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To Cite This Version:: Marie Dubsay

Cette étude vise à déterminer la prévalence de la consommation de compléments alimentaires chez les femmes enceintes jusqu'au cinquième mois de grossesse, en se basant sur une enquête téléphonique réalisée au CHU de Grenoble. Les résultats montrent que 53,66 % des femmes interrogées consomment des compléments, souvent sur recommandation d'un professionnel de santé, sans lien significatif entre leurs croyances sur les médicaments et leur consommation. L'étude conclut sur la nécessité de promouvoir une alimentation saine et équilibrée, malgré l'absence de recommandations claires sur l'utilisation des compléments alimentaires pendant la grossesse.

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Cette étude vise à déterminer la prévalence de la consommation de compléments alimentaires chez les femmes enceintes jusqu'au cinquième mois de grossesse, en se basant sur une enquête téléphonique réalisée au CHU de Grenoble. Les résultats montrent que 53,66 % des femmes interrogées consomment des compléments, souvent sur recommandation d'un professionnel de santé, sans lien significatif entre leurs croyances sur les médicaments et leur consommation. L'étude conclut sur la nécessité de promouvoir une alimentation saine et équilibrée, malgré l'absence de recommandations claires sur l'utilisation des compléments alimentaires pendant la grossesse.

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Prévalence de la consommation de compléments

alimentaires chez les femmes enceintes jusqu’au cours du


cinquième mois de grossesse : une enquête transversale
par entretien téléphonique réalisé à la maternité du
centre hospitalier Universitaire de Grenoble
Marie Dubsay

To cite this version:


Marie Dubsay. Prévalence de la consommation de compléments alimentaires chez les femmes enceintes
jusqu’au cours du cinquième mois de grossesse : une enquête transversale par entretien téléphonique
réalisé à la maternité du centre hospitalier Universitaire de Grenoble. Gynécologie et obstétrique.
2022. �dumas-03941864�

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Pharmacie de Grenoble :

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UNIVERSITÉ GRENOBLE ALPES

U.F.R DE MÉDECINE DE GRENOBLE

DÉPARTEMENT DE MAÏEUTIQUE

PRÉVALENCE DE LA CONSOMMATION DE COMPLÉMENTS ALIMENTAIRES

CHEZ LES FEMMES ENCEINTES JUSQU’AU COURS DU CINQUIÈME MOIS DE

GROSSESSE : UNE ENQUÊTE TRANSVERSALE PAR ENTRETIEN

TÉLÉPHONIQUE RÉALISÉ À LA MATERNITÉ DU CENTRE HOSPITALIER

UNIVERSITAIRE DE GRENOBLE

PREVALENCE OF FOOD SUPPLEMENT CONSUMPTION AMONG PREGNANT

WOMEN UNTIL THE FIFTH MONTH OF PREGNANCY : A CROSS-SECTIONAL

SURVEY BY TELEPHONE INTERVIEW CARRIED OUT AT THE MATERNITY UNIT

OF THE GRENOBLE UNIVERSITY HOSPITAL CENTER

Par Marie DUBSAY

[Données à caractère personnel]

Mémoire soutenu le 15/06/2022

En vue de l’obtention du Diplôme d’État de Sage-femme

Année 2022
UNIVERSITÉ GRENOBLE ALPES

U.F.R DE MÉDECINE DE GRENOBLE

DÉPARTEMENT DE MAÏEUTIQUE

PRÉVALENCE DE LA CONSOMMATION DE COMPLÉMENTS ALIMENTAIRES

CHEZ LES FEMMES ENCEINTES JUSQU’AU COURS DU CINQUIÈME MOIS DE

GROSSESSE : UNE ENQUÊTE TRANSVERSALE PAR ENTRETIEN

TÉLÉPHONIQUE RÉALISÉ À LA MATERNITÉ DU CENTRE HOSPITALIER

UNIVERSITAIRE DE GRENOBLE

Par Marie DUBSAY

[Données à caractère personnel]

Mémoire soutenu le 15/06/2022

En vue de l’obtention du Diplôme d’État de Sage-femme

Année 2022

1
RÉSUMÉ

Objectifs : Déterminer la prévalence de la consommation en compléments alimentaires (CA)

chez les femmes enceintes dans leur première moitié de grossesse. Déterminer les

caractéristiques des compléments consommés et évaluer une association entre les croyances

sur les médicaments et la prise de CA pendant la grossesse.

Méthodes : Étude observationnelle, prospective et monocentrique au CHU Grenoble-Alpes,

incluant les femmes enceintes entre 20 et 25 semaines d’aménorrhée. Les croyances ont été

évaluées grâce à un outil standardisé : le Belief about Medicines Questionnaire (BMQ).

Résultats : 41 femmes ont été incluses dont 53,66 % prenaient des compléments alimentaires,

majoritairement orientées par un professionnel de santé, achetés en pharmacie, dans le cadre

d’une prise préventive. Nous n’avons pas observé d’association significative entre les

croyances sur les médicaments et la consommation de CA.

Discussion et conclusion : La prescription de CA par les professionnels de santé est plutôt

répandue chez les femmes enceintes dans leur première moitié de grossesse et cela malgré

l’absence de recommandation sur le sujet. La promotion d’une alimentation saine et

équilibrée est probablement à promouvoir.

Mots-clés : Femme enceinte ; complément alimentaire ; croyances médicamenteuses ;

prévalence

2
ABSTRACT

Objectives: Determine the prevalence of dietary supplement intake during their first part of

pregnancy. The study also aimed to determine dietary supplements characteristics and assess

whether there was an association between beliefs about medications and dietary supplements

intake during pregnancy.

Methods : Observational prospective and monocentric study at the CHU Grenoble-Alpes,

including pregnant women between 20 and 25 weeks of amenorrhea. Beliefs were assessed

using a standardized tool: the Belief about Medicines Questionnaire (BMQ).

Results : 41 women were included, 53.66% of whom took food supplements, mostly given by

a health professional and purchased in a pharmacy as part of a preventive intake. We did not

observe any significant association between dietary supplements consumption and beliefs

about medications.

