Les Déterminants de La Demande de Crédit Bancaire Au Cameroun System
Les Déterminants de La Demande de Crédit Bancaire Au Cameroun System
Abstract
The banking financing represents a major stake for the economic emergence of Cameroun at the time when
the government aid with the development and the granting of the loans to the developing countries tend to
decrease (Severino and Ray, 2011). This work contributes to the identification of the factors which justify the
entreprises to request the bank credit in Cameroun. It is a question of clarifying the explanatory macro-
economic elements of the request of the bank credit. With this intention, we use data covering the period
1980-2014. Using the method of the least ordinary cross-sections, the econometric investigations revealed
that in the long run and short term, the economic growth rate affects the banking application for credit
positively. On the other hand, the spread of the rates on the banking markets influence the banking
application for credit negatively. In addition, the rate of inflation and the rate of investment are not
significantly associated at the request of bank credit. Thus, measurements of economic policy will have to be
centered on: a reinforcement of the services of banking offer (light reduction of the debtor interest rate)
favorable at the request of credit in order to booster rocket the level of investment private. However, it is
also necessary to encourage the banks camerounaises to grant long-term credits while preserving their
preference of profit resulting from the creation of the value of the banks.
Keywords: Banking financing, Request of the enterprises, Differential of interest rate, Cameroon.
JEL Classification: H E00-E41-E51-G00-G21-G32
1. Introduction
L’économie bancaire se pose toujours la même question, notamment pourquoi y a-t-il des banques dans les
économies modernes ? Elle utilise ainsi une définition étroite de la banque à savoir que celle-ci a pour rôle de recevoir
des dépôts et d’accorder des crédits qui ne sont pas a priori négociés sur les marchés financiers. Dans l’ouvrage de
synthèse du prix Nobel Robert Merton4, la banque n’existe qu’aux travers des fonctions qu’elle remplit dans
l’économie. De ce fait, cette conception est présente dans l’ensemble des travaux de microéconomie bancaire (Freixas
et Rochet, 1997 ; Battacharya et Thakor, 1993 ; Allen et Santomero, 1999…). Cette approche fonctionnelle permet
1
Chargé de cours et chef de Département d’Économie Monétaire et Bancaire, Faculté des Sciences Économiques et de
Gestion - Université de Ngaoundéré (Cameroun). E-mail : bitacharles@[Link]
2
Doctorant en Sciences Economiques et Cadre de banque, E-mail : ousseinikalle@[Link]
3
Moniteur et Doctorant en Sciences Economiques, E-mail : philemonvotsoma@[Link]
4
Robert Merton: « A Functional Perspective of Financial Intermédiation », Financial Management 24, (1995). Ainsi,
plusieurs auteurs majeurs de la microéconomie bancaire ont illustré cette approche : Diamond (1997), Rajan (1998), Allen
et Gale (1994).
Bita, Kalle & Votsoma 41
donc de dire que la banque assure trois types de fonctions : l’intermédiation de la liquidité, l’intermédiation du risque
(Gurley et Shaw, 1960) et enfin, l’intermédiation de l’information. “Capitalization” theory, whereby any relevant
amenities are incorporated into underlying property values (Landis et al, 1994). This expansion of bid-rent theory
allows for all manner of other amenities to be priced into property values. In this manner, other factors - such as
neighborhood characteristics, access to community institutions, such as parks, libraries, and the quality of a given
structure - can have an impact on residential property values.
L’intermédiation de la liquidité est la fonction la plus apparente et la plus naturelle qui consiste à réutiliser et à
transformer la monnaie détenue par les épargnants dans le but de financer les investissements proposés par les
entreprises dénuées de « cash » et en particulier à réconcilier la préférence pour la liquidité des épargnants avec
l’horizon de long terme des investissements, en transformant les dépôts à vue en prêts à long terme non liquides
(Diamond et Dybvig, 1983). Cependant, le risque est inhérent à l’activité bancaire. Il est inévitable parce que c’est dans
la nature même de la banque de prendre des risques (Godowski, 2004). L’intermédiation du risque rassemble ainsi
toutes les opérations par lesquelles la banque centralise et retraite les risques financiers5 de base pour le compte de
l’ensemble des agents économiques.
