Optimisation Et Modélisation de Protection Intégrées Contre Les Décharges Électrostatique, Par L'analyse de La Physique Mise en Jeu
Optimisation Et Modélisation de Protection Intégrées Contre Les Décharges Électrostatique, Par L'analyse de La Physique Mise en Jeu
Optimisation et modélisation de
protections intégrées contre les
décharges électrostatiques, par
l’analyse de la physique mise en jeu
THÈSE
présentée et soutenue publiquement le 14 mai 2004
pour l’obtention du
par
David Trémouilles
Composition du jury
Président : J.M. Dorkel
Rapporteurs : G. Ghibaudo
G. Groeseneken
Examinateurs : L. Lescouzères
P. Nouet
Ph. Perdu
Invité : F. Beaudoin
Directrice de thèse : M. Bafleur
Le travail présenté dans ce mémoire a été effectué conjointement au sein du groupe ”Compo-
sant et intégration de puissance” (CIP) du laboratoire d’analyse et d’architecture des systèmes
(LAAS) du CNRS et du groupe de technologie de la société ON Semicondutor à Toulouse.
A ce titre, je tiens à remercier Monsieur J.C. Laprie et M. Ghallab, directeurs successifs
du LAAS, de bien avoir voulu m’acceuillir au sein du Laboratoire.
Je remercie également Monsieur J.L. Sanchez, Directeur de recherche au CNRS et respon-
sable du groupe CIP pour m’avoir donné les moyens de mener à bien ce travail. J’ai également
une pensée émue pour Monsieur G. Charitat, ancien directeur du groupe.
C’est avec une profonde sincérité que j’adresse ma reconnaissance à Madame Marise Ba-
fleur, Directrice de Recherche au CNRS, qui m’a dirigé au cours de cette thèse. Je la remercie
pour son soutien permanent et pour ces précieux conseils qui m’ont permis de mener à bien ce
travail dans les meilleures conditions.
J’adresse mes remerciements à Lionel Lescouzères, responsable du groupe de technologie
de ON Semicondutor pour m’avoir encadré et pour la confiance qu’il m’a accordée tout au long
de cette thèse.
Je remercie les membres du jury, et tout d’abord Monsieur Jean-Marie Dorkel Professeur
à l’Institut des Sciences Appliquées (INSA) de Toulouse pour m’avoir fait l’honneur de présider
ce jury et pour les discussions très intéressantes que nous avons pu échanger.
Je remercie Gérard Ghibaudo, Directeur de Recherche au CNRS, et Monsieur Guido Groe-
seneken, Professeur à l’Université de Louvain (Belgique), qui ont accepté la tâche d’être rap-
porteurs de mes travaux de thèse.
J’adresse également mes remerciements à Monsieur Pascal Nouet, Maı̂tre de conférence à
l’Université de Montpellier, Philippe Perdu, Ingénieur Senior au Centre National des Études
Spatiales (CNES) et Félix Beaudoin Ingénieur au CNES, pour leurs participations au jury de
thèse et pour les échanges scientifiques fructueux que nous avons pu avoir.
Je remercie Monsieur Nicolas Nolhier, maı̂tre de conférence à l’Université Paul Sabatier de
Toulouse, pour ses compétences et ses grandes qualités humaines qui ont contribué à l’aboutis-
sement de ce travail.
Je remercie particulièrement Monsieur Nicolas Mauran, responsable de la salle caractéri-
sation du laboratoire, pour sa compétence, sa bonne humeur et sa patience durant les longues
heures passées à l’amélioration du banc de caractérisation TLP.
Je remercie également les membres de l’équipe ESD de ON Semiconctor Toulouse : G. Ber-
trand, E. Stefanov, R. Escoffier et P. Geulle. Je tiens également à remercier les membres
de l’équipe de design, pour qui ESD signifie encore trop souvent ”Expect Some Delay”.
Merci à Christelle Franchini (Delage) et Géraldine Bertrand, qui ont étudié le sujet des
ESD au cours des thèses précédant celle-ci. Sans leur compétences et les discussions instructives
que nous avons échangées, ces travaux de thèse n’auraient pu atteindre un tel aboutissement.
J’adresse également mes remerciements les plus sincères à Thomas Beauchêne et Fabien
Essely, successivement doctorant à l’IXL de Bordeaux, pour leur amitié et le temps qu’il ont
bien voulu consacrer à l’étude de nos échantillons.
Je noublie pas de remercier Isabelle Nolhier, secrétaire du groupe CIP pour sa disponibilité,
son efficacité et sa sympathie.
1
J’en profite également pour remercier tous mes amis et collègues de bureau ou de pause.
Dans le désordre je pense à : Isabelle B. (Petit ange et reine de l’anacoluthe), Rodolfe DM.
(Futur cadre de la metallurgie (au sens liturgie) s’il n’a pas perdu l’ouı̈e avant la fin ce sa
thèse...), Patrice B. (hier jeune doctorant dynamique et à cette date jeune cadre dynamique),
Jean Philippe L. (Le petit Suisse), Nicolas G. (Disciple), Christophe S. (Dit Bibi), Laurence et
Frédéric M. (Fred l’incolable...), Stephane A. (3D conceptor), Nicolas M. (zob), Christian C.
(D.J.), Sandrine A., Eric I., Hervé C. (maçons . . .), Isabelle N. (Maman), Nicolas N. (Papa),
J. Saint-Martin, Géraldine B., Chritelle D., Sylvie R., Thierry B.(Bah ! Te fais pas chier . . .),
Amaury G. (Le nouveau), Laurent R. (Ca se passe deux têtes plus haut), Steve J., Bruno E.,
Emmanuel D., Thomas B., Fabien E., Guillaume B. (english man), Laurent B. (Boubou), Adeline
F., Abdelhakim B., Eric A., Ghislain T., Karine I., Lionel M., Maxime D., ptifred, Laetitia et
Laurent M. (un ami de 15 ans (déjà...) ), Julien T., Aurelie C., Julien B., Jérome P., Stéphane
C., Anne Laure et Olivier D. (à qui je souhaite beaucoup de bonheur), les Caretounaı̈res, . . .
J’adresse à tous mes vœux de réussite les plus sincères.
Santé à tous les membres de l’équipe de rugby du LAAS et du CNRS.
Je salue également toutes les personnes que j’oublie de citer et qui ont pourtant compté au
cours de ces années de préparation de thèse.
Je tiens a exprimer ma reconnaissance à l’ensemble du personnel technique du LAAS, de la
gestion du personnel, du magasin et du service édition et documentation.
Je tiens a remercier également mon instituteur Monsieur G. Tourtonde qui m’a donné le goût
pour les sciences et l’informatique.
Enfin, c’est avec une profonde émotion que je remercie mes proches et ma famille pour le
soutien et la confiance qu’ils m’ont toujours accordés.
2
À mes parents.
3
4
Le savant n’étudie pas la nature parce que cela est utile ;
il l’étudie parce qu’il y prend plaisir
et il y prend plaisir parce qu’elle est belle.
Si la nature n’était pas belle, elle ne vaudrait pas la peine d’être connue,
la vie ne vaudrait pas la peine d’être vécue.
Henri Poincaré, extrait de Science et Méthode
5
6
Table des matières
Introduction générale 11
Chapitre 1
Décharges électrostatiques et outils de caractérisation
Chapitre 2
Étude des transistors bipolaires autopolarisés (TBA)
7
Table des matières
Chapitre 3
Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés
8
3.7.3 Critère de défaillance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84
3.7.4 Influence de la distance collecteur-émetteur . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
3.7.5 Influence de la géométrie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
3.7.6 Comparaison des performances avec les composants standards . . . . . . . 89
3.7.7 Techniques de déclenchement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
3.7.8 Analyse de défaillance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
3.8 Cas d’un TBA PNP . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
3.9 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
Chapitre 4
Modélisation de composants bipolaires autopolarisés
4.1 État de l’art de la modélisation de type SPICE des protections ESD . . . . . . . 101
4.1.1 Transistors bipolaires NPN . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102
4.1.2 Transistors NMOS . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
4.2 Approche retenue et justification . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105
4.3 Modélisation des TBA à collecteur faiblement dopé . . . . . . . . . . . . . . . . . 106
4.3.1 Présentation générale du modèle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106
4.3.2 Méthode de calcul du facteur de multiplication . . . . . . . . . . . . . . . 107
4.3.3 Variation du coefficient de multiplication avec la densité de courant . . . 109
4.4 Remarques pour la modélisation de transistors NMOS . . . . . . . . . . . . . . . 112
4.5 Modélisation du TBA de la technologie 3 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112
4.5.1 Modélisation de la diode DD . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
4.5.2 Extraction des paramètres statiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
4.5.3 Résultats de simulation, limitation du modèle . . . . . . . . . . . . . . . . 116
4.6 Étude de la dynamique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 118
4.6.1 Dynamique du déclenchement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 118
4.6.2 Déclenchement par dv/dt . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 119
4.6.3 Méthode d’optimisation du couplage de grille . . . . . . . . . . . . . . . . 123
4.7 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 127
Chapitre 5
Étude des stratégies de protections
9
Table des matières
Bibliographie 157
10
Introduction générale
Les décharges électrostatiques ou «electrostatic discharges» (ESD) en anglais sont des phé-
nomènes naturels qui peuvent détruire les circuits intégrés. On peut comparer cette agression
à celle de la foudre sur un arbre, laquelle met en jeu une densité d’énergie équivalente. Les
décharges électrostatiques sont devenues un problème majeur de la microélectronique à la fin
des années 1970, avec l’utilisation croissante des microprocesseurs et des technologie MOS. Au-
jourd’hui le souci de protection des composants couvre de nombreux domaines, les applications
radio-fréquences [1, 2], les composants optoélectroniques [3], les capteurs chimiques ISFET [4],
les micro-systèmes [5] . . .
Tous les dispositifs ou circuits de la microélectronique moderne, destinés à une utilisation
grand public, se doivent d’êtres protégés contre les ESD. Sans cette précaution, leur fiabilité et
en particulier leur durée de vie se trouveraient extrêmement limitées. Puces des cartes bancaires,
connecteurs de recharge des téléphones portables, ports de connexion informatiques (USB, Fire-
Wire,. . .), sont des exemples d’applications particulièrement critiques. 30 à 50 % des défaillances
des dispositifs sont attribuées aux conséquences des ESD, ce qui fait de ce domaine un grand
enjeu industriel.
Il est donc impératif de limiter l’impact de ces phénomènes :
– D’une part en contrôlant la génération de charges électriques dans les lieux stratégiques
que sont les zones de fabrication et de test des dispositifs par l’utilisation de bracelets
antistatiques, le contrôle du degré d’humidité, etc . . .
– D’autre part, en intégrant au cœur même du système des composants de protection qui
vont détecter et détourner les décharges protégeant ainsi les parties actives.
Aujourd’hui, compte tenu de la vulnérabilité croissante des circuits intégrés et de la réduction des
cycles de développement des circuits et des technologies, l’approche utilisée pour concevoir des
circuits de protection n’est plus empirique. Les études menées au cours des dernières décennies
ont conduit à la création d’outils de caractérisation et de simulation appropriés qui permettent
une conception plus méthodique.
L’objectif de nos travaux est de contribuer à l’amélioration de ces méthodes de conception
et des performances des composants de protection.
Pour cela, l’accent est principalement mis sur l’étude de la physique mise en jeu dans un
composant soumis à une décharge électrostatique. En effet, les densités de courant atteignent des
valeurs très importantes dans un composant soumis à un ESD. Ces régimes de fonctionnement
extrêmes vont bien au delà des régimes limites de fonctionnement de composants classiques. Nous
nous sommes donc attachés à décrire les phénomènes physiques spécifiques afin d’optimiser et
modéliser plus efficacement les composants de protection. Le cas d’une protection largement
répandue, le transistor bipolaire autopolarisé, est plus particulièrement étudié. De plus, l’étude
et l’optimisation de circuits de protection ESD est également menée.
Le premier chapitre donne une vue générale du problème des décharges électrostatiques et des
outils expérimentaux qui permettent d’étudier les composants de protection. La très courte durée
d’une décharge électrostatique et la très forte intensité du courant demande l’utilisation d’outils
de caractérisation spécifiques. Les modèles de décharges électrostatiques couramment utilisés
dans l’industrie et les testeurs associés sont décrits. Le banc de mesure TLP (Transmission Line
Pulse) et la technique de microscopie par émission de lumière qui permettent une caractérisation
11
Introduction générale
plus approfondie sont également présentés. Enfin, nous introduisons les techniques de localisation
de défaillance qui donnent également de précieux indices sur les mécanismes de dégradation. Les
techniques de stimulation laser sont plus particulièrement décrites. Les études présentées dans
les chapitres suivants s’appuient largement sur les résultats obtenus grâce à ces outils.
Le second chapitre est consacré à l’étude du fonctionnement des composants de protection
qui reposent sur des transistors bipolaires autopolarisés. Un rapide état de l’art de ce type de
composant est d’abord présenté. L’étude des phénomènes liés aux très fortes densités de courant
s’appuie sur les connaissances issues de l’électronique de puissance et des composants haute
fréquence. L’extension des approches adoptées en électronique de puissance permet de décrire le
comportement des composants. Nous présentons la construction d’un modèle unidimensionnel
adapté au fort courant à partir d’une méthode de modélisation régionale. Il en découle une
explication originale de la focalisation du courant dans ce type de composant et l’identification
de paramètres critiques pour leur optimisation.
Dans le troisième chapitre, l’optimisation de transistor bipolaire de protection de type NPN
est présentée. Les composants étudiés possèdent un collecteur faiblement dopé qui permet d’at-
teindre une grande robustesse aux ESD. L’étude de leur fonctionnement s’appuie sur l’utilisa-
tion de la simulation physique bidimensionnelle. Après avoir mis en évidence ses limitations,
l’utilisation astucieuse de cet outil permet de proposer une description approfondie de leur fonc-
tionnement ainsi qu’un ensemble de règles de conception pour obtenir des composants optimisés
et particulièrement robustes. Ces règles sont vérifiées expérimentalement sur trois technologies
distinctes. De plus, la description du fonctionnement proposée est validée par l’analyse des ca-
ractéristiques électriques TLP et les résultats de localisation de défaillance.
La prise en compte des effets de fortes densités de courant dans les modèles compacts de type
SPICE est abordée dans le quatrième chapitre. Après avoir présenté un rapide état de l’art des
méthodes de modélisation des composants de protection ESD, nous proposons une solution pour
enrichir ces modèles et prendre en compte les effets des fortes densités de courant étudiés dans les
chapitres précédents. Nous abordons également les aspects de la dynamique du déclenchement
des structures. Le cas des composants de protection réalisés à partir de transistors MOS est
traité plus en détail. Cette analyse est conclue par la présentation d’une méthode d’optimisation
de la technique de déclenchement par le couplage de grille.
Enfin, nous consacrons le dernier chapitre à l’étude de la stratégie globale de protection
d’un circuit intégré. Après un rapide aperçu des stratégies de protection couramment utilisées,
l’étude complète de la protection d’un circuit de test est présentée. L’efficacité de l’utilisation
de la simulation de type SPICE est démontrée. Cependant, nous mettons en évidence que le
développement de composants de protection performants et l’utilisation de la simulation pour
vérifier la validité d’une stratégie de protection ne sont pas suffisants pour garantir la robustesse
d’un circuit. Des phénomènes parasites liés à l’interaction des composants au sein du circuit
de protection sont mis en évidence. Les solutions proposées sont validées et la méthodologie de
conception enrichie pour éviter ce type de problème.
12
Chapitre 1
13
Chapitre 1. Décharges électrostatiques et outils de caractérisation
Le premier de ceux-ci est le plus courant. L’exemple typique est une personne qui marche sur
une moquette. En effet, lors du contact entre deux matériaux de nature différente (les chaussures
et le sol), un transfert d’électrons libres peut avoir lieu entre les objets. Si l’un d’eux au moins est
isolant, une charge résiduelle persiste (dans l’isolant) lors de la séparation. Cette charge en excès
va induire une différence de potentiel qui est fonction de la capacité entre l’objet ou la personne
et la terre. La quantité de charges transférée et leur polarité dépendent des caractéristiques
des matériaux (Travaux de sortie). La triboélectrification est d’autant plus importante que les
surfaces sont lisses et d’aire importante, et que la pression et la vitesse de frottement entre les
matériaux sont grandes.
La charge par induction est un phénomène typique des environnements informatiques. Il se
déroule en deux temps. Un objet conducteur placé dans un champ électrique, par exemple d’un
autre objet chargé ou d’un écran d’ordinateur, voit une partie de ses charges se séparer comme
l’illustre la figure 1.1(a).
+ - -
+
+
-
-
+ -
-
+
(a) (b)
- -
-
-
+ -
-
(c) (d)
Si l’objet est momentanément mis à la masse, une partie des charges va être évacuée, fi-
gure 1.1(b). L’objet est alors chargé, figure 1.1(c) et (d). Hors de la zone d’influence, s’il est de
nouveau mis à la masse, ses charges vont de nouveau s’équilibrer. Deux pics de courant peuvent
donc avoir lieu dans ce cas.
Le dernier phénomène, la charge par conduction, se déroule principalement sur les chaı̂nes
de test. Les composants étant souvent en contact, un composant chargé, par exemple par tribo-
électrification, peut transférer une partie de ces charges aux autres composants.
L’humidité relative de l’air est un paramètre important qui permet de limiter la génération
et le maintien des charges électriques. Un air humide sera favorable pour diminuer les méfaits
des décharges électrostatiques, tandis qu’un air sec entraı̂nera des tensions vingt à trente fois
plus importantes. Dans un air sec, marcher sur un tapis peut engendrer une tension de 35kV
entre une personne et la terre, elle ne sera plus que de 1,5kV avec un air humide [6].
Problème de fiabilité
Les dispositifs et les circuits de l’électronique moderne deviennent très vulnérables aux dé-
charges électrostatiques compte tenu de la réduction des dimensions qui sont couramment au-
jourd’hui de l’ordre de la centaine de nanomètres. Ainsi, l’énergie d’une décharge provoquée
14
1.2. Modèles de décharge et testeurs industriels
par un être humain se trouve dissipée dans des volumes de plus en plus réduits, menant à une
destruction prématurée du dispositif, même pour de faibles niveaux de décharges. On constatait
en 1995 que le pourcentage des défaillances des dispositifs liées aux ESD était de 30 à 50 % [6].
Il est donc impératif de limiter l’impact de ces phénomènes. D’une part, en contrôlant la géné-
ration de charges électriques dans les lieux stratégiques que sont les zones de fabrication et de
test des dispositifs, par l’utilisation de bracelets, de vêtements et de matériaux antistatiques, le
contrôle du degré d’humidité, . . . et d’autre part, en intégrant des composants de protection au
cœur même du système, qui vont détecter et détourner les décharges protégeant ainsi les parties
actives [10, 11, 12].
Grâce aux protections intégrées, la robustesse des circuits a augmenté malgré la forte réduc-
tion des dimensions lithographiques et la diminution des tensions d’alimentation liée à l’amin-
cissement des oxydes de grille. En conséquence, la protection des circuits face aux décharges
électrostatiques est devenue l’une des causes majeures de re-dessin de masques d’un circuit et
une étape importante de la conception d’une application. Ainsi, les enjeux du développement
de solutions de protection tiennent dans l’optimisation de composants performants, en terme de
robustesse par unité de surface de silicium occupée, et la mise au point de nouveaux outils et
méthodes permettant de traiter ce problème dès le début de la conception d’un circuit.
1.2.1 HBM
Modèle HBM
Considéré comme le principal modèle de décharges électrostatiques, il est également le plus
ancien. Il décrit la décharge d’un être humain debout, par l’extrémité d’un de ses doigts. En
première approximation, on peut le représenter par un simple réseau RC, composé d’une capacité
de 100 pf et d’une résistance de 1500 Ω (Fig. 1.2(a)).
15
Chapitre 1. Décharges électrostatiques et outils de caractérisation
Avant la décharge, la capacité est typiquement chargée à des tensions de l’ordre de quelques
kV. Cette tension de précharge est utilisée pour caractériser l’intensité de la décharge HBM.
L’impédance offerte par un circuit intégré au courant de décharge ESD pouvant en général
être considérée comme très faible, la décharge HBM est assimilée à une impulsion de courant
indépendante du composant testé. La durée totale de l’impulsion est d’environ 300 ns avec un
temps de montée qui peut varier entre 2 et 10 ns. Le pic d’intensité a une valeur comprise entre
1 et 10 A.
Sans protection, la robustesse d’un circuit est de l’ordre d’une centaine de Volts et seulement
de quelques dizaines de Volts pour les têtes de lecture magnétiques. Ces chiffres sont à comparer
au seuil de perception humain d’une décharge qui est d’environ 3 kV.
Pour les circuits, une robustesse minimum de 2 kV est généralement requise pour permettre
leur manipulation dans des conditions classiques de stockage et d’assemblage.
CS
1500 Ω LS
RS
100 pF
C CT
(a) (b)
Fig. 1.2 – Modèle du corps humain (HBM) (a) et schéma électrique d’un testeur HBM (b).
Testeur HBM
Très utilisé industriellement, il reproduit le modèle du corps humain, en reprenant ses com-
posants de base (C=100 pF, RS =1500 Ω) (Fig. 1.2(a)). Les éléments parasites LS et CS sont
nécessaires pour produire une forme d’onde réaliste. CT représente la capacité parasite associée
au testeur. L’inductance série LS dont la valeur est de l’ordre de 7 µH, détermine le temps de
montée de l’impulsion de courant.
Les normes décrivent les valeurs des composants du schéma électrique (Fig. 1.2(b)), ainsi
qu’un gabarit de la forme d’onde du courant de décharge dans un court-circuit ou une résistance
de 500 Ω [14, 15, 16]. La procédure de test ainsi qu’une classification des composants selon leur
niveau de robustesse sont également définie.
Toutefois, il semble que les informations fournies par les fabricants de circuit intégrés ne sont
pas toujours claires, d’autant plus que des normes HBM spécifiques et différentes sont utilisées
pour les systèmes sur carte [17]. Malgré la normalisation, des résultats sensiblement différents
peuvent également être observés en fonction du testeur utilisé. Ces écarts peuvent êtres attribués
aux différences de temps de montée de l’impulsion de courant.
Pour les simulations présentées dans ce mémoire, les paramètres du modèle HBM ont été
ajustés pour représenter le testeur utilisé au sein du laboratoire (C = 100 pF , RS = 1, 5 kΩ ,
LS = 6, 4 µH , CS = 1 pF , CT = 61, 5 pF ).
1.2.2 MM
Modèle MM
Le modèle de décharge Machine Model (MM) ou modèle des machines est une extension du
HBM pour le cas où la résistance série RS est réduite. Cela permet en particulier de rendre
compte de la décharge d’une personne tenant un outil métallique (pince, fer à souder), ou par un
16
1.2. Modèles de décharge et testeurs industriels
système, comme un robot, manipulant des composants (Fig. 1.3(a)). Ce modèle a été développé
au Japon comme pire cas du modèle HBM, dont il diffère principalement par sa résistance série
quasi nulle.
Avant une décharge, la capacité est typiquement chargée à quelques centaines de Volts. La
forme d’onde du courant généré par la décharge est généralement oscillatoire, avec une fréquence
comprise entre 5 et 15 Mhz. L’intensité maximale au cours d’une décharge MM est de l’ordre
de 1 à 10 A. Les oscillations sont dues à l’existence d’une inductance série non négligeable, en
particulier au contact, et à la faible résistance série du modèle.
LS
0Ω
RS
200 pF
C CT
(a) (b)
Fig. 1.3 – Modèle des machines (MM) (a) et et schéma électrique d’un testeur MM (b).
Testeur MM
D’architecture proche du testeur HBM, il est souvent inclus dans le même appareil de carac-
térisation. Il repose sur le même schéma électrique (Fig. 1.3(b)), seules les valeurs des composants
sont différentes. La capacité est de 200 pF, la résistance série RS est théoriquement nulle et la
valeur de l’inductance LS de l’ordre de 500 nH.
Les normes décrivent les paramètres du modèle et la forme du courant dans un court-circuit
et une résistance de 500 Ω [18, 19, 20].
L’utilisation de ce type de test est moins courante que le HBM car la faible valeur de la
résistance série le rend très dépendant du testeur utilisé. De plus, les procédures de test sont
peu standardisées.
Les Paramètres du modèle ajustés sur le testeur utilisé au sein du laboratoire sont les sui-
vants : C = 200 pF , RS = 5, 65 Ω , LS = 700 nH et CT = 6, 5 pF .
1.2.3 CDM
Modèle CDM
Ce modèle plus récent est différent des deux précédents par la nature des phénomènes qu’il
décrit. Il représente la décharge d’un composant lui même chargé, par une seule de ses pattes
mise à la masse (Fig. 1.4(a)). Ce type d’événement se rencontre fréquemment sur les chaı̂nes
d’assemblage automatisées et pourrait constituer un problème majeur pour les circuits submi-
croniques.
La position du boı̂tier par rapport au plan de masse, les conditions atmosphériques (humidité
relative, température, . . .) influencent fortement le phénomène. Aussi, il est difficile d’évaluer
précisément les valeurs des composants parasites, le boı̂tier ainsi que la puce faisant partie
intégrante du modèle.
La forme du courant est elle aussi sensible à ces paramètres. Ce type de décharge se caractérise
cependant par de très rapides variations du courant, plusieurs ampères par nano-seconde, et des
temps très courts, quelques nano-secondes.
En fonction du composant lui-même, l’impulsion peut osciller ou non. Le pic de courant,
d’une dizaine d’ampères, est grand par rapport aux modèles HBM et MM.
17
Chapitre 1. Décharges électrostatiques et outils de caractérisation
Le modèle CDM a été développé afin d’expliquer la rupture de certains oxydes dont l’origine
ne peut être expliquée par un stress HBM ou MM. La détérioration est alors due aux chemins
internes du courant et aux surtensions créées dans la puce lors de la décharge.
Couche diélectrique
VCDM
RS
Substrat
C Boitier
R LS
L
Fig. 1.4 – Modèle du composant chargé (CDM) (a) et schéma d’un testeur CDM (b).
Testeur CDM
Ce type de testeur est le plus complexe que les testeurs HBM et MM (Fig. 1.4(b)). Afin
d’obtenir des conditions reproductibles, il doit s’affranchir des facteurs influençant la capacité
associée au composant. De plus, la résistance et l’inductance série équivalente du circuit de
décharge, doivent être minimisées et contrôlées pour garantir la rapidité de la décharge. Les tests
CDM sont définis par les normes JEDEC [21] et de l’ESD Association [22]. Les valeurs typiques
de la résistance et de l’inductance du modèles sont de l’ordre de 10 Ω et 10 nH, respectivement.
Tab. 1.1 – Comparaison des modèles de décharges électrostatiques HBM, MM et CDM [23].
L’amplitude plus importante des pics de courant lors de stress MM et CDM peut entraı̂ner
des défauts liés aux surtensions, en particulier dans les grilles des composants MOS qui y sont
très sensibles.
18
1.3. Outils de caractérisation
Ces trois modèles peuvent également être comparés en terme d’énergie. L’énergie totale
stockée dans la capacité est donnée par la relation :
1
Estock = CV 2 (1.1)
2
avec V la tension de précharge. Cette énergie va être dissipée dans la résistance série du modèle
et du composant testé ainsi que dans les jonctions, en particulier celles polarisées en inverse.
