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Dissertation 2

La dissertation explore la question de la valeur des actions humaines face à la puissance de la nature, en s'appuyant sur des œuvres littéraires et philosophiques. Elle souligne que malgré les tentatives de maîtrise de la nature par l'homme, cette dernière impose des limites et révèle la vulnérabilité humaine. Enfin, elle appelle à une réconciliation entre l'homme et la nature, en reconnaissant leur interdépendance.

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Dissertation 2

La dissertation explore la question de la valeur des actions humaines face à la puissance de la nature, en s'appuyant sur des œuvres littéraires et philosophiques. Elle souligne que malgré les tentatives de maîtrise de la nature par l'homme, cette dernière impose des limites et révèle la vulnérabilité humaine. Enfin, elle appelle à une réconciliation entre l'homme et la nature, en reconnaissant leur interdépendance.

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DISSERTATION 2

Sujet :
Ce que fait l’homme est-il vain face à la nature ?
Analysez et discutez cette question à la lumière de votre lecture des œuvres au
programme.
« La nature agit, l’homme fait. » Par cette réflexion, Emmanuel Kant, philosophe
allemand des Lumières, établit une distinction entre les forces de la nature et l’action
humaine. Cette réflexion trouve sa résonnance dans cette interrogation : « ce que fait
l’homme est-il vain face à la nature ? » Le mot « nature » ici est polysémique. Il peut
désigner l’ensemble des « forces » physiques, géologiques, tectoniques, météorologiques,
biologiques, qui animent les écosystèmes et la biosphère sur la Terre, comme il peut
désigner aussi l’ensemble de tous les ensembles, l’univers, même si les deux concepts ne se
superposent pas totalement. Aussi peut-on entendre par « nature », qu’elle soit hospitalière
ou hostile, l’ensemble des êtres et des choses, l’être humain en faisant évidemment partie.
Le verbe « faire » peut-être perçu dans le sens latin facere qui signifie « créer » ou «
fabriquer ». L’adjectif « vain » réfère au terme latin « vanus » qui indique « ce qui est sans
effet, infructueux et sans valeur ». La question de savoir si ce que fait « l’homme » est vain
face à la nature soulève la question de l’efficacité, mais aussi du sens et de la valeur de
l’action de l’homme face à la puissance de la nature. Lorsque, dans le rapport qu’il entretient
avec elle, il mobilise sa volonté, sa technique, sa culture, l’homme se trouve-t-il face à une
force invincible, se débat-il face à une nature totalement indifférente ou n’y a-t-il pas en lui
réminiscence de son dynamisme créateur qu’il mobilise à son tour contre le pouvoir
destructeur qu’elle recèle aussi ? Ainsi il est légitime de s’interroger : Jusqu’à quel point
pourrait-on parler de l’efficacité de l’action humaine face à la nature ? Nous appuierons
notre analyse sur le roman de Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers qui paraît en 1870,
Le Mur invisible de Marlen Haushofer, publié en 1963, et l’essai philosophique, La
Connaissance de la vie de Georges Canguilhem en 1965, en nous concentrant sur les
chapitres au programme. Nous montrerons que, malgré l’ambition et la tentative de
l’homme de maîtriser la nature, celle-ci impose, cependant, sa puissance sur l’humanité
marquée, elle, par la vulnérabilité, la précarité, la faiblesse. Finalement, la nature et
l’homme étant interdépendants, n’y a-t-il pas nécessité d’une forme de réconciliation ?

La tentative de l’homme de maîtriser la nature ne revêt-elle pas un caractère


illusoire ? S’il cherche à dominer son environnement par le prisme de la science et des
techniques puissantes qu’elle a rendu possibles, l’homme peut être une victime de la
démesure de ses propres actions. Il est donc amené à devoir s’avouer les limites auxquelles
se heurte sa quête de connaissance.
Consciente de sa faiblesse originelle et voulant la déjouer, l’humanité est partie à
la conquête de la nature en affirmant sa volonté de puissance. Depuis toujours, l’homme a