S’agissant de l’intermédiaire de l’information (Leland et Pyle, 1977), il traduit le rôle que joue la banque dans
la résolution des problèmes d’asymétries d’information entre un entrepreneur sans richesse initiale, qui détient seul la
connaissance complète de son projet et des investisseurs épargnants. C’est ainsi que depuis l’article de Diamond
(1984), la banque a été analysée en détail dans sa fonction de « Delegated monitor » comme l’entité la mieux à même
de résoudre, pour le compte de l’ensemble des investisseurs, les problèmes de révélation de l’information sur un projet
des difficultés du type incitation et aléa moral.
Toutefois, il est important de cerner que, la banque existe parce que les hypothèses d’un marché financier
parfait, efficient et complet ne sont pas totalement remplies, qu’il s’agisse d’une non transparence de l’information sur
les projets à financer ou de l’incomplétude des contrats sur les marchés financiers organisés. Cela dit, l’incomplétude
signifie qu’un investisseur ne pourra pas trouver de contrat de financement définissant les obligations et les paiements
dans toutes les éventualités et pour toutes les échéances.
Comme tous les pays en développement, le Cameroun est à la quête d’une émergence économique à l’horizon
2035, ce qui nécessite une mobilisation des ressources pour le financement de l’économie (Bita et al, 2016). Pour cela,
il faut que les intermédiaires financiers bancaires jouent effectivement leur rôle dans le financement de l’économie. Or,
depuis la dévaluation du franc CFA en janvier 1994, la surliquidité6 des banques camerounaises est de plus en plus
évidente mais le financement de l’économie est de plus en plus faible, car le crédit bancaire est rationné aux Petites et
Moyennes Entreprises (PME). Il y a là donc un véritable problème d’adéquation entre la demande et l’offre de crédit
bancaire au Cameroun.
Le paradoxe du système bancaire camerounais se manifeste donc par cette concomitance entre une
surliquidité bancaire croissante et une insuffisance de financement du secteur réel. En effet, ce dernier manque de
moyens de financement externe alors même que le secteur bancaire dispose d’importantes liquidités excédentaires. Les
tentatives d’explication de ce paradoxe avancées jusqu’à présent ne tiennent pas compte du comportement de
demande de crédit des entreprises.
Pour les banques, le financement des entreprises et plus particulièrement celui des PME suppose au préalable
des mécanismes spécifiques soutenus par des fonds publics et la création de sociétés de caution mutuelle. Un bon
environnement économique et institutionnel est donc nécessaire pour favoriser une transformation des dépôts de
court terme en crédits de moyen et long terme de la part des banques. Ainsi, plusieurs études ont été menées pour
essayer de comprendre pourquoi les banques sont frileuses face aux financements des PME, ou encore si les
conditions économiques et financières de ces structures ne sont pas remplies pour leur permettre un accès aux crédits
bancaires (Picory et Geffroy, 1995, Vigneron, 2008…). En effet, les banques commerciales du Cameroun disposent
5
Il s’agit par exemple du risque de contrepartie ; des risques de marché ; du risque opérationnel ; du risque de liquidité…
6
Selon les propos du président de l'Association des professionnels des établissements de crédit du Cameroun (Apeccam),
en novembre 2013, la surliquidité bancaire au Cameroun est estimée à plus 700 milliards de Fcfa.
42 Journal of Economics and Development Studies, Vol. 5(1), March 2017
essentiellement des ressources à court terme alors que le secteur réel recherche principalement le financement à
moyen et à long terme.
Traumatisé par une très forte incertitude inhérente à la crise bancaire7 de la fin de la décennie quatre vingt, le
secteur bancaire camerounais s’avère actuellement incapable d’assurer une transformation effective des ressources
dont il dispose. Ainsi, selon le rapport de la COBAC (2008), la surliquidité des banques s’est accrue de 204,21% entre
2003 et 2008. En outre, les récentes statistiques de la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC, 2014) soulignent
que depuis plus de 10 ans, le crédit au secteur privé rapporté au PIB plafonne autour de 7% alors que le crédit à
l’économie tournerait autour de 2% du PIB, soit l’un des plus faibles dans les pays en développement.
Malgré la libéralisation financière entreprise en 1990 dans tous les Etats membres de la Communauté
Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) et la restructuration du système bancaire camerounais qui
s’en ait suivi (Avom et Eyeffa, 2007), les débats sur l’accès des entreprises aux financements bancaires sont toujours
d’actualité. En effet, rares sont les personnes qui ne cèdent pas à la tentation d’incriminer les banques de refuser ou
limiter volontairement l’offre de crédits aux entreprises qu’elles soient publiques ou privées. Que l’on soit décideur
politique, expert financier ou simple citoyen, tous semblent s’accorder sur le fait que les banques commerciales au
Cameroun ne participent pas suffisamment au financement de l’économie.
