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Cours 2

Le document présente la méthode de l'enquête en sociologie, en soulignant son importance pour comprendre les attitudes, comportements et besoins des populations. Il aborde les étapes essentielles de la planification d'une enquête, y compris la formulation des objectifs, la préparation des instruments d'observation et l'analyse des données. Enfin, il distingue l'enquête des autres méthodes de recherche, comme l'observation et l'expérimentation, tout en insistant sur la nécessité d'une préparation rigoureuse pour garantir la validité et la fiabilité des résultats.

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Cours 2

Le document présente la méthode de l'enquête en sociologie, en soulignant son importance pour comprendre les attitudes, comportements et besoins des populations. Il aborde les étapes essentielles de la planification d'une enquête, y compris la formulation des objectifs, la préparation des instruments d'observation et l'analyse des données. Enfin, il distingue l'enquête des autres méthodes de recherche, comme l'observation et l'expérimentation, tout en insistant sur la nécessité d'une préparation rigoureuse pour garantir la validité et la fiabilité des résultats.

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Enquêter, analyser

et communiquer
UET-1-1
Introduction à la méthode de
l’enquête
L’enquête est largement utilisée dans les sciences sociales,

L’enquête sociologique a beaucoup d’applications. Citons par exemple :

Connaitre l’état d'esprit d'une population. Les usagers d'une administration ou quelle est l'attitude
des parents d'élèves face à une nouvelle réforme

Connaitre les comportements : habitudes de loisirs, pratiques culturelles, ou comportements sexuels.

Étudier les besoins. Quels sont les attentes des personnes âgées en matière d'aide à domicile ? Les
horaires d'ouverture d'un service sont-ils adaptés aux usagers ?

Aider à la décision : pour dégager des priorités en matière d'action, pour proposer des changements
structurels, pour faire des choix de programme de formation adaptés.

Évaluer les effets d'une action : Une campagne de sensibilisation a-t-elle changé les comportements
et représentations des jeunes à propos du SIDA ? Comment les projets d'action éducative ont été
accueillis par les enseignants ? Quel est l'effet d’un changement d'horaire en milieu scolaire ?

Tester des hypothèses dans le cadre d'une recherche : vérifier s'il y a un lien entre l’implication dans
le travail et la réussite de l’apprentissage.

L’apparente simplicité de la technique, consistant à demander aux sujets interrogés de livrer opinion,
crée une (fausse) impression de facilité de réalisation. Il en résulte une démarche naïve, fondée sur
les idées du sens commun, les « il n'y a qu'à ». Certes, l’enquête produit des chiffres, mais quelle
valeur ont-ils ? Était-ce utile de passer du temps à une étude qui n'a ni validité ni fiabilité ?

Pour réussir une enquête il faut acquérir des savoir-faire nécessaires pour élaborer un travail de
qualité.

Il faut aussi, avoir la capacité d'évaluer la crédibilité des enquêtes qui nous sont présentées et de
comprendre dans quelles conditions elles ont été réalisées.

Certains envisagent de faire une enquête. Parfois, ils ont même déjà en tête des idées de questions à
poser.

La question que chaque chercheur doit se poser :

 Suis-je certain que cette technique est la plus appropriée à mon problème ?
 Et quel problème précis je veux résoudre ?

Le conseil numéro un pour préparer un bon questionnaire est de réfréner son impulsion à écrire les
questions du questionnaire jusqu'à ce qu'on ait clarifié ses questions de recherche.
Si après examen, l'enquête vous paraît la méthode la plus adaptée pour répondre à votre problème,
alors il faut faire des choix de stratégie et de planification pour l'organisation du travail

La préenquête, C'est la base de l'édifice, qui doit aboutir à la formulation claire des objectifs et du
plan d'action. Elle s'intéresse au contenu de l'enquête à travers les thèmes à étudier, les questions de
recherche, les hypothèses et la description des mesures à effectuer. Il y a en effet de multiples façons
d'aborder un sujet. Il faut être certain d'avoir une claire définition des notions que vous voulez
mesurer et de faire la liste de toutes les informations que vous voulez collecter. Si une enquête
donne des résultats décevants, c'est bien souvent à cause d'une préparation insuffisante. Un projet
bien défini permet de déterminer sans difficulté les informations à recueillir et donne des pistes pour
conduire l'analyse.
Le choix de l’enquête comme outil
Une enquête signifie simplement quête d'informations, recherche de témoignages, recherche pour
savoir quelque chose. Il y a plusieurs types d’enquêtes. Elle peut être une procédure civile ou
judiciaire qui passe par l'interrogation de témoins, le recueil d'informations à des sources diverses, le
repérage d'indices. Elle peut être aussi une procédure par laquelle l'administration réunit des
informations, vérifie certains faits avant une prise de décision. Elle peut aussi être d’ordre
journalistique.

Une enquête sociologique est une technique de collecte d'information. À tous les niveaux l'enquête
va être conduite avec un grand souci de rigueur méthodologique pour réduire la part de subjectivité
du chercheur. Sa mise en œuvre suppose un questionnement « armé », réfléchi, strictement préparé
autour de la construction d'une problématique

 Dans l'organisation de la collecte des informations, on attache une attention particulière au


mode de recueil et au choix de l’échantillon
 Pour l'analyse des résultats, on utilise des méthodes systématiques avec effort de
quantification, recherche de lois ou de régularités statistiques.

L'enquête part des renseignements fournis par les sujets. Des biais sont possibles, car dans leurs
dires les personnes peuvent exagérer, dissimuler, se méprendre, ou répondre au hasard. On
s'attachera donc à travers la démarche à obtenir des réponses valides et fiables.

D'autre part, au niveau de l’enquête, l'analyse n'est pas centrée sur l'individu comme dans une
recherche clinique ou une étude de cas : les renseignements fournis par les sujets sont regroupés
pour examiner l'effet de caractéristiques comme le sexe, l'âge, le niveau de diplôme ou encore
l'appartenance à...

Enquête vs sondage
Le terme d'enquête a une extension plus large que celui de sondage. À travers la technique du
sondage d'opinion, on cherche à obtenir une « photographie de l'opinion à un moment donné» et le
résultat d'un sondage se traduit toujours par des chiffres, une série de pourcentages par exemple,
Une enquête n'est pas toujours de type quantitatif (par exemple, une étude de motivation pourra
être réalisée à partir d'entretiens approfondis).

Même quantitative, une enquête s'attachera à dépasser la simple description pour comprendre les
phénomènes étudiés, expliquer ce qui se passe, déterminer à quoi est lié tel ou tel type de conduite,
comme le choix du conjoint, le choix professionnel des élèves ou l'attitude politique.

On se rend compte que dans le cas d'un sondage d'opinion destiné à décrire des distributions de
réponses, le choix de l'échantillon est fondamental. Dans le cadre d'une enquête, le choix de
l'échantillon peut avoir moins d'importance mais l'analyse est souvent plus approfondie.

Autres méthodes
D’autres méthodes de recherche de données dans les recherches humaines et sociales sont
couramment utilisées par les chercheurs.
L'étude documentaire
L'observation passe par l'étude de « traces» recueillies à travers des écrits divers, des relevés
statistiques ou des inventaires d'objets et traitées comme des faits de société. Ce sont par exemple
des documents officiels (Journal Officiel, registres de délibération), des archives, des articles de
presse, des annuaires, des œuvres littéraires, des discours, des comptes rendus, des lettres…. On
peut également avoir recours à des données statistiques, des documents iconographiques, sonores
ou des objets.

Ces documents donneront des analyses qualitatives (analyses de contenu) ou quantitatives (analyses
statistiques), selon les questions qu'on se posera à leur propos.

L'observation directe
L’observateur se rend sur son terrain pour étudier un groupe naturel (une classe…), Il regarde ce qui
se passe, interroge des informateurs et essaie de contrôler leurs dires par des vérifications.
L'observation peut être extérieure ou participante.

L’observateur non engagé observe discrètement les sujets, en se faisant oublier, par exemple assis au
fond d'une classe. Il est possible de conduire ce type d'observation de façon systématique à partir de
grilles construites à l'avance, qui font l'inventaire d ce qu'on va observer : on peut ainsi utiliser une
grille de Bales pour noter les interactions verbales dans les réunions-discussions de petits groupes-.
D'autres grilles d’observations permettront d'enregistrer les déplacements des élèves dans une
classe ou des visiteurs dans une exposition.

Figure 1 : Grille de Bales


L’observateur peut s'engager davantage pour tenter de comprendre en profondeur, la vie d'un
groupe : il s'intègre à ce groupe en participant à ses activités en s'efforçant de faire oublier son
statut. Dans l'observation-participante l’identité du chercheur peut être avouée ou clandestine.

L'expérimentation
L’expérimentation (méthode expérimentale ou. observation provoquée) est utilisée pour mettre à
l’épreuve une hypothèse : Il s’agit d’observer l'effet produit par la modification intentionnelle d'un
facteur manipulé par l'expérimentateur. La situation est donc construite pour l'occasion et contrôlée
par le chercheur.

Les avantages de la méthode de l'enquête


Les sources documentaires, les « traces» qu'on aurait besoin de réunir n'existent pas toujours.
L'observation directe est longue, impossible si l'on veut faire un travail à grande échelle, et elle ne
permet pas d'observer n'importe quelles conduites. L'expérimentation pour étudier des groupes
dans un cadre naturel est difficile car les situations sont complexes et les facteurs à prendre en
compte sont multiples. Alors tout naturellement on se tourne vers la méthode d’enquête : on
questionnera des sujets pour avoir des indications sur les tendances générales et le rôle de différents
facteurs. L'enquête peut donc pallier l'impossibilité d'utiliser les autres méthodes de recherche.

Mieux encore, l'enquête permet de disposer d'informations inaccessibles par les autres méthodes :
« Si l'on veut savoir ce que pensent les gens ; quelles ont été leurs expériences et ce qu'ils se
rappellent ; quels sont leurs sentiments et leurs motivations ainsi que les raisons de leurs actions,
pourquoi ne pas leur demander ? ».

Ainsi se dessine un champ d'étude privilégié pour l'enquête :

 opinions
 attitudes
 croyances
 perceptions
 expériences ou comportements

Tous, impossibles à connaître autrement qu'en posant des questions.

Cependant, il faut toujours se demander s’il est judicieux d'utiliser la méthode d'enquête. C'est la
première question que se pose le chargé d'étude lorsqu'on lui demande de réaliser une enquête
sociologique. Il existe d'autres méthodes de collecte de données, parfois plus pertinentes. Y a-t-il lieu
de se lancer dans une enquête par questionnaire ou entretien ? Est-ce le meilleur choix ? Est-ce
réalisable ? L'enquête donnera-t-elle l'information recherchée ?

Les objectifs de l'enquête seront un élément à prendre en compte pour choisir la méthode. Veut-on
obtenir la description objective de certaines tâches ou plutôt des informations sur la représentation
de ces tâches ? Selon le cas on optera pour une observation directe ou une enquête.

De façon générale si l’objectif est de comprendre la façon dont les individus se représentent, quelle
est leur perception, quelles sont leurs valeurs, leurs normes, l’enquête est adaptée.
Planification de l’enquête
Les étapes de l’enquête

L’objectif général de l’enquête


C’est l'énoncé du problème qui nécessite le recours à l'enquête, la question de départ et les grandes
lignes du projet.

Par exemple, quelle est l'attitude des parents face à l'introduction d'une langue étrangère à
l'école primaire ?

Les objectifs spécifiques de l’enquête


L'objectif général est décomposé en objectifs ou questions plus limités.

Par exemple en ce qui concerne l'attitude des parents face à l'introduction d'une langue
étrangère :
 Types d’études suivies par les parents orientent-t-ils leurs attitudes face à des langues
particulières ?
 Les projets d’avenir pour les enfants influencent-t-ils leurs attitudes ?

Les objectifs spécifiques peuvent aussi être énoncés sous forme d'hypothèses. On pourrait par
exemple postuler qu'un projet d’études à l’étranger oriente vers un choix précis de langues
étrangères à introduire.

Les questions de recherche et les hypothèses indiquent les données à rassembler dans l'enquête. On
devra bien sûr préciser le contenu de ces notions.

C’est la façon d’organiser le déroulement de l'enquête :

 Quelle population est susceptible d’être interrogée (selon quels critères elle est définie), qui
est concerné par l’enquête (tout le monde ou seulement un échantillon)
 Quelle est la taille de l’échantillon
 Comment seront choisis les répondants : un seul groupe, plusieurs groupes, un seul groupe
interrogé plusieurs fois…
 De quelle façon on les interrogera

Préparation de l'instrument d'observation


Les questions à poser dépendent des objectifs spécifiques : plus les objectifs d'une enquête sont
nombreux et divers, plus le questionnaire est long. L'élaboration du questionnaire nécessite des
essais (test du questionnaire).

