Facteurs associés à l’utilisation des moustiquaires imprégnées d’insecticide au quartier Lubudi
dans la commune de Selembao
I. INTRODUCTION
1. Problématique
Le paludisme, une maladie qui peut être mortelle et qui est causé par des parasites qui sont
transmis à l'homme à travers des piqûres de moustiques infectés (1). De nouvelles données de
l’OMS révèlent qu’environ 2,2 milliards de cas de paludisme et 12,7 millions de décès dus à cette
maladie ont été évités depuis 2000. Toutefois, la maladie constitue toujours une grave menace pour
la santé dans le monde, en particulier dans la Région africaine de l’OMS. (2)
Selon le dernier Rapport sur le paludisme dans le monde de l’OMS, on estimait à 263 millions le
nombre de cas de paludisme et à P cas de paludisme ont été enregistrés en 2024 dont 1.151.061
cas de paludisme simple et 345.653 cas de paludisme grave (30%). 21.695 décès liés au
paludisme ont été enregistrés au cours de l’année 2024 dont 15.091 survenus chez les enfants
âgés de moins de 5 ans soit 69%. (3)
Dans la Région des Amériques de l'Organisation mondiale de la santé, entre 2005 et 2014, on a
constaté une tendance générale à la baisse du nombre de cas de paludisme. Cependant, depuis
2015, le nombre de cas de paludisme notifiés dans la Région a augmenté. Cette augmentation
globale est due à l'augmentation du nombre de cas au cours des trois dernières années au
Venezuela, ainsi qu'à une transmission accrue dans des zones endémiques de pays comme le
Brésil, la Colombie, le Guyana, le Nicaragua et le Panama, ainsi qu'à des flambées dans des pays
progressaient vers l'élimination (Costa Rica, République dominicaine et Équateur). En 2018, le
Guatemala et le Honduras ont notifié une diminution significative du nombre de cas de
paludisme par rapport à l'année précédente, qui s'est poursuivie jusqu'en novembre 2019.(4)
En Europe, 50 ans après son éradication, le paludisme reste un problème de santé majeur. Alors
que la plupart des infections en Europe sont liées aux voyages internationaux, des changements
climatiques sont prévus pour augmenter le risque d'infections paludéennes transmises
localement en Europe à l'avenir. (5). En Europe du Sud, cependant, le paludisme est réapparu en
2003 avec un faible nombre de cas transmis localement depuis lors, bien que la grande majorité
des infections (> 99 %) soit toujours liée aux voyages. Il existe des preuves de la présence de
moustiques Anopheles dans 33 pays européens, bien que généralement en faible nombre, avec
un risque limité de grandes épidémies de paludisme. En Europe du Nord, les
moustiques Anopheles sont absents du Danemark, de l’Islande et de la Norvège, mais ont été
observés en Finlande et en Suède en 2020. (6)
Le paludisme en Asie est en baisse significative depuis 20 ans, mais reste un enjeu de santé
publique majeur, concentré en Asie du Sud-Est et au Pakistan. Dominée par Plasmodium
vivax (notamment en Inde), la transmission est souvent saisonnière et liée à des zones
forestières ou rurales spécifiques, avec une forte résistance aux antipaludiques dans le Grand
Mékong. Entre 2000 et 2020, le nombre de cas en Asie du Sud-Est a chuté de 78 % (de 22,9
millions à 5 millions). L'Inde représente plus de la moitié des cas de la région (83 % des cas en
Asie du Sud-Est). Les autres pays à forte charge sont le Pakistan, l'Indonésie, le Myanmar, et le
Bangladesh. (2)
Sur le continent africain, l’OMS estime la contamination du paludisme à 236 millions cas (95 %
de l’incidence mondiale de la maladie) et sa mortalité à 590 935 décès (97 % de sa mortalité
dans le monde) pour l’année 2022. Quatre États africains seulement représentent près de la
moitié de l’incidence mondiale du paludisme : le Nigeria (27 %), la République démocratique du
Congo (12 %), l’Ouganda (5 %) et le Mozambique (4 %). À l’échelle continentale, 1,27 milliard
d’individus courent le risque de contraction du paludisme. (2) Plus de 85% des cas et 90% de
décès dus au paludisme surviennent en Afrique [Link] surtout pendant la saison de
pluie.(5).
