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La lombalgie commune est un symptôme fréquent avec des répercussions socioéconomiques significatives, souvent difficile à diagnostiquer par imagerie. Cette revue examine la valeur des signes en IRM pour la lombalgie, soulignant que des modifications discales peuvent être présentes chez des individus asymptomatiques. Les résultats montrent une discordance entre la sévérité des lésions observées et l'intensité des douleurs, remettant en question l'interprétation des images IRM dans ce contexte.

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La lombalgie commune est un symptôme fréquent avec des répercussions socioéconomiques significatives, souvent difficile à diagnostiquer par imagerie. Cette revue examine la valeur des signes en IRM pour la lombalgie, soulignant que des modifications discales peuvent être présentes chez des individus asymptomatiques. Les résultats montrent une discordance entre la sévérité des lésions observées et l'intensité des douleurs, remettant en question l'interprétation des images IRM dans ce contexte.

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Journal de Radiologie Diagnostique et Interventionnelle (2015) 96, S11—S21

MISE AU POINT / Ostéoarticulaire

Valeur des signes IRM dans le cadre de la


lombalgie commune (revue)夽
I. Ract a,∗, J.-M. Meadeb b, G. Mercy c, F. Cueff d,
J.-L. Husson d, R. Guillin a

a
Service d’imagerie médicale, hôpital Sud, CHU de Rennes, 16, boulevard de Bulgarie, 35056
Rennes, France
b
Service de rhumatologie, hôpital Sud, CHU de Rennes, 16, boulevard de Bulgarie, 35056
Rennes, France
c
Service d’imagerie médicale, groupe hospitalier Pitié-Salpétrière, 43-87, boulevard de
l’Hôpital, 75013 Paris, France
d
Service de chirurgie orthopédique, réparatrice et traumatologique, hôpital Pontchaillou,
CHU de Rennes, 2, rue Henri-Le-Guilloux, 35033 Rennes cedex 9, France

MOTS CLÉS Résumé La lombalgie commune est un symptôme fréquent, pouvant aboutir à l’invalidité et à
Lombalgie ; d’importantes répercussions socioprofessionnelles. Malgré les progrès techniques en imagerie,
Imagerie par la cause précise de la douleur est souvent difficile à affirmer. Le vieillissement naturel du
résonance disque s’exprime sous forme de francs remaniements morphologiques en IRM chez des patients
magnétique ; totalement asymptomatiques. La question de la valeur prédictive de ces remaniements se pose
Imagerie lombaire ; donc dans le cadre des lombalgies. À travers cette revue de littérature, nous avons souhaité
Dégénérescence de établir un état des lieux des connaissances sur le sujet et, le cas échéant, en extraire les
disque intervertébral principales notions utiles à la bonne pratique de l’imagerie par IRM. Les segments antérieurs
et postérieurs du rachis seront successivement traités en intégrant à chaque fois des rappels
anatomiques, physiologiques puis sémiologiques. Dans un second temps, la valeur des signes
retenus sera discutée.
© 2014 Éditions françaises de radiologie. Publié par Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.

DOI de l’article original : [Link]


夽Ne pas utiliser, pour citation, la référence française de cet article, mais celle de l’article original paru dans Diagnostic and Interventional
Imaging, en utilisant le DOI ci-dessus.
∗ Auteur correspondant.

Adresse e-mail : [Link]@[Link] (I. Ract).

[Link]
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S12 I. Ract et al.