Recueil de l'information
Le questionnement des sujets est réalisé sur le terrain selon la modalité choisie.
Préparation des données
Les informations rassemblées ne peuvent être utilisées telles quelles : il faut les présenter sous une
forme qui permette l'analyse prévue. On réalise le codage et la saisie (informatique ou non) des
données en prévision d'analyses statistiques.

Analyse
Les informations sont traitées en fonction de la nature des données et des objectifs de l'étude
(description, comparaison ou vérification d'hypothèses). On se préoccupe aussi de la qualité des
données recueillies.

Rapport final
Il décrit à la fois les objectifs, la méthodologie, les résultats et leurs interprétations.

Conception générale
 Demande
 Objectifs spécifiques
 Contraintes matérielles

Plan d’observation

Questionnaire ou
Échantillonnage entretien

Terrain
Recueil d’information

Dépouillement et
analyse des données

Rapport final
L’enquête ne débute pas à la construction du questionnaire.

L’étape de recueil d’information est un point de non-retour

À la collecte d’informations vous ne pourrez que regretter telle ou telle information qui vous manque

Les étapes 2, 3 et 4 ne peuvent être traitées de façon indépendante

Les objectifs déterminent le plan d'observation mais le plan d'observation peut amener à revoir les
objectifs

Pour s’assurer de la faisabilité de l'enquête et tester la qualité du questionnaire, on réalise quand


c’est possible une étude pilote : c'est la réalisation de l'ensemble de la recherche mais à petite
échelle.

Enquête qualitative, enquête quantitative


Le choix entre les deux fait partie de la stratégie de la recherche.

On oppose généralement l'approche qualitative, avec un nombre limité de cas, conduite par
entretiens approfondis, à l'approche quantitative avec étude statistique, faite à partir d'un
questionnaire standardisé, c'est-à-dire fortement structuré.

Étude qualitative Étude quantitative


 approche intensive  approche extensive

 structuration minimum  structuration maximum

 entretien ouvert sur un thème  questionnaire standardisé

 pas de questions préparées  questions préparées

 libre expression du répondant  questions imposées au répondant

 nombre réduit d'enquêtés  grand nombre d'enquêtés

Entre ces deux extrêmes, toutes les formes intermédiaires de questionnement sont possibles. La plus
connue est celle de l'entretien semi-directif, mais on peut aussi avoir recourt à des questionnaires
plus ou moins ouverts ou au couplage de techniques.

Comment choisir la forme de questionnement


Dans l'absolu, une forme de questionnaire n’est pas meilleure qu’une autre. Ce qui compte, c'est que
le choix de la méthode soit en accord avec l’objectif de l’étude et les conditions du déroulement.

Entretien Non-directif Semi-directif Directif


Type d’étude
Contrôle 
Vérification  
Approfondissement  
Exploration 

Les entretiens non directifs


Les entretiens peu directifs conviennent mieux pour comprendre en profondeur des phénomènes
complexes : les sujets livrent leurs conceptions de la réalité, leurs visions du monde, leurs systèmes
de valeurs ou de croyances, le sens qu'ils attribuent aux objets ou aux comportements.

Les méthodes qualitatives sont aussi particulièrement adaptées aux situations de changement,
comme suivre le déroulement professionnel. Les entretiens libres sont également utilisés dans les
études et les recherches de motivations (ce qui pousse à agir).

Les questionnaires standardisés


Les questionnaires, conviennent mieux pour mesurer des fréquences, faire des comparaisons,
observer des relations entre variables, expliquer les déterminants de conduites, repérer le poids des
facteurs sociaux.

Exemple :

Une enquête sur les pratiques culturelles menée en France a révélé que :

 Un Français sur quatre sait jouer d’un instrument de musique.


 Les cadres et professions intellectuelles supérieures (44 %),
 les diplômés de l'enseignement supérieur (44 %)
 les Parisiens (37 %) arrivent assez largement en tête des distributions obtenues par
croisement avec les variables sociodémographiques usuelles.
 Il faut noter toutefois que la proportion de personnes sachant jouer d'un instrument est très
nettement supérieure dans les tranches d'âge jeunes et qu'elle décroît régulièrement à
mesure que l'âge s'élève
Les entretiens
L’entretien d'enquête n'est pas une situation de bavardage à bâtons rompus entre amis ni une simple
discussion de palier avec ses voisins. Ce n'est pas non plus un échange d’argument pour convaincre
ou pour controverser, ni un interrogatoire policier ou une confession. C’est une situation
professionnelle et un processus de communication.

L’entretien est une situation professionnelle


L’entretien est demandé par l'enquêteur pour obtenir de l'information sur un thème. C’est lui qui est
concerné et qui «conduit» l'entretien. Il devra donc utiliser un savoir-faire professionnel pour
parvenir à motiver l'enquêté avec attention et gentillesse et l’amener à fournir des informations
valables et non des informations « pour faire bonne impression ».

Il n’y a pas de sujets inabordables avec un bon enquêteur : Les entretiens d'enquêtes réalisés
montrent que l'enquêté peut se confier sur des sujets très intimes, privés, ou même des pratiques
répréhensibles.

L’entretien est un processus de communication


La situation d'entretien déclenche une série d'interactions entre l'enquêteur et l'enquêté. Par
exemple « l'idée que chacun a de l'autre », et aussi « ce que chacun pense que l’autre va penser de
lui. Le résultat d'enquête peut être biaisé.

Distance sociale
La distance sociale entre protagonistes (évaluée par exemple par la proximité plus ou moins
importante de classes sociales, de niveaux d'instruction ou d'âge) peut jouer sur le déroulement du
discours.

On considère généralement qu'il faut éviter une trop grande distance sociale. Les situations de
pouvoir ne sont pas propices à l'expression de soi comme dans le cas d'un entretien réalisé par un
professeur auprès de ses élèves ou par un supérieur hiérarchique dans une entreprise. On comprend
aussi que des adolescents donnent davantage de réponses en relation avec des standards adultes à
des enquêteurs âgés et, confient plus facilement à des enquêteurs jeunes. Mais parfois la différence
paie lorsque les enquêtés se trouvent obligé de donner beaucoup de détails pour ce faire
comprendre par des enquêteurs qui ignorent complétement leurs profession.

La situation d'homophilie (identité d'appartenance à un groupe social) semble en général meilleure.


Cependant, trop de connivence peut nuire : le sujet ne ressent pas le besoin de tout expliciter à
quelqu'un qui paraît avoir les mêmes expériences que lui ou qui semble déjà bien connaître la
situation.

Ainsi on tente d'éviter les trop grands écarts ou les trop grandes ressemblances entre enquêteur et
enquêté.

L’enquêté
Le répondant peut produire une information déformée : il a le désir de maintenir l'estime de soi, de
faire bonne figure et de se montrer comme quelqu'un de tout à fait dans la norme sociale. Des
mécanismes de défense du moi peuvent également jouer : par exemple l'enquêté attribue aux autres
des sentiments qu'il n'ose prendre à son compte

« les gens disent... » « mes collègues pensent... »

il oublie des éléments pénibles, des échecs, transforme inconsciemment la réalité, parle d'autre
chose pour ne pas traiter un point trop impliquant, trouve des explications rationnelles (« je ne vais
pas à la bibliothèque parce que je n'ai pas le temps »). Il peut aussi avoir des difficultés t se souvenir
du passé ou le reconstruire.

L’enquêteur
La qualité et la quantité des informations obtenues dépendent beaucoup des enquêteurs : certains
essuient des refus et des non-réponses multiples ; d'autres au contraire savent obtenir des
renseignements nombreux et intéressants.

Qu'est-ce qui distingue un bon enquêteur ? Le sens des relations humaines contact facile, oser
aborder les gens dans la rue, ne pas avoir peur des refus, ne pas être gêné de poser certaines
questions), le fait d'être accrocheur et persuasif pour convaincre les personnes de lui accorder un
peu de temps, la capacité à l'introspection, mais surtout, l'attitude professionnelle. Cela suppose
réceptivité, largeur d'esprit et attention en même temps que discrétion et neutralité : l'enquêteur ne
doit pas risquer de biaiser les résultats en introduisant son propre cadre de référence, ses désirs ou
ses préjugés.

Les biais de l'enquêteur


L’enquêteur peut influencer les réponses en raison de ses caractéristiques physiques personnelles,
visibles ou perçues par l'interviewé : âge, sexe, race, classe sociale, éducation…

D'autres influences inconscientes sont à l'œuvre dans la communication :

 On a pu mettre en évidence une relation entre opinions des enquêteurs et réponses des
interrogées (effet de modelage) : enquêteur favorable à une méthode pédagogique aura
tendance à obtenir plus de réponses positives par rapport à cette méthode.
 L’effet d’anticipation : lorsqu’un enquêteur estime qu’une question est difficile ou qu’il aura
beaucoup de non-réponses, il obtient en général moins de réponses.

Réaliser des entretiens non directifs


Dans l’entretien non directif l'enquêté organise son discours à partir d'un thème qui lui est proposé
(le stimulus ou la consigne). Il choisit librement les idées qu'il va développer sans limitation, sans
cadre préétabli.

L’enquêteur joue un rôle de stimulateur et de facilitateur et par ses interventions montre qu’il
écoute et qu'il comprend. Il doit apparaître comme quelqu'un de neutre (d’une neutralité
bienveillante »), capable de tout entendre mais sans être indifférent qui ne suggère, ni n'évalue, ni
n'argumente. Les personnes interrogées prennent alors plaisir à parler avec un étranger qui ne met
pas en doute leurs affirmations, qui prête attention à chacune de leurs paroles, ne les bouscule pas,
ne les contredit jamais.
Dans ce climat de confiance, les informations obtenues peuvent être riches et nuancée par ses
développements et associations d'idées, l'enquêté exprime sa perception d'une situation, d'un
événement, ses interprétations, ses expériences, révèlent ses pensées et ses attitudes

Compétence méthodologique, capacité d'écoute s'acquièrent par la pratique et dans la pratique.

Choisir les enquêtés


Pour le choix des personnes à interroger, on peut penser à des procédures diverses : frappe aux
portes, tirer des sonnettes, sélectionner sur listes, passer par des intermédiaires (en utilisant par
exemple le réseau de relations personnelles ou sociales de la personne à interroger).

Les sujets doivent recouvrir les situations sociales les plus diverses possibles eu égard au thème
d'étude. Pour conduire par exemple une étude sur les représentations du mariage il sera intéressant,
outre la classique trilogie sexe-âge-profession, de prendre en compte la situation matrimoniale et le
nombre d'enfants.

Mais pour assurer à la relation une dimension professionnelle, il est indispensable d’enquêter et
enquêté ne se connaissent pas. Le répondant est ainsi en mesure de dire franchement et en toute
sérénité à l'enquêteur ce qu'il tairait peut-être à un proche par crainte des conséquences. En outre,
interroger des personnes connues de soi risque de provoquer une confusion des rôles : l'enquêté va-
t-il répondre en tant que tel ou comme voisin, comme ami, comme collègue ?

Lieu et temps
Le lieu de l’entretien peut orienter le discours du répondant. Ainsi le lieu de travail incitera
d’avantage à parler de la situation professionnelle, le domicile d'aspects plus personnel. Si le thème
risque d'être générateur d'anxiété, il faut trouver un endroit rassurant pour l’enquêté. Il risque de se
sentir mal à l'aise s'il est convoqué dans un lieu institutionnel (un parent d’élève interrogé à l'école).

Il est nécessaire de prévoir une durée suffisante pour que la relation de confiance entre enquêteur et
enquêté ait le temps de s’établir. Cela évitera aussi que la personne, pressée, ne regarde sans arrêt
sa montre ou interrompe l’entretien.

Prise de contact
Dès les premiers instants l'enquêteur doit motiver la personne sollicitée, accrocher son intérêt, la
mettre en confiance pour l'amener à collaborer et répondre à ses inquiétudes légitimes.

Quelles informations donner ?

 Se présenter et présenter l'organisme de recherche ainsi que l'objectif de l'étude (Pourquoi


cette recherche ?). On peut insister sur l'intérêt de l'entretien pour le répondant (occasion de
participer, de s'exprimer, de donner son avis, de faire avancer la science, de permettre des
améliorations, etc.). En évoquant le thème général de l'entretien on évite toutefois d'en dire
trop pour ne pas divulguer la consigne (qui sera donnée au début de l'entretien proprement
dit).
 Le sujet se demande « pourquoi moi ? » on lui explique comment, pourquoi et par le canal de
quel intermédiaire il a été contacté.
 La situation d'entretien acceptée, il faut informer le sujet des modalités de réalisation de
l’entretien : lieu, durée approximative, enregistrement (le magnétophone sera par exemple
présenté comme « mémoire » de l'enquêteur, appareil pour éviter de prendre des notes et
mieux écouter). On parlera aussi du déroulement de l'entretien, du rôle de l'enquêteur (il
propose le thème et intervient pour relancer l'entretien), de ce qu'on attend de l'informateur
(réflexion sur un thème sans questions précises).
 L'évocation des aspects de déontologie professionnelle peut contribuer à rassurer Le sujet :
respect de l'anonymat, confidentialité, liberté de répondre.

