Cours Entier Proba
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Table des matières
1 Un peu de combinatoire 3
1.1 Trois formules classiques de dénombrement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
1.2 Propriétés des coefficients binomiaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
2 Probabilités finies 9
2.1 Expériences aléatoires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
2.2 Mesures de probabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
2.3 Variables aléatoires finies . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
2.3.1 Espérance d’une variable aléatoire finie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
2.3.2 Variance d’une variable aléatoire finie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
4 Indépendance et conditionnement 28
4.1 Probabilités conditionnelles et indépendance d’événements . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
4.2 Indépendance de variables aléatoires finies . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
4.3 La loi faible des grands nombres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
5 Probabilités discrètes 35
5.1 Rappels sur la dénombrabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
5.2 Rappels sur les séries . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
5.3 Probabilités sur les ensembles dénombrables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
5.4 Quelques lois classiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
5.5 Variables aléatoires sur les espaces dénombrables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
5.5.1 Espérance et variance des variables aléatoires sur les espaces dénombrables . . . . 43
5.5.2 Variables indépendantes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
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Chapitre 1
Un peu de combinatoire
Problème concret : Mon équipe de foot est constituée de 11 joueurs, et j’ai 11 maillots,
numérotés de 1 à 11. De combien de manière puis-je distribuer les maillots ?
Par exemple, considérons l’ensemble à deux éléments E = {x, y}. Il existe deux manières de l’ordon-
ner : (x, y) et (y, x).
L’ensemble à trois éléments F = {a, b, c} peut être ordonné des manières suivantes :
(a, b, c); (a, c, b); (b, a, c); (b, c, a); (c, a, b); (c, b, a).
n! := n × (n − 1) × (n − 2) × ... × 3 × 2 × 1.
Qn
Remarque 1.1. Cette définition peut aussi s’écrire comme n! = k=1 k.
On a le résultat suivant :
Théorème 1.1. Soit E un ensemble fini de cardinal n. Il existe n! manières d’ordonner les
éléments de E.
Démonstration. Pour ordonner un ensemble à n éléments, il faut commencer par choisir le premier : on
a n possibilités. On choisit ensuite le second, et on a (n − 1) possibilité. Pour le troisième, on a n − 2
possibilités, etcaetera. En tout, on a donc bien n! possibilités.
Réponse au problème concret. Distribuer les maillots, c’est ordonner mon ensemble de 11 joueurs :
c’est choisir qui est le joueur numéro 1, qui est le numéro 2,... Par le théorème précédent, il existe 11 !
manières de faire, soit 39916800 (d’après ma calculatrice).
Remarque 1.2. Si E est un ensemble de cardinal n, n! est aussi
• le nombre de permutations de E, c’est-à-dire le nombre de bijections de E dans E ;
• le nombre de bijections de {1, ..., n} dans E.
3
Nombre d’arrangements
Problème concret : 10 chevaux participent à une course. Pour jouer au tiercé, on doit prédire
quel cheval arrivera premier, quel cheval arrivera deuxième, et quel cheval arrivera troisième.
Combien y a-t-il de possibilités ?
(a, b); (a, c); (a, d); (b, a); (b, c); (b, d); (c, a); (c, b); (c, d); (d, a); (d, b); (d, c).
n! 1 × 2 × ... × (n − p − 1) × (n − p) × (n − p + 1) × ... × (n − 1) × n
=
(n − p)! 1 × 2 × ... × (n − p − 1) × (n − p)
n!
et en simplifiant les (n − p) premiers termes, on trouve bien que n × (n − 1) × ... × (n − p + 1) = (n−p)! .
Réponse au problème concret. Au tiercé, il faut choisir une suite de 3 chevaux (tous distincts) parmi
10. Le nombre de possibilités est donc
A310 = 10 × 9 × 8 = 720.
Nombre de combinaisons
Problème concret : Dans certaines variantes du poker, chaque joueur commence avec une main
de 2 cartes, sur un jeu de 52 cartes. Combien de mains de départ différentes existe-t-il ?
Attention, ça n’est pas le même problème que précédemment : ici, l’ordre des p éléments choisis n’est
pas pris en compte.
Par exemple, si E = {a, b, c, d} et p = 2, il existe 6 manières de faire :
{a, b}; {a, c}; {a, d}; {b, c}; {b, d}; {c, d}.
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Définition 1.3. Soit E un ensemble fini, formé de n éléments, et soit p ≤ n. Une combinaison
de p éléments de E est le choix de p éléments de E distincts.
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1.2 Propriétés des coefficients binomiaux
Symétrie des coefficients
Le triangle de Pascal
Démonstration calculatoire. On a
n−1 n−1 (n − 1)! (n − 1)!
+ = +
p−1 p (p − 1)!(n − p)! p!(n − 1 − p)!
(n − 1)! (n − 1)!
= +
(p − 1)!(n − p − 1)!(n − p) (p − 1)!p(n − 1 − p)!
(n − 1)! 1 1
= +
(p − 1)!(n − p − 1)! n − p p
(n − 1)! n
= ×
(p − 1)!(n − p − 1)! (n − p)p
n! n
= = .
p!(n − p)! p
Démonstration
combinatoire. Soit E un ensemble à n éléments, et soit x un élément quelconque de E.
n
compte le nombre de parties de E ayant p éléments. Il y a deux types de parties de E à p éléments :
p
celles contenant x, et celles ne contenant pas x.
Les parties
de E à péléments ne contenant pas x sont aussi des parties de E\{x} contenant p éléments.
n−1
Il y en a donc , car E\{x} contient n − 1 éléments.
p
6
n−1
Il y a parties de E à p éléments contenant x : elles sont toutes construites en ajoutant {x}
p−1
à une partie de E\{x}
ayant p − 1éléments.
n n−1 n−1
On a donc bien = + .
p p−1 p
La formule de Pascal nous incite à calculer les coefficients binomiaux en les écrivant dans un triangle
comme suit.
• On commence par remplir les cases où p = 0 et celles où p = 1 de 1.
• On remplit les cases où p > n de zéros (par convention).
• Puis on remplit les autres cases de haut en bas, grâce à la règle suivante : chaque case est la
somme de la case au dessus et de la case au dessus à gauche.
p
0 1 2 3 4 5 6
n
1 1 1 0 0 0 0 0
2 1 2 1 0 0 0 0
3 1 3 3 1 0 0 0
4 1 4 6 4 1 0 0
5 1 5 10 10 5 1 0
6 1 6 15 20 15 6 1
Un peu d’histoire : Ce n’est pas Pascal qui a inventé les coefficients binomiaux, ni la formule
de Pascal . Celles-ci ont été découvertes pour la première fois par les mathématiciens arabes,
au début du Moyen-âge, puis ont ensuite été retrouvées par les mathématiciens chinois à la
fin du Moyen-âge, et par les mathématiciens européens, au début de la Renaissance. Mais c’est
Pascal qui a montré le premier certaines propriétés des coefficients binomiaux par des récurrences
rigoureuses.
La combinatoire est née quand les mathématiciens et les grammairiens arabes se sont posé la
question suivante : Sachant que l’alphabet arabe comporte 28 consonnes, et que chaque mot
arabe est composé de 3 consonnes, combien de mots peut-on former en arabe ?
Heureusement, il existe une formule permettant d’approcher (n!) lorsque n est grand.
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Proposition 1.3 (La formule de Stirling). On a
√ n n
n! ∼ 2nπ .
e
Nous ne donnerons pas de démonstration de cette formule (peut-être en verrez-vous une dans votre
cours d’analyse). Rappelons simplement que, si un et vn sont des suites strictement positives, un ∼ vn
signifie que unu−v
n
n
−→ 0.
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Chapitre 2
Probabilités finies
Définition 2.1. Une expérience aléatoire est une expérience, ou un phénomène, dont l’issue
ne peut pas être prédite avec certitude.
L’univers d’une expérience (ou univers probabiliste) est l’ensemble des issues possibles de
cette expérience aléatoire.
Un univers probabiliste est traditionnellement noté par la lettre Ω (oméga majuscule), et ses
éléments sont traditionnellement notés ω (omega minuscule). Dans tout ce chapitre, Ω sera un
ensemble fini.
Exemple 2.1. • Le lancer d’une pièce est une expérience probabiliste. Son univers est {pile, face}.
• Le lancer d’un dé a pour univers {1, 2, 3, 4, 5, 6}.
• La note que vous obtiendrez à l’examen est une expérience probabiliste. Son univers est l’ensemble
des entiers (et demi-entiers) compris entre 0 et 20.
• Le temps que mettre un atome radioactif à se désintégrer est aussi une expérience probabiliste.
A priori, une telle désintégration peut se produire n’importe quand dans le futur ; son univers est
donc [0, +∞[. Cet univers n’est pas fini : de telles expériences aléatoires ne seront pas traitées
dans ce chapitre.
Il faut parfois réfléchir un peu pour déterminer l’univers d’une expérience probabiliste. Supposons
par exemple que je lance 2 dés. Si les deux dés sont identiques et si je les lance en même temps, obtenir
1 sur le premier dé et 3 sur le second, c’est la même chose que d’obtenir 3 sur le premier et 1 sur le
troisième. L’univers probabiliste de cette expérience sera donc
n
Ω = {1, 1}, {1, 2}, {1, 3}, {1, 4}, {1, 5}, {1, 6}, {2, 2}, {2, 3}, {2, 4}, {2, 5},
o
{2, 6}, {3, 3}, {3, 4}, {3, 5}, {3, 6}, {4, 4}, {4, 5}, {4, 6}, {5, 5}, {5, 6}, {6, 6} .
En revanche, si les dés sont différents, ou si je les lance l’un après l’autre, alors obtenir 1 sur le premier
dé et 3 sur le second, ça ne sera pas la même chose que d’obtenir 3 sur le premier et 1 sur le troisième.
L’univers probabiliste du lancer des deux dés sera alors
n
Ω = (1, 1), (1, 2), (1, 3), (1, 4), (1, 5), (1, 6), (2, 1), (2, 2), (2, 3), (2, 4), (2, 5), (2, 6),
(3, 1), (3, 2), (3, 3), (3, 4), (3, 5), (3, 6), (4, 1), (4, 2), (4, 3), (4, 4), (4, 5), (4, 6),
o
(5, 1), (5, 2), (5, 3), (5, 4), (5, 5), (5, 6), (6, 1), (6, 2), (6, 3), (6, 4), (6, 5), (6, 6) .
Remarquons que cet ensemble est {1, 2, 3, 4, 5, 6} × {1, 2, 3, 4, 5, 6} au sens du produit cartésien.
Définition 2.2. Soit Ω un univers probabiliste fini. Un événement est une partie de Ω. Autre-
ment dit, un événement est un ensemble d’issues possibles d’une expérience aléatoire.
Si A et B sont des parties de Ω telles que A ∩ B = ∅, on dit que les événements A et B sont
incompatibles.
9
Dans toute la suite, si A est un événement de Ω, on notera Ac son complémentaire, c’est-à-dire
c
A = Ω\A. On notera Card(A) le cardinal de A, c’est-à-dire le nombre d’éléments de A.
Exemple 2.2. Voici quelques exemples d’événements :
• J’obtiens pile en lançant une pièce.
• J’obtiens un résultat pair en lançant un dé à 6 faces.
