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Chap 1

Ce document traite de l'analyse complexe et des séries de Fourier, en mettant en lumière les contributions de mathématiciens tels que Cauchy, Fourier, et Riemann. Il couvre des concepts fondamentaux tels que les fonctions holomorphes, les intégrales complexes, et la convergence des séries de Fourier. La bibliographie mentionne des ouvrages clés qui ont servi de référence pour la rédaction du cours.

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Chap 1

Ce document traite de l'analyse complexe et des séries de Fourier, en mettant en lumière les contributions de mathématiciens tels que Cauchy, Fourier, et Riemann. Il couvre des concepts fondamentaux tels que les fonctions holomorphes, les intégrales complexes, et la convergence des séries de Fourier. La bibliographie mentionne des ouvrages clés qui ont servi de référence pour la rédaction du cours.

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Analysis II Pars A

Analysis complex Series Fourieris

Magister: Gerhardus Wannerus


Discipuli: A. Abdullus, S. Cirillus

Universitas Genav anno MIM/MM


Sectio Mathematica
Casa postalis 240
CH-MCCXI Genava XXIV
Table des matieres
I Analyse Complexe 1
I.1 Fonctions complexes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
I.2 Dierentiabilite dans C , fonctions holomorphes
0 . . . . . . . . . . . . . . 8
I.3 Integrales complexes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
I.4 Formule integrale de Cauchy . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
I.5 Series entieres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
I.6 Unicite, prolongement, Open Mapping . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
I.7 Developpement de Laurent, singularites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
I.8 Fonctions Meromorphes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
I.9 Theoreme des Residus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
II Series de Fourier 60
II.1 Euler . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
II.2 Premieres E quations aux derivees partielles . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
II.3 Etude elementaire de la convergence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
II.4 Theoreme de convergence de Dirichlet . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 78
II.5 Fonctions continues, Theoreme de Fejer . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 82
II.6 Convergence en moyenne quadratique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
II.7 Introduction a l'integrale de Lebesgue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93
II.8 Transformation de Fourier . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105
Cette partie du cours traite l'analyse complexe et les series de Fourier. Les deux
theories ont leurs racines dans les travaux de d'Alembert, d'Euler et de Lagrange, la
decouverte de leurs principaux resultats (tres elegants, beaux et surprenants) remonte au
debut du XIXeme siecle en France (Cauchy et Fourier), et leur perfectionnement vers le
milieu du XIXeme siecle en Allemagne (Dirichlet, Riemann, Weierstrass).
Les portraits gurant sur la page de titre ont ete \piques" sur Internet par les soins de
Stephane Cirilli (site [Link]
Pour la preparation du cours nous avons benecie de nombreuses aides, notamment
des remarques d'Ernst Hairer et des notes de cours des annees precedentes de Claude
Weber.
Chapitre I
Analyse Complexe
\COMPLEXE adj. (lat. complexus, qui contient). Qui contient plu-
sieurs elements dierents et combines d'une maniere qui n'est pas
immediatement claire pour l'esprit, qui est di cile a analyser."
(Petit Larousse illustre 1983)
Trois \chemins menent a Rome" :
 Integration complexe (Cauchy 1814{1831)
 Derivation d'applications holomorphes C C (Riemann 1851)
0 ! 0

 Series entieres (Cauchy 1831{1846, Weierstrass).


Abordons la theorie par le calcul dierentiel dans C et par les fonctions holomorphes
0

selon Riemann. Suivons ensuite l'evolution de Cauchy (integrales complexes, formule de


Cauchy). Nous voyons que chaque fonction holomorphe est analytique (possede un deve-
loppement en serie entiere). Ces series simplient la theorie (approche de Weierstrass).
Bibliographie.
Remm91]: R. Remmert, Theory of Complex Functions, publ. 1983, engl. transl. 1989,
4e ed. all. 1995, Springer  ouvrage admirable, source principale pour la redaction de ce
chapitre.
Neuen96]: E. Neuenschwander, Riemanns Einfuhrung in die Funktionentheorie, Gottin-
gen 1996 cours donne par Riemann a l'Universite de Gottingen 1855{1861. (\dazu nden
sich 3 Horer: Dedekind, Schering, Bjeknes" Klein, p. 252).
Bottazz86]: U. Bottazzini, The higher Calculus: A history of : : :, Springer 1986.
HW97]: Hairer-Wanner, Analysis by Its History, Springer 1995, second printing 1997
ouvrage utilise pour donner des references aux theoremes d'Analyse I.
De nombreux \classiques" sont disponibles a la bibliotheque mathematique (rayon \30"),
entre autres : Ahlfors, Behnke-Sommer, Bieberbach, H. Cartan, Courant, Henrici, Hurwitz-
Courant, Lindelof (excellent petit livre en francais), R. Nevanlinna, R.B. Burckel (extr^e-
mement riche en references bibl.).

I.1 Fonctions complexes


\En un mot, la methode de Riemann est avant tout une methode
de decouverte, celle de Weierstrass est avant tout une methode de
demonstration." (H. Poincare 1898, Acta Math. 22, p. 7)
\Pour Riemann l'image geometrique joue le r^ole dominant."
(H. Poincare 1898, Acta Math. 22, p. 7)
C w=z c
i
0

ei' z = x + iy
r y
' i
c
0 x 1 z
1
z
z = x iy ' 
; i
;
'
0 1
Fig. 1.1 { Plan complexe (
a gauche), multiplication complexe (a droite)

Le plan complexe. Les nombres complexes ont leur origine dans l'impossibilite qu'il
y a de resoudre certaines equations quadratiques (Cardano 1545)  au cours des siecles
suivants, ils deviennent de plus en plus importants (Descartes 1637 voir HW97, pages
56{59] pour plus de precisions). Euler decouvre leur grande utilite dans toutes les branches
de l'analyse, et introduit (en 1777) le symbole
i = 1 i.e. i2 = 1
p
; ; (1.1)
gr^ace auquel les nombres complexes prennent la forme
z = x + iy: (1.2)
Des le debut du 19e siecle (Gauss 1799, Argand 1806), on identie les nombres complexes
0C avec le plan de Gauss (ou plan d'Argand) IR2 (voir Fig. 1.1 a gauche)
C = x + iy x y IR IR2 = (x y) x y IR :
0 f j 2 g ' f (1.3)
j 2 g

On note x = z, y = z les parties reelles et imaginaires de z, z = x iy le nombre


< = ;

complexe conjugue.
Espace metrique. On appelle arg(z) = ' = arctan(y=x) l'argument de z et z = r = j j

x2 + y2 la valeur absolue. Ainsi, on a


p

z = r(cos ' + i sin ') (1.4)


en coordonnees polaires. La distance d(z1 z2) = z2 z1 fait de C un espace norme avec
j ; j 0

norme identique a la norme euclidienne de IR2 et equivalente a toute autre norme de


IR2. Les concepts de convergence, limites, continuite, compacite, convergence uniforme,
ensembles ouverts et fermes, etc. sont les m^emes qu'en Analyse I et n'ont donc pas besoin
d'^etre repetes.
Proprietes algebriques. Le produit de deux nombres complexes devient, en tenant
compte de (1.1),
c = a + ib c z = ax by + i(ay + bx): (1.5)
z = x + iy )  ;

La signi cation geometrique du produit est evidente si l'on utilise les coordonnees polaires
c = s(cos  + i sin ) c z = sr (cos( + ') + i sin( + ')) (1.6)
z = r(cos ' + i sin ') )  
a l'aide des identites trigonometriques connues (HW97, p. 43]). Ainsi, la multiplication
multiplie les valeurs absolues et additionne les arguments (voir Fig. 1.1 a droite). En voici
un cas important :
zz = x2 + y2 = r2 1 = z et c = cz (z = 0) (1.7)
z r2
)
z r2 6

donnant la division \en multipliant numerateur et denominateur par le complexe conju-


gue". C devient ainsi un corps commutatif.
0

La fonction exponentielle. Celle-ci (voir HW97, p. 25f]) a ses origines dans les pro-
cessus de \croissance exponentielle", i.e. quand une certaine quantite w cro^$t (ou decro^$t)
proportionnellement a elle-m^eme (populations, bacteries, temperatures, comptes bancaires
etc.). Prenons le facteur de proportionnalite egal a 1 et w(0) = 1 et cherchons a calculer
w(x) pour un x donne, pour l'instant reel. Divisons l'intervalle 0 x] en N parties egales,
alors dw
dx = w devient
w1 = w0 + Nx w0 = (1 + Nx )w0


w2 = (1 + Nx )w1 = (1 + Nx )2 w0 (1.8)


:::
wk = (1 + Nx )k w0 = (1 + Nx )k w(x) (1 + Nx )N :
)

ex ex ex ex
2 w4 2 2 2

w3
w2
w0 =1 w1 w0 =1 w0 =1 w0 =1
N =4 N =8 N = 16 N = 32

0 x x x xx 0 x 0 x 0 x
N N N N
Fig. 1.2 { Creation de la fonction exponentielle, x reel
Si l'on fait tendre N , ces polygones s'approchent d'une courbe bien connue (voir
! 1

Fig. 1.2), pour laquelle on a d'ailleurs, a l'aide du theoreme du bin^ome et d'un passage a
la limite quelque peu vertigineux (voir HW97, p. 26-27])
w(x) = ex = limN !1(1 + Nx )N = 1 + x + x2!2 + x3!3 + x4!4 + : : : : (1.9)

La formule d'Euler. Remplacons maintenant


iy
dans (1.8) la variable x par une valeur
purement imaginaire iy. Le nombre w1 = 1 + N forme un petit triangle rectangle (un c^ote
= 1, l'autre = Ny ) et ses puissances s'enroulent, par (1.6), sur une spirale qui ressemble
a celle de Theodorus (voir HW97, p. 169]). Pour la limite N , la gure devient
! 1

un secteur de cercle dont y mesure la longueur d'arc (voir Fig. 1.3). Cette gure rend
immediatement \visible" la celebre formule d'Euler
eiy = cos y + i sin y (1.10)
N1 = 4 N1 = 8 N1 = 16 N1 = 32
eiy w4 eiy eiy eiy
w3
w2 y y sin y y
wiy1
N
0 1 0 1 0 1 0 cos y 1

Fig. 1.3 { Creation de la fonction exponentielle pour iy imaginaire

a l'aide de laquelle la representation polaire (1.4) devient


z = x + iy = r ei':  (1.11)
Des cas particuliers de la formula d'Euler,
e i2 = i ou encore ei + 1 = 0 (1.12)
qui reunit les cinq nombres les plus importants des mathematiques (0 1 i e ), sont
certainement tres remarquables 1.
Remarque. La preuve originale d'Euler de (1.10), valable pour chaque z C , utilise les 2 0

series de Taylor (voir HW97, p. 59]).

Fonctions complexes
\ dass Riemann es unterlassen hat, bei der Veroentlichung sei-
:::

ner allgemeinen Untersuchungen das Eigenthumliche seiner Betrach-


tungsweise an der vollstandigen Durchfuhrung specieller Beispiele
"
::: (H.A. Schwarz 1869, cite d'apres Remm91, p. 71])

De nition 1.1 Soit U C un ensemble (normalement ouvert) et V


 0 C un autre  0

ensemble. Une fonction qui associe a chaque z U un w = f (z) V est une fonction
2 2

complexe f : U V . Nous pouvons aussi identier z = x + iy (x y) IR2 et


! ' 2

w = f (z) (u v) IR2 et arrivons a deux fonctions u(x y) v(x y) (les coordonnees du
' 2

point w) de deux variables reelles (x y) (les coordonnees du point z) (voir Fig. 1.4).
Si un point z1 se met en mouvement le long d'une courbe  , alors le point image w1
bougera le long d'une autre courbe f ( ) si un point z2 remplit une surface H (\the horse
of Sarah"), alors le point image w2 remplira une surface f (H ) (voir Fig. 1.4).
Plusieurs exemples vont nous aider a nous familiariser avec cette matiere. On va constater
que des formules tres simples donnent deja lieu a des situations assez compliquees:
Exemple 1.2 Soit c = a + ib un nombre complexe xe. Prenons
w = c z:
 (1.13)
1 L'humour russe de l'ere sovietique a rajoute a cela deux autres \constantes universelles" : 2 87
: :

roubles pour 1 litre de vodka et 1 49 roubles pour une demi-bouteille, ainsi que l'equation fondamentale
:

1 492 87 = 3 14 (communique par V.I. Lebedev).


:
:
:
1 1
w = f(z)
z V
w1
U v
z1 f w
y f(γ)
z f(H)
H γ
z2 w2
x 1 u 1
Fig. 1.4 { Fonction complexe w = (z + 0:2) 2

w = cz
c
1 z 1 c

−1 1 −1 1

−1 −1

Fig. 1.5 { Produit avec constante w = c z 

Nous pouvons ecrire les formules (1.5) sous forme matricielle


! ! ! ! !
u = a b x =s ; cos  sin 
; x : (1.14)
v b a y 
sin  cos  y
Cette application lineaire constitue, comme vu dans (1.6), en une rotation orthogonale
d'angle  = arg c, suivie d'une homothetie de facteur s = c (voir Fig. 1.5). Elle va j j

^etre fondamentale, plus tard, pour toute la comprehension des fonctions dierentiables
(holomorphes).
Exemple 1.3
w = z2  (1.15)
fonction illustree en Fig. 1.6. En coordonnees reelles, nous avons
u + iv = (x + iy)2 = x2 y2 + 2ixy u = x2 y 2 ;
(1.16)
;
v = 2xy: )

Les images des lignes verticales (poser x = a) deviennent

u = a2 4va2 
2
u = a2 y2 v = 2ay
; ) ; (1.17)
z = √w w=z2
1 1

−1 0 −1 1

−1 −1

Fig. 1.6 { La fonction w = z2


3

w
2 z 2

1 1

−2 −1 1 2 −2 −1 1 2 3

−1 −1

−2 −2

−3

Fig. 1.7 { Transformation de Cayley

des paraboles. Les lignes horizontales (y = b) deviennent des paraboles aussi (voir Fig. 1.6).
Nous observons que pour chaque w = 0, cette fonction possede 2 preimages (un chat gris
6

fonce et un chat gris clair). Ce phenomeme va encore nous interesser.


Exemple 1.4 (Transformation de Cayley)
w = zz + 11 
;
(1.18)
fonction illustree en Fig. 1.7. L'importance de cette formule fut decouverte par Cayley
(Crelle J. vol. 32, 1846, p. 119) pour le calcul des matrices: elle metamorphose des matrices
antisymetriques en matrices orthogonales. Dans C , elle transforme l'axe imaginaire en
0

cercle unitaire (et vice-versa):


w = iyiy + 1 = iy + 1 iy 1 = 1 + y2 i 2y = u + iv
; ; ;
(1.19)
1 iy 1 iy 1 1 + y2 1 + y2
 ;
; ; ; ;
w = (z + 1/z)/2

1 1
z

−1 1 −1 1

−1 −1

Fig. 1.8 { Transformation de Joukovski

ou
u = 11 + yy2  v = 1 +2yy2 satisfont u2 + v2 = 1:
2
;
;
; (1.20)
Ces expressions ne nous sont pas etrangeres : : :, elles creent une representation rationnelle
du cercle (cos ' et sin ') et les nombres pythagoriciens (voir HW97, p. 123]).
Exemple 1.5 (Transformation de Joukovski 1910)
 
w = 21 z + z;1 (1.21)
illustree en Fig. 1.8. Cette fonction transforme respectivement les cercles centres en 0 et
les rayons passant par 0 en une famille d'ellipses et d'hyperboles confocales. Pour prouver
ce fait, posons z = r ei' :


   
w = 2r ei' + 21r e;i' = 2r + 21r cos ' + i 2r 21r sin '; (1.22)
d'ou u = ( 2r + 21r ) cos ' et v = ( r2 21r ) sin ' et on voit que
;

u2 + v 2 = 1 et u2 v2 = 1: (1.23)
( 2r + 21r )2 ( 2r 21r )2
; cos2 ' ;
sin2 '
Remarque. L'image d'un cercle, astucieusement place (voir Fig. 1.8  en
trait discontinu  le cercle doit passer par le point z = 1), pourrait res-
sembler a un prol d'aile d'avion. Cela montre l'importance (historique)
de la transformation de Joukovski en aerodynamique.
Exemple 1.6 (Fonction exponentielle) La fonction exponentielle
w = ez (1.24)
z = log w w = ez
3 3

−1 0 1 −1 1/e 1 e

−3 −3

Fig. 1.9 { Fonction exponentielle

peut ^etre decrite par ez = ex eiy = ex (cos y + i sin y), a l'aide de la formule d'Euler
 

(1.10) elle est illustree en Fig. 1.9. Les lignes z = Const se transforment en cercles
<

concentriques (de rayon ex), les lignes z = Const deviennent des rayons passant par 0
=

(d'angle y). Quand y progresse de  a +, la valeur w s'enroule autour du plan complexe.
;

Quand y continue d'augmenter au-dela de , w = ez commence a se repeter et les sardines


de Stephane Cirilli se demandent de quelle bo^$te elles sont sorties. Il y aura des problemes
d'unicite pour la fonction inverse z = log w (voir plus tard).
Exemple 1.7 (Cosinus)
Composition i   exp  Joukovski = cos : (1.25)
(voir exercices).