Cette première rencontre, menée sans hâte, est destinée à dédramatiser la situation pour éviter que
d'avance, le sujet ne se sente angoissé : il faut lui montrer qu'il n'y a pas de risque à répondre à
l'entretien.

Avant de commencer l'entretien (surtout s'il n'a pas lieu immédiatement après la prise de contact)
on s'assure que le sujet n'a plus d'interrogations sur la situation. On doit se trouver face à une
personne à l'aise et sans appréhension : elle a accepté de donner son point de vue et a compris
l'importance que l'échange pouvait avoir.

Consigne initiale
C'est la question (ouverte) de départ, celle qui va définir le thème du discours lorsque les deux
protagonistes sont installés pour l'entretien. Dans les entretiens libres, c'est même la seule
intervention directive. Elle sera préparée avant l'entretien avec le soin que requiert toute question
d’enquête : claire, compréhensible, neutre, pertinente par rapport à l'objet d'étude.

La consigne peut se présenter sous diverses formes qui ont chacune avantages et inconvénients.
Selon le cas, on posera une question à champ large ou on abordera plus directement le sujet. Par
exemple dans le cadre d'une étude sur la lecture, on peut se placer à la périphérie du thème : «
J'aimerais que vous me parliez de votre vie hors travail ? » ou au centre de l’étude : « Voulez-vous me
parler de vos lectures ? » Dans le premier cas il est possible que la personne passe à côté du thème
d'étude, dans le second cas on court le risque de ne pas savoir si le thème est important pour elle.

On choisira entre une formulation personnalisée :

« Qu'est-ce qu'un instituteur pour vous ? »

ou une question générale :

« Qu'est-ce qu'un instituteur ? »

La consigne impersonnelle risque de susciter des discours plus généraux et stéréotypés, mais en
même temps elle évite des blocages dus au fait que l'enquêté pourra se sentir trop impliqué.

On a parfois besoin d'essayer différentes formulations de la consigne afin de se rendre compte de ses
effets.

Interventions et relances
La non-directivité de l'interviewer ne signifie pas non-intervention. Au contraire un entretien de ce
type demande la participation active de l'enquêteur, mais de façon neutre, sans jouer sur le fond.

L'enquêteur n'a pas de questions ; il laisse le sujet créer lui-même le cadre dans lequel il s'exprime et
développer comme il l’entend les informations, sans lui imposer un cheminement. L'attitude non
directive et compréhensive de l'interviewer se manifestera par des interventions « techniques »
destinées à favoriser la libre expression de l'interviewé, à l'encourager à préciser sa pensée et à
l'inviter à poursuivre. Les relances se font autour des propos du sujet : elles reprennent ou
complètent des idées, soulignent, synthétisent, demandent une précision.

Voici divers types d'interventions incitatives destinées à manifester l'intérêt que l'enquêteur porte à
ce qui est dit.

Reformulation-clarification ou résumé du contenu : C'est redire en d'autres termes (en plus explicite
ou en résumé) ce qui vient d'être exprimé, sans en changer l'esprit, pour bien montrer que le propos
a été assimilé. Ce type de relance intervient après un développement :

« Si je vous suis bien, vous avez dit que ... », « vous voulez dire que ... », « en d'autres termes ... », «
pour résumer ... ».

L'enquêteur peut proposer des déductions logiques sur le contenu, compléter une idée ou même
faire des anticipations incertaines :

« Peut-on aller jusqu'à dire que ... ».

Écho ou miroir : Cela consiste à répéter un mot, un groupe de mots ou une phrase. Par exemple à
l'énoncé :

« J'ai suivi cette méthode pendant six mois et ça ne va pas mieux»

on reprendra en disant :

« ça ne va pas mieux ? » ou simplement « pas mieux ? ».

Ce type d'intervention peut être stimulante à petite dose car elle encourage à développer et marque
la sympathie. Mais utilisée systématiquement, elle peut bloquer par son aspect artificiel.

Interprétation : C'est reformuler en allant au-delà de la pensée du sujet, en lui proposant des pistes
de lecture auxquelles il n'avait pas pensé :

« Ce que vous dites ne s'explique-t-il pas par ... », « c'est donc que ... ».

Si la personne valide l'interprétation et la reprend à son compte, cela peut être positif.

Reflet : C'est expliciter une attitude, des émotions, des sentiments non-dits (ou tout au moins ce qui
peut en être perçu à travers intonations, silences, hésitations, mimiques ...) :

« Vous craignez que ... », « vous semblez très insatisfait » ou : « Vous pensez que ... », « vous avez
l'impression ... », « cela vous paraît ... »

Ce type d'intervention est parfois nécessaire pour lever des blocages et favoriser l'auto-exploration.
Mais le reflet peut aussi être perçu par le sujet comme une remise en cause de ses propos. L'effet
dépend de la compétence de l'enquêteur.

Recentrage : C'est reprendre la question de départ ou relancer sur le dernier développement


intéressant pour limiter les digressions.
Demandes neutres d'informations complémentaires : Ce sont des invitations à donner des précisions
pour décrire une situation ou faire spécifier les cadres de référence :

« Voulez-vous m'expliquer davantage ? », « pouvez-vous donner un exemple ? », « cela m'intéresse,


pouvez-vous m'en dire plus à ce sujet ? ».

L'enquêteur peut aussi revenir sur des aspects du thème traités de manière trop rapide ou
superficielle.

Demandes d'éclaircissement : La tactique de l'incompréhension volontaire peut être payante :

« Je ne vois pas bien ce que vous voulez dire », «je ne comprends pas bien », « ce n'est pas clair pour
moi, pouvez-vous m’expliquer ? »

Marques d'écoutes : Ce sont les expressions brèves qui manifestent la compréhension et l'intérêt, et
donc invitent à poursuivre le discours (« je vois », « je comprends », « oui », « hum»). Les attitudes,
les mimiques (hochements de têtes ...) et les regards sont des encouragements sans verbalisation.

Silences : Souvent craints par les enquêteurs débutants, ils ne sont pas toujours gênants. Certains
silences ont un effet bénéfique : temps d'auto-exploration pour enrichir ou formuler ses idées, retour
sur soi, sur ses émotions. L'enquêteur supporte et respecte les silences «pleins ». En cas de silence
prolongé, il s'efforce de ménager des transitions pour réintroduire un thème :

« Vous m'avez dit tout à l'heure ... j'aimerais qu'on approfondisse ... »

On le voit, les interventions de type directif ne sont pas retenues dans les relances conseillées. En
effet l'enquêteur risquerait de formuler des demandes ne reflétant que son cadre de pensée. Les
questions spécifiques sur le contenu (comment ? quand ? où ? pourquoi ?) modifient l'ambiance de
l’entretien : l'enquêté aura tendance à attendre la prochaine question. Les demandes sur l'attitude et
les positions (qu'en pensez-vous ?) ont un effet tout aussi perturbateur. L'entretien n'est pas un
débat d'idée. Le répondant saura mieux parler de son vécu (ce qu'il ressent, ce dont il se souvient,
ses expériences) qu'aborder des sujets de façon générale.

Terminer l'entretien
Lorsque les propos deviennent redondants, l'entrevue est terminée. Il est temps de présenter un
résumé de l'entretien (ce qui a parfois l'intérêt de faire repartir le discours sur des points oubliés). On
demande enfin au sujet s'il ne voit rien d'important à ajouter avant d'arrêter le magnétophone. Il
arrive que cet arrêt ait une fonction libératoire et donne un nouveau souffle à l'entretien. Dans ce
cas, il faut essayer de se souvenir du maximum d'informations.

C'est enfin le moment de poser des questions particulières (dont la liste est prévue à l'avance),
notamment en ce qui concerne l'identification du sujet. Il est intéressant de discuter avec la
personne enquêtée de son vécu de l'entretien (ses impressions, ses difficultés). Et ne pas oublier de
remercier.

Prise de notes et magnétophone


Doit-on enregistrer l'entretien ? C'est le seul moyen d'avoir à la fois l'intégralité du texte, les contours
du discours (ton, atmosphère) et également la possibilité d'apprécier la part de suggestion du
meneur de jeu. L'enregistrement restitue fidèlement le déroulement et le langage de l'entrevue. Il
est l'outil obligé de l'entretien, la mémoire de l'enquêteur qui ne peut pas assurer en même temps
écoute attentive et positive, relances et prise de notes. Parallèlement à l'enregistrement, il est
conseillé de noter quelques mots pour mémoriser les thèmes abordés sur lesquels il pourra être utile
de revenir.

Le magnétophone est aujourd'hui un appareil banal. Si l'enquêteur est à l'aise avec lui, il saura le
présenter naturellement et comme allant de soi. Dire que l'enquêté ne se confie pas de la même
façon en présence du magnétophone qu'en son absence est peut-être vrai. Il y aura des
modifications induites par l'enregistrement (prudence des propos, phrases bien faites ...), mais il
s'oublie vite. Et rendre compte d'un entretien uniquement à travers une prise de notes ou une
notation a posteriori introduit d'autres biais encore plus graves : perception sélective de
l'information, omissions, inexactitudes, perte du détail du vocabulaire ou des formulations.

Néanmoins, il est des cas où l'on se trouve face à un refus net de la part du sujet (par exemple par
crainte de la hiérarchie dans une entreprise). Parfois aussi, en cours d'entretien, l'enquêté demande
à ce qu'on interrompe l'enregistrement pour un temps de révélation plus intime. En ce cas on se plie
à sa demande.

Retranscrire l'entretien
Pour être soumis à une analyse systématique, l'entretien sera retranscrit intégralement, avec ses
hésitations et ses défauts de langage (répétitions, fautes de syntaxe, etc.), sans oublier les silences et
leur durée, les rires et les interruptions. On pourra ainsi s'intéresser non seulement au contenu
thématique de l'entretien, mais également au vocabulaire employé et à la syntaxe du discours,
pointer les blocages, etc.

Entretien semi-directif ou entretien guidé


Une recherche peut être conduite uniquement à partir d'entretiens exploratoires non directifs (pour
prendre connaissance d'un terrain). Mais généralement, après quelques entretiens de ce type, on
passera à une technique un peu plus directive, comme celle de l'entretien semi-directif ou guidé.
Dans ce type d'entrevue, l'enquêteur s'est fixé des zones d'exploration et veut obtenir que le sujet
traite et approfondisse un certain nombre de thèmes.

Concilier deux orientations


L'entretien semi-directif combine attitude non directive pour favoriser l'exploration de la pensée
dans un climat de confiance et projet directif pour obtenir des informations sur des points définis à
l'avance. La nécessité d'assurer à la fois la réexpression compréhensive au niveau de chaque
séquence et la souplesse des transitions pour introduire les thèmes demande un entraînement solide
et une bonne connaissance du guide d'entretien.

Contrairement à ce que l'on peut penser (la sécurité par la liste des thèmes), il est souhaitable de
bien savoir conduire un entretien non directif,' pour conduire une interview guidée de qualité. Sinon
l'enquêteur risque de transformer le guide en une série de questions à réponses ouvertes (ce qui est
un autre type d'approche, plus directive).

Le guide d'entretien
Généralement établi après quelques entretiens exploratoires, le guide se présente sous forme de «
pense-bête» répertoriant les thèmes qui doivent être abordés au cours de l'entretien semi-directif.
Le guide comporte une consigne initiale, comme dans l'entretien non directif. Il peut revêtir une
forme plus ou moins détaillée, de la liste de trois ou quatre grands thèmes jusqu'à une série
d'informations spécifiées sur deux ou trois pages. On s'attachera à donner à ce document une
présentation qui le rende facile à utiliser, avec des mots clés très apparents.

On peut coupler les thèmes avec des modèles de questions neutres comme dans l'exemple suivant
(surtout si l'enquête doit être réalisée par un grand nombre d'enquêteurs).

Guide d'entretien sur la pollution

Thèmes du guide d'entretien Relances verbales prévues


1. Typologie de la pollution
1. Qu'évoque pour vous le mot pollution
(pensée descriptive et taxinomique).
2.
2. Aspects généraux : a) Les phénomènes évoqués vous paraissent-ils
a) Naissance du problème nouveaux ?
b) Sources locales des faits de pollution b) Où rencontrez-vous ce genre de
Phénomène local ou général ? phénomènes ?
c) Degré d'importance c) Pensez-vous que ces phénomènes aient une
grande importance ?
3. Causalité : liaison au progrès, à la 3. Quelles sont les raisons qui expliquent
science, etc. (pensée explicative). ces phénomènes ?
4. Pensez-vous qu'il faudrait faire quelque
4. Remèdes (pensée pratique).
chose ?

