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Optimisation Et Modélisation de Protection Intégrées Contre Les Décharges Électrostatique, Par L'analyse de La Physique Mise en Jeu

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Optimisation et modélisation de protection intégrées

contre les décharges électrostatique, par l’analyse de la


physique mise en jeu
David Trémouilles

To cite this version:


David Trémouilles. Optimisation et modélisation de protection intégrées contre les décharges élec-
trostatique, par l’analyse de la physique mise en jeu. Micro et nanotechnologies/Microélectronique.
INSA de Toulouse, 2004. Français. �NNT : �. �tel-00010263�

HAL Id: tel-00010263


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Institut National des Sciences Appliquées de Toulouse
N◦ d’ordre : École doctorale GEET

Optimisation et modélisation de
protections intégrées contre les
décharges électrostatiques, par
l’analyse de la physique mise en jeu

THÈSE
présentée et soutenue publiquement le 14 mai 2004

pour l’obtention du

Doctorat de l’Institut National des Sciences


Appliquées de Toulouse
(spécialité électronique)

par

David Trémouilles

Composition du jury
Président : J.M. Dorkel
Rapporteurs : G. Ghibaudo
G. Groeseneken
Examinateurs : L. Lescouzères
P. Nouet
Ph. Perdu
Invité : F. Beaudoin
Directrice de thèse : M. Bafleur

Laboratoire d’Analyse et d’Architecture des Systèmes du CNRS


Mis en page avec la classe thloria.
Remerciements

Le travail présenté dans ce mémoire a été effectué conjointement au sein du groupe ”Compo-
sant et intégration de puissance” (CIP) du laboratoire d’analyse et d’architecture des systèmes
(LAAS) du CNRS et du groupe de technologie de la société ON Semicondutor à Toulouse.
A ce titre, je tiens à remercier Monsieur J.C. Laprie et M. Ghallab, directeurs successifs
du LAAS, de bien avoir voulu m’acceuillir au sein du Laboratoire.
Je remercie également Monsieur J.L. Sanchez, Directeur de recherche au CNRS et respon-
sable du groupe CIP pour m’avoir donné les moyens de mener à bien ce travail. J’ai également
une pensée émue pour Monsieur G. Charitat, ancien directeur du groupe.
C’est avec une profonde sincérité que j’adresse ma reconnaissance à Madame Marise Ba-
fleur, Directrice de Recherche au CNRS, qui m’a dirigé au cours de cette thèse. Je la remercie
pour son soutien permanent et pour ces précieux conseils qui m’ont permis de mener à bien ce
travail dans les meilleures conditions.
J’adresse mes remerciements à Lionel Lescouzères, responsable du groupe de technologie
de ON Semicondutor pour m’avoir encadré et pour la confiance qu’il m’a accordée tout au long
de cette thèse.
Je remercie les membres du jury, et tout d’abord Monsieur Jean-Marie Dorkel Professeur
à l’Institut des Sciences Appliquées (INSA) de Toulouse pour m’avoir fait l’honneur de présider
ce jury et pour les discussions très intéressantes que nous avons pu échanger.
Je remercie Gérard Ghibaudo, Directeur de Recherche au CNRS, et Monsieur Guido Groe-
seneken, Professeur à l’Université de Louvain (Belgique), qui ont accepté la tâche d’être rap-
porteurs de mes travaux de thèse.
J’adresse également mes remerciements à Monsieur Pascal Nouet, Maı̂tre de conférence à
l’Université de Montpellier, Philippe Perdu, Ingénieur Senior au Centre National des Études
Spatiales (CNES) et Félix Beaudoin Ingénieur au CNES, pour leurs participations au jury de
thèse et pour les échanges scientifiques fructueux que nous avons pu avoir.
Je remercie Monsieur Nicolas Nolhier, maı̂tre de conférence à l’Université Paul Sabatier de
Toulouse, pour ses compétences et ses grandes qualités humaines qui ont contribué à l’aboutis-
sement de ce travail.
Je remercie particulièrement Monsieur Nicolas Mauran, responsable de la salle caractéri-
sation du laboratoire, pour sa compétence, sa bonne humeur et sa patience durant les longues
heures passées à l’amélioration du banc de caractérisation TLP.
Je remercie également les membres de l’équipe ESD de ON Semiconctor Toulouse : G. Ber-
trand, E. Stefanov, R. Escoffier et P. Geulle. Je tiens également à remercier les membres
de l’équipe de design, pour qui ESD signifie encore trop souvent ”Expect Some Delay”.
Merci à Christelle Franchini (Delage) et Géraldine Bertrand, qui ont étudié le sujet des
ESD au cours des thèses précédant celle-ci. Sans leur compétences et les discussions instructives
que nous avons échangées, ces travaux de thèse n’auraient pu atteindre un tel aboutissement.
J’adresse également mes remerciements les plus sincères à Thomas Beauchêne et Fabien
Essely, successivement doctorant à l’IXL de Bordeaux, pour leur amitié et le temps qu’il ont
bien voulu consacrer à l’étude de nos échantillons.
Je noublie pas de remercier Isabelle Nolhier, secrétaire du groupe CIP pour sa disponibilité,
son efficacité et sa sympathie.

1
J’en profite également pour remercier tous mes amis et collègues de bureau ou de pause.
Dans le désordre je pense à : Isabelle B. (Petit ange et reine de l’anacoluthe), Rodolfe DM.
(Futur cadre de la metallurgie (au sens liturgie) s’il n’a pas perdu l’ouı̈e avant la fin ce sa
thèse...), Patrice B. (hier jeune doctorant dynamique et à cette date jeune cadre dynamique),
Jean Philippe L. (Le petit Suisse), Nicolas G. (Disciple), Christophe S. (Dit Bibi), Laurence et
Frédéric M. (Fred l’incolable...), Stephane A. (3D conceptor), Nicolas M. (zob), Christian C.
(D.J.), Sandrine A., Eric I., Hervé C. (maçons . . .), Isabelle N. (Maman), Nicolas N. (Papa),
J. Saint-Martin, Géraldine B., Chritelle D., Sylvie R., Thierry B.(Bah ! Te fais pas chier . . .),
Amaury G. (Le nouveau), Laurent R. (Ca se passe deux têtes plus haut), Steve J., Bruno E.,
Emmanuel D., Thomas B., Fabien E., Guillaume B. (english man), Laurent B. (Boubou), Adeline
F., Abdelhakim B., Eric A., Ghislain T., Karine I., Lionel M., Maxime D., ptifred, Laetitia et
Laurent M. (un ami de 15 ans (déjà...) ), Julien T., Aurelie C., Julien B., Jérome P., Stéphane
C., Anne Laure et Olivier D. (à qui je souhaite beaucoup de bonheur), les Caretounaı̈res, . . .
J’adresse à tous mes vœux de réussite les plus sincères.
Santé à tous les membres de l’équipe de rugby du LAAS et du CNRS.
Je salue également toutes les personnes que j’oublie de citer et qui ont pourtant compté au
cours de ces années de préparation de thèse.
Je tiens a exprimer ma reconnaissance à l’ensemble du personnel technique du LAAS, de la
gestion du personnel, du magasin et du service édition et documentation.
Je tiens a remercier également mon instituteur Monsieur G. Tourtonde qui m’a donné le goût
pour les sciences et l’informatique.
Enfin, c’est avec une profonde émotion que je remercie mes proches et ma famille pour le
soutien et la confiance qu’ils m’ont toujours accordés.

2
À mes parents.

3
4
Le savant n’étudie pas la nature parce que cela est utile ;
il l’étudie parce qu’il y prend plaisir
et il y prend plaisir parce qu’elle est belle.
Si la nature n’était pas belle, elle ne vaudrait pas la peine d’être connue,
la vie ne vaudrait pas la peine d’être vécue.
Henri Poincaré, extrait de Science et Méthode

5
6
Table des matières

Introduction générale 11

Chapitre 1
Décharges électrostatiques et outils de caractérisation

1.1 Les Décharges électrostatiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13


1.1.1 Généralités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
1.1.2 ESD et microélectronique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
1.2 Modèles de décharge et testeurs industriels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
1.2.1 HBM . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
1.2.2 MM . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
1.2.3 CDM . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
1.2.4 Comparaison de différents types de stress . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
1.3 Outils de caractérisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
1.3.1 Le banc de caractérisation TLP . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
1.3.2 La microscopie à émission lumineuse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
1.4 Techniques d’analyse et de localisation de défaillance . . . . . . . . . . . . . . . . 22
1.4.1 La photoémission . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
1.4.2 Les techniques de stimulation laser . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
1.4.3 Analyse par la face arrière . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
1.5 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25

Chapitre 2
Étude des transistors bipolaires autopolarisés (TBA)

2.1 Composants de protection ESD basés sur le TBA . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27


2.1.1 Les différents types de composants . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
2.1.2 Principe de fonctionnement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
2.1.3 Éléments d’optimisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
2.2 Effets des fortes densités de courant dans les transistors bipolaires . . . . . . . . 34
2.2.1 Chute du gain en courant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
2.2.2 Limitation de l’aire de sécurité d’utilisation . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
2.2.3 Effet Kirk . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
2.2.4 Cas des TBA . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36

7
Table des matières

2.3 Éléments d’une approche régionale unidimensionnelle . . . . . . . . . . . . . . . . 36


2.3.1 Comportement de l’émetteur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
2.3.2 Comportement de la région de base . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
2.3.3 Comportement de la région de collecteur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
2.4 Étude unidimensionnelle fort courant des TBA . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
2.4.1 Mise en équation du problème . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
2.4.2 Caractéristique tension-courant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
2.4.3 Effets spécifiques des fortes densités de courant . . . . . . . . . . . . . . . 45
2.5 Phénomène de focalisation du courant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
2.5.1 Étude théorique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
2.5.2 Vérification expérimentale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
2.6 Destruction du composant : aspect thermique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
2.6.1 Chemin vers la destruction du composant . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
2.6.2 Proposition d’un nouveau type de composant . . . . . . . . . . . . . . . . 54
2.7 Conclusion et perspectives . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55

Chapitre 3
Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés

3.1 Utilisation des simulateurs électrothermiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57


3.1.1 GIGO law . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
3.1.2 Limitation des modèles physiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
3.1.3 Approche et solutions retenues . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
3.2 Cas d’un composant bipolaire NPN vertical . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
3.2.1 Description de la structure . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
3.2.2 Modes de fonctionnement lors d’une décharge électrostatique . . . . . . . 60
3.2.3 Caractéristiques électriques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
3.3 Étude de son fonctionnement par la simulation physique bidimensionnelle . . . . 61
3.3.1 Surtension avant le repliement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
3.3.2 Repliement de la tension, élargissement de la région de base . . . . . . . . 64
3.3.3 Phénomènes de focalisation du courant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
3.3.4 Comportement selon la longueur de l’émetteur . . . . . . . . . . . . . . . 68
3.3.5 Extrapolations aux très forts courants . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
3.4 Augmentation de la profondeur de la région de base effective . . . . . . . . . . . 73
3.4.1 Découplage thermique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
3.4.2 Découplage électrique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
3.5 Influence du profil de dopage de collecteur sur la tension de maintien . . . . . . . 76
3.6 Bilan : Éléments d’optimisation pour la conception . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
3.7 Résultats expérimentaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
3.7.1 Description des composants réalisés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
3.7.2 Coupes technologiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81

8
3.7.3 Critère de défaillance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84
3.7.4 Influence de la distance collecteur-émetteur . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
3.7.5 Influence de la géométrie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
3.7.6 Comparaison des performances avec les composants standards . . . . . . . 89
3.7.7 Techniques de déclenchement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
3.7.8 Analyse de défaillance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
3.8 Cas d’un TBA PNP . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
3.9 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97

Chapitre 4
Modélisation de composants bipolaires autopolarisés

4.1 État de l’art de la modélisation de type SPICE des protections ESD . . . . . . . 101
4.1.1 Transistors bipolaires NPN . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102
4.1.2 Transistors NMOS . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
4.2 Approche retenue et justification . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105
4.3 Modélisation des TBA à collecteur faiblement dopé . . . . . . . . . . . . . . . . . 106
4.3.1 Présentation générale du modèle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106
4.3.2 Méthode de calcul du facteur de multiplication . . . . . . . . . . . . . . . 107
4.3.3 Variation du coefficient de multiplication avec la densité de courant . . . 109
4.4 Remarques pour la modélisation de transistors NMOS . . . . . . . . . . . . . . . 112
4.5 Modélisation du TBA de la technologie 3 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112
4.5.1 Modélisation de la diode DD . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
4.5.2 Extraction des paramètres statiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
4.5.3 Résultats de simulation, limitation du modèle . . . . . . . . . . . . . . . . 116
4.6 Étude de la dynamique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 118
4.6.1 Dynamique du déclenchement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 118
4.6.2 Déclenchement par dv/dt . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 119
4.6.3 Méthode d’optimisation du couplage de grille . . . . . . . . . . . . . . . . 123
4.7 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 127

Chapitre 5
Étude des stratégies de protections

5.1 Stratégies de protection des circuits . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 129


5.1.1 Protection d’entrée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 129
5.1.2 Protection de sortie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 130
5.1.3 Protection du bus d’alimentation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 131
5.1.4 Stratégie de protection globale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 131
5.2 Étude d’une stratégie de protection . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 133
5.2.1 Description du circuit de test . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 133
5.2.2 Confrontation des résultats expérimentaux et simulés . . . . . . . . . . . . 135

9
Table des matières

5.2.3 Analyse de défaillance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 138


5.3 Étude et optimisation des circuits de protection élémentaires . . . . . . . . . . . 140
5.3.1 Résultats sur les circuits de test . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 141
5.3.2 Analyse par la simulation physique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 143
5.3.3 Règles de dessin et validation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 145
5.4 Cas particulier pour le stress MM . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 147
5.4.1 Résultats expérimentaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 147
5.4.2 Origine du problème . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 148
5.4.3 Solution et recommandations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 149
5.5 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 150

Conclusion générale 153

Bibliographie 157

Liste des publications 167

10
Introduction générale

Les décharges électrostatiques ou «electrostatic discharges» (ESD) en anglais sont des phé-
nomènes naturels qui peuvent détruire les circuits intégrés. On peut comparer cette agression
à celle de la foudre sur un arbre, laquelle met en jeu une densité d’énergie équivalente. Les
décharges électrostatiques sont devenues un problème majeur de la microélectronique à la fin
des années 1970, avec l’utilisation croissante des microprocesseurs et des technologie MOS. Au-
jourd’hui le souci de protection des composants couvre de nombreux domaines, les applications
radio-fréquences [1, 2], les composants optoélectroniques [3], les capteurs chimiques ISFET [4],
les micro-systèmes [5] . . .
Tous les dispositifs ou circuits de la microélectronique moderne, destinés à une utilisation
grand public, se doivent d’êtres protégés contre les ESD. Sans cette précaution, leur fiabilité et
en particulier leur durée de vie se trouveraient extrêmement limitées. Puces des cartes bancaires,
connecteurs de recharge des téléphones portables, ports de connexion informatiques (USB, Fire-
Wire,. . .), sont des exemples d’applications particulièrement critiques. 30 à 50 % des défaillances
des dispositifs sont attribuées aux conséquences des ESD, ce qui fait de ce domaine un grand
enjeu industriel.
Il est donc impératif de limiter l’impact de ces phénomènes :
– D’une part en contrôlant la génération de charges électriques dans les lieux stratégiques
que sont les zones de fabrication et de test des dispositifs par l’utilisation de bracelets
antistatiques, le contrôle du degré d’humidité, etc . . .
– D’autre part, en intégrant au cœur même du système des composants de protection qui
vont détecter et détourner les décharges protégeant ainsi les parties actives.
Aujourd’hui, compte tenu de la vulnérabilité croissante des circuits intégrés et de la réduction des
cycles de développement des circuits et des technologies, l’approche utilisée pour concevoir des
circuits de protection n’est plus empirique. Les études menées au cours des dernières décennies
ont conduit à la création d’outils de caractérisation et de simulation appropriés qui permettent
une conception plus méthodique.
L’objectif de nos travaux est de contribuer à l’amélioration de ces méthodes de conception
et des performances des composants de protection.
Pour cela, l’accent est principalement mis sur l’étude de la physique mise en jeu dans un
composant soumis à une décharge électrostatique. En effet, les densités de courant atteignent des
valeurs très importantes dans un composant soumis à un ESD. Ces régimes de fonctionnement
extrêmes vont bien au delà des régimes limites de fonctionnement de composants classiques. Nous
nous sommes donc attachés à décrire les phénomènes physiques spécifiques afin d’optimiser et
modéliser plus efficacement les composants de protection. Le cas d’une protection largement
répandue, le transistor bipolaire autopolarisé, est plus particulièrement étudié. De plus, l’étude
et l’optimisation de circuits de protection ESD est également menée.
Le premier chapitre donne une vue générale du problème des décharges électrostatiques et des
outils expérimentaux qui permettent d’étudier les composants de protection. La très courte durée
d’une décharge électrostatique et la très forte intensité du courant demande l’utilisation d’outils
de caractérisation spécifiques. Les modèles de décharges électrostatiques couramment utilisés
dans l’industrie et les testeurs associés sont décrits. Le banc de mesure TLP (Transmission Line
Pulse) et la technique de microscopie par émission de lumière qui permettent une caractérisation

11
Introduction générale

plus approfondie sont également présentés. Enfin, nous introduisons les techniques de localisation
de défaillance qui donnent également de précieux indices sur les mécanismes de dégradation. Les
techniques de stimulation laser sont plus particulièrement décrites. Les études présentées dans
les chapitres suivants s’appuient largement sur les résultats obtenus grâce à ces outils.
Le second chapitre est consacré à l’étude du fonctionnement des composants de protection
qui reposent sur des transistors bipolaires autopolarisés. Un rapide état de l’art de ce type de
composant est d’abord présenté. L’étude des phénomènes liés aux très fortes densités de courant
s’appuie sur les connaissances issues de l’électronique de puissance et des composants haute
fréquence. L’extension des approches adoptées en électronique de puissance permet de décrire le
comportement des composants. Nous présentons la construction d’un modèle unidimensionnel
adapté au fort courant à partir d’une méthode de modélisation régionale. Il en découle une
explication originale de la focalisation du courant dans ce type de composant et l’identification
de paramètres critiques pour leur optimisation.
Dans le troisième chapitre, l’optimisation de transistor bipolaire de protection de type NPN
est présentée. Les composants étudiés possèdent un collecteur faiblement dopé qui permet d’at-
teindre une grande robustesse aux ESD. L’étude de leur fonctionnement s’appuie sur l’utilisa-
tion de la simulation physique bidimensionnelle. Après avoir mis en évidence ses limitations,
l’utilisation astucieuse de cet outil permet de proposer une description approfondie de leur fonc-
tionnement ainsi qu’un ensemble de règles de conception pour obtenir des composants optimisés
et particulièrement robustes. Ces règles sont vérifiées expérimentalement sur trois technologies
distinctes. De plus, la description du fonctionnement proposée est validée par l’analyse des ca-
ractéristiques électriques TLP et les résultats de localisation de défaillance.
La prise en compte des effets de fortes densités de courant dans les modèles compacts de type
SPICE est abordée dans le quatrième chapitre. Après avoir présenté un rapide état de l’art des
méthodes de modélisation des composants de protection ESD, nous proposons une solution pour
enrichir ces modèles et prendre en compte les effets des fortes densités de courant étudiés dans les
chapitres précédents. Nous abordons également les aspects de la dynamique du déclenchement
des structures. Le cas des composants de protection réalisés à partir de transistors MOS est
traité plus en détail. Cette analyse est conclue par la présentation d’une méthode d’optimisation
de la technique de déclenchement par le couplage de grille.
Enfin, nous consacrons le dernier chapitre à l’étude de la stratégie globale de protection
d’un circuit intégré. Après un rapide aperçu des stratégies de protection couramment utilisées,
l’étude complète de la protection d’un circuit de test est présentée. L’efficacité de l’utilisation
de la simulation de type SPICE est démontrée. Cependant, nous mettons en évidence que le
développement de composants de protection performants et l’utilisation de la simulation pour
vérifier la validité d’une stratégie de protection ne sont pas suffisants pour garantir la robustesse
d’un circuit. Des phénomènes parasites liés à l’interaction des composants au sein du circuit
de protection sont mis en évidence. Les solutions proposées sont validées et la méthodologie de
conception enrichie pour éviter ce type de problème.

12
Chapitre 1

Décharges électrostatiques et outils


de caractérisation

La protection des circuits et dispositifs de la micro et nano-électronique est aujourd’hui un


enjeu primordial pour garantir des durées de vie raisonnables aux applications. Considérant sa
forte intensité en courant et sa durée extrêmement courte, une décharge électrostatique est un
phénomène qui est particulièrement violent et peut être destructeur pour un circuit intégré.
Aussi, des outils de caractérisation spécifiques ont été développés, tels les testeurs HBM, MM
et CDM qui permettent de reproduire en laboratoire, de manière contrôlée, ces phénomènes
naturels. Mais ces derniers ne donnent qu’une information limitée sur la capacité d’un disposi-
tif à supporter une décharge d’intensité donnée sans être détruit. Des outils de caractérisation
adaptés ont donc été developpés. Le banc TLP est un outil qui donne accès à la caractéristique
quasi-statique à très fort courant. Les techniques d’analyse classiques, comme la photoémission,
permettent de donner des informations sur le fonctionnement des dispositifs. Enfin, de nouvelles
techniques d’analyse de défaillance permettent de localiser et caractériser les défauts provoqués
par une décharge. La maı̂trise de ces outils expérimentaux plus ou moins spécifiques est indis-
pensable pour la conception, l’optimisation et la modélisation des dispositifs de protection.

1.1 Les Décharges électrostatiques


1.1.1 Généralités
Les décharges électrostatiques sont des phénomènes naturels qui se produisent dans une
large gamme d’échelles. L’éclair qui déchire le ciel ou la petite étincelle qui surgit au bout
de votre doigt touchant la poignée d’une porte en sont les manifestations les plus communes
et spectaculaires, parfois destructrices pour la première, souvent douloureuses pour la seconde.
Lors de ces deux phénomènes, l’émission de lumière visible témoigne de l’ionisation des molécules
contenues dans l’air, le plasma ainsi créé permettant le passage d’un courant de forte intensité.
L’origine de ce courant est associée à un déséquilibre de charges électriques entre deux corps
électriquement isolés : le corps humain et un objet métallique, ou les nuages et la terre pour
les éclairs. La création ou l’apparition d’un chemin de conduction permet de rétablir l’équilibre,
par le transfert d’une quantité importante de charges d’un corps à l’autre. Comme ce chemin
est très peu résistif, le courant est très intense et la durée du transfert des charges extrêmement
courte.
Nous n’entrerons pas dans les détails des mécanismes de la génération du déséquilibre de
charges qui, d’une part, est largement traité pour les phénomènes de la vie courante [6, 7] et
d’autre part, occupe encore beaucoup de scientifiques concernant la foudre [8]. Nous décrirons
simplement les plus significatives dans l’environnement de la microélectronique, la triboélectri-
fication, l’induction et la conduction.

13
Chapitre 1. Décharges électrostatiques et outils de caractérisation

Le premier de ceux-ci est le plus courant. L’exemple typique est une personne qui marche sur
une moquette. En effet, lors du contact entre deux matériaux de nature différente (les chaussures
et le sol), un transfert d’électrons libres peut avoir lieu entre les objets. Si l’un d’eux au moins est
isolant, une charge résiduelle persiste (dans l’isolant) lors de la séparation. Cette charge en excès
va induire une différence de potentiel qui est fonction de la capacité entre l’objet ou la personne
et la terre. La quantité de charges transférée et leur polarité dépendent des caractéristiques
des matériaux (Travaux de sortie). La triboélectrification est d’autant plus importante que les
surfaces sont lisses et d’aire importante, et que la pression et la vitesse de frottement entre les
matériaux sont grandes.
La charge par induction est un phénomène typique des environnements informatiques. Il se
déroule en deux temps. Un objet conducteur placé dans un champ électrique, par exemple d’un
autre objet chargé ou d’un écran d’ordinateur, voit une partie de ses charges se séparer comme
l’illustre la figure 1.1(a).

+ - -
+
+
-
-
+ -
-
+
(a) (b)

- -
-
-
+ -
-

(c) (d)

Fig. 1.1 – La charge par induction.

Si l’objet est momentanément mis à la masse, une partie des charges va être évacuée, fi-
gure 1.1(b). L’objet est alors chargé, figure 1.1(c) et (d). Hors de la zone d’influence, s’il est de
nouveau mis à la masse, ses charges vont de nouveau s’équilibrer. Deux pics de courant peuvent
donc avoir lieu dans ce cas.
Le dernier phénomène, la charge par conduction, se déroule principalement sur les chaı̂nes
de test. Les composants étant souvent en contact, un composant chargé, par exemple par tribo-
électrification, peut transférer une partie de ces charges aux autres composants.
L’humidité relative de l’air est un paramètre important qui permet de limiter la génération
et le maintien des charges électriques. Un air humide sera favorable pour diminuer les méfaits
des décharges électrostatiques, tandis qu’un air sec entraı̂nera des tensions vingt à trente fois
plus importantes. Dans un air sec, marcher sur un tapis peut engendrer une tension de 35kV
entre une personne et la terre, elle ne sera plus que de 1,5kV avec un air humide [6].

1.1.2 ESD et microélectronique


Les décharges électrostatiques rencontrées dans la vie courante peuvent avoir des consé-
quences spectaculaires si elles se produisent dans les environnements dangereux où sont mani-
pulés des substances explosives comme les stocks de carburant ou d’armes [9].
Moins spectaculaire dans le monde de la microélectronique, elles n’en restent pas moins la
cause de nombreux problèmes.

Problème de fiabilité
Les dispositifs et les circuits de l’électronique moderne deviennent très vulnérables aux dé-
charges électrostatiques compte tenu de la réduction des dimensions qui sont couramment au-
jourd’hui de l’ordre de la centaine de nanomètres. Ainsi, l’énergie d’une décharge provoquée

14
1.2. Modèles de décharge et testeurs industriels

par un être humain se trouve dissipée dans des volumes de plus en plus réduits, menant à une
destruction prématurée du dispositif, même pour de faibles niveaux de décharges. On constatait
en 1995 que le pourcentage des défaillances des dispositifs liées aux ESD était de 30 à 50 % [6].
Il est donc impératif de limiter l’impact de ces phénomènes. D’une part, en contrôlant la géné-
ration de charges électriques dans les lieux stratégiques que sont les zones de fabrication et de
test des dispositifs, par l’utilisation de bracelets, de vêtements et de matériaux antistatiques, le
contrôle du degré d’humidité, . . . et d’autre part, en intégrant des composants de protection au
cœur même du système, qui vont détecter et détourner les décharges protégeant ainsi les parties
actives [10, 11, 12].
Grâce aux protections intégrées, la robustesse des circuits a augmenté malgré la forte réduc-
tion des dimensions lithographiques et la diminution des tensions d’alimentation liée à l’amin-
cissement des oxydes de grille. En conséquence, la protection des circuits face aux décharges
électrostatiques est devenue l’une des causes majeures de re-dessin de masques d’un circuit et
une étape importante de la conception d’une application. Ainsi, les enjeux du développement
de solutions de protection tiennent dans l’optimisation de composants performants, en terme de
robustesse par unité de surface de silicium occupée, et la mise au point de nouveaux outils et
méthodes permettant de traiter ce problème dès le début de la conception d’un circuit.

Problème de compatibilité électromagnétique


Lors d’une décharge électrostatique, le champ électromagnétique émis peut perturber le fonc-
tionnement des circuits situés à proximité du lieu de la décharge. Il ne s’agit pas ici de l’effet
direct du courant de décharge, mais de l’onde électromagnétique émise dans l’environnement
proche. Les décharges électrostatiques posent donc des problèmes de compatibilité électroma-
gnétique (CEM). Les mesures réalisées dans le cas de la décharge d’un corps humain pour des
niveaux de précharge de 3 kV, montrent que l’intensité du champ rayonné est importante [13]. La
variation du champ électrique est de l’ordre de 102 à 103 V /m crête-à-crête et de 10 à 102 A/m
pour le champ magnétique, à une distance de 10 cm du lieu de la décharge. La largeur du spectre
des fréquences émises est supérieure à 4 GHz.

1.2 Modèles de décharge et testeurs industriels


Beaucoup de paramètres peuvent influer sur la forme du courant, et la durée totale d’une
décharge électrostatique. Plusieurs modèles de décharges ont donc été développés en fonction
des différentes situations rencontrées en microélectronique. Le plus courant est le modèle du
corps humain, en anglais Human Body Model (HBM) qui, chargé électriquement, se décharge
au travers d’un composant. De la même manière, le modèle de la machine (MM) décrit la
décharge engendrée par un équipement. Le modèle du composant chargé, en anglais Charged
Device Model (CDM), considère le cas où le composant lui-même est chargé, et se décharge en
entrant en contact avec un conducteur.
Les testeurs utilisés dans l’industrie reproduisent les modèles de décharge précédents en
respectant certaines normes. La caractérisation de la robustesse d’un circuit vis-à-vis des ESD
consiste à soumettre le composant à une série de décharges d’intensité croissante, jusqu’à sa
destruction.

1.2.1 HBM
Modèle HBM
Considéré comme le principal modèle de décharges électrostatiques, il est également le plus
ancien. Il décrit la décharge d’un être humain debout, par l’extrémité d’un de ses doigts. En
première approximation, on peut le représenter par un simple réseau RC, composé d’une capacité
de 100 pf et d’une résistance de 1500 Ω (Fig. 1.2(a)).

15
Chapitre 1. Décharges électrostatiques et outils de caractérisation

Avant la décharge, la capacité est typiquement chargée à des tensions de l’ordre de quelques
kV. Cette tension de précharge est utilisée pour caractériser l’intensité de la décharge HBM.
L’impédance offerte par un circuit intégré au courant de décharge ESD pouvant en général
être considérée comme très faible, la décharge HBM est assimilée à une impulsion de courant
indépendante du composant testé. La durée totale de l’impulsion est d’environ 300 ns avec un
temps de montée qui peut varier entre 2 et 10 ns. Le pic d’intensité a une valeur comprise entre
1 et 10 A.
Sans protection, la robustesse d’un circuit est de l’ordre d’une centaine de Volts et seulement
de quelques dizaines de Volts pour les têtes de lecture magnétiques. Ces chiffres sont à comparer
au seuil de perception humain d’une décharge qui est d’environ 3 kV.
Pour les circuits, une robustesse minimum de 2 kV est généralement requise pour permettre
leur manipulation dans des conditions classiques de stockage et d’assemblage.

CS

1500 Ω LS

RS
100 pF
C CT

(a) (b)

Fig. 1.2 – Modèle du corps humain (HBM) (a) et schéma électrique d’un testeur HBM (b).

Testeur HBM
Très utilisé industriellement, il reproduit le modèle du corps humain, en reprenant ses com-
posants de base (C=100 pF, RS =1500 Ω) (Fig. 1.2(a)). Les éléments parasites LS et CS sont
nécessaires pour produire une forme d’onde réaliste. CT représente la capacité parasite associée
au testeur. L’inductance série LS dont la valeur est de l’ordre de 7 µH, détermine le temps de
montée de l’impulsion de courant.
Les normes décrivent les valeurs des composants du schéma électrique (Fig. 1.2(b)), ainsi
qu’un gabarit de la forme d’onde du courant de décharge dans un court-circuit ou une résistance
de 500 Ω [14, 15, 16]. La procédure de test ainsi qu’une classification des composants selon leur
niveau de robustesse sont également définie.
Toutefois, il semble que les informations fournies par les fabricants de circuit intégrés ne sont
pas toujours claires, d’autant plus que des normes HBM spécifiques et différentes sont utilisées
pour les systèmes sur carte [17]. Malgré la normalisation, des résultats sensiblement différents
peuvent également être observés en fonction du testeur utilisé. Ces écarts peuvent êtres attribués
aux différences de temps de montée de l’impulsion de courant.
Pour les simulations présentées dans ce mémoire, les paramètres du modèle HBM ont été
ajustés pour représenter le testeur utilisé au sein du laboratoire (C = 100 pF , RS = 1, 5 kΩ ,
LS = 6, 4 µH , CS = 1 pF , CT = 61, 5 pF ).

1.2.2 MM
Modèle MM
Le modèle de décharge Machine Model (MM) ou modèle des machines est une extension du
HBM pour le cas où la résistance série RS est réduite. Cela permet en particulier de rendre
compte de la décharge d’une personne tenant un outil métallique (pince, fer à souder), ou par un

16
1.2. Modèles de décharge et testeurs industriels

système, comme un robot, manipulant des composants (Fig. 1.3(a)). Ce modèle a été développé
au Japon comme pire cas du modèle HBM, dont il diffère principalement par sa résistance série
quasi nulle.
Avant une décharge, la capacité est typiquement chargée à quelques centaines de Volts. La
forme d’onde du courant généré par la décharge est généralement oscillatoire, avec une fréquence
comprise entre 5 et 15 Mhz. L’intensité maximale au cours d’une décharge MM est de l’ordre
de 1 à 10 A. Les oscillations sont dues à l’existence d’une inductance série non négligeable, en
particulier au contact, et à la faible résistance série du modèle.

LS
0Ω
RS
200 pF
C CT

(a) (b)

Fig. 1.3 – Modèle des machines (MM) (a) et et schéma électrique d’un testeur MM (b).

Testeur MM
D’architecture proche du testeur HBM, il est souvent inclus dans le même appareil de carac-
térisation. Il repose sur le même schéma électrique (Fig. 1.3(b)), seules les valeurs des composants
sont différentes. La capacité est de 200 pF, la résistance série RS est théoriquement nulle et la
valeur de l’inductance LS de l’ordre de 500 nH.
Les normes décrivent les paramètres du modèle et la forme du courant dans un court-circuit
et une résistance de 500 Ω [18, 19, 20].
L’utilisation de ce type de test est moins courante que le HBM car la faible valeur de la
résistance série le rend très dépendant du testeur utilisé. De plus, les procédures de test sont
peu standardisées.
Les Paramètres du modèle ajustés sur le testeur utilisé au sein du laboratoire sont les sui-
vants : C = 200 pF , RS = 5, 65 Ω , LS = 700 nH et CT = 6, 5 pF .

1.2.3 CDM
Modèle CDM
Ce modèle plus récent est différent des deux précédents par la nature des phénomènes qu’il
décrit. Il représente la décharge d’un composant lui même chargé, par une seule de ses pattes
mise à la masse (Fig. 1.4(a)). Ce type d’événement se rencontre fréquemment sur les chaı̂nes
d’assemblage automatisées et pourrait constituer un problème majeur pour les circuits submi-
croniques.
La position du boı̂tier par rapport au plan de masse, les conditions atmosphériques (humidité
relative, température, . . .) influencent fortement le phénomène. Aussi, il est difficile d’évaluer
précisément les valeurs des composants parasites, le boı̂tier ainsi que la puce faisant partie
intégrante du modèle.
La forme du courant est elle aussi sensible à ces paramètres. Ce type de décharge se caractérise
cependant par de très rapides variations du courant, plusieurs ampères par nano-seconde, et des
temps très courts, quelques nano-secondes.
En fonction du composant lui-même, l’impulsion peut osciller ou non. Le pic de courant,
d’une dizaine d’ampères, est grand par rapport aux modèles HBM et MM.

17
Chapitre 1. Décharges électrostatiques et outils de caractérisation

Le modèle CDM a été développé afin d’expliquer la rupture de certains oxydes dont l’origine
ne peut être expliquée par un stress HBM ou MM. La détérioration est alors due aux chemins
internes du courant et aux surtensions créées dans la puce lors de la décharge.

Couche diélectrique
VCDM
RS
Substrat
C Boitier
R LS
L

(a) Plan de masse (b)

Fig. 1.4 – Modèle du composant chargé (CDM) (a) et schéma d’un testeur CDM (b).

Testeur CDM
Ce type de testeur est le plus complexe que les testeurs HBM et MM (Fig. 1.4(b)). Afin
d’obtenir des conditions reproductibles, il doit s’affranchir des facteurs influençant la capacité
associée au composant. De plus, la résistance et l’inductance série équivalente du circuit de
décharge, doivent être minimisées et contrôlées pour garantir la rapidité de la décharge. Les tests
CDM sont définis par les normes JEDEC [21] et de l’ESD Association [22]. Les valeurs typiques
de la résistance et de l’inductance du modèles sont de l’ordre de 10 Ω et 10 nH, respectivement.

1.2.4 Comparaison de différents types de stress


Le tableau 1.1 montre une synthèse comparative entre les trois modèles de décharges HBM,
MM et CDM. Il permet de mettre en évidence la spécificité du modèle CDM par rapport aux
modèles HBM et MM. Pour une tension de précharge de 500 V, au cours d’une décharge dans
une résistance de 10 Ω, le temps de montée et la durée de la décharge CDM sont environ dix
fois plus faibles que celles des modèles HBM et MM, pour un pic de courant presque cinquante
fois plus fort que celui du test HBM et deux fois plus fort que celui du modèle MM.

Modèle HBM MM CDM


Éléments du modèle
C(pF) 100 200 10
LS (µH) 10 0,75 0,0025
RS (Ω) 1500 10 10
Charge de C à 500 V pour Rd = 10Ω
tmontée (ns) <10 <10 0,1
tdurée (ns) 150 <100 1
Ipic (A) 0,3 6,5 14

Tab. 1.1 – Comparaison des modèles de décharges électrostatiques HBM, MM et CDM [23].

L’amplitude plus importante des pics de courant lors de stress MM et CDM peut entraı̂ner
des défauts liés aux surtensions, en particulier dans les grilles des composants MOS qui y sont
très sensibles.

18
1.3. Outils de caractérisation

Ces trois modèles peuvent également être comparés en terme d’énergie. L’énergie totale
stockée dans la capacité est donnée par la relation :
1
Estock = CV 2 (1.1)
2
avec V la tension de précharge. Cette énergie va être dissipée dans la résistance série du modèle
et du composant testé ainsi que dans les jonctions, en particulier celles polarisées en inverse.
Si l’on considère seulement les résistances, l’énergie stockée doit être égale à l’énergie dissipée :
Z tf
Estock = R I 2 (t)dt (1.2)
0
où R = RS + Rd est la somme de la résistance du modèle et du composant testé, en intégrant
sur la totalité de la durée de la décharge (tf). L’énergie dissipée dans une résistance Rd est donc
une fonction de l’énergie stockée :
Rd
ERd = Estock (1.3)
RS + Rd
L’énergie dissipée dans une région de charge d’espace d’une diode ou d’un transistor bipolaire
qui soutient une tension VH est donnée par :
Z tf
EVH = VH I(t)dt (1.4)
0
Si l’on considère que la tension VH reste constant durant toute la décharge et que I > 0, alors
Z tf
EVH = VH I(t)dt (1.5)
0
Or, l’intégrale du courant correspond à la charge stockée dans la capacité du modèle (q = CV )
on obtient donc :
EVH = VH CV (1.6)
et
VH
EVH = 2 Estock (1.7)
V
Cette dernière expression est exacte dans le cas d’un stress HBM pour lequel le courant est
toujours positif. Nous pouvons cependant l’utiliser comme estimation dans le cas des stress MM
et CDM afin de réaliser des comparaisons.
Le tableau 1.2 permet de comparer pour chacun des modèles, les proportions de l’énergie
totale, dissipées dans une résistance de 10 Ω et dans une jonction polarisée en inverse sous une
tension de 10 V.
Il apparaı̂t que la proportion d’énergie dissipée dans les résistances est très importante dans
le cas des stress MM et CDM. C’est pour cette raison que la fusion de pistes métalliques est
beaucoup plus fréquente pour ces types de stress.
Dans le cas des modèles HBM et MM, les dégâts occasionnés dans la puce sont généralement
dus à l’énergie dissipée dans le composant. La rapidité et la forte valeur du pic de courant lors de
stress CDM, durant lesquels une énergie limitée est dissipée vis-à-vis de stress HBM ou MM, va
favoriser la création de défauts dans les oxydes de grille causés par les surtensions. Ces défauts,
souvent latents car difficilement détectables, peuvent évoluer au cours du temps [24] ou fragiliser
par la suite le circuit vis-à-vis de stress HBM [25].

1.3 Outils de caractérisation


Les testeurs HBM, MM et CDM ne donnent qu’une indication sur la robustesse du com-
posant. La mesure en impulsion (TLP) permet, par contre, d’obtenir des caractéristiques plus
fines. Cette méthode fut introduite en 1985 par Maloney dans le cadre de l’étude des protections
ESD [26].

19
Chapitre 1. Décharges électrostatiques et outils de caractérisation

Modèle HBM MM CDM


Éléments du modèle
C(pF) 100 200 10
RS (Ω) 1500 10 10
Charge de C à 500 V pour Rd = 10 Ω et VH = 10 V
Estock (µJ) 12,5 25 1,25
EVH (µJ) 0,5 1 0,05
EVH
(%) 4 4 4
Estock
ERd (µJ) 0,08 12,5 0,63
ERd
(%) 0,64 50 50
Estock
Tab. 1.2 – Comparaison des modèles de décharges électrostatiques HBM, MM et CDM en termes
d’énergie.

