0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
2 vues77 pages

Droit Des Entreprises en Difficultés Dans Le Cadre de La Conciliation Et La Procédure de Sauvegarde

Ce mémoire aborde le droit des entreprises en difficulté, en se concentrant sur la conciliation et la procédure de sauvegarde, des mécanismes juridiques destinés à prévenir et gérer les difficultés financières des entreprises. Il souligne l'importance de la législation marocaine récente, qui favorise la sauvegarde des entreprises plutôt que leur liquidation, et met en lumière les enjeux de la conciliation comme méthode alternative de résolution des conflits. L'étude se base sur une approche descriptive et comparative entre le droit marocain et français pour analyser ces concepts contemporains.

Transféré par

Kha Led
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOCX, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
2 vues77 pages

Droit Des Entreprises en Difficultés Dans Le Cadre de La Conciliation Et La Procédure de Sauvegarde

Ce mémoire aborde le droit des entreprises en difficulté, en se concentrant sur la conciliation et la procédure de sauvegarde, des mécanismes juridiques destinés à prévenir et gérer les difficultés financières des entreprises. Il souligne l'importance de la législation marocaine récente, qui favorise la sauvegarde des entreprises plutôt que leur liquidation, et met en lumière les enjeux de la conciliation comme méthode alternative de résolution des conflits. L'étude se base sur une approche descriptive et comparative entre le droit marocain et français pour analyser ces concepts contemporains.

Transféré par

Kha Led
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOCX, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Université sultan Moulay Slimane

Faculté polydisciplinaire
A Béni Mellal
Filière : droit privé

Projet de fin d’études pour l’obtention de licence en droit

Option : Droit privé

Sous le thème :

Droit des entreprises en


difficultés dans le cadre de la
conciliation et la procédure de
sauvegarde

Etudiant (e) : Encadré par :


Dr. Chakib Bouknani
Numéro apogée

Année universitaire :
2021/2022
Remerciement
La rédaction de ce mémoire et sa soutenance marquent la fin d’une aventure à

plusieurs facettes aventure dans le monde de la recherche, qui ne devrait pas en rester

là, aventure humaine, aventure familiale. Différentes personnes m’ont accompagnée

tout au long de ce parcours et nous tiens ici à remercier

Toutes les personnes dont le soutien moral étaient précieuses pour la

réalisation de ce travail. je exprime mes reconnaissances tout particulièrement à notre

professeur encadreur monsieur CHAKIB BOUKNANI, qui entend que directeur de

mémoire, s’est toujours à l’écoute et très disponible tout au longue de la réalisation de

ce travail, ainsi pour l’aide, le soutien et le temps qu’il a bien voulu consacré et sans qui

ce mémoire n’aurait jamais vu le jour.

Je remercie s’adresse ainsi à tous nos professeurs de droit privé, section Français.

Que Messieurs les membres du jury trouvent ici l’expression de nos reconnaissances

pour avoir accepté de juger notre travail.

Et n’oubliés pas mes parents, mes amis et mes proches pour leurs contributions, et

leurs soutient et patience.

1
Dédicace
Je dédie ce travail à toute personne qui m’a donnée l’esprit d’être formes, et qui nous a

soutenues dans les moments les plus difficiles.

Aux nombres de ma famille, mes parents, mes frères et ma sœur.

A mes formateurs, mes instructeurs, et tous ceux qui ont me poussé et incite à

préserver pour avoir un certain niveau culturel.

A mes camarades de branche

2
Liste des abréviations

Art : article

Doc : droit des obligations et des contrats

SARL : société à responsabilité limitée

SNC : société en nom collectif

SCS : société a commandite simple

Ed : Edition

P. : Page

Cass : cassation

[Link] : code de commerce

T. Com : tribunal de commerce

3
Sommaire

INTRODUCTION..................................................................................................................5

PARTIE 1 : LA CONCILIATION MODE ALTERNATIF DE RÈGLEMENT DES CONFLITS EN DROIT


DES DIFFICULTÉS DES ENTREPRISES.........................................................................................10

Chapitre 1 : la mise en œuvre de la procédure de conciliation............................................11


Section 1 : les modalités d’ouverture de la procédure de conciliation..................11
Section 2 : le déroulement de la procédure de conciliation....................................14
Chapitre 2 : le sort de la procédure de conciliation..............................................................21
Section 1 : la conclusion de l’accord amiable..........................................................21
Section 2 : l’échec de la procédure de conciliation..................................................29
PARTIE 2 : LA PROCÉDURE DE SAUVEGARDE DES ENTREPRISES EN DIFFICULTÉS SOLUTIONS
PRÉSENTÉS PAR LA LOI 73.17...................................................................................................35
Chapitre 1 : la finalité et les conditions d’ouverture de la procédure de sauvegarde........36
Section 1 : la finalité et les caractéristiques de la procédure de sauvegarde........36
Section 2 : les conditions d’ouverture de la procédure de sauvegarde.................46
Chapitre 2 : le déroulement de la procédure de sauvegarde................................................56
Section 1 : le jugement d’ouverture de la procédure de sauvegarde....................56
Section 2 : le plan de sauvegarde..............................................................................62
CONCLUSION.....................................................................................................................71

4
INTRODUCTION

Comme vous le savez, l’entreprise, à l’instar d’une personne physique, a une vie

pendant laquelle elle peut se trouver face à des incidents qui peuvent mettre en péril sa

pérennité. Les causes sont multiples : elles peuvent être d’ordre interne comme la

défaillance du système de gouvernance, les conflits sociaux ou des difficultés financières ;

mais elles peuvent également être d’origine externe comme la survenance de crise

économique, les problèmes du marché ou autres.

Les premières à être touchées par ces difficultés sont les petites et moyennes

entreprises, car elles sont en général sous capitalisées et n’ont pas les compétences

nécessaires pour les confronter. De même, la défaillance d’une entreprise d’une certaine

taille, peut avoir des conséquences graves, non seulement sur l’emploi, mais aussi sur

l’activité économique de son marché. Il est courant que les termes de « défaillance » et «

difficulté » soient confondus. Toutefois, la défaillance fait référence un degré de

difficultés important.

Etant donné que l’entreprise est le pilier de tout tissu économique, sa vie devient la

préoccupation essentielle du législateur. C’est ici où le droit des entreprises en difficulté

entre en jeu, dans la mesure où il offre des outils à l’entreprise afin ,de prévenir les

difficultés avant que sa situation ne soit sérieusement compromise ,d’organiser

judiciairement son sauvegarde lorsqu’ elle justifie de difficultés qu’elle n’est pas en

mesure de surmonter, d’organiser judiciairement son redressement lorsqu’elle est en

situation de cessation de paiement, et enfin de procéder à sa liquidation judiciaire

lorsque sa situation est irrémédiablement compromise.

5
Ce droit est régit par le nouveau livre 5 du code de commerce sous l’appellation Les

procédures des difficultés de l’entreprise institué par la loi 73-17 du 19 avr. 2018 qui a

abrogé et remplacé le livre 5 de la loi 15-95 promulgué par le Dahir du 1er Août 1996

relatif au code de commerce régissant particulièrement les difficultés de l’entreprise. En

effet, Cette législation nouvelle répond à la nécessité d’adaptation des entreprises

marocaines aux exigences de l’environnement économique et financier et doit alors, pour

être efficace, prendre en considération toutes les difficultés que peuvent rencontrer

celles-ci, sans attendre leur traduction financière.

On peut affirmer que le droit marocain des entreprises en difficulté institue,

désormais, un changement des mentalités à l’égard des entreprises en difficultés ;

l’accent étant désormais mis sur la prévention de l’entreprise et sur la nécessité de

sauvegarder l’entreprise en tant qu’entité viable et génératrice d’emplois.

Au départ, le législateur marocain a était marqué par la logique d’élimination du

monde des affaires du débiteur failli, et de règlement collectif et égalitaire de ses

créances, dont le droit de la faillite était initialement empreint1. Le régime de la faillite

marocain de 19132, a donné une protection importante, mais jugée excessive, au profit

des créanciers de l’entreprise en difficulté, et ce, à travers l’instauration des

mécanismes, orientés vers cette finalité.

A l’origine sanctionnateur afin de punir les commerçants coupables d’avoir trahi la

confiance de leurs créanciers, le législateur marocain va prendre une autre voie, celle de

prévenir et de guérir en instaurant des dispositions qui ont pour but le sauvetage de

1
CHALAT Alaedine, « la procédure de sauvegarde : étude comparée », mémoire de master « juriste d’affaires »,
F.S.J.E.S Souissi- Rabat.
2
Le code de commerce marocain de 1913 a concrétisé la notion de la faillite : « ‫» االفالس‬, ce dernier était un droit
purement sanctionnateur, tendant la réalisation de l’actif pour le seul but de payer le passif du débiteur failli.

6
l’entreprise. Cette réforme ayant pour objectif un monde sans faillite3. Le cadre normatif

marocain a fait à son tour preuve d’une grande innovation, la promulgation de la loi n°
4
15- 95 a marqué un passage d’un droit de la faillite sanctionnateur vers un droit qui

favorise le sauvetage et la restructuration de l’entreprise. La logique a changée, la

préoccupation du législateur est tout faire pour sauver l’entreprise, afin qu’elle continue

à produire de la richesse, et à créer de l’emploi, mais au détriment des propres intérêts

des créanciers.

Le législateur marocain a fait preuve d’une grande innovation puisque la notion de la

faillite était devenue obsolète. Cet abondant du système de faillite a été motivé par la

nécessité de faire de la prévention une priorité.

De même, l’idée selon laquelle le livre V du code de commerce a réduit considérablement

les droits des créanciers, qui se trouvaient sacrifiés demeure une lacune qu’il corriger. En

effet, il faut examiner rigoureusement la situation.

Il fallait attendre donc, la loi 73-17 en vertu de laquelle le législateur marocain a essayé

de donner un nouveau souffle au droit des entreprises en difficulté, et ce, à travers une

conciliation entre deux intérêts purement conflictuels, ceux du débiteur en difficulté, qui

cherche à être a sauvé dans les meilleures conditions possibles d’une part, et les

créanciers qui en attente, dont le règlement de leurs créances représente une priorité

vitale pour eux.

A ce égard, la conciliation est une procédure préventive, consensuelle et

confidentielle, destinée à éviter la cessation des paiements de l’entreprise débitrice afin

3
SQUALLI Ibrahim, « la sauvegarde des entreprises en difficulté : l’approche marocaine et comparée », thèse en vue
de l’obtention du grade de doctorat en droit privé, FSJES-FES, sous la direction du professeur Abdellah MAGHRICH,
année universitaire 2016- 2017, P.6.4 Loi. N° 15-95 formant [Link] marocain, promulguée par le Dahir n° 1-96-83 du
15 rabii 1417 (1 août 1996).

7
d’effectuer, en tout ou partie, sa restructuration financière ou opérationnelle pour le

[Link] s’agit de régler amiablement, promptement, contractuellement les

difficultés que connait ou peut connaitre une entreprise et ce, sous l’égide d’un tiers

appelé conciliateur. Ainsi, elle s’ordonne autour de deux axes : d’une part la détection

précoce des difficultés et d’autre leur traitement par voie contractuelle.

Ainsi, parler de la conciliation c’est démontrer en effet, que le traitement des

difficultés des entreprises en amont de la cessation des paiements semble d’abord être

l’idéal poursuivi par le législateur. Ce dernier essaye vraiment de se diriger vers une

déjudiciarisation des procédures collectives.

En cas d’échec de la procédure de conciliation, L’apport certainement le plus

emblématique de la réforme, l’introduction d’un nouveau mode de règlement des

difficultés la procédure de sauvegarde. Une nouvelle procédure apparait comme une

étape nouvelle dans le traitement des difficultés des entreprises, intermédiaire entre la

conciliation et le plan de continuation.

Il ne s’agit plus d’organiser uniquement la punition et l’éviction des entreprises faillites,

mais avant tout, de déployer un large spectre de moyens et d’outils juridiques, afin

d’aménager au profit de l’entreprise en difficultés une parenthèse de protection

juridique, lui permettant de poursuivre son activité et de rembourser ses créanciers.

A cet égard, Une procédure de sauvegarde n’a pas été créée pour punir le dirigent, le

but étant le maintien et la survie de l’entreprise, donc l’entreprise en difficultés qui n’est

pas en cessation de paiement disposera les solutions juridiques protectrices, naguère

réservées au redressement, mais sana retirer au chef de l’entreprise la maitrise de la

procédure. Il bénéficie du monopole de déclenchement de la sauvegarde et conserve son

8
pouvoir de décision et de gestion tout au long du déroulement de la procédure. C’est un

élément psychologique essentiel qui peut constituer une véritable clé de succès pratique

de la sauvegarde, le chef d’entreprise demeure cependant dans une posture sécurisante

où il mène dans la quasi plénitude de ses pouvoirs, et avec l’assistance du syndic, le

sauvetage et la restructuration de son entreprise. La procédure de sauvegarde est

destinée donc à la réorganisation et la restructuration de l’entreprise afin de permettre la

poursuite de l’activité économique, le maintien de l’emploi et l’apurement du passif.

« Droit des entreprises en difficultés dans le cadre de la conciliation et la

procédure de sauvegarde. » est le thème de cette mémoire, ce sujet est considéré un

sujet d'actualité, c'est un rebondissement au niveau de la législation marocaine, L’étude

de ce sujet est d’une importance cruciale, dans la mesure où il permet de mettre la

lumière sur « Le procédé de passerelle entre la conciliation et la procédure de

sauvegarde ».

Pour répondre à la problématique citée on s’est basée sur une méthode descriptive

pour mettre en évidence ce concept contemporain et leur détails, ainsi des recherches

documentaires et dans quelque fois une vision comparative entre le droit marocain et le

droit français. Au niveau de développement on va met l’accent d’une part sur la

conciliation comme mode alternatif de règlement des conflits en droit des

difficultés des entreprises (partie I), et d’une part sur la procédure de sauvegarde

des entreprise en difficultés solutions récents présentés par la loi 73.17 en tant

qu’un concept moderne au niveau de la législation marocaine (partie II).

9
Partie 1 : la conciliation mode alternatif de règlement des conflits
en droit des difficultés des entreprises

La procédure de conciliation demeure un refuge pour tout dirigeant cherchant une

panacée lui permettant d’esquiver de témoigner son entreprise devenir grabataire. Cette

technique préventive repose essentiellement sur la négociation. Le terme « négociation »

dérive du latin de négociation et désigne « l’action de faire des affaires, du négoce »4.

Appliquée au cadre des mécanismes préventifs des difficultés de l’entreprise la

définition de la négociation désigne un processus de discussion entre un débiteur en

difficultés et ses créanciers, réglementé et mené afin d’aboutir à un accord ayant pour

finalité ultime l’apaisement de l’intensité des difficultés minant à l’entreprise et la

protection des intérêts en présence5.

En effet, dès l’avènement des premiers clignotants de danger, l’entreprise focalisera

la quasi-totalité de ses efforts financiers internes à la préservation et l’amélioration de sa

tré[Link] ses efforts internes s’avèrent en vain ; l’entreprise aura besoin d’un soutien

extérieur en négociant emprunts et délais avec ses principaux partenaires des affaires.

Dans ce cadre, le législateur marocain ainsi que son homologue français ont mis en place

un mécanisme conventionnel de règlement des difficultés de l’entreprise étendu ;

privilégiant et promouvant l’attractivité du traitement négocié et permettant ainsi, la

restauration de la trésorerie de l’entreprise garante de la continuité de l’activité de

l’entité ; avec le moins de couts engagés, dans un court délai et en toute confidentialité6.