• Vous obtenez plus que 15/20 à votre examen.
• Nous n’avons défini les événements que pour les univers fini, pas pour les univers infinis. L’atome
radioactif met entre 2 et 3 secondes à se désintégrer sera sans doute un énénement, car il est
possible de le mesurer. Le temps que met l’atome radioactif à se désintégrer est un nombre
rationnel sera-t-il un événement ? En tout cas, ça n’est pas facile à mesurer...
Définition 2.3. Soit Ω un ensemble fini. Une mesure de probabilité sur Ω est une application
P : P(Ω) −→ [0, 1] vérifiant les propriétés suivantes :
• P(Ω) = 1.
• Pour tout A, B ∈ P(Ω) tels que A ∩ B = ∅, on a P(A ∪ B) = P(A) + P(B).
On dit alors que (Ω, P) est un espace de probabilité (fini).
Si A ⊂ Ω, P(A) est alors appelé la probabilité de l’évènement A.
Définition 2.4. Soit Ω un ensemble fini de cardinal N . La mesure uniforme sur Ω est donnée
par
Card(A)
∀A ⊂ Ω, P(A) = .
N
Cette mesure de probabilité sera parfois notée Punif .
Cette loi est utilisée pour modéliser des situations où toutes les issues d’une expérience aléatoire ont
la même probabilité de se produire. Par exemple, le lancer d’un dé à 6 faces non truqué sera modélisé
par l’espace de probabilité {1, 2, 3, 4, 5, 6}, Punif .
Problème concret : Dans certaines variantes du poker, chaque joueur commence avec une main
de 2 cartes, sur un jeu de 52 cartes. Quelle est la probabilité de commencer avec une paire d’as ?
Ici, l’expérience aléatoire considérée est la pioche de deux cartes dans un jeu de 52 cartes. L’univers
probabiliste est donc l’ensemble Ω de toutes les combinaisons de deux cartes pouvant être piochées dans
un jeu de 52 cartes. Aucune combinaison de deux cartes n’étant a priori plus probable que les autres
(personne ne triche !), Ω est muni de la probabilité uniforme. L’événement A est la pioche de deux as
dans un jeu de 52 cartes. On a donc
Card(A)
P(A) = .
Card(Ω)
52
On a vu au chapitre précédent que Card(Ω) = = 1326. Quant à A, il correspond à choisir 2
2
4
éléments parmi les 4 as du jeu. Son cardinal est donc Card(A) = = 6. On a donc
2
6 1
P(A) = = ≈ 0.0045
1326 221
10
Problème concret : Quelle est la probabilité pour que, dans une classe de 30 élèves, au moins
deux élèves aient la même date de naissance ?
S’il y a n élèves dans la classe, notons Ω = {1, ..., 365}n , c’est-à-dire l’ensemble des n-uplets possibles
donnant la liste des dates de naissance des élèves. En première approximation, on munit cet ensemble de
la mesure uniforme. 1 On a donc, pour tout événement A
Card(A) Card(A)
P(A) = = .
Card(Ω) 365n
L’événement A correspond à ce que au moins deux coordonnées du n-uplet aient la même valeur.
Son complémentaire est donc l’ensemble Ac où toutes les coordonnées du n-uplet sont différentes. Cela
correspond à choisir choisir un suite de n éléments distincts parmi 365. Par le théorème 1.2, on a
365!
Card(Ac ) = An365 = (365−30)! . On a donc, pour n = 30,
On a donc
P(A) = 1 − P(Ac ) ≈ 0, 71.
Proposition 2.1 (Propriétés élémentaires des mesures de probabilité). Soit (Ω, P) un espace de
probabilité fini.
1. On a P(∅) = 0.
2. Pour tout A ⊂ Ω, on a P(Ac ) = 1 − P(A).
3. Pour tout A ⊂ Ω et tout B ⊂ A, on a P(B) = P(A) − P(A\B).
4. Pour tout A, B ⊂ Ω, on a P(A ∪ B) = P(A) + P(B) − P(A ∩ B).
11
Supposons que (2.1) est vérifiée pour tous les ensembles de cardinal n, et soit A un ensemble de
cardinal n + 1. Choisissons un élément ω0 ∈ A, et notons B = A\{ω0 }. On a alors A = B ∪ {ω0 }, et
B ∩ {ω0 } = ∅. Par la propriété d’additivité, on a donc P(A) = P(B) + P({ω0 }). Mais, par hypothèse de
récurrence, on a
X X
P(B) = P({ω}) = P({ω}).
ω∈B ω∈A\{ω0 }
P P
On a donc bien P(A) = ω∈A\{ω0 } P({ω}) + P({ω0 }) = ω∈A P({ω}), et on déduit le résultat par
récurrence.
Lois de probabilité
Plutôt que de travailler avec des mesures de probabilité, c’est-à-dire d’associer une valeur à chaque
évènement, il est souvent plus facile d’associer une valeur à chaque issue de l’expérience aléatoire, c’est-
à-dire à chaque élément de Ω. C’est l’objet de la définition suivante.
Définition 2.5. Soit ΩPun ensemble fini. Une loi de probabilité sur Ω est une application
q : Ω −→ [0, 1] telle que ω∈Ω q(ω) = 1.
La proposition suivante nous explique comment passer d’une mesure de probabilité à une loi de
probabilité, et réciproquement ; lorsque Ω est un ensemble fini, ces deux notions sont tellement proches
qu’on les identifie souvent.
Proposition 2.2 (Lien entre mesure de probabilité et loi de probabilité). Soit Ω un ensemble
fini.
1. Si P est une mesure de probabilité sur Ω, alors l’application q : Ω −→ [0, 1] donnée par
q(ω) = P({ω}) est une loi de probabilité.
est une loi de probabilité sur Ω, alors l’application P : P(Ω) −→ [0, 1]
2. Réciproquement, si qP
donnée par P(A) := ω∈A q(ω) est une mesure de probabilité sur Ω.
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La loi de Bernoulli et la loi binomiale
Définition 2.6. Soit p ∈ [0, 1]. La loi de Bernoulli de paramètre p est la loi sur {0, 1}
donnée par
q(1) = p, q(0) = 1 − p.
Problème concret : Je lance 10 fois une pièce. Quelle est la probabilité que j’obtienne 4 fois
face ?
Définition 2.7. Soit N ∈ N et soit p ∈ [0, 1]. La loi binomiale de paramètre p sur {0, ..., N }
est donnée par
n k
∀k ∈ {0, ..., N }, q(k) = p (1 − p)N −k .
k
Vérifions que cette loi répond bien à la question posée précédemment. Supposons que je lance N fois
la même pièce, et que la probabilité d’obtenir face sur cette pièce vaut p. Par exemple, p = 1/2 si la
pièce est équilibrée.
L’univers décrivant cette expérience est alors {(P, F )}N . Soit {x1 , ..., xN } ∈ {(P, F )}N , et soit k le
nombre de F dans {x1 , ..., xN }. Le nombre de P dans {x1 , ..., xN } est donc N − k, et la probabilité
d’obtenir {x1 , ..., xN } est pk (1 − p)N −k
L’espace {(P, F )}N est donc muni de la mesure de probabilité P telle que
P({x1 , ..., xN }) = pk (1 − p)N −k , où k est le nombre de fois où apparait F dans {x1 , ..., xN }.
Revenons à notre problème initial, qui était de calculer la probabilité d’obtenir k fois face. Il existe N
k
N -uplets {x1 , ..., xN }, et chacun a une probabilité pk (1 − p)N −k d’être obtenu. La probabilité d’obtenir
k fois face est donc bien
n k
p (1 − p)N −k ,
k
comme annoncé.
Définition 2.8. Une variable aléatoire sur (Ω, P) est une application X : Ω −→ R.
Le support X(Ω) d’une variable aléatoire X est l’image de Ω par X, c’est-à-dire l’ensemble des
valeurs prises par X(ω) lorsque ω parcourt Ω.
13
Définition 2.9. On notera
{X = x} := {ω ∈ Ω; X(ω) = x}.
On notera aussi
P(X = x) := P ω ∈ Ω; X(ω) = x .
Plus généralement, si A ⊂ X(Ω), on notera
{X ∈ A} := {ω ∈ Ω; X(ω) ∈ A}, P(X ∈ A) := P ω ∈ Ω; X(ω) ∈ A .
Enfin, si X1 , ..., Xn sont des variables aléatoires, et si x1 ∈ X1 (Ω), ..., xn ∈ Xn (Ω), on notera
Proposition 2.3. L’application X(Ω) 3 x 7→ P(X = x) ∈ [0, 1] est une loi de probabilité sur
X(Ω).
= P(Ω) = 1.
Exemple 2.4. Considérons le lancer de deux dés à 6 faces équilibrés et discernables. L’espace de pro-
babilité associé est Ω = {1, ..., 6}2 muni de la mesure uniforme.
— Pour i = 1, 2, la variable aléatoire Xi donnant le résultat du dé numéro i est une variable aléatoire
de support {1, ..., 6}, et la loi de cette variable est la loi uniforme.
— La variable aléatoire S = X1 +X2 donnée par la somme des résultats des deux dés est une variable
aléatoire de support {2, ..., 12}. On a
{S = 2} = {(1, 1)}, {S = 3} = {(1, 2); (2, 1)}, {S = 4} = {(1, 3); (2, 2); (3, 1)},
{S = 5} = {(1, 4); (2, 3); (3, 2); (4, 1)} {S = 6} = {(1, 5); (2, 4); (3, 3); (4, 2); (5, 1)},
{S = 7} = {(1, 6); (2, 5); (3, 4); (4, 3); (5, 2); (6, 1)},
{S = 8} = {(2, 6); (3, 5); (4, 4); (5, 3); (6, 2)}, {S = 9} = {(3, 6); (4, 5); (5, 4); (6, 3)}
{S = 10} = {(4, 6); (5, 5); (6, 4)}, {S = 11} = {(5, 6); (6, 5)}, {S = 12} = {(6, 6)}.
On a donc
1 2 1 3 1 4 1
P(S = 2) = , P(S = 3) = = , P(S = 4) = = , P(S = 5) = = ,
36 36 18 36 12 36 9
5 6 1 5 1 4 1
P(S = 6) = , P(S = 7) = = , P(S = 8) = = , P(S = 9) = = ,
36 36 6 36 12 36 9
3 1 2 1 1
P(S = 10) = = , P(S = 11) = = , P(S = 12) = .
36 12 36 18 36
Définition 2.10. Soient (Ω; P) et (Ω0 , P0 ) deux univers probabilistes finis, et soient X : Ω −→ R,
X 0 : Ω0 −→ R deux variables aléatoires. On dit que X et X 0 sont égales en loi, ce que l’on note
L
X = X 0 si X(Ω) = X 0 (Ω0 ) et si, pour tout x ∈ X(Ω), on a P(X = x) = P0 (X 0 = x).
14
— Soit 0 < p < 1. On dit que X suit une loi de Bernoulli de paramètre p, ce que l’on note X ∼ B(p),
si X(Ω) = {0, 1} et P(X = 1) = p, P(X = 0) = 1 − p.
— Soit 0 < p < 1, n ∈ N. On dit que X suit une loi binomiale de paramètre (n, p), ce que l’on note
X ∼ B(n, p), si X(Ω) = {0, ..., n} et P(X = k) = nk pk (1 − p)n−k .