5. Canaux d'information 5. Comment en avez-vous entendu parler

6. Comment pensez-vous que cela va


6. Image du futur.
évoluer ?
7. Pourriez-vous décrire l'endroit où vous
7. Environnement idéal.
aimeriez habiter ?

Comment introduire les thèmes du guide


La conduite d'un entretien guidé est peu différente de celle d'un entretien non directif (phase de
présentation, consigne inaugurale, approfondissement). Le répondant explore avec l'aide de
l'enquêteur la question de départ. L'enquêteur induit de façon privilégiée l'auto-exploration au
niveau des thèmes du guide évoqués spontanément par le sujet (réexpressions, relances ...). Si la
question de départ est bien formulée, la plupart des thèmes du guide sont abordés naturellement
par l'enquêté. Lorsqu'un thème doit être induit, il est proposé avec souplesse, en le reliant au
discours antérieur.

Le guide n'est pas un cadre rigide. L'ordre des thèmes prévu est le plus logique possible, mais il n'est
pas imposé : chaque entretien a sa dynamique propre. Le seul point important est que tous les
enquêtés aient abordé tous les thèmes du guide avant de terminer l'entretien - ce qui permettra de
réaliser une analyse comparative des différents entretiens.

Entretien de groupe
La technique de l'entretien non directif s'applique aussi à un groupe de personnes réunies pour
participer à un entretien collectif sur un sujet précis, La conduite en est plus délicate que dans
l'entretien individuel: en plus de l'attitude non directive et des thèmes du guide, l'animateur a le
souci d'assurer la prise de parole et l'intervention de chaque participant. Il lui faudra en outre tenir le
rôle de régulateur de la dynamique du groupe,

Un petit nombre de personnes (6 à 10) sont rassemblées pour une discussion ouverte parce qu'elles
ont une expérience commune (chômeurs, habitants d'une même commune, étudiants d'une même
cité universitaire, groupe familial...). Une certaine homogénéité entre les participants est requise
pour que la discussion soit possible. Le discours produit est une parole collective qui n'aura pas la
même teneur qu'un discours individuel (en raison de l'émulation, de la confrontation et des prises de
position de chacun).

Très utilisé dans les études qualitatives (notamment en marketing), l'entretien de groupe est aussi
utile dans la phase préparatoire d'une étude quantitative en complément d'entretiens individuels. Il
a encore d'autres indications. Par exemple, il peut compléter les tests des questionnaires : des sujets
ayant répondu au même questionnaire sont rassemblés pour discuter de cette expérience, expliquer
comment ils ont compris les questions et ce qu'ils en pensent. L'entretien de groupe peut également
intervenir pour éclairer l'analyse d'une enquête par questionnaire : les participants sont invités à
discuter des résultats et à donner leur sentiment vis-à-vis des réponses obtenues.

D'autres formes d'entretiens


Selon les besoins on peut recourir à d'autres formes d'entretien d'inspiration non directive ou semi-
directive, Sans être exhaustif, nous pouvons citer :

 L'approche biographique, avec des récits de vie qui combinent la référence à différentes
séquences temporelles de la vie de l'individu et le développement de thèmes en rapport
avec l'objet d'étude (comme l'expérience professionnelle).
 La réécoute de la totalité ou de parties d'un premier entretien réalisé avec un sujet pour
approfondir certains points, ou compléter les informations.
 L'entretien centré (focused interview de R.K. Merton) pour analyser les réactions d'un sujet
dans une situation particulière. Il est organisé autour d'un canevas prévu dans un guide
d'entretien.
 L'entretien film-action où le sujet est invité à reconstituer un moment de sa vie quotidienne
Le questionnaire
D’abord il faut savoir « sur quoi interroger » par la suite il faut s’intéresser aux problèmes de forme :
« comment interroger» ce qui veut dire comment traduire les indicateurs en questions et les
formuler. Parce que les outils construits dans le cadre d'une étude sont rarement réutilisables pour
une autre, la construction du questionnaire (ou parfois seulement son adaptation) est une nécessité
dans le cadre de l'enquête.

Une petite différence dans la formulation de deux questions peut produire des écarts importants. La
mise au point d'un questionnaire fiable et valide demande un travail attentif et scrupuleux.

Le questionnaire conçu comme instrument de mesure devra être standardisé : il placera tous les
sujets dans la même situation pour permettre des comparaisons entre groupes de répondants. On ne
doit pas, en cours de passation, modifier les questions ou ajouter des explications. En même temps,
le questionnaire devra correspondre aux besoins de l’enquête : chaque question est là parce qu'elle a
une utilité. Ainsi on se demande pour chacune : pourquoi poser cette question ? À quoi servira-t-
elle ?

Il n'y a pas une manière unique de poser une question.

Exemple :

Dans une enquête de satisfaction d'un produit on peut demander de façon rapide :

« Sur cette liste, qu'est-ce qui vous paraît le plus satisfaisant? Le moins satisfaisant ? »

ou se livrer à un questionnement plus précis :

« Indiquez si vous être très, assez peu ou pas satisfait de ... »

ou encore :

« Pour chaque élément, donnez une note de satisfaction entre 0 et 10 »

On pourra aussi prévoir une démarche moins directe en demandant :

« à qui conseilleriez-vous ce produit ? ».

Le chercheur se demande quelle forme est la plus adaptée pour son étude et s'il a besoin de plus ou
moins de détails dans l'information.

Une difficulté supplémentaire dans l'élaboration d'un questionnaire vient du fait qu'il s'adresse à des
répondants évidemment non demandeurs de l’enquête : ne risque-t-on pas de les lasser ? Pour qu'ils
aient envie de répondre, on se garde de leur donner l'impression de passer un examen, de subir un
interrogatoire ou d'être ignorant. On s'arrange pour leur simplifier la tâche et résoudre pour eux les
problèmes cognitifs. Pour que le questionnaire ne paraisse pas ennuyeux, monotone, il est
souhaitable de varier la façon d'interroger. Une question n'est pas toujours une demande avec un
point d'interrogation. Il existe une grande variabilité dans les formulations.
En même temps, on cherche à obtenir des réponses sincères en posant des questions auxquelles les
sujets sont réellement capables de répondre (et qui ne les obligent pas à répondre au hasard), en
prenant certaines précautions pour les thèmes gênants et en tenant compte des effets d'influence
qui risquent de fausser les réponses.
Question ouverte, question fermée
Une question est dite ouverte ou fermée selon que la réponse à donner est libre ou fixée à l'avance.
L'enquêté utilise son propre vocabulaire pour répondre à la question ouverte :

« Quelles sont vos inquiétudes en ce qui concerne les cinq prochaines années ? »

Si on lui demande :

« Pensez-vous que dans l'éducation des enfants, la formation religieuse : soit indispensable, une bonne
chose mais pas indispensable, sans grande importance ou ne soit pas à recommander ? »,

le répondant choisit parmi les quatre réponses proposées celle qui lui convient le mieux.

Évidemment il faut éviter de se servir d'une question ouverte pour aborder des généralités ou des
grands problèmes.

« Quel est votre avis sur la mondialisation ? » risque d'effrayer la personne interrogée.

Différentes formes de questions fermées


Une question fermée peut donner le choix entre deux modalités de réponses (question
dichotomique) :

«Dans votre foyer possède-t-on un magnétoscope ? » : Oui/Non

Ou proposer un nombre d'éventualités plus important

«Écoutez-vous la radio, que ce soit chez vous, en voiture ou ailleurs ? » :

Tous les jours ou presque/Environ 3 ou 4 jours par semaine/Environ 1 ou 2 jours par semaine/Plus
rarement/Jamais ou pratiquement jamais.

La question fermée peut, comme dans les exemples précédents, imposer de ne retenir qu'une seule
réponse (question à réponse unique) ou encore laisser la possibilité de donner plusieurs réponses
(question à choix multiple) :

«Dans la liste suivante, quels sont les mots qui caractérisent le mieux l'ambiance de l'entreprise ? »
(Entourez trois réponses de votre choix)

morosité/sympathie/froideur/convivialité/méfiance/chaleur/sérénité/solidarité/inquiétude/individualis
me/confiance/jalousie/

Les réponses à une question fermée peuvent aussi se présenter sous forme de demande de
classement :

« Je vais vous présenter trois reproductions de tableaux. Laquelle préférez-vous ? Et ensuite ? »

Ou encore sous forme de choix d'un échelon sur une échelle.

Non-équivalence d'une question ouverte et d'une question fermée


Une même information peut être demandée sous forme ouverte ou fermée. Par exemple :

« Quel est votre âge ? »


ou :

« À quelle tranche d'âge appartenez-vous? Moins de 20 ans ! 20-35 ans/36-50 ans/plus de 50 ans ».

Si dans ce cas on s'attend à des réponses comparables, quand il s'agit de questions portant sur des
attitudes ou des opinions, les informations produites sont notoirement différentes.

Par exemple :

Les Américains interrogés à propos du problème le plus important auquel doit faire face le pays, sont
13 % à faire état de l'inflation dans la forme ouverte, alors que cet item recueille 27 % des choix de
réponse lorsqu'il est proposé dans une question fermée

Avantages et inconvénients de chaque type de réponse


Les questions ouvertes donnent en général des informations riches et diversifiées (en particulier pour
étudier les représentations). Elles renseignent aussi sur le niveau d'information des répondants et
leur compréhension des questions. Mais les personnes interrogées ont souvent du mal à répondre
d'où des réponses vagues ou hors sujet, des non-réponses, des « ne sait pas» et « l'oubli» de certains
aspects inavouables. Et puis l'analyse de ces questions est lourde.

À l'inverse des questions ouvertes où les réponses ne sont pas suggérées par une liste, les questions
fermées risquent d'induire des choix de réponse peu réfléchis et entachés de désirabilité sociale.
Mais elles ont l'avantage indéniable de permettre les comparaisons et d'être faciles à administrer et
traiter. C'est pourquoi, bien que plus difficiles à mettre au point, elles constituent l'essentiel des
questionnaires destinés à l'analyse statistique (et d'autant plus que le questionnaire est auto-
administré).

Élaboration d'une question fermée à partir d'une question ouverte


La meilleure façon de trouver les modalités de réponses à une question fermée consiste à poser dans
la phase préparatoire une question à réponse libre. L'analyse du contenu permet d'élaborer des
catégories qui reflètent bien la substance et le vocabulaire utilisé spontanément. Par exemple dans
un premier temps on demande :

« À quoi vous fait penser le mot TRAVAIL »,

Puis dans une seconde phase on reprend les principales catégories de réponses pour proposer une
liste finie de formules entre lesquelles l'enquêté devra choisir comme :

salaire/occupation/obligation/contact/contrainte/plaisir/ambiance/fatigue.

Au fur et à mesure de son avancement, le questionnaire comporte de plus en plus de questions


fermées avec un éventail pertinent de réponses. Dans un questionnaire standardisé, trop de
questions ouvertes est souvent un aveu de faiblesse : on n'a pas su poser des questions fermées pour
cause de préparation insuffisante.

Des catégories de réponses exhaustives et mutuellement exclusives


Il est nécessaire de s'assurer dans l'élaboration de la liste des réponses aux questions fermées que
toutes les possibilités sont représentées (exhaustivité) et que chaque réponse ne peut se situer que
dans une seule catégorie (exclusion mutuelle).
C'est particulièrement important pour les estimations quantitatives, où les limites de classes doivent
être correctement établies. Ainsi, la catégorisation d'âge :

« Moins de 20 ans/21-30 ans/30-50 ans/50 ans et plus »,

a un double défaut :

Les sujets de 20 ans ne peuvent se placer ; les sujets de 30 ans et de 50 ans ont la possibilité de se situer
dans deux classes.

Le faux intérêt de l'item « autre »


On est souvent tenté d'introduire à la suite d'une liste de réponses à une question fermée la
modalité :

« autre» ou « autre réponse, laquelle ? »

dont on pourrait espérer qu'elle va élargir le champ de réponses. Mais les questions semi-ouvertes
n'ont pas l'intérêt et la richesse des questions ouvertes : seule une fraction des sujets utilise cette
possibilité d'expression. En outre elles ne permettent plus de faire des comparaisons entre
répondants, car tous ne se sont pas placés exactement dans la même situation : certains ont utilisé la
question comme une question ouverte et d'autres comme une question fermée. Si l'on tient à
l'ouverture, il est possible d'introduire à la suite d'une question fermée, une question ouverte
spécifique du type :

« Voyez-vous autre chose à ajouter à cette liste ? »

Le seul motif valable de conserver le « autre réponse, précisez » est le cas de descriptions de
caractéristiques rares : faire la liste exhaustive de toutes les possibilités allongerait inutilement le
questionnaire. Par exemple demander :

« Habitez-vous : dans une maison/dans un appartement/autre cas »

évite d'avoir à prévoir l'hôtel ou la caravane ...


