Cours 2
Cours 2
et communiquer
UET-1-1
Introduction à la méthode de
l’enquête
L’enquête est largement utilisée dans les sciences sociales,
Connaitre l’état d'esprit d'une population. Les usagers d'une administration ou quelle est l'attitude
des parents d'élèves face à une nouvelle réforme
Étudier les besoins. Quels sont les attentes des personnes âgées en matière d'aide à domicile ? Les
horaires d'ouverture d'un service sont-ils adaptés aux usagers ?
Aider à la décision : pour dégager des priorités en matière d'action, pour proposer des changements
structurels, pour faire des choix de programme de formation adaptés.
Évaluer les effets d'une action : Une campagne de sensibilisation a-t-elle changé les comportements
et représentations des jeunes à propos du SIDA ? Comment les projets d'action éducative ont été
accueillis par les enseignants ? Quel est l'effet d’un changement d'horaire en milieu scolaire ?
Tester des hypothèses dans le cadre d'une recherche : vérifier s'il y a un lien entre l’implication dans
le travail et la réussite de l’apprentissage.
L’apparente simplicité de la technique, consistant à demander aux sujets interrogés de livrer opinion,
crée une (fausse) impression de facilité de réalisation. Il en résulte une démarche naïve, fondée sur
les idées du sens commun, les « il n'y a qu'à ». Certes, l’enquête produit des chiffres, mais quelle
valeur ont-ils ? Était-ce utile de passer du temps à une étude qui n'a ni validité ni fiabilité ?
Pour réussir une enquête il faut acquérir des savoir-faire nécessaires pour élaborer un travail de
qualité.
Il faut aussi, avoir la capacité d'évaluer la crédibilité des enquêtes qui nous sont présentées et de
comprendre dans quelles conditions elles ont été réalisées.
Certains envisagent de faire une enquête. Parfois, ils ont même déjà en tête des idées de questions à
poser.
Suis-je certain que cette technique est la plus appropriée à mon problème ?
Et quel problème précis je veux résoudre ?
Le conseil numéro un pour préparer un bon questionnaire est de réfréner son impulsion à écrire les
questions du questionnaire jusqu'à ce qu'on ait clarifié ses questions de recherche.
Si après examen, l'enquête vous paraît la méthode la plus adaptée pour répondre à votre problème,
alors il faut faire des choix de stratégie et de planification pour l'organisation du travail
La préenquête, C'est la base de l'édifice, qui doit aboutir à la formulation claire des objectifs et du
plan d'action. Elle s'intéresse au contenu de l'enquête à travers les thèmes à étudier, les questions de
recherche, les hypothèses et la description des mesures à effectuer. Il y a en effet de multiples façons
d'aborder un sujet. Il faut être certain d'avoir une claire définition des notions que vous voulez
mesurer et de faire la liste de toutes les informations que vous voulez collecter. Si une enquête
donne des résultats décevants, c'est bien souvent à cause d'une préparation insuffisante. Un projet
bien défini permet de déterminer sans difficulté les informations à recueillir et donne des pistes pour
conduire l'analyse.
Le choix de l’enquête comme outil
Une enquête signifie simplement quête d'informations, recherche de témoignages, recherche pour
savoir quelque chose. Il y a plusieurs types d’enquêtes. Elle peut être une procédure civile ou
judiciaire qui passe par l'interrogation de témoins, le recueil d'informations à des sources diverses, le
repérage d'indices. Elle peut être aussi une procédure par laquelle l'administration réunit des
informations, vérifie certains faits avant une prise de décision. Elle peut aussi être d’ordre
journalistique.
Une enquête sociologique est une technique de collecte d'information. À tous les niveaux l'enquête
va être conduite avec un grand souci de rigueur méthodologique pour réduire la part de subjectivité
du chercheur. Sa mise en œuvre suppose un questionnement « armé », réfléchi, strictement préparé
autour de la construction d'une problématique
L'enquête part des renseignements fournis par les sujets. Des biais sont possibles, car dans leurs
dires les personnes peuvent exagérer, dissimuler, se méprendre, ou répondre au hasard. On
s'attachera donc à travers la démarche à obtenir des réponses valides et fiables.
D'autre part, au niveau de l’enquête, l'analyse n'est pas centrée sur l'individu comme dans une
recherche clinique ou une étude de cas : les renseignements fournis par les sujets sont regroupés
pour examiner l'effet de caractéristiques comme le sexe, l'âge, le niveau de diplôme ou encore
l'appartenance à...
Enquête vs sondage
Le terme d'enquête a une extension plus large que celui de sondage. À travers la technique du
sondage d'opinion, on cherche à obtenir une « photographie de l'opinion à un moment donné» et le
résultat d'un sondage se traduit toujours par des chiffres, une série de pourcentages par exemple,
Une enquête n'est pas toujours de type quantitatif (par exemple, une étude de motivation pourra
être réalisée à partir d'entretiens approfondis).
Même quantitative, une enquête s'attachera à dépasser la simple description pour comprendre les
phénomènes étudiés, expliquer ce qui se passe, déterminer à quoi est lié tel ou tel type de conduite,
comme le choix du conjoint, le choix professionnel des élèves ou l'attitude politique.
On se rend compte que dans le cas d'un sondage d'opinion destiné à décrire des distributions de
réponses, le choix de l'échantillon est fondamental. Dans le cadre d'une enquête, le choix de
l'échantillon peut avoir moins d'importance mais l'analyse est souvent plus approfondie.
Autres méthodes
D’autres méthodes de recherche de données dans les recherches humaines et sociales sont
couramment utilisées par les chercheurs.
L'étude documentaire
L'observation passe par l'étude de « traces» recueillies à travers des écrits divers, des relevés
statistiques ou des inventaires d'objets et traitées comme des faits de société. Ce sont par exemple
des documents officiels (Journal Officiel, registres de délibération), des archives, des articles de
presse, des annuaires, des œuvres littéraires, des discours, des comptes rendus, des lettres…. On
peut également avoir recours à des données statistiques, des documents iconographiques, sonores
ou des objets.
Ces documents donneront des analyses qualitatives (analyses de contenu) ou quantitatives (analyses
statistiques), selon les questions qu'on se posera à leur propos.
L'observation directe
L’observateur se rend sur son terrain pour étudier un groupe naturel (une classe…), Il regarde ce qui
se passe, interroge des informateurs et essaie de contrôler leurs dires par des vérifications.
L'observation peut être extérieure ou participante.
L’observateur non engagé observe discrètement les sujets, en se faisant oublier, par exemple assis au
fond d'une classe. Il est possible de conduire ce type d'observation de façon systématique à partir de
grilles construites à l'avance, qui font l'inventaire d ce qu'on va observer : on peut ainsi utiliser une
grille de Bales pour noter les interactions verbales dans les réunions-discussions de petits groupes-.
D'autres grilles d’observations permettront d'enregistrer les déplacements des élèves dans une
classe ou des visiteurs dans une exposition.
L'expérimentation
L’expérimentation (méthode expérimentale ou. observation provoquée) est utilisée pour mettre à
l’épreuve une hypothèse : Il s’agit d’observer l'effet produit par la modification intentionnelle d'un
facteur manipulé par l'expérimentateur. La situation est donc construite pour l'occasion et contrôlée
par le chercheur.
Mieux encore, l'enquête permet de disposer d'informations inaccessibles par les autres méthodes :
« Si l'on veut savoir ce que pensent les gens ; quelles ont été leurs expériences et ce qu'ils se
rappellent ; quels sont leurs sentiments et leurs motivations ainsi que les raisons de leurs actions,
pourquoi ne pas leur demander ? ».
opinions
attitudes
croyances
perceptions
expériences ou comportements
Cependant, il faut toujours se demander s’il est judicieux d'utiliser la méthode d'enquête. C'est la
première question que se pose le chargé d'étude lorsqu'on lui demande de réaliser une enquête
sociologique. Il existe d'autres méthodes de collecte de données, parfois plus pertinentes. Y a-t-il lieu
de se lancer dans une enquête par questionnaire ou entretien ? Est-ce le meilleur choix ? Est-ce
réalisable ? L'enquête donnera-t-elle l'information recherchée ?
Les objectifs de l'enquête seront un élément à prendre en compte pour choisir la méthode. Veut-on
obtenir la description objective de certaines tâches ou plutôt des informations sur la représentation
de ces tâches ? Selon le cas on optera pour une observation directe ou une enquête.
De façon générale si l’objectif est de comprendre la façon dont les individus se représentent, quelle
est leur perception, quelles sont leurs valeurs, leurs normes, l’enquête est adaptée.
Planification de l’enquête
Les étapes de l’enquête
Par exemple, quelle est l'attitude des parents face à l'introduction d'une langue étrangère à
l'école primaire ?
Par exemple en ce qui concerne l'attitude des parents face à l'introduction d'une langue
étrangère :
Types d’études suivies par les parents orientent-t-ils leurs attitudes face à des langues
particulières ?