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tendu à domestiquer la nature, surtout le monde végétal et animal. Si cette action lui a
permis d’assurer son existence, la maîtrise relative qui n’a cependant pas cessé de
progresser n’en a pas pour autant aboli la disproportion du rapport, la faiblesse en quelque
sorte de la puissance ambitionnée de l’homme. Malgré les avancées scientifiques, le
contrôle de la nature n’est-il pas un vœu pieux ? Dans le roman d’aventures de Jules Verne,
Vingt mille lieues sous les mers, le Nautilus, véritable prouesse technologique, parcourt les
océans et les mers du globe, explorant les fonds marins, encore inconnus pour le commun
des mortels. Face à la richesse végétale et animale, cette quête des profondeurs montre aux
explorateurs, du capitaine Nemo à ses compagnons de voyage, que la volonté de maîtrise de
la nature, ne serait-ce que dans le domaine de la connaissance, renvoie les scientifiques à la
conscience d’une perpétuelle perfectibilité. Quant à sa maîtrise physique, l’Océan ne peut
que renvoyer à une certaine humilité… De même, la narratrice du Mur Invisible étend son
empreinte sur le monde en le maîtrisant progressivement : ainsi, ce qui était au départ un
obstacle majeur- la pluie pendant les travaux des champs- peut devenir une ressource c-td
que la narratrice maîtrise dorénavant la météorologie pour faucher au moment opportun,
c’est ce qu’indique la citation suivante : « à cette époque, je ne savais pas encore
reconnaître les différents signes qui me permettent à présent de prévoir le temps ».Mais, la
narratrice doit travailler péniblement pour survivre de ce que la nature peut lui donner « les
pommes de terre et les épinards d’ortie » par exemple. Dans le même ordre d’idées, la
citation de Canguilhem : « Quelle lumière sommes-nous donc assurés de contempler pour
déclarer aveugles les autres yeux que ceux de l’homme ? Quelle signification sommes-nous
donc certains d’avoir dans la vie en nous pour déclarer stupides tous les autres
comportements que nos gestes ? » souligne son indignation et sa critique de toute vision
anthropocentrique qui prône la supériorité de l’homme sur les autres vivants.
L’homme, en tant qu’expérimentateur de la nature, est autant un acteur qu’une
victime de ses avancées scientifiques. Il a soif d’explorer les grands espaces, les terres, les
mers, l’univers, ainsi que le monde infime, infinitésimal. Il veut comprendre, transformer,
dominer la nature, au point que le monde naturel devient son champ d’expérimentation, où
s’illustrent ses tâtonnements scientifiques. Le biologiste, par exemple, utilise le monde
animal pour ses expériences de laboratoire visant à accroître ses connaissances. C’est ce que
montre Georges Canguilhem, dans le chapitre 1 « Méthode », où il retrace l’histoire de
l’expérimentation en biologie animale, depuis le savant grec Galien, fondateur de la
médecine en Occident. Le philosophe des sciences précise la fonction qu’accorde le
scientifique à chaque espèce animale : « Le chien, pour ses réflexes conditionnés ; le pigeon
pour l’équilibration ; l’hydre pour la régénération ; le rat pour les vitamines et le
comportement maternel » (p. 32). Ce regard rationnel, méthodique porté sur le vivant
témoigne de la volonté de comprendre ses arcanes fonctionnels. Faire de la nature son objet
d’étude témoigne en faveur de l’ingéniosité humaine. Le danger, pointé par Canguilhem, est
toutefois de réduire la nature à un mécanisme, ce à quoi elle est pourtant irréductible. À
plus forte raison en est-il ainsi de l’homme que l’on doit s’interdire d’objectiver. Or,
l’expérimentation sur l’être humain constitue, ne cesse-t-il de répéter, un dilemme éthique
que la science ne peut occulter : comment pourrait-on accepter que « des êtres humains,
dévalorisés par le législateur comme socialement déclassés ou physiologiquement déchus,