I.2 Dierentiabilite dans C , fonctions holomorphes 0

Comme pour les fonctions reelles, on a pour les fonctions complexes plusieurs facons
de denir la dierentiabilite (voir [Link]. HW97, II.1 et III.6]): une fonction f : U V
x !

est C -dierentiable en un point z0 U si


0 2

f (z) f (z0) 0
!z0 z z0 = f (z0 )
zlim (2.1)
;

ou f 0(z0 ) est un nombre complexe et le point z peut se rapprocher de z0 d'une direction


arbitraire. Les autres variantes sont
lim f (z0 + h) f (z0 ) = f 0(z )
;
(2.2)
h!0 h 0
f (z) = f (z0 ) + f 0(z0) (z z0) + (z z0 ) (z z0 )
 ;  ; (2.3)
(Weierstrass 1861) avec limz!z0 (z z0 ) = 0
f (z) = f (z0 ) + (z) (z z0 )  ; (2.4)
(Caratheodory 1950) avec (z) continue en z0 et (z0 ) = f 0(z0 ). Toutes les demonstrations
de HW97, III.6] (dierentiation de somme, produit, quotient, polyn^omes, fonctions ra-
x

tionnelles, series convergentes dont la derivee converge uniformement) restent les m^emes.
Mais: une fonction complexe f : C C dierentiable comme fonction IR2 IR2
0 ! 0 !

(dans le sens de HW97, IV.3]) n'est pas forcement C -dierentiable: pour convaincre les
x 0

incredules, examinons le quotient dierentiel dans (2.2), quand h s'approche de 0 de deux


directions dierentes: une fois le long de l'axe reel, une fois le long de l'axe imaginaire:
lim f (z + h) f (z) = lim u(x + h y) u(x y) + i(v(x + h y) v(x y))
; ; ;

h!0 h h!0 h
@u @v
=
@x + i @x
h


(2.5)
lim f (z + ih );f ( z ) = lim u ( x y + h ) u( x;y ) + i ( v ( x y + h) v (;x y ))
h!0 ih h!0 ih
ih

@u
= i @y + @y :
; 
@v
(2.6)
On voit immediatement:
Theoreme 2.1 (Conditions de Cauchy-Riemann) Si f est C -di erentiable, alors 0

en ecrivant f (z ) = u(x y ) + iv (x y ), on a necessairement


@u = @v et
@v = @u : (2.7)
@x @y @x @y ;

Theoreme 2.2 Si u et v sont di erentiables et satisfont (2.7), alors la fonction w =


f (z) = u(x y) + iv(x y) est C -di erentiable, i.e. la limite (2.2) est independante de la
0

direction de h. On a
@v !
0 @v @u 1
f (z + h ) f (z ) 0(z) = 1  @w @w  @u
@x @x = @ @y @y A : (2.8)
lim = f i
; ;

h!0 h 2 @x @y @v @u @u @v
;  '
@x @x @y @y ;

Fig. 2.1 { Equations de Cauchy-Riemann (autographe de Riemann, Neuen96, p. 94])


Demonstration. (Riemann dans ses cours). Soit ' un angle arbitraire. Faisons comme
dans (2.5) et (2.6), avec h 7! hei' , alors, avec h > 0
@w cos ' + @w sin '
lim f ( z + he i' ) f (z )
;
= lim w ( x + h cos ' y + h sin ');w ( x y ) = @x @y
h!0 he i' h!0 he i' e i'
(2.9)
;
et, avec cos ' = (e + e )=2, sin ' = i(e e )=2,
i' i' ;
i' ;
; i'

dw = lim f (z + hei') f (z) = 1  @w i @w  + 1 e;2i' @w + i @w :


;
(2.10)
dz h!0 hei' 2 @x @y 2
;
@x @y
On voit que ce quotient dierentiel est independant de ' si et seulement si
@w + i @w = 0: (2.11)
@x @y
Voila precisement la condition (2.7). Le reste donne la formule (2.8).
Deuxieme demonstration. Une fois de plus, encore et toujours, il est plus elegant de
travailler avec la formulation de Weierstrass-Caratheodory. Comparons HW97, formule
(III.6.4), p. 235] pour f : C0 ! C0
f (z) = f (z0 ) + f 0(z0) (z z0) + : : :
 ; (2.12)
avec HW97 formule (IV.3.4), p. 301], ou la m^eme application est interpretee de IR2 ! IR2,
 u(x y)  u(x  y ) @u @u ! 
@x @y x ; x0 +::: :
v(x y) = v(x0 y0) + (2.13)
0 0
@v
@x
@v
@y 0

y ; y0
Si nous voulons que le produit de la matrice jacobienne dans (2.13) et d'un vecteur soit
equivalent au produit de deux nombres complexes f 0(z0 ) et (z z0), une comparaison de
;

(1.13) avec (1.14) prouve que cette derniere matrice doit ^etre de la forme
! @u @u !
a b = @x @y
@v : (2.14)
;

b a @v
@x @y
Les equations de Cauchy-Riemann, ainsi que les dernieres expressions pour f 0(z) dans
(2.8), deviennent clairement visibles.
Contre-exemple. La fonction
f (z) = zz 4
5

j j
(2.15)
est continue, possede des derivees partielles par rapport a x et y et satisfait en z = 0
les conditions de Cauchy-Riemann. Pourtant, elle n'est pas C -dierentiable (voir stereo-
0

grammes en Figure 2.2).


u u

x x
y y

v v

x x
y y

Fig. 2.2 { Fonction continue, Cauchy-Riemann, mais pas C -di erentiable 0

Fonctions holomorphes et conformes


\Die Theile einer gegebenen Flache auf einer anderen gegebenen
Flache so abzubilden, dass die Abbildung dem Abgebildeten in den
kleinsten Theilen ahnlich wird." (Gauss 1825, Werke IV, p. 189.)
De nition 2.3 Une fonction qui est C -dierentiable dans un ouvert U s'appelle holo-
0

morphe dans U . Une fonction est holomorphe en un point z0 si elle est holomorphe dans
un voisinage B"(z0).
Gauss a adresse l'article mentionne ci-dessus a la Societe Royale de Copenhague. Pour trai-
ter des problemes en geodesie et en cartographie, on recherche des applications \similaires
dans leurs plus petites parties", c'est-a-dire pour lesquelles des triangles innitesimaux
(ou des courbes qui se croisent) preservent leurs angles. Riemann a alors remarque que
chaque fonction dierentiable dans C possede cette propriete remarquable, a condition
0

que f 0(z) = 0 (cf. Figure 2.3).


6

z w = f(z)
α6
α7 α7
α6 α5
f(H) w5
H α5 α3
α8 z5
α3 α8
α2 α2 α4
α1 α4 w4
α1
z1 z4 w1

Fig. 2.3 { Exemple de fonction conforme, w = (z + 0:2)2


Observons cet animal pratiquant sa gymnastique matinale sous l'in%uence de w =
(z +0:2)2 . A certains angles apparents de son contour, nous avons attache des rapporteurs,
avant et apres le \stretching". Nous voyons que les angles restent invariants, mais les
rayons sont agrandis par le facteur f 0(zk ) et subissent une rotation d'angle arg f 0(zk ).
j j

Pour ceux qui voudraient verier, voici quelques valeurs:


z1 = :16 + :06i f 0 = :72 + :12i f 0 = :73 arg f 0 = :17
j j

z4 = :56 + :06i f 0 = 1:52 + :12i f 0 = 1:52 arg f 0 = :08 j j (2.16)


z5 = :53 + :18i f 0 = 1:47 + :37i f 0 = 1:52 arg f 0 = :25 :j j

L'explication du phenomene est simple: plus on s'approche d'un point zk , plus le terme
d'erreur dans (2.3) devient negligeable et, localement, la fonction f (z) f (z0) n'est rien ;

d'autre que le produit f 0(z0 ) (z z0), application qui, sous la forme c z, a ete analysee
 ; 

en detail dans l'Exemple 1.2.


On peut observer, sur tous les dessins de la section I.1, que l'image d'une grille ortho-
gonale reste orthogonale partout ou f 0(z) = 0. Les fonctions qui preservent les angles (et
6

leur orientation) s'appellent fonctions conformes.


Fonctions biholomorphes. Si dans un point f 0(z0 ) = 0 il existe, dans un voisinage de
6

w0, une fonction inverse f ;1 : V U (voir \Theoreme d'inversion locale", Analyse IIB,
!

xI.7). La matrice (f ;1)0 est l'inverse de la matrice (1.14), i.e.,


!
1 cos ' sin '  (2.17)
r sin ' cos '

;

a nouveau une matrice de la m^eme forme, donc f ;1 est holomorphe. Les applications
bijectives f : U V holomorphes dans les deux sens s'appellent biholomorphes.
!

Exemples. La fonction carre (1.15) est biholomorphe de


f : C+ 0 ! C (
0 n ;1  0] (2.18)
La transformation de Cayley (1.18) est biholomorphe de
C
0 1
n f g ! C
0 nf g 1 (2.19)
mais aussi de
C ; B1 (0)0 ! (2.20)
du demi-plan gauche a l'interieur du cercle unitaire. La Transformation de Joukovski
(1.21) est biholomorphe de
B1(0) 0
n f g ! C  1 1]:
0 n ; (2.21)
Mais comme elle est symetrique en z et z;1 , elle est aussi biholomorphe entre l'exterieur
du cercle et le plan fendu et joue un r^ole important en mecanique des %uides.
Enn, la fonction exponentielle (1.24) est biholomorphe de
(;1 1  ) (  )
 ; ! C ( 0 n ;1 0]: (2.22)
Fonctions harmoniques; Applications en Physique
\Eine vollkommen in sich abgeschlossene mathematische Theorie,
welche fortschreitet, ohne zu scheiden, ob es sich um die Schwer-
:::

kraft, oder die Electricitat, oder den Magnetismus, oder das Gleich-
gewicht der Warme handelt."
(Manuscript de Riemann 1850, Werke p. 545.)

Theoreme 2.4 (Riemann 1851) Soit f = u + iv holomorphe en D et soit u et v deux


fois contin^ument di erentiables dans IR2. Alors
&u = uxx + uyy = 0 et &v = vxx + vyy = 0 (2.23)
i.e., u et v satisfont \l'equation de Laplace" (u et v sont des fonctions \harmoniques\).
Demonstration. Les equations de Cauchy-Riemann sont ux = vy et vx = ;uy . On derive
la premiere equation par rapport a x et la deuxieme par rapport a y. Cela donne uxx = vyx
et vxy = ;uyy . Comme (voir Theoreme de Schwarz, HW97, p. 317]) vyx = vxy , on obtient
la premiere equation de (2.23). Pour la deuxieme, on derive les equations CR par rapport
a y et x respectivement.

1.5

1.0

.5

.0
−2 −1 0 1 2

−.5

−1.0

−1.5

Fig. 2.4 { Champ d'un dip^ole dans IR2 , w = log(z + 1) log(z 1)


; ;

Remarque. Nous allons voir plus tard que chaque fonction holomorphe est inniment
dierentiable. L'hypothese concernant les deuxiemes derivees sera donc super%ue.
Gr^ace a cette decouverte, Riemann a ouvert l'application des fonctions holomorphes
a de nombreux problemes de la physique, puisque cette equation est satisfaite par le po-
tentiel gravitationnel d'un corps (Laplace 1785, voir Oeuvres I, Mecanique celeste, publie
1843, p. 157), par les champs electriques et magnetiques (Gauss et W. Weber a Gottin-
gen) et par la chaleur en equilibre (Fourier 1807 cf. citation de Riemann ci-dessus). Il
faut rajouter a cette liste certains mouvements de liquides (les mouvements sans rotation-
nel d'Alembert 1752, Helmholtz 1858). Ainsi, chaque dessin des exemples de la section
I.1 peut representer les lignes d'ecoulement d'un %uide, les lignes de force d'un champ
electrique, magnetique ou gravitationnel, les lignes equipotentiels, les lignes de tempera-
ture constante ou les lignes d'un %ot calorique (plus precisement, les lignes des images
de gauche sont les lignes de niveau de la partie reelle et partie imaginaire de la fonc-
tion inverse f ;1 ). Un exemple interessant nous est donne par le le potentiel d'un dip^ole
(ou l'ecoulement d'un liquide sortant d'une source et rentrant dans un trou) cree par la
fonction holomorphe w = log(z + 1) log(z 1) (voir Figure 2.4).
; ;

I.3 Integrales complexes


\L'intention de Cauchy, proclamee dans l'introduction de son me-
moire, etait de rendre rigoureuse une methode d'integration utilisee
deja par Euler et surtout par Laplace " :::

(B. Belhoste, Cauchy, p. 179, en parlant de Cauchy 1814)


Avertissement. Les 4 pages suivantes nous permettront de decouvrir les idees menant
aux integrales complexes et au theoreme \fondamental" de Cauchy. Ce theoreme sera en-
suite demontre rigoureusement (preuve de Goursat-Pringsheim). Auparavant, permettons-
nous une \rigueur d'epoque" (echanges d'integrations, derivees, etc).
Question. Soit une fonction complexe f (z) donnee, que faut-il comprendre par l'integrale
complexe Zc
f (z) dz =? (3.1)
c0
Ecrite en partie reelle et en partie complexe, elle deviendrait
Zc Z c  Z c 
f (z) dz = u(x y) dx v(x y) dy + i v(x y) dx + u(x y) dy :
; (3.2)
c0 c0 c0
Integrale d'une forme dierentielle. Les deux integrales dans (3.2) sont de la forme
Zc Zc
f (x y) dx + g(x y) dy = ! (3.3)
c0 c0
ou ! = f (x y) dx + g(x y) dy s'appelle une forme di erentielle. Des integrales de ce type
sont monnaie courante dans les equations dierentielles d'Euler. Euler avait pour elles un
\integribilitatis criterium" (voir Opera Omnia Vol. 19, 1777, p. 2{3)
@f = @g : (3.4)
@y @x
Avec cette condition f (x y) dx + g(x y) dy = dU est la dierentielle \exacte" d'une fonc-
tion U (x y). Il est evident que cette condition, pour les deux integrales dans (3.2), est
identique aux equations de Cauchy-Riemann (2.7).
An de justier cette condition de maniere plus rigoureuse (Cauchy 1814), supposons
que l'integrale dans (3.3) soit une fonction U (a b) ou c = a + ib. Similairement au procede
de (2.5) et (2.6), integrons les deux integrales de (3.3), selon des ordres dierents:
Zc
f (x y) dx + g(x y) dy = U (a b) U (a0  b0 )
;
y
c0 b
Za Zb
= f (x b0) dx + g(a y) dy b0
(3.5)
a0 b0 a0 ax
Zb Za y

= g(a0 y) dy + f (x b) dx : b
b0 a0 b0
a0 ax
Si l'on derive la derniere equation par rapport a a, et celle du milieu par rapport a b, on
obtient
@U = f (a b) @U = g(a b): (3.6)
@a @b
Finalement, en calculant les derivees partielles croisees de ces deux expressions (et en
utilisant a nouveau le theoreme de Schwarz HW97, p. 317]), on arrive a (3.4) comme
condition necessaire.
Inversement, on voit, en evaluant les integrales doubles
Z bZ a @g  Z aZ b @f 
dx dy = dy dx
b0 a0 @x a0 b0 @y
= = (3.7)
Z b  Z a 
g(a y) g(a0 y) dy =
; f (x b) f (x b0) dx
;
b0 a0
que les deux dernieres lignes de (3.5) determinent la m^eme fonction U (a b). La condition
(3.4), si elle est satisfaite partout a l'interieur du rectangle, est donc susante aussi.
Remarque. Les formules (3.7) se laissent transformer en une relation entre une integrale
curviligne sur un lacet ferme et une integrale double, la formule de Green (voir cours
d'Analyse I voir aussi gure 3.1).

Fig. 3.1 { Formule de Green (autographe de Riemann, Neuen96, p. 98])

Intégrales curvilignes
\Der stetige U bergang von einem (complexen) Werthe von zu einem
x

anderen + geschieht demnach durch eine Linie und ist mithin auf
a bi

unendlich
R ( ) nach viele Arten moglich. Ich behaupte nun, dass das Integral
' x dx zwei verschiednen U bergangen immer einerlei Werth
erhalte Dies ist ein sehr schoner Lehrsatz, dessen eben nicht schwe-
:::

ren Beweis ich bei einer schicklichen Gelegenheit geben werde."