1.3.1 Le banc de caractérisation TLP


La méthode utilisée dans un banc de mesure TLP permet d’obtenir la caractéristique fort
courant d’un composant en s’affranchissant des problèmes thermiques qui pourraient le détruire.
En effet, lors d’une décharge électrostatique, des courants importants sont mis en jeu, mais la
durée de l’impulsion étant très faible, l’énergie totale dissipée est finalement limitée. Ainsi un
composant de protection ESD est amené à fonctionner sous de forts courants sans pour autant
être endommagé.
Le principe du banc de mesure TLP est de générer une impulsion carrée de courant dans le
composant testé, pendant une durée suffisamment courte pour ne pas le détruire et assez longue
pour obtenir un courant et une tension constants et stables pour permettre de les mesurer.
Grâce à plusieurs impulsions successives d’intensité croissante, on obtient point par point la
caractéristique I(V) du composant. Le courant et la tension étant constants au cours de chaque
mesure, on peut considérer que cette caractéristique est statique ou quasi statique. Entre chaque
impulsion, l’évolution des caractéristiques électriques classiques peut être suivie pour mettre en
évidence d’éventuelles dégradations du composant et déterminer sa robustesse maximale.
Pour réaliser l’impulsion et contrôler sa durée, on utilise une ligne de transmission en câble
coaxial d’où le nom de TLP (Transmission Line Pulse). La figure 1.5 représente le schéma
électrique du banc de mesure.
RS LS

I
50 Ω
10 MΩ
Composant
V RL
testé
VE

Fig. 1.5 – Schéma électrique du banc de mesure TLP [27].

Dix mètres de câble d’impédance caractéristique de 50 Ω permettent d’obtenir une impulsion


d’une durée de 100 ns. La ligne est chargée à une tension VE au travers d’une résistance de très
forte valeur. La résistance RL de 50 Ω évite les réflexions dans la ligne. La décharge de tension
est convertie en courant par une résistance RS de 500 à 1 kΩ. Cette résistance permet également
de limiter l’interaction entre le composant à tester et la ligne et d’obtenir un courant stable.

20
1.3. Outils de caractérisation

Enfin, une inductance LS peut être ajoutée en série avec la résistance pour contrôler le temps
de montée de l’impulsion [27] d’une façon identique au testeur HBM.
Les caractéristiques de l’impulsion de courant sont proches de celles du modèle HBM. Des
signatures de défaillance identiques entre ces stress ont été rapportées pour une durée d’impulsion
TLP de 100 ns [28]. Cependant, il n’existe pas de constante de corrélation précise entre ces deux
types de stress. La tension HBM maximale (en kV) est généralement comprise entre 1,5 et 2
fois le courant maximum (en A) obtenu par la mesure TLP [29, 30, 31, 32, 33]. D’une manière
générale, la corrélation entre les tests ESD dépend des caractéristiques des impulsions, temps de
montée et durée, ainsi que des technologies dans lesquelles sont réalisés les composants. Trouver
une corrélation entre les différents modèles n’est évidemment possible que dans les cas où ils
engendrent le même type de défaillance [34, 35].
Récemment, afin de réaliser un outil de caractérisation plus adapté aux décharges de type
CDM, un banc de caractérisation appelé VF-TLP (Very Fast TLP) a été développé [36]. Il
permet de générer des impulsions carrées de courant avec un temps de montée inférieur à 500 ps
et une durée de 3,5 à 10 ns qui sont comparables aux modèles CDM. Il faut noter cependant
qu’il n’est pas envisageable d’obtenir une corrélation entre VF-TLP et CDM puisque ce type de
décharge est résolument différent. Le banc VF-TLP apportera seulement des informations sur
la dynamique des structures de protection et leur capacité à protéger contre un stress CDM.

1.3.2 La microscopie à émission lumineuse


La microscopie à émission lumineuse, plus communément appelée photoémission, a d’abord
été utilisée comme technique performante de localisation et d’analyse de défaillance pour les
circuits intégrés [37, 38]. Elle permet également d’observer le fonctionnement des composants.
Cette technique est basée sur la détection de photons associés aux phénomènes physiques
dans diverses parties du composant. Deux grandes familles de photons peuvent être distinguées :
– Les photons générés par des collisions de porteurs accélérés par un champ électrique
– Fuite dans une diode en inverse
– Diode en inverse (à l’avalanche)
– Transistor bipolaire : régime non saturé
– Fuite dans les oxydes
– Transistor MOS en saturation
– Les photons générés par la recombinaison radiative de paires électron-trou
– Diode en direct
– Transistor bipolaire : mode saturé
– Thyristor à l’état passant et latch-up
De plus, la longueur d’onde de la lumière émise peut donner une indication sur le mécanisme
physique sous-jacent comme en témoigne la figure 1.6.
Cette technique, lorsqu’elle est couplée à un générateur d’impulsions TLP, permet d’ob-
server le comportement d’un composant de protection [39, 40], donnant ainsi une information
complémentaire sur son fonctionnement à divers niveaux de courant. Pour obtenir un contraste
suffisant, l’impulsion TLP doit être répétée à une fréquence qui est généralement de l’ordre de
10 Hz, pendant une durée de quelques minutes (1 à 10 min), afin que la caméra de photoémission
accumule un nombre suffisant de photons.
De la même manière, le chemin suivi par le courant de décharge dans un circuit peut être
obtenu [41]. Cependant, dans ce cas, seuls les composants de protection fonctionnant dans des
régimes d’avalanche seront visibles. En effet, la génération de photons est beaucoup plus impor-
tante lors de phénomènes associés à la collision de porteurs accélérés par un champ électrique
qu’il ne l’est pour les phénomènes de recombinaison, comme le montre la figure 1.6. La très faible
durée d’une impulsion de courant TLP permet difficilement d’observer le fonctionnement d’une
diode polarisée en direct alors que les transistors bipolaires dont la jonction collecteur-base est
polarisée en inverse seront plus nettement visibles.

21
Chapitre 1. Décharges électrostatiques et outils de caractérisation

Fig. 1.6 – Spectre des longueurs d’onde d’émission en fonction des mécanismes physiques [37].

1.4 Techniques d’analyse et de localisation de défaillance


L’ensemble des méthodes d’analyse de défaillance courantes sont utiles pour étudier la nature
des défauts engendrés par les décharges électrostatiques [42]. La localisation de points chauds
par des cristaux liquides, la microscopie optique et électronique, la découpe par les techniques
FIB (focus ion beam), la microscopie à force atomique (AFM), en constituent une liste non
exhaustive.
Parmi ces techniques, la photoémission est particulièrement adaptée à la localisation de dé-
fauts. La technique des cristaux liquides, qui permet de mettre en évidence des points chauds,
est rarement efficace pour localiser des défauts créés par les décharges électrostatiques. En effet,
les courants de fuite de faible intensité associés au défaut n’engendre pas d’élévation de tempéra-
ture suffisante. Les performances de nouvelles techniques de localisation basées sur l’utilisation
des lasers, ont été récemment mises en évidence pour la détection et l’analyse de défauts, même
de taille réduite, créés par les décharges électrostatiques [43, 44]. Ces méthodes de localisation
présentent l’avantage de ne pas être destructrices.

1.4.1 La photoémission
Cette technique de localisation est bien adaptée aux défauts créés par les décharges électro-
statiques [45, 46]. Elle permet de localiser rapidement le lieu de défaillance et de déterminer
l’endroit où une analyse de défaillance plus poussée doit être réalisée.
Pour localiser le(s) défaut(s), le composant est polarisé dans une configuration défaillante et
placé sous un microscope équipé d’une caméra spécifique pour la photoémission. La technique
est particulièrement efficace lorsque le champ électrique est fort dans la région défectueuse. Le
contraste peut ainsi être amélioré en augmentant la tension de polarisation, au risque cependant
de faire évoluer la nature ou la taille du défaut.

1.4.2 Les techniques de stimulation laser


De nombreuses méthodes de localisation de défauts internes (situés au cœur de la puce
de silicium) ont été développées ces dernières années, notamment les techniques basées sur la

22
1.4. Techniques d’analyse et de localisation de défaillance

microscopie optique à balayage utilisant des lasers infrarouges. Parmi celles-ci, les méthodes
utilisant un laser comme source de perturbation du fonctionnement d’un circuit ont connu un
succès remarquable en tant qu’outil d’analyse de défaillance [47, 48].
Le faisceau laser est utilisé comme une source d’énergie qui modifie le fonctionnement du
circuit sous test. L’énergie déposée est suffisamment faible pour ne pas dégrader le circuit. Le
faisceau laser interagit localement avec les différents matériaux qui constituent le circuit intégré
qui est lui même détecteur de la perturbation. Deux effets induits par la photoexcitation sont
principalement exploités :
– l’échauffement (effet photothermique)
– la génération de paires électron-trou par absorption de photons (effet photoélectrique)
La longueur d’onde du laser utilisé permet de déterminer la nature de l’excitation obtenue. Le
minimum d’absorption lumineuse du silicium se situe à une longueur d’onde de 1,1 µm. Les
longueurs d’onde supérieures à 1,1 µm, qui correspondent à des photons d’énergie inféreure au
gap du silicium, sont principalement absorbées par les porteurs libres. Ces porteurs se ther-
malisent et l’énergie optique est donc convertie principalement en énergie thermique. Pour des
longueurs d’onde inférieures à 1,1 µm, l’absorption est liée au phénomène de génération inter-
bande. L’énergie optique est donc principalement convertie en porteurs libres. Le choix de la
longueur d’onde pour la stimulation thermique et photoélectrique repose sur le compromis entre
la profondeur d’absorption recherchée et la quantité d’énergie déposée. Les longueurs d’onde
proches de 1,1 µm sont peu absorbées mais pénètrent profondement dans le substrat. Le choix
est également limité par les possibilités des lasers disponibles. Des longueurs d’onde de l’ordre
de 1,3 µm sont généralement utilisées pour la stimulation thermique alors que la génération
photoélectrique est réalisée avec des longueurs d’onde de l’ordre de 900 nm.

La stimulation thermique laser (STL)


Le principe de la stimulation thermique laser repose sur l’échauffement localisé de la surface
de silicium. Les effets thermoélectriques vont entraı̂ner une modification des caractéristiques
électriques qui va être détectée aux bornes du circuit. Le balayage de la surface de la puce
permet de réaliser une cartographie des variations mesurées.
Différentes techniques peuvent être différenciées en fonction de la polarisation appliquée au
circuit testé.
– La technique OBIRCH (Optical Beam Induced Resistance Change) consiste à observer les
variations spatiales de résistance sous l’effet de l’échauffement du laser [49, 50, 51]. Une
tension constante est imposée au circuit. La variation de courant aux bornes du circuit est
alors liée à la variation locale de résistance induite par le faisceau laser.
– La technique TIVA (Thermally Induced Voltage Alteration) est l’approche duale à la
technique OBIRCH. La variation de résistance est étudiée pour un courant constant imposé
au circuit [52, 53]. La variation de tension aux bornes de l’alimentation est alors analysée.
– La technique SEI (Seebeck Effect Imaging). Le composant n’est pas polarisé et seule la
tension aux bornes des broches du circuit est mesurée. Les gradients locaux de température
induits par le faisceau laser dans les différentes jonctions entre matériaux (métal–métal,
métal–semi-conducteur, semi-conducteur–semi-conducteur) induisent des gradients de po-
tentiels par effet Peltier et Seebeck. L’absence de polarisation est un avantage dans cette
technique car le(s) défaut(s) ne seront pas aggravés ou modifiés au cours du test.
Les défauts créés par les décharges électrostatiques conduisent à l’apparition de courants de
fuite. Ils sont généralement très localisés et d’une taille réduite. Les courants qu’ils entraı̂nent
ont des valeurs relativement faibles, de l’ordre ou inférieure au µA. Par la technique OBIRCH,
la présence d’un défaut se traduit par une variation du courant de fuite au passage du laser. La
cartographie des variations de courant en fonction de la position du laser permet de localiser
le(s) défaut(s). Le retraitement informatique de l’information permet de superposer l’image op-
tique du circuit avec l’information de variation du courant. En quelques minutes, la position des

23
Chapitre 1. Décharges électrostatiques et outils de caractérisation

défauts dans le circuit est ainsi obtenue. Cette technique permet de localiser très efficacement
des défauts induisant des courants de l’ordre du micro-Ampère, indétectables par la technique
de photoémission. Les défauts induisant des courants inférieurs au µA restent cependant indé-
tectables.

La stimulation photoélectrique laser (SPL)


Le principe de la stimulation photoélectrique laser repose sur la création localisée de paires
électron-trou dans le silicium. L’interaction du laser avec la puce est plus complexe que dans
le cas de la stimulation thermique. Comme pour la stimulation thermique, la technique repose
sur la détection de la variation des caractéristiques électriques aux bornes du composant, sous
l’effet de l’excitation laser. Une cartographie des variations mesurées est réalisée en balayant la
surface du composant à caractériser.
Différentes techniques peuvent être différenciées en fonction de la polarisation appliquée au
circuit testé.
– La technique OBIC (Optical Beam Induced Current) où la grandeur électrique analysée
est la variation du courant d’alimentation induite par le laser, la tension d’alimentation
étant maintenue constante [54, 55].
– La technique LIVA (Light Induced Voltage Alteration), duale de la technique OBIC,
consiste à mesurer les variations de tension d’alimentation induites par effet photoélec-
trique, le courant d’alimentation étant maintenu constant [52, 56].
– La technique NB-OBIC (Non Biased OBIC). Le composant n’est pas polarisé et seul le
courant engendré par la photogénération est mesuré.
L’amplitude du signal électrique obtenu dépend de l’intensité du champ électrique dans la
région de génération de porteurs provoquée par l’excitation laser. En effet, la présence du champ
électrique va engendrer le mouvement des porteurs libres générés et induire l’apparition d’un
courant (photocourant). Plus le champ électrique est important, plus le courant sera important.
L’amplitude du photocourant dépend également du taux de recombinaison des porteurs dans la
région de génération. Plus les recombinaisons sont importantes, plus faible sera l’amplitude du
courant observé sur les broches. Enfin, si le champ électrique dans la région de génération est
proche du champ de claquage par avalanche, les porteurs pourront être multipliés par avalanche.
L’amplitude du courant observé sera alors plus importante.
La présence d’un défaut peut entraı̂ner la modification de la distribution du champ élec-
trique et induire une augmentation du taux de recombinaison des porteurs qui vont influencer
l’amplitude du signal électrique.
Les photocourants induits par un faisceau laser (qui possède une faible section) ont une
amplitude faible. L’utilisation d’un laser impulsionnel couplé à l’utilisation d’une détection syn-
chrone permet d’augmenter significativement la sensibilité du dispositif [48]. L’utilisation de
cette technique diminue cependant la vitesse de balayage qui est de l’ordre d’un dizaine de mi-
nutes. Le schéma de principe du banc de test OBIC à détection synchrone est représenté dans
la figure 1.7.
L’étude menée en collaboration avec l’équipe du laboratoire IXL à Bordeaux a permis de
montrer, à partir de la simulation numérique corrélée aux résultats expérimentaux, l’impact
de la présence d’un défaut de silicium fondu à proximité ou au travers d’une jonction. Ces
travaux sont présentés dans la thèse de Thomas Beauchêne [48]. La sensibilité du banc de mesure
obtenu grâce à la détection synchrone a permis de caractériser des défauts de faible dimension
entraı̂nant des courants de fuite inférieurs au micro-Ampères, de l’ordre du nano-Ampères. Ces
défauts étaient indétectables par les techniques de photoémission et de stimulation thermique.
Les résultats obtenus montrent principalement que la technique NBOBIC permet de détecter un
défaut quelle que soit sa position. Qu’il court court-circuite ou non la jonction, le défaut va induire
une diminution du signal électrique car il est le siège d’importantes recombinaisons des porteurs.
En revanche, lorsque la jonction est polarisée, l’amplitude plus importante du photocourant

24
1.5. Conclusion

Fig. 1.7 – Schéma de principe du banc de test OBIC [48].

masque souvent l’effet des recombinaisons et la présence d’un défaut qui ne court-circuite pas
une jonction n’est pas toujours facilement détectable. Par contre, si le défaut court-circuite la
jonction, la déformation du champ électrique qu’il induit va favoriser la génération par avalanche
de porteurs et la forte augmentation du courant de photogénération met en évidence sa présence.

1.4.3 Analyse par la face arrière


La principale limitation des techniques de stimulation laser et de photoémission provient
de la difficulté à réaliser des analyses par la face avant des circuits. En effet, la complexité
croissante des circuits, liée à l’augmentation de la densité et du nombre de niveaux des pistes
métalliques en surface, ainsi que l’apparition de nouvelles méthodes d’encapsulation (flip-chip,
lead on chip, . . .), rendent de moins en moins accessibles les zones actives dans le substrat
du circuit. Pour contourner cette limitation, il est possible de réaliser une analyse par la face
arrière du composant préalablement amincie [52]. Les techniques de stimulation laser et de
photoémission sont compatibles avec ce type d’analyse [57, 48].

1.5 Conclusion
Ce chapitre nous a permis de présenter le phénomène de décharge électrostatique et ses
conséquences dans le monde de la microélectronique. La protection des circuits contre les dé-
charges électrostatique constitue aujourd’hui un aspect incontournable de la conception. L’op-
timisation des performances des composants de protection et le développement de nouveaux
outils et méthodes spécifiques d’aide à la conception, sont des enjeux importants pour assurer
la compétitivité des fabricants.
Les principaux modèles de décharge ont été décrits, ainsi que les techniques de caractérisation
utilisées dans l’industrie pour mesurer la robustesse des circuits intégrés.
Le principe de fonctionnement du banc de mesure TLP qui constitue un outil indispensable
de la conception de composants et circuits de protection a été abordé.
Enfin, les techniques de photoémission et de stimulation laser permettent de localiser rapide-
ment le lieu de défaillance d’un circuit ou d’un composant. Les techniques récentes de stimulation

25
Chapitre 1. Décharges électrostatiques et outils de caractérisation

laser appliquées à la localisation de défauts créés par des décharges électrostatique, ont été plus
particulièrement décrites. Nous avons également montré comment les résultats obtenus par les
techniques OBIC et NBOBIC permettent de caractériser finement la position et la nature d’un
défaut de silicium fondu à proximité d’une jonction.
Cet ensemble d’outils plus ou moins spécifiques, constitue la base de l’étude expérimentale
des structures de protection ESD. L’objet de cette thèse qui est principalement l’étude des phé-
nomènes physiques relativement complexes et spécifiques aux composants de protection soumis
aux décharges électrostatiques, repose sur les informations précieuses qu’ils fournissent.

26
Chapitre 2

Étude des transistors bipolaires


autopolarisés (TBA)

Beaucoup de composants de protection ESD intégrés sur les puces électroniques reposent sur
le fonctionnement du transistor bipolaire autopolarisé (TBA). Le transistor MOS à grille couplée
ou non, le transistor bipolaire vertical ou latéral en constituent les principaux exemples. Une
bonne compréhension de leur fonctionnement est donc requise pour en tirer le meilleur parti, en
particulier en termes de robustesse vis-à-vis de la surface de semi-conducteur utilisée. Bien que
leur comportement soit depuis quelques années largement étudié [6, 58, 59, 60, 61], il n’est pas
apparu jusqu’alors d’explication générale de leur fonctionnement s’appuyant sur une approche
physique approfondie et adaptée. Le propos de ce chapitre est donc d’offrir un cadre de réflexion
solide pour l’analyse de ces structures, en essayant de mettre en évidence des points clefs pour
la compréhension.
À cette fin, nous débuterons par la présentation des composants de protection ESD, basés
sur le TBA, les plus répandus. L’état de l’art de leur principe de fonctionnement sera décrit.
Il apparaı̂t, à la lecture des publications dans le domaine, que le défaut majeur des approches
adoptées est la non-prise en compte ou de manière superficielle des effets des fortes densités
de courant rencontrées lors du fonctionnement. Aussi, nous nous attacherons à baser notre
réflexion sur les phénomènes déjà connus et largement analysés, dont la plupart proviennent de
l’électronique de puissance et des composants haute fréquence. Cependant, nous verrons que la
physique des TBA est très particulière et se situe finalement dans un régime de fonctionnement
en second claquage électrique, régime limite et jamais atteint dans les composants classiques, sauf
à l’instant de leur destruction. L’extension des approches adoptées par ailleurs en électronique
de puissance, nous permettra de décrire simplement ces structures en régime de forte densité de
courant.
Nous verrons que le paramètre critique de l’optimisation est l’uniformisation de la répartition
de température, et par extension du courant, dans le composant. Les différents phénomènes de
focalisation seront étudiés. La clarification des solutions adoptées jusqu’à présent aux problèmes
de focalisation ainsi qu’une nouvelle approche de conception, seront finalement présentées.

2.1 Composants de protection ESD basés sur le TBA


2.1.1 Les différents types de composants
Jusqu’à présent les composants de protection intégrés dans le silicium sont réalisés au moyen
des différentes couches présentes dans une technologie. Aucun procédé ou étape technologique
spécifique à la réalisation de composants de protection ESD n’est disponible, sauf exception,
comme dans le cas des drains et sources faiblement dopés (LDD), où une implantation supplé-
mentaire spécifique est parfois ajoutée pour améliorer les performances des protections [62]. Les

27
Chapitre 2. Étude des transistors bipolaires autopolarisés (TBA)

composants ESD sont donc basés sur les composants de la technologie, auxquels des règles de
dessin très spécifiques sont appliquées [6]. Nous allons décrire les plus couramment utilisés.

Les transistors MOS


Dans les technologies CMOS, certains composants de protection sont basés sur les transistors
NMOS et PMOS. Le fonctionnement du dispositif ne repose pas sur le transistor MOS mais sur
le transistor bipolaire parasite associé. Ce dernier est représenté sur la figure 2.1 dans le cas d’un
transistor NMOS. Nous verrons que les transistors PMOS, ou plus exactement les transistors
PNP, présentent de moins bonnes performances que les transistors NPN.

B E(S) G C(D)
        

        

        
        

      

        
        

++ ++ ++
P N N
        

        

N P N parasite

Substrat P
(a) (b)

Fig. 2.1 – Vue en coupe du transistor NMOS (a) et sa représentation schématique (b).

Les transistors bipolaires latéraux


Une coupe technologique d’un transistor bipolaire NPN latéral est représentée sur la fi-
gure 2.2. Son aspect très similaire au MOS, a conduit à le nommer FOD, pour Field Oxide
Device. En effet, la grille du MOS se voit remplacée par un oxyde de champ. Il en découle que
pour une technologie donnée, la profondeur de sa base sera très supérieure à celle des structures
basées sur les transistors MOS. Cependant, l’absence d’oxyde de grille fragile, le rend souvent
plus robuste que ces derniers.

B E C
             

              

             

              

             

              

P ++ N ++ N ++
             
              

Transistor NPN

Substrat P
(a) (b)

Fig. 2.2 – Vue en coupe du transistor bipolaire FOD (a) et sa représentation schématique (b).

Les transistors bipolaires verticaux


Dans les technologies BiCMOS ou bipolaires, on peut utiliser des transistors bipolaires ver-
ticaux. Le plus courant est le transistor NPN réalisé avec une couche enterrée qui permet de
prendre le contact de collecteur (Fig.2.3).

28
2.1. Composants de protection ESD basés sur le TBA

B E C
        

              

        

              

        

              

++ ++ ++
P N N
        

              

P
N− N+

Couche enterrée N +
(a) (b)

Fig. 2.3 – Vue en coupe du transistor bipolaire NPN vertical (a) et sa représentation schéma-
tique (b).

Il existe beaucoup de variantes pour l’ensemble de ces composants en fonction des différentes
couches disponibles dans la technologie. Leur fonctionnement repose cependant toujours sur le
même principe.

2.1.2 Principe de fonctionnement


Lorsqu’ils sont utilisés en tant que protections ESD, les transistors bipolaires présentés au-
paravant voient leurs émetteur, base et le cas échéant grille court-circuités. Le composant de
protection qu’ils constituent est alors un dipôle qui va pouvoir conduire les courants engendrés
par les décharges électrostatiques.
Une caractéristique TLP IC (VC ) typique est schématiquement présentée sur la figure 2.4 (le
potentiel commun d’émetteur, base et grille sert de référence). Elle n’est pas symétrique et l’on
distingue deux cas, courant direct et courant inverse (respectivement à gauche et à droite de
l’axe des ordonnées) :
– Cas d’un courant direct : Pour un courant direct, vis-à-vis de la jonction collecteur-base,
le composant se comporte en diode et la tension à ses bornes est relativement basse. La
puissance qu’il dissipe est faible, son échauffement limité. Il pourra conduire des forts
courants avant d’être détruit. Ce cas est favorable pour le composant.
– Cas d’un courant inverse : Un courant inverse traverse la jonction collecteur-base. Le
composant conduit le courant sous une tension beaucoup plus grande que dans le cas
précédent car la jonction collecteur-base est polarisée en inverse. La puissance dissipée est
plus importante, ce cas est donc critique.
Décrivons le comportement du composant pour un courant de décharge inverse, par exemple
dans le cas d’un stress HBM. Au début de la décharge, la capacité de la jonction collecteur-
base se charge, et le potentiel à ses bornes augmente jusqu’à atteindre sa tension de claquage
(BVCB ). Dans le cas d’un transistor NPN (Fig.2.5), le courant d’avalanche qui apparaı̂t est un
courant de trous qui traverse la résistance de substrat Rbint . Lorsque la chute de potentiel dans
cette dernière (Vbint ) dépasse la tension de seuil directe de la jonction émetteur-base, l’émetteur
injecte un courant d’électrons dans la base. On assiste alors au phénomène de repliement de la
tension de collecteur : les électrons injectés par l’émetteur sont multipliés par avalanche lors-
qu’ils franchissent la jonction collecteur-base, permettant ainsi la diminution de la tension de
collecteur nécessaire pour obtenir un courant de trous (issus de l’avalanche) suffisant dans Rbint
pour maintenir la jonction émetteur-base en direct. Le courant engendré par la multiplication
du courant de collecteur permet donc de polariser la base du transistor bipolaire, d’où l’appel-
lation de transistor bipolaire autopolarisé. Grâce au phénomène de repliement de la tension, le
composant dissipe moins d’énergie, et peut ainsi supporter de forts courants. Plusieurs niveaux
remarquables de courant et de tension sont présentés dans la figure 2.4 :
– La tension de claquage de la jonction collecteur-base BVCB

29
Chapitre 2. Étude des transistors bipolaires autopolarisés (TBA)

IC
(Vt2 , It2 )

(VH , IH )
(Vt1 , It1 )

BVCB VC

Fig. 2.4 – Caractéristique Ic (Vc ) typique d’un transistor bipolaire NPN autopolarisé.










 B



















 E(S)   
G   
C(D)















C(D)
int
        
        






P ++









N ++ e− N ++







RB
G
B
t+
int
RB VBint
E(S)
Psub

(a) (b)

Fig. 2.5 – Principe de fonctionnement du transistor NPN autopolarisé (a) et schéma électrique
équivalent (b).

– Le seuil de repliement du composant (Vt1 , It1 ) (tension et courant de repliement)


– La tension et le courant de maintien lorsqu’il est replié (VH , IH ) (tension et courant de
maintien)
– Le point de second claquage (Vt2 , It2 ) qui indique le maximum de courant que peut sup-
porter le composant, au-delà duquel il est détruit par les phénomènes thermiques
Le fonctionnement d’un transistor PNP est tout à fait similaire, il suffit en particulier d’échanger
le rôle des électrons et des trous.

2.1.3 Éléments d’optimisation


Ajustement de la tension de déclenchement
La caractéristique TLP IC (VC ) d’un composant de protection ESD doit s’insérer dans un
gabarit de conception [59], qui assurera une protection efficace des circuits sans interaction pa-
rasite avec leurs fonctionnalités. Aucun déclenchement parasite durant le fonctionnement du
circuit ne doit avoir lieu. Il convient d’exclure toutes possibilités de déclenchement sur les tran-
sitions de tension ou de courant et sur les fréquences des signaux, appliqués sur les broches du
circuit et qui correspondent à son fonctionnement normal. Le seuil de déclenchement statique
doit être supérieur aux tensions d’utilisations, comme par exemple la tension d’alimentation. Il

30
2.1. Composants de protection ESD basés sur le TBA

C T rig ext C

int int
RB RB
B B

ext
RB
E E

(a) (b)

Fig. 2.6 – Schéma équivalent d’un TBA (a) avec circuit de déclenchement associé (b).

faut également éliminer les surtensions, en particulier sur les oxydes de grille des étages d’entrée.
Pour respecter l’ensemble de ces contraintes, il est souvent nécessaire d’adjoindre un circuit de
déclenchement au composant de protection, comme décrit dans la figure 2.6. Cet élément de
déclenchement extérieur (T rig ext ) permet de diminuer la tension maximale sur le collecteur tout
en assurant la mise en marche du TBA à travers la résistance Rbext . Sa taille est faible vis-à-vis
du TBA car il n’est actif qu’au tout début de la décharge, l’essentiel du courant circulera dans
le TBA. Citons comme exemple de déclencheur une diode en inverse dont la tension de claquage
est inférieure à BVCB . Cette diode peut parfois être physiquement intégrée dans le transistor ce
qui réduit l’encombrement de l’ensemble [60].
Pour diminuer la tension de déclenchement des TBA basés sur le transistor MOS, il est
possible d’utiliser les propriétés propres au transistor MOS. Dans ce cas, on parlera de couplage
de grille (ou gate coupling) qui est réalisé par l’ajout d’une résistance entre les contacts de
grille et de source du MOS (RG ext , Fig.2.7). Cette résistance permet l’élévation du potentiel de la

C(D) C(D)
T rig ext CGext
int
RB int
RB
B G B G

ext ext
RB RG
E(S) E(S)

(a) (b)

Fig. 2.7 – Schéma équivalent d’un TBA associé au MOS (a) avec un circuit de déclenchement
par la base et par couplage de grille (b).

31
Chapitre 2. Étude des transistors bipolaires autopolarisés (TBA)

grille au début du transitoire de courant, grâce au couplage capacitif engendré par la capacité
intrinsèque grille-drain ou une capacité connectée en externe CG ext . Lorsque la tension sur la

grille dépasse la tension de seuil, le transistor MOS devient passant. Le courant du transistor
MOS est alors multiplié à la jonction drain-substrat (ou collecteur-base), ce qui va déclencher
le transistor bipolaire, comme décrit précédemment, pour des tensions inférieures à BVCB . Le
composant MOS ne devra fonctionner qu’en début de décharge et laisser place au TBA sous peine
de voir les performances ESD dégradées [63]. Pour cela, la constante de temps du couple RC,
constitué par la capacité de couplage et la résistance associée à la grille, doit être correctement
ajustée.

La tension de maintien

L’ajustement du seuil de déclenchement est une part importante de la conception des struc-
tures de protection. La robustesse intrinsèque du composant repose cependant essentiellement
sur la tension de maintien, qui détermine la puissance dissipée. Par ailleurs, cette tension doit
être supérieure à la tension d’alimentation du circuit à protéger, pour éviter tout risque de dé-
clenchement de la structure de protection lors du fonctionnement normal. On peut estimer la
valeur de la tension de maintien en se basant sur une étude simple et unidimensionnelle [6, 59].
La figure 2.8 est une représentation mêlant la structure physique d’un transistor bipolaire NPN

ICint = βIB
int

IE
int
IB (M − 1)ICint IC = M ICint
ext
IB
Zone de
multiplication
int
E RB par avalanche
B C

Fig. 2.8 – Modèle unidimensionnel du transistor NPN autopolarisé.

et son schéma électrique. Deux différences majeures apparaissent par rapport au fonctionnement
«classique» du composant :
– la zone de multiplication par avalanche à la jonction collecteur-base
– la résistance interne de base
qui permettent en particulier l’autopolarisation du composant. Le courant de collecteur associé
à l’effet bipolaire est donné par la relation classique :

ICint = βIB
int
(2.1)

avec β le gain en courant du transistor bipolaire. Ce courant d’électrons est multiplié dans
la zone d’avalanche pour donner le courant qui traverse effectivement le contact de collecteur
IC = M ICint , avec M le facteur de multiplication du courant, qui dépend de la tension appliquée
à cette zone et de la tension de claquage de la jonction collecteur-base. La multiplication du
courant de collecteur donne naissance à un courant de trous égal à (M − 1)ICint , qui se repartit
entre le courant de base du transistor IB int et le courant I ext , sortant du contact de base, qui
B
int . On a donc :
polarise la base «interne» au travers de la résistance RB

int ext
IB + IB = (M − 1)ICint (2.2)

32
2.1. Composants de protection ESD basés sur le TBA

ext devient vite négligeable par rapport à I int lorsque le courant augmente. En effet,
Le courant IB B
ces deux courants sont liés par la relation :
  int ext  
int RB IB
IB = IS exp −1 (2.3)
uT

qui est issue de l’expression classique du courant due aux trous dans une jonction N + P en
direct [64], avec IS le courant de saturation des trous à la jonction émetteur-base. Plus la
résistance intrinsèque de base RBint est grande, plus I ext est négligeable devant I int . En pratique,
B B
RB int 1 a toujours une valeur relativement importante. Dans le cas contraire, on n’obtiendrait le

déclenchement du transistor bipolaire que pour de fortes valeurs du courant It1 , ce qui réduirait
les performances de la structure car l’échauffement de la jonction collecteur-base, polarisée en
inverse, serait trop important.
De plus, la relation 2.3 montre que le courant de base interne croı̂t très vite lorsque le
courant externe augmente, ce qui implique la rapide prépondérance du courant interne sur le
courant externe pour des densités de courant croissantes dans la structure. Le comportement
du composant tend donc vers un fonctionnement équivalent à un transistor en base ouverte. Le
calcul de la tension de maintien est donc identique à celui de la tension de claquage émetteur-
collecteur avec la base ouverte (BVCEO ), pour un transistor bipolaire classique [65, 66]. Ainsi,
en négligeant IB ext dans la relation 2.2 et en considérant l’équation 2.1, on déduit l’expression

régissant la tension de maintien :


(M − 1)β = 1 (2.4)
En utilisant la formule empirique de Miller [67] pour l’expression du facteur de multiplication :

1
M= (2.5)
V m
 
1−
BV

avec (2 < m < 6) en fonction du type de jonction, BV la tension de claquage de la jonction et


V la tension appliquée. Si on néglige les chutes de tension à la jonction émetteur-base et dans
les résistances de collecteur et d’émetteur, on obtient la valeur de la tension de maintien :

BVCB
VH = (2.6)
(1 + β)1/m

avec BVCB la tension de claquage de la jonction collecteur-base. La tension de maintien apparaı̂t


comme une fonction du gain du transistor : plus il sera élevé, plus elle sera basse. Elle est, de
plus, proportionnelle à la tension de claquage de la jonction collecteur-base. Le concepteur de
structures de protection devra donc choisir un transistor bipolaire dont la tension BVCB est
proche de la tension de maintien recherchée (tout en restant compatible avec la tension de
déclenchement voulue). La valeur de VH pourra être ajustée par le contrôle du gain qui dépend
en particulier de la profondeur de la base, facilement ajustable pour les composants MOS et
FOD.
Pour un transistor PNP autopolarisé, l’expression de la tension de maintien s’obtient de la
même façon et est identique à celle du transistor NPN. Cependant, à l’inverse du transistor
bipolaire NPN, c’est un courant de trous qui est multiplié dans la zone d’avalanche et qui donne
naissance au courant de base qui est alors un courant d’électrons. On a donc respectivement
dans le cas d’un transistor bipolaire PNP et NPN :

In = (Mp − 1)Ip et Ip = (Mn − 1)In (2.7)


1
Remarquons qu’une résistance de base externe, ajoutée pour relier base et émetteur, joue le même rôle
que la résistance interne. Sa valeur vient simplement s’ajouter à la valeur de cette dernière, sans modification
supplémentaire du comportement du composant.

33
Chapitre 2. Étude des transistors bipolaires autopolarisés (TBA)

pour les courants injectés dans la base, en fonction du courant entrant dans la zone d’avalanche,
avec In un courant d’électrons, Ip un courant de trous et Mp et Mn les facteurs de multiplication
d’un courant de trous et d’un courant d’électrons, respectivement.
Pour des transistors bipolaires NPN et PNP équivalents, le facteur de multiplication du
courant de trous sera toujours inférieur à celui du courant d’électrons à tensions égales [68,
69]. Ceci se traduit dans la formule de Miller (Equ.2.5), par une valeur du paramètre m plus
grande dans le cas d’un transistor PNP. La tension de maintien est donc toujours plus grande
dans ce type de transistor par rapport à un transistor NPN ayant des paramètres physiques
et géométriques équivalents, d’autant plus que le gain est généralement plus faible pour un
transistor PNP.
L’échauffement provoqué par leur tension de maintien plus importante rend les transistors
bipolaires PNP moins robustes. Aussi, ils ont été très peu utilisés jusqu’à présent. Il semble
cependant qu’ils présentent de bonnes caractéristiques dans des technologies plus avancées [70].
L’approche qui vient d’être présentée montre l’essentiel des outils théoriques utilisés à l’heure
actuelle pour la conception des TBA. Son défaut majeur est de laisser de côté les effets des fortes
densités de courant présentes dans ces composants lors des décharges électrostatiques. Certains
aspects des fortes densités de courant plus particulièrement centrés sur les diodes et les résistances
diffusées, sont traités par G. Bosselli [71]. Nous proposons ici une étude plus spécifique, axée sur
les TBA.

2.2 Effets des fortes densités de courant dans les transistors


bipolaires
Les décharges électrostatiques sont des transitoires de courant de forte intensité, de l’ordre
de quelques ampères pour les modèles HBM et MM et jusqu’à quelques dizaines d’ampère pour
le CDM. La taille des protections ESD dans lesquelles transitent ces courants est extrême-
ment réduite comparée à celle de composants utilisés en électronique de puissance. Évidemment,
l’énergie dissipée dans un composant de puissance, pendant quelques heures d’utilisation, est
de plusieurs ordres de grandeur supérieure à celle dissipée lors d’une décharge électrostatique
dont la durée est extrêmement courte, de l’ordre de la centaine de nanoseconde. Il n’en reste pas
moins que les densités de courants rencontrées dans un transistor de protection, jusqu’à quelques
106 A/cm2 sont gigantesques vis-à-vis de celle des composants de puissance qui sont de l’ordre
de 200 A/cm2 . Les composants pour l’électronique haute fréquence fonctionnent à de très fortes
densités de courants, mais les technologies employées mettent en jeu des dopages de valeur élevée
qui retardent les effets des fortes densités de courant à des niveaux de quelques 105 A/cm2 [72].
La connaissance des phénomènes spécifiques aux fortes densités de courant dans ces deux do-
maines, l’électronique de puissance et haute fréquence, facilite l’accès à la compréhension du
comportement des dispositifs de protection contre les ESD.

2.2.1 Chute du gain en courant

La chute du gain des transistors bipolaires à forte densité de courant est un phénomène
très connu en microélectronique et n’est pas spécifique à un domaine d’application particulier.
C’est un des principaux paramètres qui conditionne le dimensionnement des composants dans
les étages d’amplification de puissance basse fréquence. La chute du gain correspond à l’entrée
dans un régime de forte injection, où la densité des porteurs minoritaires dans la base n’est
plus négligeable par rapport à son dopage. Le gain décroı̂t alors comme l’inverse du courant.
Ce phénomène est couramment traité dans les ouvrages généralistes portant sur la physique de
composants actifs de la microélectronique [64, 73, 74].

34
2.2. Effets des fortes densités de courant dans les transistors bipolaires

2.2.2 Limitation de l’aire de sécurité d’utilisation, dans les transistors bipo-


laires pour l’électronique de puissance
Longtemps utilisé comme composant semi-conducteur permettant la commutation de puis-
sance, le transistor bipolaire se voit aujourd’hui remplacé par les transistors MOS, les IGBT
et les thyristors GTO. Les études approfondies le concernant ont été principalement réalisées
avant les années 1980. De ces avancées aujourd’hui un peu oubliées, on apprend beaucoup sur le
comportement du transistor bipolaire en particulier dans ses régimes limites de fonctionnement.

Phénomène de second claquage thermique


Hormis les limitations classiques, telle l’hyperbole de dissipation qui garantit des tempéra-
tures assurant le bon fonctionnement du composant et sa fiabilité à long terme, deux mécanismes
d’instabilité limitant le domaine d’utilisation du composant peuvent être distingués : l’un pure-
ment thermique, l’autre de nature purement électrique. Ces deux mécanismes conduisent à la
destruction du composant par la focalisation (ou filamentation) du courant [75, 76]. En effet,
lorsque la température s’élève localement dans le composant au point que la concentration in-
trinsèque de porteurs dépasse celle des porteurs injectés, et se substitue à celle de ces derniers
pour assurer le passage du courant, on assiste à une chute brutale de la tension aux bornes du
dispositif et à la concentration du courant dans une zone extrêmement localisée. Ce processus
est appelé second claquage thermique, bien que le qualificatif second n’ait pas aujourd’hui de
réels fondements, autres qu’historiques [77]. L’emballement thermique associé conduit à la fusion
locale du silicium et à la destruction du composant.

Instabilité d’origine thermique


Si l’issue des deux types d’instabilité est le claquage thermique, leur origine est fondamenta-
lement différente. L’instabilité de type thermique provient de la non-uniformité de la distribution
de température dans le composant. Le gain d’un transistor étant une fonction croissante de la
température, le courant tend à se localiser dans les zones de plus haute température [78]. L’aug-
mentation locale de la densité de courant va encore échauffer cette zone et confiner d’autant plus
le courant, ce qui à terme conduit au processus de second claquage thermique. La solution de
ce problème consiste principalement à disposer un dissipateur thermique sur le composant, en
prenant particulièrement soin à l’uniformité de l’évacuation de la chaleur permettant d’éviter les
déséquilibres de température. La réalisation de résistance de ballast d’émetteur est également
utilisé pour contrôler ce phénomène.