4
Traduction fournie par Wikitionnaire
5
Mari KOEHL, la négociation en droit des entreprises en difficultés, thèse de doctorat de droit privé, université paris
Nanterre, 2019, P33
6
Asmaa Ed dahri Les mécanismes préventifs de traitement des difficultés de l’entreprise consacrés par le droit
franco-marocain p : 35

10
Chapitre 1 : la mise en œuvre de la procédure de conciliation

La procédure de conciliation est une mesure préventive permettant au dirigeant

d’entreprises de trouver des solutions amiables simples, rapides et confidentielles, pour le

redressement de la situation de leurs entreprises. Cette mesure est prévue par la législation

marocaine comme étant l’ultime phase avant l’ouverture des procédures collectives.

Ainsi le chef de l’entreprise doit chercher à obtenir de la part de ces créanciers des

aménagements de leurs droits afin d’éviter la faillite, pour tout au moins, de la retarder, grâce à

la signature d’un accord amiable, et ce tout en préservant la confidentialité de cette convention.

A cet effet, le législateur marocain a précisé la mise en œuvre de la procédure de

conciliation. Tout d’abord, il l’a entourée des conditions de fonds et de forme. Ensuite, afin

d’augmenter les chances de réussite de cette procédure, il accord au chef d’entreprise des

moyens facilitant la réalisation et le déroulement de cette procédure.

Section 1 : les modalités d’ouverture de la procédure de


conciliation

Le législateur marocain a assisté à l’instauration d’une procédure appelée « procédure de

conciliation ».cette dernière dite « pièce maitresse7» du sauvetage des entreprises en difficultés

est destinée à éviter la cessation des paiements de l’entreprise débitrice afin d’effectuer, en tout

ou partie, sa restructuration financière ou opérationnelle pour la [Link] s’agit de régler

amiablement, promptement, contractuellement les difficultés que connait ou peut connaitre une

entreprise et ce , sous l’égide d’un tiers appelé conciliateur.

Par ailleurs, la lecture de l’article 551 du code de commerce marocaine pose certains

critères substantiels pour qu’une entreprise puisse bénéficier de la procédure de conciliation.

7
[Link] « procédure collectives, accord amiable »,4éme Edition Delmas 2011, page 44

11
Cette procédure est donc ouverte sous des conditions de fonds et de formes.

Paragraphe 1 : les conditions de fonds

Le législateur marocain prévoit, qu’en cas de difficultés de l’entreprise, une procédure de

conciliation doit parvenir pour permettre au chef d’entreprise de conclure avec ses créanciers

un plan amiable de sauvetage et de survie de son entreprise à condition que cette dernière ne

soit pas en cessation de paiement.

Les entreprises concernées par la procédure de conciliation sont commerciales ou

artisanales. Parmi les entreprises commerciales, figurent toutes les sociétés commerciales

apparaissant sous les formes suivantes : SA, SARL, SNC SCA, SCS. Peu importe que leur

objet soit civil ou commercial ; dès lors que leur situation le nécessite, ces sociétés peuvent

être soumises à ladite procédure.

En outre les entreprises artisanales concernées par cette dernière sont celles qui exercent

des activités manuelles ou industrielles traditionnelles, ayant un objet commercial

conformément à l’article 6 et 7 du code de commerce, abstraction faite de leur caractère

individuelle ou collectif.

En revanche, les personnes morales de droit privé non commerçantes, les associations, les

sociétés Civiles, ainsi que les coopératives ne sont pas soumises à l’application de la procédure

de [Link] en va de même pour les entreprises agricole, car elles sont considérées

comme des sociétés civiles. Cependant, rien n’empêche à notre avis ces sociétés agricoles

d’être soumises à une procédure de conciliation, si elles deviennent des sociétés commerciales

sous la forme par exemples d’une SARL, d’une SA, SNC…... etc.

Concernant la compétence du tribunal, le droit marocain mentionne que le président du

tribunal de commerce est le seul à être compétent pour l’ouverture de la procédure du

12
règlement amiable.8

Par ailleurs, la situation financière de l’entreprise doit présenter certaines difficultés afin

de permettre l’ouverture de la procédure de conciliation ;ainsi, pour bénéficier de l’ouverture

de cette dernière, l’entreprise ne doit pas se trouver dans une situation économique et

financière sans issue le renvoi de l’article 551 du code de commerce sur les difficultés de

l’entreprise est important dans la mesure où il met en exergue les conditions sine qua non de

l’ouverture de la procédure de la conciliation à savoir que l’entreprise doit éprouver une

difficulté économique ou financière ou des besoins ne pouvant être couverts par un

financement adaptés à ses possibilités.

Paragraphe 2 : les conditions de forme

La demande d’ouverture de la procédure de la conciliation est faite à l’initiative du chef

d’entreprise. Cette demande d’ouverture diffère selon les types de sociétés. Dans les sociétés

anonymes, cette demande est effectuée par le président du conseil d’administration ou du

directoire. Alors que dans les sociétés à responsabilité limitée, les sociétés en nom collectif et

les sociétés en commandite simple, cette demande est effectuée par le ou les gérants. Elle

émane également du chef d’entreprise (commerçant, artisan, où de l’associe unique dans la

société à responsabilité limité), du professionnel indépendant.

Ainsi, la demande d’ouverture de la procédure de conciliation est présentée au président

du tribunal de commerce par une requête9 .selon le droit français , la demande d’ouverture

d’une procédure de conciliation, formulée par le débiteur d’une activité commerciale ou

artisanale, est soumise au président du tribunal de commerce 10. Cette émanant des débiteurs

8
Loi n°53-95 du 12 février 1997, art 11 instituant des juridictions de commerce.
9
L’article 553alinéas 2 du code de commerce marocain.
10
Code de commerce français, art.L611-4.

13
des personnes morales de droit privé, des personnes physiques exerçant une activité

indépendante est soumise au président du tribunal de grand instance11.

De même, la requête du chef d’entreprise doit être écrite exposant, non seulement la

situation économique et financière de l’entreprise, mais également les mesures de sauvegarde

envisagé[Link] plus, elle doit être accompagnée d’un certain nombre de documents susceptible

d’éclairer le président du tribunal sur la situation exacte e l’entreprise12.

La procédure de conciliation n’est ouverte que si le débiteur demandant le bénéfice,

présente des mesures, qui prouvent que le redressement de la situation de l’entreprise est

possible. Concernant la décision d’ouverture de cette dernière, elle revient au président du

tribunal de commerce.13

Section 2 : le déroulement de la procédure de conciliation

Afin de faciliter le déroulement de la procédure de conciliation, deux moyens sont

envisagés par le législateur marocain :tout d’abord, le président du tribunal ayant exclu la

possibilité d’une cessation de paiements, peut nommer un conciliateur, surtout s’il estime que

son intervention peut être utile au redressement de l’entreprise ;ensuit, le président du tribunal

peut prononcer la suspension provisoire des poursuites, lorsque l’un des créanciers décide de

poursuivre le chef d’entreprise pendant la recherche d’un accord amiable .

Paragraphe 1 : la nomination du conciliateur

La décision d’ouverture d’une procédure de conciliation est rendue par ordonnance

est suivie de la désignation d’un conciliateur.

11
Code de commerce français, art.L611-5.
12
[Link]-SBAAI, L’intermédiaire dans les procédures de prévention des difficultés des entreprises, T.1, 2ème éd
13
Code de commerce marocain, art 553, al. 1.

14
A cet effet, le mode de désignation, le statut et la mission du conciliateur sont des

éléments fondamentaux caractérisant le déroulement de la procédure.

1- La désignation et le statut du conciliateur

En droit marocain, le président du tribunal désigne librement un conciliateur pour

une période n’excédant pas trois mois, dès lors que la situation de l’entreprise est

susceptible d’être rétablie.

Par ailleurs, le législateur français permet au débiteur de proposer un conciliateur

de son choix ; il peut aussi refuser celui qui lui été proposé par le président du tribunal 14

nous pouvons penser que c’est un moyen de conforter le débiteur, car il est important

pour lui de collaborer avec une personne qu’il connait déjà et en qu’il a confiance. Cette

démarche augmente les chances de réussite de la procédure de conciliation. Néanmoins,

le présidente du tribunal a toujours le choix de refuser le conciliateur désigné par le

débiteur et peut en proposer un autre.

Il faut ajouter que les conditions de rémunération du conciliateur sont les mêmes que

ceux du mandataire ad hoc et appellent les mêmes remarques. En effet, l’accord du

débiteur et du président du tribunal sur la rémunération du conciliateur est

indispensable pour éviter les abus15. A cet égard l’article R611-47 du code de commerce

français prévoit que « les conditions de rémunération du (…) conciliateur comprennent

les critères sur la base desquels elle sera arrêtés, son montant maximal et le montant des

provisions »et l’article 41 du décret du 28 décembre 2005 précise que, l’accord du

débiteur sur ces conditions de rémunération doit être « consigné par écrit préalablement

à la désignation »[Link] écrit étant annexé à l’ordonnance de désignation. Cet accord est
14
Article L611-6 du code commerce français.
15
Article L611-14 du code commerce français.
16
Décret n°2005-1677 du 28 décembre 2005 pris en application de la loi n°2005-845 du 26 juillet de sauvegarde des
entreprises, art 42 al 2 et 3.

15
important au cas où les conciliateur viendrait à estimer que le montant de sa mission,

initialement fixé est insuffisant ; il en informe le président du tribunal lequel fixe les

nouvelles conditions de la rémunération en accord avec le débiteur étant précisé que

qu’ « à défaut d’accord, il est mis fin à la mission ».précisions enfin que la rémunération

du conciliateur est à la charge du débiteur.

Concernant le statut du conciliateur, les termes de l’article 553 du code de

commerce marocain sont muets : ils ne précisent ni son statut ni ses compétences

particulières.

Toutefois, en vue de combler ce vide juridique, la majorité de la doctrine marocaine

s’accorde sur certaines qualités pouvant être attribuées à la personne du conciliateur. En

effet, nommé par le président du tribunal, celui-ci peut-être un juge en fonction ou en

retraite, un avocat, un salarié, un syndicaliste si la nature des difficultés est plutôt sociale,

ou encore un expert-comptable ; il peut être également administrateur ou expert en

diagnostic d’entreprise, c’est-à-dire un professionnel17.

En somme, le conciliateur doit avoir suffisamment d’expériences lui permettant de

bien collaborer au redressement de la situation de l’entreprise. Toutefois, la pratique

relative au statut du conciliateur laisse apparaitre quelques indices plutôt subjectifs et à

caractère général, comme par exemple des compétences dans le domaine économique,

juridique et des aptitudes en matière de gestion…etc.

2- Les missions du conciliateur

Au terme des dispositions de l’article 554 du code de commerce marocain : « en cas

d’ouverture de la procédure de conciliation, le président du tribunal détermine la mission

du conciliateur, dont l’objet est d’aplanir les difficultés financières et économiques, en


17
[Link]-SBAAI, [Link].112.

16
recherchant la conclusion d’un accord avec les créanciers ».

Autrement dit, la mission principale du conciliateur est d’atténuer, autant que cela

se peut, les effets néfastes des difficultés financières et économiques ainsi que de trouver

un compromis entre les créanciers et le chef d’entreprise de façon à ce que chacun y

trouve son compte.

Il faut souligner que ce dernier ne doit pas intervenir dans la gestion de l’entreprise,

encore moins décider pour ou à la place du débiteur, ni même négocier directement les

termes de l’accord avec les créanciers.

En revanche, le conciliateur peut orienter le débiteur dans le choix de ses décisions.

Comme par exemple, l’aider à choisir les créanciers les mieux placés à contacter pour les

négociations de l’accord amiable, où encore lui proposer les possibilités d’obtenir des

remises de dettes….etc. pour cela, le conciliateur ne dispose que sa force de conviction, ce

qui n’est pas toujours ainsi, car il n’a aucune garantie ni aucune avantage réel immédiat à

accorder aux créanciers, sinon l’espoir de trouver des mesures favorisant le

redressement de l’entreprise par la signature d’un accord.

En plus de devoir trouver un compromis entre les créanciers et l’entreprise, le

conciliateur est tenu à la confidentialité comme toute personne appelée à la procédure de

conciliation ou qui, par ses fonctions, en a connaissance, afin d’éviter d’aggraver la

situation de l’[Link] responsabilité civile peut être éventuellement engagée,

notamment s’il commet une faute ou une négligence, ou encore s’il donne des

informations inexactes.

Concernant la durée de la mission du conciliateur, il a été cité que celle-ci est fixée

pour une période n’excédant pas trois mois, mais elle peut être prorogée d’un mois tout

17
au plus à la demande de ce dernier. Certes, cette durée peut paraitre courte, mais elle

peut être justifiée par l’objectif de motiver les parties et d’accélérer le redressement de la

situation de l’entreprise avant la cessation de paiements18.

Paragraphe 2 : la suspension provisoire de poursuite

La suspension provisoire des poursuites est normalement prévue par l’article 555

du code de commerce marocain, dans le seul objectif de faciliter le déroulement de la

procédure de conciliation. Ainsi, le conciliateur et non le débiteur, peut demander au

président du tribunal la suspension provisoire des poursuites engagées par les

créanciers. Ce qui laisse le temps au débiteur, de préparer un plan de redressement de

l’entreprise.

Néanmoins, la suspension provisoire des poursuites apparait comme une mesure

facultative, car le conciliateur ne la demande que s’il estime qu’elle est susceptible de

contribuer à faciliter la conclusion de l’accord amiable.

Il faut noter que la suspension provisoire des poursuites peut également être

utilisée comme une arme de dissuasion contre certains créanciers récalcitrants désireux

de profiter de la situation difficile de l’entreprise pour engager des poursuites contre le

débiteur19. A ce propos Rappelons que le président du tribunal ne peut l’ordonner

qu’après avoir recueilli l’avis principaux créanciers.

Certains auteurs s’opposent à l’utilisation de cette mesure pendant les négociations,

estimant que la loi ne semble donner aucune autorité juridique à l’avis des principaux

18
Dominique, Vidal « droit des procédures collective ; prévention, conciliation, sauvegarde, redressement, liquidation,
sanction, droit international et droit européen collectives. »2ème édition, gualino-2009, 383 pages.
19
Yves. CHAPUT « les pouvoirs décisionnels du juge règlement amiable » les petites affichés, 14 sept 1994, n°110 .

18
créanciers, car dans la pratique, cette mesure peut être imposée par le président du

tribunal malgré le refus des créanciers20.

D’autres en revanche, pensent que la suspension provisoire des poursuites

comporte un caractère préventif important, mais il doit être bien encadrée par la loi. A

notre avis, cette mesure ayant pour effet la restriction des droits des créanciers doit être

justifiée. Elle doit également être en mesure de les rassurer, afin de les préparer à

collaborer au redressement de l’entreprise. Même si le texte ne le précise pas

expressément, la demande de suspension provisoire émanant du conciliateur doit être

faite par requête. elle doit également comporter tous les éléments nécessaires pouvant

éclairer le président du tribunal sur la situation réelle du débiteur, notamment la liste des

créanciers du débiteur, le montant de leur créanciers exigibles et la réponse et la

demande d’avis sur les mesures envisagées21.

Il faut souligner que l’ordonnance fixant la suspension provisoire des poursuites

suspend ou interdit toute action en justice de la part de tous les créanciers dont la

créance a son origine antérieurement à ladite ordonnance et tendant ;

 A la condamnation du débiteur au paiement d’une somme d’argent ;

 A la résolution d’un contrat pour défaut de paiement d’une somme d’argent.

