Codes traditionnels poésie :
- présence de vers (pas encore de prose comme dans Une Saison en Enfer)
- alexandrin, vers harmonieux / parfait, règne en maître
- alternance rimes féminines / masculines
- rimes classiques
- formes traditionnelles privilégiées: 11 poèmes sur 22 sont des sonnets
- l’héritage des poètes romantiques pèse encore sur les premières œuvres (ce
qui plus tard, l'invitera à ordonner que les Cahiers de Douai soient brûlés)
Thèmes traditionnels poésie :
- thèmes traditionnels conservés: amour, nature, la mort, beauté (corps
humain), la vie → opposés par ex à Baudelaire qui dans Les Fleurs du Mal
écrit “Une Charogne”, avec pour thème principal une carcasse
- Rimbaud influencé par les mouvements poétiques de l’époque (romantisme,
parnasse)
Un talent exceptionnel :
- 1861: Rimbaud rentre à l’école et se montre très vite très doué
- remporte chaque année des prix et récompenses
- Dès l’âge de dix ans, il prend sa plume et note ses impressions dans un
cahier de brouillon (et derrière un élève modèle se cache un garçon déjà
révolté)
- 1865: rentre au collège de Charleville où il continue d’accumuler les
honneurs, très doué, remarqué pour ses talents d’écriture: collectionne les
prix d’excellence en littérature, version grecque, thème latin, récitation
- Il rédige en latin avec aisance des poèmes → reçoit le premier prix
académique en 1869 pour des vers écrits en latin
- janvier 1870: il rencontre Georges Izambard, son nouveau professeur de
rhétorique (aîné de 6 ans) avec qui il se lie d’amitié
- Professeur et mentor, nourrit son intérêt pour la littérature
- Encourage le jeune poète dans sa vocation littéraire
- Il veille à ce qu’Arthur multiplie ses lectures en le laissant librement accéder à
son importante bibliothèque personnelle
- janvier 1870: publie “Les Étrennes des Orphelins” dans La Revue pour tous
Culture scolaire / références littéraires :
- jeune, écrit sur cahiers d’écoliers
- G culture littéraire
- stade de novice → ne possède pas la maturité d’un écrivain qui aurait passé
des années à développer son œuvre
- son identité de poète se forge en premier lieu par l'imitation → acquiert peu à
peu l’expérience nécessaire pour voler ensuite de ses propres ailes
- cherche son style, écriture qui ne s’est pas encore trouvée mais qui porte en
elle les traces de sa propre recherche
- poésie pleine de refs, encore marqué par ses lectures scolaires
- Attachement pour la culture humaniste
- Rimbaud puise dans les références mythologiques, culture gréco-romaine
- Soleil et Chair / Venus anadyomène : Rimbaud présente toute une galerie de
personnage mythologiques, en particulier Vénus, déesse de l’Amour.
- Certains des premiers poèmes de Rimbaud sont largement inspirés
d’exercices scolaires effectués en latin. Cela expliquerait aussi que les
sources d’inspiration soient si identifiables
- Rend hommage aux auteurs qui l’ont précédé (surtout Hugo et Baudelaire)
- Hugo inspire à Rimbaud ses évocations épiques et lyriques des milieux
populaires. (“Les Effarés”, “Le Forgeron”...)
Renouvellement forme poétique :
- Rimbaud cherche à révolutionner l’écriture poétique : explore les voies de la
modernité en se réappropriant la tradition de façon originale et novatrice.
- formes stylistiques plus audacieuses
- s’ouvre à une large variété de formes, comme s’il faisait des
expérimentations
- ajoute parfois des parties, découpe ses poèmes en des sortes d’actes
- hétérométrie (existe déjà mais pas très utilisée)
- joue sur le rythme avec de nombreux rejets, enjambements, césures →
musicalité nouvelle, préfigurant ce que Mallarmé appellera plus tard le vers
libre
- Verlaine, “De la musique avant toute chose, / Et pour cela préfère l’Impair /
Plus vague et plus soluble dans l’air, / Sans rien en lui qui pèse ou qui pose”
→ sur le chemin pour casser les codes
Nouvelles approches irrévérencieuses :
- R cherche à créer des néologismes qu’il emploie dans ses poèmes
- Dans sa poétique, création d’un nouveau mot = création d’un nouveau
monde
- langage prosaïque, familier
- sujets banals, vocabulaire trivial, la beauté dans le banal
- mélange les registres, utilise svt le registre satirique et ironique, opposé à
l’habituel registre lyrique présent en poésie
- ne se limite pas à une seule tonalité
- ironie dirigée vers de nbx personnages, passe svt par des procédés comme
les oxymores: Tartufe est « effroyablement doux » ; L’empereur de la victoire
de Sarrebrück est « flamboyant, féroce et doux »
- pratique l’autodérision: Rimbaud porte souvent un regard amusé sur
l’adolescent qu’il est
Renouvellement thèmes poétiques :
- Rimbaud parodie les auteurs qui l’ont précédé, les imite avec ironie
- Joue avec les références intellectuelles pour les manipuler et les détourner
afin de trouver sa propre liberté poétique
Thème de l’amour
● R rejette la tradition amoureuse pour en donner une version plus libre, plus
moderne
● svt amours de passage (amourettes) : serveuse rencontrée dans des
auberges, jeune femme avec qui il prend le train
● Derrière les émois amoureux se cache un grand amour, plus profond, l'amour
infini de la Nature, que le poète trouve en fuguant
Provocation morale :
- veut provoquer le lecteur et donc la société
- s’autorise bcp de choses
- fait de vulgarité et laideur des objets poétiques, montrer la beauté dans la
laideur → images frappantes, saisissante qui sont des transgressions
Quitte le monde de l’enfance :
- enjeu d’affranchissement
- l’enfance est l’état que le poète est sur le point de quitter, le moment où il
s’émancipe des tutelles diverses
- premiers émois amoureux: “Première Soirée”, “Roman”...