L'Afrique a plusieurs facteurs liés au risque de la maladie. Ces facteurs sont liés à l'existence du
vecteur qui favorise la transmission du parasite et à cela il faut ajouter le climat chaud et
conditions socio-économiques faibles qui ont un impact sur le contrôle de la maladie. (8)
La République démocratique du Congo (RDC) se classe au deuxième rang mondial pour le
nombre de cas (12,6 %) et de décès liés au paludisme (11,3%). En 2023, elle représentait 55 %
des cas de paludisme en Afrique centrale, soit le taux le plus élevé de la sous-région.[1] Le
paludisme reste la principale cause de morbidité et de mortalité en RDC, avec 27,3 millions de
cas et 24’880 décès liés au paludisme déclarés en 2022, soit une augmentation de 9,2 % et 11,2
%, respectivement, par rapport à 2021. (2)
En 2023, la DPS de Kinshasa a enregistré 443 964 cas de paludisme, entraînant 1 583 décès. La
transmission est stable, avec des vecteurs présents toute l'année avec une augmentation
pendant les saisons des pluies. Comme pour l'ensemble de la RDC, les enfants de moins de 5 ans
et les femmes enceintes sont les plus touchés. L'urbanisation rapide, l'assainissement précaire,
la présence de gîtes larvaires (maraîchage) et une utilisation inconstante des moustiquaires sont
de Facteurs de risque associés à cette transmission. (3)
Le paludisme constitue ainsi donc un problème majeur de santé publique en RDC. Les taux
élevés de morbidité et de mortalité peuvent être expliqués par plusieurs facteurs suivants:
l'insalubrité du milieu, les constructions anarchiques, l'ignorance par la Page population des
méthodes de prévention, leur faible participation aux activités de lutte, l'absence de la
protection individuelle contre les moustiques, la résistance croissante du plasmodium aux
antipaludiques usuels. (3)
Le plan d'action opérationnel du PNLP /RDC 2020-2024 vise à réduire la mortalité et la morbidité du
paludisme de 75 % .Le Programme National de Lutte contre le Paludisme, en sigle PNLP a
coordonné la mise en œuvre des activités de lutte contre le paludisme inscrites dans le plan
opérationnel (PAO) 2024. Il s’agit essentiellement des activités de prévention (campagnes de
dénombrement couplé à la distribution gratuite des moustiquaires imprégnées d’insecticide
(MII), le Traitement Préventif Intermittent chez la femme enceinte (TPI), administration de
Chimio Prévention saisonnière et prenne, administration du vaccin Anti Paludique (VAP), des
missions des supervisions de la prise en charge des cas de paludisme, de la gestion des
commodités antipaludiques , des activités des sites sentinelles, des investigations des épidémies
de paludisme ainsi que des enquêtes sans oublier quelques recherches opérationnelles
conduites .(3)
Les MII constituent une composante clé des stratégies de contrôle et d'élimination du
paludisme. Leur efficacité a été démontrée dans 50% de la réduction des épisodes de paludisme
ainsi que de 17% la mortalité des enfants de moins de cinq ans (9). Les moustiquaires sont
considérées comme un prédicteur utile de l'impact épidémiologique et, dans les études
d'efficacité, leur utilisation est un indicateur indirect des résultats finaux pour la santé
(réduction du nombre de cas de paludisme et du nombre de décès). Des études ont montré un
effet protecteur au niveau de la communauté dans les zones à forte couverture en MILDA,
même si tous les individus ne l'utilisent pas, ce qui entraîne une réduction de la transmission
globale du paludisme (10).
Le développement des stratégies de distribution et de l'utilisation des MILD est utile pour
accroître le contrôle du paludisme. Il existe un écart entre l'acquisition de la MILD et son
utilisation ainsi que l'adhérence à leur utilisation dans les familles ayant des populations à
risque. Les aspects sociaux des familles doivent être explorés pour se faire une idée sur
l'adhérence à l'usage de la MII (11).
Ce mémoire se propose de répondre aux questions de savoir si l'insuffisance à l'utilisation de la
moustiquaire imprégnée par les populations serait liée aux considérations culturelles ou
psychologiques de la population vis-à-vis des MII ou aux difficultés d'ordre socio-économique
qu'éprouvent la population.