Elle arrête ou interdit également toute mesure d’exécution de la part de ces

créanciers tant sur les meubles que sur les immeubles. Les délais impartis à peine de

déchéance ou résolution des droits sont, en conséquence suspendus22.

20
Ahmed EL HAJJAMI, « rapport SAID d’évaluation de la législation commerciale du royaume au Maroc » paru en
2005 (le lieu) p 23.
21
Pierre .Michel. LE CORRE, « droit et pratique des procédures collectives », Dalloz, éd 2003/2004, n°133-11, p163.
22
Article 555, loi n° 73-17 [Link].

19
Concernant le droit français, il prévoit la possibilité de l’octroi de délais de

paiements en faveur du débiteur. Ce dernier, dans l’éventualité des poursuites exercées

par un créancier, peut demander au président du tribunal de lui accorder des délais de

paiements des sommes dues, dans la limite d’une durée de vingt-quatre mois23.

Le recours à ces dispositions supposait, selon l’ancien article L611-6 du code de

commerce, que le débiteur fût réellement poursuivi par un créancier, la seule demande

formulée par ce dernier n’étant pas suffisante24.

Cette mesure a été sensiblement modifiée par l’ordonnance n°2008-1345 du 18

décembre 2008, et est exprimée dans le code de commerce, disposant que « si au cours de

la procédure, le débiteur est mis en demeure ou poursuivi par un créancier, le juge qui a

ouvert cette procédure peut, à la demande du débiteur et après avoir été éclairé par le

conciliateur, faire application des articles 1244-1 à 1244-3 du code civil 25».

23
Cette possibilité était déjà prévue en matière de règlement amiable par (art 36, al 8 de la loi du 1 er mars 1984) à
l’égard de créances non incluses dans l’accord, ce qui est aujourd’hui exclu.
24
Pierre .Michel. LE [Link], p 69.
25
Code de commerce article L611-7, modifié par l’ordonnance n°2016-131 du 10 février 2016-art 6.

20
Chapitre 2 : le sort de la procédure de conciliation

La procédure de conciliation, est organisée par le législateur marocain de manière

libérale. Elle repose sur l’initiative du chef d’entreprise26, qui rassemble les créanciers

avec qui il souhaite élaborer un accord amiable. En effet, ce sont les négociations des

parties qui orientent l’évolution de la procédure. Cette dernière peut aboutir à la

conclusion d’un accord, mais elle peut aussi échouer, dans ce cas, le tribunal déclare la

résolution de l’accord amiable ou bien l’ouverture d’une procédure collective.

Section 1 : la conclusion de l’accord amiable

La conclusion d’un accord de conciliation, est l’aboutissement d’une entente entre le

chef d’entreprise et ses créanciers, catalysé par un conciliateur désigné par le président

du tribunal de commerce ou son suppléant27 basé sur le principe même de règlement des

difficultés des entreprises à l’amiable. Voyons le contenu de cet accord d’abord, pour

cerner ensuite l’aboutissement qui peut lui être donnée.

Paragraphe 1 : le contenu de l’accord

La conciliation est un accord contractuel largement soumis au droit commun, son

contenu est influencé par l’autonomie de la volonté. Comme tout contrat, il obéit aux
28
conditions de formation générale du contrat (consentement, capacité, cause et objet).

Selon les termes de l’article 557 du code de commerce marocain l‘accord est

26
Article 546 alinéas 2 de la loi 73-17 abrogeant et remplaçant le livre 5 de la loi 15-95 formant code de commerce
relatif aux difficultés d’entreprises.
27
Article 553 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprises.
28
Article 2 du dahir formant code des obligations et des contrats de 1913.

21
obligatoirement constaté par écrit puis déposé au greffe du tribunal de commerce du lieu

d’entreprise. Toutefois, le législateur n’a pas défini le contenu de l’accord.

Ainsi le contenu de cet accord ne devra point s’éloigner de l’objectif principal de son

élaboration, qui tend à répondre aux besoins du chef d’entreprise, l’objectif étant donc de

permettre à l’entreprise de se redresser, notamment par la possibilité d’acquérir des

moyens de financement adaptés à ses futures exigences, afin de permettre sa continuité

et son expansion.

Par conséquent, le contenu de l’accord ne représente que l’ensemble des

concessions accordées de part et d’autres par les parties en cause. Mais au final, c’est au

débiteur qu’incombe la tache de proposer un plan solide en vue de gagner la confiance

des créanciers, ces derniers devront alors fourmi des efforts afin de collaborer au

maintien de l’exploitation de l’entreprise.

1- Le plan proposé par le débiteur

L’objectif majeur de la conciliation est le redressement de la situation de

l’entreprise, le chef d’entreprise, en collaboration avec le conciliateur, prépare un plan de

mesurée pour augmenter les chances d’aplanir l’entreprise.

Ainsi, le chef d’entreprise, en fonction des moyens possibles, peut envisager deux

plans de redressement : un plan à court terme et un plan à moyen terme :

Dans le premier, le chef d’entreprise doit rechercher des capitaux sous forme de fonds

Propres ou de crédits. Il a également la possibilité d’envisager la mise en œuvre de

nouvelles activités comme la recherche de marchés porteurs, une augmentation du

capital social…. etc. Dans ce dernier cas, un effort financier est parfois demandé aux

associés sous forme d’apport en compte courant afin d’assurer, tout au moins en partie

22
leurs droits pour sauvegarder de l’entreprise, notamment le droit préférentiel de

souscription, lors d’une opération d’augmentation du capital. Dans ce sens, la

jurisprudence française a admis, dans le cas d’une augmentation de capital d’une société

qui faisait l’objet d’une procédure de conciliation, la suppression du droit préférentiel de

souscription des associés29.

Dans le plan à moyen terme, le débiteur peut prévoir la restructuration de

l’entreprise, ou une fermeture d’établissement. Cependant, le plus souvent, et comme le

montre la pratique, le chef d’entreprise se voit dans l’obligation de réduire ses effectifs

afin de minimiser les couts30. Cette décision est très difficile à prendre, car elle peut

comporter de graves conséquences sur le plan social. En effet, cette décision est

incompatible avec les principes directeurs de la loi, car la sauvegarde de l’emploi est la

première préoccupation de toutes les législations en matière des traitements des

difficultés des entreprises.

La conciliation, adopté en tant que solution permettant le redressement de la

situation de l’entreprise, peut éventuellement avoir des conséquences sur l’avenir des

salariés pourtant, l’information des représentants des salariés sur l’ouverture d’une

procédure de conciliation n’est pas obligatoire, le caractère de confidentialité de la

procédure de conciliation doit être conservé au moins jusqu’à l’homologation de

l’accord31.

2- L’apport des créanciers dans l’accord

Les dispositions de l’article 556 du code de commerce marocain visent l’ensemble

29
Cassation commerciale, 18 juin 2002, n°99 11 999 ; bull, [Link] n°108 ; D 2002, somme p.3264, obs. [Link]
act juris p 2190 obs. ALIEHNARD ; JCP E2002II 1556 note A VIANDIER V en ce sens, RTD com.
30
Abdeljalil EL HAMOUMI « droit des difficultés d’entreprise : la prévention des difficultés, le redressement
judiciaire, la liquidation judiciaire » Dar Es-Salaam 3ème Edition 2008 page 40.
31
Article 557 alinéas 2 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.

23
des créanciers, ce qui signifie qu’ils doivent tous faire parties de l’accord. Cette contrainte

imposée au débiteur laisse entendre que le critère de sélection est purement quantitatif

or, dans la pratique, il est difficile de conclure avec tous les créanciers, par manque de

mesures efficaces permettant leur identification d’une manière précise. En plus, il se

trouve que, par une mesure de précaution, tous les créanciers ne sont pas informés de la

préparation d’un accord. Rappelons qu’en pratique, sont invités à la négociation

uniquement les créanciers dont les créances sont les plus élevées, sans qu’il y ait lieu de

distinguer entre les créances publiques ou privées.

En revanche, le législateur français laisse le débiteur choisir les créanciers qu’il

souhaite inviter aux négociations pour l’élaboration d’un accord de conciliation. Ils ne

subissent aucune restriction de leurs droits. Par hypothèse, le débiteur n’étant pas en état

de cessation de paiement, droit donc satisfaire vis-à-vis d’eux.

Par contre, le texte marocain ne précise pas l’apport des créanciers dans le cadre de

la procédure de conciliation. Nous estimons qu’en fonction de la situation de l’entreprise

et au vu du plan de redressement présenté par le débiteur, les créanciers peuvent lui

accorder des délais de paiement et des remises de dettes. Ils peuvent également accepter

de rentrer dans le capital social par compensation de leurs créances.

Sont également pris en compte les efforts financiers consentis par les créanciers publics

par les remises gracieuse de dettes prévues par le droit marocain, mais elles ne sont

admises qu’en matière d’amendes fiscales et concernant uniquement les majorations de

retard, quelle que soit la nature de l’impôt32. Autrement dit, le principal de l’impôt

régulièrement dû ne peut faire l’objet d’une demande de remise ou de modération de la

32
Article 122 du code de recouvrement des créances publiques Modifié par l’article 9 de la loi de finance n° 48-09 pour
l’année budgétaire 2010.

24
part du débiteur, excepté dans deux cas :

 Celui résultant des dispositions des articles 41 et 42 u dahir de 1935, devenus

les articles 126 et 127 du code recouvrement des créances publiques, qui

prévoient l’admission en non valeurs de créanciers devenues irrévocables ;

 Le cas prévu par l’article 76 du décret royal du 21 avril 1967, portant règlement

général de comptabilité publique, qui dispose que « les remises gracieuses de

dettes en principal au en intérêt, sont prononcées par décret sur proposition du

ministère des finance ». les autres créances, notamment celles concernant les

impositions indirectes, sont exclues des remises.

En définitive, les moyens prévus par la législation marocaine ont la finalité

d’accorder au débiteur tous les moyens nécessaires afin aboutir à la conclusion d’un

accord amiable. D’ailleurs, comme soulevé le professeur Françoise Perochon « toutes les

volontés sont orientées vers même but, le règlement des difficultés des entreprises,

chacun ne s’engage que parce que les autres s’engagent aussi et en fonction de ce qu’ils

acceptent ; on peut parler, en ce sens d’un accord si non véritablement collectif, du moins

plurilatéral sur un contenu global, indivisible33 ».

Paragraphe 2 : l’accord de conciliation homologué

L’accord conclu peut être homologué par le président du tribunal comme il peut ne

pas l’être. L’article 556 du code de commerce prévoit que, lorsque un accord est signé par

tous les créanciers, il est homologué par le président du tribunal et déposé au greffe .s’il

est signé uniquement par les principaux créanciers, il peut également l’homologuer et

33
Saida BACHLOUCH « la prévention et le règlement amiable des difficultés des entreprises n droit compare franco-
marocain » thèse pour obtenir le grade de docteur en Droit de ‘Université paris-Est-Créteil soutenu de 1 octobre 2012
sous la direction du professeur Bertrand FAGES.

25
accorder au débiteur des délais de paiement prévues par les textes en vigueur pour les

créances non incluses dans l’accord.

L’on constate que la loi distingue deux hypothèses : la première est celle ou l’accord

est conclus avec tous les créanciers, et c’est celui-ci peut être homologué par le président

du [Link] deuxième hypothèses est celle ou l’accord est conclu seulement avec les

principaux créanciers, dans ce cas, son homologation est laissée à l’appréciation du

président du tribunal. Cette imprécision juridique laisse entendre que l’homologation de

l’accord amiable correspond à une faculté du président du tribunal. Or, il est difficile pour

ce dernier de savoir avec exactitude si tous les créanciers sont partie à l’accord. Dans ce

cas nous devons admettre que le texte vise le nombre des créanciers et non leur

importance.

Si toutefois l’homologation est acceptée par le président du tribunal, voyons quelles

seront les conditions de sa mise en œuvre et quels sont ses effets.

1- Les conditions d’homologation de l’accord

Le seul critère retenu par le législateur pour l’homologation s’attache au nombre des

créanciers parties à l’accord. Pourquoi alors cette distinction si le principe de

l’homologation est en lui-même une sort d’appui à l’exécution de l’accord ?

Cette mesure peut être justifiée, selon certaines auteurs, par la volonté du

législateur marocain d’accorder a président du tribunal un pouvoir d’appréciation relatif

à l’homologation de l’accord amiable. Aussi cela lui permet-il d’apprécier avec précision

l’opportunité et les chances de réussite de cet accord34.

Cependant, l’homologation de l’accord amiable peut parfois s’avérer obligatoire, car

34
Abdeljalil EL HAMOUMI [Link]., p41

26
elle est généralement conçue par les parties comme une garantie d’honorabilité lui

conférant une autorité morale accrue. En outre, elle donne à l’accord un caractère

judicaire en lui accordant l’autorité de la chose jugée et offre aux parties un « titre » ayant

une exécution forcée.

Pour le chef d’entreprise, c’est une façon de montrer sa bonne foi et de se prémunir

contre la mise en cause ultérieure de sa responsabilité, et de sa protéger également

contre les créanciers de mauvaise foi.

Quant aux créanciers les plus importants notamment les établissements financiers,

lorsqu’ils participent à un accord, ils ont avant tout le souci d’engager leur responsabilité

dans le cas d’un soutien abusif. D’une manière générale, l’homologation de l’accord

rassure les créanciers quel que soit leur créance et leur donne une garantie d’exécution.

Quant aux modalités de la procédure d’homologation, signalons que le texte

marocain ne prévoit aucune condition relative à la demande d’homologation. En ce sens,

le chef d’entreprise, doit faire une demande écrite au président du tribunal, justifiant du

nombre réel des créanciers et d’une déclaration sur l’honneur qu’il ne se trouve pas en

état de cessation de paiements, en effet, cette dernière condition nous semble

importante, mais sa vérification n’est pas aisée.

Par ailleurs, l’article 557 du code de commerce précise que l’accord entre le débiteur

et les créanciers, homologué ou non, est constaté dans un écrit signé par les parties et le

conciliateur, puis déposé au greffe. Cela signifie que le président du tribunal est au

courant de l’existence de l’accord amiable. Or, cette simple formalité n’ajoute rien à sa

valeur juridique , elle en facilite seulement l’exécution, car sans être homologué il doit

tirer sa force obligatoire du droit commun te reste soumis aux principes absolus du

27
consensualisme, de la loi des parties et de bonne foi, prévu par l’article 230 du dahir des

obligations et des contrats.

2- Les effets d’homologation de l’accord amiable

Les dispositions de l’article 558 du code de commerce ne visent pas les

conséquences directes de l’homologation de l’accord amiable, étant donné que cette

dernière ne saurait affecter la force obligatoire de l’accord amiable, car un accord sans

homologation, paraît concevable, mais les créanciers seront peu tentés par cette formule.

Ils feront le plus souvent de l’homologation une condition suspensive de leur accord.

Dans ce cas, la survenance de l’homologation a pour effet de lever la condition et donc de

donner toute sa force au contrat qui devient obligatoire pour tous les signataires et pour

eux seuls, car il est sans effet à l’égard des autres.

Néanmoins, les termes de l’article 556 du code de commerce précisent que, si

l’accord est homologué par le président du tribunal, il peut donner lieu à l’octroi des

délais des paiements pour les créances non incluses dans l’accord. Or, ce texte ne précise

pas la condition de cet avantage ; il mentionne uniquement que ces délais de paiement

doivent être appliqués selon les textes en vigueur. A notre avis, l’article 556 du code de

commerce fait très certainement référence à l’article 243 alinéa 2, du dahir formant le

code des obligations et contrats, qui prévoit que « les juges peuvent néanmoins, en

considération de la position du débiteur et en usant de ce pouvoir avec une grande

réserve, accorder des délais modérés pour le paiement et surseoir à l’exécution des

poursuites, toutes choses demeurant en l’état ».