Les projets d’avenir pour les enfants influencent-t-ils leurs attitudes ?
Les objectifs spécifiques peuvent aussi être énoncés sous forme d'hypothèses. On pourrait par
exemple postuler qu'un projet d’études à l’étranger oriente vers un choix précis de langues
étrangères à introduire.
Les questions de recherche et les hypothèses indiquent les données à rassembler dans l'enquête. On
devra bien sûr préciser le contenu de ces notions.
Quelle population est susceptible d’être interrogée (selon quels critères elle est définie), qui
est concerné par l’enquête (tout le monde ou seulement un échantillon)
Quelle est la taille de l’échantillon
Comment seront choisis les répondants : un seul groupe, plusieurs groupes, un seul groupe
interrogé plusieurs fois…
De quelle façon on les interrogera
Recueil de l'information
Le questionnement des sujets est réalisé sur le terrain selon la modalité choisie.
Préparation des données
Les informations rassemblées ne peuvent être utilisées telles quelles : il faut les présenter sous une
forme qui permette l'analyse prévue. On réalise le codage et la saisie (informatique ou non) des
données en prévision d'analyses statistiques.
Analyse
Les informations sont traitées en fonction de la nature des données et des objectifs de l'étude
(description, comparaison ou vérification d'hypothèses). On se préoccupe aussi de la qualité des
données recueillies.
Rapport final
Il décrit à la fois les objectifs, la méthodologie, les résultats et leurs interprétations.
Conception générale
Demande
Objectifs spécifiques
Contraintes matérielles
Plan d’observation
Questionnaire ou
Échantillonnage entretien
Terrain
Recueil d’information
Dépouillement et
analyse des données
Rapport final
L’enquête ne débute pas à la construction du questionnaire.
À la collecte d’informations vous ne pourrez que regretter telle ou telle information qui vous manque
Les objectifs déterminent le plan d'observation mais le plan d'observation peut amener à revoir les
objectifs
On oppose généralement l'approche qualitative, avec un nombre limité de cas, conduite par
entretiens approfondis, à l'approche quantitative avec étude statistique, faite à partir d'un
questionnaire standardisé, c'est-à-dire fortement structuré.
Entre ces deux extrêmes, toutes les formes intermédiaires de questionnement sont possibles. La plus
connue est celle de l'entretien semi-directif, mais on peut aussi avoir recourt à des questionnaires
plus ou moins ouverts ou au couplage de techniques.
Les méthodes qualitatives sont aussi particulièrement adaptées aux situations de changement,
comme suivre le déroulement professionnel. Les entretiens libres sont également utilisés dans les
études et les recherches de motivations (ce qui pousse à agir).
Exemple :
Une enquête sur les pratiques culturelles menée en France a révélé que :
Il n’y a pas de sujets inabordables avec un bon enquêteur : Les entretiens d'enquêtes réalisés
montrent que l'enquêté peut se confier sur des sujets très intimes, privés, ou même des pratiques
répréhensibles.
Distance sociale
La distance sociale entre protagonistes (évaluée par exemple par la proximité plus ou moins
importante de classes sociales, de niveaux d'instruction ou d'âge) peut jouer sur le déroulement du
discours.
On considère généralement qu'il faut éviter une trop grande distance sociale. Les situations de
pouvoir ne sont pas propices à l'expression de soi comme dans le cas d'un entretien réalisé par un
professeur auprès de ses élèves ou par un supérieur hiérarchique dans une entreprise. On comprend
aussi que des adolescents donnent davantage de réponses en relation avec des standards adultes à
des enquêteurs âgés et, confient plus facilement à des enquêteurs jeunes. Mais parfois la différence
paie lorsque les enquêtés se trouvent obligé de donner beaucoup de détails pour ce faire
comprendre par des enquêteurs qui ignorent complétement leurs profession.
Ainsi on tente d'éviter les trop grands écarts ou les trop grandes ressemblances entre enquêteur et
enquêté.
L’enquêté
Le répondant peut produire une information déformée : il a le désir de maintenir l'estime de soi, de
faire bonne figure et de se montrer comme quelqu'un de tout à fait dans la norme sociale. Des
mécanismes de défense du moi peuvent également jouer : par exemple l'enquêté attribue aux autres
des sentiments qu'il n'ose prendre à son compte
il oublie des éléments pénibles, des échecs, transforme inconsciemment la réalité, parle d'autre
chose pour ne pas traiter un point trop impliquant, trouve des explications rationnelles (« je ne vais
pas à la bibliothèque parce que je n'ai pas le temps »). Il peut aussi avoir des difficultés t se souvenir
du passé ou le reconstruire.
L’enquêteur
La qualité et la quantité des informations obtenues dépendent beaucoup des enquêteurs : certains
essuient des refus et des non-réponses multiples ; d'autres au contraire savent obtenir des
renseignements nombreux et intéressants.
Qu'est-ce qui distingue un bon enquêteur ? Le sens des relations humaines contact facile, oser
aborder les gens dans la rue, ne pas avoir peur des refus, ne pas être gêné de poser certaines
questions), le fait d'être accrocheur et persuasif pour convaincre les personnes de lui accorder un
peu de temps, la capacité à l'introspection, mais surtout, l'attitude professionnelle. Cela suppose
réceptivité, largeur d'esprit et attention en même temps que discrétion et neutralité : l'enquêteur ne
doit pas risquer de biaiser les résultats en introduisant son propre cadre de référence, ses désirs ou
ses préjugés.
On a pu mettre en évidence une relation entre opinions des enquêteurs et réponses des
interrogées (effet de modelage) : enquêteur favorable à une méthode pédagogique aura
tendance à obtenir plus de réponses positives par rapport à cette méthode.
L’effet d’anticipation : lorsqu’un enquêteur estime qu’une question est difficile ou qu’il aura
beaucoup de non-réponses, il obtient en général moins de réponses.
L’enquêteur joue un rôle de stimulateur et de facilitateur et par ses interventions montre qu’il
écoute et qu'il comprend. Il doit apparaître comme quelqu'un de neutre (d’une neutralité
bienveillante »), capable de tout entendre mais sans être indifférent qui ne suggère, ni n'évalue, ni
n'argumente. Les personnes interrogées prennent alors plaisir à parler avec un étranger qui ne met
pas en doute leurs affirmations, qui prête attention à chacune de leurs paroles, ne les bouscule pas,
ne les contredit jamais.
Dans ce climat de confiance, les informations obtenues peuvent être riches et nuancée par ses
développements et associations d'idées, l'enquêté exprime sa perception d'une situation, d'un
événement, ses interprétations, ses expériences, révèlent ses pensées et ses attitudes
Les sujets doivent recouvrir les situations sociales les plus diverses possibles eu égard au thème
d'étude. Pour conduire par exemple une étude sur les représentations du mariage il sera intéressant,
outre la classique trilogie sexe-âge-profession, de prendre en compte la situation matrimoniale et le
nombre d'enfants.
Mais pour assurer à la relation une dimension professionnelle, il est indispensable d’enquêter et
enquêté ne se connaissent pas. Le répondant est ainsi en mesure de dire franchement et en toute
sérénité à l'enquêteur ce qu'il tairait peut-être à un proche par crainte des conséquences. En outre,
interroger des personnes connues de soi risque de provoquer une confusion des rôles : l'enquêté va-
t-il répondre en tant que tel ou comme voisin, comme ami, comme collègue ?
Lieu et temps
Le lieu de l’entretien peut orienter le discours du répondant. Ainsi le lieu de travail incitera
d’avantage à parler de la situation professionnelle, le domicile d'aspects plus personnel. Si le thème
risque d'être générateur d'anxiété, il faut trouver un endroit rassurant pour l’enquêté. Il risque de se
sentir mal à l'aise s'il est convoqué dans un lieu institutionnel (un parent d’élève interrogé à l'école).
Il est nécessaire de prévoir une durée suffisante pour que la relation de confiance entre enquêteur et
enquêté ait le temps de s’établir. Cela évitera aussi que la personne, pressée, ne regarde sans arrêt
sa montre ou interrompe l’entretien.
Prise de contact
Dès les premiers instants l'enquêteur doit motiver la personne sollicitée, accrocher son intérêt, la
mettre en confiance pour l'amener à collaborer et répondre à ses inquiétudes légitimes.
Cette première rencontre, menée sans hâte, est destinée à dédramatiser la situation pour éviter que
d'avance, le sujet ne se sente angoissé : il faut lui montrer qu'il n'y a pas de risque à répondre à
l'entretien.
Avant de commencer l'entretien (surtout s'il n'a pas lieu immédiatement après la prise de contact)
on s'assure que le sujet n'a plus d'interrogations sur la situation. On doit se trouver face à une
personne à l'aise et sans appréhension : elle a accepté de donner son point de vue et a compris
l'importance que l'échange pouvait avoir.
