DE LUBUMBASHI (UNILU)FACULTÉ DE DROIT
Département de Droit des Affaires et du Travail
MÉMOIRE DE FIN DE CYCLE
Présenté en vue de l'obtention du grade de
Licencié en Droit (L3)
SUJET :
L'ATTENTION MÉDIATIQUE COMME FOND DE
COMMERCE EN DROIT DES AFFAIRES
CONGOLAIS : CAS DES INFLUENCEURS
(TIKTOKEURS)
Présenté par : [Votre Nom] Directeur : Professeur [Nom du Professeur]
Encadreur : Chef de Travaux [Nom de l'Encadreur]
ANNÉE ACADÉMIQUE 2025-2026
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TABLE DES MATIÈRES
1 INTRODUCTION
2 PARTIE I : LE CADRE CONCEPTUEL ET JURIDIQUE DE
L'INFLUENCE NUMÉRIQUE EN DROIT CONGOLAIS
◦ Chapitre 1 : La qualification juridique de l'influenceur en droit
OHADA et congolais
◦ Chapitre 2 : L'attention médiatique, un nouvel élément
incorporel du fond de commerce
3 PARTIE II : LE RÉGIME JURIDIQUE ET LA PROTECTION DE
L'ATTENTION MÉDIATIQUE COMME ACTIF COMMERCIAL
◦ Chapitre 1 : La protection de l'actif numérique contre les tiers
et les plateformes
◦ Chapitre 2 : La transmission et la valorisation du fonds de
commerce numérique
4 CONCLUSION GÉNÉRALE
5 BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE
INTRODUCTION
1. Contexte de l'étude
Le XXIe siècle est marqué par une mutation profonde des structures
économiques mondiales, impulsée par la révolution numérique. La
République Démocratique du Congo (RDC), géant au cœur de l'Afrique,
n'échappe pas à cette dynamique. Dans les centres urbains comme
Lubumbashi, l'accès croissant à l'internet mobile a favorisé l'émergence
de nouveaux acteurs économiques : les créateurs de contenu numérique,
communément appelés « influenceurs ».
Ces acteurs, particulièrement actifs sur la plateforme TikTok, ne se
contentent plus de partager des moments de vie ; ils structurent de
véritables entreprises individuelles autour de leur image et de leur
capacité à capter l'attention du public. Cette « économie de l'attention »,
théorisée par Herbert Simon, postule que dans un monde saturé
d'informations, la richesse n'est plus l'information elle-même, mais
l'attention qu'elle suscite.
En droit des affaires, cette attention se traduit par une valeur économique
tangible. Les entreprises sollicitent les influenceurs pour atteindre des
segments de clientèle jusque-là inaccessibles par les médias traditionnels.
Ainsi, l'influenceur devient un pivot de la stratégie commerciale moderne,
transformant ses « vues » et ses « abonnés » en revenus sonnants et
trébuchants.
2. Justification du sujet
Le choix de ce sujet repose sur un constat paradoxal : alors que l'activité
des influenceurs génère des flux financiers importants en RDC, leur statut
juridique demeure flou. L'arsenal juridique congolais, bien qu'enrichi par
l'adhésion à l'OHADA et la récente promulgation du Code du numérique
en 2023, semble encore peiner à appréhender la nature exacte de l'actif
créé par l'influenceur.
S'intéresser à l'attention médiatique comme fond de commerce, c'est
interroger la capacité du droit des affaires à s'adapter à l'immatérialité
croissante des actifs commerciaux. Pour l'étudiant en droit à l'Université
de Lubumbashi, ce sujet offre l'opportunité d'explorer les frontières entre
le droit commercial général, le droit de la propriété intellectuelle et le
droit du numérique.
(3. Problématique
Le fond de commerce est traditionnellement défini par l'Acte Uniforme
relatif au droit commercial général (AUDCG) comme un ensemble de
moyens permettant au commerçant d'attirer et de conserver une
clientèle. Si les éléments classiques (nom commercial, enseigne, droit au
bail) sont bien identifiés, l'émergence des plateformes numériques
soulève une question fondamentale :
Dans quelle mesure l'attention médiatique générée par un
influenceur sur TikTok peut-elle être qualifiée de fond de
commerce ou d'élément constitutif de celui-ci en droit des affaires
congolais ?
De cette question principale découlent des interrogations subsidiaires :
• L'influenceur remplit-il les critères légaux du commerçant en droit
OHADA ?
• L'audience numérique présente-t-elle les caractéristiques juridiques
de la clientèle commerciale ?