Conclusion : The prescription of dietary supplements by health professionals is rather

widespread among pregnant women in their first half of pregnancy, despite the absence of

recommendations on the subject. The promotion of a healthy and balanced diet is most likely

important to promote.

Key words : Pregnant woman ; dietary supplement ; medicinal beliefs; prevalence

3
REMERCIEMENTS

Je remercie les membres du jury :

▫ Mme Chrystèle Chavatte, Sage-Femme, Enseignante au Département de Maïeutique,

Université Grenoble-Alpes, Présidente du jury ;

▫ Mme Pascale Hoffmann, Gynécologue-Obstétricienne, Professeure universitaire,

Praticien hospitalier Hôpital Couple Enfant – CHUGA, Co présidente du jury ;

▫ Mme Stéphanie Weiss, Sage-Femme libérale, St-Martin d’Uriage, Sage-Femme

Invitée ;

▫ M Lionel Di Marco, Sage-Femme, Enseignant au Département de Maïeutique,

Université Grenoble-Alpes, Co-Directeur de ce mémoire.

4
Je remercie plus particulièrement :

▫ Pr Matthieu Roustit, Pharmacologie Clinique, Université Grenoble-Alpes, Centre

d’Investigation Clinique, Centre Hospitalier Grenoble-Alpes, Directeur de ce

mémoire;

Pour ses précieux conseils, son soutien et sa grande disponibilité dans l’élaboration globale
de ce mémoire ;

▫ M Lionel Di Marco, Sage-femme, Enseignant au Département de Maïeutique,

Université Grenoble-Alpes, Co-Directeur de ce mémoire ;

Pour son soutien, son accompagnement et sa disponibilité dans la rédaction de ce mémoire ;

▫ M Amor Hosni, Interne de Pharmacie, Centre Hospitalier Universitaire

Grenoble-Alpes ;

Pour son aide précieuse et sa participation aux calculs statistiques ;

▫ Mme Claire Baudon, Sage-Femme, Enseignante au Département de Maïeutique,

Université Grenoble-Alpes, Co-référente de notre promotion ;

Pour son soutien et son encadrement pendant toutes ces années d’études ;

▫ Ma famille, mes amis et Benoît ;

Pour leur amour et leur soutien inestimable.

5
TABLE DES MATIÈRES

ABRÉVIATIONS..........................................................................................................................8

INTRODUCTION........................................................................................................................9

MATÉRIELS ET MÉTHODES..................................................................................................12

Schéma de l’étude..................................................................................................................12

Population étudiée..................................................................................................................12

Recueil de données.................................................................................................................12

Critères de jugement, principaux et secondaires....................................................................13

Données du questionnaire......................................................................................................14

Méthode de traitement des données.......................................................................................15

Calcul du nombre de sujets à inclure.....................................................................................15

Considération éthique et réglementaire..................................................................................16

RÉSULTATS..............................................................................................................................17

Flow-chart..............................................................................................................................17

Description de la population..................................................................................................18

Prévalence de la consommation en compléments alimentaires.............................................19

Comparaison du score moyen du Belief About Medicines questionnaire général...............24

DISCUSSION............................................................................................................................26

I) Les limites de l’étude.........................................................................................................26

6
A) Définition.................................................................................................................26

B) Recueil de données...................................................................................................27

C) La population............................................................................................................28

II) Discussion des résultats....................................................................................................29

A) Prévalence de la consommation en compléments alimentaires................................29

B) Le marché des compléments alimentaires................................................................30

a) Types de compléments alimentaires consommés..........................................30

b) Fréquence de la consommation de compléments alimentaires.....................32

c) Quantité de compléments alimentaires consommés......................................32

d) Indication de la prise de compléments alimentaires......................................33

e) Lieu d’achat des compléments alimentaires..................................................34

f) Source d’information à l’origine de la prise de compléments alimentaires..35

C) Les croyances médicamenteuses..............................................................................35

CONCLUSION..........................................................................................................................37

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES....................................................................................38

ANNEXES..................................................................................................................................42

7
ABRÉVIATIONS

CA : complément alimentaire

CHU : centre hospitalier universitaire

HCE : hôpital couple enfant

SA : semaine d’aménorrhée

ANSM : agence nationale de sécurité des médicaments

EFSA : autorité européenne de sécurité des aliments

IFOP : institut français d’opinion publique

BMQ : Belief About Medicines questionnaire

IMC : indice de masse corporelle

CPP : comité de protection des personnes

UI : unité internationale

8
INTRODUCTION

Les compléments alimentaires ont une histoire très récente. En effet, leur première

apparition date des années 60 aux Etats-Unis. A cette époque, ils étaient considérés comme

des produits de consommation et aucune surveillance particulière n’y était associée. Ainsi, la

première définition juridique n’est apparue qu’en 1995. C’est le point de départ de la

constitution d’un cadre réglementaire de ces produits, qui sont largement utilisés au sein de la

population (1). Selon le ministère des solidarités et de la santé, les compléments alimentaires

sont des denrées dont le but est de compléter un régime alimentaire normal et constituent une

source concentrée de nutriments ou d’autres substances ayant un effet nutritionnel ou

physiologique seuls ou combinés (2). Il existe de nombreux compléments alimentaires, à base

de plantes (à l’exclusion des plantes utilisées pour un usage thérapeutique), de vitamines et

minéraux, ou d'autres concentrés de substances à but nutritionnel et physiologique

(mélatonine, glucosamine…). Différentes formes galéniques sont commercialisées telles que

les gélules, pastilles, comprimés, pilules, sachets de poudre ou encore en préparations liquides

(ampoules, flacons munis de compte-gouttes) (3). Ce n’est qu’en 2009 que l’Agence

Nationale de Sécurité des Médicaments (ANSM) met en place le dispositif de nutrivigilance

destiné à surveiller les effets indésirables liés à la consommation des compléments

alimentaires notamment (3). De ce fait, la surveillance des compléments alimentaires n’est

que très récente, et les études à propos de ces produits sont peu nombreuses, surtout

lorsqu’elles concernent les femmes enceintes. D’après l’INCA3, 22% des adultes et 14% des

enfants consomment des compléments alimentaires. Ce rapport souligne également que « les

femmes enceintes constituent une population particulièrement vulnérable vis-à-vis des apports

nutritionnels […]. Dans ses recommandations de 2014, l’Autorité Européenne de Sécurité des

Aliments indique qu’elles doivent être incluses dans l’étude et faire l’objet, si cela est
9
possible, d’une étude spécifique ». En effet, pendant la grossesse, l'utilisation de compléments

alimentaires à des fins thérapeutiques n'est pas anodine et peut se révéler dangereuse dans

certains cas, pour la mère comme pour l'enfant à naître. Pour cette raison, la femme enceinte

doit consulter un médecin avant de recourir à des compléments alimentaires (4).

