Éléments de Géométrie Différentielle À L'usage Des Mécaniciens
Éléments de Géométrie Différentielle À L'usage Des Mécaniciens
mécaniciens
Boris Kolev
E-mail : [Link]@[Link]
○
c Ce travail est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons
Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 3.0 France.
Table des matières
Introduction 1
2 Groupes de Lie 21
2.0.1 Les groupes classiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
2.0.2 Action d’un groupe de Lie sur une variété . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
2.1 Algèbre de Lie d’un groupe de Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
2.1.1 Algèbres de Lie des groupes classiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
2.1.2 Algèbre de Lie d’un groupe de Lie abstrait . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
2.1.3 Morphismes de groupes et d’algèbres de Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
2.2 Application exponentielle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
2.2.1 L’application exponentielle du groupe linéaire . . . . . . . . . . . . . . . . 27
2.2.2 L’application exponentielle d’un groupe de Lie abstrait . . . . . . . . . . . 29
2.3 Les groupes de la mécanique classique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
2.3.1 Le groupe de Galilée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
2.3.2 Le groupe de Poincaré . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
2.4 Le groupe des difféomorphismes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
2.5 L’algèbre de Lie du groupe des difféomorphismes . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
2.6 Action infinitésimale associée à un groupe de Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
2.7 La dérivée de Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
2.8 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
i
TABLE DES MATIÈRES ii
3 Formes différentielles 40
3.1 Formes différentielles extérieures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
3.1.1 Produit extérieur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
3.1.2 Produit intérieur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
3.1.3 La différentielle extérieure . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
3.2 Intégration et formule de Stokes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
3.2.1 Formes volumes et orientation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
3.2.2 Intégrale d’une forme différentielle à support compact . . . . . . . . . . . 44
3.2.3 La formule de Stokes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
3.3 Complexes différentiels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
3.3.1 Le lemme de Poincaré . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
3.3.2 Opérateur de Hodge et co-différentielle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
3.3.3 Les équations de Maxwell . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
3.3.4 Équations de compatibilité en élasticité et complexes généralisés . . . . . 56
3.4 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
5 Géométrie Riemannienne 80
5.1 Métriques riemanniennes et pseudo-riemanniennes . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
5.2 La connexion Riemannienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 82
5.3 Le tenseur de Riemann . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84
5.4 Le flot géodésique d’une variété riemannienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
5.5 Isométries et champs de Killing . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89
5.5.1 Isométries . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89
5.5.2 Champs de vecteurs de Killing . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 90
5.6 La variété des métriques riemanniennes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
5.7 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94
TABLE DES MATIÈRES iii
Bibliographie 131
Introduction
𝑀 = 𝐸3 ⊕ 𝐸1.
L’univers newtonien, c’est donc un espace euclidien tridimensionnel et un temps absolu (nos
horloges sont théoriquement synchrones et nous nous attendons à ce que quelque soit le destin
de chacun d’entre nous, elles indiquent la même heure à chacune de nos rencontres et par
extension que le temps soit le même partout). Le choix d’un repère de temps et d’un repère
orthonormé de l’espace permet ainsi de localiser tout évenement de l’univers par un quadruplet
de nombre réels qui sont les coordonnées de cet évenement dans ce référentiel.
La mécanique classique, comme les autres théories physiques, repose sur des principes,
c’est à dire des équations ou postulats concernant des grandeurs physiques issues d’un modèle
mathématique et devant être vérifiées expérimentalement avec la plus grande précision par
l’expérience. Tout écart expérimental significatif et suffisamment confirmé par rapport à ce
principe donnant lieu tôt ou tard à une correction du modèle initial qui n’apparaı̂t plus alors
que comme une approximation d’un nouveau modèle plus précis de la ≪ réalité physique ≫ qu’il
est censé décrire. Par exemple, la mécanique classique est une très bonne approximation de la
mécanique relativiste quand les vitesses des phénomènes étudiés sont faibles devant la vitesse de
la lumière.
En mécanique newtonienne, le concept de base est celui de point matériel. Son mouvement
est représenté, après le choix d’un référentiel fixe de l’espace-temps, par un arc 𝑡 ↦→ 𝑟(𝑡) de 𝐼 dans
R3 où 𝐼 est un intervalle de temps. Cette mécanique repose sur deux principes fondamentaux 2 .
D’une part le principe de déterminisme qui assure que :
la position et la vitesse à un instant donné d’un point matériel détermine de façon
univoque son mouvement passé et futur,
ce qui se traduit mathématiquement par
𝑟¨ = 𝑓 (𝑡, 𝑟, 𝑟).
˙ (0.1)
1. le terme ≪ espace-temps ≫ suggère fortement l’existence de deux choses séparées qui seraient l’≪ espace ≫ et
le ≪temps ≫ et l’idée trompeuse d’un ≪ espace ≫ intemporel.
2. Les équations des modèles plus compliqués comme les systèmes de plusieurs points matériels s’en déduisent
et ne nécessitent pas l’introduction de nouveaux principes fondamentaux à part celui de l’égalité entre l’action et
la réaction.
1
TABLE DES MATIÈRES 2
où a appartient au groupe orthogonal SO(3), b et c sont des vecteurs de R3 et 𝑒 est un réel. Il
est caractérisé par les deux propriétés suivantes :
1. 𝑡2 − 𝑡1 = 𝑡′2 − 𝑡′1 ,
2. si 𝑡1 = 𝑡2 alors ‖𝑟2 − 𝑟1 ‖ = ‖𝑟2′ − 𝑟1′ ‖.
Autrement dit, c’est le groupe des transformations de 𝐸 3 ⊕ 𝐸 1 qui préservent les intervalles
de temps et qui, lorsqu’elles fixent 𝑡, sont des isométries de 𝐸 3 . Attention, il ne faudrait pas
croire pour autant que le groupe de Galilée est le groupe laissant invariant une certaine forme
bilinéaire de 𝐸 3 ⊕ 𝐸 1 . L’univers newtonien a seulement une structure d’espace affine sur lequel
agit ce groupe.
La notion de système isolé est plus vague. On dit habituellement qu’un système est isolé s’il
n’est soumis à aucune action extérieure, autrement dit si le système que l’on considère est ≪ un
tout ≫ et non une partie d’un système plus vaste. Un corollaire des deux principes fondamentaux
est le principe d’inertie :
Un point matériel, soustrait à l’action de tous les autres corps, a un mouvement de
translation rectiligne et uniforme.
L’apparente simplicité d’un tel principe est trompeuse. En effet, la validité de cet énoncé suppose
l’existence de référentiels privilégiés qui n’existent que dans la tête du mathématicien. Pour le
physicien, la justification de l’existence d’un tel référentiel est un véritable casse-tête. Cette
question est souvent soigneusement évitée dans les cours de physique et de mécanique, où l’on
considère que les indications d’une horloge et le choix d’un référentiel, dont par exemple, l’origine
spatiale est le centre de gravité du système solaire et dont les trois axes orthonormés sont dirigés
vers des étoiles ≪ fixes ≫, correspond à peu près avec l’artifice mathématique mentionné.
En revanche, si l’on admet l’existence d’un référentiel ou le principe d’inertie est valide, il
est facile de voir que tout autre référentiel déduit du premier par une transformation de Galilée
est encore un référentiel dans lequel le principe d’inertie se vérifie. On arrive ainsi à la notion de
référentiel d’inertie ou référentiel galiléen, qui est donc une propriété partagée par une classe
de référentiels, sous l’action du groupe de Galilée 3 . On ne peut distinguer l’≪ immobilité ≫ du
≪ mouvement de translation rectiligne uniforme ≫.
un groupe et celui-ci est à la racine du principe de relativité. Dans le cas présent, il s’agit du
groupe de Galilée et de la relativité galiléenne. Deux observateurs différents sont censés subir la
même physique, ce qui confère à cette physique sa nature objective, reproductible et universelle.
Attention cependant, l’universalité d’une loi physique est limité par le groupe même qui définit
sa relativité.
Prenons un exemple. L’équation de Newton (0.1) n’est valable que dans certains systèmes
de coordonnées bien particuliers dont nous avons évoqué la difficulté à justifier l’existence.
Cette équation est invariante par le groupe de Galilée, qui définit en quelque sorte la classe
des observateurs ≪ habilités à l’utiliser ≫.
On serait donc tenté de dire qu’il n’y a pas de modèle physique rigoureux tant qu’il n’y a pas
de groupe derrière. C’est du moins ce que suggère Souriau (≪ Les groupes comme Universaux ≫),
et ce point de vue sera largement adopté dans ce cours. Toujours est-il, et quelque soit le point de
vue qu’on adopte à ce sujet, nul ne peut ignorer aujourd’hui le rôle crucial joué par les groupes
dans les diverses théories physiques.
Il existe une démarche similaire en mathématiques. Le programme d’Erlangen de Felix Klein
(1872) [28] a stigmatisé le lien étroit qui existait entre la géométrie et les groupes : une géométrie,
c’est un groupe qui agit sur un ensemble. La géométrie euclidienne est basée sur le groupe
euclidien, la géométrie affine sur le groupe affine, la géométrie projective sur le groupe projectif
et la géométrie différentielle sur le groupe des difféomorphismes.
On peut donc dire que la géométrie associée à la mécanique newtonienne est celle du
groupe de Galilée, celle de la mécanique relativiste (relativité restreinte) est celle du groupe
de Poincaré et que la géométrie de la relativité générale (einsteinienne ou non) est celle du
groupe des difféomorphismes. Ce groupe, Souriau l’appelle le groupe souple, en référence aux
célèbres ≪ montres molles ≫ du peintre Dali, lui-même faisant allusion aux ≪ mollusques de
référence ≫ qu’avait introduit Einstein, non sans humour, pour décrire les systèmes de coor-
données quelconques de la relativité générale où l’espace et le temps s’entremêlent et semblent
échapper à notre sens commun.
Un modèle mathématique est au physicien ce qu’est une carte marine au navigateur. Il y’a
des ≪ routières ≫ pour les grandes traversées et des cartes de détails pour les ≪ atterrissages ≫ à
l’approche des côtes. Le navigateur ne confond pas sa carte avec le paysage réel qui l’entoure
mais il est capable de faire le lien entre la carte et le paysage. Sa carte l’aide à se situer, à se
faire une image mentale de la géographie des océans qu’il traverse et des terres qu’il rencontre.
Il n’est pas utile d’utiliser une carte de détail au milieu de l’océan Atlantique, loin de toute
côte. Inversement il serait dangereux d’utiliser une ≪ routière ≫ au voisinage d’une côte. Un
modèle mathématique, aussi puissant soit-il, n’est qu’une description extrêmement simplifiée du
≪ réel ≫ et possède ses limites. Suivant ce que l’on veut étudier, on n’utilisera pas forcément la
4
CHAPITRE 1. VARIÉTÉS, FIBRÉS VECTORIELS ET SECTIONS 5
Définition 1.4 (distance). Une distance sur un ensemble 𝑋 est une fonction
𝑑 : 𝑋 × 𝑋 → [0, +∞[
Un espace métrique (𝑋, 𝑑) est un ensemble 𝑋 muni d’une distance 𝑑. Dans un espace
métrique, on définit une boule ouverte de centre 𝑥 et de rayon 𝑟 > 0 comme le sous-ensemble
Une partie 𝑈 d’un espace métrique (𝑋, 𝑑) est ouverte ssi chaque fois que 𝑥 ∈ 𝑈 , il existe 𝑟 > 0
tel que 𝐵(𝑥, 𝑟) ⊂ 𝑈 . C’est la définition de la topologie sur l’espace métrique (𝑋, 𝑑).
Définition 1.5 (Parties fermées). Une partie 𝐹 d’un espace topologique 𝑋 est fermée ssi son
complémentaire 𝑋 ∖𝐹 est ouverte. Dans un espace métrique, une partie 𝐹 est fermée ssi la limite
de toute suite convergente (𝑥𝑛 )𝑛∈N de points de 𝐹 appartient à 𝐹 .
Définition 1.6 (Adhérence). Étant donnée une partie 𝐴 d’un espace topologique 𝑋, son
adhérence 𝐴¯ est le plus petit ensemble fermé qui contient 𝐴.
Définition 1.7 (Voisinage d’un point). Dans un espace topologique 𝑋, on appelle voisinage
d’un point 𝑥 ∈ 𝑋 une partie 𝑉 de 𝑋 qui contient 𝑥 et qui contient un ouvert qui contient 𝑥. Un
ouvert 𝑈 de 𝑋 est voisinage de chacun de ses points.
Remarque 1.8 (Espaces de Hausdorff). Étant donné deux points distincts 𝑥, 𝑦 d’un espace
métrique (𝑋, 𝑑), il est possible de trouver des voisinages respectifs 𝑉𝑥 et 𝑉𝑦 de ces points tels
que 𝑉𝑥 ∩ 𝑉𝑦 = ∅. Ceci n’est pas nécessairement vrai pour un espace topologique général. Si c’est
le cas, on dit que l’espace est séparé ou de Hausdorff. Dans un espace de Hausdorff, les parties
réduites à un point sont fermées.
Définition 1.10 (Continuité). Une application 𝑓 : 𝑋 → 𝑌 entre deux espaces topologiques est
continue (en tout point) ssi l’image réciproque 𝑓 −1 (𝑈 ) de tout ouvert 𝑈 de 𝑌 est un ouvert
de 𝑋. Si de plus 𝑓 est bijective et son inverse 𝑓 −1 est également continue, on dit que 𝑓 est un
homéomorphisme.
Remarque 1.11 (Critères d’ouverture et de fermeture). En pratique, pour établir qu’un sous-
ensemble 𝐹 d’un espace topologique 𝑋 est fermé, il suffit de monter qu’il s’écrit comme la
pré-image d’un fermé par une application continue. De même, un sous-ensemble 𝑈 est ouvert si
il est la pré-image d’un ouvert par une application continue.
Définition 1.12 (Connexité). Intuitivement, un espace est connexe s’il est d’un seul tenant.
Plus formellement, un espace topologique 𝑋 est connexe si il ne peut s’écrire comme l’union de
deux ouverts disjoints non vides. L’espace 𝑋 est connexe ssi les seules parties de 𝑋 à la fois
ouvertes et fermées sont ∅ et 𝑋. L’image d’un espace connexe par une application continue est
connexe.
CHAPITRE 1. VARIÉTÉS, FIBRÉS VECTORIELS ET SECTIONS 6
Une famille d’ouverts 𝒰 := (𝑈𝑖 )𝑖∈𝐼 d’un espace topologique 𝑋 est un recouvrement de 𝑋 si
⋃︁
𝑋= 𝑈𝑖 .
𝑖∈𝐼
Un sous-recouvrement de 𝒰 est une sous-famille (𝑈𝑗 )𝑗∈𝐽 (𝐽 ⊂ 𝐼) qui est encore un recouvrement
de 𝑋.
Définition 1.13 (Compacité). Un espace topologique séparé 𝑋 est compact si de tout recou-
vrement ouvert 𝒰 , on peut extraire un sous-recouvrement fini. Un espace métrique (𝑋, 𝑑) est
compact ssi de toute suite de points (𝑥𝑛 )𝑛∈N de 𝑋, on peut extraire une sous-suite convergente.
Théorème 1.14 (Parties compacts de R𝑛 ). Les parties compacts de R𝑛 sont les sous-ensembles
fermés et bornés.
𝜑𝛼𝛽 := 𝜑𝛽 ∘ 𝜑−1
𝛼 : 𝜑𝛼 (𝑈𝛼 ∩ 𝑈𝛽 ) → 𝜑𝛽 (𝑈𝛼 ∩ 𝑈𝛽 ).
Chaque changement de carte est un homéomorphisme entre ouverts de R𝑛 , dont l’inverse est :
𝜑𝛽𝛼 = 𝜑−1 −1
𝛼𝛽 = 𝜑𝛼 ∘ 𝜑𝛽 .
CHAPITRE 1. VARIÉTÉS, FIBRÉS VECTORIELS ET SECTIONS 7
C’est en considérant ces changements de carte qu’on peut enrichir la structure de variété to-
pologique et introduire une structure différentielle sur 𝑀 , qui permet d’étendre dans ce cas le
calcul différentiel connu sur R𝑛 .
Définition 1.20 (Variété différentielle). Un atlas 𝒜 est de classe 𝐶 ∞ si tous les changements
de carte sont des difféomorphismes locaux de classe 𝐶 ∞ (entre ouverts de R𝑛 ). Deux atlas 𝒜 et
ℬ de classe 𝐶 ∞ sur 𝑀 sont dits compatibles si 𝒜 ∪ ℬ est encore un atlas de classe 𝐶 ∞ sur 𝑀 .
Une structure de variété différentielle de classe 𝐶 ∞ sur 𝑀 (on dit aussi variété lisse ou smooth
manifold en anglais) est une classe d’équivalence d’atlas compatibles.
Remarque 1.21. On peut refaire la théorie en demandant que les changements de cartes soient
seulement de classe 𝐶 𝑘 ou bien analytique, on obtient alors une variété différentielle de classe
𝐶 𝑘 ou une variété analytique. On peut également considérer des cartes à valeur dans C𝑛 et des
changements de cartes holomorphes, on obtient alors une variété complexe. Dans ce cours, les
variétés seront toujours réelles et lisses, sauf mention explicite du contraire.
Étant donné un atlas 𝒜 de classe 𝐶 ∞ sur 𝑀 , on peut être amené à ajouter une nouvelle
carte (topologique) (𝑉, 𝜑). On dit que la carte (𝑉, 𝜑) est compatible avec 𝒜 si le nouvel atlas
𝒜 ∪ {(𝑉, 𝜑)} est encore un atlas de classe 𝐶 ∞ .
Remarque 1.22. Si (𝑈𝛼 , 𝜑𝛼 ) est une carte, 𝑉𝛼 , un ouvert inclus dans 𝑈𝛼 et 𝜑˜𝛼 , la restriction de
𝜑𝛼 à 𝑉𝛼 , alors (𝑉𝛼 , 𝜑˜𝛼 ) est encore une carte compatible. De même si ℎ est un difféomorphisme
local de R𝑛 définit sur 𝜑𝛼 (𝑈𝛼 ), alors (𝑈𝛼 , ℎ ∘ 𝜑𝛼 ) est encore une carte compatible.
Définition 1.23 (Variétés orientables). Une variété lisse 𝑀 est orientable si il existe un atlas
𝒜 de 𝑀 dont tous les changements de cartes ont un jacobien positif.
Exemple 1.24. Le tore et la sphère sont des variétés orientables mais pas la bouteille de Klein,
ni le plan projectif.
Soient 𝑀 et 𝑁 deux variétés lisses et 𝑓 : 𝑀 → 𝑁 une application continue. Étant données
une carte (𝑈𝛼 , 𝜑𝛼 ) de 𝑀 et une carte (𝑉𝛽 , 𝜓𝛽 ) de 𝑁 , on définit formellement une application
𝑓𝛽𝛼 = 𝜓𝛽 ∘ 𝑓 ∘ 𝜑−1
𝛼 ,
qui est définie sur l’ouvert 𝑊𝛼𝛽 := 𝜑𝛼 (𝑈𝛼 ∩ 𝑓 −1 (𝑉𝛽 )), qui peut d’ailleurs être vide. Elle prend ses
valeurs dans 𝜓𝛽 (𝑉𝛽 ). L’application 𝑓𝛽𝛼 est l’expression locale de 𝑓 . C’est une application définie
sur un ouvert de R𝑛 à valeur dans un ouvert de R𝑝 (où 𝑛 = dim 𝑀 et 𝑝 = dim 𝑁 ).
Définition 1.25 (Applications différentiables entre variétés). On dit que l’application 𝑓 : 𝑀 →
𝑁 est de classe 𝐶 ∞ si pour toute carte (𝑈𝛼 , 𝜑𝛼 ) de 𝑀 et toute carte (𝑉𝛽 , 𝜓𝛽 ) de 𝑁 , l’application
𝑓𝛽𝛼 définie sur l’ouvert 𝑊𝛼𝛽 de R𝑛 à valeur dans R𝑝 est de classe 𝐶 ∞ .
En d’autres mots, une application différentiable entre variétés est une application dont l’ex-
pression locale
𝑗
𝑦 𝑗 = 𝑓𝛽𝛼 (𝑥1 , . . . , 𝑥𝑛 ), 𝑗 = 1, . . . , 𝑝
est différentiable. Cette notion est stable par composition.
Pour finir cette section, précisons que le concept de variété admet plusieurs extensions pos-
sibles. Par exemple, celle de variété à bord, modelée non pas sur R𝑛 mais sur le demi-espace
R𝑛− := (𝑥1 , . . . , 𝑥𝑛 ) ∈ R𝑛 ; 𝑥1 ≤ 0 .
{︀ }︀
Définition 1.26 (Variétés à bord). Une variété à bord de dimension 𝑛 et de class 𝐶 ∞ est un
espace topologique séparé, muni d’un atlas 𝒜 constitué par des cartes (𝑈𝛼 , 𝜑𝛼 ), qui sont des
homéomorphismes sur des ouverts du demi-espace R𝑛− et telles que les changements de cartes
𝜑𝛼𝛽 soient des difféomorphismes 𝐶 ∞ .
CHAPITRE 1. VARIÉTÉS, FIBRÉS VECTORIELS ET SECTIONS 8
Remarque 1.27. Il est peut-être nécessaire de préciser ici ce qu’on entend par une application
𝐶 ∞ entre des ouverts 𝑈, 𝑉 de R𝑛− . Seuls les points du bord de R𝑛− (i.e pour lesquels 𝑥1 = 0)
posent un problème. Par souci de simplicité (il existe d’autres définitions, voir par exemple [21,
ch. 4]), on admettra qu’une application 𝑓 : 𝑈 → 𝑉 est 𝐶 ∞ en un point 𝑥 du bord de R𝑛− ssi elle
est la restriction d’une application 𝐶 ∞ définie sur un voisinage de 𝑥 dans R𝑛 .
Un point de 𝑀 qui est envoyé sur un point du bord de R𝑛− (i.e un point pour lequel 𝑥1 = 0)
dans une carte est également envoyé sur un tel point dans toute autre carte (c’est un résultat
de topologie, voir par exemple [25]). L’ensemble de ces points forme le bord de 𝑀 , noté 𝜕𝑀 , qui
est une variété (sans bord) de dimension 𝑛 − 1. L’ensemble 𝑀 ∖ 𝜕𝑀 est un ouvert de 𝑀 qui est
appelé l’intérieur de 𝑀 .
Remarque 1.28. On peut considérer une variété (sans bord) comme une variété à bord avec un
bord vide.
1.2.2 Sous-variétés
Une sous-variété est à une variété, ce qu’un sous-espace vectoriel est à un espace vectoriel.
Plus précisément, on formulera la définition suivante.
Définition 1.29 (Sous-variété). Étant donné une variété lisse 𝑀 de dimension 𝑛, une partie 𝑆
de 𝑀 est une sous-variété de 𝑀 de dimension 𝑘 ≤ 𝑛 si pour tout point 𝑚 ∈ 𝑆, il existe une carte
(𝑈, 𝜑) de 𝑀 contenant 𝑚 et tel que 𝜑(𝑈 ∩ 𝑆) soit l’intersection de 𝜑(𝑈 ) avec un sous-espace
vectoriel de dimension 𝑘 de R𝑛 .
Remarque 1.30. On pourra noter que tout ouvert d’une variété 𝑀 de dimension 𝑛 est une
sous-variété de dimension 𝑛 (le vérifier !).
Remarque 1.31. Une sous-variété 𝑆 de dimension 𝑘 d’une variété 𝑀 est également une variété
de dimension 𝑘 (les cartes sont obtenues par restriction des cartes de 𝑀 à 𝑆).
Par exemple le graphe 𝑆 d’une application 𝜑 : R𝑛 → R𝑝 de classe 𝐶 ∞ est une sous-variété
lisse de dimension 𝑛 de R𝑛+𝑝 . En effet, localement, le changement de variables (dans R𝑛+𝑝 ) :
ß 𝑗
˜ = 𝑥𝑗 ,
𝑥 pour 𝑗 = 1, . . . , 𝑛 ;
˜𝑛+𝑗 = 𝑥𝑛+𝑗 − 𝜑𝑗 (𝑥1 , . . . , 𝑥𝑛 ), pour 𝑗 = 1, . . . , 𝑝.
𝑥
permet de ≪ redresser le graphe ≫ et de réaliser 𝑆 comme le sous-espace vectoriel de R𝑛+𝑝 défini
par les équations 𝑥˜𝑛+𝑗 = 0 pour 𝑗 = 1, . . . , 𝑝.
Un exemple plus intéressant est donné par les sous-variétés de R𝑛 , définies par un ensemble
fini d’équations (faire l’analogie avec un sous-espace vectoriel défini par une famille d’équations
linéaires indépendantes). Considérons par exemple une fonction 𝑓 : R3 → R de classe 𝐶 ∞ et soit
𝑆 := (𝑥, 𝑦, 𝑧) ∈ R3 ; 𝑓 (𝑥, 𝑦, 𝑧) = 0 .
{︀ }︀
Supposons de plus que 𝑑𝑚 𝑓 , la différentielle de 𝑓 au point 𝑚 = (𝑥0 , 𝑦0 , 𝑧0 ) soit non nulle. Alors le
théorème des fonctions implicites (voir par exemple [46]) nous assure qu’il est possible de trouver
un voisinage 𝑈 du point 𝑚 dans R3 tel que 𝑆 ∩ 𝑈 soit défini par le graphe d’une fonction. Par
exemple, si 𝜕𝑓 𝜕𝑧 (𝑚) ̸= 0, il existe une fonction 𝜑 de classe 𝐶
∞ définie sur un voisinage 𝑉 de
2
(𝑥0 , 𝑦0 ) dans R tel que :
𝑆 ∩ 𝑈 = {(𝑥, 𝑦, 𝑧) ∈ 𝑈 ; 𝑧 = 𝜑(𝑥, 𝑦); (𝑥, 𝑦) ∈ 𝑉 } .
Si 𝑑𝑚 𝑓 ̸= 0 en tout point 𝑚 de 𝑆, on peut donc en conclure que 𝑆 est une sous-variété de
dimension 2 de R3 . On notera toutefois que sans l’hypothèse 𝑑𝑚 𝑓 ̸= 0 en tout point de 𝑆, on ne
peut pas conclure.
Le résultat précédent se généralise au cas d’une application 𝑓 : R𝑛 → R𝑝 , à condition que la
différentielle 𝑑𝑚 𝑓 soit surjective en tout point 𝑚 de la fibre 𝑆 := 𝑓 −1 (0). On dit alors que 𝑓 est
une submersion. On formulera ce résultat sous la forme d’un théorème.
CHAPITRE 1. VARIÉTÉS, FIBRÉS VECTORIELS ET SECTIONS 9
ensemble est appelé une variété algébrique affine. En général, une variété algébrique affine n’est
pas une sous-variété différentielle de R𝑛 . Quand c’est le cas, on parle de variété algébrique lisse
(ou non-singulière). C’est le cas du cercle ou de la sphère par exemple.
Exemple 1.35. Considérons une sous variété 𝑆 = 𝑓 −1 (0) de R𝑛 définie comme la fibre d’une
submersion 𝑓 : R𝑛 → R𝑝 . On vérifie alors facilement que 𝑇𝑚 𝑆 = ker 𝑑𝑚 𝑓 .
Le problème qu’on rencontre pour définir l’espace tangent en un point 𝑚 d’une variété lisse
abstraite est que si 𝑐 est une courbe lisse sur 𝑀 , on ne sait pas ≪ dériver ≫ 𝑐 et on ne peut donc
pas définir directement le vecteur tangent au point 𝑐(0) par 𝑐′ (0). On est donc amené à définir
un vecteur tangent au point 𝑚 de manière abstraite. La définition que nous proposons ici (il
y en a d’autres, voir par exemple [44]) est parfois appelé la définition cinématique de l’espace
tangent. Elle a l’avantage de se généraliser facilement en dimension infinie.
Cette définition est motivée par l’observation suivante dans le cas d’une sous-variété 𝑆 de R𝑛 .
Considérons deux courbes lisses 𝑐1 et 𝑐2 sur 𝑆. Si 𝑐1 (0) = 𝑐2 (0) = 𝑚 et 𝑐′1 (0) = 𝑐′2 (0), on dit que
les courbes 𝑐1 et 𝑐2 sont tangentes au point 𝑚. Elles définissent alors le même vecteur tangent
à 𝑆 au point 𝑚. Inversement, toutes les courbes 𝑐 qui définissent un même vecteur tangent 𝑣
à 𝑆 au point 𝑚 sont tangentes au point 𝑚 entre elles. On vérifie de plus que la relation sur
les courbes ≪ être tangentes au point 𝑚 ≫ est une relation d’équivalence et donc que l’espace
tangent 𝑇𝑚 𝑆 est en bijection avec les classes d’équivalence de courbes pour cette relation.
Dans le cas d’une variété lisse abstraite 𝑀 de dimension 𝑛, on peut étendre cette relation
d’équivalence de tangence entre courbes au point 𝑚 à l’aide d’une carte. Plus précisément, étant
donnée une carte (𝑈, 𝜑) contenant 𝑚, on introduit la relation d’équivalence suivante sur les
courbes lisses 𝑐 : 𝐼 → 𝑀 , où 𝐼 est un interval ouvert contenant 0 et telle que 𝑐(0) = 𝑚 :
On peut vérifier que cette définition est indépendante de la carte choisie et on formule alors la
définition suivante.
Définition 1.36 (Vecteurs tangents). Soit 𝑀 une variété lisse et 𝑚 ∈ 𝑀 . Un vecteur tangent
à 𝑀 au point 𝑚 est une classe d’équivalence de courbes lisses 𝑐 : 𝐼 → 𝑀 pour la relation
d’équivalence de tangence au point 𝑚.
Une carte (𝑈, 𝜑) étant fixée, il est facile de voir que l’application 𝑐 ↦→ (𝜑 ∘ 𝑐)′ (0) induit une
bijection entre les classes d’équivalence de courbes tangentes au point 𝑚 et R𝑛 . A l’aide de cette
bijection, on muni l’ensemble des vecteurs tangents à 𝑀 au point 𝑚, noté 𝑇𝑚 𝑀 , d’une structure
d’espace vectoriel de dimension 𝑛.
CHAPITRE 1. VARIÉTÉS, FIBRÉS VECTORIELS ET SECTIONS 10
Remarque 1.37. Dans le cas d’une variété à bord 𝑀 , il est nécessaire d’étendre la définition des
courbes 𝑐 pour définir l’espace tangent en un point 𝑚 du bord. Dans ce cas, on s’autorise les
courbes 𝑐 définies sur un intervalle semi-ouvert ] − 𝜀, 0] ou [0, 𝜀[, avec 𝑐(0) = 𝑚 et où 𝑐′ (0) est la
dérivée à gauche ou à droite. L’espace tangent en un point 𝑚 du bord est donc bien aussi, dans
ce cas, un espace vectoriel de dimension 𝑛, comme pour les points intérieurs.
Soit 𝑓 une fonction numérique de classe 𝐶 ∞ définie au voisinage du point 𝑚 ∈ 𝑀 et 𝑐 une
courbe passant par 𝑚 et représentant la classe d’un vecteur tangent 𝑣 = [𝑐] ∈ 𝑇𝑚 𝑀 . Alors, la
fonction 𝑓 ∘ 𝑐 : 𝐼 → R est une fonction 𝐶 ∞ . Posons
⃒
𝑑(𝑓 ∘ 𝑐) ⃒⃒
𝐷𝑣 (𝑓 ) := .
𝑑𝑡 ⃒𝑡=0
On pourra vérifier que cette définition est indépendante du choix du représentant 𝑐 dans la class
d’équivalence [𝑐] et définit un opérateur linéaire sur les fonctions 𝐶 ∞ définies au voisinages de
𝑚, autrement dit :
𝐷𝑣 (𝑓 + 𝑔) = 𝐷𝑣 (𝑓 ) + 𝐷𝑣 (𝑔).
Il vérifie de plus la règle de Leibniz
𝐷𝑣 (𝑓 𝑔) = 𝑓 𝐷𝑣 (𝑔) + 𝐷𝑣 (𝑓 )𝑔.
On peut montrer (au moins dans le cadre d’une variété lisse de dimension 𝑛) que la corres-
pondance 𝑣 → 𝐷𝑣 est un isomorphisme linéaire, ce qui nous donne, dans ce cas, une autre
interprétation de l’espace tangent.
Si maintenant on fixe une carte (𝑈, 𝜑) et qu’on choisit une courbe 𝑐𝑖 telle que (𝜑 ∘ 𝑐𝑖 )′ (0) = 𝑒𝑖
(où 𝑒𝑖 correspond au 𝑖-ième vecteur de la base canonique de R𝑛 ) alors, en posant 𝑣𝑖 = [𝑐𝑖 ], on
a:
𝜕(𝑓 ∘ 𝜑−1 ) ⃒⃒
⃒ ⃒
𝑑(𝑓 ∘ 𝑐𝑖 ) ⃒⃒ −1
𝐷𝑣𝑖 (𝑓 ) = = 𝑑𝜑(𝑚) (𝑓 ∘ 𝜑 ).𝑒𝑖 = .
𝑑𝑡 ⃒𝑡=0 𝜕𝑥𝑖 ⃒
𝜑(𝑚)
Autrement dit, 𝐷𝑣𝑖 (𝑓 ) s’interprète comme la dérivée partielle par rapport à 𝑥𝑖 de l’expression
locale de 𝑓 dans les coordonnées locales (𝑥1 , . . . , 𝑥𝑛 ). Pour cette raison, on adopte la notation
𝐷𝑣𝑖 := (𝜕/𝜕𝑥𝑖 )𝑚 .
Dit d’une autre façon, (𝜕/𝜕𝑥𝑖 )𝑚 représente le vecteur tangent défini par une courbe 𝑐 telle que
𝑐(0) = 𝑚 et (𝜑 ∘ 𝑐)′ (0) = 𝑒𝑖 . Les vecteurs tangents (𝜕/𝜕𝑥𝑖 )𝑚 (1 ≤ 𝑖 ≤ 𝑛) forment une base de
𝑇𝑚 𝑀 .
Soit 𝑇 𝑀 l’union disjointe des espaces tangents à 𝑀 :
⋃︁
𝑇 𝑀 := 𝑇𝑚 𝑀.
𝑚∈𝑀
On définit alors une application 𝜋 : 𝑇 𝑀 → 𝑀 , qui associe à tout vecteur tangent 𝑣𝑚 ∈ 𝑇 𝑀 son
point de base 𝑚. On montre que 𝑇 𝑀 est une variété de dimension 2𝑛 (où 𝑛 = dim 𝑀 ) et que
𝜋 : 𝑇 𝑀 → 𝑀 est 𝐶 ∞ . On entrera pas ici dans la démonstration rigoureuse de ce résultat (voir
par exemple [21] ou [32]). Toutefois, on peut décrire facilement un atlas de 𝑇 𝑀 à partir d’un atlas
de 𝑀 . Soit (𝑈, 𝜑) une carte locale de 𝑀 et (𝑥1 , . . . , 𝑥𝑛 ) les coordonnée locales correspondantes.
Pour tout point 𝑚 ∈ 𝑈 on obtient alors la base
(𝜕/𝜕𝑥1 )𝑚 , . . . , (𝜕/𝜕𝑥𝑛 )𝑚
(︀ )︀
𝜋 −1 (𝑈 ) → 𝜑(𝑈 ) × R𝑛 , 𝑣𝑚 ↦→ (𝑥1 , . . . , 𝑥𝑛 , 𝜆1 , . . . , 𝜆𝑛 )
CHAPITRE 1. VARIÉTÉS, FIBRÉS VECTORIELS ET SECTIONS 11
On en déduit que 𝑓 induit une application entre 𝑇𝑚 𝑀 et 𝑇𝑓 (𝑚) 𝑁 . On montre de plus que cette
application est linéaire. On la note 𝑇𝑚 𝑓 et on l’appelle l’application linéaire tangente à 𝑓 au
point 𝑚 (c’est la généralisation de la Jacobienne d’une application de R𝑛 dans R𝑚 ). Comme
dans le cas des Jacobiennes, on a la règle de composition suivante.
𝑇𝑚 (𝑔 ∘ 𝑓 ) = 𝑇𝑓 (𝑚) 𝑔 ∘ 𝑇𝑚 𝑓.
Remarque 1.42. Le théorème n’est plus vrai si on suppose seulement que 𝑓 est une immersion.
On pourra considéré, par exemple, le cercle immergé dans R2 sous la forme du chiffre 8 pour
s’en convaincre.
Toutes les images mentales de variétés que nous avons dans la tête sont en fait des variétés
plongées dans R3 car il nous est difficile d’imaginer (à part l’espace tri-dimensionnel lui-même)
une variété abstraite ≪ située nulle part ≫. Le théorème suivant, du à Whitney [57] montre qu’en
fait, toute variété lisse abstraite peut être plongée dans R𝑛 pour 𝑛 assez grand.
CHAPITRE 1. VARIÉTÉS, FIBRÉS VECTORIELS ET SECTIONS 12
Théorème 1.43 (Théorème de plongement de Whitney). Soit 𝑀 une variété lisse de dimension
𝑛. Alors il existe un plongement de 𝑀 dans R2𝑛 .