• Comment protéger et transmettre cet actif immatériel face à la
puissance contractuelle des plateformes numériques ?
4. Hypothèses de travail
Pour répondre à cette problématique, nous formulons les hypothèses
suivantes :
6 Hypothèse de qualification : L'influenceur tiktokeur, par la
répétition d'actes d'intermédiation publicitaire et de prestation de
services numériques à but lucratif, exerce une activité commerciale
qui justifie sa soumission au statut de commerçant.
7 Hypothèse de patrimonialité : L'attention médiatique,
matérialisée par une audience fidèle et quantifiable, constitue le
cœur d'un « fond de commerce numérique ». Elle remplace la
clientèle physique par une clientèle virtuelle mais monétisable.
8 Hypothèse de protection : Bien que le Code du numérique de
2023 apporte des premières réponses, le régime de protection de
cet actif reste précaire en raison de la nature hybride du compte
TikTok, à la fois outil de travail et propriété de la plateforme.
5. Méthodologie de recherche
La présente étude s'appuie sur une double approche :
• L'approche exégétique : Elle consistera en une analyse
rigoureuse des textes de loi, principalement l'Acte Uniforme de
l'OHADA relatif au droit commercial général, le Code du numérique
congolais de 2023, et le Code civil congolais livre III sur les
obligations.
• L'approche sociologique et économique : Il s'agira d'observer
les pratiques réelles des influenceurs à Lubumbashi et en RDC pour
confronter la théorie juridique à la réalité du marché numérique.
6. Intérêt de l'étude
• Intérêt théorique : Contribuer à la doctrine congolaise sur le droit
de l'immatériel et l'évolution de la notion de fond de commerce à
l'ère du numérique.
• Intérêt pratique : Offrir aux influenceurs et aux praticiens du droit
(avocats, juges, notaires) des outils d'analyse pour sécuriser les
transactions portant sur les actifs numériques.
7. Annonce du plan
Pour vérifier nos hypothèses, notre travail s'articulera autour de deux
parties principales :
• Partie I : Le cadre conceptuel et juridique de l'influence
numérique en droit congolais. Nous y analyserons le statut de
l'influenceur et la nature juridique de l'attention médiatique.
• Partie II : Le régime juridique et la protection de l'attention
médiatique comme actif commercial. Nous examinerons les
mécanismes de protection contre les tiers et les modalités de
transmission de ce nouveau type de fond de commerce.
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PARTIE I : LE CADRE CONCEPTUEL ET
JURIDIQUE DE L'INFLUENCE NUMÉRIQUE EN
DROIT CONGOLAIS
CHAPITRE 1 : LA QUALIFICATION JURIDIQUE DE
L'INFLUENCEUR EN DROIT OHADA ET CONGOLAIS
Section 1 : L'influenceur, un commerçant au sens de
l'AUDCG ?
L'article 2 de l'Acte Uniforme relatif au droit commercial général (AUDCG)
définit le commerçant comme celui qui fait de l'accomplissement d'actes
de commerce par nature sa profession.
§1. L'accomplissement d'actes de commerce par nature
L'activité de l'influenceur repose sur plusieurs piliers qui s'apparentent à
des actes de commerce listés par l'article 3 de l'AUDCG :
9 L'intermédiation et la prestation de services : L'influenceur
agit comme un intermédiaire entre une marque et une audience.
10 La publicité et la communication : L'influenceur gère sa propre
image comme un support publicitaire.
11 L'achat pour la revente : Certains influenceurs achètent des
produits pour les tester et les revendre via des boutiques en ligne.
§2. L'exercice à titre de profession habituelle et
l'immatriculation
• L'habitude : Un tiktokeur qui publie quotidiennement et signe des
contrats récurrents remplit ce critère.
• L'indépendance : L'influenceur agit à son propre compte,
supportant les risques de son activité.
• L'immatriculation au RCCM : Bien que souvent absente en
pratique, elle reste une obligation légale pour bénéficier de la
protection du fond de commerce.
Section 2 : L'impact du Code du numérique de 2023 sur
le statut des créateurs de contenu
§1. Les obligations de transparence et de déclaration
L'article 202 du Code du numérique impose que toute publicité par voie
électronique soit clairement identifiable. L'influenceur doit utiliser des
hashtags comme #Publicité.
§2. La responsabilité civile et pénale de l'influenceur
tiktokeur
L'influenceur est responsable du contenu qu'il édite (Article 360 du Code
du numérique). Cette responsabilité renforce son statut de professionnel.