Consigne initiale
C'est la question (ouverte) de départ, celle qui va définir le thème du discours lorsque les deux
protagonistes sont installés pour l'entretien. Dans les entretiens libres, c'est même la seule
intervention directive. Elle sera préparée avant l'entretien avec le soin que requiert toute question
d’enquête : claire, compréhensible, neutre, pertinente par rapport à l'objet d'étude.
La consigne peut se présenter sous diverses formes qui ont chacune avantages et inconvénients.
Selon le cas, on posera une question à champ large ou on abordera plus directement le sujet. Par
exemple dans le cadre d'une étude sur la lecture, on peut se placer à la périphérie du thème : «
J'aimerais que vous me parliez de votre vie hors travail ? » ou au centre de l’étude : « Voulez-vous me
parler de vos lectures ? » Dans le premier cas il est possible que la personne passe à côté du thème
d'étude, dans le second cas on court le risque de ne pas savoir si le thème est important pour elle.
La consigne impersonnelle risque de susciter des discours plus généraux et stéréotypés, mais en
même temps elle évite des blocages dus au fait que l'enquêté pourra se sentir trop impliqué.
On a parfois besoin d'essayer différentes formulations de la consigne afin de se rendre compte de ses
effets.
Interventions et relances
La non-directivité de l'interviewer ne signifie pas non-intervention. Au contraire un entretien de ce
type demande la participation active de l'enquêteur, mais de façon neutre, sans jouer sur le fond.
L'enquêteur n'a pas de questions ; il laisse le sujet créer lui-même le cadre dans lequel il s'exprime et
développer comme il l’entend les informations, sans lui imposer un cheminement. L'attitude non
directive et compréhensive de l'interviewer se manifestera par des interventions « techniques »
destinées à favoriser la libre expression de l'interviewé, à l'encourager à préciser sa pensée et à
l'inviter à poursuivre. Les relances se font autour des propos du sujet : elles reprennent ou
complètent des idées, soulignent, synthétisent, demandent une précision.
Voici divers types d'interventions incitatives destinées à manifester l'intérêt que l'enquêteur porte à
ce qui est dit.
Reformulation-clarification ou résumé du contenu : C'est redire en d'autres termes (en plus explicite
ou en résumé) ce qui vient d'être exprimé, sans en changer l'esprit, pour bien montrer que le propos
a été assimilé. Ce type de relance intervient après un développement :
« Si je vous suis bien, vous avez dit que ... », « vous voulez dire que ... », « en d'autres termes ... », «
pour résumer ... ».
L'enquêteur peut proposer des déductions logiques sur le contenu, compléter une idée ou même
faire des anticipations incertaines :
Écho ou miroir : Cela consiste à répéter un mot, un groupe de mots ou une phrase. Par exemple à
l'énoncé :
on reprendra en disant :
Ce type d'intervention peut être stimulante à petite dose car elle encourage à développer et marque
la sympathie. Mais utilisée systématiquement, elle peut bloquer par son aspect artificiel.
Interprétation : C'est reformuler en allant au-delà de la pensée du sujet, en lui proposant des pistes
de lecture auxquelles il n'avait pas pensé :
« Ce que vous dites ne s'explique-t-il pas par ... », « c'est donc que ... ».
Si la personne valide l'interprétation et la reprend à son compte, cela peut être positif.
Reflet : C'est expliciter une attitude, des émotions, des sentiments non-dits (ou tout au moins ce qui
peut en être perçu à travers intonations, silences, hésitations, mimiques ...) :
« Vous craignez que ... », « vous semblez très insatisfait » ou : « Vous pensez que ... », « vous avez
l'impression ... », « cela vous paraît ... »
Ce type d'intervention est parfois nécessaire pour lever des blocages et favoriser l'auto-exploration.
Mais le reflet peut aussi être perçu par le sujet comme une remise en cause de ses propos. L'effet
dépend de la compétence de l'enquêteur.
L'enquêteur peut aussi revenir sur des aspects du thème traités de manière trop rapide ou
superficielle.
« Je ne vois pas bien ce que vous voulez dire », «je ne comprends pas bien », « ce n'est pas clair pour
moi, pouvez-vous m’expliquer ? »
Marques d'écoutes : Ce sont les expressions brèves qui manifestent la compréhension et l'intérêt, et
donc invitent à poursuivre le discours (« je vois », « je comprends », « oui », « hum»). Les attitudes,
les mimiques (hochements de têtes ...) et les regards sont des encouragements sans verbalisation.
Silences : Souvent craints par les enquêteurs débutants, ils ne sont pas toujours gênants. Certains
silences ont un effet bénéfique : temps d'auto-exploration pour enrichir ou formuler ses idées, retour
sur soi, sur ses émotions. L'enquêteur supporte et respecte les silences «pleins ». En cas de silence
prolongé, il s'efforce de ménager des transitions pour réintroduire un thème :
« Vous m'avez dit tout à l'heure ... j'aimerais qu'on approfondisse ... »
On le voit, les interventions de type directif ne sont pas retenues dans les relances conseillées. En
effet l'enquêteur risquerait de formuler des demandes ne reflétant que son cadre de pensée. Les
questions spécifiques sur le contenu (comment ? quand ? où ? pourquoi ?) modifient l'ambiance de
l’entretien : l'enquêté aura tendance à attendre la prochaine question. Les demandes sur l'attitude et
les positions (qu'en pensez-vous ?) ont un effet tout aussi perturbateur. L'entretien n'est pas un
débat d'idée. Le répondant saura mieux parler de son vécu (ce qu'il ressent, ce dont il se souvient,
ses expériences) qu'aborder des sujets de façon générale.
Terminer l'entretien
Lorsque les propos deviennent redondants, l'entrevue est terminée. Il est temps de présenter un
résumé de l'entretien (ce qui a parfois l'intérêt de faire repartir le discours sur des points oubliés). On
demande enfin au sujet s'il ne voit rien d'important à ajouter avant d'arrêter le magnétophone. Il
arrive que cet arrêt ait une fonction libératoire et donne un nouveau souffle à l'entretien. Dans ce
cas, il faut essayer de se souvenir du maximum d'informations.
C'est enfin le moment de poser des questions particulières (dont la liste est prévue à l'avance),
notamment en ce qui concerne l'identification du sujet. Il est intéressant de discuter avec la
personne enquêtée de son vécu de l'entretien (ses impressions, ses difficultés). Et ne pas oublier de
remercier.
Le magnétophone est aujourd'hui un appareil banal. Si l'enquêteur est à l'aise avec lui, il saura le
présenter naturellement et comme allant de soi. Dire que l'enquêté ne se confie pas de la même
façon en présence du magnétophone qu'en son absence est peut-être vrai. Il y aura des
modifications induites par l'enregistrement (prudence des propos, phrases bien faites ...), mais il
s'oublie vite. Et rendre compte d'un entretien uniquement à travers une prise de notes ou une
notation a posteriori introduit d'autres biais encore plus graves : perception sélective de
l'information, omissions, inexactitudes, perte du détail du vocabulaire ou des formulations.
Néanmoins, il est des cas où l'on se trouve face à un refus net de la part du sujet (par exemple par
crainte de la hiérarchie dans une entreprise). Parfois aussi, en cours d'entretien, l'enquêté demande
à ce qu'on interrompe l'enregistrement pour un temps de révélation plus intime. En ce cas on se plie
à sa demande.
Retranscrire l'entretien
Pour être soumis à une analyse systématique, l'entretien sera retranscrit intégralement, avec ses
hésitations et ses défauts de langage (répétitions, fautes de syntaxe, etc.), sans oublier les silences et
leur durée, les rires et les interruptions. On pourra ainsi s'intéresser non seulement au contenu
thématique de l'entretien, mais également au vocabulaire employé et à la syntaxe du discours,
pointer les blocages, etc.
Contrairement à ce que l'on peut penser (la sécurité par la liste des thèmes), il est souhaitable de
bien savoir conduire un entretien non directif,' pour conduire une interview guidée de qualité. Sinon
l'enquêteur risque de transformer le guide en une série de questions à réponses ouvertes (ce qui est
un autre type d'approche, plus directive).
Le guide d'entretien
Généralement établi après quelques entretiens exploratoires, le guide se présente sous forme de «
pense-bête» répertoriant les thèmes qui doivent être abordés au cours de l'entretien semi-directif.
Le guide comporte une consigne initiale, comme dans l'entretien non directif. Il peut revêtir une
forme plus ou moins détaillée, de la liste de trois ou quatre grands thèmes jusqu'à une série
d'informations spécifiées sur deux ou trois pages. On s'attachera à donner à ce document une
présentation qui le rende facile à utiliser, avec des mots clés très apparents.
On peut coupler les thèmes avec des modèles de questions neutres comme dans l'exemple suivant
(surtout si l'enquête doit être réalisée par un grand nombre d'enquêteurs).