Définition 2.11. Soit X une variable aléatoire sur Ω. On définit son espérance E(X) par
X
E(X) = xP(X = x).
x∈X(Ω)
Remarque 2.1. — Soit X la variable aléatoire donnant le résultat d’un dé équilibré à 6 faces. Son
espérance vaut
1 2 3 4 5 6
E(X) = + + + + + = 3, 5.
6 6 6 6 6 6
L
— L’espérance d’une variable aléatoire ne dépend que de sa loi : X = Y =⇒ E(X) = E(Y ).
— Soit A ⊂ Ω un événement. Sa fonction indicatrice 1A : Ω −→ R, définie par 1A (ω) = 1 si ω ∈ A,
et 0 si ω ∈ Ω\A, est une variable aléatoire de support {0, 1}. Son espérance vaut
S
Démonstration du lemme. On a {X = x} = y∈Y (Ω) {X = x, Y = y}, et les événements de la réunion
sont deux à deux distincts. On peut donc conclure en utilisant la deuxième propriété dans la définition
d’une mesure de probabilité.
Démonstration de la proposition. Notons Z = λX + Y . On a Z(Ω) = {λx + y | (x, y) ∈ X(Ω) × Y (Ω)}.
Soit z ∈ Z(Ω). On a [
{Z = z} = {X = x, Y = y}.
(x,y)∈X(Ω)×Y (Ω)
λx+y=z
15
On a
X X X
E(Z) = zP(Z = z) = 1λx+y=z (λx + y)P(X = x, Y = y)
z∈Z(Ω) z∈Z(Ω) (x,y)∈X(Ω)×Y (Ω)
X X
= 1λx+y=z (λx + y)P(X = x, Y = y)
(x,y)∈X(Ω)×Y (Ω) z∈Z(Ω)
X
= (λx + y)P(X = x, Y = y)
(x,y)∈X(Ω)×Y (Ω)
X X X X
=λ xP(X = x, Y = y) + yP(X = x, Y = y)
x∈X(Ω) y∈Y (Ω) x∈X(Ω) y∈Y (Ω)
X X
=λ xP(X = x) + yP(X = x, Y = y) par le lemme 2.1
x∈X(Ω) y∈Y (Ω)
= λE(X) + E(Y ).
Remarque 2.2. On a vu que, si X1 , ..., Xn étaient des variables aléatoires indépendantes (voir la section
?? pour la définition précise de l’indépendance) suivant une loi de Bernoulli de paramètre p, alors X1 +
... + Xn suivait la loi B(n, p). On déduit de la proposition précédente que si X ∼ B(n, p), alors
E(X) = np.
Proposition 2.5. 1. Soient X −→ [0, +∞[ une variable aléatoire positive. Alors E(X) ≥ 0.
De plus, si E(X) = 0, alors P(X = 0) = 1. (On dit alors que X est presque surement
nulle.)
2. Soient X, Y deux variables aléatoires telles que X ≤ Y . Alors E(X) ≤ E(Y ).
P
Démonstration. 1. On a E(X) = x∈X(Ω) xP(X = x). Cette somme ne comporte que des termes positifs,
donc elle est positive. Si E(X) = 0, alors tous les termes de la somme doivent être nuls. Par conséquent,
on doit avoir P(X = x) = 0 pour tous les x > 0, et donc P(X = 0) = 1.
2. Si X ≤ Y , alors Y − X ≥ 0, donc E(Y − X) ≥ 0. Par la proposition précédente, on a E(Y − X) =
E(Y ) − E(X), donc on en déduit bien que E(X) ≤ E(Y ).
Démonstration. Notons Y = f (X). On a Y (Ω) = f X(Ω) = {f (x); x ∈ X(Ω)}. On a
X X X
E(Y ) = yP(Y = y) = y P(X = x)
y∈Y (Ω) y∈Y (Ω) x∈X(Ω);f (x)=y
X
= f (x)P(X = x).
x∈X(Ω)
Définition 2.12. Soit X : Ω −→ R une variable aléatoire. On définit sa variance Var(X) par
2
Var(X) = E X − E(X) .
16
Remarque 2.3. — La variance (et l’écart-type) mesurent l’étalement, la dispersion de la variable
aléatoire X autour de son espérance E(X).
— On a
Var(X) = E(X 2 ) − (E(X))2 .
La démonstration de cette égalité sera faite en TD.
Exemple 2.5.
Si X ∼ B(p), alors E(X) = p, et donc Var(X) = (1−p)(0−p)2 +p(1−p)2 = p(1−p)(p+(1−p)) = p(1−p).
Un peu d’histoire (et de philosophie) : La théorie des probabilités a été inventée par Fermat
et Pascal, au XVIIème siècle. Mais, notre définition d’une mesure de probabilité est celle donnée
par Kolmogorov, au début du XXème siècle. Que dit-elle ? Qu’à chaque événement, on associe un
nombre compris entre zéro et un, en vérifiant la propriété d’additivité et en donnant la valeur un
à l’univers tout entier. Et c’est tout !
Pourquoi avoir attendu tant de siècles pour donner une définition si simple ? Par ce que personne
n’est d’accord sur ce que signifie la probabilité d’un événement ! Qu’est-ce que ça veut dire, qu’une
pièce lancée en l’air a une probabilité 12 de tomber sur pile ? Pour certains, cela traduit la symétrie
de la pièce. Pour d’autres, cela signifie que quand on lance un très grand nombre de fois cette
pièce, on obtiendra environ autant de pile que de face : la fréquence des piles est de 12 . Certains
considèrent qu’en l’absence d’information, il est également plausible que la pièce donne pile ou
face au prochain lancer (mais, si elle a donné trois fois pile, il est peut-être plus plausible qu’elle
soit truquée, et donc qu’elle donne pile au lancer suivant). Pour d’autres enfin, la probabilité
désigne la propension d’un événement à advenir, une propriété a priori de tous les événements ;
une jolie notion, mais difficile à définir proprement...
Toutes ces interprétations des probabilités ont un dénominateur commun : elles suivent toutes
la définition de Kolmogorov ! Donc, quelles que soient vos convictions philosophiques, ce cours
pourra vous être utile.
17
Chapitre 3
Définition 3.1. — En statistiques, on considère une population, que l’on peut modéliser
mathématiquement comme un ensemble fini Ω. Un élément de cet ensemble est appelé un
individu ou une unité statistique.
— Une variable statistique est une observation réalisée sur une population (on parle aussi
d’un caractère d’un individu).
— On dit qu’une variable est quantitative si le résultat de l’observation est un nombre. Une
variable quantitative est dite discrète si son résultat est un nombre entier (ou appartient
à un petit ensemble de nombres réels), et elle est dite continue si son résultat peut a
priori être n’importe quel nombre dans un intervalle.
— On dit qu’une variable est qualitative si le résultat n’est pas un nombre. On parle
de variable qualitative ordinale si ses résultats peuvent être classés, et nominale ou
catégorielle sinon.
— Les valeurs pouvant être prises par une variable statistique sont appelées ses modalités
(ou juste ses valeurs, quand il s’agit d’une variable quantitative).
Mathématiquement, on peut donc voir une variable statistique comme une application X à valeurs
dans R, dans N ou dans un ensemble fini.
Exemple 3.1. — La population considérée peut être la population d’un pays, l’ensemble des étudiants
d’une classe, l’ensemble des résultats d’une expérience de physique que l’on a répété plusieurs
fois...
— Des exemples de variables qualitatives nominales sont : la couleur des yeux d’une personne, la
ville d’origine d’un étudiant...
— Des exemples de variables qualitatives ordinales sont : la mention au baccalauréat, le résultat
de l’arrachage des pétales d’une marguerite (pas du tout, un peu, beaucoup, passionément, à la
folie),...
— Des exemples de variables quantitatives discrètes sont : le nombre de frères et sœurs, la note
obtenue à l’examen...
— Des exemples de variables quantitatives continues sont : le revenu annuel, la superficie du
logement...
Remarque 3.1. En pratique, les variables quantitatives continues ne peuvent pas toujours prendre toutes
les valeurs dans un intervalle, car on fait souvent un arrondi. Par exemple, une somme d’argent est
toujours arrondie au centime près.
De même, une variable quantitative discrète ne prend pas toujours pour valeur un nombre entier :
par exemple, une note à un examen peut contenir des demi-points.
En pratique, ce qui distingue une variable continue d’une variable discrète, c’est que la première
peut prendre un très grand nombre de valeurs différentes, tandis que la seconde ne prend qu’un nombre
restreint de valeurs.
18
Définition 3.2. L’ effectif d’une modalité d’une variable statistique est le nombre d’individus
possédant cette modalité
Sa fréquence est son effectif divisé par la population totale.
Autrement dit, si X : Ω −→ {x1 , ..., xn } est une variable statistique, pour chaque x ∈ {x1 , ..., xn }
sa fréquence est définie par
Remarque 3.2. Pour une variable quantitative continue, l’effectif de chaque modalité sera en général
de 1. Les notions d’effectifs et de fréquences ne sont donc pas très intéressantes pour de telles variables
aléatoires.
Problème concret : Je connais la note au deuxième contrôle continu, le sexe, et le revenu mensuel
brut du père a de mes étudiants de l’an passé. Comment représenter ces données efficacement ?
a. Cette dernière donnée est complètement fantaisiste, je n’ai évidemment pas accès à cette information.
Remarquons que les trois variables considérées ici ne sont pas de même nature : la note au CC2 est
une variable quantitative discrète, le sexe est une variable qualitative nominale, et le revenu du père est
une variable quantitative continue (même si, ici, elle est arrondie à l’euro près).
Une première manière de représenter toutes ces données et de faire un tableau (voir ci-dessous). Le
problème, c’est que si la population considérée est plus grande (la population d’un pays, par exemple),
le tableau devient immense, et illisible !
Une manière plus efficace de représenter une variable qualitative est de faire un diagramme en
barres (ou diagramme en bâtons), comme dans les figures 3.1 et 3.3, où on représente en abscisse les
différentes modalités prises par la variable statistique, et, en ordonnées, les effectifs de chaque modalité.
Plutôt que les effectifs, on peut aussi représenter les fréquences des différentes modalités en abscisse.
Pour représenter les fréquences d’une variable qualitative, on peut aussi faire un diagramme circu-
laire (ou camembert), comme dans la figure 3.2.
Remarque 3.3. Ce n’est pas une bonne idée de faire des diagrammes en bâtons ou en camembert pour
des variables continues (car en général, toutes les modalités ont un effectif de 1, et il y a énormément
de bâtons ou de parts de camembert). Voyez par exemple la figure 3.4, qui est assez illisible.
19
Figure 3.1 – Diagramme en barres des garçons et filles au cours de probas l’an dernier
Figure 3.2 – Diagramme circulaire des garçons et filles au cours de probas l’an dernier
20
Figure 3.3 – Diagramme en barre des notes au 2ème contrôle continu de probas l’an dernier
Figure 3.4 – Un diagramme en bâtons pour une variable continue : ça n’est pas très lisible !