Instabilité d’origine électrique


Le second type d’instabilité est associé aux fortes densités de courant dans le composant. La
densité des porteurs mobiles dans la zone de charge d’espace de la jonction collecteur-base modifie
la répartition du champ électrique et la tenue en tension. En effet, au-delà de densités de courant
critiques, la densité des porteurs libres qui assurent le passage du courant dans la zone dépeuplée
de la jonction collecteur-base, n’est plus négligeable face à celle des impuretés ionisées. La densité
de charges électriques dépend non seulement de celle portée par les dopants, mais aussi des
charges associées aux porteurs libres. La répartition du champ électrique est donc modifiée, ainsi
que la tension de claquage de la jonction [79]. Sous de très fortes densités de courant, le maximum
du champ électrique peut être déplacé contre la couche fortement dopée de collecteur (Fig.2.9),
menant à la définition d’une jonction délocalisée dont les caractéristiques sont très différentes de
la jonction métallurgique collecteur-base. La tenue en tension du transistor est alors faible car la
tension de claquage de la jonction délocalisée diminue rapidement lorsque la densité de courant
augmente, ce qui limite le domaine d’utilisation du composant. Ce phénomène a été décrit
pour la première fois en 1966 dans [80] où il a été dénommé second claquage électrique, car il est

35
Chapitre 2. Étude des transistors bipolaires autopolarisés (TBA)

associé, comme dans le cas du second claquage thermique, à une brutale diminution de la tension
associée à l’apparition de la multiplication par avalanche. Une étude plus approfondie a été
menée dans [81], mettant en avant le lien entre les caractéristiques électriques et les paramètres
physiques et structurels du transistor.

N ++ N ++ N ++ N ++
Champ E Champ E

C B E C B E

N− P N− P
jonction jonction
métallurgique Wbef f délocalisée Wbef f

(a) (b)

Fig. 2.9 – Profil de dopage typique dans un transistor bipolaire NPN, superposé au profil de
champ électrique, avant apparition de l’effet Kirk ou de second claquage électrique (a) et après
leur apparition (b).

2.2.3 Effet Kirk, dans les transistors bipolaires pour l’électronique haute fré-
quence
Découvert en 1962, bien avant le second claquage électrique, l’effet Kirk repose lui aussi sur
la prise en compte de la charge électrique des porteurs qui assurent le passage du courant dans
la charge d’espace de la jonction collecteur-base d’un transistor bipolaire (qui est polarisée en
inverse dans la plupart des applications). La première étude sur le second claquage électrique se
base d’ailleurs sur les résultats présentés par Kirk [82]. Comme dans le cas du second claquage
électrique présenté au paragraphe précédent, l’effet de la charge électrique des porteurs, non
négligeable à forte densité de courant, induit le déplacement du maximum de champ électrique
de la jonction métallurgique collecteur-base à une jonction délocalisée située à la transition du
collecteur faiblement et fortement dopé. Dans le même temps, la profondeur effective de la base
du transistor (Fig.2.9) se voit augmentée, entraı̂nant l’augmentation du temps de transit dans
celle-ci et la chute de la fréquence de transition du transistor.

2.2.4 Cas des TBA


Les deux phénomènes, effet Kirk et second claquage électrique, reposent sur le même effet
dû aux porteurs libres dans la zone de charge d’espace de la jonction collecteur-base. Leur
différence ne repose que sur les conséquences de cet effet : l’élargissement de la base qui entraı̂ne
la chute de la fréquence de transition dans le cas de l’effet Kirk, la diminution de la tension
maximale supportable à la jonction collecteur base pour le second claquage électrique. Toutes
deux définissent des limites d’utilisation du transistor bipolaire dans ces domaines.
Nous allons voir que le régime de fonctionnement des TBA utilisés en ESD se situe au-delà
de ces limites. En effet, l’élargissement de la base et la modulation de la tension de claquage de
la jonction collecteur-base par les fortes densités de courant se trouvent associés au phénomène
de multiplication par avalanche indispensable à l’autopolarisation de ces composants.

36
2.3. Éléments d’une approche régionale unidimensionnelle

2.3 Éléments d’une approche régionale unidimensionnelle


Lors de stress ESD, les composants sont soumis à de fortes densités de courant, même au sens
de l’électronique de puissance. Les équations utilisées pour les régimes classiques de fonctionne-
ment dans les domaines comme le traitement du signal ou l’amplification, ne sont pas adaptées
pour ces régimes. La physique des dispositifs de l’électronique de puissance est la plus utile à
l’étude des TBA aux fortes densités de courant. Aussi, nous baserons principalement notre étude
sur les approches et outils qui ont été développés dans ce domaine [83, 84, 85]. L’étude suivante
repose sur d’importantes approximations, la complexité des phénomènes rencontrés ne permet-
tant pas de traitement analytique simple. Elle met cependant en évidence les phénomènes clefs
et l’influence des paramètres structurels et géométriques sur le comportement des composants,
ce qui présente un grand intérêt pédagogique et pratique.
Nous allons considérer un composant élémentaire unidimensionnel en régime stationnaire,
dans lequel les aspects thermiques ne seront pas pris en compte. L’étude repose sur un calcul
semi-analytique de la densité des porteurs libres dans le composant, s’appuyant sur une approche
régionale. Comme cela a pu être justifié au paragraphe 2.1.3, le courant sortant du contact de
base sera négligé ce qui facilite l’approche unidimensionnelle. Notons que l’aspect stationnaire
est riche d’information à l’instar de la caractéristique quasi-statique TLP.
L’approche régionale de l’étude des semi-conducteurs s’appuie sur la décomposition des struc-
tures en régions délimitées par des frontières abruptes dans lesquelles on peut consentir des ap-
proximations pour les équations fondamentales de transport de charge. Ces régions sont qualifiées
d’électriques par opposition aux régions physiques (dopage) auxquelles elles ne correspondent
pas forcement. En première approximation, les transistors bipolaires peuvent êtres découpés en
trois régions électriques distinctes : la région d’émetteur, de base et de collecteur (Fig.2.10). La
principale originalité des TBA réside dans la présence de multiplication par avalanche dans la
zone de collecteur, indispensable pour fournir le courant de base.

P ++ P ++ N ++ N ++

Jp Jn

Jn Jp

Wb Wb
x0 xb x xb x0 x
E Base Col. Col. Base E
(a) (b)

Fig. 2.10 – Profils des porteurs libres dans la base physique de largeur Wb : (a) dans le cas d’un
transistor PNP et (b) dans le cas d’un transistor NPN. Les régions électriques sont également
représentées.

2.3.1 Comportement de l’émetteur


La jonction émetteur-base qui se trouve polarisée en direct se comporte idéalement comme
un injecteur de porteurs minoritaires dans la base. Il existe cependant un courant de diffusion
de porteurs minoritaires dans l’émetteur qui est la principale composante du courant de base
lors du fonctionnement classique du transistor bipolaire. Ce courant s’exprime commodément

37
Chapitre 2. Étude des transistors bipolaires autopolarisés (TBA)

au moyen du coefficient de recombinaison d’émetteur hE par l’équation [86, 87] :

Jn,px0 = qhE [(pn)x0 − n2i ] (2.8)

Cette équation donne la densité de courant de trous (Jp ) et d’électrons (Jn ) à la jonction
émetteur-base, respectivement dans le cas des transistors bipolaires NPN et PNP. Elle se sim-
plifie à forte densité de courant, lorsque la base quasi-neutre est en régime de forte injection
(n ≈ p  ni ) pour donner l’équation 2 :

Jn,px0 = qhE p2x0 (2.9)

Il est remarquable que le coefficient de recombinaison d’émetteur hE est peu dépendant du


niveau de courant et des caractéristiques de l’émetteur lorsqu’il est fortement dopé (N >
1018 cm−3 ) [88]. Ceci provient de la conjonction d’effets des forts dopages (recombinaison Au-
ger, diminution apparente de la bande interdite, réduction de la mobilité) qui tend à réduire
l’influence des paramètres de structure : profondeur, dopage moyen, profil. . . [89]. Dans la litté-
rature, les valeurs de hE se situent toujours dans une gamme étroite de valeurs, comprises entre
1 et 3 10−14 cm4 /s.

2.3.2 Comportement de la région de base


Caractéristiques d’une région quasi-neutre en forte injection
L’élimination du champ électrique entre les expressions habituelles des densités de courant
de trous et d’électrons dans le cas unidimensionnel :
∂n ∂p
Jn = qnµn E + qDn et Jp = qpµp E − qDp (2.10)
∂x ∂x
ainsi que les hypothèses de quasi-neutralité et de forte injection, conduisent à la relation [83] :

Jn (x) Jp (x) ∂p
− ≈ 2q (2.11)
Dn Dp ∂x

Jn et Jp désignant respectivement les densités de courant d’électrons et de trous, Dn et Dp les


coefficients de diffusion des électrons et des trous, q la charge électrique élémentaire.
En régime stationnaire, le courant de déplacement est nul et l’expression du courant total
JT s’écrit dans la base :
JT = Jn (x) + Jp (x) (2.12)
On peut alors exprimer les densités de courant Jn et Jp en fonction de la densité de courant
totale et du gradient des porteurs à partir de l’équation (2.11). On obtient ainsi :

Dn ∂p Dp ∂p
Jn (x) = JT + qD et Jp (x) = JT − qD (2.13)
Dn + Dp ∂x Dn + Dp ∂x
avec :
Dn DP
D=2 (2.14)
Dn + Dp
le coefficient de diffusion ambipolaire.
Sachant que pour le silicium Dn ≈ 3Dp on a :

3 ∂p 1 ∂p
Jn (x) = JT + qD et Jp (x) = JT − qD (2.15)
4 ∂x 4 ∂x
2
La forte injection et la quasi neutralité entraı̂nant l’égalité des concentrations de porteurs dans la région de
base n ≈ p, il est d’usage de désigner cette concentration par p, quel que soit le type de composant considéré.

38
2.3. Éléments d’une approche régionale unidimensionnelle

Les densités de courant Jn et Jp ne pouvant évidemment pas êtres supérieures à la densité de


courant totale JT , on déduit des équations précédentes un encadrement pour les valeurs possibles
du gradient de concentration des porteurs :
−3 ∂p 1
JT < < JT (2.16)
4qD ∂x 4qD
On remarquera de plus que Jn = Jp pour :
∂p −1
= JT (2.17)
∂x 4qD
Dans le cadre des conventions fixées à la figure 2.10, la figure 2.11 représente la variation des
densités de courant d’électrons et de trous en fonction du gradient de concentration des porteurs,
données par les équations (2.15). Le cas des transistors NPN correspond aux valeurs positives
du gradient (à droite de l’axe des ordonnées), celui des PNP aux gradients négatifs (à gauche
de l’axe).

Jn,p (JT )

1
Jp
3/4

Jn 1/4

−3 −1 1 ∂p JT
( )
∂x 4qD
Fig. 2.11 – Évolution des densités de courant de trous et d’électrons en fonction du gradient de
porteur.

Connaissant la valeur du courant total, les équations (2.15) permettent donc de déterminer
en tout point de la base, la part du courant d’électrons et du courant de trous au courant total,
en fonction de la valeur de la dérivée de la concentration de porteurs en ce point. La figure 2.11
met en évidence une dissymétrie du comportement des transistors bipolaires NPN et PNP, qui
va induire une différence marquée du comportement des deux types de transistor.

Équation régissant le profil des porteurs


Les hypothèses de quasi-neutralité et de forte injection conduisent à l’expression de l’équation
de diffusion ambipolaire [83] :
∂2p p ∂p
D 2 = + (2.18)
∂x τ ∂t
avec τ la durée de vie des porteurs. Cette équation gouverne d’une manière générale la répartition
des porteurs dans la base. En régime stationnaire, on obtient :
∂2p p
2
= (2.19)
∂x Dτ
ou :
∂2p p
2
= 2 (2.20)
∂x L

avec L = Dτ la longueur de diffusion ambipolaire.

39
Chapitre 2. Étude des transistors bipolaires autopolarisés (TBA)

Comportement de la région de base d’un TBA


Pour des profondeurs de base (Wb ) faibles vis-à-vis de L, on pourra négliger, en première
approximation, les recombinaisons dans la base. La dérivée seconde du profil de porteurs peut
alors être considérée comme nulle et donc sa dérivée constante, ce qui implique un profil linéaire
des porteurs dans la région de base. Cette approximation est justifiée pour les composants de
protection ESD qui ont des profondeurs de base faibles. Les équations (2.15) indiquent dans ce
cas que les courants d’électrons et de trous sont constants sur toute la profondeur de la base et ont
donc les mêmes valeurs à chacune des deux extrémités (en x0 et xb Fig.2.10). Indépendamment
du type du transistor, on a Jnx0 = Jnxb et Jpx0 = Jpxb . De plus, la valeur de ces courants est
donnée par les équations (2.15) lorsque l’on connaı̂t la densité de courant totale et la valeur de
la dérivée du profil de porteurs.
Étant donné le profil linéaire des porteurs, la valeur de sa dérivée peut aussi être calculée
connaissant la concentration de porteurs aux extrémités de la base, du côté émetteur (px0 ) et
collecteur (pxb ). On a alors :
∂p p x − p xb
= 0 (2.21)
∂x x0 − xb

2.3.3 Comportement de la région de collecteur


Dans cette région, les courants sont essentiellement des courants de conduction. Le fort
champ électrique qui y règne implique que les porteurs transitent à leur vitesse limite 3 vln =
1, 07107 cm/s pour les électrons et vlp = 8, 37106 cm/s pour les trous [90]. Il est courant de
considérer que les porteurs se déplacent à leur vitesse limite dans la totalité de la zone, ce qui
permet d’établir une relation directe entre les courants et les densités de porteurs :
Jn (x) Jp (x)
n(x) = et p(x) = (2.22)
qvln qvlp
La valeur de la charge d’espace qui donne naissance au champ électrique est alors donnée loca-
lement par la relation :
Jn (x) Jp (x)
ρ(x) = q(N (x) − + ) (2.23)
qvln qvlp
avec N la valeur du dopage, positive pour un type N et négative pour un type P.
Au-delà d’une valeur critique de ces courants, la charge électrique due aux porteurs libres
n’est plus négligeable vis-à-vis de celle des impuretés ionisées :
Jncrit =|N |qvln et Jpcrit =|N |qvlp (2.24)
Ces seuils sont d’autant plus bas que la zone est faiblement dopée. Au-delà de ces valeurs,
la densité de charge électrique (ρ), et donc le comportement de la jonction collecteur-base,
dépendront principalement de la valeur des densités de courant.
En particulier, la valeur du facteur de multiplication par avalanche, qui dépend essentiel-
lement des profils et des valeurs de dopage à faible courant, sera fortement influencée. Dans
le cas d’un transistor bipolaire NPN, le facteur de multiplication Mn est associé à un courant
d’électrons, contrairement à un courant de trous pour celui Mp d’un PNP :
1 1
Mp = et Mn = (2.25)
1 − =p 1 − =n
avec =n et =p les intégrales d’ionisation :
Z W Z x  Z W Z x 
=n = αn exp (αn − αp )dx0 dx et =p = αp exp (αn − αp )dx0 dx (2.26)
0 W 0 0
3
La saturation de la vitesse de dérive des porteurs est due à la réduction de leur mobilité pour des champs
supérieurs à 104 V /cm.

40
2.3. Éléments d’une approche régionale unidimensionnelle

intégrales dans la zone de charge d’espace d’extension W, avec αn et αp les coefficients d’ionisation
des porteurs qui ne dépendent que du champ électrique E :
!
Encrit Epcrit
 
∞ ∞
αn = αn exp − et αp = αp exp − (2.27)
E E

avec :
– αn∞ = 7.105 cm−1 , Encrit = 1, 2.106 V /cm pour les électrons
– αn∞ = 6, 7.105 cm−1 , Encrit = 1, 7.106 V /cm pour les trous.
L’approximation des coefficients d’ionisation par des expressions en E 7 [91] :

αn = An E 7 et αp = Ap E 7 (2.28)

avec :
– An = 3,6.10−35
– Ap = 0,3.10−35
permet de calculer analytiquement les intégrales d’ionisation dans le cas d’une jonction plane
abrupte [92] :
" ! #
qCef f 3
 
Ap
=n = exp 2(Ap − An ) Vav 4 − 1 (2.29)
Ap − An εSi
" !#
qCef f 3
 
Ap
=p = 1 − exp 2(An − Ap ) Vav 4 (2.30)
Ap − An εSi

avec Cef f = NNaa+NNd


d
la concentration effective de la jonction (Na et Nd les valeurs (positives)
des dopages côté P et côté N respectivement), Vav la tension à ses bornes et εSi la permittivité
diélectrique du silicium. Il apparaı̂t tout de suite qu’à forte densité de courant, l’expression de
Cef f devra être corrigée au moyen de l’équation (2.23), pour tenir compte de la densité des
porteurs libres.
La prise en compte de la densité des porteurs libres dans le calcul de la concentration effective
correspond aux conditions rencontrées dans l’effet Kirk et le second claquage électrique. Les
composants étudiés ici (Fig. 2.10) s’identifient à des composants MOS ou FOD et ne possèdent
pas de collecteur faiblement dopé. L’élargissement de la base est peu perceptible et il n’y a pas
de discontinuité dans le régime de fonctionnement du transistor.
Dans le cas d’un transistor NPN, pour une jonction collecteur-base fortement dissymétrique

P N + , on a Na  Nd d’où Cef f = Na . Afin de prendre en compte la densité de charge électrique
due au passage du courant, il convient de modifier l’expression de Cef f :
npn
Cef f = Na + Jn /qvln − Jp /qvlp (2.31)

Cette dernière expression n’est valable que si l’on suppose la constance des densités de courants
dans la région de collecteur. Pourtant, cette région est le siège de la multiplication des courants
par avalanche. Toutefois, les coefficients d’ionisation des porteurs (Equ. 2.27) ne prennent une
valeur significative que pour des valeurs du champ électrique proches et supérieures à la valeur
de Encrit , soit pour des champs électriques de l’ordre de 106 V /cm. Ainsi, l’essentiel de la mul-
tiplication par avalanche se produit dans une zone réduite qui représente typiquement 10% [93]
de l’extension totale de la charge d’espace (Fig. 2.12). Cette région de multiplication se situe
près de la jonction métallurgique (ou plus précisément près du maximum du champ électrique).
L’expression 2.31 de Cef f s’avère donc valable en première approximation car les courants Jn ,
Jp et les densités de porteurs libres n et p sont constants dans une grande partie (90%) de la
région de collecteur.

41
Chapitre 2. Étude des transistors bipolaires autopolarisés (TBA)

N ++ zone effective de
multiplication
par avalanche

n
p

Col.

Fig. 2.12 – Profils des porteurs libres et du champ électrique dans la région de collecteur d’un
transistor bipolaire NPN. La zone effective de multiplication par avalanche représente une partie
limitée de la région de fort champ électrique (environ 10%).

De la même manière, la concentration effective dans un transistor bipolaire PNP sera donnée
par :
pnp
Cef f = Nd + Jp /qvlp − Jn /qvln (2.32)

Il découle des relations 2.31 et 2.32 que les conditions suivantes doivent êtres satisfaites pour
assurer l’existence d’une charge d’espace de signe correct :

Jn Jp Jp Jn
< Nd + et < Na + (2.33)
qvln qvlp qvlp qvln

dans le cas d’un transistor bipolaire PNP et NPN respectivement. En d’autres termes et de
manière approchée, il n’est pas possible de générer dans la région de multiplication par avalanche,
un courant supérieur à celui qui entre dans la région, dans les régimes de fortes densités de
courant. Nous verrons cependant que cela peut se produire dans un cas limite.

2.4 Étude unidimensionnelle fort courant des TBA


L’objectif n’est pas ici de construire un modèle précis des composants mais de mettre en
évidence les phénomènes physiques clefs sur lesquels repose leur fonctionnement. L’étude et
l’optimisation des composants passent par l’utilisation d’outils de simulation numérique beau-
coup plus évolués mais dont les résultats doivent toujours être critiqués. En outre, si ces outils
donnent accès au différentes grandeurs physiques en tout point du maillage de la structure, telle
la densité de porteurs, le champ électrique, etc. . ., il est toujours nécessaire d’interpréter et de
comprendre les phénomènes observés. Aussi, il est indispensable d’avoir une connaissance préa-
lable du composant aussi poussée que possible pour comprendre, critiquer et valider les résultats
obtenus.
Au moyen de l’assemblage des régions précédemment décrites, nous allons déterminer la
caractéristique tension-courant d’un TBA à fortes densités de courant et lier les particularités
observées aux phénomènes physiques sous-jacents.

42
2.4. Étude unidimensionnelle fort courant des TBA

2.4.1 Mise en équation du problème


Si l’on considère la figure 2.13, on constate que l’espace offert dans la profondeur physique
de base Wb se voit partagé par la région électrique de base (Wbef f ) et la zone de charge d’espace
de la région de collecteur (Wav ). Cette dernière s’étend principalement du coté le moins dopé
de la jonction collecteur-base et est le siège de la multiplication par avalanche. Nous allons
exprimer Wbef f et Wav à partir des équations déterminées précédemment dans les différentes
régions électriques.

P ++ P ++ N ++ N ++

p n
n p

Wb Wb
x0 xb x xb x0 x
WBef f Wav Wav WBef f
(a) (b)

Fig. 2.13 – Profils des porteurs libres dans la base physique de largeur Wb : (a) dans le cas d’un
transistor PNP et (b) dans le cas d’un transistor NPN. Les extensions des régions électriques
de base (Wbef f ) et de collecteur (Wav ) sont également représentées.

Calcul de l’extension de la région de base Wbef f

La concentration de porteurs dans la base côté émetteur se déduit de l’équation (2.9) :


s s
Jn Jp
ppnp
x0 = pnpn
x0 = (2.34)
qhE qhE

celle du coté collecteur est approximativement donnée à partir des équations (2.22) :

Jp Jn
ppnp
xb = pnpn
xb = (2.35)
qvlp qvln

car il y a continuité de la concentration de porteurs et des densités de courant entre la région


de base et de collecteur. Ceci nous permet de calculer l’extension de la région de base Wbef f =
|x0 − xb | à partir de la relation (2.21) :

p x0 − p xb
Wbef f = (2.36)
∂p
∂x

∂p
avec le gradient des porteurs dans la base.
∂x

43
Chapitre 2. Étude des transistors bipolaires autopolarisés (TBA)

Calcul de l’extension de la zone de collecteur Wav

Les équations (2.7) et (2.25) permettent de donner une expression de la valeur de l’intégrale
d’ionisation en fonction de la densité de courant générée et totale :

Jn Jp
=pnp
p = et =npn
n = (2.37)
JT JT

Connaissant les valeurs de =n et =p , on peut calculer la tension soutenue par la région de


collecteur à partir des équations 2.29 et 2.30 :
v  
pnp
u 1 Ap − An
Vav =u ! ln 1 − (2.38)
pnp 3 Ap =pnp
u
4
u C ef f
p
2(An − Ap ) q
t
εSi

pnp
pour les transistors PNP, avec Cef f donné par l’équation (2.32), et

v  
npn
u 1 Ap − An
Vav =u ln 1 + (2.39)
An =npn
!3
C npn
u
4
u n
ef f
2(Ap − An ) q
t
εSi

pnp
pour les transistors NPN avec Cef f donnée par l’équation (2.31). Et enfin, calculer l’extension
de la zone de charge d’espace qui est donnée pour une jonction plane abrupte par :
s
2εSi
Wav = Vav (2.40)
qCef f

la charge d’espace s’étendant principalement du côté le moins dopé, donc la base, pour une
jonction fortement dissymétrique comme dans le cas considéré ici.

Obtention de l’équation

Nous avons démontré que les courants de trous et d’électrons sont constants dans la région de
base et sur l’essentiel de la région de collecteur. Ils sont donc constants sur l’ensemble de la base
physique, étant donnée leur continuité à la limite des deux régions (soit en xb sur la figure 2.13).
De plus, si l’on connaı̂t le courant total, les valeurs de Jn et Jp dépendent seulement de la valeur
de la dérivée du profil de porteurs dans la base (Equ.2.13). Wav (Equ.2.40) et Wbef f (Equ.2.36)
∂p
sont donc des fonctions de JT et seulement. La résolution de l’équation implicite :
∂x
∂p ∂p
Wav ( , JT ) + Wbef f ( , JT ) − Wb = 0 (2.41)
∂x ∂x
∂p
pour JT et Wb fixés, permet de calculer la valeur de , de laquelle on déduit la valeur de la
∂x
tension dans la zone de collecteur (Vav ) à partir de l’équation (2.38) pour un transistor PNP et
(2.39) pour un NPN. Pour simplifier encore le problème, on ne prend en compte que la chute
de potentiel dans la région de collecteur, où le champ électrique est fort, devant celle de la
région de base où il est faible, et devant celle de la jonction émetteur-base. La tension aux
bornes du transistor est alors égale à Vav . On construit les caractéristiques Vav (JT ) en résolvant
graphiquement ou numériquement l’équation (2.41), pour diverses valeurs du courant et pour
différentes profondeurs de base physique.

44
2.4. Étude unidimensionnelle fort courant des TBA

100
Vav (V) (a)

10

1
4 5 6
1×10 1×10 1×10
100 6 µm
(b) 3
2
1,7
Vav (V)

1,2
10 1
0,6
0,3

1
4 5 6
1×10 1×10 1×10
JT (A/cm²)

Fig. 2.14 – Tension aux bornes de la zone d’avalanche en fonction de la densité de courant pour
différentes profondeurs de base physique, dans le cas d’un transistor PNP (a) et NPN (b).

2.4.2 Caractéristique tension-courant


Les caractéristiques sous fortes densités de courant sont présentées à la figure 2.14, pour
chacun des deux types de composants NPN et PNP et pour différentes profondeurs de base
physique. Pour une même profondeur de base, la tension de maintien d’un transistor PNP est
systématiquement supérieure à celle d’un transistor NPN. Cette différence provient principale-
ment de la plus faible valeur du facteur de multiplication du courant de trous dans le cas du
transistor PNP (Fig.2.15) [68, 69]. On notera aussi l’accroissement de la tension de maintien
avec l’augmentation de la profondeur de base, associée à la diminution du gain concomitante. Le
modèle rend donc parfaitement compte du comportement habituel et bien connu des composants
étudiés.

2.4.3 Effets spécifiques des fortes densités de courant


L’effet le plus remarquable est la rapide diminution de la tension pour les densités de courant
croissantes, particulièrement au-delà de 1 105 A/cm2 . Cette diminution est très marquée dans
le cas des NPN, quelle que soit la profondeur de base. Seuls les transistors PNP possédant une
base de faible profondeur suivent le même type de comportement. Pour des profondeurs plus
importantes, cette chute est beaucoup moins marquée et l’on peut même constater une croissance
de la tension d’autant plus importante et précoce que la profondeur de base est importante.
La méthode de résolution graphique de l’équation 2.41 permet de comprendre l’origine de ce
∂p ∂p
phénomène. Elle repose sur le tracé de Wav ( , JT ) + Wbef f ( , JT ) à partir des équations 2.40
∂x ∂x

45
Chapitre 2. Étude des transistors bipolaires autopolarisés (TBA)

Facteur de multiplication
Mn
Mp
10

1
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
Tension normalisée (V/BV)

Fig. 2.15 – Comparaison des facteurs de multiplication d’un courant d’électrons Mn (Equ.2.25
et 2.29) et d’un courant de trous Mp (Equ.2.25 et 2.30) en fonction de la tension normalisée
par rapport à la tension de claquage.

et 2.36, présenté dans la figure 2.16(a), associé à celui de la tension d’avalanche (Fig : 2.16(b))
calculée à partir des équations 2.38 et 2.39 dans le cas des transistors bipolaires PNP et NPN
respectivement.
La méthode de résolution graphique est la suivante : pour une profondeur de base physique
choisie, on détermine au moyen des courbes du haut (Fig : 2.16(a)) la valeur de ∂p/∂x associée
à une densité de courant donnée, puis la tension correspondante en reportant la valeur de ∂p/∂x
sur la courbe de même densité de courant dans la courbe du bas (Fig : 2.16(b)).

Cas des transistors NPN

Quelle que soit la valeur de la pente du profil des porteurs dans la base, la tension aux
bornes de la zone de collecteur diminue très rapidement avec la densité de courant dans le
cas des transistors NPN (Figure 2.16(b)). Cette diminution provient de l’augmentation de la
concentration effective de la jonction collecteur-base, (Cef f ) avec la densité de courant d’électrons
(Equ.2.31) qui implique la réduction de la tension de claquage de la jonction, et par conséquent de
la valeur de la tension de maintien du transistor. La diminution de Cef f que pourrait engendrer
l’augmentation de la densité de courant de trous (Equ.2.31) se trouve limitée dans les transistors
NPN où selon les conventions fixées précédemment, le gradient du profil de porteurs dans la
base est positif. En effet, si l’on se reporte à la figure 2.11, on constate que le courant de trous
pourra au maximum, pour ∂p/∂x = 0, ne représenter qu’un quart du courant total, soit un tiers
de la densité de courant d’électrons. Ainsi, même pour des profondeurs de base importantes,
le comportement des transistors converge vers un régime de fonctionnement où le gradient des
porteurs dans la base tend vers zéro (Fig.2.16(a)) et la tension de claquage décroı̂t avec la densité
de courant. Les profils des porteurs obtenus par simulation numérique unidimensionnelle sont
présentés dans la figure 2.17. Ils illustrent et confirment ces explications pour une profondeur de
base de 1,7 µm.
Les résultats de simulations numériques permettent aussi de confirmer les hypothèses émises
pour la simplification des équations. En particulier, la linéarité du profil des porteurs libres
dans la région de base est vérifiée, bien que quelque peu masquée par l’échelle logarithmique

46
2.4. Étude unidimensionnelle fort courant des TBA

8
(a)
6
PNP
4 2
5 10 A/cm
Wb(µm)

5
4 1 10
5
2,5 10
5
2
5 10
6
1 10
6
2 10
0
-3 -2 -1 0 1

30
(b) NPN
25

20
Vav (V)

15

10

0
-3 -2 -1 0 1
dp/dx (JT/4qDp)

Fig. 2.16 – Résolution graphique de l’équation 2.41, dans le cas d’un transistor PNP (côté
gauche) et d’un transistor NPN (côté droit). (a) Profondeur de base physique (Espace total
occupé par les régions de base et de collecteur) et (b) valeur de la tension aux bornes de la
région de collecteur en fonction de la pente du profil de porteurs dans la base, pour différentes
densités de courant.

sur la figure 2.17(a). On peut également observer le profil constant de la densité des porteurs
sur l’essentiel de la région de collecteur, car une majeure partie de la génération par avalanche
est réalisée autour du maximum de champ électrique. Elle se traduit en particulier par le profil
linéaire du champ électrique. La principale limitation du modèle semi-analytique provient de
l’approximation des coefficients de multiplication par une fonction en E 7 qui ne prend pas en
compte leur saturation à fort champ électrique (Equ.2.27), et conduit à des valeurs de tension
extrêmement faibles à très forte densité. Cependant, ceci ne remet pas en cause le bien fondé
des explications avancées qui se veulent plus qualitatives que quantitatives et privilégient une
analyse des phénomènes physiques fondamentaux associés aux caractéristiques électriques du
composant.

Cas des transistors PNP

La chute de tension à forte densité de courant dans les transistors PNP (Fig.2.16(b)) est
elle aussi associée à l’augmentation de Cef f due à la charge amenée par le courant de trous
dans la zone de charge d’espace du collecteur (Equ.2.32). Mais dans ce type de transistor, le
comportement de la base permet, contrairement au cas des transistors NPN, l’existence de
densités de courant d’électrons égales ou supérieures à celle des trous (Fig.2.11). La charge
électrique des électrons associée à leur densité de courant tend alors à diminuer la valeur de Cef f
(Equ.2.32) ce qui implique l’augmentation de la tension de claquage de la jonction collecteur-

47
Chapitre 2. Étude des transistors bipolaires autopolarisés (TBA)

1e+21 dopage
(a) 2
Concentration (/cm )

1e+20 p, 1e6 A/cm


3

n, 1e6
1e+19 p, 5e5
1e+18 n, 5e5
p, 1e5
1e+17 n, 1e5
1e+16
1e+15
C B E
1e+14
2,5 2 1,5 1 0,5

8e+05
(b)
Champ E (V/cm)

6e+05 2
1e6 A/cm
5e5
4e+05 1e5

2e+05

0
2,5 2 1,5 1 0,5
Distance (um)

Fig. 2.17 – Profils de la concentration des électrons n et des trous p (a) et répartition du champ
électrique (b) dans un transistor bipolaire NPN, obtenus par simulation numérique unidimen-
sionnelle pour différentes valeurs de densités de courant.

base. La tension augmente donc très rapidement lorsque les densités de courant d’électrons et
de trous sont proches, c’est-à-dire pour un gradient du profil de porteurs dans la base proche de
(-1) sur la figure 2.16(b). On remarque qu’il existe des régimes de fonctionnement où la valeur
du gradient est supérieure à (-1) (Fig 2.16(b)) et où la densité de courant d’électrons est donc
supérieure à celle du courant de trous (Fig.2.11). Ceci est possible car la vitesse limite de dérive
des électrons et supérieure à celle des trous. Ainsi, si l’on se reporte aux équations 2.22, la densité
d’électrons est plus faible que celle des trous pour des densités de courant égales. La limite du
régime de fonctionnement, qui correspond à l’égalité des densités d’électrons et de trous est
donnée en terme de densité de courant par la relation :
vlp
Jn = Jp (2.42)
vln

On peut constater sur la figure 2.16 que l’augmentation de la tension est d’autant plus tardive
vis-à-vis de la densité de courant que la profondeur de base physique est petite. Pour de faibles
profondeurs de base, le comportement d’un transistor PNP est similaire à celui du NPN, avec
toutefois une tension légèrement supérieure.
Dans les technologies les plus récentes (<0,15 µm), l’emploi de substrats très dopés dégrade
les performances des transistors NPN réalisés grâce au NMOS, car leur résistance de base se
trouve extrêmement réduite. La résistance de base des transistors PNP basés sur les PMOS,

48
2.5. Phénomène de focalisation du courant

1e+21 dopage
Concentration (/cm )
p, 1e6 A/cm
2 (a)
1e+20
3

n, 1e6
1e+19 p, 5e5
1e+18 n, 5e5
p, 1e5
1e+17 n, 1e5
1e+16
1e+15
1e+14
E B C
3 2,5 2 1,5 1

8e+05
(b) 1e6 A/cm
2

5e5
Champ E (V/cm)

6e+05 1e5

4e+05

2e+05

0
3 2,5 2 1,5 1
Distance (um)

Fig. 2.18 – Profils de la concentration des électrons n et des trous p (a) et répartition du champ
électrique (b) dans un transistor bipolaire PNP obtenus par simulation numérique unidimension-
nelle pour différentes valeurs de densités de courant.

n’est pas affectée car ils sont réalisés dans un puits N qui «isole» le composant du substrat. Le
comportement des transistors PNP, comparable à forte densité de courant à celui des transistors
NPN, leur permet finalement de présenter de meilleures performances que ces derniers [70].
Dans le cas de bases profondes, le comportement des transistors PNP est par contre très
différent de celui des NPN. Ce n’est pas une chute, mais une augmentation de la tension qui est
observée dans les transistors PNP. L’énergie dissipée dans la région de collecteur est alors très
importante et la robustesse du transistor PNP est très inférieure à celle du NPN. Les résultats
de simulations numériques présentés dans la figure 2.18 pour un transistor PNP de profondeur
de base de 1,7 µm illustrent parfaitement le comportement précédemment décrit. Encore une
fois, les hypothèses émises pour la simplification des équations sont justifiées. La répartition du
champ électrique est cependant assez déformée lorsque les concentrations des électrons et trous
dans la zone de charge d’espace sont proches, mais cela ne traduit pas un défaut majeur de
l’approche.

2.5 Phénomène de focalisation du courant


L’étude unidimensionnelle qui vient d’être menée, montre la rapide décroissance de la tension
aux bornes de la zone de collecteur dans un TBA lorsque la densité de courant augmente. Parti-

49
Chapitre 2. Étude des transistors bipolaires autopolarisés (TBA)

culièrement marquée dans les transistors NPN, nous allons voir que cette chute de tension est la
cause de la focalisation du courant observée dans ces composants. L’utilisation de la technique
de microscopie à émission lumineuse permet d’observer la non-uniformité de la distribution du
courant le long du collecteur d’un transistor [59]. L’observation la plus remarquable est que la
portion de collecteur utilisée est proportionnelle au courant total dans le composant, jusqu’à
l’étalement du courant sur la totalité de la longueur du collecteur [94].

2.5.1 Étude théorique


Un transistor bipolaire réel peut être décrit de manière segmentée, comme la mise en paral-
lèle du composant élémentaire décrit précédemment. Étant donnée la rapide décroissance de la

VC

R R R R R

Fig. 2.19 – Modélisation d’un TBA par la mise en parallèle de transistors élémentaires.

tension dans un transistor élémentaire pour les densités de courant croissantes, il paraı̂t évident
que le moindre déséquilibre de la densité de courant entre les composants conduit à la concen-
tration de la totalité du courant dans un seul. Ce phénomène est d’autant plus important que
nous avons affaire à deux phénomènes de multiplication intimement couplés : la multiplication
par avalanche du courant d’électrons dans la région de collecteur fournit un courant de trous
permettant la réinjection d’un courant d’électrons par effet bipolaire (gain du transistor) dans
la région de collecteur.
Le modèle proposé ne prend cependant pas en compte les chutes de potentiel dans les ré-
sistances d’accès à la région de collecteur et d’émetteur. Pourtant, même de faibles valeurs de
ces résistances vont entraı̂ner des chutes de potentiel non négligeables. Leur prise en compte,
limitée à celle du collecteur, comme présenté dans la figure 2.19, permet d’expliquer clairement
le phénomène d’étalement du courant couramment observé.
Considérons le cas d’un transistor possédant une base de 1,7 µm. La tension aux bornes d’un
segment est représentée sur la figure 2.20 pour différentes valeurs de la résistance de collecteur
R. Cette tension est obtenue en ajoutant la tension calculée aux bornes de la zone de collecteur
à la chute de tension dans la résistance de collecteur R. La résistance de collecteur modifie peu
la tension pour les faibles densités de courant. Par contre, à forte densité de courant, c’est elle
qui va déterminer la tension totale. La tension présente une valeur minimum VM IN pour une
densité de courant donnée JM AX . Cette tension est d’autant plus basse que la densité de courant
maximum associée est grande et que la valeur de la résistance est faible.
Lorsque le courant total croı̂t dans le transistor, il se localise alors dans un seul transistor
élémentaire mais de manière limitée, grâce à l’augmentation de la tension due à la résistance de
collecteur. En effet, lorsque la densité de courant dans un transistor élémentaire dépasse JM AX ,
le courant supplémentaire sera conduit par le transistor voisin et ainsi de suite, jusqu’à utilisation
de l’ensemble des transistors élémentaires disponibles. La résistance de collecteur, appelée aussi

50
2.5. Phénomène de focalisation du courant

10

7 V
MIN

Vav (V)
6

5
3xR
4 2xR
R
3 0
2
JMAX
1 4 5 6
1×10 1×10 1×10
JT (A/cm²)

Fig. 2.20 – Compensation de la chute de potentiel par une résistance de collecteur.

résistance de ballast permet de contrôler la valeur de JM AX et d’éviter ainsi une trop importante
focalisation du courant qui conduirait rapidement à un second claquage thermique et à une faible
robustesse du composant vis-à-vis des ESD.

2.5.2 Vérification expérimentale


Des observations expérimentales réalisées sur des TBA permet de vérifier le modèle proposé.
Ces TBA sont réalisés à partir d’un transistor NMOS d’une technologie 1,7 µm.
Le composant utilisé possède deux doigts de grilles et deux drains placés de part et d’autre
d’une source, comme schématisé sur la figure 2.21. Afin de tester l’influence de la résistance
de ballast, des composants réalisés avec différentes distances entre les prises de contacts des
collecteurs et la grille (DCG), toutes dimensions identiques par ailleurs, ont été fabriqués. La

Sub











 D DCG  
G 
S  
G 
DCG D











 Sub











           

       

++ ++ ++ ++ ++
P N N N P
           
       

Substrat P

Fig. 2.21 – Vue en coupe du transistor NMOS utilisé.

figure 2.22 permet de comparer les caractéristiques TLP de trois transistors pour des valeurs de
DCG de 2,3 , 5,2 et 8,2 µm à faibles valeurs du courant, pour lesquelles il n’est pas distribué sur
la totalité du doigt. La résistance après le déclenchement est extrêmement faible car le courant se
déploie progressivement sur la longueur du doigt, sous une tension quasiment constante. Comme
prévu par notre modèle, cette tension est d’autant plus faible que la résistance de ballast est
faible.

51
Chapitre 2. Étude des transistors bipolaires autopolarisés (TBA)

0,18

0,16

0,14 2,3 µm
5,2
0,12 8,2
0,1
Ic (A)

0,08

0,06

0,04

0,02

0
5 6 7 8 9 10 11 12 13 14
Vc (V)

Fig. 2.22 – Caractéristique TLP pour différentes valeurs de la distance entre bord de grille et
contact de collecteur.