2. But et objectifs de recherche
a) But
Contribuer à la réduction de la mortalité et de la morbidité dues au paludisme à travers l’usage
des moustiquaires imprégnées d’insecticides au quartier Lubudi dans la commune de Selembao
b) Objectif général
Identifier et évaluer les facteurs associés à l’utilisation des moustiquaires imprégnées
d’insecticide à longue durée d’action au quartier Lubudi dans la commune de Selembao.
c) Objectifs spécifiques
Evaluer le niveau de connaissance, d`attitude et de pratique de la population sur les
moustiquaires imprégnées d'insecticides ;
Identifier les facteurs sociaux, culturaux et économiques liés à l'insuffisance de
l'adhésion à l'utilisation des MII dans au quartier Lubudi dans la commune de Selembao
afin de proposer de pistes de solutions.
3. Hypothèses du travail
L'insuffisance de l'utilisation des MII au quartier Lubudi dans la commune de Selembao serait
due :
aux connaissances insuffisantes de la population sur les moustiquaires imprégnées ;
aux difficultés d’ordre social et culturel dans les différents ménages ;
4. Délimitation du sujet
Comme toute étude scientifique, notre sujet est délimité dans le temps, dans l'espace ainsi que
dans le domaine pour mieux cerner notre recherche.
a. Délimitation dans le temps
Elle se situe sur la période de Novembre 2025 à Janvier 20026 parce que nous traiterons les
données brutes récoltées lors de l'enquête démographique et de santé au Lubudi dans la
commune de Selembao de Novembre 2025 à Janvier 20026.
b. Délimitation dans l’espace
Notre étude porte sur le quartier et aire de santé de Lubudi dans la commune de Selembao dans
la ville province de Kinshasa en République Démocratique du Congo.
c. Délimitation thématique
Cette étude concerne la moustiquaire imprégnée d'insecticide. Elle se penchera sur le niveau
des connaissances de la population sur les MII et les facteurs sociaux, culturels et économiques
liés à l’insuffisance de l’utilisation des MII par la population du quartier Lubudi dans la
commune de Selembao dans la prévention du paludisme. Dans cette perspective, nous allons
nous pencher sur les connaissances, attitudes et pratiques liées à la moustiquaire imprégnée
d'insecticide au sein de cette population. C'est dans cette optique que nous visons à identifier
les déterminants économiques, sociologiques et anthropologiques qui expliquent le rejet ou la
non-utilisation de cet outil.
II. MATERIELS ET METHODES
1) Type d'étude
Cette étude est de type analytique transversal, elle a été menée dans 140 ménages au quartier
Lubudi dans la commune de Selembao pendant la période allant de Novembre 2025 à Janvier 20026.
2) Présentation du milieu d'étude
Le quartier Lubudi, situé dans la commune de Selembao à Kinshasa et fait partie des 18
quartiers de la commune de Selembao. C’est une zone résidentielle à forte densité, limitrophe
de la commune de Ngaliema (Camp Luka) via la rivière Makelele, de la commune de bumbu via
l’avenue de la liberation (Ex 24 Novembre) et aussi du quartier Nkulu et Inga. Le quartier lubudi
est composee de 14 avenues que voici : Mabuana, Ngeba, Revolution, Masingi, Souvenir,
Tuwisana, Lungueni, Kindinga, Kiselele, Luvambanu, Mabeka, Manianga et Landu.
3) Echantillonnage
Taille d’échantillon
Nous avons mené notre étude sur un échantillon de 14o ménages sélectionnés de manière
aléatoires sur l’étendue du quartier Lubudi.
Critères d’inclusion
Etait inclus dans la présente étude, toute personne âgée de plus de 18ans, considérée comme
chef des ménages ou un représentant de ce dernier choisis de manière aléatoire dans le
quartier Lubudi après un consentement verbal éclairé.
Critères de non inclusion
Etait inclus dans la présente étude, tout ménage représenté par une personne âgée de moins de
18 ans et tout ménage dont le chef de ménage ou son représentant n’a pas donnée un
consentement verbal éclairé.