Remarque 1.44. Un plongement explicite 𝑓 : 𝑀 → R2𝑛 est représenté par 2𝑛 fonctions numériques
𝑓 1 , . . . , 𝑓 2𝑛 . Ces fonctions peuvent être considérées comme des coordonnées globales. Elles possèdent
la propriété de séparer les points de 𝑀 , ce qui signifie que si 𝑚1 et 𝑚2 sont deux points distincts
de 𝑀 alors il existe au moins, parmi ces 2𝑛 fonctions, un élément 𝑓 𝑖 tel que 𝑓 𝑖 (𝑚1 ) ̸= 𝑓 𝑖 (𝑚2 ).
Attention, il ne faut pas confondre un système local de coordonnées de 𝑀 avec un système global
de fonctions séparantes. Par exemple, le cercle est une variété de dimension 1, dont les carte
locales sont à valeurs dans R mais il n’existe pas de plongement du cercle dans R.
Exemple 1.45. Sur l’espace vectorielle C∞ ([0, 1], R), des fonctions à valeur réelles définies sur
l’intervalle 𝐼 = [0, 1], il existe plusieurs structures topologiques non équivalentes entre elles. Par
exemple :
1. la topologie induite par la norme ‖𝑓 ‖𝐶 0 := sup𝑥∈𝐼 |𝑓 (𝑥)| ;
⃒ ⃒
2. la topologie induite par la norme ‖𝑓 ‖𝐶 𝑘 := max1≤𝑗≤𝑘 sup𝑥∈𝐼 ⃒𝑓 (𝑗) (𝑥)⃒ ;
⃒ ⃒
Ä ä1/2
3. la topologie induite par la norme ‖𝑓 ‖𝐿2 := 𝐼 |𝑓 |2 𝑑𝑥 ;
4. la structure topologique de Fréchet définie par la famille des semi-normes
⃒ ⃒
𝑝𝑘 := sup ⃒𝑓 (𝑘) (𝑥)⃒ , 𝑘 ∈ N.
⃒ ⃒
𝑥∈𝐼
D’autre part, la notion de dérivabilité sur les espaces vectoriels de dimension infinie est
multiple et subtile. On a par exemple la notion de dérivabilité au sens de Fréchet sur les espaces
de Banach et la notion de dérivabilité au sens de G^ ateaux sur les espaces de Fréchet (où seulement
les dérivées directionnelles sont admises).
On pourra noter également que la structure d’espace de Fréchet conduit à des difficultés im-
portantes en géométrie différentielle. D’une part, les principaux théorèmes d’analyse (théorème
des fonctions implicites, théorème d’inversion locale, théorème de Cauchy-Lipschitz) ne sont plus
valables sur ces espaces et d’autre part le dual d’un espace de Fréchet de même que l’espace des
applications linéaires continues ℒ (𝐸, 𝐹 ) entre deux espaces de Fréchet ne sont pas des espaces
de Fréchet en général.
Afin de surmonter ces difficultés, Frölicher, Kriegel et Michor ont développé une théorie plus
générale de structure différentielle, les espaces de Frölicher [19] et qui semble adéquate pour
traiter la plupart des exemples intéressants. En quelques mots, un espace de Frölicher 𝑋 est
défini par une famille 𝒞 de courbes sur 𝑋 et une famille ℱ de fonction à valeurs réelles sur 𝑋,
qui vont jouer respectivement le rôle des courbes et fonctions 𝐶 ∞ et qui vérifient les axiomes
suivants :
CHAPITRE 1. VARIÉTÉS, FIBRÉS VECTORIELS ET SECTIONS 13
𝜙𝑝 : 𝐼 → ℰ3 , 𝑡 ↦→ 𝜙𝑝 (𝑡)
définis sur un même intervalle de temps 𝐼, qu’on supposera de classe 𝐶 ∞ et tels que, pour chaque
𝑡 ∈ 𝐼, l’application Σ → ℰ3 , 𝑝 ↦→ 𝜙𝑝 (𝑡) soit injective (les particules ne peuvent occuper le même
point de l’espace à un instant donné).
Du point de vue mathématique, Σ n’est rien d’autre qu’un ensemble d’indices et n’est défini
qu’à une bijection près : il ne sert qu’à indexer les ≪ particules ≫ du ≪ système matériel ≫. Du
point de vue physique, Σ représente le ≪ modèle ≫ ou la ≪ maquette ≫ du système étudié. A
chaque instant 𝑡 ∈ 𝐼, l’image Σ𝑡 de Σ par 𝑝 ↦→ 𝜙(𝑝, 𝑡) est appelée la position du système matériel
à l’instant 𝑡 ou configuration du système à l’instant 𝑡.
Remarque 1.47 (Changement de modèle). On peut remarquer qu’un changement de modèle,
c’est à dire une bijection
𝜃 : Σ → Σ′
ou ré-indexation de la famille des mouvements ne modifie ni l’ensemble Σ𝑡 , ni le champ des
vitesses, ni le champ des accélérations à l’instant 𝑡. On pourra donc toujours choisir comme
maquette, une configuration particulière Σ𝑡0 et supposer par conséquent que Σ est une partie
de l’espace affine euclidien ℰ3 . Dans ce cas, l’application 𝜙𝑡0 est l’application identique 𝐼𝑑Σ et
l’application 𝜙𝑡 coı̈ncide avec la fonction de transition 𝜙𝑡 ∘ 𝜙−1
𝑡0 : Σ𝑡0 → Σ𝑡 .
Dans le cas d’un système finis de 𝑛 points matériels on prend généralement Σ = {1, . . . , 𝑛}. En
mécanique des milieux continus (MMC), Σ est un ensemble infini, dénommé génériquement par
l’anglicisme body. On fait généralement l’hypothèse supplémentaire que Σ est une sous-variété
compacte à bord et que pour chaque 𝑡 ∈ 𝐼 fixé, l’application
𝜙𝑡 : 𝑝 ↦→ 𝜙(𝑝, 𝑡), Σ → ℰ3
est un plongement C∞ . L’espace des configurations en MMC est donc l’ensemble des plonge-
ments, noté Emb(Σ, ℰ3 ), de Σ dans ℰ3 . On peut montrer que cet ensemble est un ouvert de
CHAPITRE 1. VARIÉTÉS, FIBRÉS VECTORIELS ET SECTIONS 14
l’espace vectoriel C∞ (Σ, ℰ3 ) et donc une variété de Fréchet. C’est la description Lagrangienne
de la MMC. Dans ce modèle, le champ des vitesses instantanées à la date 𝑡 :
𝜕
V(𝑀, 𝑡) = 𝜙(𝑀, 𝑡)
𝜕𝑡
appartient à l’espace tangent 𝑇𝜙 Emb(Σ, ℰ3 ) = C∞ (Σ, ℰ3 ).
formé par l’ensemble des vecteurs tangents à une variété 𝑀 et dénommé le fibré tangent. Atten-
tion, cet ensemble est constitué de vecteur tangents vivants dans des espaces vectoriels différents,
ce sont des ≪ vecteurs pointés ≫, comme on disait autrefois. Comme nous l’avons vu, 𝑇 𝑀 est
une variété différentielle de dimension 2𝑛 mais celle-ci possède une structure supplémentaire,
c’est une union disjointe d’espaces vectoriels. De plus, cette variété 𝑇 𝑀 ressemble localement
au produit cartésien d’un ouvert 𝑈 (une carte de la variété de base 𝑀 ) avec l’espace vectoriel
R𝑛 . Ceci nous amène à la définition générale suivante.
Définition 1.48 (Fibré vectoriel). Un fibré vectoriel est construit à partir des objets mathématiques
suivants :
1. deux variétés différentielles lisses, E (l’espace total ) et 𝑀 (la base du fibré),
2. une application 𝐶 ∞ , surjective 𝜋 : E → 𝑀 (la projection canonique),
3. pour tout 𝑚 ∈ 𝑀 , une structure d’espace vectoriel de dimension finie sur la fibre
𝐸𝑚 = 𝜋 −1 (𝑚),
𝜙 : 𝑈 × 𝐸 → 𝜋 −1 (𝑈 )
tel que :
1. (𝜋 ∘ 𝜙)(𝑚, 𝑣) = 𝑚, pour tout 𝑣 ∈ 𝐸,
2. le point 𝑚 ∈ 𝑀 étant fixé, l’application 𝑣 ↦→ 𝜙(𝑚, 𝑣) est un isomorphisme linéaire entre
l’espace vectoriel type 𝐸 et la fibre 𝐸𝑚 .
Un couple (𝑈, 𝜙), constitué par un ouvert 𝑈 sur la base 𝑀 et un difféomorphisme 𝜙 est dit
localement trivialisant. On a le diagramme commutatif suivant :
𝜙
𝑈 ×𝐸 / 𝜋 −1 (𝑈 )
𝑝1 𝜋
" {
𝑈
CHAPITRE 1. VARIÉTÉS, FIBRÉS VECTORIELS ET SECTIONS 15
Remarque 1.49. Un exemple simple de fibré vectoriel est donné par le produit cartésien 𝑀 × 𝐸
d’une variété 𝑀 par un espace vectoriel 𝐸, on dit alors d’un tel fibré qu’il est trivial. Ceci
est cependant loin d’être le cas de la plupart des fibrés vectoriels qu’on rencontre en pratique.
Nous verrons un peu plus loin, par exemple, que le fibré tangent de la sphère 𝑆 2 n’est pas trivial.
C’est pourquoi la définition d’un fibré vectoriel est compliquée : un fibré vectoriel est, en général,
seulement localement trivial, mais pas trivial (penser au ruban de Möbius).
Remarque 1.50. Comme pour les variétés différentielles, on peu également définir un fibré vec-
toriel de classe 𝐶 𝑘 , voir topologique mais on se concentre essentiellement dans ce cours sur la
catégorie 𝐶 ∞ .
Étant donné un fibré vectoriel (E, 𝜋, 𝑀 ) et deux ouverts trivialisants (𝑈, 𝜙𝑈 ) et (𝑉, 𝜙𝑉 ), le
difféomorphisme composé
𝜙−1
𝑉 ∘ 𝜙𝑈 : (𝑈 ∩ 𝑉 ) × 𝐸 → (𝑈 ∩ 𝑉 ) × 𝐸
s’écrit :
(𝑚, 𝑣) ↦→ (𝑚, 𝑔𝑈 𝑉 (𝑚)𝑣)
où 𝑔𝑈 𝑉 (𝑚) est un isomorphisme linéaire (qui dépend du point 𝑚) de 𝐸 dans lui-même (voir par
exemple le cas du fibré tangent où 𝑔𝑈 𝑉 (𝑚) correspond, dans le cas d’un changement de cartes,
à la jacobienne 𝜕𝑦 𝑗 /𝜕𝑥𝑖 ). Ces applications sont dénommées les fonctions de transition.
Définition 1.51 (Morphisme de fibrés vectoriels). On appelle morphisme, entre deux fibrés
vectoriels (E1 , 𝜋1 , 𝑀1 ) et (E2 , 𝜋2 , 𝑀2 ), la donnée de deux applications 𝐶 ∞ , 𝐹 : E1 → E2 et
𝑓 : 𝑀1 → 𝑀2 telles que le diagramme suivant soit commutatif :
E1
𝐹 / E2
𝜋1 𝜋2
𝑀1 / 𝑀2
𝑓
Remarque 1.53. Un cas particulier est obtenu lorsque E1 et E2 sont des fibrés au dessus de la
même base 𝑀 = 𝑀1 = 𝑀2 et que 𝑓¯ = Id.
Remarque 1.55. On peut étendre la notion de fibré trivial. On dira qu’un fibré vectoriel est
trivialisable s’il est isomorphe (en tant que fibré) au produit 𝑀 × 𝐸 de sa base 𝑀 par sa fibre
type 𝐸.
CHAPITRE 1. VARIÉTÉS, FIBRÉS VECTORIELS ET SECTIONS 16
est encore un fibré vectoriel (localement trivial). On le note E* et on l’appelle le fibré dual. On
définit de cette façon le fibré cotangent 𝑇 * 𝑀 à partir du fibré tangent 𝑇 𝑀 .
De même, si E1 et E2 sont des fibrés vectoriels au dessus d’une m^eme base 𝑀 , on peut
construire un fibré vectoriel, noté E1 ⊕ E2 , qui a pour fibre au dessus de 𝑥 ∈ 𝑀 , l’espace vectoriel
𝐸𝑚1 ⊕ 𝐸 2 . On obtient de façon similaire le fibré tensoriel E ⊗ E et le fibré des homomorphismes
𝑚 1 2
ℒ (E1 , E2 ).
Exemple 1.56 (Fibrés tensoriels). Le fibré des tenseurs 𝑝-fois covariants et 𝑞-fois contravariants,
noté 𝒯𝑝𝑞 (𝑀 ) est obtenu de cette façon. En particulier, on a 𝒯01 (𝑀 ) = 𝑇 𝑀 et 𝒯10 (𝑀 ) = 𝑇 * 𝑀 .
Exemple 1.57 (Fibrés des formes alternées). Si on ⋀︀ se restreint aux tenseurs 𝑝-fois covariants
totalement antisymétriques, on obtient le fibré, noté 𝑝 𝑇 * 𝑀 , dont chaque fibre est constituée
par les formes 𝑝-linéaires totalement antisymétriques (formes alternées) sur l’espace tangent
𝑇𝑚 𝑀 .
Remarque 1.58. Le fibré tangent 𝑇 𝑀 à une variété 𝑀 étant lui même une variété, on peut
considérer son fibré tangent, c’est le second fibré tangent, noté 𝑇 𝑇 𝑀 .
𝜋 ∘ 𝜎 = 𝐼𝑑𝑀 .
On peut définir également la notion de section locale au-dessus d’un ouvert 𝑈 de E. C’est une
application 𝜎 : 𝑈 → E telle que
𝜋 ∘ 𝜎 = 𝐼𝑑𝑈 .
En d’autres termes, une section, c’est le choix pour chaque 𝑚 ∈ 𝑀 d’un vecteur dans la fibre
𝐸𝑚 au dessus de 𝑚 et qui dépend de manière (continue, 𝐶 ∞ , . . . ) de ce point.
Remarque 1.60. Soit (𝑈, 𝜙) un ouvert trivialisant du fibré vectoriel E. Alors, une section locale 𝜎
(ou la restriction à 𝑈 d’une section quelconque globale) correspond à la donnée d’une application
𝑠 : 𝑈 → 𝐸 que l’on appelle l’expression locale de 𝜎 et définie par
On peut choisir 𝑈 de telle sorte que ce soit également une carte locale de 𝑀 . Dans ce cas, on
peut considérer l’application 𝑠 comme une fonction vectorielle (à valeurs dans 𝐸) définie sur un
ouvert de R𝑛 .
L’ensemble des sections d’un fibré vectoriel (E, 𝜋, 𝑀 ), que nous noterons Γ(E) est un R-espace
vectoriel. Le vecteur nul est représenté par la section nulle, i.e la section qui envoie 𝑚 ∈ 𝑀 sur
le vecteur nul 0𝑚 dans 𝐸𝑚 .
Remarque 1.61. Γ(E) est également un 𝐶 ∞ (𝑀 )-module, la multiplication d’un section 𝜎 ∈ Γ(𝐸)
par un fonction 𝑓 ∈ 𝐶 ∞ (𝑀 ) étant donnée par (𝑓 𝜎)(𝑚) = 𝑓 (𝑚) 𝜎(𝑚).
CHAPITRE 1. VARIÉTÉS, FIBRÉS VECTORIELS ET SECTIONS 17
Définition 1.63. Une dérivation sur l’algèbre C∞ (𝑀, R) des fonctions numériques 𝐶 ∞ sur 𝑀
est une application linéaire 𝐷 : C∞ (𝑀, R) → C∞ (𝑀, R) vérifiant de plus la règle de Leibniz :
Remarque 1.64. Noter que l’ensemble des dérivations forme un espace-vectoriel mais que la
composition de deux dérivations n’est pas une dérivation, en général.
A tout champ 𝑋 ∈ Vect(𝑀 ) correspond une dérivation sur 𝐶 ∞ (𝑀 ), notée ℒ𝑋 et définie
par :
ℒ𝑋 (𝑓 )(𝑚) = 𝑑𝑚 𝑓.𝑋(𝑚). (1.2)
Inversement, on peut montrer le résultat suivant, dont la preuve est proposée dans l’exer-
cice 1.4.
Théorème 1.65. Soit 𝑀 une variété lisse de dimension finie. Alors à toute dérivation 𝐷 sur
𝐶 ∞ (𝑀 ), correspond un unique champ de vecteur 𝑋 de classe 𝐶 ∞ sur 𝑀 .
ℒ𝑋 ℒ𝑌 − ℒ𝑌 ℒ𝑋
Le vérifier !
CHAPITRE 1. VARIÉTÉS, FIBRÉS VECTORIELS ET SECTIONS 18
[𝑋, 𝑌 ]𝑘 = 𝑋 𝑗 𝜕𝑗 𝑌 𝑘 − 𝑌 𝑗 𝜕𝑗 𝑋 𝑘 . (1.3)
Définition 1.69 (Algèbre de Lie). Une algèbre de Lie est un espace vectoriel 𝐿 muni d’une
application bilinéaire antisymétrique
(𝑋, 𝑌 ) ↦→ [𝑋, 𝑌 ] , 𝐿 × 𝐿 → 𝐿,
pour tout 𝑋, 𝑌, 𝑍 ∈ 𝐿.
On vérifie facilement le résultat suivant.
Théorème 1.70. L’espace vectoriel Vect(𝑀 ) muni du crochet [𝑋, 𝑌 ] est une algèbre de Lie,
c’est l’ algèbre de Lie des champs de vecteurs sur 𝑀 .
𝜙𝑡 : 𝑀 → 𝑀, 𝑚 ↦→ 𝜙(𝑡, 𝑚)
où 𝜙(𝑡, 𝑚) est la valeur à l’instant 𝑡 de la solution 𝑐(𝑡) de (1.4) telle que 𝑐(0) = 𝑚.
La théorie des équation différentielle ordinaire du premier ordre (EDO) sur un espace de
Banach marche bien [31]. L’existence et l’unicité locale de la solution d’une (EDO) sont assurés
par le théorème de Cauchy–Lipschitz. En particulier, si 𝑋 est de classe 𝐶 ∞ , il existe pour chaque
𝑚 ∈ 𝑀 une unique solution définie sur un intervalle ouvert 𝐼, contenant 0 et tel que 𝑐(0) = 𝑚.
De plus la solution dépend de manière 𝐶 ∞ de la condition initiale 𝑚. Le flot 𝜙𝑡 de 𝑋 est donc
bien défini localement.
Remarque 1.72. Attention, en général, le point 𝑚 ∈ 𝑀 étant fixé, 𝑡 ↦→ 𝜙(𝑡, 𝑚) n’est pas définie
sur R mais seulement sur un sous-intervalle ouvert de R. Par ailleurs, l’instant 𝑡 étant fixé,
l’application 𝜙𝑡 := 𝜙(𝑡, ·) n’est pas nécessairement défini pour tout 𝑚 ∈ 𝑀 . Lorsqu’elle est
définie en un point 𝑚0 , c’est un difféomorphisme local défini au voisinage de ce point. De plus
si 𝑡, 𝑠 et 𝑡 + 𝑠 sont des valeurs pour lesquelles ces difféomorphismes sont définis, on a
sur un voisinage de 𝑚0 . Enfin, si, pour tout 𝑚 ∈ 𝑀 , le flot 𝑡 ↦→ 𝜙𝑡 (𝑚) est défini sur R tout
entier, on dit que le champ 𝑋 est complet et chaque 𝜙𝑡 est un difféomorphisme global de 𝑀 .
Quand la variété 𝑀 est compacte (ou si 𝑋 est à support compact 1 ), c’est toujours le cas.
1. Le support d’un champ de vecteur 𝑋 est l’adhérence de l’ensemble des points 𝑥 ∈ 𝑀 tels que 𝑋(𝑥) ̸= 0.
CHAPITRE 1. VARIÉTÉS, FIBRÉS VECTORIELS ET SECTIONS 19
1.4 Exercices
Exercice 1.1. Soit 𝑀 une variété. Montrer que 𝑇 𝑀 est toujours orientable.
Exercice 1.2. Soit 𝜋 : E → 𝑀 un fibré vectoriel de rang 𝑘 (i.e. 𝑘 = dim 𝐸) ; Monter qu’il est
trivial ssi il existe il existe 𝑘 sections (globales) linéairement indépendantes (en chaque point de
𝑀 ).
Exercice 1.4 (Champs de vecteurs et dérivations). 1. Montrer que toute dérivation 𝐷 sur
∞
𝐶 (𝑀 ) est locale, c’est à dire que si 𝑓 et 𝑔 coı̈ncident sur 𝑈 , alors 𝐷(𝑓 ) et 𝐷(𝑔) aussi.
2. Montrer que si 𝐷 est une dérivation sur 𝐶 ∞ (𝑀 ), alors pour tout ouvert 𝑈 de 𝑀 , on peut
définir une dérivation 𝐷𝑈 sur 𝐶 ∞ (𝑈 ) telle que pour tout 𝑓 ∈ 𝐶 ∞ (𝑀 ) :
Exercice 1.5. Soit 𝑋 et 𝑌 deux champs de vecteurs sur une variété 𝑀 . Désignons par 𝜙 et 𝜓
leur flot respectif. Monter que 𝜙𝑡 ∘ 𝜓 𝑠 = 𝜓 𝑠 ∘ 𝜙𝑡 si et seulement si [𝑋, 𝑌 ] = 0.
Chapitre 2
Groupes de Lie
Définition 2.1 (Groupe de Lie). Un groupe de Lie est un groupe 𝐺 qui est également une
variété de classe 𝐶 ∞ et tel que les applications 𝑔 ↦→ 𝑔 −1 et (𝑔, ℎ) ↦→ 𝑔ℎ soient 𝐶 ∞ .
Remarque 2.2. On peut également affaiblir la définition pour introduire la notion de groupe
topologique. C’est un groupe qui est également un espace topologique et tel que les applications
𝑔 ↦→ 𝑔 −1 et (𝑔, ℎ) ↦→ 𝑔ℎ soient continues. En pratique, on rencontra essentiellement des groupes
de Lie.
des matrices inversibles de R𝑛 est un groupe de Lie réel. En effet, GL(𝑛, R) est une partie ouverte
de l’espace vectoriel 𝑀𝑛 (R). C’est donc une sous-variété de 𝑀𝑛 (R) de dimension 𝑛2 . On vérifie
facilement que la composition dans GL(𝑛, R), de même que l’inversion 𝑃 ↦→ 𝑃 −1 (𝑃 ∈ GL(𝑛, R))
sont des applications de classe 𝐶 ∞ . Le groupe GL(𝑛, R) est donc un groupe de Lie.
En dehors de GL(𝑛, R), le prototype d’un groupe de Lie est très certainement, pour le
mécanicien, le groupe des rotations SO(3, R). Plus généralement, la plupart des groupes de Lie
qu’on rencontre en pratique, sont des groupes matriciels, autrement dit des sous-groupes fermés
de GL(𝑛; 𝐾) où 𝐾 = R ou C. Ces groupes sont définis par des équations algébriques sur 𝑀𝑛 (𝐾)
(voir les exemples donnés ci-dessous) ; ce sont les groupes classiques.
Remarque 2.4. Il ne faudrait toutefois pas en déduire que tout groupe de Lie soit isomorphe à
un sous-groupe matriciel, bien que cela soit vrai pour les groupes de Lie compacts, d’après des
résultats dus à Von Neumann [49].
Détaillons l’exemple le plus parlant pour les mécaniciens, le groupe orthogonal
O(𝑛, R) = 𝑃 ∈ 𝑀𝑛 (R); 𝑃 𝑃 𝑡 = 𝐼 ,
{︀ }︀
qui correspond aux endomorphismes de R𝑛 qui préservent le produit scalaire euclidien. D’un
point de vue topologique, O(𝑛, R) est sous-ensemble fermé et borné (voir l’exercice 2.3) de
𝑀𝑛 (R). C’est donc un ensemble compact. Cet ensemble possède deux composantes connexes
définies respectivement par det 𝑃 = 1 et det 𝑃 = −1. La composante connexe qui contient
l’identité (qui est un sous-groupe) est le groupe spécial orthogonal
21
CHAPITRE 2. GROUPES DE LIE 22
Démonstration. En utilisant le théorème 1.32 sur les submersions, nous allons d’abord établir
que le sous-ensemble O(𝑛, R) de l’espace vectoriel 𝑀𝑛 (R) est une variété. Pour cela, on introduit
l’application
𝑓 : 𝑃 ↦→ 𝑃 𝑃 𝑡 − 𝐼, 𝑀𝑛 (R) → 𝑆𝑛 (R)
à valeur dans l’espace vectoriel 𝑆𝑛 (R), des matrices carrés symétriques d’ordre 𝑛. Cette appli-
cation est 𝐶 ∞ (c’est une application polynomiale). Sa différentielle en un élément 𝑃 ∈ 𝑀𝑛 (R)
s’écrit
𝑑𝑃 𝑓.𝐻 = 𝑃 𝐻 𝑡 + 𝐻𝑃 𝑡 .
Si 𝑃 ∈ O(𝑛, R) (i.e. si 𝑃 vérifie 𝑃 𝑃 𝑡 = 𝐼), alors 𝑑𝑃 𝑓 est une application linéaire surjective (en
effet, l’équation 𝑃 𝐻 𝑡 + 𝐻𝑃 𝑡 = 𝑆 se résout en prenant 𝐻 = 𝑆𝑃/2). Il résulte alors, d’après le
théorème 1.32, que O(𝑛, R) = 𝑓 −1 (0) est la fibre d’une submersion et donc une sous-variété de
classe 𝐶 ∞ de 𝑀𝑛 (R). La composition dans le groupe O(𝑛, R) est fourni par des applications
polynomiales donc 𝐶 ∞ , de même que l’inversion 𝑃 ↦→ 𝑃 −1 = 𝑃 𝑡 . On en déduit que O(𝑛, R) est
un groupe de Lie.
On peut montrer de la même façon que les exemples qui suivent sont des groupes de Lie. On
a toutefois le résultat suivant, beaucoup plus profond et général, attribué à Élie Cartan [5] (voir
également [42]).
Théorème 2.6. (Théorème de Cartan–von Neumann) Tout sous-groupe fermé d’un groupe de
Lie est un groupe de Lie.
Exemple 2.7. Le groupe orthogonal
𝑃 𝐺𝑝,𝑞 𝑃 𝑡 = 𝐺𝑝,𝑞
{︀ }︀
O(𝑝, 𝑞) = 𝑃 ∈ 𝑀𝑛 (R);
où Å ã
𝐼𝑝 0
𝐺𝑝,𝑞 = , (𝑝 + 𝑞 = 𝑛),
0 −𝐼𝑞
des endomorphismes qui préservent la forme quadratique :
𝑝
∑︁ 𝑛
∑︁
𝑥2𝑖 − 𝑥2𝑖 .
𝑖=1 𝑖=𝑝+1
des endomorphismes de R2𝑛 qui préservent la forme symplectique de R2𝑛 , définie par :
𝑛
∑︁
𝜔(𝑥, 𝑦) := (𝑥𝑖 𝑦𝑛+𝑖 − 𝑦𝑖 𝑥𝑛+𝑖 ),
𝑖=1
où Å ã
0 −𝐼𝑛
𝐽=
𝐼𝑛 0
est la matrice qui représente la multiplication par 𝑖.
Exemple 2.11. Le groupe unitaire
U(𝑛) = 𝑃 ∈ 𝑀𝑛 (C); 𝑃 𝑃¯ 𝑡 = 𝐼
{︀ }︀
des endomorphismes de C𝑛 qui préservent la forme hermitienne 𝑛𝑖=1 𝑧𝑖 𝑧¯𝑖 . Il s’agit d’un groupe
∑︀
de Lie réel. Contrairement à GL(𝑛, C), ce groupe ne possède pas de structure de groupe de Lie
complexe.
Exemple 2.12. Le groupe spécial unitaire
SU(𝑛) = 𝑃 ∈ 𝑀𝑛 (C); 𝑃 𝑃¯ 𝑡 = 𝐼
{︀ }︀
et det 𝑃 = 1 .
Exemple 2.13. Le groupe affine GA(𝑛; R) des applications affines de R𝑛 . On peut le réaliser
comme le sous-groupe des éléments de GL(𝑛 + 1, R) qui préservent l’hyperplan 𝑥𝑛+1 = 1, c’est
à dire par les matrices (𝑛 + 1) × (𝑛 + 1) qui s’écrivent :
Å ã
𝑎 𝑏
𝑃 = , 𝑎 ∈ GL(𝑛, R), 𝑏 ∈ R𝑛 .
0 1
𝜙:𝐺×𝑀 →𝑀
(𝑔, ℎ) ↦→ 𝐿𝑔 · ℎ := 𝑔ℎ, 𝐺 × 𝐺 → 𝐺,
[𝑀1 , 𝑀2 ] = 𝑀1 𝑀2 − 𝑀2 𝑀1 , 𝑀1 , 𝑀2 ∈ 𝑀𝑛 (R).
Remarque 2.17. On pourra noter comment le crochet de Lie sur 𝑀𝑛 (R) s’obtient par deux
dérivations successives à partir de l’opération de conjugaison
En dérivant une première fois par rapport à 𝑄 au point 𝐼, on obtient une application linéaire
En dérivant une seconde fois par rapport à 𝑃 au point 𝐼, on obtient alors le crochet de Lie
ker 𝑑𝐼 𝑓 = 𝐻 ∈ 𝑀𝑛 (R); 𝐻 + 𝐻 𝑡 = 0 ,
{︀ }︀
𝑓 étant l’application définie par 𝑓 (𝑃 ) = 𝑃 𝑃 𝑡 − 𝐼. Cet espace tangent est donc le sous-espace de
𝑀𝑛 (R) des matrices antisymétriques. Le commutateur de deux matrices antisymétriques étant
encore une matrice antisymétrique, l’espace des matrices antisymétriques est une sous-algèbre
de Lie de gl(𝑛, R). C’est l’algèbre de Lie du groupe des rotations, notée o(𝑛). C’est également
l’algèbre de Lie du groupe spécial orthogonal SO(𝑛, R) notée so(𝑛).
Remarque 2.19. Les algèbres de Lie des autres groupes classiques s’obtiennent de la même façon,
en dérivant à l’identité les équations qui définissent le groupe.
Remarque 2.20 (Cas particulier de so(3)). Il y a un isomorphisme bien connu entre R3 et l’espace
des matrices anti-symétriques sur R3 :
𝜔 ∈ R3 ↦→ 𝑗(𝜔), 𝑗(𝜔)𝑥 = 𝜔 ∧ 𝑥, ∀𝑥 ∈ R3 .
Il s’agit donc d’un isomorphisme entre l’algèbre de Lie so(3) et l’espace R3 muni du produit
vectoriel (qui forme une algèbre de Lie).
CHAPITRE 2. GROUPES DE LIE 25
et que
𝑇𝑒 𝑖.𝑢 = −𝑢, ∀𝑢 ∈ 𝑇𝑒 𝐺.
Désignons maintenant par
𝐼𝑔 : ℎ ↦→ 𝑔ℎ𝑔 −1 , 𝐺→𝐺
la conjugaison dans 𝐺. Cette application est lisse pour tout 𝑔 ∈ 𝐺 et envoie l’élément neutre 𝑒
sur lui-même. Par conséquent l’application linéaire tangent au point 𝑒, 𝑇𝑒 𝐼𝑔 , qu’on notera Ad𝑔
est un endomorphisme de 𝑇𝑒 𝐺. On pourra vérifier que Ad𝑒 = Id et que
L’application
𝑔 ↦→ Ad𝑔 , 𝐺 → GL(𝑇𝑒 𝐺)
est appelé la représentation adjointe de 𝐺.
Remarque 2.21. Dans le cas de GL(𝑛, R), on a
Comme l’application
(𝑔, ℎ) ↦→ 𝑔ℎ𝑔 −1 , 𝐺×𝐺→𝐺
est lisse, on en déduit que l’application 𝑔 ↦→ Ad𝑔 à valeur dans l’espace vectoriel End(𝑇𝑒 𝐺) est
lisse. En différenciant cette application au point 𝑒, on obtient une application linéaire
ad𝑁 𝑀 = 𝑁 𝑀 − 𝑀 𝑁, 𝑀, 𝑁 ∈ 𝑀𝑛 (R).
Théorème 2.23 (Algèbre de Lie d’un groupe de Lie). L’espace vectoriel 𝑇𝑒 𝐺 muni de l’ap-
plication bilinéaire définie par l’équation (2.1) est une algèbre de Lie. C’est l’algèbre de Lie du
groupe 𝐺, dénotée habituellement par g où Lie(𝐺).
CHAPITRE 2. GROUPES DE LIE 26
Esquisse de preuve. Il nous faut montrer que le crochet [𝑢, 𝑣 ] est antisymétrique et vérifie l’iden-
tité de Jacobi. Le lecteur est invité à rédiger les détails de la preuve pour lui-même.
1) Pour établir l’antisymétrie, on introduit l’application commutateur
C’est une application lisse qui envoie {𝑒} × 𝐺 et 𝐺 × {𝑒} sur {𝑒}. En différenciant par rapport
à la deuxième variable, on obtient une application lisse
𝜕ℎ 𝑐(𝑔, 𝑒) : 𝑣 ↦→ Ad𝑔 𝑣 − 𝑣, 𝐺 × 𝑇𝑒 𝐺 → 𝑇𝑒 𝐺.
En différenciant cette dernière application par rapport à 𝑔 on obtient une application bilinéaire
𝜕𝑔 𝑐(𝑒, ℎ) : 𝑢 ↦→ 𝑢 − Adℎ 𝑢, 𝐺 × 𝑇𝑒 𝐺 → 𝑇𝑒 𝐺.
En différenciant cette dernière application par rapport à ℎ on obtient une application bilinéaire
Remarque 2.24 (Définition alternative de l’algèbre de Lie d’un groupe de Lie). Étant donné
un groupe de Lie 𝐺, le crochet de Lie de deux champs de vecteurs invariants à gauche est lui
même invariant à gauche. Comme un champ de vecteur invariant à gauche est complètement
déterminé par sa valeur en l’élément neutre 𝑒, le crochet de Lie sur les champs de vecteurs induit
une structure d’algèbre de Lie sur 𝑇𝑒 𝐺, que nous noterons [·, · ]𝐿 et qui est défini par
[𝑢, 𝑣 ]𝐿 := [𝑋 𝑢 , 𝑋 𝑣 ] (𝑒), 𝑢, 𝑣 ∈ 𝑇𝑒 𝐺.
Ce produit coincide avec le crochet [𝑢, 𝑣 ]g = ad𝑢 𝑣 précédemment introduit (le vérifier !). Si on
définit de même un crochet de Lie, noté [·, · ]𝑅 sur 𝑇𝑒 𝐺 à partir des champs de vecteurs invariants
à droite on a
[𝑢, 𝑣 ]𝑅 = − [𝑢, 𝑣 ]𝐿 .
Remarque 2.25. Il est important de noter que tout groupe de Lie est une variété parallélisable
(le fibré tangent est trivial). En effet, l’application
𝑇 𝐺 → 𝐺 × g, 𝜉𝑔 ↦→ 𝑇 𝐿𝑔−1 .𝜉𝑔 ,
A tout morphisme de groupes de Lie est associé un morphisme entre les algèbres de Lie
respectives. Plus précisément, on a le théorème suivant.
soit
𝑇𝑒 𝑓. [𝑢, 𝑣 ] = [𝑇𝑒 𝑓.𝑢, 𝑇𝑒 𝑓.𝑣 ] , 𝑢, 𝑣 ∈ g.
Il s’agit d’une série normalement convergente sur 𝑀𝑛 (R) qui définit une application lisse de
𝑀𝑛 (R) dans GL(𝑛, R).
Remarque 2.28. On pourra vérifier, à titre d’exercice, qu’en prenant la matrice 𝐴 dans l’algèbre
de Lie g ∈ 𝑀𝑛 (R) d’un groupe classique 𝐺 ⊂ GL(𝑛, R) on a exp(𝐴) ∈ 𝐺. Par exemple, en
prenant une matrice antisymétrique 𝐴 ∈ 𝑀𝑛 (R), on a exp(𝐴) ∈ O(𝑛, R) car :
Ω := {𝐴 ∈ 𝑀𝑛 (R); Spec(𝐴) ∈ B}
et
Ω′ := {𝐴 ∈ 𝑀𝑛 (R); Spec(𝐴) ∈ C − R− } .
On pourra noter que Ω′ ∈ GL(𝑛, R) et on montre le résultat suivant dont la preuve est proposée
dans l’exercice 2.8.
Théorème 2.30 (Décomposition polaire de Cartan). Soit 𝑀 ∈ GL(𝑛; R). Alors il existe un
unique couple (𝑂, 𝑆) où 𝑂 ∈ O(𝑛, R) et 𝑆 est une matrice symétrique telle que :
𝑀 = 𝑂 exp(𝑆).