Or, les causes de ce blocage du financement bancaire peuvent également être recherchées du côté des
demandeurs de crédit eux-mêmes, relativement à leur environnement macro-économique, c’est-à-dire du côté de la
structure de fonctionnement du marché du crédit bancaire camerounais. D’où l’intérêt d’entreprendre une telle étude
afin d’identifier les facteurs qui influenceraient l’accès des entreprises au crédit bancaire. De cette manière, la
préoccupation principale que soulève le présent travail est de mettre en lumière les éléments qui expliqueraient
pourquoi l’encours du crédit bancaire au secteur privé est faible au Cameroun. Il s’agit ici de saisir les facteurs macro-
économiques qui expliquent le comportement de la demande de crédit bancaire au Cameroun.
De façon globale, ce travail vise la réalisation des objectifs ci-après : d’une part, analyser l’influence du taux de
croissance économique sur la demande de crédit bancaire, et d’autre part, déterminer l’influence du différentiel des
taux d’intérêt sur la demande de crédit bancaire. La suite de cet article est organisée de la manière suivante : la
deuxième section passe en revue les facteurs qui influenceraient la demande de crédit bancaire. La troisième section
présente la méthodologie utilisée pour les tests empiriques ainsi que l’origine des données. La quatrième section
présente les principaux résultats et leurs implications en matière de politique économique. La cinquième section
conclut le travail.
2. Les Facteurs Explicatifs De La Demande De Crédit Bancaire : Une Revue Critique De La Littérature
Les déterminants de la demande de crédit peuvent être définis comme étant les facteurs qui sont à l’origine de
la décision des agents économiques, dont essentiellement des entreprises, à faire recours au crédit bancaire. La
recherche de ces déterminants est basée sur les motivations et les objectifs des agents à entreprendre des décisions de
demande de crédit.
2.1 La Procyclicité Du Comportement De Demande De Crédit
Au cours de ces vingt dernières années, il est admis que les activités financières, notamment au niveau du
marché du crédit peuvent être excessivement procycliques (Borio et al, 2001). De cette manière, l’identification des
facteurs qui déterminent les fluctuations de court terme (ou cycliques) du marché de crédit bancaire est d’une
importance capitale tant pour les Banques Centrales que pour les régulateurs bancaires dans la mesure où, une
excessive cyclicité sur le marché du crédit pourrait avoir des répercussions non seulement sur la stabilité bancaire, mais
également sur la stabilité macroéconomique de l’économie. Les fluctuations de court terme se produisant sur le
marché du crédit peuvent alors être appréhendées par des modifications de la demande de crédit. Plusieurs facteurs
peuvent être pris en compte pour expliquer ces comportements.
7
Selon des différents rapports d’activité de la COBAC sur plusieurs années, en 1989 au Cameroun, c’est la fermeture au
mois d’août de quatre grandes banques : la Société Camerounaise de Banque (SCB), suivie de la Banque Camerounaise de
Développement (BCD), de la Cameroon Bank Limited (CAMBANK), de la Banque de Paris et des Pays-Bas du Cameroun
(Paribas). Le Fonds National de Développement Rural (FONADER) fermera aussi un an plus tard. La situation n’était pas très
reluisante dans les autres pays de la sous région.
Bita, Kalle & Votsoma 43
Tout d’abord, les modifications de comportement des entreprises à travers le cycle économique, c’est-à-dire
des facteurs macroéconomiques peuvent contribuer à expliquer les fluctuations à court terme de l’activité des
entreprises. Les théories sur le comportement des banques telles que : la myopie au désastre (Guttentag et Herring,
1986) ; le comportement moutonnier (Azariadis, 1981, Cole et al, 2000, Obstfeld, 1986, Orléan, 1992, Rajan, 1994) ou
encore, l’hypothèse de la mémoire institutionnelle (Berger et Udell, 2004) permettent exactement de justifier
l’ajustement du comportement des banques pendant le cycle économique tout en négligeant le comportement des
demandeurs de crédit.