CHAPITRE 2 : L'ATTENTION MÉDIATIQUE, UN
NOUVEL ÉLÉMENT INCORPOREL DU FOND DE
COMMERCE
Section 1 : De la clientèle traditionnelle à l'audience
numérique
L'article 135 de l'AUDCG dispose que le fond de commerce comprend
obligatoirement la clientèle.
§1. La nature juridique de l'audience : une clientèle virtuelle
mais certaine
12 Le critère de l'attachement : L'abonné revient pour la qualité du
contenu, créant un lien de fidélité.
13 La quantifiabilité : L'audience est mesurable avec précision
(abonnés, vues).
14 La disponibilité : L'audience est mise à la disposition des
annonceurs.
§2. Le critère de l'attraction et de la fidélisation sur TikTok
L'audience est personnelle à l'influenceur car elle le suit s'il change de
plateforme. L'attention captée correspond à l'achalandage numérique.
Section 2 : La valeur économique de l'attention :
monétisation et contrats
§1. Les contrats de partenariat et de placement de produit
L'influenceur "loue" son capital d'attention à la marque. La tarification est
liée au volume d'attention (CPM).
§2. La monétisation directe comme chiffre d'affaires
Les cadeaux lors des "Lives" et les fonds pour les créateurs transforment
l'attention en flux financiers réels.
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PARTIE II : LE RÉGIME JURIDIQUE ET LA
PROTECTION DE L'ATTENTION MÉDIATIQUE
COMME ACTIF COMMERCIAL
CHAPITRE 1 : LA PROTECTION DE L'ACTIF
NUMÉRIQUE CONTRE LES TIERS ET LES
PLATEFORMES
Section 1 : La protection contre la concurrence déloyale
et le parasitisme
§1. Le détournement d'audience et l'usurpation d'identité
numérique
L'usurpation par des comptes miroirs porte atteinte à l'élément "nom
commercial" et "clientèle" du fond.
§2. Les actions en justice disponibles en droit congolais
L'action en cessation et l'action en dommages-intérêts (Article 258 du
Code civil III) sont les principaux outils.
Section 2 : Le conflit entre les CGU de TikTok et le droit
de propriété du commerçant
§1. La précarité du compte : le risque de bannissement
Le contrat d'adhésion avec TikTok crée un déséquilibre. La suppression du
compte équivaut à une éviction sans indemnité.
§2. Vers une reconnaissance d'un droit au maintien de l'outil
de travail numérique
La doctrine plaide pour une "propriété commerciale numérique"
protégeant l'influenceur contre les décisions arbitraires des plateformes.
CHAPITRE 2 : LA TRANSMISSION ET LA
VALORISATION DU FOND DE COMMERCE
NUMÉRIQUE
Section 1 : La cession et le nantissement du "compte
influenceur"
§1. Les modalités de vente d'un compte TikTok en droit
OHADA
La vente doit inclure l'audience et respecter le formalisme de l'article 147
de l'AUDCG (acte écrit, publicité au RCCM).
§2. Le nantissement de l'audience comme garantie de crédit
L'article 162 de l'AUDCG permet théoriquement le nantissement des
éléments incorporels, bien que l'évaluation reste un défi pour les banques
congolaises.
Section 2 : Perspectives d'évolution législative en RDC
§1. Les limites de l'Acte Uniforme actuel face à l'immatériel
pur
Le droit doit s'affranchir de l'attache géographique (droit au bail) pour
consacrer le fonds de commerce numérique.
§2. Propositions pour une réforme intégrant les actifs
numériques
Création d'un registre spécifique au RCCM et reconnaissance légale de la
valeur patrimoniale de l'audience.
CONCLUSION GÉNÉRALE
Au terme de cette étude, nous avons démontré que l'attention médiatique
est le « nouveau fonds de commerce » de l'ère digitale. L'influenceur
professionnel est un commerçant dont l'actif principal est son audience. Si
le droit congolais et l'OHADA offrent des bases solides, une adaptation est
nécessaire pour sécuriser pleinement ces nouveaux actifs. Nous
recommandons la formalisation de l'activité par l'immatriculation et une
réforme législative audacieuse.
BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE
15 OHADA, Acte Uniforme relatif au droit commercial général, 2010.
16 RDC, Code du numérique, 2023.
17 GUYON (Y.), Droit des affaires, Economica, 2003.
18 KABRE (D.), « La notion de fonds de commerce dans l'espace
OHADA », 2022.