Ces dispositions ne répondent pas aux modalités d’obtention des délais des

paiements, néanmoins, elles ont le mérite d’exister pour faciliter l’exécution de l’accord

28
amiable. Comme le précise certains auteurs ; « l’octroi de délais de paiement suppose la

suspension des procédures d’exécution, engagés le cas échéant par les créanciers non

signataires de l’accord35 ».

L’homologation est cependant utile, car elle permet d’imposer aux créanciers

récalcitrants des délais de paiement, ce qui est intéressant pour les créanciers ayant

accepté l’accord car l’exécution par le débiteur sera facilitée et la rupture d’égalité entre

créanciers s’en trouvera diminuée.

Un accord amiable homologué constitue donc pour les créanciers, in titre

exécutoire leur permettant l’exécution forcée, en cas de non-respect de l’accord. Pour cela

la formule exécutoire devra être apposée au greffe du tribunal, ce dont les créanciers qui

y sont parties auront dû se préoccuper.

Retenons ici que le sort de l’accord du règlement amiable en droit marocain, même

s’il est conclu entre le débiteur et les créanciers, relevé du seul pouvoir du président du

tribunal de commerce.

Section 2 : l’échec de la procédure de conciliation

La procédure de conciliation, a été organisée par le législateur de manière à

permettre d’éviter la cessation de paiement. En effet, la réussite de l’accord amiable se

trouve entre les mains des parties, à savoir le débiteur et les créanciers. Le premier doit

présenter les garanties nécessaires pour convaincre les seconds à signer l’accord avec lui,

et ces derniers doivent montrer leur volonté de coopérer avec le débiteur en lui

accordant des délais de paiements ou des remises de dettes. Or, cet objectif n’est pas

toujours facile à atteindre et ce malgré les efforts déployé par le lé[Link] ce fait,

35
Abdeljalil EL HAMOUMI [Link]. p 41

29
l’échec des procédures de conciliation peut être provoqué soit au moment des

négociations visant la conciliation d’un accord amiable ou pendant son exécution.

Paragraphe 1 : l’entrave à la conclusion de l’accord amiable

Le but de chaque procédure de conciliation est d’aboutir à un accord amiable entre

les parties qui permettra par la suite d’assurer la survie et la continuité de l’entreprise.

Cela dit, il se peut que la conclusion de l’accord peut s’avérer constituante voir

même impossible ; ainsi il existe bien des fois ou mêmes en cas d’approbation des parties

à l’accord, le président du tribunal de commerce pourrait rejeter ledit accord.

1- Le désagrément des parties

Il arrive parfois que les négociations entre le débiteur et ses créanciers

n’aboutissent pas à la conclusion d’un accord et ce malgré les efforts fournis par le

conciliateur désigné par le président du tribunal de commerce cette situation arrive

souvent lorsque certains créanciers, ne souhaitant pas s’engager dans une procédure de

conciliation.

Le législateur marocain ne prévoit pas cette situation et ne présente, par

conséquent, aucun remède à l’impossibilité de la réalisation d’un accord amiable entre

débiteur et créanciers, car seuls ces derniers peuvent en décider.

En effet, l’absence de la signature d’un accord amiable ou de conciliation est un échec ;

selon Saida bachouch36 cet échec ne doit pas empêcher le débiteur de tenter à nouveau de

conclure ou autre accord, à condition toutefois que l’entreprise ne soit pas en état de

cessation de paiements. Nous joignons notre avis à celui précité. Car bien que les efforts

du débiteur avec l’aide du conciliateur pour conclure un accord n’ont pas été fructueux,

36
Saida bachouch op cit p169.

30
rien ne l’empêche de prendre l’initiative et de retenter un accord avec les créanciers.

Sinon, lorsque le débiteur estime que la signature d’un accord est impossible, et que

la situation de l’entreprise est compromise, il doit faire une déclaration de cessation de

paiements et demander l’ouverture d’une procédure collective.

2- Le refus d’homologation de l’accord amiable

L’échec de la procédure de conciliation peut également résulter de l’absence

d’homologation de l’accord par le président du tribunal. Le législateur37 précise que :

« lorsque un accord est conclu avec tous les créanciers, il est homologué par le

président du tribunal de commerce et déposé au greffe.

Si un accord est conclu avec principaux créanciers, le président du tribunal peut

également l’homologuer et accorder au débiteur les délais de paiement prévus par

les textes en vigueur pour les créances non incluses dans l’accord.

Dans ce cas, les créances non inclus dans l’accord et concernés par les nouveaux

délais doivent en être informées. »

Ainsi, il en découle alors que l’accord peut faire l’objet d’une homologation par le

président du tribunal, elle n’est obligatoire que lorsque tous les créanciers ont pris part à

l’accord et elle est facultative si l’accord est conclu avec les principaux créanciers. On y

ajoute que le président du tribunal de commerce peut également l’homologuer et

accorder au débiteur les délais de paiement prévus par les textes en vigueur pour les

créances non incluses dans l’accord38.

Comme on peut déduire, le président du tribunal se réserve le pouvoir

37
Article 556 de la loi n°73-17 abrogeant et remplaçant le livre 5 de la loi 15-95 formant code de commerce relatif aux
difficultés d’entreprises.
38
Mohamed lahbib RHALIB, « la prévention Externe des Difficultés des entreprises : l’Ouverture et l’Organisation du
Règlement Amiable. » paru le 24 février 2016 à [Link]
entreprises-l’ouverture-et-l’organisation-du -règlement-amiable.

31
d’homologation ou de rejeter un accord amiable. Cette situation d’incertitude peut être à

l’origine de l’échec de la procédure de conciliation. C’est ce qui explique que dans la

pratique, une clause est fréquemment insérée dans l’accord pour faire de son

homologation une condition exécutoire. Car, nombreux sont les créanciers qui par

manque de confiance, une fois l’accord rejeté par le président du tribunal, demandent

l’annulation de l’accord amiable.

Paragraphe 2 : L’inexécution des engagements de l’accord

En principe, le contenu de l’accord doit être exécuté conformément aux clases

précisés par les parties .mais il arrive parfois que le débiteur se trouve dans l’incapacité

d’exécuter ses engagements. Toutefois, faute de précision par la loi, concernant la nature

des obligations non respectées par le débiteur, ces dernières peuvent être de nature

différentes .elles peuvent être sociales, économiques, voir même juridiques 39. Ainsi, il

peut s’agir de l’inexécution d’une obligation de payer, de l’inexécution de contracter des

emprunts, ou encore de l’inexécution relative au plan social40 ; il en déroule que l’accord

est résolu, et cette résolution généré des effets.

1- La résolution de l’accord

La loi 73.17 a précisé dans le dernier alinéa de l’article 559 : « en cas d’inexécution

des engagements résultant de l’accord, le président du tribunal constate par ordonnance

non susceptible d’aucun recours la résolution de l’accord ainsi que la déchéance de tout

délai de paiement accordé.il renvoie l’affaire devant le tribunal aux fins d’ouverture de la

procédure de redressement ou de liquidation judiciaire. »

La résolution de l’accord amiable est conséquence directe de l’inexécution des

39
Saida bachouch op cit p171.
40
Pierre .Michel. LE [Link], p 172.

32
engagements pris par le débiteur, car la raison d’être l’accord disparait. Cependant, les

dispositions du texte ne précisent ni les modalités de résolution, à savoir la partie ayant

le droit de formuler la demande de résolution de l’accord, ni la procédure devant être

suivie au sein du tribunal. Toutefois, il semble évident que ceux qui peuvent souffrir de

l’inexécution de l’accord amiable sont bien évidemment les créanciers signataires41.

Toutefois, devant le silence du texte, concernant le déroulement de la procédure de

résolution de l’accord, l’on pense qu’elle est la même que celle relative aux conditions

générales des contrats. Le tribunal de commerce est compétent dans ce cas,

conformément à l’article 11 de la loi n°53-95 du 12 févier 1997, relative à la création des

tribunaux de commerce, ce qui explique que la procédure a une nature contentieuse. En

pratique, les parties insèrent une clause mentionnant qu’en cas d’inexécution des

engagements, la résolution de l’accord peut avoir lieu de plein droit42.

2- Les effets de la résolution de l’accord

Il faut commencer par le fait que les effets de la résolution de l’accord amiable

seront appliqués au débiteur qui n’a pas respecté ses engagements, ainsi qu’aux

créanciers. En effet, il est mentionné clairement par l’article 559 du code de commerce

que l’inexécution des engagements du débiteur produit l déchéance de tout délai de

paiements accordé par les créanciers. Ce qui acceptable, car il n’est pas logique que ces

délais, ayant été essentiellement prévus pour favoriser l’exécution de l’accord, restent

maintenus alors que le débiteur n’est pas en mesure de respecter ses engagements.

La résolution de l’accord, constatée ou homologuée, permet aux créanciers de retrouver

l’ensemble de leur droit suspendu par l’accord, dont le principal est celui d’engager des

41
Abdeljalil EL HAMOUMI [Link]. p 4.
42
Saida bachouch op cit p174.

33
poursuites individuelles contre l’entreprise débitrice.

Par ailleurs, l’ouverture d’une procédure collective peut être aussi une cause de

l’échec d’une procédure de conciliation, notamment si le débiteur se trouve dans une

situation de cessation de paiement.

Tout au long de cette partie, la lumière a été mise sur le processus du mécanisme

extra-judicaires du traitement des difficultés de l’entreprise notamment la conciliation ,sa

notion, ses caractéristiques, ses aspects, ainsi que les raisons de son attractivité nous

avons aussi traité l’annonce d’ouverture de la procédure, les différents effets que la

procédure de conciliation produit, ces derniers permettent de faciliter la conclusion d’un

accord entre les parties et contribuent donc à la réussite de la procédure ainsi, l’accord

auquel les parties sont parvenus peut-être homologué par le président du tribunal et

impose au débiteur d’exécuter les engagements qui résultent de cet accord .A défaut, le

président du tribunal prononce la résolution de la procédure et l’ouverture des

procédures collectives.

Le terme de cette partie, nous mène à prononcer l’ouverture d’une deuxième partie

traitant la procédure de sauvegarde. Qui demeure une procédure judiciaire disposant

d’une finalité préventive ; cette ratio legis sera évidemment démontrée lors de notre

analyse suivante.

34
Partie 2 : la procédure de sauvegarde des entreprises en
difficultés solutions présentés par la loi 73.17

La procédure de sauvegarde est l’innovation majeure du livre 5 du code de commerce

promulgué le 19 avr. 2018. Elle est définie à l’article 561 du Code de commerce comme

une procédure «ouverte sur demande de toute entreprise qui, sans être en état de

cessation des paiements, justifie de difficultés qu’elle n’est pas en mesure de surmonter de

nature à la conduire à la cessation des paiements ».C’est une procédure destiné à faciliter

la réorganisation de l'entreprise afin de permettre la poursuite l'activité économique, le de

maintien de l'emploi et l'apurement du passif43.

En effet, la procédure de sauvegarde emprunte beaucoup au redressement judiciaire

en ce qu'elle recourt mêmes aux instruments juridiques, mais ses conditions d'ouverture

sont très particulières et son attractivité est évidente notamment pour le chef

d'entreprise car lui seul peut demander l'ouverture d'une telle procédure44.

Il s’agit donc d’une procédure préventive volontariste réservée au chef de

l’entreprise, a pour but de préserver l’entreprise en difficulté Cette procédure est ainsi

réservée au débiteur qui n’est pas en cessation des paiements, comme en témoignent ses

conditions d’ouverture.

43
Art. 560 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.
44
Lentilleux, Laetitia , Droit t de s e n t r e p r i s e s e n d i f f i c u l t é , Gualino.Éd 2012, p88.

35
Chapitre 1 : la finalité et les conditions d’ouverture de la
procédure de sauvegarde

La procédure de sauvegarde apparaît comme une démarche volontariste, puisque son

ouverture se fait à l'initiative chef de l’entreprise. Cette procédure est également préventive car

elle intervient en amont de la cessation des paiements de l'entreprise, mais surtout car elle

intervient avant qu'il ne soit trop tard.

Outre le but ultime qui est de favoriser la réorganisation de l’entreprise conformément au plan

fixé par le tribunal, la procédure de sauvegarde a pour objectifs de neutraliser la situation

financière de l’entreprise et assurer la continuité d’exploitation.

Section 1 : la finalité et les caractéristiques de la procédure de


sauvegarde

Aux termes de l’article Article 561 du code de commerce La procédure de

sauvegarde peut être ouverte sur demande de toute entreprise qui, sans être en état de

cessation des paiements, justifie de difficultés qu’elle n’est pas en mesure de surmonter

de nature à la conduire à la cessation des paiements.

Il s'agit donc d'une procédure préventive, destinée à anticiper la survenance d'une

cessation des paiements (paragraphe2). De fait, elle a un caractère nécessairement

volontariste et ne peut donc être ouverte qu'à la seule demande du débiteur.

Paragraphe 1 : la finalité de la procédure de sauvegarde

Pour une entreprise qui n’est pas en cessation des paiements, mais qui rencontre

des difficultés insurmontables, il est possible de demander une procédure de sauvegarde.

Le but étant de traiter le plus en amont possible les difficultés de l’entreprise,

36
contrairement au redressement où la situation est déjà extrêmement délicate et a de

fortes probabilités d’aboutir sur une procédure de liquidation judiciaire.

Néanmoins, les deux procédures de sauvegarde et de redressement ont des points

communs. Ainsi, le législateur a décidé que les règles applicables à la procédure de

redressement judiciaire correspondent à celles exposées à la sauvegarde, à l’exception

des dispositions particulières. Les deux procédures sont similaires et ont des objectifs

communs : neutraliser la situation financière de l’entreprise, en optimisant l’actif du

débiteur, il faut maîtriser son passif et assurer la continuation de l’exploitation.

1- Neutraliser la situation financière de l’entreprise

Dès lors que le débiteur connaît des difficultés de nature à le conduire à la cessation

des paiements, il est engagé dans un processus financier dont la poursuite le conduirait à

une telle situation. Il convient donc, dès l’ouverture de la procédure de sauvegarde, de

rompre ce processus financier pour éviter la cessation des paiements : tout en optimisant

l’actif du débiteur il faut maitriser son passif.

A- Optimiser l’actif

Dès l’ouverture de la procédure de sauvegarde, le chef d’entreprise doit dresser un

inventaire du patrimoine de l’entreprise ainsi que des garanties qui le grèvent. Cet

inventaire, remis au juge-commissaire et le syndic, est complété par le chef d’entreprise

par la mention des biens qu’il détient susceptibles d’être revendiqués par un tiers.

L’absence de l’inventaire susmentionné ne fait pas obstacle à l’exercice des actions en

restitution ou en revendication.

Les procédures collectives sont des procédures de gestion d’une pénurie.

37
L’optimisation de l’actif dans la perspective des objectifs poursuivis par la procédure se

réalise donc selon les cas aux dépens des droits du conjoint des ou encore des titulaires

de droits réels.

a- Aux dépend des droits de conjoint

Le conjoint du débiteur soumis à une procédure de sauvegarde, de redressement ou

de liquidation judiciaire établit la consistance de ses biens personnels conformément aux

règles des régimes matrimoniaux auxquelles il est soumis45.