(C.F. Gauss 1811, lettre a Bessel, Werke 8, p. 91)
\Ce Memoire peut ^etre considere comme le plus important des tra-
vaux de Cauchy, et les hommes competents n'hesitent pas a le com-
parer a tout ce que l'esprit humain a jamais produit de plus beau
dans le domaine des sciences."
(C.A. Valson 1868, voir Remm91, p. 195])
Le \Memoire" soi-disant \le plus important des travaux de Cauchy" est intitule Me-
moire sur les integrales de nies, prises entre les limites imaginaires, publie en 1825, en
quelques exemplaires, et inclus seulement en 1974 dans les Oeuvres de Cauchy (cf. Remm91,
p. 195 et 424]).
Question. Comment denir une integrale complexe
Zc
f (z) dz =? (3.8)
c0
si le point z passe de c0 a c le long d'une courbe arbitraire  ? La m^eme question se
pose
y
pour les integrales d'une forme dierentielle (3.3).
b c

z4
z = γ(t)
z3
z2
z1
b0 c0
a0 a x

Fig. 3.2 { Chemin pour integrale curviligne (a droite: dessin de Riemann, Neuen96,
p. 97])
Idee. On place sur la courbe une suite de points c0 = z0  z1 : : :  zn = c et on pose
Z  
f (z) dz := lim f (z0 ) (z1 z0 ) + f (z1) (z2 z1 ) + : : : + f (zn;1) (zn zn;1 ) (3.9)
; ; ;

ou la limite est prise sur des subdivisions de plus en plus nes de la courbe.
Calculs. Supposons que la courbe soit determinee par une application  : 0 1] ! C,
0

qui soit contin^ument dierentiable . Inspires par zk =  (tk ), pour lesquels zk+1 zk
2
;

 0(tk ) (tk+1 tk ), nous prenons


 ;

Z Z1
f (z) dz := f ( (t))  0 (t) dt  (3.10)
 0

comme De nition de l'integrale complexe.


Dans la plupart des cas, la courbe sera en eet continue, mais seulement contin^ument
dierentiable par morceaux. Dans ce cas, nous additionnons les integrales sur les dierents
morceaux, comme nous l'avons deja fait en (3.5) (cf. aussi Remm91, lignes 10{15, p. 172]).
On doit maintenant montrer que cette denition est bien de nie, c'est-a-dire indepen-
dante de la parametrisation de la courbe. Pour cela, on suppose que e (t) =  ( (t)) ou
est un dieomorphisme : 0 1] 0 1] reliant deux parametrisations dierentes. Cela
!

insere dans (3.10) donne deux fois la m^eme chose, gr^ace a la formule de substitution d'une
variable (HW97, p. 112]).
Chemin renverse. On a Z Z
f (z) dz = f (z) dz (3.11)
;
;

ou  est le chemin parcouru dans le sens inverse.
;

Chemins composes. Soit 1 : 0 1] C un chemin et 2 : 0 1] C un autre avec


! 0 ! 0

2(0) = 1(1). Alors nous ecrivons pour le chemin compose des deux chemins  = 1 + 2
en posant
2 Le choix de 0 et 1 pour les bornes du parametre est arbitraire, nous aurons ainsi moins de lettres
:

dierentes.
( γ1

 (t) = 1(2 t) if 0 t 12 γ2
 
(3.12)
2 (2t 1) if 12 t 1:
;  
γ
Existence de primitive. Si on applique la fonction U (a b) de (3.5) aux deux integrales
dans (3.2), on tombe sur deux fonctions U (x y) et V (x y). Ensuite, les equations (3.6)
montrent que F (z) = U (x y) + iV (x y) satisfait F 0(z) = f (z), i.e., F est primitive de f ,
et la premiere formule dans (3.5) devient
Zc
f (z) dz = F (c) F (c0): ; (3.13)
c0
Le m^eme resultat reste valable pour une integrale curviligne
Z
f (z) dz = F ( (1)) F ( (0)) ; (3.14)

car f ( (t))  0(t) = (F ( (t)))0 (voir HW97, Thm. III.6.7 et III.6.13]), cela donne la version


\complexe" du Theoreme Fondamental du Calcul Integral.


Estimation. Notons le chemin  dans les coordonnees reelles comme  (t) =  (t) + i(t),
alors Z1 Z 1q
0
L( ) :=  (t) dt =j  0(t)2 + 0(t)2 dt
j (3.15)
0 0
est la longueur de la courbe (voir HW97, p. 117]). En appliquant l'inegalite du triangle a
(3.9), et apres passage a la limite, on arrive a
Z
f (z) dz
z2 f (z ) L( )
max  j j  (3.16)

une estimation correspondant a HW97, formule (5.18), page 229]. Ici, z 2  signie
z =  (t) pour un 0 t 1.
 

Théorème fondamental de Cauchy


\Dieser von Cauchy entdeckte Satz gehort wegen seiner mannigfalti-
gen Anwendungen zu den wichtigsten Satzen der Analysis."
(A. Hurwitz, cf. Hurwitz-Courant, p. 95)
De nition 3.1 On dit qu'un ouvert D C est etoile s'il existe un \centre" C D tel
 0 2

que z D le segment C z] D (cf. Figure 3.3 a gauche).


8 2 

Nous donnons deux versions du \Theoreme de Cauchy" :


Theoreme 3.2 (Cauchy 1825) Soit D un domaine etoile et f (z) holomorphe dans D.
Si 1 et 2 sont deux chemins reliant les m^emes points c0 et c, alors
Z Z
f (z) dz = f (z) dz : (3.17)
1 2
Theoreme 3.3 (Cauchy 1831) Soit D un domaine etoile et f (z) holomorphe dans D.
Si  est un chemin ferme (c'est-a-dire  (1) =  (0)) dans D, alors
Z
f (z) dz = 0 : (3.18)

γ2 γ
D c

C
c0 γ1 c0 γ

Fig. 3.3 { Theoreme fondamental de Cauchy

Ces deux theoremes sont equivalents, car


Th. 3.2 ) Th. 3.3: prendre 1 =  et 2 = Const 
(3.19)
Th. 3.3 ) Th. 3.2: prendre  = 1 + ( 2 ) (voir Figure 3.3)
;

Remarques. Cauchy a demontre le Th. 3.2 par une homotopie reliant 1 a 2 (cf. Remm91,
p. 196], Bottazz86, p. 153]). Un autre acces a ce resultat est donne par (3.14). Riemann
(1851, cf. Figure 3.1) demontre le Th. 3.3 a l'aide d'une des Formules de Green (1828,
dans un travail sur l'electricite et le magnetisme).

Demonstration. (E. Goursat, Acta Mathematica 4, 1884 A. Pringsheim, Trans. Amer.


Math. Soc 2, 1901):
La preuve de Goursat s'appuie sur des rectangles et s'adapte bien (comme la preuve
habituelle de la formule de Green) seulement si l'interieur du chemin  est convexe. Idee
de Pringsheim: on base la preuve sur des triangles qui la rendent directement applicable
a des domaines etoiles:
Soit alors  un chemin ferme dans un domaine etoile D (cf. Figure 3.4, dessin (a)). Car
ce chemin est contin^ument dierentiable par morceaux et f est uniformement continue
(cf. HW97, p. 290]),  peut ^etre remplace par un polygone sans changer l'integrale (3.18)
plus qu'un " arbitrairement petit (cf. Figure 3.4, dessin (b)). Ensuite, apres chaque ar^ete
du polygone, on prend le detour aller et retour par le centre C du domaine etoile D
(cf. Figure 3.4, dessin (c)). L'integrale (3.18) devient alors une somme nie d'integrales
prises sur les bords des triangles. Il sut donc de demontrer le Th. 3.3 pour un triangle.
a) b) c)

C C C

Fig. 3.4 { Reduction du Theoreme de Cauchy a un triangle

Δ4 Δ3

Δ Δ2
Δ1

Fig. 3.5 { Preuve de Goursat-Pringsheim pour un triangle

Soit alors & un triangle et soit f dierentiable sur & (cf. Figure 3.5). Nous devons
demontrer que Z
f (z) dz (3.20)
@
est nulle. A l'aide des centres de chacun des trois c^otes, on decoupe & en 4 triangles
semblables, mais deux fois plus petits. De ces 4 triangles, nous en choisissons un, &1,
pour lequel l'integrale (3.20) est maximale (en valeur absolue). Ensuite nous continuons
de subdiviser &1 de la m^eme facon et arrivons a une suite & &1 &2 &3 : : : avec    

Z Z Z
f (z) dz  4 f (z) dz  : : : 4n
 f (z) dz  ::: : (3.21)
@ @ 1 @ n

L'intersection de cette suite contient un point z0 , car les &k sont compacts. Inserons alors
(2.3) (f est C -dierentiable en z0 ) dans (3.21)
0

Z Z Z Z
f (z) dz = f (z0 ) 0
dz + f (z0) (z z0) dz +
 (z z0 ) (z z0) dz: (3.22)
;  ;
@ n @ n @ n @ n
Les deux premieres integrales sont nulles, car il est facile de trouver une primitive. Esti-
mons la derniere:
Soit " > 0 donne. Il existe un  tel que (z z0 ) < " pour z z0 < . Prenons alors n
j j j ; j

assez grand pour que &n B (z0 ). Alors z z0 Const 2;n et L(@ &n ) Const 2;n.
 j ; j    

Tout cela insere dans (3.16) pour la troisieme integrale de (3.22), donne pour (3.21)
Z
f (z) dz 4n " Const 2;n Const 2;n:
    (3.23)
 
@
Le " etant arbitraire, cette integrale doit ^etre nulle.

γ γ1 D1

γ
D γ3 γ2 D2

Fig. 3.6 { Couper un domaine non-etoile en domaines etoiles


Domaines plus generaux. Le theoreme de Cauchy reste valable dans chaque domaine
se laissant decouper en un nombre ni de domaines etoiles (voir Fig. 3.6). Il est neanmoins
necessaire que le chemin  traverse chaque \ligne de coupe" dans chaque direction le m^eme
nombre de fois. Cela est certainement vrai, si le domaine D est simplement connexe. Ainsi,
l'integrale sur  se laisse decomposer (pour les chemins de la gure 3.6) en
Z Z Z Z
= + + =0+0+0=0 (3.24)
 1 2 3
car 1, 2 et 3 sont chacun dans un domaine etoile.

Les Intégrales de Fresnel R + iR

Comme premiere application du theoreme de Cauchy, consi- γ2


derons Z 2 Z Z Z
; z
e dz = + ;
− γ3
 1 2 3
ou le chemin  se compose de trois parties: de 0 a R le long
de l'axe reel, puis on monte verticalement, et retour sur la
diagonale (cf. dessin).
γ1
L'integrale sur 2 est 0 1 2 R
ZR ZR
I2 = e;(R+ti)2 i dt = e;R2 +t2 e;2iRt i dt

0 0
donc ZR ZR
jI2 j  e;R2 eRt dt = e;R2 R1 (eR2 1) R1 :
et2 dt  e;R2 ; 
0 0
Ainsi, pour R ! 1 , I2 0, le Theoreme de Cauchy nous donne limR!1 I1 = limR!1 I3.
!

La premiere est =2 (cf. HW97, p. 346]). Ainsi nous arrivons a


p

Z1
e;(1+i)2 t2 (1 + i) dt = 2 :
p

(3.25)
0

En partageant parties reelle et imaginaire, on obtient


Z1 Z1
cos 2t2 dt = sin 2t2 dt =  
p

(3.26)
0 0 4
et, a l'aide de substitutions, nous avons
Z1 Z1 1 r Z 1 cos t Z 1 sin t r
cos t dt = sin t dt = 2 2
2 2
et dt = dt = 2 (3.27)
t t
p p
0 0 0 0

(formules a(rmees en HW97, p. 131]), de maniere plus elegante qu'en HW97, page 350].

Le Logarithme
c c1·c2
γ
a) γ2 b) c)
c1·dz
c1·γ2
r γ3 c2
c1
c1·z dz
dz γ2 γ1
dϕ ϕ z
ϕ z 0 1 γ1
0 0 1
Fig. 3.7 { Chemins pour integrales logarithmiques
R
\Wurde das Integral @B ( ; );1 verschwinden, so gabe es
:::  c d

keine Funktionentheorie!" (Remmert, ed. all. 1995, p. 136)


Voici une integrale particulierement importante :
Z dz
: (3.28)
 z
L'integrant 1=z est holomorphe partout, sauf en z = 0. Integrons le long d'un cercle
centre en 0, i.e., prenons z = rei' et dz = d' irei' orthogonal a z. Alors dz=z = i d',


par consequent l'integrale sur un arc de cercle centre a l'origine est


Z dz Z dz = 2i
= i' et (3.29)
 z cercle entier z
independamment du rayon (voir Figure 3.7, dessin (a)).
Soit alors c arbitraire avec c = r et arg c = '. Nous
j j
R commencons notre chemin  du
point 1 jusqu'a r sur l'axe reel (ici, nous savons que dx=x = log r, HW97, p. 35, p. 109])
puis, nous suivons le cercle de rayon r jusqu'au point c (voir Figure 3.7, dessin (b)). Il en
resulte Z c dz
= log r + i' =: log c (3.30)
1 z
ou nous reconnaissons le logarithme complexe (HW97, p. 61]).
De nitions rigoureuses. Apres Weierstrass, on desire liberer le fondement de l'Ana-
lyse de toute intuition geometrique. On prend alors (3.30) comme de nition du logarithme,
sa fonction inverse comme de nition de exp, les formules d'Euler (HW97, p. 62]) comme
de nition de sin et cos, et la premiere racine reelle de cos x comme de nition de =2.
Equation fonctionnelle du Log. Elle decoule maintenant d'une transformation d'in-
tegrales: soit c1 et c2 C et 1 et 2 deux chemins qui relient 1 a c1 et c2 respectivement.
2 0

Le chemin 3 = 2 c1 relie donc c1 a c2 c1. Toutefois, comme (c1 dz)=(c1 z) = dz=z, les
   

integrales de dz=z sur 2 et 3 seront les m^emes. Nous avons donc (voir Figure 3.7, dessin
(c)) Z Z Z Z Z
log(c1 c2) =
 = + = + = log c1 + log c2: (3.31)
1 +3 1 3 1 2

Fig. 3.8 { Tour supplementaire de l'integrale logarithmique (dessin du cours de Riemann,


Neuen96, p. 38])
Branches secondaires. Si la courbe  contourne l'origine (cf. la courbe 3 dans
Figure 3.7, dessin (b)), l'integrale (3.30) ne sera plus la m^eme ! Dans ce cas, l'integrale
sur 2 eectue un tour supplementaire (voir Fig. 3.8) et a cette integrale se rajoute la
valeur 2i. Pour un chemin qui contourne 0 plusieurs fois dans l'un ou l'autre sens, on
aura Z dz
= log r + i(' 2k)  < ' : (3.32)
 z
 ; 

Cauchy nomme cette integrale, pour une raison evidente, le compteur logarithmique. La
branche (3.32) (avec k = 0) est appelee branche principale. Chaque formule sur le loga-
rithme (par ex. (3.31)) peut necessiter un terme de correction 2ik. 3 

3 J'ai soumis l'Exercice Numero 1, apparemment contradictoire, a mon collegue E. Hairer, pour tester
:

son intelligence il a toute de suite repondu: \Il y a certainement un truc de 2 la dedans", ce qui n'a
ik

pas ete juste.


I.4 Formule integrale de Cauchy
\Ceci marque un des plus grands progres qui aient jamais ete realises
dans l'Analyse." (E. Lindelof 1905, p. 9)
\Integralsatz und Integralformel sind zusammen von solcher Trag-
weite, dass man ohne Uebertreibung sagen kann, in diesen beiden
Integralen liege die ganze jetzige Functionentheorie conzentriert vor"
(L. Kronecker 1894, cite d'apres Remm91, p. 191])
\La plus belle creation de Cauchy, et l'une des plus belles creations
mathematiques de tous les temps " :::

(Georges de Rham, Discours d'Installation, Lausanne 1943)

La Revolution de juillet 1830 entra^$ne la chute de la dynastie des Bourbons. Cauchy,


royaliste et ultracatholique, quitte Paris, laissant femme et enfants, et s'exile a Fribourg.
La, il cherche a fonder une academie catholique et part pour l'Italie, ou il pense trouver
le soutien des souverains reactionnaires. Finalement, soutenu pas les jesuites, on lui ore
a Turin une chaire de \physique superieure". Son enseignement \etait de toute confusion,
passant tout d'un coup d'une idee, d'une formule a une autre, sans trouver le chemin
de la transition. Son enseignement etait un nuage obscur parfois illumine par des eclairs
de genie mais il etait fatigant pour des jeunes eleves, aussi, bien peu purent le suivre
jusqu'au bout et de trente qu'ils etaient au debut du cours, il restait un seul dernier sur
la breche" (voir Belhoste, p. 130).
A Turin, Cauchy decouvre sa celebre formule (inspire par son calcul des residus, voir
formule (9.6)). Il la publie dans un article intitule Sur la mecanique celeste et sur un
nouveau calcul appele calcul des limites.
Theoreme 4.1 (Formule Integrale de Cauchy 1831) Soit D un domaine etoile et 
une courbe fermee parcourant @D dans le sens positif. Soit f (z ) holomorphe dans D et
continue sur D* . Alors pour tout z 2 D
1 Z f ( )
f (z) = 2i  z d: (4.1)
 ;

D*
c −α
z
α a
−β
γ

Fig. 4.1 { Chemin  pour la preuve de la formule de Cauchy (
a droite: manuscript de
Riemann, Neuen96, p. 120]).
Demonstration. On choisit un z 2 D xe. La fonction de  dans l'integrale (4.1) est
holomorphe partout en D, sauf en  = z. On doit donc o^ter ce point \chirurgicalement".
Soit c le \centre de l'etoile" D (voir Def. 3.1), et soit a la projection de z a partir de c sur
le bord de D (cf. Figure 4.1). Le domaine D = D z a] est donc etoile (pour le m^eme
n

centre c).
Pour un  > 0, notons  le cercle centre en z de rayon . Le theoreme decoule des
deux egalites suivantes :
Z f ( ) Z f ( ) Z 1
d = d = f ( z ) d (4.2)
 z  z  z

; ; ;

car la derniere integrale est 2i (voir (3.29)).