Enfin les images d’EMMI présentées dans la figure 2.23 sur les composants ayant une distance
DCG de 5,2 et 8,2 µm illustrent la dépendance de la densité de courant maximale avec la
résistance de ballast.
Pour des courants identiques, l’étalement du courant le long du doigt est plus important
dans le cas du transistor le plus ballasté. Ceci témoigne de la plus faible valeur de JM AX pour
une résistance de collecteur plus élevée, comme prévue par notre modèle. Lorsque le courant
s’est étendu sur toute la longueur doigt, le second doigt prend le relais [61]. L’observation du
composant possédant une distance DCG de 2,3 µm n’est pas possible en régime statique car la
densité de courant JM AX est trop importante et l’échauffement trop localisé conduit rapidement
au second claquage thermique.
Nous devons enfin mentionner l’impact négatif sur la robustesse ESD, de l’emploi de siliciure
qui permettent de réduire la résistance des drains et des sources [63, 95]. La dégradation de la ro-
bustesse découle directement de l’affaiblissement de la résistance de ballast avec les conséquences
que l’on vient de présenter ici.

2.6 Destruction du composant : aspect thermique


2.6.1 Chemin vers la destruction du composant
Si l’ajout d’une résistance de ballast permet de limiter la densité de courant maximale en
début de décharge et d’éviter une destruction prématurée, son rôle est aussi très important dans
la stabilisation thermique du composant à plus fortes densités de courant. Il est important de
souligner ici que nous avons affaire à un système physique qui est très éloigné de son équilibre
thermodynamique. Même si à première vue le courant se distribue de manière uniforme dans le
composant, il existe au cours du temps de fortes fluctuations de la densité de courant. La ro-
bustesse du dispositif réside dans sa capacité à limiter l’amplitude de ces fluctuations. En effet,
si cette amplitude est trop importante, les élévations locales de température vont précipiter la
destruction du composant en initialisant précocement le phénomène de second claquage ther-
mique. La résistance de ballast permet de limiter cette amplitude maximum. S’il apparaı̂t une
augmentation locale de la densité de courant due à un échauffement, elle est compensée par la

52
2.6. Destruction du composant : aspect thermique

Fig. 2.23 – Images EMMI du transistor de distance DCG 5,2 µm (rangée du haut) et de celui
de distance DCG de 8,2 µm (rangé du bas) pour des valeurs de courant statiques de 50, 70 et
100 mA de gauche à droite.

chute de tension dans la résistance de ballast qui dépolarise cette région et concourt ainsi à la
stabilisation thermique de l’ensemble.
Le mécanisme de dégradation des transistors NMOS à été étudié par Pascal SALOME dans
[96] à partir des résultats d’analyse de défaillance. Nous allons rapidement résumer les résultats
présentés dans sa thèse de doctorat [58]. Il apparaı̂t que les défauts sont initialisés à la jonction
collecteur-base et découlent du second claquage thermique. Ces défauts initiaux se traduisent
par une légère augmentation du courant de fuite du composant et ne semblent pas être catas-
trophiques vis-à-vis de la fiabilité [97]. En particulier, ils ne sont pas un site privilégié pour un
nouveau défaut lors de stress suivants. Ces défaut sont qualifiés de «soft breakdown». Pour des
stress plus longs ou plus intenses, les défauts initialisés à la jonction collecteur-base entraı̂nent
la focalisation du courant d’émetteur. Il apparaı̂t alors un nouveau défaut dans la jonction
émetteur-base. Lorsque les deux défaut se rejoignent, il forment un filament qui court-circuite
le drain et la source. Cette défaillance, qui se traduit par un courant de fuite important, est
qualifié de «hard breakdown».
L’utilisation du modèle semi-analytique permet d’étudier l’impact de la température sur les
différentes régions électriques indépendamment. Si l’on reprend le modèle d’un TBA par la mise
en parallèle de transistors élémentaires associés à leurs résistances de ballast (Fig. 2.19), nous
pouvons étudier l’effet de l’échauffement de la région d’émetteur ou de collecteur du transistor
de l’une des sections.
Une augmentation de la température à la jonction émetteur-base correspond à une diminution

53
Chapitre 2. Étude des transistors bipolaires autopolarisés (TBA)

du paramètre de recombinaison d’émetteur hE [98]. La figure 2.24 montre l’impact de cette


diminution sur la tension aux bornes d’une section en fonction de la densité de courant. Le
paramètre de recombinaison d’émetteur est de 1, 5 10−14 pour la courbe originale. Pour une
augmentation de température de 200 K, ce paramètre est réduit à 1 10−14 (courbe ”hE ” Fig. 2.24).
Pour une tension donnée de 8 V, l’échauffement entraı̂ne un accroissement de la densité de
courant (Fig. 2.24). L’emballement thermique peut alors entraı̂ner une focalisation du courant
dans cette section.
Pour une augmentation de température de 200 K dans la région de collecteur, les coefficients
de multiplication par avalanche sont réduits de moitié environ. Dans ces conditions, on constate
une diminution de la densité de courant (courbe ”avalanche” Fig. 2.24) dans la section échauffée,
qui tend à limiter l’emballement thermique et la focalisation du courant dans la section.

10

Aval.
8
Vav (V)

hE

Avalanche
6 orig
hE
5 4 5 6
1×10 1×10 1×10
JT (A/cm²)

Fig. 2.24 – Effet de la température de 200 K sur la tension aux bornes de la zone d’avalanche
en fonction de la densité de courant. Courbe originale (orig) (T=300 K). Effet de la diminution
du paramètre de recombinaison d’émetteur (hE ), et de la diminution des paramètres d’avalanche
An et Ap (avalanche), pour une augmentation de la température de 200 K dans ces régions.

2.6.2 Proposition d’un nouveau type de composant


Le couplage thermique de la zone d’avalanche qui est très chaude, avec la jonction émetteur-
base, apparaı̂t comme un phénomène qui peut précipiter la destruction du composant. De plus,
on peut intuitivement comprendre que le fort couplage électrique des deux phénomènes de mul-
tiplication que sont l’effet bipolaire et la multiplication par avalanche favorise la concentration
spatiale du courant. La région de collecteur, qui est la région la plus chaude du composant
lors d’un stress ESD, possède la propriété d’éviter l’emballement thermique, contrairement à
la région d’émetteur qui va le favoriser. Un dispositif dans lequel les couplages électriques et
thermique entre la jonction émetteur-base et la région de collecteur seraient fortement diminués,
doit posséder une forte robustesse aux ESD. Pour obtenir un découplage important, il est né-
cessaire d’éloigner significativement la jonction émetteur-base de la région de multiplication par
avalanche, ce qui revient à augmenter la profondeur de base effective du TBA.
D’après les résultats obtenus au moyen du modèle semi-analytique, seuls les transistors NPN
sont de bons candidats pour réaliser ce type de composant. Leur tension de maintien n’augmente
pas rapidement lorsque leur profondeur de base est agrandie contrairement au transistor bipolaire

54
2.7. Conclusion et perspectives

PNP. L’étude et la mise au point de transistors NPN possédant une base effective profonde est
l’objet du chapitre suivant.

2.7 Conclusion et perspectives


Après avoir présenté les différents types de composants permettant la réalisation des protec-
tions ESD basées sur le TBA, nous avons décrit l’état de l’art de leur principe de fonctionnement.
Les aspects liés aux fortes densités de courant lors d’une décharge électrostatique ne sont que
trop rarement étudiés dans la littérature.
En s’appuyant sur les connaissances issue des transistors bipolaires de puissance et des tran-
sistors bipolaires haute fréquence, une étude approfondie du comportement des TBA à forte
densité de courant a pu être menée. L’approche régionale unidimensionnelle utilisée a été adap-
tée au cas des TBA, en particulier pour la région de collecteur du transistor qui est le siège de
la génération par avalanche.
Les résultats obtenus par cette approche semi-analytique, ont permis de mettre en évidence
les phénomènes physiques spécifiques à ces composants. La différence de comportement des
transistors bipolaires NPN et PNP a été mise en évidence. Une nouvelle explication de l’origine
de la focalisation du courant dans ces dispositifs en a été déduite.
Enfin, après avoir abordé les aspects thermiques, à l’origine de la destruction du composant,
nous avons pu proposer le principe d’un nouveau type de TBA NPN dont la profondeur de base
effective serait importante. L’étude de ces composants potentiellement capables d’une excellente
robustesse aux décharges électrostatiques est menée dans le chapitre suivant.
Pour finir, nous souhaitons souligner que l’étude du système physique que constitue le TBA
dans les régimes de fortes densités de courant, met en jeu la physique des systèmes très éloignés
de leur équilibre thermodynamique. Il y a sans doute beaucoup de progrès potentiels à réaliser
en s’appuyant sur les outils développés pour l’étude des phénomènes non linéaires [99], comme
les transitions de phases ou le chaos, qui sont des aspects très modernes et actuels de la physique.
Le modèle unidimensionnel développé s’inspire des modèles distribués de composants bipo-
laires de puissance étudiés au LAAS. Cette dernière approche de modélisation est particulière-
ment prometteuse pour les composants de protection ESD. Son extension à ce domaine pourrait
permettre de fournir des modèles de composant ESD qui prennent en compte les effets des fortes
densité de courant voire même les aspects thermiques. Les modèles distribués reposent sur la
résolution de l’équation du profil des porteurs dans la région de base. Le développement, sans
doute difficile, d’une méthode de résolution des profils de porteurs dans la région de collecteur
permettrait d’étudier et de modéliser précisément les aspects dynamiques du fonctionnement
des TBA. L’aspect dynamique devient en effet primordial pour les stress ESD de type CDM.

55
Chapitre 2. Étude des transistors bipolaires autopolarisés (TBA)

56
Chapitre 3

Optimisation de transistors
bipolaires autopolarisés

L’étude menée au chapitre précédent nous a conduit à proposer un nouveau type de com-
posant bipolaire NPN dont la profondeur de base serait grande pour assurer un découplage
important entre les régions d’émetteur et de collecteur. Ce type de composant ne peut pas être
basé sur l’utilisation de transistors NMOS ou de transistors bipolaires latéraux (FOD). En ef-
fet, si la tension de maintien des transistors NPN dépend peu de leur profondeur de base, ceci
n’est vrai que pour de très fortes densités de courant. Ces composants seraient particulièrement
difficiles à déclencher et présenteraient avant d’atteindre leur repliement, un régime de fonction-
nement à relativement haute tension et fort courant qui leur serait fatal. Nous allons montrer
dans ce chapitre comment contourner ce problème en utilisant des transistors bipolaires NPN
possédant un collecteur faiblement dopé.
Une étude approfondie du fonctionnement de ce transistor lors d’une décharge électrostatique
va être menée. Pour cela, nous utiliserons intensivement la simulation physique, après avoir pris
conscience des limitations qu’elle comporte dans le cas particulier des décharges électrostatiques.
Une étude précise devrait faire appel à la simulation tridimensionnelle, mais les lourds moyens
informatiques qui seraient nécessaires la rendent très difficilement réalisable. Toutefois, des sim-
plifications permettent par une double étude en deux dimensions, d’obtenir une description plus
accessible et plus efficace du problème, au prix cependant de certaines limitations. La compré-
hension fine du fonctionnement permettra d’étudier et de proposer un ensemble de règles pour
obtenir des composants optimisés et extrêmement robustes. Finalement, des résultats expéri-
mentaux obtenus dans trois technologies différentes viendront illustrer et valider les conclusions
tirées des simulations.

3.1 Utilisation des simulateurs électrothermiques


Les structures de protection ESD ne sont pas réutilisables directement d’une technologie à
l’autre. Un dispositif peut être très performant dans une technologie et totalement inefficace dans
une autre. Le développement de structures de protection dans une nouvelle technologie requiert
donc un certain nombre d’itérations en termes de conception, réalisation et caractérisation. Les
tests ESD expérimentaux (HBM, TLP) donnent des informations précieuses sur les caractéris-
tiques d’un composant mais aident peu la compréhension des mécanismes physiques mis en jeu
pendant une décharge. Le recours à la simulation pour prédire le comportement des structures de
protection et optimiser leurs performances apparaı̂t donc indispensable. Idéalement, elle devrait
permettre de faire l’économie de plusieurs réalisations technologiques et de nombreux motifs
de caractérisation, ce qui peut représenter un gain de temps et d’argent considérable dans le
développement d’une technologie.

57
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés

3.1.1 «GIGO law»

L’étude et l’optimisation des composants de protection ESD passe par l’utilisation de la


simulation numérique. Il convient d’insister sur le fait que tirer profit des logiciels de ce type
demande infiniment plus d’investissement de la part de l’utilisateur qu’un banal logiciel de
traitement de texte. Il est primordial de retenir la loi fondamentale selon laquelle tous paramètres
d’entrée erronés entraı̂nent des mauvais résultats (GIGO law : Garbage In, Garbage Out) qui
peuvent mener à une interprétation très éloignée de la réalité.
En premier lieu, la description de la structure donnée au simulateur doit être aussi proche
que possible de la structure réelle. En particulier, les profils de dopages utilisés doivent êtres
conformes aux profils réels, obtenus par exemple par des mesures par sonde ionique (SIMS
(Secondary Ion Mass Spectroscopy)).
Le choix des modèles physiques et la réalisation d’un maillage efficace sont aussi des aspects
particulièrement critiques. Ces deux étapes sont cruciales pour obtenir des résultats précis et
fiables et reposent en grande partie sur une connaissance préalable aussi poussée que possible
du fonctionnement du composant simulé. À ce titre, l’enseignement tiré de l’approche semi-
analytique du chapitre précédent constitue un bon outil pour critiquer et améliorer les résultats
obtenus par simulation.

3.1.2 Limitation des modèles physiques

Les simulateurs physiques permettent de résoudre de manière couplée les équations physiques
des semi-conducteurs (équation de Poisson et équations de continuité des porteurs) et l’équa-
tion de la chaleur [90]. L’utilisation de ces simulations électrothermiques est indispensable pour
comprendre le fonctionnement des composants de protection ESD, dans lesquels l’élévation de
la température, localisée dans la région de collecteur, est très importante lors d’une décharge
électrostatique de forte intensité.
Les simulateurs électrothermiques ont été initialement développés pour l’étude des compo-
sants classiques de la microélectronique. Les conditions rencontrées lors d’une décharge électro-
statique s’éloignent de ces régimes de fonctionnement classiques par deux aspects. D’une part, la
température dans le composant est très élevée (jusqu’à atteindre la limite de fusion du silicium),
et d’autre part, les densités de courants mises en jeu sont très grandes. Or, les modèles physiques
ne sont pour la plupart validés que pour des températures inférieures à 600 K [100, 101]. En
conséquence de la très forte injection, les modèles de mobilité et de génération-recombinaison
sont utilisés dans une région proche de leur limité de validité. Les paramètres des modèles ther-
miques, comme la capacité calorifique, le coefficient de diffusion thermique du silicium le sont
également, mais dans une moindre mesure.
Dans les TBA, le champ électrique, fortement influencé par la densité des porteurs libres,
atteint des valeurs très importantes. Les modèles de multiplication par avalanche ont été déve-
loppés à l’origine pour obtenir les tensions de claquages de composant [92], ou pour les régimes
de faible multiplication, comme dans le collecteur d’un transistor bipolaire pour les régimes
normaux de fonctionnement. Leur validité pour des conditions à la fois de forte avalanche et
d’intense champ électrique est particulièrement discutable. De plus, la zone de plus haute tem-
pérature se situe précisément dans la région ou les phénomènes d’avalanche sont importants. Une
description plus précise de la physique ayant trait à cette région pourrait reposer sur l’utilisation
des modèles dits hydrodynamiques [102], dans lesquels la température des électrons et des trous
ne sont plus considérées égale à celle du réseau cristallin. Malheureusement, les paramètres de ces
modèles sont mal connus dans des conditions classiques et à plus forte raison dans les conditions
extrêmes relatives aux décharges électrostatiques. L’ajout de deux équations supplémentaires,
pour le calcul de la température des porteurs, pénalise de plus la convergence et la rapidité des
calculs [17].

58
3.1. Utilisation des simulateurs électrothermiques

3.1.3 Approche et solutions retenues


Les simulations présentées dans ce document ont été réalisées avec le logiciel Dessis de la
société ISE [101].
Afin de simuler précisément la réponse du composant à un stress ESD, nous avons mis en
œuvre la simulation mixte en utilisant le schéma électrique équivalent du modèle HBM.
L’utilisation de profils de dopages analytiques, dont les paramètres sont ajustés sur des si-
mulations soigneusement calibrées du procédé de fabrication, assure une description précise du
composant. L’emploi de profils analytiques autorise une grande souplesse pour l’étude des modi-
fications de géométrie. Elle permet d’éviter l’utilisation d’une étape de simulation technologique
de la totalité du composant, qui serait lourde en temps de calcul.
Le choix des modèles physiques a été réalisé à partir d’un critère de stabilité des simula-
tions et de pertinence vis-à-vis des conditions physiques rencontrées dans le fonctionnement du
composant. Pour l’ensemble des modèles, la dépendance avec la température a été activée :
– Concentration intrinsèque : L’utilisation de l’approximation de Boltzmann sur la statis-
tique de Fermi-Dirac est légitime pour les conditions physiques rencontrées lors d’un stress
ESD. La température est supérieure à 300 K et la forte densité de porteurs dans la zone
active du composant reste largement inférieure à 1019 Atome/cm3 . L’utilisation de la sta-
tistique de Fermi-Dirac pénaliserait de plus la convergence et la vitesse des calculs [17].
Le modèle de rétrécissement de la bande interdite (Band Gap Narrowing) à fort dopage a
également été utilisé.
– Mobilité des porteurs : les modèles de dépendance de la mobilité avec le dopage, de satu-
ration avec le champ électrique et de dégradation avec le niveau d’injection (carrier-carrier
scattering) ont été utilisés.
– Génération-Recombinaison : les modèles SRH (Shockley Read Hall) et Auger pour les
recombinaisons ont été choisis. Le terme de recombinaison Auger est particulièrement
important dans les régions de forte densité de porteurs et pour modéliser correctement
l’efficacité d’injection de l’émetteur des transistors bipolaires.
Le modèle de génération par avalanche de van Overstraeten-de Man a été sélectionné pour
la bonne convergence constatée dans les simulations et les tensions de maintien obtenues
qui sont en bon accord avec l’expérience.
Le simulateur offre la possibilité de calculer les courants associés aux effets thermoélectriques.
Plusieurs tests nous ont montré que les courants dus au couplage thermoélectrique ne semblent
pas jouer un rôle fondamental dans les simulations réalisées, malgré le fort gradient de tem-
pérature présent dans le composant. Le calcul des termes supplémentaires introduits dans les
équations fondamentales dégrade la convergence et implique une forte augmentation du temps
de simulation qui nous a conduit à les laisser de côté.
L’importante étape du calibrage des simulations doit être particulièrement soignée. Le cali-
brage des profils de dopages est primordial. Comme nous le verrons, la tension de maintien des
TBA dépend directement des profils de dopage de collecteur.
Le bon accord avec l’expérience des caractéristiques statiques du transistor, comme les carac-
téristiques IC (VCE ), obtenues par simulation doit être vérifié. Un calibrage précis des modèles,
basé sur ces caractéristiques, est superflu car l’ordre de grandeur des densités de courant lors
d’un stress ESD est plusieurs fois supérieur. Le domaine d’utilisation des modèles physiques pour
des caractéristiques statiques et lors d’un stress ESD est donc totalement différent.

Conclusion
La somme de paramètres incertains ou inadaptés aux conditions extrêmes rencontrées dans
un composant subissant un stress ESD, contraint à beaucoup de prudence quant aux résultats
obtenus par simulation. La prédiction de la robustesse d’un composant apparaı̂t même à l’heure
actuelle comme illusoire. Cependant, en limitant leur utilisation dans des conditions peu éloignées
des domaines de validité des modèles, nous pouvons obtenir des informations fiables sur le

59
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés

fonctionnement du composant et en faire, pour le moins, ressortir les tendances. Les simulateurs
électrothermiques ont souvent été utilisés avec succès pour comprendre le fonctionnement des
composants de protection ESD [17, 60, 94, 103].

3.2 Cas d’un composant bipolaire NPN vertical


Nous allons analyser en détail le fonctionnement d’un transistor bipolaire NPN vertical. Les
liens entre les caractéristiques électriques du composant et sa structure physique et géométrique
seront mis en évidence, en particulier pour les régimes de fortes densités de courant.

3.2.1 Description de la structure


La figure 3.1(b) représente une coupe transversale du transistor choisi pour notre étude,
tandis que la figure 3.1(a) en donne le schéma électrique équivalent. Le transistor est utilisé
dans la configuration la plus courante pour une structure de protection ESD, c’est-à-dire avec
la base et l’émetteur court-circuités à la masse. Il est réalisé dans une technologie 1,8 µm dite
de puissance intelligente ou smart power qui permet de réunir sur une même puce les fonctions
de contrôle et de puissance. Elle utilise une épitaxie N sur un substrat P. L’isolation entre les
différents caissons est assurée par des diffusions profondes P + .
Le transistor npn vertical de la figure 3.1 est celui qui est proposé par la bibliothèque stan-
dard de la technologie. Il possède une très faible résistance de collecteur grâce à une couche
enterrée très dopée et une diffusion profonde N + . Deux modifications sont réalisées vis-à-vis de
la structure standard : une résistance de ballast est introduite dans l’émetteur en éloignant le
contact du bord de la diffusion, et un seul des contacts de base est relié à la masse.






 C 










     E 






 B   

               

                

++ ++ ++ ++ ++
N P N P P
               

                

P+ P+
N+ P
P+

N epi

Couche enterrée N +
(a) (b)
P substrat

Fig. 3.1 – Schéma électrique (a) et coupe technologique (b) du transistor bipolaire NPN vertical.

3.2.2 Modes de fonctionnement lors d’une décharge électrostatique


Lorsqu’un stress ESD HBM négatif est appliqué sur le collecteur, le composant conduit le
courant au travers de sa diode collecteur-base polarisée en direct. Sa robustesse est très grande
dans ce mode de fonctionnement car la puissance dissipée dans la structure est faible et son
échauffement limité. Ce cas ne requiert pas de précaution particulière lors de la conception.
Dans le cas d’un stress ESD positif, le transistor bipolaire NPN se déclenche lorsque la
tension sur le collecteur dépasse la tension de claquage de la jonction collecteur-base. Le courant
d’avalanche qui parcourt la résistance interne de base permet la mise en conduction directe
de la jonction émetteur-base. L’effet bipolaire, conjugué à la multiplication par avalanche à la
jonction collecteur-base, conduit alors au phénomène de repliement (ou snapback) de la tension
de collecteur. Le transistor fonctionne alors en régime autopolarisé (cf. chapitre précédent).

60
3.3. Étude de son fonctionnement par la simulation physique bidimensionnelle

Notons que par construction la tension de claquage collecteur-base correspond à celle de la



jonction P ++ /Nepi .

3.2.3 Caractéristiques électriques


En fonction des variations géométriques et des options pour ajuster la tension de déclenche-
ment, cette structure permet d’obtenir d’excellentes performances ESD allant de 3,5 kV (soit
26 V par micron de longueur du doigt d’émetteur) à plus de 10 kV (75 V/µm) pour des stress
HBM positifs [60].
La caractéristique TLP du transistor de la figure 3.1 est présentée dans la figure 3.2. Deux
aspects remarquables se dégagent de l’observation des caractéristiques électriques. D’une part,
la tension de repliement du composant (Vt1 =70V) est très supérieure à la tension de claquage
de la jonction collecteur-base (BVCB =57V). D’autre part, la tension de maintien (VH =25V) est
très inférieure à la tension de claquage en base ouverte (BVCE0 =32V). Nous allons montrer que

5
Courant (A)

1 VH BVCE0 BVCB Vt1

0
0 10 20 30 40 50 60 70
Tension (V)

Fig. 3.2 – Caractéristique TLP du composant NPN vertical. La tension de claquage de la


jonction collecteur-base BVCB et la tension de claquage en base ouverte BVCE0 , mesurées à
10 µA, sont également reportées

l’origine de ces écarts provient des niveaux de courants auxquels sont mesurées ces différentes
grandeurs. En effet, les tensions BVCB et BVCE0 sont mesurées pour de faibles niveaux de
courant (10 µA), contrairement aux tensions Vt1 et VH qui sont typiquement obtenues pour des
courants de l’ordre du mA à plusieurs dizaines ou centaines de mA.
L’étude approfondie du fonctionnement du transistor lors d’un stress ESD, au moyen de la
simulation physique bidimensionnelle, va nous permettre de lier la valeur de ces tensions aux
caractéristiques physiques et à la géométrie du composant.

3.3 Étude de son fonctionnement par la simulation physique


bidimensionnelle
La structure du transistor NPN, comme présentée dans la figure 3.1, a été transcrite dans le
simulateur. Les conditions de simulations ont été décrites dans la section 3.1. L’observation de

61
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés

l’évolution des grandeurs physiques comme le champ électrique, la densité de courant, le taux
de génération par impact et la température, durant une décharge HBM permet d’analyser en
détail les phénomènes.

3.3.1 Surtension avant le repliement


Le premier aspect remarquable provient de la forte valeur de Vt1 vis-à-vis de la tension de
claquage BVCB . Ceci laisse supposer à priori, que le transistor bipolaire n’est pas déclenché
avant d’atteindre la tension Vt1 et que le courant circule dans la diode collecteur-base polarisée
en inverse.
Pourtant, pour des tensions de collecteur comprises entre BVCB et Vt1 , les résultats de
simulation indiquent que le courant circule majoritairement au travers de l’émetteur du transistor
et non de son contact de base. Pour une tension de collecteur (VC ) d’un volt inférieure à Vt1 ,
l’observation de la densité de courant dans le composant (Fig. 3.3(a)) montre que le courant se
répartit sur toute la largeur de l’émetteur avec des densités de l’ordre de 5.103 A/cm2 . (La densité
de courant est plus importante sur le bord d’émetteur opposé au contact de base et diminue
lorsque l’on s’approche de ce contact. Cette non-uniformité est due à la chute de potentiel dans
la résistance de base, et sera traitée plus en détail par la suite.)

C E B

(a) (b)

(c) (d)

Fig. 3.3 – Densité de courant (a), taux de génération par impact (b), champ électrique (c)
et température (d) avant le repliement de la tension de collecteur (VC =Vt1 -1Volt), obtenus par
simulation d’une coupe bidimensionnelle du transistor bipolaire NPN vertical soumis à une dé-
charge HBM de 2 kV.

Le transistor bipolaire est donc déclenché et se trouve en régime autopolarisé comme en


témoigne l’important taux de génération par avalanche à la jonction collecteur-base sous la
diffusion d’émetteur (Fig 3.3(b)). Toutefois, sa tension de maintien est importante car sa jonction
− N P N est
collecteur-base est constituée par la jonction P/Nepi dont la tension de claquage BVCB
importante . 4

Le transistor a été déclenché par la diode collecteur-base formée par la jonction P ++ /Nepi et
N P N
dont la tension de claquage BVCB est inférieure à BVCB . En dépit du fort champ électrique

qui règne à la jonction P ++ /Nepi avant le repliement (Fig. 3.3(c)), le taux de génération y est
faible (Fig. 3.3(b)) ainsi que la densité de courant (Fig. 3.3(a)). Malgré la tension élevée à ses
bornes, le courant circulant dans cette diode est limité car sa résistance série est relativement
importante, en particulier du côté de l’épitaxie N. Si, par construction, la valeur de cette résis-
tance vient à être réduite, l’augmentation du courant et l’échauffement trop important de cette
4
La tension de maintien d’un transistor autopolarisé dépend directement de la tension de claquage de sa
jonction collecteur-base (cf. chapitre précédent).

62
3.3. Étude de son fonctionnement par la simulation physique bidimensionnelle

diode pourrait entraı̂ner la dégradation prématurée du composant. Cet aspect particulier sera
expérimentalement mis en évidence dans la suite sur un autre type de composant.
Si la conduction du transistor bipolaire au-delà de la tension BVCB et avant le repliement
de la tension de collecteur vient d’être démontrée, il n’en reste pas moins que sa caractéristique
présente une résistance dynamique très importante dans ce régime de fonctionnement à moyen
courant. L’origine de ce phénomène découle de l’effet des fortes densités de courant dans la
zone de charge d’espace de la jonction collecteur-base. Dans cette zone, les porteurs transitent
à leur vitesse limite (vl ) et la charge électrique qu’ils transportent peut devenir non négligeable
vis-à-vis de celle des impuretés dopantes ionisées. L’effet des charges mobiles devient important,
en premier lieu, dans la région de collecteur la plus faiblement dopée. Si l’on néglige le courant
de trous5 dans cette région, la charge due au courant d’électrons vient se soustraire à celle des
dopants ionisés. La neutralisation sera totale pour une densité de courant critique Jncrit = ND qvl
où ND est la valeur du dopage de la région faiblement dopée de collecteur (Fig 3.4(b)). Pour le
composant considéré ici, la valeur de cette densité critique de courant est d’environ 6.103 A/cm2 ,
et correspond bien aux densités de courants observées dans la figure 3.3.
Les caractéristiques électriques de la jonction collecteur-base sont donc profondément mo-
difiées en fonction de la densité du courant. En particulier, la valeur de sa tension de claquage
doit être reconsidérée, d’autant plus qu’elle détermine la valeur de la tension de maintien du
transistor. Toute augmentation ou diminution de la valeur de la tension de claquage entraı̂ne une
variation dans le même sens de la tension de maintien. L’effet de la densité des porteurs libres
tendant à diminuer le dopage de la zone faiblement dopée (Fig 3.4(a)(b)), la jonction présente
une tension de claquage croissante avec la densité de courant. La croissance concomitante de la
tension de maintien explique ainsi l’importante valeur de la résistance dynamique observée sur
la caractéristique TLP.
Lorsque la densité de charge des porteurs mobiles est du même ordre de grandeur que le
dopage ND , la région peu dopée tend à devenir intrinsèque, c’est-à-dire que la densité nette
de charge électrique dans cette région devient faible (Fig 3.4(c)(d)(e)). Dans ces conditions,
l’extension de la charge d’espace se trouve rapidement limitée par la couche enterrée fortement
dopée. La jonction collecteur-base est alors assimilable à une diode PIN. En outre, la tension de
claquage des diodes PIN ne dépend que de la distance entre ses régions plus fortement dopées,
et est donnée par la relation [104] :

1
Wi6

7
BVpin = (3.1)
1, 8.10−35

avec Wi (Fig 3.4(d)) la longueur de la zone intrinsèque en cm.


L’augmentation de la tension aux bornes du composant présente donc une limite maximale
lorsque le régime de diode PIN est atteint. La résistance dynamique va alors fortement diminuer6
et la tension aux bornes du composant va atteindre sa valeur maximale qui dépend directement
de la tension de claquage de la diode PIN et donc de la distance Wi .
Le régime de diode PIN correspond à des valeurs de densité de courant de l’ordre de la densité
critique. Il marque la fin du régime de fonctionnement que nous désignerons par la suite comme
le régime de moyen courant. Au delà, le transistor bascule dans le régime de fonctionnement
que nous qualifierons de fort courant. L’entrée dans ce dernier régime s’accompagne d’une chute
brutale de la tension, qui correspond au repliement de la caractéristique TLP. Dans le même
temps, on assiste au phénomène d’élargissement de la région de base ainsi qu’à une importante
modification des caractéristiques de la jonction collecteur-base (Fig 3.4(f)) qui est déplacée à la
frontière des régions N − et N ++ du collecteur.
5
Ceci est toujours valable en première approximation pour les transistors NPN dans lesquels le courant de
trous représente au maximum un tiers du courant total (cf. chapitre précédent).
6
La diminution de la résistance dynamique n’est pas visible sur la caractéristique TLP du transistor NPN
étudié ici, mais sera mise en évidence sur d’autres structures par la suite.

63
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés

N ++ N ++ N ++ N ++

-- + + -- + +
ND
P N− P N−
(a) (b)

N ++ N ++ N ++ N ++

Wi
-- + + -- ++

P N− P N−
(c) (d)

N ++ N ++ N ++ N ++

- - ++ - - ++

P N− (e) (f) P N−

Fig. 3.4 – Évolution schématique du profil du champ électrique dans la jonction collecteur-base,
pour des densités de courant croissantes. La densité de charge due au courant d’électron est
représentée en traits pointillés courts dans la zone de charge d’espace. La position de la jonction
(lieu de changement de signe de la charge d’espace) est représentée en traits pointillés longs.

3.3.2 Repliement de la tension, élargissement de la région de base


Pour des densités de courants très supérieures à la densité critique, le maximum de champ
électrique, initialement situé à la jonction métallurgique, se déplace à la frontière de la couche
enterrée et de l’épitaxie (Fig. 3.4(f) et Fig. 3.5(c)). Ce phénomène est identique à l’effet Kirk [82]
avec lequel il partage la cause fondamentale. Il existe cependant une différence importante car
la jonction collecteur-base est ici le siège d’une importante multiplication par avalanche, ce
qui n’est pas le cas dans le phénomène décrit par Kirk. En outre, l’effet Kirk est une limite
dans le fonctionnement d’un transistor bipolaire. Dans le cas présent, il s’agit de son régime de
fonctionnement normal. La figure 3.6 représente les densités de porteurs et le champ électrique
selon une coupe verticale dans la région de plus forte densité de courant, pour différentes valeurs
du courant dans le composant. Pour de faible (FD) et moyenne (MD) densités de courant, on
reconnaı̂t le comportement décrit dans la section précédente. À forte densité de courant (HD),
le déplacement du maximum de champ électrique s’accompagne d’un élargissement de la base

64
3.3. Étude de son fonctionnement par la simulation physique bidimensionnelle

E B

Nepi
C N+

(a) (b)

(c) (d)

Fig. 3.5 – Densité de courant (a), taux de génération par impact (b), champ électrique (c) et
température (d) au pic de courant d’une décharge HBM de 2kV obtenus par simulation d’une
coupe bidimensionnelle du transistor bipolaire NPN vertical.

physique dont la profondeur WbHD


ef f
devient supérieure à la profondeur physique Wb alors qu’elle
était inférieure WbFef−M
f
D
dans les régimes de faible et moyenne densité de courant (Fig. 3.6).

5
Champ E (V/cm)

5×10
4×10
5
HD JONCeff (a)
3×10
5 MD
5 FD
2×10
5
1×10
20
10 (b)
WbF-MD
Concentration (/cm )
3

19
10 eff Wb WbHD
eff
18
10
17
10
16 HD électron
10 HD trou
15 MD électron
10 MD trou
14 FD électron
10 FD trou
10
13 Dopage
Profondeur (ua)

Fig. 3.6 – Coupe des densités de porteurs (a) et du champ électrique (b) pour différentes densités
de courant dans le composant : haute densité HD, moyenne densité MD et faible densité FD.

De la même manière qu’une jonction C-B métallurgique, nous pouvons définir à forte densité
de courant une jonction C-B effective située à la frontière des régions faiblement et fortement
dopées de collecteur et dont la position correspond au maximum de champ électrique (JON Cef f
Fig. 3.6).
Le fonctionnement du composant à fort courant s’identifie alors à celui décrit au chapitre
précédent par l’approche semi-analytique. En effet, la densité des porteurs libres est si grande

65
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés

que les régions où le dopage n’a pas de valeur très importante (< 5 1016 /cm3 ) ne joue qu’un
rôle négligeable dans le fonctionnement du composant (Fig. 3.6(b)). Comme nous l’avons vu
au chapitre précédent, la tension de claquage de la jonction collecteur-base effective est alors
déterminée par une concentration effective qui est du même ordre de grandeur que la densité
des porteurs libres. Par conséquent, la tension de claquage de cette jonction est maintenant
− N P N ) et la tension de
beaucoup plus faible que celle de la jonction métallurgique P/Nepi (BVCB
maintien correspondante est plus faible que la tension statique BVCE0 .

«Strong snapback»
L’origine du «strong snapback» ou sur-repliement observé par Mergens dans les composants
LDMOS [105], apparaı̂t ici clairement. En effet, la tension de maintien dépend de la tension
de claquage de la jonction effective collecteur-base. Comme nous allons le voir, cette tension
de claquage est généralement basse et dépend du profil de dopage entre les régions fortement
et faiblement dopées du collecteur. Ainsi, la tension de claquage de la jonction métallurgique
collecteur-base BVCB qui dépend du dopage de la base et de la région N − de collecteur ne
détermine pas la tension de maintien. La valeur de BVCB peut être très importante alors que la
tension de maintien sera particulièrement faible. Dans ces conditions, on observe un repliement
de la caractéristique TLP qui peut paraı̂tre extraordinairement important («extraordinary strong
snapback» [105]).

3.3.3 Phénomènes de focalisation du courant


Deux phénomènes principaux sont à l’origine de la focalisation du courant : d’une part, la
non-uniformité du courant dans l’émetteur, entraı̂née par la chute de potentiel dans la résistance
intrinsèque de base, et d’autre part, le comportement de la région de collecteur à très forte densité
de courant.

Influence de la résistance de base


Pour des niveaux de courant moyen, dans la partie de la courbe TLP correspondant à la
surtension avant le repliement (Fig. 3.3(a)), la densité de courant n’est pas uniforme sur la
largeur de l’émetteur et se concentre à son extrémité opposée au contact de base. Contrairement
au fonctionnement habituel d’un transistor bipolaire NPN, le courant de base sort du contact
car il est délivré par la multiplication par avalanche dans la région de collecteur. Ce courant
s’écoule de gauche à droite dans la résistance intrinsèque de base RB int (Fig. 3.7), et provoque

une variation du potentiel dans la base sur la largeur de l’émetteur. La polarisation de la diode
émetteur-base en direct est donc plus importante du côté opposé au contact de base et la densité
de courant plus grande. De la même manière, pour des densités de courant élevées (Fig. 3.7)
l’essentiel du courant s’écoule sur une partie seulement de la largeur de l’émetteur située à
l’opposé du contact de base.
L’introduction d’une résistance de ballast dans l’émetteur, réalisée en éloignant le contact
du bord de la diffusion, permet de compenser en partie l’effet focalisant de la résistance de
base. Elle permet aussi d’atténuer l’apparition d’une région de plus forte densité de courant à
l’extrémité de l’émetteur. En effet, la direction du courant étant verticale, le flanc de la diffusion
impliquerait une plus forte densité de courant en bord d’émetteur.
L’effet focalisant induit par la résistance de base est connu de longue date dans les transistors
bipolaires [106]. L’étude analytique de ce phénomène est particulièrement ardue. Les solutions
analytiques proposées dans la littérature font appel à trop de simplifications et d’hypothèses pour
être une aide efficace à la conception des dispositifs étudiés ici. On se limitera donc à l’emploi de
la simulation numérique, associée à la connaissance de règles simples et tendances fondamentales.
Retenons en particulier, que plus la résistivité de la diffusion de base intrinsèque est faible (donc
son dopage important), moins la focalisation qu’elle entraı̂ne est importante [107].

66
3.3. Étude de son fonctionnement par la simulation physique bidimensionnelle

int
Courant RB
Courant
d’électrons de trous

Fig. 3.7 – Focalisation du courant due à la résistance de base intrinsèque du transistor bipolaire
NPN vertical. Densité de courant au pic de courant d’une décharge HBM de 2kV, obtenue par
simulation d’une coupe bidimensionnelle.

Influence de la région de collecteur


La répartition du courant à moyen niveau (Fig. 3.3(a)) et à fort niveau (Fig. 3.5(a)), montre
une différence dans le degré de focalisation qui apparaı̂t beaucoup plus important à fort courant.
Dans le régime de moyens courants, la non-uniformité du courant provient seulement des
effets de la résistance intrinsèque de base. Dans ce régime de fonctionnement, nous avons montré
qu’une augmentation de la densité de courant dans la jonction collecteur-base implique une
croissance de sa tension de claquage. Ce phénomène tend à uniformiser la densité du courant et
compense en partie la focalisation due au courant de base.
Le régime de fort courant a été étudié en détail au chapitre précédent. Nous avons montré que
la chute de tension aux bornes de la région de collecteur pour une densité de courant croissante,
associée à la diminution de la tension de claquage de la jonction effective collecteur-base, entraı̂ne
la focalisation du courant. Seules les résistances séries du composant, en particulier celle du
collecteur, permettent de limiter cet effet. Ce phénomène de focalisation vient donc s’ajouter,
dans le régime de fort courant, à celui provoqué par la résistance de base. La focalisation due au
courant de base est d’ailleurs secondaire dans ce régime, mais détermine cependant la position
de la région de forte densité de courant à l’extrémité de l’émetteur opposée au contact de base.

Nature électrique des focalisations


L’origine des focalisations est de nature purement électrique. Avant le repliement de la tension
de collecteur, l’échauffement du composant est négligeable. L’élévation de température juste
avant le repliement est de l’ordre de quelques dixièmes de degré dans la figure 3.3(c). Les aspects
thermiques importants se manifestent plus tard, après la focalisation du courant associée à la
formation de la jonction effective.

Conclusions
La distribution du courant est relativement uniforme avant le repliement et devient fortement
non uniforme ensuite. Avant le repliement, dans le régime de moyen courant, seul l’effet de la
résistance de base tend à focaliser le courant, le comportement de la région de collecteur tendant
à l’uniformiser. Dans ce régime, la tension de claquage de la jonction C-B du transistor augmente
avec la densité de courant. Cette augmentation est à l’origine de la forte résistance dynamique
observée sur la caractéristique TLP.