21
Note au CC2 Sexe Revenu mensuel brut du père Note au CC2 Sexe Revenu mensuel brut du père
8 H 1526 14 H 1907
7 H 2335 14 H 732
18 H 1154 2 H 2109
6 F 4748 8 F 2243
7 H 2994 3 H 2843
0 H 2463 9 H 9021
15 H 5273 7 H 2378
15 H 1256 10 H 1890
10 H 6632 6 H 1975
4 H 8234 12 H 3475
10 H 3221 2 H 2401
1 F 1443 8 H 2365
14 F 2543 5 H 1679
18 H 7432 14 H 1045
13 H 2354 4 H 987
12 F 4324 11 H 2158
15 H 3231 11 H 2276
15 H 1345 19 H 2593
10 H 3212 9 H 2012
5 H 2231 7 H 1876
6 H 1134 3 H 1594
9 F 2312 17 H 1409
13 F 1892 14 H 1368
6 H 1943 3 H 1723
10 H 2004 14 F 981
18 F 2876 1 H 2763
18 F 2134 18 F 2034
11 F 1672 14 H 6301
4 H 1689 6 F 2802
2 H 1709 2 H 1967
18 H 1543 1 H 1653
8 H 821 10 H 1589
6 H 2658 13 F 1752
10 H 4301 7 F 2307
6 H 1354 16 H 1304
20 H 1872 0 H 1305
12 H 2356 0 H 1293
14 F 2578 7 H 1248
11 H 1908 10 H 2037
la figure 3.5. La figure obtenue est alors beaucoup plus simple à lire : par exemple, elle est à peu près
symétrique autour de la moyenne.
Attention : Quand on réalise un histogramme, on perd toujours de l’information. Le choix des classes
en lesquels on regroupe les résultats est arbitraire. Il y a donc plusieurs histogrammes possibles pour une
variable statistique !
Les histogrammes sont particulièrement adaptés pour représenter les variables quantitatives continues,
comme dans la figure 3.6.
22
Figure 3.5 – Histogramme des notes au 2ème contrôle continu de probas l’an dernier
23
Figure 3.7 – Courbe des effectifs cumulés des notes
Définition 3.3. Si X est une variable quantitative (ou une variable qualitative ordinale), on
définit sa fonction des fréquences cumulées comme
X
F (x) := f (y).
y≤x
En représentant graphiquement cette fonction on obtient la courbe des effectifs cumulées, comme
dans les figures 3.7 et 3.8.
L’avantage d’une courbe des effectifs cumulés est qu’elle peut-être utilisée pour des variables discrètes
aussi bien que continues, et permet de calculer rapidement la médiane et autres quantiles (voir la section
suivante).
Remarque 3.4. La fonction des fréquences cumulées est croissante, et prend ses valeurs dans [0, 1].
Dans le chapitre sur les variables aléatoires continues, on verra son analogue probabiliste, qui est appelé
la fonction de répartition.
Le mode
Définition 3.4. Le mode d’une variable statistique est la modalité ayant l’effectif le plus grand.
24
Figure 3.8 – Courbe des effectifs cumulés des revenus
Exemple 3.2. Si la population est la classe de l’an dernier, le mode de la variable sexe est homme,
tandis que la variable note au CC2 possède deux modes, 10 et 14.
Pour une variable quantitative à densité, la notion de mode n’est pas du tout pertinente. Cependant,
on peut regrouper les résultats par classes, appeler classe modale la classe qui possède le plus grand
effectif.
La moyenne
Remarquons que cette définition est exactement la même que celle de l’espérance d’une variable
aléatoire.
La médiane
25
— ne dépend pas des valeurs extrêmes
— plus représentative que la moyenne si le jeu de données présente des valeurs extrêmes
— un grand écart entre la médiane et la moyenne peut indiquer la présence de données extrêmes.
Attention : La réciproque est fausse.
— ne donne pas de renseignement sur l’ensemble des données
Quantiles
Définition 3.7. Soit X est une variable statistique quantitative, et soit α ∈]0, 1[. Le quantile
d’ordre α de X, noté qα (X), est défini par
Définition 3.8. L’ étendue d’une variable est la différence entre sa plus grande modalité et sa
plus petite modalité.
Définition 3.9. L’ écart inter-quartile d’une variable est la différence entre son troisième et
son premier quartile :
IQ(X) := Q3 (X) − Q1 (X).
26
Figure 3.9 – Diagramme en boı̂te des notes
La variance et l’écart-type
Remarquons que ces définitions sont exactement les mêmes que pour les variables aléatoires.
Avantages et Inconvénients
— L’étendue :
— simple à calculer
— ne donne aucune information sur la dispersion des valeurs intermédiaires
— La variance (ou l’écart-type) :
— prend en compte toutes les données
— mesure de dispersion vis à vis de la moyenne
— difficilement interprétable si elle est prise seule
— L’écart inter-quartile :
— joue le rôle de l’écart-type lorsque la médiane est plus représentative que la moyenne
— ne se calcule que dans certains cas (variable avec une échelle de rapport et que la valeur 0
signifie absence de)
— qualifie l’homogénéité d’une distribution
— quantifie la fiabilité de la médiane
Il est possible de synthétiser l’information de l’étendue et des trois quartiles sous la forme d’une
boı̂te à moustaches, aussi appelée diagramme en boı̂te (voir la figure 3.9). On représente une boı̂te
centrale, ayant pour extrémités le premier et le troisième quartile. Au milieu, on trace un trait pour la
médiane (le deuxième quartile). Enfin, on trace deux traits horizontaux (les moustaches), qui s’arrêtent
aux valeurs extrêmes prises par la variable statistique.
Sur la figure 3.9, on voit que la médiane des notes est de 10, que les notes vont de 0 à 20, et que les
trois quarts des étudiants ont eu entre 6 et 14. L’écart interquartile est donc de 8.
27
Chapitre 4
Indépendance et conditionnement
Dans tout ce chapitre, (Ω, P) sera un espace de probabilité. Le fait qu’il soit fini ne joue aucun rôle
ici, et toutes les définitions et les résultats présentés ici s’adaptent sans problème au cas des espaces de
probabilités infinis que nous considérerons dans les chapitres 5 et 6.
Connaissant P(A|B), P(A|B) et P(B), on peut retrouver P(A) : c’est la formule dite des probabilités
totales.
28
Démonstration. Le premier point est bien une conséquence du second, car on a B∪B c = Ω, et B∩B c = ∅.
Montrons maintenant le second point :
m
X n
X
P(A|Bj )P(Bj ) = P(A ∩ Bj )
j=1 j=1
m
[
=P A ∩ Bj car les A ∩ Bj sont deux à deux disjoints
j=1
m
[
=P A∩ Bj
j=1
= P(A).
Souvent, on connait P(A|B), et on veut en déduire P(B|A). Ceci peut être fait grâce à la formule
suivante, appelée formule de Bayes
Proposition 4.1. Soient A, B des événements tels que P(A) > 0, P(B) > 0. On a
P(B)
P(B|A) = P(A|B) × .
P(A)
Démonstration. On a
P(B) P(A ∩ B) P(B)
P(A|B) × = ×
P(A) P(B) P(A)
P(A ∩ B)
=
P(A)
= P(B|A),
P(A|Bi )P(Bi )
P(Bi |A) = Pm .
j=1 P(A|Bj )P(Bj )
29
Démonstration. Le numérateur est égal à P(A ∩ Bi ). Quant au dénominateur, il est égal à P(A), par la
formule des probabilités totales. On a donc bien
30
Indépendance d’événements
P(A ∩ B) = P(A)P(B).
2. Plus généralement, si A1 , ..., An sont des événements, on dit qu’ils sont indépendants (ou
que la famille (Ai )i∈{1,...,n} est indépendante) si, pour toute sous-famille Ai1 , ..., Aik ,
on a
P Ai1 ∩ ... ∩ Aik = P(Ai1 ) × ... × P(Aik ).
Attention ! Pour qu’une famille d’événements soit indépendante, il ne suffit pas que les événements
soient indépendants deux à deux.
Par exemple, on lance deux pièces équilibrées. Cette expérience est modélisée par la probabilité
uniforme sur l’univers {P P, P F, F P, F F }. On note A l’événement la première pièce est pile , B
l’événement la seconde pièce est pile et C l’événement les deux pièces donnent le même résultat .
On a P(A) = P(B) = P(C) = 12 , et A ∩ B = B ∩ C = A ∩ C = {P P }, de sorte que P(A ∩ B) =
P(A ∩ C) = P(B ∩ C) = 41 , mais P(A ∩ B ∩ C) = P({P P }) = 41 6= P(A)P(B)P(C).
3. Enfin, une famille quelconque de variables aléatoires est dite indépendante si toute-sous
famille finie est indépendante.
Exemple 4.3. — Reprenons l’exemple du jet de deux dés, où Xi est la variable aléatoire donnant
le résultat du i-ème dé. Les variables X1 et X2 sont indépendantes. En effet, si j1 , j2 ∈ {1, ..., 6},
on a
1
P(X1 = j1 , X2 = j2 ) = ,
36
et
1 1 1
P(X1 = j1 )P(X2 = j2 ) = × = .
6 6 36
— En revanche, les variables S et X1 ne sont pas indépendantes. En effet, {S = 2, X1 = 3} = ∅,
1
donc P(S = 2, X1 = 3) = 0, tandis que P(S = 2)P(X1 = 3) = 36 × 16 .
Remarque 4.1. Si X1 , ...Xn est une famille indépendante de n variables aléatoires, alors X1 , ..., Xn−1
est une famille indépendante de n − 1 variables aléatoires.
En effet, si x1 ∈ X1 (Ω), ...xn−1 ∈ Xn−1 (Ω), on a
[
{X1 = x1 , ...Xn−1 = xn−1 } = {X1 = x1 , ..., Xn−1 = xn−1 , Xn = xn },
xn ∈Xn (Ω)
31
et le membre de droite est formé d’ensembles deux à deux disjoints. Par additivité, on en déduit que
X
P X1 = x1 , ..., Xn−1 = xn−1 = P X1 = x1 , ..., Xn−1 = xn−1 , Xn = xn
xn ∈Xn (Ω)
X
= P(X1 = x1 ) × ... × P(Xn−1 = xn−1 ) × P(Xn = xn )
xn ∈Xn (Ω)
X
= P(X1 = x1 ) × ... × P(Xn−1 = xn−1 ) × P(Xn = xn )
xn ∈Xn (Ω)
Par une récurrence immédiate, on en déduit que si X1 , ..., Xn est une famille indépendante de n
variables aléatoires et si m ≤ n, alors X1 , ..., Xm est une famille indépendante de m variables aléatoires.
Indépendance et espérance
Le théorème suivant fait le lien entre indépendance et calcul d’espérances.
tandis que
E(f (X))E(g(Y )) = P(X = x)P(Y = y).
On déduit donc de notre hypothèse que P(X = x, Y = y) = P(X = x) × P(Y = y), et donc que X et Y
sont indépendantes.
Indépendance et variance
32
Démonstration de la proposition. On a
2
Var(X1 + ... + Xn ) = E X1 + ...Xn − E(X1 + ... + Xn )
n
X 2
=E Xi − E(Xi ) par linéarité de l’espérance
i=1
Xn n
X
=E Xi − E(Xi ) Xj − E(Xj )
i=1 j=1
n
X n X
n
2 X
=E Xi − E(Xi ) + Xi − E(Xi ) Xj − E(Xj )
i=1 i=1 j=1
j6=i
n
X n X
X n
= Var(Xi ) + E Xi − E(Xi ) Xj − E(Xj )
i=1 i=1 j=1
j6=i
n
X n X
X n
= Var(Xi ) + E Xi − E(Xi ) E Xj − E(Xj ) car Xi et Xj sont indépendantes
i=1 i=1 j=1
j6=i
n
X
= Var(Xi ),
i=1
car E Xi − E(Xi ) = 0.