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soient utilisés de force à titre de matériel expérimental ? » (p. 46). Certes, la curiosité
scientifique pousse l’homme à sonder les mystères du vivant, mais sa quête de connaissance
se heurte à une exigence éthique qui doit préserver la dignité de la vie humaine. De plus,
l’être humain tend à considérer la nature comme son patrimoine, a fortiori lorsqu’il
découvre de nouveaux espaces qu’il est le seul à revendiquer pour après les expérimenter :
c’est le cas du capitaine Némo et la forêt sous-marine de l’île de Crespo : « Il la considérait
comme étant sienne, et s’attribuait sur elle les mêmes droits qu’avaient les premiers
hommes aux premiers jours du monde. » P 168, ou la narratrice dans son petit bout de
forêt : » j’ai bien dit « ma vallée ». Le nouveau propriétaire, s’il en existe un, ne s’est pas
encore présenté » P 69. Bien que l’homme tende à maitriser et dominer la nature en en
faisant l’expérience, les deux œuvres au programme montrent qu’elle lui échappe et le
dépasse.
L’homme est toujours limité dans sa conquête de la nature. Même fort de tous ses
moyens, il a pour obstacle la nature qui assigne elle-même d’incoercibles limites à sa
volonté de maîtrise et son esprit d’indépendance. Si la nature est un terrain d’exploration
pour l’être humain, elle n’a de cesse de se métamorphoser, compromettant les plans les plus
ambitieux de l’homme, et pouvant atténuer sa soif de conquête. Dans le chapitre 15 «
Accident ou incident ? » (Partie 2) de Vingt mille lieues sous les mers, le Nautilus se heurte à
des conditions extrêmes dans les mers du pôle Sud. Cette merveille technologique se trouve
mise en échec, immobilisée et bloquée par les glaces de l’Antarctique qui lui bloquent la
route. Le capitaine Nemo, l’inventeur en personne du Nautilus concède à Pierre Aronnax,
professeur adjoint au Musée d’histoire naturelle de Paris : « On peut braver les lois
humaines, mais non résister aux lois naturelles. ». Par ailleurs, l’être humain est lui-même un
composant de ce système, et à ce titre il expérimente régulièrement sa faiblesse, comme le
reconnaissent bien volontiers Nemo face à l’enlisement du Nautilus aussi bien que
Canguilhem invitant l’expérimentateur à l’humilité : « l’expérimentateur ne peut pas tirer
plus de ficelles que la nature » P 235. La narratrice du Mur Invisible, quand bien même elle
en subit les conséquences, admet-elle aussi cette soumission de l’être humain aux lois de la
nature : « j’avais cessé de me sentir détachée de la terre et j’étais lasse et accablée comme il
convient à un être humain. Cela me semblait juste et dans l’ordre des choses ». En somme,
la nature impose à l’homme des limites qui empêchent l’humanité d’avoir la maîtrise du
monde.

[Phrase de transition] Bien que l’homme ait l’illusion de domestiquer la nature,


cette dernière manifeste, à chaque instant, sa puissance.
La nature impose sa puissance à l’homme qui est marqué par la vulnérabilité, la
précarité, la faiblesse, sa puissance de destruction lui rappelant qu’il n’est qu’un être vivant
parmi d’autres.
La nature contient une force, une puissance, une énergie qui peut mettre en péril
l’humanité. Le milieu naturel n’est pas un havre de paix. En pleine nature, tant pour l’animal