67
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés

Après le repliement, pour le régime de fort courant, les effets focalisants de la résistance de
base et de la région de collecteur se conjuguent. Le courant est fortement non-uniforme dans
le composant et le maximum du champ électrique est déplacé de la jonction C-B métallurgique
à une jonction effective située à la frontière des régions N − et N ++ du collecteur. Dans ces
conditions de fonctionnement, le comportement du transistor peut être décrit par le modèle
semi-analytique développé au chapitre précédent.
Contrairement aux intuitions habituelles, la focalisation du courant est ici bénéfique car elle
s’accompagne d’une importante diminution de la tension de maintien qui permet de dissiper une
énergie globalement plus faible dans le composant.
La faible dimension des composants de protection (de l’ordre de 104 cm2 ) vis-à-vis de l’im-
portante valeur d’un courant ESD (plusieurs Ampères), entraı̂ne inévitablement de très fortes
densités de courant. Les phénomènes de focalisation à fort courant ne peuvent donc êtres occul-
tés. L’étude semi-analytique menée au chapitre précédent pour les très fortes densités de courant
revêt donc un aspect fondamental pour comprendre le fonctionnement d’un transistor bipolaire
lors d’une décharge électrostatique. Le tableau 3.1 résume le comportement d’un TBA NPN pos-
sédant une région de collecteur faiblement dopée, dans les différents régimes de fonctionnement.

Faible courant Moyen courant Fort courant


Densité de
courant dans J << Jcrit J≈Jcrit J >> Jcrit
le composant
Ordre de
grandeur du µA mA A
courant
Tension aux ≈ BVCB
bornes BVCB + forte VH
du composant résistance série
Position Jonction Jonction Jonction
de la métallurgique métallurgique délocalisée
jonction C-B (N − /N ++ )
Variation de la tension de
claquage de la jonction C-B Nulle Augmentation Diminution
avec la densité de courant
Uniformité du
courant dans Uniforme Quasi-uniforme Non uniforme
le composant

Tab. 3.1 – Comportement du transistor bipolaire NPN à collecteur faiblement dopé (N − /N + )


lors d’une décharge électrostatique dans les différents régimes de fonctionnement.

3.3.4 Comportement selon la longueur de l’émetteur


Afin d’optimiser un transistor bipolaire pour réaliser une structure de protection ESD, il est
important d’étudier l’uniformité du courant sur la longueur de l’émetteur.

La structure étudiée
Pour étudier la distribution du courant, une coupe longitudinale de la structure a été trans-
crite dans le simulateur électrique (Fig. 3.8(e)). Aucun contact n’est pris dans la base, ainsi
laissée flottante. La validité de cette approche repose sur deux approximations :

68
3.3. Étude de son fonctionnement par la simulation physique bidimensionnelle

1. À fort courant, le courant sortant du contact de base est négligeable par rapport au courant
total. (Ceci a été abordé au chapitre précédent).
2. Ce courant, qui traverse la résistance intrinsèque de base, circule en grande partie ortho-
gonalement au plan de la coupe, il ne peut donc pas entraı̂ner d’importante variation de
potentiel dans la région de base du plan de coupe.
Ces approximations raisonnables, évitent l’utilisation d’une simulation tridimensionnelle.
Dans les composants étudiés ici, les gradients des grandeurs physiques sont très importants.
Le nombre de points de maillage garantissant une discrétisation correcte est donc très grand.
Les ressources informatiques nécessaires pour mener correctement à bien une simulation 3D de
ce type sont donc considérables.
La structure simulée est présentée dans la figure 3.8(e). Afin, de simplifier sa géométrie, les
résistances série d’émetteur et de collecteur ont été estimées et introduites par le biais d’un
résistance distribuée de contact. La simplicité de la géométrie permet de réaliser un maillage fin
et régulier de la structure, en particulier à la frontière des zones faiblement et fortement dopées
du collecteur. Le facteur d’aire utilisé est égal à la largeur de la zone focalisée observée dans la
coupe selon la largeur de l’émetteur.

Résultats de simulation
La simulation électrothermique est réalisée pour un stress de 500 V HBM appliqué sur le
collecteur (émetteur relié à la masse). L’évolution de la tension de collecteur et du maximum de
la température dans la structure sont représentés dans la figure 3.9. L’état interne du composant,
en termes de champ électrique, densité de courant et de température, est décrit dans la figure 3.8
pour différents instants au cours de la décharge.

Initialisation d’une zone de forte densité de courant


Malgré l’absence de toute résistance de base, le courant est très rapidement focalisé au-
dessous de l’une des extrémités de l’émetteur (Fig. 3.8(a)). Cette focalisation résulte des pro-
priétés de la région de collecteur à fort courant (la tension de claquage de la jonction C-B effective
diminue avec la densité de courant), de la même manière que dans la coupe selon la largeur de
l’émetteur.
Malgré la présence d’une résistance de ballast, les bords d’émetteur sont le siège de plus
fortes densités de courant. Ils sont donc des lieux préférentiels pour la transition vers le régime
de fort courant.
Très rapidement, la formation d’une seule zone focalisée de courant apparaı̂t dans le compo-
sant. La symétrie de la structure est pourtant parfaite dans cette simulation, même en termes de
maillage. Dans ce cas, le déséquilibre entre les deux extrémités d’émetteur, est attribuable aux
erreurs de calcul numérique. Ces erreurs sont rapidement amplifiées par le couplage électrique
et spatial des deux phénomènes de multiplication constitués d’une part, par la multiplication
par avalanche à la jonction collecteur-base et l’effet bipolaire (efficacité d’injection de la jonction
émetteur-base), d’autre part.
Nous avons pu relever l’extrême sensibilité du lieu d’initialisation en fonction des variations
de maillage, des conditions de polarisation ou de légers déséquilibres introduits dans la structure
(soit au travers du dopage, soit en ajoutant sur la région de base un contact de petite taille lié
à la masse par une résistance de forte valeur (MΩ). Tout cela témoigne du caractère fortement
chaotique que peut avoir ce système. Ce comportement découle directement du couplage étroit
qu’il existe entre les deux phénomènes de multiplication et du phénomène d’emballement qu’ils
entraı̂nent. Cependant, ce caractère peut être partiellement contrôlé en introduisant volontaire-
ment une dissymétrie dans la structure.
Dans la littérature, l’extrême sensibilité du lieu d’initialisation a été rapportée expérimentale-
ment dans les transistors bipolaires NPN aussi bien verticaux que latéraux [40, 108, 109, 110]. Un

69
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés

(a) (a)

(b) (b)

(c) (c)

(d) (d)
champ E J

(a)

E
(b) Base P
N−
N+ (e)
C
(c)

(d)
T

Fig. 3.8 – Simulation bidimensionnelle d’un stress de 500 V HBM dans une coupe selon la
longueur du doigt d’émetteur. Distributions du champ électrique, de la densité de courant et de
la température à 10 ns (a), 30 ns (b), 50 ns (c) et 70 ns (d) (voir figure 3.9. (e) Représentation
des dopages dans la coupe.

caractère totalement aléatoire a été observé pour une structure parfaitement symétrique [110].
L’initialisation dans une région préférentielle a été observée par C. Russ et ses coauteurs qui
l’ont attribuée, dans leur cas, à une dissymétrie dans la courbure de jonction [40].

Déplacement de la zone de forte densité de courant

Une puissance thermique importante est dissipée dans la zone focalisée, mais le déplacement
de cette zone sur toute la longueur du doigt permet d’homogénéiser la dissipation de puissance
et la température. Ce déplacement peut être expliqué par la diminution du phénomène d’ava-

70
3.3. Étude de son fonctionnement par la simulation physique bidimensionnelle

60 800
(d)
50
(c) 700

Température (K)
40 (a) (b)

Potentiel (V)
600
30 Température Max
VC 500
20

400
10

0 300
0 5e-08 1e-07 1,5e-07 2e-07
Temps (s)

Fig. 3.9 – Évolutions de la tension de collecteur et du maximum de la température au cours


du temps, obtenues par simulation électrothermique bidimensionnelle d’un stress de 500 V HBM
dans une coupe selon la longueur du doigt d’émetteur. Les distributions du champ électrique, de
la densité de courant et de la température à 10 ns (a), 30 ns (b), 50 ns (c) et 70 ns (d) sont
représentées sur la figure 3.8.

lanche avec la température. Les coefficients d’ionisation sont en effet des fonctions rapidement
décroissantes de la température (Fig. 3.10).
Le fort champ électrique et la forte densité de courant qui règnent dans la zone focalisée
entraı̂nent une augmentation locale de la température. La diminution des coefficients d’ionisation
qui en résulte provoque le déplacement du maximum de densité de courant en bordure de la
zone et conduit à son mouvement apparent vers des régions plus froides.
Lorsque la zone focalisée atteint le bord d’émetteur, l’élévation de température devient impor-
tante jusqu’à l’inversion de son sens de mouvement. Les extrémités de la structure apparaissent
donc comme des régions où le risque d’initialisation d’un second claquage thermique est grand.
Elles devront faire l’objet de précautions particulières pour optimiser les performances d’un
composant.

Remarques sur la validité et les limitations des simulations


La plupart des paramètres physiques utilisés dans les simulateurs ne sont validés que pour des
températures allant jusqu’à 600K. Nous avons donc volontairement limité les simulations à un
stress ESD de relativement faible valeur qui garantit des élévations de températures compatibles
avec le simulateur.
Il n’existe pas de méthode simple pour vérifier expérimentalement le mécanisme de déplace-
ment de la zone de forte densité de courant. L’uniformité du courant est généralement observée
dans ce type de composant soit par la technique d’interférométrie laser [114], soit par la micro-
scopie à émission lumineuse [115]. Ceci n’est pas en contradiction avec les résultats de simulation
présentés ici, car ces deux techniques ne donnent pas une image directe de la densité de courant
et réalise des moyennes dans le temps et/ou sur un grand nombre d’impulsions. Des résultats
expérimentaux obtenus par la technique d’imagerie thermique par interférométrie laser, ont été
présentés par Pogany et ses coauteurs [108]. Les auteurs ont défini une vitesse d’étalement de la

71
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés

5
1×10

Coefficient d'ionisation (\cm)

4
1×10
6
Overstraten 610 V/cm
6
Lackner 610 V/cm
6
Overstraten 510 V/cm
6
Lackner 510 V/cm
3
1×10 300 600 900
Température (K)

Fig. 3.10 – Variation du coefficient de multiplication par avalanche des électrons en fonction
de la température pour deux valeurs de champ électrique, selon le modèle de Van Overstraeten
de Man [111, 112] et le modèle de Lackner [113].

température qui est de l’ordre de 1µm/ns. La vitesse d’étalement de la température obtenue dans
nos simulations est du même ordre de grandeur. Cela permet d’accorder une certaine validité à
nos simulations.
Une version de la technique d’interférométrie laser permettant d’obtenir une image de la
répartition de température dans les composants à un instant donné d’une seule impulsion de
décharge a été développée récemment [116]. Le mouvement de la région de plus haute tempé-
rature pour des impulsions de relativement faible courant (comme dans le cas de la simulation
présentée) a pu être mis en évidence [117]. Ces résultats récents, confirment donc la validité des
résultats de simulation présentés ici.
Si l’on combine les résultats des simulations 2D réalisées dans les deux plans (largeur et
longueur d’émetteur), il apparaı̂t évident que la focalisation du courant est fondamentalement
tridimensionnelle. Dans les plans de coupe selon la largeur ou la longueur du composant, la simu-
lation représente une bonne approximation d’un point de vue électrique car les lignes de courant
sont essentiellement verticales et sont donc contenues dans ces plans. En revanche, l’énergie
thermique est dissipée dans toutes les directions de l’espace. Limiter le flux thermique à un seul
plan conduit donc à largement surestimer la température en particulier dans la zone focalisée.
Nous touchons ici à l’aspect limitant le plus l’utilisation de simulations 2D dans cette étude.
Cela restreint en particulier les investigations aux cas de décharges de faible intensité. Toutefois,
les observations réalisées donnent de précieux éléments pour comprendre le comportement réel
du composant.
Seule la simulation 3D pourrait permettre une meilleure description du phénomène. Cepen-
dant, on se heurte à deux grandes difficultés pour l’utiliser efficacement :
– Un grand nombre de points de maillage est nécessaire pour discrétiser correctement les
grandeurs physiques qui présentent ici de très forts gradients.
– La dynamique rapide du phénomène de déplacement induit une discrétisation temporelle
très fine vis-à-vis de la durée totale d’une décharge.
À l’heure actuelle, les moyens informatiques nécessaires pour réaliser une simulation de ce type
sont encore trop coûteux pour espérer obtenir des résultats dans un temps raisonnable. Cette

72
3.4. Augmentation de la profondeur de la région de base effective

approche ne peut pas être retenue, du moins tant que les modèles physiques n’auront pas été
validés sinon adaptés aux régimes de très forte injection et haute température.

3.3.5 Extrapolations aux très forts courants


Fort des éléments de compréhension apportés par les simulations 2D dans les deux plans de
coupe, nous pouvons risquer une extrapolation du fonctionnement du transistor aux plus forts
niveaux de courant.
Sous l’effet de la limitation de la densité de courant maximum entraı̂née par la résistance
série de collecteur, la taille de la zone focalisée va progressivement s’étendre, pour des niveaux
de courant croissants, selon la longueur de l’émetteur (comme observé dans le transistor MOS
au chapitre précédent). Cette extension sera limitée par la taille de l’émetteur, à condition
qu’aucun phénomène de second claquage thermique ne se produise entre temps. Au-delà de
cette limite, le courant supplémentaire entraı̂nera une augmentation de la densité de courant
maximale. Durant l’extension, la tension de collecteur varie peu car la surface offerte au passage
du courant s’accroı̂t et la résistance dynamique de la structure apparaı̂t très faible. Ensuite, le
composant présente une résistance dynamique qui correspond aux résistances série de collecteur
et d’émetteur. La densité de courant et la température au sein de la structure seront toujours
fortement fluctuantes. La destruction du composant sera provoquée par l’initialisation locale
d’un second claquage thermique dans la région de fort champ électrique et haute température
située à la frontière des régions faiblement et fortement dopées de collecteur. Les analyses de
défaillance réalisées grâce à la technique FIB (Focus Ion Beam) confirme que le défaut se situe
bien à cette frontière [60].
Dans la dimension selon la largeur d’émetteur, l’extension de la zone focalisée est limitée
par l’effet de la résistance de base. Toutefois, on remarque sur les figures 3.5 (a) et (d), un
décalage entre la zone de plus forte densité de courant et la zone de plus haute température qui
témoigne du déplacement de la zone focalisée sous l’effet de la température. Mais ce déplacement
est ralenti sinon bloqué par l’effet de la résistance de base. Notons que dans les conditions de
très forte densité de courant, la principale différence entre les simulations selon la longueur et
la largeur d’émetteur réside dans la présence ou non d’un contact liant localement la région
P de base au potentiel de masse. La robustesse d’un composant dont la base serait laissée
flottante est donc potentiellement supérieure. Toutefois, les contraintes de conception demandent
de garantir la passivité du composant de protection lors du fonctionnement normal du circuit.
Les risques de perturbations, lors de transitoires rapides par exemple, sont trop élevés pour
permettre l’utilisation d’un transistor à base flottante ou quasi-flottante (en la liant à la masse
par une résistance de forte valeur).

3.4 Augmentation de la profondeur de la région de base effective


Les transistors bipolaires NPN possédant un collecteur faiblement dopé rendent possible la
conception de composant dont la profondeur de base effective (Wbef f ) à fort courant peut être
bien supérieure à la base physique (Wb ). Wbef f peut être ajusté en modifiant la profondeur Wi
de la région faiblement dopée de collecteur (Fig. 3.11). Hors problème de réalisation, nous allons
montrer dans quelles mesures le découplage thermique entre la région chaude de collecteur et la
jonction E-B peut être obtenu. Puis, nous étudierons l’impact de l’élargissement de la profondeur
effective de base sur la distribution du courant dans la structure.

3.4.1 Découplage thermique


Nous avons montré au chapitre précédent que l’impact de la température à la jonction
émetteur-base conduit à une augmentation du courant dans la zone échauffée. L’échauffement
de la jonction E-B peut donc induire une focalisation du courant.

73
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés

N ++ Région de forte N ++
dissipation thermique

Wbef f n
p
E B C
P N−
Wb Wi

Fig. 3.11 – Profils des porteurs libres (électrons n et trous p) à forte densité de courant dans
un transistor NPN à collecteur faiblement dopé.

La région de transition entre le collecteur faiblement et fortement dopé, siège d’un fort champ
électrique, dissipe une importante quantité de chaleur qui va diffuser dans le milieu√environnant.
Compte tenu du coefficient de diffusion thermique du silicium D = 0, 09 µm2 /ns, Dt donne la
distance parcourue par le flux de chaleur en fonction du temps. Pour une impulsion de 200 ns, la
chaleur aura donc diffusé d’une distance de l’ordre de 4 µm. Au-delà d’une distance de 10 µm de
la source de chaleur, l’élévation de température devient totalement négligeable durant la durée
de l’impulsion [118]. Ceci nous donne un ordre de grandeur de la distance Wbef f nécessaire pour
assurer un bon découplage thermique entre la région chaude du collecteur et la jonction E-B au
cours d’un transitoire de courant ESD.

3.4.2 Découplage électrique


Afin de limiter l’étude aux seuls aspects électriques, les simulations physiques suivantes sont
réalisées dans des conditions isothermes. Pour réduire les temps de calculs, seule une moitié de
la longueur d’émetteur est simulée, les conditions de simulation restant par ailleurs identiques
aux précédentes.
La répartition de la densité de courant obtenue au pic du courant de décharge est représentée
sur la figure 3.12(a) pour la structure originale (fort couplage) et dans la figure 3.12(b) pour
une profondeur de base effective (Wbe f f ) élargie par l’augmentation de l’épaisseur de la couche
épitaxiée. Aucun mouvement de la zone de forte densité de courant n’est observé, ce qui corrobore
l’origine thermique de son mouvement.
L’impact de l’élargissement de la base effective apparaı̂t clairement sur la figure 3.12. La fo-
calisation du courant à la jonction effective collecteur-base (JON Cef f ) est peu modifiée. Comme
nous l’avons vu, cette focalisation dépend principalement de la résistance série de collecteur. En
revanche, l’uniformité de la distribution du courant sous l’émetteur est largement améliorée.
Les coupes des densités de courant et du potentiel sous l’émetteur (Fig. 3.13) témoignent de
l’uniformisation du courant.
La constriction du courant sous l’émetteur est donc l’image de la focalisation du courant à la
jonction effective. La séparation spatiale du lieu de multiplication par avalanche et du phénomène
d’injection à la jonction E-B permet de bénéficier de la décroissance de l’efficacité d’injection
(du gain du bipolaire) avec l’augmentation de la densité de courant. Ce dernier phénomène tend
à uniformiser le courant dans la jonction E-B de la même manière que la résistance de ballast
d’émetteur. De plus, le découplage électrique permettra à la région de forte densité de courant
de se déplacer plus facilement sous l’effet de la température.
La tension de maintien n’est pas significativement augmentée par l’élargissement de la région
de base (Fig. 3.14). En effet, la chute de potentiel dans la longueur supplémentaire de la région
de base, qui est en régime de très forte injection, est particulièrement faible.

74
3.4. Augmentation de la profondeur de la région de base effective

E E
Wbef f Wb Wbef f Wb
JON Cef f

JON Cef f
(a)
C

(b)
C

Fig. 3.12 – Simulation électrique bidimensionnelle de l’influence du découplage entre l’émetteur


et la région de génération par avalanche. La densité de courant est représentée dans le cas d’un
fort couplage (a), et d’un faible couplage (b).

0,75 5e+05
Bord émetteur
0,7
Potentiel fort couplage

Champ électrique (V/cm)


0,65 Potentiel faible couplage 4e+05
0,6 J fort couplage
Potentiel (V)

J faible couplage 3e+05


0,55
0,5
2e+05
0,45
0,4 1e+05
0,35
0,3 0
0 5 10 15 20 25
Largeur (µm)

Fig. 3.13 – Coupe de la tension et de la densité de courant dans la base sous l’émetteur dans la
figure 3.12. Dans le cas d’un fort et d’un faible couplage entre émetteur et la région de génération
par avalanche.

L’effet positif de l’élargissement de la base effective sur la distribution du courant vient d’être
démontré. En revanche, il entraı̂ne une importante augmentation de la tension de repliement
Vt1 , qui passe de 65 V à 200 V au regard des résultats de simulation sur la structure simplifiée
(Fig. 3.14). Cette augmentation découle de l’approfondissement de la région faiblement dopée
de collecteur (Wi ) qui, comme nous l’avons montré à la section 3.3.1, influe directement sur la
tension maximale avant le repliement. Cet aspect ne limitera pas la robustesse intrinsèque du
transistor car il correspond à un régime de relativement faible densité de courant où le courant
est pratiquement uniforme dans le composant. En revanche, la diode de déclenchement (jonction

75
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés

200
3

150
Potentiel (V) IC

Courant (A)
2
100
VC faible couplage
VC fort couplage 1
50

0 0
0 1e-08 2e-08 3e-08 4e-08 5e-08
Temps (s)
Fig. 3.14 – Variation de la tension de collecteur en fonction du temps, simulée pour un stress
HBM de 2kV, dans le cas d’un fort et d’un faible couplage entre l’émetteur et la région d’ava-
lanche.

P ++ /N − dans la coupe selon la largeur de l’émetteur Fig. 3.1) pourrait être dégradée. De plus,
la présence de la surtension limite les possibilités d’utilisation du transistor. Il faudra donc
envisager des techniques pour la réduire.

3.5 Influence du profil de dopage de collecteur sur la tension de


maintien
La tension de maintien du composant est définie par les caractéristiques de la jonction effec-
tive de collecteur. Le caractère graduel du profil de dopage de la couche enterrée va donc influer
sur son comportement.
Dans la figure 3.15, les résultats de simulation obtenus pour une structure possédant un profil
de diffusion de collecteur abrupt sont comparés à ceux de la structure précédente. La tension de
maintien décroı̂t de 10 V et le mouvement de la zone de forte densité de courant sous l’effet de
la température n’est pas affecté.
L’importante diminution de la tension de maintien tient dans la modification des caractéris-
tiques de la charge d’espace dans la région de fort champ électrique du collecteur. Les figures 3.16
et 3.17 donnent les profils du champ électrique, des porteurs libres et du dopage dans cette région,
dans le cas d’un profil de collecteur abrupt et d’un profil graduel, respectivement.
Pour un profil de dopage abrupt (Fig. 3.16), la charge d’espace de signe négatif (à gauche de la
jonction effective) provient principalement de la densité des électrons. La charge positive (à droite
de la jonction) provient des impuretés dopantes ionisées (type N). Les propriétés électriques de
cette jonction sont donc proches de celle d’une jonction abrupte qui a été traité au chapitre
précédent dans le cadre du modèle semi-analytique des TBA.
Pour un profil de dopage graduel (Fig. 3.17) les charges provenant des dopants et des électrons
libres sont du même ordre de grandeur. La morphologie de la jonction obtenue à fort courant
peut toutefois être assimilée à celle d’une jonction linéaire. Si l’on néglige la densité de charge
des trous et que l’on considère simplement celles des électrons et des donneurs ionisés, on peut

76
3.5. Influence du profil de dopage de collecteur sur la tension de maintien

80

70 Profil abrupt
60 Profil graduel

Potentiel (V)
50

40

30

20

10

0
0 1e-08 2e-08 3e-08 4e-08 5e-08
Temps (s)

Fig. 3.15 – Variation de la tension de collecteur en fonction du temps, simulée pour un stress
HBM de 2kV, dans le cas de profils graduel et abrupt.

19 6
10 Jonceff 10
Champ électrique

Champ électrique (V/cm)


Concentration (/cm³)

18 5
10 10

17 4
10 10

Dopage
16 densité de t 3
10 densité d'e 10

15 2
10 4 5 6 710
Profondeur (µm)

Fig. 3.16 – Coupe du champ électrique et profils des porteurs dans la région de forte densité de
courant du collecteur, pour un profil de dopage abrupt. La jonction collecteur-base effective est
représentée (Joncef f ).

approcher le profil de charge d’espace autour de la jonction délocalisée par un profil linéaire
(Fig. 3.18). En effet, si autour de la jonction délocalisée, on approxime le profil des électrons
et du dopage par des profils linéaires, la soustraction de ces profils donnent le profil de charge
d’espace qui est donc lui aussi linéaire. La pente de ce dernier est sensiblement égale à la dérivée
du profil de dopage car la pente du profil des électrons est beaucoup plus faible. La tension de
claquage d’une jonction linéaire est donnée par :
−2
BVlin = 9, 2.109 a 5 (3.2)

77
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés

19 6
10 Jonceff 10
Champ électrique

Champ électrique (V/cm)


Concentration (/cm³)
18 5
10 10

17 4
10 10

16 3
10 10
Dopage
densité de t
15
densité d'e 2
10 4 5 6 710
Profondeur (µm)

Fig. 3.17 – Coupe du champ électrique et profils des porteurs dans la région de forte densité de
courant du collecteur, pour un profil de dopage graduel. La jonction collecteur-base effective est
représentée (Joncef f ).

avec a la valeur de la dérivée du profil de porteurs. Cette expression montre que plus le profil
est graduel (valeur de a faible), plus la tension de claquage est grande.

4e+17
Concentration (/cm³)

2e+17
Dopage
densité de t
densité d'e

4 5 6 7
Profondeur (µm)

Fig. 3.18 – Approximation d’une jonction délocalisée graduelle par une jonction linéaire. Profils
des porteurs dans la région de forte densité de courant du collecteur, pour un profil de dopage
graduel (identique à la figure 3.17 excepté l’échelle linéaire pour la concentration).

L’utilisation astucieuse des différentes gradualités des profils de dopage disponibles dans une
technologie permet ainsi d’obtenir une gamme variée de tensions de maintien. Cela a été mis

78
3.6. Bilan : Éléments d’optimisation pour la conception

en évidence par De Heyn et ses coauteurs [119]. Nous apportons ici une explication claire et
approfondie à leurs observations.

3.6 Bilan : Éléments d’optimisation pour la conception


Le fonctionnement des TBA lorsqu’ils conduisent une décharge électrostatique apparaı̂t par-
ticulièrement singulier comparé à celui des transistors bipolaires classiques. L’étude menée a
permis de mettre en évidence les phénomènes physiques clés.

Élargissement de la région de base


D’un point de vue électrique, la région de collecteur est à l’origine d’un important effet focali-
sant sur le courant, principalement limité par la résistance de collecteur. Inversement, la jonction
émetteur-base possède un effet défocalisant grâce à la diminution de son efficacité d’injection avec
la densité de courant (diminution du gain du bipolaire). D’un point de vue thermique, une éléva-
tion de température locale dans la jonction émetteur-base favorise l’augmentation de la densité
de courant dans cette région. À l’inverse, grâce à l’effet de la diminution du phénomène d’ava-
lanche avec la température, la région de collecteur possède la propriété de se s’auto-stabiliser
thermiquement. La décroissance du phénomène d’avalanche apparaı̂t comme particulièrement
bénéfique. Elle permet d’éviter l’emballement thermique dans les points chauds en régulant la
densité de courant des régions les plus chaudes vers les plus froides.
L’élargissement de la région de base apparaı̂t comme une excellente solution pour stabiliser
à la fois électriquement et thermiquement le composant et retarder l’initialisation locale d’un se-
cond claquage thermique à l’origine de la défaillance. L’éloignement spatial de la région chaude du
collecteur et de la jonction émetteur-base supprime les risques de focalisation d’origine thermique
et permet de profiter de l’effet défocalisant de la jonction E-B. L’auto-stabilisation thermique
de la région de collecteur, qui est le siège d’une importante dissipation de chaleur, se voit par
la même occasion favorisée. Les résultats expérimentaux présentés dans la suite confirment une
amélioration importante de la robustesse avec l’élargissement de la région de base.
L’obtention d’un régime de fonctionnement avec une importante profondeur de région de
base passe par l’utilisation de transistors bipolaires NPN possédant un collecteur faiblement
dopé. L’élargissement de la région de base à fort courant n’entraı̂ne qu’une faible augmentation
de la tension de maintien. En revanche, la tension de repliement est fortement accrue et limite
les applications possibles de ces dispositifs. Le développement de techniques permettant de di-
minuer cette tension est nécessaire. Plusieurs solutions ont été vérifiées expérimentalement et
sont présentées dans la suite.

Choix du profil de dopage de collecteur


L’emploi d’un profil de dopage abrupt permet de diminuer la tension de maintien. La puis-
sance totale dissipée dans la structure étant d’autant plus faible que la tension de maintien
est basse, il est préférable d’utiliser les profils de dopages les plus abrupts pour obtenir une
robustesse importante. Il faut veiller cependant à choisir une tension compatible avec la tension
d’alimentation du circuit à protéger, pour respecter les marges de conception.

Réduction des zones de plus fortes densités de courant et de température


Afin de garantir de bonnes performances, il faut éliminer l’existence de régions de plus fortes
densités de courant ou de températures.
La base du transistor devra être choisie aussi dopée que possible afin de limiter l’effet de
focalisation de sa résistance intrinsèque. Des résistances de ballast doivent être introduites à la
fois dans le collecteur et l’émetteur, d’une part pour éviter l’apparition d’une plus forte densité
de courant en bordure de diffusion d’émetteur et d’autre part, pour limiter la densité maximale

79
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés

de courant due à la réduction de la tension de claquage de la jonction collecteur-base à forte


densité de courant.

3.7 Résultats expérimentaux


Les éléments d’optimisation énoncés précédemment ont été appliqués et vérifiés dans une
première technologie, puis transposés dans deux autres. L’un des principaux objectifs est de
réaliser des composants extrêmement robustes et de taille réduite [120]. Plusieurs variations
de géométries ont été réalisées et vont permettre d’illustrer et de confirmer les comportements
déduits des simulations. L’étude de plusieurs solutions de déclenchement sera menée pour réduire
la surtension avant le repliement. Enfin, les résultats d’analyse de défaillance par la technique
de stimulation photoélectrique laser permettront de confirmer et d’étudier le mécanisme de
défaillance des composants réalisés.

3.7.1 Description des composants réalisés


L’étude expérimentale a été menée dans trois technologies aux caractéristiques sensiblement
différentes.

Technologie 1

La première, qui sera désignée par la suite par technologie 1, est une technologie dite «CMOS
analogique» 1,2 µm, sans siliciures ni drains faiblement dopés (LDD). Cette technologie utilise
un substrat P. Elle comprend entre 12 et 20 nivaux de masque qui permettent de réaliser une
large variété de composants destinée à des applications de basse ou haute tension (6 V ou 12 V) :
– composant actifs :
– transistor MOS (canal N et P) basse ou haute tension
– transistor LDMOS
– transistors bipolaires (NPN et PNP)
– composant passifs :
– résistances en polysilicium et diffusées
– polysilicium hautement résistif
– capacités
Ainsi, le nombre de masques utilisés varie en fonction des options nécessaires à la réalisation des
applications (régulateur de tension de type LDO «Low Drop Out», référence de tension de type
bandgap, amplificateur opérationnel)

Technologie 2

La seconde technologie utilisée est une technologie CMOS 1 µm, sans siliciures ni LDD. Cette
technologie sur substrat P est dédiée aux applications de conversion de l’énergie et intègre des
composants LDMOS hautes tensions jusqu’à 700 V :
– composant actifs :
– transistor MOS (canal N et P) basse tension (9 V)
– transistor LDMOS moyenne et haute tensions (20 V,45 V,200 V,400 V,700 V)
– transistors bipolaires (NPN et PNP)
– composant passifs :
– résistances en polysilicium et diffusées
Les applications, principalement basées sur les techniques de découpage, vont du convertisseur
haute tension alternative (85 Vac, 256 Vac) vers basse tension continue (5 Vdc, 48 Vdc), à la
conversion continu-continu basse tension.

80
3.7. Résultats expérimentaux

Technologie 3
La technologie 3 est une technologie CMOS NWell 0,6 µm possédant des LDD mais pas de
siliciures. Basée sur un substrat P, cette technologie très simple permet la réalisation de circuits
aussi bien analogiques que digitaux avec des tensions d’alimentation de 3 V à 5 V.

Soulignons enfin que pour toutes ces technologies, l’absence de couche enterrée ne permet pas
la réalisation de transistors bipolaires verticaux.

3.7.2 Coupes technologiques


La profondeur effective de base, définie précédemment, est figée pour un transistor bipo-
laire vertical. L’impact de son accroissement sur la robustesse aux décharges électrostatique ne
pourrait être étudié qu’en augmentant l’épaisseur de la couche épitaxiée, ce qui n’est pas réali-
sable dans une technologie figée. La structure utilisée dans ces travaux permet de contourner ce
problème tout en reposant sur les mêmes principes de fonctionnement.

Technologie 1

C2E
B E C Sub
        

            

        

            

        

            

++ ++ ++ ++ ++
P N P N P
        
            

P+

N− P−

Psub

Fig. 3.19 – Coupe technologique du transistor NPN (technologie 1).

La coupe technologique du transistor bipolaire NPN étudié dans la technologie 1 est repré-
sentée sur la figure 3.19. La structure est symétrique par rapport à son contact central de base
et seule une moitié du composant est donc dessinée. La base du transistor est constituée d’une
couche P + assez fortement dopée. Cette diffusion est aussi utilisée pour la réalisation des sources
et drains des PMOS hautes tensions de la technologie. Le collecteur est constitué d’une diffusion
N − dans laquelle une diffusion N ++ permet de prendre un contact.
Ce type de transistor bipolaire, dépourvu de couche enterrée, présente cependant un mode de
fonctionnement identique au transistor vertical étudié auparavant. Sous l’effet des fortes densités
de courant, le maximum de champ électrique, initialement situé à la jonction métallurgique
collecteur-base P + /N − , est repoussé à la frontière des couches N − et N ++ du collecteur. Le
caractère très abrupt du profil de dopage à cette frontière implique une tension de maintien
relativement faible de 8 V.
Les résultats de simulation électrique bidimensionnelle permettent de confirmer et d’étudier
plus en détail leur mode de fonctionnement. À fort courant, l’important taux de génération

81
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés

B E C

(a)

(b)
Fig. 3.20 – Densité de courant (a) et taux de génération par avalanche (b) dans le transistor
NPN (technologie 1) après son repliement, au pic de courant d’une décharge HBM de 2kV.

par avalanche à la frontière N − /N ++ témoigne de la formation d’une jonction collecteur-base


effective (Fig. 3.20(b)). Le courant injecté par l’émetteur circule assez profondément dans le
composant avant de remonter à la jonction C-B effective (Fig. 3.20(a)). Dans la base effective du
transistor bipolaire, située entre la jonction E-B et la jonction effective C-B, le chemin suivi par
le courant correspond à la formation d’un transistor de plus fort gain possible. Rappelons que le
gain d’un transistor dépend de la profondeur de la base et de son dopage. Le gain est d’autant
plus grand que la profondeur et le dopage de la base sont faibles. Le courant emprunte donc un
chemin qui réalise le meilleur compromis entre une courte distance et un dopage réduit tout au
long du chemin. La surface du composant étant plus dopée (présence de la diffusion P + ), il est
plus favorable que le courant emprunte un chemin «en profondeur» correspondant à des régions
plus faiblement dopées, au détriment d’une distance plus importante.
La profondeur effective de base du transistor bipolaire ainsi formé à fort courant, peut être
ajustée en fonction du dessin de la structure en modifiant la distance C2E (Fig. 3.19) entre les
diffusions N ++ d’émetteur et de prise de contact du collecteur.

Technologie 2

Le même type de transistor bipolaire NPN a été étudié dans la technologie 2. Sa coupe
technologique est représentée sur la figure 3.21. On notera simplement l’ajout d’une prise de
contact P ++ , située à droite de l’émetteur, dans la diffusion P de base. Cette connexion per-
mettra l’ajout d’un élément de déclenchement externe, telle la diode représentée sur la figure.
En outre, les dopages de la diffusion de base (P) et de collecteur (N − ) sont inférieurs à ceux de
la technologie 1. Ces dopages plus faibles sont nécessaires pour tenir les hautes tensions dans les
applications visées par cette technologie.

82
3.7. Résultats expérimentaux

B E C Sub
        

            

        
            

        
            

++ ++ ++ ++ ++
P N P N P
        

            

N− P−

Psub

Fig. 3.21 – Coupe technologique du transistor NPN (technologie 2).

Technologie 3
La coupe technologique du transistor bipolaire NPN réalisé dans la technologie 3 est repré-
sentée sur la figure 3.22. Les diffusions disponibles dans cette technologie ne permettent pas la
construction d’un transistor totalement identique aux précédents. Aucune diffusion P n’est dis-
ponible pour réaliser la base du transistor bipolaire. Toutefois, le dopage en surface du substrat
P permettant la réalisation des transistors NMOS est relativement important dans cette techno-
logie destinée aux basses tensions. Ainsi, le dopage P sous l’émetteur est relativement important
et permet de limiter la focalisation due à la résistance de base. En outre, la concentration de
dopant diminue rapidement de la surface vers le substrat Psub . Aux régimes de forte densité
de courant, ceci favorise le passage du courant dans la profondeur du composant, comme en
témoigne la simulation de la figure 3.23.

C2E
B E C Sub
                
                



























Extern 




















































++ ++ ++ ++ ++
P N P N P
                
                

P N P

Psub

Fig. 3.22 – Coupe technologique du transistor NPN (technologie 3).

83
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés

B E C Sub

Fig. 3.23 – Densités de courant dans le TBA (technologie 3) au pic de courant d’une décharge
HBM de 2kV.

3.7.3 Critère de défaillance


Pour déterminer la robustesse d’un composant aux décharges électrostatiques, la méthode
classique consiste à lui faire subir un stress d’amplitude connue au moyen de testeurs respectant
les normes HBM, CDM, etc. . ., puis à vérifier son intégrité physique et fonctionnelle.
Le choix du critère de défaillance du composant doit être l’objet d’une attention particulière.
Dans la majorité des cas, ce critère repose sur le suivi de l’évolution de caractéristiques électriques
avant et après un stress. Deux approches peuvent alors être retenues pour définir le niveau
de robustesse d’un dispositif aux ESD. L’une, purement fonctionnelle, qui garantit qu’après
avoir subi un stress d’intensité donnée, le composant continue à respecter les spécifications pour
lesquelles il a été conçu. L’autre, plus stricte, qui garantit qu’aucune de ses caractéristiques
ne sera modifiée après le stress. Cette dernière approche n’est pas toujours envisageable car
elle impose la mise en œuvre d’appareillages garantissant une grande précision de mesure. Pour
illustrer la différence entre ces deux critères de défaillance, imaginons le cas d’un circuit inverseur
CMOS dont le courant de consommation au repos est spécifié comme inférieur à 1 µA sous 10 V
à 25◦ C. Avant tout stress, le courant mesuré est de 0,1 µA. Après un stress HBM de 5kV, ce
courant passe à 0,4 µA. Le critère de non-évolution des caractéristiques du composant n’est pas
respecté car le courant au repos est multiplié par quatre. Le critère de fonctionnalité est en
revanche parfaitement respecté. Des mesures supplémentaires pourraient faire apparaı̂tre que le
critère de non-évolution n’est respecté que pour des stress HBM inférieurs à 2 kV. . .
Pour traiter efficacement ce problème, nous pouvons distinguer deux types de test : d’une
part, le test d’application réalisé sur des circuits complets, et d’autre part, le test de composant
de protection seul. Si le test de fonctionnalité est bien adapté au test d’application, en particulier
pour sa plus grande facilité de mise en œuvre, il est déconseillé pour la caractérisation des struc-
tures de protections. En effet, divers travaux ont démontré que l’évolution des caractéristiques
électriques, en particulier l’augmentation du courant de fuite, correspond à une «défiabilisation»
du composant [121, 122]. Il est donc important de fournir des structures de protection exemptes
de ce type de comportement, afin d’assurer une excellente fiabilité aux produits qui l’utiliseront.
De plus, il est aisé de détecter une évolution du courant de fuite pour une structure de pro-
tection seule, alors que cette évolution peut être masquée dans le courant de fuite global d’un
circuit complet. Fournir des composants de protection ESD extrêmement fiables permet ainsi de
limiter les risques de défiabilisation des applications, et de légitimer l’utilisation d’un critère de
fonctionnalité pour mesurer la robustesse d’un produit.
Pour l’ensemble des composants présentés par la suite, les résultats de robustesse aux dé-

84
3.7. Résultats expérimentaux

charges électrostatiques sont donnés en utilisant le critère de non-modification des caractéris-


tiques statiques quel que soit le type de stress appliqué au composant. Pour un transistor bipo-
laire, la caractéristique statique utilisée provient de la mesure du courant de fuite de sa jonction
collecteur-base polarisée en inverse jusqu’à sa tension de claquage, en limitant le courant à 1
ou 10 µA maximum. Une méthode commode pour définir mathématiquement le critère de dé-
faillance, consiste à calculer l’intégrale de la courbe représentant le logarithme du courant de
fuite en fonction de la tension. Toute augmentation de cette aire traduit une augmentation du
courant de fuite et constitue le critère de défaillance. L’utilisation du logarithme permet d’équi-
librer, dans la caractéristique statique, l’importance relative des faibles niveaux de courant de
fuite face aux plus forts niveaux associés au claquage du composant.

3.7.4 Influence de la distance collecteur-émetteur


En technologie 1
Les composants ont d’abord été développés dans la technologie 1. L’obtention de structures
optimisées lors d’un premier lot de test a permis de réaliser un second lot afin de mettre en
évidence les aspects et paramètres critiques pour la conception.
Le paramètre le plus critique, mis en évidence aux travers des simulations, est la profondeur
effective de base dans le régime de fort courant. Dans la structure choisie (Fig. 3.19), ce paramètre
est facilement ajustable au travers de la distance collecteur-émetteur (C2E).
Les transistors possédant une distance C2E optimale supportent des décharges HBM de
forte intensité, d’au moins 12 kV (Tab. 3.2). Lorsque cette distance est réduite de 0,75 µm leur
robustesse est diminuée et varie dans une plus large gamme comprise entre 9 et 12 kV. De
la même manière, pour une réduction supplémentaire de 0,75 µm, les niveaux de stress HBM
entraı̂nant une modification de la caractéristique statique sont compris entre 4 et 7 kV.

