélangée thermique secondaires évalué fait
qu’une agitation
mésophile centrifugées
à pale centrale
pour le
méthaniseur
Voie liquide Ligne
infiniment mélangeuse/ext Extrudeur Augmentation du taux de déchets Oui mais non Oui tout à
1 Exploitant Territoriale 350 k€ 50 k€ Industrielle
mélangée rudeur/pré- Lehmann solides fibreux en digestion évalué fait
mésophile fosse
Cette étude RECORD a permis de mettre en évidence les avancées scientifiques aux échelles
laboratoire et industrielle dans le domaine des prétraitements appliqués à la filière méthanisation.
Que ce soit à un niveau général ou selon les substrats, des pistes de développement ont été
identifiées afin d’améliorer le déploiement et l’utilisation des technologies de prétraitements à l’échelle
industrielle.
Ces perspectives de R&D portent notamment sur le développement de projets sur l’analyse des
impacts que peuvent avoir les prétraitements sur d’autres paramètres que l’amélioration de la
production d’énergie ou la cinétique de dégradation : la rhéologie du milieu, les communautés
microbiennes, la qualité des digestats et l’environnement, l’approche multi-critères.
Identifier les verrous limitant le développement des prétraitements sur les biomasses
atypiques
En ce qui concerne les biomasses atypiques (matrices lignocellulosiques, algues, plastiques
biodégradables...), il y a un manque de recul sur les technologies de prétraitement à appliquer et leur
transfert à l’échelle industrielle. Certaines technologies ayant démontré des intérêts à l’échelle
laboratoire n’ont pas été transférées à l’échelle industrielle et il est important de comprendre les
verrous techniques ou opérationnels limitant ces montées en échelle. L’explosion à la vapeur, déjà
appliquée sur les boues d’épuration, a montré des résultats prometteurs pour le traitement des
matrices lignocellulosiques mais sa mise en œuvre industrielle est plus complexe. Des industriels
travaillent au développement de cette technologie. Certains prétraitements utilisés à l’échelle
industrielle tels que les prétraitements biologiques (enzymes/micro-organismes) ne disposent pas de
suffisamment de données sur leur intérêt économique global au regard des bénéfices potentiels.
4
A noter l’existence d’une base de données sur les prétraitements mécaniques (CAPEX, OPEX),
réalisée par Bio-VALO, CSF novembre 2021 et d’un « mémoire technique – Solutions de pré-
traitement biologique en méthanisation », CSF, Juillet 2021: [Link]
de-recensement-des-solutions-de-pretraitements-des-matieres-pour-la-methanisation/
Analyser les impacts des prétraitements sur les sols, les eaux
L’impact des prétraitements sur les paramètres sanitaires. Les technologies de prétraitements peuvent
avoir une incidence positive ou négative sur les propriétés sanitaires des digestats. En effet, le
prétraitement thermochimique peut contribuer à augmenter la quantité de potentiels inhibiteurs du sol
directement (par addition chimique, Na, S, Fe) ou indirectement par la formation de sous-produits (tels
que les furanes et les polyphénols) qui pourraient causer des effets néfastes sur le sol (Leven et al.,
2006; Yan et al., 2015). Le prétraitement peut également affecter la teneur en agent pathogène,
antibiotique et réduire la quantité de contaminants organiques (Leven et al., 2006; Sole-Bundo et al.,
2017; Yan et al., 2015; Yang et al., 2017). Il sera aussi important d’élargir dans le futur l’étude de
l’impact possible de certaines technologies de prétraitements sur les écosystèmes terrestres (vers de
terre, bactérie, champignons...) et aquatiques (microalgues, daphnies, lentilles d’eau...) lors du retour
au sol du digestat. Dans le cas des flux de biodéchets et/ou plastiques biodégradables, une attention
toute particulière devra être portée sur le devenir des additifs et des microplastiques (Batori et al.,
2018; Chen et al., 2021).