Pour montrer la premiere equation de (4.2), nous prenons dans D le chemin   =
 +    (cf. encore Figure 4.1) et appliquons le Thm. 3.3 pour le chemin  . Cela
; ;

donne le resultat desire, car les integrales sur  s'annulent.




La deuxieme equation de (4.2) resulte du fait que f (z) est continue. Nous estimons
simplement la dierence
Z f ( ) f (z) 1 L < " 1 2 = 2" 0: (4.3)
;

 z d  max j f (  ); f (z ) max
j 
 z  !
 ; ;

Le pouvoir extraordinaire de la formule de Cauchy (4.1) reside dans le fait que la


variable z a gauche se retrouve a droite dans la simple forme ( z);1  toutes les belles
;

proprietes de cette derniere fonction se transmettent, a travers l'integrale, a n'importe


quelle fonction holomorphe. Elle va nous donner une suite de consequences surprenantes
(toutes demontrees \in tribus lineis") :

Dérivées Supérieures
Commencons par chercher une expression pour f (z) f (z0): rien de plus simple que de
;

calculer
1 1 = z z0
 z  z0 ( z)( z0 )  (4.4)
;
;
; ; ; ;

Cette identite algebrique peut ^etre inseree dans la formule de Cauchy. On obtient
Z
f (z) = f (z0 ) + 2i ( zf)(() z ) d (z z0 ):
1  ; (4.5)
 ; 0 ;

A l'aide de (2.4) (la formulation de Caratheodory), on voit que f (z) est dierentiable (ce
n'est pas encore tres excitant, nous le savons deja), et que la derivee est l'expression (z)
de (2.4) avec z remplace par z0. Ainsi, nous obtenons
Z
f 0(z) = 21i (f (z))2 d (4.6)
 ;

la \Formule de Cauchy" pour la premiere derivee.


Passons a la deuxieme derivee: f 0(z) f 0(z0 ) nous donne par (4.6)
;

1 1 = ( z) + ( z0 ) (z z )
; ;
(4.7)
( z)2 ( z0)2 ( z)2 ( z0 )2
;
;
; ; ;
0  ;
(utiliser a2 b2 = (a + b)(a b) pour la prochaine derivee on utilisera a3 b3 = (a2 +
; ; ;

ab + b2 )(a b) etc). Si l'on insere cela dans (4.6), on trouve


;

Z
f 0(z) = f 0(z0) + 21i ((( zz))2+(( z z)02)) f ( ) d (z z0 ):
; ;
 ; (4.8)
 ; ; 0

Ici c'est f 0(z) qui est dierentiable et sa derivee est


2! Z f ( )
00
f (z) = 2i ( z)3 d: (4.9)

;

Si l'on continue de la m^eme facon avec f 00(z) etc., on arrive a notre premiere surprise :
Theoreme 4.2 Soit f (z) holomorphe dans D et continue sur D* . Alors pour tout z D 2

f est in niment di erentiable et


Z
f (k) (z) = 2ki! ( f (z))k+1 d: (4.10)
;

Remarque. On peut facilement obtenir les integrales (4.10) par dierentiation de l'inte-
grale (4.1) \par rapport au parametre z" (cf. HW97, p. 310]) mais il faut s'occuper de
la validite des conditions de Cauchy-Riemann.

Inégalités de Cauchy

Theoreme 4.3 Soit f (z) holomorphe dans D et continue sur D* . Soit f ( ) j j  M sur le
bord  2 @D. Alors pour tout z 2 D

f (k)(z)k! M L( ) 
(4.11)
j
2 rk+1
j 

ou r est la plus petite distance du point z au bord @D (cf. Figure 4.2).
⎥ ƒ⎥ ≤ M

r
z

Fig. 4.2 { Preuve de l'inegalite de Cauchy


Demonstration. On obtient ces estimations en appliquant l'estimation \standard" (3.16)
aux integrales (4.10). Dans le cas d'un cercle, on a L( ) = 2R et la formule devient
encore plus simple.
Le Théorème de Liouville
Ce theoreme est devenu celebre apres la publication de \Lecons ... faites en 1847 par
M. J. Liouville" dans le Crelle Journal 88, (1879), p. 277, par C.W. Borchardt. Cependant
le theoreme a deja ete publie en 1844 par Cauchy (voir details dans Remm91, p. 246]).
De nition 4.4 Une fonction entiere est une fonction f (z) holomorphe sur tout le plan
complexe C . 0

Exemples. Les polyn^omes, les fonctions exp(z), cos(z), sin(z) sont des fonctions entieres.
Theoreme 4.5 (Theoreme de Liouville) Chaque fonction entiere et bornee est une
constante.
Demonstration. Puisque c'est tellement facile, degustons en deux:
1. Utilisons l'inegalite de Cauchy (4.11) pour un cercle de rayon R centre en z, ce qui
donne
jf
(k)
R (z)j  k! Mk : (4.12)
Si on fait tendre R (par hypothese M est independant de R), on arrive a f (k)(z) = 0
! 1

pour k 1 et pour z.
8  8

≥ R-r ζ
z

r R

z0
Fig. 4.3 { Estimation pour la deuxieme preuve du Th. de Liouville
2. On majore l'integrale (4.5). Supposons z0 et z xes de distance r et prenons pour  un
cercle de rayon R centre en z0 . Ainsi  z R r (cf. Figure 4.3) et nous obtenons
j ; j  ;

f (z) f (z0 ) 21 (M


j ; j 
2R r:
R r)R


;
 (4.13)

Pour R , cela tend vers zero. Donc f (z) = f (z0), i.e. f est constant (cf. Cauchy
! 1

1844, Oeuvres (1) 8, p. 373).


Théorème Fondamental de l’Algèbre
Ce theoreme a(rme que chaque polyn^ome de degre n > 0 possede au moins une (et apres
division: exactement n) racine(s) dans C . Suite a la Geometrie de Descartes (1638), ce
0

theoreme a ete chaudement discute pendant des siecles (Tschirnhausen Leibniz croyait
avoir un contre-exemple en x4 + a4 = 0 d'Alembert). Plusieurs applications (integration
de fonctions rationnelles (Joh. Bernoulli 1702), equations dierentielles a coe. constants
(Euler 1743), perturbations seculaires d'orbites des planetes, valeurs propres (Lagrange
1770)) ont toujours reactualise le probleme et conduit a plusieurs tentatives de demons-
tration (p. ex. Euler 1749, Opera Omnia 6, p. 78-147, Laplace 1797). Finalement, Gauss
(1799) a consacre toute sa these a 4 demonstrations de ce \Grundlehrsatz". Une revue
sur une centaine de demonstrations (correctes et fausses) a travers l'histoire par E. Netto
et R. Le Vavasseur se trouve dans Encycl. des Sc. Mathematiques T. I, vol. 2, p. 189-205,
et vaut la peine d'^etre consultee.
Le fait que ce theoreme devienne ici un \jeu d'enfants" de quelques lignes, nous laisse
une fois de plus songeurs quant a la puissance de la theorie que nous venons de decouvrir:
Theoreme 4.6 (Theoreme Fondamental de l'Algebre) Pour chaque polyn^ome
p(z) = an zn + an;1zn;1 + : : : + a0 avec ak 2 C0 et an 6= 0 (4.14)
il existe un z 2 C0 avec p(z) = 0.
Demonstration. Si jz j = r, on a
 an;1 h i
p(z) rn + : : : + an0 :
an j j
(4.15) j j
j j 
r  j
rj ;

Comme limr!1: : :] = an , R tel que : : :] an =2 pour r R.


j j 9  j j 

Supposons que p(z) n'ait pas de racine. La fonction f (z) := 1=p(z) serait donc entiere.
La minoration precedente montre que
f (z ) 2
j
an rn pour r R.
j 
j j
(4.16)


Par compacite de BR (0), la fonction f est donc bornee partout (cf. HW97, p. 289]). Cela
contredit le Theoreme de Liouville, car f n'est pas constante.

Théorème de la Moyenne
La Formule de Cauchy devient particulierement simple si  est un cercle centre en z. Dans
ce cas, similairement a l'integrale du logarithme (3.29), on a d=( z) = i d'. ;

Theoreme 4.7 (Theoreme de la Moyenne) Si f est holomorphe dans un cercle de


rayon r et de centre z, alors
1 Z 2
f (z) = 2 f (z + rei') d': (4.17)
0
La valeur d'une fonction holomorphe au centre d'un cercle est donc la moyenne des
valeurs sur le bord du cercle. Si on partage la formule en parties reelle et imaginaire,
on voit que les fonction harmoniques ont herite la m^eme propriete (ce resultat s'appelle
\Theoreme de Gauss").
Deuxieme preuve du Theoreme Fondamental de l'Algebre : l'estimation (4.16) montre que
jf (z) tend uniformement vers zero si R
j . Alors, par le Theoreme de la Moyenne,
! 1

f (0) doit aussi ^etre zero. Cela est impossible, car f (0) = 1=p(0) = 0. 6

Principe du Maximum
On doit ce theoreme a Riemann 1851, p. 22] pour les fonctions harmoniques. D'apres
Remm91, p. 259], l'auteur de ce resultat important, pour le cas des fonctions holomorphes,
est inconnu. Les premieres traces semblent ^etre un article de Schottky (1892) et de Cara-
theodory (1912).
Lemme 4.8 Soit f holomorphe dans un ouvert D, continue dans D* . Si un point c D 2

est un maximum de f (z) , alors f est constante dans un voisinage de c.


j j

z ƒ ƒ(c)
r M ƒ(z)−ƒ(c)
M
c

ƒ(z)
rotation et
translation
Fig. 4.4 { Preuve du Lemme
Demonstration. Si f (c) = 0, le Lemme est evident. Sinon, posons M = jf (c)j. D'apres
l'hypothese, 9 r > 0 tel que jf (z)j  M pour z = c + rei', 0  '  2. Regardons
l'image de cette courbe placee dans le cercle B*M (0). Avec une rotation, nous ramenons le
point f (c) sur l'axe reel et apres la soustraction g(') = f (z) ; f (c) = f (c + rei') ; f (c)
ce point revient a l'origine. Par le Theoreme de la Moyenne
Z 2
g(') d' = 0: (4.18)
0

La courbe g(') B*M ( M ), donc g(') < 0 sauf si g(') = 0. La continuite de g et


2 ; <

(4.18) impliquent que g(') = 0 ' (cf. HW97, p. 233, Ex. 5.5]). Mais le seul point, ou
< 8

le cercle en question touche l'axe imaginaire, est 0. Ainsi g(') = 0 et f (z) est constante
sur le bord de Br (c). Le facteur f ( ) peut donc sortir de l'integrale (4.1), ce qui entra^$ne
que f (z) est constante partout dans ce cercle.

Theoreme 4.9 Soit f holomorphe dans D, continue dans D et D* connexe. Si f (z) j j 

M, 8 z @D, alors
2

jf (z) < M
j 8 z D
2 (4.19)
(sauf si f (z ) = Const dans D).
Demonstration. Soit M 0 = supz2D jf (z )j. Si les seuls points maximaux sont sur @D, alors
M 0 = M et les autres points satisfont (4.19). Sinon, 9 c 2 D 4 avec jf (c)j = M 0 . Le
clou de la demonstration consiste a regarder l'ensemble E = fz 2 D*  f (z) = f (c)g, qui
est non vide (car c 2 E ), ferme (Th. de Hausdor HW97, p. 295]), et ouvert dans D*
(Lemme). Comme D* est connexe, E = D* .

I.5 Series entieres


\Weierstrass konnte so die Funktionentheorie arithmetisieren und ein
System entwickeln, das an Strenge und Schonheit nicht ubertroen
werden kann." (C. Caratheodory 1950, p. 5)
\Weierstrass, the prince of analysis, was an algebraist."
(attribue par Remm91, p. 240] a un \mathematicien Indien")
Pour ceux qui ne sont pas encore su(samment impressionnes par les consequences de
la formule de Cauchy du precedent, qu'ils s'accrochent, car voici la plus spectaculaire
x

application :

Fonctions Holomorphes Sont Séries Entières

Theoreme 5.1 (Theoreme de Cauchy-Taylor) Soit f (z) holomorphe dans un domaine


D et continue sur D* . Alors pour tout z0 D 2

1
X
f (z) = a0 + a1 (z z0 ) + a2 (z z0 )2 + a3 (z z0 )3 + : : : =
; ; ; ak (z z0 )k
; (5.1)
k=0
ou Z
f z
ak = k! = 2i ( f (z ))k+1 d:
(k )
( 0) 1 (5.2)
@D 0 ;

La serie converge vers f (z) (au moins) dans chaque cercle de rayon < , ou est la plus
petite distance entre z0 et le bord @D.
Remarque. Pour la \prehistoire" de ce theoreme, voir HW97, p. 93-94, 115-116, 250f].
La version \complexe" a ete trouvee par Cauchy 1831 en m^eme temps que la formule
(4.1). D'apres Lagrange (1797), les fonctions developpables en series entieres s'appellent
fonctions analytiques.
Demonstration. Le theoreme est vrai tout simplement parce que la fonction
1 = 1 = 1  1 
 z  z0 (z z0 )  z0 1 z;;zz00
; ; ; ; ; ;
(5.3)
1 z z ( z z 0)
2
=
 z + ( z )2 + ( z )3 + : : :
0 ; ;

; 0 ; 0 ; 0

possede un tel developpement en serie. Pour prouver la convergence, nous ecrivons l'iden-
tite (4.4) sous la forme
1 = 1 + z z0 1 : ;
(5.4)
 z  z  z  z ; ; 0 ; 0

;

4 Comme
: D est ouvert, le est, en fait, superu. Il a ete laisse pour eviter tout malentendu.
On peut maintenant reinserer l'expression pour 1=( z) a droite pour obtenir successi-
;

vement
1 = 1 + z z0 +  z z0 2 1  ; ;
(5.5)
 z  z0 ( z0 )2  z0  z
; ; ; ;

;

1 = 1 + z z0 + (z z0)2 +  z z0 3 1 
; ;
(5.6)
;

 z  z0 ( z0 )2 ( z0 )3  z0  z
; ; ; ; ;

;

et ainsi de suite. Si on insere (5.5), (5.6), etc., dans la formule de Cauchy (4.1), on obtient
precisement la serie (5.1), ou les coe(cients sont les derivees superieures par (4.10). Le
reste apres k termes est par (5.6)
Z  z z0 k+1 f ( )
Rk = 21i  z d:
;
(5.7)
@D  z0

; ;

Pour voir la convergence, soit z z0  avec  < 1. Alors pour


j ; j  8  2 @D on a
z z0   z0 . Ainsi, l'estimation \standard" (3.16) donne
j ; j  j ; j

1 k+1 M L( )
Rk  
(5.8)
2 r j j 

avec r comme dans (4.11). Ce terme tend donc vers zero si k ! 1 et la serie converge
vers f (z).
Exemple 1.
Z z d Z z d Z z 
log z = = = 1 (  1) + (  1) 2
: : : d
1  1 1 + ( 1) 1 ; ; ; ;
;
(5.9)
= (z 1) (z 1) + (z 1) (z 1) + : : :
2 3 4
; ; ;

2 3 4
; ; ;

On voit en Figure 5.1 que la serie converge pour z 1 < 1. Cela n'est pas etonnant, car
j ; j

en z = 0, de distance 1 du point ou on developpe, il y a une singularite.


ℜw n = 12 ℑw n = 12
y y
x x

x x

ℜw n = 24 ℑw n = 24
y y
x x

x x

5.1 { Parties reelle et imaginaire de w = (z 1) ; + (z;1)3 : : :


(z 1)2 ; .
(z 1)n
Fig. ; ;
2 3
; 
n
Séries Entières Sont Fonctions Holomorphes
Soit a0  a1 a2  a3 : : : une suite de coe(cients dans C et z une variable independante, alors
0

1 n
X
anz = a0 + a1z + a2 z2 + a3 z3 + : : : (5.10)
n=0
s'appelle une serie entiere. Independamment des questions de convergence, ces series
forment \l'algebre C z]] des series formelles".
0

Rappel de la theorie de convergence. On peut reprendre mot par mot tout le


contenu de HW97, III.7, p. 248-251], avec la seule dierence que la norme employee
x

est z = zz* = x2 + y2, pour laquelle z w = z w et z=w = z = w . Les domaines


p p
j j j  j j jj j j j j j j j

de convergence seront donc des cercles, tel qu'on peut les observer en Figure 5.1. Il est a
nouveau vrai que si la serie converge pour un certain ze, alors elle converge automatique-
ment pour chaque z avec z < ze .
j j j j

:= sup z  la serie converge pour z


fj j (5.11) g

est appele rayon de convergence. Nous resumons :


 Pour chaque z avec z < , la serie (5.10) converge absolument
j j

 Pour chaque z avec z > , la serie (5.10) diverge


j j

 Pour chaque  avec  < , la serie (5.10) converge uniformement sur B (0).
Pour le rayon de convergence , on a les formules habituelles
= nlim an
!1 an+1j si la limite existe (Cauchy) (5.12)
j j

et
= 1q (Formule de Hadamard 1892): (5.13)
lim sup n an
n!1
j j

La serie derivee terme par terme


X1
nanzn;1 = a1 + 2a2 z + 3a3z2 + : : : (5.14)
n=1
et la serie integree terme par terme
X1 zn+1 z 2
z 3
z 4
an = a0z + a1 2 + a2 3 + a3 4 + : : : (5.15)
n=0 n + 1
possedent le m^eme rayon de convergence que celui de la serie originale, et convergent ega-
lement uniformement dans chaque cercle B (0) avec  < . Ainsi, les integrales complexes
d'une serie entiere peuvent ^etre eectuees terme par terme, a condition que la courbe 
reste dans B (0).
Demonstration. Soit
z < =
j j 
1q
lim sup n an
n!1
j j

(z peut bouger, mais  reste xe, voir g. 5.2). Idee: On intercale un  avec  < 1 entre
 et . Ainsi,
q qn
lim sup n an <  (def. du limsup) an
 n N
n!1  
j j ) j j  8 
√|a2| 4√|a |
4
z
ρ θ/η
limsup
η
|a1|
0 3
√|a3|

Fig. 5.2 { Preuve de convergence uniforme et absolue pour z j j  < .

