I.
GENERALITES SUR LE FILTRAGE NUMERIQUE
1. Définition de filtre numérique
On appelle « filtre numérique » un système utilisé pour modifier la distribution
fréquentielle d’un signal numérique selon des spécifications données. Un filtre numérique
peut être vu comme un procédé de calcul permettant de transformer un signal numérique
d’entrée (séquence de nombres) en un signal numérique de sortie (seconde séquence de
nombres) pour obtenir la modification voulue du signal. Le problème du filtrage numérique
consiste donc à déterminer l’équation régissant cette transformation des signaux numériques
qui d’une part doit représenter la réponse fréquentielle spécifiée et d’autre part peut être
effectivement réalisée. La transformation peut être implantée sous forme de logiciel
(algorithme) ou matériel (circuits électroniques).
2. Principe de filtrage numérique
Dans le domaine du traitement du signal, un filtre agit dans le domaine des fréquences
pour séparer des signaux entre eux ou éliminer des signaux indésirables.
Les filtres en général, faisant partie des systèmes linéaires stationnaires, sont des
convolueurs temporels.
𝑠(𝑡) = ℎ(𝑡) ∗ 𝑒(𝑡)
𝑆(𝑓) = 𝐻(𝑓). 𝐸(𝑓)
Ces derniers établissent une relation simple dans le domaine des fréquences ; c’est pourquoi
ils sont utilisés comme filtres.
Un filtre ne doit pas déformer le signal qu’il est chargé de conserver. Pour cela, sa réponse
en fréquence doit répondre à deux conditions essentielles :
Module constant dans la bande passante.
Phase linéaire dans la bande passante.
II. LES FILTRES NUMERIQUES A REPONSE IMPULSIONNELLE FINIE
(RIF)
1. Définition
En traitement numérique du signal, le filtre à réponse impulsionnelle finie ou filtre RIF (en
anglais Finite Impulse Response filter ou FIR filter) est un filtre numérique qui est
caractérisé par une réponse uniquement basée sur un nombre fini de valeurs du signal
d'entrée. Par conséquent, quel que soit le filtre, sa réponse impulsionnelle sera stable et de
durée finie dépendante du nombre de coefficients du filtre. Il peut aussi parler de filtre non
récursif ou de filtre à moyenne mobile, mais ces appellations sont restrictives ou abusives,
parce que quand on parle de moyenne mobile pondérée on n'a en principe pas des
pondérations négatives, et donc, au sens strict, les FIR de type moyenne mobile sont plutôt
des passe-bas, et parce que les FIR peuvent être implémentés de façon récursive. (En toute
généralité, ça n'a pas grand intérêt, mais un cas particulier comme la moyenne mobile non
pondérée peut très simplement se réaliser en intégrant la différence entre le signal d'entrée et
le signal d'entrée retardé.).
2. Principe et caractérisation
2.1. Réponse impulsionnelle.
Un filtre RIF calcule le produit de convolution de signaux échantillonnés. La fonction de
filtrage est définie par les valeurs des échantillons hk de la réponse impulsionnelle. Soit N le
nombre de coefficients numériques du filtre, la convolution réalisée se traduit par :
s(k) = h(k) ∗ e(k) = h(0)e(k) + h (1)e(k − 1) + h(2)e(k − 2) + ⋯ . . h(𝑁 − 1) e (k − N +1)
Les coefficients du filtre sont les échantillons de la réponse impulsionnelle.
Le diagramme ci-contre représente la convolution du signal par la réponse impulsionnelle
échantillonnée.
Figure
2.2. 1:Réalisation
Illustration graphique de la convolution
Bien qu’il existe plusieurs structures permettant l’implémentation d’un filtre RIF, les plus
connus sont
La structure canonique directe (transversale) :
A partir de la relation de sortie , on a
D’où le schéma fonctionnel suivant :
Figure 2: La structure canonique directe (transversale)
Structure repliée
Pour les filtres RIF à phase linéaire, les coefficients présentent une symétrie (paire ou
impaire) ; le nombre de multiplications peut être réduit avec une structure « repliée » :
Sur le schéma de l’exemple ci-dessous, le nombre de coefficients est impair
Figure 3: Structure repliée
2.3. Principales propriétés
Les principaux avantages des filtres RIF résultent dans sa stabilité et la nature de sa
phase :
Stabilité.