Selon un sondage de l’Institut Français d’Opinion Publique (IFOP) publié en mars 2021, près

de la moitié des français ont consommé des compléments alimentaires au cours des 12

derniers mois (parmi lesquels une immense majorité est convaincue de leur bienfaits). Cette

croissance de la consommation des compléments alimentaires au cours des derniers mois étant

associée au contexte de crise sanitaire (5). Pourtant, le bénéfice clinique réel de ces

compléments reste globalement très peu étudié.

La population des femmes enceintes exige une attention particulière. La grossesse est une

période de la vie des femmes qui demande à être surveillée et accompagnée. Selon les

recommandations de Santé Publique France, les besoins nutritionnels de la femme enceinte

sont avant tout comblés par une alimentation variée et équilibrée. La supplémentation

vitaminique reste rare et se fait sur prescription des médecins et sage-femmes (6). La

consommation de compléments alimentaires pourrait être intéressante pour des populations à

risque de carence comme les femmes enceintes. Le ministère de la santé précise que la prise

de compléments alimentaires relève d’un conseil médical éclairé (2).

Les compléments alimentaires sont accessibles en vente libre dans les grandes surfaces, les

pharmacies, les boutiques spécialisées ou via internet. Dans la littérature, il est difficile de

trouver des études portant sur la prévalence de la consommation en compléments alimentaires

au cours de la grossesse. La plupart des études concernent les supplémentations spécifiques

10
prescrites pendant la grossesse par les professionnels de santé et l’automédication des femmes

enceintes. En sachant que la consommation de ces compléments augmente en France, il serait

intéressant de connaître la prévalence de cette consommation chez les parturientes.

Notre problématique était donc d’estimer la prévalence de la consommation de compléments

alimentaires chez les femmes enceintes jusqu’au cours du cinquième mois de grossesse.

Nous avons préféré mener cette étude durant la première moitié de la grossesse, puisque c’est

une période particulièrement à risque dans le développement embryonnaire et fœtal

(développement des organes). Cette première moitié de grossesse peut également s’avérer

compliquée pour les femmes enceintes à cause des maux de grossesse tels que : les nausées, la

fatigue, les maux de tête ou encore les troubles digestifs. On peut donc émettre l’hypothèse

que le besoin de prendre des compléments alimentaires est important.

Les objectifs secondaires de cette étude étaient de :

- Déterminer les caractéristiques des compléments consommés, leur origine, par qui

sont-ils conseillés, le nombre moyen et la fréquence de la consommation.

- Évaluer si les croyances sur les médicaments sont associées à la prise de compléments

alimentaires pendant la grossesse. C’est à dire évaluer si la consommation en

compléments alimentaires pourrait avoir un lien avec une certaine méfiance des

patientes envers le milieu médical et certains traitements "conventionnels” prescrits.

Connaître l’étendue de la consommation pourrait permettre aux professionnels de santé de

mieux aviser les patientes sur le sujet, les orienter et les conseiller pour une utilisation plus

sécuritaire de ces produits.

11
MATÉRIELS ET MÉTHODES

Schéma de l’étude

Il s’agissait d’une étude observationnelle, prospective et monocentrique réalisée à la maternité

de l’hôpital couple enfant (HCE) du centre hospitalo-universitaire de Grenoble Alpes

(CHUGA). L’étude a été réalisée sur une période de six mois s’étalant du 1er décembre 2021

au 16 mai 2022.

Population étudiée

Ont été incluses dans cette étude, les patientes dont le terme est compris entre 20 et 25 SA

dont le suivi échographique du deuxième trimestre avait été effectué à l’HCE dans le service

de consultations obstétricales. Ont été exclues les patientes mineures, non francophones et/ou

s’opposant à la participation à la recherche.

Recueil de données

Les données ont été recueillies par le biais d’un questionnaire (Cf. Annexe I) réalisé lors d’un

entretien téléphonique. Ce dernier a été effectué en deux temps :

- Dans un premier temps, les échographistes ont été sollicités pour distribuer un

document d’information (Cf. Annexe II) aux femmes réalisant leur échographie du

deuxième trimestre, entre 20 et 25 SA. Les coordonnées des participantes ont été

consignées sur ce document. Le formulaire d’information et de non opposition

accompagnant le document a été conservé par chaque participante. Le stockage des

documents remplis s’est fait dans une armoire fermée à clé située dans le bureau de

Mme Peresse, sage-femme cadre des consultations de l’HCE.

12
- Dans un deuxième temps, nous avons collecté toutes les deux semaines pendant une

demie journée, les entretiens. Concernant la problématique de l’anonymat, ces

bulletins ont été détruits par une broyeuse adaptée au sein de l’établissement et la

récupération s’est faite sous pseudonymat avec les initiales des patientes, suivi de leur

numéro d’inclusion.

Critères de jugement, principaux et secondaires

L’objectif principal de cette étude était l’estimation de la prévalence de la consommation de

CA chez les femmes enceintes jusqu'au cours du cinquième mois de grossesse. Le critère de

jugement principal était la proportion de femme qui déclare avoir pris au moins un CA durant

les cinq premiers mois de grossesse.

Les critères de jugements secondaires étaient multiples dans cette étude.