Le syndic peut, en prouvant par tous les moyens que les biens appartenant au

conjoint du débiteur ou à ses enfants mineurs ont été acquis avec des valeurs fournies

par celui-ci, demander que les acquisitions ainsi faites soient réunies à l’actif13.

b- Aux dépend des associés

Si, du fait des pertes constatées dans les documents comptables, les capitaux

propres sont inférieurs au quart du capital social, l’assemblée est d’abord appelée à

reconstituer ces capitaux à concurrence du montant proposé par le syndic et qui ne peut

être inférieur au quart du capital social. Elle peut également être appelée à décider la

réduction et l’augmentation du capital en faveur d’une ou plusieurs personnes qui

s’engagent à exécuter le plan46.

L’exécution des engagements pris par les actionnaires ou associés, ou par de

nouveaux souscripteurs est subordonnée à l’acceptation du plan par le tribunal. À défaut,

les clauses d’agrément sont réputées non écrites. À cette fin, toute clause exigeant

l’acceptation de l’entreprise ou des associés pour la cession parts sociales, titres de

45
Art. 710 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.
46
Vidal, Dominique Giorgini, Giulio Cesare, C o u r s de Gualino.Éd 2016, pt213.

38
capital ou valeurs mobilières est réputée non écrite.

c- Aux dépend titulaires de droits réels

Les revendications, qui consistent à faire reconnaître le droit de propriété, sont

touchées par le particularisme des procédures collectives davantage que la simple

restitution d’un bien dont la propriété n’est pas contestable.

 Les revendications

La revendication des meubles ne peut être exercée que dans le délai de trois mois

suivant la publication du jugement ouvrant la procédure de redressement ou de

liquidation judiciaire47. Le propriétaire d’un bien est dispensé de faire reconnaître son

droit de propriété lorsque le contrat portant sur ce bien a fait l’objet d’une publicité48.

Peuvent être récupérées, si elles existent en nature, en tout ou partie, les

marchandises dont la vente a été résolue antérieurement au jugement ouvrant la

procédure soit par décision de justice, soit par le jeu d’une condition résolutoire

acquise49. Peuvent être récupérées également les marchandises expédiées à l’entreprise

tant que la tradition n’en a point été effectuée dans ses magasins ou dans ceux du

commissionnaire chargé de les vendre pour le compte de l’entreprise50. Peuvent être

récupérées, à condition qu’elles se retrouvent en nature, les marchandises consignées à

l’entreprise, soit à titre de dépôt, soit pour être vendues pour le compte du propriétaire51.

Peuvent également être récupérés, s’ils se retrouvent en nature au moment de

l’ouverture de la procédure, les biens vendus avec une clause de réserve de propriété

subordonnant le transfert de propriété au paiement intégral du prix52.

47
Art 700 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise
48
Art 701 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise
49
Art 702 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise
50
Art 703 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise
51
Art 704 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise
52
Art 705 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.

39
Néanmoins, la revendication n’est pas recevable si, avant leur arrivée, les

marchandises ont été vendues sans fraude, sur factures ou titres de transport réguliers.

Ainsi, dans tous les cas, il n’y a pas lieu à revendication si le prix est payé

immédiatement53. Si le bien dont le vendeur a réservé la propriété est revendu, peut être

revendiqué le prix ou la partie du prix qui n’a pas été payée, ni fait l’objet d’une remise de

lettre de change, de billet à ordre ou d’un chèque, ni inscrit en compte courant entre le

débiteur et l’acheteur à la date du jugement ouvrant la procédure54.

 La restitution

L’action en restitution est facultative, la demande en restitution n’est enfermée dans

aucun délai. L’action en restitution a pour objet la remise du bien. Elle est ouverte à celui

qui invoque un droit de propriété dont le titre est reconnu. Lorsque cette reconnaissance

résulte d’une action en revendication, nous avons vu que l’action en revendication

emporte de plein droit demande en restitution. L’action en restitution proprement dite se

rencontre donc dans le cas où le droit de propriété est reconnu sans action en

revendication55.

Ainsi, le propriétaire d’un bien est dispensé de faire reconnaître son droit de

propriété lorsque le contrat portant sur ce bien a fait l’objet d’une restitution sans action

en revendication56. Cette disposition intéresse au premier chef le crédit bailleur, mais elle

peut concerner d’autres contrats.

B- Maitriser le passif

53
Art 707 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.
54
Art 709 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.
55
Vidal, Dominique Giorgini, Giulio Cesare, c o u r s d r o i t d e s e n t r e p r i s e s e n d i f f i c u l t é s Gualino.Éd 2016,
pt215.
56
Code de commerce marocain art 701.

40
Dès lors que les difficultés de l’entreprise comportent un passif exigible ou

susceptible de l’être, il faut pouvoir le tenir à l’écart. Par passif« général », on entend le

passif antérieur à l’ouverture de la procédure collective autre que celui qui résulte de

créances salariales. Ce créancier antérieur au jugement d’ouverture est la victime de

choix de la défaillance du débiteur, sacrifié au titre de la discipline collective de la

procédure et en faveur du financement de la période d’observation et de la recherche

d’un redressement. Ce « cantonnement » des créances antérieures a un effet immédiat, le

gel du passif antérieur, lequel est suivi d’un effet durable manifesté par un régime strict

de déclaration et de vérification des créances.

a- Le gel du passif

Avec l’ouverture de la procédure de sauvegarde, et alors que l’activité économique

va se poursuivre, le passif antérieur est affecté d’un « arrêt sur image » ; il est figé. Il lui

est interdit d’être payé, ou plus encore de tenter de se faire payer ce passif antérieur est

également cristallisé en certains de ses éléments tels que le terme, les intérêts ou le cours

des inscriptions57.

 Interdiction à payer

Le jugement ouvrant la procédure emporte, de plein droit, interdiction de payer

toute créance née antérieurement à ce jugement58. Le juge-commissaire peut autoriser le

syndic à payer des créances antérieures au jugement, pour retirer le gage ou récupérer

une chose légitimement retenue, lorsque cela est nécessaire à la poursuite de l’activité de

l’entreprise59.

Tout acte ou tout paiement passé en violation des dispositions de l’article précédent

57
Vidal, Dominique Giorgini, Giulio Cesare, [Link]. 284.
58
Art 690 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.
59
Art 690 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.

41
est annulé à la demande de tout intéressé, présentée dans un délai de trois ans à compter

de la conclusion de l’acte ou du paiement de la créance. Lorsque l’acte est soumis à

publicité, le délai court à compter de celle-ci60.

 L’arrête des poursuites individuelles

Le jugement d’ouverture de la procédure suspend ou interdit toute action en justice

de la part de tous les créanciers dont la créance a son origine antérieurement audit

jugement et tendant, à la condamnation du débiteur au paiement d’une somme d’argent,

à la résolution d’un contrat pour défaut de paiement d’une somme d’argent [Link] arrête ou

interdit également toute voie d’exécution de la part de ces créanciers tant sur les meubles

que sur les [Link] , les délais impartis à peine de déchéance ou de résolution

des droits sont, en conséquence, suspendus63.

Les instances en cours sont suspendues jusqu’à ce que le créancier poursuivant ait

procédé à la déclaration de sa créance. Elles sont alors reprises de plein droit, le syndic

dûment appelé, mais tendent uniquement à la constatation des créances et à la fixation

de leur montant64.

Le jugement d’ouverture arrête le cours des intérêts légaux et conventionnels, ainsi

que tous intérêts de retard et majorations. L’arrêt du cours des intérêts est définitif, y

compris dans le cas où l’entreprise bénéficierait d’un plan; c’est donc une « suppression »

des intérêts.65Ainsi que les hypothèques, nantissements, privilèges ne peuvent plus être

inscrits postérieurement au jugement d’ouverture de la procédure66.

b- La déclaration des créances


60
Art 691 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.
61
Art 686 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.
62
Art 686 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.
63
Art 686 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.
64
Art 687 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.
65
Vidal, Dominique Giorgini, Giulio Cesare, [Link]. 192.
66
Art 699 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.

42
Tous les créanciers dont la créance a son origine antérieurement au jugement

d’ouverture de la procédure, à l’exception des salariés, adressent la déclaration de leurs

créances au syndic67. La déclaration porte le montant de la créance due au jour du

jugement d’ouverture de la procédure en précisant dans le cas de redressement

judiciaire la partie due à terme. Elle précise la nature du privilège ou de la sûreté dont la

créance est éventuellement assortie.

La déclaration contient également, les éléments de nature à prouver l’existence et le

montant de la créance si elle ne résulte pas d’un titre ; à défaut, une évaluation de la

créance si son montant n’a pas encore été fixé ; les modalités de calcul des intérêts pour

le cas où leur cours reprendrait dans l’exécution d’un plan de continuation ; l’indication

de la juridiction saisie si la créance fait l’objet d’un litige68.

Le chef d’entreprise remet au syndic la liste certifiée de ses créanciers et du montant

de ses dettes huit jours au plus tard après le jugement d’ouverture de la procédure, sauf

lorsque la procédure a été ouverte sur sa demande69.

C- Assurer la continuité d’exploitation

Le principe est que la période d’observation, qui commence par l’ouverture de la

procédure de sauvegarde, comporte la continuation de l’activité70. La continuation

judiciaire de l’activité de l’entreprise manifeste une forte originalité: préparer une

relance efficace et durable. On observe un régime original des contrats en cours et un

statut très particulier des créances nées pendant cette continuation d’activité. L’activité

de l’entreprise est poursuivie pendant la période d’observation. Le débiteur et le syndic

se partagent les pouvoirs requis à cet effet tels qu’ils sont définis par la décision
67
Art 719 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.
68
Art 721 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.
69
Art 722 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.
70
Vidal, Dominique Giorgini, Giulio Cesare, [Link]. 197.

43
d’ouverture. Rappelons que le débiteur continu à exercer sur son patrimoine les actes de

disposition et d’administration. Les actes de disposition et d’exécution du plan de

sauvegarde du chef d’entreprise sont soumis au sauvegarde contrôle du syndic qui en

adresse un rapport au juge commissaire71.

Paragraphe 2 : les caractéristiques de la procédure de sauvegarde

Aux termes de l’article Article 561 du code de commerce La procédure de

sauvegarde peut être ouverte sur demande de toute entreprise qui, sans être en état de

cessation des paiements, justifie de difficultés qu’elle n’est pas en mesure de surmonter

de nature à la conduire à la cessation des paiements.

Il s'agit donc d'une procédure préventive, destinée à anticiper la survenance d'une

cessation des paiements. De fait, elle a un caractère nécessairement volontariste et ne

peut donc être ouverte qu'à la seule demande du débiteur.

1- Le caractère volontariste

L’ouverture d'une procédure de sauvegarde a un caractère nécessairement

volontaire. Elle est à l’initiative exclusive du chef d’entreprise. En effet, seul, le chef

d’entreprise dépose une requête au greffe du tribunal compétent dans laquelle il expose

la nature des difficultés de nature à compromettre la continuité de l’exploitation72.

Le recours à la procédure de sauvegarde est ainsi conçu de manière facultative, en

ce sens que l’opportunité de sa mise en œuvre est laissée à la discrétion du chef

d’entreprise suivant ses impératifs. Son avantage est qu’elle ne dépouille pas le chef de

l’entreprise de ses attributions et pouvoirs73.

71
Art 566 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.
72
Art 561 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.
73
Farhi, Sarah, les procédures collectives après la loi pact, Gualino.Éd 2019, p16

44
C'est donc au débiteur, et à lui seul, qu'incombe le choix de faire appel au juge pour

trouver une solution à ses difficultés. Le tribunal ne peut donc jamais ouvrir une

procédure de sauvegarde à la demande d'un créancier, voire du ministère public. Ce

pouvoir discrétionnaire de demande d’ouverture de la sauvegarde exprime la volonté de

responsabiliser le débiteur et de l’encourager dans une démarche d’anticipation des

difficultés de l’entreprise. Demander l’ouverture de sauvegarde peut être vu comme un

acte de gestion responsable en présence de difficultés graves et insurmontables mettant

l’entreprise en danger74.

2- Le Caractère préventif

À la différence des procédures de redressement et de liquidation judiciaires la

procédure de sauvegarde constitue une procédure de nature préventive a pour but de

traiter judiciairement les difficultés de l’entreprise dès leur apparition.

Cette procédure intervient quand l'entreprise fait face à des difficultés qu'elle ne peut

pas surmonter mais avant qu'elle ne doive se placer en cessation de paiement. Elle vise à

faciliter la réorganisation de l'entreprise afin de permettre la poursuite de l'activité

économique, le maintien de l'emploi et l'apurement du passif75.

Section 2 : les conditions d’ouverture de la procédure de


sauvegarde

La loi détermine les conditions d’ouverture de la sauvegarde. Ils se répartissent en

critères subjectifs et critères objectifs. L’ouverture elle-même demeure subordonnée au

74
Henry, Laurence-Caroline Antonini-Cochin, Laetitia , L’esse n t i e l du droit des entreprises en difficulté ,
Gualino.Éd 2019, p65
75
Art 560 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise

45
respect de certaines règles procédurales.

Paragraphe 1 : les conditions objectives et subjectives

Une distinction est jugée primordiale entre les critères objectifs, liés au

déclenchement de la procédure de sauvegarde d’une part, et les critères subjectifs de

cette dernière.

1- Les conditions objectives

Les procédures de sauvegarde, de redressement judiciaire et de liquidation

judiciaire ont pour point commun d'être des procédures collectives. Elles conduisent,

toutes trois, à un traitement judiciaire (et non plus amiable) des difficultés de l'entreprise

par l'organisation d'un règlement collectif, et en principe égalitaire, des créanciers. Cette

identité de nature ne s'accompagne pas cependant d'une identité parfaite de leur

condition d'ouverture76.

Alors que l'ouverture d'une procédure de redressement ou de liquidation judiciaire

est obligatoirement subordonnée à la preuve d'une cessation des paiements de

l'entreprise, le bénéfice d'une procédure de sauvegarde est, quant à lui, réservé aux

entreprises qui éprouvent des difficultés mais qui ne sont pas en état de cessation de

paiement. Cette distinction s'explique essentiellement par la finalité de la procédure de

sauvegarde qui est de permettre un redressement anticipé de l'entreprise par sa

réorganisation77.

Ainsi, l’interdiction pour une entreprise déjà en cessation des paiements de

bénéficier d'une procédure de sauvegarde explique l'obligation faite au tribunal de

convertir la procédure de sauvegarde en procédure de redressement judiciaire s'il est


76
Lentilleux, Laetitia, Droi t des entreprises en difficultés , Gualino.Éd 2012, p14
77
Coquelet, Marie-Laure, Entreprises en difficulté. Instruments de paiement et de crédit, Dalloz. Ed
2017, p82.

46
découvert, après coup, une cessation des paiements antérieure au prononcé du

jugement d'ouverture de la sauvegarde78.

La situation financière désignée sous le nom de « cessation des paiements » a été

définie par le législateur marocain à l’article 575 du Code de commerce, une entreprise

est en état de cessation des paiements lorsqu'il lui est impossible « de faire face à son

passif exigible au moyen de son actif disponible ». De même l’article 561 stipule que « La

procédure de sauvegarde peut être ouverte sur demande de toute entreprise qui, sans

être en état de cessation des paiements, justifie de difficultés qu’elle n’est pas en mesure

de surmonter de nature à la conduire à la cessation des paiements».

La cessation des paiements a donc un rôle important comme une valeur de

démarcation. Il est important alors de distinguer l'état de cessation des paiements

d'autres difficultés rencontrées par l’entreprise.

a- La cessation de paiement

L'existence d'une cessation des paiements suppose la réunion de deux éléments, le

premier est l’existence d’un passif exigible. Ce dernier, ne doit pas permettre de faire face

à l’actif disponible de l’entreprise79.