D’un point de vue empirique, certains travaux (Asea et Blomberg, 1998 ; Lown et Morgan, 2006) montrent
par exemple d’une part, que les conditions auxquelles les entreprises demandent du crédit évoluent de façon cyclique,
et d’autre part que ces évolutions ont des répercussions sur l’ampleur à la fois du cycle du crédit mais également sur le
cycle des affaires. Ceci veut dire qu’il existe bien une relation entre l’activité des entreprises et leur comportement de
demande de crédit bancaire.
En outre, la réglementation bancaire peut également influencer le comportement de demande à court terme
sur le marché du crédit. Van den Heuvel (2007) par exemple développe un canal du capital bancaire dans lequel, la
contrainte réglementaire en fonds propres réduit la demande par le biais de l’offre de crédit sur le marché bancaire.
Par ailleurs, Zicchino (2006) montre aussi que la réglementation sur les fonds propres ne conduit pas simplement à
amplifier les chocs de politique monétaire, mais plus généralement les chocs affectant les conditions
macroéconomiques, et dont celle de demande de crédit bancaire.
D’un autre point de vue, la croissance économique a également un impact sur l’économie en termes
d’investissement, et par conséquent donc en termes d’endettement des entreprises. Autrement dit, lorsque la
croissance est bonne et qu’une forte demande est anticipée, les perspectives de profits sont élevées et les entreprises
anticipent une hausse de l’activité et donc de l’investissent. Dans ces conditions, l’investissement est fortement corrélé
à la croissance économique mesurée par le taux de croissance du Produit Intérieur Brut (PIB). Lorsque
l’investissement est élevé et que la croissance est bonne, les entreprises auront ainsi tendance à solliciter du crédit
(Friedman et kutner, 1993). Cet endettement va se faire soit par un recours à la finance directe sur les marchés
financiers, soit par un recours massif au crédit bancaire. Ces analyses nous amènent à formuler l’hypothèse suivante :
H1 : la croissance économique influence positivement la demande de crédit bancaire au Cameroun
2.2. Le Différentiel Des Taux D’intérêt et La Demande De Crédit Bancaire
La question de l’impact de la concurrence sur la tarification des services bancaires est moins évidente qu’elle y
paraît. En effet, la littérature sur le lien entre tarification des services bancaires et la demande de crédit est presque
inexistante. En effet, la plupart des modèles analysant les marchés bancaires se concentrent sur le marché de crédit
alors que celui des dépôts joue également un rôle significatif. En effet, des nombreux modèles passent par la
concurrence bancaire pour expliquer le coût du crédit. Ainsi, certains auteurs ont pu expliquer cette relation entre
demande de crédit et le spread des taux d’intérêt. De cette manière Petersen et Rajan (1994), ont mis en évidence à
partir des données des PME américaines, le fait que l’accès au crédit est d’autant plus facile que l’écart entre les taux
débiteurs et les taux créditeurs sur les dépôts est faible. Ainsi, ils ont trouvé que la concurrence approchée par le
nombre de banques en relation de long terme avec l’entreprise avait un effet significatif et positif sur les taux d’intérêt
appliqué aux petites entreprises américaines. Ce résultat renforce l’hypothèse selon laquelle une concurrence plus forte
entre banques conduirait à un coût de crédit plus faible. De même, ces auteurs ont interprété leur résultat en
considérant le fait que seule une relation bancaire exclusive réduirait le coût du crédit.
D’autre part, toujours concernant le cas des Etats-Unis, certaines études concluent que le coût du crédit
décroît avec le degré de concurrence (Berger et Udell, 1995). Toutefois, Cole (1998) vient nuancer ce résultat en
démontrant que la disponibilité du crédit est une fonction croissante du taux d’intérêt sur les marchés bancaires.
Angelini et al.(1998) trouvent quant à eux (sur des données italiennes) que seules les entreprises ayant une relation de
moins de trois ans avec leurs banques sont plus contraintes que les autres dans leur accès au crédit. Par ailleurs, les
études empiriques sur la base d’un échantillon des petites entreprises italiennes réalisées par
44 Journal of Economics and Development Studies, Vol. 5(1), March 2017
Angelini et al. (1998) montrent contrairement aux résultats de Petersen et Rajan, que les firmes qui
concentrent leurs sources de financement payent un taux d’intérêt plus élevé que celles entretenant de multiples
relations bancaires, dont celle de clientèle8. Dans le même ordre d’idée, Bonfim et al. (2009) ont mis en évidence sur la
base d’une large base de données concernant des PME portugaises, qu’une relation bancaire supplémentaire pour les
petites entreprises sur le marché du crédit portugais réduisait en moyenne leur coût d’emprunt de 11 à 20 points de
base.