Théorème 4.2. Soient X1 , ...Xn des variables aléatoires indépendantes, de même loi. Alors pour
tout ε > 0, on a
1X n Var(X )
1
P Xi − E(X1 ) > ε ≤ .
n i=1 ε2 n
Intuitivement, le théorème nous dit que, quand on fait la moyenne d’un grand nombre de variables
aléatoires indépendantes et de même loi, on obtient avec très grande probabilité un résultat proche de
l’espérance de cette loi. Cela correspond à la définition intuitive de l’espérance : c’est le résultat moyen
qu’on obtient, en répétant de nombreuses fois la variable aléatoire.
Il est parfois utile de réécrire le résultat comme
X n Var(X )
1
P Xi − nE(X1 ) > nε ≤ 2n
.
i=1
ε
Exemple
Pn 4.4. Je jette 1000 fois une pièce équilibrée, et je note X le nombre de face. On a alors
X = i=1 Xi , où les Xi sont des variables de Bernoulli de paramètre 1/2, indépendantes. On a vu que
l’espérance d’une telle variable était de 21 , et son espérance de 14 , donc le théorème nous dit que
1
P X − 500 > 1000ε ≤ .
4000ε2
1 1
Par exemple, pour ε = 10 , on obtient P X − 500 > 100 ≤ 40 : la probabilité que j’obtienne un
nombre de piles qui n’est pas entre 400 et 600 est inférieure à 2, 5%.
Pour prouver ce théorème, nous aurons besoin du lemme suivant appelé inégalité de Bienaymé-
Chebychev (ou Tchebychev).
E(X 2 )
P(|X| > a) ≤ .
a2
33
Démonstration du lemme. On a X 2 ≥ X 2 1|X|>a ≥ a2 1|X|>a , donc, en prenant l’espérance, on a
34
Chapitre 5
Probabilités discrètes
Problème mathématique : Il arrive souvent qu’une expérience aléatoire puisse avoir pour
résultat n’importe quel entier positif. Par exemple, une expérience aléatoire peut être le nombre
de tours que durera une partie de Monopoly, ou encore le nombre d’e-mails que je recevrai
aujourd’hui.
Comment faire des probabilités dans un espace infini ?
Définition 5.1. Un ensemble E est dit dénombrable s’il existe une application bijective ϕ :
N −→ E. Autrement dit, il existe une manière de numéroter les éléments de E. Dit encore
autrement, on peut écrire
E = {x1 , x2 , ..., xn , ...}.
On dit qu’un ensemble est au plus dénombrable s’il est fini ou dénombrable.
Remarque 5.1. En fait, pour montrer qu’un ensemble E est au plus dénombrable, il suffit de montrer
qu’il existe une application injective E −→ N, ou qu’il existe une application surjective N −→ E.
Il est souvent un peu technique de montrer qu’un ensemble est dénombrable. Toutefois, un dessin
permet parfois de se convaincre qu’un ensemble est dénombrable, en indiquant une manière de numéroter
ses éléments : voir par exemple les figures 5.1 et 5.2.
Le théorème suivant est admis.
35
Figure 5.2 – N2 est dénombrable
Un peu d’histoire : La notion d’ensemble dénombrable a été inventée par Cantor en 1874, dans
un article où il prouve que R n’est pas un ensemble dénombrable. Cet article, qui a fondé la
théorie des ensembles, semblait très abstrait à ses contemporains. Pourtant, la dénombrabilité
se retrouvera partout dans les mathématiques du XXème siècle : en topologie, en analyse, en
probabilités...
36
Définition 5.2. On note
+∞
X n
X
uk := lim uk .
n→∞
k=0 k=0
P
Cette quantité est parfois aussi notée n∈N un .
P+∞ P
• Si k=0 uk < +∞, on dit que la série u est convergente.
P+∞ P k
• Si k=0 uk = +∞, on dit que la série uk est divergente.
P+∞ Pn
Plus généralement, si p ∈ N, on note k=p uk := lim k=p uk . Cette quantité est aussi parfois notée
P n→∞
k≥p uk . Le fait que la série soit convergente ou divergente ne dépend pas de la valeur de p choisie.
Pn n+1
Exemple 5.1. — Vous savez que, si q ≥ 0, q 6= 1, on a k=0 q k = q q−1−1 . Par conséquent, la série
1
P n
q est convergente si et seulement si q < 1, et on a alors k≥0 q n = 1−q
P
.
P1
• On peut montrer que la série est divergente.
P n1 P+∞ 1 π2
• On peut montrer que la série n2 est convergente, et qu’on a n=1 n2 = 6 .
Le théorème suivant nous donne un critère extrémement utile pour montrer qu’une série converge.
Vous avez vu (ou vous verrez) sa démonstration dans votre cours d’analyse.
Théorème 5.2 (Critère de Riemann). Soit (un )n∈N uns suite de nombres positifs. S’il existe
α > 1 tel que nα un −→ 0, alors
P
un converge.
Le théorème suivant est très utile pour montrer qu’une série dont le terme général est de signe
quelconque est convergente. Vous verrez (ou avez vu) sa démonstration dans votre cours d’analyse.
P
ThéorèmeP 5.3. Soit (un )n∈N uns suite de nombres réelsP tels que |uk | est convergente. Alors
la série uk est convergente. On dit alors que la série uk est absolument convergente.
On a alors
+∞
X +∞
X
uk ≤ |uk |.
k=0 k=0
Échanges de sommations
Proposition 5.1 (Pour une série absolument convergente, l’ordre de sommation est sans impor-
P
nombres réels, et soit ϕ : N −→ N une bijection. Alors
tance). Soit (un )n∈N une suite de P |un |
est convergente si et seulement si |uϕ(n) | est convergente. Si c’est le cas, on a alors
X X
un = uϕ(n) . (5.1)
n∈N n∈N
37
En particulier, le résultat s’applique lorsque un est une série P à termes positifs convergente.
Attention ! Le résultat n’est en général pas vrai lorsque |un | n’est pas convergente !
Pn P+∞ P
Démonstration. Pour tout n ∈ N, on a k=0 |uϕ(k) | ≤ k=0 |uk |, donc si |uk | est convergente, alors
P Pn P+∞ P
|uϕ(k)
P | est aussi convergente. De même, k=0 |uk | ≤ k=0 |uϕ(k) |, donc si |uϕ(k) [ est convergente,
alors |uk | est aussi convergente. P P
Dans ce cas, par le Théorème 5.3, uk et uϕ(k) sont bien
P convergente.
P+∞ Montrons maintenant l’égalité (5.1). Soit ε > 0. Comme |uk | converge, il existe n0 ∈ N tel que
k=n0 +1 |uk | < ε.
ϕ étant une bijection, il existe n1 ≥ n0 tel que {0, 1, ..., n0 } ⊂ {ϕ(0), ϕ(1), ..., ϕ(n1 )}. On a donc
+∞
X +∞
X +∞
X n0
X n0
X n1
X n1
X ∞
X
uk − uϕ(k) = uk − uk + uk − uϕ(k) + uϕ(k) − uϕ(k)
k=0 k=0 k=0 k=0 k=0 k=0 k=0 k=0
+∞
X Xn0 n0
X n1
X n1
X ∞
X
≤ uk − uk + uk − uϕ(k) + uϕ(k) − uϕ(k)
k=0 k=0 k=0 k=0 k=0 k=0
+∞
X +∞
X +∞
X
≤ |uk | + |uk | + |uϕ(k) |
k=n0 +1 k=n0 +1 k=n1 +1
+∞
X
≤3 |uk | ≤ 3ε.
k=n0 +1
Démonstration. Soient ϕ1 , ϕ2 des bijections de N dans Ω. Alors ϕ := (ϕ1 )−1 ◦ ϕ2 est une bijection
de N dans N. En notant
P P un := fP
(ϕ1 (n)), onPa uϕ(n) = f (ϕ2 (n)), et par la proposition 5.1, on a bien
n∈N f (ϕ 2 (n)) = u
n∈N ϕ(n) = n∈N un = n∈N f (ϕ1 (n)), d’où le résultat.
Dans la suite, on utilisera souvent le principe (un peu vague) suivant, dans le même esprit que la
Proposition 5.1 :
Principe général : Quand on fait une somme dénombrable d’éléments positifs, l’ordre dans
lequel on les somme n’a pas d’importance.
Attention ! Ce principe est faux si on somme des nombres de signe quelconque. Par exemple, suppo-
sons que l’on cherche à calculer la somme S = 1−1+1−1+1−1+1−1+1−1+... Si mon principe était vrai,
je pourrais regrouper les termes deux à deux et obtenir S = (1−1)+(1−1)+(1−1)+... = 0+0+0+... = 0.
Mais je pourrais aussi regrouper les termes comme S = 1 + (−1 + 1) + (−1 + 1) + (−1 + 1) + ... =
1 + 0 + 0 + 0 + ... = 1. S vaudrait donc à la fois zéro et un : une contradiction !
38
5.3 Probabilités sur les ensembles dénombrables
Définition 5.4. Soit Ω un ensemble au plus dénombrable. Une mesure de probabilité sur Ω
est une application P : P(Ω) −→ [0, 1] vérifiant les propriétés suivantes.
(1) P(Ω) = 1.
(2) Si A, B ⊂ Ω vérifient A ∩ B = ∅, alors P(A ∪ B) = P(A) + P(B).
(3) Pour toute suite (An )n∈N d’éléments deux à deux incompatibles (c’est-à-dire telle que,
∀i, j ∈ N, i 6= j =⇒ Ai ∩ Aj = ∅), on a
[ X
P An = P(An ). (5.2)
n∈N n∈N
Remarque 5.2. Remarquons que si (An )n∈N est une suite d’événements deux à deux incompatibles
(c’est-à-dire que An ∩ Am = ∅ si n 6= m), alors pour tout N ∈ N, une récurrence immédiate utilisant la
propriété 2 ci-dessus nous dit que
[ N X N
P An = P(An ). (5.3)
n=0 n=0
P
Le terme de gauche dans (5.3) est toujours borné par 1. Par conséquent, la somme P(An ) est bien
convergente. S
On rappelle que l’ensemble n∈N An = {ω ∈ Ω; ∃n ∈ N tel que ω ∈ An } ⊂ Ω.
Les deux termes de (5.2) sont donc toujours bien défini. Toutefois, on ne peut pas déduire des hy-
pothèses 1 et 2 qu’ils sont égaux : l’hypothèse 3 est vraiment une hypothèse supplémentaire qui complète
la définition.
Proposition 5.2. Soit Ω un ensemble au plus dénombrable, et soit P : P(Ω) −→ [0, 1] une
application vérifiant les propriétés 1. et 2. ci-dessus. La propriété 3. est alors équivalente à la
propriété suivante.