Pour conclure, le bénéfice d’un prétraitement ne peut se juger uniquement au gain de potentiel
méthanogène ou à l’amélioration de la cinétique de dégradation. Afin de cerner tout son potentiel, il
est important de regarder l’impact que peut avoir le prétraitement sur : la rhéologie du milieu, les
communautés microbiennes, la qualité des digestats et l’environnement (Figure 38).
Une approche multicritères pourrait s’appliquer facilement, lors des tests pilotes à l’échelle laboratoire
ou directement lors de la validation industrielle, afin de cerner tout le bénéfice que pourrait avoir une
filière de prétraitement en amont de la méthanisation.
Compatibilité
Fumiers
LE BROYEUR À CIVE
COUTEAUX Résidus de culture
Biodéchets
Crédit photo : ADBA
Le broyage au broyeur à couteaux est un traitement mécanique de la matière. Il est utilisé pour
réduire la taille des fibres avant introduction dans le méthaniseur, par coupe et cisaillement de la
matière. Cela permet de faciliter l’introduction, le mélange, et de diminuer le temps nécessaire à la
dégradation de la matière. Cela permet de sécuriser le fonctionnement des unités en limitant les
bouchages, les phénomènes de croutage et les contraintes sur les pâles des agitateurs en diminuant
la viscosité du digestat.
Il est proposé en équipement standardisé par de nombreux constructeurs d’unités de
méthanisation agricole clé en main.
Niveau de maturité technologique : Application industrielle
Compatibilité
Fumiers
LE BROYEUR CIVE
FORESTIER Résidus de culture
Biodéchets
Crédit photo : Solagro
§ Peu d’entretien quotidien. Entretien prévu une fois tous les 10 ans.
TECHNIQUE § Diminution de temps de maintenance sur la ligne de digestion
§ Simplification du process, ne bloque pas le process en cas de problème
comme peut le faire un broyeur placé sur la ligne d’incorporation.
§ Diminution des phénomènes de bouchons dans les canalisations coudées
CAPEX
§ Coût d’investissement : entre 100 k€ et 150 k€
QUELQUES MODÈLES:
Compatibilité
Fumiers
LE BROYEUR À CIVE
CHAINES Résidus de culture
Biodéchets (solides)
BIOGAZ
§ Augmentation de la cinétique de production de méthane
§ Augmentation de la cinétique de dégradation de la matière
§ Gain de production, ressentis mais non mesurés
QUELQUES MODÈLES:
TQZ 1200 : Verde Energy
X-chopper : Nature Energy
Bio-préparateur TQZ : THM
recycling solutions
Gamme Bio-QZ : Andritz
Compatibilité
Fumiers
LE BROYEUR À CIVE
MARTEAUX Résidus de culture
Biodéchets (solides)
Le broyage au broyeur à marteaux est un traitement mécanique de la matière, que l’on retrouve
principalement sur des unités traitant des matières complexes: fumiers pailleux, pailles de céréales, cannes
de maïs, racines et radicelles, potirons entiers, etc. il est réputé plus efficace que le broyeur à couteaux pour
les matières fibreuses et sèches.
Il est généralement proposé pour des projets à des puissances plus élevées que pour le broyeur à couteaux.
Les travaux réalisés dans le cadre du projet PAM financé par l’ADEME ont montré que les broyeurs à
marteaux (avec les broyeurs à chaines) étaient les plus efficaces pour déstructurer les fibres.
Compatibilité
Fumiers
CIVE
LA CAVITATION
Résidus de culture
Biodéchets
Crédit photo : Biobang
BIOGAZ
§ Amélioration de la digestion de la matière
§ Augmentation de la production de biogaz d’environ 20%
BIOLOGIQUE
§ Réduction de la viscosité du digestat
§ Réduction de temps de séjour nécessaire pour la digestion des substrats
CAPEX § Coût d’investissement : De 127 000€ pour une unité de 1,5 m3/h à 210 000€
pour une unité de 2,5 m3/h.