C2E optimal opt - 0,75 µm opt - 1,5 µm


HBM (kV) 12–13 9–12 4–7

Tab. 3.2 – Performance HBM en fonction de l’éloignement (C2E) des diffusions fortement
dopées du collecteur et de l’émetteur (technologie 1).

Ce comportement confirme le rôle crucial de ce paramètre sur la robustesse des composants


et souligne l’importance d’assurer un découplage efficace, à la fois thermique et électrique, des
phénomènes d’injection (à la jonction E-B) et de multiplication par avalanche (à la jonction C-B
effective).
L’accroissement de la dispersion des résultats avec la diminution de la distance C2E, témoigne
du caractère aléatoire de l’occurrence d’une défaillance. Comme cela a pu être supposé à partir
des résultats de simulations, l’initialisation d’un second claquage thermique apparaı̂t d’autant
moins probable que la profondeur de base effective est importante. Accroı̂tre la profondeur
effective de base permet donc d’augmenter la robustesse en favorisant les effets qui participent
à la stabilisation thermique du composant.
Les caractéristiques TLP de ces composants pour des courants relativement faibles, autour
de la région de repliement de la caractéristique, sont superposées sur la figure 3.24.
La tension de claquage collecteur-base mesurée en statique à 16 V correspond à la tension
de claquage de la diode P ++ /N − . Cette diode permet de déclencher le transistor bipolaire et
conduit une partie du courant total dans la partie de la caractéristique où le courant est faible
(< 150 mA) et où la tension s’élève rapidement. L’élévation de la tension se produit jusqu’à
ce que le transistor bipolaire entre dans le régime de diode PIN précédemment décrit. L’entrée
dans ce régime de fonctionnement, qui correspond à l’arrêt de l’accroissement de la tension
de claquage de la jonction collecteur-base, est particulièrement visible sur la caractéristique du

85
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés

0,5

0,4 opt -1,5 µm


opt -0,75 µm
Courant (A) optimal
0,3

0,2

0,1

0
0 10 20 30 40 50 60
Tension (V)

Fig. 3.24 – Influence de la distance collecteur-émetteur sur la caractéristique TLP bas courant
du transistor NPN (technologie 1).

composant possédant une distance C2E réduite de 1,5 µm par rapport à la valeur optimale. La
dépendance de la tension maximale avec la profondeur de la zone intrinsèque de la diode PIN,
c’est-à-dire la profondeur de la région N − de collecteur et donc la distance C2E, est nettement
visible. La réduction de cette profondeur correspond bien avec une diminution de la tension de
repliement (Vt1 ).
Enfin, la tension de maintien (VH ) de l’ordre de 7 V, varie peu avec la distance C2E. L’aug-
mentation de la profondeur de base (effective) de 1,5 µm correspond à un accroissement de
tension de maintien inférieur à 2 V.

En technologie 3
Grâce à l’expérience acquise dans la technologie 1, le transfert du savoir-faire dans cette tech-
nologie très différente a permis d’obtenir, dès le premier lot de test, des composants robustes à
des stress de 5 kV HBM. Il convient d’insister ici, sur l’importante différence qui existe entre
les technologies 1 et 3, ainsi que sur la nécessité d’adopter une structure de composant sensible-
ment différente. Les composants optimisés obtenus dans un second lot, présentent d’excellentes
performances, équivalentes à celles qui sont obtenues dans la technologie 1.
L’influence de la distance C2E sur la robustesse HBM, résumée dans le tableau 3.3, est sem-
blable à celle obtenue pour les composants de la technologie 1. L’augmentation de la robustesse

C2E optimal opt - 0,7 µm opt - 1,4 µm


HBM (kV) 12–13 8–12 5–10

Tab. 3.3 – Performances HBM (minimum-maximum) en fonction de l’éloignement (C2E) des


diffusions fortement dopées du collecteur et de l’émetteur (technologie 3).

avec l’élargissement de la base effective et le caractère aléatoire de l’apparition d’un second cla-
quage thermique sont également observés. Ces résultats s’ajoutent au précédent pour confirmer
la validité du modèle de fonctionnement construit à partir de la simulation numérique.

86
3.7. Résultats expérimentaux

0,5

0,4 opt -1,4 µm


opt -0,7 µm

Courant (A)
optimal
0,3

0,2

0,1

0
0 10 20 30 40 50 60 70
Tension (V)

Fig. 3.25 – Influence de la distance collecteur-émetteur sur la caractéristique TLP bas courant
du transistor NPN (technologie 3).

Les caractéristiques TLP à bas courant, données dans la figure 3.25, présentent les mêmes
aspects que celles des composants issus de la technologie 1. La tension de maintien est peu
dépendante de la distance collecteur-émetteur. Cette dépendance est ici masquée par les incerti-
tudes de mesures du banc de test TLP. La précision sur la tension de maintien est en particulier
limitée par l’utilisation d’un calibre de tension élevé sur l’oscilloscope, due à la présence de la
surtension avant le repliement.
La principale différence entre les caractéristiques TLP des technologies 1 et 3 réside dans la
forme de la courbe lors de l’augmentation de la tension avant le repliement. En effet, cette partie
de la caractéristique dépend de la diode collecteur-base. Cette diode est du type P + |N − |N ++
dans la technologie 1 et du type P |N |N ++ dans la technologie 3. Toutefois, l’augmentation de
la tension de repliement avec l’agrandissement de la distance C2E apparaı̂t clairement.

3.7.5 Influence de la géométrie


L’impact des variations de géométrie a été étudié dans la technologie 1. Deux aspects vont
être présentés :
– L’évolution de la robustesse HBM et des caractéristiques TLP avec la taille totale de la
structure, au travers de la longueur de son émetteur
– L’effet de quelques variations dans la géométrie des extrémités des diffusions de collecteur
et d’émetteur.

Variation de longueur d’émetteur


La robustesse des composants à un stress HBM est reportée dans le tableau 3.4, pour trois
longueurs d’émetteur.
Il existe une bonne proportionnalité de la robustesse au stress HBM avec la taille du compo-
sant. Le composant de référence, identique à celui de la section précédente, possède une longueur
d’émetteur de 34 µm. La robustesse maximum des composants dont la longueur d’émetteur est
de 45 µm n’a pas pu être déterminée car elle dépasse les possibilités du testeur utilisé qui peut

87
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés

LE (µm) 23 34 45
HBM (kV) 8–9 12–13 >16

Tab. 3.4 – Performance HBM (minimum-maximum) en fonction de la longueur LE d’émetteur


du transistor bipolaire NPN (technologie 1).

0,5

0,4 45 µm
34 µm
Courant (A)

23 µm
0,3

0,2

0,1

0
0 10 20 30 40 50 60
Tension (V)

Fig. 3.26 – Influence de la longueur d’émetteur du composant sur la caractéristique TLP bas
courant du transistor NPN (technologie 1).

fournir un stress maximal de 16 kV HBM.


Les caractéristiques TLP de ces composants, représentées sur la figure 3.26, donnent des
informations sur l’uniformité du courant au sein des composants dans les différents régimes de
fonctionnement. Le niveau du courant de repliement (It1 ) est proportionnel à la taille du dis-
positif. Ce comportement confirme l’uniformité du courant dans le transistor pour le régime
de moyen courant. Rappelons que le repliement du composant correspond à la transition du
maximum de champ électrique de la jonction métallurgique à la jonction effective située à la
transition N/N ++ du dopage de collecteur. Nous avons montré que le courant est relativement
uniforme avant le repliement et que la transition du maximum de champ électrique se produit
pour une densité de courant supérieure à la densité de courant critique. Le courant total néces-
saire au repliement est donc proportionnel à la taille du composant. En revanche, la tension de
repliement, qui est proportionnelle à la profondeur de la zone faiblement dopée de collecteur, est
indépendante de la taille du composant et égale à 57 V.
En outre, la tension de maintien est identique quelle que soit l’aire du transistor. Ceci té-
moigne de la non-uniformité du courant après le repliement. Le degré de focalisation du courant
est en effet indépendant de la taille du composant.

Influence des extrémités de diffusion


L’étude menée par simulation montre que les extrémités des doigts d’émetteur et de collecteur
représentent des régions favorables à la formation de régions plus chaudes. Afin d’étudier cet
aspect, plusieurs variations de dessin des masques de diffusion de collecteur et d’émetteur ont
été étudiées.

88
3.7. Résultats expérimentaux

LC
C N ++
N
P ++

LE
P
E N ++

B P ++

Fig. 3.27 – Vue de dessus schématique, des diffusions du transistor NPN.

La figure 3.27 donne une vue de dessus schématique, des diffusions utilisées pour réaliser le
transistor.
Le transistor optimisé possède des extrémités d’émetteur aux coins cassés (Fig. 3.27). L’utili-
sation d’un émetteur rectangulaire, représenté en pointillés sur la figure, réduit les performances
du composant. Dans ce cas, la tenue aux décharges HBM varie dans une plage de 8 à 12 kV.
Les extrémités de l’émetteur doivent donc faire l’objet d’attentions particulières pour obtenir de
bonnes performances.
Les longueurs de collecteur LC et d’émetteur LE sont représentées sur la figure 3.27. La
robustesse HBM de composants possédant un collecteur de longueur identique à l’émetteur
LC = LE et de composants pour lesquels LC > LE a été mesurée. Pour des stress HBM séparés
dans le temps d’au moins une minute, la robustesse est identique dans les composants où LC est
identique à LE et où LC est supérieur à LE . En revanche, si le stress est répété trois fois avec un
intervalle d’une seconde entre chaque stress, la robustesse du composant possédant un collecteur
plus long que son émetteur est réduite dans une plage variant de 10 à 12 kV HBM, alors que
celle des composants où LC = LE reste inchangée (12-13 kV). Il semble que dans ce dernier cas,
la thermalisation du transistor n’est pas totale entre deux stress. La subsistance de régions plus
chaudes entraı̂ne un déséquilibre dans le composant qui peut précipiter sa dégradation.
Toute interprétation de ces derniers résultats est particulièrement difficile. Le comportement
du composant de ce point de vue est difficile à simuler. Le choix d’une solution optimale pour le
dessin des extrémités d’émetteur et de collecteur reste encore empirique et ne peut se baser que
sur une succession de réalisation et de caractérisation expérimentales reposant sur l’intuition et
l’expérience du concepteur. Une solution particulièrement intéressante consiste en l’adoption de
géométries à symétrie circulaire qui font disparaı̂tre ce problème. Des travaux plus ou moins
récents ont montré l’amélioration des performances avec ce type de géométrie [123, 124, 125].

3.7.6 Comparaison des performances avec les composants standards


Afin d’illustrer les excellentes performances obtenues avec les transistors bipolaires optimi-
sés, il est intéressant de comparer leurs performances avec celles de composants de protections
classiques.
La performance d’un composant de protection ESD basé sur un TBA, peut être donnée en
termes de tension HBM par unité de longueur d’émetteur (longueur cumulée de tous les doigts)
ou, en tenue de tension HBM par unité de surface occupée. Pour être équitable, la comparaison
doit reposer sur des composants dont les tensions de maintien sont proches. Dans ce cadre,
les protections classiques, réalisées à partir des transistors NMOS constituent une excellente
référence.
Les performances des transistors bipolaires NPN optimisés et des composants de protection

89
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés

basés sur les transistors NMOS sont résumées dans les tableaux suivants. Le tableau 3.5 donne
la robustesse HBM des composants par unité de longueur d’émetteur dans les trois technologies
étudiées. La robustesse HBM par unité de surface occupée par le composant est donnée dans le

Technologie NMOS NPN


1 (CMOS 1,2 µm) 10,6 175
2 (CMOS HT 1 µm) 13 200
3 (CMOS 0,6 µm) 6 162

Tab. 3.5 – Performances HBM des composants par unité de longueur d’émetteur (V/µm).

tableau 3.6. Ces chiffres sont calculés à partir de mesures réalisées sur des transistors multi-doigts
dont la robustesse était d’au moins 5 kV HBM.

Technologie NMOS NPN


1 (CMOS 1,2 µm) 0,65 2,4
2 (CMOS HT 1 µm) 0,7 1,5
3 (CMOS 0,6 µm) 0,4 2,5

Tab. 3.6 – Performances HBM des composants par unité de surface utilisée (V/µm2 ).

Les performances des transistors NPN sont excellentes vis-à-vis de celles des composants
NMOS. Ces derniers possèdent cependant de bonnes performances. Ces résultats sont compa-
rables aux performances de composants de protection réalisés au moyen de thyristors, qui restent
cependant plus performants, mais sont rarement utilisés par crainte des problèmes de latch-up.
Le transistor bipolaire vertical, qui a servi de base à l’étude approfondie menée à partir des
simulations, possède des performances HBM de 75 V/µm et 0,96 V/µm2 . Sa tension de main-
tien plus grande que celle des transistors NPN optimisés, explique en partie ses performances
inférieures. La meilleure dissipation thermique, assurée par la position de la région de haute
température dans la profondeur du substrat, devrait permettre une meilleure robustesse. Cepen-
dant la profondeur de base effective, qui ne peut être modifiée, ne doit pas être optimale dans
ce composant.
Il faut modérer ces bons résultats par l’existence de la surtension avant le repliement, qui
limite le domaine d’utilisation des transistors NPN optimisés. Des techniques pour supprimer
cet inconvénient peuvent cependant être proposées. Elles ont fait l’objet d’une étude préalable
qui est présentée dans la section 3.7.7 suivante.
L’impact de certains paramètres technologiques sur les performances peut être mis en évi-
dence à partir de ces données. La diminution de la profondeur de la diffusion N ++ entraı̂ne
une diminution des performances, particulièrement remarquable sur la tenue HBM par unité de
longueur d’émetteur. La profondeur de cette diffusion est en effet la plus importante dans la
technologie 2 et la plus faible dans la technologie 3. Les transistors NMOS y sont plus sensibles
car la circulation du courant dans ces structures est essentiellement latérale et se situe en surface.
La chute des performances est beaucoup moins marquée sur les transistors NPN où le courant
circule plus en profondeur.
Cette diminution de performance apparaı̂t moins clairement dans les performances HBM
par unité de surface. Si l’on compare les chiffres dans les technologies 1 et 3 pour les transistors
NMOS, la diminution de performance est partiellement compensée par la réduction des dimen-
sions technologiques. Cette compensation permet de maintenir les performances des transistors
NPN par unité de surface. Le cas de la technologie 2 est particulier car la haute tenue en tension
des applications visées implique l’utilisation de règles de dessins plus strictes sur l’éloignement
des différentes diffusions. Cet aspect entraı̂ne une augmentation de la surface du transistor NPN

90
3.7. Résultats expérimentaux

réalisé dans cette technologie et pénalise sa performance HBM par unité de surface.

3.7.7 Techniques de déclenchement


Les performances des composants développés sont excellentes en termes de robustesse ESD
par rapport à leur surface. La caractéristique TLP complète du composant optimisé en techno-

9
8
7
6
Courant (A)

5
4
3
2
1
0
0 10 20 30 40 50 60
Tension (V)

Fig. 3.28 – Caractéristique TLP fort courant du transistor NPN (technologie 1).

logie 1 est représentée dans la figure 3.28. Sa faible tension de maintien et sa faible résistance
à l’état passant de l’ordre de 2 Ω permettent de l’utiliser pour protéger efficacement un circuit
contre des décharges électrostatiques très intenses. Mais la présence d’une surtension avant le
repliement limite son domaine d’application. Ce composant a été utilisé avec succès comme étage
primaire d’une protection à deux étages, et retenu comme stratégie de protection pour les entrées
dans un circuit commercial.
Afin d’étendre leur domaine d’utilisation, plusieurs techniques de déclenchement ont été
testées sur les transistors des technologies 2 et 3.
Nous avons vu que le repliement de la caractéristique est obtenu au-delà d’une certaine
densité de courant critique dans le transistor bipolaire. Il est donc nécessaire d’utiliser des
techniques de déclenchement qui vont permettre de polariser le transistor jusqu’à ces densités de
courant, tout en limitant la tension sur le collecteur. Pour cela, il faut substituer le courant de
trous fourni par la multiplication par avalanche dans la jonction collecteur-base, par un courant
d’origine différente. Ce courant doit polariser le transistor bipolaire d’une façon similaire au
courant issu de la multiplication par avalanche. Cette polarisation doit être maintenue jusqu’à
obtenir la densité de courant critique dans le composant qui va induire son repliement.

Déclenchement par transistor PMOS en technologie 3


Une première solution consiste à injecter du courant au moyen d’un élément de déclenchement
externe. Pour ce faire, il est judicieux d’utiliser la diffusion P ++ située à droite de l’émetteur
dans les figures 3.21 et 3.22 pour les technologies 2 et 3, respectivement. Le courant de trous
initialement fourni par la jonction C-B peut être substitué par un courant injecté à l’aide de
ce contact. Cette disposition spatiale permet de conserver le sens de circulation du courant de

91
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés

trous dans la structure, ce qui ne serait pas le cas si l’on utilisait le contact de base du transistor
bipolaire. En effet, quelle que soit la méthode de déclenchement, le courant de base circulera
toujours, après le repliement, de la région de collecteur (où il est créé) vers le contact de base.
L’injection d’un courant peut être réalisé au moyen de tout dispositif placé entre le contact
de collecteur et le contact P ++ (noté Extern sur la figure 3.22). Les contraintes dans le choix
de ce dispositif portent sur sa tension de déclenchement, la tension à ses bornes lorsqu’il est
déclenché et une robustesse suffisante pour conduire le courant nécessaire pour atteindre le
repliement du transistor bipolaire. La tension de déclenchement de ce dispositif et la tension à
ses bornes lorsqu’il conduit du courant, doivent être suffisamment grandes vis-à-vis de la tension
de maintien du transistor bipolaire pour garantir que seul le TBA conduira le courant après son
déclenchement. Par exemple, l’utilisation d’un transistor NMOS est à proscrire car sa tension de
maintien est trop proche de celle du transistor NPN. Nous avons pu vérifier expérimentalement
que la robustesse de cet ensemble (NPN+NMOS) possède la robustesse du transistor NMOS
seul.

5
NPN
4 NPN dec
Courant (A)

0
0 10 20 30 40 50 60
Tension (V)

Fig. 3.29 – Caractéristique TLP fort courant du transistor NPN seul et déclenché par un
transistor PMOS (NPN dec) (technologie 3).

Les caractéristiques TLP de transistors NPN réalisés en technologie 3, sans dispositif de dé-
clenchement et déclenché par un transistor PMOS avec grille à la masse, sont représentées sur la
figure 3.29. La surtension avant le repliement est bien éliminée et le déclenchement du transistor
bipolaire est effectif. En revanche, la résistance à l’état passant est doublée dans la structure
déclenchée. Ce problème provient du déclenchement d’une moitié seulement du transistor bipo-
laire (qui possède deux diffusions de collecteur). En effet, le dispositif de déclenchement n’a été
connecté que sur l’une des deux diffusions P ++ , créant ainsi une dissymétrie trop importante
pour permettre le déclenchement de l’autre doigt de collecteur. La robustesse du dispositif aux
décharges HBM est elle aussi diminuée de moitié. Cette solution avait été initialement retenue
afin de réduire le courant nécessaire au déclenchement, l’objectif de cette première structure de
test étant de démontrer qu’il est possible de déclencher ces transistors au moyen de dispositifs
extérieurs.

92
3.7. Résultats expérimentaux

Étude de diverses techniques de déclenchement en technologie 2


Diverses approches permettant de réduire la tension de déclenchement ont été testées dans
la technologie 2. Les relativement faibles dopages utilisés dans cette technologie impliquent que
le niveau du courant critique correspondant au repliement est particulièrement faible. Pour la
même raison, la tension de déclenchement est particulièrement élevée. La caractéristique TLP
du transistor NPN réalisé dans cette technologie est présentée dans la figure 3.30. La tension de
déclenchement est d’environ 130 V et le courant de déclenchement de l’ordre du milliampère. La
tension de maintien de 8 V est du même ordre que celle obtenue dans les autres technologies.
La tension de claquage collecteur-base statique est de 60 V. La robustesse de composant est de

5
Courant (A)

0
20 40 60 80 100 120
Tension (V)

Fig. 3.30 – Caractéristique TLP fort courant du transistor NPN (technologie 2).

14 kV HBM. Trois solutions de déclenchement ont été étudiées pour réduire la surtension.
La première est identique à la technique utilisée dans la technologie 3. Une diode externe
au composant permet de fournir le courant de base jusqu’au repliement du transistor bipolaire.
Cette diode possède une tension de claquage statique de 28 V. La tension de repliement du
transistor bipolaire est alors réduite à 50 V et la robustesse du composant est conservée.
La seconde solution étudiée est basée sur l’utilisation de la diode interne formée par la
diffusion P ++ dans la diffusion de collecteur N − .
La coupe technologique de ce composant est représentée sur la figure 3.31. La distance entre
la diffusion P ++ et la diffusion N ++ de collecteur a été réduite par rapport au composant de
référence. La tension de claquage statique est alors de 44 V et la robustesse du composant ainsi
formé est extrêmement faible, inférieure à 2 kV HBM.
Enfin, une troisième solution de déclenchement, plus originale, a été testée. La coupe techno-
logique de ce composant est représentée sur la figure 3.32. Une diffusion de type P ++ est accolée
à la diffusion N ++ de collecteur. Ces diffusions forment une diode Zener dont la tension de cla-
quage est particulièrement faible. Le fonctionnement de cette structure repose sur le principe des
anneaux de garde qui sont utilisés habituellement comme technique pour augmenter la tenue en
tension des jonctions cylindriques. Pour une polarisation inverse du composant, la diffusion P ++
est flottante jusqu’à ce que la région dépeuplée de la jonction collecteur-base l’atteigne, pour
une tension dite de perçage. Au-delà de cette tension, le potentiel de la diffusion P ++ est fixé
et la diode Zener se trouve polarisée en inverse. Lorsque la tension de claquage de la Zener est

93
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés

B E C Sub
       

           

       
           

       
           

++ ++ ++ ++ ++
P N P N P
       

           

N− P−

Psub

Fig. 3.31 – Coupe technologique du transistor NPN déclenché par diode interne (technologie 2).

B E C Sub
        

          

        

          

        

          

++ ++ ++ ++ ++ ++
P N P P N P
        
          

N− P−

Psub

Fig. 3.32 – Coupe technologique du transistor NPN déclenché par diffusion P ++ flottante (tech-
nologie 2).

atteinte, le courant circule dans le composant et permet de déclencher le transistor bipolaire. La


tension de mise en route est donc la somme de la tension de perçage et de claquage de la diode
Zener. La principale différence avec la technique de déclenchement utilisant la diode P ++ /N −
réside dans le lieu de la génération par avalanche, qui se situe ici à la jonction P ++ /N ++ . Ainsi,
une zone de fort champ électrique est présente à proximité de la jonction N ++ /N − et favorise
le passage du transistor bipolaire dans son régime de fort courant. Dans cette configuration, la
tension de claquage statique du composant est de 25 V et sa tension de repliement de 72 V.
Ses performances HBM sont améliorées vis-à-vis de celle du composant optimisé précédent. Ce
composant n’a pu être dégradé par le niveau de stress maximal de 16,4 kV HBM que peut fournir
le testeur utilisé.
Sur les trois techniques de déclenchement étudiées deux s’avèrent donc efficaces. Les caracté-

94
3.7. Résultats expérimentaux

ristiques TLP obtenues pour des tensions et courants proches du déclenchement sont représentées
sur la figure 3.33. L’évolution des caractéristiques statiques après l’application d’une décharge

0,030

0,025
Référence
++
0,020 P flottant
Courant (A)

Diode interne
0,015 Diode externe

0,010

0,005

0,000
20 40 60 80 100 120 140
Tension (V)

Fig. 3.33 – Caractéristiques TLP des composants NPN dans leurs régions de déclenchement,
pour diverses techniques de déclenchement (technologie 2).

HBM qui dégrade le composant est présentée sur la figure 3.34. La signature électrique de la
défaillance correspond toujours à une diminution de la tension de claquage pour les dispositifs
les plus robustes. En revanche, une élévation du courant de fuite est observée pour le composant
peu robuste déclenché par la diode interne. Ces signatures de défaillance donnent un indice sur
la localisation du défaut dans la structure.
L’élévation du courant de fuite correspond à l’apparition d’un défaut court-circuitant la
jonction métallurgique collecteur-base. La faible robustesse du composant déclenché par la diode
interne peut donc être attribuée à la dégradation de cette diode associée à la formation d’un
filament court-circuitant sa jonction métallurgique.
La diminution de la tension de claquage, observée dans tous les autres cas, ne peut être
attribuée à un filament court-circuitant la jonction. Le fonctionnement du composant bipolaire
à forte densité de courant s’accompagne de la formation d’une région de haute température
à la jonction effective. La diminution de la tension de claquage peut donc être attribuée à la
formation d’un filament de silicium fondu initialisé dans cette région et qui s’est propagé vers
la jonction métallurgique collecteur-base sans l’avoir transpercée. Ainsi, aucune modification du
courant de fuite du composant n’est observée tant que le champ électrique et la charge d’espace
de la jonction collecteur-base n’ont atteint le défaut. Cette interprétation va être confirmée par
l’analyse de défaillance.

3.7.8 Analyse de défaillance


Dans la technologie 3, des transistors NPN ont été dessinés pour permettre leur analyse par
la face avant. Pour cela, la disposition des métallisations est adaptée pour laisser découvertes
les surfaces de silicium susceptibles de présenter un intérêt pour l’analyse. Ces composants issus
du premier lot de test ne sont pas totalement optimisés, en particulier en termes de distance
collecteur-émetteur, et possède une robustesse légérement inférieure à 5 kV HBM. Cependant,

95
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés

-6
10
Réf. av.
-7
Réf. ap.
10 Diode av.
Diode ap.
-8
10 Ext. av.
Courant (A)
Ext. ap.
10
-9 Flot. av.
Flot. ap.
-10
10

-11
10

-12
10 0 20 40 60
Tension (V)

Fig. 3.34 – Mesures de fuites avant (av.) et après (ap.) l’application d’un stress destructeur
pour les transistors NPN selon différentes techniques de déclenchement (technologie 2). Réf. :
composant de référence, Diode : déclenchement par la diode interne, Ext. : déclenchement par
une diode externe, Flot. : déclenchement par région P ++ flottante.

le mécanisme de défaillance qui va être mis en évidence est représentatif du mode de défaillance
de composants plus robustes car leurs signatures de défaillance électrique sont identiques.
Les évolutions des caractéristiques statiques de deux composants NPN1 et NPN2, après
plusieurs stress HBM d’intensité croissante, sont présentées sur les figures 3.35 (a) et (b) respec-
tivement.

(a) (b)

Fig. 3.35 – Évolution de la caractéristique statique en inverse pour des niveaux croissants de
stress HBM, de deux composants (technologie 3) NPN1 (a) et NPN2(b).

Les techniques d’analyse NBOBIC et OBIC permettent une étude particulièrement fine de la
nature du défaut présent dans le silicium. Leur principe de fonctionnement a été présenté dans
le premier chapitre. Rappelons simplement que la présence d’un filament fondu dans le silicium
se traduit par une diminution systématique du signal NBOBIC dans la région du défaut. Par
contre, la variation du signal OBIC dépend des caractéristiques du défaut. Si le défaut ne court-

96
3.8. Cas d’un TBA PNP

circuite pas la jonction, le signal OBIC diminue dans la région du défaut et se comporte donc
comme le signal NBOBIC. Si le défaut court-circuite la jonction, une augmentation du signal
est observée.
Les images obtenues au moyen de ces techniques sur les composants NPN1 et NPN2, sont
présentées dans la figure 3.36. Les images OBIC sont obtenues pour une tension de 5 V sur le
collecteur du transistor. Seules les techniques OBIC ont permis la détection de défauts dans ces
deux composants. La photo-émission et la technique TLS ne donnent pas de résultats car les
courants de fuite mis en jeu sont trop faibles [126].
La caractéristique tension-courant statique du composant NPN1 après le dernier stress HBM,
traduit la présence d’un défaut court-circuitant la jonction collecteur-base. L’image OBIC du
composant (Fig. 3.36(a)), dans la région grisée représentée sur la figure 3.36(e), montre une
élévation locale du signal OBIC, traduisant la présence de ce type de défaut. La réduction du
signal NBOBIC (Fig. 3.36(b)), dans la même région, confirme sa présence.
La dégradation du transistor NPN2 se traduit par un décalage de la tension de claquage,
ou du moins l’accroissement significatif du courant de fuite pour une tension de l’ordre de 6 V.
Malgré le très faible courant de fuite, dû à la faible taille du défaut présent, l’image OBIC
(Fig. 3.36(c))laisse apparaı̂tre assez clairement une diminution du signal sur la gauche du doigt
N ++ de collecteur. L’image NBOBIC (Fig. 3.36(d))confirme la présence d’un défaut dans cette
région. Ceci permet d’affirmer que le défaut ne court-circuite pas la jonction collecteur-base.
Le mécanisme de défaillance correspond donc bien à un filament de silicium fondu, dont la
formation débute dans la région de forte température située à la jonction effective (N ++ /N − ), et
qui se propage vers la jonction métallurgique collecteur-base. Après refroidissement, ce filament
constitue une région polycristalline qui selon l’amplitude du stress appliqué, peut venir court-
circuiter la jonction collecteur-base ou pas.
Ce mode de défaillance est tel qu’il peut y avoir formation de plusieurs filaments avant
de conduire à un court-circuit. Cela permet donc de retarder la défaillance catastrophique et
participe probablement à améliorer la très grande robustesse de ce type de composant.

3.8 Cas d’un TBA PNP


Le modèle semi-analytique élaboré dans le chapitre 2 a permis de montrer que le compor-
tement des TBA NPN et PNP sont très différents pour des profondeurs de base importantes
(>2µm). La tension aux bornes de la région de collecteur d’un TBA NPN décroı̂t rapidement
avec la densité de courant, alors que celle d’un PNP augmente. La réalisation d’un TBA PNP
équivalent aux transistors NPN présentés dans ce chapitre est donc fondamentalement impos-
sible. Afin de confirmer cet aspect, un transistor PNP a été dessiné dans la technologie 3, en
adaptant le dessin de masque du meilleur transistor NPN réalisé.
La robustesse HBM de ce transistor est très faible 0,5 kV. Sa caractéristique TLP est re-
présentée dans la figure 3.37. Aucun repliement de la tension de collecteur n’est observé et sa
résistance dynamique est très élevée.
La faible tension obtenue pour le dernier point de la caractéristique TLP témoigne de l’appa-
rition d’un second claquage thermique dans le composant. La forte augmentation du courant de
fuite observée dans la caractéristique statique (de la dizaine de pico-ampères au micro-ampère),
témoigne de la dégradation du composant après cet événement.

3.9 Conclusion
Dans ce chapitre, une étude approfondie des TBA de type NPN possédant une région de
collecteur faiblement dopé a été menée. Après avoir bien mesuré leurs limitations, les outils de
simulation physique bidimensionnel ont permis une analyse approfondie du fonctionnement de
ces composants.

97
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés

(a) (c)

(b) (d)

Filament C N ++
polycristallin N
P ++

P
E N ++

B P ++
(e)

         


 
 
P
B


++


 
 N


 E 

++


 

 P




++ 













 C
N ++
  
  
  Sub
P ++
  
  


P Filament N P
polycristallin

Psub
(f)

Fig. 3.36 – Analyse de défaillance des transistors NPN1 et NPN2 par les techniques d’analyse
OBIC ( NPN1(a) NPN2(c) ) et NBOBIC ( NPN1(b) NPN2(d) ). La région analysée est grisée
dans la représentation schématique de la vue de dessus du composant (e). Position du filament
polycristallin représenté sur la coupe technologique du composant (f ).

L’étude d’un composant bipolaire NPN vertical a permis de mettre en évidence trois régimes
de fonctionnement distincts en fonction de l’ordre de grandeur des densités de courant dans
le transistor. Ces régimes sont liés à l’évolution des caractéristiques électriques de la jonction
collecteur-base qui sont modifiées par la charge électrique des porteurs libres. L’ensemble des
grandeurs électriques caractéristiques des TBA ont pu êtres liées aux paramètres géométriques
et technologiques, comme par exemple :
– la tension de repliement qui dépend principalement de la profondeur de la couche faible-
ment dopée de collecteur.

98
3.9. Conclusion

0,5

0,4

Courant (A)
0,3

0,2

0,1

0
0 20 40 60 80
Tension (V)

Fig. 3.37 – Caractéristiques TLP du composants PNP (technologie 3).

– le courant de repliement qui est proportionnel à la taille du composant et qui dépend du


dopage de la couche faiblement dopée de collecteur.
– la tension de maintien qui est fonction du profil de dopage à la frontière des couches
faiblement et fortement dopées du collecteur.
Les origines de la focalisation du courant dans les TBA ont été mises en évidence. De nature
purement électrique, la focalisation du courant est principalement due, dans le régime de fort
courant, à la formation d’une jonction collecteur-base effective dont la tension de claquage décroit
avec la densité de courant. Cet aspect de la focalisation a été traité plus en détail dans le
chapitre 2. Dans une moindre mesure, la résistance intrinsèque de base est aussi à l’origine d’une
non-uniformité du courant.
La cause de la défaillance d’un TBA est associée à l’initialisation d’un second claquage
thermique. Afin de retarder l’apparition de ce phénomène destructeur, nous avons vu comment
éviter la formation de régions plus chaudes dans le composant. Nous avons montré au moyen
de la simulation physique comment l’augmentation de la profondeur de base effective assure un
meilleur découplage à la fois thermiquement et électriquement des régions électriques d’émetteur
et de collecteur. Ce découplage permet de favoriser les effets qui réduisent la densité de courant
dans les régions les plus chaudes et de limiter les phénomènes d’emballement thermique. Pour des
décharges de faible intensité, nous avons montré le mouvement de la zone focalisée de courant
sous l’effet de la température. Ce mouvement est difficilement observable expérimentalement
mais Pogany et ses collaborateurs ont réussi à le mettre en évidence très récemment pour des
composants similaires, grâce au techniques d’interférométrie laser.
Un ensemble de recommandations pour la réalisation de composants de protection perfor-
mants a découlé de cette étude approfondie des TBA NPN possédant une région de collecteur
faiblement dopée.
Les résultats expérimentaux obtenus dans trois technologies viennent confirmer et illustrer
le bien fondé de notre étude théorique. Une limite importante pour l’utilisation des composants
développés provient de leur tension de repliement très élevée. Plusieurs techniques de déclen-
chement ont été proposées et vérifiées expérimentalement. L’impossibilité de réaliser ce type de
composant à base effective très profonde avec des transistors bipolaires PNP a également été
démontrée expérimentalement.

99
Chapitre 3. Optimisation de transistors bipolaires autopolarisés

Enfin, le mode de défaillance des composants a pu être mis en évidence par les techniques
d’analyse de défaillance très fines, OBIC et NBOBIC, basées sur la génération photoélectrique
par faisceau laser.

100
Chapitre 4

Modélisation de composants
bipolaires autopolarisés

Le nombre de cycles de conception des circuits intégrés associé aux problèmes de protection
contre les décharges électrostatique s’accroı̂t avec la complexité des circuits et la réduction des
dimensions technologiques. Il est donc primordial de prendre en compte et vérifier, dès le début
de la phase de conception d’un circuit, le bon fonctionnement de la stratégie de protection
choisie. D’une part, les éléments parasites amenés par les composants de protection ne sont pas
toujours négligeables, et d’autre part, l’absence d’interaction entre la stratégie de protection et la
partie fonctionnelle du circuit, lors du fonctionnement normal aussi bien que lors d’une décharge
électrostatique, doit être vérifiée. Pour cela, des outils de conception spécifiques doivent être
introduits dans l’environnement de conception des circuits intégrés. La modélisation compacte
de type SPICE des composants de protection pour les régimes de fort courant est l’un des
éléments nécessaires pour atteindre cet objectif.
Le second chapitre a fait apparaı̂tre les spécificités des phénomènes de fort courant dans les
TBA. Sans changer l’approche retenue au sein du laboratoire, qui consiste à baser le modèle des
composants ESD sur un modèle SPICE classique auquel sont ajoutés des éléments spécifiques,
nous l’enrichirons des effets des fortes densités de courant mis en évidence dans les chapitres
précédents.

4.1 État de l’art de la modélisation de type SPICE des protec-


tions ESD

Les éléments utilisés comme dispositifs de protection contre les ESD sont des composants
classiques (diodes, transistors bipolaires, transistors MOS, . . .) dont le dessin technologique est
adapté aux régimes de fort courant dans lesquels ils opèrent lors d’une décharge. Toutefois,
les modèles SPICE standards ne sont pas adaptés pour décrire ces régimes de fonctionnement
extrêmes. Les modèles doivent être étendus pour décrire les phénomènes physiques caractéris-
tiques de leur fonctionnement comme le claquage par avalanche des jonctions, les caractéristiques
à résistance négative (ou repliement), la modulation de conductivité, etc . . .
C’est en premier lieu pour les technologies CMOS que les décharges électrostatiques ont posé
un problème majeur. Aussi, le composant de protection qui a été le plus étudié et modélisé est le
transistor bipolaire NPN latéral parasite des transistors NMOS. La modélisation des transistors
NPN verticaux est par contre très peu abordée dans la littérature car il n’a été utilisé que plus
récemment avec l’avènement des technologies BiCMOS et de puissance intelligente.

101
Chapitre 4. Modélisation de composants bipolaires autopolarisés

4.1.1 Transistors bipolaires NPN


Le fonctionnement des transistors bipolaires NPN utilisés comme protection ESD a été dé-
crit dans la section 2.1.2. Rappelons que le fonctionnement le plus complexe de ce dispositif
correspond au cas où une décharge positive est appliquée sur le collecteur, l’émetteur et la base
court-circuités étant portés au potentiel de référence nul. Le transistor est initialement bloqué.
La tension de collecteur s’accroı̂t jusqu’à atteindre la tension de claquage par avalanche de la
jonction collecteur-base. Le courant circulant dans la résistance interne (ou intrinsèque) de base
permet alors de polariser la jonction base-émetteur en direct, et de déclencher le transistor
bipolaire.
Dans l’autre configuration de fonctionnement, pour une décharge négative, la diode collecteur-
base du composant est polarisée en direct. Ce cas peut être facilement traité avec des modèles
classiques. En revanche, le mode de fonctionnement en inverse ne peut être décrit directement
par les modèles SPICE standards [127] du transistor bipolaire (modèles d’Ebers-Moll ou de
Gummel-Poon), qui n’incluent pas les phénomènes physiques liés au claquage par avalanche des
jonctions. Le modèles VBIC [128] prend en compte ces mécanismes à la jonction collecteur-base,
mais est limité au seul cas de faible multiplication, ce qui n’est pas suffisant pour les composants
ESD.
Les modèles standards doivent donc être étendus au régime de fort courant propre aux
décharges électrostatiques. Ce faisant, deux approches sont envisageables. La première consiste
à développer un modèle complet et spécifique [59]. L’inconvénient majeur de cette méthode est
qu’elle nécessite une extraction complète des paramètres électriques du nouveau modèle. La
seconde approche, plus couramment utilisée, consiste à adapter et enrichir les modèles existants
(« macromodélisation »). Ainsi, des éléments de modèle propres aux forts niveaux de tension et
de courant sont ajoutés au modèle classique. L’avantage de cette technique est qu’elle limite le
nombre global de paramètres électriques à extraire aux paramètres spécifiques aux régimes de
claquage par avalanche et de fort courant.

RC

IC Iav
CC
B
NPN

RB CE

Fig. 4.1 – Modèle compact d’un transistor NPN autopolarisé.

Un schéma électrique du modèle compact du transistor NPN autopolarisé est présenté sur
la figure 4.1 [103]. Divers éléments sont associés au modèle standard du transistor bipolaire
représenté par l’élément NPN. La source de courant Iav permet de décrire les phénomènes
d’avalanche dans la jonction collecteur-base. La résistance RB placée entre la base et l’émetteur
représente la résistance interne de base qui sert à polariser la jonction base-émetteur en direct
et ainsi à déclencher le transistor. Enfin, les capacités non-linéaires des jonctions collecteur-
base (CC ) et émetteur-base (CE ) sont particulièrement importantes pour décrire la réponse
dynamique du transistor.