(voir gure 5.2), i.e.


anzn = an z n an n n
j j j jj j  j j 

et notre serie est uniformement majoree par la serie geometrique (convergente) nous avons
convergence absolue et uniforme (Critere de Weierstrass HW97, p. 216]).
Au cas ou z > , on obtient anzn n pour un nombre in ni de n et un  > 1. Il
j j j j 

y a donc divergence.
Preuve de (5.14) et (5.15): Par Hadamard et le fait que n n 1.
p
!

Par consequent, une serie entiere represente a l'interieur de son cercle de convergence
une fonction continue.
Mais! Il n'est pas encore etabli qu'une serie entiere represente a l'interieur de son cercle
de convergence une fonction C -dierentiable (avec derivee (5.14)). Pour voir cela, nous
0

allons proceder a la Caratheodory : si on soustrait, pour z  z0  < , j j j j 

f (z) = a0 + a1 z + a2 z2 + a3 z3 + : : : (5.16)
et
f (z0) = a0 + a1 z0 + a2 z02 + a3 z03 + : : : (5.17)
on obtient
f (z) f (z0 ) = (z) (z z0 )
;  ; (5.18)
avec
(z) = a1 + a2 (z + z0) + a3 (z2 + zz0 + z02 ) + a4 (z3 + z2 z0 + zz02 + z03 ) + : : : : (5.19)
On voit tout de suite que (z0) sera la derivee annoncee en (5.14). Il nous reste a verier
que la fonction (z) est continue. Le n-ieme terme de la serie pour (z) donne l'estimation
an(zn;1 + zn;2 z0 + : : : + z0n;1 ) n an n;1:
j (5.20)
j  j j

C'est le terme general, en valeur absolue, de la serie (5.14) pris au point . Nous savons que
cette serie converge absolument, et nous avons trouve une serie convergente qui majore la
serie (5.19) independamment de z. Le \Critere de Weierstrass" (cf. HW97, p. 217]) assure
alors la convergence uniforme et, avec elle, la continuite (cf. HW97, p. 215]). Nous avons
obtenu :
Theoreme 5.2 Une serie entiere represente a l'interieur de son cercle de convergence
une fonction holomorphe. La serie peut ^etre derivee terme par terme. Elle est in niment
di erentiable a l'interieur de ce cercle.
Exemples de Séries
\... & ils se jettent sur les series, ou M. Newton m'a precede sans
di culte..."
(Leibniz, pendant le dispute de priorite contre Newton)
Le premier virtuose des series entieres fut Newton. Agace par un livre au ton pompeux
Logarithmo-technica de N. Mercator sur la serie de log(1 + z ) (1668 ne pas a confondre
avec l'auteur de la \carte de Mercator"), Newton presente un manuscript De analysi a son
Prof. Barrow, avec interdiction de le passer plus loin, ou, pire encore, de le faire publier.
Cette cachotterie fut la cause, quelque 30 ans plus tard, de violentes disputes de priorite
entre Newton et Leibniz. Le comportement de Newton et de ses disciples (Fatio, Taylor,
Maclaurin) fut la cause de l'isolement scientique et du declin des mathematiques en
Grande Bretagne.
Le manuscript de Newton contient presque toutes les series des fonctions elementaires
connues. Voici une liste:
1;z = 1 + z + z + z + z + : : : z <1 (serie geometrique)
1 2 3 4
j j

log(1 + z) = z z22 + z33 z44 + : : :


; ; ; j j z <1 (Mercator)
 
log 11+;zz = 2 z + z3 + z5 + z7 + : : :
3 5 7
j j z <1 (Gregory)
ez = 1 + z + z2!2 + z3!3 + z4!4 + z5!5 + : : : 8 z (Newton-Euler)
(1 + z)c = 1 + cz + c(c2!;1) z2 + c(c;1)( 3!
c;2) z 3 + : : : z < 1
j j (Newton)
arcsin z = z + 12 z33 + 1234 z55 + 123456 z77 + : : : j j z <1 (Newton)
sin z = z z3! + z5! z7! + : : :
;
3 5
;
7
8 z (Newt.-Leib.-Jac. Bern.)
cos z = 1 z2!2 + z4!4 z6!6 + : : :
; ; 8 z (Newt.-Leib.-Jac. Bern.)
tan z = z + z3 + 215z + 17315z + 622835z + : : :
3 5 7 9
j j z < =2 (Newton)
arctan z = z z33 + z55 z77 + z99 + : : :
; ; j j z <1 (Leibniz)
(5.21)
Pour plus de details et de preuves voir HW97, I.3 et I.4]. Ces series vont nous ser-
x

vir d'exemples dans les theories qui suivent. Seule la serie de tan z ne montre pas un
comportement \regulier". Elle va nous interesser plus tard.
Exemple: la serie pour arctan. Vue dans le reel, la fonction y = arctan x est parfaite-

−1 0 1

Fig. 5.3 { Polyn^ome de Taylor z ;


z3 + z5 ; : : : + z25 dans IR (gauche) et dans C0 (droite)
3 5 25

ment aimable pour ;1< x < et on a de la peine a comprendre pourquoi le polyn^ome


1

de Taylor (voir Figure 5.3 a gauche) refuse de servir au-dela des points 1. Mais, vu dans

0 C (a droite), on remarque que les singularites en i sont la cause du desastre. Ces sin-


gularites viennent de log((1 + z)=(1 z)), car pour z iz, la serie pour l'arctan devient
; 7!

celle de Gregory (au facteur 2i pres).


Exemple 2: la serie pour exp. La serie converge partout sur C . La gure 5.4 met en
0

evidence toutes les deformations que la fonction holomorphe correspondante a une somme
nie fait subir aux sardines de Stephane. Une copie transparente de la limite ez , fournie
par les soins de la Section de maths et posee sur les dierents dessins, montre comment
la situation s'ameliore avec n grandissant.
k=1 k=2
3 3

1 e 1 e

−3 −3

k=3 k=5
3 3

1 e 1 e

−3 −3

k=7 k=9
3 3

1 e 1 e

−3 −3

Fig. 5.4 { Sardines de Cirilli sous l'e et de 1 + z + z2!2 + : : : + zkk! .


Calculs avec Séries Entières
Dans les annees 1870, Weierstrass a passe ses vacances en Suisse (au Rigi) et avait avec lui
la These de Riemann comme lecture d'ete. Il a alors rencontre le physicien Helmholtz et
s'est plaint aupres de lui de sa grande di(culte de comprendre les methodes de Riemann.
Helmholtz lui demanda le travail et, quelques jours plus tard, dit a Weierstrass: \moi je les
trouve faciles et naturelles" (pour le texte original cf. A. Sommerfeld, Vorl. uber Theoret.
Physik, Vol. II, p. 124 ou Remm91, p. 430]).
Il ne s'agit certainement par d'un manque d'intelligence chez Weierstrass, mais plut^ot
d'une conception dierente du mot \comprendre"! Chez Weierstrass, \compris" signie
\demontre avec toute la rigueur dont on est capable". Absolument rigoureux sont seule-
ment l'algebre et les polyn^omes avec un passage a la limite prudent (series innies et leur
convergence uniforme). De la vient l'idee de mettre tout (Cesar demandera \tout", vous
repondrez "tout", Cesar comprendra) a la poubelle, tout ce que l'on a appris jusqu'ici,
toute l'intuition geometrique, toutes les integrales mysterieuses, et de b^atir toute l'analyse
complexe sur le seul fondement rigoureux disponible, les series entieres. Certains livres
suivent cette voie, [Link]. le cours de Hurwitz. Le plus radical des disciples de Weierstrass
a ete A. Pringsheim qui, dans ses livres d'analyse complexe (1925/1932), a mentionne la
premiere integrale en page 1108 seulement!! (cf. Remm91, p. 431 et 351]).
Occupons nous donc, en un peu moins de 1107 pages, de quelques proprietes des series
entieres:
Rearrangement d'une serie. Le phenomene suivant, decouvert en 1837 par Dirichlet,
fait obstacle a ce r^eve de rigueur parfaite:
ln 2 = 1 21 + 13 14 + 15 16 + 17 81 + : : : = 0:693147:::
; ; ; ;

= 1 21 14 + 13 16 18 + 15 101 121 + 17 141 161 + : : :


| {z }
;
| {z }
;
| {z }
; ;
| {z } ; ;
(5.22)
; ;

1=2 1=6 1=10 1=14


= ln 2 = 0:34657::: :
1
2

La serie originale et la serie rearrangee convergent vers des limites di erentes!


Explication:
s9 = 1 1
+ 13 1
+ 51 1
+ 17 1
+ 19
(5.23)
; ; ; ;
2 4 6 8
s013 = 1 ;
1
2 ;
1
4 + 1
3 ;
1
6 ;
1
8 + 15 ;
1
10 ;
1
12 + 17 ;
1
14 ;
1
16 + 19 :
On voit que
s9 s013 =
;
1
10 + 121 + 141 + 161  plus tard s19 s028 = 201 + 221 + : : : + 361 etc: (5.24)
;

Nous rappelons qu'une serie a1 + a2 + a3 + : : : converge si (: : : pout tout " etc etc")
an+1 + an+2 + : : : + an+k < "
j (5.25) j

par contre, nous avons convergence absolue si


an+1 + an+2 + : : : + an+k < ":
j j j j j(5.26) j

Nous voyons en (5.24) que les s0m se rapprocheraient necessairement des sn si (5.26) etait
satisfait, i.e. si nous avions convergence absolue  par contre, (5.25) n'est pas su(sant (voir
HW97, p. 193-194]).
Rearrangement de series doubles. Les m^emes idees (seulement l'ecriture est un peu
plus compliquee) montrent (pour plus de details voir HW97, p. 196]) : un schema double
de nombres (complexes)
a00 a01 a02 a03 : : :
a10 a11 a12 a13 : : :
a20 a21 a22 a23 : : : (5.27)
a30 a31 a32 a33 : : :
: : : :
peut ^etre arbitrairement additionne en colonnes ou en lignes ou en arrangement P P lineaire, et
donne toujours la m^eme somme, si le schema converge absolument, i.e. si i=0 mj=0 aij
m j j 

B uniformement en m.
Somme et Produit. Soit f (z) = a0 + a1 z + a2z2 + a3 z3 + : : : et g(z) = b0 + b1 z + b2z2 +
b3 z3 + : : : deux series avec rayon de convergence 1 et 2 respectivement. Alors
f (z) + g(z) = (a0 + b0 ) + (a1 + b1 )z + (a2 + b2 )z2 + : : : + (an + bn)zn + : : : (5.28)
X
n 
f (z) g(z) = (a0 b0)+(a0b1 + a1b0 )z +(a0b2 + a1b1 + a2b0 )z2 + : : :+
 aj bn;j zn + : : : (5.29)
j =0
Les deux series possedent un rayon de convergence min( 1  2). La premiere est


la somme terme par terme de deux series convergentes (HW97, p. 175]). La deuxieme
s'appelle \Produit de Cauchy". La preuve se base sur le fait que le produit des deux series
ci-dessus correspond a une addition du schema double compose de aj bk zj+k en lignes ou
colonnes. Le produit de Cauchy est un arrangement lineaire en diagonales ascendantes.
La convergence absolue est assuree par z < min( 1 2 ).
j j

Exemples. e z ez = e( +)z  (1 + z)c (1 + z ) = (1 + z )c+1 .


 

Quotient. Pour calculer f (z)=g(z), il su(t de conna^$tre 1=g(z) car f (z)=g(z) = f (z) 

(1=g(z)). On peut aussi diviser la serie par b0 (qui doit ^etre = 0) et commencer la serie 6

de g par 1. On cherche donc c1  c2 c3 : : : avec


1 = 1 + c1 z + c2 z2 + c3 z3 + : : : : (5.30)
1 + b1 z + b2 z2 + b3 z3 + : : :
En multipliant le denominateur, nous avons a satisfaire
1 = (1 + c1z + c2z2 + c3z3 + : : :) (1 + b1 z + b2 z2 + b3 z3 + : : :):
 (5.31)
En comparant les coe(cients de la serie \1" avec le produit de Cauchy des series a droite,
on obtient successivement
c1 = b1 ;

c2 = c1 b1 b2
; ;

c3 = c2 b1 c1 b2 b3
; ; ; (5.32)
c4 = c3 b1 c2 b2 c1 b3 b4
; ; ; ;

::: :
Demonstration de convergence: Appliquons l'inegalite du triangle a (5.32) :
c1 b1
j j  j j

c2 c1 b1 + b2
j j  j jj j j j

c3 c2 b1 + c1 b2 + b3
j j  j jj j j jj j j j (5.33)
c4 c3 b1 + c2 b2 + c1 b3 + b4
j j  j jj j j jj j j jj j j j

::: :
q4 g q
Supposonsqque laqserie pour soit convergente. Donc, par Hadamard, les elements de la
suite b1 , b2 , b3 , b4 , 5 b5  : : : sont bornes, et nous avons
j j
3
j j j j j j j j

bn
j j  qn : (5.34)
L'idee principale consiste maintenant a inserer ces estimations dans (5.33) et a remplacer
tous les \ " par des \=". On obtient donc


1 = q
2 = 1q + q2
3 = 2q + 1q2 + q3 (5.35)
4 = 3q + 2q2 + 1q3 + q4
::: :
qui denit une suite de nombres reels 1, 2, 3 : : : et, par construction, nous sommes s^urs
que cn P n. Cela veut dire que la suite des
j j 
P n majore la suite des cn et la convergence de
la serie n nz entra^$ne celle de la serie n cnzn . Les equations (5.35) sont equivalentes
n
a (en analogie avec (5.32) et (5.31))
1 = (1 + 1z + 2z2 + 3z3 + : : :) (1 qz q2z2 q3z3 : : :)
 ; ; ; ; (5.36)
ou
1+ 1z + 2z2 + 3z3 + : : : = 1 qz q2z21 q3z3 : : : = 1 1 qz = 1+ 1 qz2qz : (5.37)
; ; ;
1;qz ; ; ;

La serie de cette derniere expression converge pour z < 1=(2q). Dans ce cas, toutes les
j j

operations ci-dessus sont justiees. Pour chaque serie, dont le premier coecient b0 = 0, 6

il existe une serie quotient convergente.


Exemple. tan z = sin z= cos z e;z = 1=ez .
Substitution de series convergentes. Soit w = f (z) = a1z + a2 z2 + a3 z3 + : : : une serie
avec 0 0 et g(w) = b0 + b1 w + b2 w2 + b3w3 + : : :, cherchons a calculer la composition
7!