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que pour l’homme, la vie se résume à une lutte de pouvoir qui se place sous le signe de la
domination et la soumission. Si la nature est une source de vie, la violence, la sauvagerie, la
mort y règnent indissociablement. La loi du plus fort, la sélection, comme le montrent les
lois de l’évolution mises en évidence par Charles Darwin, la régissent aveuglément et
impitoyablement. L’être humain doit, de façon constante, se défendre contre les forces
naturelles, en tentant d’aménager un espace lui permettant de vivre dans un sentiment
suffisant de sécurité, voire de relative invincibilité. Dans le chapitre « Le vivant et son milieu
», Georges Canguilhem souligne que « le premier milieu dans lequel vit un organisme, c’est
un entourage de vivants qui sont pour lui des ennemis ou des alliés, des proies ou des
prédateurs » (p. 175). Au surplus, dans VMLSLM, on lit l’expression d’une admiration de la
nature qui minéralise d’innombrables matières et forme ainsi « d’inépuisables houillères,
réserve précieuse que prépare la prévoyante nature pour ce moment où les hommes auront
épuisé les mines des continents » : la nature décompose et recompose, devenant une force
prévoyante qui crée des ressources inépuisables. La construction lente des murailles des
polypes, « ces travailleurs microscopiques » p 187 est un autre exemple qui illustre ce
pouvoir créateur de la nature et du vivant. La narratrice dans Le Mur Invisible manifeste sa
confiance envers cette force créatrice de la nature, capable de toujours se renouveler,
malgré ce qui s’est passé par-delà le mur, elle pense que « la vie reviendra avec l’eau des
ruisseaux, une vie élémentaire et minuscule qui s’infiltrera dans la terre et la ranimera » P
260. En fin de compte, la nature reste un champ de tensions, dans lequel l’homme, à l’image
de tout être vivant, doit trouver les moyens de survivre.
Si la nature déploie d’étonnantes forces créatrices, elle n’en est pas moins animée
par d’impressionnantes forces destructrices. Elle se caractérise par son intempérance, sa
virulence, sa dangerosité. Bien plus, dans le grand livre de la nature, la prédation et la
menace permanente qu’elle comporte pour quasiment toutes les espèces font du monde du
vivant un lieu peu pacifique… Bien plus, pour ce qui est de l’homme, il renferme les germes
de son propre anéantissement. Les êtres humains ont la capacité de s’entre-détruire. C’est
parce que l’homme peut tuer son prochain qu’il lui est demandé de l’aimer ! L’histoire du
capitaine Nemo, dans Vingt mille lieues sous les mers, est là pour rappeler la destructivité de
la guerre. Elle a anéanti tout ce qu’il aimait et, s’étant réfugié dans les fonds sous-marins, il
se sert de son Nautilus à des fins de vengeance, utilisant, lui aussi, la violence pour anéantir
l’ennemi, en faisant couler le navire de guerre à la fin du roman : « Alors le malheureux
navire s’enfonça plus rapidement […] puis la masse sombre disparut, et avec elle cet
équipage de cadavres entraînés par un formidable remous… ». Dans Le Mur invisible de
Marlen Haushofer, la narratrice est traversée, dans des moments de détresse, par des
pensées suicidaires : « Je trouvais qu’il aurait mieux valu que je me tire une balle à temps »
(p. 232). Plus encore, face à la peur ou la menace, la narratrice qui, pourtant, répugne à tuer,
se voit contrainte de chasser pour se maintenir en vie, elle et ses animaux et va jusqu’à
abattre un homme menaçant qui vient de massacrer Taureau à coups de hache et de tuer
Lynx, son fidèle compagnon (p. 318). Ainsi, l’homme, non étranger à la violence de la nature
qui lui est aussi immanente, peut devenir destructeur, menace interne à sa propre espèce.
C’est pourquoi les fondateurs de cités ont tous été de grands législateurs : ils ont fait des lois
pour médiatiser l’immédiateté virtuellement mortifère des passions humaines. S’il n’est pas

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possible de les abolir, il est nécessaire de les réguler et, lorsqu’elles deviennent meurtrières,
de les châtier. Cette œuvre régulatrice face à la violence inhérente à la nature même de
l’homme est loin d’être vaine.
L’être humain n’est pas un élément extérieur à la nature, mais il demeure un
être vivant parmi d’autres dans cet environnement global commun. Dans le chapitre «
Aspects du vitalisme », Georges Canguilhem affirme que l’homme « se sent un enfant de la
nature et éprouve à son égard un sentiment d’appartenance et de subordination […]. Il se
voit dans la nature et il voit la nature en lui » (p. 111). Cette interconnexion intime montre
explicitement que l’homme ne saurait revendiquer une place d’extériorité ou de surplomb
par rapport à ce support matriciel qu’est pour lui la nature. Il ne peut qu’aménager au mieux
ses conditions de vie en son sein et ne lui commander qu’en lui obéissant. Dans la continuité
de la pensée de Canguilhem, Marlen Haushofer a le sentiment aigu d’une unité globale à
laquelle nous appartenons, soulignant notamment la parenté entre l’homme et l’animal,
même si on ne peut réduire l’un à l’autre. Elle écrit ainsi dans Le Mur invisible : « Les
barrières entre les hommes et les animaux tombent très facilement. Nous appartenons à la
même grande famille » (p. 274). La Nautilus dans le roman de Verne a beau être une
véritable prouesse technique, il ne peut faire vivre les hommes à bord, qui dépendent -
comme les autres vivants dans le milieu marin- des richesses naturelles de la mer : (« cette
nourricière prodigieuse inépuisable » P 107) pour s’alimenter, et de l’oxygène pour respirer.
Au-delà d’une lutte sans répit, cette relation entre l’homme et la nature pourrait reposer sur
un respect mutuel ou une coexistence pacifique.