- Description des CA consommés pendant les 20-25 premières SA. Le critère de

jugement ici était pour chaque complément alimentaire, de quantifier les différent(e)s :

o Types de compléments alimentaires : nom

o Formes galéniques

o Indications : bien-être, traitement, prévention

o Sources d’information : vous-même, amis, famille, personnel médical ou

paramédical, publicité/internet

o Lieux d’achat de ces compléments : pharmacie, grande surface, internet, autre

- Évaluation des croyances sur les médicaments et association à la prise de CA pendant

la grossesse. Le score moyen du Belief about Medicines Questionnaire général (BMQ)

(Annexe III), nous a permis de quantifier les croyances et les attentes des femmes

13
enceintes concernant les médicaments et les prescriptions médicamenteuses des

professionnels de santé. Nous avons donc comparé le score moyen du BMQ général

des patientes qui prennent des CA et des patientes qui n’en prennent pas.

- Description du nombre moyen de CA pris par les patientes en début de grossesse.

- Estimation de la fréquence de consommation de chaque CA consommé : plusieurs fois

par jour, une fois par jour, plusieurs fois par semaine, une fois par semaine, une fois

par mois.

Données du questionnaire

Le questionnaire se décompose en plusieurs parties.

Ont été recueillies les données démographiques et anthropométriques de la population étudiée

tel que : l’âge, le poids, la taille, le niveau d'étude, la situation maritale (seule/en couple), les

pratiques sportives, les pratiques alimentaires, la consommation d'alcool, la consommation de

tabac, le nombre d'enfants à charge et le terme prévu. Ces données avaient pour but de définir

la population d’étude et de la décrire.

La suite de l’entretien portait sur la caractérisation de la prise de CA. Quel(le) : type, forme

galénique, lieu d'achat, source d'information, indication, fréquence.

Le score moyen du BMQ général a permis d’évaluer les croyances générales des femmes

enceintes, d’une part vis-à-vis des professionnels de santé (questions 1 à 4) et d’autre part sur

l’aspect nocif des médicaments (questions 5 à 8). Les réponses vont de 1 à 5, plus nous

tendons vers 5, plus les croyances sont élevées.

14
Méthode de traitement des données

Les variables qualitatives ont été décrites par leur effectif et pourcentage, et les variables

quantitatives par leur moyenne et écart-type, ou médiane et intervalle interquartile si leur

distribution ne suivait pas une loi normale. La normalité des variables quantitatives a été testé

par vérification graphique. L’analyse du critère de jugement principal était descriptive, et

reposait sur l’estimation de la prévalence de la consommation de compléments alimentaires

chez les femmes enceintes, encadrée de son intervalle de confiance à 95%. Les comparaisons

de variables continues (BMQ) ont été réalisées avec un test t de Student si les conditions

d’application étaient respectées, ou par un test de Mann-Whitney si les variables ne suivaient

pas une distribution normale.

L’analyse statistique a été réalisée avec le logiciel Jamovi ® v1.8 (The jamovi project (2021),

[Link]

Calcul du nombre de sujets à inclure

La capacité d’inclusion maximale sur la période d’étude, pour cette étude monocentrique,

était estimée à 80 patientes. Nous avons évalué la précision de l’estimation obtenue avec un

tel effectif, en calculant la largeur de l’intervalle de confiance à 95% bilatéral encadrant la

prévalence de consommation de compléments alimentaires, selon la méthode de

Clopper-Pearson. Nous obtenons ainsi une largeur de l’IC 95% comprise entre 14,3 et 22,8%

pour des prévalences de 10 à 50%, respectivement (PASS v15 P, 2017, Kaysville, Utah, USA).

15
Considération éthique et réglementaire

Cette étude impliquant la personne humaine était considérée sans risque et ne modifiait pas la

prise en charge des participants (type 3). Elle a obtenu l’avis favorable du comité de

protection des personnes Sud Méditerranée le 26/11/21 (numéro d’identification :

2021-A02452-39)

16
RÉSULTATS

Le diagramme d’inclusion des patientes est représenté sur la figure 1 :

Figure 1 : Diagramme d’inclusion (flow-chart)

Sur les 43 patientes contactées, deux d’entre elles ont dû être exclues car elles n’étaient pas

joignables malgré plusieurs relances. L’effectif final de patientes incluses dans l’étude était

donc de 41.

17
Le tableau I résume la description générale de l’échantillon recueillie lors des entretiens

téléphoniques avec les patientes et représentant la population générale de l’HCE.

Total Prise de complément Pas de prise de


(N=41) (N=22) complément (N=19)
Age (moyenne ± 32,2 ± 4,82 32.7 ± 4,97 31,6 ± 4,71
écart-type)
Poids (moyenne ± 63.1 ± 8.88 62.5 ± 9,38 63,8 ± 8,44
écart-type)
BMQ (moyenne ± 13,5 ± 5,36 12,2 ± 4,75 14,9 ± 5,79
écart-type)
Terme (moyenne ± 21.66 ± 21.45 ± 0.67 21.89 ± 0.74
écart-type) 0.73
Enfants à charge 0.76 ± 1.09 0.82 ± 1.22 0.68 ±0.95
(moyenne ± écart-type)
Etudes supérieures

Oui 28,83% 22,73% 31,58%


Non 71,17% 77,27% 68,42%
Situation familiale

Seule 4,88% 4,55% 5,26%


Couple 95,12% 95,45% 94,74%
Tabac

Oui 4,88% 4.55% 5,26%


Non 95,12% 95,45% 94,74%
Alcool

Oui 7,32% 4.55% 10,53%


Non 92,68% 95,45% 89,47%
Alimentation

Régime particulier 14,63% 13,64% 15,79%


Alimentation classique 85,37% 86,36% 84.21%
Activité physique

Oui 71,17% 68,18% 78,95%


Non 28,83% 31,82% 21,05%
Tableau I : Description de l’échantillon de la population étudié

18
Nous avons calculé la prévalence de la prise de CA chez les 41 femmes enceintes incluses

dans l’étude dans leur première moitié de grossesse.

Prévalence de la consommation de compléments alimentaires jusqu’au cours de la 25ème


SA chez les femmes enceintes de l’HCE =

(Nombre de femmes consommant au moins un CA / Nombre total de femmes incluses) x


100
= (22/41) x 100 = 53,66 %

Donc la prévalence de la consommation de CA chez les femmes enceintes jusqu’au cours du

cinquième mois de grossesse est de 53,66 % (cf. Figure 2).