(3’) Pour toute suite (An )n∈N croissante d’événements (c’est-à-dire que ∀n ∈ N, An ⊂ An+1 ),
on a [
P An = lim P(An ).
n→∞
n∈N
39
On peut donc appliquer le résultat (3) pour obtenir que
[ [
P An = P Bn
n∈N n∈N
X
= P(Bn )
n∈N
n
X
= lim P(Bk )
n→∞
k=0
n
[
= lim P Bk
n→∞
k=0
n
[
= lim P Ak .
n→∞
k=0
Sn
Or, la suite An étant croissante, on a k=0 Ak = An . On déduit donc bien (3’).
SupposonsS(3’) et montrons (3). Soit (An )n∈N une suite d’éléments deux à deux incompatibles.
n
On
Pn pose Cn := k=0 SAk . (Cn )n∈N
S est alors une suite croissante d’événements, et, par (2), on a P(Cn ) =
k=0 P(A k ). On a n∈N A n = n∈N Cn , donc en appliquant (3’), on a
[ [
P An = P Cn
n∈N n∈N
= lim P(Cn )
n−→∞
n
X
= lim P(Ak )
n−→∞
k=0
X
= P(An ).
n∈N
La propriété (3) s’appelle la propriété de σ-additivité des mesures, tandis que la propriété (3’) s’appelle
la propriété de continuité par réunion croissante.
Sur les univers dénombrables, on peut encore parler de loi de probabilité, comme dans le cas fini.
La proposition suivante nous explique comment passer d’une mesure de probabilité à une loi de
probabilité, et réciproquement ; là encore, lorsque Ω est un ensemble dénombrable, ces deux notions sont
tellement proches qu’on les identifie souvent.
Proposition 5.3 (Lien entre mesure de probabilité et loi de probabilité). Soit Ω un ensemble
dénombrable.
1. Si P est une mesure de probabilité sur Ω, alors l’application q : Ω −→ [0, 1] donnée par
q(ω) = P({ω}) est une loi de probabilité.
est une loi de probabilité sur Ω, alors l’application P : P(Ω) −→ [0, 1]
2. Réciproquement, si pP
donnée par P(A) := ω∈A q(ω) est une mesure de probabilité sur Ω.
S Ω étant dénombrable, il existe une bijection ϕ : N −→ Ω, de sorte que Ω = {ϕ(0), ϕ(1), ...}.
Démonstration. 1.
On a donc Ω = n∈N {ϕ(n)}, et, si n 6= n0 , on a {ϕ(n)} ∩ {ϕ(n0 )} = ∅. On peut donc appliquer (5.2)
pour en déduire que
[ X X X
1 = P(Ω) = P {ϕ(n)} = P({ϕ(n)}) = P({ω}) = q(ω).
n∈N n∈N ω∈Ω ω∈Ω
40
P
2. Le calcul précédent nous dit que, avec cette définition de P, on a P(Ω) = ω∈Ω q(ω). Par
conséquent, si q est une loi de probabilité, on a bien P(Ω) = 1.
Ensuite, si A, B ⊂ Ω avec A ∩ B = ∅, on a
X
P(A ∪ B) = q(ω)
ω∈A∪B
X X
= q(ω) + q(ω) car A ∩ B = ∅
ω∈A ω∈B
= P(A) + P(B).
Problème concret : Je lance une pièce jusqu’à obtenir face. Quelle est la probabilité que j’ob-
tienne face pour la première fois au bout de 5 lancers ?
Définition 5.6. Soit p ∈]0, 1[. La loi géométrique de paramètre p est la loi sur N∗ donnée
par
q(n) = p(1 − p)n−1 .
On note X ∼ Geo(p), si X suit la loi géométrique de paramètre p.
Vérifions tout d’abord que cette loi est bien une loi de probabilité. On a
+∞
X N
X
q(n) = lim p(1 − p)n−1
N −→∞
n=1 n=1
N
X −1
= p lim (1 − p)n
N −→∞
n=0
1 − (1 − p)N
= p lim
N −→∞ 1 − (1 − p)
1
= p × = 1.
p
Vérifions que cette loi répond bien à la question posée. Notons Xi le résultat du i-ème lancer de la
pièce. On veut déterminer la probabilité de l’énénement A = {X1 = pile, X2 = pile, X3 = pile, X4 =
pile, X5 = f ace}. Notons p la probabilité d’obtenir face (qui vaut 12 si la pièce est équilibrée). Les lancers
étant considérés comme indépendants, la probabilité de A est
4
Y
P(A) = P(Xi = pile) × P(X5 = f ace) = (1 − p)4 × p = q(5).
i=1
41
De façon générale, q(n) représente la probabilité pour que, en lançant des pièces ayant une probabilité
p de faire face, le premier face arrive au bout de n lancers.
Attention ! Dans le raisonnement précédent, on a travaillé sur l’espace des suites de lancers de dés,
qui n’est pas dénombrable ! Le raisonnement précédent, bien que correct, ne rentre pas dans le cadre des
probabilités définies dans ce cours. Vous verrez en TD une autre manière de retrouver la loi géométrique
à partir de probabilités finies.
La loi de Poisson
Définition 5.7. Soit λ > 0. La loi de Poisson de paramètre λ est la loi sur N donnée par
λn
q(n) = exp(−λ)
n!
On note X ∼ P(λ) si X suit la loi de Poisson de paramètre λ.
Le fait que cette expression définisse bien une loi de probabilité découle du développement en série
entière de l’exponentielle, que vous avez vu ou que vous verrez en cours d’analyse :
+∞ n
X λ
eλ = .
n=0
n!
La loi de Poisson est très importante à cause du fait suivant, dont la démonstration sera donnée en
TD.
Si λ > 0, n ∈ N ∗ , on considère des variables aléatoires Xλ et Yn avec Xλ ∼ P(λ), et Y ∼ B(n, λ/n)
Alors on a
∀k ∈ N, P(Yn = k) −→ P(Xλ = k).
Autrement dit, si on regarde un grand nombre n d’expériences aléatoires indépendantes ayant chacune
une probabilité de succès très faible de λ/n, alors le nombre de succès obtenu sera correctement décrit
par la loi de Poisson de paramètre λ.
42
5.5 Variables aléatoires sur les espaces dénombrables
Comme précédemment, une variable aléatoire sur un espace dénombrable Ω est simplement une
application X : Ω −→ R, et son support est X(Ω).
5.5.1 Espérance et variance des variables aléatoires sur les espaces dénombrables
Définition
P 5.8. Soit X une variable aléatoire sur Ω. On dit que X est intégrable si
x∈X(Ω) |x|P(X = x) < +∞. Dans ce cas, on définit son espérance E(X) par
X
E(X) = xP(X = x).
x∈X(Ω)
Lemme 5.1. Soit Y une variable aléatoire intégrable, et soit X une variable aléatoire telle que
|X| ≤ |Y |. Alors X est intégrable.
qui est fini, car Y est intégrable. X est donc bien intégrable.
Rappelons la formule de transfert, pour les variables sur les espaces dénombrables.
Démonstration. Notons Y = f (X). On a Y (Ω) = f X(Ω) = {f (x); x ∈ X(Ω)}. On a
X X X
|y|P(Y = y) = |y| P(X = x)
y∈Y (Ω) y∈Y (Ω) x∈X(Ω);f (x)=y
X
= |f (x)|P(X = x),
x∈X(Ω)
P
donc Y est intégrable si et seulement si x∈X(Ω) |f (x)|P(X = x) < ∞. L’équation (2.3) découle alors
du même calcul, en enlevant les valeurs absolues.
43
Remarque 5.4. Si f : R −→ R est bornée, alors f (X) est intégrable. En effet,
X X
|f (x)|P(X = x) ≤ sup |f (y)| P(X = x) = sup |f (y)| < +∞.
y∈R y∈R
x∈X(Ω) x∈X(Ω)
Définition 5.9. Soit X : Ω −→ R une P variable aléatoire. On dit que X est de carré intégrable
si X 2 est intégrable, c’est-à-dire si x∈X(Ω) |x| 2
P(X = x) < +∞. Dans ce cas, on définit sa
variance Var(X) par
2
Var(X) = E X − E(X) .
L’ écart-type de X est la racine carrée de la variance de X.
Remarque 5.5. — Si X est de carré intégrable, alors X est intégrable. En effet, on a (|X|−1)2 ≥ 0,
X 2 +1
donc |X| ≤ 2 , qui est intégrable. X est donc bien intégrable, par le dernier point de la
2
proposition 2.5. Si X est de carré intégrable, X − E(X) = X 2 − 2E(X)X + E(X)2 est donc
bien intégrable, et Var(X) est bien définie.
— Si X, Y sont des variables de carré intégrable, alors X + Y est de carré intégrable, car (X + Y )2 ≤
2X 2 + 2Y 2 .
44
5.5.2 Variables indépendantes
De même que précédemment, on dit qu’une famille de n variables indépendantes X1 , ..., Xn de sup-
ports respectifs X1 (Ω), ..., Xn (Ω) est indépendante si
n
Y
∀x1 ∈ X1 (Ω), ...∀xn ∈ Xn (Ω), P(X1 = x1 , ...Xn = xn ) = P(Xi = xi ).
i=1
Proposition 5.4. Soient X1 , ..., Xn des variables aléatoires de carré intégrable. Alors X1 +...+Xn
est de carré intégrable. Si de plus X1 , ..., Xn sont indépendantes, alors
45
Chapitre 6
Définition 6.1 (Définition naı̈ve d’une mesure de probabilité). Soit Ω un ensemble. Dans ce
chapitre, on dira de manière imprécise qu’une mesure de probabilité sur Ω est une application
P : P(Ω) −→ [0, 1] vérifiant les mêmes axiomes que dans le cas dénombrable, c’est-à-dire
(1) P(Ω) = 1.
(2) Si A, B ⊂ Ω vérifient A ∩ B = ∅, alors P(A ∪ B) = P(A) + P(B).
(3) Pour toute suite (An )n∈N d’éléments deux à deux incompatibles (c’est-à-dire telle que,
∀i, j ∈ N, i 6= j =⇒ Ai ∩ Aj = ∅), on a
[ X
P An = P(An ). (6.1)
n∈N n∈N
Exemple 6.1. — Sur Ω = [0, 1], on veut définir P(A) comme étant la longueur de A.
— Sur Ω = [0, 1]2 , on veut définir P(A) comme étant l’aire de A.
— Sur Ω = [0, 1]3 , on veut définir P(A) comme étant le volume de A.
Cette mesure est appelée la mesure uniforme, ou mesure de Lebesgue sur [0, 1]d (pour d = 1, 2, 3).
Dans ce cours (et dans la vie de tous les jours), nous négligerons toutes ces subtilités, et nous nous
contenterons de la définition naı̈ve d’une mesure de probabilité. Celle-ci se définit à partir d’intégrales
de fonctions positives sur R : rappelons donc quelques notions d’intégration sur des intervalles non bornés.
46
6.1.2 Intégration de fonctions positive
RA
Lorsque f : R −→ [0, +∞[ est une fonction continue par morceaux, la fonction A 7→ −A f (x)dx est
croissante. Elle admet donc toujours une limite quand A −→ +∞, qui est égale à un nombre réel, ou à
+∞. On peut donc bien définir :
Z +∞ Z A
f (x)dx := lim f (x)dx ∈ [0, +∞].