QUELQUES MODÈLES:
Plus de 150 unités à travers l’Europe, et une en Corée. Cavimax: Cavimax Ltd
La plus grande (15 m3/h) est installée en Pologne pour le Biobang : Three-ES Srl
prétraitement de la paille. ROTOCAV : E-PIC
Compatibilité
Fumiers
CIVE
L’EXTRUDEUR
Résidus de culture
Biodéchets solides
L’extrusion est un prétraitement mécanique de la matière. Elle est réalisée entre deux vis
hélicoïdales afin d’éclater les cellules grâce à des contraintes répétées de pressions et à
l’augmentation de la température de la matière. Cela améliore l’accessibilité de la matière et ainsi
augmente la production de méthane.
Le taux de matière sèche cible du produit à extruder est de 35% MS. Une dilution peut être réalisée
avec du digestat par exemple.
QUELQUES MODÈLES:
Compatibilité
Fumiers
LE CIVE
PRÉTRAITEMENT
À ULTRASONS Résidus de culture
Boues de STEP
QUELQUES MODÈLES:
L’ENSILAGE CIVE
(CONSERVATION) Résidus de culture
Biodéchets
Crédit photo: Arvalis
L’ensilage de la matière végétale est une méthode de prétraitement biologique, connu pour être un
moyen de conservation adapté pour les matières présentant un taux de MS inférieur à 40%. Il
consiste à hacher la matière puis la stocker en tas compact de façon à éliminer l’oxygène afin de
créer un milieu anaérobie. Va alors avoir lieu une fermentation lactique réalisée par des bactéries,
provoquant l’acidification de la matière. L’ensilage est ainsi stabilisé, ce qui permet de conserver la
matière et son potentiel méthanogène.
PRODUITS CONCERNÉS :
Compatibilité
Fumiers
ENZYMES et CIVE
MICRO-
Résidus de culture
ORGANISMES
Biodéchets
Les prétraitements par ajout d’enzymes ou de micro-organismes sélectionnés sont une possibilité
de prétraitement biologique pour améliorer la dégradabilité de la matière.
Les enzymes pouvant hydrolyser la cellulose et l’hémicellulose sont des glucosides hydrolases, et
celles dégradant la lignine sont des laccases et des peroxydases. Plusieurs mélanges enzymatiques
sont disponibles dans le commerce pour des applications dédiées à la méthanisation; avec des
domaines d’activité compatibles avec les conditions de pH et de température.
Ces enzymes ou micro-organismes peuvent être introduits en amont de la méthanisation au niveau
du stockage, directement dans le digesteur, dans la fraction liquide du digestat remis en circulation,
ou bien consister en une étape spécifique.
Niveau de maturité technologique : Application industrielle
MéthaPlus : DSM
SOBAC commercialise « Bactériométha », un additif
Axiase: DSM
pour les substrats qui peut être ajouté directement sur
Bacteriometha : SOBAC
la litière des animaux 15 jours avant curage. Il est
Optimash : Dupont
composé d’un mélange de minéraux naturels et de
Metgen : Metzyme Forci
végétaux naturels sur lesquels s’est développé un
Enzymaxx : Agrikomp…
complexe de microorganismes spontanés des composts.
* Retour d’expérience exploitant Info constructeur Retour d’expérience R&D
Etude RECORD n°20-0420/1A - FINAL 104
LES PRÉTRAITEMENTS EN MÉTHANISATION – Fiche 10
Compatibilité
L’HYDROLYSE
THERMIQUE À Boues de STEP
HAUTE
Matières agricoles
TEMPÉRATURE
Crédit photo : Véolia
L’hydrolyse thermique consiste à exposer les boues à de fortes températures comprises entre 140
et 180!C sous pression. Des températures plus élevées améliorent la solubilisation des boues mais
provoquent la formation de composés de Maillard, non biodégradables en digestion anaérobie.
La durée est généralement de 20 à 30 minutes. Ce traitement entraine la dégradation de la
structure en gel des boues et la libération de l’eau liée, la déstructuration des flocs et la
solubilisation des exopolymères. De plus, la libération des membranes des cellules libère des
composés qui deviennent alors accessibles pour la digestion anaérobie.