Si l’on considère seulement les résistances, l’énergie stockée doit être égale à l’énergie dissipée :
Z tf
Estock = R I 2 (t)dt (1.2)
0
où R = RS + Rd est la somme de la résistance du modèle et du composant testé, en intégrant
sur la totalité de la durée de la décharge (tf). L’énergie dissipée dans une résistance Rd est donc
une fonction de l’énergie stockée :
Rd
ERd = Estock (1.3)
RS + Rd
L’énergie dissipée dans une région de charge d’espace d’une diode ou d’un transistor bipolaire
qui soutient une tension VH est donnée par :
Z tf
EVH = VH I(t)dt (1.4)
0
Si l’on considère que la tension VH reste constant durant toute la décharge et que I > 0, alors
Z tf
EVH = VH I(t)dt (1.5)
0
Or, l’intégrale du courant correspond à la charge stockée dans la capacité du modèle (q = CV )
on obtient donc :
EVH = VH CV (1.6)
et
VH
EVH = 2 Estock (1.7)
V
Cette dernière expression est exacte dans le cas d’un stress HBM pour lequel le courant est
toujours positif. Nous pouvons cependant l’utiliser comme estimation dans le cas des stress MM
et CDM afin de réaliser des comparaisons.
Le tableau 1.2 permet de comparer pour chacun des modèles, les proportions de l’énergie
totale, dissipées dans une résistance de 10 Ω et dans une jonction polarisée en inverse sous une
tension de 10 V.
Il apparaı̂t que la proportion d’énergie dissipée dans les résistances est très importante dans
le cas des stress MM et CDM. C’est pour cette raison que la fusion de pistes métalliques est
beaucoup plus fréquente pour ces types de stress.
Dans le cas des modèles HBM et MM, les dégâts occasionnés dans la puce sont généralement
dus à l’énergie dissipée dans le composant. La rapidité et la forte valeur du pic de courant lors de
stress CDM, durant lesquels une énergie limitée est dissipée vis-à-vis de stress HBM ou MM, va
favoriser la création de défauts dans les oxydes de grille causés par les surtensions. Ces défauts,
souvent latents car difficilement détectables, peuvent évoluer au cours du temps [24] ou fragiliser
par la suite le circuit vis-à-vis de stress HBM [25].
19
Chapitre 1. Décharges électrostatiques et outils de caractérisation
I
50 Ω
10 MΩ
Composant
V RL
testé
VE
20
1.3. Outils de caractérisation
Enfin, une inductance LS peut être ajoutée en série avec la résistance pour contrôler le temps
de montée de l’impulsion [27] d’une façon identique au testeur HBM.
Les caractéristiques de l’impulsion de courant sont proches de celles du modèle HBM. Des
signatures de défaillance identiques entre ces stress ont été rapportées pour une durée d’impulsion
TLP de 100 ns [28]. Cependant, il n’existe pas de constante de corrélation précise entre ces deux
types de stress. La tension HBM maximale (en kV) est généralement comprise entre 1,5 et 2
fois le courant maximum (en A) obtenu par la mesure TLP [29, 30, 31, 32, 33]. D’une manière
générale, la corrélation entre les tests ESD dépend des caractéristiques des impulsions, temps de
montée et durée, ainsi que des technologies dans lesquelles sont réalisés les composants. Trouver
une corrélation entre les différents modèles n’est évidemment possible que dans les cas où ils
engendrent le même type de défaillance [34, 35].
Récemment, afin de réaliser un outil de caractérisation plus adapté aux décharges de type
CDM, un banc de caractérisation appelé VF-TLP (Very Fast TLP) a été développé [36]. Il
permet de générer des impulsions carrées de courant avec un temps de montée inférieur à 500 ps
et une durée de 3,5 à 10 ns qui sont comparables aux modèles CDM. Il faut noter cependant
qu’il n’est pas envisageable d’obtenir une corrélation entre VF-TLP et CDM puisque ce type de
décharge est résolument différent. Le banc VF-TLP apportera seulement des informations sur
la dynamique des structures de protection et leur capacité à protéger contre un stress CDM.
21
Chapitre 1. Décharges électrostatiques et outils de caractérisation
Fig. 1.6 – Spectre des longueurs d’onde d’émission en fonction des mécanismes physiques [37].
1.4.1 La photoémission
Cette technique de localisation est bien adaptée aux défauts créés par les décharges électro-
statiques [45, 46]. Elle permet de localiser rapidement le lieu de défaillance et de déterminer
l’endroit où une analyse de défaillance plus poussée doit être réalisée.
Pour localiser le(s) défaut(s), le composant est polarisé dans une configuration défaillante et
placé sous un microscope équipé d’une caméra spécifique pour la photoémission. La technique
est particulièrement efficace lorsque le champ électrique est fort dans la région défectueuse. Le
contraste peut ainsi être amélioré en augmentant la tension de polarisation, au risque cependant
de faire évoluer la nature ou la taille du défaut.
22
1.4. Techniques d’analyse et de localisation de défaillance
microscopie optique à balayage utilisant des lasers infrarouges. Parmi celles-ci, les méthodes
utilisant un laser comme source de perturbation du fonctionnement d’un circuit ont connu un
succès remarquable en tant qu’outil d’analyse de défaillance [47, 48].
Le faisceau laser est utilisé comme une source d’énergie qui modifie le fonctionnement du
circuit sous test. L’énergie déposée est suffisamment faible pour ne pas dégrader le circuit. Le
faisceau laser interagit localement avec les différents matériaux qui constituent le circuit intégré
qui est lui même détecteur de la perturbation. Deux effets induits par la photoexcitation sont
principalement exploités :
– l’échauffement (effet photothermique)
– la génération de paires électron-trou par absorption de photons (effet photoélectrique)
La longueur d’onde du laser utilisé permet de déterminer la nature de l’excitation obtenue. Le
minimum d’absorption lumineuse du silicium se situe à une longueur d’onde de 1,1 µm. Les
longueurs d’onde supérieures à 1,1 µm, qui correspondent à des photons d’énergie inféreure au
gap du silicium, sont principalement absorbées par les porteurs libres. Ces porteurs se ther-
malisent et l’énergie optique est donc convertie principalement en énergie thermique. Pour des
longueurs d’onde inférieures à 1,1 µm, l’absorption est liée au phénomène de génération inter-
bande. L’énergie optique est donc principalement convertie en porteurs libres. Le choix de la
longueur d’onde pour la stimulation thermique et photoélectrique repose sur le compromis entre
la profondeur d’absorption recherchée et la quantité d’énergie déposée. Les longueurs d’onde
proches de 1,1 µm sont peu absorbées mais pénètrent profondement dans le substrat. Le choix
est également limité par les possibilités des lasers disponibles. Des longueurs d’onde de l’ordre
de 1,3 µm sont généralement utilisées pour la stimulation thermique alors que la génération
photoélectrique est réalisée avec des longueurs d’onde de l’ordre de 900 nm.
23
Chapitre 1. Décharges électrostatiques et outils de caractérisation
défauts dans le circuit est ainsi obtenue. Cette technique permet de localiser très efficacement
des défauts induisant des courants de l’ordre du micro-Ampère, indétectables par la technique
de photoémission. Les défauts induisant des courants inférieurs au µA restent cependant indé-
tectables.
24
1.5. Conclusion
masque souvent l’effet des recombinaisons et la présence d’un défaut qui ne court-circuite pas
une jonction n’est pas toujours facilement détectable. Par contre, si le défaut court-circuite la
jonction, la déformation du champ électrique qu’il induit va favoriser la génération par avalanche
de porteurs et la forte augmentation du courant de photogénération met en évidence sa présence.
1.5 Conclusion
Ce chapitre nous a permis de présenter le phénomène de décharge électrostatique et ses
conséquences dans le monde de la microélectronique. La protection des circuits contre les dé-
charges électrostatique constitue aujourd’hui un aspect incontournable de la conception. L’op-
timisation des performances des composants de protection et le développement de nouveaux
outils et méthodes spécifiques d’aide à la conception, sont des enjeux importants pour assurer
la compétitivité des fabricants.
Les principaux modèles de décharge ont été décrits, ainsi que les techniques de caractérisation
utilisées dans l’industrie pour mesurer la robustesse des circuits intégrés.
Le principe de fonctionnement du banc de mesure TLP qui constitue un outil indispensable
de la conception de composants et circuits de protection a été abordé.
Enfin, les techniques de photoémission et de stimulation laser permettent de localiser rapide-
ment le lieu de défaillance d’un circuit ou d’un composant. Les techniques récentes de stimulation
25
Chapitre 1. Décharges électrostatiques et outils de caractérisation
laser appliquées à la localisation de défauts créés par des décharges électrostatique, ont été plus
particulièrement décrites. Nous avons également montré comment les résultats obtenus par les
techniques OBIC et NBOBIC permettent de caractériser finement la position et la nature d’un
défaut de silicium fondu à proximité d’une jonction.
Cet ensemble d’outils plus ou moins spécifiques, constitue la base de l’étude expérimentale
des structures de protection ESD. L’objet de cette thèse qui est principalement l’étude des phé-
nomènes physiques relativement complexes et spécifiques aux composants de protection soumis
aux décharges électrostatiques, repose sur les informations précieuses qu’ils fournissent.
26
Chapitre 2
Beaucoup de composants de protection ESD intégrés sur les puces électroniques reposent sur
le fonctionnement du transistor bipolaire autopolarisé (TBA). Le transistor MOS à grille couplée
ou non, le transistor bipolaire vertical ou latéral en constituent les principaux exemples. Une
bonne compréhension de leur fonctionnement est donc requise pour en tirer le meilleur parti, en
particulier en termes de robustesse vis-à-vis de la surface de semi-conducteur utilisée. Bien que
leur comportement soit depuis quelques années largement étudié [6, 58, 59, 60, 61], il n’est pas
apparu jusqu’alors d’explication générale de leur fonctionnement s’appuyant sur une approche
physique approfondie et adaptée. Le propos de ce chapitre est donc d’offrir un cadre de réflexion
solide pour l’analyse de ces structures, en essayant de mettre en évidence des points clefs pour
la compréhension.
À cette fin, nous débuterons par la présentation des composants de protection ESD, basés
sur le TBA, les plus répandus. L’état de l’art de leur principe de fonctionnement sera décrit.
Il apparaı̂t, à la lecture des publications dans le domaine, que le défaut majeur des approches
adoptées est la non-prise en compte ou de manière superficielle des effets des fortes densités
de courant rencontrées lors du fonctionnement. Aussi, nous nous attacherons à baser notre
réflexion sur les phénomènes déjà connus et largement analysés, dont la plupart proviennent de
l’électronique de puissance et des composants haute fréquence. Cependant, nous verrons que la
physique des TBA est très particulière et se situe finalement dans un régime de fonctionnement
en second claquage électrique, régime limite et jamais atteint dans les composants classiques, sauf
à l’instant de leur destruction. L’extension des approches adoptées par ailleurs en électronique
de puissance, nous permettra de décrire simplement ces structures en régime de forte densité de
courant.
Nous verrons que le paramètre critique de l’optimisation est l’uniformisation de la répartition
de température, et par extension du courant, dans le composant. Les différents phénomènes de
focalisation seront étudiés. La clarification des solutions adoptées jusqu’à présent aux problèmes
de focalisation ainsi qu’une nouvelle approche de conception, seront finalement présentées.
27
Chapitre 2. Étude des transistors bipolaires autopolarisés (TBA)
composants ESD sont donc basés sur les composants de la technologie, auxquels des règles de
dessin très spécifiques sont appliquées [6]. Nous allons décrire les plus couramment utilisés.
B E(S) G C(D)
++ ++ ++
P N N
N P N parasite
Substrat P
(a) (b)
Fig. 2.1 – Vue en coupe du transistor NMOS (a) et sa représentation schématique (b).
B E C
P ++ N ++ N ++
Transistor NPN
Substrat P
(a) (b)
Fig. 2.2 – Vue en coupe du transistor bipolaire FOD (a) et sa représentation schématique (b).
28
2.1. Composants de protection ESD basés sur le TBA
B E C
++ ++ ++
P N N
P
N− N+
Couche enterrée N +
(a) (b)
Fig. 2.3 – Vue en coupe du transistor bipolaire NPN vertical (a) et sa représentation schéma-
tique (b).
Il existe beaucoup de variantes pour l’ensemble de ces composants en fonction des différentes
couches disponibles dans la technologie. Leur fonctionnement repose cependant toujours sur le
même principe.
29
Chapitre 2. Étude des transistors bipolaires autopolarisés (TBA)
IC
(Vt2 , It2 )
(VH , IH )
(Vt1 , It1 )
BVCB VC
Fig. 2.4 – Caractéristique Ic (Vc ) typique d’un transistor bipolaire NPN autopolarisé.
B
E(S)
G
C(D)
C(D)
int
P ++
N ++ e− N ++
RB
G
B
t+
int
RB VBint
E(S)
Psub
(a) (b)
Fig. 2.5 – Principe de fonctionnement du transistor NPN autopolarisé (a) et schéma électrique
équivalent (b).
30
2.1. Composants de protection ESD basés sur le TBA
C T rig ext C
int int
RB RB
B B
ext
RB
E E
(a) (b)
Fig. 2.6 – Schéma équivalent d’un TBA (a) avec circuit de déclenchement associé (b).
faut également éliminer les surtensions, en particulier sur les oxydes de grille des étages d’entrée.
Pour respecter l’ensemble de ces contraintes, il est souvent nécessaire d’adjoindre un circuit de
déclenchement au composant de protection, comme décrit dans la figure 2.6. Cet élément de
déclenchement extérieur (T rig ext ) permet de diminuer la tension maximale sur le collecteur tout
en assurant la mise en marche du TBA à travers la résistance Rbext . Sa taille est faible vis-à-vis
du TBA car il n’est actif qu’au tout début de la décharge, l’essentiel du courant circulera dans
le TBA. Citons comme exemple de déclencheur une diode en inverse dont la tension de claquage
est inférieure à BVCB . Cette diode peut parfois être physiquement intégrée dans le transistor ce
qui réduit l’encombrement de l’ensemble [60].
Pour diminuer la tension de déclenchement des TBA basés sur le transistor MOS, il est
possible d’utiliser les propriétés propres au transistor MOS. Dans ce cas, on parlera de couplage
de grille (ou gate coupling) qui est réalisé par l’ajout d’une résistance entre les contacts de
grille et de source du MOS (RG ext , Fig.2.7). Cette résistance permet l’élévation du potentiel de la
C(D) C(D)
T rig ext CGext
int
RB int
RB
B G B G
ext ext
RB RG
E(S) E(S)
(a) (b)
Fig. 2.7 – Schéma équivalent d’un TBA associé au MOS (a) avec un circuit de déclenchement
par la base et par couplage de grille (b).
31
Chapitre 2. Étude des transistors bipolaires autopolarisés (TBA)
grille au début du transitoire de courant, grâce au couplage capacitif engendré par la capacité
intrinsèque grille-drain ou une capacité connectée en externe CG ext . Lorsque la tension sur la
grille dépasse la tension de seuil, le transistor MOS devient passant. Le courant du transistor
MOS est alors multiplié à la jonction drain-substrat (ou collecteur-base), ce qui va déclencher
le transistor bipolaire, comme décrit précédemment, pour des tensions inférieures à BVCB . Le
composant MOS ne devra fonctionner qu’en début de décharge et laisser place au TBA sous peine
de voir les performances ESD dégradées [63]. Pour cela, la constante de temps du couple RC,
constitué par la capacité de couplage et la résistance associée à la grille, doit être correctement
ajustée.
La tension de maintien
L’ajustement du seuil de déclenchement est une part importante de la conception des struc-
tures de protection. La robustesse intrinsèque du composant repose cependant essentiellement
sur la tension de maintien, qui détermine la puissance dissipée. Par ailleurs, cette tension doit
être supérieure à la tension d’alimentation du circuit à protéger, pour éviter tout risque de dé-
clenchement de la structure de protection lors du fonctionnement normal. On peut estimer la
valeur de la tension de maintien en se basant sur une étude simple et unidimensionnelle [6, 59].
La figure 2.8 est une représentation mêlant la structure physique d’un transistor bipolaire NPN
ICint = βIB
int
IE
int
IB (M − 1)ICint IC = M ICint
ext
IB
Zone de
multiplication
int
E RB par avalanche
B C
et son schéma électrique. Deux différences majeures apparaissent par rapport au fonctionnement
«classique» du composant :
– la zone de multiplication par avalanche à la jonction collecteur-base
– la résistance interne de base
qui permettent en particulier l’autopolarisation du composant. Le courant de collecteur associé
à l’effet bipolaire est donné par la relation classique :
ICint = βIB
int
(2.1)
avec β le gain en courant du transistor bipolaire. Ce courant d’électrons est multiplié dans
la zone d’avalanche pour donner le courant qui traverse effectivement le contact de collecteur
IC = M ICint , avec M le facteur de multiplication du courant, qui dépend de la tension appliquée
à cette zone et de la tension de claquage de la jonction collecteur-base. La multiplication du
courant de collecteur donne naissance à un courant de trous égal à (M − 1)ICint , qui se repartit
entre le courant de base du transistor IB int et le courant I ext , sortant du contact de base, qui
B
int . On a donc :
polarise la base «interne» au travers de la résistance RB
int ext
IB + IB = (M − 1)ICint (2.2)
32
2.1. Composants de protection ESD basés sur le TBA
ext devient vite négligeable par rapport à I int lorsque le courant augmente. En effet,
Le courant IB B
ces deux courants sont liés par la relation :
int ext
int RB IB
IB = IS exp −1 (2.3)
uT
qui est issue de l’expression classique du courant due aux trous dans une jonction N + P en
direct [64], avec IS le courant de saturation des trous à la jonction émetteur-base. Plus la
résistance intrinsèque de base RBint est grande, plus I ext est négligeable devant I int . En pratique,
B B
RB int 1 a toujours une valeur relativement importante. Dans le cas contraire, on n’obtiendrait le
déclenchement du transistor bipolaire que pour de fortes valeurs du courant It1 , ce qui réduirait
les performances de la structure car l’échauffement de la jonction collecteur-base, polarisée en
inverse, serait trop important.
De plus, la relation 2.3 montre que le courant de base interne croı̂t très vite lorsque le
courant externe augmente, ce qui implique la rapide prépondérance du courant interne sur le
courant externe pour des densités de courant croissantes dans la structure. Le comportement
du composant tend donc vers un fonctionnement équivalent à un transistor en base ouverte. Le
calcul de la tension de maintien est donc identique à celui de la tension de claquage émetteur-
collecteur avec la base ouverte (BVCEO ), pour un transistor bipolaire classique [65, 66]. Ainsi,
en négligeant IB ext dans la relation 2.2 et en considérant l’équation 2.1, on déduit l’expression
1
M= (2.5)
V m
1−
BV
BVCB
VH = (2.6)
(1 + β)1/m
33
Chapitre 2. Étude des transistors bipolaires autopolarisés (TBA)
pour les courants injectés dans la base, en fonction du courant entrant dans la zone d’avalanche,
avec In un courant d’électrons, Ip un courant de trous et Mp et Mn les facteurs de multiplication
d’un courant de trous et d’un courant d’électrons, respectivement.
Pour des transistors bipolaires NPN et PNP équivalents, le facteur de multiplication du
courant de trous sera toujours inférieur à celui du courant d’électrons à tensions égales [68,
69]. Ceci se traduit dans la formule de Miller (Equ.2.5), par une valeur du paramètre m plus
grande dans le cas d’un transistor PNP. La tension de maintien est donc toujours plus grande
dans ce type de transistor par rapport à un transistor NPN ayant des paramètres physiques
et géométriques équivalents, d’autant plus que le gain est généralement plus faible pour un
transistor PNP.
L’échauffement provoqué par leur tension de maintien plus importante rend les transistors
bipolaires PNP moins robustes. Aussi, ils ont été très peu utilisés jusqu’à présent. Il semble
cependant qu’ils présentent de bonnes caractéristiques dans des technologies plus avancées [70].
L’approche qui vient d’être présentée montre l’essentiel des outils théoriques utilisés à l’heure
actuelle pour la conception des TBA. Son défaut majeur est de laisser de côté les effets des fortes
densités de courant présentes dans ces composants lors des décharges électrostatiques. Certains
aspects des fortes densités de courant plus particulièrement centrés sur les diodes et les résistances
diffusées, sont traités par G. Bosselli [71]. Nous proposons ici une étude plus spécifique, axée sur
les TBA.
La chute du gain des transistors bipolaires à forte densité de courant est un phénomène
très connu en microélectronique et n’est pas spécifique à un domaine d’application particulier.
C’est un des principaux paramètres qui conditionne le dimensionnement des composants dans
les étages d’amplification de puissance basse fréquence. La chute du gain correspond à l’entrée
dans un régime de forte injection, où la densité des porteurs minoritaires dans la base n’est
plus négligeable par rapport à son dopage. Le gain décroı̂t alors comme l’inverse du courant.
Ce phénomène est couramment traité dans les ouvrages généralistes portant sur la physique de
composants actifs de la microélectronique [64, 73, 74].
34
2.2. Effets des fortes densités de courant dans les transistors bipolaires
35
Chapitre 2. Étude des transistors bipolaires autopolarisés (TBA)
associé, comme dans le cas du second claquage thermique, à une brutale diminution de la tension
associée à l’apparition de la multiplication par avalanche. Une étude plus approfondie a été
menée dans [81], mettant en avant le lien entre les caractéristiques électriques et les paramètres
physiques et structurels du transistor.
N ++ N ++ N ++ N ++
Champ E Champ E
C B E C B E
N− P N− P
jonction jonction
métallurgique Wbef f délocalisée Wbef f
(a) (b)
Fig. 2.9 – Profil de dopage typique dans un transistor bipolaire NPN, superposé au profil de
champ électrique, avant apparition de l’effet Kirk ou de second claquage électrique (a) et après
leur apparition (b).
2.2.3 Effet Kirk, dans les transistors bipolaires pour l’électronique haute fré-
quence
Découvert en 1962, bien avant le second claquage électrique, l’effet Kirk repose lui aussi sur
la prise en compte de la charge électrique des porteurs qui assurent le passage du courant dans
la charge d’espace de la jonction collecteur-base d’un transistor bipolaire (qui est polarisée en
inverse dans la plupart des applications). La première étude sur le second claquage électrique se
base d’ailleurs sur les résultats présentés par Kirk [82]. Comme dans le cas du second claquage
électrique présenté au paragraphe précédent, l’effet de la charge électrique des porteurs, non
négligeable à forte densité de courant, induit le déplacement du maximum de champ électrique
de la jonction métallurgique collecteur-base à une jonction délocalisée située à la transition du
collecteur faiblement et fortement dopé. Dans le même temps, la profondeur effective de la base
du transistor (Fig.2.9) se voit augmentée, entraı̂nant l’augmentation du temps de transit dans
celle-ci et la chute de la fréquence de transition du transistor.
36
2.3. Éléments d’une approche régionale unidimensionnelle
P ++ P ++ N ++ N ++
Jp Jn
Jn Jp
Wb Wb
x0 xb x xb x0 x
E Base Col. Col. Base E
(a) (b)
Fig. 2.10 – Profils des porteurs libres dans la base physique de largeur Wb : (a) dans le cas d’un
transistor PNP et (b) dans le cas d’un transistor NPN. Les régions électriques sont également
représentées.
37
Chapitre 2. Étude des transistors bipolaires autopolarisés (TBA)
Cette équation donne la densité de courant de trous (Jp ) et d’électrons (Jn ) à la jonction
émetteur-base, respectivement dans le cas des transistors bipolaires NPN et PNP. Elle se sim-
plifie à forte densité de courant, lorsque la base quasi-neutre est en régime de forte injection
(n ≈ p ni ) pour donner l’équation 2 :
Jn (x) Jp (x) ∂p
− ≈ 2q (2.11)
Dn Dp ∂x
Dn ∂p Dp ∂p
Jn (x) = JT + qD et Jp (x) = JT − qD (2.13)
Dn + Dp ∂x Dn + Dp ∂x
avec :
Dn DP
D=2 (2.14)
Dn + Dp
le coefficient de diffusion ambipolaire.
Sachant que pour le silicium Dn ≈ 3Dp on a :
3 ∂p 1 ∂p
Jn (x) = JT + qD et Jp (x) = JT − qD (2.15)
4 ∂x 4 ∂x
2
La forte injection et la quasi neutralité entraı̂nant l’égalité des concentrations de porteurs dans la région de
base n ≈ p, il est d’usage de désigner cette concentration par p, quel que soit le type de composant considéré.
38
2.3. Éléments d’une approche régionale unidimensionnelle
Jn,p (JT )
1
Jp
3/4
Jn 1/4
−3 −1 1 ∂p JT
( )
∂x 4qD
Fig. 2.11 – Évolution des densités de courant de trous et d’électrons en fonction du gradient de
porteur.
Connaissant la valeur du courant total, les équations (2.15) permettent donc de déterminer
en tout point de la base, la part du courant d’électrons et du courant de trous au courant total,
en fonction de la valeur de la dérivée de la concentration de porteurs en ce point. La figure 2.11
met en évidence une dissymétrie du comportement des transistors bipolaires NPN et PNP, qui
va induire une différence marquée du comportement des deux types de transistor.
39
Chapitre 2. Étude des transistors bipolaires autopolarisés (TBA)
40
2.3. Éléments d’une approche régionale unidimensionnelle
intégrales dans la zone de charge d’espace d’extension W, avec αn et αp les coefficients d’ionisation
des porteurs qui ne dépendent que du champ électrique E :
!
Encrit Epcrit
∞ ∞
αn = αn exp − et αp = αp exp − (2.27)
E E
avec :
– αn∞ = 7.105 cm−1 , Encrit = 1, 2.106 V /cm pour les électrons
– αn∞ = 6, 7.105 cm−1 , Encrit = 1, 7.106 V /cm pour les trous.
L’approximation des coefficients d’ionisation par des expressions en E 7 [91] :
αn = An E 7 et αp = Ap E 7 (2.28)
avec :
– An = 3,6.10−35
– Ap = 0,3.10−35
permet de calculer analytiquement les intégrales d’ionisation dans le cas d’une jonction plane
abrupte [92] :
" ! #
qCef f 3
Ap
=n = exp 2(Ap − An ) Vav 4 − 1 (2.29)
Ap − An εSi
" !#
qCef f 3
Ap
=p = 1 − exp 2(An − Ap ) Vav 4 (2.30)
Ap − An εSi
Cette dernière expression n’est valable que si l’on suppose la constance des densités de courants
dans la région de collecteur. Pourtant, cette région est le siège de la multiplication des courants
par avalanche. Toutefois, les coefficients d’ionisation des porteurs (Equ. 2.27) ne prennent une
valeur significative que pour des valeurs du champ électrique proches et supérieures à la valeur
de Encrit , soit pour des champs électriques de l’ordre de 106 V /cm. Ainsi, l’essentiel de la mul-
tiplication par avalanche se produit dans une zone réduite qui représente typiquement 10% [93]
de l’extension totale de la charge d’espace (Fig. 2.12). Cette région de multiplication se situe
près de la jonction métallurgique (ou plus précisément près du maximum du champ électrique).
L’expression 2.31 de Cef f s’avère donc valable en première approximation car les courants Jn ,
Jp et les densités de porteurs libres n et p sont constants dans une grande partie (90%) de la
région de collecteur.
41
Chapitre 2. Étude des transistors bipolaires autopolarisés (TBA)
N ++ zone effective de
multiplication
par avalanche
n
p
Col.
Fig. 2.12 – Profils des porteurs libres et du champ électrique dans la région de collecteur d’un
transistor bipolaire NPN. La zone effective de multiplication par avalanche représente une partie
limitée de la région de fort champ électrique (environ 10%).