F (z) = g(f (z)) (cf. Figure 5.5). On insere la premiere serie dans la deuxieme et on
rearrange la serie en puissances de z:
F (z) = b0 + b1 (a1 z + a2z2 + a3z3 + : : :) + b2 (a1 z + a2z2 + a3z3 + : : :)2 + : : :
= b0 + b1 a1 z + (b1a2 + b2 a21 )z2 + (b1 a3 + 2b2a1 a2 + b3 a31)z3 + : : : (5.38)
= c0 + c1z + c2z2 + c3z3 + c4z4 + : : : :
On voit a nouveau que les coe(cients de la nouvelle serie sont determines recursivement
par des expressions nies (gr^ace a a0 = 0 !) de coe(cients connus.
Pour la justi cation de tous ces rearrangements et la preuve de convergence de la nou-
velle serie, nous employons a nouveau la methode des majorantes: pour majorer toute la
serie double dans (5.38), nous appliquons, de nouveau, l'inegalite du triangle et rempla-
cons tous les coe(cients par des majorants que nous supposons an pn et bn Mqn. j j  j j 

Ainsi, on n'a fait que de substituer


f (z) pz + p2 z2 + p3z3 + : : : = 1 pzpz
! (5.39)
;
F(z)
z w g(w)
g

O O
f

Fig. 5.5 { Substitution de series


dans
g(w) ! M (1 + qw + q2w2 + q3w3 + : : :) = 1 Mqw ;
(5.40)
i.e. une majoration de toute la serie double (5.38) est donnee par la serie de
M pz M
1 q 1;pz
; 
pz = (1 )
;
1 (q + 1)pz :

;
(5.41)
Donc, si z < 1=(p(q + 1)), la convergence et la validite des rearrangements sont assurees.
j j

Exemples. (1 + z)c = eclog(1+z)  cos z = 1 ; sin2 z (voie de Newton 1669).


p

Fonction inverse. Soit w = f (z) avec w0 = f (z0) donne par un developpement w ; w0 =


a1 (z ; z0 ) + a2 (z ; z0 )2 + a3 (z ; z0)3 + : : :. On cherche le developpement de la fonction
inverse z = g(w) sous la forme z ; z0 = b1 (w ; w0) + b2 (w ; w0)2 + b3 (w ; w0)3 + : : :.
Apres des translations, on peut supposer z0 et w0 place dans l'origine et on part de (cf.
Figure 5.6)
w = f (z) = a1 z + a2z2 + a3z3 + : : : donne, avec a1 6= 0 (5.42)
z = g(w) = b1 w + b2 w2 + b3 w3 + : : : cherche.
La fonction g(w) est l'inverse de f (z) si pour la fonction composee F (z) dans (5.38) nous

z
z0
O ƒ O
w0

g w

5.6 { Serie de fonction inverse


Fig.

avons F (z) = z. Comparons les coe(cients. Cela donne


pour z: 1 = b1 a1 ) b1
pour z2 : 0 = b1 a2 + b2 a21 ) b2
pour z3 : 0 = b1 a3 + 2b2a1 a2 + b3 a31 ) b3 (5.43)
::: ::: :::
pour zn : 0 = valeurs connues + bn an1 ) bn
La discussion de la convergence par la methode des majorantes est possible (cf. H. Cartan,
xI.2.9), mais peu commode. Nous ramenerons la question a une equation dierentielle (idee
vue dans un cours de Grobner 1963).
Exemples. arcsin z sin w, log(1 + z ) ew 1 (voies de Newton).
! ! ;

Equations Dierentielles. Soit une fonction g(w) = b0 + b1w + b2 w2 + b3 w3 + : : : donnee,


on cherche une fonction w = f (z) = a1 z + a2 z2 + a3 z3 + : : : avec
dw = g(w) w(0) = 0 (5.44)
dz
(ici, la translation du systeme des coordonnees a la valeur initiale est deja eectuee). On
insere la serie pour w dans (5.44).
a1 + 2a2z + 3a3 z2 + : : : = g(f (z)) (5.45)
A droite nous avons, une fois de plus, notre serie composee (5.38), et apres comparaison
des coe(cients, on obtient successivement
pour z0 : a1 = b0
pour z1 : a2 = (1=2)b1a1 (5.46)
pour z2 : a3 = (1=3)(b1a2 + b2 a21 )
pour z3 : a4 = (1=4)(b1a3 + 2b2 a1a2 + b3 a31 )
etc. Ici, l'etude de convergence est plaisante (Cauchy, Exerc. d'analyse 1841): On applique
l'inegalite du triangle a (5.46) et on remplace les \ " par \=" et les bj par une borne,


[Link]. bj Mqj . Cela veut dire qu'on a resolu l'equation dierentielle


j j 

dw = M (1 + wq + w2q2 + : : :) = M  w(0) = 0: (5.47)


dz 1 wq ;

Cette equation peut ^etre resolue facilement (par \separation des variables", HW97,
p. 138])

w w2 q = Mz w=1 1 2qMz 
p
2
(1 wq) dw = M dz
; ) ; )
;

q
;
(5.48)
solution, dont la serie converge pour z < 1=(2qM ).
j j

Exemples.
d exp z = exp z exp(0) = 1 (5.46) bn = n1 bn;1 (5.49)
dz ) 

d cos z = ; sin z cos(0) = 1 bn = n1 cn;1


dz (5.46)
; 
(5.50)
d sin z = cos z sin(0) = 0
)
cn = n1 bn;1
dz 

Retour aux Fonctions Inverses. Nous avons pour la fonction w = f (z) de (5.42)
dw = a + 2a z + 3a z2 + : : :  (5.51)
dz 1 2 3

donc pour la fonction inverse, gr^ace a (2.17),


dz = 1
dw a1 + 2a2 z + 3a3z2 + : : : = b0 + b1 z + b2 z + : : :  (5.52)
2
dont les coe(cients b0  b1 se calculent par (5.32), et cette serie, comme nous l'avons


vu, converge. La formule (5.52) est une equation dierentielle. L'algorithme (5.46) (en
d'autres lettres) nous donne pour z la m^eme serie que (5.43) et la convergence en prime.
Exemple. L'equation dierentielle pour la fonction inverse du log est justement (5.49).

Nombres de Bernoulli
\Der elegante Weg durchs Komplexe ist bei der Funktion ( z ; 1)
z= e

besonders eindrucksvoll " :::

(R. Remmert, Funktionentheorie, 4. Au., p. 172)


Dans sa derivation de la \Formule sommatoire d'Euler-Maclaurin" (cf. HW97, p. 160-
162]), Euler (1736) a ete amene a etudier la serie
z = z = 1 = B + B1 z + B2 z2 + B3 z3 + : : : (5.53)
ez 1 z + 2! + 3! + : : : 1 + 2! + 3! + : : :
;
z 2 z 3 z z 2 0
1! 2! 3!
L'algorithme de division (5.32) donne la relation
B0 + B1 + B2 + : : : + Bn;1 = 0 (5.54)
n! (n 1)!1! (n 2)!2!
; ; 1!(n 1)!;

ou ! ! ! !
n B + n B + n B + : : : + n B = 0: (5.55)
0 0 1 1 2 2 n 1 n;1
;

Cette formule permet de calculer recursivement les coe(cients Bn, que Euler baptisait
\Nombres de Bernoulli",
B0 = 1 B1 = 21  B2 = 16  B4 = 30
; ;
1 B = 1 B = 1
6
42 8
30
; (5.56)

B10 = 66 5  B = 691  B = 7  B = 3617  B = 43867  : : : : (5.57)


12 ;
2730 14
6 16
510 ; 18
798
Bien que la fonction (5.53), vue dans le reel, paraisse extr^emement gentille pour tous
les x, la serie cesse de vouloir servir au-dela d'une valeur mysterieuse proche de 6 (cf.


Figure 5.7, a gauche). Une fois de plus, dans C , le mystere s'eclaircit, car en 2i le
0 

−5 0 5

Fig. 5.7 { Serie avec nombres de Bernoulli dans le reel et dans le complexe
denominateur de notre fonction s'annule et produit une singularite (Figure 5.7, a droite).
Le rayon \mysterieux" de convergence est donc = 2.
On observe que, a l'exception de B1 , tous les B2k+1 sont nuls. Cela se conrme imme-
diatement si on soustrait B1z de la fonction (5.53), car le resultat
z + z = z ez=2 + e;z=2 = B + B2 z2 + B4 z4 + B6 z6 + : : : (5.58)
ez 1 2 2 ez=2 e;z=2
; ;
0
2! 4! 6!
est une fonction paire. Nous decouvrons egalement que, si l'on remplace z par iz, la
fraction dans (5.58) est cos(z=2)= sin(z=2). Ainsi, nous avons
1
X
cot z = 1 + ( 1)k 2 B2k z2k;1 :
2k
(5.59)
z k=1 (2k)!
;

Finalement, l'identite algebrique


a + b + a b = 2 a2 + b2
;
tan z = cot z 2 cot(2z) (5.60)
a b a + b a2 b2
; ;
) ;

nous donne 1
X 2k
1)B2k z2k;1 
2k
tan z = (;1)k;1 2
(2
(2k)!
;
(5.61)
k=1
la serie de tan z de maniere plus elegante qu'en (5.21).

I.6 Unicite, prolongement, Open Mapping


Le Theoreme d'Unicite, pose comme \Exercice" par Abel dans le Crelle Journal, vol. 2,
p. 286, a ete postule pour les fonctions holomorphes sans preuve tres rigoureuse par Rie-
mann 1851, p. 28]. La demonstration facile suivante demontre, une fois de plus, la grande
utilite des series entieres:
Theoreme 6.1 Soit f1 (z) et f2 (z) deux fonctions holomorphes dans D et soit f1 (zi) =
f2 (zi), i = 1 2 3 : : : pour une suite z1  z2  z3 ::: (zj = zk ), qui possede un point d'accumu-
6

lation z0 D. Alors, f1 et f2 sont identiques dans tout le cercle centre en z0 ou les deux
2

series convergent.
Demonstration. (Courant-Hurwitz, p. 31) : d'apres le Theoreme 5.1, les deux fonctions
sont analytiques. Apres une translation, nous supposons que z0 = 0 et nous considerons
la serie entiere pour la dierence
f1 (z) f2 (z) = a0 + a1 z + a2z2 + a3z3 + : : : :
; (6.1)
Nous devons demontrer que ak = 0 8 k. Sinon, soit ak le premier coe(cient = 0. Alors
6

f1(z) f2(z) = zk g(z)


;  ou g(z) = ak + ak+1z + ak+2z2 + ak+3z3 + : : : : (6.2)
On voit que g(0) = 0. Comme g(z) est continue, il existe un voisinage de 0 ou g(z) = 0.
6 6

C'est une contradiction, car il existe une sous-suite de zk qui converge vers 0.
Prolongement Analytique
Voici un autre principe, \vu" par Riemann, et devenu un point central de la theorie de
Weierstrass. Il permet, entre autres, d'etendre le theoreme de l'Unicite a tout le domaine
D.
Faisons dans la serie (5.10) f (z) = a0 + a1 z + a2 z2 + a3 z3 + : : : la substitution z =
c + (z c). Nous avons alors
;

f (z) = a0 + a1 (c + (z c)) + a2 (c + (z c))2 + a3(c + (z c))3 + : : :


; ; ;

= a0 + a1 (c + (z c)) + a2 (c2 + 2c(z c) + (z c)2) + a3 (c3 + : : :) + : : :


; ; ;

= a0 + a1 c + a2c2 + a3 c3 + : : :
+ (z c) (a1 + 2a2c + 3a3 c2 + 4a4 c3 + : : :)
;  (6.3)
+ (z c)2 (a2 + 3a3 c + 6a4c2 + : : :)
; 

+:::
= b0 + b1 (z c) + b2 (z c)2 + b3(z c)3 + : : :
; ; ;

;;
Les premiere et derniere lignes de ce tableau impressionnant sont des rearrangements en
une serie lineaire du milieu, qui represente une serie double. Pour la double serie ci-dessus,
la condition de convergence absolue devient
ja0 + a1 c + a1 z c + a2 c 2 + 2 a2 c z c + a2 z c 2 + : : :
j j jj j j jj ; j j jj j j jj jj ; j j jj ; j

= a0 + a1 ( c + z c ) + a2 ( c + z c )2 + a3 ( c + z c )3 + : : : M:
j j j j j j j ; j j j j j j ; j j j j j j ; j 

(6.4)
Cela est certainement le cas si
c+z c< j j j ; (6.5)
j

ou est le rayon de convergence de la serie originale.


La conclusion est que, si z c < c , la serie rearrangee b0 + b1 (z c) + b2 (z
j ; j ; j j ; ;

c) + b3(z c) + : : : converge et represente la m^eme fonction f (z).


2
;
3

B1
ρ−|c| B2
c c
ρ

O O

Fig. 6.1 { Prolongement analytique


Mais: il est possible que le rayon de convergence de la nouvelle serie soit plus grand que
; j jc et converge donc dans un domaine en dehors du cercle initial (cf. Figure 6.1).
Theoreme 6.2 Soit B1 et B2 deux cercles centres en 0 et c respectivement, avec c B1 . 2

Soit f (z ) une fonction holomorphe dans B1 B2 qui possede dans B1 la serie convergente


f (z) = a0 + a1 z + a2z2 + a3z3 + : : :. Soit g(z) = b0 + b1 (z c) + b2 (z c)2 + b3 (z c)3 + : : : ; ; ;

la serie rearrangee convergente dans B2. Alors


f (z) = g(z) dans B2 : (6.6)
Demonstration. Nous avons par construction f (z ) = g (z ) dans B ;jcj(c). Ce cercle contient
certainement une suite innie avec lim zk = c, (zj = zk ). Le resultat decoule donc du 6

Theoreme d'Unicite applique au cercle B2.


Par ce procede, la fonction f (z) a ete prolongee dans la demi-lune B2 B1 , et ceci de ma-
n

niere unique. Ce procede peut ^etre repete plusieurs fois et permet de remplir un domaine
de plus en plus grand, jusqu'a arriver, eventuellement, a un bord naturel.

Fig. 6.2 { Dessin du cours de Riemann illustrant le prolongement analytique

Fig. 6.3 { Weierstrass jeune homme : : : et prceptor mathematicus Germani

Exemple d'une fonction sans prolongement. Il existe des fonctions qui convergent
dans un cercle et qui ne permettent aucun prolongement en dehors de ce cercle. Cette
question est liee a l'existence de fonctions C 1 sans developpement en serie de Taylor 
elles
P akont interesse des auteurs comme Fredholm (Acta Math. 15, p. 279, 1891 f (z) =
k z k2 ) et A. Pringsheim (un article agressif et arrogant  cf. HW97, p. 256]). Il para^$t
paradoxal que surtout les series convergeant tres vite (comme les \fonctions theta") ont
cette propriete. L'exemple le plus simple est
f (z) = z + z2 + z4 + z8 + z16 + : : : (6.7)
qui, evalue en ei', donne pour la partie reelle
'=0: +1 +1 +1 +1 +1 +::: ! 1

'=: 1 +1 +1 +1
; +1 +::: ! 1
0 6

' = 2  32 : 0 1 +1 +1
; +1 +::: ! 1 (6.8)
 3 5 7
' = 4 4  4  4 : 2=2 +0 1 +1
p
; +1 +::: ! 1 0 6
etc.
0 6

0 6

0 6

Fig. 6.4 { Fonction sans prolongement analytique z + z2 + z4 + z8 + z16 + : : :


Remarque sur l'Unicite. L'unicite est seulement garantie aussi longtemps que les
cercles remplissent un domaine simplement connexe (Contre-exemple: le logarithme apres
un contour de l'origine). Voir en Figure 6.2 un dessin historique illustrant ce phenomene.
Open Mapping Theorem
Ce theoreme exprime une propriete topologique fondamentale des fonctions analytiques,
decouverte dans un cadre plus general par L.E.J. Brouwer 5 dans les annees 1910, et
demontree de facon elementaire par Sto$low (1938, p. 103) et H. Cartan, VI.1.3. On doit
x

une autre preuve a Caratheodory (1950, voir Remmert, 8.5.1 et Exercices).


x

Theoreme 6.3 Soit D un ouvert connexe et f une fonction holomorphe non constante
dans D. Alors pour chaque ouvert U D l'image f (U ) est ouverte (on dit que f est une


\application ouverte").
Demonstration. Pour comprendre la preuve, etudions le contre-exemple IR2 IR2 de !

la gure 6.5, que les historiens des sciences reconnaissent ^etre la celebre fonction de la
\Figure 2.6" de HW97, p. 295]. A chaque point z1 ou la matrice jacobienne est reguliere,
l'application f possede une fonction reciproque f ;1 (holomorphe, donc continue) denie
dans un voisinage, et f (V ) est l'image reciproque de V pour f ;1, et donc ouverte par le
theoreme de Hausdor (HW97, p. 295]). Examinons alors les points ou la matrice jaco-
bienne est singuliere : ces points forment une ligne 6, le long de laquelle cette application
forme un \pli". Si on choisit un point z0 sur cette ligne, l'image d'une \rustine" U collee
dessus sera plie a cet endroit, et ne sera pas ouverte, i.e. un voisinage de f (z0) n'a pas
d'image reciproque dans U .
Par contre, pour une fonction holomorphe, les points ou la matrice jacobienne est singuliere
sont les points ou f 0(z) = 0, ces points sont isoles, si f n'est pas constante. Dans un
voisinage d'un tel point, la fonction f s'enroule, similairement a la fonction zp, que nous
avons etudie dans la section I.1 (voir Figure 1.6). L'ensemble f (U ) contourne totalement
le point f (z0) (voir Figure 6.6) et est donc ouvert.
5 Celebre topologue neerlandais 1881-1966 (Th. d'invariance de la dimension, Th. du point xe).
:

Farouche adversaire de Hilbert quant a la logique mathematique (\intuitionnisme"), qui le fait ejecter en
1929 comme editeur des Math. Annalen.
6 On obtient pour cette ligne la formule = (4 3 ; 48 2 ; 6 + 11) (24 2 ; 12)
: x y y y = y
y v
f (z0)
1 1
D f
f(U)

−1 1
x −1 1
u
f (z1)
z0
z1 −1 −1
V U f(V)

Fig. 6.5 { Contre-exemple pour l'OMT : u = x + y2  v = (x + 2)y3 ;


3
2
(x + 1)y + x4
y v

1 1
D f
f ( z0 )
z0
−1 1
x −1 1
u

z1 −1 −1
f (z1)