Il existe des technologies en batch, semi-continues ou continues, qui comprennent ou non un
système de détente rapide pour le retour à la pression atmosphérique.
TECHNIQUE
§ Production de composés colorés solubles difficilement biodégradables
QUELQUES MODÈLES:
CambiTHP,
Biothelys : Veolia,
Exelys : Veolia,
Plus de 80 STEP dans le monde sont équipées de procédés
d’hydrolyse à haute température pour améliorer la
HCHS : Haarsley,
méthanisation des boues. Le tout premier procédé a été Turbotec : Sustec,
installé en Norvège en 1995. Lysotherm : Eliquo
Compatibilité
Fumiers
INOCULANTS ET
CONSERVATEURS CIVE
D’INTRANTS Résidus de culture
VÉGÉTAUX
Biodéchets
Des additifs sont commercialisés pour améliorer la conservation des matières végétales par
ensilage. Ces produits sont ajoutés à la récolte à l’aide d’un dispositif installé sur l’ensileuse. Il en
existe différents types. Deux produits sont principalement proposés:
- Les inoculants : bactéries lactiques homo et hétérofermentaires
- Conservateurs: produits acides tamponnés à l’ammoniac
C’est un marché très développé en Allemagne, mais qui l’est encore peu en France. Une
cinquantaine d’unités de méthanisation en utilisent, contre la quasi-totalité des installations
allemandes.
Niveau de maturité technologique : Application industrielle
§ Le taux de matière sèche doit être inférieur à 45% pour pouvoir utiliser des
TECHNIQUE
inoculants
QUELQUES
FABRIQUANTS:
Conseil unanime des fournisseurs : il est indispensable
de bâcher les silos. L’absence de couverture ou l’ajout Schaumann Bioenergy
d’un couvert végétal induirait des pertes importantes Roullier
jusqu’à 1 mètre de hauteur. Lallemand
Compatibilité
Fumiers
LA PRÉ- CIVE
HYDROLYSE Résidus de culture
Biodéchets
Crédit photo : Naskeo
La pré-hydrolyse est une méthode de prétraitement biologique de la matière proposée par certains
fournisseurs en amont des digesteurs, pour augmenter la dégradabilité des matières ligno-
cellulosiques afin d’augmenter leur rendement. Il existe des méthodes de pré-hydrolyse anaérobie,
aérobie ou semi-aérobie.
L’hydrolyse semi-aérobie catalysée est par exemple réalisée dans une cuve chauffée à 37!C avec un
temps de séjour de 0,4 à 1 jour et une aération séquencée. Le pH est de l’ordre de 6,5 à 7. Le gaz
produit par l’hydrolyse (CO2, H2S, CH4) est traité par un biofiltre avant rejet dans l’atmosphère.
BIOGAZ
§ Amélioration de la dégradation de la matière
§ Augmentation de la cinétique de dégradabilité de la matière
TECHNIQUE
§ Le taux de matière sèche dans la cuve d’hydrolyse semi-aérobie doit être de
8 à 12%
§ Le gaz produit pendant cette étape n’est pas valorisé
QUELQUES MODÈLES:
Un programme de recherche « BOOST’HYDRO » a
démarré en mars 2020 dans le cadre d’une thèse, en
collaboration avec l’INRAE, axé notamment sur la
BOOST : Evalor
compréhension des phénomènes biologiques, l’étude des Hydrolyse semi-aérobie
voies de valorisation du gaz produit pendant l’hydrolyse catalysée : Biogaz ingénieurie
et les recettages les plus adaptés. Hydrolyse anaérobie : Arkolia
BIOGAZ
§ Augmentation du BMP jusqu’à 50% (Carrere et al., 2016)
§ Implique des surcoûts de 12% pour les investissements et 170% pour les
ECONOMIQUE
charges de fonctionnement (ANR Stockactif , UMR FARE)
§ Utiliser les champignons pour traiter des substrats ligneux qui ne sont pas méthanisables
aujourd’hui
§ Les travaux de recherche sur l’optimisation des conditions de prétraitement (humidité,
aération, température, complément nutritionnel et durée) doivent au préalable permettre
d’améliorer les performances au regard des pertes de matière.