La notion de « passif exigible» comprend l'ensemble des dettes certaines dont l'existence

actuelle est incontestable, liquides dont la valeur est déterminée ou

déterminable et exigibles dont le terme est échu même si les tiers créanciers n'ont rien

réclamé. Le passif exigible correspond donc au passif échu de l'entreprise au jour du

jugement d'ouverture de la procédure. Il vise le passif qui n'a pas été payé alors qu'il

aurait dû l'être80.À titre d'exemples, le montant d'un prêt bancaire dont l'échéance du
78
Art 564 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.
79
Art 575 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.
80
Coquelet, Marie-Laure, Entreprises en difficulté. Instruments de paiement et de crédit, Dalloz. Ed 2017,

47
remboursement n'est pas encore survenue au jour où le tribunal statue sur la demande

d'ouverture de la procédure de redressement judiciaire ou de liquidation judiciaire.

Ainsi, la notion de passif exigible devait s'entendre d'un passif exigé, c'est-à-dire dont le

paiement a été réclamé, dans les faits, par le créancier81.

« L'actif disponible » correspond à l'actif immédiatement réalisable par l'entreprise.

Il s'identifie à la trésorerie de l'entreprise. En pratique, constitue un actif disponible

l'ensemble des sommes en caisse, des effets de commerce à vue ou du solde créditeur des

comptes bancaires82.

b- Distinction de cessation des paiements d’autres difficultés

Il est important de distinguer l'état de cessation des paiements d'autres difficultés

rencontrées par l'entreprise, à savoir les difficultés que l'entreprise ne peut pas

surmontée seule , l'insolvabilité, la situation irrémédiablement compromise et la

poursuite d'une exploitation déficitaire. Chacune de ces situations est juridiquement

définie de la manière suivante.

 Les difficultés que l'entreprise ne peut pas surmonter seule

D’après l’article 561 du code de commerce, la procédure de sauvegarde peut être

ouverte sur demande de toute entreprise qui, sans être en état de cessation des

paiements, justifie de difficultés qu’elle n’est pas en mesure de surmonter de nature à la

conduire à la cessation des paiements.

D'une manière générale, les « difficultés que l'entreprise ne peut pas surmonter

seule » correspondent aux événements ou circonstances suffisamment graves pour ne

pas être résolues par les seuls moyens de l'entreprise, exclusion donc faite de la prise en
p85.
81
La Cour de cassation. Française (Com. 25 nov. 2008, D. 2009. AJ 17, obs. A. Lienhart).
82
Nahid LYAZAMI : la prévention des difficultés de l’entreprise : étude comparative entre le droit français et le droit
marocain, thèse de doctorat de droit privé, université sud Toulon – Var, 2013, p. 119 .

48
compte de l'aide éventuelle de tiers (par exemple, la garantie qu'un groupe pourrait

fournir à l'entreprise sujette à ce type de difficultés.

La nature (sociale, juridique, comptable, économique ou financière) desdits

événements importe peu, alors que la survenue de la cessation des paiements résulte

exclusivement de la caractérisation d'une situation comptable et financière précise,

l'insuffisance de l'actif disponible pour faire face au passif exigible. Plus précisément,

pour la jurisprudence (françaises), les difficultés insurmontables ne visent ni des

empêchements anodins ou de simples difficultés passagères, ni, à l'inverse, une situation

telle qu'on puisse en déduire la survenance d'une cessation des paiements, qu'elle soit

immédiate, imminente, ou même plus lointaine. C'est la raison pour laquelle

l'établissement d'un lien entre les difficultés insurmontables et l'éventualité d'une

cessation des paiements, et donc de problèmes à caractère comptable, financier ou

économique, n'est aucunement requis pour caractériser ces difficultés.

Par ailleurs, les difficultés insurmontables, sauf si elles ont été précédées d'une

cessation des paiements, ouvrent le droit de demander à bénéficier de la procédure de

sauvegarde, alors que la survenue de la cessation des paiements exclut cette procédure et

impose de solliciter l'ouverture d'une procédure collective, selon le cas, soit de

redressement, soit de liquidation judiciaire83.

 L’insolvabilité

L'insolvabilité est l'état d'une entreprise dont l'ensemble du passif est supérieur à

l'ensemble des éléments d'actif. Concrètement, cette situation est caractérisée par

l'absence de ressources ou de biens saisissables propres à l'entreprise permettant


83
Vie de l’entreprise, «La cessation des paiements», partie 1, la notion de cessation des paiements. Adresse URL :
[Link] activité/dossier-la-
[Link].

49
d'apurer l'ensemble de ses dettes, ne serait-ce que de façon échelonnée. Parvenir au

constat d'insolvabilité revient donc à apprécier la situation de l'entreprise à l'aune de son

entier patrimoine, c'est-à-dire en fonction de la totalité de ses créances et biens

(principalement, de ses biens meubles et immeubles, corporels et incorporels) formant

son entier actif, par rapport à la totalité de ses obligations ou dettes contractées, formant

son entier passif.

En revanche, déterminer si une entreprise est ou non en état de cessation des

paiements revient à comparer entre elles non pas les deux masses entières du passif

et de l'actif de l'entreprise formant son patrimoine, mais deux sous-ensembles de ces

masses, à savoir la partie de l'actif dite « immédiatement disponible » à la partie

du passif dite « immédiatement exigible ».

Par conséquent, la notion d'insolvabilité se différencie nettement de celle de

cessation des paiements84.

 La situation irrémédiablement compromises

Le constat de cessation des paiements résulte essentiellement d'un examen des

échéances immédiates, c'est-à-dire des dettes à régler sur le très court terme et des

créances à encaisser dans les mêmes délais, et ne fournit par conséquent aucune

indication sur la pérennité de l'entreprise. A l'inverse, la situation irrémédiablement

compromise de l'entreprise procède d'une analyse prospective de ses résultats. Elle vise,

en effet, le cas de l'entreprise dont la situation est complètement obérée et sans issue ou

84
Vie de l’entreprise, «La cessation des paiements», partie 1, la notion de cessation des paiements. Adresse URL :
[Link] activité/dossier-la-
[Link].

50
qui se trouve dans l'impossibilité manifeste d'être redressée. La continuité de son

exploitation, projetée dans un avenir prévisible, ne peut plus être assurée dans des

conditions normales de fonctionnement, par exemple, sans la fourniture de moyens ou de

soutiens anormaux ,c'est-à-dire abusifs, ruineux, voire frauduleux tels que l'octroi de

crédits bancaires destinés en fait à masquer une situation continuellement déficitaire, et

donc l'insuffisance d'actif réellement disponible85.

 La situation d’une exploitation déficitaire

L'observation de la poursuite par une entreprise d'une exploitation déficitaire

résulte du constat répété de pertes sur plusieurs exercices écoulés, et au moins les deux

derniers. Pour sa part, la détection de la cessation des paiements se fonde sur une échelle

de temps plus courte et nécessite une évaluation sur une période à venir à très court

terme, généralement située à l'intérieur d'un même exercice (l'exercice en cours), de

l'actif disponible et du passif immédiatement exigible.

A cet égard, la poursuite d'une exploitation déficitaire n'est pas automatiquement

synonyme de cessation des paiements. Ainsi, la continuité de l'exploitation même

déficitaire d'un exercice sur l'autre peut être assurée par la fourniture de moyens abusifs,

ruineux, voire frauduleux. C'est le cas, par exemple, de l'usage détourné de crédits

bancaires aux seules fins de masquer l'insuffisance d'actif réellement disponible et donc

une cessation des paiements parfois assez ancienne.

Bon à savoir : l'exploitation poursuivie dans de telles conditions caractérise une

faute de gestion du dirigeant, au même titre que l'omission pure et simple de toute

déclaration par ce dernier de la cessation des paiements86.


85
Ibid.
86
Vie de l’entreprise, «La cessation des paiements», partie 1, la notion de cessation des paiements. Adresse URL :
[Link] activité/dossier-la-

51
2- Les conditions subjectives

Selon le législateur marocain, le chef de l’entreprise est habilité à solliciter

l’ouverture d’une procédure de sauvegarde87. Le terme « chef d’entreprise » désigne la

personne physique débitrice ou le représentant légal de la personne morale débitrice88.

En cas de décès du débiteur, personne physique, ses héritiers ou leur représentant

doivent dans la procédure. À défaut de désigner leur représentant, le juge délégué peut

désigner le représentant des héritiers parmi ces derniers à la demande du syndic. Le juge

délégué peut demander le remplacement du représentant des héritiers pour une raison

légitime. Dans les deux cas, les héritiers sont notifiés de la décision prise89.

D’une manière générale, La procédure de sauvegarde est applicable à tout

commerçant personne physique ou morale, immatriculée au registre de commerce et de

société. A cet égard l’article 546 stipule que, le terme « entreprise » désigne, aux fins du

présent livre, toute personne physique exerçant une activité commerciale ou toute

société commerciale.

Il est à noter que l’acquisition de la qualité de commerçant doit être appréciée à la

lumière de l’article 6 et 7 du CDC qui énumère les activités attribuant cette qualité dès

lors qu’elles sont exercées de manière habituelle ou professionnelle90.

Ensuite et en application de l’article 11 du code de commerce, toute personne qui en

dépit d’une interdiction d’une déchéance ou d’une incompatibilité exerce habituellement

une activité commerciale est Réputée commerçante.

Au but de ce qui précède le droit des difficultés des entreprises ne s’applique pas

[Link].
87
Art 545 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise
88
Art 546 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise
89
Art 546 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise
90
Art 561 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise

52
aux, associations au but non lucratif, activités agricoles, entreprises ayant pour objet une

activité civile, entreprises commerciales qui ne révèle pas des difficultés de nature à

compromettre son exploitation ou qui a honoré ses dettes, les entreprises soumises à un

texte de redressement particulier tel que les entreprises d’assurance.

Paragraphe 2 : les conditions procédurales

L'ouverture d'une procédure de sauvegarde est subordonnée à une décision du juge.

L'exigence d'un jugement d'ouverture soulève trois séries de questions relatives au

dépôt d’une demande accompagnée d’un document, le règlement de frais et la

présentation d’un projet de plan de sauvegarde.

1- Le dépôt d’une demande accompagnée d’un document

Le chef d’entreprise doit déposer sa demande au secrétariat greffe du tribunal

compétant, cette demande doit préciser les difficultés de nature à compromettre la

poursuite de l’activité de l’entreprise56, elle doit être accompagnée des documents

suivants91 :

 Les états de synthèse de la dernière année comptable visée par le


commissaire aux comptes s’il en existe
 L’inventaire et l’évaluation de tous les biens meubles et immeubles de
l’entreprise

 La liste des créanciers avec la précision de leurs adresses, le


montant de leurs créances, les garanties accordées
 La liste des débiteurs avec la précision de leurs adresses, le
montant de leurs dettes, les garanties accordées
 Le tableau des charges
 La liste des salariés et de leur représentant le cas
échéant
91
Art 577 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise

53
 Extrait du modèle 7 du registre de commerce
 La situation de la balance de l’entreprise pour les trois derniers
L’ensemble de ses documents doivent être tâtés et visés par le chef de l’entreprise,

en cas d’impossibilité de présenter l’un de ces documents ou de les présenter en totalité,

le chef d’entreprise doit préciser les motifs justifiant cette impossibilité. Par ailleurs, il lui

est tout à fait possible de présenter d’autres documents qui permettent de clarifier la

nature des difficultés à laquelle est confrontée l’entreprise92.

2- Le règlement et frais de la procédure

Le chef d’entreprise doit déposer sans délai à la caisse du tribunal le montant

nécessaire à la couverture des frais de publicités et du déroulement de la procédure, le

montant de ces frais est fixé par le président du tribunal93.

3- Le projet de plan de sauvegarde

Sous peine d’irrecevabilité, le chef d’entreprise doit joindre à sa demande un projet

de plan de sauvegarde, ce projet doit déterminer toutes les obligations nécessaires afin

de sauvegarder l’entreprise et les modalités de conserver son activité ainsi que les

moyens de son financement, il doit également préciser les modalités de règlement des

dettes et des garanties accordées pour l’exécution du plan de sauvegarde94.

Le débiteur est en principe l’auteur du projet de plan de sauvegarde. Cette solution

est parfaitement logique dans la mesure où la sauvegarde est une procédure volontaire

Par nature.95

92
Art 561 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise
93
Art 561 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise
94
Art 562 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise
95
Vidal, Dominique Giorgini, Giulio Cesare , Cours du droit des entreprises en difficulté, Gualino.Éd 2016, p216.

54
Chapitre 2 : le déroulement de la procédure de sauvegarde

La procédure de sauvegarde débute par un jugement d’ouverture. Un plan de

sauvegarde devra être élaboré et puis adopté par le tribunal, son exécution ou bien

l’inexécution met fin à la procédure.

Section 1 : le jugement d’ouverture de la procédure de


sauvegarde
Le jugement d'ouverture marque le début de la procédure de sauvegarde. Il crée un

état de droit nouveau qui affecte la situation du débiteur et celle de ses créanciers. De ce

fait, il revêt un caractère constitutif. Et, l'autorité qui s'y attache est absolue. Comme tout

jugement, son adoption et ses effets sont soumis au respect de règles strictes.

Paragraphe 1 : l’adoption de jugement d’ouverture

La décision d'ouvrir une procédure de sauvegarde est subordonnée à une parfaite

information du tribunal sur la situation réelle de l'entreprise. Une fois adopté, le

jugement d'ouverture produit ses effets à compter de sa date et non de sa publicité.

1- Information préalable du tribunal

La décision d'ouvrir une procédure de sauvegarde est une décision grave tant pour

le débiteur que pour ses créanciers. Le prononcé du jugement d’ouverture n’est pas

immédiatement effectué après la demande d’ouverture. Un délai est laissé au Tribunal

pour apprécier la situation du débiteur. En effet, Les informations nécessaires pour que le

tribunal statue en connaissance de cause sont d’abord données par le débiteur lui-même.

L’article 561 du Code de commerce exige que le chef d’entreprise « expose la nature des

difficultés de nature à compromettre la continuité de l’exploitation » .Ce même article

55
énumère les documents, comptables, économiques, sociaux et juridiques, qui doivent être

joints à la demande.

Toujours pour son information, le tribunal ne peut décider de l’ouverture de la

procédure qu'après avoir entendu le chef d’entreprise en ch. de conseil, dans les 15 jours

de sa saisine96. Il s'agit là d'une obligation imposée à peine de nullité de jugement

d'ouverture.

De manière plus générale, le tribunal peut également ordonner, avant de statuer,

une enquête destinée à recueillir tout renseignement sur la situation financière,

économique et sociale de l'entreprise. Le juge enquêteur ainsi nommé peut être assisté

de tout expert de son choix. Ainsi dûment informé, le tribunal pourra alors décider

d'ouvrir ou de ne pas ouvrir la procédure pour laquelle il a été saisi97.

2- Date d'effet et publicité

Le jugement d'ouverture produit ses effets à compter de sa date, c'est-à-dire à zéro

heure le jour où il est [Link] les actes accomplis par le débiteur le jour du jugement

d'ouverture sont donc réputés avoir été conclus après l'ouverture de la procédure .Le

jugement d'ouverture est l'objet d'une quadruple publicité65 :

 Il est mentionné sans délai au registre du commerce local et au registre du

commerce central.