−∞ A→+∞ −A
R R
Cette quantité est parfois notée R f (x)dx. Si R f (x)dx < +∞, on dit que f est intégrable sur R
Attention : cette quantité n’a en général pas de sens quand f n’est pas à valeurs positives.
Quand f est continue par morceaux sur [a, +∞[ ou sur ] − ∞, a] et à valeurs positives, on peut définir
R +∞ RA Ra
de la même manière pour tout a ∈ R les quantités a f (x)dx := lim a f (x)dx et −∞ f (x)dx :=
Ra A→+∞
lim A f (x)dx, qui appartiennent à [0, +∞].
A→−∞
1
Exemple 6.2. Soit f (x) = xα , avec α 6= 1. On a
Z A iA
dx h 1 1 1
= = − .
1 xα (1 − α)xα−1 1 α − 1 (α − 1)Aα−1
1
Lorsque α > 1, cette quantité tend vers 1−α , tandis qu’elle diverge quand α < 1. Enfin, quand α = 1, on
RA
a 1 dxx = ln A −→ +∞. Ainsi,
1
x 7→ est intégrable sur [1, +∞[⇐⇒ α > 1.
xα
1
En effet, il existe alors M > 1 tel que pour tout |x| > M , on a |x|α f (x) ≤ 1, c’est-à-dire f (x) ≤ |x|α .
On a donc, pour A > M ,
Z A Z −M Z M Z A
f (x)dx = f (x)dx + f (x)dx + f (x)dx
−A −A −M M
Z−M Z M Z A
1 1
≤ dx + f (x)dx + dx
−A |x|α −M M xα
Z−M Z M Z∞
1 1
≤ dx + f (x)dx + dx,
−∞ |x|α −M M xα
Définition 6.2. Soit p : R −→ [0, +∞[ une fonction continue par morceaux. On dit que p est
une densité de probabilité si l’on a
Z +∞
p(x)dx = 1.
−∞
47
Exemple 6.3. — p(x) = 1[0,1] (x) est une densité de probabilité ; 1]0,1] (x) , 1[0,1[ (x) et 1]0,1[ (x) le
sont aussi.
— p(x) = λ1[0,+∞[ (x)e−λx est une densité de probabilité. En effet, on a
Z A Z A
p(x)dx = λ e−λx dx
−A 0
he−λx iA
=λ
−λ 0
= 1 − e−λA .
R +∞
En prenant la limite A → +∞, on en déduit bien que −∞
f (x)dx = 1.
Définition 6.3. Soit X : Ω −→ R une variable aléatoire. On dit que X est une variable à
densité s’il existe une densité de probabilité pX telle que, pour tout intervalle I ⊂ R, I = [a, b],
I =]a, b[, I = [a, b[ ou I =]a, b], avec a et b éventuellement infinis, on a
Z b
P(X ∈ I) = pX (x)dx.
a
Remarque 6.1. En particulier, on a P(a < X < b) = P(a ≤ X < b) pour tous a, b. Ainsi, si X est une
variable à densité, on a P(X = a) = 0 pour tout a ∈ R.
Exemple 6.4 (Quelques lois classiques). Les lois suivantes sont à connaitre :
— On dit (que X suit la loi uniforme sur [a, b], ce que l’on note X ∼ U[a, b], si elle a pour densité
1
si x ∈ [a, b]
p(x) = b−a
0 sinon.
— Soit λ > 0. On dit que X suit la loi exponentielle de paramètre λ, ce que l’on note X ∼ E(λ) si
elle a pour densité p(x) = λ1[0,+∞[ (x)e−λx .
— Soit µ ∈ R, σ > 0, on dit que X suit la loi gaussienne (ou loi normale) de paramètres µ, σ 2 , ce
que l’on note X ∼ N (µ, σ 2 ), si X a pour densité
(x − µ)2
1
p(x) = √ exp − .
2πσ 2 2σ 2
Lorsque µ = 0, σ = 1, c’est-à-dire quand X ∼ N (0, 1), on dit que X suit une loi normale centrée
réduite,
1 (x−µ)2
Le fait que p(x) = √2πσ 2
exp − 2σ 2 définisse bien une densité de probabilité découle du lemme
suivant.
x2
Remarque 6.2. Comme toute fonction continue par morceaux, la fonction gaussienne f (x) = e− 2
R x t2
possède une primitive : par exemple, la fonction F (x) = 0 e− 2 est bien une primitive de f .
Cependant, un théorème célèbre dû à Liouville (≈ 1840) affirme que F (x) ne peut pas être exprimée à
l’aide de fonctions élémentaires... Il faut donc la calculer numériquement, et retenir le résultat du lemme
suivant. Cependant, les valeurs de F (x) pour différentes valeurs de x se trouvent dans des tables (et sur
internet).
Lemme 6.1. 1. On a Z
x2 √
e− 2 dx = 2π.
R
2. Plus généralement, on a
Z
(x − µ)2
√
exp − 2
dx = 2πσ 2 .
R 2σ
48
Démonstration. Le premier point est admis, peut être prouvé de plusieurs manières différentes (voir la
page wikipédia Gaussian Integral ), par des méthodes d’analyse dont nous n’aurons pas besoin dans
ce cours.
x2 x2
Vérifions tout de même que e− 2 est intégrable sur R. Par croissance comparée, on a x2 e− 2 −→ 0
quand |x| → +∞, donc on peut appliquer la méthode ci-dessus.
2. En posant y = x − µ, on obtient
Z A Z A−µ
(x − µ)2 y2
exp − dx = exp − dy,
−A 2σ 2 −A−µ 2σ 2
(x − µ)2 y2
Z Z
exp − dx = exp − dy.
R 2σ 2 R 2σ 2
y
On pose ensuite z = σ, de sorte que dy = σdz, et on obtient
A A/σ
y2 z2
Z Z
exp − 2 dy = σ exp dz,
A 2σ −A/σ 2
y2 √
Z Z 2
z
exp − 2 dy = σ exp − dz = σ 2π
R 2σ R 2
Définition 6.4. Soit X une variable aléatoire de densité p. Sa fonction de répartition est la
fonction FX : R −→ [0, 1] définie par
Z x
FX (x) = p(t)dt.
−∞
x−a
Exemple 6.5. Si X ∼ U[a, b], alors on a FX (x) = 0 si x < a, FX (x) = b−a si x ∈ [a, b], et FX (x) = 1
si x > b.
Exemple 6.6. Si X ∼ E(λ), alors on a FX (x) = 0 si x < 0, et, si x > 0, on a
Z x
FX (x) = λe−λt 1t≥0 dt
−∞
Z x
=λ e−λt dt
0
−λt x
e
=λ −
λ 0
= 1 − e−λx .
Proposition 6.1. Soit X une variable aléatoire de densité p. Alors sa fonction de répartition
FX est une fonction continue, croissante, et qui vérifie
lim FX (x) = 0
x→−∞
lim FX (x) = 1.
x→+∞
49
Démonstration. FX est une primitive de p, qui est une fonction continue par morceaux. LaR primitive d’une
x
fonction continue par morceaux est continue. De plus, si x2 ≥ x1 , on a F (x2 ) − F (x1 ) = x12 F (x)dx ≥ 0,
car p est à valeurs positives.
R +∞F est donc bien croissante.
Enfin, lim F (x) = −∞ p(t)dt = 1, car p est une densité de probabilité, et
x→+∞
Z x
lim F (x) = lim p(t)dt = 0.
x→−∞ x→−∞ −∞
50
6.2 Espérance et variance d’une variable aléatoire à densité
RDéfinition 6.5. Soit X une variable aléatoire de densité p. On dit que X est intégrable si
R
|x|p(x)dx < ∞. On définit alors l’espérance de X comme
Z
E(X) = xp(x)dx.
R
Remarque 6.3. — L’espérance d’une variable aléatoire à densité ne dépend que de sa densité.
— Soient X et Y des variables aléatoires intégrables, et λ ∈ R. Alors λX + Y est intégrable, et on a
E λX + Y = λE(X) + E(Y ).
— Attention ! Il ne faut pas confondre une fonction f est intégrable , et une variable aléatoire
X est intégrable (ce qui signifie qu’elle a une densité pX telle que |x|pX (x) est intégrable).
R 1
Rb
Exemple 6.7. Soit X ∼ U[a, b]. On a R |x|p(x)dx = b−a a
|x|dx < ∞, car il s’agit de l’intégrale d’une
fonction continue sur un intervalle borné, et
Z b
1 (a + b)
E(X) = xdx = .
b−a a 2
On effectue une intégration par parties, en posant u(x) = x, v 0 (x) = e−λx , v(x) = − λ1 e−λx , u0 (x) = 1.
On a
Z A Z A
A
xe−λx dx = −xe−λx 0 + e−λx dx
λ
0 0
1 e−Aλ
= −Ae−λA + − .
λ λ
Par croissance comparée, on a lim Ae−λA = 0, et lim 1 e−λA = 0. On en déduit donc que X est
A→+∞ A→+∞ λ
intégrable, et que
1
E(X) = .
λ
2
Exemple 6.9. Soit X ∼ N (µ, σ). Vérifions que la variable X est intégrable. On a x × |x|p(x) =
|x|3 −(x−µ)2
√
2πσ
exp 2σ 2 , qui tend vers zéro quand |x| → +∞. On en déduit donc que X est intégrable.
Pour tout A > 0, on a
Z A Z A Z A
(x − µ)2 (x − µ)2 (x − µ)2
x x−µ 1
√ exp − dx = √ exp − dx + µ √ exp − dx
−A 2πσ 2σ 2 −A 2πσ 2σ 2 −A 2πσ 2σ 2
Z A−µ Z A
y2 (x − µ)2
y 1
= √ exp − 2 dy + µ √ exp − dx,
−A−µ 2πσ 2σ −A 2πσ 2σ 2
(x − µ)2
Z
1
µ √ exp − dx = µ,
R 2πσ 2σ 2
y y2
R
par le lemme 6.1. Quand à la première, elle tend vers R √2πσ exp − 2σ 2 dy, qui vaut zéro, car la
fonction intégrée est impaire. On a donc
E(X) = µ.
51
Exemple 6.10 (La loi de Cauchy). Soit X une variable aléatoire suivant la loi de Cauchy : pX (x) =
1 1
π 1+x2 . Il s’agit bien d’une densité de probabilité, car
Z A
1 dx 1 A 2
2
= [arctan x]−A = arctan A,
−A π 1 + x π π
qui tend bien vers 1 quand A −→ +∞.
Cette variable n’est pas intégrable (et on ne peut donc pas calculer son espérance). En effet, on a
Z A Z A
|x| x
2
dx = 2 dx
−A 1 + x 0 1 + x2
h iA
= ln(1 + x2 )
0
= ln(1 + A2 ),
qui tend vers +∞.
RA x
Attention à ne pas tomber dans le piège suivant : pour tout A > 0, on a −A 1+x 2 dx = 0, car la
x
fonction x 7→ 1+x2 est impaire. On pourrait donc être tentés de conclure que E(X) = 0...
Définition 6.6.
R Soit X une variable aléatoire de densité p. On dit que X est de carré
intégrable si R x2 p(x)dx < ∞. On définit alors la variance de X comme
2
Var(X) = E X − E(X)
Z Z 2
= x − yp(y) p(x)dx.
R R
p
On définit aussi l’écart-type de X comme σ(X) = Var(X).