La lombalgie est un symptôme fréquent et à forte


répercussion socioéconomique. Lorsque son évolution est
inférieure à 1 mois, elle est dite aiguë, entre 1 à 3 mois,
subaiguë, et au-delà, chronique.
En France, la prévalence de la lombalgie invalidante
est d’environ 7 à 8 % [1]. Ces lombalgies correspondent
essentiellement à des « lombalgies communes », d’origine
microtraumatique ou dégénérative et dites « non spéci-
fiques ». Elles s’opposent aux lombalgies secondaires ou
« spécifiques » qui sont de causes variables, rachidienne
ou extra rachidienne (infectieuse, inflammatoire, tumorale,
traumatique).
En l’absence de critère clinique inquiétant, la Haute
Autorité de santé recommande de ne pas réaliser d’examen
complémentaire d’imagerie avant la 7e semaine d’évolution
devant une lombalgie commune, c’est-à-dire en l’absence
de signe d’appel pour une lombalgie spécifique. Les radio-
graphies standards sont les examens de première intention
tandis que l’IRM ou le scanner ne sont utilisés qu’en seconde
intention [2]. Malgré les progrès techniques de l’imagerie, Figure 1. Coupe sagittale STIR. Hyposignal T2 linéaire aux centres
la cause précise de la douleur ne peut être affirmée dans des disques, multi-étagé, correspondant à des fentes intranu-
au moins 50 % des cas [3]. Plusieurs études ont montré une cléaires physiologiques, visible dès 30 ans.
discordance entre la sévérité des lésions en imagerie et
l’intensité des douleurs lombaires [4—7]. Le vieillissement l’ancrage de l’AF sur le listel marginal (périphérie du plateau
naturel du disque, démontré chez certains sujets parfaite- vertébral) et préviennent l’issue vers l’extérieur du NP.
ment indolores et s’exprimant pourtant sous forme de francs
remaniements morphologiques en IRM, en est l’illustration la
plus parlante [8—13]. À l’inverse, il est courant de ne trou-
Physiologie, sémiologie et prévalence des
ver, chez des patients pourtant invalidés, que de minimes signes de discopathie dégénérative chez le
modifications discales en imagerie. Cette double constata- sujet asymptomatique
tion pose ainsi la question de la valeur des signes en IRM
dans le cadre de la lombalgie. Malgré l’hétérogénéité des La dégénérescence discale résulte, sur un terrain génétique
séries disponibles sur le sujet, aux résultats parfois discor- parfois prédisposant, de l’association du vieillissement dis-
dants, cette revue de littérature vise à établir un état des cal, de facteurs microtraumatiques et nutritionnels [17]. Si
lieux des connaissances sur le sujet et, le cas échéant, en cette dégénérescence discale est parfois pourvoyeuse de
extraire les principales notions utiles à la bonne pratique de lombalgie, elle reste asymptomatique dans un grand nombre
l’imagerie par IRM. de cas [11]. Elle s’exprime sous forme de 4 signes IRM, sur-
venant de façon associée ou isolée et que nous détaillons
successivement [16] : la perte de signal T2 et/ou perte
Segment antérieur de hauteur discale ; l’hypersignal postérieur du disque ; la
saillie discale et la modification des plateaux.
Rappel anatomique
Hyposignal T2 et pincement discal
Hormis à leur périphérie, les plateaux vertébraux sont
recouverts de cartilage hyalin permettant les échanges avec La dégénérescence discale se caractérise par une diminu-
le disque de multiples métabolites, tels que l’eau, le glucose tion de la production de protéoglycane, une déshydratation
et l’oxygène. Le nucleus pulposus (NP) occupe environ 50 % discale consécutive et une augmentation de la teneur en
du volume du disque intervertébral (DIV) en son centre. Il collagène du NP, le rendant plus fibreux [17,18]. Le nucleus,
est composé de chondrocytes et d’un réseau lâche de fibres devenant plus solide, perd son élasticité et sa qualité
de collagène, baignant dans une matrice de protéoglycanes, d’amortissement face au choc. L’AF qui doit supporter un
en grande partie responsable de l’hydratation discale. Cette excès de contrainte suite à l’insuffisance du NP, devient
composition lui permet d’amortir les chocs par compres- moins extensible et voit son organisation se modifier par
sion [11]. Elle explique, en IRM, le signal élevé du disque le biais de fissurations. Il s’ensuit un affaissement discal,
en pondération T2. À partir de 30 ans, une fente intranu- contribuant parfois au bombement du disque en dehors de
cléaire correspondant à une transformation fibreuse peut l’espace intervertébral, traité plus loin.
apparaître sous forme d’une image linéaire de signal faible Ces modifications ont fait l’objet de multiples classifica-
au centre du disque (Fig. 1) [14,15]. L’annulus fibrosus (AF), tions, restant peu utilisées en routine mais ayant l’intérêt
en périphérie, assure l’étanchéité du disque sur toute sa de rappeler la cascade physiopatholgique qui mène au pin-
circonférence. Il est composé d’un réseau de fibres de colla- cement intersomatique (Tableau 1) [12,19].
gène denses, élastiques et d’organisation concentrique dont La prévalence de ces anomalies est élevée chez le sujet
la teneur explique le faible signal en IRM [11,16]. Ses fibres asymptomatique. Elle semble relativement corrélée à l’âge
les plus périphériques, dites « fibres de Sharpey », assurent et est estimée entre 36 à 85 % entre 20 et 80 ans, avec une

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Valeur des signes IRM dans la lombalgie commune S13