 Le greffier, dans les huit jours de la date du jugement, publie un avis de la

décision dans un journal d’annonces légales autorisé à publier les annonces

légales, juridiques et administratives et au BO avec la dénomination sociale de

l’entreprise telle que figurant sur le registre de commerce et le numéro

96
Art 563 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.
97
Art 561 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.

56
d’immatriculation. Il invite les créanciers à déclarer leurs créances au syndic

désigné. Cet avis est affiché au panneau réservé à cet effet au tribunal.

 Il doit être fait mention du jugement dans les registres du gouvernorat des

biens immobiliers ou les registres de l’immatriculation des navires et des

avions ou autres registres destinés à cet effet, le cas échéant.

 Dans le même délai de huit jours, le jugement est notifié au chef d’entreprise

et au syndic par les soins du greffier.

Paragraphe 2 : les effets de jugement d’ouverture

En effet, à partir du jugement permettant l’ouverture de la procédure, la gestion de

l’entreprise continue à être assurer par le chef de l’entreprise sous la surveillance de

syndic, le jugement d’ouverture de la procédure de sauvegarde vise aussi à produire une

pluralité d’effets à caractère provisoire.

1- Les pouvoirs du chef d’entreprise et du syndic

Le chef d’entreprise ayant décidé de s’engager volontairement dans une procédure

de sauvegarde, il faut récompenser cette initiative. L’administration de l'entreprise est

assurée par le débiteur lui-même. Ce principe se justifie par la raison d'être de la

procédure de sauvegarde. Il s'agit d'une procédure préventive, destinée à anticiper la

survenance d'une cessation des paiements. De fait, elle a un caractère nécessairement

volontaire et ne peut donc être ouverte qu'à la seule demande du débiteur. Compte tenu

de l'ensemble de ces particularités, il est logique que le débiteur conserve la plénitude de

son pouvoir de gestion98.

Le syndic à une mission de surveillance, il contrôle a posteriori les actes de gestion

98
Coquelet, Marie-Laure, Entreprises en difficulté instrument de paiement et de crédit, Dalloz. Ed 2017, p135.

57
du dirigeant. Le chef d’entreprise a seul la qualité pour assurer le fonctionnement de

l’entreprise, toutefois, il demeure soumis au contrôle du syndic dans les opérations de

gestions et l’exécution du plan de redressement. Le syndic doit présenter un rapport au

juge commissaire sur cette mission99. Dès l’ouverture de la procédure de sauvegarde, le

chef d’entreprise doit préparer un inventaire sur les actifs de l’entreprise et les garanties

y afférentes, cet inventaire doit être établi sur une liste visée par lui-même et mise à la

disposition du juge commissaire et du syndic, il doit préciser dans son rapport les biens

qui peuvent faire l’objet d’une action revendication de la part des tiers. Toutefois, il est à

noter que le défaut de présentation de l’inventaire précité ne constitue pas un obstacle

pour l’exercice des actions en revendication100. Toutes les personnes tierces qui

détiennent des documents ou des pièces comptables de l’entreprise sont dans l’obligation

de les mettre à la disposition du syndic en vue de leur étude sous peine d’une astreinte

dont le montant est fixé par le juge commissaire101.

2- Les effets provisoires du jugement d’ouverture de la procédure

Il s’agit de :

a- La période d’observation

La procédure de sauvegarde permettre le redressement anticipée de la situation du

débiteur par l'adoption d'un plan arrêté par le tribunal. Cet objectif explique que la

procédure

S’ouvre par une période de diagnostic : la période d'observation. Cette période a pour but

d'élaborer un bilan économique et social de l'entreprise afin de permettre au juge

d'évaluer ses possibilités réelles de sauvegarde et déterminer les mesures les plus

99
Art 566 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise
100
Art 567 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise
101
Art 568 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise

58
appropriées pour assurer

« La poursuite de l'activité économique, le maintien de l'emploi et l'apurement du passif

»102.

La période d'observation a nécessairement un caractère provisoire, destinée à

évaluer les chances de sauvetage de l'entreprise, elle n'a pas vocation à perdurer.

L'activité de l'entreprise est poursuivie dans des conditions aussi proches que possible de

celles qui existaient avant le jugement d'ouverture. La période d'observation se conclu

avec l'élaboration d'un plan de sauvegarde103.

b- La suspension provisoire des poursuites

Conformément aux dispositions de l’article 686 du code de commerce marocain, le

jugement d’ouverture d’une procédure de sauvegarde, vise essentiellement à suspendre

ou interdire toute action en justice de la part de tous les créanciers dont la créance a son

origine antérieurement audit jugement et tendant :

 A la condamnation du débiteur au paiement d’une somme d’argent ;


 A la résolution d’un contrat pour défaut de paiement d’une somme d’argent.

c- L’interdiction des paiements

Cette mesure à un impact sur la trésorerie de l’entreprise, en transformant les

dettes à court terme en dettes à moyen et long terme.

Concernant l’interdiction des dettes antérieures, le droit français en la matière

prévoit que : « le jugement ouvrant la procédure emporte, de plein droit, interdiction de

payer toute créance née antérieurement au jugement d’ouverture, à l’exception du

paiement par compensation de créances connexes. Il emporte également, de plein

102
Art 560 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise
103
Coquelet, Marie-Laure, Entreprises en difficulté. Instruments de paiement et de crédit, Dalloz. Ed
2017, p283

59
droit, interdiction de payer toute créance née après le jugement d’ouverture, non

mentionnée au I de l’article L. 622-17. Ces interdictions ne sont pas applicables au

paiement des créances alimentaires »104.

D’après une lecture attentive de cet article, on déduit que le législateur marocain a

partagé l’idée du législateur français, tout en précisant que le jugement décidant

l’ouverture d’une procédure de sauvegarde emporte, de plein droit, interdiction de payer

toute créance née antérieurement au jugement d’ouverture105.

d- La continuation des contrats en cours

Le principe de continuation des contrats en cours constitue l’une des pièces

maîtresses du sauvetage de l’entreprise en procédure de sauvegarde ou de redressement

judiciaire. Ce principe déroge du droit commun des contrats, il organise le maintien forcé

des relations contractuelles, en paralysant le jeu de la résolution pour inexécution ainsi

que celui de l’exception d’inexécution propre aux contrats synallagmatiques. En d’autres

termes, l’inexécution antérieure du contrat ne constitue pas un obstacle à sa

continuation106.

e- L’interdiction de l’inscription des sûretés

Le code de commerce précise que les hypothèques, nantissements, privilèges ne

peuvent plus être inscrits postérieurement au jugement d’ouverture107. Ces opérations

des inscriptions ne peuvent être faites que par le syndic, ce dernier qui a la qualité pour

inscrire au nom de l’entreprise toute hypothèque, nantissement, gage ou tout privilège.

Les anciennes inscriptions sont renouvelées (cas du nantissement du fonds de

104
Code de commerce français. Art. L622-7, al. 1er.
105
Art 590 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.
106
COQUELET Marie-Laure, « Entreprises en difficulté : instrument de paiement et de crédit », Dalloz, 3ème éd., P.
157.
107
Art 699 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.

60
commerce et du matériel).

f- Les créances nées

Les dettes nées après l’ouverture de la procédure de sauvegarde est qui sont en

rapport avec le fonctionnement de l’entreprise ou de l’activité de celle-ci, en cours de la

période de la préparation de la solution doivent être réglée à leur date d’échéance. En cas

d’impossibilité de règlement à l’heure d’échéance, ces dettes doivent être payées par

priorité sur toutes les autres créances, qu’elles soient ou non assorties de privilèges ou de

garanties. La seule exception à cette règle concerne les dettes bénéficiant des privilèges

au terme de l’article 588 du code de commerce à savoir les dettes des salariés. En cas de

pluralité de créance répandant aux conditions précités le règlement s’effectue en

conformité avec la législation en vigueur108.

Section 2 : le plan de sauvegarde

Afin d’assurer la survie de l’entreprise placée sous sauvegarde, il est nécessaire de

déterminer les causes et l’étendue de ses difficultés.

Pour ce faire, la procédure débute par une période d’observation de l’entreprise. La

période d'observation est une période de diagnostic lors de laquelle sont appréciées la

viabilité de l’entreprise et les possibilités de restructuration propres à en assurer la

continuité sous la gestion du chef de l’entreprise109. La période d’observation est

également le temps de l’élaboration du plan pour sauver l’entreprise, appelé, « plan de

sauvegarde». Le régime juridique du plan de sauvegarde et du plan de redressement

108
Art 565 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.
109 77
COQUELET Marie-Laure, « Entreprises en difficulté .Instrument de paiement et de crédit », Dalloz, 3ème Ed
P. 183.

61
obéit à de nombreuses règles communes. La durée de ce plan ne peut excéder 5 ans110.

Pour élaborer le plan de sauvegarde, un bilan économique et social doit être réalisé.

Ensuite le plan doit être adopté par une décision du Tribunal.

Paragraphe 1 : l’élaboration du plan de sauvegarde

La notion de plan est une notion complexe que le droit peine à cerner. Le plan n'est

pas assimilable à un contrat judiciaire. Il est une décision de justice dont l'originalité

principale réside dans son caractère négocié. Cette décision est précédée d'une phase de

préparation qui conduit à l'élaboration d'un bilan économique et social de l’entreprise

ainsi que d'un projet de plan de sauvegarde), soumis à la consultation des créanciers.

1- Le bilan financier, économique et social de l'entreprise et le projet de plan

Le bilan financier, économique et social de l'entreprise est dressé par le syndic, avec

le concours du chef de l’entreprise111. Ce bilan a pour objet de préciser l'origine,

l'importance et la nature des difficultés de l'entreprise. Il constitue un instrument

essentiel d’information du tribunal.

Dans la perspective de l’examen des solutions envisageables dans le cadre du

traitement des difficultés du débiteur112.

Au vu du bilan, un projet de plan est alors établi. Ce projet de plan de sauvegarde

comprend quatre volets. Il doit :

 Déterminer les perspectives de redressement de l'entreprise en fonction des

possibilités et des modalités de son (ou ses) activité, de l'état du marché et

110
Art 571 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.
111
Art 569 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.
112
Vidal, Dominique Giorgini, Giulio Cesare, c o u r d e d r o i t d e s e n t r e p r i s e s e n d i f f i c u l t é s Gualino.Éd
2016, pt215.

62
des moyens de financement disponibles.

 définir les modalités de règlement du passif et les garanties


éventuelles que le débiteur doit souscrire pour en assurer
l’exécution113.

 exposer et justifier le niveau et les perspectives d'emploi ainsi


que les conditions sociales envisagées pour la poursuite
d'activité et le cas échéant les éventuels licenciements.

 recenser, annexer et analyser les offres d'acquisition présentées


par des tiers et indiquer la ou les activités dont l'arrêt ou
l'adjonction est proposé pour permettre le redressement.

Des solutions particulières sont posées lorsque l'entreprise est une société. Lorsque

le projet de plan envisage une modification du capital social. A cet égard, le syndic peut

demander au conseil d’administration, au directoire ou au gérant, selon le cas, de

convoquer l’assemblée générale extraordinaire ou l’assemblée des associés. Si, du fait des

pertes constatées dans les documents comptables, les capitaux propres sont inférieurs au

quart du capital social, l’assemblée est d’abord appelée à reconstituer ces capitaux à

concurrence du montant proposé par le syndic et qui ne peut être inférieur au quart du

capital social. Elle peut également être appelée à décider la réduction et l’augmentation

du capital en faveur d’une ou plusieurs personnes qui s’engagent à exécuter le plan.

L’exécution des engagements pris par les actionnaires ou associés, ou par de

nouveaux souscripteurs est subordonnée à l’acceptation du plan par le tribunal. À défaut,

les clauses d’agrément sont réputées non écrites. À cette fin, toute clause exigeant

l’acceptation de l’entreprise ou des associés pour la cession parts sociales, titres de

capital ou valeurs mobilières est réputée non écrite114.


113
Art 565 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.
114
Art 599 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise

63
2- La consultation des créanciers

La viabilité des propositions faites par le syndic pour assurer la continuité de

l'activité de l'entreprise nécessite la consultation préalable des créanciers. Il est

nécessaire de savoir si ces derniers sont d'accord avec les propositions de délais de

paiement et de remises de dettes contenues dans le projet de plan83.

Le syndic recueille individuellement ou collectivement. L’accord de chaque

créancier qui a déclaré sa créance, sur les délais et remises qu’il leur demande pour

assurer la bonne exécution du plan de continuation. En cas de consultation individuelle,

le défaut de réponse dans le délai de trente jours à compter de la réception de la lettre du

syndic vaut acceptation84.

Qu’il s’agisse d’une consultation individuelle ou collective, la lettre du syndic

comporte en annexe :

 Un état de la situation active ou passive avec indication détaillée du


passif privilégié et chirographaire.

 Les propositions du syndic et du chef d’entreprise et l’indication des


garanties offertes.
 l’avis des contrôleurs85

Lorsque le syndic décide de consulter collectivement les créanciers, ceux-ci se

réunissent sous sa présidence et à sa convocation. Un avis de la convocation peut en

outre être inséré dans un journal d’annonces légales, juridiques et administratives et

affiché au panneau réservé à cet effet au tribunal. La réunion doit avoir lieu entre le 15e

et le 21e jour de l’envoi de la convocation. Le syndic présente aux créanciers un rapport

sur l’état du redressement judiciaire ainsi que sur la poursuite de l’activité depuis

64
l’ouverture de la procédure.

L’accord de chaque créancier, présent ou représenté, sur les propositions de

règlement du passif est recueilli par écrit. Le défaut de participation à la consultation

collective vaut acceptation des propositions présentées par le syndic115.

Ensuite, le syndic dresse un état des réponses faites par les créanciers au terme de

leur consultation individuelle ou collective116.

Le chef d’entreprise et les contrôleurs sont consultés sur le rapport indiqué à

l’article 595 du code de commerce, par le syndic par lettre recommandée avec accusé de

réception. Le chef d’entreprise fait connaître ses observations au syndic dans les huit

jours117.

Paragraphe 2 : l’adoption du plan de sauvegarde

Lorsqu'il existe une possibilité sérieuse pour l'entreprise d'être sauvegardée, le

tribunal arrête le plan de sauvegarde qui met fin à la période d'observation.

.L’achèvement ou bien L’inexécution de plan met fin à la procédure de

sauvegarde.

1- L’homologation du plan de sauvegarde

Sur le rapport du syndic et après avoir entendu le chef d’entreprise et les

contrôleurs, le tribunal statue sur l’homologation du plan de sauvegarde lorsqu’il existe

des possibilités sérieuses de sauvegarde de l’entreprise. La décision du tribunal devrait

être en conformité avec les dispositions de l’article 623 et les alinéas de 1 à 6 dans

l’article 624 ainsi que les articles 625 à 627 et 629 à 632 du code de commerce.118

115
Art 603 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.
116
Art 604 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.
117
Art 605 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.
118
Art 570 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.

65
En effet, l'adoption d'un plan de sauvegarde conduit le plus souvent à une

restructuration plus ou moins profonde des conditions d'exploitation de l'entreprise afin

de garantir la poursuite de son activité pour l’avenir. Le plan arrêté par le tribunal définit

également les conditions de l'apurement du passif né avant le jugement d'ouverture sous

forme de délais de paiements et remises de dette.

Les personnes qui exécuteront le plan, même à titre d’associé, ne peuvent pas se

voir imposer des charges autres que les engagements qu’elles ont souscrits au cours de

sa préparation119. Le plan de continuation arrêté par le tribunal indique, le cas échéant,

les modifications apportées à la gestion de l’entreprise en vertu des dispositions qui

suivent et les modalités d’apurement du passif déterminées en application des articles

630 à 634 de code de commerce.