De la même manière, la concentration effective dans un transistor bipolaire PNP sera donnée
par :
pnp
Cef f = Nd + Jp /qvlp − Jn /qvln (2.32)
Il découle des relations 2.31 et 2.32 que les conditions suivantes doivent êtres satisfaites pour
assurer l’existence d’une charge d’espace de signe correct :
Jn Jp Jp Jn
< Nd + et < Na + (2.33)
qvln qvlp qvlp qvln
dans le cas d’un transistor bipolaire PNP et NPN respectivement. En d’autres termes et de
manière approchée, il n’est pas possible de générer dans la région de multiplication par avalanche,
un courant supérieur à celui qui entre dans la région, dans les régimes de fortes densités de
courant. Nous verrons cependant que cela peut se produire dans un cas limite.
42
2.4. Étude unidimensionnelle fort courant des TBA
P ++ P ++ N ++ N ++
p n
n p
Wb Wb
x0 xb x xb x0 x
WBef f Wav Wav WBef f
(a) (b)
Fig. 2.13 – Profils des porteurs libres dans la base physique de largeur Wb : (a) dans le cas d’un
transistor PNP et (b) dans le cas d’un transistor NPN. Les extensions des régions électriques
de base (Wbef f ) et de collecteur (Wav ) sont également représentées.
celle du coté collecteur est approximativement donnée à partir des équations (2.22) :
Jp Jn
ppnp
xb = pnpn
xb = (2.35)
qvlp qvln
p x0 − p xb
Wbef f = (2.36)
∂p
∂x
∂p
avec le gradient des porteurs dans la base.
∂x
43
Chapitre 2. Étude des transistors bipolaires autopolarisés (TBA)
Les équations (2.7) et (2.25) permettent de donner une expression de la valeur de l’intégrale
d’ionisation en fonction de la densité de courant générée et totale :
Jn Jp
=pnp
p = et =npn
n = (2.37)
JT JT
pnp
pour les transistors PNP, avec Cef f donné par l’équation (2.32), et
v
npn
u 1 Ap − An
Vav =u ln 1 + (2.39)
An =npn
!3
C npn
u
4
u n
ef f
2(Ap − An ) q
t
εSi
pnp
pour les transistors NPN avec Cef f donnée par l’équation (2.31). Et enfin, calculer l’extension
de la zone de charge d’espace qui est donnée pour une jonction plane abrupte par :
s
2εSi
Wav = Vav (2.40)
qCef f
la charge d’espace s’étendant principalement du côté le moins dopé, donc la base, pour une
jonction fortement dissymétrique comme dans le cas considéré ici.
Obtention de l’équation
Nous avons démontré que les courants de trous et d’électrons sont constants dans la région de
base et sur l’essentiel de la région de collecteur. Ils sont donc constants sur l’ensemble de la base
physique, étant donnée leur continuité à la limite des deux régions (soit en xb sur la figure 2.13).
De plus, si l’on connaı̂t le courant total, les valeurs de Jn et Jp dépendent seulement de la valeur
de la dérivée du profil de porteurs dans la base (Equ.2.13). Wav (Equ.2.40) et Wbef f (Equ.2.36)
∂p
sont donc des fonctions de JT et seulement. La résolution de l’équation implicite :
∂x
∂p ∂p
Wav ( , JT ) + Wbef f ( , JT ) − Wb = 0 (2.41)
∂x ∂x
∂p
pour JT et Wb fixés, permet de calculer la valeur de , de laquelle on déduit la valeur de la
∂x
tension dans la zone de collecteur (Vav ) à partir de l’équation (2.38) pour un transistor PNP et
(2.39) pour un NPN. Pour simplifier encore le problème, on ne prend en compte que la chute
de potentiel dans la région de collecteur, où le champ électrique est fort, devant celle de la
région de base où il est faible, et devant celle de la jonction émetteur-base. La tension aux
bornes du transistor est alors égale à Vav . On construit les caractéristiques Vav (JT ) en résolvant
graphiquement ou numériquement l’équation (2.41), pour diverses valeurs du courant et pour
différentes profondeurs de base physique.
44
2.4. Étude unidimensionnelle fort courant des TBA
100
Vav (V) (a)
10
1
4 5 6
1×10 1×10 1×10
100 6 µm
(b) 3
2
1,7
Vav (V)
1,2
10 1
0,6
0,3
1
4 5 6
1×10 1×10 1×10
JT (A/cm²)
Fig. 2.14 – Tension aux bornes de la zone d’avalanche en fonction de la densité de courant pour
différentes profondeurs de base physique, dans le cas d’un transistor PNP (a) et NPN (b).
45
Chapitre 2. Étude des transistors bipolaires autopolarisés (TBA)
Facteur de multiplication
Mn
Mp
10
1
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
Tension normalisée (V/BV)
Fig. 2.15 – Comparaison des facteurs de multiplication d’un courant d’électrons Mn (Equ.2.25
et 2.29) et d’un courant de trous Mp (Equ.2.25 et 2.30) en fonction de la tension normalisée
par rapport à la tension de claquage.
et 2.36, présenté dans la figure 2.16(a), associé à celui de la tension d’avalanche (Fig : 2.16(b))
calculée à partir des équations 2.38 et 2.39 dans le cas des transistors bipolaires PNP et NPN
respectivement.
La méthode de résolution graphique est la suivante : pour une profondeur de base physique
choisie, on détermine au moyen des courbes du haut (Fig : 2.16(a)) la valeur de ∂p/∂x associée
à une densité de courant donnée, puis la tension correspondante en reportant la valeur de ∂p/∂x
sur la courbe de même densité de courant dans la courbe du bas (Fig : 2.16(b)).
Quelle que soit la valeur de la pente du profil des porteurs dans la base, la tension aux
bornes de la zone de collecteur diminue très rapidement avec la densité de courant dans le
cas des transistors NPN (Figure 2.16(b)). Cette diminution provient de l’augmentation de la
concentration effective de la jonction collecteur-base, (Cef f ) avec la densité de courant d’électrons
(Equ.2.31) qui implique la réduction de la tension de claquage de la jonction, et par conséquent de
la valeur de la tension de maintien du transistor. La diminution de Cef f que pourrait engendrer
l’augmentation de la densité de courant de trous (Equ.2.31) se trouve limitée dans les transistors
NPN où selon les conventions fixées précédemment, le gradient du profil de porteurs dans la
base est positif. En effet, si l’on se reporte à la figure 2.11, on constate que le courant de trous
pourra au maximum, pour ∂p/∂x = 0, ne représenter qu’un quart du courant total, soit un tiers
de la densité de courant d’électrons. Ainsi, même pour des profondeurs de base importantes,
le comportement des transistors converge vers un régime de fonctionnement où le gradient des
porteurs dans la base tend vers zéro (Fig.2.16(a)) et la tension de claquage décroı̂t avec la densité
de courant. Les profils des porteurs obtenus par simulation numérique unidimensionnelle sont
présentés dans la figure 2.17. Ils illustrent et confirment ces explications pour une profondeur de
base de 1,7 µm.
Les résultats de simulations numériques permettent aussi de confirmer les hypothèses émises
pour la simplification des équations. En particulier, la linéarité du profil des porteurs libres
dans la région de base est vérifiée, bien que quelque peu masquée par l’échelle logarithmique
46
2.4. Étude unidimensionnelle fort courant des TBA
8
(a)
6
PNP
4 2
5 10 A/cm
Wb(µm)
5
4 1 10
5
2,5 10
5
2
5 10
6
1 10
6
2 10
0
-3 -2 -1 0 1
30
(b) NPN
25
20
Vav (V)
15
10
0
-3 -2 -1 0 1
dp/dx (JT/4qDp)
Fig. 2.16 – Résolution graphique de l’équation 2.41, dans le cas d’un transistor PNP (côté
gauche) et d’un transistor NPN (côté droit). (a) Profondeur de base physique (Espace total
occupé par les régions de base et de collecteur) et (b) valeur de la tension aux bornes de la
région de collecteur en fonction de la pente du profil de porteurs dans la base, pour différentes
densités de courant.
sur la figure 2.17(a). On peut également observer le profil constant de la densité des porteurs
sur l’essentiel de la région de collecteur, car une majeure partie de la génération par avalanche
est réalisée autour du maximum de champ électrique. Elle se traduit en particulier par le profil
linéaire du champ électrique. La principale limitation du modèle semi-analytique provient de
l’approximation des coefficients de multiplication par une fonction en E 7 qui ne prend pas en
compte leur saturation à fort champ électrique (Equ.2.27), et conduit à des valeurs de tension
extrêmement faibles à très forte densité. Cependant, ceci ne remet pas en cause le bien fondé
des explications avancées qui se veulent plus qualitatives que quantitatives et privilégient une
analyse des phénomènes physiques fondamentaux associés aux caractéristiques électriques du
composant.
La chute de tension à forte densité de courant dans les transistors PNP (Fig.2.16(b)) est
elle aussi associée à l’augmentation de Cef f due à la charge amenée par le courant de trous
dans la zone de charge d’espace du collecteur (Equ.2.32). Mais dans ce type de transistor, le
comportement de la base permet, contrairement au cas des transistors NPN, l’existence de
densités de courant d’électrons égales ou supérieures à celle des trous (Fig.2.11). La charge
électrique des électrons associée à leur densité de courant tend alors à diminuer la valeur de Cef f
(Equ.2.32) ce qui implique l’augmentation de la tension de claquage de la jonction collecteur-
47
Chapitre 2. Étude des transistors bipolaires autopolarisés (TBA)
1e+21 dopage
(a) 2
Concentration (/cm )
n, 1e6
1e+19 p, 5e5
1e+18 n, 5e5
p, 1e5
1e+17 n, 1e5
1e+16
1e+15
C B E
1e+14
2,5 2 1,5 1 0,5
8e+05
(b)
Champ E (V/cm)
6e+05 2
1e6 A/cm
5e5
4e+05 1e5
2e+05
0
2,5 2 1,5 1 0,5
Distance (um)
Fig. 2.17 – Profils de la concentration des électrons n et des trous p (a) et répartition du champ
électrique (b) dans un transistor bipolaire NPN, obtenus par simulation numérique unidimen-
sionnelle pour différentes valeurs de densités de courant.
base. La tension augmente donc très rapidement lorsque les densités de courant d’électrons et
de trous sont proches, c’est-à-dire pour un gradient du profil de porteurs dans la base proche de
(-1) sur la figure 2.16(b). On remarque qu’il existe des régimes de fonctionnement où la valeur
du gradient est supérieure à (-1) (Fig 2.16(b)) et où la densité de courant d’électrons est donc
supérieure à celle du courant de trous (Fig.2.11). Ceci est possible car la vitesse limite de dérive
des électrons et supérieure à celle des trous. Ainsi, si l’on se reporte aux équations 2.22, la densité
d’électrons est plus faible que celle des trous pour des densités de courant égales. La limite du
régime de fonctionnement, qui correspond à l’égalité des densités d’électrons et de trous est
donnée en terme de densité de courant par la relation :
vlp
Jn = Jp (2.42)
vln
On peut constater sur la figure 2.16 que l’augmentation de la tension est d’autant plus tardive
vis-à-vis de la densité de courant que la profondeur de base physique est petite. Pour de faibles
profondeurs de base, le comportement d’un transistor PNP est similaire à celui du NPN, avec
toutefois une tension légèrement supérieure.
Dans les technologies les plus récentes (<0,15 µm), l’emploi de substrats très dopés dégrade
les performances des transistors NPN réalisés grâce au NMOS, car leur résistance de base se
trouve extrêmement réduite. La résistance de base des transistors PNP basés sur les PMOS,
48
2.5. Phénomène de focalisation du courant
1e+21 dopage
Concentration (/cm )
p, 1e6 A/cm
2 (a)
1e+20
3
n, 1e6
1e+19 p, 5e5
1e+18 n, 5e5
p, 1e5
1e+17 n, 1e5
1e+16
1e+15
1e+14
E B C
3 2,5 2 1,5 1
8e+05
(b) 1e6 A/cm
2
5e5
Champ E (V/cm)
6e+05 1e5
4e+05
2e+05
0
3 2,5 2 1,5 1
Distance (um)
Fig. 2.18 – Profils de la concentration des électrons n et des trous p (a) et répartition du champ
électrique (b) dans un transistor bipolaire PNP obtenus par simulation numérique unidimension-
nelle pour différentes valeurs de densités de courant.
n’est pas affectée car ils sont réalisés dans un puits N qui «isole» le composant du substrat. Le
comportement des transistors PNP, comparable à forte densité de courant à celui des transistors
NPN, leur permet finalement de présenter de meilleures performances que ces derniers [70].
Dans le cas de bases profondes, le comportement des transistors PNP est par contre très
différent de celui des NPN. Ce n’est pas une chute, mais une augmentation de la tension qui est
observée dans les transistors PNP. L’énergie dissipée dans la région de collecteur est alors très
importante et la robustesse du transistor PNP est très inférieure à celle du NPN. Les résultats
de simulations numériques présentés dans la figure 2.18 pour un transistor PNP de profondeur
de base de 1,7 µm illustrent parfaitement le comportement précédemment décrit. Encore une
fois, les hypothèses émises pour la simplification des équations sont justifiées. La répartition du
champ électrique est cependant assez déformée lorsque les concentrations des électrons et trous
dans la zone de charge d’espace sont proches, mais cela ne traduit pas un défaut majeur de
l’approche.
49
Chapitre 2. Étude des transistors bipolaires autopolarisés (TBA)
culièrement marquée dans les transistors NPN, nous allons voir que cette chute de tension est la
cause de la focalisation du courant observée dans ces composants. L’utilisation de la technique
de microscopie à émission lumineuse permet d’observer la non-uniformité de la distribution du
courant le long du collecteur d’un transistor [59]. L’observation la plus remarquable est que la
portion de collecteur utilisée est proportionnelle au courant total dans le composant, jusqu’à
l’étalement du courant sur la totalité de la longueur du collecteur [94].
VC
R R R R R
Fig. 2.19 – Modélisation d’un TBA par la mise en parallèle de transistors élémentaires.
tension dans un transistor élémentaire pour les densités de courant croissantes, il paraı̂t évident
que le moindre déséquilibre de la densité de courant entre les composants conduit à la concen-
tration de la totalité du courant dans un seul. Ce phénomène est d’autant plus important que
nous avons affaire à deux phénomènes de multiplication intimement couplés : la multiplication
par avalanche du courant d’électrons dans la région de collecteur fournit un courant de trous
permettant la réinjection d’un courant d’électrons par effet bipolaire (gain du transistor) dans
la région de collecteur.
Le modèle proposé ne prend cependant pas en compte les chutes de potentiel dans les ré-
sistances d’accès à la région de collecteur et d’émetteur. Pourtant, même de faibles valeurs de
ces résistances vont entraı̂ner des chutes de potentiel non négligeables. Leur prise en compte,
limitée à celle du collecteur, comme présenté dans la figure 2.19, permet d’expliquer clairement
le phénomène d’étalement du courant couramment observé.
Considérons le cas d’un transistor possédant une base de 1,7 µm. La tension aux bornes d’un
segment est représentée sur la figure 2.20 pour différentes valeurs de la résistance de collecteur
R. Cette tension est obtenue en ajoutant la tension calculée aux bornes de la zone de collecteur
à la chute de tension dans la résistance de collecteur R. La résistance de collecteur modifie peu
la tension pour les faibles densités de courant. Par contre, à forte densité de courant, c’est elle
qui va déterminer la tension totale. La tension présente une valeur minimum VM IN pour une
densité de courant donnée JM AX . Cette tension est d’autant plus basse que la densité de courant
maximum associée est grande et que la valeur de la résistance est faible.
Lorsque le courant total croı̂t dans le transistor, il se localise alors dans un seul transistor
élémentaire mais de manière limitée, grâce à l’augmentation de la tension due à la résistance de
collecteur. En effet, lorsque la densité de courant dans un transistor élémentaire dépasse JM AX ,
le courant supplémentaire sera conduit par le transistor voisin et ainsi de suite, jusqu’à utilisation
de l’ensemble des transistors élémentaires disponibles. La résistance de collecteur, appelée aussi
50
2.5. Phénomène de focalisation du courant
10
7 V
MIN
Vav (V)
6
5
3xR
4 2xR
R
3 0
2
JMAX
1 4 5 6
1×10 1×10 1×10
JT (A/cm²)
résistance de ballast permet de contrôler la valeur de JM AX et d’éviter ainsi une trop importante
focalisation du courant qui conduirait rapidement à un second claquage thermique et à une faible
robustesse du composant vis-à-vis des ESD.
Sub
D DCG
G
S
G
DCG D
Sub
++ ++ ++ ++ ++
P N N N P
Substrat P
figure 2.22 permet de comparer les caractéristiques TLP de trois transistors pour des valeurs de
DCG de 2,3 , 5,2 et 8,2 µm à faibles valeurs du courant, pour lesquelles il n’est pas distribué sur
la totalité du doigt. La résistance après le déclenchement est extrêmement faible car le courant se
déploie progressivement sur la longueur du doigt, sous une tension quasiment constante. Comme
prévu par notre modèle, cette tension est d’autant plus faible que la résistance de ballast est
faible.
51
Chapitre 2. Étude des transistors bipolaires autopolarisés (TBA)
0,18
0,16
0,14 2,3 µm
5,2
0,12 8,2
0,1
Ic (A)
0,08
0,06
0,04
0,02
0
5 6 7 8 9 10 11 12 13 14
Vc (V)
Fig. 2.22 – Caractéristique TLP pour différentes valeurs de la distance entre bord de grille et
contact de collecteur.
Enfin les images d’EMMI présentées dans la figure 2.23 sur les composants ayant une distance
DCG de 5,2 et 8,2 µm illustrent la dépendance de la densité de courant maximale avec la
résistance de ballast.
Pour des courants identiques, l’étalement du courant le long du doigt est plus important
dans le cas du transistor le plus ballasté. Ceci témoigne de la plus faible valeur de JM AX pour
une résistance de collecteur plus élevée, comme prévue par notre modèle. Lorsque le courant
s’est étendu sur toute la longueur doigt, le second doigt prend le relais [61]. L’observation du
composant possédant une distance DCG de 2,3 µm n’est pas possible en régime statique car la
densité de courant JM AX est trop importante et l’échauffement trop localisé conduit rapidement
au second claquage thermique.
Nous devons enfin mentionner l’impact négatif sur la robustesse ESD, de l’emploi de siliciure
qui permettent de réduire la résistance des drains et des sources [63, 95]. La dégradation de la ro-
bustesse découle directement de l’affaiblissement de la résistance de ballast avec les conséquences
que l’on vient de présenter ici.
52
2.6. Destruction du composant : aspect thermique
Fig. 2.23 – Images EMMI du transistor de distance DCG 5,2 µm (rangée du haut) et de celui
de distance DCG de 8,2 µm (rangé du bas) pour des valeurs de courant statiques de 50, 70 et
100 mA de gauche à droite.
chute de tension dans la résistance de ballast qui dépolarise cette région et concourt ainsi à la
stabilisation thermique de l’ensemble.
Le mécanisme de dégradation des transistors NMOS à été étudié par Pascal SALOME dans
[96] à partir des résultats d’analyse de défaillance. Nous allons rapidement résumer les résultats
présentés dans sa thèse de doctorat [58]. Il apparaı̂t que les défauts sont initialisés à la jonction
collecteur-base et découlent du second claquage thermique. Ces défauts initiaux se traduisent
par une légère augmentation du courant de fuite du composant et ne semblent pas être catas-
trophiques vis-à-vis de la fiabilité [97]. En particulier, ils ne sont pas un site privilégié pour un
nouveau défaut lors de stress suivants. Ces défaut sont qualifiés de «soft breakdown». Pour des
stress plus longs ou plus intenses, les défauts initialisés à la jonction collecteur-base entraı̂nent
la focalisation du courant d’émetteur. Il apparaı̂t alors un nouveau défaut dans la jonction
émetteur-base. Lorsque les deux défaut se rejoignent, il forment un filament qui court-circuite
le drain et la source. Cette défaillance, qui se traduit par un courant de fuite important, est
qualifié de «hard breakdown».
L’utilisation du modèle semi-analytique permet d’étudier l’impact de la température sur les
différentes régions électriques indépendamment. Si l’on reprend le modèle d’un TBA par la mise
en parallèle de transistors élémentaires associés à leurs résistances de ballast (Fig. 2.19), nous
pouvons étudier l’effet de l’échauffement de la région d’émetteur ou de collecteur du transistor
de l’une des sections.
Une augmentation de la température à la jonction émetteur-base correspond à une diminution
53
Chapitre 2. Étude des transistors bipolaires autopolarisés (TBA)
10
Aval.
8
Vav (V)
hE
Avalanche
6 orig
hE
5 4 5 6
1×10 1×10 1×10
JT (A/cm²)
Fig. 2.24 – Effet de la température de 200 K sur la tension aux bornes de la zone d’avalanche
en fonction de la densité de courant. Courbe originale (orig) (T=300 K). Effet de la diminution
du paramètre de recombinaison d’émetteur (hE ), et de la diminution des paramètres d’avalanche
An et Ap (avalanche), pour une augmentation de la température de 200 K dans ces régions.
54
2.7. Conclusion et perspectives
PNP. L’étude et la mise au point de transistors NPN possédant une base effective profonde est
l’objet du chapitre suivant.
55
Chapitre 2. Étude des transistors bipolaires autopolarisés (TBA)
56
Chapitre 3
Optimisation de transistors
bipolaires autopolarisés
L’étude menée au chapitre précédent nous a conduit à proposer un nouveau type de com-
posant bipolaire NPN dont la profondeur de base serait grande pour assurer un découplage
important entre les régions d’émetteur et de collecteur. Ce type de composant ne peut pas être
basé sur l’utilisation de transistors NMOS ou de transistors bipolaires latéraux (FOD). En ef-
fet, si la tension de maintien des transistors NPN dépend peu de leur profondeur de base, ceci
n’est vrai que pour de très fortes densités de courant. Ces composants seraient particulièrement
difficiles à déclencher et présenteraient avant d’atteindre leur repliement, un régime de fonction-
nement à relativement haute tension et fort courant qui leur serait fatal. Nous allons montrer
dans ce chapitre comment contourner ce problème en utilisant des transistors bipolaires NPN
possédant un collecteur faiblement dopé.
Une étude approfondie du fonctionnement de ce transistor lors d’une décharge électrostatique
va être menée. Pour cela, nous utiliserons intensivement la simulation physique, après avoir pris
conscience des limitations qu’elle comporte dans le cas particulier des décharges électrostatiques.
Une étude précise devrait faire appel à la simulation tridimensionnelle, mais les lourds moyens
informatiques qui seraient nécessaires la rendent très difficilement réalisable. Toutefois, des sim-
plifications permettent par une double étude en deux dimensions, d’obtenir une description plus
accessible et plus efficace du problème, au prix cependant de certaines limitations. La compré-
hension fine du fonctionnement permettra d’étudier et de proposer un ensemble de règles pour
obtenir des composants optimisés et extrêmement robustes. Finalement, des résultats expéri-
mentaux obtenus dans trois technologies différentes viendront illustrer et valider les conclusions
tirées des simulations.
57
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés
Les simulateurs physiques permettent de résoudre de manière couplée les équations physiques
des semi-conducteurs (équation de Poisson et équations de continuité des porteurs) et l’équa-
tion de la chaleur [90]. L’utilisation de ces simulations électrothermiques est indispensable pour
comprendre le fonctionnement des composants de protection ESD, dans lesquels l’élévation de
la température, localisée dans la région de collecteur, est très importante lors d’une décharge
électrostatique de forte intensité.
Les simulateurs électrothermiques ont été initialement développés pour l’étude des compo-
sants classiques de la microélectronique. Les conditions rencontrées lors d’une décharge électro-
statique s’éloignent de ces régimes de fonctionnement classiques par deux aspects. D’une part, la
température dans le composant est très élevée (jusqu’à atteindre la limite de fusion du silicium),
et d’autre part, les densités de courants mises en jeu sont très grandes. Or, les modèles physiques
ne sont pour la plupart validés que pour des températures inférieures à 600 K [100, 101]. En
conséquence de la très forte injection, les modèles de mobilité et de génération-recombinaison
sont utilisés dans une région proche de leur limité de validité. Les paramètres des modèles ther-
miques, comme la capacité calorifique, le coefficient de diffusion thermique du silicium le sont
également, mais dans une moindre mesure.
Dans les TBA, le champ électrique, fortement influencé par la densité des porteurs libres,
atteint des valeurs très importantes. Les modèles de multiplication par avalanche ont été déve-
loppés à l’origine pour obtenir les tensions de claquages de composant [92], ou pour les régimes
de faible multiplication, comme dans le collecteur d’un transistor bipolaire pour les régimes
normaux de fonctionnement. Leur validité pour des conditions à la fois de forte avalanche et
d’intense champ électrique est particulièrement discutable. De plus, la zone de plus haute tem-
pérature se situe précisément dans la région ou les phénomènes d’avalanche sont importants. Une
description plus précise de la physique ayant trait à cette région pourrait reposer sur l’utilisation
des modèles dits hydrodynamiques [102], dans lesquels la température des électrons et des trous
ne sont plus considérées égale à celle du réseau cristallin. Malheureusement, les paramètres de ces
modèles sont mal connus dans des conditions classiques et à plus forte raison dans les conditions
extrêmes relatives aux décharges électrostatiques. L’ajout de deux équations supplémentaires,
pour le calcul de la température des porteurs, pénalise de plus la convergence et la rapidité des
calculs [17].
58
3.1. Utilisation des simulateurs électrothermiques
Conclusion
La somme de paramètres incertains ou inadaptés aux conditions extrêmes rencontrées dans
un composant subissant un stress ESD, contraint à beaucoup de prudence quant aux résultats
obtenus par simulation. La prédiction de la robustesse d’un composant apparaı̂t même à l’heure
actuelle comme illusoire. Cependant, en limitant leur utilisation dans des conditions peu éloignées
des domaines de validité des modèles, nous pouvons obtenir des informations fiables sur le
59
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés
fonctionnement du composant et en faire, pour le moins, ressortir les tendances. Les simulateurs
électrothermiques ont souvent été utilisés avec succès pour comprendre le fonctionnement des
composants de protection ESD [17, 60, 94, 103].
C
E
B
++ ++ ++ ++ ++
N P N P P
P+ P+
N+ P
P+
−
N epi
Couche enterrée N +
(a) (b)
P substrat
Fig. 3.1 – Schéma électrique (a) et coupe technologique (b) du transistor bipolaire NPN vertical.
60
3.3. Étude de son fonctionnement par la simulation physique bidimensionnelle
5
Courant (A)
0
0 10 20 30 40 50 60 70
Tension (V)
l’origine de ces écarts provient des niveaux de courants auxquels sont mesurées ces différentes
grandeurs. En effet, les tensions BVCB et BVCE0 sont mesurées pour de faibles niveaux de
courant (10 µA), contrairement aux tensions Vt1 et VH qui sont typiquement obtenues pour des
courants de l’ordre du mA à plusieurs dizaines ou centaines de mA.
L’étude approfondie du fonctionnement du transistor lors d’un stress ESD, au moyen de la
simulation physique bidimensionnelle, va nous permettre de lier la valeur de ces tensions aux
caractéristiques physiques et à la géométrie du composant.
61
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés
l’évolution des grandeurs physiques comme le champ électrique, la densité de courant, le taux
de génération par impact et la température, durant une décharge HBM permet d’analyser en
détail les phénomènes.
C E B
(a) (b)
(c) (d)
Fig. 3.3 – Densité de courant (a), taux de génération par impact (b), champ électrique (c)
et température (d) avant le repliement de la tension de collecteur (VC =Vt1 -1Volt), obtenus par
simulation d’une coupe bidimensionnelle du transistor bipolaire NPN vertical soumis à une dé-
charge HBM de 2 kV.