Tableau 1 Classification des modifications discales dégénératives en grade [19] ou en stade [12] utilisées selon les
études.
Grade Stade Modifications corrélées en IRM
Grade 1 et 2 Normal Hypersignal T2 homogène ou avec une ligne centrale en hyposignal T2 sans
anomalie de hauteur du disque
Grade 3 Discret Discrète diminution du signal T2 du disque sans anomalie de hauteur du
disque
Grade 4 Modéré Franc hyposignal T2 du disque et/ou pincement discal inférieur à 50 %
Grade 5 Sévère Hyposignal T2 du disque marqué et pincement discal de plus de 50 %

nette prédominance aux deux derniers étages lombaires Chez les sujets asymptomatiques, sa prévalence varie
[10,20,21]. Si les grades de dégénérescence discale sont entre 12 et 56 % [12,25] et augmente avec l’âge [12]. Dans
peu pris en compte dans la littérature, les modifications l’étude de Stadnik et al., portant sur 36 volontaires asymp-
dites « discrètes » semblent plus fréquentes (26 % à 100 %) tomatiques, 11 % des sujets de moins de 30 ans avaient une
que les modifications dites « modérées à sévères » (35 à 72 %) zone d’hypersignal T2 alors qu’on la retrouvait chez 100 %
[10,12,13,22]. À titre d’exemple, Malghem et al., étudiant des sujets de plus 61 ans. Au total, un peu plus d’un sujet
69 patients indemnes de tout symptôme (20 à 75 ans), ne sur deux en était porteur [12].
constataient des modifications discales sévères que chez un
seul patient (1 %) tandis qu’elles étaient jugées modérées Saillies discales
dans 35 % des cas, même à des âges jeunes [10].
Les saillies discales vers l’extérieur sont classées selon leur
Hypersignal postérieur du disque extension circonférentielle, globale ou plus focale, et leur
morphologie propre lorsqu’elles sont focales. Ces aspects
Le vieillissement du NP s’exprime sous forme de fissurations ont fait l’objet d’un consensus que nous reprenons ici (Fig. 3)
radiaires, transversales ou concentriques. Les fissurations [26].
radiaires et postérieures sont responsables d’un hypersi- Le bombement (ou étalement) discal global se définit
gnal postérieur du disque en pondération T2, de topographie comme une saillie du disque au-delà des contours des pla-
médiane ou paramédiane, appélé High Intensity Zone (HIZ) teaux vertébraux sur plus de 50 % de leur circonférence [26].
dans la littérature anglophone (Fig. 2). L’étude histolo- Il accompagne le plus souvent la perte de hauteur discale.
gique du HIZ montre la présence de tissu de granulation Sa présence est retrouvée chez 15 à 81 % des sujets asymp-
hypervascularisé parfois inflammatoire autour de la fissure, tomatiques [12,25].
favorisant la pénétration de matériel d’origine nucléaire La hernie discale diffère du bombement par son caractère
[23]. En d’autres termes, cette zone de fragilité est un lieu localisé, la saillie de matériel discal s’effectuant plus foca-
de passage privilégié de la hernie discale vers l’extérieur lement à travers un point de fragilité de l’annulus [16]. Elle
de l’espace intersomatique. Elle est plus fréquente en se définit par sa taille, sa position et sa forme. Sa position
L4—L5 et L5—S1, plus rare en L2—L3 et exceptionnelle en peut être médiane (10 %), postéro-latérale (80 %), forami-
L1—L2 [13,24]. nale, extra-foraminale (10 %) ou antérieure (rare) [6,16].

Figure 2. a : coupe sagittale T2 ; b : axiale T2 centrée sur L4—L5. Hyperintensité T2 discale postérieure, médiane (flèche), témoin d’une
rupture radiaire du disque en axial (tête de flèche).

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S14 I. Ract et al.

Figure 3. Classification des bombements et saillies discales. a : disque normal ; b : bombement discal (débordement du disque sur plus
de 50 % de sa circonférence) ; c : protrusion discale focale (débordement de moins de 25 % de la circonférence du disque) ; d : protrusion
à base large (débordement entre 25 et 50 % du disque) ; e : hernie discale à type d’extrusion (base plus fine que le corps du fragment) ; f :
hernie discale à type d’exclusion (perte de continuité fragment-disque).