4) Matériels utilisés
Stylos
Crayons
Papiers duplicateurs
Latte
ordinateur
5) Collecte des données
Un questionnaire standardisé et pré-testé (voir annexe) était l'instrument de la collecte des
données. Il était composé de 35 questions rédigées en français de type ouvert et fermé. Ces
questions étaient en rapport avec les caractéristiques sociodémographiques des enquêtés, leurs
connaissances, attitudes et pratiques en matière d'usage des MII, leurs obstacles économiques,
sociologiques et anthropologiques qui expliquent le rejet ou la non-utilisation des MII.
6) Conflits d’intérêt
Aucun conflit d’intérêt a été soulevé par l’équipe ayant travaillé sur cette étude ou les ménages
inclus dans cette étude.
7) Difficultés rencontrées
Le champ de l'étude étant vaste, nous avons eu beaucoup de peines à nous déplacer
pour atteindre les ménages choisis dans les différentes avenues que compte la zone
concernée par notre étude ;
Difficultés en rapport avec les finances (Consultation de l'Internet, multiplication des
questionnaires, traitement des données ...)
La méfiance et la réticence rencontrées sur terrain par les chefs de certains ménages
sélectionnés.
III. GENERALITES SUR LE PALUDISME
1. Définition
LOMS définit le paludisme (du latin paludis, marais), appelé aussi malaria (de l' italien mal'aria,
mauvais air), comme étant une parasitose due à un protozoaire transmis par la piqûre de la
femelle d'un moustique, l'anophèle, provoquant des fièvres intermittentes. C'est une endémie
parasitaire majeure, le paludisme (palus = marais) ou malaria (= mauvais air) est une
érythrocytopathie due à un hématozoaire, du genre Plasmodium, transmis par un moustique,
l'anophèle femelle.(12)
2. Situation épidémiologique
Le paludisme est la maladie parasitaire la plus rependue dans le monde. Les estimations du
nombre de personnes contaminées en 2024 revient à 263 millions dont 95 % en Afrique. C'est
la première cause de mortalité des enfants de moins de 5 ans en Afrique. Les femmes enceintes
dans les zones endémiques, sont aussi particulièrement touchées par le paludisme car le
placenta constitue une cible où les parasites (plasmodium falciparum) peuvent s'accumule. (3)
Les régions à risque sont après avoir sévi dans la presque totalité du monde habité, le paludisme
touche essentiellement les pays les plus pauvres d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine.
L'Afrique est un continent particulièrement touché par le paludisme avec 95% de cas enregistrés
dans le monde et 97% de décès enregistrés dans le monde (2). Le danger est quasi-nul en
Afrique du Nord mais majeur en Afrique de l'Est, en Afrique subsaharienne et en Afrique
équatoriale aussi bien en zone rurale qu'en zone urbaine.(5)
Les populations démunies sont les plus touchées par le paludisme : le paludisme frappe le plus
fort pendant la saison des pluies au moment des semences et des récoltes, Il prive les
agriculteurs de leur récolte. Le paludisme entrave le développement : le coût direct et indirect
du paludisme pour l'Afrique est estimé à plus 3 milliards de dollars US par an. (2)
La République démocratique du Congo se classe au deuxième rang mondial pour le nombre de
cas (12,6 %) et de décès liés au paludisme (11,3%). En RD Congo, le paludisme constitue la
première cause de morbidité et de mortalité infanto-juvénile. En effet un enfant congolais de
moins de cinq ans connait 6 à 10 épisodes de fièvre / paludisme par an. (2)
Malgré une transmission stable, avec des vecteurs présents toute l'année et une augmentation
pendant les saisons des pluies, la ville de Kinshasa a enregistré 443 964 cas de paludisme,
entraînant 1 583 décès pour l’année 2023. (3)
3. Facteurs de risque du paludisme
Le paludisme est endémique sur presque l'ensemble du territoire national congolais. La
transmission est sporadique et saisonnière sur les hauts plateaux de l'Est, dans la province de
Tanganyika, la province du Nord et Sud Kivu et dans l'Ituri où des flambées à tendance
épidémique sont enregistrées. En revanche, dans toutes les provinces de la cuvette centrale, la
transmission est permanente au courant de l'année constituant ainsi des zones d'hyper
endémie.