Compatibilité
Fumiers
LES
PRÉTRAITEMENTS CIVE
CHIMIQUES Résidus de culture
(acides/bases)
Biodéchets
Les prétraitements acides et basiques sont des prétraitements chimiques de la matière qui ont été
largement étudiés à l’échelle du laboratoire à température ambiante ou à des températures allant
de 40 à 90!C. En dépit de résultats prometteurs concernant l’augmentation de la production de
méthane et des cinétiques de dégradation, ils ne sont pas utilisés à l’échelle industrielle à cause de
nombreux freins économiques et biologiques.
§ Consommation d’eau
ECONOMIQUE
§ Consommation de produits chimiques
§ Consommation d’énergie
§ Augmentation des concentrations en sels dans le digestat
BIOLOGIQUE
§ Formation potentielle d’inhibiteurs tels que les composés phénoliques
Compatibilité
Fumiers
LES CIVE
PRÉTRAITEMENTS
THERMIQUES Résidus de culture
Biodéchets
QUELQUES MODÈLES:
Agrikomp commercialise sa propre unité de prétraitement
thermique, installée sur ses installations de Cooker : Agrikomp
méthanisation.
Explosion à la vapeur :
Des essais sont en cours par BioVantage en Europe pour
démontrer l’efficacité du système AD-Booster (process
Biogas Systems
d’oxydation en voie humique/explosion à la vapeur) déjà BioVantage
en place aux États-Unis.
Compatibilité
Graisses
LA
SAPONIFICATION
Matières agricoles
Le prétraitement des graisses par saponification est proposé par la société SAPOVAL pour faciliter
leur digestion anaérobie. Il permet la solubilisation et la stabilisation des matières prétraitées pour
limiter les problématiques physiques et biologiques liées aux graisses. Un brevet a été déposé. Ce
prétraitement se fait dans une cuve agitée, non chauffée, avec addition d’une base de type soude,
potasse ou lait de chaux. Le pH visé est de 8,5 à 9,5. il peut être mis en œuvre sur les graisses de la
station d’épuration et toutes graisses issues des eaux usées.
EXPLOITATIONS
ÉQUIPÉES:
C’est un outil comportant plusieurs fichiers de calculs et plusieurs bases de données de plusieurs
milliers de lignes, est le fruit d’un travail rigoureux d’exploitation de plusieurs bases statistiques.
(DISAR, SAA, INSEE, FAO, Agreste, douanes, Recensement Agricole),
BACUS est régulièrement mis à jour en fonction des publications des sources statistiques officielles.
Ressource produite : Il s’agit de la ressource brute produite à un horizon de temps donné. Il est
important de préciser que dans le cas des effluents d’élevages, les ressources produites sont les
fumiers et lisiers c’est-à-dire les déjections animales maîtrisées. Les temps passés en bâtiment sont
donc déjà pris en compte dans la ressource produite. Pour les ressources comme les CIMSE, qui ne
sont pas forcément encore mises en place, nous parlerons de « capacité de production de CIMSE ».
L’estimation de la ressource mobilisable est réalisée via l’outil interne Solagro « BACUS ».
Le taux permettant d’estimer la ressource mobilisable à partir de la ressource produite est le « taux de
mobilisation maximum ».
Anciens termes employés : GBD – Gisement Brut Disponible, GND - Gisement Net Disponible,
ressource, méthanisable, récoltable
Ressource mobilisée : Il s’agit de la ressource dont on suppose qu'elle sera, dans les faits, réellement
mobilisée à un horizon de temps t. Dans le cas de la méthanisation, partant de l’existant et simulant le
développement d’un parc de méthaniseurs, l’outil « TRAJECTOIRE » permet de définir la part de la
ressource mobilisable qui pourrait effectivement être méthanisée à un horizon de temps t. L’estimation
de la ressource mobilisée peut également provenir des ateliers territoriaux ou de dire d’experts
permettant de rendre compte des probabilités d’utilisation concrète de la ressource mobilisable.