Figure 2 : Pourcentage de femmes qui consomment ou ne consomment pas de CA

19
Figure 3 : Pourcentage de femmes qui consomment un ou deux CA

Figure 4 : Pourcentage de femmes qui consomment ou ne consomment pas de CA

Sur les 26 CA, c’est le Gynéfam ® le plus consommé à 50%, le magnésium à 19,23%, le

Gestarelle à 7,69% et le reste à 23,08% (Cf. Annexe IV : tableau II).

20
Figure 5 : Pourcentage de femmes qui consomment ou ne consomment pas de CA

Sur les 22 patientes consommant des CA, 90,91 % en consomment une fois par jour, 13,64 %

en consomment deux fois par jour, 4,55 % en consomment trois fois par jour et 9,09 % en

consomment occasionnellement (Cf. Annexe IV : tableau II).

Figure 6 : Indication de la prise de CA chez les femmes enceintes qui en consomment (en

pourcentage)

21
Sur les 26 CA consommés, l’indication de la prise chez les patientes qui en consomment est

de 53,85 % en préventif, 38,46 % en traitement et 7,69 % en bien-être (Cf. Annexe IV :

tableau II).

Figure 7 : Lieu d’achat des CA chez les femmes enceintes qui en consomment (en

pourcentages)

Sur les 26 CA consommés, le lieu d’achat chez les patientes qui en consomment est à 88,46 %

dans une pharmacie, 7,69 % dans une grande surface et 3,85 % sur internet (Cf. Annexe IV :

tableau II).

22
Figure 8 : Source d’information à l’origine de la prise de CA chez les femmes enceintes qui

en consomment (en pourcentage)

Sur les 26 CA consommés, la source d’information à l’origine de la prise chez les femmes qui

en consomment est de 69,23 % pour les professionnels de santé, 26,92 % par soi-même et

3,85 % par l’entourage (famille, amis) (Cf. Annexe IV : tableau II).

23
Q1 = Les médecins prescrivent trop de médicaments
Q2 = Si les médecins passaient plus de temps avec leurs patients ils prescriraient moins de
médicaments
Q3 = Les médecins placent trop de confiance dans les médicaments
Q4 = Les remèdes naturels sont plus sûrs que les médicaments
Q5 = Les médicaments font plus de mal que de bien
Q6 = Tous les médicaments sont des poisons
Q7 = La plupart des médicaments sont addictifs
Q8 = Les personnes qui prennent des médicaments devraient arrêter de temps en temps

Figure 9: Proportion de réponses au BMQ général dans l’échantillon étudié (en

pourcentage)

24
Figure 10 : Comparaison du score moyen du BMQ général chez les femmes enceintes qui

consomment des CA et celles qui n’en consomment pas

Concernant les croyances, nous avons observé un score plus élevé chez les femmes qui ne

consomment pas de CA ce qui traduit une tendance. Toutefois la p-value est supérieure à 5%

donc on ne peut pas conclure à une différence statistiquement significative.

25
DISCUSSION

I) Les limites de l’étude

A) Définition

Nous avons pu constater lors de nos recherches que la définition des CA n’était pas

très claire. En effet, les nuances entre phytothérapie, homéopathie, supplémentation et

complément alimentaire sont difficiles à établir clairement.

- Pratique millénaire basée sur un savoir empirique enrichi au fil des générations, la

phytothérapie, du mot grec phyton, « plante » et therapeia, « traitement », est une

modalité de soins utilisant les plantes ou des produits en contenant (7).

- Le terme homéopathie vient du grec « homios » qui signifie semblable, similaire et de

pathos, maladie. Les principes fondateurs de l'homéopathie sont la similitude

(utilisation de substances produisant des effets semblables aux symptômes de la

maladie), la dilution infinitésimale (les substances utilisées font l'objet de multiples

dilutions) et la globalité (la cible du traitement n'est pas un organe en particulier, mais

l'individu dans son ensemble) (8).

- La supplémentation est un apport supplémentaire de substances indispensables à

l'organisme (le plus souvent des vitamines ou des minéraux), destiné à compléter une

alimentation carencée (9).

Une mauvaise compréhension de la définition du CA a pu limiter nos réponses malgré un

rappel de cette définition avant chaque entretien. Certaines patientes n’arrivaient pas à

comprendre exactement les produits qui pouvaient correspondre aux CA et certaines avaient

tendance à omettre involontairement une prise de CA par simple méconnaissance de la

26
définition de ces produits. On pourrait donc penser que cela impacterait nos résultats plutôt

vers une diminution de la prévalence. La prévalence réelle serait peut-être plus grande sans ce

biais. Cette limite dans la définition du CA pourrait soulever le problème de compréhension

dans la population générale également.

B) Recueil de données

Le biais d’auto-sélection a fait que la décision d’inclusion dans l’étude a été faite selon

la volonté des patientes. On peut donc émettre l’hypothèse qu’une certaine partie de la

population n’a pas été étudiée. Dans la sélection de notre échantillon, seules les patientes

souhaitant participer à l’étude ont été interrogées, un certain nombre de refus ont pu être mis

en évidence. La première sélection étant effectuée par les sage-femmes échographistes,

l’effectif des patientes ayant refusé de donner leur coordonnée téléphonique n’a pas été relevé.

Connaître l'ampleur de ce refus aurait pu nous permettre de savoir si l’échantillon était

représentatif de la population étudiée. Nous pouvons nous demander si le motif de refus de ces

femmes pourrait correspondre à une prise trop importante de CA ou à contrario une absence

de prise qu’elles voudraient cacher. L’objectif de l’étude et la compréhension étaient-il assez

clair pour inciter à la participation ? Ce refus pourrait aussi correspondre à leur peur d’être

dérangées ou que l’entretien prenne trop de temps. Ce n’est donc peut-être pas représentatif

de la population de l'HCE.