Le guide n'est pas un cadre rigide. L'ordre des thèmes prévu est le plus logique possible, mais il n'est
pas imposé : chaque entretien a sa dynamique propre. Le seul point important est que tous les
enquêtés aient abordé tous les thèmes du guide avant de terminer l'entretien - ce qui permettra de
réaliser une analyse comparative des différents entretiens.
Entretien de groupe
La technique de l'entretien non directif s'applique aussi à un groupe de personnes réunies pour
participer à un entretien collectif sur un sujet précis, La conduite en est plus délicate que dans
l'entretien individuel: en plus de l'attitude non directive et des thèmes du guide, l'animateur a le
souci d'assurer la prise de parole et l'intervention de chaque participant. Il lui faudra en outre tenir le
rôle de régulateur de la dynamique du groupe,
Un petit nombre de personnes (6 à 10) sont rassemblées pour une discussion ouverte parce qu'elles
ont une expérience commune (chômeurs, habitants d'une même commune, étudiants d'une même
cité universitaire, groupe familial...). Une certaine homogénéité entre les participants est requise
pour que la discussion soit possible. Le discours produit est une parole collective qui n'aura pas la
même teneur qu'un discours individuel (en raison de l'émulation, de la confrontation et des prises de
position de chacun).
Très utilisé dans les études qualitatives (notamment en marketing), l'entretien de groupe est aussi
utile dans la phase préparatoire d'une étude quantitative en complément d'entretiens individuels. Il
a encore d'autres indications. Par exemple, il peut compléter les tests des questionnaires : des sujets
ayant répondu au même questionnaire sont rassemblés pour discuter de cette expérience, expliquer
comment ils ont compris les questions et ce qu'ils en pensent. L'entretien de groupe peut également
intervenir pour éclairer l'analyse d'une enquête par questionnaire : les participants sont invités à
discuter des résultats et à donner leur sentiment vis-à-vis des réponses obtenues.
L'approche biographique, avec des récits de vie qui combinent la référence à différentes
séquences temporelles de la vie de l'individu et le développement de thèmes en rapport
avec l'objet d'étude (comme l'expérience professionnelle).
La réécoute de la totalité ou de parties d'un premier entretien réalisé avec un sujet pour
approfondir certains points, ou compléter les informations.
L'entretien centré (focused interview de R.K. Merton) pour analyser les réactions d'un sujet
dans une situation particulière. Il est organisé autour d'un canevas prévu dans un guide
d'entretien.
L'entretien film-action où le sujet est invité à reconstituer un moment de sa vie quotidienne
Le questionnaire
D’abord il faut savoir « sur quoi interroger » par la suite il faut s’intéresser aux problèmes de forme :
« comment interroger» ce qui veut dire comment traduire les indicateurs en questions et les
formuler. Parce que les outils construits dans le cadre d'une étude sont rarement réutilisables pour
une autre, la construction du questionnaire (ou parfois seulement son adaptation) est une nécessité
dans le cadre de l'enquête.
Une petite différence dans la formulation de deux questions peut produire des écarts importants. La
mise au point d'un questionnaire fiable et valide demande un travail attentif et scrupuleux.
Le questionnaire conçu comme instrument de mesure devra être standardisé : il placera tous les
sujets dans la même situation pour permettre des comparaisons entre groupes de répondants. On ne
doit pas, en cours de passation, modifier les questions ou ajouter des explications. En même temps,
le questionnaire devra correspondre aux besoins de l’enquête : chaque question est là parce qu'elle a
une utilité. Ainsi on se demande pour chacune : pourquoi poser cette question ? À quoi servira-t-
elle ?
Exemple :
Dans une enquête de satisfaction d'un produit on peut demander de façon rapide :
« Sur cette liste, qu'est-ce qui vous paraît le plus satisfaisant? Le moins satisfaisant ? »
ou encore :
Le chercheur se demande quelle forme est la plus adaptée pour son étude et s'il a besoin de plus ou
moins de détails dans l'information.
Une difficulté supplémentaire dans l'élaboration d'un questionnaire vient du fait qu'il s'adresse à des
répondants évidemment non demandeurs de l’enquête : ne risque-t-on pas de les lasser ? Pour qu'ils
aient envie de répondre, on se garde de leur donner l'impression de passer un examen, de subir un
interrogatoire ou d'être ignorant. On s'arrange pour leur simplifier la tâche et résoudre pour eux les
problèmes cognitifs. Pour que le questionnaire ne paraisse pas ennuyeux, monotone, il est
souhaitable de varier la façon d'interroger. Une question n'est pas toujours une demande avec un
point d'interrogation. Il existe une grande variabilité dans les formulations.
En même temps, on cherche à obtenir des réponses sincères en posant des questions auxquelles les
sujets sont réellement capables de répondre (et qui ne les obligent pas à répondre au hasard), en
prenant certaines précautions pour les thèmes gênants et en tenant compte des effets d'influence
qui risquent de fausser les réponses.
Question ouverte, question fermée
Une question est dite ouverte ou fermée selon que la réponse à donner est libre ou fixée à l'avance.
L'enquêté utilise son propre vocabulaire pour répondre à la question ouverte :
« Quelles sont vos inquiétudes en ce qui concerne les cinq prochaines années ? »
Si on lui demande :
« Pensez-vous que dans l'éducation des enfants, la formation religieuse : soit indispensable, une bonne
chose mais pas indispensable, sans grande importance ou ne soit pas à recommander ? »,
le répondant choisit parmi les quatre réponses proposées celle qui lui convient le mieux.
Évidemment il faut éviter de se servir d'une question ouverte pour aborder des généralités ou des
grands problèmes.
« Quel est votre avis sur la mondialisation ? » risque d'effrayer la personne interrogée.
Tous les jours ou presque/Environ 3 ou 4 jours par semaine/Environ 1 ou 2 jours par semaine/Plus
rarement/Jamais ou pratiquement jamais.
La question fermée peut, comme dans les exemples précédents, imposer de ne retenir qu'une seule
réponse (question à réponse unique) ou encore laisser la possibilité de donner plusieurs réponses
(question à choix multiple) :
«Dans la liste suivante, quels sont les mots qui caractérisent le mieux l'ambiance de l'entreprise ? »
(Entourez trois réponses de votre choix)
morosité/sympathie/froideur/convivialité/méfiance/chaleur/sérénité/solidarité/inquiétude/individualis
me/confiance/jalousie/
Les réponses à une question fermée peuvent aussi se présenter sous forme de demande de
classement :
« À quelle tranche d'âge appartenez-vous? Moins de 20 ans ! 20-35 ans/36-50 ans/plus de 50 ans ».
Si dans ce cas on s'attend à des réponses comparables, quand il s'agit de questions portant sur des
attitudes ou des opinions, les informations produites sont notoirement différentes.
Par exemple :
Les Américains interrogés à propos du problème le plus important auquel doit faire face le pays, sont
13 % à faire état de l'inflation dans la forme ouverte, alors que cet item recueille 27 % des choix de
réponse lorsqu'il est proposé dans une question fermée
À l'inverse des questions ouvertes où les réponses ne sont pas suggérées par une liste, les questions
fermées risquent d'induire des choix de réponse peu réfléchis et entachés de désirabilité sociale.
Mais elles ont l'avantage indéniable de permettre les comparaisons et d'être faciles à administrer et
traiter. C'est pourquoi, bien que plus difficiles à mettre au point, elles constituent l'essentiel des
questionnaires destinés à l'analyse statistique (et d'autant plus que le questionnaire est auto-
administré).
Puis dans une seconde phase on reprend les principales catégories de réponses pour proposer une
liste finie de formules entre lesquelles l'enquêté devra choisir comme :
salaire/occupation/obligation/contact/contrainte/plaisir/ambiance/fatigue.
a un double défaut :
Les sujets de 20 ans ne peuvent se placer ; les sujets de 30 ans et de 50 ans ont la possibilité de se situer
dans deux classes.
dont on pourrait espérer qu'elle va élargir le champ de réponses. Mais les questions semi-ouvertes
n'ont pas l'intérêt et la richesse des questions ouvertes : seule une fraction des sujets utilise cette
possibilité d'expression. En outre elles ne permettent plus de faire des comparaisons entre
répondants, car tous ne se sont pas placés exactement dans la même situation : certains ont utilisé la
question comme une question ouverte et d'autres comme une question fermée. Si l'on tient à
l'ouverture, il est possible d'introduire à la suite d'une question fermée, une question ouverte
spécifique du type :
Le seul motif valable de conserver le « autre réponse, précisez » est le cas de descriptions de
caractéristiques rares : faire la liste exhaustive de toutes les possibilités allongerait inutilement le
questionnaire. Par exemple demander :
Pendant longtemps, les chercheurs ont cru que les enquêtes ne pouvaient inclure que des questions
sur des comportements socialement acceptables. Dans les années 1940, c'est avec beaucoup
d'hésitation et de crainte que le Gallup Pool demanda à un échantillon national de répondants si un
membre de leur famille souffrait du cancer.