62
3.3. Étude de son fonctionnement par la simulation physique bidimensionnelle
diode pourrait entraı̂ner la dégradation prématurée du composant. Cet aspect particulier sera
expérimentalement mis en évidence dans la suite sur un autre type de composant.
Si la conduction du transistor bipolaire au-delà de la tension BVCB et avant le repliement
de la tension de collecteur vient d’être démontrée, il n’en reste pas moins que sa caractéristique
présente une résistance dynamique très importante dans ce régime de fonctionnement à moyen
courant. L’origine de ce phénomène découle de l’effet des fortes densités de courant dans la
zone de charge d’espace de la jonction collecteur-base. Dans cette zone, les porteurs transitent
à leur vitesse limite (vl ) et la charge électrique qu’ils transportent peut devenir non négligeable
vis-à-vis de celle des impuretés dopantes ionisées. L’effet des charges mobiles devient important,
en premier lieu, dans la région de collecteur la plus faiblement dopée. Si l’on néglige le courant
de trous5 dans cette région, la charge due au courant d’électrons vient se soustraire à celle des
dopants ionisés. La neutralisation sera totale pour une densité de courant critique Jncrit = ND qvl
où ND est la valeur du dopage de la région faiblement dopée de collecteur (Fig 3.4(b)). Pour le
composant considéré ici, la valeur de cette densité critique de courant est d’environ 6.103 A/cm2 ,
et correspond bien aux densités de courants observées dans la figure 3.3.
Les caractéristiques électriques de la jonction collecteur-base sont donc profondément mo-
difiées en fonction de la densité du courant. En particulier, la valeur de sa tension de claquage
doit être reconsidérée, d’autant plus qu’elle détermine la valeur de la tension de maintien du
transistor. Toute augmentation ou diminution de la valeur de la tension de claquage entraı̂ne une
variation dans le même sens de la tension de maintien. L’effet de la densité des porteurs libres
tendant à diminuer le dopage de la zone faiblement dopée (Fig 3.4(a)(b)), la jonction présente
une tension de claquage croissante avec la densité de courant. La croissance concomitante de la
tension de maintien explique ainsi l’importante valeur de la résistance dynamique observée sur
la caractéristique TLP.
Lorsque la densité de charge des porteurs mobiles est du même ordre de grandeur que le
dopage ND , la région peu dopée tend à devenir intrinsèque, c’est-à-dire que la densité nette
de charge électrique dans cette région devient faible (Fig 3.4(c)(d)(e)). Dans ces conditions,
l’extension de la charge d’espace se trouve rapidement limitée par la couche enterrée fortement
dopée. La jonction collecteur-base est alors assimilable à une diode PIN. En outre, la tension de
claquage des diodes PIN ne dépend que de la distance entre ses régions plus fortement dopées,
et est donnée par la relation [104] :
1
Wi6
7
BVpin = (3.1)
1, 8.10−35
63
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés
N ++ N ++ N ++ N ++
-- + + -- + +
ND
P N− P N−
(a) (b)
N ++ N ++ N ++ N ++
Wi
-- + + -- ++
P N− P N−
(c) (d)
N ++ N ++ N ++ N ++
- - ++ - - ++
P N− (e) (f) P N−
Fig. 3.4 – Évolution schématique du profil du champ électrique dans la jonction collecteur-base,
pour des densités de courant croissantes. La densité de charge due au courant d’électron est
représentée en traits pointillés courts dans la zone de charge d’espace. La position de la jonction
(lieu de changement de signe de la charge d’espace) est représentée en traits pointillés longs.
64
3.3. Étude de son fonctionnement par la simulation physique bidimensionnelle
E B
−
Nepi
C N+
(a) (b)
(c) (d)
Fig. 3.5 – Densité de courant (a), taux de génération par impact (b), champ électrique (c) et
température (d) au pic de courant d’une décharge HBM de 2kV obtenus par simulation d’une
coupe bidimensionnelle du transistor bipolaire NPN vertical.
5
Champ E (V/cm)
5×10
4×10
5
HD JONCeff (a)
3×10
5 MD
5 FD
2×10
5
1×10
20
10 (b)
WbF-MD
Concentration (/cm )
3
19
10 eff Wb WbHD
eff
18
10
17
10
16 HD électron
10 HD trou
15 MD électron
10 MD trou
14 FD électron
10 FD trou
10
13 Dopage
Profondeur (ua)
Fig. 3.6 – Coupe des densités de porteurs (a) et du champ électrique (b) pour différentes densités
de courant dans le composant : haute densité HD, moyenne densité MD et faible densité FD.
De la même manière qu’une jonction C-B métallurgique, nous pouvons définir à forte densité
de courant une jonction C-B effective située à la frontière des régions faiblement et fortement
dopées de collecteur et dont la position correspond au maximum de champ électrique (JON Cef f
Fig. 3.6).
Le fonctionnement du composant à fort courant s’identifie alors à celui décrit au chapitre
précédent par l’approche semi-analytique. En effet, la densité des porteurs libres est si grande
65
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés
que les régions où le dopage n’a pas de valeur très importante (< 5 1016 /cm3 ) ne joue qu’un
rôle négligeable dans le fonctionnement du composant (Fig. 3.6(b)). Comme nous l’avons vu
au chapitre précédent, la tension de claquage de la jonction collecteur-base effective est alors
déterminée par une concentration effective qui est du même ordre de grandeur que la densité
des porteurs libres. Par conséquent, la tension de claquage de cette jonction est maintenant
− N P N ) et la tension de
beaucoup plus faible que celle de la jonction métallurgique P/Nepi (BVCB
maintien correspondante est plus faible que la tension statique BVCE0 .
«Strong snapback»
L’origine du «strong snapback» ou sur-repliement observé par Mergens dans les composants
LDMOS [105], apparaı̂t ici clairement. En effet, la tension de maintien dépend de la tension
de claquage de la jonction effective collecteur-base. Comme nous allons le voir, cette tension
de claquage est généralement basse et dépend du profil de dopage entre les régions fortement
et faiblement dopées du collecteur. Ainsi, la tension de claquage de la jonction métallurgique
collecteur-base BVCB qui dépend du dopage de la base et de la région N − de collecteur ne
détermine pas la tension de maintien. La valeur de BVCB peut être très importante alors que la
tension de maintien sera particulièrement faible. Dans ces conditions, on observe un repliement
de la caractéristique TLP qui peut paraı̂tre extraordinairement important («extraordinary strong
snapback» [105]).
une variation du potentiel dans la base sur la largeur de l’émetteur. La polarisation de la diode
émetteur-base en direct est donc plus importante du côté opposé au contact de base et la densité
de courant plus grande. De la même manière, pour des densités de courant élevées (Fig. 3.7)
l’essentiel du courant s’écoule sur une partie seulement de la largeur de l’émetteur située à
l’opposé du contact de base.
L’introduction d’une résistance de ballast dans l’émetteur, réalisée en éloignant le contact
du bord de la diffusion, permet de compenser en partie l’effet focalisant de la résistance de
base. Elle permet aussi d’atténuer l’apparition d’une région de plus forte densité de courant à
l’extrémité de l’émetteur. En effet, la direction du courant étant verticale, le flanc de la diffusion
impliquerait une plus forte densité de courant en bord d’émetteur.
L’effet focalisant induit par la résistance de base est connu de longue date dans les transistors
bipolaires [106]. L’étude analytique de ce phénomène est particulièrement ardue. Les solutions
analytiques proposées dans la littérature font appel à trop de simplifications et d’hypothèses pour
être une aide efficace à la conception des dispositifs étudiés ici. On se limitera donc à l’emploi de
la simulation numérique, associée à la connaissance de règles simples et tendances fondamentales.
Retenons en particulier, que plus la résistivité de la diffusion de base intrinsèque est faible (donc
son dopage important), moins la focalisation qu’elle entraı̂ne est importante [107].
66
3.3. Étude de son fonctionnement par la simulation physique bidimensionnelle
int
Courant RB
Courant
d’électrons de trous
Fig. 3.7 – Focalisation du courant due à la résistance de base intrinsèque du transistor bipolaire
NPN vertical. Densité de courant au pic de courant d’une décharge HBM de 2kV, obtenue par
simulation d’une coupe bidimensionnelle.
Conclusions
La distribution du courant est relativement uniforme avant le repliement et devient fortement
non uniforme ensuite. Avant le repliement, dans le régime de moyen courant, seul l’effet de la
résistance de base tend à focaliser le courant, le comportement de la région de collecteur tendant
à l’uniformiser. Dans ce régime, la tension de claquage de la jonction C-B du transistor augmente
avec la densité de courant. Cette augmentation est à l’origine de la forte résistance dynamique
observée sur la caractéristique TLP.
67
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés
Après le repliement, pour le régime de fort courant, les effets focalisants de la résistance de
base et de la région de collecteur se conjuguent. Le courant est fortement non-uniforme dans
le composant et le maximum du champ électrique est déplacé de la jonction C-B métallurgique
à une jonction effective située à la frontière des régions N − et N ++ du collecteur. Dans ces
conditions de fonctionnement, le comportement du transistor peut être décrit par le modèle
semi-analytique développé au chapitre précédent.
Contrairement aux intuitions habituelles, la focalisation du courant est ici bénéfique car elle
s’accompagne d’une importante diminution de la tension de maintien qui permet de dissiper une
énergie globalement plus faible dans le composant.
La faible dimension des composants de protection (de l’ordre de 104 cm2 ) vis-à-vis de l’im-
portante valeur d’un courant ESD (plusieurs Ampères), entraı̂ne inévitablement de très fortes
densités de courant. Les phénomènes de focalisation à fort courant ne peuvent donc êtres occul-
tés. L’étude semi-analytique menée au chapitre précédent pour les très fortes densités de courant
revêt donc un aspect fondamental pour comprendre le fonctionnement d’un transistor bipolaire
lors d’une décharge électrostatique. Le tableau 3.1 résume le comportement d’un TBA NPN pos-
sédant une région de collecteur faiblement dopée, dans les différents régimes de fonctionnement.
La structure étudiée
Pour étudier la distribution du courant, une coupe longitudinale de la structure a été trans-
crite dans le simulateur électrique (Fig. 3.8(e)). Aucun contact n’est pris dans la base, ainsi
laissée flottante. La validité de cette approche repose sur deux approximations :
68
3.3. Étude de son fonctionnement par la simulation physique bidimensionnelle
1. À fort courant, le courant sortant du contact de base est négligeable par rapport au courant
total. (Ceci a été abordé au chapitre précédent).
2. Ce courant, qui traverse la résistance intrinsèque de base, circule en grande partie ortho-
gonalement au plan de la coupe, il ne peut donc pas entraı̂ner d’importante variation de
potentiel dans la région de base du plan de coupe.
Ces approximations raisonnables, évitent l’utilisation d’une simulation tridimensionnelle.
Dans les composants étudiés ici, les gradients des grandeurs physiques sont très importants.
Le nombre de points de maillage garantissant une discrétisation correcte est donc très grand.
Les ressources informatiques nécessaires pour mener correctement à bien une simulation 3D de
ce type sont donc considérables.
La structure simulée est présentée dans la figure 3.8(e). Afin, de simplifier sa géométrie, les
résistances série d’émetteur et de collecteur ont été estimées et introduites par le biais d’un
résistance distribuée de contact. La simplicité de la géométrie permet de réaliser un maillage fin
et régulier de la structure, en particulier à la frontière des zones faiblement et fortement dopées
du collecteur. Le facteur d’aire utilisé est égal à la largeur de la zone focalisée observée dans la
coupe selon la largeur de l’émetteur.
Résultats de simulation
La simulation électrothermique est réalisée pour un stress de 500 V HBM appliqué sur le
collecteur (émetteur relié à la masse). L’évolution de la tension de collecteur et du maximum de
la température dans la structure sont représentés dans la figure 3.9. L’état interne du composant,
en termes de champ électrique, densité de courant et de température, est décrit dans la figure 3.8
pour différents instants au cours de la décharge.
69
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés
(a) (a)
(b) (b)
(c) (c)
(d) (d)
champ E J
(a)
E
(b) Base P
N−
N+ (e)
C
(c)
(d)
T
Fig. 3.8 – Simulation bidimensionnelle d’un stress de 500 V HBM dans une coupe selon la
longueur du doigt d’émetteur. Distributions du champ électrique, de la densité de courant et de
la température à 10 ns (a), 30 ns (b), 50 ns (c) et 70 ns (d) (voir figure 3.9. (e) Représentation
des dopages dans la coupe.
caractère totalement aléatoire a été observé pour une structure parfaitement symétrique [110].
L’initialisation dans une région préférentielle a été observée par C. Russ et ses coauteurs qui
l’ont attribuée, dans leur cas, à une dissymétrie dans la courbure de jonction [40].
Une puissance thermique importante est dissipée dans la zone focalisée, mais le déplacement
de cette zone sur toute la longueur du doigt permet d’homogénéiser la dissipation de puissance
et la température. Ce déplacement peut être expliqué par la diminution du phénomène d’ava-
70
3.3. Étude de son fonctionnement par la simulation physique bidimensionnelle
60 800
(d)
50
(c) 700
Température (K)
40 (a) (b)
Potentiel (V)
600
30 Température Max
VC 500
20
400
10
0 300
0 5e-08 1e-07 1,5e-07 2e-07
Temps (s)
lanche avec la température. Les coefficients d’ionisation sont en effet des fonctions rapidement
décroissantes de la température (Fig. 3.10).
Le fort champ électrique et la forte densité de courant qui règnent dans la zone focalisée
entraı̂nent une augmentation locale de la température. La diminution des coefficients d’ionisation
qui en résulte provoque le déplacement du maximum de densité de courant en bordure de la
zone et conduit à son mouvement apparent vers des régions plus froides.
Lorsque la zone focalisée atteint le bord d’émetteur, l’élévation de température devient impor-
tante jusqu’à l’inversion de son sens de mouvement. Les extrémités de la structure apparaissent
donc comme des régions où le risque d’initialisation d’un second claquage thermique est grand.
Elles devront faire l’objet de précautions particulières pour optimiser les performances d’un
composant.
71
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés
5
1×10
4
1×10
6
Overstraten 610 V/cm
6
Lackner 610 V/cm
6
Overstraten 510 V/cm
6
Lackner 510 V/cm
3
1×10 300 600 900
Température (K)
Fig. 3.10 – Variation du coefficient de multiplication par avalanche des électrons en fonction
de la température pour deux valeurs de champ électrique, selon le modèle de Van Overstraeten
de Man [111, 112] et le modèle de Lackner [113].
température qui est de l’ordre de 1µm/ns. La vitesse d’étalement de la température obtenue dans
nos simulations est du même ordre de grandeur. Cela permet d’accorder une certaine validité à
nos simulations.
Une version de la technique d’interférométrie laser permettant d’obtenir une image de la
répartition de température dans les composants à un instant donné d’une seule impulsion de
décharge a été développée récemment [116]. Le mouvement de la région de plus haute tempé-
rature pour des impulsions de relativement faible courant (comme dans le cas de la simulation
présentée) a pu être mis en évidence [117]. Ces résultats récents, confirment donc la validité des
résultats de simulation présentés ici.
Si l’on combine les résultats des simulations 2D réalisées dans les deux plans (largeur et
longueur d’émetteur), il apparaı̂t évident que la focalisation du courant est fondamentalement
tridimensionnelle. Dans les plans de coupe selon la largeur ou la longueur du composant, la simu-
lation représente une bonne approximation d’un point de vue électrique car les lignes de courant
sont essentiellement verticales et sont donc contenues dans ces plans. En revanche, l’énergie
thermique est dissipée dans toutes les directions de l’espace. Limiter le flux thermique à un seul
plan conduit donc à largement surestimer la température en particulier dans la zone focalisée.
Nous touchons ici à l’aspect limitant le plus l’utilisation de simulations 2D dans cette étude.
Cela restreint en particulier les investigations aux cas de décharges de faible intensité. Toutefois,
les observations réalisées donnent de précieux éléments pour comprendre le comportement réel
du composant.
Seule la simulation 3D pourrait permettre une meilleure description du phénomène. Cepen-
dant, on se heurte à deux grandes difficultés pour l’utiliser efficacement :
– Un grand nombre de points de maillage est nécessaire pour discrétiser correctement les
grandeurs physiques qui présentent ici de très forts gradients.
– La dynamique rapide du phénomène de déplacement induit une discrétisation temporelle
très fine vis-à-vis de la durée totale d’une décharge.
À l’heure actuelle, les moyens informatiques nécessaires pour réaliser une simulation de ce type
sont encore trop coûteux pour espérer obtenir des résultats dans un temps raisonnable. Cette
72
3.4. Augmentation de la profondeur de la région de base effective
approche ne peut pas être retenue, du moins tant que les modèles physiques n’auront pas été
validés sinon adaptés aux régimes de très forte injection et haute température.
73
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés
N ++ Région de forte N ++
dissipation thermique
Wbef f n
p
E B C
P N−
Wb Wi
Fig. 3.11 – Profils des porteurs libres (électrons n et trous p) à forte densité de courant dans
un transistor NPN à collecteur faiblement dopé.
La région de transition entre le collecteur faiblement et fortement dopé, siège d’un fort champ
électrique, dissipe une importante quantité de chaleur qui va diffuser dans le milieu√environnant.
Compte tenu du coefficient de diffusion thermique du silicium D = 0, 09 µm2 /ns, Dt donne la
distance parcourue par le flux de chaleur en fonction du temps. Pour une impulsion de 200 ns, la
chaleur aura donc diffusé d’une distance de l’ordre de 4 µm. Au-delà d’une distance de 10 µm de
la source de chaleur, l’élévation de température devient totalement négligeable durant la durée
de l’impulsion [118]. Ceci nous donne un ordre de grandeur de la distance Wbef f nécessaire pour
assurer un bon découplage thermique entre la région chaude du collecteur et la jonction E-B au
cours d’un transitoire de courant ESD.
74
3.4. Augmentation de la profondeur de la région de base effective
E E
Wbef f Wb Wbef f Wb
JON Cef f
JON Cef f
(a)
C
(b)
C
0,75 5e+05
Bord émetteur
0,7
Potentiel fort couplage
Fig. 3.13 – Coupe de la tension et de la densité de courant dans la base sous l’émetteur dans la
figure 3.12. Dans le cas d’un fort et d’un faible couplage entre émetteur et la région de génération
par avalanche.
L’effet positif de l’élargissement de la base effective sur la distribution du courant vient d’être
démontré. En revanche, il entraı̂ne une importante augmentation de la tension de repliement
Vt1 , qui passe de 65 V à 200 V au regard des résultats de simulation sur la structure simplifiée
(Fig. 3.14). Cette augmentation découle de l’approfondissement de la région faiblement dopée
de collecteur (Wi ) qui, comme nous l’avons montré à la section 3.3.1, influe directement sur la
tension maximale avant le repliement. Cet aspect ne limitera pas la robustesse intrinsèque du
transistor car il correspond à un régime de relativement faible densité de courant où le courant
est pratiquement uniforme dans le composant. En revanche, la diode de déclenchement (jonction
75
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés
200
3
150
Potentiel (V) IC
Courant (A)
2
100
VC faible couplage
VC fort couplage 1
50
0 0
0 1e-08 2e-08 3e-08 4e-08 5e-08
Temps (s)
Fig. 3.14 – Variation de la tension de collecteur en fonction du temps, simulée pour un stress
HBM de 2kV, dans le cas d’un fort et d’un faible couplage entre l’émetteur et la région d’ava-
lanche.
P ++ /N − dans la coupe selon la largeur de l’émetteur Fig. 3.1) pourrait être dégradée. De plus,
la présence de la surtension limite les possibilités d’utilisation du transistor. Il faudra donc
envisager des techniques pour la réduire.
76
3.5. Influence du profil de dopage de collecteur sur la tension de maintien
80
70 Profil abrupt
60 Profil graduel
Potentiel (V)
50
40
30
20
10
0
0 1e-08 2e-08 3e-08 4e-08 5e-08
Temps (s)
Fig. 3.15 – Variation de la tension de collecteur en fonction du temps, simulée pour un stress
HBM de 2kV, dans le cas de profils graduel et abrupt.
19 6
10 Jonceff 10
Champ électrique
18 5
10 10
17 4
10 10
Dopage
16 densité de t 3
10 densité d'e 10
15 2
10 4 5 6 710
Profondeur (µm)
Fig. 3.16 – Coupe du champ électrique et profils des porteurs dans la région de forte densité de
courant du collecteur, pour un profil de dopage abrupt. La jonction collecteur-base effective est
représentée (Joncef f ).
approcher le profil de charge d’espace autour de la jonction délocalisée par un profil linéaire
(Fig. 3.18). En effet, si autour de la jonction délocalisée, on approxime le profil des électrons
et du dopage par des profils linéaires, la soustraction de ces profils donnent le profil de charge
d’espace qui est donc lui aussi linéaire. La pente de ce dernier est sensiblement égale à la dérivée
du profil de dopage car la pente du profil des électrons est beaucoup plus faible. La tension de
claquage d’une jonction linéaire est donnée par :
−2
BVlin = 9, 2.109 a 5 (3.2)
77
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés
19 6
10 Jonceff 10
Champ électrique
17 4
10 10
16 3
10 10
Dopage
densité de t
15
densité d'e 2
10 4 5 6 710
Profondeur (µm)
Fig. 3.17 – Coupe du champ électrique et profils des porteurs dans la région de forte densité de
courant du collecteur, pour un profil de dopage graduel. La jonction collecteur-base effective est
représentée (Joncef f ).
avec a la valeur de la dérivée du profil de porteurs. Cette expression montre que plus le profil
est graduel (valeur de a faible), plus la tension de claquage est grande.
4e+17
Concentration (/cm³)
2e+17
Dopage
densité de t
densité d'e
4 5 6 7
Profondeur (µm)
Fig. 3.18 – Approximation d’une jonction délocalisée graduelle par une jonction linéaire. Profils
des porteurs dans la région de forte densité de courant du collecteur, pour un profil de dopage
graduel (identique à la figure 3.17 excepté l’échelle linéaire pour la concentration).
L’utilisation astucieuse des différentes gradualités des profils de dopage disponibles dans une
technologie permet ainsi d’obtenir une gamme variée de tensions de maintien. Cela a été mis
78
3.6. Bilan : Éléments d’optimisation pour la conception
en évidence par De Heyn et ses coauteurs [119]. Nous apportons ici une explication claire et
approfondie à leurs observations.
79
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés
Technologie 1
La première, qui sera désignée par la suite par technologie 1, est une technologie dite «CMOS
analogique» 1,2 µm, sans siliciures ni drains faiblement dopés (LDD). Cette technologie utilise
un substrat P. Elle comprend entre 12 et 20 nivaux de masque qui permettent de réaliser une
large variété de composants destinée à des applications de basse ou haute tension (6 V ou 12 V) :
– composant actifs :
– transistor MOS (canal N et P) basse ou haute tension
– transistor LDMOS
– transistors bipolaires (NPN et PNP)
– composant passifs :
– résistances en polysilicium et diffusées
– polysilicium hautement résistif
– capacités
Ainsi, le nombre de masques utilisés varie en fonction des options nécessaires à la réalisation des
applications (régulateur de tension de type LDO «Low Drop Out», référence de tension de type
bandgap, amplificateur opérationnel)
Technologie 2
La seconde technologie utilisée est une technologie CMOS 1 µm, sans siliciures ni LDD. Cette
technologie sur substrat P est dédiée aux applications de conversion de l’énergie et intègre des
composants LDMOS hautes tensions jusqu’à 700 V :
– composant actifs :
– transistor MOS (canal N et P) basse tension (9 V)
– transistor LDMOS moyenne et haute tensions (20 V,45 V,200 V,400 V,700 V)
– transistors bipolaires (NPN et PNP)
– composant passifs :
– résistances en polysilicium et diffusées
Les applications, principalement basées sur les techniques de découpage, vont du convertisseur
haute tension alternative (85 Vac, 256 Vac) vers basse tension continue (5 Vdc, 48 Vdc), à la
conversion continu-continu basse tension.
80
3.7. Résultats expérimentaux
Technologie 3
La technologie 3 est une technologie CMOS NWell 0,6 µm possédant des LDD mais pas de
siliciures. Basée sur un substrat P, cette technologie très simple permet la réalisation de circuits
aussi bien analogiques que digitaux avec des tensions d’alimentation de 3 V à 5 V.
Soulignons enfin que pour toutes ces technologies, l’absence de couche enterrée ne permet pas
la réalisation de transistors bipolaires verticaux.
Technologie 1
C2E
B E C Sub
++ ++ ++ ++ ++
P N P N P
P+
N− P−
Psub
La coupe technologique du transistor bipolaire NPN étudié dans la technologie 1 est repré-
sentée sur la figure 3.19. La structure est symétrique par rapport à son contact central de base
et seule une moitié du composant est donc dessinée. La base du transistor est constituée d’une
couche P + assez fortement dopée. Cette diffusion est aussi utilisée pour la réalisation des sources
et drains des PMOS hautes tensions de la technologie. Le collecteur est constitué d’une diffusion
N − dans laquelle une diffusion N ++ permet de prendre un contact.
Ce type de transistor bipolaire, dépourvu de couche enterrée, présente cependant un mode de
fonctionnement identique au transistor vertical étudié auparavant. Sous l’effet des fortes densités
de courant, le maximum de champ électrique, initialement situé à la jonction métallurgique
collecteur-base P + /N − , est repoussé à la frontière des couches N − et N ++ du collecteur. Le
caractère très abrupt du profil de dopage à cette frontière implique une tension de maintien
relativement faible de 8 V.
Les résultats de simulation électrique bidimensionnelle permettent de confirmer et d’étudier
plus en détail leur mode de fonctionnement. À fort courant, l’important taux de génération
81
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés
B E C
(a)
(b)
Fig. 3.20 – Densité de courant (a) et taux de génération par avalanche (b) dans le transistor
NPN (technologie 1) après son repliement, au pic de courant d’une décharge HBM de 2kV.
Technologie 2
Le même type de transistor bipolaire NPN a été étudié dans la technologie 2. Sa coupe
technologique est représentée sur la figure 3.21. On notera simplement l’ajout d’une prise de
contact P ++ , située à droite de l’émetteur, dans la diffusion P de base. Cette connexion per-
mettra l’ajout d’un élément de déclenchement externe, telle la diode représentée sur la figure.
En outre, les dopages de la diffusion de base (P) et de collecteur (N − ) sont inférieurs à ceux de
la technologie 1. Ces dopages plus faibles sont nécessaires pour tenir les hautes tensions dans les
applications visées par cette technologie.
82
3.7. Résultats expérimentaux
B E C Sub
++ ++ ++ ++ ++
P N P N P
N− P−
Psub
Technologie 3
La coupe technologique du transistor bipolaire NPN réalisé dans la technologie 3 est repré-
sentée sur la figure 3.22. Les diffusions disponibles dans cette technologie ne permettent pas la
construction d’un transistor totalement identique aux précédents. Aucune diffusion P n’est dis-
ponible pour réaliser la base du transistor bipolaire. Toutefois, le dopage en surface du substrat
P permettant la réalisation des transistors NMOS est relativement important dans cette techno-
logie destinée aux basses tensions. Ainsi, le dopage P sous l’émetteur est relativement important
et permet de limiter la focalisation due à la résistance de base. En outre, la concentration de
dopant diminue rapidement de la surface vers le substrat Psub . Aux régimes de forte densité
de courant, ceci favorise le passage du courant dans la profondeur du composant, comme en
témoigne la simulation de la figure 3.23.
