Le grenier sentait la poussière et le bois sec.
Clara éternua en soulevant une
vieille couverture. Elle n’aimait pas vraiment fouiller dans les affaires de sa
grand-mère, mais elle devait vider la maison avant la vente.
— Allez, juste quelques cartons de plus, murmura-t-elle.
Elle ouvrit une boîte remplie de lettres. Certaines étaient jaunies, d’autres
encore intactes. Elle en prit une au hasard.
“À toi qui trouveras ces mots…”
Clara fronça les sourcils.
— Étrange…
Elle continua à lire.
“Si tu lis cette lettre, c’est que tu es arrivé jusqu’ici. Peut-être que tu me
cherches. Peut-être pas. Mais moi, je t’ai attendu.”
Clara sentit un frisson lui parcourir le dos.
— Attendu ? Mais…
Elle regarda l’enveloppe. Il n’y avait pas de nom.
Elle ouvrit une deuxième lettre.
“Je ne sais pas quand tu liras ça. Mais j’espère que tu n’auras pas peur. Les
réponses sont là où tu n’as pas encore regardé.”
Clara posa la lettre.
— C’est quoi ça ?
Elle fouilla la boîte plus rapidement. Toutes les lettres semblaient lui être
adressées, sans jamais mentionner son nom.
Son cœur battait plus vite.
— C’est impossible…
Elle se leva et observa le grenier. Les ombres semblaient plus profondes
qu’avant.
“Les réponses sont là où tu n’as pas encore regardé.”
Clara se tourna lentement vers un vieux miroir couvert d’un drap.
— Sérieusement ?
Elle s’approcha et retira le tissu.
Son reflet la regarda… mais avec un léger décalage.
Clara recula brusquement.
— Non.
Le reflet sourit.
Pas elle.
Le miroir resta silencieux.
Clara sentit ses mains trembler.
Puis, lentement, elle se rapprocha.
— Tu es… moi ?
Le reflet inclina la tête.
Et pour la première fois, Clara comprit que certaines réponses ne venaient
pas du passé… mais d’elle-même.
La mer était calme, presque trop. Léo fixait l’horizon depuis le pont du
bateau. Il n’y avait rien à voir, et pourtant il ne pouvait pas détourner le
regard.
— Tu cherches quelque chose ? demanda une voix.
Léo se retourna. Un homme plus âgé, les cheveux gris, s’appuyait contre la
rambarde.
— Peut-être.
— C’est vague.
— Comme la mer.
L’homme sourit.
— Elle est moins vague qu’on le croit.
Léo croisa les bras.
— Vous êtes capitaine ?
— Non. Juste quelqu’un qui est resté un peu trop longtemps.
Un silence s’installa.
— Vous avez déjà eu l’impression d’être perdu ? demanda Léo.
L’homme réfléchit.
— Oui.
— Et vous avez fait quoi ?
— J’ai arrêté de chercher une carte.
Léo fronça les sourcils.
— Ça n’aide pas beaucoup.
— Au contraire.
L’homme désigna l’horizon.
— Regarde. Tu vois quelque chose ?
— Non.
— Exactement. Et pourtant, on avance.
Léo resta silencieux.
— Tu n’as pas besoin de tout voir pour continuer.
Le vent se leva légèrement.
— Et si je vais dans la mauvaise direction ?
L’homme haussa les épaules.
— Alors tu apprendras quelque chose.
Léo regarda la mer encore une fois.
— Vous n’avez pas peur ?
— Si.
— Et ça ne vous arrête pas ?
— Non.
L’homme sourit.
— La peur, c’est juste une vague. Elle passe.
Léo inspira profondément.
Peut-être que c’était ça, avancer.
Pas savoir.
Mais y aller quand même.
Et au loin, l’horizon semblait un peu moins vide.