Lorsque l’entreprise a fait l’objet d’une interdiction d’émettre des chèques en raison

de faits antérieurs au jugement d’ouverture d’une procédure de redressement, le tribunal

peut prononcer la suspension des effets de cette mesure pendant la durée d’exécution du

plan et du règlement du passif. La résolution du plan met fin de plein droit à la

suspension de l’interdiction. Le respect des échéances et des modalités prévues par le

plan vaut régularisation des incidents120.

Le plan de continuation mentionne les modifications des statuts nécessaires à la

continuation de l’entreprise. Le syndic convoque, dans les formes prévues par les statuts,

l’assemblée compétente pour mettre en œuvre les modifications prévues par le plan 121.

Une modification dans les objectifs et les moyens du plan ne peut être décidée que par le

tribunal à la demande du chef d’entreprise et sur le rapport du syndic. Lorsque la

119
Art 623 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.
120
Art 625 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.
121
Art 627 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.

66
modification dans les objectifs et les moyens du plan de continuation peut avoir des

conséquences négatives sur les remises ou les délais acceptés par les créanciers, le syndic

convoque l’assemblée selon les dispositions des articles 609 et 610 du code de

commerce. Le tribunal statue après avoir entendu ou dûment appelé les parties et toute

personne intéressée. Il peut aussi prononcer la résolution du plan dans les formes et avec

les effets prévus à l’article 634 du code de commerce122.

Le tribunal donne acte des délais et remises accordés par les créanciers au cours de

la consultation. Ces délais et remises peuvent, le cas échéant, être réduits par le tribunal.

Pour les autres créanciers, le tribunal impose des délais uniformes de paiement sous

réserve, en ce qui concerne les créances à terme, des délais supérieurs indiqués par les

parties avant l’ouverture de la procédure. Ces délais peuvent excéder la durée du plan.

Le premier paiement doit intervenir dans le délai d’un an.

Le montant des échéances peut être progressif. Dans ce cas, leur montant annuel ne

peut être inférieur à 5% de leur montant total retenu par le plan.

Le tribunal peut libérer de la condition des délais les petites créances dans la limite

d’un total de 5% de la masse homologuée dans le plan sous réserve que le montant de

chaque créance n’excède pas 0,5% du passif estimé123.

L’inscription d’une créance au plan et l’octroi de délais ou remises par le créancier

ne préjugent pas l’admission définitive de la créance au passif. Les sommes à répartir

correspondant aux créances non encore admises ne sont versées qu’à compter de

l’admission définitive au passif124.

En cas de vente d’un bien grevé d’un privilège spécial, d’un nantissement ou d’une

122
Art 629 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise
123
Art 630 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise
124
Art 631 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.

67
hypothèque, les créanciers bénéficiaires de ces sûretés ou titulaires d’un privilège

général, sont payés sur le prix après le paiement des créanciers qui les priment. Ce

paiement anticipé s’impute sur le principal des premiers dividendes à échoir ; les intérêts

y afférents sont remis de plein droit125.

2- Fin de la procédure

Lorsque le plan est achevé, le Tribunal doit constater la complète exécution du

plan, il prononce la clôture de la procédure. Au contraire, Le tribunal peut ordonner la

résolution du plan de sauvegarde et décider en conséquence le redressement ou la

liquidation judiciaire du fait de l’inexécution des obligations déterminées dans le plan de

sauvegarde. Cette décision peut intervenir d’office ou à la demande de l’un des créanciers

et ce après audition du chef de l’entreprise ou du syndic. En cas de substitution du

redressement judiciaire à la procédure de sauvegarde, les créanciers soumis à ce plan

doivent déclarer leurs créances et leurs garanties telles qu’elles figurent dans le plan et ce

après déduction des sommes perçues. Si le tribunal a opté pour la substitution de la

liquidation judiciaire à la procédure de sauvegarde, les créanciers soumis à ce plan

doivent déclarer la totalité de leurs créances et les garanties après déduction des sommes

perçues. Les créanciers, dont les créances sont nées après l’ouverture de la procédure de

sauvegarde déclarent également leurs créances, ces déclaration sont soumises aux

dispositions du chapitre 12, section 6 du nouveau livre V du code de commerce. Il est à

noter que la procédure de sauvegarde n’est pas soumise aux règles de la période suspecte

telle que définie par le livre 11 section 6126.

125
Art 603 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.
126
Art 629 de la loi 73-17 formant code de commerce relatif aux difficultés d’entreprise.

68
Le terme de cette deuxième partie s’aboutie avec notre familiarisation avec

l’ensemble des principes encadrant la procédure de sauvegarde, les règles conditionnant

l’ouverture d’une telle procédure. L’introduction de cette procédure de sauvegarde dite à

caractère préventif, par la loi 73-17 est une innovation monumentale marquée par la

volonté du législateur marocain de s’impliquer avec application extrême dans le

renforcement des dispositifs préventifs consacrés par son droit des entreprises en

difficultés. Toutefois, un tel mécanisme peut s’avérer inutile suite à la réaction stagnante

du législateur marocain face à la crise économique actuelle, ce dernier devait s’interposer

et remanier ces mécanismes notamment en allégeant l’appréciation de l’état de cessation

des paiements de l’entreprise, afin de permettre à l’ensemble des personnes morales

souffrantes de la détérioration du climat économique actuel, de se réfugier dans ce

mécanismes préventif au lieu de faire recours à une procédure de redressement

judiciaire ou pire à la liquidation judiciaire.

69
CONCLUSION

Dès l’amorce de notre présente étude, l’attention a été mise sur l’efficience de cette

nouvelle réforme ou le résultat d’une langoureuse attente. L’analyse du rendement de la

loi 73-17 à la lumière du Code de commerce français nous a mené à extirper les

défaillances exténuant l’efficacité du livre 5 du Code de commerce marocain. En effet, on

se trouve aujourd’hui face à un dispositif consciencieux et impliqué dans sa mission de

prévention des difficultés de l’entreprise, mais dont le rendement se fera notamment

rabroué par son domaine d’application exiguë.

De plus, ce même dispositif qui est supposé constituer un refuge pour les

entreprises noyées dans une situation ombrageuse, semble s’attacher aux derniers

reliquats de son ancienne vision sanctionnatrice, et ce, en imposant à l’entreprise n’ayant

pas honoré ses engagements découlant de l’accord de conciliation, de faire l’objet d’une

procédure de redressement ou de liquidation judiciaire même si l’entité n’a pas encore

franchi la porte de l’état de cessation des paiements.

Une telle disposition éloignée des finalités ultimes de préservation d’emplois et des

entités viables, semble rabrouer l’ensemble des intérêts en présence. Ainsi, cette

négligence s’étend au super privilège des salariés accompagné du silence négatif du

législateur de la loi 73-17. Cette étourderie minera à tout employé ayant farouchement

consacré son expérience et son temps pour garantir la prospérité de son entreprise, et

qui se trouve contraint à subir un licenciement pour un motif non inhérent à sa personne

et sans la moindre garantie reconnaissant l’ensemble des efforts qu’il a fourni au fil des

70
années.

On se retrouve aujourd’hui face à une loi novatrice, entachée d’un domaine

d’application restreint et contrainte à subir les conséquences néfastes que peut

engendrer la vision stationnaire de son législateur. Ce dernier doit certainement se

mobilier afin de rectifier ces imperfections et garantir la pérennité de l’entreprise

marocaine pivot de tout développement économique et social que le Maroc peut

connaître.

71
Bibliographie

Thèses et mémoires

 CHALAT Alaedine, « la procédure de sauvegarde : étude comparée », mémoire


de master « juriste d’affaires », F.S.J.E.S Souissi- Rabat.
 SQUALLI Ibraim, « la sauvegarde des entreprises en difficulté : l’approche
marocaine et comparée », thèse en vue de l’obtention du grade de doctorat en
droit privé, FSJES-FES, sous la direction du professeur Abdellah MAGHRICH,
année universitaire 2016- 2017.
 Mari KOEHL, la négociation en droit des entreprises en difficultés, thèse de
doctorat de droit privé, université paris Nanterre, 2019.
 Saida BACHLOUCH « la prévention et le règlement amiable des difficultés des
entreprises n droit compare franco-marocain » thèse pour obtenir le grade de
docteur en Droit de ‘Université paris-Est-Créteil soutenu de 1 octobre 2012 sous
la direction du professeur Bertrand FAGES.
 Nahid LYAZAMI : la prévention des difficultés de l’entreprise : étude
comparative entre le droit français et le droit marocain, thèse de doctorat de
droit privé, université sud Toulon – Var, 2013.

 Ouvrages
 Henry, Laurence-Caroline Antonini-Cochin, Laetitia, L'essentiel du droit des
entreprises en difficulté, Gualino.éd 2019.
 Coquelet, Marie-Laure, Entreprises en difficulté. Instruments de paiement et
de crédit, Dalloz. Ed 2017.

 Vidal, Dominique Giorgini, Giulio Cesare, Cours de droit des entreprises en


difficulté, Gualino.éd 2016.
 Lentilleux, Laetitia, Droit des entreprises en difficulté, Gualino.éd 2012.

72
 Farhi, Sarah, Les procédures collectives après la loi PACTE, Gualino.éd 2019.
 SQUALLI Ibraim, « la sauvegarde des entreprises en difficulté : l’approche
marocaine et comparée », thèse en vue de l’obtention du grade de doctorat en droit
privé, FSJES-FES, sous la direction du professeur Abdellah MAGHRICH.
 Abdeljalil EL HAMOUMI « droit des difficultés d’entreprise : la prévention des
difficultés, le redressement judiciaire, la liquidation judiciaire » Dar Es-Salaam 3ème
Edition 2008.
 Mari KOEHL, la négociation en droit des entreprises en difficultés, thèse de
doctorat de droit privé, université paris Nanterre, 2019.
 [Link] « procédure collectives, accord amiable »,4éme Edition Delmas 2011
 [Link]-SBAAI, L’intermédiaire dans les procédures de prévention des difficultés
des entreprises, T.1, 2ème éd.

 Textes de lois

 Dahir n° 1-18-26 du 2 shaaban 1439 (19 avr. 2018) portant promulgation de la


loi n° 73-17 modifiant et remplaçant le livre V de la loi n° 15.95 formant code de
commerce relatif aux difficultés de l’entreprise.
 Loi de sauvegarde N° 2005-845 DU 26 JUILLET 2005 (Français).
 Code de commerce français.
 Code de commerce marocain.
 Loi n°53-95 du 12 février 1997, art 11 instituant des juridictions de commerce.

Site web

 Vie de l’entreprise, «La cessation des paiements», partie 1, la notion de cessation


des paiements. Adresse URL : [Link]
entreprises/dossiers-thematiques/cessation- activité/dossier-la-cessation-des-
[Link].
 Mohamed lahbib RHALIB, « la prévention Externe des Difficultés des
entreprises : l’Ouverture et l’Organisation du Règlement Amiable. » paru le 24
février 2016 à [Link]
des-entreprises-l’ouverture-et-l’organisation-du -règlement-amiable.
 Traduction fournie par Wikitionnaire.

73

74
Table de matière
REMERCIEMENT...........................................................................................................................1

DÉDICACE....................................................................................................................................2

LISTE DES ABRÉVIATIONS.............................................................................................................3

SOMMAIRE..................................................................................................................................4

INTRODUCTION...........................................................................................................................5

PARTIE 1 : LA CONCILIATION MODE ALTERNATIF DE RÈGLEMENT DES CONFLITS EN DROIT DES DIFFICULTÉS
DES ENTREPRISES............................................................................................................................................... 10

Chapitre 1 : la mise en œuvre de la procédure de conciliation..........................................................11


Section 1 : les modalités d’ouverture de la procédure de conciliation..............................12
Paragraphe 1 : les conditions de fonds.................................................................................12
Paragraphe 2 : les conditions de forme................................................................................13
Section 2 : le déroulement de la procédure de conciliation..............................................15
Paragraphe 1 : la nomination du conciliateur.....................................................................15
1- La désignation et le statut du conciliateur............................................................15
2- Les missions du conciliateur..................................................................................17
Paragraphe 2 : la suspension provisoire de poursuite.......................................................18
Chapitre 2 : le sort de la procédure de conciliation...............................................................................22
Section 1 : la conclusion de l’accord amiable....................................................................22
Paragraphe 1 : le contenu de l’accord...................................................................................22
1- Le plan proposé par le débiteur............................................................................23
2- L’apport des créanciers dans l’accord..................................................................24
Paragraphe 2 : l’accord de conciliation homologué............................................................26
1- Les conditions d’homologation de l’accord..........................................................27
2- Les effets d’homologation de l’accord amiable....................................................29
Section 2 : l’échec de la procédure de conciliation...........................................................30
Paragraphe 1 : l’entrave à la conclusion de l’accord amiable............................................31
1- Le désagrément des parties....................................................................................31
2- Le refus d’homologation de l’accord amiable......................................................32
Paragraphe 2 : L’inexécution des engagements de l’accord...............................................33
1- La résolution de l’accord........................................................................................33
2- Les effets de la résolution de l’accord...................................................................34
PARTIE 2 : LA PROCÉDURE DE SAUVEGARDE DES ENTREPRISES EN DIFFICULTÉS SOLUTIONS PRÉSENTÉS PAR

75
LA LOI 73.17..................................................................................................................................................... 36

Chapitre 1 : la finalité et les conditions d’ouverture de la procédure de sauvegarde...............37


Section 1 : la finalité et les caractéristiques de la procédure de sauvegarde.....................37
Paragraphe 1 : la finalité de la procédure de sauvegarde..................................................37
1- Neutraliser la situation financière de l’entreprise...............................................38
Paragraphe 2 : les caractéristiques de la procédure de sauvegarde.................................45
1- Le caractère volontariste........................................................................................45
2- Le Caractère préventif...........................................................................................46
Section 2 : les conditions d’ouverture de la procédure de sauvegarde.............................46
Paragraphe 1 : les conditions objectives et subjectives......................................................47
1- Les conditions objectives........................................................................................47
2- Les conditions subjectives......................................................................................53
Paragraphe 2 : les conditions procédurales.........................................................................54
1- Le dépôt d’une demande accompagnée d’un document.....................................54
2- Le règlement et frais de la procédure...................................................................55
3- Le projet de plan de sauvegarde............................................................................55
Chapitre 2 : le déroulement de la procédure de sauvegarde..............................................................56
Section 1 : le jugement d’ouverture de la procédure de sauvegarde................................57
Paragraphe 1 : l’adoption de jugement d’ouverture...........................................................57
1- Information préalable du tribunal........................................................................57
2- Date d'effet et publicité..........................................................................................58
Paragraphe 2 : les effets de jugement d’ouverture.............................................................59
1- Les pouvoirs du chef d’entreprise et du syndic...................................................59
2- Les effets provisoires du jugement d’ouverture de la procédure.......................60
Section 2 : le plan de sauvegarde.....................................................................................63
Paragraphe 1 : l’élaboration du plan de sauvegarde..........................................................64
1- Le bilan financier, économique et social de l'entreprise et le projet de plan...64
2- La consultation des créanciers...............................................................................66
Paragraphe 2 : l’adoption du plan de sauvegarde...............................................................67
1- L’homologation du plan de sauvegarde................................................................67
2- Fin de la procédure.................................................................................................70
CONCLUSION.............................................................................................................................72

BIBLIOGRAPHIE..........................................................................................................................73

TABLE DE MATIÈRE....................................................................................................................75

76

Vous aimerez peut-être aussi