Cette méthode de recueil de données a été choisie après discussion avec la cadre du service. Il

était compliqué de pratiquer une distribution de questionnaire en salle d’attente, l’étude ne

ciblant que les femmes venant pour leur échographie du deuxième trimestre. L’avantage d’un

entretien téléphonique était de s’assurer de la bonne compréhension des patientes vis-à-vis des

informations demandées et d’assurer directement le recueil des données. Le délai

27
d’autorisation du lancement de l’étude par le CPP, le mode de recueil des données en deux

temps et la durée de l’étude n’ont permis qu’un recueil limité des données par rapport à

l’effectif attendu. Cet échantillon réduit conduit à un biais de puissance notamment pour

l’interprétation de la comparaison du score moyen du BMQ général chez les patientes qui

consomment des CA et celui des patientes qui n’en consomment pas. On peut en déduire que

l’absence d’association statistiquement significative dans le cas de notre étude est peu

exploitable. Pour le reste, l’étude est descriptive, cela impacte donc moins l’interprétation des

résultats.

Le biais de mémorisation reste possible mais est limité car le souvenir de la prise en CA

s’étale sur une période de cinq mois.

Une possible omission volontaire des participantes concernant leur consommation d’alcool et

de tabac notamment reste possible et expose à un biais de prévarication. On peut se demander

s'il n’y aurait pas d’autres omissions volontaires d’informations qui auraient pu soulever un

élément majeur dans la description de la population. On pense par exemple à la prise plus ou

moins occasionnelle d’alcool, de tabac ou de drogue pendant la grossesse. On ne peut donc

pas faire ressortir cette consommation chez les patientes qui consomment des compléments

alimentaires ou chez celles qui n’en consomment pas.

C) La population

Un biais de volontariat est possible si on admet l’hypothèse que les patientes qui ont

décidé de participer à l’étude avaient peut-être des caractéristiques et des motivations

différentes de celles qui n’ont pas voulu participer. Les patientes voulant participer à l’étude

étaient peut-être celles étant les plus intéressées et les plus motivées ou a contrario, étaient

peut-être celles ayant plus de méfiance envers les CA. Les patientes avec un niveau d’étude

28
supérieur auraient peut-être moins d’interrogations vis-à-vis des CA que les patientes n’ayant

pas fait d’études supérieures et donc seraient moins tentées de participer.

II) Discussion des résultats

A) Prévalence de la consommation en compléments alimentaires

Au départ, nous pensions que la consommation en CA chez les femmes enceintes dans

la première moitié de grossesse était plus importante du fait de l’association d’une plus

grande consommation de CA en France (5) dans la population générale et des maux survenant

souvent en début de grossesse comme la fatigue ou les nausées (10)(11). En étudiant la

réglementation des CA, nous avons remarqué que la surveillance de ceux-ci était

particulièrement récente avec un la mise en place d’un dispositif de nutrivigilance seulement à

partir de 2009 (3). Cette surveillance récente associée à une certaine vulnérabilité des femmes

enceintes concernant les apports nutritionnels nous faisait émettre l’hypothèse d’un risque

pour la santé des femmes enceintes et de leur nouveau-né. Le développement du marché des

CA ces dernières années et notamment sur internet remet en question l’accessibilité à ces CA

et l’apport d’une information éclairée par un professionnel de santé.

L’objectif de notre étude était donc d’estimer une prévalence de la consommation de CA chez

les femmes enceinte dans leur première moitié de grossesse pour avoir une vision plus globale

de cette consommation et particulièrement dans cette population. Nos résultats montrent une

prévalence estimée à 53,66%. Dans la littérature, il existe très peu de données concernant la

prévalence de la consommation de CA dans la population des femmes enceintes. On peut

cependant comparer la consommation globale de la population française à l’échantillon de

29
notre étude. L’étude NutriNet-Santé de 2018 réalisée sur 77 000 adultes français, montre que

43% d’entre eux étaient consommateurs de CA (12). Selon un sondage IFOP de 2020 réalisé

sur un échantillon de 1018 personnes âgées de 18 ans et plus, représentatif de la population

française, il y a 57% des Français qui ressentiraient le besoin de consommer des CA (13). Il

semblerait donc que les résultats de notre étude soient cohérents avec les données obtenues

dans la population générale. Cependant, les deux populations ne sont pas comparables

d’autant plus que notre population d’étude est celle d’une maternité de niveau trois spécifique.

On ne peut pas dire ici si le contexte de la grossesse influe ou non sur la consommation de

CA.

B) Le marché des compléments alimentaires

Les recommandations nationales sont de supplémenter la femme enceinte en acide folique à

dose de 0,4 mg par comprimé par jour en péri conceptionnel et en vitamine D à dose de 100

000 UI au 6ème mois de grossesse (10)(14). Aucune autre supplémentation n’est

recommandée selon les autorités de santé. Cependant, malgré ces recommandations on note

une consommation relativement importante de CA pendant la grossesse. Cependant, il est

important de souligner que ces recommandations sont anciennes et n’ont pas été mises à jour

depuis 2005 pour la HAS et depuis 2013 pour le CNGOF.

a) Types de compléments alimentaires consommés

Dans notre étude, on observe que la majorité des CA consommés sont des CA

spécifiques de la grossesse et notamment le Gynéfam ®, il représente 50% des 26 CA

consommés.

30
Ce complément se compose de : vitamine B1, B2, B3, B5, B6, B8, B12, acide folique,

vitamine D, E, fer, zinc, magnésium, cuivre, manganèse, iode, sélénium et huile de poisson.

Selon le site officiel de Gynéfam ®, ce complément contient tous les nutriments essentiels de

la grossesse et c’est également le premier complément recommandé par les gynécologues

français. Ces compléments, “ont été formulés spécifiquement pour répondre à vos besoins

nutritionnels spécifiques de ces périodes particulières de votre vie et vous apportent ainsi les

nutriments essentiels pour contribuer à une grossesse normale et à un allaitement maternel

optimal, favorisant le développement normal de votre bébé” (15). La posologie selon le Vidal

est d’une capsule par jour au milieu d'un repas à avaler avec un grand verre d'eau. Au vu des

recommandations nationales par le CNGOF et la HAS ces descriptions sont faussées par le

bénéfice attendu du laboratoire car les seules vraies recommandations de supplémentation

pendant la grossesse sont l’acide folique et la vitamine D.