Le taux de concrétisation permet de calculer la part de la ressource mobilisable qui pourrait
concrètement être utilisée in fine, à un horizon de temps t.
Ratio C/N
Famille Sous-famille Références
Moyenne Minimum Maximum
Fumier bovin 15 ± 3 9 22
Fumier équin 31 ± 12 11 54
Fumier volaille 10 ± 3 5 17 Base de données
Déjections de l’APESA et
Lisier canard 11 ± 6 3 22
animales outil Méthasim de
Lisier bovin 10 ± 2 6 14 l’IFIP (IFIP, 2018)
Lisier porc 4±2 1 11
Fiente 9±2 7 11
Paille céréale 67 ± 31 37 150
Résidu de maïs
90 ± 45 44 150
(rafle/canne/spathe) Base de données
Résidus
agricoles et Menues paille 63 ± 34 28 108 de l’APESA et
productions outil Méthasim de
végétales CIVE d'hiver 19 ± 3 15 22
l’IFIP (IFIP, 2018)
CIVE d'été 30 ± 12 9 62
Ensilage herbe 20 ± 6 13 26
Tonte 16 ± 5 12 22 Base de données
Déchets verts de l’APESA et
des collectivités Broyat 13 ± 3 9 16 outil Méthasim de
l’IFIP (IFIP, 2018)
Industrie de la
21 ± 26 1 123
viande
Industrie végétale 30 ± 24 1 82
Produits Base de données
26 ± 27 2 92
Déchets et transformés de l’APESA et
effluents des
industries Lactosérum 18 ± 7 7 30 outil Méthasim de
l’IFIP (IFIP, 2018)
Effluents IAA 17 ± 11 6 39
Boues IAA 9±6 5 26
Graisses IAA 160 ± 204 6 848
Boues primaires 44 ± 59 9 112 Base de données
de l’APESA,
Boues et Boues secondaires 5±1 4 8 (Fisgativa et al.,
graisses de
STEP 2018a), outil
Graisse STEP 18 ± 7 8 29 Méthasim de
l’IFIP (IFIP, 2018)
FFOM 23 1 valeur Base de données
de l’APESA,
GMS 18 ± 8 8 27 (Fisgativa et al.,
Biodéchets
Biodéchets de 2018a), outil
cantine et 14 ± 2 11 18 Méthasim de
restauration l’IFIP (IFIP, 2018)
Macroalgues 15 6 25 Base de données
de l’APESA,
Algues Microalgues et (Frigon et al.,
6 4 13 2013; Milledge et
spiruline
al., 2019)
Résultats à l’échelle industrielle, en réacteurs continus à l’échelle pilote ou laboratoire ou en BMP uniquement pour les procédés innovants.
Amélioration
abattement MO :
20–30 kV de 52 à 56% et
CSTR
quelques msec augmentation de la
3,300 m3 De 38 000 à (Rittmann
Boues mixtes Electroporation Traitement de charge Procédé OpenCelTM. Résultats sur
Mesophile 60 500 kWh/j et al.,
épaissies Champs pulsés 65% du débit Augmentation de la STEP de Mesa-Etats Unis
TSH: 30-35 j (+59 % ) 2008)
de boues température des
boues (réduction
de la
consommation de
CSTR 30 L
Flacons fermés
35 ºC
autohydrolyse 25%vol boues, 10 L/j
TSH: 20 d (Souza et
Boues activées microaerobie: 75% vol air
charge=3,8 kg al., 2013)
55°C + 20 %
DCO/ m3 d
12 h
détérioration
4volumes CSTR 14 L 120 m3/tMVSin
Microaeration: déshydratabilité et (Ruan et
Boues mixtes d’air/gTS 35 ºC
augmentation de la al., 2019)
35 °C, 4 h TSH: 20 d +16,4%
viscosité
Bilan énergétique
134°C 3.4 bar 107* m /tMVSin
3
KOH
CSTR 2.5 L Augmentation de la
