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Becker - Notes de Cours

Howard Becker, figure de l'École de Chicago, développe la théorie de l'étiquetage, soulignant que la déviance est une construction sociale résultant d'interactions et de normes imposées par les groupes. Les individus étiquetés comme déviants rencontrent des difficultés qui les poussent à adopter des comportements déviants, et cette étiquetage est influencé par des 'entrepreneurs de morale' qui cherchent à redéfinir les normes sociales. Becker analyse également le processus par lequel un individu devient déviant, mettant en avant l'importance des interactions sociales et des groupes dans cette dynamique.

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Becker - Notes de Cours

Howard Becker, figure de l'École de Chicago, développe la théorie de l'étiquetage, soulignant que la déviance est une construction sociale résultant d'interactions et de normes imposées par les groupes. Les individus étiquetés comme déviants rencontrent des difficultés qui les poussent à adopter des comportements déviants, et cette étiquetage est influencé par des 'entrepreneurs de morale' qui cherchent à redéfinir les normes sociales. Becker analyse également le processus par lequel un individu devient déviant, mettant en avant l'importance des interactions sociales et des groupes dans cette dynamique.

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H.S.

Becker : la théorie de l’étiquetage

Notes pour le cours de « Sociologie 2 » (la diffusion ne peut pas aller au-delà de l’auditoire
concerné)
Par Laurie Hanquinet

Howard Becker1 (1928-2023) faisait aussi partie de l’Ecole de Chicago et est souvent considéré
comme un interactionniste symbolique. Il est, par ailleurs, musicien. Il participe au
développement de la théorie de l’« étiquetage », qui est encore très influente aujourd’hui.
Becker a attiré l’attention sur les conséquences qu’induise « pour un individu, le fait d’être
étiqueté comme déviant : il lui devient plus difficile de poursuivre les activités ordinaires de sa
vie quotidienne, et ces difficultés mêmes l’incitent à des actions ‘‘anormales’’ »2 (1985 : 203).
Les étiquettes deviennent alors l’explication causale de toute une série de pratiques des
individus visés. On est proche ici de l’idée de stigmatisation de Goffman. Becker offre un
dépassement de la notion de déviance limitée à la criminalité et à la délinquance et comme liée
à la maladie mentale. Voyons plus en détail de quoi il s’agit.

Selon Becker, la déviance est une construction sociale qui résulte d’un processus d’interaction
sociale. Il explique cela ainsi : « Les groupes sociaux créent la déviance en instituant des
normes dont la transgression constitue la déviance, en appliquant ces normes à certains
individus et en les étiquetant comme déviants. De ce point de vue, la déviance n’est pas une
qualité de l’acte commis par une personne, mais plutôt une conséquence de l’application, par
les autres, de normes et de sanctions à un « transgresseur ». Le déviant est celui auquel cette
étiquette a été appliquée avec succès et le comportement déviant est celui auquel la collectivité
attache cette étiquette ».3

Pour rappel, les groupes sociaux définissent des normes qu’ils tentent de faire appliquer. Les
normes sont des modèles qui guident l’action. Elles peuvent être :
— Formelles : issues des institutions, régies par la loi
(comme le code de la route)

1
[Link]
2
Becker, Howard S. Outsiders. Etudes de sociologie de la déviance. Editions Métailié, 1985 (édition originale :
1963), p. 203.
3
Becker, Howard S. Outsiders. Etudes de sociologie de la déviance. pp.32-33.
— Informelles : ce qui est légitimement accepté et encouragé par un groupe (comme dire bonjour)

Les normes définissent des situations et des modes de comportements appropriés. Quand un
individu transgresse les normes, il peut être vu ou étiqueté comme « étranger » au groupe
(outsider) par ceux qui les suivent. Le transgresseur peut estimer que ceux qui le jugent sont,
en réalité, les étrangers. Les normes ont un caractère arbitraire (ne sont pas absolues) et
dépendent de ceux qui « jugent ». Pour définir la déviance, il faut prendre en compte les
conditions et les processus du jugement. La déviance n’est pas une donnée : il s’agit de la
conséquence de l’interprétation de normes et non de la qualité d’un acte commis.

Dans ce contexte, est « outsider » toute personne étrangère au groupe :


- soit parce qu’elle a transgressé des normes et a été reconnue comme « déviante » par un
groupe ;
- soit parce qu’elle est considérée comme appartenant à un autre groupe dont les normes
n’apparaissent pas légitimes aux yeux du premier groupe.

En conséquence, il n’y a pas un groupe uniforme de « déviants » : la déviance naît dans les
interactions entre un individu et un groupe social. Un trait de personnalité ou des conditions de
vie ne peuvent pas expliquer tous les cas de déviance ; il n’y a pas nécessairement de trait
commun, si ce n’est qu’au cours d’un même processus, un ou plusieurs individus sont étiquetés
comme tels.

Becker utilise également le concept de « carrière ». Il n’est pas tellement intéressé par un
déviant exceptionnel mais par celui qui, sur une longue période, maintient une forme de
déviance et qui organise son identité sur cette base. Il analyse les différentes étapes par
lesquelles une personne passe pour devenir déviante : 1) commettre une transgression
(intentionnelle ou non), 2) avoir des contacts avec des déviants, 3) être pris et désigné comme
déviant et 4) intégrer un groupe déviant organisé. De manière générale, les interactions avec
des déviants plus expérimentés sont souvent déterminantes pour faire de la déviance un mode
de vie.

Becker donne l’exemple des fumeurs de marijuana (et le processus d’apprentissage pour passer
de fumeur débutant à occasionnel et régulier) mais, aussi, des musiciens de jazz. Pour ces
derniers, le statut de déviants est moins évident à cerner, mais on peut les considérer comme
tels, selon Becker, vu leur volonté d’isolement et d’auto-ségrégation des autres qui peuvent
créer des difficultés dans leurs rapports avec les autres. Les musiciens ne sont pas illégaux
mais marginaux. Leurs caractéristiques (entre soi, fermeture, dénigrement des autres, les
« caves ») se retrouvent aussi dans d’autres sphères professionnelles. Cela rappelle qu’il est
possible d'être considéré comme déviant sans avoir enfreint une norme. Par ailleurs, il est
possible d’enfreindre une norme sans être identifié comme un déviant.

Dans cette perspective, une conduite déviante est donc une conduite qui transgresse une norme
et/ ou qui est étiquetée comme déviante par d’autres. Becker attire l’attention sur le fait que la
définition des normes ou des seuils à partir desquels une conduite apparaît comme déviante
évoluent, notamment sous l’effet de l’action des « entrepreneurs de morale » (de l'anglais
moral entrepreneur), qui sont des personnes ou des groupes qui cherchent à promouvoir,
maintenir, redéfinir ou renforcer une norme sociale et, parfois, les sanctions qui sont associées
à sa transgression. Ils entreprennent des « croisades morales »4. Ils sont convaincus de pouvoir
mettre la société sur le bon chemin, de pouvoir définir ce qui est bien et ce qui est mal. Leur
objectif est de transformer le point de vue moral et social en un ensemble législatif et
règlementaire. A côté d’eux pour réguler la déviance, il y a ceux qui contrôlent (e.g. la police).

4
Idem, p. 176

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