Harh off et Körting (1998) ont montré qu’une plus grande concurrence entre les établissements de crédit
allemands à travers la multiplication des relations bancaires permet aux entreprises de bénéficier du financement
relationnel bancaire en fournissant moins de collatéraux. Toutefois, seule l’instauration d’une relation de confiance
avec sa banque a donc pour conséquence immédiate, la réduction des coûts de financement.
Degryse et Van Cayseele (2000) ont également montré en utilisant des données relatives aux PME belges que
les entreprises qui contractent la majorité de leur financement et services financiers auprès du même intermédiaire
bancaire bénéficient d’un coût réduit de crédit. Ainsi, ils concluent à l’existence d’une relation positive entre le niveau
de la concurrence bancaire et la tarification du crédit. Canovas et Solano (2006) ont obtenu le même résultat en
exploitant une base de données relative aux PME espagnoles. Ils concluent que les avantages liés à la concentration de
la dette sont plus importants que leurs inconvénients.
Enfin, D’Auria et al. (1999) sur la base des données italiennes trouvent que l’instauration de relations de long
terme accroit l’accès des PME au crédit. Cependant, il n’est pas établi qu’un faible niveau de concurrence (relation
bancaire exclusive) permet à l’emprunteur de bénéficier d’un coût de crédit plus faible ou de s’exposer à un hold-up de
la part de sa banque. De plus, selon les mêmes auteurs, la solution optimale pour une entreprise est de concentrer sa
dette auprès d’une banque principale afin de lui permettre de disposer d’un avantage concurrentiel l’incitant à baisser
les taux d’intérêt, et dans le même temps multiplier les relations bancaires pour empêcher sa banque principale
d’extraire des rentes monopolistiques. A la suite de ce qui précède, nous formulons l’hypothèse suivante:
H2 : le différentiel des taux d’intérêt influence négativement la demande de crédit bancaire au Cameroun.
Il est donc important maintenant de présenter la méthodologie utilisée pour vérifier les hypothèses de ce travail.
8
La littérature économique parle beaucoup plus aujourd’hui de financement relationnel bancaire.
Bita, Kalle & Votsoma 45
9
C’est une demande de crédit exprimée sans la certitude que celle-ci sera satisfaite par la banque.
10
A ce sujet Sevestre (1997) présente les conséquences liées à l’utilisation de l’encours de crédit à la place des flux de
nouveaux contrats de prêts, ainsi que les conditions sous lesquelles cette substitution est neutre du point de vue de
l’estimation des coefficients. Voir également Baumel (1997) pour une évaluation des montants des crédits nouveaux en
France.
46 Journal of Economics and Development Studies, Vol. 5(1), March 2017
Dans ces études, le crédit dépend essentiellement des variables telles que le taux d’intérêt et le niveau
d’activité mesuré par le PIB. Toutefois, ces modèles étant construits à partir des fonctions de demande de crédit, il
convient de les utiliser avec précaution.
En effet, les déterminants du crédit généralement introduits comme le PIB ou le taux d’intérêt peuvent aussi
bien être utilisés dans des fonctions de demande que dans des équations d’offre de crédit. Par conséquent,
l’interprétation des résultats pourrait s’avérer fallacieuse. Dans le cadre du présent travail, nous utilisons en plus des
variables macroéconomiques d’intérêt citées ci-dessous, d’autres variables macroéconomiques de contrôle11
susceptibles d’influencer de façon directe ou indirecte la demande de crédit. Ces différentes variables sont classées en
deux grands groupes à savoir : les variables macroéconomiques structurelles et les variables financières.
[Link]: Les Variables Macroéconomiques Structurelles
Les variables les plus couramment utilisées sont celles qui mesurent le niveau de l’activité économique d’un
pays. Il s’agit notamment du taux de croissance du PIB et du taux d’investissement intérieur.
