Dissertation Juridique
Sujet : En quoi le contrôle de constitutionnalité prouve-t-il la suprématie de la Constitution ?
INTRODUCTION
« Une Constitution qui n'aurait pas de garantie de sa propre observation serait un acte dérisoire ». Cette
affirmation de Hans Kelsen souligne l’idée que sans un mécanisme de surveillance, la norme suprême ne
resterait qu’une déclaration d’intention sans portée contraignante. La suprématie de la Constitution
désigne sa position au sommet de la hiérarchie des normes, s'imposant à tous les pouvoirs publics. Le
contrôle de constitutionnalité est le mécanisme juridictionnel visant à vérifier la conformité des normes
inférieures, principalement la loi, aux dispositions constitutionnelles.
Historiquement, la France a longtemps hésité à limiter la loi, considérée comme l'expression de la
volonté générale. Cependant, le passage de la souveraineté parlementaire à la souveraineté
constitutionnelle sous la Ve République a placé le juge au centre de l'équilibre des pouvoirs. L'intérêt du
sujet réside dans la compréhension du lien organique entre la validité d'une norme et sa sanction. Dès
lors, dans quelle mesure le passage d'une suprématie théorique à une suprématie sanctionnée
transforme-t-il la nature même de l'État de droit ?
Il conviendra d'analyser comment le contrôle assure l'effectivité de la hiérarchie des normes (I), avant
d'étudier comment l'extension de ce contrôle consacre une suprématie renforcée par la protection des
droits fondamentaux (II).
I. L’INSTAURATION D’UNE SANCTION : CONDITION DE L’EFFECTIVITÉ DE LA HIÉRARCHIE KELSÉNIENNE
Le contrôle de constitutionnalité n'est pas qu'une simple procédure ; il est l'outil qui transforme la
supériorité morale de la Constitution en une supériorité juridique (A), garantissant ainsi la soumission du
législateur au pouvoir constituant (B).
A. La sanction juridictionnelle comme attribut de la norme suprême
Selon la théorie de Hans Kelsen, une norme n'est juridique que si sa violation est assortie d'une sanction.
Sans le contrôle de constitutionnalité, la Constitution ne serait qu'une norme "imparfaite". En
permettant l'annulation ou l'écartement d'une loi contraire au texte suprême, le juge constitutionnel
donne vie à la hiérarchie des normes. C'est l'existence même du juge qui valide la position de la
Constitution au sommet de la pyramide, car elle est la seule norme qui n'est pas soumise à un contrôle
de validité par une norme interne supérieure.
B. La limitation du législateur au profit du pouvoir constituant
Le contrôle de constitutionnalité prouve la suprématie de la Constitution en rappelant que le Parlement
n'est qu'un pouvoir "constitué". Le législateur ne peut agir que dans le cadre tracé par le "pouvoir
constituant" (le peuple ou ses représentants directs). En censurant une loi, le juge empêche le
Parlement de modifier indirectement la Constitution sans suivre la procédure de révision rigide de
l'article 89. La loi n'est donc plus souveraine par elle-même, mais seulement en tant qu'elle respecte la
norme suprême.
Le contrôle assure ainsi la structure de l'État de droit ; toutefois, c'est l'élargissement des normes de
référence et des modalités de saisine qui achève de prouver la suprématie absolue de la Constitution
(Transition).
II. L’EXTENSION DU CONTRÔLE : MOTEUR D’UNE SUPRÉMATIE CONSTITUTIONNELLE RENFORCÉE
La suprématie de la Constitution ne se limite plus à l'organisation des pouvoirs publics ; elle s'étend
désormais à la protection des droits de l'homme via le bloc de constitutionnalité (A) et s'immisce dans le
quotidien des justiciables par le biais du contrôle a posteriori (B).
A. La suprématie par l'élargissement du bloc de constitutionnalité
Depuis la décision "Liberté d’association" du 16 juillet 1971, le contrôle ne s'effectue plus seulement par
rapport au texte de 1958, mais intègre le Préambule de 1946, la DDHC de 1789 et la Charte de
l'environnement. Cet élargissement prouve que la Constitution est la source suprême des valeurs de la
République. En imposant ces principes au législateur, le juge constitutionnel sacralise la Constitution
comme la norme protectrice des libertés, renforçant son autorité sur l'ensemble de l'ordre juridique.
B. La généralisation de la supériorité constitutionnelle par la QPC
L'introduction de la Question Prioritaire de Constitutionnalité (QPC) en 2008 a parachevé la preuve de
cette suprématie. Alors que le contrôle a priori (avant l'entrée en vigueur de la loi) pouvait laisser
subsister des lois inconstitutionnelles, la QPC permet de purger l'ordre juridique à tout moment. La
Constitution s'impose désormais "au quotidien" devant les tribunaux ordinaires. Cette saisine par le
citoyen prouve que la suprématie de la Constitution est un principe vivant, capable de renverser
n'importe quelle disposition législative, quelle que soit son ancienneté.