6.6 { Preuve de l'OMT, w = (z + 1+2 i )(z 4+3i 2


z0 = 4+3i ;8;8i
) 10 , z1 = 10 .
3
Fig. ; ;
10 10

La preuve rigoureuse utilise les series : apres des translations, nous supposons z0 = 0
et f (z0) = 0. Soit ap (p 2) le premier terme = 0 de la serie pour f :
 6

f (z) = apzp + ap+1zp+1 + : : : = apzp(1 + b1 z + b2 z2 + : : :): (6.9)


Pour z su(samment petit, nous avons a l'aide de la serie binomiale (5.21) de Newton
j j

(1 + b1 z + b2 z2 + : : :)1=p = 1 + c1z + c2z2 + : : :  ainsi (6.9) devient


f (z) = ap(z(1 + c1z + c2 z2 + : : :))p = ap(g(z))p: (6.10)
La fonction f est donc la composition d'une fonction biholomorphe g et de la fonction
g(z)
z p
ap(∗)

δ ∼
δ ε

Fig. 6.7 { Preuve de l'\Open Mapping Theorem"


wp bien connue. Notre inspiration geometrique est donc veriee et chaque point de B"(0)
avec " = ap ~p possede p preimages de f dans B (0) (voir Figure 6.7).
j j
I.7 Developpement de Laurent, singularites
Le Point à l’infini, la sphère de Riemann
Dans le cas reel, il est frequent de \compactier" l'axe en ajoutant un point ;1 et
un deuxieme point +  en geometrie projective, on introduit une \droite a l'inni". En
1

analyse complexe, il est plus naturel de considerer tout l'inni comme un seul point.
Une premiere motivation pour cette convention sont les fonctions rationnelles comme
1=z, la transformation de Cayley (1.18) ou celle de Joukovski (1.21). On voit, par exemple,
en Figure 1.7, que les deux \taches blanches", representant l'exterieur de la gure d'a c^ote,
se rapetissent au point 1, si l'on imagine que l'exterieur s'agrandit a l'inni. Donc, le \point
1" correspond au \point " par cette application.
1

S2 C
0

N
N
α1

α2
A
α3

α4
B C
Fig. 7.1 { Projection stereographique
Une deuxieme motivation est fournie par la projection stereographique, qui projette une
sphere S 2 a partir du \p^ole nord" N sur un plan parallele a l'equateur. Elle est bijective
entre le plan et la sphere, sans le point N. Ce point N correspond justement au \point
1 " du plan. On sait depuis l'Antiquite (Hipparchus 150 B.C., Ptolemaios A.D. 150)
que cette projection preserve les cercles (voir Figure 7.1). Specialement interessant en
analyse complexe est le fait (connu depuis le 17eme siecle, Halley 1696) que la projection
stereographique preserve les angles, i.e. est conforme. Cela est d^u au fait que chaque
rayon de projection NAC traverse le plan tangent AB sous le m^eme angle que le plan
de projection BC (voir Figure 7.1, a droite: on a 1 = 4 , car BC est parallele au plan
tangent a N, puis 1 = 2 et 2 = 3, donc 3 = 4).
Cette representation de C = C
0 0 s'appelle sphere de Riemann.
 f1g

Proposition 7.1 Une suite z1, z2 , z3, : : : converge vers le point , i.e.,
1

lim z = 
k!1 k
1 (7.1)
si 8 R 9 K 8 k  K on a jzk j > R.
Demonstration. C'est exactement a cette condition que les points correspondants sur la
sphere de Riemann convergent vers N .
Exemples. La suite 0 i 2 3i 4 5i 6 7i 8 : : : converge dans C , ainsi que 0, 1,
; ; ; ; 0 ;

2, 3, 4, 5 : : :. On remarque que cette derniere ne converge pas das IR.


; ;
Le Développement de Laurent
\L'extension donnee par M. Laurent nous para^t digne de re-
:::

marque." (Cauchy 1843, voir Remm91, p. ea278])


Si une fonction holomorphe tend vers l'inni ou cesse d'^etre holomorphe dans une region,
on peut neanmoins sauver la serie entiere, a condition d'admettre aussi des puissances
negatives. Cette extension a ete presentee par P.A. Laurent (1813-1854, ingenieur de
l'armee) a Cauchy, qui en a parle a l'Academie (voir citation), mais qui ne l'a pas trouvee
\digne" de publication.
Theoreme 7.2 Soit f une fonction holomorphe dans 2 < z z0 < 1 , une couronne
j ; j

circulaire. Alors, on a dans cette couronne


f (z) = : : : + (z a;z3 )3 + (z a;z2 )2 + z a;1z + a0 + a1 (z z0 ) + a2(z z0 )2 + : : :
; ;
;0 0 ; 0 ;

X1
= ak (z z0)k;
k=;1
(7.2)
ou Z
ak = 21i ( f (z ))k+1 d k = : : : 3 2 1 0 1 2 3 : : :
; ; ; (7.3)
 0 ;

est la m^eme formule que (5.2), mais aussi valable ici pour les k negatifs. Le chemin
d'integration est un lacet simple ferme parcourant l'interieur de la couronne dans le sens
positif. L'inegalite de Cauchy (voir (4.11))

1 M L( )  r = min(  (t) z0 ) si k 0,


j ; j 

jak j 
2 rk+1

r = max(  (t) z0 ) si k
j ; 2, j  ; (7.4)
r absent si k = 1, ;

reste egalement valable pour tous les k.

−α
ρ1 α
ζ

ζ
ρ2
z0 z
γ
−γ2

γ1

Fig. 7.2 { Preuve du Theoreme de Laurent


Demonstration. Pour un z a l'interieur de la couronne, on applique la formule de Cauchy
(4.1) pour un chemin qui commence par le bord exterieur 1 , revient a l'interieur par ,
puis longe le bord interieur 2 dans le sens negatif, et nit par . Ainsi,
; ;

1 Z f ( ) 1 Z f ( ) 1 Z f ( ) 1 Z f ( )
f (z) = 2i  z d 2i  z d = 2i  z d + 2i z  d: (7.5)
;
1 ; 2 ; 1 2 ; ;
Comme au I.5, la premiere integrale donne naissance aux termes avec k 0. Pour la
x 

deuxieme integrale, nous echangeons  z dans (5.6), ainsi la serie devient convergente
$

pour  < z . Cela donne


j j j j

1 = 1 +  z0 + ( z0)2 + : : : :
; ;
(7.6)
z  z z0 (z z0)2 (z z0 )3
; ; ; ;

Ce developpement insere dans la deuxieme integrale de (7.5) donne les termes k = 1, ;

k = 2, etc. Car l'integrant des integrales (7.3) est holomorphe dans la couronne, les deux
;

chemins d'integration peuvent ensuite ^etre deplaces librement vers  .


Exemple 7.3 Pour calculer un exemple specique, les formules integrales (7.3) ne sont
en general pas pratiques pour trouver les ak . On essayera plut^ot d'utiliser des series de
Taylor connues. L'exemple suivant se trouve dans Remm91, p. ea277]:
1 = 1  1 + 1 : (7.7)
1 + z2 2i z i ; i z ; ;

Cette fonction a deux p^oles en z = i. Nous choisissons le point de developpement




z0 = 0:4 + 0:6 i. Les p^oles sont a distance r2 = 0:566 et r1 = 1:65 de z0 . Dans la couronne
entre ces deux rayons, la fonction est holomorphe et nous recherchons le developpement
de Laurent pour cette region. L'idee est de remplacer les deux fractions simples dans (7.7)
par les deux series geometriques (7.6) et (5.6), une fois avec  remplace par i et l'autre
fois par i, en faisant attention a la convergence. Ainsi, on obtient pour (7.7)
;

1 = 1 : : :+ (i z0 )2 + i z0 + 1 + 1 + z z0 + (z z0 )2 +: : : ::
; ; ; ;

1 + z2 2i (z z0)3 (z z0 )2 z z0 i z0 ( i z0 )2 ( i z0 )3
; ; ; ; ; ; ; ; ;
(7.8)
Le resultat de cette serie peut ^etre admire en Figure 7.3.

Fig. 7.3 { Dessin de < de 24 termes d'une serie de Laurent pour (1=(1 + z2 )).

Singularités Isolées et Résidus


Si une fonction est holomorphe dans un disque Br (z0 ), a l'exception du point z0 , nous
appelons z0 une singularite isolee. On peut appliquer la serie de Laurent au disque epointe
Br (z0) = z C  0 < z z0 < r = Br (z0 ) z0 :
f 2 0 j ; j g n f g (7.9)
Les ak sont calcules par (7.3), ou  est un lacet contournant la singulatite. La formule
devient particulierement simple pour k = 1: ;

De nition 7.4 (Cauchy 1826) La quantite


Z
a;1 = 21i f ( ) d =: Res (f z0 ) (7.10)

est appelee le residu de f au point z0 (i.e. la seule chose qui reste de f apres integration).
Pour la serie de Laurent autour d'un point isole, il y trois possibilites:
1. Tous les ak avec k < 0 sont nuls. Dans ce cas, on appelle z0 une singularite
supprimable.
2. Seulement un nombre ni de ak avec k < 0 sont = 0 (notons le dernier par 6

a;m ). Dans ce cas, nous appelons z0 un p^ole d'ordre m.


3. Un nombre inni de ak avec k < 0 sont = 0. Dans ce cas, nous appelons z0 une
6

singularite essentielle.
1. Singularites supprimables. Ici, nous avons le
Theoreme 7.5 (Riemann 1851) Si f (z) est holomorphe et borne dans un disque epointe,
alors f (z) est aussi holomorphe en z0 .
Demonstration. Si jf (z )j  M , alors les inegalites de Cauchy (7.4), pour r ! 0, montrent
que tous les ak = 0 pour k < 0. Ainsi, le developpement de Laurent devient une serie
entiere.
2. P^oles. Si f (z) possede un p^ole d'ordre m en z0 , alors
g(z) = a;m + a;m+1 (z z0 ) + a;m+2 (z z0 )2 + : : : = (z z0 )m f (z)
; ; ;  (7.11)
est holomorphe avec g(z0) = 0. Dans ce cas, il est facile de voir (par continuite de g(z))
6

que r > 0 et deux constantes M1 > 0 et M2 > 0 avec


9 9

M1 f ( z ) M2 z Br (z0): (7.12)


z z0
j
m
; j
 j
z z0 m
j 
j ; j
8 2

On a
!z0 f (z) = :
zlim 1 (7.13)
Similairement, si une fonction f1 (z0 ) = 0 et f2 (z) possede z0 comme zero de multiplicite
6

m, alors f1(z)=f2 (z) a un p^ole de multiplicite m en z0 .


Une illustration est donnee en Figure 7.4, pour la fonction z=(ez 1) , qui possede j ; j

des p^oles simples en z0 = 2ik, k = 0 et une singularite supprimable en z = 0.


 6

x x

Fig. 7.4 { Fonction z=(ez 1) avec p^oles simples


j ; j

3. Singularites essentielles. Dans ce cas, le comportement de f (z), quand z se rap-


proche de z0 , est caracterise par le theoreme suivant:
Theoreme 7.6 (Casorati 1868, Weierstrass 1876) Si z0 est une singularite essen-
tielle, alors pour 8 r > 0 l'image f (Br(z0 )) du disque epointe Br (z0) est dense dans
C0 .
Demonstration. Supposons le contraire, i.e., 9 a 2 C0 et 9 > 0 tel que chaque point
dans B (a) n'a pas de preimage. On pose
g(z) := f (z)1; a , f (z) = a + g(1z) : (7.14)

jf (z ) ; aj  ) jg (z )j 
1 ) g holomorphe ) f holomorphe ou avec p^ole:
(7.15)

Une illustration est donnee en Figure 7.5, pour la fonction e;1=z2 , une fonction qui,
dans le reel, est SI aimable (voir HW97, p. 253]). Les deux tours qui apparaissent forment
une singularite, les lignes de niveau de f (z ) sont des lemniscates. L'argument de f (z ) se
j j

comporte beaucoup plus violemment, avec des rotations de 2 sur une innite de lem-


niscates. La validite du Theoreme de Casorati-Weierstrass pour cet exemple est evidente.

.0
−.4 .0 .4

x x

Fig. 7.5 { Fonction e;1=z2 avec singularite essentielle a droite: arg f (z)
j j

Remarque. Il existe un theoreme beaucoup plus precis que le precedent, le Theoreme de


Picard (voir, [Link]., Remmert, vol. 2, p. 240).

I.8 Fonctions Meromorphes


\  , I partie, c. a d. 1 partie, part, portion "
"o& :::

\ , forme, d'ou: 1 forme du corps, !gure, exterieur "


o' :::

(Dictionnaire Grec Fran"cais, Hachette)


De nition 8.1 (Briot-Bouquet 1875) Une fonction f (z) est meromorphe dans un
domaine D, si f (z) est holomorphe dans D avec la possible exception de p^oles isoles.
Les fonctions meromorphes sur un domaine D peuvent ^etre additionnees, multipliees,
derivees et divisees entre elles et forment un corps.
Exemples. Les fonctions rationnelles f (z)=g(z), ou f et g sont des polyn^omes, sont
meromorphes, ainsi que les fonctions tan z = sin z= cos z et cot z = cos z= sin z .
Décomposition en Fractions Partielles
Pour les fonctions rationnelles, la decomposition en fractions partielles, connue depuis 300
ans, est tres utile, [Link]., en integration. Nous reprenons un exemple de HW97, p. 119-120]:

f (z) = z5 +6zz4 20 z2 + 4z + 19 = 6z4 20z2 + 4z + 19


4
;

; 5z3 z2 + 8z 4
; ;
;

(z 1)3(z + 2)2
;
(8.1)

Nous avons un p^ole d'ordre 3 en z = 1 et un d'ordre 2 en z = 2. La fonction f (z) (z 1)3


;  ;

n'a plus de p^ole en z = 1. Nous developpons cette fonction en serie de Taylor et obtenons
le developpement de Laurent
f (z) = (z 1 1)3 (z 2 1)2 + z 3 1 + 89 27
;
;
; ;
7 (z 1) + 2 (z 1)2 + : : :
; ;
27 ; (8.2)
et similairement pour l'autre point
f (z) = (z +1 2)2 + z +3 2 34
;
27 27
;
14 (z + 2) 17 (z + 2)2 + : : : :
;
81 ; (8.3)
Idee: Si on denote les \parties principales" de ces developpements par
`1(z) = (z 1 1)3 (z 2 1)2 + z 3 1 et `2(z) = (z +1 2)2 + z +3 2  (8.4)
;
;
; ;
;

alors f (z) `1(z) `2 (z) n'a plus de p^ole et, par le theoreme de Riemann, est holomorphe.
; ;

A cause de limz!1 f (z) = 0 et du theoreme de Liouville, cette dierence est 0, nous avons
donc
f (z) = (z 1 1)3 (z 2 1)2 + z 3 1 (z +1 2)2 + z +3 2
;
;
; ;
; (8.5)
(cf. HW97, formule (II.5.11)]).
Cas d'une In nite de P^oles. Soit, par exemple, f (z) = cot z = cos z= sin z. Il y a des
p^oles simples aux points z = k, k 2 ZZ , avec Res (f k) = 1. La formule analogue a
(8.5) serait ici

cot z = cos z= (8.6)


sin z −2π −π 0 π 2π

= : : : + z +1 2 + z +1  + z1 + z 1  + z 1 2 + : : :
;
(8.7)
;

formule trouvee par Euler, a l'aide de son produit pour sin z (voir Introductio 1748,
Chap. X, 178). Voici d'autres exemples :
x

1 = (8.8)
sin z −2π −π 0 π 2π
= : : : + z +1 2
; ;
1 + 1
z+ z ; +;
1 1
z  z 2 + : : : ;
; (8.9)
ou encore
1 = (8.10)
sin2 z
−2π −π 0 π 2π

= ::: + 1 + 1 + 12 + 1 + 1 +::: (8.11)


(z + 2) (z + )
2 2 z (z ) (z 2)2
2 ; ;

et

cos z = (8.12)
sin2 z −2π −π 0 π 2π

= : : : + (z +12)2
; ;
1
(z + ) 2
+ 1
z2 ;
;
+ 11
(z ) (z 2)2 + : : : : (8.13)
2 ;
;

Theoreme 8.2 (Mittag-Leer 1884) Si on suppose l'existence d'une in nite de cercles


k de centre 0 et de rayons Rk ! 1 sur lesquels
j f (z )j  M pour z 2 k , 8 k (8.14)
et si on note (ici ecrit pour f (z ) = cot z )
   
`k (z) = z1 + z ;1  + z +1  + : : : + z ;1k + z +1k (8.15)
la somme des parties principales des p^oles a l'interieur de k , alors limk!1 `k (z ) =
f (z) 8 z 6= p^ole. On doit toutefois supposer la convergence en un point, [Link]. f (0) =
`k (0). Toutes les formules ci-dessus sont correctes.
γ1
2 R1
R2 γ2