Par conséquent,
Z Z 2
2
Var(X) = x p(x)dx − xp(x)dx .
R R
Remarque 6.5. Ce résultat peut-être vu comme un analogue pour les variables à densité de la formule
de transfert du théorème 2.2, dans le cas particulier f (x) = x2 .
Démonstration. Soient 0 < a < b. On a
√ √ √ √
P a < X2 < b = P
a<X < b +P − b<X <− a
Z √b Z −√a
= √ p(x)dx + √ p(x)dx
a − b
b √ Z b √
p( y) p(− y)
Z
= √ dy + √ dy,
a 2 y a 2 y
√
Pour la première intégrale, on fait un changement de variable, en posant y = x2 . On a alors x = y, et
√ √
dx = 2dy
√ . Le paramètre x allant de
y a à b, le paramètre y va de a à b, et donc
√
b b √
p( y)
Z Z
√
p(x)dx = √ dy.
a a 2 y
52
De même, en posant y = −x2 , la seconde intégrale devient
Z −√a Z b √
p(− y)
√ p(x)dx = √ dy.
− b a 2 y
On a donc
b √ √
p( y) + p(− y)
Z
2
P a<X <b = √ dy.
a 2 y
2
Ainsi, X est une variable à densité, de densité
( p(√y)+p(−√y)
√
2 y si y > 0
y 7→
0 sinon.
On a donc
A √ √
p( y) + p(− y) 1 A√ √ √
Z Z
y √ dy = y (p( y) + p(− y)) dy.
0 2 y 2 0
√
On pose x = y, de sorte que dy = 2xdx, et on obtient
Z A √ √ Z A
p( y) + p(− y)
y √ dy = x2 (p(x) + p(−x)) dx
0 2 y 0
Z A
= x2 p(x)dx,
−A
Par croissance comparée, le premier terme tend vers 0. Quant au second, il tend vers λ2 E(X) = λ22 . On
a donc
2 1 1
Var(X) = E(X 2 ) − (E(X))2 = 2 − 2 = 2 ,
λ λ λ
et σ(X) = λ1 .
2
Exemple 6.12. Soit X ∼ N (µ, σ 2 ). Par croissance comparée, x4 √2πσ1
2
exp −(x−µ)
2σ 2 tend vers zéro
quand |x| → +∞, donc X est bien de carré intégrable. Calculons maintenant E(X 2 ). On a
A Z A−µ
x2 (x − µ)2 (y + µ)2 y2
Z
√ exp − dx = √ exp − dy
−A 2πσ 2 2σ 2 −A−µ 2πσ 2 2σ 2
Z A−µ Z A−µ
y2 y2 y2
2yµ
= √ exp − 2 dy + √ exp − 2 dy
−A−µ 2πσ 2 2σ −A−µ 2πσ 2 2σ
Z A−µ 2
2
µ y
+ √ exp − 2 dy
−A−µ 2πσ 2 2σ
53
y2
√ 2µ ye− 2σ2 dy qui vaut zéro, car la fonction intégrée est impaire.
R
La seconde intégrale tend vers 2πσ 2 R
1 y2
La troisième intégrale tend vers µ2 R √2πσ 2
R
2
exp − 2σ 2 dy = µ , par le lemme 6.1.
y2
Pour calculer la première intégrale, on effectue une intégration par parties, en posant u0 = y exp − 2σ 2 ,
2
y
u = −σ 2 exp − 2σ 2 , v = y, v 0 = 1, et on obtient
La quantité entre crochets tend vers zéro quand A tend vers +∞, par croissance comparée. Quant au
deuxième terme, il tend vers σ 2 grâce au lemme 6.1. On a donc
E(X 2 ) = σ 2 + µ2 .
Problème concret : À chaque fois que je rencontre quelqu’un, je lui propose de jouer à pile ou
face : si je gagne, il me donne dix euros, et s’il gagne, je lui donne dix euros.
Depuis que j’ai commencé à jouer, j’ai rencontré 10000 personnes. Quelle est la probabilité pour
que je puisse m’acheter une Rolex ?
La loi des grands nombres ne permet pas de répondre à cette question : elle affirme juste que si je
fais la somme de n variables aléatoires de même loi et indépendantes, la valeur obtenue sera proche de
n fois l’espérance de ces variables.
Ici, la variable aléatoire dont je somme n copies prend la valeur 10 avec probabilité 12 , et prend la
valeur −10 avec probabilité 12 : son espérance est donc nulle. La somme X1 + ... + Xn sera donc petite
devant n. √
En fait, cette somme sera de l’ordre de n (ce qui est beaucoup plus petit que n), et ressemblera à une
gaussienne. C’est ce qu’affirme le théorème suivant, appelé le Théorème Central Limite (TCL), prouvé
par De Moivre (1733) dans le cas de variables de Bernoulli de paramètre p = 21 , puis par Laplace (1809)
dans le cas général. Nous ne démontrerons pas ce théorème dans ce cours. Sa démonstration fait appel
à des outils d’analyse que vous verrez l’an prochain (transformée de Fourier, produit de convolution...).
Théorème 6.1 (Théorème central limite). Soit (Xk )k∈N une suite de variables aléatoires
discrètes, indépendantes et de même loi. Supposons de plus que X1 est intégrable et est de
carré intégrable. Notons σ = Var(X1 ), et, pour tout n ∈ N, Sn = X1 +...+X
n
n
. Alors, pour tout
a < b ∈ R ∪ {−∞, +∞}, on a
√
n
P a≤ (Sn − E(X1 )) ≤ b −→ P(a ≤ Y ≤ b),
σ n→+∞
ou encore comme
√ √
P X1 + ... + Xn ∈ nE(X1 ) + a n, nE(X1 ) + b n −→ P(a ≤ Z ≤ b),
n→+∞
où Z ∼ N (0, σ 2 ).
54
— En particulier, si les Xn suivent tous une loi de Bernoulli de paramètre p, on a E(X1 ) = 1,
Var(X1 ) = p(1 − p), et donc
√ !
n
P a≤ p (Sn − p) ≤ b −→ P(a ≤ Y ≤ b).
p(1 − p) n→+∞
— Il existe une version de ce résultat lorsque les Xn sont des variables aléatoires à densité. Toutefois,
nous n’avons pas vu dans ce cours quelle était la définition de variables à densité indépendantes,
donc nous ne donnerons pas cette version du théorème.
Réponse au problème concret. Soit Xi une variable aléatoire de loi
1
P(Xi = 10) = P(Xi = −10) = ,
2
qui correspond à l’argent que je gagne (ou que je perds) en rencontrant la i-ème personne. On a E(Xi ) = 0,
et Var(Xi ) = E(Xi2 ) = 21 × 102 + 12 × 102 = 100.
Le théorème central limite nous dit que l’on a
√ !
10000
P a≤ √ S10000 ≤ b ≈ P(a ≤ Y ≤ b),
100
et donc que
X1 + ... + X10000
P ≥ a = P (X1 + ... + X10000 ≥ 1000 × a) ≈ P(Y ≥ a).
1000
Rappelons que la Rolex la moins chère coûte 3665 euros : il faut donc prendre a = 3, 7. La probabilité
que je puisse l’acheter est donc d’environ
P(Y ≥ 3, 7) ≈ 1, 08 × 10−4 .
55
Chapitre 7
Fluctuation d’échantillonnage et
intervalle de confiance
Problème concret : La veille d’une élection présidentielle, un institut de sondage interroge 1000
personnes. 600 sondés ont prévu de voter pour Alice, et 400 pour Bernard. L’institut risque-t-il
de se tromper en annonçant la victoire d’Alice ? Et si seulement 53% des sondés disent avoir
l’intention de voter pour Alice ?
Quand on effectue un sondage, on ne mesure pas une variable statistique sur toute la population,
mais seulement sur une (petite) partie, qu’on appelle un échantillon.
Évidemment, un échantillon peut ne pas du tout être représentatif : il est possible d’interroger
1000 personnes qui vont voter pour Bernard, alors qu’en fait, la majorité du pays va voter pour Alice.
Néanmoins, si l’échantillon est choisi au hasard, il est très peu probable qu’il soit très peu représentatif.
Remarque 7.1. On peut définir des estimateurs statistiques pour toutes les quantités qui nous intéressent
sur une variable statistique : par exemple, on peut définir un estimateur de la variance comme la variance
de l’échantillon observé.
Un estimateur statistique n’est pas toujours une information fiable. Par exemple, si un sondage
annonce 40% de la population interrogée va voter pour Alice , (autrement dit, pest = 0, 4), il s’agit
d’une information très peu fiable si seulement 10 personnes ont été interrogées, et très fiable si un million
de personnes ont été sondées.
Une information beaucoup plus fiable est la donnée d’un intervalle de confiance. On se donne un
ε > 0, et on estime la probabilité que p appartienne à [pest − ε, pest + ε].
Plus ε est petit, plus cette probabilité est petite. En pratique, on cherche souvent ε suffisamment
grand pour que
P (p ∈ [pest − ε, pest + ε]) > 0, 95.
1. Le problème d’échantillonage, qui consiste à choisir un échantillon de la population au hasard est très complexe,
et n’est pas purement mathématique (il comporte, par exemple, de nombreux aspects sociologiques). Vous pouvez lire
l’article suivant pour en savoir plus : http ://[Link]/Les-sondages-sont-ils-devenus-fous
56
Détermination d’un intervalle de confiance grâce à la loi des grands nombres
Pn
Dans notre problème, on a pest = n1 i=1 Xi , et p = E(X1 ). Ainsi, par la loi faible des grands
nombres, on a
Var(X1 )
P (|pest − p| > ε) ≤ .
ε2 n
On a Var(X1 ) = p(1 − p), que l’on ne sait pas a priori déterminer. Néanmoins, pour n’importe quel
p ∈ [0, 1], cette quantité est inférieure à 1/4, d’où l’on déduit
1
P (|pest − p| > ε) ≤ .
4ε2 n
1 1
Pour n = 1000, si on veut que le membre de droite soit inférieur à 0, 05, il faut donc que 4000ε 2 ≤ 20 ,
1
soit ε ≥ √200 ≈ 0, 07. Ainsi, si 60% des 1000 sondés disent qu’ils vont voter pour Alice, l’institut de
sondage peut annoncer qu’avec une probabilité de 95%, Alice obtiendra un score compris entre 0, 53 et
0, 67. Sa victoire est donc très probable !
Ainsi, en prenant a = − σc , b = σc ,
c c c c
P p ∈ pest − √ , pest + √ −→ P(− ≤ Y ≤ ).
n n n→+∞ σ σ
Le membre de droite est supérieur à 0, 95 si 2c ≥ 1, 96 (cette valeur est obtenue à l’aide d’un calcul
numérique), soit c ≥ 0, 98.
Ainsi, pour n assez grand, on aura
0, 98 0, 98
P p ∈ pest − √ , pest + √ ≥ 0, 95.
n n
Ainsi, si 600 des 1000 sondés veulent voter pour Alice, il y a une probabilité de 0,95 qu’Alice obtienne
un score compris entre 57% et 63 %.
57
— Avec ces deux méthodes, la précision augmente quand n augmente. Par contre, le résultat ne
dépend pas de la population du pays : un sondage interrogeant 1000 personnes au hasard aura la
même précision à Monaco et en Inde !
58