Théorème 2.31 (Décomposition ≪ boost-rotation ≫ de O(𝑝, 𝑞)). Soit 𝑀 ∈ O(𝑝, 𝑞). Alors s’écrit
de manière unique :
0 𝑡𝑅
Å ã ïÅ ãò
𝑃 0
𝑀= exp
0 𝑄 𝑅 0
où 𝑃 ∈ O(𝑝, R), 𝑄 ∈ O(𝑞, R) et 𝑅 est une matrice à 𝑝 colonnes et 𝑞 lignes. De plus l’application
𝑀 ↦→ (𝑃, 𝑄, 𝑅) est un difféomorphisme de O(𝑝, 𝑞) sur O(𝑝, R) × O(𝑞, R) × R𝑝𝑞 .
Démonstration. Le groupe O(𝑝, 𝑞) est constitué des matrices 𝑀 ∈ 𝑀𝑝+𝑞 (R) vérifiant 𝑡 𝑀 𝐺𝑀 =
𝐺 où : Å ã
𝐼𝑝 0
𝐺= .
0 −𝐼𝑞
Son algèbre de Lie est constituée les matrices 𝐿 vérifiant 𝑡 𝐿𝐺 + 𝐺𝑡 𝐿 = 0. Soit 𝑀 ∈ O(𝑝, 𝑞) alors
on vérifie facilement que 𝑡 𝑀 ∈ O(𝑝, 𝑞) et donc aussi 𝑡 𝑀 𝑀 . Soit :
1
𝑆= Log(𝑡 𝑀 𝑀 ).
2
CHAPITRE 2. GROUPES DE LIE 29
Alors 𝑆 ∈ o(𝑝, 𝑞). Par conséquent, les deux facteurs 𝑂 et exp(𝑆) de la décomposition de Cartan
de 𝑀 appartiennent au groupe O(𝑝, 𝑞). On vérifie que 𝑆𝐺 = −𝐺𝑆 et que 𝑂𝐺 = 𝐺𝑂 et par
conséquent 𝑂 et 𝑆 s’écrivent :
0 𝑡𝑅
Å ã Å ã
𝑃 0
𝑂= , 𝑆=
0 𝑄 𝑅 0
où où 𝑃 ∈ O(𝑝, R), 𝑄 ∈ O(𝑞, R) et 𝑅 est une matrice à 𝑝 colonnes et 𝑞 lignes. Cette solution est
unique et l’application 𝑀 ↦→ (𝑃, 𝑄, 𝑅) est un difféomorphisme de O(𝑝, 𝑞) sur O(𝑝, R) × O(𝑞, R) ×
R𝑝𝑞 .
Cette observation sur le fait que la solution soit définie globalement sur R est un résultat
général sur les champs de vecteurs invariants à gauche (ou à droite) sur n’importe quel groupe
de Lie (de dimension finie).
Proposition 2.34. Soit 𝑋 un champ de vecteur invariant à gauche (ou à droite) sur un groupe
de Lie 𝐺 (de dimension finie). Le flot 𝜙𝑡 de 𝑋 est global et vérifie de plus
𝜙𝑡 ∘ 𝐿ℎ = 𝐿ℎ ∘ 𝜙𝑡 (2.3)
Esquisse de preuve. Soit 𝜙𝑡 le flot du champ de vecteur 𝑋. Autrement dit, 𝜙𝑡 (𝑔) est la solution
de (2.3) avec la condition initiale 𝑔 en 𝑡 = 0. Si de plus 𝑋 est invariant à gauche, c’est à dire
vérifie
𝑇𝑔 𝐿ℎ .𝑋(𝑔) = 𝑋(𝐿ℎ · 𝑔), ∀𝑔, ℎ ∈ 𝐺,
alors on a (le vérifier !) :
𝐿ℎ ∘ 𝜙𝑡 ∘ 𝐿−1 𝑡
ℎ =𝜙 , ∀ℎ ∈ 𝐺.
Autrement dit, le flots 𝜙𝑡
et 𝐿ℎ commutent. Supposons maintenant que 𝜙𝑡 (𝑒) soit défini pour
|𝑡| ≤ 𝜀 avec 𝜀 > 0. Alors 𝜙𝑡 (𝜙𝜀 (𝑒)) = 𝜙𝜀 (𝑒)𝜙𝑡 (𝑒) est une solution de (2.3), définie sur le même
intervalle de temps que 𝜙𝑡 (𝑒) et qui coı̈ncide avec 𝜙𝑡 (𝑒) au point 𝜙𝜀 (𝑒). Plus généralement, on
obtient un prolongement de 𝜙𝑡 (𝑒) défini sur R en posant :
exp : g → 𝐺, 𝑢 ↦→ 𝜙(1, 𝑒, 𝑢)
Définition 2.41 (Coordonnées canoniques). Soit (𝑒𝑖 )1≤𝑖≤𝑛 une base de g. Tout vecteur 𝑢 ∈ g
se met sous la forme
𝑛
∑︁
𝑢= 𝑥𝑖 𝑒 𝑖 ,
𝑖=1
où𝑥𝑖 sont les composantes de 𝑢 dans cette base. Comme exp est un difféomorphisme local en
0 de g sur un voisinage ouvert 𝑒 dans 𝐺, on peut prendre (𝑥𝑖 ) comme coordonnées du point
𝑔 = exp(𝜉) ∈ 𝐺. Les fonctions coordonnées 𝑒𝑥𝑝(𝜉) ↦→ 𝑥𝑖 sont appelées les coordonnées canoniques
ou normales de 𝑔 relativement à la base 𝑒𝑖 de g.
Remarque 2.42. Attention, l’exponentielle n’est pas un difféomorphisme global pour autant. Elle
n’est même pas surjective en général. On peut montrer cependant que si 𝐺 est un groupe de Lie
compact et connexe alors exp est surjective (voir par exemple [21]).
On a toutefois le résultat suivant qui peut s’avérer utile et dont la démonstration est laissée
en exercice 2.12.
Proposition 2.43. Tout élément 𝑔 dans la composante de l’identité 𝐺0 d’un groupe de Lie 𝐺
peut s’écrire
exp(𝑢1 ) · · · exp(𝑢𝑛 )
où 𝑢1 , . . . , 𝑢𝑛 sont des éléments de son algèbre de Lie g.
Remarque 2.44. Ces produits d’exponentiels apparaissent également dans la modélisation des
systèmes polyarticulés.
C’est un groupe de Lie de dimension 10. Il est engendré par trois rotations, trois ≪ boosts ≫, trois
translations spatiales et une translation temporelle. Son algèbre de Lie, Lie(G) est représentée
par les matrices Ñ é
𝑗(𝜔) 𝛽 𝛾
𝑍= 0 0 𝜖
0 0 0
avec 𝜔, 𝛽, 𝛾 ∈ R3 et 𝜖 ∈ R.
CHAPITRE 2. GROUPES DE LIE 32
En relativité restreinte, on passe d’un référentiel d’inertie à un autre par le groupe de Poincaré
(ou groupe de Lorentz non homogène), que nous noterons P. C’est le groupe des isométries affines
de l’espace de Minkowski, il opère sur l’espace de Minkowski de la manière suivante
𝑎(𝑋) = 𝐿 𝑋 + 𝐶.
dans le plans 𝑥𝑖 𝑥4 également au nombre de trois. Ce sont ces rotations hyperboliques qu’on ap-
′
pelle habituellement les transformations de Lorentz. En effet, si 𝑥𝜇 sont les coordonnées déduites
de 𝑥𝜇 par une rotation hyperbolique dans le plan 𝑥1 𝑥4 , on a
′
𝑥1 = 𝑥1 cosh 𝜙 + 𝑥4 sinh 𝜙,
′
𝑥4 = 𝑥1 sinh 𝜙 + 𝑥4 cosh 𝜙.
Ces formules s’interprètent comme décrivant un repère en mouvement rectiligne uniforme par
rapport à un autre ( le ≪ train d’Einstein ≫ ), avec une vitesse 𝑣 = tanh 𝜙 (donc inférieur à la
vitesse de la lumière)
′ 1 𝑣
𝑥1 = √ 𝑥1 + √ 𝑥4 , (2.6)
1−𝑣 2 1 − 𝑣2
′ 𝑣 1
𝑥4 = √ 𝑥1 + √ 𝑥4 , (2.7)
1−𝑣 2 1 − 𝑣2
formules qui conduisent aux notions populaires de ≪ retard des horloges ≫ et de ≪ contraction
de Lorentz ≫.
Remarque 2.45. Ces dernières formules nous amènent à constater que la notion de simultanéité
absolue n’existe plus en relativité restreinte. Deux évenements considéré comme simultanés (qui
ont la même date 𝑡) dans une référentiel donné ne le sont plus forcément dans un autre référentiel,
comme le montre les formules précédentes. Par conséquent, la notion de ≪ corps rigide ≫ issue
de la mécanique classique est incompatible avec la relativité restreinte (puisque la notion de
distance entre deux points nécessite la simultanéité).
CHAPITRE 2. GROUPES DE LIE 33
Lorsque le choix des unités est tel que 𝑐 ̸= 1 et qu’on a posé 𝑥4 = 𝑐𝑡, les formules de Lorentz
doivent être remplacées par les suivantes
′ ′
(︁ 𝑣 )︁
𝑥 = 𝛾 (𝑥 + 𝑣𝑡) , 𝑡 =𝛾 2 𝑥+𝑡 ,
𝑐
où 𝛾 = (1 − 𝑣 2 /𝑐2 )−1 . Lorsque l’on fait tendre 𝑐 vers l’infini, ces formules nous ramène à la
transformation de Galilée
′ ′
𝑥 = 𝑥 + 𝑣𝑡, 𝑡 = 𝑡.
Plus généralement (voir [50]), on peut montrer que le groupe de Galilée, dans son ensemble,
est une approximation à l’ordre 𝑂(𝑐−2 ) du groupe de Poincaré.
Théorème 2.46 (Souriau). Tout élément du groupe de Lorentz restreint se met sous la forme
𝑘(𝑉 𝑉 𝑡 )𝐴 0
Å ã Å ã
𝐴 𝑉
𝑎= + 𝑐−2
0 1 𝑉𝑡𝐴 𝑘𝑣 2
où Å ã
𝐴 𝑉
0 1
√︀
est un élément du groupe de Galilée homogène et 𝑘 = ( 1 + 𝑣 2 /𝑐2 + 1).
Définition 2.48 (Représentation adjointe de Diff(𝑀 )). L’action adjointe de Diff(𝑀 ) sur Vect(𝑀 )
s’écrit :
(Ad𝜙 𝑋)(𝑥) = 𝑇𝜙−1 (𝑥) 𝜙.𝑋(𝜙−1 (𝑥)), 𝑥∈𝑀
où 𝜙 ∈ Diff(𝑀 ) et 𝑋 ∈ Vect(𝑀 ). Cette action est souvent notée 𝜙* 𝑋 dans les ouvrages de
géométrie différentielle.
Définition 2.49 (Représentation adjointe de Vect(𝑀 )). L’action adjointe de Vect(𝑀 ) sur
Vect(𝑀 ) est l’application bilinéaire donnée par :
⃒
𝑑 ⃒⃒
ad𝑋 𝑌 = ⃒ 𝜙𝑡* 𝑌
𝑑𝑡 𝑡=0
Remarque 2.50. L’application bilinéaire (𝑋, 𝑌 ) ↦→ ad𝑋 𝑌 définit sur Vect(𝑀 ) une structure
d’algèbre de Lie. Ce n’est toutefois pas la structure d’algèbre de Lie définie au chapitre précédent.
On a :
[𝑋, 𝑌 ] = − ad𝑋 𝑌,
Le vérifier !
Du fait que la représentation adjointe est une représentation d’algèbre de Lie, on déduit
immédiatement le résultat suivant.
[𝜙* 𝑋, 𝜙* 𝑌 ] = 𝜙* [𝑋, 𝑌 ] .
𝑑𝜙𝑡 (𝑥)
= 𝑋 (𝜙𝑡 (𝑥)) .
𝑑𝑡
CHAPITRE 2. GROUPES DE LIE 35
cette équation admet des solutions locales en vertu du théorème de Cauchy-Lipschitz sur 𝑀 . Elle
n’admet pas de solution globale en général, donc pas de solution dans Diff(𝑀 ). Contrairement
à ce qui se passe pour un groupe de Lie de dimension finie, la proposition 2.34 n’est plus valable
dans ce cas. Ainsi, le flot habituel du champ de vecteur 𝑋 correspond (quand il est défini
globalement) au sous-groupe à 1 paramètre engendré par translation à droite de l’élément 𝑋 de
l’algèbre de Lie Vect(𝑀 ) sur le groupe Diff(𝑀 ).
Remarque 2.52. Il y a une classe remarquable de groupes de Lie-Fréchet pour lesquels la propo-
sition 2.34 reste vraie, ce sont les groupes de Lie réguliers introduits par Milnor [36]. Un groupe
de Lie est régulier si pour tout arc (C∞ ) 𝑡 ↦→ 𝜔(𝑡) d’un intervalle 𝐼 dans g, il existe une solution
(C∞ ) de l’équation 𝑔(𝑡)
˙ = 𝐿𝑔(𝑡) 𝜔(𝑡) (elle est nécessairement unique si la condition initiale est
fixée) et si de plus l’application 𝜔 ↦→ 𝑔(0)−1 𝑔(1) de C∞ (𝐼, g) dans 𝐺 est C∞ . Le groupe des
difféomorphismes d’une variété compacte est un exemple de tel groupe.
Remarque 2.53. Sur un groupe de Lie-Fréchet, rien ne garantit que l’exponentielle soit un
difféomorphisme local. En particulier sur le groupe des difféomorphismes du cercle Diff(𝑆 1 ),
l’exponentielle n’est même pas localement surjective (voir [36]).
𝜓 : 𝐺 × 𝑀 → 𝑀, (𝑔, 𝑥) ↦→ 𝜓(𝑔, 𝑥)
telle que :
1. 𝜓(𝑒, 𝑥) = 𝑥, pour tout 𝑥 ∈ 𝑀 ,
2. 𝜓(𝑔1 𝑔2 , 𝑥) = 𝜓(𝑔1 , 𝜓(𝑔2 , 𝑥)), pour tout 𝑥 ∈ 𝑀 et tout 𝑔1 , 𝑔2 ∈ 𝐺.
Un cas particulier important est obtenu lorsque 𝑀 = 𝐸 est un espace vectoriel et que 𝐺
agit linéairement sur 𝐸. Dans ce cas, on dit que 𝜓 est une représentation linéaire de 𝐺 sur 𝐸.
On peut réinterpréter cette définition en disant qu’une représentation (lisse) de 𝐺 sur un espace
vectoriel 𝐸 est un morphisme de groupe de Lie
𝜓 : 𝐺 → GL(𝐸),
où GL(𝐸) est le groupe des automorphismes linéaires de 𝐸. Si 𝜓 est différentiable, alors comme
nous l’avons vu, 𝜓 induit un morphisme entre les algèbres de Lie g et 𝐿(𝐸) (l’algèbre de Lie de
GL(𝐸)). Celui-ci est donné par :
⃒
𝑑⃒
𝜓˜ := 𝑇𝑒 𝜓 : g → 𝐿(𝐸), 𝑢 ↦→ ⃒⃒ 𝜓(exp(𝑡𝑢)).
𝑑𝑡 𝑡=0
Plus généralement, une action différentiable (à gauche) d’un groupe de Lie 𝐺 sur une variété
quelconque 𝑀 peut être assimilée à un morphisme (de groupe de Lie) :
𝜓 : 𝐺 → Diff(𝑀 ).
CHAPITRE 2. GROUPES DE LIE 36
Elle induit par dérivation un morphisme entre l’algèbre de Lie g de 𝐺 et celle de Diff(𝑀 ), c’est
à dire Vect(𝑀 ). Plus précisément, à tout élément 𝑢 de l’algèbre de Lie g de 𝐺, on peut donc
associer un champ de vecteur sur 𝑀 , qu’on notera 𝑢𝑀 et défini de la façon suivante :
⃒
𝑑⃒
𝑢𝑀 (𝑥) = 𝑇𝑒 𝜓.𝑢 = ⃒⃒ 𝜓(exp(𝑡𝑢), 𝑥), 𝑥 ∈ 𝑀,
𝑑𝑡 𝑡=0
où exp(𝑡𝑢) ∈ 𝐺 est le sous-groupe à 1 paramètre engendré par 𝑢 ∈ g. C’est l’action infinitésimale
de g sur 𝑀 associée à l’action de 𝐺 sur 𝑀 . On a de plus
Ä ä
[𝑢𝑀 , 𝑣𝑀 ]Vect(𝑀 ) = − [𝑢, 𝑣 ]g , 𝑢, 𝑣 ∈ g.
𝑀
Dans cette formule, le signe − est du à la définition du crochet de Lie sur Vect(𝑀 ) qui correspond
à − ad𝑋 𝑌 .
Remarque 2.55. Si 𝜓 est une représentation linéaire, alors le champ de vecteurs 𝑢𝑀 dépend
˜
linéairement de 𝑥 ∈ 𝐸. dans ce cas et avec les notations précédentes, on a 𝑢𝑀 (𝑥) = 𝜓(𝑢).𝑥.
Remarque 2.56. Dans le cas général, si 𝐺 est de dimension infinie, il se peut que exp(𝑡𝑢) ne
soit défini que localement (ou même pas du tout, sans définition plus précise sur la structure
de 𝐺). Toutefois, si 𝐺 est de dimension finie, ce sous-groupe à 1 paramètre exp(𝑡𝑢) est défini
globalement (voir proposition 2.34) et par conséquent le flot du champ de vecteur 𝑢𝑀 , qui s’écrit
𝜙𝑡 (𝑥) = 𝜓(exp(𝑡𝑢), 𝑥), aussi.
Si 𝜙𝑡 désigne le flot du champ de vecteur 𝑋, on peut réécrire cette formule sous la forme :
⃒
𝑑 ⃒⃒
(ℒ𝑋 𝑓 )(𝑥) = ⃒ 𝑓 (𝜙𝑡 (𝑥))
𝑑𝑡 𝑡=0
Arrêtons-nous un instant sur cette définition. La formule
𝜙* 𝑓 := 𝑓 ∘ 𝜙, 𝑓 ∈ C∞ (𝑀 ), 𝜙 ∈ Diff(𝑀 )
définit une action (à droite) du groupe des difféomorphisme Diff(𝑀 ) sur C∞ (𝑀 ) et la dérivation
ℒ𝑋 correspond à l’action infinitésimale induite de Vect(𝑀 ) sur C∞ (𝑀 ) :
⃒
𝑑 ⃒⃒
(ℒ𝑋 𝑓 )(𝑥) = ⃒ (𝜙𝑡 )* 𝑓 (𝑥).
𝑑𝑡 𝑡=0
Comme nous allons le voir, cette dérivation, appelée dérivée de Lie, peut être étendue à
tous les objets sur lesquels on peut définir une action (lisse) du groupe des difféomorphismes.
Considérons, par exemple, l’espace des champs de vecteurs Vect(𝑀 ). Le groupe des difféomorphismes
Diff(𝑀 ) agit à gauche sur Vect(𝑀 ) de la façon suivante
qui est l’action adjointe, Ad𝜙 , de Diff(𝑀 ) sur Vect(𝑀 ). Il agit également à droite de la façon
suivante
(𝜙* 𝑋)(𝑥) = (𝜙−1 −1
* 𝑋)(𝑥) = 𝑇𝜙(𝑥) 𝜙 .𝑋(𝜙(𝑥)). (2.9)
CHAPITRE 2. GROUPES DE LIE 37
Le vecteur ℒ𝑋 𝑌 définit un nouveau champ de vecteur qui est la dérivée de Lie du champ 𝑌 par
rapport au champ 𝑋.
Remarque 2.57. Comme nous l’avons deja vu : ℒ𝑋 𝑌 = [𝑋, 𝑌 ] = − ad𝑋 𝑌 .
La définition de la dérivée de Lie s’étend à tous les champs de tenseurs, comme nous allons
le voir maintenant. L’action naturelle (à droite) sur les champs de covecteurs 𝛼 (i.e. les sections
du fibré cotangent 𝑇 * 𝑀 ) est donnée par :
A partir de l’action naturelle (à droite) sur les champs de vecteurs (2.9) et de l’action naturelle
(à droite) sur les champs de covecteurs (2.11), on déduit par induction une action sur les champs
de tenseurs 𝑇 de type (𝑝, 𝑞) en posant :
𝜙* (𝛼1 ⊗ · · · ⊗ 𝛼𝑝 ⊗ 𝑋1 ⊗ · · · ⊗ 𝑋𝑞 ) = 𝜙* 𝛼1 ⊗ · · · ⊗ 𝜙* 𝛼𝑝 ⊗ 𝜙* 𝑋1 ⊗ · · · ⊗ 𝜙* 𝑋𝑞 (2.12)
𝑑 𝑡
𝜙 𝑇 = 𝜙𝑡* ℒ𝑋 𝑇.
𝑑𝑡 *
Remarque 2.59. On pourra noter, que du fait de la définition même de la dérivée de Lie ℒ𝑋
comme action infinitésimale de l’action du groupe des difféomorphismes, on a :
[ℒ𝑋 , ℒ𝑌 ] 𝑇 = ℒ[𝑋,𝑌 ] 𝑇
2.8 Exercices
Exercice 2.1. Soit 𝐺 un ensemble non vide muni d’une loi de composition interne associative.
Montrer que 𝐺 est un groupe si et seulement si l’axiome suivant est vérifié :
Exercice 2.2. Soit 𝑋 un ensemble muni de l’action d’un groupe 𝐺. Monter que :
𝐺𝑔·𝑥 = 𝑔𝐺𝑥 𝑔 −1 .
Exercice 2.3. Monter que O(𝑛, R) est compact. On pourra utiliser la norme matricielle ‖𝑃 ‖ :=
tr(𝑃 𝑃 𝑡 ).
Exercice 2.7. Montrer que exp : 𝑀𝑛 (R) → GL(𝑛; R) est surjective (utiliser la décomposition
en sous-espaces caractéristiques).
Exercice 2.8. Soit Ω l’ensemble des éléments 𝐴 ∈ 𝑀𝑛 (R) dont le spectre est contenu dans la
bande |Im(𝑧)| < 𝜋. Alors exp envoie Ω dans l’ouvert Ω′ qui est l’ensemble des matrices de 𝑀𝑛 (R)
dont le spectre est contenu dans C − R− . Pour 𝐴 ∈ Ω′ , on pose
0
(𝑠𝐼 − 𝐴)−1 − (𝑠 − 1)−1 𝐼 𝑑𝑠.
[︀ ]︀
𝑓 (𝐴) =
−∞
Montrer que 𝑓 est une application C∞ de Ω′ dans Ω. Montrer que 𝑓 (exp(𝑡𝐴)) = 𝑡𝐴 pour tout
𝑡 ∈ R et tout 𝐴 ∈ Ω′ . En déduire que exp : Ω → Ω′ est un difféomorphisme dont la réciproque
est 𝑓 que l’on notera donc Log.
Exercice 2.10. En utilisant la décomposition polaire, montrer que O(𝑛, R) est un sous-groupe
compact maximal de GL(𝑛, R). Montrer que tout sous-groupe compact maximal de GL(𝑛, R)
est conjugué à O(𝑛, R). Montrer que pour 𝑛 = 2 et 𝑛 = 3, on a le résultat suivant plus fort :
SO(𝑛, R) est un sous-groupe maximal de SL(𝑛, R).
Exercice 2.12. Soit 𝐺 un groupe de Lie. Montrer que tout élément 𝑔 ∈ 𝐺0 où 𝐺0 est la com-
posante connexe de l’identité peut s’écrire comme un produit exp(𝑢1 ) · · · exp(𝑢𝑛 ), où 𝑢1 , . . . , 𝑢𝑛
sont des éléments de son algèbre de Lie g. On pourra montrer que l’ensembles des éléments 𝑔
qui vérifient cette propriété forment un ouvert-fermé de 𝐺.
Exercice 2.13. Soit 𝐺 un groupe de Lie et g son algèbre de Lie. On introduit sur g la forme
de Killing
𝑘(𝑢, 𝑣) = tr (ad𝑢 ad𝑢 ) , 𝑢, 𝑣 ∈ g.
Montrer que 𝑘 est une forme bilinéaire symétrique invariante par la représentation adjointe de
𝐺 sur g.
CHAPITRE 2. GROUPES DE LIE 39
Exercice 2.15 (Formule de Leibnitz). Montrer que si 𝛼 est une 1-forme, 𝑋, un champ de
vecteur et 𝜙, un difféomorphisme, on a :
En déduire que :
ℒ𝑋 (𝛼(𝑌 )) = (ℒ𝑋 𝛼)(𝑌 ) + 𝛼(ℒ𝑋 𝑌 ).
Exercice 2.16. Soient 𝑆, 𝑇 des champs de tenseurs sur une variété 𝑀 et 𝑋 un champ de
vecteur. Montrer que
ℒ𝑋 (𝑆 ⊗ 𝑇 ) = ℒ𝑋 𝑆 ⊗ 𝑇 + 𝑆 ⊗ ℒ𝑋 𝑇.
Exercice 2.17. Soit 𝑇 un champ d’ordre (𝑝, 𝑞) sur une variété 𝑀 (avec 𝑝, 𝑞 > 0) et 𝑋 un champ
de vecteur. Montrer que, pour toute contraction 𝑐, on a :
ℒ𝑋 (𝑐(𝑇 )) = 𝑐(ℒ𝑋 𝑇 ).
Chapitre 3
Formes différentielles
Les formes différentielles sont avec les champs de vecteurs à la base de la géométrie
différentielles. On peut les intégrer sur des sous-variétés et elles permettent de formu-
ler des équations bilan. Dans ce chapitre, on introduira d’abord les produits extérieurs
et intérieurs, puis la différentielle extérieur. On formulera ensuite le théorème de
Stokes dont découlent les formules intégrales classiques de l’analyse vectorielle. On
introduira ensuite la notion de complexe différentiel, ce qui nous permettra de par-
ler du lemme de Poincaré, d’introduire l’opérateur de Hodge et la co-différentielle.
On donnera enfin deux applications de ce formalisme, les équations de Maxwell et
les équations de compatibilité en élasticité linéaire (dans le cadre des complexes
généralisés).
𝜎(𝑗)
où 𝜉𝑝 sont les composantes de 𝜉𝑝 dans la base (𝑒𝑖 ) et 𝜖(𝜎) est la signature de la permutation
𝜎. Il est facile de vérifier que l’ensemble des formes 𝑒𝑖1 ∧ · · · ∧ 𝑒𝑖𝑘 quand {𝑖1 , . . . , 𝑖𝑘 } parcourt
l’ensemble des partie de {1, . . . , 𝑛} de cardinal 𝑘 forme une base de 𝑘 𝐸 * et donc que
⋀︀
𝑘 Ç å
⋀︁
* 𝑛
dim 𝐸 = .
𝑘
Définition 3.1 (Formes différentielles extérieures).⋀︀ Une forme différentielle extérieure de degré
𝑘 sur
⋀︀𝑘 une variété 𝑀 est une section lisse du fibré 𝑘 𝑇 * 𝑀 . On dénotera cet espace de sections
Γ( 𝑇 * 𝑀 ) par Ω𝑘 (𝑀 ).
Remarque 3.2. Une forme différentielle de degré 0 est simplement une fonction sur 𝑀 à valeurs
réelles.
Remarque 3.3. En coordonnées locales, définies sur une carte 𝑈 de 𝑀 , une forme différentielles
𝛼 de degré 𝑘 sur une variété 𝑀 de dimension 𝑛 s’écrit :
∑︁
𝛼= 𝛼𝑖1 ···𝑖𝑘 𝑑𝑥𝑖1 ∧ · · · ∧ 𝑑𝑥𝑖𝑘
1≤𝑖1 <···<𝑖𝑘 ≤𝑛
40
CHAPITRE 3. FORMES DIFFÉRENTIELLES 41
où (𝑑𝑥𝑖 ) est la base duale de la base (𝜕𝑥𝑖 ) de 𝑇𝑥 𝑀 et 𝛼𝑖1 ···𝑖𝑘 sont des fonctions lisses sur 𝑈 .
Remarque 3.4 (Pullback d’une forme différentielle). On pourra remarquer que la définition que
nous avons donné de 𝜑* 𝛼 (où 𝜑 est un difféomorphisme) ne fait pas intervenir l’inverse de 𝜑
pour une forme différentielle (ni plus généralement pour un tenseur d’order (0, 𝑝)). On peut
donc étendre cette définition dans le cas d’une application lisse 𝑓 : 𝑀 → 𝑁 entre deux variétés
(qui n’est pas nécessairement un difféomorphisme). Plus précisément, à tout 𝑓 ∈ C∞ (𝑀, 𝑁 )
correspond une application linéaire
𝑓 * : Ω𝑘 (𝑁 ) → Ω𝑘 (𝑀 )
définie par
(𝑓 * 𝛽)𝑥 (𝜉1 , . . . , 𝜉𝑘 ) := 𝛽𝑓 (𝑥) (𝑇𝑥 𝑓.𝜉1 , . . . , 𝑇𝑥 𝑓.𝜉𝑘 ), 𝛽 ∈ Ω𝑘 (𝑁 )
pour tout 𝑥 ∈ 𝑀 et 𝜉1 , . . . , 𝜉𝑘 ∈ 𝑇𝑥 𝑀 .
Ω𝑝 (𝑀 ) × Ω𝑞 (𝑀 ) → Ω𝑝+𝑞 (𝑀 ),
où 𝜉1 , 𝜉2 ∈ 𝑇𝑥 𝑀 .
Lemme 3.7. Soient 𝛼 ∈ Ω𝑝 (𝑀 ) et 𝛽 ∈ Ω𝑞 (𝑀 ) alors :
𝛼 ∧ 𝛽 = (−1)𝑝𝑞 𝛽 ∧ 𝛼.
𝜑* (𝛼 ∧ 𝛽) = 𝜑* 𝛼 ∧ 𝜑* 𝛽, et ℒ𝑋 (𝛼 ∧ 𝛽) = ℒ𝑋 𝛼 ∧ 𝛽 + 𝛼 ∧ ℒ𝑋 𝛽.
𝑖𝑋 (𝛼 ∧ 𝛽) = 𝑖𝑋 𝛼 ∧ 𝛽 + (−1)𝑝 𝛼 ∧ 𝑖𝑋 𝛽
un opérateur différentiel
𝑑 : Ω𝑝 (𝑀 ) → Ω𝑝+1 (𝑀 )
appelé la différentielle extérieure et qui étend la différentielle d’une fonction aux formes différentielles
extérieures. La définition intrinsèque de celle-ci est fournie par le théorème suivant qui permet
de la calculer par induction sur le degré. Pour plus de détails et une démonstration rigoureuse,
on pourra consulter [44, chapitre 2].
Théorème 3.12 (Formule de Cartan). Il existe une application linéaire et une seule, appelée
différentielle extérieure
𝑑 : Ω𝑝 (𝑀 ) → Ω𝑝+1 (𝑀 )
qui satisfait pour tout 𝑝 et quel que soit 𝑋 ∈ Vect(𝑀 ) à :
ℒ𝑋 = 𝑑 ∘ 𝑖𝑋 + 𝑖𝑋 ∘ 𝑑. (3.1)
Une expression précise de 𝑑𝛼 est obtenue de façon inductive à partir de la formule de Car-
tan (3.1) et de la formule de Leibniz :
𝑝
∑︁
ℒ𝑋 (𝛼(𝑌1 , . . . , 𝑌𝑝 )) = (ℒ𝑋 𝛼)(𝑌1 , . . . , 𝑌𝑝 ) + 𝛼((𝑌1 , . . . , [𝑋, 𝑌𝑘 ] , . . . , 𝑌𝑝 )).
𝑘=1
Exemple 3.13 (Cas 𝑝 = 0). Ω0 (𝑀 ) est l’espace des fonctions lisses sur 𝑀 à valeurs réelles.
Dans ce cas, on a 𝑖𝑋 𝑓 = 0 et on obtient :
et on obtient :
𝑑𝛼(𝑋, 𝑌 ) = ℒ𝑋 (𝛼(𝑌 )) − ℒ𝑌 (𝛼(𝑋)) − 𝛼([𝑋, 𝑌 ]).
Exemple 3.15 (Cas 𝑝 = 2). Si 𝛼 ∈ Ω1 (𝑀 ) et 𝑋, 𝑌, 𝑍 ∈ Vect(𝑀 ), on obtient :
𝑝+1
∑︁
(𝑑𝛼)(𝑋1 , . . . , 𝑋𝑝+1 ) = (−1)𝑖+1 ℒ𝑋𝑖 (𝛼(𝑋1 , . . . , 𝑋
ˆ 𝑖 , . . . , 𝑋𝑝+1 ))
𝑖=1
∑︁
− ˆ𝑖, . . . , 𝑋
(−1)𝑖+𝑗 𝛼([𝑋𝑖 , 𝑋𝑗 ] , 𝑋1 , . . . , 𝑋 ˆ 𝑗 , . . . , 𝑋𝑝+1 ),
1≤𝑖<𝑗≤𝑝+1
(𝑑𝑓 )𝑖 = 𝜕𝑖 𝑓.
Exemple 3.18 (Cas d’une 1-forme). Si 𝛼 = 𝑛𝑖=1 𝛼𝑖 𝑑𝑥𝑖 est une 1-forme, on obtient :
∑︀
(𝑑𝛼)𝑖𝑗 = 𝜕𝑖 𝛼𝑗 − 𝜕𝑗 𝛼𝑖 .
Exemple 3.19 (Cas d’une 2-forme). Si 𝛼 = 1≤𝑖<𝑗≤𝑛 𝛼𝑖𝑗 𝑑𝑥𝑖 ∧𝑑𝑥𝑗 est une 2-forme, on obtient :
∑︀
Exemple 3.20 (Cas d’une 3-forme). Si 𝛼 = 1≤𝑖<𝑗≤𝑛 𝛼𝑖𝑗𝑘 𝑑𝑥𝑖 ∧ 𝑑𝑥𝑗 ∧ 𝑑𝑥𝑘 est une 3-forme, on
∑︀
obtient :
(𝑑𝛼)𝑖𝑗𝑘𝑙 = 𝜕𝑖 𝛼𝑗𝑘𝑙 − 𝜕𝑗 𝛼𝑖𝑘𝑙 + 𝜕𝑘 𝛼𝑖𝑗𝑙 − 𝜕𝑙 𝛼𝑖𝑗𝑘 .
3. 𝑀 est orientable.
Définition 3.24 (Orientation d’une variété orientable). Étant donné deux formes volumes 𝜔 et
𝜔 ′ , il existe une fonction 𝑓 ∈ C∞ (𝑀 ) qui ne s’annule pas telle que 𝜔 ′ = 𝑓 𝜔. Il y a donc deux pos-
sibilités (puisque 𝑀 est connexe) soit 𝑓 est strictement positive, soit 𝑓 est strictement négative.
On dit que 𝜔 et 𝜔 ′ définissent la même orientation si 𝑓 > 0. C’est une relation d’équivalence.
Le choix d’une orientation sur 𝑀 revient à choisir une de ces deux classe d’équivalence. On dit
alors que la variété 𝑀 est orientée.
Remarque 3.25. Cette définition est à mettre en perspective avec la définition de l’orientation
d’un espace vectoriel 𝐸 de dimension finie. Celle-ci est définie de la façon suivante. On définit une
relation d’équivalence sur l’ensemble des bases de 𝐸. Deux bases, ℬ et ℬ ′ sont équivalentes si le
déterminant de ℬ ′ dans ℬ est positif. Il y a deux classes d’équivalence et le choix d’une d’entre
elle définit une orientation sur 𝐸. La définition de l’orientation d’une variété 𝑀 orientable est
une extension de ce concept, une forme volume généralisant le concept de déterminant.
Remarque 3.26 (Orientation induite sur le bord d’une variété orientée). Considérons une variété
à bord 𝑀 orientable. Soit 𝜔 une forme volume sur 𝑀 et 𝑥 ∈ 𝜕𝑀 . Dans une carte locale au
voisinage de 𝑥, on peut considérer la forme 𝑖𝑛 𝜔 où 𝑛 est un vecteur avec une composante 𝑥1
strictement positive. La classe de cette forme volume définit l’orientation induite sur 𝜕𝑀 , dite
convention de la normale sortante. Par exemple, considérons le prototype d’une variété à bord,
]−∞, 0]×R𝑛−1 muni de l’orientation définie par la forme volume 𝑑𝑥1 ∧· · ·∧𝑑𝑥𝑛 . Alors l’orientation
induite sur le bord R𝑛−1 de ]−∞, 0] × R𝑛−1 est représentée par la forme volume 𝑑𝑥2 ∧ · · · ∧ 𝑑𝑥𝑛 .
𝜔𝛼 := (𝜑−1 * 1 𝑛
𝛼 ) 𝜔 = 𝑓𝛼 𝑑𝑥 ∧ · · · ∧ 𝑑𝑥 ,
qui est une forme différentielle sur R𝑛 et où 𝑓𝛼 : R𝑛 → R est une fonction à support compact
contenu dans l’ouvert 𝜑(𝑈 ). On peut donc considérer l’intégrale (au sens de Riemann ou de
Lebesgue)
𝑓𝛼 (𝑥)𝑑𝑥1 · · · 𝑑𝑥𝑛 ,
R𝑛
qui est une quantité finie. Si maintenant (𝑈𝛽 , 𝜑𝛽 ) est une autre carte contenant le support de 𝜔
et telle que le changement de carte
𝜑𝛼𝛽 := 𝜑𝛽 ∘ 𝜑−1
𝛼 : 𝜑𝛼 (𝑈𝛼 ∩ 𝑈𝛽 ) → 𝜑𝛽 (𝑈𝛼 ∩ 𝑈𝛽 ).