C2E
B E C Sub
Extern
++ ++ ++ ++ ++
P N P N P
P N P
Psub
83
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés
B E C Sub
Fig. 3.23 – Densités de courant dans le TBA (technologie 3) au pic de courant d’une décharge
HBM de 2kV.
84
3.7. Résultats expérimentaux
Tab. 3.2 – Performance HBM en fonction de l’éloignement (C2E) des diffusions fortement
dopées du collecteur et de l’émetteur (technologie 1).
85
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés
0,5
0,2
0,1
0
0 10 20 30 40 50 60
Tension (V)
Fig. 3.24 – Influence de la distance collecteur-émetteur sur la caractéristique TLP bas courant
du transistor NPN (technologie 1).
composant possédant une distance C2E réduite de 1,5 µm par rapport à la valeur optimale. La
dépendance de la tension maximale avec la profondeur de la zone intrinsèque de la diode PIN,
c’est-à-dire la profondeur de la région N − de collecteur et donc la distance C2E, est nettement
visible. La réduction de cette profondeur correspond bien avec une diminution de la tension de
repliement (Vt1 ).
Enfin, la tension de maintien (VH ) de l’ordre de 7 V, varie peu avec la distance C2E. L’aug-
mentation de la profondeur de base (effective) de 1,5 µm correspond à un accroissement de
tension de maintien inférieur à 2 V.
En technologie 3
Grâce à l’expérience acquise dans la technologie 1, le transfert du savoir-faire dans cette tech-
nologie très différente a permis d’obtenir, dès le premier lot de test, des composants robustes à
des stress de 5 kV HBM. Il convient d’insister ici, sur l’importante différence qui existe entre
les technologies 1 et 3, ainsi que sur la nécessité d’adopter une structure de composant sensible-
ment différente. Les composants optimisés obtenus dans un second lot, présentent d’excellentes
performances, équivalentes à celles qui sont obtenues dans la technologie 1.
L’influence de la distance C2E sur la robustesse HBM, résumée dans le tableau 3.3, est sem-
blable à celle obtenue pour les composants de la technologie 1. L’augmentation de la robustesse
avec l’élargissement de la base effective et le caractère aléatoire de l’apparition d’un second cla-
quage thermique sont également observés. Ces résultats s’ajoutent au précédent pour confirmer
la validité du modèle de fonctionnement construit à partir de la simulation numérique.
86
3.7. Résultats expérimentaux
0,5
Courant (A)
optimal
0,3
0,2
0,1
0
0 10 20 30 40 50 60 70
Tension (V)
Fig. 3.25 – Influence de la distance collecteur-émetteur sur la caractéristique TLP bas courant
du transistor NPN (technologie 3).
Les caractéristiques TLP à bas courant, données dans la figure 3.25, présentent les mêmes
aspects que celles des composants issus de la technologie 1. La tension de maintien est peu
dépendante de la distance collecteur-émetteur. Cette dépendance est ici masquée par les incerti-
tudes de mesures du banc de test TLP. La précision sur la tension de maintien est en particulier
limitée par l’utilisation d’un calibre de tension élevé sur l’oscilloscope, due à la présence de la
surtension avant le repliement.
La principale différence entre les caractéristiques TLP des technologies 1 et 3 réside dans la
forme de la courbe lors de l’augmentation de la tension avant le repliement. En effet, cette partie
de la caractéristique dépend de la diode collecteur-base. Cette diode est du type P + |N − |N ++
dans la technologie 1 et du type P |N |N ++ dans la technologie 3. Toutefois, l’augmentation de
la tension de repliement avec l’agrandissement de la distance C2E apparaı̂t clairement.
87
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés
LE (µm) 23 34 45
HBM (kV) 8–9 12–13 >16
0,5
0,4 45 µm
34 µm
Courant (A)
23 µm
0,3
0,2
0,1
0
0 10 20 30 40 50 60
Tension (V)
Fig. 3.26 – Influence de la longueur d’émetteur du composant sur la caractéristique TLP bas
courant du transistor NPN (technologie 1).
88
3.7. Résultats expérimentaux
LC
C N ++
N
P ++
LE
P
E N ++
B P ++
La figure 3.27 donne une vue de dessus schématique, des diffusions utilisées pour réaliser le
transistor.
Le transistor optimisé possède des extrémités d’émetteur aux coins cassés (Fig. 3.27). L’utili-
sation d’un émetteur rectangulaire, représenté en pointillés sur la figure, réduit les performances
du composant. Dans ce cas, la tenue aux décharges HBM varie dans une plage de 8 à 12 kV.
Les extrémités de l’émetteur doivent donc faire l’objet d’attentions particulières pour obtenir de
bonnes performances.
Les longueurs de collecteur LC et d’émetteur LE sont représentées sur la figure 3.27. La
robustesse HBM de composants possédant un collecteur de longueur identique à l’émetteur
LC = LE et de composants pour lesquels LC > LE a été mesurée. Pour des stress HBM séparés
dans le temps d’au moins une minute, la robustesse est identique dans les composants où LC est
identique à LE et où LC est supérieur à LE . En revanche, si le stress est répété trois fois avec un
intervalle d’une seconde entre chaque stress, la robustesse du composant possédant un collecteur
plus long que son émetteur est réduite dans une plage variant de 10 à 12 kV HBM, alors que
celle des composants où LC = LE reste inchangée (12-13 kV). Il semble que dans ce dernier cas,
la thermalisation du transistor n’est pas totale entre deux stress. La subsistance de régions plus
chaudes entraı̂ne un déséquilibre dans le composant qui peut précipiter sa dégradation.
Toute interprétation de ces derniers résultats est particulièrement difficile. Le comportement
du composant de ce point de vue est difficile à simuler. Le choix d’une solution optimale pour le
dessin des extrémités d’émetteur et de collecteur reste encore empirique et ne peut se baser que
sur une succession de réalisation et de caractérisation expérimentales reposant sur l’intuition et
l’expérience du concepteur. Une solution particulièrement intéressante consiste en l’adoption de
géométries à symétrie circulaire qui font disparaı̂tre ce problème. Des travaux plus ou moins
récents ont montré l’amélioration des performances avec ce type de géométrie [123, 124, 125].
89
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés
basés sur les transistors NMOS sont résumées dans les tableaux suivants. Le tableau 3.5 donne
la robustesse HBM des composants par unité de longueur d’émetteur dans les trois technologies
étudiées. La robustesse HBM par unité de surface occupée par le composant est donnée dans le
Tab. 3.5 – Performances HBM des composants par unité de longueur d’émetteur (V/µm).
tableau 3.6. Ces chiffres sont calculés à partir de mesures réalisées sur des transistors multi-doigts
dont la robustesse était d’au moins 5 kV HBM.
Tab. 3.6 – Performances HBM des composants par unité de surface utilisée (V/µm2 ).
Les performances des transistors NPN sont excellentes vis-à-vis de celles des composants
NMOS. Ces derniers possèdent cependant de bonnes performances. Ces résultats sont compa-
rables aux performances de composants de protection réalisés au moyen de thyristors, qui restent
cependant plus performants, mais sont rarement utilisés par crainte des problèmes de latch-up.
Le transistor bipolaire vertical, qui a servi de base à l’étude approfondie menée à partir des
simulations, possède des performances HBM de 75 V/µm et 0,96 V/µm2 . Sa tension de main-
tien plus grande que celle des transistors NPN optimisés, explique en partie ses performances
inférieures. La meilleure dissipation thermique, assurée par la position de la région de haute
température dans la profondeur du substrat, devrait permettre une meilleure robustesse. Cepen-
dant la profondeur de base effective, qui ne peut être modifiée, ne doit pas être optimale dans
ce composant.
Il faut modérer ces bons résultats par l’existence de la surtension avant le repliement, qui
limite le domaine d’utilisation des transistors NPN optimisés. Des techniques pour supprimer
cet inconvénient peuvent cependant être proposées. Elles ont fait l’objet d’une étude préalable
qui est présentée dans la section 3.7.7 suivante.
L’impact de certains paramètres technologiques sur les performances peut être mis en évi-
dence à partir de ces données. La diminution de la profondeur de la diffusion N ++ entraı̂ne
une diminution des performances, particulièrement remarquable sur la tenue HBM par unité de
longueur d’émetteur. La profondeur de cette diffusion est en effet la plus importante dans la
technologie 2 et la plus faible dans la technologie 3. Les transistors NMOS y sont plus sensibles
car la circulation du courant dans ces structures est essentiellement latérale et se situe en surface.
La chute des performances est beaucoup moins marquée sur les transistors NPN où le courant
circule plus en profondeur.
Cette diminution de performance apparaı̂t moins clairement dans les performances HBM
par unité de surface. Si l’on compare les chiffres dans les technologies 1 et 3 pour les transistors
NMOS, la diminution de performance est partiellement compensée par la réduction des dimen-
sions technologiques. Cette compensation permet de maintenir les performances des transistors
NPN par unité de surface. Le cas de la technologie 2 est particulier car la haute tenue en tension
des applications visées implique l’utilisation de règles de dessins plus strictes sur l’éloignement
des différentes diffusions. Cet aspect entraı̂ne une augmentation de la surface du transistor NPN
90
3.7. Résultats expérimentaux
réalisé dans cette technologie et pénalise sa performance HBM par unité de surface.
9
8
7
6
Courant (A)
5
4
3
2
1
0
0 10 20 30 40 50 60
Tension (V)
Fig. 3.28 – Caractéristique TLP fort courant du transistor NPN (technologie 1).
logie 1 est représentée dans la figure 3.28. Sa faible tension de maintien et sa faible résistance
à l’état passant de l’ordre de 2 Ω permettent de l’utiliser pour protéger efficacement un circuit
contre des décharges électrostatiques très intenses. Mais la présence d’une surtension avant le
repliement limite son domaine d’application. Ce composant a été utilisé avec succès comme étage
primaire d’une protection à deux étages, et retenu comme stratégie de protection pour les entrées
dans un circuit commercial.
Afin d’étendre leur domaine d’utilisation, plusieurs techniques de déclenchement ont été
testées sur les transistors des technologies 2 et 3.
Nous avons vu que le repliement de la caractéristique est obtenu au-delà d’une certaine
densité de courant critique dans le transistor bipolaire. Il est donc nécessaire d’utiliser des
techniques de déclenchement qui vont permettre de polariser le transistor jusqu’à ces densités de
courant, tout en limitant la tension sur le collecteur. Pour cela, il faut substituer le courant de
trous fourni par la multiplication par avalanche dans la jonction collecteur-base, par un courant
d’origine différente. Ce courant doit polariser le transistor bipolaire d’une façon similaire au
courant issu de la multiplication par avalanche. Cette polarisation doit être maintenue jusqu’à
obtenir la densité de courant critique dans le composant qui va induire son repliement.
91
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés
trous dans la structure, ce qui ne serait pas le cas si l’on utilisait le contact de base du transistor
bipolaire. En effet, quelle que soit la méthode de déclenchement, le courant de base circulera
toujours, après le repliement, de la région de collecteur (où il est créé) vers le contact de base.
L’injection d’un courant peut être réalisé au moyen de tout dispositif placé entre le contact
de collecteur et le contact P ++ (noté Extern sur la figure 3.22). Les contraintes dans le choix
de ce dispositif portent sur sa tension de déclenchement, la tension à ses bornes lorsqu’il est
déclenché et une robustesse suffisante pour conduire le courant nécessaire pour atteindre le
repliement du transistor bipolaire. La tension de déclenchement de ce dispositif et la tension à
ses bornes lorsqu’il conduit du courant, doivent être suffisamment grandes vis-à-vis de la tension
de maintien du transistor bipolaire pour garantir que seul le TBA conduira le courant après son
déclenchement. Par exemple, l’utilisation d’un transistor NMOS est à proscrire car sa tension de
maintien est trop proche de celle du transistor NPN. Nous avons pu vérifier expérimentalement
que la robustesse de cet ensemble (NPN+NMOS) possède la robustesse du transistor NMOS
seul.
5
NPN
4 NPN dec
Courant (A)
0
0 10 20 30 40 50 60
Tension (V)
Fig. 3.29 – Caractéristique TLP fort courant du transistor NPN seul et déclenché par un
transistor PMOS (NPN dec) (technologie 3).
Les caractéristiques TLP de transistors NPN réalisés en technologie 3, sans dispositif de dé-
clenchement et déclenché par un transistor PMOS avec grille à la masse, sont représentées sur la
figure 3.29. La surtension avant le repliement est bien éliminée et le déclenchement du transistor
bipolaire est effectif. En revanche, la résistance à l’état passant est doublée dans la structure
déclenchée. Ce problème provient du déclenchement d’une moitié seulement du transistor bipo-
laire (qui possède deux diffusions de collecteur). En effet, le dispositif de déclenchement n’a été
connecté que sur l’une des deux diffusions P ++ , créant ainsi une dissymétrie trop importante
pour permettre le déclenchement de l’autre doigt de collecteur. La robustesse du dispositif aux
décharges HBM est elle aussi diminuée de moitié. Cette solution avait été initialement retenue
afin de réduire le courant nécessaire au déclenchement, l’objectif de cette première structure de
test étant de démontrer qu’il est possible de déclencher ces transistors au moyen de dispositifs
extérieurs.
92
3.7. Résultats expérimentaux
5
Courant (A)
0
20 40 60 80 100 120
Tension (V)
Fig. 3.30 – Caractéristique TLP fort courant du transistor NPN (technologie 2).
14 kV HBM. Trois solutions de déclenchement ont été étudiées pour réduire la surtension.
La première est identique à la technique utilisée dans la technologie 3. Une diode externe
au composant permet de fournir le courant de base jusqu’au repliement du transistor bipolaire.
Cette diode possède une tension de claquage statique de 28 V. La tension de repliement du
transistor bipolaire est alors réduite à 50 V et la robustesse du composant est conservée.
La seconde solution étudiée est basée sur l’utilisation de la diode interne formée par la
diffusion P ++ dans la diffusion de collecteur N − .
La coupe technologique de ce composant est représentée sur la figure 3.31. La distance entre
la diffusion P ++ et la diffusion N ++ de collecteur a été réduite par rapport au composant de
référence. La tension de claquage statique est alors de 44 V et la robustesse du composant ainsi
formé est extrêmement faible, inférieure à 2 kV HBM.
Enfin, une troisième solution de déclenchement, plus originale, a été testée. La coupe techno-
logique de ce composant est représentée sur la figure 3.32. Une diffusion de type P ++ est accolée
à la diffusion N ++ de collecteur. Ces diffusions forment une diode Zener dont la tension de cla-
quage est particulièrement faible. Le fonctionnement de cette structure repose sur le principe des
anneaux de garde qui sont utilisés habituellement comme technique pour augmenter la tenue en
tension des jonctions cylindriques. Pour une polarisation inverse du composant, la diffusion P ++
est flottante jusqu’à ce que la région dépeuplée de la jonction collecteur-base l’atteigne, pour
une tension dite de perçage. Au-delà de cette tension, le potentiel de la diffusion P ++ est fixé
et la diode Zener se trouve polarisée en inverse. Lorsque la tension de claquage de la Zener est
93
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés
B E C Sub
++ ++ ++ ++ ++
P N P N P
N− P−
Psub
Fig. 3.31 – Coupe technologique du transistor NPN déclenché par diode interne (technologie 2).
B E C Sub
++ ++ ++ ++ ++ ++
P N P P N P
N− P−
Psub
Fig. 3.32 – Coupe technologique du transistor NPN déclenché par diffusion P ++ flottante (tech-
nologie 2).
94
3.7. Résultats expérimentaux
ristiques TLP obtenues pour des tensions et courants proches du déclenchement sont représentées
sur la figure 3.33. L’évolution des caractéristiques statiques après l’application d’une décharge
0,030
0,025
Référence
++
0,020 P flottant
Courant (A)
Diode interne
0,015 Diode externe
0,010
0,005
0,000
20 40 60 80 100 120 140
Tension (V)
Fig. 3.33 – Caractéristiques TLP des composants NPN dans leurs régions de déclenchement,
pour diverses techniques de déclenchement (technologie 2).
HBM qui dégrade le composant est présentée sur la figure 3.34. La signature électrique de la
défaillance correspond toujours à une diminution de la tension de claquage pour les dispositifs
les plus robustes. En revanche, une élévation du courant de fuite est observée pour le composant
peu robuste déclenché par la diode interne. Ces signatures de défaillance donnent un indice sur
la localisation du défaut dans la structure.
L’élévation du courant de fuite correspond à l’apparition d’un défaut court-circuitant la
jonction métallurgique collecteur-base. La faible robustesse du composant déclenché par la diode
interne peut donc être attribuée à la dégradation de cette diode associée à la formation d’un
filament court-circuitant sa jonction métallurgique.
La diminution de la tension de claquage, observée dans tous les autres cas, ne peut être
attribuée à un filament court-circuitant la jonction. Le fonctionnement du composant bipolaire
à forte densité de courant s’accompagne de la formation d’une région de haute température
à la jonction effective. La diminution de la tension de claquage peut donc être attribuée à la
formation d’un filament de silicium fondu initialisé dans cette région et qui s’est propagé vers
la jonction métallurgique collecteur-base sans l’avoir transpercée. Ainsi, aucune modification du
courant de fuite du composant n’est observée tant que le champ électrique et la charge d’espace
de la jonction collecteur-base n’ont atteint le défaut. Cette interprétation va être confirmée par
l’analyse de défaillance.
95
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés
-6
10
Réf. av.
-7
Réf. ap.
10 Diode av.
Diode ap.
-8
10 Ext. av.
Courant (A)
Ext. ap.
10
-9 Flot. av.
Flot. ap.
-10
10
-11
10
-12
10 0 20 40 60
Tension (V)
Fig. 3.34 – Mesures de fuites avant (av.) et après (ap.) l’application d’un stress destructeur
pour les transistors NPN selon différentes techniques de déclenchement (technologie 2). Réf. :
composant de référence, Diode : déclenchement par la diode interne, Ext. : déclenchement par
une diode externe, Flot. : déclenchement par région P ++ flottante.
le mécanisme de défaillance qui va être mis en évidence est représentatif du mode de défaillance
de composants plus robustes car leurs signatures de défaillance électrique sont identiques.
Les évolutions des caractéristiques statiques de deux composants NPN1 et NPN2, après
plusieurs stress HBM d’intensité croissante, sont présentées sur les figures 3.35 (a) et (b) respec-
tivement.
(a) (b)
Fig. 3.35 – Évolution de la caractéristique statique en inverse pour des niveaux croissants de
stress HBM, de deux composants (technologie 3) NPN1 (a) et NPN2(b).
Les techniques d’analyse NBOBIC et OBIC permettent une étude particulièrement fine de la
nature du défaut présent dans le silicium. Leur principe de fonctionnement a été présenté dans
le premier chapitre. Rappelons simplement que la présence d’un filament fondu dans le silicium
se traduit par une diminution systématique du signal NBOBIC dans la région du défaut. Par
contre, la variation du signal OBIC dépend des caractéristiques du défaut. Si le défaut ne court-
96
3.8. Cas d’un TBA PNP
circuite pas la jonction, le signal OBIC diminue dans la région du défaut et se comporte donc
comme le signal NBOBIC. Si le défaut court-circuite la jonction, une augmentation du signal
est observée.
Les images obtenues au moyen de ces techniques sur les composants NPN1 et NPN2, sont
présentées dans la figure 3.36. Les images OBIC sont obtenues pour une tension de 5 V sur le
collecteur du transistor. Seules les techniques OBIC ont permis la détection de défauts dans ces
deux composants. La photo-émission et la technique TLS ne donnent pas de résultats car les
courants de fuite mis en jeu sont trop faibles [126].
La caractéristique tension-courant statique du composant NPN1 après le dernier stress HBM,
traduit la présence d’un défaut court-circuitant la jonction collecteur-base. L’image OBIC du
composant (Fig. 3.36(a)), dans la région grisée représentée sur la figure 3.36(e), montre une
élévation locale du signal OBIC, traduisant la présence de ce type de défaut. La réduction du
signal NBOBIC (Fig. 3.36(b)), dans la même région, confirme sa présence.
La dégradation du transistor NPN2 se traduit par un décalage de la tension de claquage,
ou du moins l’accroissement significatif du courant de fuite pour une tension de l’ordre de 6 V.
Malgré le très faible courant de fuite, dû à la faible taille du défaut présent, l’image OBIC
(Fig. 3.36(c))laisse apparaı̂tre assez clairement une diminution du signal sur la gauche du doigt
N ++ de collecteur. L’image NBOBIC (Fig. 3.36(d))confirme la présence d’un défaut dans cette
région. Ceci permet d’affirmer que le défaut ne court-circuite pas la jonction collecteur-base.
Le mécanisme de défaillance correspond donc bien à un filament de silicium fondu, dont la
formation débute dans la région de forte température située à la jonction effective (N ++ /N − ), et
qui se propage vers la jonction métallurgique collecteur-base. Après refroidissement, ce filament
constitue une région polycristalline qui selon l’amplitude du stress appliqué, peut venir court-
circuiter la jonction collecteur-base ou pas.
Ce mode de défaillance est tel qu’il peut y avoir formation de plusieurs filaments avant
de conduire à un court-circuit. Cela permet donc de retarder la défaillance catastrophique et
participe probablement à améliorer la très grande robustesse de ce type de composant.
3.9 Conclusion
Dans ce chapitre, une étude approfondie des TBA de type NPN possédant une région de
collecteur faiblement dopé a été menée. Après avoir bien mesuré leurs limitations, les outils de
simulation physique bidimensionnel ont permis une analyse approfondie du fonctionnement de
ces composants.
97
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés
(a) (c)
(b) (d)
Filament C N ++
polycristallin N
P ++
P
E N ++
B P ++
(e)
P Filament N P
polycristallin
Psub
(f)
Fig. 3.36 – Analyse de défaillance des transistors NPN1 et NPN2 par les techniques d’analyse
OBIC ( NPN1(a) NPN2(c) ) et NBOBIC ( NPN1(b) NPN2(d) ). La région analysée est grisée
dans la représentation schématique de la vue de dessus du composant (e). Position du filament
polycristallin représenté sur la coupe technologique du composant (f ).
L’étude d’un composant bipolaire NPN vertical a permis de mettre en évidence trois régimes
de fonctionnement distincts en fonction de l’ordre de grandeur des densités de courant dans
le transistor. Ces régimes sont liés à l’évolution des caractéristiques électriques de la jonction
collecteur-base qui sont modifiées par la charge électrique des porteurs libres. L’ensemble des
grandeurs électriques caractéristiques des TBA ont pu êtres liées aux paramètres géométriques
et technologiques, comme par exemple :
– la tension de repliement qui dépend principalement de la profondeur de la couche faible-
ment dopée de collecteur.
98
3.9. Conclusion
0,5
0,4
Courant (A)
0,3
0,2
0,1
0
0 20 40 60 80
Tension (V)
99
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés
Enfin, le mode de défaillance des composants a pu être mis en évidence par les techniques
d’analyse de défaillance très fines, OBIC et NBOBIC, basées sur la génération photoélectrique
par faisceau laser.
100
Chapitre 4
Modélisation de composants
bipolaires autopolarisés
Le nombre de cycles de conception des circuits intégrés associé aux problèmes de protection
contre les décharges électrostatique s’accroı̂t avec la complexité des circuits et la réduction des
dimensions technologiques. Il est donc primordial de prendre en compte et vérifier, dès le début
de la phase de conception d’un circuit, le bon fonctionnement de la stratégie de protection
choisie. D’une part, les éléments parasites amenés par les composants de protection ne sont pas
toujours négligeables, et d’autre part, l’absence d’interaction entre la stratégie de protection et la
partie fonctionnelle du circuit, lors du fonctionnement normal aussi bien que lors d’une décharge
électrostatique, doit être vérifiée. Pour cela, des outils de conception spécifiques doivent être
introduits dans l’environnement de conception des circuits intégrés. La modélisation compacte
de type SPICE des composants de protection pour les régimes de fort courant est l’un des
éléments nécessaires pour atteindre cet objectif.
Le second chapitre a fait apparaı̂tre les spécificités des phénomènes de fort courant dans les
TBA. Sans changer l’approche retenue au sein du laboratoire, qui consiste à baser le modèle des
composants ESD sur un modèle SPICE classique auquel sont ajoutés des éléments spécifiques,
nous l’enrichirons des effets des fortes densités de courant mis en évidence dans les chapitres
précédents.
Les éléments utilisés comme dispositifs de protection contre les ESD sont des composants
classiques (diodes, transistors bipolaires, transistors MOS, . . .) dont le dessin technologique est
adapté aux régimes de fort courant dans lesquels ils opèrent lors d’une décharge. Toutefois,
les modèles SPICE standards ne sont pas adaptés pour décrire ces régimes de fonctionnement
extrêmes. Les modèles doivent être étendus pour décrire les phénomènes physiques caractéris-
tiques de leur fonctionnement comme le claquage par avalanche des jonctions, les caractéristiques
à résistance négative (ou repliement), la modulation de conductivité, etc . . .
C’est en premier lieu pour les technologies CMOS que les décharges électrostatiques ont posé
un problème majeur. Aussi, le composant de protection qui a été le plus étudié et modélisé est le
transistor bipolaire NPN latéral parasite des transistors NMOS. La modélisation des transistors
NPN verticaux est par contre très peu abordée dans la littérature car il n’a été utilisé que plus
récemment avec l’avènement des technologies BiCMOS et de puissance intelligente.
101
Chapitre 4. Modélisation de composants bipolaires autopolarisés
RC
IC Iav
CC
B
NPN
RB CE
Un schéma électrique du modèle compact du transistor NPN autopolarisé est présenté sur
la figure 4.1 [103]. Divers éléments sont associés au modèle standard du transistor bipolaire
représenté par l’élément NPN. La source de courant Iav permet de décrire les phénomènes
d’avalanche dans la jonction collecteur-base. La résistance RB placée entre la base et l’émetteur
représente la résistance interne de base qui sert à polariser la jonction base-émetteur en direct
et ainsi à déclencher le transistor. Enfin, les capacités non-linéaires des jonctions collecteur-
base (CC ) et émetteur-base (CE ) sont particulièrement importantes pour décrire la réponse
dynamique du transistor.
102
4.1. État de l’art de la modélisation de type SPICE des protections ESD
La valeur du courant d’avalanche Iav est calculée en fonction du courant IC dans le collecteur
du transistor au moyen de l’expression :
où M est le facteur de multiplication par avalanche de la jonction collecteur-base, donné par la
formule de Miller [67] :
1
M= (4.2)
VCB m
1−
BVCB
avec 2 < m < 6 un nombre qui dépend des caractéristiques de la jonction, déterminé de manière
empirique. Ainsi, dès que la tension aux bornes de la jonction collecteur-base (VCB ) atteint sa
tension de claquage BVCB , la source Iav fournit le courant pour déclencher la transistor bipolaire
et le maintenir en fonctionnement.
La valeur de la résistance de base RB est généralement considérée comme constante malgré
la modulation de conductivité dans la base. Elle est obtenue à partir de l’expression :
VBE
RB = (4.3)
It1
où la tension aux bornes de la jonction émetteur-base VBE est d’environ 0, 5 V au point de
repliement du transistor [40], et It1 est le courant de repliement du composant déterminé à
partir de la caractéristique TLP.
Lorsque le transistor NPN est un composant standard de la technologie, il est intéressant de
réutiliser directement son modèle électrique fourni dans la bibliothèque 4.1 [115, 129, 130]. Le
nombre de paramètres électriques à extraire est ainsi limité. En revanche, certains paramètres de
ce modèle tels que les capacités non-linéaires des jonctions devront être supprimés pour éviter les
redondances avec celles (CC et CE ) placées en externe. Dans le cas contraire [103], les paramètres
d’un modèle d’Ebers-Moll ou de Gummel-Poon classiques devront aussi être extraits.