Dans les précautions d'emploi, il est quand même rappelé que ce complément alimentaire est à

consommer dans le cadre d'un mode de vie sain et qu’il ne doit pas être utilisé comme

substitut d'un régime alimentaire varié et équilibré (16). Cependant, à la description de ce

complément, on pourrait croire qu’en l’absence de prise, on prendrait le risque d’une

grossesse anormale ou du développement non optimal du fœtus. Ce langage marketing

pourrait fausser la perception des femmes vis-à-vis des CA. De simples compléments, ils

pourraient se transformer en produits indispensables au bien-être et à la santé des femmes et

de leur bébé remettant même en question la prescription des professionnels de santé.

L’autre complément alimentaire qui ressort dans notre étude est le magnésium à 19,23 %.

Selon l’étude NutriNet de 2013, les produits contenant du magnésium et des vitamines B6 et

C sont les plus majoritairement consommés (17). Selon la définition du Vidal, le magnésium

31
est un sel minéral qui participe à plus de 300 réactions chimiques dans l’organisme. Il

intervient dans la production d’énergie à l’intérieur des cellules et il est indispensable à la

transmission de l’influx nerveux et à la relaxation musculaire après la contraction (18). Selon

la HAS et le CNGOF, il n’y a aucune preuve de l’effet bénéfique d’une supplémentation en

magnésium pendant la grossesse.

Les autres compléments alimentaires sont variés, vitamine C, levure de bière, zinc, gingembre

et gelée royale ont été cités.

b) Fréquence de la consommation de compléments alimentaires

Nos résultats montrent que 90,91 % des patientes consommant des CA ont une

fréquence de prise d’une dose par jour. Il est évident qu’il n’y a pas de surconsommation de

ces produits dans l’échantillon étudié. Comme nous le verrons par la suite, les CA étant

majoritairement achetés en pharmacie et prescrit par un médecin, on peut supposer que le

mode de prise est cohérent avec les conseils de bonne utilisation des produits.

On observe que 9,09 % des patientes ont une consommation occasionnelle, souvent dû à un

oubli ou en fonction des maux qu’elles souhaitent soulager.

c) Quantité de compléments alimentaires consommés

Nous voulions étudier la quantité de CA consommés par patiente pour nous faire une

idée de l’importance accordée aux CA dans la vie quotidienne. Les résultats montrent qu’au

maximum, 18,18 % des patientes ont consommé jusqu’à deux CA par jour. Cela montre que

la consommation de ces CA reste assez minime et comme vu précédemment la fréquence de

consommation est également limitée, majoritairement à une dose de CA par jour. En revanche,

comme nous l’avons évoqué dans les limites et les biais de l’étude, la compréhension de la

32
définition du CA reste assez vague. On peut se demander si la consommation d’autres CA n’a

pas été omise involontairement par les patientes, celles-ci ne pensant pas que ces produits

entrent dans la définition du CA.

d) Indication de la prise de compléments alimentaires

Les CA ne sont pas censés se substituer à une alimentation saine et équilibrée. Dans

notre étude, l’indication majoritaire de la consommation de CA est la prévention à 53,86%.

La fatigue est un état fréquent de la grossesse, en particulier pendant les premiers et les

derniers mois. En général, elle est le résultat de plusieurs causes : par exemple, modifications

hormonales, troubles du sommeil, voire anémie. En début de grossesse, elle est surtout

provoquée par des modifications hormonales avec l’augmentation de la concentration en

progestérone dans le sang qui provoque fatigue et somnolence. Dans la vaste majorité des

cas, ces troubles s’apaisent avec le temps et la fatigue disparaît au cours du deuxième

trimestre. Seul une meilleure organisation de la vie quotidienne, une alimentation équilibrée et

une activité physique régulière peuvent contribuer à prévenir la fatigue du début de grossesse

(11). Ce type de fatigue ne peut donc a priori pas être prévenu par quelconque

supplémentation ou CA.

L’autre indication de la consommation en CA est le traitement à 38,46%. On peut se poser la

question de la compréhension des femmes concernant la bonne utilisation des CA et les

conseils d’utilisation par les professionnels de santé. Le but d’un CA n’est pas de traiter mais

d’apporter un supplément à un mode de vie sain. Nous pouvons donc évoquer soit un manque

de compréhension de la part des patientes, soit une volonté de la part des professionnels de

santé d’utiliser une méthode placebo pour aider les patientes à surmonter les maux de la

grossesse tant que cela ne relève pas de la pathologie. Les traitements médicamenteux ne

33
restent pas anodins, on peut aussi émettre l’hypothèse que les professionnels de santé

souhaitent soulager les patientes dans un premier temps sans véritable traitement.

e) Lieu d’achat des compléments alimentaires

Le marché des CA s’étant étendu ces dernières années, on a pu voir apparaître et se

développer la vente par internet. Le développement de cette vente en ligne assurait une

surveillance moindre des normes et de la provenance pour certains produits et donc un

potentiel danger dans la consommation de ceux-ci.

Notre étude révèle un achat très majoritairement fait en pharmacie à 88,46 %. Ces résultats

sont plutôt rassurants car nous pensions au départ que l’achat sur internet, moins contrôlé,

serait plus conséquent au vu de la facilité d’achat et de certaines offres avantageuses. Les

avantages de l’achat en pharmacie résident dans le contrôle des produits aux normes

françaises ainsi que dans le conseil du pharmacien. En effet, sur le site du ministère de

l’économie, de la finance et de la relance on peut voir que ces CA font l’objet d’un

encadrement réglementaire strict visant à garantir la sécurité de leur emploi et la loyauté de

l’information donnée aux consommateurs. Les compléments alimentaires sont soumis à

l’ensemble des dispositions générales du droit alimentaire mais aussi aux règles spécifiques

définies par la directive 2002/46/CE du Parlement européen et du Conseil du 10 juin 2002

relative au rapprochement des législations des États membres concernant les compléments

alimentaires, transposée en droit français par le décret n°2006-352 (19).

34
f) Source d’information à l’origine de la prise de compléments alimentaires

Les résultats de notre étude montrent que l’origine de la consommation en CA reste

majoritairement basée sur la prescription d’un professionnel de santé (69,23 % sur les 26

compléments consommés).