Les taux élevés de morbidité et de mortalité peuvent être expliqués par plusieurs facteurs,
notamment : l'insalubrité du milieu caractérisé par la mauvaise évacuation des eaux stagnantes
ainsi la multiplication des moustiques, vecteurs de la maladie ; l'ignorance par la population des
méthodes de prévention ; l'insuffisance de la protection individuelle contre les moustiques ; la
résistance accrue des parasites aux antipaludiques usuels ; le disfonctionnement du système
sanitaire ne permettant pas une bonne prise en charge des malades. (12)
4. Agents causaux du paludisme
Le paludisme est causé par un parasite du genre plasmodium. Sur les 123 espèces du genre
Plasmodium répertoriées, cinq sont pathogènes pour l'homme. Celles-ci suivent la position
systématique ci-dessous :
Règne : Animal
Embranchement : Sporozoaires
Phyllum : Apicomplexa
Classe : Coccidia
Sous classe : Haematozoae
Ordre : Haemosporididae
Famille : Plasmodidae
Genre : Plasmodium
Espèces : falciparum ; vivax ;ovale; malariae; knowlesi
Le cycle biologique du parasite du paludisme se divise en trois phases. Une se déroule chez le
moustique (cycle sporogonique) et deux chez l’hôte humain : cycle érythrocytaire (dans les
cellules sanguines) et cycle exo-érythrocytaire (hors des cellules sanguines). Si les parasites au
stade adéquat (gamétocytes) sont ingérés par le moustique lors du repas sanguin,ils forment
des gamètes dans l’estomac de l’insecte. Les gamètes mâle et femelle, issus des gamétocytes
mâle et femelle, s’unissent pour former un zygote mobile appelé ookinète. L’ookinète pénètre la
paroi de l’estomac et devient un oocyste sphérique. A l’intérieur de l’oocyste, le noyau se divise
à répétition, un grand nombre de sporozoïtes est formé et l’oocyste grossit. Quand les
sporozoïtes sont complètement développés, l’oocyste se rompt, les libérant dans la cavité
générale du corps du moustique. Ils migrent alors vers les glandes salivaires. Le délai nécessaire
pour la maturation des sporozoïtes varie avec la température et dans une moindre mesure, avec
l’espèce de Plasmodium et avec l’humidité. Il est généralement de 18 à 15 jours.
Les sporozoïtes (stade infectant pour l’homme) sont injectés dans le sang avec la salive du
moustique lorsque celui-ci pique. Par voie sanguine, ils atteignent le foie où ils se multiplient.
Pendant une période de 7 à 12 jours, ils s’y multiplient jusqu’à ce que la cellule hépatique
infectée éclate. Alors les parasites (mérozoïtes) sont libérés dans la circulation sanguine et
envahissent les globules rouges à l’intérieur desquels ils se multiplient à nouveau. Les globules
rouges infectés sont détruits et les parasites libérés envahissent de nouveaux globules rouges et
y recommencent leur multiplication. (13)
5. Agent vecteur du plasmodium
Les parasites du paludisme sont transmis par les moustiques femelles appartenant au genre
Anophèles. Les moustiques Anophèles mâles se nourrissent de jus de plantes et de nectar et ne
peuvent donc pas transmettre le paludisme. Il y a environ 480 espèces de moustiques
Anopheles dont une quarantaine sont capables de transmettre le paludisme, et parmi celles-ci,
seulement 15 sont des vecteurs d’importance majeure. Certains anophèles préfèrent piquer
l’animal et ne transmettent normalement pas de parasites à l’homme ou alors très rarement.
Chez d’autres espèces, le parasite ne semble pas capable de se développer jusqu’au stade de
sporozoïte. Enfin, quelle que soit l’espèce, l’insecte peut ne pas survivre assez longtemps pour
permettre l’évolution complète du parasite. (14)
Dans le cycle biologique des moustiques, il y a quatre stades: l’œuf, la larve, la pupe (nymphe) et
l’adulte. Le temps pris par chaque stade pour se développer dépend de la température de l’eau
et d’autres facteurs, mais plus la température est élevée, plus ce temps est court.