La tension de maintien VH dépend fortement du facteur de multiplication par avalanche du
courant de collecteur M et du gain du transistor bipolaire β. Différentes méthodes sont utilisées
pour calibrer VH en ajustant les facteurs M [103, 129] et β [103].
La résistance à l’état passant après le déclenchement est principalement liée aux résistances
de collecteur RC . Sa valeur est directement extraite de la caractéristique TLP. De plus, selon
le modèle choisi pour le transistor NPN, certains effets comme la dépendance entre le gain du
transistor et le courant de collecteur ne sont pas systématiquement inclus. Ainsi, pour calibrer
la résistance à l’état passant du modèle à fort niveau, le gain du transistor dans cette région est
également ajusté [103].
103
Chapitre 4. Modélisation de composants bipolaires autopolarisés
du transistor MOS est multiplié par avalanche à la jonction drain-substrat, fournissant ainsi le
courant de substrat (base) qui permet de déclencher le transistor NPN à des niveaux de tension
plus faibles que la tension de claquage drain-substrat.
Le schéma électrique typique du macromodèle couramment utilisé pour décrire le compor-
tement des transistors NMOS au régime de fort courant et de l’ESD est présenté dans la fi-
gure 4.2 [131, 132, 133, 61]. Le modèle est en tous poins semblable à celui des transistors NPN
autopolarisés avec en parallèle un transistor NMOS.
D
RD
IDS IC Iav
NPN
G B
N M OS
RS ub
Fig. 4.2 – Modèle compact d’un transistor NMOS incluant son transistor bipolaire NPN parasite.
104
4.2. Approche retenue et justification
105
Chapitre 4. Modélisation de composants bipolaires autopolarisés
rapides variations de tension, qui précède un second régime de fort courant où les variations de
tension sont beaucoup plus faibles et plus lentes.
Nous pouvons donc profiter des modèles classiques pour décrire le comportement du com-
posant dans le premier régime où les niveaux de courant sont suffisamment faibles. Le com-
portement dans le second régime sera essentiellement décrit par les éléments de circuits sup-
plémentaires qui devront essentiellement rendre compte des effets des très fortes densités de
courant.
Les modèles précédemment développés au laboratoire [61, 115] sont basés sur cette approche.
Nous ne souhaitons pas ici en redémontrer l’efficacité, mais montrer comment les effets spécifiques
des fortes densités de courant peuvent être intégrés dans ce type de modélisation.
La méthodologie utilisée pour développer le modèle repose sur l’ajout d’éléments de circuit
(source de courant, résistance, capacités non linéaires, . . .) au modèle standard du transistor
bipolaire.
La figure 4.3(a) représente la structure physique unidimensionnelle d’un TBA avec son
schéma électrique équivalent.
Le schéma électrique utilisé pour la simulation est représenté dans la figure 4.3(b). Une
source de courant Iav est placée entre le collecteur et la base du transistor. Le courant issu de la
multiplication par avalanche dans la région électrique de collecteur est calculé en fonction de la
tension collecteur-base et du courant ICint circulant dans le collecteur du transistor. Cette source
permet également de simuler le claquage par avalanche de la jonction. Le courant d’avalanche
se partage entre la base du transistor bipolaire et la résistance de base RB int .
7
Souvent appelés, par abus de langage, courant de déplacement, ces pseudo-courants permettent d’assurer la
∂E
continuité et la conservation du courant. Ils sont donnés, dans les équations de Maxwell, par la relation Jdep = ,
∂t
en tout point de l’espace.
106
4.3. Modélisation des TBA à collecteur faiblement dopé
ICint = βIB
int
IE
int
IB Iav = (M − 1)ICint
IC = M ICint
ext
IB
Zone de
multiplication
int
E RB par avalanche
B C
(a)
RC
A
V
ICint = βIB
int
Iav = (M − 1)ICint
NPN
int
RB
(b)
107
Chapitre 4. Modélisation de composants bipolaires autopolarisés
permet de résoudre ces problèmes sans pénaliser ni le temps de calcul, ni la précision pour le
régime de fonctionnement autour de la tension de maintien après le repliement de la tension de
collecteur.
Afin, d’éliminer le changement de signe pour =n > 1, nous pouvons approximer l’équa-
tion 4.11 au moyen de son développement limité :
Nb
X
M≈ (=n )j (4.12)
j=0
1 − =Nn
b+1
M≈ (4.13)
1 − =n
6
10
5
10
4
Mn original
10 Mn Nb=100
3
(M-1)
10
2
10
1
10
0
10
-1
10
-2
10 0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
Tension normalisée (V/BV)
9
La somme des termes d’une suite géométrique de raison 1 est égale à (N b + 1).
108
4.3. Modélisation des TBA à collecteur faiblement dopé
à 10. L’utilisation de l’équation 4.13 n’a donc pas d’influence dans la région correspondant aux
régimes où le composant est replié.
Le choix du nombre de termes (N b) repose sur un compromis entre la précision et la bonne
convergence des calculs au moment du claquage par avalanche. Plus N b est élevé, plus la précision
est grande mais plus la pente de la courbe au voisinage de la tension de claquage est importante
et pénalise la convergence. Une valeur de 100 pour N b assure un excellent compromis.
L’expression utilisée pour le calcul de l’intégrale d’ionisation =n est particulièrement im-
portant pour déterminer avec précision la tension de maintien du transistor. Nous avons utilisé
l’équation 2.29 établie au chapitre 2 et que nous rappelons ici :
" ! #
qCef f 3
Ap
=n = exp 2(Ap − An ) VCB 4 − 1 (4.14)
Ap − An εSi
avec VCB la tension entre le collecteur et la base du modèle SPICE du transistor. Cette équa-
tion, obtenue par une approche purement analytique et physique, constitue la plus précise des
expressions de l’intégrale d’ionisation des électrons dans une jonction plane abrupte. Bien que
le claquage des jonctions soit généralement initialisé dans une jonction cylindrique, la jonction
collecteur-base qui est le siège de le génération par avalanche à fort courant peut être assimilée
à une jonction plane [61].
109
Chapitre 4. Modélisation de composants bipolaires autopolarisés
N ++ N ++ N ++ N ++
-- + + -- ++
NA Nd ND
P N− P N−
(a) (b)
N ++ N ++
- - ++
(c) P N−
Fig. 4.5 – Représentation des profils de champs électriques pour les trois régimes de calcul de
la tension de claquage de la jonction collecteur-base. La densité de charge (négative) due au
courant d’électron est représentée en traits pointillés courts dans la zone de charge d’espace. La
position de la jonction (lieu de changement de signe de la charge d’espace) est représentée en
traits pointillés longs.
2. Figure 4.5(b). L’extension de la charge d’espace dans le collecteur faiblement dopé est
limitée par la couche fortement dopée. L’accroissement de la tension de claquage est donc
limité. Au maximum, cette tension est égale à la tension de claquage de la diode PIN
(P N − N ++ ). Ce régime sera atteint pour des densités d’électrons de l’ordre de Nd .
3. Figure 4.5(c). Lorsque la densité des électrons est supérieure à Nd , la nature de la jonction
collecteur-base est modifiée car elle détermine maintenant le dopage effectif de la jonction.
La tension de claquage de la jonction effective formée à la frontière des régions faiblement
(Nd ) et fortement (ND ) dopées de collecteur est alors une fonction décroissante de la
densité de porteurs libres.
Pour le premier régime de fonctionnement (Fig. 4.5(a)), la concentration effective de la
jonction collecteur-base est donnée par la relation :
4
5, 65 1013
(2) 3
Cef f = (4.17)
BVP IN
110
4.3. Modélisation des TBA à collecteur faiblement dopé
Enfin, dans le troisième régime (Fig. 4.5(c)), la concentration effective est donnée par :
(3) (n − Nd )(ND − n)
Cef f = (4.18)
ND − Nd
qui est une fonction croissante pour n croissant et négative tant que n < Nd et où ND est le
dopage de la région fortement dopée du collecteur. On peut également, dans le cas du transistor
à collecteur graduel, calculer la tension de claquage de la jonction linéaire associée aux forts
courants (cf. section 3.5). Pour cela, quelques manipulations algébriques permettent à partir de
l’expression analytique du profil de dopage gaussien, de calculer la valeur de la pente du profil de
dopage au point où la valeur du dopage est égal à la densité de porteurs libres n. L’expression 3.2
donnée dans le chapitre précédent permet alors de calculer la tension de claquage en fonction
de la pente. Enfin, l’utilisation de la formule de Gharbi donne une valeur pour Cef f qui sera
utilisée pour calculer l’intégrale d’ionisation.
18
Concentration effective (1/cm )
10
3
17
Ceff(1)
10
Ceff(2)
Ceff(3)
16
10
15
10
14
10 1 2 3 4 5 6
10 10 10 10 10 10
2
Densité de courant (A/cm )
(1) (2) (3)
Fig. 4.6 – Variation des trois concentrations effectives (Cef f , Cef f , Cef f ) en fonction de la
densité de courant (J = nqvln ), pour NA = 5 1016 , Nd = 5 1015 , ND = 1 1020 et BVP IN = 150 V .
111
Chapitre 4. Modélisation de composants bipolaires autopolarisés
un exemple d’utilisation de cette approche pour modéliser le composant optimisé développé dans
la technologie 3.
RD
int
IC+D A
V N ++ N ++
- - ++
RSU B NA ND
P
(a) (b)
Fig. 4.7 – (a) Schéma électrique équivalent du transistor NMOS utilisé pour la modélisation. (b)
Représentation de la répartition de champ électrique dans un transistor NMOS, pour le calcul
de la tension de claquage de la jonction collecteur-base (drain-substrat). La densité de charge
(négative) due au courant d’électron est représentée en traits pointillés courts dans la zone de
charge d’espace. La position de la jonction est représentée en traits pointillés longs.
utilisé pour le transistor NPN à l’exception de l’élément NMOS dont le modèle est issu de la
bibliothèque de la technologie et permet de prendre en compte l’effet du transistor MOS.
Le calcul du facteur de multiplication par avalanche est réalisé de la même manière que dans
le cas des transistors à collecteur faiblement dopé. Seule l’expression de Cef f , qui dans ce cas
est unique, doit être adaptée pour les transistors NMOS.
Sa valeur se déduit directement de la figure 4.7(b) :
(NA + n)(ND − n)
Cef f = (4.19)
NA + ND
L’extraction des paramètres utiles au modèle est sensiblement identique à celle d’un transistor
bipolaire à collecteur faiblement dopé présenté dans la section suivante. La valeur de la résistance
de base est en revanche déduite de la caractéristique TLP au moyen de la relation 4.3.
112
4.5. Modélisation du TBA de la technologie 3
B E C Sub
Extern
++ ++ ++ ++ ++
P N P N P
DD RD
NA Nd
RB P
P Iav N
Psub
Fig. 4.8 – Coupe technologique du transistor NPN réalisé dans la technologie 3. Les principaux
composants à modéliser sont représentés.
pour V > BVD et ID ≈ 0 pour V < BVD . Sa caractéristique électrique ID (V ) est linéaire pour
les valeurs de V proche de BVD . Dans cette région, la valeur de la résistance est Rd .
Le courant issu de la multiplication par avalanche dans le collecteur et celui circulant dans
la diode sont ajoutés pour donner Iav dans le modèle. Dans les résultats de simulations que
nous présentons ici, les calculs sont réalisés par un module VerilogA inséré en tant que source
de courant dans le macromodèle.
113
Chapitre 4. Modélisation de composants bipolaires autopolarisés
collecteur, substrat et Extern10 (Fig. 4.8)) sont indépendantes. Les mesures sont effectuées grâce
à un analyseur de paramètres de type HP4142.
Paramètres de la diode DD
La caractéristique de la diode polarisée en inverse est obtenue en appliquant une tension entre
les broches de collecteur et Extern. La courbe donnant le courant dans la diode en fonction de
la tension est présentée sur la figure 4.9.
La tension de claquage BVD de la diode, sa résistance série Rd à faible tension et le courant
maximum Icrit sont extraits directement de cette courbe.
0,05
Icrit=487 mA
Rd=180 Ω
0,04
Courant (A)
0,03
0,02
0,01
BVD=14,5 V
0,00
0 10 20 30 40 50
Tension (V)
Résistance de base
La valeur de la résistance de base est extraite de la mesure du courant en fonction de la
tension appliquée entre la base et le contact Extern. Cette caractéristique est représentée sur la
figure 4.10.
La valeur de la résistance correspond à l’inverse de la pente de la courbe obtenue.
Paramètres du transistor
Les paramètres nécessaires à la modélisation du transistor NPN sont les suivants :
– IS , le courant de saturation du transistor
– ISE , le courant de saturation de la jonction émetteur-base
– nEL , le facteur de non-idéalité de la jonction émetteur-base
– βmax , le gain en courant
– IL, la valeur du courant de collecteur à partir de laquelle le gain en courant du transistor
atteint sa valeur de plateau
– IKF , la valeur du courant de collecteur à partir de laquelle le gain en courant du transistor
chute en régime de forte injection
10
Extern est le contact sur la diffusion P ++ qui permet le déclenchement du transistor par un dispositif externe
114
4.5. Modélisation du TBA de la technologie 3
-3
8×10
-3
6×10
Courant (A)
-3
4×10 R=355 Ω
-3
2×10
0
0 0,5 1 1,5 2 2,5 3
Tension (V)
Fig. 4.10 – Caractéristique statique de la résistance de base du transistor NPN (technologie 3).
Extraction de la valeur de la résistance.
βmax
10
Beta
IL IKF
1 -14 -12 -10 -8 -6 -4 -2
10 10 10 10 10 10 10
IC (A)
Fig. 4.11 – Gain en courant du transistor bipolaire en fonction du courant de collecteur (tech-
nologie 3). Extraction des paramètres de fort et faible courant relatifs à β.
115
Chapitre 4. Modélisation de composants bipolaires autopolarisés
Résistance de collecteur
À forts niveaux de courant, l’augmentation de la tension aux bornes du composant pour
des courants croissants est principalement liée aux résistances de collecteur et d’émetteur. Elles
correspondent aux résistances de diffusion et des prises de contact. La valeur de la résistance à
l’état passant du transistor (RON ) est extraite de la caractéristique TLP (Fig. 4.12) et donne la
valeur de la résistance de collecteur RC du macromodèle.
5
RON = 2,7 Ω
4
Courant (A)
0
0 10 20 30 40 50 60
Tension (V)
Fig. 4.12 – Caractéristique TLP fort courant du transistor NPN (technologie 3). Extraction de
la résistance de collecteur (RC ) à fort courant.
Résultats
Le modèle a été implémenté et testé avec le simulateur SPICE SpectreS qui permet l’uti-
lisation du langage VerilogA pour décrire la source de courant d’avalanche. Les résultats des
simulations statiques réalisées avec ce macromodèle après un calibrage des paramètres (en par-
ticulier NA , ND , S et BVP IN ), dans une limite de 10% des valeurs extraites expérimentalement,
permet d’obtenir une excellente corrélation de la simulation avec la mesure TLP avant le re-
pliement de la tension de collecteur (Simu1, Fig. 4.13). La tension de maintien est en revanche
11
L’expression de l’intégrale d’ionisation est obtenue dans l’hypothèse d’une jonction plane abrupte sans limi-
tation de charge d’espace.
116
4.5. Modélisation du TBA de la technologie 3
Mesure
Simu1
Simu2
1 Simu3
Courant (A)
0,1
0,01
0 10 20 30 40 50 60 70
Tension (V)
Fig. 4.13 – Comparaison des résultats de simulation et des résultats expérimentaux pour la
caractéristique quasi-statique TLP du transistor NPN optimisé (technologie 3). La courbe Simu1
est obtenu en prenant en compte la chute du gain et la variation du facteur de multiplication à
fort courant. Simu2 est obtenu dans les même conditions que Simu1 en éliminant la chute du
gain à fort courant et en le prenant égal à 2. Pour Simu3 les conditions sont identiques à Simu2
(β=2, M variable), seuls les paramètres sont modifiés pour ajuster la caractéristique simulée aux
mesures.
L’utilisation du paramètre empirique k1 (Equ. 4.10) pour compenser cet effet n’est pas pos-
sible ici. Il influe en effet à la fois à faible et fort niveaux de courant. Pour l’ensemble des résultats
de simulation présentés, sa valeur est égale à 1.
Limitations
Une solution consisterait à modifier le code informatique du modèle du transistor bipolaire
de façon à limiter la chute du gain à fort courant à une valeur minimale de 2. L’ensemble
des paramètres du modèle pourrait alors être conservé et cette solution n’aurait pas d’impact
sur les caractéristiques à faible niveau de courant. La modélisation du composant parasite que
représente la structure ne serait pas non plus affectée. Toutefois, ceci n’est réalisable que si le
code source du modèle est disponible et demande un travail assez lourd pour l’intégration dans
117
Chapitre 4. Modélisation de composants bipolaires autopolarisés
l’environnement de simulation.
1
La formulation de la chute du gain à fort courant comme une fonction de est bien connue.
IC
Nous avons démontré que le gain du transistor est proche de 2 dans un TBA pour de forte densité
de courant. L’évolution du gain entre ces deux régimes reste à étudier.
Enfin, on remarque sur la figure 4.13 que la simulation ne correspond pas à la mesure pour
des courants supérieurs à 200 mA et inférieurs à 1 A. Dans cette plage, la tension varie peu
aux bornes du composant réel. Ce régime correspond à l’étalement progressif du courant dans
la totalité du composant. Or, nous avons choisi une section S de passage du courant constante
dans le modèle du transistor. Afin, de prendre en compte la non uniformité du courant, il serait
nécessaire de faire varier S en fonction du courant total. Rappelons que la non-uniformité du
courant n’est effective qu’au moment du repliement de la tension et jusqu’à un certain niveau
où le courant est finalement redistribué dans tout le composant. C’est donc seulement dans une
plage de courant restreinte qu’il serait nécessaire de recalculer S de manière à ce que la densité
de courant dans le composant soit égale à la densité maximum (définie dans la section 2.5
du chapitre 2). Comme nous l’avons vu, cette dernière dépend principalement de la résistance
de ballast dans le collecteur du transistor bipolaire. Toutefois, hormis la précision du modèle,
l’intérêt de prendre en compte ce phénomène est limité. Le régime considéré n’est pas critique
pour analyser le bon fonctionnement d’une stratégie de protection ESD. De plus, si cet effet est
modélisé, la chute de la tension au moment du repliement sera beaucoup plus abrupte et rapide
et défavorisera la bonne convergence des simulations.
118
4.6. Étude de la dynamique
Le courant d’avalanche sera prépondérant lors de phénomènes lents alors que le courant capacitif
pourra devenir important pour des variations très rapides. Les courants capacitifs peuvent donc
entraı̂ner le déclenchement du transistor avant le claquage par avalanche de la jonction collecteur-
base. Ce type de mise en route de la protection est souvent désigné comme un déclenchement par
dv/dt [59]. Cet aspect peut fortement influencer les mesures de robustesse de certains composants
de protection en fonction de l’équipement utilisé pour le test. En effet, chaque testeur peut
générer des impulsions ESD dont les temps de montée sont sensiblement différents [142]. Le
déclenchement plus précoce du transistor, lors de transitoires plus rapides, peut permettre dans
certains cas de limiter la tension maximale aux bornes du composant et améliorer sa robustesse.
Une étude plus détaillée du déclenchement par dv/dt est menée dans la section suivante.
Dès qu’une tension suffisante est atteinte pour polariser la diode émetteur-base en direct,
le déclenchement du transistor bipolaire n’est cependant pas instantané. Son temps de réponse
est de l’ordre du temps de transit τB des porteurs dans la base. Pour un transistor NPN, il est
donné par la relation :
WB 2
τB = (4.21)
kB T
m µn
q
où µn est la mobilité des électrons dans la base et m un paramètre qui dépend du niveau
d’injection, avec m = 2 à faible injection et m = 4 à forte injection. Le temps de transit
dans la base est donc un paramètre très important pour la modélisation de type SPICE. Le
déclenchement du composant se situant dans des régimes intermédiaires de courant, sa valeur
peut être choisie entre les valeurs de faible et de forte injection, et calculée grâce à la formule 4.21.
Pour les transistors NMOS dont la grille est liée à la masse, le fonctionnement du composant
est identique. En revanche, le déclenchement du transistor bipolaire parasite peut être contrôlé
par l’action du transistor NMOS. Pour permettre ce fonctionnement, le contact de grille doit être
lié à la masse par une résistance. La tension de grille se voit ainsi couplée à la tension de drain
par la capacité drain-grille intrinsèque et parfois par une capacité supplémentaire ajoutée entre
drain et grille. Cette méthode de déclenchement du transistor est appelée couplage de grille.
En début de décharge, l’élévation de la tension de grille permet de mettre en fonctionnement le
transistor NMOS. Le courant d’électrons dans son canal va alors être multiplié par avalanche à
la jonction drain-substrat. Le courant de trous généré par l’avalanche circule dans la résistance
de base et permet de déclencher le transistor bipolaire avant le claquage par avalanche de la
jonction drain-substrat. Une étude plus détaillée du couplage de grille est présentée dans la
section 4.6.3.
119
Chapitre 4. Modélisation de composants bipolaires autopolarisés
RC
IESD
A
VCB
V CCB CCB
ICint
Iav (ICint )
CCS
NPN
int int
RB CEB RB CEB
VBE
(a) (b)
Fig. 4.14 – Schéma du macromodèle complet d’un TBA NPN (a). Circuit simplifié pour l’étude
de la dynamique du déclenchement (b).
avec a en A/s la pente de la rampe de courant. Pour une décharge HBM typique de 2 kV, l’ordre
1, 3
de grandeur de a est d’environ = 1, 3 108 A/s. Nous allons également considérer les
10 10−9
capacités comme linéaires et constantes.
La tension aux bornes de la jonction collecteur-base VCB se déduit ainsi facilement, sachant
dv
que le courant dans une capacité est donné par i = C . L’intégration de cette équation en
dt
considérant que la capacité est déchargée à t=0 conduit à l’expression :
a 2
VCB = t (4.23)
2CCB
Dans la partie basse de la branche de circuit considérée (Fig. 4.14(b)), le courant IESD se
int et la capacité C
partage entre la résistance RB EB . L’expression de la tension VBE peut être
déterminée au moyen des transformations de Laplace.
t
int −τ
VBE = aRB [t − τe (1 − e e )] (4.24)
avec τe = RB int C
EB .
Cette expression difficile à manipuler peut se simplifier dans les deux cas extrêmes où t >> τe
et t << τe . Dans le premier cas, l’expression 4.24 se simplifie en :
(1) int
VBE = aRB t (4.25)
Ce qui correspond au cas où tout le courant IESD circule uniquement dans la résistance de base.
Dans le second cas, l’utilisation du développement limité au second ordre de l’exponentielle
permet de simplifier l’expression 4.24 :
(2) a 2
VBE = t (4.26)
2CEB
Ce qui correspond au cas où tout le courant circule uniquement dans la capacité E-B.
Le temps tdyn d’établissement de la tension de seuil Vs de la jonction E-B sous l’effet des
seuls courants capacitifs se déduit directement des équations 4.25 et 4.26 pour chacun des cas
limites :
r
(1) Vs (1) (2) 2CEB (2)
tdyn = int
avec tdyn >> τe et tdyn = Vs avec tdyn << τe (4.27)
aRB a
120
4.6. Étude de la dynamique
Le premier cas de figure correspond à une résistance de base faible et une capacité E-B grande,
et inversement dans le second cas.
Quel que soit le cas de figure, le déclenchement dynamique ne sera effectif qu’à condition
que la tension collecteur-base n’ait pas atteint la tension de claquage BVCB de cette jonction.
Le temps d’établissement tBV de cette tension se déduit de l’équation 4.23 :
r
2CDB
tBV = BVCB (4.28)
a
La condition pour observer un déclenchement dynamique est tdyn < tBV . Ceci se traduit
dans les relations :
Vs 2
1
a> int
(4.29)
RB 2CCB BVCB
et
CEB BVCB
< (4.30)
CCB Vs
transistor est donné par la tension de seuil de la jonction (Vs ) divisé par la résistance totale RB
de la base (du point Y au point X Fig. 4.15).
Le calcul du courant capacitif nécessaire pour le déclenchement est plus complexe en raison
des effets distribués. Le courant de base circule de la droite vers la gauche sur la figure 4.15. Ce
121
Chapitre 4. Modélisation de composants bipolaires autopolarisés
B E Z
C
Sub
++ ++ ++ ++
P N N P
Ib (x) P
WB IBV
X Y y
x
L z P−
JC
N−
Psub
courant est invariant selon l’axe z. Si l’on note Z la longueur du doigt d’émetteur, la variation
du courant dans la base selon l’axe x est :
Si on considère la densité de courant capacitif dans le collecteur uniforme et si l’on place l’origine
de l’axe x au point Y le courant dans la base est donné par :
Z x
IB (x) = Jc Zdx0 = Jc Zx (4.32)
0
(4.33)
122
4.6. Étude de la dynamique
Cette dernière relation montre qu’il faut un courant capacitif deux fois supérieur au courant
issu de l’avalanche à la jonction cylindrique collecteur-base, pour déclencher le transistor bipo-
laire. Ce résultat peut également être interprété comme si la résistance de base était réduite de
moitié.
Afin, de prendre en compte cet aspect, le schéma du macromodèle doit être modifié (Fig. 4.16).
La résistance de base est partagée en deux résistances dont la somme des valeurs reste égale à
RB . Les conditions de déclenchement par le courant d’avalanche restent donc inchangées. En
revanche, la valeur de la résistance de base (xRB ) pour le déclenchement dynamique peut être
facilement ajusté avec la valeur de x (avec 1 > x > 0, 5).
C
RC
IC Iav
CC B
B
NPN
(1 − x)RB
xRB CE B
Fig. 4.16 – Modèle compact d’un transistor NPN autopolarisé avec ajustement de la résistance
de base pour le déclenchement par dv/dt.
L’information sur la dynamique est difficile à obtenir expérimentalement car beaucoup d’élé-
ments parasites jouent un rôle important lors des mesures. Les inductances et les capacités pa-
rasites liées par exemple aux fils d’interconnexions, au plot de contact, au boı̂tier, etc. . .influent
sur l’aspect du signal obtenu. Il faut minimiser ces éléments parasites ou les connaı̂tre avec
précision pour obtenir une information fiable sur l’évolution de la tension et du courant dans
le composant. Ceci représente un travail particulièrement difficile car un transitoire de courant
ESD est associé à de très hautes fréquences et des phénomènes fortement non-linéaires.
Motivations
La suppression ou la réduction de la surtension lors du déclenchement d’un transistor de
protection est un aspect important pour protéger efficacement les oxydes de grilles des transistors
du cœur du circuit. L’oxyde de grille du transistor NMOS de protection est également soumis
à cette surtension car sa grille est directement liée à la masse et son drain est au potentiel le
plus élevé. Cet oxyde mince peut donc également être dégradé pendant la surtension avant le
déclenchement.