5 g KOH/100 g 109* m3/tMVSin KOH doit être favorisé par rapport à
TSH=20 j, fraction d’azote (Elalami et
Boues activées Alcalin MS NaOH si valorisation agronomique du
37°C minéralisée dans le al., 2020)
20gMV/L +39% digestat
digestat (NH4+)
25 °C, 2 jours
Amélioration
Semi-continu
HCl, pH 2, 24h 141* m3/tMVSin déshydratabilité (- (Devlin et
Boues mixtes Acide 22L, 35°C,
à 4°C +10% 40% de polymères al., 2011)
TSH=12j,
pour même MS)
Acide nitreux
HNO2
Semi-continu Amélioration de la
Produit in situ
1L, 35°C, déshydratabilité
NaNO2, 20 g 132* m /tMVSin
3
Bilan économique positif sur une STEP (Wei et al.,
Boues activées Acide TSH=15j, +14% (MS des
N/L +HCl 1M + 16% hypothétique de 400 000 EH. 2018)
charge=2.1gM boues
Ajout acide 1.8
V/Lj déshydratées
mg N/L
24 h, 25°C
Précédé utilisé industriellement sur la
0.05 gO3 g−1
ligne eau pour la réduction des boues
MS en 120* m /tMVSin
3
Amélioration (Biolysis O-Suez, Aspal-Air Liquide,
prétraitement
élimination MS de Praxair Lyso)
CSTR2 L +108%
31% à 59% Couteux en prétraitement de (Goel et
Boues activées Ozonation 0.045 gO3 g−1 35 ºC
méthanisation, risque de minéralisation al., 2003)
MS en post- TSH: 28 d 360* m /tMVSin
3
et perte de potentiel méthane
traitement +
De 31% à 85% Limité en post-traitement (milieu
recirculation 0%
réducteur complexe, nombreuses
réactions)
Procédé Fenton Diminution du
pH3 (H2SO4) temps de succion
Semi-continu 400* m /tMVSin
3
(Erden &
0.067 g Fe(II)/ g capillaire mais pas
Oxydation 13L, 55°C, Filibeli,
H2O2 et 60 g d’effet sur la
TSH=5j +36% 2010)
H2O2/kg MS déhydratation sur
60 min filtre presse
CSTR 50 L
800 W
TSH=20 j, Bilan énergétique <0
3,5 min *3367 L/m3boue
37°C -279 MJ/m3boue (Appels et
Boues urbaines Microondes 336 kJ/kg
Cva= 1.425 Bilan économique <0 al., 2013)
boues +50%
kg/m3j -2,66 €/m3boue
Tfinale=80°C
MO 2450MHz
Semi-continu
600W 215* m3/tMVSin
2L, 37°C,
Boues activées Microondes+ 80°C Diminution de la (Liu et al.,
TSH=20j, Coût élevé
épaissies 8% TS H2 O 2 0,2 gH2O2/gTS viscosité 2018)
charge=2.92g
50% des boues +20%
MV/Lj
traitées
Testé en BMP
K2FeO4 200mg
Boues activées (FeVI)/L Batch, 37°C 89 m3/tMVSin (He et al.,
Oxydation
12gMS/L 1 h 600 rpm, 30 j +42% 2018)
25°C
0,346* kJ/g Bilan production d’énergie (énergie
RF :13,56 MHz
boues nette) plus favorable dans le cas des
MO :2,45 GHz
radiofréquences
Rampes :3°C/m
in
RF= +5% RF=0,32 kJ.g-1boue
Radiofréquence 60°C, palier 0 (Hosseini
MO=+7% MO= 0,14 kJ.g-1boue
Boues activées RF min BMP Koupaie et
Microonde MO al., 2018)
RF= +14% RF=0,30 kJ.g-1boue
120°C palier 0
MO=+12% MO= -0,28 kJ.g-1boue
min
RF= +20% RF=-0,60 kJ.g-1boue
120°C palier 2h
MO=+17% MO= 0,28 kJ.g-1boue
5
Estimé par rapport aux données publiées
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