Questions de comportements : que font-ils ?
Ces questions décrivent les pratiques des répondants :

 Êtes-vous abonné à telle revue ?


 Avez-vous un poste de télévision chez vous ?
 Êtes-vous inscrit à un parti politique ?
 Avez-vous voté aux dernières élections municipales ?
 Êtes-vous parti en vacances l'an dernier ? »

Pendant longtemps, les chercheurs ont cru que les enquêtes ne pouvaient inclure que des questions
sur des comportements socialement acceptables. Dans les années 1940, c'est avec beaucoup
d'hésitation et de crainte que le Gallup Pool demanda à un échantillon national de répondants si un
membre de leur famille souffrait du cancer.

Aujourd'hui, les enquêtes incluent des questions sur les sujets qui étaient considérés comme tabous :
religion, détail des revenus, comportements de dépense, santé personnelle, usage de drogue et
d'alcool, comportement sexuel. Correctement motivés et avec l'assurance de la confidentialité, les
répondants acceptent de divulguer de telles informations.

On distingue généralement les comportements non gênants des comportements gênants : on ne les
traite pas de la même façon car ces questions ne posent pas les mêmes problèmes.

Comportements non gênants


On classe dans cette catégorie les comportements les plus évidents, pour lesquels il n'y a pas de
réticence à donner des réponses : ce que les personnes font dans des domaines comme les loisirs, le
travail, l'achat de vêtements, la possession d'objets courants, certaines questions simples de santé,
etc. Mais la limite n'est pas toujours très facile à établir entre comportements gênants ou non
gênants ;

Exemple : « Lisez-vous leaders ? »

Pourra être perçu comme gênant par des non-lecteurs se pensant intellectuels.

Des questions spécifiques


Pour connaître les comportements non gênants, il est nécessaire de formuler des demandes précises,
ciblées. Si la question est générale, elle va inciter à donner une impression subjective. Au lieu de
demander :

« En général, combien de soirs sortez-vous par semaine» on posera la question relativement à une
période de temps limitée (depuis une semaine, un mois, un an ...) : « Cette semaine, depuis mardi
dernier, combien de soirs êtes-vous sorti ? »

«Êtes-vous, c'est-à-dire vous-même ou quelqu'un de votre famille propriétaire de... », Ou : « Êtes-vous


personnellement propriétaire de ... »

Aider la mémoire
Des problèmes de mémoire se posent même pour des questions simples (comme l'âge) et a fortiori
pour toute estimation chiffrée.

Voici quelques astuces destinées à aider la mémoire.


 Aller aux sources plutôt que de faire mémoriser.

Au lieu de poser la question : « Combien de livres y a-t-il dans votre bibliothèque », on ira les
compter.

Pour connaître les habitudes d'écoute de la télévision on demande de remplir des fiches
journalières ou on utilise un appareil (audimètre)

 Demander de reconnaître plutôt que de se souvenir, Sélectionner sur une liste des titres de
livres lus est plus facile que d'essayer d'en retrouver le titre.

La question ouverte : « Quelles ont été vos activités de loisir pendant l'année écoulée ? » est
avantageusement remplacée par une liste d'activités parmi lesquelles choisir.

 Donner aux répondants des aides pour réaliser une mémorisation sûre d'événements
passés :

une série de questions pour reconstruire le passé, une phrase qui contribue à localiser un
événement dans le temps ou l'espace, des questions un peu longues pour donner des repères.

Comportements gênants
Les comportements sont dits gênants lorsqu'on peut estimer qu'il y a une bonne ou une mauvaise
réponse, une réponse socialement désirable ou socialement indésirable.

Biais de désirabilité sociale


Certains comportements « désirables» vont donner lieu plus souvent à surestimation:

Être un bon citoyen (voter aux élections, prendre part aux activités de la commune), être une personne
bien informée et cultivée (lire, assister aux événements culturels), avoir un bon travail, avoir été bon
élève dans sa scolarité...

À l'inverse, des comportements « indésirables » auront tendance à être sous-estimés : avoir certaines
maladies (cancers, MST, maladies mentales), avoir des comportements illégaux ou hors normes (usage
de drogue, violation des règles de conduite automobile), consommer de l'alcool, voter pour les partis
extrémistes...

Le répondant a tendance à être sur la défensive lorsque des questions risquent de nuire à l'image
qu'il veut donner. C'est qu'il a le souci de se conformer aux stéréotypes sociaux, d'apparaître
comme« normal », voire de se valoriser en donnant de lui une image flatteuse. Il lui est difficile
d'admettre qu'il ne fait pas habituellement ce qui est socialement acceptable.

Des questions brutales ou jugées inquiétantes ou indiscrètes peuvent provoquer un « repli» (non-
réponse ou réponse de convenance). Cela va à l'encontre de la sincérité recherchée dans les
réponses. Il faut donc se méfier de ce type de réactions en prenant un certain nombre de
précautions.

Lutter contre la tendance à la désirabilité sociale


On s'arrange pour inclure dans la question quelque chose qui rende acceptable n'importe quelle
réponse.
 Établir un climat permissif : pour montrer qu'on juge normal un comportement reconnu
comme statistiquement marginal ou dévalorisant.

« Avez-vous déjà conduit en état d'ébriété»

risque de gêner le répondant qui va réagir par une réponse de convenance.

En demandant :

« Quand avez-vous conduit en état d'ébriété pour la dernière fois ? »

L’état d'ébriété est rendu plus acceptable et le sujet se sentira déculpabilisé.

 Insister sur les réactions habituelles

« En général, on se souvient d'avoir été bon élève, mais nous aimerions savoir si vous avez réellement
... »)

 Introduire une phrase rassurante

« Dans telle élection, près de la moitié des électeurs n'a pas voté ... »

 Minimiser le caractère exceptionnel d'un comportement

« On peut avoir des ennuis à la maison avec ses parents, et il y a bien des moments où on a envie de
s'en aller. D'ailleurs parfois on s'enfuit de la maison pour un jour ou deux. Cela vous est-il arrivé ? ».

 Un large éventail d'alternatives

Cela augmente la possibilité que les répondants admettent les états éloignés du neutre. On peut
aussi mêler le comportement gênant à une liste de comportements acceptables ou encore aborder
les comportements gênants à la fin du questionnaire.

D'une façon générale, les questions de comportement sont difficiles à poser. Si l'on n'y prend garde,
les réponses risquent de révéler davantage la représentation que l'enquêté se fait du comportement
acceptable pour lui, plutôt que son comportement réel. Lorsque c'est possible, une méthodologie
d'observation directe est préférable
Questions d'opinion : que pensent-ils ?
Les questions portant sur les manières de penser ou de juger (opinions, attitudes, satisfaction,
préférences, croyances, motivations) sont souvent bien accueillies par les personnes enquêtées: « On
me demande mon avis »

Des formes multiples


Pour interroger sur l'opinion, les questions à réponse « oui ou non» sont généralement à éviter: le
répondant est tenté de donner une réponse de convenance ou d'acceptation, sans réfléchir. il y a
bien d'autres façons de demander leur point de vue aux enquêtés.

Des échelles unidimensionnelles


Les questions peuvent se présenter sous forme de choix de réponse sur une échelle graduée :

« Qu'avez-vous pensé de cet exposé? D'une manière générale, vous avez trouvé cet exposé : très
intéressant/assez intéressant/assez peu intéressant/pas intéressant du tout»

« Vous arrive-t-il de vous sentir très seul : fréquemment/parfois/rarement/jamais ? »

Le degré d'accord du répondant avec une proposition peut être demandé avec plus ou moins de
nuances :

« Êtes-vous plutôt d'accord ou plutôt pas d'accord avec ceux qui disent : Le mariage est une institution
dépassée ? » (Deux degrés d'accord)

« Il faut rétablir la peine de mort. Êtes-vous: pas du tout d'accord, pas tellement d'accord, peut-être
d'accord, bien d'accord ou entièrement d'accord avec cette opinion? » (Cinq degrés d'accord)

« Les sondages c'est sérieux. Êtes-vous : tout à fait d'accord, plutôt d'accord, plutôt pas d'accord ou pas
du tout d’accord ? » (Quatre degrés d'accord)

On peut encore demander au sujet sa position sur une échelle numérique. Voici par exemple une
échelle en 10 points :

« Dans l'ensemble, à quel point êtes-vous satisfait ou pas satisfait de la vie que vous menez en ce
moment ? Entourez le chiffre correspondant à votre position ? »

Pas Tou
du tà
tou fait
t sati
sati sfai
sfai t
t
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10

Des échelles bipolaires


La question peut proposer à l'enquêté de se situer sur une échelle bipolaire :

satisfait/mécontent, faux/vrai, rassurant/angoissant, bon/mauvais


« L'exposé que vous venez de suivre vous a paru simple ou compliqué ? »

Mais l'on n'est jamais certain que l'opposition proposée porte bien sur une dimension unique : les
mots peuvent avoir des connotations particulières.

Choix forcé
Un mode de questionnement classique consiste à demander de choisir entre deux ou plusieurs
situations :

« Certains disent que les citoyens devraient pouvoir intervenir dans les décisions qui sont prises au
niveau de la commune ; d'autres au contraire disent que c'est le rôle des élus (maires, conseillers
municipaux) de prendre les décisions et non celui des citoyens. Quelle est l'opinion qui se rapproche le
plus de la vôtre ? »

Le danger est de proposer le choix entre des solutions qui ne relèvent pas du même registre.

Classements ou préférences
Classer est une tâche souvent rébarbative et les classements se révéleront difficiles à analyser. Il est
nécessaire que le répondant ait les éléments à ranger sous les yeux. Ne pas faire ordonner plus de
cinq modalités (mais deux ou trois suffisent en général).

Quelquefois on demande aux sujets de faire des choix sur une liste :

« Quand on dit risque, quels mots vous viennent à l'esprit ? Choisissez trois mots parmi cette liste :
destin/protection/inattention/prudence/aventure/négligence/hasard/courage/précaution/inconscienc
e/audace/chance ».

Si la liste est longue, il est préférable de poser une question à propos de chaque terme, plutôt que de
faire cocher sur la liste :

«Je vais vous dire un certain nombre de mots pour décrire ... (votre travail, l'université, le pays...). Pour
chacun, indiquez-moi s'il semble bien convenir ou pas bien convenir. »

Avec ou sans position intermédiaire ?


Les experts ne sont pas tous d'accord sur le bien-fondé d'introduire une modalité intermédiaire

Ni d'accord ni pas d'accord, autant l'un que l'autre, entre les deux, indifférent

La position médiane est le refuge des indécis. Le choix d'une procédure se fait donc en fonction du
type d'information recherchée. Veut-on repérer des sujets ayant un avis nettement marqué, alors on
inclura le moyen terme. Ou veut-on obliger les répondants à prendre position dans un sens ou dans
l'autre, même si cette position n'est pas très fortement marquée.

Permettre les « sans-opinion »


Admettre que l'enquêté n'exprime pas son avis évite de tomber dans le présupposé que tout
répondant à une opinion. La réponse « ne sait pas» est prévue dans la liste des réponses
qu'acceptera l'enquêteur.

On peut même demander aux répondants s'ils ont un avis sur la question avant de leur demander
leur opinion.
Proposée, la modalité « sans opinion »recueille naturellement un plus grand nombre de réponses.
Exemple :

« À votre avis, l'État devrait-il verser aux écoles libres plus d'argent qu'actuellement, autant d'argent
qu'actuellement, ou moins d'argent qu'actuellement»

recueille 25 % de «sans avis ». Si l'on ajoute :

« Ou bien est-ce que vous n'avez pas d'avis sur la question ? »

la proportion monte à 33 %.

Si on commence par demander :

« En ce qui concerne l'argent que l'État verse aux écoles libres, avez-vous un avis sur la question ? »

le pourcentage de « sans avis» est notoirement augmenté (51 %). Cette dernière forme évite de
demander leur avis à des répondants « flottants» qui risquent de répondre au hasard.

Faciliter les réponses


On s'attache par différents procédés à rendre agréable la tâche du répondant.

Les questions fermées sont en général préférables, même si elles sont plus difficiles à construire.

On élabore des questions courtes, sans périphrases inutiles, avec des instructions simples. (Des
phrases n'excédant pas vingt mots). Mais on peut être amené à faire un préambule plus long pour
préciser le contexte, dans le cas de situations un peu complexes. S'il s'agit de choisir sur une liste, le
nombre de modalités devrait être limité.

L'ordre des items d'une liste reprise plusieurs fois, est toujours proposé dans le même sens (du plus
au moins ou du moins au plus).

Les supports visuels sont utiles s'il y a trop de modalités (plus de quatre ou cinq) ou pour les échelles
numériques : l'enquêteur prêtera au sujet une carte aide-mémoire pour qu'il dispose d'un soutien
visuel.

