Introduction
Le terme alcool désigne au sens strict une famille de molécules organiques comprenant un groupement
hydroxyle (-OH) mais, dans son acception populaire, il est synonyme d’al-cool éthylique ou éthanol. Une
consommation régulière d’alcool fait partie des habitudes de nombreux individus, puisque, selon
l’enquête de santé Belge de 2013, 82 % de la population belge (de 15 ans et plus) consomme des bois-
sons alcoolisées et 14 % boit de l’alcool quoti-diennement, un taux en constante progression (8 % en
1997) (1). Une bonne connaissance du métabolisme de l’alcool constitue un préalable nécessaire avant
d’envisager ses différents effets (2).
Métabolisme géneral de l’alcool Absorption La petite taille et la solubilité aqueuse de la molécule
d’éthanol (C2H5OH) font que celle-ci est rapidement absorbée par diffusion passive au niveau de la
muqueuse digestive de l’estomac, de l’intestin grêle et du colon et qu’elle est distribuée librement dans
l’eau corporelle et les différents tissus de l’organisme. La concentration dans le cerveau atteint
rapidement celle dusang. Le placenta est aussi perméable à l’alcool, lui permettant de passer librement
dans la circulation fœtale. L’absorption de l’alcool au niveau de la peau est, en revanche, négligeable.
L’éthanol est quasi entièrement résorbé dans le tractus digestif - 20 % dans l’estomac et 80 % par
l’intestin grêle. Seulement 2 % de l’alcool ingéré sont éliminés par les reins ou les poumons en
conditions normales, bien que ce taux puisse atteindre 10 % si une très grande quantité est ingérée. A
jeun, 80 à 90 % de l’éthanol ingéré sont absorbés dans les 30 à 60 minutes qui suivent sa consommation.
L’alcoolémie maximale est obtenue endéans les 45 à 60 minutes. Le volume, le type et la concentration
d’alcool, en plus de la présence ou non d’aliments et du temps pris pour ingérer la boisson, sont les
facteurs principaux qui influencent la vidange gastrique. La vitesse de la vidange gastrique dans l’intestin
grêle est considérée comme le facteur majeur déterminant le taux d’absorption de l’alcool ingéré entre
les individus dans différentes circonstances (3, 4).
Métabolisme et excrétion
Il est à noter qu’il existe une production endogène d’alcool (environ 3 g par jour) au niveau du
microbiote intestinal par fermentation, alcool qui est délivré via la veine porte au niveau du foie, où sa
métabolisation en acétaldéhyde est [Link] voies contribuent à l’élimination de l’éthanol :
l’oxydation enzymatique (responsablede plus de 90 % de l’élimination) et l’excrétiontelle quelle au
niveau de l’air expiré, des urines et de la sueur (3). On estime l’élimination de l’alcool à 0,15 g/L/h (ce
qui correspond à une élimination de 7 g d’éthanol par heure). Il faut donc une heure pour perdre 0,15 g
d’[Link], la pharmacocinétique de l’éthanol peut être modifiée par de nombreux facteurs
tels que la consommation chronique d’alcool, l’absorption de nourriture ou de médicaments, mais aussi
par l’âge et le sexe (3, 4).L’essentiel du métabolisme de l’éthanol a lieu dans le foie ; l’alcool est d’abord
transformé en acétaldéhyde par trois voies (Figure 1) :
1. Une première, contrôlée par une alcool déshydrogénase (ADH), liée au NAD+, dont il existe plusieurs
formes codées par des variants génétiques. Cette voie métabolique cytoplasmique est prépondérante
car activée pour des concentrations très basses d’alcool (1 mmole/l, ce qui correspond au Km de
l’enzyme).
2. Une deuxième, contrôlée par le MEOS («Microsomial Ethanol Oxidizing System») situé dans le
réticulum endoplasmique, système complexe comprenant, entre autres, un cytochrome P450. Ce
système est inductible, en particulier en cas d’alcoolisation chronique. De plus, le MEOS est impliqué
dans la détoxification d’autres drogues ou médicaments avec une compétition entre l’alcool et ces
substances au niveau de ce système enzymatique, pouvant conduire à une augmentation des
concentrations circulantes et à des niveaux toxiques de ces drogues suite à une consommation
concomitante d’alcool.