Emancipation de nombreux carcans:
- critique qui vient de sa jeunesse
- s’oppose aux normes établies
- critique des lourdeurs de la bourgeoisie, de l’église, du régime politique,
volonté de se détacher des modèles familiaux, religieux, moraux
- critique avec humour, sarcasme, ironie
- dégoût affiché pour la médiocrité, l’hypocrisie, les conventions sociales
- affirmation précoce d’une parole marginale, porteuse d’une vision
personnelle du monde
Emancipation cadre familial / désir de liberté :
- thèmes de liberté et d’évasion omniprésents
- rejette la figure traditionnelle du poète
- R ne se sent pas à l’aise sous le toit familial, mère autoritaire
- Il écrit dans des moments de fugue → volonté de s'affranchir de sa vie
d'enfant, affranchissement familial (et géographique)
- Dans Les Cahiers de Douai, le poète s’éloigne progressivement de la ville.
Dans « Roman », la promenade des tilleuls est encore trop proche de la ville
pour offrir une véritable ivresse. Dans « Ma Bohème » il trouve sa liberté dans
l’errance et l’immensité du paysage. Ainsi, chez Rimbaud, le voyage est
synonyme de liberté et donc de bonheur.
- décrit svt le poète en marche, dans le mouvement, dans la course →
métaphore d’un refus de toute assignation, du rejet de toute contrainte
- poète en errance, vagabond, rejet du confort et de la stabilité
- poète sans le sou → “Au Cabaret-Vert”: “depuis huit jours, j’avais déchiré mes
bottines” - “Ma Bohème”: “poches crevées”, le “large trou” de sa culotte.
- aspiration à une vie d’intensité et d’invention / création
- écrit dans une lettre adressée à son professeur Georges Izambard: “Je
m’entête affreusement à adorer la liberté libre.”
- Verlaine donnait à Rimbaud APRÈS les Cahiers de Douai le surnom de
“L’Homme aux semelles de vent” → liberté d’aller et venir, de créer, de
penser
Émancipation politique :
- dénonce injustice de la guerre
- Démasque l’hypocrisie du pouvoir : les dirigeants provoquent les guerres,
mais ne les subissent pas
- Rejet du militarisme et de la guerre, instrument du pouvoir
- Condamnation implicite de la hiérarchie militaire, où les soldats sont des
pions sacrifiés
- Les dirigeants sont accusés de cynisme: "C’est Dieu qui rit aux autels
sanglants des martyrs.” (Ironie amère sur la religion utilisée pour justifier la
violence d'État.)
- satire de Napoléon III
- “Le Mal”: « Les rois souriaient, insouciants, sur leurs trônes sanglants. » → N3
présenté comme un empereur indifférent aux souffrances du peuple.
- “ L’Éclatante Victoire de Sarrebruck” : Napoléon est présenté comme un
personnage ridicule
- Le titre est ironique : se moque de la propagande impériale en présentant
cette bataille moins signifiante comme « une victoire capitale »
- Caricature grotesque de N3
- Dénonce la religion comme instrument d’oppression
- Napoléon III se présente comme un empereur catholique conservateur,
protecteur de l’Église.
- Rimbaud dénonce la manipulation religieuse utilisée par l’Empire pour
justifier son autorité.
- Le régime de Napoléon III, qui se vante d’ordre et de progrès, est dénoncé
comme injuste, inégalitaire et cruel.
- révolte contre l’Ancien Régime et la monarchie
- Violence politique revendiquée contre la monarchie
- “Le Forgeron”: Le narrateur, un forgeron, raconte comment il a décapité Louis
XVI. Le poème est violemment révolutionnaire, sans métaphore. "J’ai cassé le
roi ! — Moi, forgeron rouge, / J’ai mis sur l’enclume sa tête — et j’ai frappé !"
- Glorification de l’action révolutionnaire du peuple (le forgeron = figure du
travailleur).
- Caricature cette fois à travers le personnage de Louis XVI, dans lequel on
peut reconnaître Napoléon III
- L’éveil d’un esprit révolutionnaire qui explosera en 1871 (avec la Commune
de Paris et ses poèmes comme L’Orgie parisienne)
Emancipation sociale :
- satire société bourgeoise, ordre social injuste
- Dénonciation de l’injustice sociale, l’exclusion, de la faim, de la misère du
peuple
- Critique implicite de la bourgeoisie qui conserve ses richesses et recherche
le profit au détriment des plus pauvres, leur conservatisme et bêtise
- Solidarité avec le peuple, Rimbaud prend parti du côté des opprimés
- Rimbaud donne une voix aux marginaux, aux pauvres, aux démunis : ceux
que la poésie traditionnelle ignore
- C’est déjà une révolution du regard, une façon de remettre le monde à
l’endroit
- critique religion
- Rimbaud exprime son indignation face à un Dieu qui laisse faire la guerre.
- Critique l'hypocrisie de la religion catholique, il s’en prend à l’Église avide du
moindre sou + Tartuffe etc