La forme de la hernie discale est à l’origine d’une classi- vertébral (Fig. 4) [26]. Son origine exacte est source de
fication en trois types [26] : controverse. Elle est parfois retrouvée dans un contexte
• hernie discale à type de protrusion : il s’agit d’un débord traumatique, souvent en charge axiale [29—31] ou dans
focal dont la base est plus large que les autres dimensions. d’autres situations ou le plateau vertébral est fragilisé
Quelques fibres de l’anneau fibreux sont rompues. La her- (maladie de Scheuerman chez l’adolescent, ostéoporose
nie peut être à base étroite, débordant sur moins de 25 % chez les personnes plus agées) [30]. Sa prévalence en IRM
de la circonférence du disque, ou à large base quand elle est de 19 à 24 % chez les sujets asymptomatiques [9,10].
déborde entre 25 à 50 % de sa circonférence [26]. Elle est
fréquemment retrouvée chez le sujet asymptomatique,
avec une prévalence de 20 à 63 % [8—10,12,22,25] ;
• hernie discale à type d’extrusion : il s’agit d’un débord Modification des plateaux des corps
focal dont la base est plus étroite que le corps. La vertébraux
totalité des fibres de l’AF sont rompues. Ce type de
hernie est plus rare chez les sujets asymptomatiques, Sur une étude IRM portant sur 474 patients lombalgiques,
sa prévalence étant retrouvée entre 0 et 24 % des cas Modic et al. ont décrit, dans le cadre de la dégénérescence
[8—10,12,21,22,27] ; discale, des modifications de signal des plateaux répartis en
• hernie discale à type d’exclusion : il s’agit d’une perte trois grades (Fig. 5) :
de la continuité avec le disque. Une hernie migrée de • modifications de type Modic 1 : remaniement d’allure
plus de 6 mm vers le haut et 12 mm vers le bas a de « oedémateux », hypo-intense en pondération T1 et hyper-
grandes chances d’être exclue [28]. Cette dernière n’est intense en pondération T2, avec prise de contraste après
pas retrouvée chez le sujet asymptomatique [9,10,13]. injection de gadolinium ;
• modifications de type Modic 2 : remaniement de type
La hernie intravertébrale (nodule de Schmorl) est une « graisseux », hyper-intense en pondération T1 et hyper-
entité différente. Elle correspond à la migration d’un frag- intense en pondération T2 (ou hypo-intense en pondéra-
ment discal à travers des zones de faiblesse du plateau tion T2 avec Fat-Sat) ;

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Valeur des signes IRM dans la lombalgie commune S15

Figure 4. a et c : sagittales T1 ; b et d : sagittales STIR. a et b : hernie intraspongieuse du plateau supérieur de L2 ; c et d : hernie


intraspongieuse du plateau supérieur de L2 présentant un hypersignal STIR en périphérie.

• modifications de type Modic 3 : remaniement fibreux/ Les études portant sur les sujets asymptomatiques sont
ostéosclérose, hypo-intense en pondération T1 et hypo- peu nombreuses et rapportent une prévalence de 0 à 13,5 %
intense en pondération T2. pour le Modic 1, 3 à 25 % pour le Modic 2 tandis que le Modic
3 est absent [10,13,25]. La prévalence de ces remaniements
L’étiologie et la physiopathologie du Modic 1 restent augmente avec l’âge. Les modifications de type Modic 1 et
inconnues. Il semblerait y avoir une association entre pro- 2 n’excèdent pas 3 à 10 % avant 50 ans, pour atteindre 20 %
cessus mécanique, microtraumatique et biochimique secon- après 50 ans [10,13]. Enfin, les modifications de type Modic
daires à l’augmentation des contraintes sous-chondrales des 2 sont, trois fois plus fréquentes que celles de type 1.
plateaux responsables de microfractures.
Des formes mixtes ont été décrites avec coexistence sur
un même plateau vertébral de remaniements de type Modic Segment postérieur
1 et 2 ou Modic 2 et 3 suggérant, pour certains auteurs, la
possibilité d’une progression d’un type à l’autre chez un Rappel anatomique
patient donné [32,33]. Le type 1 peut être stable, se norma-
liser, s’aggraver ou évoluer en type 2. Le type 2, longtemps L’articulation zygapophysaire postérieure est une diar-
considéré comme stable, peut évoluer vers le type 1 [34,35]. throse formée des facettes articulaires postérieures de
Le type 3, très rare, correspond au stade ultime de conden- deux vertèbres adjacentes. Elle est recouverte d’une cap-
sation des plateaux. sule fortement innervée, par les rameaux médiaux des
La localisation des types 1 et 2 prédomine nettement branches postérieures des nerfs rachidiens, pouvant être
au tiers antérieur du corps vertébral et aux deux derniers source de douleurs en cas d’étirement ou d’irritation.
étages lombaires [25,34]. Ces rameaux émettent aussi des collatérales notamment

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S16 I. Ract et al.