[Phrase de transition] : Même si les forces de la nature dépassent l’homme, à la fois


vulnérable et précaire, il doit adopter une éthique de responsabilité, ressentir un sentiment
d’humilité à son égard (en sachant ses limites) et accepter sereinement ce qu’il ne peut
maîtriser afin de se réconcilier avec elle et faire véritablement une expérience harmonieuse
de la nature.
La nature et l’homme dépendent l’un de l’autre. En effet, l’homme doit faire
preuve de responsabilité à l’égard de la nature, et pratiquer une éthique respectueuse du
contrat vital qui les lie tout en reconnaissant la permanence de ses merveilles.
Il va sans dire que l’homme doit prendre conscience de l’impact de ses
interventions, de ses actions sur l’équilibre naturel. L’humanité domestique, transforme,
perturbe la nature, jusque dans ses terres lointaines. D’expérimentateur inoffensif, parfois
animé de bonnes intentions à l’image du capitaine Nemo, il peut devenir un conquérant
destructeur. Dans son récit post-apocalyptique Le Mur invisible, Marlen Haushofer illustre les
ravages que cause l’homme sur le monde naturel. La femme de lettres autrichienne note : «
Maintenant que les hommes n’existent plus, les conduites de gaz, les centrales électriques et
les oléoducs montrent leur vrai visage lamentable » (p. 258-259). Face aux idéaux du
progrès, elle ajoute : « On en avait fait des dieux au lieu de s’en servir comme des objets
d’usage » (p. 259). La catastrophe a sur la narratrice un effet cathartique, lui faisant prendre

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conscience de la vanité du superflu produit par l’homme et de l’erreur vitale d’ériger en
absolu ce qui n’est qu’instrumental, d’oublier les fins sensées pour n’accorder d’importance
qu’aux moyens fabriqués. De toute façon, tôt ou tard, la nature reprend ses droits en
envahissant ce que l’homme a fait, ce qui éclate aux yeux de la narratrice du Mur invisible.
Des valeurs, telles que le progrès et la société de consommation figurée par la Mercedes
noire de Hugo, immobilisée au milieu de la forêt, perdent tout leur sens. Inutilisée depuis la
disparition de son propriétaire Hugo, dans le silence de sa puissance de germination
expansive, dans l’ignorance et l’indifférence totale et aveugle à son origine humaine, la
nature a réinvesti son espace : « Aujourd’hui, recouverte d’herbes, elle sert de nid aux souris
et aux oiseaux » (p. 259). Cette vitalité contraste avec la désolation qui règne au-delà du
mur, espace totalement déserté par la vie : pas une fourmi, pas le moindre insecte n’y sont
décelables. Mais, comme le professeur Aronnax dans le roman de Jules Verne qui pense que
la force créatrice de la nature l’emporte sur l’instinct destructeur de l’homme : « il est
puissant votre capitaine, mais mille diables, il n’est plus puissant que la nature, et là où elle a
mis des bornes il faut qu’on s’arrête bon gré mal gré », la narratrice a foi dans la résurgence
de la nature, sa puissance de résurrection tant est fort son dynamisme : « La vie reviendra
avec l’eau des ruisseaux, une vie élémentaire et minuscule qui s’infiltrera dans la terre et la
ranimera. Cela devrait m’être indifférent et pourtant, si étrange que ça paraisse, cette
pensée me remplit d’une secrète satisfaction » (p. 260).
En outre, l’homme n’a pas d’autre choix que de s’adapter à la nature. Malgré
sa volonté de démesure, il doit faire preuve d’humilité. L’humanité est en mesure
d’exploiter, de façon modérée, la nature. Dans le chapitre « Le normal et le pathologique »,
Georges Canguilhem estime que « l’homme est ce vivant capable d’existence, de résistance,
d’activité technique et culturelle dans tous les milieux ». Ces propos peuvent être mis en
parallèle avec le point de vue de Marlen Haushofer. Dans son roman Le Mur invisible, la
narratrice se comporte comme un chasseur-cueilleur, dans son utilisation de la nature, de la
« cueillette des framboises » (p. 100) à la récolte des « arbres fruitiers » (p. 134). Au mieux,
pour assurer sa survie, cette femme forte constate l’ampleur de sa tâche : « Il y avait tant à
faire : couper du bois, récolter les pommes, aller chercher le foin à la cabane » (p. 113).
Preuve que l’humanité, quand elle sait faire preuve de raison, peut entretenir un rapport
équilibré à la nature, concilier l’œuvre de ses mains et de son intelligence avec le respect de
ce vivier universel dont tout dépend, à commencer par la vie de ceux que les Anciens, avec
sagesse, appelaient « les mortels ». Par ailleurs, dans le roman de Verne, Aronnax, le
naturaliste réputé doit se rendre compte de la richesse et les mystères de la nature, il
affirme : « Nous étions appelés non seulement à contempler les œuvres du créateur au
milieu de l’élément liquide, mais encore à pénétrer les plus redoutables mystères de
l’océan » P 184.
L’être humain s’émerveille face aux prodiges de la nature. Il n’a d’autre choix
enfin que de vivre, en toute sérénité, avec son milieu naturel, car il fait partie intégrante
de la chaîne du vivant. À bien des égards, l’homme s’enthousiasme face au spectacle vivant
que Jules Verne définit comme « ces merveilles de la nature, ces chefs-d’œuvre de l’art »,
dans le chapitre 8 « La baie du Vigo » (partie 2). Cette admiration entre en résonance avec
l’atmosphère du récit de Marlen Haushofer. À maintes reprises, la femme veuve explore,