Le taux de croissance du PIB ( TPIB ) : c’est un bon indicateur de la taille et de la richesse du marché
bancaire. Par conséquent, c’est un indice de bonne santé d’une économie. Cette variable a été utilisée en France en
2006 pour les études de même type. En effet, la croissance a un impact fort sur l’économie en terme d’investissement,
et donc en terme d’endettement. Lorsque la croissance est bonne dans un pays et qu’une forte demande est anticipée,
les perspectives de profit sont élevées. Dans ces conditions, les entreprises anticipent une hausse de l’activité, et par
ricochet de l’investissement. L’investissement est ainsi fortement corrélé à la croissance à travers le multiplicateur
keynésien. Lorsque l’investissement est élevé et que la croissance est bonne, les entreprises auront tendance à
s’endetter. Cet endettement va se faire soit par un recours à la finance directe sur les marchés financiers, soit par crédit
bancaire. Or, dans les pays en développement comme le Cameroun (économie d’endettement), le crédit bancaire est la
principale source formelle de financement des entreprises (FMI, 1994). Ce recours au financement extérieur des
entreprises s’oriente donc uniquement vers les banques. Par conséquent, le signe attendu du PIB dans le modèle est
positif.
Le taux d’investissement intérieur ( TINV ): il indique le niveau du climat général des affaires dans un pays. Il
mesure par rapport au PIB, l’accroissement de la capacité de production des entreprises. Son signe attendu est par
conséquent positif. Le graphique ci-dessus illustre l’évolution de l’encours de crédit et les variables structurelles.
Evolution du TCRB et les Variables Structurelles
11
Les variables de contrôle sont tout simplement des variables qui sont ajoutées par l'économiste dans une régression dans
le but d'éviter un biais dans l'estimation du paramètre d'intérêt.
Bita, Kalle & Votsoma 47
L’évolution simultanée de l’encours de crédit bancaire et les variables macroéconomiques sur la période 1980
à 2014, traduit une baisse de la demande de crédit bancaire après la libéralisation financière de la fin des années 1980.
On observe ainsi une chute de -66,769% de l’encours de crédit bancaire. A cette même période, l’activité
économique a connu un ralentissement à cause de la diminution du taux de croissance économique à partir de 1987.
Ce ralentissement est lié à la crise d’endettement des pays en développement en général et de celui du Cameroun en
particulier. Cette forte baisse est en moyenne de -7,823. Par ailleurs, l’encours du crédit bancaire induit également une
évolution progressive du taux d’investissement privé. Toutefois, elle a baissé après la crise de 2008 malgré le retour de
la demande de crédit bancaire.
[Link]: Les Variables Monétaires
Ce sont des variables relatives à l’activité bancaire et à la politique monétaire qui sont susceptibles d’influencer
l’évolution du crédit à l’économie. Il s’agit notamment du taux d’intérêt débiteur, du différentiel ou de l’écart des taux
sur les marchés bancaires et enfin, du taux d’inflation.
Le taux d’intérêt débiteur ( TID )12 : La littérature économique considère que la demande de crédit bancaire
est négativement liée au taux d’intérêt réel. En effet, un taux d’intérêt débiteur élevé augmente la charge financière des
entreprises tout en compromettant leur capacité de remboursement. En effet, les travaux pionniers de Rosa (1951) et
Hodman (1960) montrent qu’une augmentation du taux d’intérêt débiteur a pour effet d’augmenter le risque moyen de
ceux qui empruntent. Les théories néoclassiques suggèrent également qu’un fort taux d’intérêt devait augmenter le
coût du capital, ce qui réduirait par là, le taux d’investissement. Selon Lintner (1967), le taux d’intérêt détermine le
niveau d’investissement des entreprises. Ainsi, le taux d’intérêt débiteur agit négativement sur la demande de crédit.
Le différentiel des taux sur les marchés bancaires ( DTI ) : le différentiel ou le spread des taux mesure l’écart
entre le coût de l’emprunt et les taux créditeurs sur les dépôts. Cette différence entre les taux débiteurs et ceux
créditeurs constitue la marge nette d’intérêts. Elle constitue le principal déterminant du profit bancaire. En effet, cet
écart donne une image du degré de concurrence entre banques et donc du niveau de concentration du secteur
bancaire. Selon Campbell (2003), la concentration est associée à l’écart entre le taux débiteur et celui créditeur. Ainsi,
plus cet écart est important, moins la concurrence est faible, et plus les banques appliquent des taux débiteurs élevés
pour obtenir des profits excessifs. Certains travaux comme celui de Wong (1997) ont montré que ce différentiel des
taux compte pour près de 80% du profit bancaire. Ceci impacte donc négativement sur les emprunteurs, et par
conséquent, sur la demande de crédit. En effet, un différentiel de taux important permet également d’avoir une idée
sur le fait que les banques appliquent ou non des taux « usuriers ». Ainsi, théoriquement cette variable est
négativement corrélée à la demande de crédit bancaire.