Figure 5. Sagittales T1 (colonne de gauche) et STIR (colonne de droite). a et b : hyposignal T1 et hypersignal STIR des des plateaux
vertébraux au pourtour du disque L5—S1 en faveur de remaniements de type Modic 1 ; c et d : hypersignal T1 et hyposignal STIR des des
plateaux vertébraux au pourtour du disque L4—L5 de type Modic 2.

sensitives musculaires [36]. Cette anatomie pourrait expli- évalue, en IRM, la sévérité de la dégénérescence en quatre
quer l’association de l’arthrose zygapophysaire et des grades pour l’atteinte cartilagineuse (épaisseur et recouvre-
contractures musculaires paravertébrales. Les articulations ment osseux), la sclérose sous-chondrale (épaississement de
zygapophysaires sont obliques en bas, en arrière et en la corticale) et la présence d’ostéophytes. À ces dernières
dehors et jouent un rôle important dans la transmission s’ajoute la présence d’un épanchement intra-articulaire, de
des charges, dans la stabilisation des segments lors des plages oedémateuses au sein de l’os et des parties molles
mouvements de flexion—extension et permettent de limi- périarticulaires [40], visibles en IRM (Fig. 6).
ter la rotation axiale [37,38]. Au sein d’une masse latérale, L’arthrose zygapophysaire prédomine en L4—L5, dont
l’isthme représente la jonction entre les massifs articulaires l’orientation très sagittale des processus articulaires les
supérieur et inférieur. rend plus instables qu’en L5—S1. Sa prévalence chez le sujet
asymptomatique est élevée en scanner, estimée entre 64 et
67 % et moins facilement évaluée en IRM où les chiffres
Souffrance et prévalence chez le sujet rapportés oscillent ente 3 et 18 % [9,13,41,42]. Elle aug-
asymptomatique mente avec l’âge et devient même banale après 45—50 ans
[41—45].
Arthrose zygapophysaire postérieure
La subluxation craniocaudale des articulations zygapophy-
saires lors des mouvements est à l’origine de remaniements Bursite interépineuse
dégénératifs qui, bien qu’elle ne soit pas utilisée en routine, La bursite interépineuse, dans le cadre des phénomènes
se trouve résumée dans la classification de Grogan [39]. Elle dégénératifs (maladie de Baastrup), est une néoarticulation

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Valeur des signes IRM dans la lombalgie commune S17

plus souvent antérieur et peut comporter un certain degré


de rotation. Il peut être décrit en quatre grades sur les
séquences sagittales, selon la classification de Meyerding.
La plaque vertébrale est divisée en quatre quarts et le glis-
sement est évalué en fonction de la position de la tangente
au bord postérieur de L5. Le stade I est un glissement infé-
rieur à 25 %, le stade II entre 25 et 50 %, le stade III entre
50 et 75 %, le stade IV entre 75 et 100 % et le stade V est une
spondyloptose.
Il est le plus souvent localisé en L4, prédomine chez la
femme et est favorisé par l’hyperlordose lombaire et la sur-
charge pondérale [48].