Aujourd'hui, les enquêtes incluent des questions sur les sujets qui étaient considérés comme tabous :
religion, détail des revenus, comportements de dépense, santé personnelle, usage de drogue et
d'alcool, comportement sexuel. Correctement motivés et avec l'assurance de la confidentialité, les
répondants acceptent de divulguer de telles informations.
On distingue généralement les comportements non gênants des comportements gênants : on ne les
traite pas de la même façon car ces questions ne posent pas les mêmes problèmes.
Pourra être perçu comme gênant par des non-lecteurs se pensant intellectuels.
« En général, combien de soirs sortez-vous par semaine» on posera la question relativement à une
période de temps limitée (depuis une semaine, un mois, un an ...) : « Cette semaine, depuis mardi
dernier, combien de soirs êtes-vous sorti ? »
Aider la mémoire
Des problèmes de mémoire se posent même pour des questions simples (comme l'âge) et a fortiori
pour toute estimation chiffrée.
Au lieu de poser la question : « Combien de livres y a-t-il dans votre bibliothèque », on ira les
compter.
Pour connaître les habitudes d'écoute de la télévision on demande de remplir des fiches
journalières ou on utilise un appareil (audimètre)
Demander de reconnaître plutôt que de se souvenir, Sélectionner sur une liste des titres de
livres lus est plus facile que d'essayer d'en retrouver le titre.
La question ouverte : « Quelles ont été vos activités de loisir pendant l'année écoulée ? » est
avantageusement remplacée par une liste d'activités parmi lesquelles choisir.
Donner aux répondants des aides pour réaliser une mémorisation sûre d'événements
passés :
une série de questions pour reconstruire le passé, une phrase qui contribue à localiser un
événement dans le temps ou l'espace, des questions un peu longues pour donner des repères.
Comportements gênants
Les comportements sont dits gênants lorsqu'on peut estimer qu'il y a une bonne ou une mauvaise
réponse, une réponse socialement désirable ou socialement indésirable.
Être un bon citoyen (voter aux élections, prendre part aux activités de la commune), être une personne
bien informée et cultivée (lire, assister aux événements culturels), avoir un bon travail, avoir été bon
élève dans sa scolarité...
À l'inverse, des comportements « indésirables » auront tendance à être sous-estimés : avoir certaines
maladies (cancers, MST, maladies mentales), avoir des comportements illégaux ou hors normes (usage
de drogue, violation des règles de conduite automobile), consommer de l'alcool, voter pour les partis
extrémistes...
Le répondant a tendance à être sur la défensive lorsque des questions risquent de nuire à l'image
qu'il veut donner. C'est qu'il a le souci de se conformer aux stéréotypes sociaux, d'apparaître
comme« normal », voire de se valoriser en donnant de lui une image flatteuse. Il lui est difficile
d'admettre qu'il ne fait pas habituellement ce qui est socialement acceptable.
Des questions brutales ou jugées inquiétantes ou indiscrètes peuvent provoquer un « repli» (non-
réponse ou réponse de convenance). Cela va à l'encontre de la sincérité recherchée dans les
réponses. Il faut donc se méfier de ce type de réactions en prenant un certain nombre de
précautions.
En demandant :
« En général, on se souvient d'avoir été bon élève, mais nous aimerions savoir si vous avez réellement
... »)
« Dans telle élection, près de la moitié des électeurs n'a pas voté ... »
« On peut avoir des ennuis à la maison avec ses parents, et il y a bien des moments où on a envie de
s'en aller. D'ailleurs parfois on s'enfuit de la maison pour un jour ou deux. Cela vous est-il arrivé ? ».
Cela augmente la possibilité que les répondants admettent les états éloignés du neutre. On peut
aussi mêler le comportement gênant à une liste de comportements acceptables ou encore aborder
les comportements gênants à la fin du questionnaire.
D'une façon générale, les questions de comportement sont difficiles à poser. Si l'on n'y prend garde,
les réponses risquent de révéler davantage la représentation que l'enquêté se fait du comportement
acceptable pour lui, plutôt que son comportement réel. Lorsque c'est possible, une méthodologie
d'observation directe est préférable
Questions d'opinion : que pensent-ils ?
Les questions portant sur les manières de penser ou de juger (opinions, attitudes, satisfaction,
préférences, croyances, motivations) sont souvent bien accueillies par les personnes enquêtées: « On
me demande mon avis »
« Qu'avez-vous pensé de cet exposé? D'une manière générale, vous avez trouvé cet exposé : très
intéressant/assez intéressant/assez peu intéressant/pas intéressant du tout»
Le degré d'accord du répondant avec une proposition peut être demandé avec plus ou moins de
nuances :
« Êtes-vous plutôt d'accord ou plutôt pas d'accord avec ceux qui disent : Le mariage est une institution
dépassée ? » (Deux degrés d'accord)
« Il faut rétablir la peine de mort. Êtes-vous: pas du tout d'accord, pas tellement d'accord, peut-être
d'accord, bien d'accord ou entièrement d'accord avec cette opinion? » (Cinq degrés d'accord)
« Les sondages c'est sérieux. Êtes-vous : tout à fait d'accord, plutôt d'accord, plutôt pas d'accord ou pas
du tout d’accord ? » (Quatre degrés d'accord)
On peut encore demander au sujet sa position sur une échelle numérique. Voici par exemple une
échelle en 10 points :
« Dans l'ensemble, à quel point êtes-vous satisfait ou pas satisfait de la vie que vous menez en ce
moment ? Entourez le chiffre correspondant à votre position ? »
Pas Tou
du tà
tou fait
t sati
sati sfai
sfai t
t
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
Mais l'on n'est jamais certain que l'opposition proposée porte bien sur une dimension unique : les
mots peuvent avoir des connotations particulières.
Choix forcé
Un mode de questionnement classique consiste à demander de choisir entre deux ou plusieurs
situations :
« Certains disent que les citoyens devraient pouvoir intervenir dans les décisions qui sont prises au
niveau de la commune ; d'autres au contraire disent que c'est le rôle des élus (maires, conseillers
municipaux) de prendre les décisions et non celui des citoyens. Quelle est l'opinion qui se rapproche le
plus de la vôtre ? »
Le danger est de proposer le choix entre des solutions qui ne relèvent pas du même registre.
Classements ou préférences
Classer est une tâche souvent rébarbative et les classements se révéleront difficiles à analyser. Il est
nécessaire que le répondant ait les éléments à ranger sous les yeux. Ne pas faire ordonner plus de
cinq modalités (mais deux ou trois suffisent en général).
Quelquefois on demande aux sujets de faire des choix sur une liste :
« Quand on dit risque, quels mots vous viennent à l'esprit ? Choisissez trois mots parmi cette liste :
destin/protection/inattention/prudence/aventure/négligence/hasard/courage/précaution/inconscienc
e/audace/chance ».
Si la liste est longue, il est préférable de poser une question à propos de chaque terme, plutôt que de
faire cocher sur la liste :
«Je vais vous dire un certain nombre de mots pour décrire ... (votre travail, l'université, le pays...). Pour
chacun, indiquez-moi s'il semble bien convenir ou pas bien convenir. »
Ni d'accord ni pas d'accord, autant l'un que l'autre, entre les deux, indifférent
La position médiane est le refuge des indécis. Le choix d'une procédure se fait donc en fonction du
type d'information recherchée. Veut-on repérer des sujets ayant un avis nettement marqué, alors on
inclura le moyen terme. Ou veut-on obliger les répondants à prendre position dans un sens ou dans
l'autre, même si cette position n'est pas très fortement marquée.
On peut même demander aux répondants s'ils ont un avis sur la question avant de leur demander
leur opinion.
Proposée, la modalité « sans opinion »recueille naturellement un plus grand nombre de réponses.
Exemple :
« À votre avis, l'État devrait-il verser aux écoles libres plus d'argent qu'actuellement, autant d'argent
qu'actuellement, ou moins d'argent qu'actuellement»
la proportion monte à 33 %.
« En ce qui concerne l'argent que l'État verse aux écoles libres, avez-vous un avis sur la question ? »
le pourcentage de « sans avis» est notoirement augmenté (51 %). Cette dernière forme évite de
demander leur avis à des répondants « flottants» qui risquent de répondre au hasard.
Les questions fermées sont en général préférables, même si elles sont plus difficiles à construire.
On élabore des questions courtes, sans périphrases inutiles, avec des instructions simples. (Des
phrases n'excédant pas vingt mots). Mais on peut être amené à faire un préambule plus long pour
préciser le contexte, dans le cas de situations un peu complexes. S'il s'agit de choisir sur une liste, le
nombre de modalités devrait être limité.
L'ordre des items d'une liste reprise plusieurs fois, est toujours proposé dans le même sens (du plus
au moins ou du moins au plus).