0
−3π −2π −π 0 π 2π 3π

−2

Fig. 8.1 { Majoration de cot z pour la preuve du \Theoreme de Mittag-Le!er"


j j

Demonstration. Ce theoreme fut publie 1877 en suedois, simplie par Weierstrass, puis
elabore par Mittag-Le+er, Acta Math. vol. 4, 1884). Nous developpons l'idee de ces preuves
pour l'exemple de la serie de cot z. Pour cette fonction, l'hypothese (8.14) est satisfaite
q .q
pour Rk = (k + ), car avec cot(x+iy) = cos x + sinh y sin2 x + sinh2 y, on trouve
1
2 j j
2 2

M = 1:0028 (voir Fig. 8.1). Si on enleve une singularite apres l'autre (voir Fig. 8.2),
on trouve f (z) `k (z), holomorphe a l'interieur ;

de k . La formule integrale de Cauchy donne


1 Z f ( ) `k ( ) d = f (z) ` (z) (8.16) ;
k
2i k  z ;
;

pour z a l'interieur de k . Dans cette formule, `k ( )


est une somme de termes de la forme 1=( ak ). ;

Si on decompose le produit 1=(( z)( ak )) en ; ;

fractions partielles, on voit que


1 Z `k ( ) d = 0 (8.17)
2i k  z ;

ainsi (8.16) devient


Z
f (z) `k (z) = 21i f ( )z d :
; (8.18)
k ;

Idee. On soustrait de cette formule la m^eme ex-


pression, mais evaluee en z = 0. Car f (0) `k (0) = ;

0 par hypothese, on trouve


4 k=0 4 k=1
2 2

0 0
−4π −3π −2π −π 0 π 2π 3π 4π −4π −3π −2π −π 0 π 2π 3π 4π
−2 −2

−4 −4

4 k=2 4 k=6
2 2

0 0
−4π −3π −2π −π 0 π 2π 3π 4π −4π −3π −2π −π 0 π 2π 3π 4π
−2 −2

−4 −4

Fig. 8.2 { Valeurs absolues de cot z `k (z) ;

Z   Z
f (z) `k (z) = 21i f ( )  1 z 1 d = 21i f ( )  ( z z) d:
; ; (8.19)
k ; k ;

Nous majorons cette derniere integrale (majoration tres similaire a (4.13), en utilisant
(8.14)), ce qui donne

f (z) `k (z) 21 M


j ;
2Rk z
Rk (Rk z )
j  0 si Rk

, z xe:
; j j
 j j
(8.20)
! ! 1
Les autres formules suivent, soit par des identites trigonometriques, soit par derivation
terme par terme, ou bien par une preuve similaire.
Remarque. Une demonstration elementaire de la serie pour cot z (Herglotz dans ses cours),
reproduite dans Remm91, p. ea259], fera l'objet d'un exercice.
Consequence: les formules d'Euler. En regroupant les termes \jumeaux" dans (8.15)
en un seul terme, nous avons
1 2z
X
cot z = 1 +
z n=1 z2 n2 2 :
;
(8.21)

Multipliee par z, cette serie devient (avec 1;q q = P1k=1 q )


k

X1 nz2 2 2 X1X 1 z2k X1 X1 1  2 2k


z cot z = 1 2 z2 = 1 2 =1+ z : (8.22)
;

n=1 k=1 n  k=1 n=1 n


2k 2k 2k  2k
n=1 1 n2 2
 ; ;
;

Cette serie, comparee a (5.59), donne les formules


X1 1 k;1 (2 ) B
2k
= ( 1)
2(2k)! 2k
k = 1 2 3 : : : (8.23)
n=1 n
2k
;

l'un des plus formidables triomphes d'Euler. M^eme le cas k = 1 fut une enigme pour
Leibniz et Joh. Bernoulli pendant un demi-siecle (plus precisement: de 1673 a 1740).

Nombre de zéros et nombre de pôles de fonctions méromorphes


Nous demontrons ici le celebre \Principe de l'argument" a l'aide d'un raisonnement geo-
metrique (voir Polya-Szego 1925, III. Abschn., Kap. 4, 2, Nr. 181-194). Une deuxieme
x

preuve par le Theoreme des residus sera donnee en I.9. La premiere application de ce
x

principe est due a Riemann (1859, Werke p. 148, pour estimer le nombre de zeros de sa
\fonction  "), une deuxieme par E.J. Routh (1877, dans un travail sur la stabilite d'un
systeme).
De nition (Indice de Cauchy) Soit  un chemin ferme simple dans D et f (z) une
fonction meromorphe dans D. Supposons qu'aucun zero ni p^ole de f (z) ne se trouvent sur
 . Ainsi, l'argument arg(f (z)) est une fonction continue sur  et nous pouvons compter le
nombre de tours qu'eectue cet angle (au sens positif), quand z parcourt  (dans le sens
positif). Ce nombre, necessairement un entier, est note Ind  (f (z)).
Exemple. Dans la Figure 8.3 est dessine le champ des arguments pour la fonction f (z) =
sin z2 =(eaz b) (a = 1:75 b = 11:4). Cette fonction possede deux zeros (z = 0 et z = 2)
;

et deux p^oles (z = lnab , z = ln b+2 a


i a l'interieur du chemin  . On peut observer que
Ind 0 (f (z)) = Ind 1 (f (z)) = Ind 2 (f (z)) = 0, Ind 3 (f (z)) = 1 et Ind  (f (z)) = 0.
;

Theoreme 8.3 (Principe de l'argument) Selon les hypotheses mentionnees ci-dessus,


nous avons
Ind  (f (z)) = Z P
; (8.24)
ou Z et P sont, respectivement, le nombre de zeros et le nombre de p^oles de f (z ) a
l'interieur de  , comptes avec leur multiplicite.
4

γ0
γ1 γ2 γ3 γ

0 2 4 6

−2
Fig. 8.3 { Indice de Cauchy pour f (z) = sin z2 =(eaz b)
;

Demonstration. Le champ des arguments est continu en z = (x y ), a l'exception des zeros
et des p^oles de f (z). Si nous partons d'un chemin constant 0, et si nous l'aggrandissons
continuellement pour devenir 1, puis 2 etc., l'indice de Cauchy est 0 d'abord, est en
general une fonction continue, et toujours un entier. Il change seulement au moment ou
la courbe  , pendant sa croissance, traverse un zero (en ce moment l'indice augmente de
1) ou un p^ole (ici l'indice diminue de 1, car arg 1z = ; arg z). Quand on aura atteint la
courbe  , l'indice aura compte le nombre de zeros avales moins le nombre de p^oles.
Ce theoreme possede d'innombrables applications, entre autres le \Theoreme de Rouche"
et une n +1-eme preuve du Theoreme fondamental d'algebre (voir Exercices).

I.9 Theoreme des Residus


\residu re-zi-du] n. m. (du lat. residuus, qui est de reste). Ce qui
reste "
::: (Larousse Dictionnaire Universel)
Le Theoreme des residus generalise le theoreme de Cauchy 3.2 aux fonctions ayant des
singularites isolees a l'interieur du chemin d'integration. Il fut pour Cauchy (1825) l'ins-
trument principal pour trouver des valeurs d'integrales denies.
Nous rappelons que pour une singularite isolee z0 le residu est le terme
1 Z
a;1 = 2i f ( ) d =: Res (f z0 ) (9.1)

du developpement de Laurent.  est un chemin ferme simple, contournant z0 et ne conte-
nant pas d'autres points singuliers. On peut calculer le residu par developpement en series
(voir exercice 121). Pour des p^oles simples, on a les formules commodes (voir exercice 122)

Res (f z0 ) = zlim


!z0(z z0 )f (z)
; et Res (f=g z0) = gf0((zz0 )) : (9.2)
0

Si z0 est un p^ole d'ordre m de f (z), on pose g(z) = (z z0)m f (z). Puis, le residu de f
; 

en z0 est le m 1-ieme terme de la serie de Taylor de g, i.e.


;

Res (f z0 ) = 1 g(m;1) (z0) (9.3)


(m 1)! ;

(c.f. la \second possibility" dans HW97, p. 120]).


Theoreme 9.1 (Cauchy 1826) Soit f (z) holomorphe a l'interieur d'un chemin simple
ferme  , a l'exception d'un nombre ni de singularites isolees z1 , z2, : : :  zk , alors
1 Z f ( ) d = X k
Res (f zj ): (9.4)
2i  j =1

Demonstration. La preuve est tres similaire a celle de la formule de Cauchy 4.1 (cf. la
gure 4.1): la seule dierence reside dans le fait que nous avons maintenant plusieurs
points singuliers a contourner par de petits cercles (voir Figure 9.1). Comme auparavant,
cela marche sans autre complication si le domaine de denition est etoile. On projette
les singularites vers le bord et on applique le theoreme de Cauchy 3.2 a un chemin  qui
rev^et tout le domaine comme un peritoine. Les chemins aller et retour disparaissent, il ne
reste que
Z k Z
X
f ( ) d ; f ( ) d = 0 (9.5)
 j =1 j
ou les j sont les cercles qui contournent les points singuliers. On obtient la formule (9.4)
en remplacant les dernieres integrales par (9.1).
γ

z1
−β1
c

z3
z2 −β3
−β2
γ

Fig. 9.1 { Preuve du Theoreme des residus


Application 1. Si une fonction f est holomorphe dans  et z est un point xe, alors la
fonction
g( ) = f ( )z
;
(9.6)
possede z comme seul point singulier avec Res (g z) = f (z) (voir (9.2)). Dans ce cas, le
Theoreme des residus devient la Formule Integrale de Cauchy 4.1.
Application 2. Si f ( ) est meromorphe avec des p^oles simples, alors la fonction (9.6)
possede les p^oles de f plus le p^ole en z. Ainsi, le Theoreme des residus devient la formule
(8.18), utilisee dans la preuve du Theoreme de Mittag-Le+er.
Application 3. Considerons la fonction f 0(z)=f (z). Elle est holomorphe ou f est holo-
morphe et f (z) = 0. A l'aide de (9.2), on voit que
6

 0 
si f (z) = (z z0 )m g(z) g(z0) = 0 Res f (z)  z0 = m (9.7)
; 6 )
f (z)
 0 
si f (z) = (z g(zz) )m  g(z0) = 0
6 ) Res ff ((zz))  z0 = m :
; (9.8)
; 0

Le Theoreme des residus pour cette fonction donne


1 Z f 0( ) d = Z P: (9.9)
2i  f ( ) ;

Cela est la preuve analytique promise du principe de l'argument (8.24). L'integrale de


(9.9) correspond au nombre
R de rotations de arg f (z), car, apres la substitution w = f ( ),
cette integrale devient f () dw=w = log w, le \compteur logarithmique" de Cauchy (voir
(3.32)).

Calcul d’Intégrales par la Méthode des Résidus


Nous sommes maintenant de retour a la toute premiere motivation de Cauchy pour en-
treprendre ses recherches en analyse complexe, a savoir la justication et la generalisation
des calculs d'integrales entrepris par Euler et Laplace.
\L'art" de trouver des integrales denies a ete cultive tout au long des 18eme et 19eme
siecle, Dirichlet et Kronecker ont donne des cours (jusqu'a 6 heures hebdomadaires) sur
le sujet. Aujourd'hui, il existe de longues tables (par ex. celles de Grobner-Hofreiter ou
Gradstein-Ryshik qui temoignent d'un travail incroyable) et des programmes informa-
tiques (par ex. Maple ou Mathematica), qui \crachent" ces integrales en quelques milli-
secondes.
Mais, pour un esprit scienti que, il est, encore et toujours, interessant de voir comment
ces tresors du savoir ont ete trouves.
L'idee est de prime abord simple: on choisit une fonction f (z), on choisit un chemin
 et on evalue l'integrale (9.4) on la partage en parties reelle et imaginaire, et on trouve
deux formules d'integrales (dont une est souvent triviale).
Probleme: quelles fonctions f (z) et quels chemins  faut-il choisir pour trouver des
integrales interessantes?!
Il y a deux situations classiques: 1. ;1
R 1 f (x) dx 2. R 2 F (cos ' sin ') d'.
Z1 0

1. f (x) dx: On suppose que f n'a pas de singularites sur l'axe reel et que
;1
!1 z f (z) = 0 :
zlim  (9.10)
On prend comme chemin d'integration l'intervalle reel ( R R),
;

suivi d'un grand cercle R ei', 0 ' . Sous la condition


  

z2 (9.10), l'integrale sur le cercle tend vers 0 pour R ! 1 et on


z1 z3 trouve
γ
Z1 X
−R 0 R f (x) dx = 2i Res (f zk ) (9.11)
;1 =zk >0
ou la somme est sur toutes les singularites zk dans le demi-plan superieur.
Exemple 1.1. Z 1 dx
= 2 (9.12)
;1 x + 1 3
6

Preuve. Les singularites concernees sont z123 = e 6  i e 6 . Les residus sont zk;5 =6 par
i 5i

;5i ;i
(9.2), formule b). Ainsi, Res z123 = e 6 =6 i=6 e 6 =6 et la somme = 2i=6.
; ;

Exemple 1.2. Z 1 cos x


dx = e;a (a > 0): (9.13)
;1 x2 + a2 a
eiz e iz1 e ;a
Preuve. Ici on pose f (z) = 2 2 avec un p^ole en z1 = ia et Res (f z1 ) = = .
z +a 2z1 2ia
Exemple 1.3. Z 1 sin x
dx =: (9.14)
0 x 2
eiz
Preuve. Ici, on pose f (z ) = , mais les estimations de-
z
viennent un peu plus delicates. Premierement, la formule (9.10)
n'est pas satisfaite. Donc, l'integrale sur le grand cercle neces-
−R
-r r
R
R =2 un
site
e; R
peu plus d'attention.
sin ' R
d' 0 e

=
Il s'agit d'une integrale du style
2 ;2R'=
d', qui tend vers zero comme
0
1=R.
Deuxiemement, le seul p^ole (en z = 0, de residu Res = 1) est exactement sur  . Il compte
dans (9.11) pour un demi de son residu (pour l'eviter, on fait un petit demi-cercle). Le
reste de l'integrale sur l'axe reel devient
Z ;r eix Z R eix Z R eix e;ix Z R sin x
dx + dx = dx =
;
2 i x dx : (9.15)
;R x r x r x r

Remarque. Une methode elegante pour cette integrale utilise le developpement (8.9) :
Z 1 sin x Z 2 Z  Z 2  1 1 1 +: : :dx = Z 2 dx =  : (9.16)
x dx = + 
+ : : : = sin x x x  x+ ; ;
2
0 0 2 0 ; 0

Le theoreme des residus n'est pas toujours la meilleure methode. (P.S. Dans un article
plein d'humour britannique de G.H. Hardy, Mathematical Gazette, Vol. 5 (1909), p. 98-103,
cette preuve s'appelle \Mr. Berry's second proof"  elle a recu les meilleurs \28 marks"
voir aussi Grobner-Hofreiter, Vol. II, p. 5).
Z 2
2. F (cos ' sin ') d': Ici, on pose z = ei' et  est le cercle unite, ainsi
0
Z 2 Z  ;1 ;1 
F (cos ' sin ') d' = F z +2z  z 2iz dz iz :
;
(9.17)
0 
Exemple 2.1.
Z 2 d' 1 Z dz 2
= =
1 2p cos ' + p i  (z p)(1 pz) 1 p2
2
si p < 1:
j j (9.18)
0 ; ; ; ;

Exemple 2.2.
Z 2
d' = 2 Z dz 2
p + cos ' i  z + 2pz + 1 =
p2 1 si p > 1: (9.19)
p j j
0 2 ;

Ici, il y a un p^ole z1 = p + p2 1 a l'interieur de  de residu Res (f z1 ) = 1=(2 p2 1).


p p
; ; ;

Exemple 2.3. L'exemple


Z 2 d' = 22p 3 si p > 1 (9.20)
(p + cos ') ( p 1)
p j j
0 2 ;

necessite le calcul du residu d'un p^ole double. Pour eviter cela, on peut deriver l'integrale
(9.19) par rapport au parametre p.
3. Nous terminons le chapitre par \la belle formule d'Euler, relative a l'integrale"
Z 1 xa;1 dx  1
= 0 < a < b: (9.21)
0 1 + xb b sin ab
(Cauchy, cite d'apres Remm91, p. ea307]). La condition 0 < a rend l'integrale convergente
en x 0, la condition a < b assure (9.10).
a;1
!

z
Il est clair qu'on va poser f (z) = 1 + zb et qu'on va commen-
cer le chemin  a l'origine, longer l'axe reel par 1 jusqu'a un
2iπ
Re b

−γ γ point R, puis entamer un cercle 2 de rayon R. Mais comment


2
3

retourner au point de depart? Idee: On choisit soigneusement


un angle ' = 2=b, et on revient par z = t ei', car a ces 

e

b endroits le denominateur devient 1 + tb, le m^eme qu'a l'aller,
tandis que le numerateur est l'ancien numerateur multiplie
i(a;1)' . A cela, se rajoute un autre ei' venant du \dz " et
0 1 γ R par e
nous avons
1

Z za;1 dz Z 1 xa;1 dx
2ia=b
= (1 e ) (9.22)
 1 + zb 1 + xb
; 
0

A l'interieur de  il y a un seul point singulier z1 = ei=b avec residu Res z1 = z1a;1 =(bz1b;1 ) =
z1a;b =b = z1a =b. Cela, multiplie par 2i et insere dans (9.22), donne (9.21).
;

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