3. Une troisième, sous le contrôle d’une catalase située dans les peroxysomes, est accessoire.
Les systèmes enzymatiques du foie sont saturés pour des concentrations très élevées d’alcool, au-delà
de 100 mmole/l dans le sang portal. L’acétaldéhyde est ensuite transformé en acétate (grâce à une
acétaldéhyde déshydrogénase, ALDH), acétate qui quitte en bonne partie le foie pour être converti en
acétyl-CoA dans d’autres tissus. D’autres tissus que le foie, tels que le rein ou le tissu adipeux,
contiennent une ADH, mais en petite quantité et contribuent, dès lors, peu au processus de
détoxification. L’ADH est aussi présente dans la muqueuse gastrique, mais son activité est, chez la
femme, environ 60 % inférieure à celle des hommes. La disponibilité accrue de l’éthanol résultant d’une
diminution de la métabolisation gastrique pourrait expliquer la métabolisation gastrique pourrait
expliquerla susceptibilité plus grande des femmes à la consommation d’alcool. Les principales enzymes
du métabolisme de l’éthanol, ADH et ALDH, se répartissent en différentes sous-classes d’isoenzymes
dont l’affinité pour l’éthanol ou l’acétaldéhyde et la vitesse maximale d’activité varient. Ces diverses
sous populations porteuses d’allèles particuliers de l’ADH ou de l’ALDH se distinguent donc par un
métabolisme de l’éthanol modifié. Ainsi, 50 % de la population asiatique, dotée d’une activité ALDH
déficiente, voire nulle, présente une intolérance à l’alcool en raison d’une accumulation de
l’acétaldéhyde, à l’origine d’une association de troubles décrite sous le nom d’effet « antabuse ».
L’activité microsomale est inductible par l’éthanol, avec pour conséquence une oxydation plus rapide (1
% à 20 %) de l’éthanol, cette accélération du métabolisme étant en partie compensée par une
diminution de l’activité de l’ADH chez les consommateurs excessifs et chroniques.
L’alcool apporte 7,1 Kcal par gramme d’alcool consommé et le devenir métabolique de l’énergie ingérée
sous forme d’alcool a fait l’objet de nombreuses controverses
(5). Différentes données épidémiologiques indiquent qu’une consommation d’alcool est en relation
inverse avec la graisse corporelle et que les grands consommateurs d’alcool étaient en général plus
minces que les consommateurs légers ou modérés (5-7) (voir ci-dessous). Ces observations ont conduit à
avancer l’hypothèse que l’alcool serait métabolisé moins efficacement que ne le sont les autres
substrats énergétiques (glucides, lipides et protéines). Si tel est le cas, la majorité de l’énergie provenant
de l’alcool serait dégagée sous forme de chaleur, augmentant la dépense métabolique et protégeant
ainsi de la prise pondérale c’est le concept de la calorie «vide» qui a souvent été rattaché à l’alcool. Les
études métaboliques réfutent totalement cette hypothèse. Au contraire, compte tenu du fait que notre
organisme n’a aucune capacité de stockage de l’alcool et puisque l’excrétion respiratoire ou urinaire
d’un excès d’alcool représente une voie marginale, l’oxydation de l’alcool doit rapidement suivre son
absorption. L’oxydation préférentielle qui suit l’absorption d’une boisson alcoolisée inhibe l’oxydation
lipidique et glucidique et conduit, en fait, à une mise en réserve de ces substrats
(8). Les études métaboliques sont, dès lors, en opposition avec les données épidémiologiques et
démontrent qu’un apport accru en alcool conduira à une suppression de’oxydation des lipides et à une
augmentation de leur mise en réserve dans le tissu adipeux.
Conclusion
La métabolisation de l’alcool est principalement hépatique et conduit à la formation d’acétaldéhyde.
L’alcool représente un apport calorique non négligeable lorsqu’il est consommé en quantité régulière,
conduisant à la suppression de l’oxydation des lipides et à leur accumulation dans le tissu adipeux.