Les supports visuels sont utiles s'il y a trop de modalités (plus de quatre ou cinq) ou pour les échelles
numériques : l'enquêteur prêtera au sujet une carte aide-mémoire pour qu'il dispose d'un soutien
visuel.
ou :
Le seul usage que l'on peut faire de ce genre de question, est d'observer la variation de pourcentages
d'un groupe à l'autre : par exemple les jeunes peuvent être nettement plus intéressés que les plus
âgés.
Pour étudier intentions et anticipations, il vaut mieux analyser la situation présente et voir si des
besoins sont réellement exprimés : savoir s'il arrive aux sujets de se rendre à une piscine, où, avec
quelle fréquence, pendant les vacances ou hors vacances...
Questions de connaissance : que savent-ils ?
La tendance est de ne pas oser ne pas répondre si l'on ignore la réponse.
Exemple : dans une enquête sur les conditions de vie des Français, on avait demandé :
Environ 4 % des personnes interrogées ont prétendu connaître cet amendement - qui en fait n'a
jamais existé.
Dans les questions de connaissance, il faut veiller à ne pas gêner le répondant en lui montrant qu'il
est ignorant ou en l'obligeant à répondre au hasard. Pour manifester qu'il est acceptable de ne pas
savoir, la modalité
sera explicitement formulée. Il est également possible de réduire l'aspect gênant des questions de
connaissance en utilisant des formules comme :
Ne pas suggérer les informations par les questions précédentes et avoir un niveau de difficulté
adapté aux sujets enquêtés sont encore des préoccupations liées à la formulation des questions de
connaissance.
Renseignements signalétiques : qui sont-ils ?
Ces questions ont pour objet de décrire les répondants. En général elles correspondent à des
hypothèses et interviennent comme explication des conduites ou des opinions. Elles sont donc
importantes pour l'analyse.
Cependant les questions d'identification ne présentent pas beaucoup d'intérêt pour les répondants.
C'est pourquoi on les pose habituellement à la fin du questionnaire. Dans ce cas on est souvent
obligé de justifier leur présence par une phrase du type :
« Pour analyser les résultats de l'enquête, nous allons vous poser quelques questions supplémentaires»
ou encore : « Nous avons bientôt terminé l'entretien. Il reste quelques questions qui seront utilisées
pour analyser et comparer les réponses des répondants ».
Mais parfois, ces questions sont une bonne introduction, dans la mesure où elles sont simples, et
paraissent faciles à la personne interrogée (en particulier dans les enquêtes auto-administrées). Il
arrive aussi qu'on les place à l'intérieur du questionnaire pour introduire un thème (par exemple sur
la profession ou sur la famille).
Sexe et âge
Si la question sur le sexe ne pose pas a priori de difficulté, on veillera cependant dans un
questionnaire écrit à formuler réellement une question [« êtes-vous un homme ou une femme ?) Et
non à introduire une demande de type administratif : « sexe ? masculin/féminin ».
L'âge peut être demandé sous forme ouverte : « Quel est votre âge ? » « Quel était votre âge à votre
dernier anniversaire ? », « Quelle est votre année de naissance ? ». Par la suite, on aura la possibilité
de constituer des classes d'âge adaptées à la population d'enquête.
Niveau social
La position sociale (appelée aussi « niveau socioculturel» ou « niveau socio-économique ») est
mesurée classiquement par trois types de renseignements très liés entre eux : profession, niveau
d'instruction et revenu.
1. Agriculteurs exploitants
2. Artisans, commerçants et chefs d'entreprise
2.1. Artisans
2.2. Commerçants et assimilés
2.3. Chefs d'entreprise de 10 salariés et plus
3. Cadres et professions intellectuelles supérieures
3.1. Professions libérales
3.2. Cadres de la fonction publique, professions intellectuelles et artistiques
3.3. Cadres d'entreprise
4. Professions intermédiaires
4.1. Professions intermédiaires de l'enseignement, de la santé, de la fonction
publique et assimilés
4.2. Professions intermédiaires administratives et commerciales des entreprises
4.3. Techniciens
4.4. Contremaîtres, agents de maîtrise
5. Employés
5.1. Employés de la fonction publique
5.2. Employés administratifs d'entreprise
5.3. Employés de commerce
5.4. Personnels des services directs aux particuliers
6. Ouvriers
6.1. Ouvriers qualifiés
6.2. Ouvriers non qualifiés
6.3. Ouvriers agricoles
7. Retraités
7.1. Anciens agriculteurs exploitants
7.2. Anciens artisans, commerçants, chefs d'entreprise
7.3. Anciens cadres et professions intermédiaires
7.4. Anciens employés et ouvriers
8. Autres personnes sans activité professionnelle
8.1. Chômeurs n'ayant jamais travaillé
8.2. Inactifs divers (autres que retraités
Si l'on se contente de demander la profession sous forme ouverte, on risque de n'avoir pas
suffisamment de renseignements pour situer le répondant : comment classer un « fonctionnaire» ?
Un « boulanger» est-il à son compte ou ouvrier ? où placer quelqu'un disant travailler à La Poste ? On
le voit, il faudra obtenir le maximum de précisions et compléter par quelques questions pour savoir
notamment si le répondant est salarié ou à son compte ; s'il ne travaille pas, quel est son statut
(chômeur, retraité, à la maison sans emploi rémunéré, étudiant).
Niveau d'instruction
Cette information est généralement obtenue à partir de l'âge de fin d'étude ou du diplôme le plus
élevé possédé. Si l'on demande : « Jusqu'à quel niveau avez-vous suivi des études ? Noter le niveau le
plus haut terminé ou réussi », il faut penser à donner une indication à ceux qui poursuivent leurs
études : « Si études en cours, noter le plus haut niveau terminé ».
Revenu
La question concernant le revenu est considérée comme une question sensible : elle touche des
renseignements d'ordre privé, qui ne peuvent être facilement dévoilés. Cette question recueille
souvent un fort taux de non-réponses, surtout sous forme ouverte. Le choix sur une liste de
catégories fermées est plus facile. Dans ce cas, on détermine avec soin les limites des catégories: il
s'agit de bien choisir l'étendue pour recouvrir tout l'éventail des possibles sans se situer trop haut ou
trop bas. On doit aussi préciser au sujet sur quels revenus porte la question (revenu de la personne
ou du foyer, revenu d'une année ou d'un mois, revenu total ou revenu du salaire seulement, etc.).
Dans un entretien oral, il est préférable que la personne enquêtée n'ait pas à mentionner un
montant chiffré. L'enquêteur pourra lui proposer une carte avec des lettres comme sigle des
catégories de revenus :
« Voici une échelle de revenus mensuels. Nous désirons savoir à quel niveau vous vous situez, en
comptant toutes les rentrées d'argent en un mois dans votre foyer, telles que : salaire, allocation
familiale, pension et autre revenu ... Citez-moi la lettre qui correspond à votre réponse. »
La question sur les revenus peut éventuellement être remplacée par des éléments de standing
« En ce qui concerne vos revenus, vous diriez qu'ils sont par rapport à la moyenne des familles, très au-
dessus de la moyenne, au-dessus de la moyenne, dans la moyenne, au-dessous de la moyenne, très au-
dessous de la moyenne, ou vous ne savez pas »,
D'autres caractéristiques
Selon les besoins de l'enquête, on pourra inventorier d'autres appartenances: statut matrimonial,
taille du ménage, type d'habitat, commune de résidence, etc. Par exemple dans une enquête sur les
goûts en matière de peinture, on aura besoin de connaître la profession des parents et des grands-
parents.
Questions directes et questions indirectes
Il est possible de poser une question directement, sans en cacher l'objet. Mais parfois il vaut mieux
poser des questions n'abordant pas de plein fouet le thème étudié.
ou encore :
« Selon vous, quel animal représente le mieux telle entreprise? Un lion/une fourmi/une tortue/un
aigle/un éléphant/une marmotte/un lièvre »,
Au lieu de demander :
« Te drogues-tu ? »
Ce type d'approche est particulièrement utile pour neutraliser les effets de valorisation de soi
comme les effets de crainte ou de culpabilisation. Cela permet de faire tomber des défenses dans le
cas de situations difficiles ou gênantes car on n'aime pas avouer ses défauts. Cela permet aussi
d'avoir des réponses moins superficielles (réponses de convenance, rationalisations) ; et c'est parfois
nécessaire pour atteindre des motifs profonds (par exemple dans les études de motivation).
on demandait si un certain M. Jones, qui avait gagné un voyage gratuit en Europe, l'accepterait ou non,
les raisons de son choix, l'intérêt qu'il pourrait manifester pour telle ou telle destination.
« Lorsqu'on vous parle de nucléaire, quels sont les mots qui vous viennent à l’esprit ? »
suscite des réponses allant de la peur (accident, contamination, anéantissement, mort) à des
sentiments très positifs (énergie du futur, développement de la science, progrès). Les associations
sont aussi possibles par choix sur une liste fermée (construite à partir de réponses à une question
ouverte) :
« Sur la liste suivante, quels mots vous paraissent aller le mieux avec ... »
Phrases à compléter
Le répondant, en achevant une phrase exprime sa conception :
pourra faire ressortir des images négatives (est devenu nerveux et irritable) aussi bien que positives
(a le temps de bricoler).