L’inflation (DEFLPIB): dans la littérature économique, on parle du taux d’inflation lorsque l’indice n’est pas
précisé. L’inflation peut être mesurée soit par l’indice des prix à la consommation harmonisé (cas des pays européens),
soit par le déflateur du PIB, qui est le quotient du PIB nominal par le PIB réel multiplié par 100. Ce dernier donne une
image beaucoup plus globale et plus exacte de l’inflation, mais ses délais d’établissement sont beaucoup plus longs. Les
études empiriques de Brock et Suarez (2000) ont indiqué que des taux d'inflation élevés sont généralement associés
aux taux d'intérêt élevés sur les prêts. Ce qui conduit à des revenus bancaires plus élevés. Cependant, plus l’inflation
est élevée, plus les marges des taux augmentent. Ceci a pour conséquence d’augmenter le coût du capital, et donc la
charge financière des entreprises. L’inflation peut aussi nuire au financement des entreprises par destruction de
l’épargne des agents économiques. Dans ces conditions, cette variable influence donc la demande de crédit par le biais
du coût de crédit élevé. Le graphique ci-dessus traduit l’évolution de l’encours de crédit et les variables monétaires.
12
Nous ne représentons pas le taux d’intérêt débiteur dans le graphe puisque il existe une forte corrélation entre le taux
d’intérêt débiteur et du différentiel de taux d’intérêt. A cet égard, nous ne retenons que le différentiel du taux d’intérêt
dans le cadre de cette étude.
48 Journal of Economics and Development Studies, Vol. 5(1), March 2017
4 . Résultats et Discussions
Dans cette section, nous présentons d’une part, l’analyse statistique et d’autre part, une analyse économétrique.
4.1 : Analyse Statistique des Résultats
Toute estimation du modèle économétrique avec les données macroéconomiques suppose au préalable une
étude de la stationnarité des variables. Par ailleurs, le test de cointégration de Johansen indique une absence de
cointégration entre les variables. Ce qui autorise l'estimation de la relation de long terme par la méthode des moindres
carrés ordinaires. A cet égard, il est possible aussi de générer un modèle à correction d’erreur (modèle de court terme)
dans la mesure où les tests sur les résidus sont stationnaires (annexe 5). Enfin, le test des résidus du modèle montre
une présence d’hétéroscedasticité des résidus du modèle estimé (annexe 3). Cependant, nous faisons recourt au test
robustesse qui nous permet de ré-estimer le modèle afin de corriger l’hétéroscédasticité (annexe 4). Les différents
résultats des estimations sont présentés dans le tableau-ci après.
Bita, Kalle & Votsoma 49
Tableau 2 : Résultats des Estimations de la demande de Crédit Bancaire au Cameroun Variable Expliquée:
Encours De Crédit Bancaire (TCRB)
Variables Relation de long terme Relation de court terme
TINV 0, 698 /
1, 61
DEFLPIB 0, 798 /
1, 23
TPIB 1,847 *** 0,932 *
3, 25 1, 76
DTI 1,156** 0,959
2,19 1, 27
C 4, 768 0, 055
0, 37 0, 02
RESIDUS / 0,818**
2, 44
R2 0,4287 0,3315
F (k, n-k) 4,23 2,87
P (F-statistic) 0,0078 0,053
Durbin-watson 1,992 2,281
Observations 35 35
Note : Les chiffres entre parenthèses sont les valeurs absolues des statistiques t *** : significatif à 1% ; ** :
significatif à 5% ; * : significatif à 10%..
4.2 : Analyse Econométrique et Interprétation Des Résultats
Il ressort que les relations ci-dessus expliquent entre 33% et 42% de la variance totale du taux de croissance
du crédit bancaire au Cameroun. Le modèle est globalement bon (valeur de F-statistic) et les variables arrivent avec les
signes attendus. Nous notons que la force de rappel (0,818) vers l’équilibre arrive dans le court terme avec le signe
positif et est statistiquement significatif. Nous pouvons donc dire que dans le court terme, les déséquilibres entre la
demande de crédit et ses déterminants ne se compensent pas.