Les filtres RIF présentent une stabilité inconditionnelle vue que tous les pôles de sa
transmittance échantillonnée H(z) sont nuls, c’est-à-dire à l’intérieur du cercle unité
Phase :
Les Structures RIF peuvent générer des filtres à phase linéaire : Sa réponse fréquentielle
H(f) = R(f). e−jφ(f). Avec : φ(f) = φ0 + 2πfτ 𝜏: constante
est de la forme :
III. LES FILTRES NUMERIQUES A REPONSE IMPULSIONNELLE INFINIE
(RII)
1. Définition
Un filtre à réponse impulsionnelle infinie ou filtre RII (en anglais infinite impulse response
filter ou IIR filter) est un type de filtre électronique caractérisé par une réponse basée sur les
valeurs du signal d'entrée ainsi que les valeurs antérieures de cette même réponse. Il est
nommé ainsi parce que dans la majorité des cas la réponse impulsionnelle de ce type de
filtre est de durée théoriquement infinie. Il est aussi désigné par l'appellation de filtre
récursif. Ce filtre est l'un des deux types de filtre numérique linéaire. L'autre type possible
est le filtre à réponse impulsionnelle finie (filtre RIF). Contrairement au filtre RII la réponse
du filtre RIF ne dépend que des valeurs du signal d'entrée. Par conséquent, la réponse
impulsionnelle d'un filtre RIF est toujours de durée finie.
2. Caractérisation
Vue que la réponse impulsionnelle de ce filtre est infinie, sa caractérisation par une
opération de convolution s’avère impossible (le calcul prendra un temps infini). Le filtre
RII n’est donc pas réalisable par une structure transversale. Les filtres à réponse
impulsionnelle infinie ont une structure récursive.
Schémas fonctionnels
H(z) peut être décomposé de deux façons :
ou
Représentons les schémas fonctionnels du numérateur et du dénominateur. Leur
juxtaposition fait apparaître des modules de traitement commun qui peuvent être
rassemblés, ce qui diminue le nombre de mémoires et d’additions :
En commençant la réalisation du numérateur suivi par le dénominateur, on obtient la
forme dite ND. En inversant le sens de traitement, dénominateur puis numérateur, on
obtient une autre forme de schéma fonctionnel appelée forme DN. D’où les schémas
suivants :
Figure 4: schémas fonctionnels
IV. SYNTHESE DES FILTRES NUMERIQUES
1. Synthèse de filtre RIF
Il existe plusieurs façons de synthétiser un filtre numérique RIF. Dans cette étude, on va nous
concentrer sur un filtre passe bas en utilisant la méthode de fenêtrage.
Soit à réaliser un filtre passe-bas idéal de fréquence de coupure fc=0,2 Fe.
La fréquence réduite est
Le diagramme de Bode du filtre analogique en question ainsi que celui du filtre numérique
associé sont représentés ci-dessous :
La fonction génératrice de ce filtre est :
Réponse Impulsionnelle
La réponse impulsionnelle du dite filtre est
En échantillonnant celle-ci, nous obtenons :
Sa représentation temporelle est :
Remarquons que cette réponse impulsionnelle h(k) est infinie et non causale. Chose
normale puisque le filtre en question est idéal (pente du diagramme de Bode infinie).
Pour rendre ce filtre réalisable, il faut procéder par deux opérations dans le but de
rendre sa réponse impulsionnelle finie et causale.
Troncature de la réponse impulsionnelle
Cette opération, ayant pour objectif de rendre h(k) finie, peut se faire selon les actions
cidessous :
• Multiplication par une fenêtre rectangulaire symétrique de largeur Tw
• Tw est un multiple de la période d’échantillonnage pour garder un nombre entier de
coefficients. Tw=(N-1) Te
• Nous choisissons N=11 ce qui correspond au lobe central et deux lobes latéraux.
Tw=[Link] Graphiquement, la fenêtre de troncature est :
Sa transformée de Fourier a pour expression :
Soit :
Sous l’effet du fenêtrage, l’allure de la réponse impulsionnelle tronquée est :
La réponse impulsionnelle est maintenant finie mais non causale. Dans le domaine
fréquentiel, sa transformée de Fourier est : HT(f) = H(f) ∗ W(f)
Analyse du Filtre réalisé :
Fonction de transfert
La fonction de transfert en z du filtre du filtre réalisé est :
Le filtre contient 10 pôles nuls : il est très
stable
Réponse en fréquence : (Module)
Pour étudier la réponse en fréquence, on pose z = ej2πx
Ce qui donne :
En utilisant la symétrie de la réponse impulsionnelle hk = h10−k et en mettant e−j10πx en
facteur, on obtient
Ce module est tracé sur le graphe suivant :
La réponse est périodique comme prévu et si on analyse plus finement la réponse en
fréquence dans la bande utile, on aura :
Les ondulations dans la bande passantes sont dues à la suppression des harmoniques de
rangs élevés (phénomène de Gibbs).
Principales fenêtres
Dans l’objectif est de réduire les ondulations, tant dans la bande passante que dans la
bande rejetée, il existe de nombreuses fenêtres qui ont été étudiées, construites selon des
critères différents. Nous citons ci-contre une liste des principales fenêtres avec leurs
expressions mathématiques
Les allures en continu des différentes fenêtres citées sont :
Exemple Matlab
Le programme ci-dessous a pour objectif de synthétiser un filtre RIF d’ordre 128
avec une fréquence de coupure de 5KHz :
Résultats :
2. Synthèse d’un Filtre RII
Bien qu’il existe plusieurs méthodes de synthétiser un filtre numérique à réponse
impulsionnelle infinie, nous allons nous contenter de deux célèbres approches à savoir la
synthèse par transposition d’un filtre analogique et la synthèse par conservation de la
réponse impulsionnelle. Les étudiants désireux de s’approfondir peuvent consulter les
références présentées à la fin de ce document.