Exemple : Question posée à des instituteurs dans un questionnaire écrit pour apprécier l'attitude par
rapport aux bandes dessinées.
« Que va répondre l’instituteur ? Remplissez la bulle en donnant la première réponse qui vous vient à
l'esprit ».
Même des étudiants de psychologie peuvent avoir du mal à le déterminer. Il existe des tests formés
d'une série d'indicateurs pour évaluer cette tendance.
est une question bien générale et abstraite : l'humeur peut prendre des tours divers. En disant :
« Ces trois dernières semaines, diriez-vous que vous étiez en général gai ou triste ? »
la question devient plus précise : on a défini une période de temps et ce qu'on entend par humeur.
Lorsqu'une question ne s'adresse qu'à une partie des répondants elle sera donc introduite par une
question filtre.
S'il n'y a pas de filtre, un répondant de bonne composition, même s'il n'est pas concerné par une
situation, peut essayer de donner une réponse, simplement pour faire plaisir au questionneur
(surtout si la question est fermée). Il se mettra dans l'esprit de quelqu'un ayant une voiture. Un autre
répondant peut estimer que le questionnaire dans son ensemble ne le concerne pas et cesser de
répondre. Dans tous les cas, l'information recueillie sera de mauvaise qualité.
Le vocabulaire
Élaborer un questionnaire demande une réflexion importante sur le vocabulaire. Non pas pour faire
une œuvre littéraire, mais pour qu'il soit compris par tous et compris de la même façon par tous.
On est souvent obligé de remplacer certaines formes par un mot plus familier, par exemple :
suffisamment assez
ascendants parents
attitude opinion
majeur principal
Les abréviations (i.e., ex., env., gym ... ), les sigles (MST, RIB, CIO ... ), à moins qu'ils ne soient
vraiment passés dans l'usage (comme SIDA), le langage technique ou spécialisé (corrélation,
liquidités, chronologie, déontologie, prestations sociales ... ) seront évités dans les questions.
On peut prévoir des explications pour des termes qui risquent d'être mal compris. Cela permet de
conserver le mot savant pour ceux qui le connaissent et de renseigner ceux qui ne le connaissent pas.
Ainsi, on précise par exemple
ou
ou
Par contre donner des exemples particuliers risque d'encourager le répondant à se limiter à ces
exemples.
Le langage utilisé dans le questionnaire doit être adapté au groupe concerné par l'enquête.
L'enquêteur ne s'adressera pas de la même façon à des enfants, des lycéens, ou des enseignants. Il
devra faire un effort pour utiliser dans le questionnaire les tournures de vocabulaire de la population
concernée par l'étude (d'où l'intérêt de la préenquête).
Certains mots usuels, donc simples, sont en même temps peu précis. Faire, aller, lire, connaître ont
un grand nombre de sens. Lire un journal, est-ce l'éplucher du début à la fin, le parcourir
distraitement, l'acheter de temps en temps, être abonné ? Quand on dit connaître, est-ce avoir
entendu parler ou être bien au courant ?
Les adverbes comme « souvent, quelquefois, régulièrement, habituellement, etc. » donnent lieu à
des interprétations individuelles :
À partir de quelle limite répondra-t-on « oui» ? On peut essayer de le demander. Mais l'enquêté
sera-t-il capable d'indiquer combien de temps dans la journée il porte ses lunettes.
sont d'autres exemples où chacun donnera une réponse subjective. En général, on essaie de spécifier
ces « quantificateurs vagues» par des indications de fréquence comme :
« moins d'une fois par an/de une à cinq fois par an/de six à douze fois par an/plus de douze fois par
an ».
Dans certains cas cependant, ces adverbes peuvent convenir. Par exemple :
Le sujet aura du mal à savoir s'il doit répondre « oui» ou « non» pour marquer son accord. C'est
l'encourager à répondre au hasard
« Où êtes-vous né ? »
peut amener comme réponse un pays, une région, une commune ou le nom d'une maternité.
Autre exemple : pour des plus de 60 ans : « Quand vous étiez jeune ... »
peut renvoyer à une période de jeunesse variable. Préciser dans la question la période de référence
qui place tous les répondants dans la même situation :
« Pensez-vous que la commune doive payer des moniteurs spécialisés pour enseigner les matières
artistiques et l'éducation physique dans les écoles ? »
demande à être décomposé en deux questions simples (à propos des matières artistiques d'une part
et de l'éducation physique d'autre part).
Dans la question :
« Passez-vous vos vacances : seul/en famille/avec des amis/en club de vacances/en camping ? »
la liste de réponses mélange deux critères (avec qui et de quelle manière). Là encore, il est nécessaire
d'élaborer deux questions, une pour chaque thème.
Poser des questions neutres : ne pas influencer
L'objectif d'un questionnaire d'enquête n'est pas de faire dire, mais d'obtenir des réponses sincères.
Dans le libellé des questions, il faut prendre garde aux risques de suggestion induits par les questions
tendancieuses ou « biaisées »
Tendance à l'acquiescement
En général on préfère dire oui, être d'accord, plutôt que de s'opposer ou de ne pas répondre. Bien
évidemment des questions commençant par :
«D'une manière générale, diriez-vous qu'on peut faire confiance à la plupart des gens ? » : Oui/Non
«D'une manière générale, diriez-vous qu'on n'est jamais assez prudent quand on a affaire aux autres ?
» Oui/Non.
Proposée sous forme d'alternative, la question invite à une réponse moins «mécanique », en
obligeant à prendre parti :
« D'une manière générale, diriez-vous : qu'on peut faire confiance à la plupart des gens ou qu'on n'est
jamais assez prudent quand on a affaire aux autres ? »
Résistance au changement
C'est un effet bien connu des psychologues. Il y a davantage de réticence dans l'acceptation d'une
idée lorsque le mot « changement» est utilisé, que lorsque cette idée est reprise sous une autre
forme.
« d'un changement de constitution pour » est moindre que la proportion en faveur de « l'addition d'une
loi à la constitution » (26 % contre 36 %).
a recueilli 100 % de réponses « oui» ! Ce n'est pas étonnant : qui pourrait s'opposer à un projet aussi
louable ?
« Vu l'augmentation prévue de la population et du nombre de véhicules privés, vous aurez le choix, d'ici
à une décennie, entre l'asphyxie ou l'acceptation de transports urbains rénovés ; dans cette hypothèse,
renoncerez-vous sincèrement à votre automobile ? »
Les effets induits sont parfois plus subtils et reposent sur des détails de vocabulaire, comme en
témoigne l'anecdote suivante'' :
Deux moines, un Dominicain et un Jésuite, discutent pour savoir si c'est un péché de prier et de fumer
en même temps. N'arrivant pas à se mettre d'accord, ils décident de consulter leur supérieur respectif.
Il est donc nécessaire de se demander si la forme d'une question n'oriente pas le choix du répondant.
Question générale
Poser une question sur un plan général engage peu le répondant. Par exemple la question :
« Les USA devraient-ils faire tout ce qui est en leur pouvoir pour établir la paix mondiale»
Sous la forme :
« Les USA devraient-ils s'engager dans des plans visant l'établissement de la paix mondiale»
faisant référence à une action plus précise (« des plans »), la question devient plus discriminative
puisque le pourcentage d'accord tombe à 60 %.
est un exemple de question manifestement déséquilibrée. Une seule modalité est argumentée de
façon positive, montrant la bonne réponse. Lorsqu'on demande un choix entre propositions, on
essaie d'avoir des phrases sensiblement de même longueur, avec le même genre d'arguments. Par
souci de neutralité, il est important aussi d'équilibrer le nombre de réponses positives et négatives
présentées dans une question (par exemple pour les degrés d'acceptation ou de satisfaction).
La fausse synonymie
Certains mots ont des connotations positives ou négatives et risquent de faire oublier le contenu réel
des questions pour susciter des réactions favorables ou défavorables.
L'exemple suivant, maintes fois testé aux États-Unis, manifeste la non-équivalence de termes comme
« ne pas autoriser» et « interdire ». Au printemps 1976 la question :
« Pensez-vous que les États-Unis devraient interdire les discours publics contre la démocratie ? »
recueille 21 % d'accord pour l'interdiction. Sur un échantillon identique de près de 1 500 individus, la
forme :
« Pensez-vous que les États-Unis devraient autoriser les discours publics contre la démocratie ? »
« Pensez-vous que les USA devraient autoriser ou interdire des discours publics contre la
démocratie ? ».
Un autre exemple, testé en France, montre que des énoncés apparemment synonymes ne le sont
pas.
le taux de désapprobation diminue de moitié (10 %). Dans le premier cas la signification de
l'expression peut être perçue comme refus de maternité ; dans le second cas le vocabulaire a le sens
positif d'acceptation de maternité.