CHAPITRE 3. FORMES DIFFÉRENTIELLES 45
soit
𝑓𝛼 (𝑥) 𝑑𝑥1 ∧ · · · ∧ 𝑑𝑥𝑛 = (𝑓𝛽 ∘ 𝜑𝛼𝛽 )(𝑥)𝐽(𝜑𝛼𝛽 ) 𝑑𝑥1 ∧ · · · ∧ 𝑑𝑥𝑛 .
On a donc
𝑓𝛼 (𝑥) 𝑑𝑥1 · · · 𝑑𝑥𝑛 = 𝑓𝛽 (𝜑𝛼𝛽 (𝑥)) 𝐽(𝜑𝛼𝛽 )𝑑𝑥1 ∧ · · · ∧ 𝑑𝑥𝑛
R𝑛 R𝑛
= 𝑓𝛽 (𝑦) 𝑑𝑦 1 · · · 𝑑𝑦 𝑛 ,
R𝑛
en vertu de la formule de changement de variables dans les intégrales. On peut donc définir sans
ambiguı̈té
𝜔 := (𝜑−1 *
𝛼 ) 𝜔
𝑀 R𝑛
puisque cette quantité est indépendante de la carte (𝑈𝛼 , 𝜑𝛼 ) choisie. On remarquera au passage
que l’application
𝜔 ↦→ 𝜔,
𝑀
est une application linéaire.
Pour définir l’intégrale d’une forme 𝜔 à support compact qui n’est pas contenu dans une
carte, on utilise une partition de l’unité (voir [21, Chapitre 1, Appendice H] pour plus de détails
et la preuve que ça existe), c’est à dire une famille de fonctions lisses définies sur 𝑀 , 𝜌𝛼 , à
support compact et telles que :
1. Pour tout 𝑥 ∈ 𝑀 , 𝜌𝛼 (𝑥) ≥ 0 ;
2. chaque 𝜌𝛼 à son support dans 𝑈𝛼 ;
3. Pour chaque 𝑥 ∈ 𝑀 , il existe seulement un nombre fini de valeur 𝛼 telles que 𝜌𝛼 (𝑥) ̸= 0 ;
∑︀
4. 𝛼 𝜌𝛼 (𝑥) = 1 (il s’agit d’une somme finie de termes non nuls).
On note alors que le support de 𝜌𝛼 𝜔 est contenu dans une carte et on peut donc définir :
(︃∑︁ )︃ ∑︁
𝜔 := 𝜌𝛼 𝜔 = 𝜌𝛼 𝜔
𝑀 𝑀 𝛼 𝛼 R𝑛
et on a de plus
𝜇(𝑓 ∘ 𝐿𝑔 ) = 𝜇(𝑓 ).
C’est la mesure de Haar sur 𝐺. Si de plus 𝐺 est compact, on peut normaliser cette mesure en
la divisant par 𝜇(1). Dans ce cas, on peut montrer que cette mesure est unique et invariante à
la fois à droite et à gauche.
CHAPITRE 3. FORMES DIFFÉRENTIELLES 46
Exemple 3.29. Pour le groupe SO(3, R), avec les coordonnées fournies par les angles d’Euler :
si 𝑓 est une fonction C∞ sur l’intervalle [𝑎, 𝑏]. Nous commencerons par le formuler avant de
donner les grandes lignes d’une démonstration.
Théorème 3.30 (Théorème de Stokes). Soit 𝑀 une variété différentielle orientée de dimension
𝑛, et 𝜔 une (𝑛 − 1)-forme différentielle à support compact sur 𝑀 de classe C∞ . Alors, on a :
𝑑𝜔 = 𝑖* 𝜔
𝑀 𝜕𝑀
et
*
𝑖 𝜔 := (𝜑−1 * *
𝛼 ) 𝑖 𝜔 = (𝑖 ∘ 𝜑−1 *
𝛼 ) 𝜔 = (𝜑−1
𝛼
*
∘ 𝑗) 𝜔 = 𝑗 * 𝜔𝛼 ,
𝜕𝑀 R𝑛−1 R𝑛−1 R𝑛−1 R𝑛−1
où 𝑗 : R𝑛−1 → R𝑛−1 × R est l’injection canonique. Il nous suffit donc d’établir que
𝑑𝜔𝛼 = 𝑗 * 𝜔𝛼 .
]−∞,0]×R𝑛−1 R𝑛−1
et
Ñ é
𝑛 𝑛
∑︁ ∑︁ 𝜕𝑎𝑖
𝑑𝜔𝛼 = 𝑑𝑥1 ∧ · · · ∧ 𝑑𝑥
”𝑖 ∧ · · · ∧ 𝑑𝑥𝑛
𝜕𝑥𝑗
𝑖=1 𝑗=1
𝑛
∑︁ 𝜕𝑎𝑖 1
= (−1)𝑖−1 𝑑𝑥 ∧ · · · ∧ 𝑑𝑥𝑛 .
𝜕𝑥𝑖
𝑖=1
et 0
𝜕𝑎1 1
𝑑𝑥 = 𝑎1 (0, 𝑥2 , . . . , 𝑥𝑛 ).
−∞ 𝜕𝑥1
On en déduit :
𝜕𝑎𝑖 1
𝑑𝑥 · · · 𝑑𝑥𝑛 = 0, 2≤𝑖≤𝑛
]−∞,0]×R𝑛−1 𝜕𝑥𝑖
et
𝜕𝑎1 1
𝑑𝑥 · · · 𝑑𝑥𝑛 = 𝑎1 (0, 𝑥2 , . . . , 𝑥𝑛 ) 𝑑𝑥2 · · · 𝑑𝑥𝑛 .
]−∞,0]×R𝑛−1 𝜕𝑥1 R𝑛−1
On a donc finalement :
𝜕𝑎1 1
𝑑𝜔𝛼 = 𝑑𝑥 · · · 𝑑𝑥𝑛
]−∞,0]×R𝑛−1 ]−∞,0]×R𝑛−1 𝜕𝑥1
= 𝑎1 (0, 𝑥2 , . . . , 𝑥𝑛 ) 𝑑𝑥2 · · · 𝑑𝑥𝑛
𝑛−1
R
= 𝑗 * 𝜔𝛼 .
R𝑛−1
d’où le résultat.
Il est intéressant de noter que toutes les formules intégrales issues de l’analyse vectorielle
classique dans R𝑛 sont des cas particuliers de cette formule générale.
𝑑𝑖𝑋 𝜔 = div(𝑋)𝜔.
Dans un système de coordonnée locales (𝑢, 𝑣) sur 𝑆, la surface 𝑆 est représentée localement par :
Définition 3.34. Une forme différentielle 𝛼 ∈ Ω𝑘 (𝑀 ) est dite fermée si 𝑑𝛼 = 0. Elle est dite
exacte si elle s’écrit 𝑑𝛽 avec 𝛽 ∈ Ω𝑘−1 (𝑀 ).
Une question naturelle qui se pose est de déterminer sous quelle conditions, une forme 𝛼 est
exacte. Comme 𝑑 ∘ 𝑑 = 0, toute forme exacte est fermée. Une condition nécessaire pour être
exacte est donc d’être fermée, c’est ce qu’on appelle une condition de compatibilité. Le résultat
suivant, du à H. Poincaré établit que toute forme fermée est localement exacte.
Lemme 3.35 (Lemme de Poincaré). Soit 𝐵 une boule ouverte centrée en 0 dans R𝑛 et 𝛼 ∈
Ω𝑘 (𝑈 ) (1 ≤ 𝑘 ≤ 𝑛). Si 𝑑𝛼 = 0, alors il existe 𝛽 ∈ Ω𝑘−1 (𝐵) tel que 𝛼 = 𝑑𝛽.
On pourra vérifier que l’intégrale est convergente et dépend de façon lisse de 𝑥 ∈ 𝐵. On montre
ensuite que 𝐻 et 𝑑 commutent. En effet (dérivation sous le signe somme) :
0 0
𝑠 *
(𝑑 ∘ 𝐻)𝛼 = 𝑑(𝜙 ) 𝛼 𝑑𝑠 = (𝜙𝑠 )* 𝑑𝛼 𝑑𝑠 = (𝐻 ∘ 𝑑)𝛼.
−∞ −∞
Par ailleurs
0 0
𝑑
(𝐻 ∘ ℒ𝑋 )𝛼 = 𝑠 *
(𝜙 ) ℒ𝑋 𝛼 𝑑𝑠 = [(𝜙𝑠 )* 𝛼] 𝑑𝑠 = [(𝜙𝑠 )* 𝛼]0−∞ = 𝛼.
−∞ −∞ 𝑑𝑠
𝑑 ∘ 𝐾 + 𝐾 ∘ 𝑑 = 𝑑 ∘ 𝐻 ∘ 𝑖𝑋 + 𝐻 ∘ 𝑖𝑋 ∘ 𝑑 = 𝐻 ∘ (𝑑 ∘ 𝑖𝑋 + 𝑖𝑋 ∘ 𝑑) = 𝐻 ∘ ℒ𝑋 = Id.
Par conséquent si 𝑑𝛼 = 0 on a :
𝛼 = (𝑑 ∘ 𝐾 + 𝐾 ∘ 𝑑)𝛼 = 𝑑(𝐾𝛼).
définie sur R2 ∖ {0}. On vérifie facilement que 𝑑𝛼 = 0. En raisonnant par l’absurde, nous allons
montrer que 𝛼 n’est pas exacte sur 𝑀 . Soit 𝑖 : 𝑆 1 → R2 ∖ {0} l’injection canonique du cercle
unité (paramétré par 𝜃) dans R2 ∖ {0}. On a alors 𝑖* 𝛼 = 𝑑𝜃 et donc
𝑖* 𝛼 = 2𝜋.
𝑆1
d’après le théorème de Stokes, car le bord du cercle est vide, ce qui mène à une contradiction.
Cet exemple illustre le fait que le lemme de Poincaré est vraiment un résultat local et non
global. Nous rencontrerons d’autres problèmes où une condition de compatibilité entraı̂ne l’exis-
tence d’un potentiel local mais pas global. Le lemme de Poincaré nous assure que
î ó î ó
Im 𝑑 : Ω𝑘−1 (𝑈 ) → Ω𝑘 (𝑈 ) = ker 𝑑 : Ω𝑘 (𝑈 ) → Ω𝑘+1 (𝑈 ) , 𝑘 = 1, . . . 𝑛,
ce qu’on appelle, en termes savants, l’exactitude (locale) du complexe (3.6). Toutefois, le com-
plexe de de Rham (3.6) n’est en général pas globalement exact. On est donc conduit à définir ce
défaut d’exactitude en introduisant les espaces vectoriels quotients
ker 𝑑 : Ω𝑘 (𝑀 ) → Ω𝑘+1 (𝑀 )
[︀ ]︀
𝑘
𝐻 (𝑀 ) := .
Im [𝑑 : Ω𝑘−1 (𝑀 ) → Ω𝑘 (𝑀 )]
Ce sont les groupes de cohomologie de de Rham. De façon plus pragmatique, deux formes
différentielles 𝛼1 et 𝛼2 définissent la même classe de cohomologie [𝛼], si 𝛼1 = 𝛼2 + 𝑑𝛽. Ces
espaces vectoriels donnent des informations topologiques sur la variété 𝑀 (comme le nombre de
≪ trous ≫ par exemple).
Exemple 3.38. Soit 𝑀 une variété compacte sans bord (dans le jargon mathématique on
appelle ça une variété fermée) et orientable de dimension 𝑛 (par exemple la sphère ou le tore).
Soit 𝜔 ∈ Ω𝑛 (𝑀 ) une forme volume sur 𝑀 . Alors 𝑑𝜔 = 0 mais 𝜔 n’est pas exacte, sinon on aurait
d’après le théorème de Stokes
𝜔= 𝑑𝛽 = 𝑖* 𝛽 = 0,
𝑀 𝑀 𝜕𝑀
ce qui mènerait à une contradiction. Ceci montre que 𝐻 𝑛 (𝑀 ) ̸= 0. En fait, on peut montrer que
𝐻 𝑛 (𝑀 ) est un espace vectoriel de dimension 1 et que la classe [𝜔] de n’importe quelle forme
volume 𝜔 sur 𝑀 fournit une base de cet espace vectoriel.
Exemple 3.39. Dans l’espace orienté R3 par le déterminant dans la base canonique 𝜔 = (𝜀𝑖𝑗𝑘 ),
nous avons introduit l’opérateur 𝑗 qui associe à tout vecteur 𝑥 ∈ R3 la 2-forme
𝑗(𝑥)𝑖𝑗 := 𝜀𝑖𝑗𝑘 𝑥𝑘 .
𝑒 𝑖1 ∧ · · · ∧ 𝑒 𝑖𝑘 ,
⋀︀𝑛−𝑘
où 𝑖1 < · · · < 𝑖𝑘 . Une base de 𝐸 * est fournie par les 𝑛 − 𝑘-formes
𝑒𝑖𝑘+1 ∧ · · · ∧ 𝑒𝑖𝑛 ,
où 𝑖𝑘+1 < · · · < 𝑖𝑛 . Nous allons maintenant expliciter l’opérateur de Hodge dans ces bases.
Pour chaque ensemble d’indice 𝐼 := (𝑖1 , . . . , 𝑖𝑘 ) dans {1, . . . 𝑛} avec 𝑖1 < · · · < 𝑖𝑘 , désignons
par 𝐽 := (𝑖𝑘+1 , . . . , 𝑖𝑛 ) le (𝑛 − 𝑘)-uplet complémentaire de 𝐼 avec 𝑖𝑘+1 < · · · < 𝑖𝑛 et par 𝜀(𝐼, 𝐽)
la signature de la permutation
Å ã
1 2 ··· ··· 𝑛
.
𝑖1 𝑖2 · · · · · · 𝑖𝑛
Alors on a :
*(𝑒𝑖1 ∧ · · · ∧ 𝑒𝑖𝑘 ) := 𝜀(𝐼, 𝐽)𝑒𝑖𝑘+1 ∧ · · · ∧ 𝑒𝑖𝑛 .
L’opérateur de Hodge est un isomorphisme, son inverse étant défini par :
𝑣 ↦→ 𝑣 ♯ := ⟨𝑣, ·⟩, 𝐸 → 𝐸*
(𝑣 ♯ )𝑖 = 𝜂𝑖𝑗 𝑋 𝑗 , (𝛼♭ )𝑖 = 𝜂 𝑖𝑗 𝛼𝑗 .
Définition 3.40 (Volume euclidien canonique). Le choix d’une base orthonormée (𝑒𝑖 ) de 𝐸
permet de définir une forme volume
𝜔 := 𝑒1 ∧ · · · ∧ 𝑒𝑛
à partir de la base duale (𝑒𝑖 ). Si on choisit une nouvelle base orthonormée, alors la nouvelle forme
volume diffère de l’ancienne par un signe. Le choix d’une orientation sur 𝐸 fixe ce signe et fait
de 𝐸 un espace euclidien (ou pseudo-euclidien) orienté, ce que nous supposerons dorénavant. La
forme 𝜔 ainsi définie apparaı̂t donc comme canonique (elle ne dépend pas du choix d’une base
orthonormée directe choisie pour la construire).
CHAPITRE 3. FORMES DIFFÉRENTIELLES 52
en posant :
*(𝑒𝑖1 ∧ · · · ∧ 𝑒𝑖𝑘 ) := *((𝑒𝑖1 )♯ ∧ · · · ∧ (𝑒𝑖𝑘 )♯ ).
Remarque 3.41. Attention, si 𝐸 un espace euclidien on a (𝑒𝑖 )♭ = 𝑒𝑖 pour tout 𝑖 mais ceci n’est
plus vrai dans un espace pseudo-euclidien. où ces deux vecteurs peuvent différer par un signe.
Dans ce cas, la formule correcte est (𝑒𝑖 )♭ = ⟨𝑒𝑖 , 𝑒𝑖 ⟩ 𝑒𝑖 . L’opérateur de Hodge
𝑘
⋀︁ 𝑛−𝑘
⋀︁
*: 𝐸* → 𝐸*, 𝑘 = 0, . . . , 𝑛
s’écrit alors
* 1 = 𝑑𝑥 ∧ 𝑑𝑦,
* 𝑑𝑥 = 𝑑𝑦, *𝑑𝑦 = −𝑑𝑥
* (𝑑𝑥 ∧ 𝑑𝑦) = 1.
Remarque 3.44. On notera que l’opérateur de Hodge envoie 𝑛 (R2 )* sur R. Mais attention, si
⋀︀
on change d’orientation, cet isomorphisme change de signe. On désigne souvent ces quantités
numériques qui change de signe avec l’orientation par le terme de pseudo-scalaire. Ainsi, le
produit vectoriel de deux vecteurs dans R2 est un pseudo-scalaire.
Remarque 3.45. On notera que l’opérateur de Hodge envoie 1 (R2 )* sur lui même. Plus⋀︀généralement,
⋀︀
si 𝐸 est de dimension 𝑛 = 2𝑝 paire, l’opérateur de Hodge est un endomorphisme de 𝑝 𝐸 * .
Exemple 3.46. Sur l’espace euclidien R3 , on a par exemple :
* 1 = 𝑑𝑥 ∧ 𝑑𝑦 ∧ 𝑑𝑧,
* 𝑑𝑥 = 𝑑𝑦 ∧ 𝑑𝑧, * 𝑑𝑦 = −𝑑𝑥 ∧ 𝑑𝑧, * 𝑑𝑧 = 𝑑𝑥 ∧ 𝑑𝑦,
* (𝑑𝑦 ∧ 𝑑𝑧) = 𝑑𝑥, * (𝑑𝑥 ∧ 𝑑𝑧) = −𝑑𝑦, * (𝑑𝑥 ∧ 𝑑𝑦) = 𝑑𝑧,
* (𝑑𝑥 ∧ 𝑑𝑦 ∧ 𝑑𝑧) = 1.
⋀︀𝑘
Remarque 3.47. D’une façon plus intrinsèque, si on introduit la métrique induite sur 𝐸*,
définie sur les vecteurs décomposables
𝛼 = 𝛼1 ∧ · · · ∧ 𝛼𝑘 , 𝛽 = 𝛽1 ∧ · · · ∧ 𝛽𝑘
par
⟨𝛼, 𝛽⟩ := det⟨𝛼𝑖 , 𝛽𝑖 ⟩,
alors l’opérateur de Hodge est caractérisé par :
⋀︀𝑘
Théorème 3.48. Soient 𝛼 ∈ 𝐸 * . Alors
* * 𝛼 = (−1)𝑘(𝑛−𝑘)+𝑠 𝛼
où 𝑠 est la signature de la métrique 𝜂, c’est à dire le nombre de signe moins dans une forme
diagonale de la métrique.
L’opérateur de Hodge permet de relier les opérateurs usuels de l’analyse vectorielle (gra-
dient, divergence, rotationnel) aux formes différentielles. Ainsi, par exemple sur l’espace eucli-
dien orienté R3 , on définit alors le gradient, la divergence et le rotationnel de la façon suivante
(le détail des calculs est laissé au lecteur, à titre d’exercice) :
grad 𝑓 := (𝑑𝑓 )♯ , div 𝑋 = *𝑑 * 𝑋 ♭ , rot 𝑋 := (*𝑑𝑋 ♭ )♯ ,
où 𝑓 ∈ C∞ (R3 ) et 𝑋 ∈ Vect(R3 ). Comme 𝑑2 = 0, on trouve immédiatement :
rot ∘ grad 𝑓 = 0, div ∘ rot 𝑋 = 0.
Le lemme de Poincaré nous permet alors de formuler les résultats suivants.
Corollaire 3.49. La condition nécessaire (et localement suffisante) pour qu’un champ de vecteur
𝐸 sur R3 soit le gradient d’une fonction 𝑈 est :
rot 𝐸 = 0.
La condition nécessaire (et localement suffisante) pour qu’un champ de vecteur 𝐵 sur R3 soit le
rotationnel d’un champ de vecteur 𝐴 est :
div 𝐵 = 0.
L’opérateur de Hodge va également nous permettre de définir un complexe dual du complexe
𝑑 𝑑
Ω0 (𝐸) → Ω1 (𝐸) → Ω2 (𝐸) → · · · → Ω𝑛 (𝐸),
en introduisant l’≪ adjoint ≫, noté 𝛿, de la différentielle extérieure 𝑑.
Définition 3.50 (Co-différentielle). Soit 𝐸 un espace vectoriel euclidien (ou pseudo-euclidien)
de dimension 𝑛. La co-différentielle 𝛿 est l’opérateur linéaire
𝛿 : Ω𝑘 (𝐸) → Ω𝑘−1 (𝐸)
définie par :
𝛿 := (−1)𝑛(𝑘−1)+1+𝑠 * 𝑑*
Remarque 3.51. Comme 𝑑2 = 0, on en déduit que 𝛿 2 = 0.
Remarque 3.52. La co-différentielle 𝛿 peut être considérée comme l’adjoint de 𝑑 si on introduit le
produit scalaire suivant sur l’espace vectoriel de dimension infini Ω𝑘𝑐 (𝐸) des formes différentielles
sur 𝐸 à support compact :
⟨𝛼, 𝛽⟩𝑘 := 𝛼 ∧ (*𝛽).
𝐸
En effet, soit 𝛼 ∈ Ω𝑘−1
𝑐 (𝐸) et 𝛽 ∈ Ω𝑘𝑐 (𝐸), on a :
⟨𝑑𝛼, 𝛽⟩𝑘 = 𝑑𝛼 ∧ (*𝛽)
𝐸
= 𝑑(𝛼 ∧ (*𝛽)) − (−1)𝑘−1 𝛼 ∧ (𝑑 * 𝛽)
𝐸 𝐸
= 𝑑(𝛼 ∧ (*𝛽)) − (−1)𝑘−1 (−1)(𝑛−𝑘+1)(𝑛−(𝑛−𝑘+1))+𝑠 𝛼 ∧ *(*𝑑 * 𝛽)
𝐸 𝐸
= ⟨𝛼, 𝛿𝛽⟩𝑘−1 ,
d’après le théorème de Stokes.
CHAPITRE 3. FORMES DIFFÉRENTIELLES 54
On peut vérifier que les deux premières équations de Maxwell (3.3) se réécrivent :
𝑑F = 0.
Le lemme de Poincaré nous assure alors l’existence d’une 1-forme A sur R4 telle que F = 𝑑A.
En désignant les composantes de cette 1 forme par (𝐴1 , 𝐴2 , 𝐴3 , −𝑈 ), on retrouve :
𝐸 = − grad 𝑈 − 𝜕𝑡 𝐴, 𝐵 = rot 𝐴.
de sorte que
*J := −𝜌𝑑𝑥1 ∧ 𝑑𝑥2 ∧ 𝑑𝑥3 + 𝑗 1 𝑑𝑥2 ∧ 𝑑𝑥3 ∧ 𝑑𝑥4 − 𝑗 2 𝑑𝑥1 ∧ 𝑑𝑥3 ∧ 𝑑𝑥4 + 𝑗 3 𝑑𝑥1 ∧ 𝑑𝑥2 ∧ 𝑑𝑥4
𝜕𝑡 𝜌 + div 𝑗 = 0.
𝑑A = F, 𝑑F = 0, A ∈ Ω1 (R4 ), F ∈ Ω2 (R4 ),
CHAPITRE 3. FORMES DIFFÉRENTIELLES 56
𝛿G = J, 𝛿J = 0, J ∈ Ω1 (R4 ), G ∈ Ω2 (R4 ),
en plus d’une loi de comportement G = CF, qui couple les deux complexes. Comme nous allons
le voir dans la section suivante, cette interprétation de se limite pas aux équations de Maxwell.
Remarque 3.55. Il peut être intéressant de continuer
⋀︀de distinguer entre les indices covariants et
contravariants. Alors l’opérateur de Hodge envoie 𝑘 𝐸 sur 𝑛−𝑘 𝐸 * et la co-différentielle agit
⋀︀
sur les tenseurs contravariants antisymétriques. Le tenseur 𝐺 devient un tenseur contravariant
d’ordre 2 lié à 𝐹 par la relation 𝐺 = 𝐹 ♯ (dans le cas du vide) et 𝐽, un tenseur contravariant
d’ordre 1.
Modules de Schur
Une forme différentielle 𝛼 de degré 𝑘 sur R𝑛 peut être considérée comme une application C∞
𝑘
⋀︁
𝛼 : R → (R𝑛 )*
𝑛
où 𝑘 (R𝑛 )* est l’espace des tenseurs covariants⋀︀d’ordre 𝑘 totalement antisymétriques sur R𝑛 .
⋀︀
On va maintenant substituer l’espace tensoriel 𝑘 (R𝑛 )* par un autre sous-espace de tenseurs
covariants d’ordre 𝑘 avec un type de symétrie indicielle différent (pour plus de détails, on pourra
consulter [20] ou [55]), pour définir des complexes différentiels qui nous permettrons d’interpréter
de façon géométrique les équations de l’élasticité.
Définition 3.56. Une partition de l’entier 𝑘 en 𝑝 facteur est un 𝑝-uplet (𝑘1 , · · · , 𝑘𝑝 ) avec 𝑘1 ≥
𝑘2 ≥ 𝑘𝑝 ≥ 1 et tel que :
𝑘 = 𝑘1 + · · · + 𝑘𝑝 .
CHAPITRE 3. FORMES DIFFÉRENTIELLES 57
On peut représenter graphiquement une telle partition par ce qu’on appelle un diagramme
d’Young de taille 𝑘. Par exemple, les partitions (2, 2), (3, 1), (1, 1, 1, 1) et (4) du nombre entier
4 correspondent respectivement au diagrammes suivants :
Un même diagramme d’Young peut être numéroté de plusieurs façons différentes, par exemple :
1 2 3 1
3 2
Un diagramme d’Young numéroté est appelé un tableau d’Young et sera noté 𝐷. ⨂︀𝑘 𝑛 *
À chaque tableau d’Young 𝐷 de taille 𝑘, on va associer
⨂︀𝑘 𝑛 *un sous-espace vectoriel de (R ) ,
𝐷 𝑛
noté 𝑆 R , défini de la manière suivante. Soit 𝑇 ∈ (R ) , c’est à dire une application 𝑘-
linéaire
𝑇 : R𝑛 × · · · × R𝑛 → R, (𝑥1 , . . . , 𝑥𝑘 ) ↦→ 𝑇 (𝑥1 , . . . , 𝑥𝑘 ).
Alors, 𝑇 ∈ 𝑆 𝐷 R𝑛 si :
1. 𝑇 est totalement antisymétrique sur chaque colonne de 𝐷 ;
2. L’anti-symmetrisation totale de 𝑇 sur une colonne de 𝐷 et une case immédiatement à
droite de cette colonne s’annule.
Exemple 3.57. Soit 𝑇 dans 𝑆 𝐷 R𝑛 où 𝐷 est le tableau d’Young suivant :
1 2
3
1 2
3 4
𝑅𝑗𝑖𝑘𝑙 = −𝑅𝑖𝑗𝑘𝑙 ,
𝑅𝑖𝑗𝑙𝑘 = −𝑅𝑖𝑗𝑘𝑙 ,
𝑅𝑖𝑗𝑘𝑙 + 𝑅𝑗𝑘𝑖𝑙 + 𝑅𝑘𝑖𝑗𝑙 = 0,
𝑅𝑖𝑗𝑘𝑙 + 𝑅𝑖𝑘𝑙𝑗 + 𝑅𝑖𝑙𝑗𝑘 = 0.
Ces symétries correspondent à celles du tenseur de courbure de Riemann. Il est connu que
𝑅 possède la symétrie supplémentaire suivante 𝑅𝑘𝑙𝑖𝑗 = 𝑅𝑗𝑖𝑘𝑙 , qui est une conséquence des
précédentes.
Remarque 3.59. Un espace 𝑆 𝐷 R𝑛 associé à un diagramme d’Young constitué d’une seule ligne
correspond aux tenseurs totalement symétriques d’ordre 𝑘, alors qu’un espace 𝑆 𝐷 (R𝑛 ) associé à
un diagramme d’Young constitué d’une seule colonne correspond aux tenseurs d’ordre 𝑘 totale-
ment antisymétriques.
CHAPITRE 3. FORMES DIFFÉRENTIELLES 58
Ces deux actions commutent. On peut montrer que les espaces 𝑆 𝐷 R𝑛 sont des espaces irréductibles
pour l’action de GL(𝑛, R) (voir [20] pour plus de détails). De plus, si 𝐷1 et 𝐷2 sont deux tableaux
d’Young correspondant à un même diagramme d’Young 𝜆 (autrement dit, deux numérotages
différents de 𝜆), alors il existe une permutation 𝜎 ∈ S𝑘 tel que 𝐷2 = 𝜎 · 𝐷1 et les espaces de
tenseurs 𝑆𝐷1 et 𝑆𝐷2 sont isomorphes (en tant que représentation de GL(𝑛, R)), l’isomorphisme
entre les deux étant donné explicitement par :
𝑇 ↦→ 𝜎 · 𝑇, (𝜎 · 𝑇 )(𝑥1 , . . . , 𝑥𝑘 ) = 𝑇 (𝑥𝜎(1) , . . . , 𝑥𝜎(𝑘) ).
Définition 3.61. Le module de Schur 𝑆 𝜆 (R𝑛 ) est défini comme la classe d’équivalence des
espaces 𝑆 𝐷 R𝑛 (modulo isomorphismes équivariant par GL(𝑛, R)) correspondant à un même
diagramme d’young 𝜆.
On peut montrer le théorème suivant [20].
Théorème 3.62 (Décomposition de Schur-Weyl). Toute représentation tensoriel de GL(𝑛, R)
peut s’écrire comme une somme directe d’espaces vectoriels isomorphe (en tant que représentation
de GL(𝑛, R)) à 𝑆 𝜆 (R𝑛 ).
Exemple 3.63 (Tenseur d’ordre 2). Tout tenseur covariant d’ordre 2 se décompose en la somme
d’un tenseur symétrique et d’un tenseur antisymétrique, ce qu’on pourra écrire schématiquement :
2
⨂︁ 1
(R𝑛 )* = 1 2 ⊕ 2
Exemple 3.64 (Tenseur d’ordre 3). Pour un tenseur covariant d’ordre 3, ca devient légèrement
plus compliqué. La décomposition s’écrit :
1
3
⨂︁ 1 2 1 3 2
𝑛 * 1 2 3 3 2
(R ) = ⊕ ⊕ ⊕ 3
où 𝑖, 𝑗 indexent respectivement les lignes et les colonnes du tableau 𝜆 et ℎ(𝑖, 𝑗) est la ≪ longueur
d’équerre ≫ de la cellule (𝑖, 𝑗) qui vaut 1 plus le nombre de cellules immédiatement à droite, plus
le nombre de cellules immédiatement en dessous de la cellule (𝑖, 𝑗).
Exemple 3.67. On a :
𝑛2 (𝑛2 − 1)
dim 𝑆 (2,2) R𝑛 = .
12
En particulier, dim 𝑆 (2,2) R2 = 1 et dim 𝑆 (2,2) R3 = 6.
1 2
1 2 1 2 3 4
1 1 2 3 3 4 5 ···
1 2 3 1 2 3 1 2 3
1 1 2 1 2 3 4 4 5 4 5 ···
Définition 3.71. Le complexe généralisé Ω∙𝑁 (R𝑛 ) est défini par la suite des espaces de champs
de tenseurs
𝑁
Ω𝑝𝑁 (R𝑛 ) := Γ(𝑆 𝐷𝑝 R𝑛 ),
avec Ω0𝑁 (R𝑛 ) = C∞ (R𝑛 ) et la différentielle
Remarque 3.72. On note que Ω∙1 (R𝑛 ) n’est autre que le complexe de de Rham et que 𝑑 n’est
autre que la différentielle extérieure dans ce cas.
CHAPITRE 3. FORMES DIFFÉRENTIELLES 60
Remarque 3.73. On pourra noter que Ω𝑝𝑁 (R𝑛 ) = 0 si 𝑝 > 𝑁 𝑛 (car tout tenseur covariant
antisymétrique sur 𝑛 + 1 variables dans R𝑛 est nul. En particulier, le complexe Ω∙𝑁 (R𝑛 ) est fini.
(𝑑𝑓 )𝑖 = 𝜕𝑖 𝑓.
Si 𝑍 ∈ Ω12 (R𝑛 ), on a
1
(𝑑𝑍)𝑖𝑗 = (𝜕𝑖 𝑍𝑗 + 𝜕𝑗 𝑍𝑖 ).
2
Si 𝐺 ∈ Ω22 (R𝑛 ), on a
2
(𝑑𝐺)𝑖𝑗𝑘 = (𝜕𝑘 𝐺𝑖𝑗 − 𝜕𝑖 𝐺𝑗𝑘 ).
3
Si 𝑇 ∈ Ω32 (R𝑛 ), on a
1
(𝑑𝑇 )𝑖𝑗𝑘𝑙 = (𝜕𝑙 𝑇𝑖𝑗𝑘 + 𝜕𝑘 𝑇𝑗𝑖𝑙 + 𝜕𝑗 𝑇𝑘𝑙𝑖 + 𝜕𝑖 𝑇𝑙𝑘𝑗 ).
4
On remarquera en particulier que
1
(𝑑2 𝐺)𝑖𝑗𝑘𝑙 = (𝜕𝑖 𝜕𝑗 𝐺𝑘𝑙 + 𝜕𝑘 𝜕𝑙 𝐺𝑖𝑗 − 𝜕𝑗 𝜕𝑘 𝐺𝑖𝑙 − 𝜕𝑖 𝜕𝑙 𝐺𝑗𝑘 )
3
est égal au tenseur de Saint-Venant 𝑊 (𝐺) à une constante multiplicative près.
Comme les champ de tenseurs dans Ω𝑝𝑁 (R𝑛 ) sont totalement antisymétriques sur chaque
colonne, on déduit du lemme de Schwarz (𝜕𝑖 𝜕𝑗 = 𝜕𝑗 𝜕𝑖 ) le résultat suivant.
vérifie 𝑑𝑁 +1 = 0.
𝑑 𝑑 𝑑
→1 →2 →3
Duboix–Violette & Henneaux ont également montré qu’on peut généraliser l’opérateur de
Hodge et la co-différentielle dans le cas des complexes généralisés et que le complexe dual associé
est également localement exacte.
Comme on ne suppose pas ici la donnée d’un produit scalaire, on prendra garde à différencier
les tenseurs covariants et contravariants et on notera Ω𝑁 𝑛
𝑝 (R ) l’espace des sections à valeur dans
le fibré des tenseurs contravariants ayant une symétrie associé au tableau d’Young (𝐷𝑝𝑁 ). Dans
le cas qui nous intéresse, 𝑁 = 2 et 𝑛 = 3, le complexe dual est donc un complexe de champs
contravariants qu’on notera :
𝛿 𝛿 𝛿
Ω21 (R3 ) ←
1
Ω22 (R3 ) ←
2
Ω24 (R3 ) ←
3
Ω25 (R3 ), (3.10)
En particulier, un élément 𝑢 dans Ω21 (R3 ) est un champ de vecteur, un élément 𝜎 dans Ω22 (R3 )
est un champ de tenseur contravariant d’ordre 2 symétrique (comme le champs des contraintes
𝜎 = (𝜎 𝑖𝑗 )), . . . .
Remarque 3.76 (Adjoint formel). On peut donner une interprétation formelle simple de la co-
différentielle généralisée 𝛿𝑖 . On peut contracter ponctuellement un élément 𝛼 = (𝛼𝑖1 ···𝑖𝑝 ) dans
Ω𝑝𝑁 (R𝑛 ) avec un élément 𝑇 = (𝑇 𝑖1 ···𝑖𝑝 ) dans Ω𝑁 𝑛
𝑝 (R ). On notera cette contraction par 𝛼 · 𝑇 . Si
𝑛
on fixe une forme volume 𝜔 sur R , on peut alors former le ≪ produit scalaire ≫
< 𝛼, 𝑇 >:= (𝛼 · 𝑇 ) 𝜔
R𝑛
On peut vérifier que 𝜏 ∈ Ω42 (R3 ) et inversement que tout 𝜏 dans Ω42 (R3 ) peut s’écrire de cette
façon. On peut vérifier également qu’on a :
𝑑3 𝜏 = 0 ⇔ div 𝜎 = 0.
L’exactitude du complexe (3.9) nous assure alors qu’il existe 𝜑 ∈ Ω22 (R3 ) tel que 𝜏 = 𝑑2 𝜑 et on
en déduit
𝜎 𝑖𝑗 = 𝜀𝑖𝑚𝑘 𝜀𝑗𝑛𝑙 𝜕𝑘 𝜕𝑙 𝜑𝑚𝑛 .
Le tenseur symétrique du deuxième ordre 𝜑 est connu en mécanique comme le potentiel des
contraintes de Beltrami.