Le principe consiste à :
• Calculer un filtre analogique Ha(p)
• Transformer le filtre analogique en un filtre numérique équivalent ayant une
transmittance Hn(z)
Il faut toutefois cconserver la stabilité du filtre analogique, pour cela il faut :
• Transformer le demi-plan complexe gauche en l'intérieur du cercle unité
• Transformer l'axe des imaginaires en cercle unité
Synthèse par Transposition analogique-numérique
Les caractéristiques des filtres analogiques sont connues et répertoriées dans des
tables. Il peut être intéressant de transposer ces filtres en numérique.
Différentes méthodes sont utilisables qui correspondent à des approximations
numériques de la fonction intégration.
Considérons pour cela, la figure ci-dessous.
Il faut estimer en numérique la surface définie par une courbe à partir de ses
échantillons
Intégration par valeur inférieure :
La surface est calculée en effectuant la somme des rectangles roses : sk = sk−1 + Teek−1
Ce qui correspond à un intégrateur numérique de fonction de transfert
En identifiant avec l’intégrateur analogique, on a : . Ce qui correspond au
changement de variable :
La présente transposition n’est pas idéale et surtout ne conserve pas la stabilité. Un filtre
analogique stable peut être transposé en filtre numérique instable.
Intégration par valeur supérieure
Le raisonnement est identique au raisonnement précédent, mais avec les valeurs
supérieures. (Figure ci-dessus)
Le changement de variable à effectuer est donc :
Cette transformation n’est pas idéale car le comportement
en fréquence n’est identique à celui du filtre analogique qu’aux très basses fréquences.
La stabilité est conservée.
Transformation bilinéaire
Le principe consiste à approcher la surface globale par une somme de surfaces
trapézoïdales.
En exprimant ensuite puis l’identifiant à un intégrateur analogique, on trouve :
Soit
Cette transformation transpose l’axe imaginaire en cercle unité : Si
on pose p = jω, on aura |𝑧|
=1
Dans cette transposition la stabilité est conservée, mais l’échelle des
fréquences est modifiée.
Exemple Matlab : commande « binlinear »
Synthèse par invariance de la réponse impulsionnelle
Principe :
- A partir d’un filtre analogique connu, on établit d’abord sa réponse
impulsionnelle h(t) qu’on échantillonne pour obtenir h(k)
- Etablir la correspondance entre les pôles de H(p) et les pôles de H(z): ainsi pour
un pole analogique b, on lui fait correspondre dans H(z) l’expression 𝑒𝑏𝑇𝑒 ( 𝑏 →
𝑒𝑏𝑇𝑒)
Exemple :
Soit un filtre analogique de premier ayant une transmittance H(p) telle que :
Sa réponse impulsionnelle : ℎ(𝑡) = 𝑒𝑏𝑡
Après échantillonnage : ℎ(𝑘𝑇𝑒) = 𝑒𝑏𝑘𝑇𝑒
Fonction de transfert H(z) du filtre numérique : 𝐻(𝑧)=𝑇𝑍(ℎ(𝑘𝑇𝑒)) =
Soit 𝑇𝑍(𝑒𝑏𝑘𝑇𝑒)
Conservations de la stabilité :
Si 𝑅𝑒(𝑏) < 0, alors |𝑒𝑏| < 1 : le pôle du filtre numérique appartient au cercle unité
: On a donc bien une conservation de la stabilité
Précaution :
La réponse du filtre numérique sera proche de celle du filtre analogique dans la
bande si le filtre analogique a une réponse fréquentielle nulle en dehors
de cette bande. Cette méthode est donc utile uniquement dans le cas de filtres
analogiques à bande limitée.
Exemple Matlab : commande « impinvar »
3. Comparaison des différents filtres numériques
Les qualités des différents filtres numériques sont liées aux applications et aux progrès
technologiques. Néanmoins, il est bon de préciser les propriétés qui vont orienter le choix .
Les filtres RIF nécessitent en général un nombre de coefficients élevé, plus élevé que les
filtres RII pour une même sélectivité. Mais la linéarité de la phase, propre aux filtres RIF est
indispensable aux traitements de certains signaux comme les images.
Les filtres RIF sont toujours stables ; ils sont très utilisés en filtrage adaptatif. Les filtres RII
en treillis sont faciles à stabiliser ; ils sont utilisés dans la modélisation des conduits vocaux.
Tableau : Le choix entre un filtre FIR et IIR
Critère R.I.F R.I.I.
Maîtrise de la phase Oui Non
Complexité Très faible Faible
Calcul possible Risque de problème en cas
Stabilité par de précision de calcul
TFD Toujours insuffisante
Nombre de Moyen faible
coefficients
nécessaires
Précision nécessaire Moyenne Assez grande
pour les calculs
Adapté à la multi- Oui Non
cadence