« Estimez-vous que l'on doive permettre aux fascistes et aux communistes de tenir des réunions et d'y
exprimer leur point de vue ? »
il n'y a plus que 23 % d'accord. Chaque question insiste sur une image affective, un stéréotype :
liberté d'une part et fasciste/communiste d'autre part
De la même façon en matière d'opinion, proposer un choix tempéré peut aider à accepter des
réponses peu valorisantes. Par exemple il peut être difficile à des personnes d'avouer leur
insatisfaction de leur vie de couple si on les questionne sans précaution :
« Diriez-vous que vous êtes entièrement satisfait de votre vie de couple, ou diriez-vous qu'il y a des
choses dont vous n'êtes pas entièrement satisfait ? »
Il est donc des cas où une question chargée est une façon d'aider le sujet à répondre sincèrement.
Économie globale du questionnaire
Les indicateurs ont été envisagés comme autant de cas séparés. Il ne faut néanmoins pas perdre de
vue qu'une question fait partie d'un ensemble, d'où des problèmes d'ordonnancement et de
présentation.
« Pour commencer je vais vous poser des questions sur ... », « maintenant, passons à un autre sujet », «
maintenant des questions à propos de ... »
«L'entretien et terminé. Merci pour votre participation. Avez-vous quelque chose à ajouter, des
commentaires ... ».
Dans le questionnaire auto-administré, des titres chapeautant une série de questions font apparaître
le questionnaire moins long. Ces titres ne reprennent pas nécessairement les axes de la recherche :
ils doivent simplement apparaître comme logiques et éclairants pour les enquêtés.
Pour rompre la glace, on commence par une question d'ordre général, claire, simple, intéressante
pour donner envie de continuer. Par exemple, une entrée en matière naturelle pour aborder des
visiteurs d'une exposition est de leur demander :
On s'arrange pour doser les types de questions. Les questions difficiles ou gênantes n'apparaissent
pas au début du questionnaire. Elles sont préparées par une question banale et facile à répondre,
une « question-locomotive ».
Comme nous l'avons noté, les questions signalétiques sont en général posées à la fin du
questionnaire, annoncées par une phrase introductive.
Phénomènes de contagion ou « effet de halo »
Les réponses à une question peuvent se trouver contaminées par celles qui ont été données à des
questions précédentes (et tout spécialement la dernière). On s'est par exemple aperçu qu'une
question sur l'attitude par rapport à l'avortement était influencée par une série de questions
antécédentes sur les pratiques religieuses. On veillera donc à éloigner les questions sensibles ou à en
modifier l'ordre.
Un autre effet de la position d'une question dans le questionnaire est parfois constaté : les
informations apportées implicitement par le contenu du questionnaire entraînent une modification
notable du taux de réponse. Ainsi, la même question :
« D'une manière générale, diriez-vous que le nombre de naissances en France est actuellement trop
élevé, pas assez élevé ou comme il convient »
Longueur du questionnaire
Il n'existe pas en la matière de règle établie pour le nombre idéal de questions. Bien sûr il vaut mieux
éviter de faire trop long. Mais les limites sont très variables : elles dépendent des conditions de
passation (cinq minutes dans la rue, c'est beaucoup ; une demi-heure bien installé à son domicile,
c'est acceptable), de la difficulté des questions (bien conçu, un questionnaire long est bien accepté),
de la population enquêtée (plus ou moins convaincue de l'utilité de sa contribution) et bien sûr des
besoins de l'étude.
Pour les questionnaires envoyés par la poste, on conseille parfois de ne pas dépasser deux pages.
Mais de bons taux de retour ont été obtenus avec des questionnaires de dix à douze pages,
soigneusement formulés et testés. Dans un entretien de face à face, on conseille généralement de ne
pas dépasser vingt minutes. Mais on obtient des réponses à des questionnaires de plus de une heure
trente dans la mesure où la situation d'entretien a été acceptée.
Présentation matérielle
Le questionnaire aura une apparence professionnelle et simple. On pensera à numéroter les
questions et à laisser des espaces suffisants pour écrire les réponses attendues.
Dans le cas d'une passation par enquêteur, le questionnaire se présente sous forme d'une
conversation courante entièrement programmée pour que l'enquêteur n'ait pas à innover. Outre les
questions, sont indiquées les consignes pour le choix des réponses et les instructions pour
l'enquêteur, y compris la formule de remerciement finale.
Si l'enquêteur peut pallier certaines maladresses du questionnaire par exemple en réagissant aux
questions filtres, en insistant pour avoir une réponse aux questions ouvertes, en répétant une
question pas très bien comprise, dans le cas d'un questionnaire auto-administré, la présentation
(avec une typographie agréable, claire, aérée et éventuellement illustrée) et les consignes de chaque
question doivent être particulièrement soignées pour que le répondant puisse se débrouiller seul.
L'ordre a moins d'importance car en général le sujet parcourt le questionnaire dans son ensemble
avant d'y répondre
Le test du questionnaire
Un moment important
On peut demander à des experts de relire le questionnaire pour corriger certains défauts. Mais cela
ne permet pas de se passer des essais sur le terrain. Quelle que soit l'expérience du concepteur, la
mise à l'épreuve de l'instrument d'enquête auprès d'un nombre limité de sujets est nécessaire. Le
questionnaire donne-t-il des informations utilisables ? Quelles difficultés laissent augurer l'enquête ?
Le temps consacré à tester et remanier le questionnaire est toujours un gain en qualité de réponses.
Le questionnaire est essayé dans des conditions proches des conditions réelles, auprès de 20 à 50
personnes ayant entre elles le maximum de diversité. Ces sujets ne seront plus interrogés par la
suite. Bien sûr le mode d'administration du test est le même que celui prévu dans l'enquête.
C'est le travail du réalisateur du questionnaire de mener les essais et les discussions post-test avec
les répondants. Il observe la situation en notant leurs hésitations, leurs questions ou les difficultés
qu'ils rencontrent. Il conduit des interviews (parfois qualifiées de cognitives) pour comprendre
comment les enquêtés interprètent les questions. Une technique efficace consiste à leur demander
de « penser à haute voix» pendant qu'ils répondent. Mais il est aussi possible de leur demander,
après la passation, d'expliquer leurs réponses, pour savoir comment ils ont compris les situations.
Cela peut être complété par une discussion sur l'appréciation du questionnaire et des questions :
ont-ils été gênés, intéressés, critiques, insatisfaits, ont-ils trouvé le questionnaire difficile ou long,
ont-ils des suggestions pour ajouter ou supprimer des questions, pour clarifier les instructions ou
modifier la présentation ?
Toutes ces informations seront soigneusement notées et utilisées pour remanier le projet. Si de
nombreuses modifications doivent être apportées au questionnaire, il faudra réitérer les essais sur la
version révisée.
Les questions sont-elles comprises ? Les enquêtés ont-ils du mal à répondre ? Donnent-ils
plusieurs réponses à une même question ? écrivent-ils des commentaires dans la marge ?
Quelles questions passent mal et provoquent la gêne des enquêtés - parce qu'elles sont par
exemple trop personnelles et entraînent des refus de répondre, des rires, ou d'autres
manifestations de malaise ?
L'information demandée est-elle appropriée aux répondants ? N'a-t-on pas oublié
d'introduire des filtres ? Les renvois prévus conviennent-ils ?
Le vocabulaire, est-il adapté ? Y a-t-il des mots ou expressions qui nécessitent une
explication ? L'enquêteur, suit-il exactement le texte prévu pour la question ou est-il obligé
de l’aménager ?
Les listes de modalités de réponses sont-elles pertinentes et exhaustives ? Les enquêtés en
ont-ils ajouté ? La modalité « autre» a-t-elle reçue beaucoup de réponses ?
Les questions produisent-elles des variations de réponses suffisantes ? N'y a-t-il pas de
questions qui font l'unanimité sur une seule réponse (et qui seraient donc inutiles) ?
L'ordre des questions paraît-illogique ? N'y a-t-il pas des effets liés à l'ordre des questions ?
Y a-t-il des transitions, enchaînements, liens entre les questions ? Les textes de présentation
ou de transition conviennent-ils ?
Des questions difficiles ne doivent-elles pas être positionnées plus loin dans le
questionnaire ?
A-t-on indiqué aux enquêtés de quelle façon répondre (cocher, entourer, barrer, un choix,
plusieurs réponses possibles, etc.) ou a-t-on oublié les consignes ? Les enquêtés
comprennent-ils comment répondre aux questions ? Se conforment-ils aux consignes ?
Les enquêteurs (dans le cas d'une enquête de face à face) comprennent-ils comment poser
les questions et noter les réponses ? Les consignes pour l'enquêteur sont-elles claires et
suffisantes ?
En outre, on peut :
Essayer plusieurs formes de questions pour choisir celle qui paraît la meilleure.
Fermer des questions ouvertes.
Évaluer la durée de l'entretien.
Relever les erreurs typographiques.