Remarquons enfin qu’on aurait pu aussi réécrire l’équation div 𝜎 = 0 sous la forme 𝛿1 𝜎 = 0
et déduire de l’exactitude locale du complexe (3.10) l’existence locale d’un champ de tenseur
𝑅 = (𝑅𝑖𝑗𝑘𝑙 ) dans Ω24 (R𝑛 ) tel que 𝛿2 𝑅 = 𝜎, ce qui s’écrit (voir [13]) :
𝜎 𝑖𝑗 = 𝜕𝑘 𝜕𝑙 𝑅𝑖𝑗𝑘𝑙 .
CHAPITRE 3. FORMES DIFFÉRENTIELLES 62
3.4 Exercices
Exercice 3.1. Soit 𝑋 un champ de vecteur sur R𝑛 et 𝜔 := 𝑑𝑥1 ∧ · · · 𝑑𝑥𝑛 la forme volume
canonique sur R𝑛 . Montrer que :
𝑑𝑖𝑋 𝜔 = div(𝑋)𝜔.
Exercice 3.2. Soit 𝑋 un champ de vecteur, 𝑓 ∈ C∞ (𝑀 ). Montrer que sur les formes différentielles,
on a :
ℒ𝑓 𝑋 = 𝑓 ℒ𝑋 + 𝑑𝑓 ∧ 𝑖𝑋
Exercice 3.3. Soit 𝑋 un champ de vecteur (dépendant du temps ou non) et 𝜙𝑡 son flot. Monter
que pour toute forme différentielle 𝜔, on a :
𝑑 𝑡 *
(𝜙 ) 𝜔 = (𝜙𝑡 )* ℒ𝑋 𝜔
𝑑𝑡
Exercice 3.4. Soit 𝑋 un champ de vecteur dépendant du temps. Montrer que la formule de
Cartan
ℒ𝑋 𝜔 = 𝑖𝑋 𝑑𝜔 + 𝑑𝑖𝑋 𝜔
est toujours valable.
Exercice 3.5 (Preuve du théorème de la sphère chevelue). 1. Soit 𝜔 une forme volume sur
R𝑛 et 𝑆 une sous-variété de dimension 𝑛 − 1. Montrer que si 𝑛 est un champ normal à 𝑆
alors 𝑖𝑛 𝜔 est une forme volume sur 𝑆.
2. Soit 𝑆 2 (𝑟) la sphère de rayon 𝑟 dans R3 et 𝛼 = 𝑥𝑑𝑦 ∧ 𝑑𝑧 − 𝑦𝑑𝑥 ∧ 𝑑𝑧 + 𝑧𝑑𝑥 ∧ 𝑑𝑦. Montrer
que
𝜔 = 𝐶𝑟3 ,
𝑆 2 (𝑟)
Exercice 3.8. Soit 𝜀𝑖𝑗𝑘 le tenseur de Levi-Civita et 𝛿𝑖𝑗 le tenseur de Kronecker. Montrer que :
𝜀𝑖𝑗𝑘 𝜀𝑝𝑞𝑟 = 𝛿𝑖𝑝 𝛿𝑗𝑞 𝛿𝑘𝑟 + 𝛿𝑗𝑝 𝛿𝑘𝑞 𝛿𝑖𝑟 + 𝛿𝑘𝑝 𝛿𝑖𝑞 𝛿𝑗𝑟 − 𝛿𝑘𝑝 𝛿𝑗𝑞 𝛿𝑖𝑟 − 𝛿𝑖𝑝 𝛿𝑘𝑞 𝛿𝑗𝑟 − 𝛿𝑗𝑝 𝛿𝑖𝑞 𝛿𝑘𝑟 .
Chapitre 4
64
CHAPITRE 4. LOIS DE DÉRIVATION SUR LES FIBRÉS VECTORIELS 65
Exemple 4.5 (Loi de dérivation sur le fibré dual). En partant de la loi de dérivation canonique
sur C∞ (𝑀 ) et d’une loi sur Γ(E), on obtient une lois de dérivation sur Γ(E* ) en posant :
(∇𝑋 𝛼) (𝑠) := ∇𝑋 (𝛼(𝑠)) − 𝛼 (∇𝑋 𝑠)
où 𝑠 ∈ Γ(E) et 𝛼 ∈ Γ(E* ).
Exemple 4.6. En partant de lois de dérivation ∇1 et ∇2 sur Γ(E1 ) et Γ(E2 ), on obtient une
fibré vectoriel ℒ (E1 , E2 ) des endomorphismes linéaires de E1 dans
loi de dérivation ∇12 sur le ⨂︀
*
E2 qui n’est autre que Γ(E1 E2 ) :
(∇12 2 1
𝑋 𝐿)(𝑠) = ∇𝑋 (𝐿𝑠) − 𝐿(∇𝑋 𝑠).
Remarque 4.10 (Expression locale d’une dérivée covariante). Soit (𝑥𝑖 ) un système de coordonnées
locales. Une dérivée covariante ∇ est (localement) entièrement déterminée par la connaissance
des champs de vecteurs
∇𝜕 𝑖 𝜕 𝑗 = Γ𝑘𝑖𝑗 𝜕 𝑘 .
Les Γ𝑘𝑖𝑗 , appelés symboles de Christoffel, sont donc les coordonnées de ∇ dans la carte locale
(𝑥𝑖 ). Attention, les symboles de Christoffel ne se comportent pas comme les composantes d’un
champ de tenseur dans un changement de carte (voir exercice 4.10).
∇𝑋 𝑌 = 𝑑𝑌.𝑋,
Remarque 4.12. Une dérivée covariante sur 𝑀 induit donc, en vertu des remarques précédentes,
une loi de dérivation sur Γ(𝑇 * 𝑀 ) définie par :
et plus généralement sur tous les champs de tenseurs sur 𝑀 . Inversement, toute loi de dérivation
sur Γ(𝑇 * 𝑀 ) induit une dérivée covariante sur 𝑀 .
Remarque 4.13. Une dérivée covariante sur une variété 𝑀 n’est pas un champ de tenseur mais la
différence entre deux dérivées covariantes est un champ de tenseur de type (1, 2). Par conséquent,
l’espace des dérivées covariantes sur une variété 𝑀 , qu’on notera 𝒜 (𝑀 ) est un espace affine de
dimension infinie dont l’espace vectoriel directeur est 𝒯12 (𝑀 ).
Le groupe des difféomorphismes Diff(𝑀 ) agit (à gauche) sur 𝒜 (𝑀 ) de la façon suivante :
Les difféomorphismes qui préservent une dérivée covariante ∇ sur 𝑀 forment un sous-groupe
de Diff(𝑀 ), appelé le groupe affine de (𝑀, ∇) (voir exercice 4.4).
𝑅(𝑋, 𝑌 ) = ∇𝑋 ∇𝑌 − ∇𝑌 ∇𝑋 − ∇[𝑋,𝑌 ] .
est une 2 forme à valeur dans End(𝑇 𝑀 ), autrement dit un élément de Ω2 (𝑀, End(𝑇 𝑀 )). On
peut également la considérer comme un champ de tenseur de type (1, 3). En plus de la courbure,
on peut fabriquer un autre champ de tenseur, la torsion de ∇ définie par :
𝑇 (𝑋, 𝑌 ) = ∇𝑋 𝑌 − ∇𝑌 𝑋 − [𝑋, 𝑌 ] ,
CHAPITRE 4. LOIS DE DÉRIVATION SUR LES FIBRÉS VECTORIELS 67
Définition 4.14. Une dérivée covariante est dite symétrique si sa torsion est nulle. Si, de plus
sa courbure est nulle, on dit qu’elle est plate.
Lemme 4.15 (première identité de Bianchi). Soit ∇ une dérivée covariante symétrique sur une
variété 𝑀 . Alors
𝑅(𝑋, 𝑌 )𝑍 + 𝑅(𝑌, 𝑍)𝑋 + 𝑅(𝑍, 𝑋)𝑌 = 0
pour tout 𝑋, 𝑌, 𝑍 ∈ Vect(𝑀 ).
Démonstration. C’est une conséquence de l’identité de Jacobi pour le crochet de Lie des champs
de vecteurs.
La courbure 𝑅 d’une dérivée covariante ∇ sur une variété 𝑀 de dimension 𝑛 étant un champ
de tenseur de type (1, 3), il y a trois contractions possibles. Celles-ci s’écrivent en coordonnée
locales :
tr1𝑖𝑗 := 𝑅𝑘𝑖𝑗
𝑘
, tr2𝑖𝑗 := 𝑅𝑖𝑘𝑗
𝑘
, tr3𝑖𝑗 := 𝑅𝑖𝑗𝑘
𝑘
.
Le tenseur de Ricci est par définition la deuxième contraction tr2 . Attention, celui-ci n’est pas
symétrique en général (voir exercice 4.7).
Remarque 4.16. Dans le cas d’une dérivée covariante symétrique, ces trois contractions sont
linéairement dépendantes et s’expriment toutes en fonction du tenseur de Ricci.
∇𝑋 𝑢 𝑋 𝑣 = 0
lorsque 𝑋 𝑢 , 𝑋 𝑣 sont des champs de vecteurs invariants à gauche, c’est à dire des champs constants
(le vérifier !). Si 𝑋 et 𝑌 sont des champs de vecteurs quelconques, on obtient (le vérifier !) :
∇𝑋 𝑌 = 𝑑𝑌.𝑋.
Définition 4.20 (Dérivée covariante le long d’une courbe). Une dérivée covariante le long de 𝑐
est une application R-linéaire de 𝐿(𝑐) dans 𝐿(𝑐) notée 𝐷𝑡 et telle que
𝐷𝑡 𝑓 𝑋 = 𝑓𝑡 𝑋 + 𝑓 𝐷𝑡 𝑋.
Une dérivée covariante ∇ sur 𝑀 induit une dérivée covariante sur 𝐿(𝑐) pour toute courbe 𝑐
de classe 𝐶 ∞ sur 𝑀 . Elle est définie localement par l’expression
Lemme 4.22. Soit ∇ une connexion linéaire symétrique sur 𝑀 , 𝜎 : 𝐼1 ×𝐼2 → 𝑀 une application
𝐶 ∞ et 𝑋 un relèvement de 𝜎. Alors on a :
𝐷𝑡 𝜕𝑠 𝜎 = 𝐷𝑠 𝜕𝑡 𝜎, (4.2)
et
𝐷𝑡 𝐷𝑠 − 𝐷𝑡 𝐷𝑠 = 𝑅(𝜕𝑡 𝜎, 𝜕𝑠 𝜎), (4.3)
où 𝑅 désigne le tenseur de courbure de la connexion.
Définition 4.23 (Géodésique). Soit ∇ une dérivée covariante sur une variété 𝑀 . Une géodésique
𝑐 est une courbe paramétrée 𝑐 sur 𝑀 telle que :
𝐷𝑡 𝑐𝑡 = 0,
Remarque 4.24. Plus généralement, étant donné une courbe 𝑐 sur 𝑀 , on dit qu’un champ 𝑋(𝑡)
est parallèle le long de 𝑐 s’il vérifie l’équation
𝐷𝑡 𝑋 = 0.
Cette dernière équation est une équation linéaire du premier ordre en 𝑋. La solution au temps
𝑡 = 1 dépend linéairement et bijectivement de la valeur de 𝑋(0) et définit une application
linéaire bijective entre les espaces tangents aux points 𝑐(0) et 𝑐(1). Cette application, s’appelle
le transport parallèle. Elle permet de connecter les deux espaces tangents 𝑇𝑐(0) et 𝑇𝑐(1) . Attention,
ce transport parallèle dépend, en général, du chemin suivi 𝑐.
Sur R𝑛 , la notion de champ de vecteur constant a un sens mais pas sur une variété 𝑀
quelconque. La définition suivante étend ce concept dans le cas général.
Définition 4.25. Soit 𝑀 une variété et ∇ une dérivée covariante sur 𝑀 . Un champ de vecteur
𝑌 est dit parallèle si
∇𝑋 𝑌 = 0, ∀ 𝑋 ∈ Vect(𝑀 ).
Cette définition s’étend, bien entendu, à tous les champs de tenseurs.
CHAPITRE 4. LOIS DE DÉRIVATION SUR LES FIBRÉS VECTORIELS 69
Ce système du premier ordre sur les variables ≪ positions, vitesses ≫ va pouvoir s’interpréter
comme un champ de vecteur, non pas sur 𝑀 mais sur 𝑇 𝑀 .
A partir d’une carte locale 𝑈 et des coordonnées (𝑥𝑖 ) sur 𝑀 , on obtient une carte locale
𝑈 × R𝑛 de 𝑇 𝑀 et des coordonnées locales (𝑥𝑖 , 𝑣 𝑗 ), puis une carte locale 𝑈 × R𝑛 × R𝑛 × R𝑛
de 𝑇 𝑇 𝑀 et des coordonnées locales (𝑥𝑖 , 𝑣 𝑗 , 𝑢𝑘 , 𝑤𝑙 ). En posant 𝑥 = (𝑥𝑖 ), 𝑣 = (𝑣 𝑗 ), 𝑢 = (𝑢𝑘 ) et
𝑤 = (𝑤𝑙 ), un champ de vecteur 𝐹 sur 𝑇 𝑀 est donc définie localement par une application
ce qui justifie son appellation. On peut alors vérifier que l’expression locale
définit bien un champ de vecteur du deuxième ordre sur 𝑀 , c’est le champ géodésique, qui est
un champ de vecteur sur 𝑇 𝑀 .
Définition 4.27 (Application exponentielle géodésique). Soit 𝑀 une variété 𝑀 muni d’une
dérivée covariante ∇. Alors, pour tout 𝑥 ∈ 𝑀 , il existe un voisinage 𝑈𝑥 dans 𝑇𝑥 𝑀 tel que
l’application
exp𝑥 : 𝑈𝑥 ⊂ 𝑇𝑥 𝑀 → 𝑀, 𝑣 ↦→ 𝜋 ∘ 𝜙(1, 𝑥, 𝑣),
où 𝜋 : 𝑇 𝑀 → 𝑀 est la projection canonique, soit bien définie et lisse. On l’appelle l’application
exponentielle géodésique.
Théorème 4.29. Soit 𝑥 ∈ 𝑀 . L’application exp𝑥 est un difféomorphisme local d’un voisinage
ouvert de 0 dans 𝑇𝑥 𝑀 sur un voisinage ouvert de 𝑥 dans 𝑀 .
Comme dans le cas des groupes de Lie, on peut prendre (𝑥𝑖 ) comme coordonnées du point
𝑥 = exp𝑥 (𝑣) ∈ 𝑀 . Ces coordonnées sont appelées les coordonnées géodésiques ou normales de 𝑥
relativement à la base 𝑒𝑖 de 𝑇𝑥 𝑀 .
Remarque 4.30.
∑︀ Dans ce système de coordonnées, une géodésique issue du point 𝑥 dans la
direction 𝑣 = 𝑖 𝜉 𝑖 𝑒𝑖 s’écrit simplement
𝑥𝑘 (𝑡) = 𝑡 𝜉 𝑘 , 𝑘 = 1, . . . 𝑛.
Théorème 4.31. Soit ∇ une connexion linéaire sur une variété 𝑀 . Sa torsion est nulle si
et seulement si, pour tout point 𝑥0 , il est possible de trouver des coordonnées locales (𝑥𝑖 ) pour
lesquelles on a Γ𝑘𝑖𝑗 (𝑥0 ) = 0.
Démonstration. Supposons d’abord que pour tout point 𝑥0 , il soit possible de trouver des coor-
données locales (𝑥𝑖 ) où Γ𝑘𝑖𝑗 (𝑥0 ) = 0. Alors on a :
Γ𝑘𝑖𝑗 (0) 𝜉 𝑖 𝜉 𝑗 = 0, ∀𝜉
Le résultat suivant est un corollaire du théorème 4.54, qui sera démontré dans la section 4.4.
Théorème 4.32. Soit ∇ une connexion linéaire symétrique sur une variété 𝑀 . Sa courbure
est nulle si et seulement si, il est possible en tout point 𝑥0 , de trouver des coordonnées locales
(𝑥𝑖 ) pour lesquelles on a Γ𝑘𝑖𝑗 (𝑥) = 0 sur un voisinage de 𝑥0 .
Remarque 4.33. Sans entrer dans les détails de la démonstrations, faisons remarquer que si dans
une carte locale
Γ𝑘𝑖𝑗 := (∇𝜕𝑖 𝜕𝑗 )𝑘 = 0
en tout point, alors les champs 𝜕𝑖 sont parallèles et par conséquent 𝑅(𝜕𝑖 , 𝜕𝑗 )𝜕𝑘 = 0, pour tout
𝑖, 𝑗, 𝑘. La démonstration de la réciproque, plus laborieuse, fait en fait apparaı̂tre que, si 𝑅 = 0,
alors, dans un système de coordonnées géodésiques (𝑥𝑖 ), les champs 𝜕𝑖 sont parallèles et donc les
Γ𝑘𝑖𝑗 sont nuls.
Si on admet le principe d’équivalence, on peut alors réécrire l’équation de Newton pour une
particule dans un champ de pesanteur :
𝑑2 𝑥
= 𝑔.
𝑑𝑡2
Une autre difficulté de cette équation, c’est qu’elle dépend du système de coordonnées choisis. En
effet, le postulat de Newton impose que cette équation n’est valable que dans certains référentiels
baptisés référentiels d’inertie (dont la définition rigoureuse reste égalent assez obscure). Si par
exemple, on se place dans un ≪ référentiel tournant ≫, de nouveaux termes vont apparaı̂tre,
comme la ≪ force centrifuge ≫, la ≪ force de Coriolis ≫, . . . , termes généralement décrits comme
des ≪ forces d’inertie ≫.
Comme c’est le cas dans le cadre de l’electro-magnétisme, où les forces électriques et magnétiques
ont été unifiées sous la forme d’une 2-forme 𝐹 (le tenseur de Faraday) définie sur l’espace de
Minkowski, le principe d’équivalence nous invite à ≪ unifier ≫ les forces de pesanteur et les forces
d’inertie sous la forme d’une dérivée covariante sur l’espace R4 (espace + temps). C’est la théorie
de la gravitation galiléenne formulée par Cartan [4].
Remarque 4.35. On remarque que la dérivée covariante est symétrique. En vertu du théorème 4.31,
cela signifie qu’il est toujours possible de trouver des coordonnées dans lesquelles les Christoffel
s’annulent ponctuellement (l’expérience des cosmonautes en chute libre dans la station spatiale
internationale semble confirmer cette hypothèse). Dans la théorie de Cartan, la gravitation n’est
plus modélisée par un champ de vecteur dépendant des variables (𝑥, 𝑦, 𝑧, 𝑡) (donc 4 composantes)
mais par une dérivée covariante symétrique (donc 24 composantes).
Remarque 4.36. Ce formalisme permet de décrire les équations fondamentales de la dynamique
d’une particule dans un champ de gravitation dans n’importe quel système de coordonnées.
𝜋 : 𝐿(𝑀 ) → 𝑀, 𝑝𝑥 ↦→ 𝑥,
CHAPITRE 4. LOIS DE DÉRIVATION SUR LES FIBRÉS VECTORIELS 73
l’application qui associe à 𝑝𝑥 son point de base 𝑥 (origine du repère). Alors 𝐿(𝑀 ) peut être muni
d’une structure de variété. En effet, soit (𝑈𝛼 , 𝜑𝛼 ) une carte locale de 𝑀 et (𝑥𝑖 ) les coordonnées
locales dans cette carte. Alors les (𝑥𝑖 , 𝑋𝑗𝑘 ), où 𝑋𝑗𝑘 sont les composantes de 𝑒𝑗 dans la base (𝜕𝑥𝑘 )
de 𝑇𝑥 𝑀 , constituent un système de coordonnées locales sur 𝜋 −1 (𝑈𝛼 ), ce qui définit une structure
de variété sur 𝐿(𝑀 ), pour laquelle, la projection canonique 𝜋 est lisse.
La variété 𝐿(𝑀 ) est munie naturellement d’une action (à droite) lisse du groupe de Lie
GL(𝑛, R) définie de la façon suivante :
⎡ ⎤
∑︁
(𝑔, 𝑝) ↦→ 𝑅𝑔 𝑝 := ⎣(𝑋 1 , . . . , 𝑋 𝑛 ) ↦→ 𝑔𝑗𝑖 𝑋 𝑗 𝑒𝑖 ⎦ , GL(𝑛, R) × 𝐿(𝑀 ) → 𝐿(𝑀 ).
𝑖,𝑘
Cette action est sans point fixe et les orbites sont exactement les fibres 𝜋 −1 (𝑥) de 𝜋 (le groupe
GL(𝑛, R) agit transitivement sur chaque fibre). Chaque fibre est donc en bijection avec GL(𝑛, R)
sans avoir une structure naturelle de groupe (pour cela, il faudrait fixer une repère préféré, de
la même façon qu’un espace affine n’est pas un espace vectoriel.).
Le système de carte sur 𝐿(𝑀 ) que nous avons défini montre de plus que pour chaque carte
𝑈𝛼 de 𝑀 , on a un difféomorphisme
𝜙 : 𝑈𝛼 × GL(𝑛, R) → 𝜋 −1 (𝑈𝛼 )
satisfaisant à
𝜙(𝑥, 𝑔ℎ) = 𝑅ℎ 𝜙(𝑥, 𝑔), et 𝜋 ∘ 𝜙(𝑥, 𝑔) = 𝑥
pour tout 𝑔, ℎ ∈ GL(𝑛, R) et 𝑥 ∈ 𝑈𝛼 . On dit que 𝐿(𝑀 ) est un fibré principal localement trivial,
de groupe structural GL(𝑛, R) et de base 𝑀 .
Remarque 4.37 (Réduction du groupe structural). On peut faire la même construction pour
les repères orthonormés d’une variété riemannienne 𝑀 . On obtient alors le fibré des repères
orthonormés 𝑂(𝑀 ) qui est un fibré principal de groupe structural 𝑂(𝑛, R). Plus généralement,
si 𝐺 est un sous-groupe fermé de GL(𝑛, R), on peut réduire le groupe structural à 𝐺 et on obtient
un fibré principal 𝐺(𝑀 ) (sous-fibré de 𝐿(𝑀 ) de groupe structural 𝐺, c’est ce qu’on appelle une
réduction du groupe structural. La donnée d’un fibré principal 𝐺(𝑀 ) au dessus de 𝑀 s’appelle
une 𝐺-structure.
Exemple 4.38. Une SL(𝑛, R)-structure est la donnée d’un fibré principal 𝑆𝐿(𝑀 ) au dessus de
𝑀 . Celui-ci correspond au repères de 𝑀 qui préservent une forme volume donnée 𝜔 sur 𝑀 .
Définition 4.39 (Repère mobile). Un section de 𝐿(𝑀 ) est une application 𝑠 : 𝑀 → 𝐿(𝑀 ) tel
que 𝜋 ∘ 𝑠 = Id𝑀 , une section locale est une section définie seulement sur un ouvert 𝑈 de 𝑀 . Une
section (locale ou globale) est appelée un repère mobile (à chaque point 𝑥 de 𝑀 , on associe un
repère qui dépend de manière lisse de 𝑥 ∈ 𝑀 ).
Remarque 4.40. En général, il n’existe pas de repère mobile global (exemple : sur la sphère 𝑆 2 ). Si
c’est le cas, la variété est parallélisable, autrement dit le fibré tangent est trivial (𝑇 𝑀 ≃ 𝑀 ×R𝑛 ).
Par contre, à chaque carte locale de 𝑀 est associée une section locale (autrement dit un repère
mobile local).
Remarque 4.41 (Microstructures et milieux de Cosserat). En mécanique, il peut être utile de
remplacer le traditionnel body 𝐵, qui est généralement une sous-variété de R3 par son fibré des
repères 𝐿(𝐵), pour modéliser des matériaux possédant une microstructure. C’est le formalisme
qui a été adopté par Eringen au début des années 1960 pour la description des milieux dits
micromorphes. L’espace des configurations du système est alors représenté par la variété de
dimension infinie constitué par les morphismes de fibrés principaux 𝑓 : 𝐿(𝐵) → 𝐿(R3 ) et tel
que le morphisme de base 𝑓¯ : 𝐵 → R3 soit un plongement (comme dans le cas des matériaux
classiques). Les milieux de Cosserat forment un cas particulier de ce formalisme où le groupe
structural est réduit à SO(3, R).
CHAPITRE 4. LOIS DE DÉRIVATION SUR LES FIBRÉS VECTORIELS 74
Remarque 4.43. Le groupe GL(𝑛, R) agit (à droite) sur 𝐿(𝑀 ) et induit une action infinitésimale
de l’algèbre de Lie gl(𝑛, R) sur 𝐿(𝑀 ) qui s’écrit :
Du fait que l’action de GL(𝑛, R) sur 𝐿(𝑀 ) est sans point fixe, on a :
𝜒𝐴 (𝑝) = 0 ⇒ 𝐴 = 0.
𝜒𝐴 (𝑝) ∈ ker 𝑇𝑝 𝜋 = 𝑉𝑝
et si (𝐴𝑖 ) est une base de gl(𝑛, R) alors les vecteurs 𝜒𝐴𝑖 (𝑝) forment une base de 𝑉𝑝 .
La famille 𝑉 des sous-espaces (𝑉𝑝 ) dépend de manière lisse du point de base 𝑝 ∈ 𝐿(𝑀 ), on
l’appelle une distribution. Cette distribution est invariante par GL(𝑛, R), c’est à dire :
Il n’existe par contre aucun supplémentaire naturel à 𝑉𝑝 . Une connexion linéaire est justement
le choix d’une distribution 𝐻 supplémentaire à 𝑉 et invariante par GL(𝑛, R).
Définition 4.44 (Connexion linéaire). Une connexion linéaire sur 𝐿(𝑀 ) est une distribution
(𝐻𝑝 ) de sous-espaces de 𝑇𝑝 (𝐿(𝑀 )) tels que :
1. 𝑉𝑝 ⊕ 𝐻𝑝 = 𝑇𝑝 𝐿(𝑀 ), pour tout 𝑝 ∈ 𝐿(𝑀 ) ;
2. 𝐻𝑅𝑔 𝑝 = 𝑇 𝑅𝑔 (𝐻𝑝 ) pour tout 𝑝 ∈ 𝐿(𝑀 ) et tout 𝑔 ∈ GL(𝑛, R).
On pourra démontrer à titre d’exercice que la donnée d’une connexion linéaire 𝐻 sur 𝐿(𝑀 )
est équivalent à la donnée d’une 1-forme 𝜔 à valeur dans gl(𝑛, R) telle que :
1. 𝜔(𝜒𝐴 ) = 𝐴, pour tout 𝐴 ∈ gl(𝑛, R),
2. 𝑅𝑔* 𝜔 = Ad𝑔−1 𝜔, pour tout 𝑔 ∈ GL(𝑛, R),
appelée une forme de connexion. Dans ce cas, 𝐻𝑝 := ker 𝜔𝑝 .
Remarque 4.45 (Connexion sur une 𝐺-structure). Dans le cas d’une 𝐺-structure, on parle de
𝐺-connexion et dans les définitions précédentes on doit remplacer GL(𝑛, R) par 𝐺 et gl(𝑛, R)
par g.
et
𝐴𝛽 (𝑋) = 𝑔 −1 𝑑𝑔(𝑋) + 𝑔 −1 𝐴𝛼 (𝑋)𝑔.
On en déduit que :
𝑝𝛽 (𝑑𝑣𝛽 (𝑋) + 𝐴𝛽 (𝑋)) = 𝑝𝛼 (𝑑𝑣𝛼 (𝑋) + 𝐴𝛼 (𝑋))
sur 𝑈𝛼 ∩ 𝑈𝛽 . Par conséquent, les dérivée covariantes locales ∇𝛼 et ∇𝛽 se recollent pour définir
une dérivée covariante sur 𝑈𝛼 ∩ 𝑈𝛽 . En prenant un recouvrement de 𝑀 où sont définies des
sections locales (par exemple un atlas de 𝑀 ) on obtient une dérivée covariante définie sur tout
𝑀.
Théorème 4.46. Soit (𝑈𝛼 ) un recouvrement ouvert de 𝑀 et 𝑝𝛼 une section locale définie sur
𝑈𝛼 pour tout 𝛼. Soient des 1-formes 𝐴𝛼 sur chaque 𝑈𝛼 , à valeur dans gl(𝑛, R), vérifiant pour
tout 𝛼 ̸= 𝛽, 𝑥 ∈ 𝑈𝛼 ∩ 𝑈𝛽 et 𝑋 ∈ 𝑇𝑥 𝑀 :
−1
𝐴𝛽 (𝑥)(𝑋) = 𝑔𝛽𝛼 (𝑥)𝑑𝑥 𝑔𝛽𝛼 (𝑋) + 𝑔𝛽𝛼 (𝑥)−1 𝐴𝛼 (𝑥)(𝑋)𝑔𝛽𝛼 (𝑥),
où les 𝑔𝛽𝛼 sont les fonctions de transition entre 𝑝𝛼 et 𝑝𝛽 . Alors il existe une unique 1-forme de
connexion 𝜔 sur 𝐿(𝑀 ) telle que 𝐴𝛼 = 𝑝*𝛼 𝜔 pour tout 𝛼.
Elle a une interprétation naturelle locale. Soit 𝑝𝛼 une section du fibré des repères 𝐿(𝑀 ),
définie sur un ouvert 𝑈𝛼 de 𝑀 . Alors, on pourra vérifier que :
Ainsi, le pullback de 𝜃 par une section locale 𝑝𝛼 n’est autre que la 1-forme qui associe à un
vecteur 𝑋 ∈ 𝑇 𝑈𝛼 le vecteur dans R𝑛 formé par ses composantes dans le repère 𝑝𝛼 .
Définition 4.48 (Extension du produit extérieur). Soit 𝑉 une variété, 𝐸, 𝐹, 𝐾 des espaces
vectoriels et supposons donné une application bilinéaire 𝑏 : 𝐸 × 𝐹 → 𝐾. On définit alors un
produit extérieur
où
(𝛼 ∧ 𝛽)(𝑋, 𝑌 ) := 𝑏(𝛼(𝑋), 𝛽(𝑌 )) − 𝑏(𝛼(𝑌 ), 𝛽(𝑋))
Définition 4.49 (Courbure et torsion). Étant donné une forme de connexion 𝜔 sur le fibré
des repères 𝐿(𝑀 ) (ou plus généralement n’importe quelle 𝐺-structure sur 𝑀 ) et 𝜃, la forme de
soudure, on introduit les formes suivantes :
1. La courbure :
1
Ω := 𝑑𝜔 + 𝜔 ∧ 𝜔
2
2. La torsion :
Θ := 𝑑𝜃 + 𝜔 ∧ 𝜃
De même que pour la forme de soudure, Ω et Θ ont l’interprétation naturelle locale qui
résulte de leur dénomination. Soit 𝑝𝛼 une section du fibré des repères 𝐿(𝑀 ), définie sur un
ouvert 𝑈𝛼 de 𝑀 . On pourra alors vérifier par un calcul direct que :
1-formes (𝜔, 𝜃) telles que 𝜔 soit une 1-forme de connexion sur 𝐿(𝑀 ) et 𝜃 une 1-forme à valeur
dans R𝑛 qui vérifie :
𝜃(𝜒𝐴 ) = 0, 𝑔 * 𝜃 = 𝜃,
pour tout 𝐴 ∈ gl(𝑛, R) et 𝑔 ∈ GL(𝑛, R) et donc induit un champ de tenseur 𝜂 de type (1, 1)
sur 𝑀 . Inversement on peut montrer qu’un tel couple (𝜔, 𝜃) définit une connexion affine sur
𝐴(𝑀 ). Par exemple la donnée d’une forme de connexion 𝜔 sur 𝐿(𝑀 ) plus la forme de soudure
canonique sur 𝐿(𝑀 ) induit une forme de connexion affine, c’est la connexion affine canonique
sur 𝐴(𝑀 ) associée à une connexion linéaire. Pour résumer, on dira qu’une connexion affine est
la donnée d’une connexion linéaire et d’un champ de tenseur 𝜂 de type (1, 1) sur 𝑀 (induit par
la forme 𝜃).
Le théorème de Darboux
Un groupe de Lie 𝐺 est muni d’une 1-forme canonique (forme de Maurer-Cartan) à valeur
dans g, l’algèbre de Lie du groupe. Elle est définie par :
𝜃𝑔 (𝑋𝑔 ) = 𝑇 𝐿𝑔−1 𝑋𝑔 , 𝑋𝑔 ∈ 𝑇𝑔 𝑀.
Pour chaque 𝑔 ∈ 𝐺, 𝜃𝑔 défini un isomorphisme de 𝑇𝑔 𝐺 sur g. Cette forme est invariante à gauche
et vérifie les équations :
1
𝑑𝜃 + 𝜃 ∧ 𝜃 = 0,
2
Soit maintenant 𝑀 une variété et 𝑔 : 𝑀 → 𝐺 une application lisse, alors la forme différentielle
𝜛 = 𝑔 * 𝜃 ∈ Ω1 (𝑀, g) (forme de Darboux ) vérifie également les équations de structure :
1
𝑑𝜛 + 𝜛 ∧ 𝜛 = 0. (4.6)
2
Remarque 4.51. Si 𝐺 est un sous-groupe fermé de GL(𝑛, R), alors la forme de Darboux s’écrit :
𝜛 = 𝑔 −1 𝑑𝑔
Inversement, supposons donnée une forme 𝜛 ∈ Ω1 (𝑀, g). Alors, une condition nécessaire qu’il
existe une fonction lisse 𝑔 : 𝑀 → 𝐺 telle que 𝜛 = 𝑔 * 𝜃 est que l’équation de structure (4.7) soit
vérifiée. Le résultat suivant, du à Darboux, montre que cette condition est également suffisante
(voir [32] par exemple).
Théorème 4.52 (Théorème de Darboux). Soit 𝜛 ∈ Ω1 (𝑀, g) une forme différentielle satisfai-
sant les équations :
1
𝑑𝜛 + 𝜛 ∧ 𝜛 = 0. (4.7)
2
Alors pour tout 𝑥0 ∈ 𝑀 et tout 𝑔0 ∈ 𝐺, il existe un voisinage ouvert 𝑈 de 𝑥0 et une unique
application lisse 𝑔 : 𝑈 → 𝐺 telle que 𝜛 = 𝑔 * 𝜃, où 𝜃 est la forme de Maurer-Cartan sur 𝐺.
Remarque 4.53 (Forme de Maurer-Cartan invariante à droite). Bien évidement, tout ce qui
précède est valable également si on remplace la forme de Maurer-Cartan invariante à gauche par
la forme de Maurer-Cartan invariante à droite :
𝜃𝑔 (𝑋𝑔 ) = 𝑇 𝑅𝑔−1 𝑋𝑔 , 𝑋𝑔 ∈ 𝑇𝑔 𝑀.
CHAPITRE 4. LOIS DE DÉRIVATION SUR LES FIBRÉS VECTORIELS 78
𝐺-structures intégrables
Théorème 4.54. Soit 𝑀 une variété de dimension 𝑛, 𝐺 un sous-groupe fermé de GL(𝑛, R)
et 𝐺(𝑀 ) une 𝐺-structure sur 𝑀 , munie d’une connexion 𝜔 𝐺-invariante. Soit 𝑝𝛼 = (𝑒𝑖 ) une
section locale de 𝐺(𝑀 ) définie sur un ouvert 𝑈𝛼 . Une condition suffisante pour qu’il existe des
coordonnées locales (𝑥𝑖 ) de 𝑀 définies sur un ouvert 𝑈 ⊂ 𝑈𝛼 et telles que 𝑒𝑖 = 𝜕𝑥𝑖 est la nullité
de la torsion est de la courbure sur 𝜋 −1 (𝑈𝛼 ).
Démonstration. Soit (𝜔 𝑖 ) la base duale de (𝑒𝑖 ) définie sur un ouvert 𝑈𝛼 de 𝑀 . Pour démontrer
le théorème, il suffit d’arriver à montrer que 𝑑𝜔 𝑖 = 0 pour 𝑖 = 1, . . . , 𝑛, en vertu du lemme de
Poincaré. On va donc introduire la 1-forme 𝐵𝛼 := (𝜔 1 , . . . , 𝜔 𝑛 ) = 𝑝*𝛼 𝜃 sur 𝑈𝛼 à valeur dans R𝑛 .
Soit égalent 𝐴𝛼 := 𝑝*𝛼 𝜔 où 𝜔 est la forme de connexion sur 𝐺(𝑀 ). Alors 𝐴𝛼 est une 1-forme à
valeur dans g, l’algèbre de Lie du groupe 𝐺 ⊂ GL(𝑛, R). Si Ω = 0 et Θ = 0, on a donc :
𝑑𝐵𝛼 + 𝐴𝛼 ∧ 𝐵𝛼 = 0,
𝑑𝐴𝛼 + 𝐴𝛼 ∧ 𝐴𝛼 = 0,
et ces formules sont évidement valables pour n’importe quel autre section locale de 𝐺(𝑀 ) définie
sur 𝑈𝛼 . Considérons donc un second repère mobile 𝑝𝛽 = (¯𝑒𝑖 ) défini sur 𝑈𝛽 . Alors 𝑝𝛽 = 𝑝𝛼 𝑔 où 𝑔
est une fonction définie sur 𝑈𝛼 ∩ 𝑈𝛽 à valeur dans 𝐺 et on a :
𝐴𝛽 = 𝑔 −1 𝑑𝑔 + 𝑔 −1 𝐴𝛼 𝑔.