Des illustrations peuvent agrémenter les questions d'un questionnaire écrit


Questions d'intention ou d'anticipation quel projet ont-ils ?
Les questions de projection dans l'avenir ou dans une situation qui n'existe pas ne permettent pas de
fonder des prévisions valides.

« S'il y avait une piscine dans le quartier, iriez-vous à la piscine ? »

ou :

« Souhaiteriez-vous une piscine dans le quartier ? »

Le seul usage que l'on peut faire de ce genre de question, est d'observer la variation de pourcentages
d'un groupe à l'autre : par exemple les jeunes peuvent être nettement plus intéressés que les plus
âgés.

Pour étudier intentions et anticipations, il vaut mieux analyser la situation présente et voir si des
besoins sont réellement exprimés : savoir s'il arrive aux sujets de se rendre à une piscine, où, avec
quelle fréquence, pendant les vacances ou hors vacances...
Questions de connaissance : que savent-ils ?
La tendance est de ne pas oser ne pas répondre si l'on ignore la réponse.

Exemple : dans une enquête sur les conditions de vie des Français, on avait demandé :

« Connaissez-vous ou avez-vous entendu parler de l'amendement Bourrier concernant la Sécurité


sociale ? »

Environ 4 % des personnes interrogées ont prétendu connaître cet amendement - qui en fait n'a
jamais existé.

Dans les questions de connaissance, il faut veiller à ne pas gêner le répondant en lui montrant qu'il
est ignorant ou en l'obligeant à répondre au hasard. Pour manifester qu'il est acceptable de ne pas
savoir, la modalité

«je ne sais pas » ou «je n'ai pas d'avis »

sera explicitement formulée. Il est également possible de réduire l'aspect gênant des questions de
connaissance en utilisant des formules comme :

« Pouvez-vous vous rappeler ... » ou : « Sauriez-vous par hasard ... »

ou en les posant comme des questions d’opinion :

« À votre avis, que signifie ... tel sigle ».

Ne pas suggérer les informations par les questions précédentes et avoir un niveau de difficulté
adapté aux sujets enquêtés sont encore des préoccupations liées à la formulation des questions de
connaissance.
Renseignements signalétiques : qui sont-ils ?
Ces questions ont pour objet de décrire les répondants. En général elles correspondent à des
hypothèses et interviennent comme explication des conduites ou des opinions. Elles sont donc
importantes pour l'analyse.

Cependant les questions d'identification ne présentent pas beaucoup d'intérêt pour les répondants.
C'est pourquoi on les pose habituellement à la fin du questionnaire. Dans ce cas on est souvent
obligé de justifier leur présence par une phrase du type :

« Pour analyser les résultats de l'enquête, nous allons vous poser quelques questions supplémentaires»
ou encore : « Nous avons bientôt terminé l'entretien. Il reste quelques questions qui seront utilisées
pour analyser et comparer les réponses des répondants ».

Mais parfois, ces questions sont une bonne introduction, dans la mesure où elles sont simples, et
paraissent faciles à la personne interrogée (en particulier dans les enquêtes auto-administrées). Il
arrive aussi qu'on les place à l'intérieur du questionnaire pour introduire un thème (par exemple sur
la profession ou sur la famille).

Sexe et âge
Si la question sur le sexe ne pose pas a priori de difficulté, on veillera cependant dans un
questionnaire écrit à formuler réellement une question [« êtes-vous un homme ou une femme ?) Et
non à introduire une demande de type administratif : « sexe ? masculin/féminin ».

L'âge peut être demandé sous forme ouverte : « Quel est votre âge ? » « Quel était votre âge à votre
dernier anniversaire ? », « Quelle est votre année de naissance ? ». Par la suite, on aura la possibilité
de constituer des classes d'âge adaptées à la population d'enquête.

Niveau social
La position sociale (appelée aussi « niveau socioculturel» ou « niveau socio-économique ») est
mesurée classiquement par trois types de renseignements très liés entre eux : profession, niveau
d'instruction et revenu.

Profession et catégorie socioprofessionnelle (PCS)


La classification professionnelle de référence est celle de l'INSEE établie en 1982 qui répartit la
population en six groupes d'actifs et deux groupes d'inactifs.

Chacun de ces groupes se subdivise de manière plus ou moins détaillée. La nomenclature en 24


postes est d'usage courant, mais dans les analyses sociologiques, on peut être amené à effectuer des
regroupements ou des distinctions, selon les besoins.

Nomenclature et code des catégories socioprofessionnelles PCS de l'INSEE

1. Agriculteurs exploitants
2. Artisans, commerçants et chefs d'entreprise
2.1. Artisans
2.2. Commerçants et assimilés
2.3. Chefs d'entreprise de 10 salariés et plus
3. Cadres et professions intellectuelles supérieures
3.1. Professions libérales
3.2. Cadres de la fonction publique, professions intellectuelles et artistiques
3.3. Cadres d'entreprise
4. Professions intermédiaires
4.1. Professions intermédiaires de l'enseignement, de la santé, de la fonction
publique et assimilés
4.2. Professions intermédiaires administratives et commerciales des entreprises
4.3. Techniciens
4.4. Contremaîtres, agents de maîtrise
5. Employés
5.1. Employés de la fonction publique
5.2. Employés administratifs d'entreprise
5.3. Employés de commerce
5.4. Personnels des services directs aux particuliers
6. Ouvriers
6.1. Ouvriers qualifiés
6.2. Ouvriers non qualifiés
6.3. Ouvriers agricoles
7. Retraités
7.1. Anciens agriculteurs exploitants
7.2. Anciens artisans, commerçants, chefs d'entreprise
7.3. Anciens cadres et professions intermédiaires
7.4. Anciens employés et ouvriers
8. Autres personnes sans activité professionnelle
8.1. Chômeurs n'ayant jamais travaillé
8.2. Inactifs divers (autres que retraités

Si l'on se contente de demander la profession sous forme ouverte, on risque de n'avoir pas
suffisamment de renseignements pour situer le répondant : comment classer un « fonctionnaire» ?
Un « boulanger» est-il à son compte ou ouvrier ? où placer quelqu'un disant travailler à La Poste ? On
le voit, il faudra obtenir le maximum de précisions et compléter par quelques questions pour savoir
notamment si le répondant est salarié ou à son compte ; s'il ne travaille pas, quel est son statut
(chômeur, retraité, à la maison sans emploi rémunéré, étudiant).

Niveau d'instruction
Cette information est généralement obtenue à partir de l'âge de fin d'étude ou du diplôme le plus
élevé possédé. Si l'on demande : « Jusqu'à quel niveau avez-vous suivi des études ? Noter le niveau le
plus haut terminé ou réussi », il faut penser à donner une indication à ceux qui poursuivent leurs
études : « Si études en cours, noter le plus haut niveau terminé ».

Revenu
La question concernant le revenu est considérée comme une question sensible : elle touche des
renseignements d'ordre privé, qui ne peuvent être facilement dévoilés. Cette question recueille
souvent un fort taux de non-réponses, surtout sous forme ouverte. Le choix sur une liste de
catégories fermées est plus facile. Dans ce cas, on détermine avec soin les limites des catégories: il
s'agit de bien choisir l'étendue pour recouvrir tout l'éventail des possibles sans se situer trop haut ou
trop bas. On doit aussi préciser au sujet sur quels revenus porte la question (revenu de la personne
ou du foyer, revenu d'une année ou d'un mois, revenu total ou revenu du salaire seulement, etc.).

Dans un entretien oral, il est préférable que la personne enquêtée n'ait pas à mentionner un
montant chiffré. L'enquêteur pourra lui proposer une carte avec des lettres comme sigle des
catégories de revenus :
« Voici une échelle de revenus mensuels. Nous désirons savoir à quel niveau vous vous situez, en
comptant toutes les rentrées d'argent en un mois dans votre foyer, telles que : salaire, allocation
familiale, pension et autre revenu ... Citez-moi la lettre qui correspond à votre réponse. »

La question sur les revenus peut éventuellement être remplacée par des éléments de standing

(propriété de la résidence principale, résidences secondaires, nombre de voitures, de postes de


télévision ... )

ou même par une appréciation plus personnelle :

« En ce qui concerne vos revenus, vous diriez qu'ils sont par rapport à la moyenne des familles, très au-
dessus de la moyenne, au-dessus de la moyenne, dans la moyenne, au-dessous de la moyenne, très au-
dessous de la moyenne, ou vous ne savez pas »,

D'autres caractéristiques
Selon les besoins de l'enquête, on pourra inventorier d'autres appartenances: statut matrimonial,
taille du ménage, type d'habitat, commune de résidence, etc. Par exemple dans une enquête sur les
goûts en matière de peinture, on aura besoin de connaître la profession des parents et des grands-
parents.
Questions directes et questions indirectes
Il est possible de poser une question directement, sans en cacher l'objet. Mais parfois il vaut mieux
poser des questions n'abordant pas de plein fouet le thème étudié.

Une approche détournée


Pour évaluer l'image plus ou moins positive d'une entreprise auprès de ses salariés, on remplace (ou
on complète) des questions directes par un indicateur indirect comme :

« Conseilleriez-vous ou non à un jeune diplômé de venir travailler dans notre entreprise ? »

ou encore :

« Selon vous, quel animal représente le mieux telle entreprise? Un lion/une fourmi/une tortue/un
aigle/un éléphant/une marmotte/un lièvre »,

Au lieu de demander :

« Te drogues-tu ? »

à des jeunes on aborde ce thème à travers des personnes de son entourage :

« Y a-t-il dans tes connaissances beaucoup de jeunes qui se droguent ? »

Ce type d'approche est particulièrement utile pour neutraliser les effets de valorisation de soi
comme les effets de crainte ou de culpabilisation. Cela permet de faire tomber des défenses dans le
cas de situations difficiles ou gênantes car on n'aime pas avouer ses défauts. Cela permet aussi
d'avoir des réponses moins superficielles (réponses de convenance, rationalisations) ; et c'est parfois
nécessaire pour atteindre des motifs profonds (par exemple dans les études de motivation).

Le modèle des techniques projectives


Un modèle d'approche indirecte est celui des techniques projectives où le sujet doit interpréter un
stimulus ambigu en fonction de sa personnalité. Dans les enquêtes, les situations seront rapportées à
l'objet d'étude.

Mise en situation d'une tierce personne


Le répondant est invité à projeter sur une autre personne ses propres conceptions sans qu'il se sente
obligé de fournir une réponse trop raisonnable. Par exemple, dans une recherche américaine sur les
attitudes envers les voyages à l'étranger :

on demandait si un certain M. Jones, qui avait gagné un voyage gratuit en Europe, l'accepterait ou non,
les raisons de son choix, l'intérêt qu'il pourrait manifester pour telle ou telle destination.

Les réponses attribuées à M. Jones contenaient beaucoup plus de réticences, de craintes


(d'apparaître provincial, de ne pas pouvoir se débrouiller, etc.), d'hostilité au voyage que par les
questions directes : ces réactions ne sont pas aisées à avouer.

Association de mots libre ou contrôlée


On peut demander de réagir à des mots-stimuli. Par exemple :

« Lorsqu'on vous parle de nucléaire, quels sont les mots qui vous viennent à l’esprit ? »
suscite des réponses allant de la peur (accident, contamination, anéantissement, mort) à des
sentiments très positifs (énergie du futur, développement de la science, progrès). Les associations
sont aussi possibles par choix sur une liste fermée (construite à partir de réponses à une question
ouverte) :

« Sur la liste suivante, quels mots vous paraissent aller le mieux avec ... »

Phrases à compléter
Le répondant, en achevant une phrase exprime sa conception :

« Depuis qu'il est au chômage Pierre… »

pourra faire ressortir des images négatives (est devenu nerveux et irritable) aussi bien que positives
(a le temps de bricoler).

Des stimuli visuels


L'approche indirecte peut être réalisée au moyen des réponses recueillies à partir d'images, de
dessins, de schémas ou de photos, ou sous forme de mise en scène avec des bulles à compléter.
L'aspect ludique de cette approche facilite généralement la réponse. Mais il faut que les tests soient
bien choisis, pour qu'ils aient de l'intérêt pour l'enquête. Voici des exemples de ce procédé.

Exemple : Question posée à des instituteurs dans un questionnaire écrit pour apprécier l'attitude par
rapport aux bandes dessinées.

« Que va répondre l’instituteur ? Remplissez la bulle en donnant la première réponse qui vous vient à
l'esprit ».

Est-ce que vous


pourriez me conseiller
une bande dessinée
intéressante pour un
enfant de 10 ans ?
Poser des questions accessibles : être compris
Faciliter la tâche des enquêtés et régler pour eux les problèmes cognitifs est un souci majeur du
réalisateur de questionnaire.