123
Chapitre 4. Modélisation de composants bipolaires autopolarisés
Dans les régions proches de la jonction drain-substrat, le champ électrique dans l’oxyde de
grille est élevé (Fig. 4.17). De plus, la jonction drain-subtrat est le siège d’une forte génération
par avalanche qui donne naissance à un grand nombre de porteurs chauds à proximité de l’oxyde
de grille. Cette configuration est particulièrement défavorable et peut entraı̂ner une dégradation
G
B S Eox D
e−
++ ++ ++
P N N
+
t
Psub
Fig. 4.17 – Coupe technologique schématique d’un transistor NMOS. Avant le déclenchement,
la tension entre drain et grille est associée à un champ électrique Eox important dans l’oxyde de
grille qui est situé à proximité de la région de multiplication par avalanche des électrons e− et
des trous t+ dans la jonction drain-substrat.
prématurée de l’oxyde de grille. Toutefois, le piégeage de charges dans l’oxyde n’est pas ici
un aspect critique car une modification des caractéristiques électriques typiques du transistor
NMOS est acceptable tant qu’elle n’affecte pas le courant de fuite de la protection.
L’utilisation du couplage de grille permet de diminuer le champ électrique dans l’oxyde.
L’élévation de la tension de grille entraı̂ne une diminution de la tension entre grille et drain
VGD . L’optimisation du couplage de grille doit donc également être menée dans l’objectif de
minimiser VGD au cours d’une décharge HBM.
On peut identifier dans ce dernier schéma deux branches, BrB et BrG , similaires à celle
étudiée pour le déclenchement par dv/dt d’un transistor bipolaire dans la section 4.6.2.
Comme dans le cas du transistor NPN simple, le déclenchement du transistor bipolaire
parasite peut être lié soit au claquage par avalanche de la jonction drain-substrat soit à un
courant capacitif suffisant dans la résistance de base. Une nouvelle possibilité de déclenchement
s’ajoute ici, la mise en route du transistor NMOS par le couplage de grille. Trois conditions de
déclenchement sont donc possibles (Fig. 4.18)(c) :
124
4.6. Étude de la dynamique
CGext CGext
RD RD
j ox j ox
CDB CGD CDB CGD
B int ox
CGB B int ox
CGB
NPN N M OS
j ox j ox
CSB CGS CSB CGS
(a) (b)
VDint CC
ox
CGB
CC CC
ox j
CGD + CGext CDB
VBint VG
j ox
CSB CGS
int ext
RB RG
VS
BrB BrG
(c)
Fig. 4.18 – Schéma équivalent d’un transistor MOS. Les exposants j et ox donnent la nature
des capacités (jonction ou oxyde respectivement). La capacité CGB ext et la résistance Rext sont
G
externes au transistor et placées sur la puce à proximité immédiate du transistor NMOS.
125
Chapitre 4. Modélisation de composants bipolaires autopolarisés
principalement la branche offrant l’impédance la plus faible. Si la capacité CGD ext n’est pas utilisée
B
(déconnectée), la branche Br est la plus favorable au passage du courant car les capacités dans
cette branche ont de plus fortes valeurs, résultant donc en une plus faible impédance. En effet, les
valeurs des capacités de jonction CDB et CSB sont d’au moins un ordre de grandeur supérieures
aux capacités de recouvrement de l’oxyde de grille sur le drain et la source CGD et CGS . De
plus, la valeur de la résistance de grille externe doit au moins être de l’ordre de grandeur de la
résistance de base, afin que la tension sur la grille soit maintenue durant un temps suffisamment
long et que l’augmentation de la tension de grille soit suffisante.
L’utilisation d’une simple résistance de grille sans capacité externe ajoutée CG ext ne peut
donc permettre d’obtenir une diminution de la tension de déclenchement, quel que soit la valeur
de RG ext . Il apparaı̂t donc indispensable de rééquilibrer le courant dans les deux branches en
ajoutant une capacité externe entre grille et drain. De cette façon, l’équilibre entre les deux
branches est retrouvé dès que la capacité ajoutée en externe CG ext est de l’ordre de grandeur de
la capacité drain-substrat CDB . L’ajout de la capacité externe est également favorable pour le
déclenchement dynamique car, au travers de l’augmentation de l’ensemble des capacités liées du
terme CC (Equ. 4.38), l’élévation de la tension entre drain et substrat va être réduite et retarder
le claquage par avalanche de la jonction drain-substrat.
Pour que le déclenchement par couplage de grille soit possible, il faut donc que la capacité
ajoutée en externe soit du même ordre de grandeur ou supérieure à la capacité drain-substrat.
Pour la même raison, la résistance de grille doit être de plus faible valeur que la résistance de
base afin de diminuer l’impédance de la branche BrG .
La vitesse à laquelle le transistor MOS doit être coupé après le déclenchement du transistor
bipolaire, permet d’affiner le choix de la résistance et de la capacité à utiliser. Le courant dans
le canal du transistor MOS doit être coupé avant l’apparition du régime de très fort courant.
Pour cela, la constante de temps du circuit RC de grille τG = RG ext C ext doit être inférieure à la
G
nano-seconde. Cette dernière contrainte fixe donc le produit RG ext C ext et lie les valeurs de Rext
G G
et CG ext . Les valeurs optimales sont donc obtenues pour la plus faible valeur de C ext telle que les
G
deux conditions CG ext > C ext
DB et RG < RB soient satisfaites.
Application
Une étude du déclenchement des transistors de protection NMOS réalisés dans la technolo-
gie 3 (décrite dans le chapitre précédent) a permis de valider cette méthode. Les résultats de
simulations SPICE d’un transistor NMOS soumis à un stress HBM de 2 kV pour différentes
configurations de couplage de grille sont présentés dans la figure 4.19. Ils confirment les résultats
du développement théorique précédent. Si aucune capacité n’est ajoutée en externe entre drain
et grille, le pic de tension avant le déclenchement persiste. La capacité de couplage est très faible
dans ce cas et même pour une forte valeur de la résistance de grille (ici 140 kΩ), la tension VG
augmente peu en début de décharge et ne permet pas de déclencher le transistor NMOS.
L’ajout d’une capacité externe et l’application des règles établies précédemment, permettent
d’éliminer totalement la surtension. De plus, la tension maximale aux bornes de l’oxyde de
grille, donnée par VDint − VG est également très fortement diminuée. La polarisation de la grille
est rapidement coupée avant d’atteindre le régime de fort courant. Seul le TBA parasite assure
donc la conduction des fortes valeurs de courant. Remarquons également la nette réduction de
la vitesse du transitoire de tension sur le drain due à l’augmentation de la capacité équivalente
entre drain et substrat.
Finalement, l’utilisation des simulations SPICE permet d’affiner le choix de la capacité et de
la résistance de couplage de grille pour optimiser la réponse du composant.
Ces solutions ont été testées en pratique sur les transistor NMOS de la technologie 3. Les
versions des composants dont le déclenchement par couplage de grille a été optimisé, voient leur
robustesse ESD doublée vis-à-vis de composants dont la grille est reliée directement ou par une
simple résistance à la masse, sans capacité externe supplémentaire.
126
4.7. Conclusion
2
12
10 1,5
Tension (V)
Courant (A)
8
IC 1
6
VD (0 Ω)
VD (140 kΩ)
4 VG (")
VD -VG ( " ) 0,5
int
VD (1 pF,115 Ω)
2 VG ( "," )
VD -VG ( "," )
int
0 0
1e-11 1e-10 1e-09 1e-08 1e-07
Temps (s)
Fig. 4.19 – Réponse du composant NMOS à un stress HBM de 2 kV, simulé par le modèle SPICE
pour différentes configurations de déclenchement par couplage de grille. Si une résistance ou une
capacité de couplage sont utilisées, leurs valeurs sont indiquées dans la légende.
4.7 Conclusion
Après un résumé des différentes méthodes et techniques de modélisation utilisées pour la si-
mulation compacte des composants de protection ESD basés sur les TBA, l’approche sur laquelle
nous avons développé nos modèles a été justifiée.
La minimisation du nombre de paramètres à extraire, par la réutilisation des modèles pré-
sents dans les bibliothèques d’une technologie, permet de développer rapidement les modèles des
composants de protection. En s’appuyant sur les modèles performants déjà développés au sein
du laboratoire, nous avons cherché à les enrichir des phénomènes associés aux fortes densités de
courant mis en évidence dans les deux chapitres précédents. L’approche modulaire, retenue pour
son efficacité vis-à-vis de l’extraction des paramètres, permet d’introduire facilement ces effets
mais implique certaines limitations. Les modèles développés présentent l’avantage d’être étroi-
tement liés à la structure interne du composant et offre ainsi la possibilité de mieux comprendre
et analyser l’impact de certains paramètres structurels.
La dynamique du déclenchement des transistors bipolaires et MOS est un sujet généralement
peu abordé. Malgré la relative complexité des phénomènes, une analyse simplifiée a permis de
mettre en évidence les paramètres clés du déclenchement des composants. L’effet distribué des
courants capacitifs dans le composant a été mis en évidence. Une amélioration du macromodèle
a été proposée pour leur prise en compte.
Enfin, à partir de ces études sur la dynamique du déclenchement, nous avons présenté une
méthode d’optimisation du déclenchement par couplage de la grille des transistors de protec-
tion NMOS. Basée sur une étude de la distribution des courants dans les différentes capacités
du transistor MOS, cette méthode a permis d’améliorer significativement les performances des
composants.
127
Chapitre 4. Modélisation de composants bipolaires autopolarisés
128
Chapitre 5
L’efficacité de la protection des circuits intégrés contre les décharges électrostatiques repose
sur le développement de composants de protection robustes et performants. Dans les circuits
modernes, le développement de solutions de protection ne peut cependant pas se limiter à la
seule optimisation d’une bibliothèque de composants élémentaires. Le choix et la disposition de
ces protections sur le circuit est une étape cruciale pour obtenir une protection efficace. La com-
plexité croissante des fonctions assurées par les circuits et la demande d’une très bonne robustesse
aux ESD, rendent cette tache de plus en plus difficile. L’obtention d’un circuit qui répond aux
critères de robustesse ESD requis dans le cahier des charges d’un circuit, augmente parfois le
nombre de cycles de conception. Il est donc indispensable de disposer d’outils performants pour
déterminer la stratégie de protection la mieux adaptée à chaque cas.
Le développement de modèles compacts des composants, adaptés aux régimes de fort courant
ESD, permet l’analyse globale du circuit et de sa protection [143]. L’étude d’un circuit simple va
permettre de démontrer l’efficacité et les limites de cette approche. Nous verrons que les règles
classiques de conception ne sont pas suffisantes pour garantir les performances de la protection.
En effet, l’interaction entre les composants de protection et de leurs anneaux de garde contre
le phénomène de latch-up lors d’une décharge électrostatique sera mise en évidence. L’origine
d’un cas critique lors de décharges MM sera également expliquée. Enfin, de nouvelles règles de
conception seront définies pour résoudre ces problèmes et garantir les performances des stratégies
de protection proposées aux concepteurs de circuits intégrés.
129
Chapitre 5. Étude des stratégies de protections
Dans le schéma de protection à deux étages, le rôle du premier étage, ou protection primaire,
est de conduire la majeure partie du courant de décharge. Le second, qui est séparé du premier
par une résistance RE , permet de garantir une limitation de la tension sur les oxydes de grille
à une valeur suffisamment basse. La tension de déclenchement de la protection primaire pourra
donc être supérieure à la tension de claquage des oxydes, laissant ainsi plus de liberté dans le
choix des composants de protection utilisés.
En fonction des contraintes de conception et du type de protection globale adopté, le schéma
général d’une protection d’entrée présenté dans la figure 5.1 peut être simplifié. La protection
la plus rudimentaire consiste à utiliser un seul composant de protection P1 capable de conduire
le courant d’une décharge quel que soit son sens de circulation. L’utilisation d’un transistor de
protection NMOS à grille couplée ou non permet par exemple de réaliser ce type de protec-
tion [144].
Une solution typique consiste à réaliser une «protection en π». Dans ce cas, le schéma est
simplement constitué par les protections P1 et P2 séparées par une résistance. La protection
P1 est, par exemple, réalisée à l’aide d’un transistor NPN latéral de type FOD robuste, alors
que la protection du second étage est un transistor NMOS de plus petite taille mais dont la
tension de déclenchement est plus faible que celle du premier étage. Lors d’une décharge HBM
circulant de la broche d’entrée vers la broche de masse, le courant va d’abord circuler dans la
protection P2 au travers de la résistance RE . L’élévation de tension aux bornes de cette dernière
va permettre de déclencher le transistor NPN P1 qui va finalement drainer l’essentiel du courant
de la décharge. Dans le cas plus favorable d’une décharge de signe opposé, circulant de la masse
(VSS) vers l’entrée, les transistors P1 et P2 se comportent comme des diodes en direct. Ils offrent
alors un chemin particulièrement robuste et limitent la tension appliquée sur l’oxyde de grille à
une valeur très basse.
VDD
circuit
P3 P4 P6
E S PC
RE RS
P1 P2 P5
VSS
Fig. 5.1 – Représentation schématique d’un réseau de protection ESD pour un circuit en tech-
nologie CMOS.
130
5.1. Stratégies de protection des circuits
étage de protection est généralement suffisante. Il est cependant fortement recommandé de pla-
cer une résistance RS de faible valeur entre l’étage de sortie du circuit et l’étage de protection
ESD (Fig. 5.1). Cette précaution permet de limiter la part du courant de décharge susceptible
de circuler dans le circuit.
En outre, la taille relativement importante des transistors de sortie d’un circuit permet
souvent une auto-protection de l’étage de sortie. Dans ce cas, des règles de dessins spécifiques aux
ESD leur sont appliquées lors de la conception. Néanmoins, le fonctionnement de ces transistors
lors d’une décharge peut, dans le cas de transistors MOS, entraı̂ner une dégradation de l’oxyde de
grille et une modification de leurs caractéristiques électriques inacceptables pour des applications
analogiques. Dans ce cas, l’utilisation d’un étage de protection spécifique est préférable.
131
Chapitre 5. Étude des stratégies de protections
– les spécifications électriques des broches d’entrée ou de sortie (excursion en tension, courant
de fuite maximal, capacité et résistance maximales, fréquence de fonctionnement, . . .)
– la surface de silicium disponible sur la puce
Pour satisfaire à ces dernières, deux grands types d’approche peuvent être distingués, les straté-
gies centralisée et distribuée. D’une manière générale, la stratégie globale retenue pour un circuit
pourra être mixte.
Une stratégie de protection distribuée consiste à optimiser chacune des protections d’entrée
ou de sortie et d’alimentation indépendamment. Un chemin robuste devra être prévu pour les
décharges positive et négative entre une entrée/sortie et les deux lignes d’alimentation (VDD
et VSS) ainsi qu’entre les lignes d’alimentation. De cette façon, plusieurs chemins de décharge
parallèles sont créés pour les décharges entre deux broches d’entrée/sortie. La redondance in-
troduite permet, dans une certaine mesure, de garantir la robustesse indépendamment de la
résistance des pistes de métal. Cependant, les capacités et courants de fuite parasites introduits
par les protections ne sont pas acceptables pour certaines applications.
Le principe d’une protection centralisée est présenté sur la figure 5.2. Les protections sur les
entrées et sorties sont réalisées par des diodes qui vont diriger le courant de décharge vers la pro-
tection centrale PC . Quelque soit la décharge, les diodes ne doivent pas être polarisées en inverse
car elles sont peu robustes dans ce régime de fonctionnement. Leur mode de fonctionnement est
donc unidirectionnel contrairement à la protection centrale qui doit être bidirectionnelle. Dans
VDD
D2 D4
E circuit S PC
D1 D3
VSS
ce type de protection, le chemin de décharge est unique pour un couple de broches donné. Le
tableau 5.1 résume ces chemins pour les 12 configurations de décharge qu’offre ce circuit simple.
Comme représenté sur la figure 5.2, un courant de décharge qui se propage de l’entrée vers la
sortie va circuler au travers de la diode D2 puis dans la protection centrale polarisée en inverse
pour sortir enfin après son passage dans la diode D3.
+ E VSS S VDD
E D2-PC D2-PC -D3 D2
VDD PC -D1 PC PC -D3
S D4-PC -D1 D4-PC D4
VSS D1 D3 PC
Tab. 5.1 – Chemins de décharge entre chaque couple de broches. Le courant de décharge circule
d’une broche choisie dans la première colonne vers une broche choisie dans la première ligne.
Le tableau 5.1 montre que la protection centrale est sollicitée dans une majorité des chemins
de décharge, d’où son nom.
132
5.2. Étude d’une stratégie de protection
Une protection centralisée possède de nombreux avantages. Les diodes qui ne fonctionnent
qu’en polarisation directe sont particulièrement robustes même si elles sont de taille réduite. Elles
n’introduisent donc qu’une capacité et des courants de fuite réduits sur les entrées et sorties. La
place occupée par le réseau de protection est également limitée.
Une stratégie de protection centralisée associée à l’utilisation d’une protection centrale active
permet d’éviter les phénomènes d’avalanche quelque soit le chemin de décharge. La stratégie de
protection est alors facile à simuler et à optimiser [150].
L’adoption de ce type de protection est cependant contraignante. Pour une configuration
donnée, un seul chemin est offert au passage du courant. Il est donc indispensable de s’assurer
que les chutes de potentiel dans les résistances des pistes métalliques, en particulier des lignes
d’alimentation, sont suffisamment basses. Pour cela, les pistes métalliques doivent être correcte-
ment dimensionnées. La protection centrale peut également être dupliquée ou distribuée sur la
longueur de la ligne d’alimentation [151, 152].
Si un plot d’entrée ou de sortie peut être polarisé à des tensions très supérieures à la tension
d’alimentation, il n’est pas possible d’utiliser une diode pour le lier à l’alimentation. Ceci li-
mite le domaine d’application des stratégies de protection centralisées. Des solutions spécifiques
doivent souvent être étudiées pour des broches particulières. D’une manière générale, le réseau
de protection ESD d’un circuit peut être constitué par une approche mixte entre protection
centralisée et distribuée qui permet de bénéficier des avantages de chacune d’elles en fonction
des contraintes de conception.
133
Chapitre 5. Étude des stratégies de protections
VDD
D2 D4
M4
M2
E S D5
M1 M3
D1 D3
VSS
Fig. 5.4 – Résultats de simulation SPICE pour un stress HBM positif de 4 kV appliqué entre
VDD et E. Les courants sont donnés au pic de la décharge et les tensions au moment ou la
tension est maximale sur l’ensemble du chemin.
et 15 V, respectivement. Les niveaux de courants dans le circuit interne ne doivent pas dépasser
des valeurs compatibles avec les transistors qui le constituent.
La figure 5.4 représente le résultat de la simulation d’un stress de 4 kV HBM entre les broches
VDD et E du circuit. Les valeurs de tension reportées sur la figure correspondent à l’instant où
134
5.2. Étude d’une stratégie de protection
la tension est la plus forte sur l’ensemble du chemin. Les valeurs de courant correspondent au
moment du pic de courant de la décharge HBM. L’ensemble des simulations a permis de vérifier
que la stratégie est efficace dans chacune des 12 configurations de décharge HBM.
kV + E VSS S VDD
E 6 5 13
VDD 3 7 5
S 6,5 7,5 15
VSS 14 16 16
Tab. 5.2 – Résultats des tests HBM entre chaque broches. Une broche de la première colonne
est stressée positivement par rapport à une broche de la première ligne.
+ E VSS S VDD
E M1 ou D2,M2 D2,M2,D3 ou M1,D3 D2
VDD M2,D1 M2 M2,D3
S D4,M2,D1 D4,M2 D4
VSS D1 D3 D5
Tab. 5.3 – Chemin de décharge prévu par la simulation SPICE dans chaque configuration de
stress.
135
Chapitre 5. Étude des stratégies de protections
particulier car deux chemins de décharge sont possibles et mettent en jeu deux ou trois compo-
sants de protection. Pour cette configuration, les caractéristiques TLP expérimentales et simulées
(Fig. 5.5) sont en bon accord. Remarquons que les résistances des pistes de métal doivent être ex-
traites avec précision pour obtenir une caractéristique correcte. Les deux décrochages successifs
de la caractéristique témoignent du déclenchement des deux chemins possibles pour la décharge.
D’après les informations tirées des simulations, le courant circule au travers des composants D2,
M2 et D3 pour la première partie de la courbe TLP, puis par les composants M1 et D3 pour la
seconde partie (Fig. 5.5). Le chemin D2,M2,D3 est actif dans un premier temps car le transistor
M2 est déclenché par couplage capacitif, contrairement au transistor M1 dont la grille est liée à
la masse. Pour des niveaux de courant plus importants, sous l’effet des chutes de potentiel dans
la diode D2 et les pistes métalliques, la tension aux bornes du transistor M1 devient suffisante
pour permettre son déclenchement. Le courant emprunte alors le chemin M1,D3.
Mesure
Courant (A)
Simulation
M1,D3
D2,M2,D3
Tension (V)
Fig. 5.5 – Caractéristiques TLP expérimentale et simulée de la broche d’entrée par rapport à
celle de sortie.
136
5.2. Étude d’une stratégie de protection
D2 M1
M2
137
Chapitre 5. Étude des stratégies de protections
0,4
0,3
Courant (A)
0,2
Courant total
Courant dans M1
Courant dans M2
0,1
0
0 5e-08 1e-07 1,5e-07
Temps (s)
(a) (b)
Fig. 5.7 – (a) Image en photoémission pour un courant TLP de 370 mA entre l’entrée et la
sortie. (b) Courant dans les transistors M1 et M2 au cours d’une impulsion TLP de 370 mA.
1,5
Courant (A)
1
Courant total
Courant dans M1
Courant dans M2
0,5
0
0 5e-08 1e-07 1,5e-07
Temps (s)
(a) (b)
Fig. 5.8 – (a) Image en photoémission pour un courant TLP de 1,7 A entre l’entrée et la sortie.
(b) Courant dans les transistors M1 et M2 au cours d’une impulsion TLP de 1,7 A.
Ce transistor dont le collecteur est relié à la ligne d’alimentation VDD, offre donc un chemin
supplémentaire lors d’une décharge de VDD vers E (Fig. 5.11). De la même façon, le transis-
tor bipolaire parasite NPN3 associé au transistor NMOS de l’étage de sortie, offre un chemin
supplémentaire dans le cas des décharges VDD/S et E/S.
L’utilisation de la simulation physique bidimensionnelle en mode mixte permet de vérifier
que le transistor bipolaire parasite NPN1 conduit une part importante du courant lors d’une
décharge VDD/E, malgré son très faible gain en courant. Pour cela, une description bidimension-
nelle est utilisée pour chacun des transistors M1 et M2. Les simulations physiques de ces deux
composants sont couplées au travers d’un circuit SPICE qui permet également d’introduire le cir-
cuit équivalent du modèle HBM pour générer le courant décharge. Lors de la décharge VDD/E,
l’essentiel du courant circule dans le transistor de la protection centrale qui est alors polarisé
en inverse. Sa tension de maintien, de l’ordre de 7 V, définit la tension entre VDD et VSS qui
138
5.2. Étude d’une stratégie de protection
VDD/E E/S
(a) (b)
Fig. 5.9 – Localisation de la défaillance par la technique OBIRCH pour des circuits ayant subi
un stress HBM entre les broches VDD et E (a) et entre l’entrée E et la sortie S (b). Les lieux
de défaillances sont cerclés de blanc.
VDD VSS E
N
P
A A’
++
++
N ++
N
Substrat P
(a) (b)
Fig. 5.10 – (a) Image OBIRCH de la localisation du défaut pour le stress E/S. (b) Coupe A-A’
schématique du transistor bipolaire latéral parasite.
139
Chapitre 5. Étude des stratégies de protections
VDD
D4
D2
M4
M2
E S D5
D1 D3
M1 M3
NPN1 NPN3
VSS
Fig. 5.11 – Schéma électrique du circuit de test dans lequel les diode D1 et D3 sont remplacées
par les transistors parasites NPN1 et NPN3 qu’elles forment avec leur anneau de protection
contre le latch-up.
140
5.3. Étude et optimisation des circuits de protection élémentaires
Fig. 5.12 – Image en photo-émission pour un courant de 2,3 A circulant entre les broches d’en-
trée et de sortie du circuit. Fréquence de répétition 10 Hz, durée totale d’exposition 5 minutes.
stratégie de protection ESD, dans le cas d’une alimentation unique. En effet, tout chemin de
VDD VDD
D2
E PC E PC
D1
VSS VSS
(a) (b)
Fig. 5.13 – Réseau de protection élémentaire (a) et schéma équivalent pour la prise en compte
des anneaux de protection contre la latch-up des diodes.
décharge d’un réseau de protection complexe peut être décomposé aux moyens des six chemins
de décharges associés au réseau élémentaire.
La technologie CMOS 0,6 µm décrite dans la section 3.7.1 est utilisée pour la réalisation
des circuits de test. Les diodes D1 et D2 sont formées par les jonctions N ++ /P et P ++ /N
(Fig. 5.14), respectivement.
L’anneau de protection contre le latch-up de la diode D1 est constitué par une diffusion
N ++ N qui entoure la diode, alors que celui de la diode D2 est constitué par une diffusion P ++
(Fig. 5.14). Ces anneaux sont respectivement connectés aux lignes d’alimentation VDD et VSS
pour les diodes D1 et D2. La protection centrale PC est réalisée au moyen d’un transistor NMOS
141
Chapitre 5. Étude des stratégies de protections
D1
N ++ P ++ N ++ P ++ N ++
Wbal
Wbal
N P N
D2
++ ++ ++ ++ ++
P N P N P
P N P
kV + E VSS VDD
E 2 7
VDD 1 2
VSS 8 >10
Tab. 5.4 – Résultats des tests HBM en kV entre chaque broche. Une broche de la première
colonne est stressée positivement par rapport à une broche de la première ligne.
Pour des décharges positives de VSS vers E, VSS vers VDD et de E vers VDD, la robustesse
est très importante car seules des diodes polarisées en direct sont mises en jeu dans le chemin
de décharge. Les diodes D1 et D2 sont respectivement utilisées dans le cas des stress VSS/E
et E/VDD. Pour le stress VSS/VDD, la diode intrinsèque drain-substrat du transistor NMOS
de protection centrale est polarisée en direct. Au cours d’un stress de VDD vers VSS, seule la
protection centrale est déclenchée et peut supporter des décharges d’au moins 2 kV. Le chemin
de décharge dans le cas d’un stress VDD/E est composé de la protection centrale polarisée en
inverse et de la diode D1 polarisée en direct. La robustesse de la protection centrale étant de
2 kV et de 8 kV pour la diode D1, on peut supposer que la robustesse de ce chemin est de 2 kV.
142
5.3. Étude et optimisation des circuits de protection élémentaires
Or, la mesure donne une valeur de seulement 1 kV. Finalement, pour une décharge entre les
broches E et VSS, le chemin de décharge est constitué par la diode D2 et la protection centrale.
Dans ce cas, une robustesse de 2 kV est obtenue comme on pouvait le supposer.
D’après les résultats obtenus dans la section précédente, nous pouvons supposer que la faible
robustesse obtenue pour un stress VDD/E est liée à la dégradation de l’anneau de latch-up de
la diode.
Itot_2kV
Itot_2kV
1 10 Ipc_2kV
Vcb_2kV 1
10
Vcb_2kV
Vcb_1kV
Tension (V)
Courant (A)
Ipc_2kV Vcb_1kV
Tension (V)
Courant (A)
Ic_2kV
Itot_1kV
Ic_1kV
Ic_2kV
Ic_1kV
0 0 0 0
Ic_2kV
1E−10 1E−9 1E−8 1E−7 1E−10 1E−9 1E−8 1E−7
Temps (s) Temps (s) Ic_1kV
(a) (b)
Fig. 5.15 – Répartition des courants dans le réseau de protection élémentaire obtenue par
simulation en mode mixte pour des stress de 1 et 2 kV HBM appliqués entre les broches VDD et E
Ic
(a) et les broches E et VSS (b). (Vcb ) tension entre collecteur et base du transistor NPN parasite,
(Itot ) courant total de la décharge. (Ipc ) et (Ic ) les courants circulant dans la protection
centrale et le collecteur du transistor NPN (a) ou PNP (b), respectivement.