(𝑑𝑔)𝑔 −1 = −𝐴𝛼 ,
afin d’avoir 𝐴𝛽 = 0 puis 𝑑𝐵𝛽 = 0. Or d’après le théorème de Darboux 4.52, ceci est possible si :
𝑑𝐴𝛼 + 𝐴𝛼 ∧ 𝐴𝛼 = 0,
4.5 Exercices
Exercice 4.1. Est-ce que la dérivée de Lie des champs de vecteurs définie une loi de dérivation
sur les sections du fibré tangent d’une variété 𝑀 . pourquoi ?
Exercice 4.2. Soit ∇ et ∇′ deux lois de dérivation sur Γ(𝐸) et 𝑠 ∈ Γ(𝐸). Montrer que si
ℎ(𝑥) = ∇𝑋 𝑠 − ∇𝑋 𝑠′ , alors :
ℎ(𝑓 𝑋) = 𝑓 ℎ(𝑋).
Exercice 4.3. Soit ∇ une dérivée covariante sur une variété 𝑀 et 𝛼, une 1-forme différentielle
sur 𝑀 . Montrer que ∇ est symétrique ssi
Exercice 4.4. Considérons R𝑛 muni de la dérivée covariante canonique. Montrer que les difféomorphismes
de R𝑛 qui préservent cette connexion sont les transformations affines de R𝑛 .
Exercice 4.5. Soit 𝐺 un groupe de Lie. Vérifier que la connexion canonique est bi-invariante.
CHAPITRE 4. LOIS DE DÉRIVATION SUR LES FIBRÉS VECTORIELS 79
Exercice 4.6. Soit 𝐺 un groupe de Lie. Montrer que la courbure de la connexion canonique
s’écrit :
−1
𝑅(𝑋 𝑢 , 𝑋 𝑣 )𝑋 𝑤 = [[𝑋 𝑢 , 𝑋 𝑣 ] , 𝑋 𝑤 ]
4
Exercice 4.7. Soit 𝑀 une variété de dimension 𝑛, munie d’une dérivée covariante ∇. Celle-ci
induit une loi de dérivation sur le fibré 𝑛 𝑇 * 𝑀 .
⋀︀
2. En déduire qu’une condition nécessaire et suffisante pour l’existence locale d’une forme
volume parallèle est la symétrie du tenseur de Ricci.
Exercice 4.8. Calculer les composantes (∇𝑋 𝑌 )𝑘 et (∇𝑋 𝛼)𝑘 des dérivées covariantes d’un
champ de vecteur 𝑋 et d’une 1-forme 𝛼 en coordonnées locales.
Exercice 4.9. Montrer que dans une carte locale les composantes de la torsion et du tenseur
de courbure s’écrivent respectivement :
Comme on s’y attend, les fonctions Γ𝑘𝑖𝑗 ne se comportent pas comme les composantes d’un champ
de tenseurs de type (2, 1).
Exercice 4.11. Soit 𝐺 un groupe de Lie. Montrer que la forme de Maurer-Cartan 𝜃 est invariante
à gauche et qu’elle vérifie :
1
𝑑𝜃 + 𝜃 ∧ 𝜃 = 0,
2
Exercice 4.12. Soit 𝐺 un groupe de Lie. Calculer les géodésiques issue de l’élément neutre
du groupe pour la connexion canonique et montre qu’elle correspondent aux sous-groupes à un
paramètre de 𝐺.
Exercice 4.13 (Parallélisme absolu). On considère le fibré des repères 𝐿(𝑀 ). Soit 𝜔 une 1-forme
de connexion sur 𝐿(𝑀 ) et 𝜃 la forme de soudure canonique. Montrer que l’application :
Géométrie Riemannienne
80
CHAPITRE 5. GÉOMÉTRIE RIEMANNIENNE 81
𝑔 : 𝑇 𝑀 → 𝑇 * 𝑀, 𝑋 ↦→ 𝑋 ♯ :=< 𝑋, · > .
𝑔 −1 : 𝑇 * 𝑀 → 𝑇 𝑀, 𝛼 ↦→ 𝛼♭ .
En coordonnées locales, on a :
(𝑋 ♯ )𝑖 = 𝑔𝑖𝑗 𝑋 𝑗 , (𝛼♭ )𝑖 = 𝑔 𝑖𝑗 𝛼𝑗 .
Le champ de tenseur 𝑔 −1 définit une métrique riemannienne sur le fibré cotangent 𝑇 * 𝑀 . Plus
généralement, une métrique riemannienne sur 𝑀 induit une métrique riemannienne sur tous les
fibrés tensoriels de 𝑀 .
Remarque 5.6. Soit (𝑀, 𝑔) une variété riemannienne et 𝑆 un sous-variété de 𝑀 . Alors 𝑔 induit
par restriction une structure riemannienne sur 𝑆. Attention ce n’est pas nécessairement le cas
pour une sous-variété d’une variété pseudo-Riemannienne (penser au cas du cône de lumière
dans l’espace de Minkowski).
Définition 5.7 (Isométries). Une isométrie entre deux variétés riemanniennes (𝑀, 𝑔) et (𝑁, ℎ)
est un difféomorphisme 𝑓 : 𝑀 → 𝑁 tel que 𝑓 * ℎ = 𝑔, autrement dit tel que :
Remarque 5.8. Avec les notations usuelles des mécaniciens, cette relation s’écrirait 𝐹 𝑡 𝐻𝐹 = 𝐺 si
𝐺 représente la matrice de Gram de la métrique 𝑔, 𝐻 celle de ℎ et 𝐹 la matrice du ≪ gradient ≫ de
la transformation 𝑓 .
Définition 5.9 (Transformations conformes). Une transformation conforme entre deux variétés
riemanniennes (𝑀, 𝑔) et (𝑁, ℎ) est un difféomorphisme 𝑓 : 𝑀 → 𝑁 tel que 𝑓 * ℎ = 𝜅𝑔, où
𝜅 ∈ C∞ (𝑀 ) est strictement positive, autrement dit tel que :
Par contre, on peut espérer trouver des systèmes de coordonnées (pour une métrique quelconque)
dans lesquelles l’expression de la métrique soit la plus simple possible. Ceci est possible en
dimension 2 et 3. Commençons par un raisonnement euristique. Une métrique sur 𝑀 est définie
localement par 𝑛(𝑛+1)/2 fonctions et un changement de coordonnées par 𝑛 fonctions. On espère
donc pouvoir trouver un système de coordonnées dans lesquelles la métrique soit représenté par
𝑛(𝑛 + 1)/2 − 𝑛 = 𝑛(𝑛 − 1)/2 composantes, c’est à dire 1 composante en dimension 2 et 3
composantes en dimension 3. Les résultats suivants sont des résultats profonds et difficiles à
démontrer.
CHAPITRE 5. GÉOMÉTRIE RIEMANNIENNE 82
Théorème 5.10 (Théorème de Gauss). Soit (𝑀, 𝑔) une variété riemannienne de dimension 2.
Alors, en tout point, il existe localement des coordonnées, dites isothermes, dans lesquelles la
métrique s’écrit :
𝑑𝑠2 = e𝜙 (𝑑𝑥2 + 𝑑𝑦 2 ),
où 𝜙 est une fonction lisse sur 𝑀 .
Remarque 5.11. Ce résultat é été établi d’abord par Gauss en 1822 dans le cadre des métriques
avec des coefficients analytiques puis généralisé par une multitude d’auteurs. On pourra consul-
ter [9] pour plus de détails sur le sujet et [7] pour une preuve moderne. Noter que l’existence
de coordonnées isothermales sur la sphère est un résultat très important pour la navigation
maritime. La navigation se faisant ≪ au compas ≫, il essentiel que les cartes marines préservent
les angles. En dimension strictement supérieure à 2, l’existence de coordonnées isothermales
nécessite des conditions de compatibilité (annulation du tenseur de Weyl et du tenseur de Cot-
ton).
Théorème 5.12 (Théorème de Cartan). Soit (𝑀, 𝑔) une variété riemannienne de dimension
3. Alors, en tout point, il existe localement des coordonnées, dites orthogonales, dans lesquelles
la métrique s’écrit :
𝑑𝑠2 = 𝜆1 𝑑𝑥2 + 𝜆2 𝑑𝑦 2 + 𝜆3 𝑑𝑧 2 .
où 𝜆1 , 𝜆2 , 𝜆3 sont des fonctions lisses, strictement positives sur 𝑀 .
Remarque 5.13. Ce résultat é été établi d’abord par Cartan dans le cadre des métriques avec des
coefficients analytiques puis démontré par DeTurck [8] en 1984 dans le cadre C∞ . En dimension
strictement supérieure à 3, l’existence de coordonnées orthogonales nécessite des conditions de
compatibilité (annulation du tenseur de Weyl).
Définition 5.14 (Connexion compatible). Une connexion linéaire ∇ est dite compatible avec
la métrique 𝑔 si
∇𝑔 = 0,
ce qui se traduit aussi par :
Théorème 5.15. Sur une variété 𝑀 munie d’une métrique riemannienne (ou pseudo-riemannienne)
𝑔, il existe une unique dérivée covariante symétrique ∇ telle que ∇𝑔 = 0. On l’appelle la
connexion de Lévi-Civita ou connexion riemannienne de (𝑀, 𝑔).
Remarque 5.16 (Connexion de Weitzenböck). Dans la modélisation des dislocations, il peut être
intéressant de considérer une connexion affine ∇ qui préserve la métrique (∇𝑔 = 0) mais qui ne
sois pas symétrique. On parle alors de connexion de Riemann-Cartan. Si de plus la courbure est
nulle, on parle de connexion de Weitzenböck.
On donnera de ce théorème deux démonstrations. La première est classique, la deuxième,
plus conceptuelle, est peu connue.
CHAPITRE 5. GÉOMÉTRIE RIEMANNIENNE 83
Première preuve. Soit ∇ une loi de dérivation symétrique et compatible avec la métrique 𝑔, alors
on a :
∇𝑋 𝑌 − ∇𝑌 𝑋 = [𝑋, 𝑌 ] ,
et
𝑋 · 𝑔(𝑌, 𝑍) = 𝑔(∇𝑋 𝑌, 𝑍) + 𝑔(𝑌, ∇𝑋 𝑍),
pour tous champs de vecteurs 𝑋, 𝑌, 𝑍. En écrivant la deuxième équation pour toutes les permu-
tations circulaires de 𝑋, 𝑌, 𝑍 et en faisant la somme alternée, on trouve :
ce qui établit l’unicité d’une telle dérivée covariante. Inversement, l’équation (5.1) définit un
opérateur ∇ qui est une dérivée covariante symétrique et compatible avec 𝑔, ce qui établit
l’existence.
Deuxième preuve. Comme nous l’avons vu, la donnée d’une loi de dérivation sur 𝑇 𝑀 induit une
loi de dérivation sur 𝑇 * 𝑀 et réciproquement. Cherchons donc à déterminer les propriétés de la
connexion induite sur 𝑇 * 𝑀 par une connexion sur 𝑇 𝑀 qui vérifie :
et
𝑋 · 𝑔(𝑌, 𝑍) = 𝑔(∇𝑋 𝑌, 𝑍) + 𝑔(𝑌, ∇𝑋 𝑍), ∀𝑋, 𝑌 ∈ Vect(𝑀 ). (5.3)
La première condition (5.2) se traduit par (voir exercice 4.3) :
Lemme 5.19. Soit (𝑀, 𝑔) une variété riemannienne (ou pseudo-riemannienne) et ∇ sa connexion
riemannienne. Soient 𝑋, 𝑌 ∈ Vect𝑀 et 𝛼 ∈ Ω1 (𝑀 ), alors on a :
Définition 5.20. Étant donné une variété riemannienne (ou pseudo-riemannienne) orientable
(𝑀, 𝑔), il existe une unique forme volume 𝜔 qui vaut 1 évalué sur toutes les bases orthonormées
directes. Celui-ci est donné en coordonnées locales par :
»
𝜔 = |det 𝑔𝑖𝑗 | 𝑑𝑥1 ∧ · · · ∧ 𝑑𝑥𝑛 ,
grad 𝑓 = (𝑑𝑓 )♯ ,
div 𝑋 = tr ∇𝑋.
Cette définition s’étend, sans difficulté, pour un tenseur (covariant ou contravariant) tota-
lement symétrique d’ordre supérieur. Dans le cas d’un champ de vecteur, on a également :
Remarque 5.22 (D’alembertien). Le D’alembertien n’est autre que le laplacien de Beltrami pour
la métrique de Lorentz sur l’espace de Minkowski.
1 3
2 4
ou en notation indicielles :
où W est un tenseur d’ordre 4 dont toutes les traces sont nulles, dénommé le tenseur de Weyl,
1
Ric0 := Ric − 𝑠𝑔
𝑛
et le produit tensoriel symétrisé ⊗(2,2) (produit de Kulkarni-Nomizu) est défini par :
𝑎 ⊗(2,2) 𝑏 := 12 𝐹 𝐷 (𝑎 ⊗ 𝑏),
1 3
2 4
(𝑎 ⊗(2,2) 𝑏)𝑖𝑗𝑘𝑙 = 𝑎𝑖𝑘 𝑏𝑗𝑙 − 𝑎𝑖𝑙 𝑏𝑗𝑘 + 𝑎𝑗𝑙 𝑏𝑖𝑘 − 𝑎𝑗𝑘 𝑏𝑖𝑙 ,
Le théorème de Riemann
Théorème 5.24 (Théorème de Riemann). Soit (𝑀, 𝑔) une variété riemannienne de dimension
𝑛. Alors la métrique est localement isométrique à la métrique euclidienne ssi R = 0.
Démonstration. Il est d’abord clair que la condition R = 0 est nécessaire. Le fait qu’elle soit
suffisante est un corollaire du théorème 4.54. En effet, considérons un ouvert 𝑈 de 𝑀 sur lequel
soit défini un repère mobile orthonormé 𝑝 = (𝑒𝑖 ). Soit (𝜔 𝑖 ) la base duale. Alors la métrique 𝑔
s’écrit :
𝑔 = (𝜔 1 )2 + · · · + (𝜔 𝑛 )2 .
Or d’après le théorème 4.54, si la courbure 𝑅 et la torsion 𝑇 sont nulles, on peut trouver un
ouvert 𝑊 ⊂ 𝑈 sur lequel 𝜔 𝑖 = 𝑑𝑥𝑖 pour 𝑖 = 1, . . . , 𝑛.
Sa différentielle extérieure 𝜔 = 𝑑𝜃 est fermée et non dégénérée et définit donc une forme sym-
plectique sur 𝑇 * 𝑀 . Dans un système de coordonnées locales (𝑞 𝑖 , 𝑝𝑖 ), elle s’écrit :
∑︁
𝑑𝑝𝑖 ∧ 𝑑𝑞 𝑖
𝑖
Soit maintenant, une variété riemannienne (𝑀, 𝑔). Alors la métrique induit un isomorphisme
𝑔 : 𝑇 𝑀 → 𝑇 * 𝑀, 𝑋 ↦→ ⟨𝑋, · ⟩
qui permet de ramener par pullback les deux formes canoniques de 𝑇 * 𝑀 sur 𝑇 𝑀 :
𝜃𝑔 = 𝑔 * 𝜃, 𝜔𝑔 = 𝑔 * 𝜔.
Ainsi, le fibré tangent 𝑇 𝑀 d’une variété riemannienne (𝑀, 𝑔) est muni d’une structure symplec-
tique. Soit 𝐻 : 𝑇 𝑀 → R la fonction définie par :
1
𝐸(𝑋) = ⟨𝑋, 𝑋 ⟩ .
2
Le gradient symplectique de 𝐻, ou champ hamiltonien définit par 𝐻 est le flot géodésique de
(𝑀, 𝑔). C’est un champ de vecteur sur 𝑇 𝑀 .
Remarque 5.28. On pourra vérifier que la fonctionnelle de longueur est indépendante du pa-
ramétrage, ce qui n’est pas le cas de 𝐸, et que toute extrémale de 𝐸 est également une extrémale
de 𝐿 mais que la réciproque est fausse (voir exercice 5.12).
Proposition 5.29 (distance géodésique). Soit (𝑀, 𝑔) une variété riemannienne connexe de
dimension finie (ou banachique). Alors la fonction suivante :
où 𝑐 est un chemin 𝐶 1 par morceaux entre 𝑎 et 𝑏, est une distance sur 𝑀 .
Remarque 5.30. Ce n’est pas nécessairement le cas sur une variété de Fréchet (voir [35] par
exemple).
Définition 5.31 (complétude métrique). L’espace métrique (𝑀, 𝑑) est complet si tout suite de
Cauchy converge.
Définition 5.32 (complétude géodésique). La variété riemannienne (𝑀, 𝑔) est complète si toute
géodésique est définie sur R tout entier.
On peut alors montrer le résultat suivant (voir [31].
Théorème 5.33. Soit (𝑀, 𝑔) une variété riemannienne de dimension finie et soit 𝑑 la distance
géodésique. Alors (𝑀, 𝑑) est complet ssi (𝑀, 𝑔) est complète.
Remarque 5.34. Le résultat n’est plus vrai en dimension infinie. Dans le cas d’une variété bana-
chique, on a toutefois :
Proposition 5.35 (Seconde variation de l’énergie). Soit 𝛼 une géodésique. La seconde variation
de l’énergie (en 𝛼) s’écrit :
1
𝑑𝐸(𝛼).(𝑋, 𝑌 ) = ‖𝐷𝑡 𝑋‖2 + R(𝛼𝑡 , 𝑋, 𝛼𝑡 , 𝑋) 𝑑𝑡.
0
Soit 𝑋(𝑠, 𝑡) un relèvement de 𝜎(𝑠, 𝑡) tel que 𝑋(0, 𝑡) = 𝑋(𝑡). La variation seconde de 𝐸 s’écrit :
⃒ 1 ⃒
2 𝑑 ⃒⃒ 𝑑 ⃒⃒
𝑑 𝐸(𝛼).(𝑋, 𝑋) = 𝑑𝐸(𝜎𝑠 ).𝜕𝑠 𝜎 = − ⟨𝜕𝑠 𝜎, 𝐷𝑡 𝜕𝑡 𝜎 ⟩ (𝑠, 𝑡) 𝑑𝑡
𝑑𝑠 ⃒𝑠=0 0 𝑑𝑠 𝑠=0
⃒
1
=− (⟨𝐷𝑠 𝜕𝑠 𝜎, 𝐷𝑡 𝜕𝑡 𝜎 ⟩ + ⟨𝜕𝑠 𝜎, 𝐷𝑠 𝐷𝑡 𝜕𝑡 𝜎 ⟩ (0, 𝑡)) 𝑑𝑡.
0
On a donc finalement :
1 (︀⟨︀
2
𝑋, 𝐷𝑡2 𝑋 − ⟨𝑋, 𝑅(𝛼𝑡 , 𝑋)𝛼𝑡 ⟩ 𝑑𝑡
⟩︀ )︀
𝑑 𝐸(𝛼)(𝑋, 𝑋) = −
0
1Ä ä
= ‖𝐷𝑡 𝑋‖2 + ⟨𝑋, 𝑅(𝛼𝑡 , 𝑋)𝛼𝑡 ⟩ 𝑑𝑡.
0
CHAPITRE 5. GÉOMÉTRIE RIEMANNIENNE 89
Définition 5.45. Un champ de vecteur 𝑋 sur 𝑀 est un champ de vecteurs de Killing si chaque
élément 𝜙𝑡 de son flot est une isométrie locale.
Corollaire 5.47. Le sous-espace Kill(𝑀, 𝑔) des champs de Killing de 𝑀 est une sous-algèbre
de Lie de Vect(𝑀 )
Remarque 5.48. Désignons par g, l’algèbre de Lie du groupe de Lie 𝐺 = Isom(𝑀, 𝑔). Alors g
est une sous-algèbre de Lie de Kill(𝑀, 𝑔) et ces deux algèbres de Lie sont égales si la variété est
complète (voire [29]) mais peuvent être différentes dans le cas général.
Exemple 5.49. Si 𝑀 = R3 ∖ {0} alors Isom(𝑀, 𝑔) = SO(3) alors que tout champ de vecteurs
de Killing de R3 induit un champ de Killing sur 𝑀 = R3 ∖ {0} par restriction. Dans cet exemple
(cas d’une variété riemannienne non complète), l’inclusion est stricte.
Lemme 5.50. Soit 𝑋 un champ de vecteurs. Alors 𝑋 est un champ de Killing si et seulement
si pour toute géodésique 𝛼 on a
𝑋 ∘ 𝛼, 𝛼′ = 𝐶𝑠𝑡𝑒
⟨︀ ⟩︀
(5.9)
Démonstration. Pour établir la nécessité, il suffit de dériver l’équation (5.9), ce qui nous donne :
𝑑 ⟨︀
𝑋 ∘ 𝛼, 𝛼′ = ∇𝛼′ 𝑋 , 𝛼′ + 𝑋, ∇𝛼′ 𝛼′ = 0.
⟩︀ ⟨︀ ⟩︀ ⟨︀ ⟩︀
𝑑𝑡
Inversement, si l’équation (5.9) est satisfaite pour toute géodésique alors ⟨∇𝐴 𝑋 , 𝐴 ⟩ = 0 pour
tout champ de vecteurs 𝐴. Donc 𝑋 est bien un champ de Killing.
et caractérise les champs de vecteurs équiprojectifs de R𝑛 , qui sont utilisés dans les cours de
mécanique du solide. Les torseurs correspondent aux éléments du dual de l’espace des champ
équiprojectifs.
Proposition 5.54. Soit (𝑀, ∇) une variété affine et 𝑍 un champ de Killing (covariant), alors
𝑍(𝛼(𝑡)) est une intégrale première du flot géodésique sur 𝑀 .
Démonstration. On a :
𝑑𝑍(𝛼)
= (∇𝛼𝑡 𝑍) (𝛼𝑡 ) + 𝑍(𝐷𝑡 𝛼) = 0.
𝑑𝑡
Remarque 5.55. On peut étende la définition d’un champ de Killing à tous les tenseurs covariants
symétriques. Ainsi si 𝐾 est un champ de tenseurs covariants symétrique d’ordre 𝑝, on dira que
𝐾 est un champ de Killing si :
∑︁
(∇𝐴𝜎(𝑝+1) 𝐾)(𝐴𝜎(1) . . . 𝐴𝜎(𝑝) ) = 0, ∀𝐴1 , . . . , 𝐴𝑝+1 .
𝜎∈S𝑝+1
On peut également montrer qu’un champ de Killing 𝐾 d’ordre 𝑝 définit une intégrale première
du flot géodésique.
Remarque 5.57. Cette définition a bien sûr un sens dans le cas où 𝑀 est compact, il faut la
préciser sinon (en se limitant à des sections avec un comportement adéquate à l’infini) pour que
l’intégrale soit finie.
CHAPITRE 5. GÉOMÉTRIE RIEMANNIENNE 92
Remarque 5.58. On pourra noter que Diff(𝑀 ) est un groupe d’isométrie pour cette métrique
puisque :
⟨𝜙* ℎ, 𝜙* 𝑘 ⟩𝜙* 𝑔 = ⟨ℎ, 𝑘 ⟩𝑔 , ∀𝜙 ∈ Diff(𝑀 ).
Remarque 5.59. Dans ce cadre, on peut considérer le tenseur de Ricci comme un champ de
vecteur sur ℳ . En effet, pour tout 𝑔 ∈ ℳ , Ric(𝑔) appartient à 𝑆 2 (𝑀 ) qui est l’espace tangent
à ℳ au point 𝑔. Il permet de définir un flot sur ℳ , le flot de Ricci :
𝜕𝑡 𝑔 = Ric(𝑔)
introduit par Hamilton (voir [24]) et qui s’est avéré avoir une importance très importante en
géométrie.
Nous nous intéresserons maintenant à l’étude d’une fonctionnelle, la fonctionnelle d’Einstein-
Hilbert, définie sur ℳ et qui est à la base de la relativité générale lorsque ℳ est l’espace des
métrique de Lorentz sur une variété de dimension 4. Celle-ci s’écrit :
ℋ (𝑔) = (𝑎 𝑠(𝑔) + 𝑏) 𝜔𝑔 , (5.10)
𝑀
où 𝑠(𝑔) est la courbure scalaire, 𝜔𝑔 le volume riemannien et 𝑎, 𝑏, des constante réelles.
Remarque 5.60. En relativité générale, 𝑎 et 𝑏 sont reliées à la constante d’Einstein 𝜒 = 8𝜋𝐺/𝑐4
et la constante cosmologique Λ par les relations 𝜒 = 1/𝑎 et Λ = 𝑏/2𝑎.
On pourra tout de suite remarquer que cette fonctionnelle est invariante par Diff(𝑀 ). En
effet :
ℋ (𝜙* 𝑔) = ℋ (𝑔), ∀𝜙 ∈ Diff(𝑀 ).
On en déduit alors immédiatement la propriété suivante qui aura des conséquences impor-
tantes en mécanique (voir chapitre 7).
𝑑𝑔 ℋ .(ℒ𝑋 𝑔) = 0, ∀𝑋 ∈ Vect(𝑀 ).
ℋ (𝜙𝑡* 𝑔) = ℋ (𝑔).
Démonstration. La proposition résulte des lemmes 5.64 et 5.70. Le terme de divergence disparaı̂t
dans l’intégrale.
Remarque 5.63. La divergence du tenseur d’Einstein est nulle (le vérifier en utilisant le lemme 5.61 !).
CHAPITRE 5. GÉOMÉTRIE RIEMANNIENNE 93
Le reste de cette section sera consacré à détailler le calcul de la variation de ℋ . Pour cela,
on introduit une famille à 1 paramètre 𝑔(𝑡) de métriques sur 𝑀 , telle que :
𝑔(0) = 𝑔, 𝑔(0)
˙ = 𝛿𝑔
On a donc :
⃒
𝑑 ⃒⃒
𝑑𝑔 ℋ .𝛿𝑔 = (𝑎 𝑠(𝑔(𝑡)) + 𝑏) 𝜔𝑔(𝑡)
𝑑𝑡 ⃒𝑡=0
𝑀
= [𝑎 𝛿𝑠𝜔𝑔 + (𝑎 𝑠(𝑔) + 𝑏) 𝛿𝜔] .
𝑀
Lemme 5.64. On a :
1
𝛿𝜔 = tr𝑔 (𝛿𝑔)𝜔𝑔 ,
2
où tr𝑔 ℎ := 𝑔 𝑖𝑗 ℎ𝑖𝑗 .
ℳ → 𝒜 (𝑀 ), 𝑔 ↦→ ∇𝑔 ,
On en déduit :
qui se réécrit :
1 [︀ 𝑔
(∇𝑋 𝛿𝑔)(𝑌, 𝑍) − (∇𝑔𝑌 𝛿𝑔)(𝑍, 𝑋) + (∇𝑔𝑍 𝛿𝑔)(𝑋, 𝑌 ) .
]︀
𝑔(𝛿∇(𝑋, 𝑍), 𝑌 ) =
2
Remarque 5.65. En coordonnées locales, on a donc :
1 𝑘𝑙
𝛿Γ𝑘𝑖𝑗 = 𝑔 {𝛿𝑔𝑗𝑙;𝑖 − 𝛿𝑔𝑖𝑗;𝑙 + 𝛿𝑔𝑙𝑖;𝑗 } ,
2
où 𝐺𝑖𝑗;𝑘 = (∇𝜕𝑘 𝐺)(𝜕𝑖 , 𝜕𝑗 ).
Soit 𝑅𝑔 (𝑋, 𝑌 )𝑍 le tenseur de courbure de la connexion ∇. On laisser au lecteur le soin de
vérifier le résultat suivant.
CHAPITRE 5. GÉOMÉTRIE RIEMANNIENNE 94
Lemme 5.66. On a :
𝛿𝑅(𝑋, 𝑌, 𝑍) = (∇𝑋 𝛿∇)(𝑌, 𝑍) − (∇𝑌 𝛿∇)(𝑋, 𝑍)
Remarque 5.67. En coordonnées locales, on a donc :
𝑙
𝛿𝑅𝑖𝑗𝑘 = 𝛿∇𝑙𝑗𝑘;𝑖 − 𝛿∇𝑙𝑖𝑘;𝑗 .
Corollaire 5.68. La variation du tenseur de Riemann s’écrit :
𝑚 1
𝛿𝑅𝑖𝑗𝑘𝑙 = 𝛿𝑔𝑙𝑚 𝑅𝑖𝑗𝑘 + (𝛿𝑔𝑘𝑙;𝑗𝑖 − 𝛿𝑔𝑗𝑘;𝑙𝑖 + 𝛿𝑔𝑙𝑗;𝑘𝑖 − 𝛿𝑔𝑘𝑙;𝑖𝑗 + 𝛿𝑔𝑖𝑘;𝑙𝑗 − 𝛿𝑔𝑙𝑖;𝑘𝑗 ) ,
2
où
𝐺𝑖𝑗;𝑘𝑙 := (∇2𝜕𝑙 ,𝜕𝑘 𝐺)(𝜕𝑖 , 𝜕𝑗 ) = (∇𝜕𝑙 ∇𝜕𝑘 𝐺 − ∇∇𝜕𝑙 𝜕𝑘 𝐺)(𝜕𝑖 , 𝜕𝑗 )
Remarque 5.69. Si la variation du tenseur de Riemann est calculée en 𝑔 = 𝜂 une métrique plate,
on obtient :
1
𝑑𝜂 R𝑔 .𝐺 = (𝐺𝑙𝑗;𝑘𝑖 + 𝐺𝑖𝑘;𝑙𝑗 − 𝐺𝑙𝑖;𝑘𝑗 − 𝐺𝑗𝑘;𝑙𝑖 ) ,
2
qui n’est autre que le tenseur de Saint-Venant à un facteur multiplicatif près (il faut également
faire attention à la place des indices ; il faut ici effectuer la permutation (𝑗𝑘))
Lemme 5.70. La variation de la courbure scalaire s’écrit :
𝛿𝑠 = −𝑅𝑘𝑙 𝛿𝑔𝑘𝑙 + div 𝑋,
pour un certain champ de vecteur 𝑋.
Démonstration. On a :
𝛿𝑅𝑖𝑗 = 𝛿∇𝑘𝑘𝑗;𝑖 − 𝛿∇𝑘𝑖𝑗;𝑘
et
𝛿𝑠 = 𝛿𝑔 𝑖𝑗 𝑅𝑖𝑗 + 𝑔 𝑖𝑗 𝛿𝑅𝑖𝑗 .
Or
𝛿𝑔 𝑖𝑗 = −𝑔 𝑖𝑘 𝑔 𝑗𝑙 𝛿𝑔𝑘𝑙
car 𝑔 𝑖𝑗 𝑔𝑗𝑘 = 𝛿𝑘𝑖 . On a donc finalement :
𝛿𝑠 = −𝑔 𝑖𝑘 𝑔 𝑗𝑙 𝑅𝑖𝑗 𝛿𝑔𝑘𝑙 + 𝑔 𝑖𝑗 (𝛿∇𝑘𝑘𝑗;𝑖 − 𝛿∇𝑘𝑖𝑗;𝑘 )
= −𝑅𝑘𝑙 𝛿𝑔𝑘𝑙 + div 𝑋,
où 𝑋 𝑖 = 𝑔 𝑖𝑗 𝛿∇𝑘𝑘𝑗 − 𝑔 𝑘𝑙 𝛿∇𝑖𝑘𝑙 .
5.7 Exercices
Exercice 5.1 (Projection de Mercator (1569) et cartes conformes). La projection Mercator est
une carte de la Terre réalisée en coinçant la sphère terrestre dans un cylindre, de sorte que la zone
de contact soit l’équateur terrestre. La projection est obtenue en faisant partir un rayon depuis le
centre de la Terre ; il coupe la surface du globe, puis le cylindre (sauf pour des rayons qui passent
par les pôles Nord ou Sud). Le point d’intersection du rayon avec le cylindre correspond à la
projection. Si la Terre est paramétrée en latitude (−𝜋/2 ≤ 𝜃 ≤ 𝜋/2) et longitude (−𝜋 ≤ 𝜑 ≤ 𝜋),
la carte obtenue est de la forme :
𝑥 = 𝜑, 𝑦 = 𝑓 (𝜃), (5.11)
ce qui est le cas des cartes marines. Calculer cette projection. Cette carte est-elle conforme ?
On cherche à fabriquer une carte conforme de la Terre et satisfaisant (5.11). Déterminer 𝑓 (𝜃).
Montrer qu’elle coı̈ncide avec la projection de Mercator, en un point de l’équateur, au deuxième
ordre.
CHAPITRE 5. GÉOMÉTRIE RIEMANNIENNE 95
Exercice 5.2. Soit ∇ une dérivée covariante sur une variété riemannienne (𝑀, 𝑔). Montrer que
les deux équation suivantes sont équivalentes
∇𝑋 𝑔 = 0, ∀𝑋 ∈ Vect(𝑀 ) (5.12)
𝑋 · 𝑔(𝑌, 𝑍) = 𝑔(∇𝑋 𝑌, 𝑍) + 𝑔(𝑌, ∇𝑋 𝑍), ∀𝑋, 𝑌, 𝑍 ∈ Vect(𝑀 ) (5.13)
∇𝜙 * −1*
(︀ )︀
𝑋 𝑌 = 𝜙 ∇𝜙−1* 𝑋 𝜙 𝑌 ,
pour 𝑋, 𝑌 ∈ Γ(𝑇 𝑀 ). Montrer que ∇𝜙 est une dérivée covariante. En déduire que si 𝜙 est une
isométrie alors ∇𝜙 est symétrique, préserve la métrique 𝑔 et en conclure que ∇𝜙 = ∇.
En déduire que :
Exercice 5.5. Soit (𝑀, 𝑔) une variété riemannienne orientée. Montrer que ∇𝜔 = 0 (on pourra
considérer un repère mobile local orthonormé). En déduire que le tenseur de Ricci de la connexion
est symétrique.
Exercice 5.6. Soit (𝑀, 𝑔) une variété riemannienne. Montrer que le Hessien
est symétrique en 𝑋, 𝑌 .
Exercice 5.8. Soit 𝑅𝑖𝑗𝑘𝑙 un tenseur possédant les symétries indicielles du tenseur de Riemann.
Posons
𝐶𝑖𝑗𝑘𝑙 = 𝑅𝑖𝑘𝑗𝑙 − 𝑅𝑖𝑙𝑘𝑗 , 𝑅𝑖𝑗𝑘𝑙 = 𝐶𝑖𝑘𝑗𝑙 + 𝐶𝑖𝑙𝑘𝑗
Montrer que 𝐶 possède les symétries indicielles suivantes :
∇2𝐴,𝐵 𝑋 := ∇𝐴 ∇𝐵 𝑋 − ∇∇𝐴 𝐵 𝑋.
1. Montrer que
∇2𝐴,𝐵 𝑋 − ∇2𝐵,𝐴 𝑋 = 𝑅(𝐴, 𝐵)𝑋.
CHAPITRE 5. GÉOMÉTRIE RIEMANNIENNE 96
Exercice 5.10. Montrer que dans le cas riemannien ou pseudo-riemannien, le tenseur de Ricci
est symétrique.
Exercice 5.11. Montrer que l’action standard de Diff(𝑀 ) sur 𝑇 * 𝑀 préserve la forme de Liou-
ville 𝜃 et sa dérivée extérieure 𝜔.
Exercice 5.12. 1. Montrer que toute courbe 𝑐 qui minimise l’énergie minimise également
la longueur.
2. Montrer que si 𝑐 minimise la longueur, il en est de même de 𝑐∘𝜙 pour tout difféomorphisme
𝜙 de l’intervalle [0, 1]. En déduire que si 𝑐 est un minimum de la fonctionnelle de longueur
paramétré par sa longueur, alors c’est également un minimum pour l’énergie.
𝑥 = cos 𝜃 cos 𝜙
𝑦 = cos 𝜃 sin 𝜙
𝑧 = sin 𝜃
Exercice 5.14. Montrer que les champs de vecteurs de Killing de R𝑛 muni de la métrique
canonique sont les champs de vecteurs équiprojectifs définis par :
−−→ −−→
X(𝐴) · 𝐴𝐵 = X(𝐵) · 𝐴𝐵 𝐴, 𝐵 ∈ R𝑛 .
1
𝛿𝜔 = tr𝑔 𝛿𝑔 𝜔𝑔 .
2
Exercice 5.16. Soit 𝑀 une surface compacte sans bord et 𝑔 une métrique sur 𝑀 . Montrer que
l’intégrale
𝑅(𝑔) Ω𝑔
𝑀
est indépendante de la métrique 𝑔.
Chapitre 6
𝜙 : Σ → ℰ3
97
CHAPITRE 6. GÉOMÉTRIE RIEMANNIENNE SUR UN GROUPE DE LIE 98
l’instant 𝑡, le point 𝑀 occupe une position 𝑀𝑡 = 𝜙(𝑀, 𝑡). On notera x = (𝑥𝑘 (𝑡)) ses coordonnées
dans le repère ℬ : ce sont les coordonnées spatiales. Entre ces deux jeux de coordonnées, on a
la relation suivante :
x(𝑡) = 𝑔(𝑡)a, 𝑔(𝑡) ∈ SO(3).