Niveau conceptuel adapté et concret


Pour chaque question, on se demande si le sujet est capable d'y répondre sans difficulté, si la
question ne porte pas sur un concept trop abstrait, si elle est suffisamment concrète et précise.

« Votre meilleur ami est-il introverti ou extraverti ? »

Même des étudiants de psychologie peuvent avoir du mal à le déterminer. Il existe des tests formés
d'une série d'indicateurs pour évaluer cette tendance.

« Comment définiriez-vous votre humeur ? »

est une question bien générale et abstraite : l'humeur peut prendre des tours divers. En disant :

« Ces trois dernières semaines, diriez-vous que vous étiez en général gai ou triste ? »

la question devient plus précise : on a défini une période de temps et ce qu'on entend par humeur.

Du bon usage des filtres


Si une personne n'est pas concernée par une situation, inutile de lui poser la question. Ainsi on évite
d'interroger quelqu'un à propos de sa voiture sans s'être assuré qu'il a une voiture. De même avant
de demander :

« Quel est l'âge de vos enfants ? »

il faut au préalable s’enquérir :

« Avez-vous des enfants ? »

Lorsqu'une question ne s'adresse qu'à une partie des répondants elle sera donc introduite par une
question filtre.

S'il n'y a pas de filtre, un répondant de bonne composition, même s'il n'est pas concerné par une
situation, peut essayer de donner une réponse, simplement pour faire plaisir au questionneur
(surtout si la question est fermée). Il se mettra dans l'esprit de quelqu'un ayant une voiture. Un autre
répondant peut estimer que le questionnaire dans son ensemble ne le concerne pas et cesser de
répondre. Dans tous les cas, l'information recueillie sera de mauvaise qualité.

Le vocabulaire
Élaborer un questionnaire demande une réflexion importante sur le vocabulaire. Non pas pour faire
une œuvre littéraire, mais pour qu'il soit compris par tous et compris de la même façon par tous.

Pour chaque mot utilisé on se demandera :

- s'il signifie bien ce qu'on veut dire ;


- s'il n'a pas d'autre sens, ou si le contexte précise suffisamment le sens ;
- s'il ne peut être confondu avec un autre mot ;
- si l'on ne peut trouver un autre mot ou une autre tournure plus simple, plus claire,
plus courte.

Un vocabulaire simple et familier


Le langage des questions sera simplifié, ordinaire, naturel, sans être artificiellement populaire. Il doit
être conforme au niveau de vocabulaire du répondant le plus simple ou le moins instruit. L'erreur de
l'expert consiste à attribuer aux répondants un degré de compétence qu’ils n’ont pas ou à utiliser un
langage de spécialiste.

On est souvent obligé de remplacer certaines formes par un mot plus familier, par exemple :

fréquence d’achat  tous les combiens achetez-vous ?

en permanence  tout le temps

suffisamment  assez

ascendants  parents

attitude  opinion

catégorie  profession ou métier


socioprofessionnelle

majeur  principal

résider  habiter, vivre

Les abréviations (i.e., ex., env., gym ... ), les sigles (MST, RIB, CIO ... ), à moins qu'ils ne soient
vraiment passés dans l'usage (comme SIDA), le langage technique ou spécialisé (corrélation,
liquidités, chronologie, déontologie, prestations sociales ... ) seront évités dans les questions.

On peut prévoir des explications pour des termes qui risquent d'être mal compris. Cela permet de
conserver le mot savant pour ceux qui le connaissent et de renseigner ceux qui ne le connaissent pas.
Ainsi, on précise par exemple

« méthodes contraceptives, c'est-à-dire méthodes destinées à éviter d'avoir des enfants»

ou

« astrologie (étude de l'influence des astres sur le destin des hommes) »

ou

« médias (journaux, radio, télévision) ».

Par contre donner des exemples particuliers risque d'encourager le répondant à se limiter à ces
exemples.
Le langage utilisé dans le questionnaire doit être adapté au groupe concerné par l'enquête.
L'enquêteur ne s'adressera pas de la même façon à des enfants, des lycéens, ou des enseignants. Il
devra faire un effort pour utiliser dans le questionnaire les tournures de vocabulaire de la population
concernée par l'étude (d'où l'intérêt de la préenquête).

Éviter les mots à plusieurs sens


Le vocabulaire est souvent équivoque. Les mots n'ont pas le même sens pour tous. Il y a des usages
régionaux ou spécifiques à certains groupes sociaux. Par exemple la matinée renvoie au matin ou au
début de l'après-midi ; une préoccupation est une occupation, un souci ou une obsession.

Certains mots usuels, donc simples, sont en même temps peu précis. Faire, aller, lire, connaître ont
un grand nombre de sens. Lire un journal, est-ce l'éplucher du début à la fin, le parcourir
distraitement, l'acheter de temps en temps, être abonné ? Quand on dit connaître, est-ce avoir
entendu parler ou être bien au courant ?

Les adverbes comme « souvent, quelquefois, régulièrement, habituellement, etc. » donnent lieu à
des interprétations individuelles :

« Dans la journée, portez-vous habituellement des lunettes ? »

À partir de quelle limite répondra-t-on « oui» ? On peut essayer de le demander. Mais l'enquêté
sera-t-il capable d'indiquer combien de temps dans la journée il porte ses lunettes.

« Allez-vous souvent au cinéma ? », « Lisez-vous fréquemment des revues en langue étrangère ? »

sont d'autres exemples où chacun donnera une réponse subjective. En général, on essaie de spécifier
ces « quantificateurs vagues» par des indications de fréquence comme :

« moins d'une fois par an/de une à cinq fois par an/de six à douze fois par an/plus de douze fois par
an ».

Dans certains cas cependant, ces adverbes peuvent convenir. Par exemple :

« Vous lavez-vous les mains avant de passer à table : presque jamais/parfois/souvent/toujours ou


presque toujours ? »

Éviter les formes grammaticales peu claires


Les questions contenant des formes négatives sont plus difficiles à comprendre :

« Ne pensez-vous pas que la peine de mort devrait être rétablie ? »

Le sujet aura du mal à savoir s'il doit répondre « oui» ou « non» pour marquer son accord. C'est
l'encourager à répondre au hasard

Adapter le vocabulaire à la forme de recueil de l'information


On n'utilise pas exactement le même langage à l'écrit ou à l’oral : un peu plus de familiarité pour
l'oral, un peu plus de correction pour l'écrit. Le choix du mode de passation doit donc être réalisé
avant la mise en forme du questionnaire.
Préciser le cadre de référence
Il s'agit qu'une question soit comprise par tous les répondants de la même façon et de la façon dont
le chercheur l'a prévu. Toute ambiguïté dans les questions devra être levée. Même une question
simple comme :

« Où êtes-vous né ? »

peut amener comme réponse un pays, une région, une commune ou le nom d'une maternité.

Autre exemple : pour des plus de 60 ans : « Quand vous étiez jeune ... »

peut renvoyer à une période de jeunesse variable. Préciser dans la question la période de référence
qui place tous les répondants dans la même situation :

« Quand vous étiez jeunes, que vous aviez 18 ans ... »

Une seule idée par question


Éviter les questions doubles est un des premiers conseils donnés aux constructeurs de
questionnaire :

« Pensez-vous que la commune doive payer des moniteurs spécialisés pour enseigner les matières
artistiques et l'éducation physique dans les écoles ? »

demande à être décomposé en deux questions simples (à propos des matières artistiques d'une part
et de l'éducation physique d'autre part).

Dans la question :

« Passez-vous vos vacances : seul/en famille/avec des amis/en club de vacances/en camping ? »

la liste de réponses mélange deux critères (avec qui et de quelle manière). Là encore, il est nécessaire
d'élaborer deux questions, une pour chaque thème.
Poser des questions neutres : ne pas influencer
L'objectif d'un questionnaire d'enquête n'est pas de faire dire, mais d'obtenir des réponses sincères.
Dans le libellé des questions, il faut prendre garde aux risques de suggestion induits par les questions
tendancieuses ou « biaisées »

Tenir compte de tendances psychologiques


On a déjà rencontré le phénomène de désirabilité sociale et la façon dont on essaie de s'en prémunir.
C'est un effet important dans l'enquête, mais ce n'est pas le seul à l’œuvre dans le questionnaire.

Tendance à l'acquiescement
En général on préfère dire oui, être d'accord, plutôt que de s'opposer ou de ne pas répondre. Bien
évidemment des questions commençant par :

« Êtes-vous en faveur de », « êtes-vous d'accord que ... », «faut-il... »

Invitent à aller dans le sens positif.

Les deux questions suivantes incitent chacune à choisir la réponse « oui» :

«D'une manière générale, diriez-vous qu'on peut faire confiance à la plupart des gens ? » : Oui/Non

«D'une manière générale, diriez-vous qu'on n'est jamais assez prudent quand on a affaire aux autres ?
» Oui/Non.

Proposée sous forme d'alternative, la question invite à une réponse moins «mécanique », en
obligeant à prendre parti :

« D'une manière générale, diriez-vous : qu'on peut faire confiance à la plupart des gens ou qu'on n'est
jamais assez prudent quand on a affaire aux autres ? »

Résistance au changement
C'est un effet bien connu des psychologues. Il y a davantage de réticence dans l'acceptation d'une
idée lorsque le mot « changement» est utilisé, que lorsque cette idée est reprise sous une autre
forme.

Par exemple aux États-Unis en 1939 la proportion de réponses en faveur

« d'un changement de constitution pour » est moindre que la proportion en faveur de « l'addition d'une
loi à la constitution » (26 % contre 36 %).

Effet de crédibilité de l'émetteur


Lorsqu'une opinion est attribuée à quelqu'un de prestigieux, il y a des variations liées à la
personnalité en cause. De même utiliser la caution d'experts risque d'influencer les opinions.

Effet d'ordre de présentation des réponses


L'ordre des items dans un choix sur une liste peut influencer la réponse : le premier et le dernier
élément ont tendance à être favorisés (surtout avec des listes longues).

Éviter les questions « chargées »


Les questions chargées sont susceptibles d'influencer par un vocabulaire ou une forme tendancieuse
ou par un contenu émotionnel provoquant des réponses stéréotypées. Ainsi la question :
« Devrait-on enseigner à l'école comment avoir une alimentation saine et équilibrée ? »

a recueilli 100 % de réponses « oui» ! Ce n'est pas étonnant : qui pourrait s'opposer à un projet aussi
louable ?

Forme suggestive de la question


Certaines questions sont inductives car elles incitent à se rallier aux hypothèses de l'enquêteur.

« Vu l'augmentation prévue de la population et du nombre de véhicules privés, vous aurez le choix, d'ici
à une décennie, entre l'asphyxie ou l'acceptation de transports urbains rénovés ; dans cette hypothèse,
renoncerez-vous sincèrement à votre automobile ? »

est une question manifestement tendancieuse.

Les effets induits sont parfois plus subtils et reposent sur des détails de vocabulaire, comme en
témoigne l'anecdote suivante'' :

Deux moines, un Dominicain et un Jésuite, discutent pour savoir si c'est un péché de prier et de fumer
en même temps. N'arrivant pas à se mettre d'accord, ils décident de consulter leur supérieur respectif.

Une semaine plus tard, nouvelle rencontre :

 Le Dominicain : Alors qu'a dit votre supérieur ?


 Le Jésuite : Il a dit que ce n'était pas un péché.
 Le Dominicain : Comme c'est étrange, mon supérieur m'a dit que c'était un péché.
 Le Jésuite : Que lui avez-vous demandé ?
 Le Dominicain : Je lui ai demandé si c'était bien de fumer en priant.
 Le Jésuite : Moi, j'ai demandé si c'était bien de prier enfumant.

Il est donc nécessaire de se demander si la forme d'une question n'oriente pas le choix du répondant.

Question générale
Poser une question sur un plan général engage peu le répondant. Par exemple la question :

« Les USA devraient-ils faire tout ce qui est en leur pouvoir pour établir la paix mondiale»

a recueilli 97 % de réponses d'acquiescement de la part des Américains.

Sous la forme :

« Les USA devraient-ils s'engager dans des plans visant l'établissement de la paix mondiale»

faisant référence à une action plus précise (« des plans »), la question devient plus discriminative
puisque le pourcentage d'accord tombe à 60 %.

Choix entre des énoncés déséquilibrés


« Êtes-vous pour la peine de mort qui est une cause de dissuasion réellement efficace contre le crime,
ou contre ? »

est un exemple de question manifestement déséquilibrée. Une seule modalité est argumentée de
façon positive, montrant la bonne réponse. Lorsqu'on demande un choix entre propositions, on
essaie d'avoir des phrases sensiblement de même longueur, avec le même genre d'arguments. Par
souci de neutralité, il est important aussi d'équilibrer le nombre de réponses positives et négatives
présentées dans une question (par exemple pour les degrés d'acceptation ou de satisfaction).