La population des femmes enceintes aurait donc tendance à se fier en majorité à des

professionnels de santé plutôt que de se laisser influencer par leur entourage ou bien les pubs

et les réseaux. On note peut-être une vigilance particulière des femmes enceintes concernant

cette période de leur vie. Cependant, selon une étude de 2015 réalisée sur 740 femmes

enceintes, la prévalence de l’automédication pendant la grossesse était de 41,5% avec comme

conclusion un recours de plus en plus fréquent à l’automédication (20). Ici, notre étude

montre que sur les 26 CA consommés, 26,86 % des compléments étaient pris en

autoconsommation. Cela reste une partie non négligeable. Cette autoconsommation peut nous

interroger sur le rôle de prévention des professionnels de santé concernant la nutrition et la

prise de comprimés pendant la grossesse. Il serait intéressant également de connaître les

motivations des professionnels de santé prescrivant et conseillant la consommation de CA car

dans les recommandations nationales, seuls d’acide folique et la vitamine D sont préconisés.

D’autant plus que les CA ne sont pas remboursés par la sécurité sociale. Selon la HAS,

l’intérêt des compléments alimentaires multivitaminés n’a pas été évalué, les dosages étant

extrêmement variables selon les préparations (10)

C) Les croyances médicamenteuses

En France, ces dernières années, le développement des médecines alternatives ou

médecines “douces” a influencé dans la population générale la façon de voir la médecine et

l’accès aux soins. Selon un sondage IFOP de 2020, 70% des Français sont convaincus des

35
bienfaits de la médecine douce et 77% d’entre eux pensent que la médecine douce a de

l’avenir. Vingt-trois pourcents déclarent consommer plus qu’avant des produits issus de la

médecine douce (compléments alimentaires, homéopathie, phytothérapie…) quand la

consommation de produits issus de la médecine traditionnelle est plutôt stable (13). Qu’en

est-il de la population des femmes enceintes ?

Un des objectifs secondaires de notre étude était de comparer le score moyen du Belief about

Medicines Questionnaire général (BMQ) chez les femmes enceintes qui consomment des CA

et chez les femmes qui ne consomment pas de CA. Le but ici était de déterminer si les

croyances médicamenteuses et la confiance accordée aux professionnels de santé étaient

associées à une consommation de CA.

Au vu d’un défaut de puissance statistique, nos résultats montrent une différence non

significative entre les deux. Cependant, on peut quand même apercevoir une tendance. Les

femmes enceintes qui ne consomment pas de CA croiraient plus en une médecine alternative,

mais ces résultats sont très difficilement interprétables. Comme nous l’avons vu

précédemment, une certaine partie des patientes consommaient les CA à but thérapeutique.

L’interprétation de cette tendance pourrait s’expliquer par le fait qu’une certaine partie des

femmes qui consomment des CA les consomment au même titre que des médicaments et les

voient donc comme tels.

36
CONCLUSION

L’objectif principal de cette étude était de calculer la prévalence de la consommation

de compléments alimentaires chez la femme enceinte jusqu’au cours du cinquième mois de

grossesse dans une maternité de niveau trois. Nos résultats montrent que sur 41 femmes

enceintes, 53,66 % (n = 22) d’entre elles consomment des compléments alimentaires dans leur

première moitié de grossesse. On note dans nos résultats que la consommation des

compléments alimentaires est en majorité entourée par des professionnels de santé

(obstétricien, sage-femme, pharmacien) ce qui permet de s’assurer d’une prise conforme de

ces compléments alimentaires. Cependant, le discours de prévention sur l’alimentation

pendant la grossesse n’est peut-être pas suffisamment développé car comme nous l’avons vu,

il n’y a pas de recommandation spécifique vis-à-vis de la supplémentation hormis l’acide

folique et la vitamine D. La promotion d’une alimentation équilibrée et d’un mode de vie sain

suffit globalement à subvenir aux besoins essentiels de la grossesse hors contexte particulier

ou pathologique. La vision des CA est peut-être également à redéfinir chez les femmes

enceintes car certaines pourraient les considérer comme des traitements médicamenteux.

Du point de vue des professionnels de santé, il serait intéressant de connaître les motifs de

prescription de compléments alimentaires et leur opinion concernant le marché global de

ceux-ci. Pour aller plus loin, connaître la prévalence de la consommation de compléments

alimentaires au niveau national permettrait d’avoir une meilleure vision d’ensemble, voire

même d’évaluer les facteurs associés à cette consommation comme l’âge, le niveau de vie ou

les pathologies par exemple.

37
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

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40
20. Courrier D, Villier C, Jourdan S, Hoffmann P. Automédication et grossesse : enquête

auprès de 740 femmes enceintes dans le réseau périnatal Alpes-Isère. Rev Sage-Femme. 1

sept 2015;14(4):131‑41.

41
ANNEXES

Annexe I : Questionnaire réalisé pendant les entretiens téléphoniques

42
43
44
Annexe II : Document d’information distribué par les sage-femmes

45
Annexe III : Belief about Medicines Questionnaire général (BMQ)

46
Annexe IV :

Tableau II : Description des compléments alimentaires consommés.

47
RÉSUMÉ

Objectifs : Déterminer la prévalence de la consommation en compléments alimentaires (CA)

chez les femmes enceintes dans leur première moitié de grossesse. Déterminer les

caractéristiques des compléments consommés et évaluer une association entre les croyances

sur les médicaments et la prise de CA pendant la grossesse.

Méthodes : Étude observationnelle, prospective et monocentrique au CHU Grenoble-Alpes,

incluant les femmes enceintes entre 20 et 25 semaines d’aménorrhée. Les croyances ont été

évaluées grâce à un outil standardisé : le Belief about Medicines Questionnaire (BMQ).

Résultats : 41 femmes ont été incluses dont 53,66 % prenaient des compléments alimentaires,

majoritairement orientées par un professionnel de santé, achetés en pharmacie, dans le cadre

d’une prise préventive. Le BMQ ne montre aucune différence significative entre les

consommatrices et non consommatrices de CA.

Discussion et conclusion : La prescription de CA par les professionnels de santé est plutôt

répandue chez les femmes enceintes dans leur première moitié de grossesse et cela malgré

l’absence de recommandation sur le sujet. La promotion d’une alimentation saine et

équilibrée est probablement à promouvoir.

Mots-clés : Femme enceinte ; complément alimentaire ; croyances médicamenteuses ;

prévalence

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