4.2 .1 : Interprétation Des Variables D’intérêt du Modèle
Le taux de croissance économique arrive avec un signe positif et est significatif au seuil de 1% et 10%
respectivement à long et à court terme. Ainsi, une augmentation d’un point du taux de croissance économique
entraine toutes choses égales par ailleurs, une augmentation de 1,847 point à long terme et de 0,932 à court terme de
la demande de crédit. Ce résultat corrobore avec les travaux de Mbeng-Mezoui (2012) dans le cadre de la CEMAC,
selon lesquels le crédit bancaire suit le cycle réel de l’activité économique c'est-à-dire celui du taux de croissance du
PIB. Nous validons l’hypothèse (H1) selon laquelle la croissance économique affecte positivement la demande de
crédit bancaire au Cameroun.
Le différentiel des taux d’intérêt influence également le comportement de la demande de crédit bancaire au seuil de
5%. Il arrive dans le modèle avec le signe attendu. Une augmentation d’un point du différentiel des taux d’intérêt
réduit la demande de crédit bancaire de 1,156 point. Or, dans le contexte camerounais, ce différentiel atteint une
moyenne de 10,99. Ceci confirme le fait que les banques camerounaises ont une préférence pour le financement de
court terme. Ce résultat permet de valider l’hypothèse (H2) selon laquelle le différentiel des taux d’intérêt influence
négativement la demande de crédit bancaire.
50 Journal of Economics and Development Studies, Vol. 5(1), March 2017
5. Conclusion
La crise financière de 2007-2009 a grandement éprouvé le secteur financier mondial. Les chercheurs, les
décideurs politiques et les autorités de contrôle bancaire ont soutenu que les banques devraient revenir à leur fonction
primordiale d’intermédiation. Le crédit bancaire représente un enjeu majeur pour l’émergence économique du
Cameroun au moment où l'aide publique au développement et l'octroi des prêts aux pays en développement tendent à
décroître. De façon plus spécifique, le crédit bancaire joue dans ce pays, un rôle déterminant dans le processus de
production et de stimulation de la croissance.
Ce papier, nous a permis de confronter la théorie du crédit bancaire à la réalité camerounaise, à travers une
analyse économétrique. Les résultats révèlent que la croissance économique affecte positivement la demande de crédit
bancaire. Par ailleurs, le différentiel du taux d’intérêt affecte négativement la demande de crédit bancaire. Il en ressort
qu’un certain nombre de mesures de politiques économiques doivent être prises dans l’immédiat. Nous pensons à
l’amélioration du cadre judiciaire et réglementaire à travers une réforme structurelle des administrations publiques en
charge de la production des documents authentiques servant de garanties administratives pour les demandeurs de
crédit bancaire que sont les entreprises. Il s’agit d’améliorer de façon globale le climat des affaires afin que les
entreprises puissent présenter moins de risques à leurs offreurs de crédits.
Il y a lieu de mentionner que ce travail connait quelques limites. En effet, pour mieux comprendre le
comportement de demande de crédit bancaire dans sa globalité, il serait nécessaire de procéder à une enquête auprès
des entreprises à travers le choix d’un échantillon représentatif des entreprises camerounaises. Ce qui n’a pas été fait
dans le cadre du présent travail. En plus, nous n’avons pas intégré dans ce modèle économétrique, le comportement
des ménages ainsi que les crédits octroyés par les institutions financières autre que les banques classiques. Ainsi,
d’autres recherches pourront combler ces manquements à travers un modèle intégrant tous ces aspects.
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Annexes
Annexe 1 : Statistiques descriptives
TCRB TINV TPIB DEFLPIB DTI
Mean 5.359608 20.30882 2.652485 4.702501 10.99080
Median 6.165538 18.40000 3.299996 2.967327 10.75000
Maximum 44.70679 30.20000 17.08268 22.06569 17.00000
Minimum -66.76947 12.40000 -7.823632 -2.392309 5.500000
Std. Dev. 17.10928 6.057353 4.668234 5.314448 3.744904
Skewness -1.673834 0.309291 0.200917 1.389603 0.129434
Kurtosis 10.99978 1.500147 4.468460 4.674050 1.959037
Jarque-Bera 109.6715 3.838630 3.380190 15.35105 1.677982
Probability 0.000000 0.146707 0.184502 0.000464 0.432146
Sum 187.5863 710.8088 92.83697 164.5875 384.6782
Sum Sq. Dev. 9952.731 1247.512 740.9419 960.2740 476.8264
Observations 35 35 35 35 35
Annexe 2 : L’analyse de l’autocorrélation des erreurs (le test de Breusch-Godfrey)
Bita, Kalle & Votsoma 53