Spondylolyse
La spondylolyse correspond à une fracture de fatigue de
l’isthme et peut être uni- ou bilatérale [49]. Quand elle
est bilatérale, elle peut également mener à un spondylo-
Figure 6. Parasagittale STIR. Hypersignal des pédicules de L5 et listhésis. La lyse peut, rarement, être aiguë et traumatique
S1 (flèche) et des parties molles (tête de flèche) associées à une ou, plus souvent, résulter de microtraumatismes répétés.
athrose zygapophysaire postérieure. Elle prédomine à l’étage L5 (85 à 90 %) où la morphologie de
l’isthme l’expose à un effet tenaille entre les processus arti-
culaires sus-et sous-jacents en extension. La visualisation
synoviale secondaire à un pincement et des mouvements directe de la lyse est parfois difficile en IRM dans le plan,
de friction répétés entre les apophyses épineuses (Fig. 7). sagittal compte tenu de phénomènes de volume partiel sur
Elle est favorisée par l’hyperlordose, l’antélisthesis, la cette étroite structure anatomique. Parmi les signes indi-
diminution des espaces intersomatiques et les phénomènes rects de lyse, on compte la présence d’un œdème spongieux
dégénératifs sévères. Visible par un hypersignal T2 et hypo- de l’isthme ainsi que la présence de graisse épidurale entre
signal T1 interépineux en IRM, elle est souvent multiétagée, le feuillet dural postérieur et la partie antérieure du proces-
prédominant en L4—L5 et augmente avec l’âge [46]. Sa pré- sus épineux de la vertèbre sur une coupe sagittale médiane
valence chez le sujet asymptomatique n’est pas retrouvée (Fig. 8), secondaire à l’élargissement du canal central. Ce
dans la littérature. signe indirect, décrit par Sherif et al., offre une spécificité
de 96,7 % et une sensibilité de 78,8 % [50].
Spondylolisthésis dégénératif En IRM, la spondylolyse peut être décrite en 4 grades,
Le spondylolisthésis résulte du glissement du corp vertébral selon Hollenberg et al. [51] :
• grade 1 (stress reaction) : œdème isthmique avec ou sans
sus-jacent par rapport au sous-jacent du fait d’une sagitta-
lisation dégénérative des facettes articulaires [47]. Il est le œdème du pédicule ou articulation adjacente mais sans
anomalie corticale ;
• grade 2 : œdème isthmique associé à une fracture incom-
plète de l’isthme ;
• grade 3 :œdème isthmique sur une fracture isthmique
complète ;
• grade 4 : fracture isthmique complète sans œdème.

La lyse isthmique et/ou le spondylolisthésis consécutif


touchent environ 7 à 8,5 % des patients asymptomatiques et
augmentent avec la pratique sportive [9,49,52—54].

Valeur des signes IRM


La prévalence parfois élévée de certains de ces éléments
sémiologiques au sein du rachis de sujets asymptomatiques
pose la question de leur valeur chez le sujet douloureux.
Nous comprenons alors la mesure nécessaire du radiologue
lors de la rédaction du compte rendu radiologique et du
démembrement de l’IRM d’une lombalgie.
Figure 7. Petites bursites entre les épineuses lombaires en hyper- Malgré des données souvent contradictoires, quelques
signal STIR (flèches) dans un contexte de discopathie dégénérative signes semblent, tout du moins à l’échelle des populations
avec perte de hauteur discale. étudiées, prédicitifs de douleurs lombaires.

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Figure 8. Sagittale T1. a : présence de graisse épidurale entre le feuillet dural postérieur et la partie antérieure du processus épineux de
la vertèbre L5 (flèche) sur une coupe sagittale médiane ; b : visualisation de la lyse isthmique de L5 (tête de flèche).