A. Stade d’œuf
La femelle d’anophèle adulte s’accouple une fois et continue à pondre des œufs durant toute sa
vie. Les femelles doivent se nourrir de sang tous les 2 à 3 jours car les œufs ont besoin de sang
pour se développer. Les femelles pondent une grappe d’œufs avant leur repas de sang suivant. .
Les sites d’oviposition sont très variables : petites quantités d’eau dans des empreintes de pas,
des flaques d’eau de pluie ou collections plus grandes comme des rivières, canaux, marécages,
lacs, rizières en grappes de 50 à 200 œufs. Le temps que mettent les œufs à éclore en larves
dépend en grande partie de la température a environ 30°C, les œufs éclosent après une
maturation en 2 à 3 jours mais dans les zones tempérées (16°C), cela prend entre 7 et 14 jours.
(14)(15)
B. Stade larvaire
La larve comporte une tête bien développée munie de brosses buccales qui lui servent pour se
nourrir (filtreurs). La larve se nourrit de micro-organismes (par ex. algues,bactéries) et de
matières organiques présentes dans l’eau où elle se développe. La larve d’Anophèle n’a pas de
siphon respiratoire. Elle se pose parallèlement à la surface de l’eau pour pouvoir respirer. Il
existe quatre stades de développement appelés stades larvaires ou instar (et dénotés de L1 à
L4). La larve qui sort de l’œuf est appelée le premier instar. Après un jour ou deux, elle mue,
abandonnant son enveloppe et devient ainsi le second instar, suivi par le troisième et le
quatrième instar, à des intervalles d’environ deux jours chacun. Le passage du stade larvaire au
stade nymphal dure environ 5 à 10 jours dans des températures tropicales normales, selon
l’espèce. La température de l’eau affecte le temps de développement, lequel est plus court en
eaux plus chaudes. (14)(15)
C. Stade nymphal
La nymphe (pupe) a une forme de virgule et reste à la surface de l’eau. Elle est munie de deux
trompettes respiratoires au travers desquelles elle respire quand elle est à la surface. Aucune
alimentation n’a lieu au cours de ce stade mais la nymphe est mobile et réagit aux stimuli. C’est
le stade de repos (inactif) au cours duquel une importante transformation a lieu entre la vie
aquatique et la sortie de l’eau pour une vie aérienne. Le stade nymphal dure environ 2 à 5 jours.
(14)(15)
D. Stade adulte
L’adulte émerge généralement de la nymphe au crépuscule. Une fois émergé de la nymphe, le
moustique adulte marque un léger temps de repos pour laisser son corps durcir. Les moustiques
s’accouplent peu après leur émergence. Les mâles forment de grands essaims, généralement
vers le crépuscule, et les femelles s’infiltrent dans les essaims pour s’accoupler. Les mâles et les
femelles se nourrissent de nectar, source d’énergie. Après l’accouplement, le moustique femelle
va à la recherche un repas de sang pour que ses œufs puissent se développer. Chez certaines
espèces, un seul repas suffit au développement des œufs. Chez d’autres, deux repas sont
nécessaires, au moins pour le développement de la première série d’œufs. Le passage de l’œuf à
l’adulte d’anophèle peut durer de 7 jours à 31ºC à 20 jours à 20ºC. (14)(15)
6. Classification
L'OMS donne la classification du paludisme en paludisme simple et paludisme grave : est défini
comme paludisme simple tout cas de fièvre avec goutte épaisse positif sans signes de danger ou
de complication. Alors que le paludisme grave : tout cas de fièvre avec goutte épaisse positif
associé à un ou plusieurs signes de danger ou de complication suivants :
Critères cliniques
Coma avec score de Glasgow ≤ 9 (adulte) ou Blantyre (enfant) ≤ 2
Détresse respiratoire : Syndrome de détresse respiratoire aiguë, œdème pulmonaire.
Convulsions répétées : Plus de deux épisodes en 24 heures.
Prostration/Faiblesse extrême : Prostration (surtout chez l'enfant).
État de choc : Hypotension artérielle systolique <80 mmHg (adulte), collapsus
circulatoire.
Hémorragies : Hémorragies spontanées ou saignements anormaux (CIVD).
Ictère : Clinique ou bilirubine totale > 50ml/l
Critères biologiques
Anémie sévère : Hémoglobine < 5g /dl (enfant) ou <7d/dl (adulte).