La fausse synonymie
Certains mots ont des connotations positives ou négatives et risquent de faire oublier le contenu réel
des questions pour susciter des réactions favorables ou défavorables.

L'exemple suivant, maintes fois testé aux États-Unis, manifeste la non-équivalence de termes comme
« ne pas autoriser» et « interdire ». Au printemps 1976 la question :

« Pensez-vous que les États-Unis devraient interdire les discours publics contre la démocratie ? »

recueille 21 % d'accord pour l'interdiction. Sur un échantillon identique de près de 1 500 individus, la
forme :

« Pensez-vous que les États-Unis devraient autoriser les discours publics contre la démocratie ? »

réunit 48 % de réponses en faveur de « ne pas autoriser» (c'est-à-dire donc d'interdire). «Interdire»


et « ne pas autoriser» ont une connotation différente. Une formulation plus neutre serait sans doute
de demander :

« Pensez-vous que les USA devraient autoriser ou interdire des discours publics contre la
démocratie ? ».

Un autre exemple, testé en France, montre que des énoncés apparemment synonymes ne le sont
pas.

« Approuveriez-vous ou désapprouveriez-vous la création de dispensaires spécialisés où les femmes


pourraient être renseignées sur tous les moyens à employer pour éviter la grossesse ? »

recueille 22 % de désapprobation. En remplaçant la dernière partie de la phrase par

« pour avoir le nombre d'enfants désirés »

le taux de désapprobation diminue de moitié (10 %). Dans le premier cas la signification de
l'expression peut être perçue comme refus de maternité ; dans le second cas le vocabulaire a le sens
positif d'acceptation de maternité.

Vocabulaire à contenu affectif


Certains mots sont chargés idéologiquement : des termes comme liberté, droits de l'homme attirent ;
à l'opposé des mots comme avortement, fasciste, communiste (surtout aux États-Unis dans les
années 50) sont rejetés. Ceci est tout à fait manifeste dans l'exemple suivant où deux questions
étaient posées (à bonne distance dans le questionnaire) aux Américains au moment de la Seconde
Guerre mondiale : la question :

« Êtes-vous partisan de la liberté de parole ? »

recueille 97 % de réponse « oui ». Mais si l'on demande :

« Estimez-vous que l'on doive permettre aux fascistes et aux communistes de tenir des réunions et d'y
exprimer leur point de vue ? »
il n'y a plus que 23 % d'accord. Chaque question insiste sur une image affective, un stéréotype :
liberté d'une part et fasciste/communiste d'autre part

Utiliser les questions chargées


Si une question induit une réponse unanime, elle n'a aucun intérêt pour l'analyse. Il est nécessaire de
lutter contre ce consensus en introduisant « une charge », c'est-à-dire un argument pour
contrebalancer la tendance. On a déjà vu que c'était un moyen pour éviter la désirabilité sociale liée
à certains comportements.

De la même façon en matière d'opinion, proposer un choix tempéré peut aider à accepter des
réponses peu valorisantes. Par exemple il peut être difficile à des personnes d'avouer leur
insatisfaction de leur vie de couple si on les questionne sans précaution :

« Êtes-vous satisfait ou insatisfait de votre vie de couple ? ».

La réponse sera plus sincère si on demande :

« Diriez-vous que vous êtes entièrement satisfait de votre vie de couple, ou diriez-vous qu'il y a des
choses dont vous n'êtes pas entièrement satisfait ? »

Il est donc des cas où une question chargée est une façon d'aider le sujet à répondre sincèrement.
Économie globale du questionnaire
Les indicateurs ont été envisagés comme autant de cas séparés. Il ne faut néanmoins pas perdre de
vue qu'une question fait partie d'un ensemble, d'où des problèmes d'ordonnancement et de
présentation.

Agencement des questions


Un questionnaire doit donner l'impression de se dérouler harmonieusement.

Ordre des questions : logique


Il est important que l'ensemble « passe bien» et donne au répondant une impression de cohérence
et de continuité. On abandonne l'ordre des thèmes et des hypothèses du projet de recherche pour
construire un questionnement avec une apparence de naturel pour le répondant, sans coq-à-l'âne
étonnants. Il faut aussi penser aux filtres lorsque certaines questions ne doivent pas être posées à
tous.

Prévoir des transitions ou des titres


On peut signaler les transitions ou les changements de thèmes. Dans un souci de standardisation, les
phrases introductives que l'enquêteur doit prononcer sont notées sur le questionnaire :

« Pour commencer je vais vous poser des questions sur ... », « maintenant, passons à un autre sujet », «
maintenant des questions à propos de ... »

on annonce la fin de l’entrevue :

«L'entretien et terminé. Merci pour votre participation. Avez-vous quelque chose à ajouter, des
commentaires ... ».

Dans le questionnaire auto-administré, des titres chapeautant une série de questions font apparaître
le questionnaire moins long. Ces titres ne reprennent pas nécessairement les axes de la recherche :
ils doivent simplement apparaître comme logiques et éclairants pour les enquêtés.

La première question : « brise-glace»


La première question est choisie avec une attention particulière car elle « donne le ton ». Or par effet
de primauté, les premières impressions ont une certaine persistance.

Pour rompre la glace, on commence par une question d'ordre général, claire, simple, intéressante
pour donner envie de continuer. Par exemple, une entrée en matière naturelle pour aborder des
visiteurs d'une exposition est de leur demander :

« Aujourd'hui est-ce votre première visite à l’exposition ? »

Dosage des difficultés


D'une façon générale, on va du général au particulier, du simple au complexe.

On s'arrange pour doser les types de questions. Les questions difficiles ou gênantes n'apparaissent
pas au début du questionnaire. Elles sont préparées par une question banale et facile à répondre,
une « question-locomotive ».

Comme nous l'avons noté, les questions signalétiques sont en général posées à la fin du
questionnaire, annoncées par une phrase introductive.
Phénomènes de contagion ou « effet de halo »
Les réponses à une question peuvent se trouver contaminées par celles qui ont été données à des
questions précédentes (et tout spécialement la dernière). On s'est par exemple aperçu qu'une
question sur l'attitude par rapport à l'avortement était influencée par une série de questions
antécédentes sur les pratiques religieuses. On veillera donc à éloigner les questions sensibles ou à en
modifier l'ordre.

Un autre effet de la position d'une question dans le questionnaire est parfois constaté : les
informations apportées implicitement par le contenu du questionnaire entraînent une modification
notable du taux de réponse. Ainsi, la même question :

« D'une manière générale, diriez-vous que le nombre de naissances en France est actuellement trop
élevé, pas assez élevé ou comme il convient »

a recueilli 38 % de réponse « trop élevée» posée en début de questionnaire et seulement 29 % posée


à la fin. On peut estimer que le contexte a joué.

Longueur du questionnaire
Il n'existe pas en la matière de règle établie pour le nombre idéal de questions. Bien sûr il vaut mieux
éviter de faire trop long. Mais les limites sont très variables : elles dépendent des conditions de
passation (cinq minutes dans la rue, c'est beaucoup ; une demi-heure bien installé à son domicile,
c'est acceptable), de la difficulté des questions (bien conçu, un questionnaire long est bien accepté),
de la population enquêtée (plus ou moins convaincue de l'utilité de sa contribution) et bien sûr des
besoins de l'étude.

Pour les questionnaires envoyés par la poste, on conseille parfois de ne pas dépasser deux pages.
Mais de bons taux de retour ont été obtenus avec des questionnaires de dix à douze pages,
soigneusement formulés et testés. Dans un entretien de face à face, on conseille généralement de ne
pas dépasser vingt minutes. Mais on obtient des réponses à des questionnaires de plus de une heure
trente dans la mesure où la situation d'entretien a été acceptée.

Présentation matérielle
Le questionnaire aura une apparence professionnelle et simple. On pensera à numéroter les
questions et à laisser des espaces suffisants pour écrire les réponses attendues.

Dans le cas d'une passation par enquêteur, le questionnaire se présente sous forme d'une
conversation courante entièrement programmée pour que l'enquêteur n'ait pas à innover. Outre les
questions, sont indiquées les consignes pour le choix des réponses et les instructions pour
l'enquêteur, y compris la formule de remerciement finale.

Si l'enquêteur peut pallier certaines maladresses du questionnaire par exemple en réagissant aux
questions filtres, en insistant pour avoir une réponse aux questions ouvertes, en répétant une
question pas très bien comprise, dans le cas d'un questionnaire auto-administré, la présentation
(avec une typographie agréable, claire, aérée et éventuellement illustrée) et les consignes de chaque
question doivent être particulièrement soignées pour que le répondant puisse se débrouiller seul.
L'ordre a moins d'importance car en général le sujet parcourt le questionnaire dans son ensemble
avant d'y répondre
Le test du questionnaire
Un moment important
On peut demander à des experts de relire le questionnaire pour corriger certains défauts. Mais cela
ne permet pas de se passer des essais sur le terrain. Quelle que soit l'expérience du concepteur, la
mise à l'épreuve de l'instrument d'enquête auprès d'un nombre limité de sujets est nécessaire. Le
questionnaire donne-t-il des informations utilisables ? Quelles difficultés laissent augurer l'enquête ?
Le temps consacré à tester et remanier le questionnaire est toujours un gain en qualité de réponses.

Le questionnaire est essayé dans des conditions proches des conditions réelles, auprès de 20 à 50
personnes ayant entre elles le maximum de diversité. Ces sujets ne seront plus interrogés par la
suite. Bien sûr le mode d'administration du test est le même que celui prévu dans l'enquête.

C'est le travail du réalisateur du questionnaire de mener les essais et les discussions post-test avec
les répondants. Il observe la situation en notant leurs hésitations, leurs questions ou les difficultés
qu'ils rencontrent. Il conduit des interviews (parfois qualifiées de cognitives) pour comprendre
comment les enquêtés interprètent les questions. Une technique efficace consiste à leur demander
de « penser à haute voix» pendant qu'ils répondent. Mais il est aussi possible de leur demander,
après la passation, d'expliquer leurs réponses, pour savoir comment ils ont compris les situations.

Cela peut être complété par une discussion sur l'appréciation du questionnaire et des questions :
ont-ils été gênés, intéressés, critiques, insatisfaits, ont-ils trouvé le questionnaire difficile ou long,
ont-ils des suggestions pour ajouter ou supprimer des questions, pour clarifier les instructions ou
modifier la présentation ?

Toutes ces informations seront soigneusement notées et utilisées pour remanier le projet. Si de
nombreuses modifications doivent être apportées au questionnaire, il faudra réitérer les essais sur la
version révisée.

Les enseignements du test


Une série d'interrogations permet d'évaluer le questionnaire en vue de son amélioration.

 Les questions sont-elles comprises ? Les enquêtés ont-ils du mal à répondre ? Donnent-ils
plusieurs réponses à une même question ? écrivent-ils des commentaires dans la marge ?
 Quelles questions passent mal et provoquent la gêne des enquêtés - parce qu'elles sont par
exemple trop personnelles et entraînent des refus de répondre, des rires, ou d'autres
manifestations de malaise ?
 L'information demandée est-elle appropriée aux répondants ? N'a-t-on pas oublié
d'introduire des filtres ? Les renvois prévus conviennent-ils ?
 Le vocabulaire, est-il adapté ? Y a-t-il des mots ou expressions qui nécessitent une
explication ? L'enquêteur, suit-il exactement le texte prévu pour la question ou est-il obligé
de l’aménager ?
 Les listes de modalités de réponses sont-elles pertinentes et exhaustives ? Les enquêtés en
ont-ils ajouté ? La modalité « autre» a-t-elle reçue beaucoup de réponses ?
 Les questions produisent-elles des variations de réponses suffisantes ? N'y a-t-il pas de
questions qui font l'unanimité sur une seule réponse (et qui seraient donc inutiles) ?
 L'ordre des questions paraît-illogique ? N'y a-t-il pas des effets liés à l'ordre des questions ?
 Y a-t-il des transitions, enchaînements, liens entre les questions ? Les textes de présentation
ou de transition conviennent-ils ?
 Des questions difficiles ne doivent-elles pas être positionnées plus loin dans le
questionnaire ?
 A-t-on indiqué aux enquêtés de quelle façon répondre (cocher, entourer, barrer, un choix,
plusieurs réponses possibles, etc.) ou a-t-on oublié les consignes ? Les enquêtés
comprennent-ils comment répondre aux questions ? Se conforment-ils aux consignes ?
 Les enquêteurs (dans le cas d'une enquête de face à face) comprennent-ils comment poser
les questions et noter les réponses ? Les consignes pour l'enquêteur sont-elles claires et
suffisantes ?

En outre, on peut :

 Essayer plusieurs formes de questions pour choisir celle qui paraît la meilleure.
 Fermer des questions ouvertes.
 Évaluer la durée de l'entretien.
 Relever les erreurs typographiques.

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