Segment antérieur discale est forte (98 %), signifiant que son absence rend peu
probable la présence d’une douleur d’origine discale, leur
Remaniements des plateaux vertébraux VPP et leur spécificité restent modestes même en utilisant
Parmi l’ensemble des signes radiologiques du segment les grades 3 et 4 de la classification de Pfirrmann [27]. Han-
antérieur, le principal signe dont la valeur prédictive est cock et al. rapportent des rapports de vraisemblance positifs
reconnue dans le cadre des douleurs est la modification mais peu élevés à partir du grade 3 de Pfirrmann (entre
de type Modic 1, en particulier chez les sujets de moins 2,8 et 5,7) et restant bien inférieur à celle du Modic 1 [58].
de 50 ans. Sa prévalence est plus élevée chez le patient
symptomatique (19 à 50 %) que chez le sujet asymptoma- La hernie discale
tique (0 à 13,5 %) [27,55,56]. Dans une étude rétrospective Si la fréquence des hernies de petites tailles (moins de 5 mm)
de 2457 disques de patients symptomatiques utilisant est élevée chez le sujet asymptomatique, celle des hernies
comme examen de référence le test de provocation par plus volumineuses, des extrusions et exclusions reste faible
discographie, le remodelage de type Modic 1 montrait une voire quasiment nulle [8—10]. La présence de hernies à type
valeur prédictive positive (VPP) de 81 % pour une spécificité d’extrusion, d’exclusion ou d’un conflit discoradiculaire est
de 98 % [57]. L’intensité et l’extension des remaniements corrélée à la douleur radiculaire mais pas à la lombalgie
de type Modic 1 ont, pour Weishaupt et al., une forte valeur [7].
prédictive dans le cadre des douleurs sur la population
étudiée (âge moyen : 42 ans ; n = 50) [27]. De plus, Hancock Le HIZ
et al. rapportent un rapport de vraisemblance positif élevé Son implication dans les douleurs plaît à l’esprit car on
(estimé à 32) pour le Modic 1 s’étendant sur plus de 25 % de connaît la riche innervation du disque postérieur et postéro-
la hauteur du corps vertébral, signifiant qu’il y 32 fois plus de latéral. La valeur du HIZ reste toutefois très controversée,
chance de présenter ce signe lorsque la personne est lombal- sa prévalence chez le sujet lombalgique oscillant entre 28 et
gique que lorsque la personne ne l’est pas [58]. Lors du suivi 59 % pour des valeurs très variables de sensibilité (27 à 81 %),
longitudinal, Mitra et al. montrent enfin une corrélation spécificité (79 à 97 %) et VPP (53 à 95 %) selon les séries
entre l’évolution favorable des lombalgies et la transfor- [24,64—68]. Cette forte variabilité résulte vraisemblable-
mation des remaniements de type Modic 1 en type Modic 2, ment de l’hétérogénéité des populations étudiées, de la
soulignant le continuum probable qui existe entre ces deux taille des échantillons ou des paramètres d’acquisition et
entités [59]. Dans une population de lombalgies chroniques de l’inclusion du HIZ de position postéro-latérale ou laté-
invalidantes, la discopathie de type Modic 1 est associée rale. Si sa valeur prédictive de lombalgie du signe est
à un rythme inflammatoire des douleurs, contrairement donc pour le moins incertaine lorsqu’il est isolé, sa perfor-
au Modic 2 [60]. Pour clore le chapitre des modifications mance en association à une protrusion discale a été évoquée
de signal de plateaux, soulignons qu’un œdème osseux (Odds Ratio = 36,3 [8,2—161,1]) [64]. Cette étude, seule à
périphérique aux hernies intraspongieuses a également été défendre cette association, souffre cependant d’un faible
corrélé à la présence d’une lombalgie [61—63]. effectif et ne traite que de patients aux symptômes très
marqués, candidats à l’arthrodèse. À l’opposé, l’étude de
Pincement, déshydratation et bombement discal Standik et al. montre que le HIZ chez le sujet asympto-
La dégénérescence discale regroupe initialement la perte matique est souvent associé à une protrusion [12]. Mitra
de hauteur discale, l’hyposignal T2 et le bombement discal. et al. ne montrent, quant à eux, pas de concordance entre
Si leur valeur prédictive négative de la dégénérescence l’évolution des HIZ et celle des lombalgies [69].

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Valeur des signes IRM dans la lombalgie commune S19