Au cours de ces décharges, les transistors NPN et PNP parasites associés aux diodes D1 et D2,
se trouvent polarisés dans une configuration similaire au montage en base commune classique.
143
Chapitre 5. Étude des stratégies de protections
Dans le cas du stress VDD/E, la jonction émetteur-base du transistor NPN est polarisée en
direct. La tension appliquée entre son collecteur et sa base est définie par la tension VPC aux
bornes de la protection centrale (Fig. 5.16(a)). Selon les résultats de simulation, cette tension est
de l’ordre de 8 V après le repliement de la protection centrale lorsque le courant est maximum
dans la diode (Fig 5.15).
VDD VDD
VPC VPC
ICN P N
E PC E PC
ICP N P
VSS VSS
Fig. 5.16 – Représentation schématique du circuit utilisé pour la simulation physique bidimen-
sionnelle en mode mixte du réseau de protection élémentaire soumis à un stress HBM. Chemin
principal du courant de décharge dans le cas d’un stress VDD/E (a) et d’un stress E/VSS (b).
Pour un stress HBM de 1 kV, la majeure partie du courant de la décharge circule dans
la protection centrale et environ 15% du courant circule dans le collecteur du transistor NPN
parasite (Fig 5.15). De la même manière, le transistor PNP parasite associé à la diode D2 se
trouve polarisé dans une configuration en base commune au cours d’une décharge entre E et
VSS. Dans ce cas, seulement 5% du courant total de la décharge circule dans son collecteur
(Fig 5.15)(b).
Le réseau de protection fonctionne correctement pour des décharges de 1 kV HBM. En
revanche, pour une décharge de 2 kV, lors d’un stress de VDD vers E, le transistor bipolaire
NPN parasite entre dans un mode de fonctionnement où il conduit la totalité du courant de
la décharge. En pratique, son déclenchement va entraı̂ner sa destruction. Par contre, aucun
déclenchement du transistor bipolaire PNP parasite n’est constaté pour un stress de 2 kV HBM
appliqué entre E et VSS.
Durant la décharge électrostatique, les jonctions collecteur-base des transistors NPN et PNP
se trouvent polarisées en inverse (dans le cas d’un stress VDD/E pour le NPN et E/VSS pour
le PNP). L’importante densité du courant qui circule dans la jonction émetteur-base entraı̂ne
un niveau d’injection très élevé dans la base. Dans ces conditions, malgré leur faible gain, ces
transistors peuvent donc conduire un courant significatif. En effet, la densité de porteurs mino-
ritaires dans leur base12 devient importante avec la forte injection et les porteurs sont happés
par le champ électrique de la jonction collecteur-base polarisée en inverse.
La différence de comportement du transistor NPN parasite vis-à-vis du transistor parasite
PNP peut être attribuée à la différence fondamentale qu’il existe entre les facteurs de multi-
plications des courants d’électrons et de trous dans une jonction polarisée en inverse. Comme
nous l’avons vu dans la section 2.4.2, le facteur de multiplication du courant d’électrons croı̂t
beaucoup plus rapidement que celui des trous avec la tension inverse. Dans une jonction plane
abrupte, pour une valeur de tension inverse égale à 80% de la tension de claquage, le facteur
12
Les porteurs minoritaires sont des électrons dans la base du transistor NPN et des trous pour le transistor
PNP
144
5.3. Étude et optimisation des circuits de protection élémentaires
de multiplication d’un courant d’électrons est de 3 alors que celui des trous reste proche de
1 (Fig. 2.15). Cette tendance n’est pas limitée au cas de jonctions abruptes et constitue une
propriété générale quelque soit le profil de jonction [68].
Le transistor bipolaire NPN parasite peut donc se retrouver rapidement dans les régimes
autopolarisés décrits dans les chapitres précédents. Le mécanisme de son déclenchement est
d’ailleurs identique à celui utilisé pour diminuer la tension de repliement des transistors de
protection développés précédemment. Le transistor PNP n’a en revanche que très peu de chance
de se déclencher. De plus, nous avons montré que la tension de maintien d’un transistor PNP
augmente très rapidement lorsque sa base est suffisamment profonde, même pour de très fortes
densités de courant (section 2.4.3).
Remarquons finalement que le transistor bipolaire PNP parasite étant vertical, il possède,
de par sa nature, une résistance de ballast naturelle dans son collecteur. La possibilité d’une
focalisation du courant dans ce composant est ainsi extrêmement limitée.
Itot
1 10
Ic_PC_bal
Vcb
Courant (A)
Tension (V)
0.5 5
I_PC_orig
Ic_orig
Ic_bal
0 0
1E−10 1E−9 1E−8 1E−7
Temps (s)
Fig. 5.17 – Répartition des courants dans le réseau de protection élémentaire obtenue par
simulation en mode mixte pour un stress de 2 kV HBM appliqué entre les broches VDD et E.
(Vcb ) tension entre collecteur et base du transistor NPN parasite, (Itot ) courant total de la
décharge. (Ipc ) et (Ic ) les courants circulant respectivement dans la protection centrale et le
collecteur du transistor NPN, à la fois dans le cas de l’anneau de latch-up original ( orig) et
ballasté ( bal).
145
Chapitre 5. Étude des stratégies de protections
résistance de ballast dans le collecteur est une solution plus efficace. Cette résistance est obtenue
en agrandissant la distance Wbal définie dans la figure 5.14. La chute de potentiel dans cette
résistance, qui dépend directement du courant qui y circule, va réduire la tension appliquée sur
la jonction collecteur-base et par conséquent le facteur de multiplication par avalanche. De cette
façon, le courant total nécessaire pour déclencher le transistor bipolaire peut être repoussé à des
valeurs bien supérieures à celle de destruction de la protection centrale.
La figure 5.17 présente les résultats de la simulation du réseau de protection élémentaire
pour un stress VDD/E de 2 kV HBM dans le cas de l’anneau de protection contre le latch-up
original et sa version ballastée. L’accroissement de 1µm de la distance Wbal permet de limiter le
courant dans le transistor bipolaire parasite à un niveau qui ne permet pas son déclenchement
et son passage dans un mode de fonctionnement autopolarisé.
Comme nous l’avons vu, il n’est pas nécessaire de porter d’attention particulière au transistor
bipolaire PNP parasite, du moins dans la technologie utilisée ici. Dans des technologies plus
avancées, les risques seront donc plus importants. En effet, pour des profondeurs de base plus
faibles, nous avons mis en évidence que le comportement des transistor PNP tend vers celui des
transistors NPN.
Le transistor bipolaire PNP parasite peut donc être plus facilement utilisé pour offrir un che-
min de décharge parallèle dans le cas de décharges E/VSS [154, 151]. L’utilisation du transistor
NPN dans le même objectif est plus difficile, comme nous venons de le montrer.
Grâce à l’introduction de la résistance de ballast dans le collecteur du transistor bipolaire
NPN parasite, la robustesse attendue de 2 kV HBM pour l’ensemble du réseau de protection
élémentaire a été atteinte expérimentalement.
Il convient cependant d’estimer l’impact de ce changement sur l’efficacité de l’anneau de
protection contre le phénomène de latch-up. Pour cela, des simulations ont été réalisées au
moyen de la simulation physique bidimensionnelle. La structure utilisée est représentée dans la
figure 5.18. Un anneau de test supplémentaire constitué par une diffusion N ++ N est ajouté à
proximité de la diode D1. Cet anneau, connecté à la ligne d’alimentation VDD, est situé à une
distance de 25 µm de l’injecteur constitué par la diffusion N ++ de cathode de la diode D1. Cette
I VDD MAX
25 µm ICtest
t
N ++ P ++ N ++ N ++
D1
Collecteur de test
P N P N
Axe de symétrie
Psub
structure permet de comparer le courant collecté par l’anneau de test dans le cas de l’utilisation
de l’anneau de protection contre le latch-up original et de l’anneau ballasté. Pour réaliser le
test, la tension d’alimentation est portée à la plus haute valeur autorisée par la technologie. Une
impulsion de courant est appliquée sur la broche d’entrée. Son amplitude est de 100 mA, sa durée
de 500 ms, et ses temps de montée et de descente de 5 µs. Une moitié seulement de la structure
est simulée car elle possède un axe de symétrie. La diode D1 se trouve ainsi polarisée en direct
et le courant injecté correspond à celui défini dans la norme de test de latch-up JEDEC [155].
146
5.4. Cas particulier pour le stress MM
Le courant collecté par l’anneau de test est de 2,5 mA avec l’anneau de protection original et
de 1,6 mA avec sa version ballasté. L’ajout d’une résistance de ballast par l’accroissement de la
distance Wbal a donc un effet positif sur l’efficacité de l’anneau de protection. En effet, la largeur
de l’anneau étant augmentée, sa surface de collection est accrue. Cette modification n’a donc
que des effets bénéfiques en termes de robustesse ESD et d’immunité au latch-up. La surface
supplémentaire demandée n’est pas significative et la capacité parasite de la diode de protection
n’est pas modifiée.
L’espace occupé et la dissymétrie du comportement des transistors parasites NPN et PNP
peuvent être mis à profit pour réaliser une structure optimisée en termes de robustesse, d’espace
et d’immunité au latch-up. En effet, les deux diodes de protection utilisées sur les entrée/sortie
sont généralement très proches sur la puce. L’espace créé pour réaliser la résistance de ballast
dans le collecteur du transistors parasite NPN peut être utilisé pour intégrer la diode P ++ /N
comme cela est représenté dans la figure 5.19.
++ ++ ++ ++ ++
P N P P N
Wbal
D2 D1
P N P
Fig. 5.19 – Coupe schématique de la structure intégrant les deux diodes D1 et D2.
L’intégration des deux diodes permet donc de ne consommer aucun espace supplémentaire.
L’immunité au latch-up est améliorée, la robustesse HBM garantie, la capacité et le courant de
fuite parasites des diodes minimisés vis-à-vis des performances obtenues.
147
Chapitre 5. Étude des stratégies de protections
(2) D2
+
PC E1 E2 E3
- (1) D1
Fig. 5.20 – Schéma équivalent du réseau de protection ESD du circuit. Chemins de décharge
lors d’un stress MM entre les broches E2 et VSS.
-170 V MM et de -200 V MM pour le stress E2/VSS. Pour chacun des deux cas, la robustesse
pour un stress positif est supérieure à 200 V MM. Les analyses de défaillance montrent que la
diode D1 est dégradée. De même, la diode connectée entre E3 et VSS est détériorée lors du stress
MM négatif E3/VSS.
148
5.4. Cas particulier pour le stress MM
important. Sous l’effet des fortes densités de courant, la diode polarisée en inverse présente alors
D1 D2
++ ++ ++ ++ ++ ++
P N P N P N
+ − E − + − + E +− −
+ − − − + − + +
−
+ + + + − + + + − + − +
+ − − + − − − + − + +
+ + + +
− Région quasi-neutre Région quasi-neutre −
− +
− en forte injection + − en forte injection
+ + + − − + + − + − + − + − +
− N
P P
(a) (b)
Fig. 5.21 – État interne d’un diode lors du recouvrement inverse, après une forte injection de
courant direct, dans la diode D1 de type N ++ /P (a) et dans la diode D2 de type P ++ /N (b).
une caractéristique à résistance dynamique négative [158]. Une grande partie du courant de dé-
charge va alors emprunter la diode polarisée en inverse car elle constitue un chemin de plus faible
impédance. La formation d’un filament de courant, associé à la caractéristique de résistance né-
gative, conduit rapidement à la destruction thermique de la diode [159]. Ce phénomène explique
donc l’origine de la plus faible robustesse observée dans ce cas. La focalisation du courant dans
la diode, n’est pas d’origine thermique mais purement électrique [160]. Comme nous avons déjà
pu le montrer pour les TBA dans les chapitres précédents, les phénomènes physiques associés
aux très fortes densités de courant jouent un rôle primordial. Les aspects thermiques ne jouent
qu’un rôle secondaire, bien qu’important, dans la physique des composants soumis aux ESD.
Remarquons enfin que lors d’un stress MM positif entre E2 et VDD, la diode D2 se trouve
polarisée dans les mêmes conditions. Pourtant, aucune diminution de la robustesse n’est observée.
En effet, dans ce cas, ce sont les trous stockés dans la diode qui sont happés par le champ
électrique (Fig. 5.21(b)). Le facteur de multiplication du courant de trous n’étant important que
pour des tensions proches de la tension de claquage statique, la multiplication par avalanche
dans la jonction est peu importante et aucun phénomène d’emballement ne se produit.
149
Chapitre 5. Étude des stratégies de protections
protection élémentaire en terme de robustesse en fonction de la valeur des résistances des lignes
d’alimentation.
Le réseau élémentaire ainsi optimisé et dont les performances sont définies vis-à-vis des
conditions d’utilisation, permettra de garantir le succès de la stratégie de protection utilisée
pour un circuit, dès les premiers essais expérimentaux. Associé à la simulation de type SPICE,
qui permet de vérifier l’absence d’interaction du réseau de protection ESD avec le circuit à
protéger, cette approche a l’ambition de garantir les performances des solutions de protection
fournies aux concepteurs de circuits intégrés.
5.5 Conclusion
Après un rapide état de l’art des stratégies de protection contre les décharges électrostatiques
utilisées pour les circuits intégrés, l’étude d’un réseau de protections d’un circuit simple a été
présentée. L’utilisation des macromodèles des composants de protection dans les simulations de
type SPICE a permis de vérifier l’efficacité de la stratégie de protection utilisée. Les chemins
prévus par simulation ont été confrontés avec succès à ceux déterminés expérimentalement grâce
au couplage de l’analyse par photoémission et du banc de mesure TLP.
Cependant, nous avons mis en évidence que le développement de composants de protection
optimisés et l’utilisation de la simulation SPICE ne sont pas suffisants pour garantir la robustesse
ESD d’un circuit. En effet, l’interaction des composants de protection au sein du réseau de
protection peut provoquer une diminution significative des performances.
Une faiblesse associée aux anneaux de protection contre le latch-up a pu être mise en évi-
dence grâce à la performance de la localisation de défaillance par la technique de stimulation
thermique laser OBIRCH. Les anneaux de protection contre le latch-up placés autour de com-
posants de protection forment des transistors bipolaires parasites de type NPN ou PNP. Dans
certaines configurations de décharge, ces composants peuvent être activés et détruits. Nous
avons pu mettre en évidence et expliquer le comportement sensiblement différent des transistors
bipolaires parasites de type NPN et PNP. La solution proposée grâce à cette étude permet de
résoudre ce problème en modifiant simplement la géométrie de l’anneau de latch-up. L’utilisation
astucieuse des résultats de cette étude a conduit à l’intégration des deux diodes de protection
des entrées/sorties au sein d’une seule structure. Elle présente l’avantage de ne pas modifier les
caractéristiques du composant de protection (capacité parasite, courant de fuite), de garantir la
robustesse HBM et d’améliorer l’immunité au latch-up, sans demander de surface supplémen-
taire.
Nous avons également mis en évidence une configuration de stress MM dans laquelle le
réseau de protection possède une robustesse moindre. L’origine de cette faiblesse correspond à un
phénomène bien connu pour les diodes de l’électronique de puissance, associé aux fortes densités
de courant et au mécanisme de recouvrement inverse des diodes. Lors de la commutation rapide
d’un état passant, à très forte densité de courant, à l’état bloqué, le phénomène d’avalanche
dynamique induit une diminution de la tenue en tension des diodes par rapport à leur tenue en
tension statique. Cet effet est beaucoup plus marqué pour les diodes de type N ++ /P que celles
de type P ++ /N . Dans la cas étudié, la diminution des résistances des lignes d’alimentation a
permis de résoudre ce problème.
Afin de garantir les performances d’une stratégie de protection, la méthode de conception
basée sur le développement de composants de protection et l’utilisation de la simulation SPICE
doit être complétée par l’optimisation de réseaux de protections élémentaires. Ces réseaux per-
mettent de caractériser et d’étudier les problèmes liés aux anneaux de protection de latch-up et
à certaines configurations de stress MM. Un ensemble de réseaux de protections élémentaires,
dont les performances sont définies en fonction de la résistance des lignes d’alimentation, est
alors fourni aux concepteurs de circuit.
L’ambition de cette méthode est de garantir le succès d’une stratégie de protection choisie
150
5.5. Conclusion
par le concepteur dès les premiers essais expérimentaux. Elle contribue ainsi à réduire le nombre
de cycles de conception liés aux problèmes de la protection contre les décharges électrostatiques.
151
Chapitre 5. Étude des stratégies de protections
152
Conclusion générale
153
Conclusion générale
libres due au passage du courant. Les valeurs des courants et des tensions caractéristiques et
l’allure de la caractéristique TLP ont pu être associées aux paramètres géométriques et tech-
nologiques du composant. La tension et le courant de repliement sont respectivement liées à la
profondeur et au dopage de la couche faiblement dopée du collecteur. La tension de maintien dé-
pend des caractéristiques de la jonction effective formée à forte densité de courant à la frontière
des régions faiblement et fortement dopées de collecteur. Nous avons montré que le profil de
dopage de cette frontière détermine directement cette tension. Plus ce profil est abrupt, plus la
tension de maintien sera basse. La formation de la jonction effective, dont la tension de claquage
décroı̂t pour des densités de courant croissantes, est également la cause de la focalisation du
courant à forte densité de courant. À plus faible densité de courant, le gradient de potentiel
dans la résistance intrinsèque de base est également dans une moindre mesure à l’origine d’une
non-uniformité.
La robustesse de ces composants réside dans leur capacité à retarder l’apparition d’un se-
cond claquage thermique. Nous avons montré par simulation que malgré l’inévitable focalisation
du courant, la diminution des coefficients de multiplication par avalanche avec la température
permet d’uniformiser la dissipation thermique dans le composant. Lors d’une décharge de faible
intensité, cette propriété provoque le déplacement de la région focalisée de courant dans les
simulations réalisées. Ce mouvement difficilement observable expérimentalement étant donnée
l’échelle de temps, a été mis en évidence très récemment pour des composants similaires par D.
Pogany et son équipe grâce à des techniques d’interférométrie laser. Afin de retarder l’apparition
d’un second claquage thermique, l’augmentation de la profondeur de base effective est apparue
comme une excellente solution pour découpler à la fois thermiquement et électriquement les
régions d’émetteur et de collecteur au cours d’une décharge. Les résultats de simulation ont
confirmé cette hypothèse. Cette étude, basée sur l’utilisation de la simulation physique, a finale-
ment permis de définir un ensemble de régles de universelles de conception de TBA performants.
Ces régles ont été appliquées à la réalisation de composants pour trois technologies distinctes.
Les résultats obtenus viennent confirmer et illustrer le bien fondé de l’étude théorique. L’utilisa-
tion des techniques de localisation de défauts reposant sur la stimulation photoélectrique laser
de type OBIC ont permis de confirmer le mécanisme de défaillance. L’impossibilité de réaliser
des structures équivalentes avec des transistors bipolaire PNP a également été confirmée expéri-
mentalement. La principale limitation pour l’utilisation des composants réalisés est l’importante
valeur de la tension de repliement.
La structure TBA optimisée a été utilisée avec succès dans une structure de protection
d’entrée à deux étages dans un circuit commercial. Afin d’étendre le domaine d’utilisation de
ces composants, des solutions de déclenchement pour diminuer la tension de repliement ont été
également proposées et validées expérimentalement.
La prise en compte des effets des fortes densités de courant sur le comportement de la jonction
collecteur-base a été abordée dans le cadre de la modélisation de type SPICE. Une nouvelle
technique de calcul du facteur de multiplication du courant dans la région de collecteur est
proposée. Elle permet de conserver une excellente précision des calculs et élimine les problèmes
de convergence couramment observés. L’approche modulaire retenue pour son efficacité vis-à-vis
de la réduction du travail d’extraction des paramètres, permet d’introduire les effets associés aux
fortes densités de courant mais souffre de quelques limitations. Le modèle développé présente
cependant l’avantage d’être étroitement lié à la structure physique du composant et offre donc la
possibilité de mieux comprendre l’impact de certains paramètres. En dernier lieu, la modélisation
des composants a été utilisée pour proposer une méthode d’optimisation de la technique de
déclenchement par couplage de grille des transistors MOS. Cette méthode est développée après
une analyse de la dynamique de déclenchement des transistors bipolaires et MOS. L’étude a
également conduit à une amélioration du macromodèle pour tenir compte, au premier ordre, des
effets distribués des courants capacitifs.
Enfin, l’efficacité de la simulation de type SPICE pour étudier les stratégies de protection
ESD et prédire les chemins de décharges est démontrée en la confrontant aux résultats expé-
154
rimentaux. Toutefois, nous avons montré sur un cas pratique, que la robustesse attendue pour
le circuit n’est pas toujours obtenue. La technique de localisation de défaillance OBIRCH a été
mise à profit pour déterminer l’origine du problème qui provient des anneaux de protection
des composants ESD contre le phénomène de latch-up. L’étude de réseaux de protection élé-
mentaires par la simulation physique en mode mixte a permis d’expliquer et de proposer des
solutions optimales en termes de robustesse ESD, d’immunité au latch-up, de surface, de réduc-
tion des capacités et des courants de fuite parasites. En outre, l’origine d’une faiblesse du réseau
de protection lié a une configuration de stress MM a pu être expliquée.
L’optimisation de composant de protection et l’utilisation de la simulation SPICE ne sont
pas suffisant pour garantir la robustesse de la protection globale d’un circuit aux ESD. Ces
travaux montrent que la conception des structures de protection doit être complétée par l’étude
de réseaux de protection élémentaires. Ils permettent d’étudier et de valider les protections en
prenant en compte la protection contre latch-up et les spécificités du test MM. Afin de garantir
les performances des protections ESD fournie aux concepteurs de circuit, un ensemble de réseaux
de protection élémentaires doivent être proposés. La performance des réseaux devra être définie
en fonction de contraintes d’utilisation comme la résistance maximale des lignes d’alimentation
utilisées.
Nous proposons pour finir une méthodologie de développement de bibliothèque ESD dont la
représentation schématique est donnée dans le figure 22
Caractérisation de Caractérisation de
composants de protection réseaux de protection
Caractérisation électrique Caractérisation électrique
Tests HBM, MM, et CDM SILICIUM Tests HBM, MM, et CDM
TLP et VF-TLP TLP et VF-TLP
TLP + EMMI TLP + EMMI
... Latch-up . . .
155
Conclusion générale
– L’utilisation de la modélisation distribuée basée sur une approche régionale semble très
prometteuse pour décrire à la fois les effets des fortes densités de courant et le compor-
tement dynamique. Elle apparaı̂t très adaptée pour la modélisation des composants de
protection ESD.
– Le développement d’outils et de méthodes d’extraction des paramètres dynamiques adaptés
à l’échelle de temps et de courant des ESD permettrait de donner des informations fiables
sur la dynamique des composants. Les acquisitions TLP ne sont pas pour le moment
exploitables car les signaux sont déformés par des éléments parasites mal maı̂trisés et
caractérisés : boı̂tier, connexions, . . .
– Des efforts importants seront encore nécessaires pour étendre le domaine de validité des
modèles utilisés pour la simulation physique et permettre son utilisation pour réduire la
part des tests expérimentaux.
– La physique des TBA met en jeu la physique des systèmes très éloignés de l’équilibre
thermodynamique. Des progrès importants pourraient découler de l’utilisation des outils
d’analyse développés pour l’étude des phénomènes non linéaires et du chaos.
156
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Philippe Perdu : Analysis and compact modeling of a vertical grounded-base NPN
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– T. Beauchêne, [Link], [Link], [Link], [Link], [Link], [Link],
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nalysis (ESREF’2002).
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Philippe Perdu, Nicolas Guitard et Lionel Lescouzeres : TCAD and SPICE
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Reliability, 43(1):71–79, janvier 2003.
– T. Beauchêne, D. Trémouilles, D. Lewis, P. Perdu et P. Fouillat : Characteriza-
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Reliability, 43(9-11):1577–1582, septembre 2003. XIVth European Symposium on Reliabi-
lity of Electron Devices, Failure Physics and Aanalysis (ESREF’2003).
– D. Trémouilles, M. Bafleur, G. Bertrand, N. Nolhier, N. Mauran et L. Les-
couzeres : Latch-up ring desing guidelines to improve electrostatic discharges (ESD)
protection scheme efficiency. Journal of Solid-State Circuits, 39, octobre 2004.
Conférences internationales :
– David Trémouilles, Géraldine Bertrand, Marise Bafleur, Felix Beaudoin,
Philippe Perdu et Lionel Lescouzeres : TCAD and SPICE modeling help solve ESD
protection issues in analog CMOS technology. Dans 23rd International Conference on
Microelectronics (MIEL 2002), pages 749–752, Nis (Yougoslavie), 12 mai 2002.
– F. Beaudoin, A. Wislez, M. Bafleur, D. Lewis, [Link], P. Perdu et D.
Trémouilles : Laser beam based ESD defect localization in ICs. Dans 28th International
Symposium on Testing and Failure Analysis (ISTFA’2002), Phoenix (USA), 3 novembre
2002. ISTFA Best In Session Award.
– T. Beauchêne, D. Lewis, D. Trémouilles, F. Essely, P. Perdu et P. Fouillat :
ESD defect localization and analysis using pulsed OBIC techniques. Dans 18th SYMPO-
SIUM ON MICROELECTRONICS TECHNOLOGY AND DEVICES CHIP IN SAMPA
(SBMicro 2003), São Paulo (Bresil), 8 septembre 2003.
167
Liste des publications
168
Résumé
Les travaux présentés dans ce mémoire visent à améliorer la méthodologie de conception et
les performances des stratégies de protection contre les décharges électrostatiques (ESD) dans
les circuits intégrés.
Pour cela, l’approche choisie est basée sur une analyse approfondie de la physique des com-
posants soumis aux ESD et plus particulièrement, les effets des très fortes densités de courant.
L’étude, focalisée sur les transistors bipolaires autopolarisés, s’appuie sur la simulation phy-
sique 2D et l’utilisation des outils de localisation de défaillance basés sur les techniques de
stimulation laser. L’analyse physique en résultant a permis d’une part, de définir des règles de
dessin universelles pour l’obtention d’une robustesse ESD élevée et d’autre part, de proposer des
macro-modèles de type SPICE originaux pour prendre en compte les effets des fortes densités
de courant.
Enfin, après avoir mis en évidence plusieurs phénomènes limitant les performances des ré-
seaux de protection, nous avons défini une méthodologie de conception améliorée permettant de
les prendre en compte et de garantir la performance des solutions de protections fournies aux
concepteurs de circuits.
Abstract
The research work presented in this thesis is aimed at improving the performance of
electrostatic discharges (ESD) protection and the related design methodology for integrated
circuits.
To achieve this goal, a thorough analysis of the physical mechanisms involved and more
precisely of high current density effects has been carried out.
Such a study, focused on self-biased bipolar transistors, has been achieved with the help
of 2D-numerical simulation and failure localization techniques based on laser stimulation. New
universal design guidelines resulting in high performance ESD protections and original SPICE
macro-models that take into account high current density effects, are proposed.
Finally, the physical mechanisms limiting the performance of ESD protection networks are
studied. To cope with these issues, an improved design methodology that guarantees the robust-
ness of ESD protections used by circuit designers, is proposed.
Keywords: Electrostatic discharge (ESD), Protection, High current density, Self biased bipolar
transistor, Latch-up, Device simulation, SPICE modeling, Laser stimulation
169
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