102
4.1. État de l’art de la modélisation de type SPICE des protections ESD

La valeur du courant d’avalanche Iav est calculée en fonction du courant IC dans le collecteur
du transistor au moyen de l’expression :

Iav = (M − 1)IC (4.1)

où M est le facteur de multiplication par avalanche de la jonction collecteur-base, donné par la
formule de Miller [67] :
1
M= (4.2)
VCB m
 
1−
BVCB
avec 2 < m < 6 un nombre qui dépend des caractéristiques de la jonction, déterminé de manière
empirique. Ainsi, dès que la tension aux bornes de la jonction collecteur-base (VCB ) atteint sa
tension de claquage BVCB , la source Iav fournit le courant pour déclencher la transistor bipolaire
et le maintenir en fonctionnement.
La valeur de la résistance de base RB est généralement considérée comme constante malgré
la modulation de conductivité dans la base. Elle est obtenue à partir de l’expression :
VBE
RB = (4.3)
It1
où la tension aux bornes de la jonction émetteur-base VBE est d’environ 0, 5 V au point de
repliement du transistor [40], et It1 est le courant de repliement du composant déterminé à
partir de la caractéristique TLP.
Lorsque le transistor NPN est un composant standard de la technologie, il est intéressant de
réutiliser directement son modèle électrique fourni dans la bibliothèque 4.1 [115, 129, 130]. Le
nombre de paramètres électriques à extraire est ainsi limité. En revanche, certains paramètres de
ce modèle tels que les capacités non-linéaires des jonctions devront être supprimés pour éviter les
redondances avec celles (CC et CE ) placées en externe. Dans le cas contraire [103], les paramètres
d’un modèle d’Ebers-Moll ou de Gummel-Poon classiques devront aussi être extraits.
La tension de maintien VH dépend fortement du facteur de multiplication par avalanche du
courant de collecteur M et du gain du transistor bipolaire β. Différentes méthodes sont utilisées
pour calibrer VH en ajustant les facteurs M [103, 129] et β [103].
La résistance à l’état passant après le déclenchement est principalement liée aux résistances
de collecteur RC . Sa valeur est directement extraite de la caractéristique TLP. De plus, selon
le modèle choisi pour le transistor NPN, certains effets comme la dépendance entre le gain du
transistor et le courant de collecteur ne sont pas systématiquement inclus. Ainsi, pour calibrer
la résistance à l’état passant du modèle à fort niveau, le gain du transistor dans cette région est
également ajusté [103].

4.1.2 Transistors NMOS


Lorsqu’il est utilisé comme structure de protection contre les ESD, le transistor NMOS a gé-
néralement sa grille, sa source et son substrat court-circuités à la masse. Reposant sur l’action du
transistor bipolaire latéral parasite, le comportement du composant le plus critique à modéliser
correspond à une décharge électrostatique positive appliquée sur son drain. Le fonctionnement
et le modèle de cette structure sont semblables à ceux d’un transistor NPN. Pour une décharge
positive, la tension de drain monte jusqu’à atteindre la tension de claquage de la jonction drain-
substrat. Le courant résultant permet de polariser localement la jonction source-substrat en
direct au travers de la résistance de substrat. Le transistor bipolaire NPN parasite est alors
déclenché, le drain jouant le rôle de collecteur, le substrat de base et la source d’émetteur.
L’une des spécificités des transistors NMOS provient de la possibilité d’utiliser l’action du
transistor MOS pour réduire la tension de déclenchement du dispositif. Pour cela, il faut appli-
quer une tension de grille supérieure à la tension de seuil du transistor NMOS, le plus couram-
ment en utilisant un couplage capacitif (section 2.1.3). Le courant circulant alors dans le canal

103
Chapitre 4. Modélisation de composants bipolaires autopolarisés

du transistor MOS est multiplié par avalanche à la jonction drain-substrat, fournissant ainsi le
courant de substrat (base) qui permet de déclencher le transistor NPN à des niveaux de tension
plus faibles que la tension de claquage drain-substrat.
Le schéma électrique typique du macromodèle couramment utilisé pour décrire le compor-
tement des transistors NMOS au régime de fort courant et de l’ESD est présenté dans la fi-
gure 4.2 [131, 132, 133, 61]. Le modèle est en tous poins semblable à celui des transistors NPN
autopolarisés avec en parallèle un transistor NMOS.
D

RD

IDS IC Iav
NPN
G B
N M OS
RS ub

Fig. 4.2 – Modèle compact d’un transistor NMOS incluant son transistor bipolaire NPN parasite.

L’expression du courant d’avalanche Iav dépend maintenant à la fois du courant du MOS


(IDS ) et du courant dans le transistor bipolaire (IC ). Il est donné par l’expression :

Iav = (M − 1)(IDS + IC ) (4.4)

Plusieurs expressions du facteur de multiplication par avalanche M sont rencontrées dans


les publications. La plus classique est basée sur la formule empirique de Miller (Equ : 4.5). Afin
de prendre en compte la variation de la tension de maintien en fonction de la polarisation de
grille [134], la tension de saturation VDsat = f (VG ) du transistor NMOS est soustraite à la tension
appliquée sur le drain, ce qui conduit à l’expression suivante pour le facteur de multiplication
du courant [133, 135] :
1
M= (4.5)
VD − VDsat m
 
1−
BVDSS
Une seconde formulation a été établie par Amerasekera [134]. Nous avons vu au chapitre 2
que le facteur de multiplication M est lié aux intégrales d’ionisation = par la relation :
1
M= (4.6)
1−=
Si l’on considère les coefficients d’ionisation des électrons et des trous égaux (αn = αp = α), les
intégrales d’ionisation des électrons et des trous (Equ : 2.26) sont alors identiques et se simplifient
en : Z
=n = =p = = = α dx (4.7)

Les coefficients d’ionisation étant de la forme :


E crit
 

α = α exp − (4.8)
E

104
4.2. Approche retenue et justification

le facteur de multiplication s’exprime alors de la façon suivante :


1
M=   (4.9)
−K2
1 − K1 exp
VD
où K1 et K2 sont deux coefficients pouvant être extraits de la mesure statique de ln(1 − 1/M )
en fonction de 1/VD dans la zone de claquage par avalanche de la jonction drain-substrat, avant
le déclenchement du transistor bipolaire.
Plusieurs approches ont été proposées afin de modéliser la résistance de substrat RSU B .
La plus simple consiste à choisir une résistance de valeur constante. Elle est calculée de façon
similaire à la résistance de base du transistor bipolaire présenté à la section précédente, pour
ajuster le point de déclenchement du transistor NPN [133, 134]. La modélisation à l’aide de lignes
de transmission, qui permet de tenir compte de la géométrie de la structure et de l’épaisseur du
substrat, est présentée dans [136, 137]. La modulation de conductivité dans la base implique une
réduction de la valeur de la résistance de base à fort niveau de courant. Afin de prendre en compte
cet aspect, la résistance de base peut être modélisée par une fonction mathématique [138].
Les paramètres du modèle du transistor bipolaire NPN, généralement basé sur le modèle
d’Ebers-Moll [133], sont extraits des caractéristiques statiques et TLP. La tension de maintien
dépend des paramètres M et β qui sont finalement ajustés lors du calibrage des simulations. Pour
les forts courants, la résistance dynamique du composant est principalement due à la résistance
de ballast dans le drain et aux résistances des prises de contacts. Ce dernier aspect est pris en
compte par la résistance série RD dans le drain.

4.2 Approche retenue et justification


Le principal objectif de la modélisation compacte des protections ESD est de permettre la
simulation globale d’un circuit avec ses protections ESD associées. Deux types de simulation
sont envisageables :
– l’étude du fonctionnement normal du circuit
– l’analyse de l’efficacité du circuit de protection ESD
Dans le premier cas, les modèles doivent rendre compte des éléments parasites que représentent
les composants de protection ESD, afin de vérifier qu’ils ne perturbent pas le fonctionnement
normal. Dans le second cas, les modèles doivent permettre d’analyser la réponse du circuit lors
d’un stress ESD, donc à fort niveau de courant, pour vérifier qu’il n’existe aucune surtension ou
courant trop important dans le circuit à protéger.
Les modèles classiques de composants sont parfaitement adaptés au premier type de simu-
lation, qui correspond à des niveaux de tension et de courant classiques. De plus, les protec-
tions ESD sont généralement réalisées à partir des composants standards de la technologie.
Des modèles aux paramètres éprouvés et parfaitement calibrés sont donc disponibles dans les
bibliothèques de composant. Il est donc particulièrement intéressant de construire le modèle
des composants de protection ESD à partir de ces derniers, en ajoutant des éléments de cir-
cuits supplémentaires pour prendre en compte le régime de fonctionnement à fort courant lors
d’une décharge électrostatique. L’extraction des paramètres est ainsi réduite aux régimes de fort
courant, ce qui évite un travail redondant pour l’extraction des paramètres classiques.
Au delà de cet argument purement pratique, nous pouvons différencier deux régimes de fonc-
tionnement pour un TBA polarisé en inverse au cours d’une décharge électrostatique de type
HBM [139]. En début de décharge, la tension varie très rapidement au bornes du composant
jusqu’à son déclenchement puis son repliement. Dans le même temps, le courant total dans la
structure reste à des niveaux suffisamment faibles pour que les modèles classiques du composant
restent valides. Après le déclenchement, les niveaux de courant sont très grands, mais la tension
aux bornes du composant varie peu et relativement lentement par rapport au début de la dé-
charge. Nous pouvons donc distinguer un premier régime de faible courant avec de très fortes et

105
Chapitre 4. Modélisation de composants bipolaires autopolarisés

rapides variations de tension, qui précède un second régime de fort courant où les variations de
tension sont beaucoup plus faibles et plus lentes.
Nous pouvons donc profiter des modèles classiques pour décrire le comportement du com-
posant dans le premier régime où les niveaux de courant sont suffisamment faibles. Le com-
portement dans le second régime sera essentiellement décrit par les éléments de circuits sup-
plémentaires qui devront essentiellement rendre compte des effets des très fortes densités de
courant.
Les modèles précédemment développés au laboratoire [61, 115] sont basés sur cette approche.
Nous ne souhaitons pas ici en redémontrer l’efficacité, mais montrer comment les effets spécifiques
des fortes densités de courant peuvent être intégrés dans ce type de modélisation.

4.3 Modélisation des TBA à collecteur faiblement dopé


Nous nous intéresserons plus particulièrement ici aux effets des fortes densité de courant.
Seul l’aspect statique, déjà complexe, sera abordé. Les aspects dynamiques seront traités plus
en détail dans la section 4.6.

4.3.1 Présentation générale du modèle

La méthodologie utilisée pour développer le modèle repose sur l’ajout d’éléments de circuit
(source de courant, résistance, capacités non linéaires, . . .) au modèle standard du transistor
bipolaire.
La figure 4.3(a) représente la structure physique unidimensionnelle d’un TBA avec son
schéma électrique équivalent.
Le schéma électrique utilisé pour la simulation est représenté dans la figure 4.3(b). Une
source de courant Iav est placée entre le collecteur et la base du transistor. Le courant issu de la
multiplication par avalanche dans la région électrique de collecteur est calculé en fonction de la
tension collecteur-base et du courant ICint circulant dans le collecteur du transistor. Cette source
permet également de simuler le claquage par avalanche de la jonction. Le courant d’avalanche
se partage entre la base du transistor bipolaire et la résistance de base RB int .

Les capacités non linéaires des jonctions collecteur-base, émetteur-base et collecteur-substrat,


qui ne sont pas représentées ici, doivent être supprimées du modèle du transistor et remplacées
par des diodes supplémentaires [61]. En effet, la valeur du courant ICint circulant dans le collecteur
du transistor est utilisée pour calculer le courant issu de la multiplication par avalanche. Or,
les courants capacitifs dans la jonction collecteur-base ne sont pas multipliés par avalanche car
ils ne correspondent pas à un déplacement physique de porteurs dans cette région, mais à une
variation temporelle de champ électrique7 . Idéalement, il est donc nécessaire de les différencier
des courants de porteurs pour calculer le courant d’avalanche et obtenir une représentation
correcte du fonctionnement dynamique du transistor.
Le courant d’avalanche fourni par la source est donné par la relation utilisé par Dutton [129] :

Iav = k1 (M − 1)ICint (4.10)

avec M le facteur de multiplication par avalanche et k1 un facteur empirique qui permettra


d’ajuster la tension de repliement.

7
Souvent appelés, par abus de langage, courant de déplacement, ces pseudo-courants permettent d’assurer la
∂E
continuité et la conservation du courant. Ils sont donnés, dans les équations de Maxwell, par la relation Jdep =  ,
∂t
en tout point de l’espace.

106
4.3. Modélisation des TBA à collecteur faiblement dopé

ICint = βIB
int

IE
int
IB Iav = (M − 1)ICint
IC = M ICint
ext
IB
Zone de
multiplication
int
E RB par avalanche
B C

(a)

RC

A
V
ICint = βIB
int

Iav = (M − 1)ICint
NPN

int
RB

(b)

Fig. 4.3 – Modélisation du comportement de la région électrique de collecteur. Modèle uni-


dimensionnel du transistor NPN autopolarisé (a) et son schéma électrique équivalent pour la
simulation (b).

4.3.2 Méthode de calcul du facteur de multiplication


Dans un transistor NPN, le courant de collecteur correspond à un courant d’électrons. Après
le déclenchement du transistor, ce courant est multiplié par avalanche dans la jonction collecteur-
base et fournit le courant de base nécessaire pour maintenir la jonction émetteur-base polarisée
en direct. Il est donc important de calculer aussi précisément que possible la valeur du facteur de
multiplication par avalanche, d’autant plus qu’il détermine directement la tension de maintien du
composant. Pour cela, l’expression du facteur de multiplication est calculée à partir de l’intégrale
d’ionisation des électrons =n dans une jonction plane abrupte. Le facteur de multiplication par
avalanche du courant de collecteur ICint est alors donné par :
1
M= (4.11)
1 − =n
Le principal inconvénient de cette formulation découle de la singularité de l’expression lorsque
la tension de claquage est atteinte. Dans ces conditions, la valeur de =n tend vers 1 et le
dénominateur de l’expression tend vers 0. La variation de M est donc extrêmement rapide
pour les tensions proches de la tension de claquage et implique des problèmes de convergence.
L’aspect le plus pénalisant pour la stabilité des calculs provient cependant du changement de
signe de l’expression 4.11, lorsque =n devient8 supérieur à 1. La solution que nous proposons
8
Ceci peut se produire durant la simulation si un pas de calcul en tension trop important est utilisé.

107
Chapitre 4. Modélisation de composants bipolaires autopolarisés

permet de résoudre ces problèmes sans pénaliser ni le temps de calcul, ni la précision pour le
régime de fonctionnement autour de la tension de maintien après le repliement de la tension de
collecteur.
Afin, d’éliminer le changement de signe pour =n > 1, nous pouvons approximer l’équa-
tion 4.11 au moyen de son développement limité :

Nb
X
M≈ (=n )j (4.12)
j=0

avec N b le nombre de termes. On remarque que ce développement correspond à la somme des


N b termes d’une suite géométrique de raison =n , ce qui conduit à :

1 − =Nn
b+1
M≈ (4.13)
1 − =n

Cette dernière expression présente d’excellentes propriétés pour assurer la convergence et la


précision des calculs. Sa valeur est strictement positive quel que soit =n , même supérieur à
1. Elle n’est pas définie pour =n = 1, mais les limites à gauche et à droite de ce point sont
identiques et ont pour valeur9 (N b + 1). Ainsi, la fonction est presque continue autour du point
singulier, ce qui assure l’absence de tout problème de convergence au voisinage de ce point. La
probabilité de tomber sur le point singulier lors des calculs numériques (arithmétique à virgule
flottante) est infiniment faible. Toutefois, nous pouvons prévenir cette éventualité par un test
conditionnel donnant la valeur (N b + 1) à M si =n est exactement égal à 1,0. La figure 4.4 donne
les représentations de (M − 1) obtenues à partir des fonctions 4.11 et 4.13, en fonction de la
tension appliquée normalisée par rapport à la tension de claquage. L’expression utilisée pour
calculer =n est issue de la résolution analytique de l’intégrale d’ionisation qui sera donnée dans
la suite. L’accord entre les deux expressions est parfait pour les valeurs de (M − 1) inférieures

6
10
5
10
4
Mn original
10 Mn Nb=100
3
(M-1)

10
2
10
1
10
0
10
-1
10
-2
10 0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
Tension normalisée (V/BV)

Fig. 4.4 – Variation de (M − 1) en fonction de la tension appliquée normalisée par rapport à la


tension de claquage. La courbe ”original” est issue de l’équation 4.11 alors que la seconde courbe
est obtenue à partir de l’équation 4.13 pour un nombre de terme N b = 100.

9
La somme des termes d’une suite géométrique de raison 1 est égale à (N b + 1).

108
4.3. Modélisation des TBA à collecteur faiblement dopé

à 10. L’utilisation de l’équation 4.13 n’a donc pas d’influence dans la région correspondant aux
régimes où le composant est replié.
Le choix du nombre de termes (N b) repose sur un compromis entre la précision et la bonne
convergence des calculs au moment du claquage par avalanche. Plus N b est élevé, plus la précision
est grande mais plus la pente de la courbe au voisinage de la tension de claquage est importante
et pénalise la convergence. Une valeur de 100 pour N b assure un excellent compromis.
L’expression utilisée pour le calcul de l’intégrale d’ionisation =n est particulièrement im-
portant pour déterminer avec précision la tension de maintien du transistor. Nous avons utilisé
l’équation 2.29 établie au chapitre 2 et que nous rappelons ici :
" ! #
qCef f 3
 
Ap
=n = exp 2(Ap − An ) VCB 4 − 1 (4.14)
Ap − An εSi

avec VCB la tension entre le collecteur et la base du modèle SPICE du transistor. Cette équa-
tion, obtenue par une approche purement analytique et physique, constitue la plus précise des
expressions de l’intégrale d’ionisation des électrons dans une jonction plane abrupte. Bien que
le claquage des jonctions soit généralement initialisé dans une jonction cylindrique, la jonction
collecteur-base qui est le siège de le génération par avalanche à fort courant peut être assimilée
à une jonction plane [61].

4.3.3 Variation du coefficient de multiplication avec la densité de courant


Nous avons démontré que la concentration effective Cef f de la jonction collecteur-base, est
une fonction du courant qui circule au travers du collecteur. La prise en compte de la variation
de Cef f va permettre de modéliser la variation de la tension de claquage de la jonction collecteur-
base en fonction du courant dans le composant.
L’effet de la densité des porteurs libres dans la jonction collecteur-base devient significatif
lorsque la densité de courant atteint des valeurs proches de la densité de courant critique. La
densité n d’électrons dans la région de fort champ électrique du collecteur est donnée par la
relation :
ICint
n= (4.15)
S q vln
avec S la section totale offerte au passage du courant, q la charge élémentaire et vln la vitesse
limite des électrons à fort champ électrique. En effet, le courant d’électrons à l’entrée de cette ré-
gion du coté de la base, correspond au courant circulant dans le transistor NPN du macromodèle
(ICint , Fig. 4.3). La densité d’électrons n’est cependant pas constante sur l’ensemble de la région.
Elle varie d’une quantité approximativement égale à celle des trous générés par avalanche. Or,
nous avons montré que la densité du courant de trous, ne peut dépasser le tiers du courant total
circulant dans le composant. Aussi, nous avons choisi d’approximer la densité d’électrons par
une densité constante sur toute la région électrique de collecteur. Ce choix permet de calcu-
ler facilement l’impact de la densité de porteurs sur la tension de claquage et ne pénalise pas
trop la précision des calculs car l’aspect essentiel est d’obtenir l’ordre de grandeur de la densité
d’électrons en fonction la densité de courant.
Trois régimes de fonctionnement, correspondants au calcul de trois tensions de claquage,
peuvent être distingués en fonction de la densité de porteurs libres. Ces trois régimes sont
représentés sur la figure 4.5 en termes de distribution du champ électrique en fonction de la
densité de porteurs libres.
1. Figure 4.5(a). Pour une densité d’électrons plus faible que le dopage Nd de la région
faiblement dopée de collecteur, la tension de claquage de la jonction collecteur-base est
une fonction croissante de la densité de porteurs. La densité des électrons vient en effet se
soustraire à la densité de charge d’espace dans la région faiblement dopée. Tout se passe
comme si le dopage de cette région diminuait, ce qui correspond à une augmentation de la
tension de claquage.

109
Chapitre 4. Modélisation de composants bipolaires autopolarisés

N ++ N ++ N ++ N ++

-- + + -- ++
NA Nd ND
P N− P N−
(a) (b)

N ++ N ++

- - ++

(c) P N−

Fig. 4.5 – Représentation des profils de champs électriques pour les trois régimes de calcul de
la tension de claquage de la jonction collecteur-base. La densité de charge (négative) due au
courant d’électron est représentée en traits pointillés courts dans la zone de charge d’espace. La
position de la jonction (lieu de changement de signe de la charge d’espace) est représentée en
traits pointillés longs.

2. Figure 4.5(b). L’extension de la charge d’espace dans le collecteur faiblement dopé est
limitée par la couche fortement dopée. L’accroissement de la tension de claquage est donc
limité. Au maximum, cette tension est égale à la tension de claquage de la diode PIN
(P N − N ++ ). Ce régime sera atteint pour des densités d’électrons de l’ordre de Nd .
3. Figure 4.5(c). Lorsque la densité des électrons est supérieure à Nd , la nature de la jonction
collecteur-base est modifiée car elle détermine maintenant le dopage effectif de la jonction.
La tension de claquage de la jonction effective formée à la frontière des régions faiblement
(Nd ) et fortement (ND ) dopées de collecteur est alors une fonction décroissante de la
densité de porteurs libres.
Pour le premier régime de fonctionnement (Fig. 4.5(a)), la concentration effective de la
jonction collecteur-base est donnée par la relation :

(1) (NA + n)(Nd − n)


Cef f = (4.16)
NA + Nd
avec NA le dopage de la diffusion de base et Nd le dopage de la région faiblement dopée du
collecteur. Cette fonction est décroissante pour n croissant et devient négative pour n > Nd .
La tension de claquage maximale que peut atteindre la jonction collecteur-base correspond
à la tension de claquage de la diode PIN (BVP IN ). La valeur de la concentration effective
correspondant à ce second régime est obtenue en inversant la formule de Gharbi [140] :

4
5, 65 1013

(2) 3
Cef f = (4.17)
BVP IN

110
4.3. Modélisation des TBA à collecteur faiblement dopé

Enfin, dans le troisième régime (Fig. 4.5(c)), la concentration effective est donnée par :

(3) (n − Nd )(ND − n)
Cef f = (4.18)
ND − Nd
qui est une fonction croissante pour n croissant et négative tant que n < Nd et où ND est le
dopage de la région fortement dopée du collecteur. On peut également, dans le cas du transistor
à collecteur graduel, calculer la tension de claquage de la jonction linéaire associée aux forts
courants (cf. section 3.5). Pour cela, quelques manipulations algébriques permettent à partir de
l’expression analytique du profil de dopage gaussien, de calculer la valeur de la pente du profil de
dopage au point où la valeur du dopage est égal à la densité de porteurs libres n. L’expression 3.2
donnée dans le chapitre précédent permet alors de calculer la tension de claquage en fonction
de la pente. Enfin, l’utilisation de la formule de Gharbi donne une valeur pour Cef f qui sera
utilisée pour calculer l’intégrale d’ionisation.

18
Concentration effective (1/cm )

10
3

17
Ceff(1)
10
Ceff(2)
Ceff(3)
16
10

15
10

14
10 1 2 3 4 5 6
10 10 10 10 10 10
2
Densité de courant (A/cm )
(1) (2) (3)
Fig. 4.6 – Variation des trois concentrations effectives (Cef f , Cef f , Cef f ) en fonction de la
densité de courant (J = nqvln ), pour NA = 5 1016 , Nd = 5 1015 , ND = 1 1020 et BVP IN = 150 V .

L’algorithme permettant de sélectionner, parmi les trois valeurs disponibles, la concentration


effective à utiliser pour le calcul de l’intégrale d’ionisation est particulièrement simple. Il consiste
(1) (2) (3)
simplement à donner à Cef f la valeur la plus grande des trois calculées MAX(Cef f , Cef f , Cef f ).
La figure 4.6 donne la variation de ces concentrations en fonction de la densité de courant qui est
J
directement proportionnelle à n (n = ). Pour n faible, à faible courant, la plus grande valeur
q vln
(1)
de Cef f correspond à Cef f . Lorsque n augmente, pour un courant croissant dans la structure,
(1) (2) (3)
la valeur de Cef f décroı̂t jusqu’à devenir inférieure à Cef f qui est indépendante de n. Cef f ne
prend des valeurs importantes que lorsque n est grand vis-à-vis de Nd , soit en terme de densité
de courant J > Jcrit = Nd q vln , et ne sera donc finalement utilisée qu’aux fortes densités de
courant.
Cette approche permet donc de prendre en compte les modifications des caractéristiques
électriques de la jonction collecteur-base d’une façon relativement simple et efficace. Elle est
étroitement liée aux caractéristiques physiques du composant et offre donc la possibilité d’ana-
lyser l’impact des modifications de technologie et de dessin du composant. La section 4.5 donne

111
Chapitre 4. Modélisation de composants bipolaires autopolarisés

un exemple d’utilisation de cette approche pour modéliser le composant optimisé développé dans
la technologie 3.

4.4 Remarques pour la modélisation de transistors NMOS


De la même manière que pour les transistors NPN à collecteur faiblement dopé, la modéli-
sation rigoureuse des transistors NPN parasites associés aux transistor NMOS doit prendre en
compte la variation de la tension de claquage de la jonction drain-substrat (ou collecteur-base)
avec le niveau de courant.
Le schéma type de macromodèle est représenté dans la figure 4.7(a). Il est similaire à celui

RD

int
IC+D A
V N ++ N ++

NMOS NPN int


Iav = (M − 1)IC+D

- - ++

RSU B NA ND
P

(a) (b)

Fig. 4.7 – (a) Schéma électrique équivalent du transistor NMOS utilisé pour la modélisation. (b)
Représentation de la répartition de champ électrique dans un transistor NMOS, pour le calcul
de la tension de claquage de la jonction collecteur-base (drain-substrat). La densité de charge
(négative) due au courant d’électron est représentée en traits pointillés courts dans la zone de
charge d’espace. La position de la jonction est représentée en traits pointillés longs.

utilisé pour le transistor NPN à l’exception de l’élément NMOS dont le modèle est issu de la
bibliothèque de la technologie et permet de prendre en compte l’effet du transistor MOS.
Le calcul du facteur de multiplication par avalanche est réalisé de la même manière que dans
le cas des transistors à collecteur faiblement dopé. Seule l’expression de Cef f , qui dans ce cas
est unique, doit être adaptée pour les transistors NMOS.
Sa valeur se déduit directement de la figure 4.7(b) :
(NA + n)(ND − n)
Cef f = (4.19)
NA + ND
L’extraction des paramètres utiles au modèle est sensiblement identique à celle d’un transistor
bipolaire à collecteur faiblement dopé présenté dans la section suivante. La valeur de la résistance
de base est en revanche déduite de la caractéristique TLP au moyen de la relation 4.3.

4.5 Modélisation du TBA de la technologie 3


La coupe technologique du transistor NPN issu de la technologie 3 est rappelée dans la
figure 4.8. Le modèle présenté à la section 4.3.1 est utilisé pour la modélisation. La prise en

112
4.5. Modélisation du TBA de la technologie 3

B E C Sub
                
                































Extern 


























































++ ++ ++ ++ ++
P N P N P
                
                

DD RD
NA Nd
RB P

P Iav N

Psub

Fig. 4.8 – Coupe technologique du transistor NPN réalisé dans la technologie 3. Les principaux
composants à modéliser sont représentés.

compte de la diode DD qui détermine la tension de claquage statique du composant, implique


une légère modification.

4.5.1 Modélisation de la diode DD


Le courant qui circule dans la diode DD au delà de sa tension de claquage BVD est dé-
terminé par sa résistance série RD (Fig. 4.8). Cette résistance faiblement dopée possède une
caractéristique non linéaire qui conduit à une saturation du courant à une valeur critique Icrit
au delà d’une certaine tension appliquée. Nous avons adapté l’expression proposée dans [141]
pour ce type de résistance faiblement dopée, afin de modéliser le courant circulant dans la diode
en fonction de la tension V à ses bornes :
V − BVD
ID = s (4.20)
V − BVD 2
 
Rd 1+
Rd Icrit

pour V > BVD et ID ≈ 0 pour V < BVD . Sa caractéristique électrique ID (V ) est linéaire pour
les valeurs de V proche de BVD . Dans cette région, la valeur de la résistance est Rd .
Le courant issu de la multiplication par avalanche dans le collecteur et celui circulant dans
la diode sont ajoutés pour donner Iav dans le modèle. Dans les résultats de simulations que
nous présentons ici, les calculs sont réalisés par un module VerilogA inséré en tant que source
de courant dans le macromodèle.

4.5.2 Extraction des paramètres statiques


Le modèle du transistor bipolaire utilisé ici n’est pas disponible dans la bibliothèque de la
technologie. En effet, ce transistor n’est pas un composant standard de la technologie. Nous
en profitons pour décrire la méthode d’extraction de l’ensemble des paramètres statiques. La
caractérisation est réalisée à partir de composants dont toutes les broches (base, émetteur,

113
Chapitre 4. Modélisation de composants bipolaires autopolarisés

collecteur, substrat et Extern10 (Fig. 4.8)) sont indépendantes. Les mesures sont effectuées grâce
à un analyseur de paramètres de type HP4142.

Paramètres de la diode DD
La caractéristique de la diode polarisée en inverse est obtenue en appliquant une tension entre
les broches de collecteur et Extern. La courbe donnant le courant dans la diode en fonction de
la tension est présentée sur la figure 4.9.
La tension de claquage BVD de la diode, sa résistance série Rd à faible tension et le courant
maximum Icrit sont extraits directement de cette courbe.

0,05
Icrit=487 mA
Rd=180 Ω
0,04
Courant (A)

0,03

0,02

0,01

BVD=14,5 V
0,00
0 10 20 30 40 50
Tension (V)

Fig. 4.9 – Caractéristique statique en inverse de la diode DD associée au transistor NPN


(technologie 3) et extraction des paramètres électriques du modèle.

Résistance de base
La valeur de la résistance de base est extraite de la mesure du courant en fonction de la
tension appliquée entre la base et le contact Extern. Cette caractéristique est représentée sur la
figure 4.10.
La valeur de la résistance correspond à l’inverse de la pente de la courbe obtenue.

Paramètres du transistor
Les paramètres nécessaires à la modélisation du transistor NPN sont les suivants :
– IS , le courant de saturation du transistor
– ISE , le courant de saturation de la jonction émetteur-base
– nEL , le facteur de non-idéalité de la jonction émetteur-base
– βmax , le gain en courant
– IL, la valeur du courant de collecteur à partir de laquelle le gain en courant du transistor
atteint sa valeur de plateau
– IKF , la valeur du courant de collecteur à partir de laquelle le gain en courant du transistor
chute en régime de forte injection
10
Extern est le contact sur la diffusion P ++ qui permet le déclenchement du transistor par un dispositif externe

114
4.5. Modélisation du TBA de la technologie 3

Les tracés du courant de collecteur IC et du courant de base IB du transistor, en fonction


de la tension base-émetteur VBE , donnent accès à ces paramètres électriques élémentaires pour
la simulation [127].
Le tracé du rapport IC sur IB , qui donne le gain du transistor, en fonction du courant de
collecteur permet d’extraire les paramètres IL et IKF (Fig. 4.11).

-3
8×10

-3
6×10
Courant (A)

-3
4×10 R=355 Ω

-3
2×10

0
0 0,5 1 1,5 2 2,5 3
Tension (V)

Fig. 4.10 – Caractéristique statique de la résistance de base du transistor NPN (technologie 3).
Extraction de la valeur de la résistance.

βmax

10
Beta

IL IKF
1 -14 -12 -10 -8 -6 -4 -2
10 10 10 10 10 10 10
IC (A)

Fig. 4.11 – Gain en courant du transistor bipolaire en fonction du courant de collecteur (tech-
nologie 3). Extraction des paramètres de fort et faible courant relatifs à β.

115
Chapitre 4. Modélisation de composants bipolaires autopolarisés

Résistance de collecteur
À forts niveaux de courant, l’augmentation de la tension aux bornes du composant pour
des courants croissants est principalement liée aux résistances de collecteur et d’émetteur. Elles
correspondent aux résistances de diffusion et des prises de contact. La valeur de la résistance à
l’état passant du transistor (RON ) est extraite de la caractéristique TLP (Fig. 4.12) et donne la
valeur de la résistance de collecteur RC du macromodèle.

5
RON = 2,7 Ω
4
Courant (A)

0
0 10 20 30 40 50 60
Tension (V)

Fig. 4.12 – Caractéristique TLP fort courant du transistor NPN (technologie 3). Extraction de
la résistance de collecteur (RC ) à fort courant.

4.5.3 Résultats de simulation, limitation du modèle


La plupart des paramètres du modèle ont été extraits à partir des caractéristiques expé-
rimentales. Seules les valeurs du dopage de la base NA , de la région de collecteur faiblement
dopée N d et de la section S du passage du courant dans le composant doivent être choisies en
connaissance des paramètres physiques du composant. La valeur de la région fortement dopée de
collecteur, qui ne joue pas de rôle important, est choisie égale à 1020 At/cm3 . Enfin, la tension
de claquage de la diode PIN peut être estimée à partir de la profondeur de la région faiblement
dopée de collecteur par la formule 3.1. Toutefois, l’expression utilisée pour l’intégrale d’ionisation
n’étant pas adaptée11 au cas d’une diode PIN, ce paramètre pourra être réajusté pour retrouver
la tension maximale de la caractéristique TLP avant le repliement.

Résultats
Le modèle a été implémenté et testé avec le simulateur SPICE SpectreS qui permet l’uti-
lisation du langage VerilogA pour décrire la source de courant d’avalanche. Les résultats des
simulations statiques réalisées avec ce macromodèle après un calibrage des paramètres (en par-
ticulier NA , ND , S et BVP IN ), dans une limite de 10% des valeurs extraites expérimentalement,
permet d’obtenir une excellente corrélation de la simulation avec la mesure TLP avant le re-
pliement de la tension de collecteur (Simu1, Fig. 4.13). La tension de maintien est en revanche
11
L’expression de l’intégrale d’ionisation est obtenue dans l’hypothèse d’une jonction plane abrupte sans limi-
tation de charge d’espace.

116
4.5. Modélisation du TBA de la technologie 3

largement surestimée, de plus de 10 V. La limitation du modèle provient de la prise en compte de


la chute du gain du transistor bipolaire NPN à forte injection. En effet, à fort courant la valeur
du gain calculée par le modèle varie comme l’inverse du courant de collecteur et tend donc vers
zéro. Or, nous avons montré dans le chapitre 2 que le rapport des courants d’électrons et de
trous dans la base du transistor est proche de 2. Pour les régimes de très fort courant spécifiques
aux TBA durant un ESD, le gain du transistor bipolaire est donc de l’ordre de 2. Le résultat de
la simulation statique, après modification du modèle du transistor bipolaire de façon à ce que le
gain du transistor soit égal à 2 quelque soit le courant, est représenté par la courbe Simu2 dans
la figure 4.13. L’accord avec la mesure est alors parfait à fort courant mais mauvais à plus faible
courant. L’ajustement des paramètres de la diode DD et de BVP IN permet cependant d’obtenir
une bonne représentation de la réponse du composant (Simu3, Fig. 4.13) mais s’éloigne d’une
représentation physique précise.

Mesure
Simu1
Simu2
1 Simu3
Courant (A)

0,1

0,01
0 10 20 30 40 50 60 70
Tension (V)

Fig. 4.13 – Comparaison des résultats de simulation et des résultats expérimentaux pour la
caractéristique quasi-statique TLP du transistor NPN optimisé (technologie 3). La courbe Simu1
est obtenu en prenant en compte la chute du gain et la variation du facteur de multiplication à
fort courant. Simu2 est obtenu dans les même conditions que Simu1 en éliminant la chute du
gain à fort courant et en le prenant égal à 2. Pour Simu3 les conditions sont identiques à Simu2
(β=2, M variable), seuls les paramètres sont modifiés pour ajuster la caractéristique simulée aux
mesures.

L’utilisation du paramètre empirique k1 (Equ. 4.10) pour compenser cet effet n’est pas pos-
sible ici. Il influe en effet à la fois à faible et fort niveaux de courant. Pour l’ensemble des résultats
de simulation présentés, sa valeur est égale à 1.

Limitations
Une solution consisterait à modifier le code informatique du modèle du transistor bipolaire
de façon à limiter la chute du gain à fort courant à une valeur minimale de 2. L’ensemble
des paramètres du modèle pourrait alors être conservé et cette solution n’aurait pas d’impact
sur les caractéristiques à faible niveau de courant. La modélisation du composant parasite que
représente la structure ne serait pas non plus affectée. Toutefois, ceci n’est réalisable que si le
code source du modèle est disponible et demande un travail assez lourd pour l’intégration dans

117
Chapitre 4. Modélisation de composants bipolaires autopolarisés

l’environnement de simulation.
1
La formulation de la chute du gain à fort courant comme une fonction de est bien connue.
IC
Nous avons démontré que le gain du transistor est proche de 2 dans un TBA pour de forte densité
de courant. L’évolution du gain entre ces deux régimes reste à étudier.
Enfin, on remarque sur la figure 4.13 que la simulation ne correspond pas à la mesure pour
des courants supérieurs à 200 mA et inférieurs à 1 A. Dans cette plage, la tension varie peu
aux bornes du composant réel. Ce régime correspond à l’étalement progressif du courant dans
la totalité du composant. Or, nous avons choisi une section S de passage du courant constante
dans le modèle du transistor. Afin, de prendre en compte la non uniformité du courant, il serait
nécessaire de faire varier S en fonction du courant total. Rappelons que la non-uniformité du
courant n’est effective qu’au moment du repliement de la tension et jusqu’à un certain niveau
où le courant est finalement redistribué dans tout le composant. C’est donc seulement dans une
plage de courant restreinte qu’il serait nécessaire de recalculer S de manière à ce que la densité
de courant dans le composant soit égale à la densité maximum (définie dans la section 2.5
du chapitre 2). Comme nous l’avons vu, cette dernière dépend principalement de la résistance
de ballast dans le collecteur du transistor bipolaire. Toutefois, hormis la précision du modèle,
l’intérêt de prendre en compte ce phénomène est limité. Le régime considéré n’est pas critique
pour analyser le bon fonctionnement d’une stratégie de protection ESD. De plus, si cet effet est
modélisé, la chute de la tension au moment du repliement sera beaucoup plus abrupte et rapide
et défavorisera la bonne convergence des simulations.

4.6 Étude de la dynamique


Une décharge électrostatique est une impulsion de courant de forte intensité et d’une durée
totale extrêmement courte. Dans le cas d’un stress ESD de type CDM, les aspects dynamiques
revêtent un importance primordiale, le temps de réponse des dispositifs de protection étant
proche de l’ordre de grandeur de la durée de l’impulsion de courant. De plus, l’amplitude du
pic de courant lors de ce type de décharge est plus important que pour un stress de type HBM.
L’association des effets de très forte densité de courant et de la dynamique extrêmement rapide
laisse supposer que la modélisation des composants pour les stress de type CDM sera difficile avec
les modèles compacts classiques. Aussi, nous limiterons ici notre réflexion au cas plus classique
des stress de type HBM.
Comme nous l’avons fait remarquer à la section 4.2, la réponse en inverse des TBA peut être
décomposée en deux parties : l’une correspondant au déclenchement du composant, où le courant
est relativement faible et la variation de tension aux bornes du composant est très rapide, l’autre
où la tension varie beaucoup plus lentement et le courant est très grand dans le composant. Les
aspects dynamiques sont donc beaucoup plus importants en début d’impulsion HBM, et vont
jouer un rôle primordial lors du déclenchement du composant.

4.6.1 Dynamique du déclenchement


Dans les premiers instants d’une décharge ESD, le courant circulant dans le transistor est de
nature purement capacitive[71, 17]. Il est principalement lié à la charge de la capacité collecteur-
base dans un transistor bipolaire, et aux capacités drain-substrat et drain-grille dans un tran-
sistor MOS. La condition de déclenchement du transistor bipolaire correspond à une tension
émetteur-base VBE supérieure à sa tension de seuil Vs en direct VBE > Vs .
Cette condition est remplie dès que le courant dans la résistance de base est suffisant. Ce
courant peut avoir deux origines différentes :
– le courant d’avalanche dans la jonction collecteur-base (polarisée en inverse)
– ou le courant capacitif de la jonction collecteur-base

118
4.6. Étude de la dynamique

Le courant d’avalanche sera prépondérant lors de phénomènes lents alors que le courant capacitif
pourra devenir important pour des variations très rapides. Les courants capacitifs peuvent donc
entraı̂ner le déclenchement du transistor avant le claquage par avalanche de la jonction collecteur-
base. Ce type de mise en route de la protection est souvent désigné comme un déclenchement par
dv/dt [59]. Cet aspect peut fortement influencer les mesures de robustesse de certains composants
de protection en fonction de l’équipement utilisé pour le test. En effet, chaque testeur peut
générer des impulsions ESD dont les temps de montée sont sensiblement différents [142]. Le
déclenchement plus précoce du transistor, lors de transitoires plus rapides, peut permettre dans
certains cas de limiter la tension maximale aux bornes du composant et améliorer sa robustesse.
Une étude plus détaillée du déclenchement par dv/dt est menée dans la section suivante.
Dès qu’une tension suffisante est atteinte pour polariser la diode émetteur-base en direct,
le déclenchement du transistor bipolaire n’est cependant pas instantané. Son temps de réponse
est de l’ordre du temps de transit τB des porteurs dans la base. Pour un transistor NPN, il est
donné par la relation :
WB 2
τB = (4.21)
kB T
m µn
q
où µn est la mobilité des électrons dans la base et m un paramètre qui dépend du niveau
d’injection, avec m = 2 à faible injection et m = 4 à forte injection. Le temps de transit
dans la base est donc un paramètre très important pour la modélisation de type SPICE. Le
déclenchement du composant se situant dans des régimes intermédiaires de courant, sa valeur
peut être choisie entre les valeurs de faible et de forte injection, et calculée grâce à la formule 4.21.
Pour les transistors NMOS dont la grille est liée à la masse, le fonctionnement du composant
est identique. En revanche, le déclenchement du transistor bipolaire parasite peut être contrôlé
par l’action du transistor NMOS. Pour permettre ce fonctionnement, le contact de grille doit être
lié à la masse par une résistance. La tension de grille se voit ainsi couplée à la tension de drain
par la capacité drain-grille intrinsèque et parfois par une capacité supplémentaire ajoutée entre
drain et grille. Cette méthode de déclenchement du transistor est appelée couplage de grille.
En début de décharge, l’élévation de la tension de grille permet de mettre en fonctionnement le
transistor NMOS. Le courant d’électrons dans son canal va alors être multiplié par avalanche à
la jonction drain-substrat. Le courant de trous généré par l’avalanche circule dans la résistance
de base et permet de déclencher le transistor bipolaire avant le claquage par avalanche de la
jonction drain-substrat. Une étude plus détaillée du couplage de grille est présentée dans la
section 4.6.3.