Hypoglycémie : Glucose sanguin < 40mg/dl
Insuffisance rénale : Créatinine sérique >256mol/L
Acidose métabolique : Bicarbonates plasmatiques <15mmol/L
Hyperlactatémie : Lactate > 5mmol/l
Hyperparasitémie : Taux de globules rouges infectés > 10%.
Cette distinction est cruciale pour la prise en charge rapide des cas, le paludisme grave étant
une urgence mortelle.
7. Mesures de lutte contre le paludisme
LOMS recommande plusieurs moyens et stratégies pour lutter contre le paludisme dans le
monde. La RDC a souscrit à la stratégie technique mondiale de lutte contre le paludisme 2016–
2030 (GTS), à l’AIM 2016–2030 (Action and investment to defeat Malaria), ainsi qu’à l’AMS
(African Malaria Strategy) pour éliminer le paludisme d’ici 2030. La RDC devra donc mettre au
point des stratégies innovatrices pour booster la lutte et arriver à arrêter tout ou au moins
ralentir sensiblement la progression de nombre des cas et décès de paludisme.
Le Programme National de Lutte contre le Paludisme (PNLP) organise et coordonne la lutte
contre le paludisme en RDC, celle-ci s’articule autour des stratégies que sont :
1. La prévention : elle est assurée essentiellement par la distribution des moustiquaires
imprégnées d’insecticides à longue durée d’action, la promotion de l’assainissement
intra et péri domiciliaire et le traitement préventif intermittent chez la femme enceinte
ainsi que le VAP nouvellement introduit encore en phase pilote ;
2. La prise en charge des cas : la confirmation biologique de tous les cas de paludisme (TDR
ou microscopie), un traitement précoce avec des molécules efficaces ;
3. Les stratégies de soutien : formation, suivi et évaluation, surveillance épidémiologique,
approvisionnement en intrants, recherche opérationnelle. (3)
i. Lutte anti larvaire
La lutte anti larvaire englobe la lutte mécanique et la lutte chimique :
La lutte mécanique consiste à curer les caniveaux et drainer les eaux stagnantes, détruire et
vider régulièrement les objets susceptibles de retenir l'eau telle que les épaves des véhicules,
les vieux pneus, les boîtes de conserve (sardine, tomates etc.), combler les marres, assécher les
marécages, couvrir les récipients contenant l'eau de boisson ou de ménage.
La lutte chimique : consiste à un épandage des huiles usées, huiles minérales ou du gasoil sur la
surface des eaux stagnantes. (16)
ii. Lutte contre les formes adultes
Lutte contre les formes adultes : souvent mécanique, consiste à utiliser la moustiquaire
imprégnée d'insecticide, à aménager l'habitat (utiliser les toiles moustiquaires et les treillis pour
couvrir les fenêtres et trous d'aération, combler les trous et les fentes qui constituent les
cachettes de moustiques) , aménager des fosses septiques, évacuer et enfouir régulièrement les
déchets solides (immondices), désherber le milieu ou l'environnement et élaguer les arbres,
déposer les ordures ménagères dans les récipients de forme individuelle (poubelles) ou dans
des bacs placés le long des rues par les soins de l'administration , désencombrer les chambres
d'habitation. Alors que la lutte chimique conseille l'utiliser les pesticides, (insecticides à l'aide
d'un pulvérisateur, d'un appareil fumigateur...) (16)
8. Aperçu sur la Moustiquaire imprégnée d’insecticide
Les moustiquaires imprégnées d’insecticide sont des outils fabriqués à partir de matériaux
synthétiques tels que le polyester ou polythène. Les fibres sont imbibées d'insecticide ou cette
dernière est incorporée dans les fibres durant le processus de fabrication. Selon l'OMS, une MII
doit retenir son efficacité biologique sans ré-imprégnation après au moins 20 lavages standard
dans des conditions de laboratoire et pendant 3 ans dans des conditions de terrain.(17)
Modes d'action de la MII .