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dans Le Mur invisible, les vallées, les alpages, les sentiers, de jour comme de nuit, à travers
toutes les saisons. Elle est enchantée par la beauté de la nature, son caractère joyeux,
sublime, impénétrable. Face au paysage de la campagne autrichienne, tout imprégnée de
romantisme, elle s’enthousiasme : « La prairie s’étendait, immobile, couverte de gouttes
transparentes qui brilleraient de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel quand le soleil se lèverait
au-dessus de la forêt » (p. 222-223). Devant la toile intemporelle du ciel, elle renaît à l’acuité
du regard à l’égard de ce qui nous surplombe. S’il lui arrivait d’utiliser les jumelles, elle
préférait contempler le ciel à l’œil nu : « La vue à travers les jumelles était plus confuse ! »
Et, même, ironie suprême à l’égard des instruments humains, c’est quand elle ferme à demi
les yeux, qu’elle voit « s’ouvrir les abîmes infinis entre des amas d’étoiles » (p. 221).
Comment l’homme pourrait-il rivaliser avec cette puissance expansive, cette profusion
ontologique mystérieuse ? Paradoxalement en comprenant la place qui était la sienne dans
cette mystérieuse réalité, la nuit dont la narratrice avait toujours eu peur et qu’elle
combattait en allumant toutes les lumières nées de l’artifice humain ne lui inspirait plus sur
l’alpage aucune terreur. Délivrée des murs de pierre des maisons humaines, qui la voilaient
de leurs persiennes et de leurs rideaux, elle peut enfin faire connaissance avec la nuit,
comprendre qu’ « elle n’était pas du tout ténébreuse » et commencer à l’aimer. Quant à
Canguilhem, pour lui, faire l’expérience de la nature, se repenser comme un vivant parmi
d’autres, dans un milieu qui n’est pas toujours le nôtre, c’est aussi éprouver la formidable
capacité d’adaptation des organismes : « L’adaptation, c’est un effort renouvelé de la vie
pour continuer à « coller » à un milieu indifférent ». N’avons-nous pas là la preuve de la
possibilité d’une conciliation harmonieuse possible, d’une réconciliation entre l’homme et la
nature dont le mystère et la beauté forcent l’admiration et l’humilité sans pour autant
désarmer le courage nécessaire, lorsque l’adversité vient barrer le chemin de l’homme et sa
volonté de vivre, stimulant alors ses facultés inventives
En définitive, l’homme dans son milieu naturel, a toujours l’âme d’un conquérant
et même d’un guerrier. Pourtant, la nature rappelle à l’humanité que cette soif de
domination, ce sentiment d’invincibilité, la folie même de la destruction qui peuvent
s’emparer d’elle ont leurs propres limites. Si l’homme tente de transformer la nature, il n’en
perturbe pas moins les équilibres, au risque de compromettre sa propre survie. Dès lors,
l’être humain doit ajuster sa façon de penser et d’agir face aux contraintes et aux exigences
incontournables de notre milieu matriciel : Face à la puissance de la nature, l’homme ne
peut que ressentir un sentiment d’humilité puisqu’il ne peut faire une expérience
harmonieuse de la nature, que s’il arrive à accepter sereinement ce qu’il ne peut maîtriser,
voire que s’il ne se réconcilie avec elle. (Ouverture) Comprendre la complexité de la nature,
d’ailleurs, n’est-ce pas aussi accéder à une meilleure connaissance de soi ? Dans un combat
équitable contre ce qui, dans la nature, peut le menacer, les œuvres de l’homme alors ne
seraient pas vaines. Le dialogue respectueux avec la nature n’exclut pas une telle relation
dialectique qui, pour n’être pas totalement irénique, n’interdit pas la possibilité d’une
coexistence dans une intelligente harmonie, respectueuse des exigences des deux parties du
« contrat naturel ».

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