Il peut être utile de considérer un repère ℬ de ℰ3 comme une application affine de R3 → ℰ3 ,
a ↦→ 𝑀 telle que :
3
−−→ ∑︁ 𝑘
𝑂𝑀 = 𝑎 𝑒𝑘 .
𝑘=1
Alors le groupe des rotations 𝑆𝑂(3) agit sur les repères par composition à droite. En notant
ℬ(𝑡) = ℬ𝑔(𝑡), on a :
𝜙(𝑀, 𝑡) = ℬx(𝑡) = ℬ𝑔(𝑡)a = ℬ(𝑡)a.
Définition 6.1 (Vitesse lagrangienne). La vitesse instantanée d’un point 𝑀 à l’instant 𝑡 s’écrit :
𝜕 (︀ [︀ −1
ℬx(𝑡) = ℬ(𝑔a)
˙ = ℬ (𝑔𝑔 )x(𝑡) = ℬ(𝑡) (𝑔 −1 𝑔)a
)︀ ]︀ [︀ ]︀
v(𝑀, 𝑡) = ˙ ˙ .
𝜕𝑡
C’est la vitesse lagrangienne du point 𝑀 .
Définition 6.2 (Vitesse spatiale). Le vecteur (𝑔𝑔˙ −1 )x(𝑡) de R3 correspond aux composantes de
la vitesse dans la base ℬ fixe. C’est la vitesse spatiale.
Définition 6.4 (Vitesses angulaires). Ces définitions font apparaı̂tre la vitesse angulaire par
rapport au solide
Ω𝐿 = 𝑔 −1 𝑔,˙
et la vitesse angulaire par rapport à l’espace
˙ −1 .
Ω𝑅 = 𝑔𝑔
Lemme 6.6. On a :
𝜔𝑅 (𝑡) = 𝑔(𝑡)𝜔𝐿 (𝑡).
C’est le tenseur d’inertie du solide. Dans la base canonique de R3 , on retrouve les formules
habituelles :
(︀ 2 2
)︀
𝐴𝑥𝑥 = 𝑦 + 𝑧 𝑑𝜇, 𝐴𝑥𝑦 = 𝐴𝑦𝑥 = − 𝑥𝑦 𝑑𝜇, . . .
Σ Σ
Les directions propres de 𝐴 sont les axes principaux d’inertie du solide et ses valeurs propres 𝐼𝑘
sont les moments principaux d’inertie. Dans une base orthonormée de vecteurs propres de 𝐴, on
a:
1 (︀
𝐼1 𝜔12 + 𝐼2 𝜔22 + 𝐼3 𝜔32 .
)︀
𝐾(𝜔) =
2
Ce sont les équations d’Euler du corps rigide.
Remarque 6.7. Par translation à gauche sur le groupe SO(3), 𝐴 induit une métrique rieman-
nienne invariante à gauche sur le groupe SO(3). Son expression en un point 𝑔 ∈ SO(3), est
simplement l’expression de l’énergie cinétique à l’aide des variables lagrangiennes :
1
𝐾(𝑔, 𝑔)
˙ = ˙ 2 𝜌 𝑑𝜏.
‖𝑔a‖
2 Σ
Remarque 6.8. Il est possible d’intégrer explicitement les équations du mouvement à l’aide des
fonctions elliptiques (voir [33]). L’ingrédient essentiel qui permet cette intégration est l’existence
des deux grandeurs conservées suivantes :
On peut également établir, par des méthodes géométriques que les rotations autour du grand
axe ou du petit axe (qui sont des solutions stationnaires) sont stables (au sens de Lyapunov)
mais pas la rotation autour de l’axe médian.
Remarque 6.9. Dans le cas du mouvement du corps rigide, on a identifié g avec l’espace euclidien
R3 , ce qui a rendu indiscernable g de g* .
𝐵(𝑋, 𝑌 ) := ∇𝑋 𝑌 − ∇0𝑋 𝑌
est un champ de tenseurs invariant à gauche et la formule de Koszul (évaluée sur des champs
de vecteurs invariants à gauche) nous donne (le vérifier !) :
1
⟨𝐵(𝑢, 𝑣), 𝑤 ⟩ = − (⟨ad𝑢 𝑤, 𝑣 ⟩ + ⟨ad𝑣 𝑤, 𝑢 ⟩) ,
2
soit :
1 (︀ 𝑡
ad𝑢 𝑣 + ad𝑡𝑣 𝑢 .
)︀
𝐵(𝑢, 𝑣) = −
2
CHAPITRE 6. GÉOMÉTRIE RIEMANNIENNE SUR UN GROUPE DE LIE 101
et donc
ad𝑡𝑢 𝑣 = − ad𝑢 𝑣.
Par suite, 𝐵(𝑢, 𝑣) = 0 et la connexion riemannienne coı̈ncide avec la connexion canonique de 𝐺
𝑚𝐿 = 𝐴𝑢, 𝑚𝑅 = Ad*𝑔−1 𝑚𝐿 ,
Théorème 6.13 (Premier théorème d’Euler). Le moment à droite 𝑚𝑅 d’une métrique rieman-
nienne invariante à gauche sur 𝐺 est indépendant de 𝑡 :
𝑑𝑚𝑅
= 0, (6.3)
𝑑𝑡
CHAPITRE 6. GÉOMÉTRIE RIEMANNIENNE SUR UN GROUPE DE LIE 102
Le deuxième théorème d’Euler est une réécriture, sur un groupe de Lie quelconque, de
l’équation d’évolution des vitesses angulaires d’un solide en rotation autour d’un point fixe.
Théorème 6.14 (Deuxième théorème d’Euler). Le moment à gauche 𝑚𝐿 d’une métrique rie-
mannienne invariante à gauche sur 𝐺 vérifie l’équation différentielle du premier ordre suivante :
𝑑𝑚𝐿
= ad*𝑢 𝑚𝐿 , (6.4)
𝑑𝑡
Remarque 6.15. L’équation (6.4) s’appelle l’équation d’Euler-Poincaré. Elle avait déjà été obte-
nue par Poincaré [43] en 1901 dans le cadre plus général des systèmes Lagrangiens sur lesquels
agit transitivement un groupe de Lie. Une version encore plus général de ce formalisme a été
proposé par Hamel en 1904 [22] (voir également [3]).
Preuve des théorèmes d’Euler. Le deuxième théorème d’Euler s’obtient immédiatement par sub-
stitution :
˙ 𝐿 (𝑤) = ad𝑡𝑢 𝑢, 𝑤 = ⟨𝑢, ad𝑢 𝑤 ⟩ = (ad*𝑢 𝑚𝐿 )(𝑤).
⟨︀ ⟩︀
𝑚
le premier théorème d’Euler en résulte :
Pour un fluide parfait, homogène et incompressible, les seules inconnues qui demeurent sont
donc le champ des vitesses u(𝑥, 𝑡) et le champ des pressions 𝑝(𝑥, 𝑡). Les relations fondamentales
se réécrivent alors (après avoir choisi une unité de masse de telle sorte que 𝜌 = 1) :
div u = 0, ∇u u + 𝜕 𝑡 u + grad 𝑝 = f ,
et
u · n = 0, sur le bord 𝜕Ω de Ω,
⟨u, v ⟩ = 0, ∀𝑣 ⇒ u = 0.
Par restriction, on obtient un produit scalaire défini positif sur le sous-espace SVect(Ω).
CHAPITRE 6. GÉOMÉTRIE RIEMANNIENNE SUR UN GROUPE DE LIE 104
Remarque 6.17. Attention, elle n’induit pas une structure hilbertienne sur Vect(Ω), l’espace des
champs de vecteurs C∞ sur Ω (qui n’en possède pas du reste). On parle alors de métrique
riemannienne faible.
En translatant à droite ce produit scalaire sur tous les espaces tangents au groupe SDiff(Ω),
on obtient une métrique riemannienne faible sur SDiff(Ω), invariante à droite. Celle-ci s’in-
terprète (comme dans le cas du corps rigide) comme l’énergie cinétique.
Remarque 6.18 (Connexion riemannienne en dimension infinie). Pour une métrique riemannienne
faible en dimension infinie, l’existence d’une connexion symétrique compatible avec la métrique
n’est pas assurée automatiquement. Dans le cas d’une métrique invariante à droite sur un groupe
de Lie 𝐺 (de dimension infinie), l’existence de celle-ci est équivalente à l’existence de l’opérateur
bilinéaire
𝐵(𝑢, 𝑣) := ad𝑡𝑢 𝑣 + ad𝑡𝑣 𝑢, 𝑢, 𝑣 ∈ g.
Dans le cas particulier qui nous intéresse, l’opérateur ad𝑡u est défini implicitement par l’équation :
et :
div(u ∧ v) = v · rot u − u · rot v, (6.8)
où u, v, w ∈ Vect(Ω). On obtient donc :
− < [u, v], w >=< rot(u ∧ v), w >=< u ∧ v, rot w >=< rot(w ∧ u), v >,
ad𝑡u w = rot(w ∧ u)
{grad 𝑓 ; 𝑓 ∈ C∞ (Ω) et 𝜕 n 𝑓 = 0} .
De plus, étant donné un champ de vecteur v ∈ Vect(Ω), on peut trouver une fonction 𝑓 ∈ C∞ (Ω),
définie de manière unique à une constante près (voir par exemple [45]), solution du problème de
Neumann :
△𝑓 = div v, 𝜕 n 𝑓 = 0,
n désignant la normale au bord de Ω. On a donc bien une décomposition unique :
v = u + grad 𝑓, div u = 0.
CHAPITRE 6. GÉOMÉTRIE RIEMANNIENNE SUR UN GROUPE DE LIE 105
On en déduit donc :
ad𝑡u w = rot w ∧ u + grad ℎ
où ℎ est la fonction, définie à une constante près, par le problème de Neumann :
u̇ = − ad𝑡u u
s’écrit donc :
𝜕 𝑡 u = − rot u ∧ u − grad ℎ. (6.9)
Remarque 6.20 (Généralisation). On peut généraliser le formalisme précédent à n’importe quelle
variété riemannienne compacte (avec ou sans bord). On définit l’équation d’Euler d’un fluide
incompressible idéal sur une variété riemannienne (𝑀, 𝑔) :
Bien que ceci soit de peu d’intérêt pour la physique, cette formulation peut par contre permettre
de mieux comprendre la structure de l’équation d’Euler d’un point de vue mathématique et la
géométrie des groupes de difféomorphismes (voir [2]).
Remarque 6.21 (Solutions stationnaires). Les solutions stationnaires de l’équation d’Euler sont
les champs u qui vérifient :
u ∧ rot u = grad ℎ.
On en déduit deux propriétés importantes de flots stationnaires :
— ℎ est une intégrale première commune des champs u et rot u.
— les champs u et rot u (et donc également leur flot) commutent : [u, rot u] = 0.
On peut en déduire une classification topologique des flots stationnaires de dimension 3 (voir
[2]).
où 𝛼 ∈ Ω1 (Ω). Attention, 𝑚 ne détermine pas 𝛼 de manière unique. En effet, on peut ajouter une
différentielle totale, autrement dit remplacer 𝛼 par 𝛼 + 𝑑𝑓 , sans changer la valeur de l’intégrale
et donc 𝑚. C’est la seule liberté possible dans le choix de 𝛼 (voir [2]). On peut donc identifier
l’espace de ces distributions particulières avec :
Ω1 (Ω)/𝑑Ω0 (Ω)
Remarque 6.22. Dans le cas particulier où 𝐻 1 (Ω, R) = 0 (par exemple si Ω est un domaine
convexe), alors l’application
𝑑 : Ω1 (Ω)/𝑑Ω0 (Ω) → 𝑑Ω1 (Ω)
est un isomorphisme, ce qui permet d’identifier SVect* (Ω) avec 𝑑Ω1 (Ω).
Supposons à présent que 𝐻 1 (Ω, R) = 0. On peut donc identifier SVect* (Ω) avec 𝑑Ω1 (Ω),
l’espace des 2-formes exactes 𝑑𝛼, que l’on peut lui-même identifier avec l’espace des rotationnels
𝜔 en posant 𝑑𝛼 = 𝑖𝜔 𝑑𝜏 . Avec ces identifications, le crochet de dualité est défini par :
(rot 𝑤, 𝑣) := 𝑤 · 𝑣 𝑑𝜏.
Ω
(1) On a :
Ad*𝜙 𝑚 (v) = 𝑚(𝜙* v) = 𝛼(𝜙* v) 𝑑𝜏 = (𝜙* 𝛼)(v) 𝑑𝜏.
Ω Ω
˜ celui correspondant à Ad*𝜙 𝑚. On a donc :
Désignons par 𝜔 le rotationnel correspondant à 𝑚 et 𝜔
˜ = 𝜙* 𝜔.
ce qui nous donne : 𝜔
(2) On a :
ad*u 𝑚 (v) = 𝑚(adu v) = − 𝛼([u, v]) 𝑑𝜏 = − 𝛼(ℒu v) 𝑑𝜏 = (ℒu 𝛼)(v) 𝑑𝜏.
Ω Ω Ω
˜ = ℒu 𝜔.
ce qui nous donne : 𝜔
relation qui traduit le fait, bien connu en mécanique des fluides, que la vorticité, c’est à dire
le vecteur 𝜔 = rot u est transporté le long du flot. On parle de ≪ gel du rotationnel ≫ ou
≪ d’isovorticité ≫. La version infinitésimale de cette équation s’écrit :
6.4 Exercices
Exercice 6.1 (Prolongement des isométries affines). Soit Σ une partie non vide d’un espace
affine euclidien ℰ𝑛 et 𝑓 : Σ → ℰ𝑛 une isométrie. Montrer que 𝑓 s’étend de manière unique en
une isométrie affine 𝑓¯ : Aff(Σ) → ℰ𝑛 .
𝑡
Exercice 6.2. Montrer qu’un mouvement 𝑡 ↦→ 𝜙 est un mouvement de corps rigide, si et
seulement si, à chaque instant 𝑡, le champs de ses vitesses est équiprojectif, c’est à dire qu’il
vérifie :
−−→
(V𝑡 (𝑀 ) − V𝑡 (𝑁 )) · 𝑀 𝑁 = 0.
Exercice 6.3 (Paire de Lax). Soit 𝑋 un champ de vecteur sur une variété 𝑀 . On suppose qu’il
existe une application 𝐿 : 𝑀 → gl(𝑝, R) tel que :
𝑑
𝐿(𝑥(𝑡)) = [𝐿(𝑥(𝑡), 𝐵(𝑡) ] , 𝐵(𝑡) ∈ gl(𝑝, R),
𝑑𝑡
si 𝑥(𝑡) est une courbe intégrale de 𝑋.
1. Montrer que les valeurs propres de 𝐿(𝑥) sont des intégrales premières du flot de 𝑋.
2. Appliquer la construction à l’équation d’Arnold-Euler sur O(𝑛) en prenant :
𝐿 : o(𝑛) → o(𝑛)* , 𝑢 ↦→ 𝑚 := 𝐴𝑢
(on identifiera o(𝑛) et o(𝑛)* grâce au produit scalaire tr(𝑢𝑣 𝑡 )).
Exercice 6.4. Soit 𝐺 un groupe de Lie et ∇ une connexion affine invariante à gauche sur 𝐺.
Soit 𝜔 la 1-forme de Maurer-Cartan (invariante à gauche). Alors ∇ s’écrit :
∇𝑋 𝑌 = ∇0𝑋 𝑌 + 𝐵(𝑋, 𝑌 ),
où 𝐵 est un champ de tenseur invariant à gauche. Montrer que :
1
(∇𝑋 𝜔)(𝑌 ) = − [𝜔(𝑋), 𝜔(𝑌 ) ] − 𝐵(𝜔(𝑋), 𝜔(𝑌 )).
2
Exercice 6.5. Soit 𝜔 ∈ Ω𝑝 (R𝑛 ) une p-forme et u ∈ Vect(R𝑛 ) un champ de vecteurs sur R𝑛 ,
tous deux dépendant d’un paramètre 𝑡. Soit ∆ une sous-variété de dimension 𝑝 et ∆𝑡 son image
par le flot 𝜙𝑡 de u. Posons :
𝐼(𝑡) = 𝜔
Δ𝑡
Montrer que :
𝑑𝐼
= (𝐿u 𝜔 + 𝜕 𝑡 𝜔).
𝑑𝑡 Δ𝑡
Exercice 6.6. Le but de cet exercice est de vérifier directement que l’espace tangent à SDiff(Ω)
en l’identité, défini par les équations :
div u = 0, dans 𝜔, u · n = 0, sur le bord 𝜕Ω
est bien une algèbre de Lie.
1. Montrer que si u, v ∈ SVect(Ω), alors :
div[u, v] = 0, dans 𝜔
7.1 Statique
Dans la théorie classique des milieux continus, les tensions internes sont décrites par 𝜎, le
tenseur des contraintes caractérisé par des composantes 𝜎 𝑗𝑘 supposées symétriques : 𝜎 𝑗𝑘 = 𝑇 𝜎𝑘𝑗.
L’équilibre du milieu s’exprime par les trois équations :
(div 𝜎)𝑘 = 𝜕 𝑗 𝜎 𝑗𝑘 = 0. (7.1)
où 𝜔 est la forme volume canonique sur R3 . Réécrivons alors les équations d’équilibre (7.1) sous
la forme dite faible, c’est à dire :
(div 𝜎)𝑘 𝑍𝑘 𝜔 = 0, ∀𝑍 ∈ Ω1𝑐 (R3 ).
R3
108
CHAPITRE 7. UN PRINCIPE DE COVARIANCE GÉNÉRAL D’APRÈS J. M. SOURIAU109
(𝐷𝑍)𝑗𝑘 = 𝜕 𝑗 𝑍𝑘 + 𝜕 𝑘 𝑍𝑗 ,
ou encore :
𝑇 (𝐷𝑍) = 0, ∀𝑍 ∈ Ω1𝑐 (R3 ),
et plus brièvement :
𝑇 𝐷 = 0.
Remarque 7.1. La formulation faible 𝑇 𝐷 = 0 est en fait un peu plus complète que l’équation
div 𝜎 = 0. En effet, dans le cas où le milieu possède une surface libre, elle impose aussi sur cette
surface la condition classique :
𝜎 𝑗𝑘 𝑛𝑘 = 0,
où 𝑛𝑘 désigne la normale à la surface (le vérifier !).
Remarque 7.2. Par rapport au ≪ principe des puissances virtuelles ≫ on notera les différences
suivantes :
— 𝑍 est un déplacement de l’espace et non un déplacement du milieu ;
— 𝑍 est un vecteur covariant et non contravariant.
7.1.2 Fils
Considérons à présent le cas d’un fil où la matière est distribuée sur une courbe 𝐶 - décrite
au moyen d’un paramètre arbitraire 𝑠. Cherchons a priori la distribution 𝑇 de la matière sous
la forme :
𝑇𝐺 = 𝑇 𝑗𝑘 𝐺𝑗𝑘 𝑑𝑠,
𝐶
𝑑𝑥𝑗 𝑑𝑥𝑘
𝑇 𝑗𝑘 (𝑠) = 𝜏 (𝑠) (7.2)
𝑑𝑠 𝑑𝑠
— le vecteur 𝑃 défini par :
𝑑𝑥𝑗
𝑃𝑗 = 𝜏 (7.3)
𝑑𝑠
est constant sur la courbe ; ce qui exige que cette courbe soit une droite, à moins que 𝜏
ne soit nul.
Remarque 7.4. On obtient bien la description d’un fil sous tension 𝜏 et on voit apparaı̂tre une
grandeur conservée, le vecteur 𝑃 . Ce vecteur est invariant par changement de variable croissant
sur le paramètre 𝑠 ; mais 𝑃 change de signe si on inverse le sens de parcours. Ce qui donne un
statut de pseudo-scalaire à la tension du fil.
CHAPITRE 7. UN PRINCIPE DE COVARIANCE GÉNÉRAL D’APRÈS J. M. SOURIAU110
7.1.3 Membranes
La même méthode permet de distribuer la matière sur une surface. Le choix le plus simple
pour la distribution 𝑇 est :
𝑇𝐺 = 𝑇 𝑗𝑘 𝐺𝑗𝑘 𝑑𝑠1 𝑑𝑠2
Σ
en choisissant des coordonnées 𝑠1 , 𝑠2
sur cette surface Σ. On établit alors le résultat suivant,
dont la preuve est proposée en exercice (7.4).
Proposition 7.5. La condition d’équilibre 𝑇 𝐷 = 0 implique les conséquences suivantes :
— il existe des fonctions 𝜏 𝛼𝛽 de 𝑠1 , 𝑠2 (𝛼, 𝛽 = 1, 2) avec 𝜏 𝛼𝛽 = 𝜏 𝛽𝛼 telles que :
𝜕𝑥𝑗 𝜕𝑥𝑘
𝑇 𝑗𝑘 (𝑠1 , 𝑠2 ) = 𝜏 𝛼𝛽 (𝑠1 , 𝑠2 ) ,
𝜕𝑠𝛼 𝜕𝑠𝛽
— ces variables vérifient les trois équations suivantes :
Ç å
𝜕 𝑗
𝛼𝛽 𝜕𝑥
𝜏 = 0.
𝜕𝑠𝛼 𝜕𝑠𝛽
existe, elle décrit la coexistence de tous ces fils, et elle est solution de l’équation d’équilibre.
En resserrant les fils et en diminuant proportionnellement leur tension, 𝑇 aura une limite
(parce que 𝑇𝑛 𝐺 aura une limite pour chaque choix de 𝐺), qui décrira une membrane plane
tendue (dans le sens des fils) : procédure d’homogénéisation.
On pourra donc être amené à écrire cette équation d’équilibre 𝑇 𝐷 = 0 dans des situations
limites où le support de la distribution 𝑇 n’est plus nécessairement une sous-variété de R3 . Il est
donc utile de définir ce qu’est le support d’un tenseur-distribution 𝑇 en général.
Définition 7.6 (Support d’un tenseur-distribution). Le support de 𝑇 qu’on notera Σ est défini
de la façon suivante. Soit 𝑈 un ouvert de 𝑀 . On dit que 𝑇 s’annule sur 𝑈 si 𝑇 𝐺 = 0 pour tout
champ de tenseurs 𝐺 dont le support appartient à 𝑈 . Notons Ω le plus grand ouvert vérifiant
cette propriété (i.e. l’union des tous les ouverts qui la vérifient). Alors on peut montrer que 𝑇
s’annule également sur Ω. Nous poserons Σ = 𝑆𝑢𝑝𝑝(𝑇 ) = 𝑀 ∖ Ω.
Une autre pratique consiste à ajouter des distributions qui ne sont pas individuellement en
équilibre, mais dont la somme l’est : les assemblages. Par exemple :
1. Un assemblage de fils concourants. Dans ce cas, l’équation 𝑇 𝐷 = 0 implique une nouvelle
condition d’équilibre en chaque point de concours :
∑︁
𝑃𝑛 = 0,
𝑃 𝑗 = 𝐶 𝑡𝑒
(7.4b)
𝑆 𝑗𝑘 + 𝑃 𝑗 𝑥𝑘 − 𝑃 𝑘 𝑥𝑗 = 𝐶 𝑡𝑒
Remarque 7.8. Il est également possible de faire de faire le choix d’un tenseur-distribution 𝑇 qui
prenne en compte les dérivées seconde de 𝐺, ce qui conduit à une intégrale de troisième gradient.
7.1.6 Coques
La même méthode, appliquée sur une surface, permet de décrire une coque par une intégrale
du second gradient : î ó
𝑇𝐺 = 𝐴𝑗𝑘 𝐺𝑗𝑘 + 𝐵 𝑗𝑘𝑙 𝜕 𝑙 𝐺𝑗𝑘 𝑑𝑠1 𝑑𝑠2 .
Σ
On établit alors le résultat suivant, dont la preuve est proposée en exercice (7.6).
𝜀𝑗𝑘𝑙 𝑁 𝑗 𝑆 𝛼, 𝑘𝑙 = 0 ;
tous comptes faits, dix variables pour décrire en chaque point l’état de tension d’une coque en
équilibre.
CHAPITRE 7. UN PRINCIPE DE COVARIANCE GÉNÉRAL D’APRÈS J. M. SOURIAU112
7.2 Dynamique
Pour passer à la dynamique, il faut tenir compte du temps et faire intervenir la variable 𝑡. On
la traitera comme une quatrième coordonnée 𝑥4 . On va donc se placer dans R4 . Les nouveaux
indices (𝜆, 𝜇, . . .) prendront les valeurs 1, 2, 3, 4 et l’opération 𝐷 deviendra :
(𝐷𝑍)𝜆𝜇 = 𝜕 𝜆 𝑍𝜇 + 𝜕 𝜇 𝑍𝜆
L’équation
𝑇𝐷 = 0
passera ainsi du statut d’équation d’équilibre à celui d’équation du mouvement. Il faut également
décrire la matière par une distribution quadri-dimensionnelle 𝑇 .
où 𝜔 est la forme volume canonique sur R4 . Les 𝑇 𝜆𝜇 qui peuvent se découper en
Å 𝑗𝑘
𝑇 𝑗4
ã
𝑇
𝑇 4𝑘 𝑇 44
On reconnaı̂t les équations d’Euler des milieux continus où 𝜌 désigne la masse spécifique, 𝑉 𝑘 la
vitesse du milieu et 𝜎 𝑗𝑘 son tenseur des contraintes. La première équation, dite équation de conti-
nuité s’interprète comme conservation de la masse. Les trois dernières équations s’interprètent
comme la loi fondamentale de la dynamique newtonienne – parce que
𝜕𝑉 𝑘
𝐴𝑘 = + 𝑉 𝑗 𝜕𝑗 𝑉 𝑘
𝜕𝑡
est l’accélération du milieu et
𝐹 𝑘 = −𝜕𝑗 𝜎 𝑗𝑘
est la force spécifique à laquelle est soumis le milieu du fait de sa contrainte. Bien entendu
ces équations doivent être complétées par les diverses lois de comportement que proposent la
mécanique des fluides, la théorie de l’élasticité et de la plasticité, la géophysique, la chimie, etc.
Par exemple, le cas des fluides parfaits incompressibles correspond à 𝜌 = 𝐶𝑠𝑡𝑒 et 𝜎 𝑗𝑘 = 𝑝 𝛿 𝑗𝑘
(où 𝑝 est la pression).
CHAPITRE 7. UN PRINCIPE DE COVARIANCE GÉNÉRAL D’APRÈS J. M. SOURIAU113
Remarque 7.11 (Dynamique de la matière distribuée). On peut aussi étudier les répartitions de
matière sur des sous-variétés de l’espace-temps dont la dimension vaudra 𝑑 = 1, 2, 3 :
— 𝑑 = 3 : coques (ou membranes) en mouvement ;
— 𝑑 = 2 : cordes vibrantes ;
— 𝑑 = 1 : mouvements des particules.
Dans tous ces cas, les méthodes développées en statique pour interpréter l’équation universelle
𝑇 𝐷 = 0 peuvent se transposer.
Exemple 7.12. Le cas du mouvement d’une particule est l’analogue quadri-dimensionnel de
l’équilibre d’un fil. L’expression de la distribution de matière sur la ligne d’univers Γ de la
particule se transpose en :
𝑇𝐺 = 𝑇 𝜆𝜇 𝐺𝜆𝜇 𝑑𝑠
Γ
où on peut facultativement choisir le paramètre 𝑠 = 𝑡. Il apparaı̂t un quadri-vecteur conservé
𝑃 𝜆 tangent à la ligne d’univers, ce qui implique que le mouvement soit rectiligne et uniforme
(principe de Galilée).
Remarque 7.13. La règle sur l’équilibre des fils concourants, transposée, produit les lois des
collisions et des désintégrations ; lois de conservation de la somme des 𝑃 4 (qui s’interprètent
comme masses) et des 𝑃 𝑗 (impulsions).
où
𝐽(𝑡, 𝑍) = 𝑇 4𝜈 𝑍𝜈 𝑑𝑥1 𝑑𝑥2 𝑑𝑥3 ,
Σ𝑡
et Σ𝑡 désigne l’intersection de Σ avec l’hyperplan 𝑥4 = 𝑡. Si 𝑣 est une fonction du temps nulle
pour 𝑡 < 𝑡0 et 𝑡 > 𝑡1 alors 𝑣𝑍 est à support compact sur le support de 𝑇 . Par conséquent :
𝑇 𝐷[𝑣𝑍] = 0
et donc
𝑡1 𝑡1
𝑣˙ 𝐽(𝑡, 𝑍) 𝑑𝑡 = − ˙ 𝑍) 𝑑𝑡 = 0
𝑣 𝐽(𝑡,
𝑡0 𝑡0
ce qui entraı̂ne que 𝐽(𝑡, 𝑍) est indépendant de 𝑡. Une solution de 𝐷𝑍 = 0 (voir exercice 7.7)
s’écrit :
𝜇
𝑍𝜆 = 𝐵𝜆𝜇 𝑥 + 𝐴𝜆 ,
où 𝐵𝜇𝜆 = −𝐵𝜆𝜇 et 𝐴𝜆 sont des constantes. La fonction 𝐽(𝑡, 𝑍) dépend linéairement des coeffi-
cients 𝐴𝜆 , 𝐵𝜆𝜇 ; on peut donc l’écrire :
1
𝐴𝜆 𝑃 𝜆 + 𝐵𝜆𝜇 𝑆 𝜆𝜇 ,
2
les dix grandeurs 𝑃 𝜆 et 𝑆 𝜆𝜇 = −𝑆 𝜇𝜆 étant les composantes d’un objet conservé, le moment.
Le libre choix des dates permet de calculer ce moment à une date arbitraire. Sur l’exemple des
équations d’Euler d’un milieu continu quelconque, le calcul de ces grandeurs fournit le résultat
suivant :
4
𝑃 = 𝜌 𝑑𝑥1 𝑑𝑥2 𝑑𝑥3 ,
Σ𝑡
𝑗
𝑃 = 𝜌𝑉 𝑗 𝑑𝑥1 𝑑𝑥2 𝑑𝑥3 ,
Σ𝑡 î ó (7.7)
4𝑘
𝑆 = 𝜌 𝑥 − 𝑉 𝑡 𝑑𝑥1 𝑑𝑥2 𝑑𝑥3 ,
𝑘 𝑘
Σ𝑡 î ó
𝑆 𝑗𝑘 = 𝜌 𝑉 𝑗 𝑥𝑘 − 𝑉 𝑘 𝑥𝑗 𝑑𝑥1 𝑑𝑥2 𝑑𝑥3 ,
Σ𝑡
où la valeur des intégrales est indépendante de la date 𝑡 choisie. Ainsi l’interprétation du moment
est claire : 𝑃 4 = 𝑚 est la masse, 𝑃 𝑗 l’impulsion, 𝑆 𝑗𝑘 le moment angulaire, 𝑆 4𝑘 le passage, une
grandeur conservée qui caractérise le mouvement du centre de masse 𝑋 : 𝑚𝑋 𝑘 = 𝑆 4𝑘 + 𝑃 𝑘 𝑡.
Remarque 7.14. Une absence tout à fait remarquable dans cette liste : on n’y rencontre pas
l’énergie. Parce que la présente description de la mécanique concerne aussi bien les phénomènes
dissipatifs que les autres. Le bilan d’énergie ne pourrait donc y figurer qu’en termes thermo-
dynamiques, et devrait s’accompagner d’autres grandeurs, telles que l’entropie, la chaleur, la
CHAPITRE 7. UN PRINCIPE DE COVARIANCE GÉNÉRAL D’APRÈS J. M. SOURIAU115
température, etc. L’énergie est donc reléguée ici au rang des variables concernant les lois de
comportement. Par contre, les grandeurs figurant dans le moment ci-dessus restent pertinentes
dans ce genre de phénomènes.
La procédure présentée ici pour construire le ≪ moment ≫ s’applique à d’autres situations,
notamment la statique ; on doit noter que ces procédures utilisent essentiellement les propriétés
topologiques du vide extérieur au support de la distribution 𝑇 , que l’on notera Σ (le body) et
que l’on supposera compact. Soit 𝛼 une 1-forme ; on peut calculer 𝑇 (𝛼 ⊙ 𝑍) où 𝑍 désigne une
solution de 𝐷𝑍 = 0. On remarque alors que si 𝛽 est une autre 1-forme telle que 𝛼 − 𝛽 = 𝑑𝑓 où
𝑓 est une fonction (que l’on pourra supposer à support compact puisque seul compte la valeur
de 𝛼 − 𝛽 sur Σ), alors :
𝑇 [(𝛼 − 𝛽) ⊙ 𝑍] = 𝑇 𝐷(𝑓 𝑍) = 0.
Ainsi l’application 𝑍 ↦→ 𝑇 (𝛼 ⊙ 𝑍) induit une forme linéaire sur l’espace des solutions de 𝐷𝑍 = 0
qui ne dépend que d’une classe de cohomologie de 𝛼 à préciser en lien sans doute avec la dualité
d’Alexander). C’est cette application que nous avons baptisée ici le ≪ moment ≫.
Sur la Figure 7.1, on a représenté un problème de statique. L’intégrale de 𝑇 𝑖𝑗 𝑍𝑗 sur l’intersec-
tion de Σ avec un disque bordé par une des courbes est indépendant de la classe d’homologie de
cette courbe dans le complémentaire de Σ (comparer avec la 2-homologie évoquée implicitement
dans le cas de la dynamique). Cette intégrale représente la résultante des efforts qui s’exercent
sur la section orientée (par le sens de la courbe) découpée par un disque bordée par cette courbe.
Cette résultante est un objet à 6 composantes (10 dans le cas de la dynamique). Il s’agit d’un
torseur de R3 où champ équiprojectif (qui est une notion affine). L’identification de ce torseur
à un moment du groupe d’Euclide n’apparaı̂t a priori que comme une coı̈ncidence.
c’est un tenseur-distribution. la loi de Galilée s’exprime alors par une simple équation, invariante
par le groupe souple
𝑇 𝐷 = 0,
reliant 𝑇 à la gravitation 𝐷. Cette dernière expression n’étant que la forme condensée de
l’équation plus explicite
𝑇 (𝐷𝑍) = 0, ∀𝑍 ∈ Ω1𝑐 (𝑀 ), (7.8)
Ω1𝑐 (𝑀 ) désignant l’espace des 1-formes à support compact.
Pour rendre compte de l’expérience de Galilée, nous choisissons les coordonnées usuelles
𝑥1 = 𝑥, 𝑥2 = 𝑦, 𝑥3 = 𝑧, 𝑥4 = 𝑡
avec la convention que les lettres latines 𝑖, 𝑗 désignent un indice quelconque 1, 2, 3 alors qu’une
lettre grecque 𝛼, 𝛽 désigne un indice quelconque 1, 2, 3, 4. Dans ce système de coordonnées,
l’opérateur 𝐷 s’écrit :
𝜌
𝐷𝑍𝜇𝜈 = 𝜕𝜇 𝑍𝜈 + 𝜕𝜈 𝑍𝜇 + 𝐷𝜇𝜈 𝑍𝜌 ,
𝜌
où 𝐷𝜇𝜈 = −2Γ𝜌𝜇𝜈 . On définit la gravité galiléenne en posant 𝐷44
𝑗
= 2𝑔 𝑗 , les autres composantes
étant nulles.
Le point matériel est représenté par une forme linéaire sur les champs de tenseurs deux fois
covariants symétriques à support compact (un tenseur-distribution)
𝑇 : Γ𝑐 (𝑇 * 𝑀 ⊙ 𝑇 * 𝑀 ) → R,
dont le support Σ est sous-variété connexe 𝐶 ∞ de dimension 1 (non compacte et sans bord) et
qui s’écrit, après le choix d’une paramétrisation quelconque 𝑥(𝑠) de cette courbe :
𝑏
𝑇𝐺 = 𝑇 𝜇𝜈 𝐺𝜇𝜈 𝑑𝑠 , (7.9)
𝑎
où 𝑇 𝜇𝜈 sont les composantes d’un champ de tenseurs 𝐶 ∞ , 2 fois contravariant symétrique le
long de la courbe Σ.
Lemme 7.15. Si 𝑇 𝐷 = 0, alors il existe une fonction 𝜙 de classe 𝐶 ∞ sur Σ telle que
𝑏
𝑇𝐺 = 𝜙 𝑥˙ 𝜇 𝑥˙ 𝜈 𝐺𝜇𝜈 𝑑𝑠
𝑎
Démonstration. L’équation 𝑇 𝐷 = 0 nous donne
𝑏
𝑇 𝜇𝜈 2𝜕𝜇 𝑍𝜈 + 𝐷𝜇𝜈
𝜌
(︀ )︀
𝑍𝜌 𝑑𝑠 = 0,
𝑎
pour tout 𝑍 ∈ Ω1𝑐 (𝑀 ). Soit 𝑢, une fonction quelconque de classe 𝐶 ∞ , nulle sur la courbe Σ. En
prenant comme fonction test 𝑢𝑍, on obtient
𝑏
𝑇 𝜇𝜈 (𝜕𝜇 𝑢)𝑍𝜈 𝑑𝑠 = 0,
𝑎
pour toute fonction 𝑢 ∈ 𝐶 ∞ (𝑀 ) nulle sur la courbe Σ et tout 𝑍 ∈ Ω1𝑐 (𝑀 ). Mais ceci entraı̂ne
𝑇 𝜇𝜈 𝜕𝜇 𝑢 = 0, 𝜈 = 1, 2, 3, 4 ,
pour toute fonction 𝑢 ∈ 𝐶 ∞ (𝑀 ) nulle sur la courbe Σ. Remarquons que lorsque 𝑢 parcours
l’ensemble des fonctions 𝐶 ∞ nulle sur Σ, le covecteur de composantes 𝜕𝜇 𝑢(𝑥(𝑠)) décrit l’ensemble
des formes linéaires nulles sur 𝑥(𝑠).