Les Moustiquaires agissent comme une barrière physique pour empêcher les moustiques
vecteurs d'accéder aux usagers servant ainsi de protection individuel contre les personnes qui
en font usage. Les différents insecticides utilisés pour imprégner les moustiquaires possèdent
une action excito-répulsif qui ajoute une barrière chimique, augmentant ainsi l'efficacité
protective de la MII (18). En réduisant la densité vectorielle, les MII utilisées par la majorité de
la population cible offrent une protection totale de la communauté y inclus ceux qui ne s'en
servent pas (19).
Impactes sur des maladies autres que le paludisme.
Il a été prouvé dans de nombreuses études que la MILDA est efficace sur des vecteurs impliqués
dans la transmission d'autres pathologies tels que le chikungunya, la dengue, la filariose
lymphatique, la fièvre de la vallée du Rift, la fièvre jaune, le Zika, l'encéphalite japonaise, la
fièvre du Nil occidental, la schistosomiase (bilharziose), l'onchocercose (cécité des rivières), la
peste, la tungiase, le typhus, la fièvre récurrente à poux, la leishmaniose, la fièvre à
phlébotomes, la fièvre hémorragique de Crimée-Congo, la maladie de Lyme, la borréliose, les
rickettsioses (par exemple, la fièvre boutonneuse et la fièvre Q), l'encéphalite à tiques, la
tularémie, la maladie de Chagas (trypanosomiase américaine) et la maladie du sommeil
(trypanosomiase africaine). Les MILDA protègent aussi contre les nuisances des moustiques,
tuent les poux et les punaises ce qui pourrait considérablement contribuer à son acceptation.
(20)
Types d'insecticides et effets secondaires
Les Moustiquaires Imprégnées d'Insecticide à Longue Durée d'Action (MILDA) utilisent
principalement des insecticides de la famille des pyréthrinoïdes. Les molécules les plus
fréquentes sont Perméthrine, Deltaméthrine, Alphacyperméthrine. Face à la résistance, de
nouvelles générations intègrent du Pipéronyl Butoxide (PBO) pour renforcer l'efficacité, ou du
Chlorfenapyr.
Les insecticides utilisés pour les MII (généralement des pyréthrinoïdes) sont sans danger à faible
dose, mais peuvent provoquer des effets secondaires légers tels que des irritations cutanées,
des larmoiements, des éternuements, des maux de tête ou une gêne respiratoire. Une
exposition très importante peut entraîner des troubles neurologiques ou des allergies.(17)
Couverture universelle en moustiquaire
Le paludisme a été reconnu comme une priorité sanitaire mondiale et des investissements
importants dans la lutte contre le paludisme ont rapidement suivi. Au cours des deux dernières
décennies, ces investissements ont permis de réduire considérablement le nombre de cas et de
décès dus au paludisme, de nombreux pays où le paludisme est endémique enregistrant de
fortes baisses de transmission.(21)
Le Fonds mondial fournit 63 % de l’ensemble des financements internationaux destinés aux
programmes de lutte contre le paludisme. Entre 2018 et 2020, le Fonds mondial a investi plus de
1,2 milliard de dollars dans des campagnes de distribution de masse de MILDA à l’échelle
mondiale et a diffusé 516 millions de moustiquaires.(22)
Les programmes nationaux de lutte contre le paludisme (PNLP) existent dans la plupart des pays
endémiques au paludisme. Ces programmes organisent, selon les pays et en fonction des
périodes, des campagnes de distribution de masse des moustiquaires imprégnées d’insecticide.
En temps normal, les moustiquaires sont distribuées (gratuitement) en routine dans les
structures sanitaires pour spécifiquement les enfants de moins de cinq ans et les femmes
enceintes qui sont les plus à risque de développer l’infection palustre.
En RDC, au courant de l’année 5154, Au total 16.082.137 MII ont été distribuées dont 8.057.733
MII ont été distribués en campagne de masse dans 2.615.426 ménages des provinces de Bas-
Uélé et Kinshasa. Et 8.024.404 MII ont été distribuées en routine avec 4.646.031 MII distribuées
chez les femmes enceintes pendant les consultations prénatales (CPN) et 3.378.373 MII
distribuées chez les enfants de moins d’une année à la consultation préscolaire (CPS). (4)
Pour la même année, 7.198.442 MII ont été distribuées dans la ville province de Kinshasa pour
un total de 2.266.102 ménages dénombrés et servis soit un taux de 100% de ménages servis. (4)
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