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fait d’une prévalence élevée chez le sujet asymptomatique, Inc. ;© 2000—01. Available from: [Link]
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on connaît sa faible valeur prédictive positive en scanner
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[41]. Comme le Modic 1 des plateaux, l’hypersignal T2 des
Pract Rheumatol 2006;2(10):554—61.
facettes articulaires pourrait être corrélé à la douleur et [4] Borenstein DG, O’Mara Jr JW, Boden SD, Lauerman WC, Jacob-
est retrouvé dans au moins 14 % des patients lombalgiques son A, Platenberg C, et al. The value of magnetic resonance
[40,70]. imaging of the lumbar spine to predict low-back pain in asymp-
La bursite interépineuse est peu fréquente mais pas rare, tomatic subjects: a seven-year follow-up study. J Bone Joint
retrouvée dans 8,2 % des sujets symptomatiques [46]. Son Surg Am 2001;83-A(9):1306—11.
rôle dans les lombalgies reste controversé, car elle est sou- [5] Elfering A, Semmer N, Birkhofer D, Zanetti M, Hodler J, Boos N.
vent associée à d’autres phénomènes dégénératifs. Il est Risk factors for lumbar disc degeneration: a 5-year prospective
toutefois important de la décrire car dans certains cas, elle MRI study in asymptomatic individuals. Spine (Phila Pa 1976)
2002;27(2):125—34.
pourra faire l’objet d’infiltration locale de corticoïdes.
[6] Morvan G, Wybier M, Mathieu P, Vuillemin V, Guerini H. Apport
Le spondylolysthésis, dégénératif ou isthmique, peut
de l’imagerie aux indications thérapeutiques en pathologie dis-
être le témoin d’une instabilité rachidienne (hypermobilité cale. In: SIMS, Lecouvet F., Goupille P., Guigui P., Feydy A.,
segmentaire) pouvant nécessiter un traitement chirur- Moser T., Wybier M., editors. Le Rachis GETROA. Monpellier:
gical. L’IRM, réalisée en décubitus, peut minimiser le Sauramps Médical; 2008. p. 23—34.
déplacement. Une correlation IRM entre l’importance de [7] Modic MT. Degenerative disc disease: genotyping, MR imaging
l’épanchement intra-articulaire (> 1,5 mm d’épaisseur) et la and phenotyping. Skeletal Radiol 2007;36(2):91—3.
présence d’un spondylolisthésis en L4—L5 a été rapportée, [8] Boden SD, Davis DO, Dina TS, Patronas NJ, Wiesel SW. Abnormal
parfois uniquement visible sur les clichés radiographiques magnetic resonance scans of the lumbar spine in asymptomatic
dynamiques réalisés en complément [71,72]. subjects. A prospective investigation. J Bone Joint Surg Am
1990;72(3):403—8.
Enfin, l’hypersignal T2 du pédicule dans le cadre des lyses
[9] Jensen MC, Brant-Zawadzki MN, Obuchowski N, Modic MT,
isthmiques, plus souvent retrouvé chez les adolescents, peut
Malkasian D, Ross JS. Magnetic resonance imaging of the
être responsable de douleur. Devant la persistance de ce lumbar spine in people without back pain. N Engl J Med
signe chez des lombalgiques, le traitement peut en être 1994;331(2):69—73.
modifié [40,73]. [10] Malghem JC, Laredo A, Maldague JD B. IRM de rachis lombaire
asymptomatiques. Étude multicentrique du GETROA. Résul-
tats préliminaires. In: Morvan G, Bard H, Laredo JL, editors.
Conclusion Le rachis lombaire ééératif, GETROA. Montpellier: Sauramps
Médical; 1988. p. 127—40.
Cette revue souligne la forte prévalence de modifications [11] Rannou F, Poiraudeau S, Revel M, Corvol M. Biologie du disque
interverébral. Getroa-Gel OPUS XXXV. In: SIMS, Lecouvet F.,
rachidiennes asymptomatiques et le faible valeur pré-
Goupille P., Guigui P., Feydy A., Moser T., Wybier M., editors.
dictive des signes dans le cadre de la lombalgie. Sans
Le Rachis GETROA. Montpellier: Sauramps Médical; 2008. p.
être pathognomoniques, seuls les remaniements de type 17—22.
Modic 1 et les remaniements oedémateux zygapophysaires, [12] Stadnik TW, Lee RR, Coen HL, Neirynck EC, Buisseret TS,
a fortiori intenses et étendus, semblent relativement cor- Osteaux MJ. Annular tears and disk herniation: prevalence and
rélés à la présence d’une lombalgie sur une population contrast enhancement on MR images in the absence of low back
d’étude. Malheureusement, même ces signes ont une valeur pain or sciatica. Radiology 1998;206(1):49—55.
relative à l’échelon individuel, ce qui impose une corréla- [13] Weishaupt D, Zanetti M, Hodler J, Boos N. MR imaging of the
tion radio-clinique systématique. Compte tenu de l’impact lumbar spine: prevalence of intervertebral disk extrusion and
psychosocial du discours médical et du compte rendu sequestration, nerve root compression, end-plate abnormali-
ties, and osteoarthritis of the facet joints in asymptomatic
radiologique chez le patient douloureux chronique, une
volunteers. Radiology 1998;209(3):661—6.
connaissance approfondie de cette valeur des signes par le
[14] Aguila LA, Piraino DW, Modic MT, Dudley AW, Duchesneau PM,
radiologue nous semble utile. Elle lui permettra de fournir, Weinstein MA. The intranuclear cleft of the intervertebral disk:
dans le même temps, une information utile au clinicien tout magnetic resonance imaging. Radiology 1985;155(1):155—8.
en l’aidant à fournir une information éclairée au patient. [15] Schiebler ML, Camerino VJ, Fallon MD, Zlatkin MB, Grenier N,
Kressel HY. In vivo and ex vivo magnetic resonance imaging
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Déclaration d’intérêts relation. Spine (Phila Pa 1976) 1991;16(6):635—40.
[16] Morel M, Morillon D, Chastanet P, Demondion X, Duquesnoy B,
Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d’intérêts en Cotten A. Affections mécaniques et dégénératives du rachis
thoracolombaire. Cotten, A: Elsevier Masson ed; 2008.
relation avec cet article.
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