˙ On applique alors le résultat de l’exercice d’algèbre linéaire
qui suit, au tenseur 𝑇 et au vecteur 𝑥,˙ en chaque point de la courbe Σ. On en déduit l’existence
d’une fonction 𝜙(𝑠) telle que
𝑇 𝜇𝜈 (𝑠) = 𝜙(𝑠)𝑥˙𝜇 𝑥˙𝜈 .
CHAPITRE 7. UN PRINCIPE DE COVARIANCE GÉNÉRAL D’APRÈS J. M. SOURIAU117
𝑑2 𝑥𝑗
= 𝑔𝑗 .
𝑑𝑡2
- Si 𝑚 = 0, et en supposant que 𝜙 n’est pas identiquement nulle (sinon il n’y a rien à décrire),
alors 𝑑𝑡/𝑑𝑠 = 0. Autrement dit 𝑡 = 𝐶𝑠𝑡𝑒. La gravitation galiléenne nous donne dans ce cas
𝜙(𝑠) 𝑥˙ 𝑗 = 𝑎𝑗 = 𝐶𝑠𝑡𝑒,
qui est l’équation d’une droite. Ce cas correspond à la description des rayons lumineux selon
Descartes (vitesse de la lumière infinie).
Remarque 7.16. Plus généralement, l’équation
𝑑 𝜌
(𝜙𝑥˙ 𝜌 ) = 𝜙𝐷𝜇𝜈 𝑥˙ 𝜇 𝑥˙ 𝜈
𝑑𝑠
permet d’écrire la chute des corps selon Galilée avec des coordonnées quelconques, dans un
système de coordonnées ≪ tournantes ≫ comme les coordonnées terrestres par exemple.
Remarque 7.17. L’expérience de Galilée est plus subtile qu’elle en a l’air. Sur la Lune, en l’absence
d’atmosphère, l’expérience serait simple mais à cause de l’atmosphère terrestre, Galilée a du
recourir à quelques artifices pour vérifier son postulat. En effet, un corps animé d’une vitesse ⃗𝑣 ,
subit, dans l’atmosphère terrestre une force de frottement proportionnelle au carré de sa vitesse
(∼ 𝑐𝑣 2 ) et de direction opposée. Par conséquent, un corps de masse 𝑚, lâché
√︀ dans l’atmosphère
terrestre sans vitesse initiale atteint assez rapidement la vitesse limite 𝑚𝑔/𝑐 (le montrer).
C’est pourquoi si deux cyclistes dévalent une pente en bicyclette à partir du même instant, sans
vitesse initiale et sans pédaler, c’est le plus lourd des deux qui gagne la course, ce qui semble
contradictoire avec l’expérience de Galilée si l’on ne prend pas en compte la résistance de l’air.
On peut reprendre le même calcul dans le cas où 𝑀 = R3 et ∇ est la connexion canonique
de R3 . On a montré que la condition 𝑇 𝐷 = 0 conduisait à l’existence d’une fonction 𝜏 (𝑠) telle
que
𝑑𝑥𝑖 𝑑𝑥𝑗
𝑇 𝑖𝑗 = 𝜏 .
𝑑𝑠 𝑑𝑠
L’équation 𝑇 𝐷 = 0 traduit dans ce cas la loi d’équilibre d’un fil libre. La tension de ce fil est
alors décrite par le vecteur
𝑑𝑥𝑖
𝑃𝑖 = 𝜏 ,
𝑑𝑠
qui est constant sur la courbe, à moins que 𝜏 ne soit nul.
CHAPITRE 7. UN PRINCIPE DE COVARIANCE GÉNÉRAL D’APRÈS J. M. SOURIAU118
𝑔(𝑥(𝑠),
˙ 𝑥(𝑠))
˙ > 0,
et de type spatiale si
𝑔(𝑥(𝑠),
˙ 𝑥(𝑠))
˙ < 0.
On pourra vérifier que ces définitions sont indépendantes du paramétrage.
1. L’Univers est dénommé parfois à tord ≪ espace-temps ≫, ce qui réduit ce nouveau concept au paradigme
newtonien classique : 𝑢𝑛𝑖𝑣𝑒𝑟𝑠 = 𝑒𝑠𝑝𝑎𝑐𝑒 + 𝑡𝑒𝑚𝑝𝑠.
CHAPITRE 7. UN PRINCIPE DE COVARIANCE GÉNÉRAL D’APRÈS J. M. SOURIAU119
Cette métrique décrit également les phénomènes gravitationnels. Comme on l’a vu, pour
décrire la gravitation galiléenne de façon totalement indépendante d’un système de coordonnées,
il faut utiliser une connexion linéaire symétrique ∇𝐺𝑎𝑙 . En relativité générale, c’est la connexion
de Lévi-Civita de la métrique 𝑔 qui va décrire ces phénomènes. La gravitation galiléenne ∇𝐺𝑎𝑙
apparaı̂t alors comme une approximation de la gravitation d’Einstein ∇𝐸𝑖𝑛 .
Dans la théorie newtonienne classique, la gravitation est décrite par un champ E sur R3 ,
dérivant d’un potentiel 𝑈 et vérifiant l’équation de champ
△𝑈 = 4𝜋𝐺𝜌 (7.12)
où 𝐺 est la constante de Newton et 𝜌 est la densité de masse.
Pas analogie, Einstein a cherché à relier la métrique 𝑔 à la distribution de matière de l’uni-
vers. Mais, la relativité restreinte ayant établi l’équivalence entre la masse et l’énergie, une
généralisation cohérente de l’équation de Poisson doit tenir compte de ce nouveau principe. La
densité de masse 𝜌 va donc être remplacé par le tenseur énergie-impulsion 𝑇 𝜇𝜈 qui décrit la
distribution d’énergie-matière de l’univers. L’équation formulée par Einstein en 1915 s’écrit :
1 8𝜋𝐺
𝑆 𝜇𝜈 = 𝑅𝜇𝜈 − 𝑔 𝜇𝜈 𝑅 = − 4 𝑇 𝜇𝜈 (7.13)
2 𝑐
où 𝑆 𝜇𝜈 est le tenseur d’Einstein de 𝑔 (le gradient de la fonctionnelle de Einstein–Hilbert) et 𝑇 𝜇𝜈
est le tenseur d’impulsion-énergie.
En dynamique des milieux continus, nous avons vu que les équations du mouvement d’un
fluide et l’équation de continuité (conservation de la masse) pouvait s’écrire
(div 𝑇 )𝜈 = 𝜕𝜇 𝜎 𝜇𝜈 = 0, 𝜈 = 1, 2, 3, 4
où
𝜎 𝑗𝑘 + 𝜌𝑉 𝑗 𝑉 𝑘 𝜌𝑉 𝑗
Å ã
𝑇 =
𝜌𝑉 𝑘 𝜌
𝜇𝜈
En relativité générale, le tenseur 𝑇 doit décrire au mieux, la distribution énergétique de
l’univers. De l’équation d’Einstein, il résulte que :
div 𝑇 = 0
qui permet de formuler les équations fondamentales de la mécanique des milieux continus relati-
vistes. Son support (là où ce tenseur est non-nul) porte le nom de domaine intérieur (intérieur
à la matière). Le complémentaire de son support (là où il est nul) porte le nom de domaine
extérieur (extérieur à la matière).
Comme nous l’avons deja remarqué, il peut être fructueux de généraliser le tenseur énergie-
impulsion par un tenseur distribution 𝑇 , c’est à dire une forme linéaire sur les 2-tenseurs cova-
riants symétriques. Alors, ce tenseur-distribution vérifie l’équation :
𝑇 (𝐿𝑋 𝑔) = 0, ∀𝑋 ∈ Vect𝑐 (𝑀 )
simplement parce qu’il est égal à la dérivée de la fonctionnelle de Einstein–Hilbert, qui est
invariante par les difféomorphismes. Comme nous l’avons vu, cette équation peut se réécrire :
𝑇 (𝐷𝑍) = 0, ∀𝑍 ∈ Ω1𝑐 (𝑀 ).
Ce qui était a priori était un principe devient maintenant un corollaire de la relativité générale.
Pour finir, on récapitulera les relations qui relient les trois objets mathématiques fondamen-
taux de la relativité générale, la métrique 𝑔, la connexion 𝐷 et le tenseur-distribution 𝑇 par un
diagramme qu’on pourrait appeler le ≪ triangle de la relativité générale ≫ :
𝐷𝑍=ℒ𝑍 ♭ 𝑔
𝑔 /𝐷
𝑇 = 𝑇𝑠 + 𝑇𝑒
𝑆(𝑔) = 𝑇 ≃ 𝑇𝑠
𝑇𝑒 𝐷 + 𝑇𝑠 𝐷 = 0
où 𝑠 est un paramétrage quelconque de la courbe. Le calcul que nous avons fait au chapitre 3
reste valable. Nous avons établi que l’équation 𝑇𝑒 𝐷 = 0 conduisait à l’existence d’une fonction
𝜙 définie sur Σ telle que
𝑇 𝜇𝜈 = 𝜙 𝑥˙ 𝜇 𝑥˙ 𝜈 .
En écrivant à nouveau 𝑇𝑒 𝐷 = 0, nous en avons alors déduit que :
𝑑 (︀ 𝜌 )︀ 𝜌 ˙𝜇 ˙𝜈
−2 𝜙 𝑥˙ + 𝜙 𝐷𝜇𝜈 𝑥 𝑥 = 0, 𝜌 = 1, 2, 3, 4.
𝑑𝑠
𝜌
En posant 𝑃 = 𝜙𝑥˙ et en notant que 𝐷𝜇𝜈 = −2Γ𝜌𝜇𝜈 , on obtient :
𝐷𝑃
= 0, (7.14)
𝐷𝑠
et en particulier
⟨𝑃, 𝑃 ⟩ = 𝜙2 ⟨𝑥,
˙ 𝑥˙ ⟩ = 𝐶𝑠𝑡𝑒 .
Remarque 7.18. On pourra vérifier que si la fonction 𝜙 s’annule en un point, elle est identique-
ment nulle.
CHAPITRE 7. UN PRINCIPE DE COVARIANCE GÉNÉRAL D’APRÈS J. M. SOURIAU121
Supposons pour commencer que cette constante soit non nulle et même positive. Dans ce
cas, il en résulte que la courbe Σ est de type temps ; elle possède un paramétrage dit normal tel
que
⟨𝑥,
˙ 𝑥˙ ⟩ = 1.
Avec ce nouveau paramétrage on voit que 𝜙 = 𝑚 = 𝐶𝑠𝑡𝑒 et l’équation (7.14), nous donne
𝐷𝑥˙
= 0.
𝐷𝑠
La courbe Σ est donc une géodésique temporelle.
Si ⟨𝑃, 𝑃 ⟩ = 0, on peut donc considérer que la fonction 𝜙 est partout non nulle (sinon, 𝑇𝑒 = 0
et le problème n’a pas d’intérêt). On va donc reparamétrer notre courbe Σ en posant
𝑑𝜏 = 𝜙(𝜏 ) 𝑑𝑠 .
La courbe Σ est donc une géodésique isotrope. Nous résumerons l’étude précédente sous la forme
d’un théorème.
Théorème 7.19 (Principe des géodésiques). Le mouvement d’un ≪ point matériel libre ≫ de
masse 𝑚 > 0 est une géodésique de (𝑀, 𝑔) de type temps. Les rayons lumineux de l’Univers sont
des géodésiques isotropes.
Ce principe n’est toutefois, qu’un cas très particulier de l’équation universelle 𝑇 𝐷 = 0. Nous
terminerons ce chapitre par une remarque dont la justification rigoureuse sera laissée de côté. Au
chapitre 3 nous avons montré comment l’équation 𝑇 𝐷 = 0 conduisait aux principales équations
de la mécanique. Dans les exemples traités, nous avons utilisés pour 𝐷, soit la connexion plate
canonique de R4 , soit la connexion décrivant la gravitation newtonienne. Il resterait donc à
justifier que l’équation 𝑇 𝐷 = 0 ≪ passe à la limite ≫ lorsque l’on approxime la connexion ein-
steinienne par la connexion newtonienne. Un deuxième point reste également à justifier ; c’est
le passage à la statique. Il s’avère que, là encore l’équation 𝑇 𝐷 = 0 où 𝐷 est la connexion ca-
nonique de R3 fournit les principales équations de la statiques des milieux continus. Il resterait
donc à montrer rigoureusement que l’équation de la dynamique 𝑇 𝐷 = 0 dans R4 se réduit à la
même équation dans R3 quand le problème est stationnaire.
7.5 Perspectives
Nous avons dans ce chapitre introduit l’équation universelle 𝑇 𝐷 = 0, formulée par Jean-
Marie Souriau, à travers quelques exemples. Cette équation est très générale, elle décrit aussi
bien l’équation du mouvement d’une particule dans un champ de gravitation que le mouvement
de la matière, étendue ou distribuée. A ce propos, faisons remarquer que pour passer de la
statique initialement étudiée à la statique pesante, l’introduction d’une nouvelle coordonnée 𝑥4
a été nécessaire, qui ne joue apparemment aucun rôle dans le résultat, puisque les translations
selon 𝑥4 ne modifient pas l’équilibre. Mais 𝑥4 fait apparaı̂tre des grandeurs nouvelles, telles que
𝜌 = 𝑇 44 qui jouent un rôle essentiel dans la pesanteur.
CHAPITRE 7. UN PRINCIPE DE COVARIANCE GÉNÉRAL D’APRÈS J. M. SOURIAU122
Γ𝜆𝜇5
que nous allons interpréter. À cet effet, il suffit de calculer les nouvelles équations du mouvement
𝑇 𝐷 = 0 d’un milieu continu :
Ç å
𝑗𝑘 𝑗 𝑘 𝜕𝑉 𝑘
𝜕 𝑗Θ + 𝜌 𝑉 𝜕 𝑗𝑉 + = 𝐵𝑗𝑘 𝐽 𝑗 + 𝐸 𝑘 𝑟
𝜕𝑡
)︀ 𝜕𝜌 (7.15)
𝜕 𝑗 𝜌𝑉 𝑗 +
(︀
=0
𝜕𝑡
𝜕𝑟
𝜕 𝑗𝐽𝑗 + =0
𝜕𝑡
où l’on a posé 𝐵𝑗𝑘 = 2Γ𝑘𝑗5 , 𝐸 𝑘 = 2Γ𝑘45 , 𝐽 𝑗 = 𝑇 𝑗5 , 𝑟 = 𝑇 45 (ici, on a pas pris en compte les
termes de pesanteur mais il est possible de coupler les deux phénomènes). Les équations obtenues
coı̈ncident avec la théorie classique de l’électromagnétisme si 𝐵 est l’induction magnétique, 𝐸
le champ électrique, 𝐽 le vecteur densité de courant, 𝑟 la densité de charge électrique. Cette
construction s’étend bien entendu au cas des milieux condensés.
Milieux de Cosserat
Pour finir ces notes, je signalerai également une critique de cette théorie. Il est souvent dit
que 𝑇 𝐷 = 0 ne permet pas (a priori ) de retrouver les équations fondamentales d’un milieux
de Cosserat (dans le cas d’un milieux étendu particulièrement), ce que Souriau reconnaissait
lui-même (car les termes de gradients supérieurs dans ce cas peuvent être réécrit sous forme
d’intégrales de bord). Le problème se pose alors de savoir si cette incompatibilité peut être levée
en enrichissant ce formalisme ?
7.6 Exercices
Exercice 7.1. Soit (𝑀, ∇) une variété affine. Soit 𝜎 un champ de tenseur contravariant d’ordre
2 symétrique et 𝑍 un champ de tenseur covariant d’ordre 1. On note 𝜎 · 𝑍 la contraction entre
𝜎 et 𝑍 (elle ne dépend pas du choix des indices car 𝜎 est symétrique) et div 𝜎 la trace de ∇𝜎.
Montrer que :
div(𝜎 · 𝑍) = 𝑍(div 𝜎) − 𝐷𝑍(𝜎),
où :
𝐷𝑍(𝐴, 𝐵) := (∇𝐴 𝑍)(𝐵) + (∇𝐵 𝑍)(𝐴)
CHAPITRE 7. UN PRINCIPE DE COVARIANCE GÉNÉRAL D’APRÈS J. M. SOURIAU123
𝐸 et 𝑣 ∈ 𝐸. On note (𝑣)0
⨂︀
Exercice 7.2. Soit 𝐸 un espace vectoriel de dimension fini, 𝑇 ∈ 𝐸
le sous-espace des formes linéaires nulle sur 𝑣. Montrer que si
𝑇 (𝛼, 𝛽) = 0, ∀𝛼 ∈ (𝑣)0 , ∀𝛽 ∈ 𝐸 * ,
alors, il existe 𝑢 ∈ 𝐸 tel que 𝑇 = 𝑣 ⊗ 𝑢. Montrer que si de plus 𝑇 est symétrique alors 𝑇 = 𝜆𝑣 ⊗ 𝑣
où 𝜆 ∈ R.
Exercice 7.3. [Équation des fils] Démontrer la proposition 7.3. On pourra écrire la condition
𝑇 𝐷𝑍 = 0 dans le cas des tenseurs 𝑍 qui se mettent sous la forme 𝑢𝑍, 𝑢 étant une fonction
arbitraire qui s’annule sur la courbe.
Exercice 7.4. [Équation des membranes] Démontrer la proposition 7.5. On pourra écrire la
condition 𝑇 𝐷𝑍 = 0 dans le cas des tenseurs 𝑍 qui se mettent sous la forme 𝑢𝑍, 𝑢 étant une
fonction arbitraire qui s’annule sur la surface.
Exercice 7.5. [Équation des fils de torsion] Démontrer la proposition 7.7. On pourra écrire la
condition 𝑇 𝐷𝑍 = 0 dans le cas des tenseurs 𝑍 qui se mettent sous la forme 𝑢𝑣𝑍, 𝑢 et 𝑣 étant
deux fonctions définies dans l’espace, et nulles sur la courbe.
Exercice 7.6. [Équation des coques] Démontrer la proposition 7.9. On pourra écrire la condition
𝑇 𝐷𝑍 = 0 dans le cas des tenseurs 𝑍 qui se mettent sous la forme 𝑢𝑣𝑍, 𝑢 et 𝑣 étant deux fonctions
définies dans l’espace, et nulles sur la surface.
𝜕𝑖 𝑍𝑗 + 𝜕𝑗 𝑍𝑖
s’écrivent :
𝑍𝑘 = Ω𝑗𝑘 𝑥𝑘 + 𝐵𝑘 ,
où Ω𝑗𝑘 = −Ω𝑘𝑗 et 𝐵𝑘 sont des constantes.
Annexe A
il faut que :
𝑔 ′ (𝑦) = cos(𝑔(𝑦))
qui s’intègre en : ï Å ãò
𝜃 𝜋
𝑦 = 𝑓 (𝜃) = ln tan +
2 4
si on impose de plus la condition 𝑓 (0) = 0.
3) il suffit de vérifier que les développements limités de tan 𝜃 et de 𝑓 (𝜃) coincident au deuxième
ordre.
124
ANNEXE A. SOLUTIONS DES EXERCICES 125
Remarque A.1 (Remarques historiques). La projection de Mercator (telle que décrite géométriquement
à partir du cylindre) a été proposée par le géographe flamand, Gerardus Mercator en 1569, soit
un siècle avant la découverte du logarithme néperien, estimée à 1647. Il est donc très peu pro-
bable que la ≪ correction conforme de la projection de Mercator ≫ ait été connue dés le milieu
du XVIe siècle. Par un hasard de l’histoire, il se trouve que le développement du logarithme a
été calculé pour la première fois en 1668 par un certain Nicolaus Mercator (à ne pas confondre
avec le premier).
Exercice 5.13
On considère la sphère unité de R3 paramétrée par latitude et longitude
𝑥 = cos 𝜃 cos 𝜙
𝑦 = cos 𝜃 sin 𝜙
𝑧 = sin 𝜃
Calcul de la métrique La métrique de la sphère est induite par celle de l’espace ambiant.
On a donc
𝑑𝑠2 = 𝑑𝑥2 + 𝑑𝑦 2 + 𝑑𝑧 2 = 𝑑𝜃2 + cos2 𝜃 𝑑𝜙2
c’est à dire
𝑔𝜃𝜃 = 1, 𝑔𝜃𝜙 = 0, 𝑔𝜙𝜙 = cos2 𝜃.
Calcul des symboles de Christoffel On réécrit les équations des géodésiques sous la forme
𝜃¨ + cos 𝜃 sin 𝜃 𝜙˙ 𝜙˙ = 0,
𝜙¨ − 2 tan 𝜃 𝜃˙𝜙˙ = 0,
Calcul des champs de Jacobi Nous commencerons par calculer le tenseur de courbure.
Comme
𝑅(𝑋, 𝑌 ) = −𝑅(𝑋, 𝑌 ),
il suffit de calculer 𝑅(𝜕𝜃 , 𝜕𝜙 ) sur la base 𝜕𝜃 , 𝜕𝜙 . On commence par calculer
∇𝜕𝜃 𝜕𝜃 = 0,
∇𝜕𝜃 𝜕𝜙 = ∇𝜕𝜙 𝜕𝜃 = − tan 𝜃 𝜕𝜙 ,
∇𝜕𝜙 𝜕𝜙 = cos 𝜃 sin 𝜃 𝜕𝜃 .
puis
𝑅(𝜕𝜃 , 𝜕𝜙 )𝜕𝜃 = −𝜕𝜙 ,
𝑅(𝜕𝜃 , 𝜕𝜙 )𝜕𝜙 = cos2 𝜃 𝜕𝜃 .
où 𝐴 et 𝐵 sont des constantes. On voit donc que pour 𝜙 = 𝜋 il existe un champ de Jacobi non
nul qui s’annule aux deux extrémités de la géodésique, ce qui traduit le fait que cette géodésique
cesse d’être un minimum stricte.
ANNEXE A. SOLUTIONS DES EXERCICES 127
(𝑆 𝜇𝜈𝜌 + 𝑆 𝜌𝜈𝜇 ) 𝜕𝜇 𝑢 𝜕𝜌 𝑣 = 0,
Une variante de l’exercice 7.2 montre alors qu’il existe des fonctions 𝐴𝜈𝜌 telles que
on obtient
1
𝑆 𝜇𝜈𝜌 = (𝐾 𝜇𝜈𝜌 − 𝐾 𝜈𝜌𝜇 + 𝐾 𝜌𝜇𝜈 ) ,
2
et donc finalement
1 𝜇 𝜈𝜌
𝑆 𝜇𝜈𝜌 = {𝑥˙ (𝐴 − 𝐴𝜌𝜈 ) + 𝑥˙ 𝜈 (𝐴𝜇𝜌 − 𝐴𝜌𝜇 ) + 𝑥˙ 𝜌 (𝐴𝜇𝜈 + 𝐴𝜈𝜇 )} .
2
Posons 𝑆 𝜈𝜌 = 𝐴𝜈𝜌 − 𝐴𝜌𝜈 et 𝐵 𝜇𝜈 = 𝐴𝜇𝜈 + 𝐴𝜈𝜇 . Après une intégration par partie, on trouve que
pour tout tenseur symétrique 𝐺 à support compact
𝑏
1 𝑑
𝑇𝐺 = 𝑇 𝜇𝜈 𝐺𝜇𝜈 − (𝐵 𝜇𝜈 )𝐺𝜇𝜈 + 𝑥˙ 𝜇 𝑆 𝜈𝜌 𝜕𝜌 𝐺𝜇𝜈 𝑑𝑠.
𝑎 2 𝑑𝑠
Par conséquent, quitte à redéfinir les fonctions 𝑇 𝜇𝜈 , on peut supposer que 𝑇 est de la forme
𝑏
𝑇𝐺 = 𝑇 𝜇𝜈 𝐺𝜇𝜈 + 𝑥˙ 𝜇 𝑆 𝜈𝜌 𝜕𝜌 𝐺𝜇𝜈 𝑑𝑠.
𝑎
Écrivons à nouveau 𝑇 𝐷(𝑢𝑍) = 0 où 𝑢 est un fonction 𝐶 ∞ nulle sur le support de 𝑇 . Il vient
finalement :
𝑏ß ™
𝜇𝜈 𝜇 𝜆𝜌 𝜈 𝑑 𝜈𝜌
𝑇 𝐷(𝑢𝑍) = 2𝑇 𝜕𝜇 𝑢 𝑍𝜈 + 𝑥˙ 𝑆 𝐷𝜇𝜆 𝜕𝜌 𝑢 𝑍𝜈 − (𝑆 ) 𝜕𝜌 𝑢 𝑍𝜈 𝑑𝑠,
𝑎 𝑑𝑠
ce qui nous donne
ß ™
𝜇𝜈 𝜌 𝜆𝜇 𝜈 𝑑 𝜈𝜇
2𝑇 + 𝑥˙ 𝑆 𝐷𝜌𝜆 − (𝑆 ) 𝜕𝜇 𝑢 = 0, 𝜈 = 1, 2, 3, 4,
𝑑𝑠
ANNEXE A. SOLUTIONS DES EXERCICES 128
pour toute fonction 𝑢 nulle sur la courbe. Le résultat de l’exercice 7.2 nous montre alors qu’il
existe des fonctions 𝑃 𝜈 de 𝑠 telles que
1 𝜌 𝜆𝜇 𝜈 1 𝑑
𝑇 𝜇𝜈 + 𝑥˙ 𝑆 𝐷𝜌𝜆 − (𝑆 𝜈𝜇 } = 𝑥˙ 𝜇 𝑃 𝜈 ,
2 2 𝑑𝑠
soit
1 𝜌 𝜆𝜇 𝜈 1 𝑑
𝑇 𝜇𝜈 = 𝑥˙ 𝜇 𝑃 𝜈 − 𝑥˙ 𝑆 𝐷𝜌𝜆 + (𝑆 𝜈𝜇 } .
2 2 𝑑𝑠
Comme de plus
1 𝑑
(𝑆 𝜈𝜇 } 𝐺𝜇𝜈 = 0,
2 𝑑𝑠
on a donc finalement
𝑏ß ™
𝜇 𝜈 1 𝜌 𝜆𝜇 𝜈 𝜇 𝜈𝜌
𝑇𝐺 = 𝑥˙ 𝑃 𝐺𝜇𝜈 − 𝑥˙ 𝑆 𝐷𝜌𝜆 𝐺𝜇𝜈 + 𝑥˙ 𝑆 𝜕𝜌 𝐺𝜇𝜈 𝑑𝑠
𝑎 2
𝑏
= (𝑥˙ 𝜇 𝑃 𝜈 𝐺𝜇𝜈 + 𝑥˙ 𝜇 𝑆 𝜈𝜌 𝐺𝜇𝜈;𝜌 ) 𝑑𝑠
𝑎
Bibliographie
[1] V. I. Arnold. Sur la géométrie différentielle des groupes de Lie de dimension infinie et
ses applications à l’hydrodynamique des fluides parfaits. Ann. Inst. Fourier (Grenoble),
16(fasc. 1) :319–361, 1966.
[2] V. I. Arnold and B. Khesin. Topological Methods in Hydrodynamics, volume 125 of Applied
Mathematical Sciences. Springer-Verlag, New York, 1998.
[3] A. M. Bloch, J. E. Marsden, and D. V. Zenkov. Quasivelocities and symmetries in non-
holonomic systems. Dyn. Syst., 24(2) :187–222, 2009.
[4] É. Cartan. Sur les variétés à connexion affine et la théorie de la relativité généralisée
(première partie). Ann. Ecole Normal. Sup., 40 :325–412, 1923.
[5] É. Cartan. La théorie des groupes finis et continus et l’analysis situs. Mémorial Sc. Math.,
XLII :1–61, 1930.
[6] R. Deheuvels. Tenseurs et spineurs. Mathématiques. Presses Universitaires de France,
Paris, 1993.
[7] D. M. DeTurck and J. L. Kazdan. Some regularity theorems in Riemannian geometry. Ann.
Sci. École Norm. Sup. (4), 14(3) :249–260, 1981.
[8] D. M. DeTurck and D. Yang. Existence of elastic deformations with prescribed principal
strains and triply orthogonal systems. Duke Math. J., 51(2) :243–260, 1984.
[9] M. P. do Carmo. Differential geometry of curves and surfaces. Prentice-Hall, Inc., Engle-
wood Cliffs, N.J., 1976. Translated from the Portuguese.
[10] B. Doubrovine, S. Novikov, and A. Fomenko. Géométrie contemporaine. Méthodes et ap-
plications. Tome I. Traduit du Russe : Mathématiques. [Translations of Russian Works :
Mathematics]. “Mir”, Moscow, 1985.
[11] B. Doubrovine, S. Novikov, and A. Fomenko. Géométrie contemporaine. Méthodes et ap-
plications. Tome II. Traduit du Russe : Mathématiques. [Translations of Russian Works :
Mathematics]. “Mir”, Moscow, 1985.
[12] M. Dubois-Violette and M. Henneaux. Generalized cohomology for irreducible tensor fields
of mixed Young symmetry type. Lett. Math. Phys., 49(3) :245–252, 1999.
[13] M. Dubois-Violette and M. Henneaux. Tensor fields of mixed Young symmetry type and
𝑁 -complexes. Comm. Math. Phys., 226(2) :393–418, 2002.
[14] D. G. Ebin and J. E. Marsden. Groups of diffeomorphisms and the motion of an incom-
pressible fluid. Ann. of Math. (2), 92 :102–163, 1970.
[15] D. G. Ebin, J. E. Marsden, and A. E. Fischer. Diffeomorphism groups, hydrodynamics and
relativity. In Proceedings of the Thirteenth Biennial Seminar of the Canadian Mathematical
Congress Differential Geometry and Applications, (Dalhousie Univ., Halifax, N. S., 1971),
Vol. 1, pages 135–279. Canad. Math. Congr., Montreal, Que., 1972.
[16] M. Epstein. The geometrical language of continuum mechanics. Cambridge University
Press, Cambridge, 2010.
129
BIBLIOGRAPHIE 130
[17] M. Epstein. Differential geometry. Mathematical Engineering. Springer, Cham, 2014. Basic
notions and physical examples.
[18] J. Escher and B. Kolev. Right-invariant Sobolev metrics of fractional order on the diffeo-
morphism group of the circle. J. Geom. Mech., 6(3) :335–372, 2014.
[19] A. Frölicher and A. Kriegl. Linear spaces and differentiation theory. Pure and Applied
Mathematics (New York). John Wiley & Sons, Ltd., Chichester, 1988. A Wiley-Interscience
Publication.
[20] W. Fulton. Young tableaux, volume 35 of London Mathematical Society Student Texts.
Cambridge University Press, Cambridge, 1997. With applications to representation theory
and geometry.
[21] S. Gallot, D. Hulin, and J. Lafontaine. Riemannian geometry. Universitext. Springer-Verlag,
Berlin, third edition, 2004.
[22] G. Hamel. Die lagrange-eulersche gleichungen der mechanik. Z. Math. Phys., 50 :1–57,
1904.
[23] R. S. Hamilton. The inverse function theorem of Nash and Moser. Bull. Amer. Math. Soc.
(N.S.), 7(1) :65–222, 1982.
[24] R. S. Hamilton. Three-manifolds with positive Ricci curvature. J. Differential Geom.,
17(2) :255–306, 1982.
[25] J. G. Hocking and G. S. Young. Topology. Dover Publications Inc., New York, 1988.
[26] P. Iglesias-Zemmour. Diffeology, volume 185 of Mathematical Surveys and Monographs.
American Mathematical Society, 2013.
[27] H. Inci, T. Kappeler, and P. Topalov. On the Regularity of the Composition of Diffeomor-
phisms, volume 226 of Memoirs of the American Mathematical Society. American Mathe-
matical Society, first edition, Mar. 2013.
[28] F. Klein. Le programme d’Erlangen. Gauthier-Villars éditeur, Paris-Brussels-Montreal,
Que., 1974.
[29] S. Kobayashi. Transformation groups in differential geometry. Classics in Mathematics.
Springer-Verlag, Berlin, 1995.
[30] A. Kriegl and P. W. Michor. The convenient setting of global analysis, volume 53 of Mathe-
matical Surveys and Monographs. American Mathematical Society, Providence, RI, 1997.
[31] S. Lang. Fundamentals of Differential Geometry, volume 191 of Graduate Texts in Mathe-
matics. Springer-Verlag, New York, 1999.
[32] P. Malliavin. Géométrie différentielle intrinsèque. Hermann, Paris, 1972. Collection Ensei-
gnement des Sciences, No. 14.
[33] J. E. Marsden and T. S. Ratiu. Introduction to mechanics and symmetry, volume 17 of
Texts in Applied Mathematics. Springer-Verlag, New York, second edition, 1999. A basic
exposition of classical mechanical systems.
[34] P. W. Michor. Manifolds of differentiable mappings, volume 3 of Shiva Mathematics Series.
Shiva Publishing Ltd., Nantwich, 1980.
[35] P. W. Michor and D. Mumford. Vanishing geodesic distance on spaces of submanifolds and
diffeomorphisms. Doc. Math., 10 :217–245 (electronic), 2005.
[36] J. Milnor. Remarks on infinite-dimensional Lie groups. In Relativity, groups and topology,
II (Les Houches, 1983), pages 1007–1057. North-Holland, Amsterdam, 1984.
[37] J. J. Moreau. Une méthode de “cinématique fonctionnelle” en hydrodynamique. C. R.
Acad. Sci. Paris, 249 :2156–2158, 1959.
BIBLIOGRAPHIE 131
[38] S. B. Myers and N. E. Steenrod. The group of isometries of a Riemannian manifold. Ann.
of Math. (2), 40(2) :400–416, 1939.
[39] M. Nakahara. Geometry, topology and physics. Graduate Student Series in Physics. Institute
of Physics, Bristol, second edition, 2003.
[40] H. Omori. On the group of diffeomorphisms on a compact manifold. In Global Analysis
(Proc. Sympos. Pure Math., Vol. XV, Berkeley, Calif., 1968), pages 167–183. Amer. Math.
Soc., Providence, R.I., 1970.
[41] H. Omori. Infinite-dimensional Lie groups, volume 158 of Translations of Mathematical
Monographs. American Mathematical Society, Providence, RI, 1997. Translated from the
1979 Japanese original and revised by the author.
[42] G. Pichon. Groupes de Lie. Représentations linéaires et applications. Hermann, Paris, 1973.
[43] H. Poincaré. Sur une nouvelle forme des équations de la mécanique. C.R. Acad. Sci.,
132 :369–371, 1901.
[44] P. M. Quan. Introduction à la géométrie des variétés différentiables. Préface de A. Lichne-
rowicz. Monographies Universitaires de Mathématiques, No. 29. Dunod, Paris, 1969.
[45] P. Raviart and J. Thomas. Introduction à l’analyse numérique des équations aux dérivées
partielles. Collection Mathématiques appliquées pour la maı̂trise. Masson, Paris, 1983.
[46] W. Rudin. Principles of mathematical analysis. McGraw-Hill Book Co., New York-
Auckland-Düsseldorf, third edition, 1976. International Series in Pure and Applied Ma-
thematics.
[47] W. Rudin. Functional analysis. International Series in Pure and Applied Mathematics.
McGraw-Hill Inc., New York, second edition, 1991.
[48] L. Schwartz. Analyse. I, volume 42 of Collection Enseignement des Sciences [Collection :
The Teaching of Science]. Hermann, Paris, 1991. Théorie des ensembles et topologie. [Set
theory and topology], With the collaboration of K. Zizi.
[49] J. P. Serre. Le cinquième problème de Hilbert. Etat de la question en 1951. Bull. Soc.
Math. France, 80 :1–10, 1952.
[50] J.-M. Souriau. Structure des systèmes dynamiques. Maı̂trises de mathématiques. Dunod,
Paris, 1970.
[51] J. M. Souriau. Mécanique des états condensés de la matière. Allocution pour le premier
séminaire International de la fédération de mécanique de Grenoble, 19-21 mai 1992., 1992.
[52] J.-M. Souriau. Milieux continus de dimension 1,2 ou 3 : Statique et dynamique. Congré
Français de Mécanique, Poitiers, 1997.
[53] M. Spivak. Calculus on manifolds. A modern approach to classical theorems of advanced
calculus. W. A. Benjamin, Inc., New York-Amsterdam, 1965.
[54] M. Spivak. A comprehensive introduction to differential geometry. Vol. I. Publish or Perish
Inc., Wilmington, Del., second edition, 1979.
[55] B. Sturmfels. Algorithms in invariant theory. Texts and Monographs in Symbolic Compu-
tation. SpringerWienNewYork, Vienna, second edition, 2008.
[56] E. Tonti. A Classification Diagram for Physical Variables. 2003.
[57] H. Whitney. The self-intersections of a smooth 𝑛-manifold in 2𝑛-space. Ann. of Math. (2),
45 :220–246, 1944.