4.6.2 Déclenchement par dv/dt


Le schéma électrique du macromodèle complet d’un transistor NPN est donné dans la fi-
gure 4.14(a). Les capacités non linéaires collecteur-base CCB , émetteur-base CEB et collecteur-
substrat CCS sont ajoutées dans le macromodèle statique pour prendre en compte les courants
capacitifs dans le composant. Comme nous l’avons vu dans la section 4.3.1, ces capacités, en
particulier CCB , doivent être supprimées dans le modèle du transistor bipolaire car les courants
capacitifs ne sont pas multipliés par avalanche.
Les conditions de déclenchement du transistor peuvent être étudiées à l’aide du schéma
simplifié présenté dans la figure 4.14(b). En effet, avant le déclenchement, les courants ne peuvent
emprunter que des chemins capacitifs, le transistor NPN étant initialement bloqué. Deux chemins
principaux sont disponibles, l’un au travers de la capacité CCS , l’autre étant représenté dans
la figure 4.14(b). Le premier n’influe pas directement sur le déclenchement du transistor. En
revanche, le second détermine le comportement du composant.
Afin de simplifier le problème analytique, nous allons considérer un courant IESD , circulant
dans la branche de circuit (Fig. 4.14(b)), dont la variation est linéaire dans le temps :
IESD = at (4.22)

119
Chapitre 4. Modélisation de composants bipolaires autopolarisés

RC

IESD
A
VCB
V CCB CCB
ICint
Iav (ICint )
CCS
NPN

int int
RB CEB RB CEB
VBE

(a) (b)

Fig. 4.14 – Schéma du macromodèle complet d’un TBA NPN (a). Circuit simplifié pour l’étude
de la dynamique du déclenchement (b).

avec a en A/s la pente de la rampe de courant. Pour une décharge HBM typique de 2 kV, l’ordre
1, 3
de grandeur de a est d’environ = 1, 3 108 A/s. Nous allons également considérer les
10 10−9
capacités comme linéaires et constantes.
La tension aux bornes de la jonction collecteur-base VCB se déduit ainsi facilement, sachant
dv
que le courant dans une capacité est donné par i = C . L’intégration de cette équation en
dt
considérant que la capacité est déchargée à t=0 conduit à l’expression :
a 2
VCB = t (4.23)
2CCB
Dans la partie basse de la branche de circuit considérée (Fig. 4.14(b)), le courant IESD se
int et la capacité C
partage entre la résistance RB EB . L’expression de la tension VBE peut être
déterminée au moyen des transformations de Laplace.
t
int −τ
VBE = aRB [t − τe (1 − e e )] (4.24)
avec τe = RB int C
EB .
Cette expression difficile à manipuler peut se simplifier dans les deux cas extrêmes où t >> τe
et t << τe . Dans le premier cas, l’expression 4.24 se simplifie en :
(1) int
VBE = aRB t (4.25)
Ce qui correspond au cas où tout le courant IESD circule uniquement dans la résistance de base.
Dans le second cas, l’utilisation du développement limité au second ordre de l’exponentielle
permet de simplifier l’expression 4.24 :
(2) a 2
VBE = t (4.26)
2CEB
Ce qui correspond au cas où tout le courant circule uniquement dans la capacité E-B.
Le temps tdyn d’établissement de la tension de seuil Vs de la jonction E-B sous l’effet des
seuls courants capacitifs se déduit directement des équations 4.25 et 4.26 pour chacun des cas
limites :
r
(1) Vs (1) (2) 2CEB (2)
tdyn = int
avec tdyn >> τe et tdyn = Vs avec tdyn << τe (4.27)
aRB a

120
4.6. Étude de la dynamique

Le premier cas de figure correspond à une résistance de base faible et une capacité E-B grande,
et inversement dans le second cas.
Quel que soit le cas de figure, le déclenchement dynamique ne sera effectif qu’à condition
que la tension collecteur-base n’ait pas atteint la tension de claquage BVCB de cette jonction.
Le temps d’établissement tBV de cette tension se déduit de l’équation 4.23 :
r
2CDB
tBV = BVCB (4.28)
a
La condition pour observer un déclenchement dynamique est tdyn < tBV . Ceci se traduit
dans les relations :

Vs 2
 
1
a> int
(4.29)
RB 2CCB BVCB

et
CEB BVCB
< (4.30)
CCB Vs

pour le premier et second cas, respectivement.


La sensibilité au déclenchement dynamique dépend donc étroitement du composant étudié.
Pour les transistors dans lesquels la résistance de base est faible vis-à-vis de l’impédance de
la capacité E-B (premier cas), le déclenchement dynamique se produit seulement si la pente
du transitoire en courant est supérieure à un seuil (Equ. 4.29). Dans le cas inverse (résistance
de base forte), le déclenchement dynamique est indépendant du temps de montée du courant.
En effet, le pont diviseur de tension constitué par les capacités E-B et C-B détermine seul la
condition de déclenchement (Equ. 4.30). Si la capacité CEB est suffisamment faible vis-à-vis de
CCB , la tension VBE s’élève plus rapidement que la tension VCB et atteint la tension de seuil Vs
avant que VCB n’ait atteint la tension de claquage.
Dans les deux cas, l’augmentation de la capacité collecteur-base favorise le déclenchement
dynamique car elle retarde le déclenchement par le claquage de la jonction collecteur-base. D’une
manière générale, plus l’impédance entre collecteur et base est faible vis-à-vis de l’impédance
entre base et émetteur, plus le déclenchement dynamique est favorisé.
Le déclenchement dynamique n’est pas un problème simple à traiter. Le recours aux outils
de simulation est ici indispensable pour étudier précisément le comportement d’un composant
et prendre en compte la non-linéarité des capacités de jonction. L’analyse de ces phénomènes
par la simulation physique bidimensionnelle est souvent difficile à interpréter car on ne peut
pas discriminer l’origine des courants dans les électrodes du composant. En outre, les courants
capacitifs sont distribués dans tout le composant. La modélisation de type SPICE doit donc
prendre en compte les phénomènes distribués.

Prise en compte des effets distribués


Dans les transistors bipolaires verticaux, la répartition du courant, dans le cas d’un déclen-
chement lié au courant d’avalanche, n’est pas identique à celle liée aux courants capacitifs. La
figure 4.15 représente une coupe d’un transistor bipolaire NPN vertical avec la répartition de
ces courants. Alors que le courant d’avalanche IBV est créé dans la partie cylindrique de la
jonction collecteur-base, les courants capacitifs se distribuent sur l’ensemble de la jonction avec
une densité de courant Jc relativement uniforme. Le courant IBV seuil nécessaire pour déclencher le

transistor est donné par la tension de seuil de la jonction (Vs ) divisé par la résistance totale RB
de la base (du point Y au point X Fig. 4.15).
Le calcul du courant capacitif nécessaire pour le déclenchement est plus complexe en raison
des effets distribués. Le courant de base circule de la droite vers la gauche sur la figure 4.15. Ce

121
Chapitre 4. Modélisation de composants bipolaires autopolarisés

B E Z 













 C



















 Sub



















       
           

++ ++ ++ ++
P N N P
       
           

Ib (x) P
WB IBV
X Y y

x
L z P−
JC
N−

Psub

Fig. 4.15 – Représentation schématique de la distribution du courant capacitif et du courant


d’avalanche, avant le déclenchement, dans la coupe technologique d’un transistor bipolaire ver-
tical.

courant est invariant selon l’axe z. Si l’on note Z la longueur du doigt d’émetteur, la variation
du courant dans la base selon l’axe x est :

dIB = Jc Zdx (4.31)

Si on considère la densité de courant capacitif dans le collecteur uniforme et si l’on place l’origine
de l’axe x au point Y le courant dans la base est donné par :
Z x
IB (x) = Jc Zdx0 = Jc Zx (4.32)
0
(4.33)

sachant que IB (Y ) = 0. La variation de tension dans la base est alors :


ρB
dVB (x) = IB (x) dx (4.34)
WB Z
avec WB la profondeur de la base et ρB sa résistivité. La tension dans la base au point Y est
donc donnée par :
Z Y Z Y
ρB ρB L2
VB (Y ) = dVB (x) = Jc Z xdx = Jc (4.35)
X X WB Z WB 2
La condition de déclenchement est atteinte lorsque VB (Y ) dépasse la tension de seuil Vs de la
jonction émetteur-base. La densité de courant au seuil de déclenchement est donc :
2Vs
Jcseuil = ρB (4.36)
L2
WB
Ce qui donne, en multipliant par la surface de la capacité collecteur-base (L.Z), le courant de
seuil du déclenchement :
2Vs
Icseuil = (4.37)
RB

122
4.6. Étude de la dynamique

Cette dernière relation montre qu’il faut un courant capacitif deux fois supérieur au courant
issu de l’avalanche à la jonction cylindrique collecteur-base, pour déclencher le transistor bipo-
laire. Ce résultat peut également être interprété comme si la résistance de base était réduite de
moitié.
Afin, de prendre en compte cet aspect, le schéma du macromodèle doit être modifié (Fig. 4.16).
La résistance de base est partagée en deux résistances dont la somme des valeurs reste égale à
RB . Les conditions de déclenchement par le courant d’avalanche restent donc inchangées. En
revanche, la valeur de la résistance de base (xRB ) pour le déclenchement dynamique peut être
facilement ajusté avec la valeur de x (avec 1 > x > 0, 5).
C

RC

IC Iav
CC B
B
NPN

(1 − x)RB

xRB CE B

Fig. 4.16 – Modèle compact d’un transistor NPN autopolarisé avec ajustement de la résistance
de base pour le déclenchement par dv/dt.

L’information sur la dynamique est difficile à obtenir expérimentalement car beaucoup d’élé-
ments parasites jouent un rôle important lors des mesures. Les inductances et les capacités pa-
rasites liées par exemple aux fils d’interconnexions, au plot de contact, au boı̂tier, etc. . .influent
sur l’aspect du signal obtenu. Il faut minimiser ces éléments parasites ou les connaı̂tre avec
précision pour obtenir une information fiable sur l’évolution de la tension et du courant dans
le composant. Ceci représente un travail particulièrement difficile car un transitoire de courant
ESD est associé à de très hautes fréquences et des phénomènes fortement non-linéaires.

4.6.3 Méthode d’optimisation du couplage de grille


Dans les transistors NMOS, le couplage de grille est utilisé pour diminuer la tension maximum
aux bornes du composant, et éviter ainsi l’apparition de surtensions avant le déclenchement du
composant. À notre connaissance, il n’existe aucune méthodologie pour choisir la valeur de la
capacité de couplage et la valeur de la résistance entre la grille et la masse. Jusqu’à présent, ce
choix semble reposer sur une approche très empirique fondée sur une série de réalisations et de
tests. Nous proposons ici une méthode pour optimiser l’utilisation du couplage de grille afin de
minimiser la surtension lors du déclenchement d’un transistor de protection NMOS.

Motivations
La suppression ou la réduction de la surtension lors du déclenchement d’un transistor de
protection est un aspect important pour protéger efficacement les oxydes de grilles des transistors
du cœur du circuit. L’oxyde de grille du transistor NMOS de protection est également soumis
à cette surtension car sa grille est directement liée à la masse et son drain est au potentiel le
plus élevé. Cet oxyde mince peut donc également être dégradé pendant la surtension avant le
déclenchement.

123
Chapitre 4. Modélisation de composants bipolaires autopolarisés

Dans les régions proches de la jonction drain-substrat, le champ électrique dans l’oxyde de
grille est élevé (Fig. 4.17). De plus, la jonction drain-subtrat est le siège d’une forte génération
par avalanche qui donne naissance à un grand nombre de porteurs chauds à proximité de l’oxyde
de grille. Cette configuration est particulièrement défavorable et peut entraı̂ner une dégradation

G   

B S Eox D
  

     
        

     

e−
     
        

++ ++ ++
P N N
     

        

+
t

Psub

Fig. 4.17 – Coupe technologique schématique d’un transistor NMOS. Avant le déclenchement,
la tension entre drain et grille est associée à un champ électrique Eox important dans l’oxyde de
grille qui est situé à proximité de la région de multiplication par avalanche des électrons e− et
des trous t+ dans la jonction drain-substrat.

prématurée de l’oxyde de grille. Toutefois, le piégeage de charges dans l’oxyde n’est pas ici
un aspect critique car une modification des caractéristiques électriques typiques du transistor
NMOS est acceptable tant qu’elle n’affecte pas le courant de fuite de la protection.
L’utilisation du couplage de grille permet de diminuer le champ électrique dans l’oxyde.
L’élévation de la tension de grille entraı̂ne une diminution de la tension entre grille et drain
VGD . L’optimisation du couplage de grille doit donc également être menée dans l’objectif de
minimiser VGD au cours d’une décharge HBM.

Étude du déclenchement d’un transistor NMOS


La figure 4.18(a) représente le schéma équivalent d’un transistor NMOS de protection dans
lequel les capacités et résistances sont séparées des modèles statiques du transistor MOS et du
transistor bipolaire parasite.
Les transistors NMOS et NPN sont bloqués au début d’une décharge. L’étude de la réponse du
composant en début de décharge peut donc être menée à partir du schéma de la figure 4.18(b)
où les transistors MOS et bipolaire sont supprimés. Afin de simplifier ce schéma complexe,
sans perte de généralité, nous pouvons négliger la résistance de la source et du drain car elles
sont de faible valeur et les courants sont relativement faibles dans le régime étudié. En outre,
la transformation du réseau en triangle, formé par les capacités (CGB + CG ext ), C
GD et CDB ,
en étoile permet de se ramener au schéma présenté dans la figure 4.18(c). Le numérateur des
expressions donnant les capacités équivalentes est :
ext ext
CC = CGB (CGD + CG ) + CGB CDB + (CGD + CG )CDB (4.38)

On peut identifier dans ce dernier schéma deux branches, BrB et BrG , similaires à celle
étudiée pour le déclenchement par dv/dt d’un transistor bipolaire dans la section 4.6.2.
Comme dans le cas du transistor NPN simple, le déclenchement du transistor bipolaire
parasite peut être lié soit au claquage par avalanche de la jonction drain-substrat soit à un
courant capacitif suffisant dans la résistance de base. Une nouvelle possibilité de déclenchement
s’ajoute ici, la mise en route du transistor NMOS par le couplage de grille. Trois conditions de
déclenchement sont donc possibles (Fig. 4.18)(c) :

124
4.6. Étude de la dynamique

CGext CGext
RD RD

j ox j ox
CDB CGD CDB CGD

B int ox
CGB B int ox
CGB

NPN N M OS
j ox j ox
CSB CGS CSB CGS

int ext int ext


RB RS RG RB RS RG

(a) (b)

VDint CC
ox
CGB

CC CC
ox j
CGD + CGext CDB

VBint VG

j ox
CSB CGS

int ext
RB RG

VS

BrB BrG

(c)

Fig. 4.18 – Schéma équivalent d’un transistor MOS. Les exposants j et ox donnent la nature
des capacités (jonction ou oxyde respectivement). La capacité CGB ext et la résistance Rext sont
G
externes au transistor et placées sur la puce à proximité immédiate du transistor NMOS.

– VDint − VBint > BVDB


– VBint > Vs
– VG > Vt
où BVDB est la tension de claquage de la diode drain-substrat, Vs la tension de seuil de la diode
émetteur-substrat et Vt la tension de seuil du transistor NMOS.
Le courant d’une décharge se partage entre les deux branches de circuit. Il empruntera

125
Chapitre 4. Modélisation de composants bipolaires autopolarisés

principalement la branche offrant l’impédance la plus faible. Si la capacité CGD ext n’est pas utilisée
B
(déconnectée), la branche Br est la plus favorable au passage du courant car les capacités dans
cette branche ont de plus fortes valeurs, résultant donc en une plus faible impédance. En effet, les
valeurs des capacités de jonction CDB et CSB sont d’au moins un ordre de grandeur supérieures
aux capacités de recouvrement de l’oxyde de grille sur le drain et la source CGD et CGS . De
plus, la valeur de la résistance de grille externe doit au moins être de l’ordre de grandeur de la
résistance de base, afin que la tension sur la grille soit maintenue durant un temps suffisamment
long et que l’augmentation de la tension de grille soit suffisante.
L’utilisation d’une simple résistance de grille sans capacité externe ajoutée CG ext ne peut

donc permettre d’obtenir une diminution de la tension de déclenchement, quel que soit la valeur
de RG ext . Il apparaı̂t donc indispensable de rééquilibrer le courant dans les deux branches en

ajoutant une capacité externe entre grille et drain. De cette façon, l’équilibre entre les deux
branches est retrouvé dès que la capacité ajoutée en externe CG ext est de l’ordre de grandeur de

la capacité drain-substrat CDB . L’ajout de la capacité externe est également favorable pour le
déclenchement dynamique car, au travers de l’augmentation de l’ensemble des capacités liées du
terme CC (Equ. 4.38), l’élévation de la tension entre drain et substrat va être réduite et retarder
le claquage par avalanche de la jonction drain-substrat.
Pour que le déclenchement par couplage de grille soit possible, il faut donc que la capacité
ajoutée en externe soit du même ordre de grandeur ou supérieure à la capacité drain-substrat.
Pour la même raison, la résistance de grille doit être de plus faible valeur que la résistance de
base afin de diminuer l’impédance de la branche BrG .
La vitesse à laquelle le transistor MOS doit être coupé après le déclenchement du transistor
bipolaire, permet d’affiner le choix de la résistance et de la capacité à utiliser. Le courant dans
le canal du transistor MOS doit être coupé avant l’apparition du régime de très fort courant.
Pour cela, la constante de temps du circuit RC de grille τG = RG ext C ext doit être inférieure à la
G
nano-seconde. Cette dernière contrainte fixe donc le produit RG ext C ext et lie les valeurs de Rext
G G
et CG ext . Les valeurs optimales sont donc obtenues pour la plus faible valeur de C ext telle que les
G
deux conditions CG ext > C ext
DB et RG < RB soient satisfaites.

Application
Une étude du déclenchement des transistors de protection NMOS réalisés dans la technolo-
gie 3 (décrite dans le chapitre précédent) a permis de valider cette méthode. Les résultats de
simulations SPICE d’un transistor NMOS soumis à un stress HBM de 2 kV pour différentes
configurations de couplage de grille sont présentés dans la figure 4.19. Ils confirment les résultats
du développement théorique précédent. Si aucune capacité n’est ajoutée en externe entre drain
et grille, le pic de tension avant le déclenchement persiste. La capacité de couplage est très faible
dans ce cas et même pour une forte valeur de la résistance de grille (ici 140 kΩ), la tension VG
augmente peu en début de décharge et ne permet pas de déclencher le transistor NMOS.
L’ajout d’une capacité externe et l’application des règles établies précédemment, permettent
d’éliminer totalement la surtension. De plus, la tension maximale aux bornes de l’oxyde de
grille, donnée par VDint − VG est également très fortement diminuée. La polarisation de la grille
est rapidement coupée avant d’atteindre le régime de fort courant. Seul le TBA parasite assure
donc la conduction des fortes valeurs de courant. Remarquons également la nette réduction de
la vitesse du transitoire de tension sur le drain due à l’augmentation de la capacité équivalente
entre drain et substrat.
Finalement, l’utilisation des simulations SPICE permet d’affiner le choix de la capacité et de
la résistance de couplage de grille pour optimiser la réponse du composant.
Ces solutions ont été testées en pratique sur les transistor NMOS de la technologie 3. Les
versions des composants dont le déclenchement par couplage de grille a été optimisé, voient leur
robustesse ESD doublée vis-à-vis de composants dont la grille est reliée directement ou par une
simple résistance à la masse, sans capacité externe supplémentaire.

126
4.7. Conclusion

2
12

10 1,5
Tension (V)

Courant (A)
8
IC 1
6
VD (0 Ω)
VD (140 kΩ)
4 VG (")
VD -VG ( " ) 0,5
int
VD (1 pF,115 Ω)
2 VG ( "," )
VD -VG ( "," )
int

0 0
1e-11 1e-10 1e-09 1e-08 1e-07
Temps (s)
Fig. 4.19 – Réponse du composant NMOS à un stress HBM de 2 kV, simulé par le modèle SPICE
pour différentes configurations de déclenchement par couplage de grille. Si une résistance ou une
capacité de couplage sont utilisées, leurs valeurs sont indiquées dans la légende.

4.7 Conclusion
Après un résumé des différentes méthodes et techniques de modélisation utilisées pour la si-
mulation compacte des composants de protection ESD basés sur les TBA, l’approche sur laquelle
nous avons développé nos modèles a été justifiée.
La minimisation du nombre de paramètres à extraire, par la réutilisation des modèles pré-
sents dans les bibliothèques d’une technologie, permet de développer rapidement les modèles des
composants de protection. En s’appuyant sur les modèles performants déjà développés au sein
du laboratoire, nous avons cherché à les enrichir des phénomènes associés aux fortes densités de
courant mis en évidence dans les deux chapitres précédents. L’approche modulaire, retenue pour
son efficacité vis-à-vis de l’extraction des paramètres, permet d’introduire facilement ces effets
mais implique certaines limitations. Les modèles développés présentent l’avantage d’être étroi-
tement liés à la structure interne du composant et offre ainsi la possibilité de mieux comprendre
et analyser l’impact de certains paramètres structurels.
La dynamique du déclenchement des transistors bipolaires et MOS est un sujet généralement
peu abordé. Malgré la relative complexité des phénomènes, une analyse simplifiée a permis de
mettre en évidence les paramètres clés du déclenchement des composants. L’effet distribué des
courants capacitifs dans le composant a été mis en évidence. Une amélioration du macromodèle
a été proposée pour leur prise en compte.
Enfin, à partir de ces études sur la dynamique du déclenchement, nous avons présenté une
méthode d’optimisation du déclenchement par couplage de la grille des transistors de protec-
tion NMOS. Basée sur une étude de la distribution des courants dans les différentes capacités
du transistor MOS, cette méthode a permis d’améliorer significativement les performances des
composants.

127
Chapitre 4. Modélisation de composants bipolaires autopolarisés

128
Chapitre 5

Étude des stratégies de protections

L’efficacité de la protection des circuits intégrés contre les décharges électrostatiques repose
sur le développement de composants de protection robustes et performants. Dans les circuits
modernes, le développement de solutions de protection ne peut cependant pas se limiter à la
seule optimisation d’une bibliothèque de composants élémentaires. Le choix et la disposition de
ces protections sur le circuit est une étape cruciale pour obtenir une protection efficace. La com-
plexité croissante des fonctions assurées par les circuits et la demande d’une très bonne robustesse
aux ESD, rendent cette tache de plus en plus difficile. L’obtention d’un circuit qui répond aux
critères de robustesse ESD requis dans le cahier des charges d’un circuit, augmente parfois le
nombre de cycles de conception. Il est donc indispensable de disposer d’outils performants pour
déterminer la stratégie de protection la mieux adaptée à chaque cas.
Le développement de modèles compacts des composants, adaptés aux régimes de fort courant
ESD, permet l’analyse globale du circuit et de sa protection [143]. L’étude d’un circuit simple va
permettre de démontrer l’efficacité et les limites de cette approche. Nous verrons que les règles
classiques de conception ne sont pas suffisantes pour garantir les performances de la protection.
En effet, l’interaction entre les composants de protection et de leurs anneaux de garde contre
le phénomène de latch-up lors d’une décharge électrostatique sera mise en évidence. L’origine
d’un cas critique lors de décharges MM sera également expliquée. Enfin, de nouvelles règles de
conception seront définies pour résoudre ces problèmes et garantir les performances des stratégies
de protection proposées aux concepteurs de circuits intégrés.

5.1 Stratégies de protection des circuits


La protection d’un circuit contre les décharges électrostatiques consiste à offrir des chemins
spécifiques pour les courants des décharges. L’impédance des chemins doit être suffisamment
faible pour limiter les tensions et protéger la partie active du circuit. Pour cela, un réseau de
composants de protection intégrés doit être constitué afin de détecter et conduire les décharges
quelles que soient les broches d’entrée et de sortie du courant.
Dans le cadre d’une technologie CMOS, la constitution de ce réseau repose sur quelques
schémas de base, définis en fonction du type de broche à protéger.

5.1.1 Protection d’entrée


La protection des étages d’entrée d’un circuit CMOS est très critique. Les oxydes de grille des
transistors NMOS et PMOS sont particulièrement vulnérables aux ESD. Ils sont généralement
protégés par un circuit de protection à deux étages, constitué par les éléments P de 1 à 4 sur
le schéma de la figure 5.1. Ces éléments sont souvent des diodes ou des transistors MOS en
technologie CMOS [144] et des transistors bipolaires ou des thyristors dans les technologies
BiCMOS [145, 146]

129
Chapitre 5. Étude des stratégies de protections

Dans le schéma de protection à deux étages, le rôle du premier étage, ou protection primaire,
est de conduire la majeure partie du courant de décharge. Le second, qui est séparé du premier
par une résistance RE , permet de garantir une limitation de la tension sur les oxydes de grille
à une valeur suffisamment basse. La tension de déclenchement de la protection primaire pourra
donc être supérieure à la tension de claquage des oxydes, laissant ainsi plus de liberté dans le
choix des composants de protection utilisés.
En fonction des contraintes de conception et du type de protection globale adopté, le schéma
général d’une protection d’entrée présenté dans la figure 5.1 peut être simplifié. La protection
la plus rudimentaire consiste à utiliser un seul composant de protection P1 capable de conduire
le courant d’une décharge quel que soit son sens de circulation. L’utilisation d’un transistor de
protection NMOS à grille couplée ou non permet par exemple de réaliser ce type de protec-
tion [144].
Une solution typique consiste à réaliser une «protection en π». Dans ce cas, le schéma est
simplement constitué par les protections P1 et P2 séparées par une résistance. La protection
P1 est, par exemple, réalisée à l’aide d’un transistor NPN latéral de type FOD robuste, alors
que la protection du second étage est un transistor NMOS de plus petite taille mais dont la
tension de déclenchement est plus faible que celle du premier étage. Lors d’une décharge HBM
circulant de la broche d’entrée vers la broche de masse, le courant va d’abord circuler dans la
protection P2 au travers de la résistance RE . L’élévation de tension aux bornes de cette dernière
va permettre de déclencher le transistor NPN P1 qui va finalement drainer l’essentiel du courant
de la décharge. Dans le cas plus favorable d’une décharge de signe opposé, circulant de la masse
(VSS) vers l’entrée, les transistors P1 et P2 se comportent comme des diodes en direct. Ils offrent
alors un chemin particulièrement robuste et limitent la tension appliquée sur l’oxyde de grille à
une valeur très basse.

VDD

circuit
P3 P4 P6

E S PC
RE RS
P1 P2 P5

VSS

Fig. 5.1 – Représentation schématique d’un réseau de protection ESD pour un circuit en tech-
nologie CMOS.

Remarquons finalement que le schéma général de la protection d’entrée de la figure 5.1,


s’apparente à une double structure en π. La seconde structure en π est formée par les protections
P3 et P4 et fonctionne de façon identique à la première.

5.1.2 Protection de sortie


Un schéma identique à celui utilisé pour la protection d’entrée peut être retenu pour une
sortie. Les contraintes sont cependant très différentes dans ce cas. L’étage de sortie doit être gé-
néralement capable de fournir un courant relativement important. L’utilisation d’une résistance
pour séparer une structure à deux étages est donc souvent à proscrire. Toutefois, les contraintes
sont moins importantes dans ce cas. En effet, les jonctions drain-substrat des transistors de sortie
sont des éléments moins sensibles aux ESD que les oxydes de grille. L’utilisation d’un simple

130
5.1. Stratégies de protection des circuits

étage de protection est généralement suffisante. Il est cependant fortement recommandé de pla-
cer une résistance RS de faible valeur entre l’étage de sortie du circuit et l’étage de protection
ESD (Fig. 5.1). Cette précaution permet de limiter la part du courant de décharge susceptible
de circuler dans le circuit.
En outre, la taille relativement importante des transistors de sortie d’un circuit permet
souvent une auto-protection de l’étage de sortie. Dans ce cas, des règles de dessins spécifiques aux
ESD leur sont appliquées lors de la conception. Néanmoins, le fonctionnement de ces transistors
lors d’une décharge peut, dans le cas de transistors MOS, entraı̂ner une dégradation de l’oxyde de
grille et une modification de leurs caractéristiques électriques inacceptables pour des applications
analogiques. Dans ce cas, l’utilisation d’un étage de protection spécifique est préférable.

5.1.3 Protection du bus d’alimentation


Le dispositif de protection placé entre les lignes d’alimentation du circuit est souvent désigné
par le terme de protection centrale PC (ou power clamp) (Fig. 5.1). Le premier rôle de cet
élément de protection est de conduire les courants de décharge entre les lignes d’alimentation
(VDD et VSS).
Le dispositif de protection couramment utilisé en technologie CMOS est un transistor NMOS
ou un transistor bipolaire latéral de type FOD, dont le déclenchement est assuré par le claquage
de la jonction drain-substrat ou collecteur-base [147]. et dont le fonctionnement lors d’une dé-
charge est du type TBA. L’utilisation d’un transistor NMOS dont la tension de déclenchement
est abaissée grâce au couplage de grille, est également courante.
Les contraintes de conception sont moins importantes que pour les protections d’entrée ou de
sortie. En effet, la capacité parasite de la protection et son courant de fuite sont moins critiques.
La taille de la protection centrale peut donc être bien supérieure à celles disposées sur une entrée
ou une sortie.
Il est ainsi possible d’utiliser une protection constituée par un transistor MOS de taille impor-
tante, commandé par un circuit de détection d’ESD [148]. Le circuit de détection commande la
grille du transistor NMOS. Le transistor n’est donc pas déclenché par le claquage par avalanche
de la jonction drain-substrat, et le courant n’est plus conduit par le transistor NPN parasite
mais par le transistor MOS dont la taille importante permet de supporter le passage du courant
ESD. La protection centrale devient alors une protection active. Ce type de solution permet de
réaliser des protections efficaces dans les technologies fortement submicroniques pour lesquelles
les marges de conception sont de plus en plus faibles. De plus, la modélisation compacte de
son fonctionnement est plus aisée car elle ne met pas en jeu les phénomènes de claquage par
avalanche et de repliement. Plus facile à optimiser et à transposer dans d’autres technologies, le
principal inconvénient reste l’espace important occupé par la protection [149].
Le rôle de la protection centrale n’est généralement pas limité à conduire des décharges
entre la masse et l’alimentation. Plusieurs chemins de conduction sont souvent possibles pour
une configuration de décharge donnée (d’une broche à une autre) et la protection PC constitue
fréquemment un élément de ces différents chemins. Le degré de sollicitation de la protection
centrale dépend fortement de la stratégie de protection globale adoptée.

5.1.4 Stratégie de protection globale


L’ensemble des protections ESD placées sur les plots d’entrée, de sortie et d’alimentations
d’un circuit forment un réseau de protections. Quelques soient les broches d’entrée et de sortie
du courant, ce réseau doit offrir un chemin à la décharge électrostatique. La protection d’un
circuit doit donc être analysée d’une manière globale.
Le choix de la stratégie de protection repose principalement sur les contraintes suivantes :
– les spécifications ESD requises

131
Chapitre 5. Étude des stratégies de protections

– les spécifications électriques des broches d’entrée ou de sortie (excursion en tension, courant
de fuite maximal, capacité et résistance maximales, fréquence de fonctionnement, . . .)
– la surface de silicium disponible sur la puce
Pour satisfaire à ces dernières, deux grands types d’approche peuvent être distingués, les straté-
gies centralisée et distribuée. D’une manière générale, la stratégie globale retenue pour un circuit
pourra être mixte.
Une stratégie de protection distribuée consiste à optimiser chacune des protections d’entrée
ou de sortie et d’alimentation indépendamment. Un chemin robuste devra être prévu pour les
décharges positive et négative entre une entrée/sortie et les deux lignes d’alimentation (VDD
et VSS) ainsi qu’entre les lignes d’alimentation. De cette façon, plusieurs chemins de décharge
parallèles sont créés pour les décharges entre deux broches d’entrée/sortie. La redondance in-
troduite permet, dans une certaine mesure, de garantir la robustesse indépendamment de la
résistance des pistes de métal. Cependant, les capacités et courants de fuite parasites introduits
par les protections ne sont pas acceptables pour certaines applications.
Le principe d’une protection centralisée est présenté sur la figure 5.2. Les protections sur les
entrées et sorties sont réalisées par des diodes qui vont diriger le courant de décharge vers la pro-
tection centrale PC . Quelque soit la décharge, les diodes ne doivent pas être polarisées en inverse
car elles sont peu robustes dans ce régime de fonctionnement. Leur mode de fonctionnement est
donc unidirectionnel contrairement à la protection centrale qui doit être bidirectionnelle. Dans

VDD

D2 D4

E circuit S PC

D1 D3

VSS

Fig. 5.2 – Représentation schématique d’une stratégie de protection centralisée.

ce type de protection, le chemin de décharge est unique pour un couple de broches donné. Le
tableau 5.1 résume ces chemins pour les 12 configurations de décharge qu’offre ce circuit simple.
Comme représenté sur la figure 5.2, un courant de décharge qui se propage de l’entrée vers la
sortie va circuler au travers de la diode D2 puis dans la protection centrale polarisée en inverse
pour sortir enfin après son passage dans la diode D3.

+ E VSS S VDD
E D2-PC D2-PC -D3 D2
VDD PC -D1 PC PC -D3
S D4-PC -D1 D4-PC D4
VSS D1 D3 PC

Tab. 5.1 – Chemins de décharge entre chaque couple de broches. Le courant de décharge circule
d’une broche choisie dans la première colonne vers une broche choisie dans la première ligne.

Le tableau 5.1 montre que la protection centrale est sollicitée dans une majorité des chemins
de décharge, d’où son nom.

132
5.2. Étude d’une stratégie de protection

Une protection centralisée possède de nombreux avantages. Les diodes qui ne fonctionnent
qu’en polarisation directe sont particulièrement robustes même si elles sont de taille réduite. Elles
n’introduisent donc qu’une capacité et des courants de fuite réduits sur les entrées et sorties. La
place occupée par le réseau de protection est également limitée.
Une stratégie de protection centralisée associée à l’utilisation d’une protection centrale active
permet d’éviter les phénomènes d’avalanche quelque soit le chemin de décharge. La stratégie de
protection est alors facile à simuler et à optimiser [150].
L’adoption de ce type de protection est cependant contraignante. Pour une configuration
donnée, un seul chemin est offert au passage du courant. Il est donc indispensable de s’assurer
que les chutes de potentiel dans les résistances des pistes métalliques, en particulier des lignes
d’alimentation, sont suffisamment basses. Pour cela, les pistes métalliques doivent être correcte-
ment dimensionnées. La protection centrale peut également être dupliquée ou distribuée sur la
longueur de la ligne d’alimentation [151, 152].
Si un plot d’entrée ou de sortie peut être polarisé à des tensions très supérieures à la tension
d’alimentation, il n’est pas possible d’utiliser une diode pour le lier à l’alimentation. Ceci li-
mite le domaine d’application des stratégies de protection centralisées. Des solutions spécifiques
doivent souvent être étudiées pour des broches particulières. D’une manière générale, le réseau
de protection ESD d’un circuit peut être constitué par une approche mixte entre protection
centralisée et distribuée qui permet de bénéficier des avantages de chacune d’elles en fonction
des contraintes de conception.

5.2 Étude d’une stratégie de protection


Alors que l’optimisation des composants de protection est largement étudiée et publiée,
l’étude des stratégies de protection est un sujet moins abordé dans les publications. Nous pro-
posons ici de démontrer que l’utilisation de la simulation de type SPICE permet une analyse
approfondie du fonctionnement de la stratégie de protection d’un circuit. Nous allons montrer
par ailleurs que cette approche associée à la seule optimisation des composants de protection,
n’est pas suffisante pour garantir la robustesse d’un circuit.

5.2.1 Description du circuit de test


Le circuit d’évaluation, dont une vue schématique est donnée dans la figure 5.3, a été utilisé
pour tester une stratégie de protection. La technologie utilisée pour réaliser le circuit a été décrite
dans la section 3.7.1 (technologie 1). Il s’agit d’une technologie CMOS 1,2 µm analogique. La
tension d’alimentation VDD de ce circuit est de 6 V. Il est composé d’un circuit interne très
simple et d’un étage de sortie qui réalisent une simple fonction d’inversion. Une double structure
en π est utilisée pour protéger l’étage d’entrée. Elle est constituée par deux transistors NMOS
(M1 et M3), une diode D2 et un transistor PMOS M4. La protection centrale est un transistor
NMOS M2 avec un couplage capacitif de grille. L’étage de sortie est auto-protégé grâce aux
transistors NMOS et PMOS qui suivent des règles de dessin spécifiques pour leur permettre de
conduire les décharges sans être détruits (résistance de ballast dans le drain, . . .).
Pour un stress de type HBM, la robustesse des transistors NMOS M2 et M1 est de 7 kV et
6 kV, respectivement. Une robustesse de 4 kV est visée pour l’ensemble du circuit.

Vérification de la stratégie de protection par simulation

Afin de vérifier le bon fonctionnement de la stratégie de protection, les différentes configura-


tions de test HBM ont été simulées. Dans chaque cas, les différences de potentiel et les niveaux
de courant critiques ont été contrôlés à l’intérieur du circuit. Les tensions maximales admissibles
sur les oxydes de grille et la tension de claquage drain-source des transistors NMOS sont de 33 V

133
Chapitre 5. Étude des stratégies de protections

VDD

D2 D4
M4
M2
E S D5

M1 M3
D1 D3

VSS

protection d’entrée circuit étage de protection


interne sortie centrale
Fig. 5.3 – Schéma électrique du circuit de test.

Fig. 5.4 – Résultats de simulation SPICE pour un stress HBM positif de 4 kV appliqué entre
VDD et E. Les courants sont donnés au pic de la décharge et les tensions au moment ou la
tension est maximale sur l’ensemble du chemin.

et 15 V, respectivement. Les niveaux de courants dans le circuit interne ne doivent pas dépasser
des valeurs compatibles avec les transistors qui le constituent.
La figure 5.4 représente le résultat de la simulation d’un stress de 4 kV HBM entre les broches
VDD et E du circuit. Les valeurs de tension reportées sur la figure correspondent à l’instant où

134
5.2. Étude d’une stratégie de protection

la tension est la plus forte sur l’ensemble du chemin. Les valeurs de courant correspondent au
moment du pic de courant de la décharge HBM. L’ensemble des simulations a permis de vérifier
que la stratégie est efficace dans chacune des 12 configurations de décharge HBM.

5.2.2 Confrontation des résultats expérimentaux et simulés


La caractérisation de la robustesse HBM du circuit a été réalisée en utilisant la procédure
de test suivante :
– Le stress HBM positif est appliqué sur un couple de broches dont l’une sert de référence.
– Pour chaque configuration, trois composants sont testés avec des pas de tension HBM de
500 V.
– Entre chaque stress, la fonctionnalité du circuit est vérifiée pour un courant de 100 µA
fournie par l’étage de sortie.
– De plus, les courants de fuite de l’alimentation et de l’étage d’entrée sont contrôlés en
l’absence de charge sur la sortie, à la fois pour les états logiques haut et bas.
Le critère de défaillance est atteint lorsqu’un courant de fuite est supérieur à 1 µA. Les
résultats des caractérisations sont résumés dans le tableau 5.2. La disposition particulière du
tableau permet de reprendre les symétries du réseau de protection et de grouper les cas les plus
critiques.

kV +  E VSS S VDD
E 6 5 13
VDD 3 7 5
S 6,5 7,5 15
VSS 14 16 16

Tab. 5.2 – Résultats des tests HBM entre chaque broches. Une broche de la première colonne
est stressée positivement par rapport à une broche de la première ligne.

+ E VSS S VDD
E M1 ou D2,M2 D2,M2,D3 ou M1,D3 D2
VDD M2,D1 M2 M2,D3
S D4,M2,D1 D4,M2 D4
VSS D1 D3 D5

Tab. 5.3 – Chemin de décharge prévu par la simulation SPICE dans chaque configuration de
stress.

La simulation SPICE permet de déterminer le chemin de décharge et les composants actifs


pour chaque configuration de stress HBM. Ces chemins sont résumés dans le tableau 5.3. Les
chemins de décharge qui ne mettent en jeu que des diodes polarisées en direct sont groupés dans
la dernière colonne et la dernière ligne du tableau. Ils ne constituent pas des cas critiques pour
la robustesse du circuit.
La robustesse des chemins composés devrait être proche de celle de l’élément le plus fragile. La
robustesse des diodes, toujours polarisées en direct, étant très élevée, le minimum de robustesse
attendue devrait donc correspondre à la robustesse des transistors M2 et M1 de 7 kV et 6 kV,
respectivement. Or, plusieurs configurations de décharge présentent des tenues bien inférieures.
Et plus particulièrement, la stratégie de protection vérifiée par simulation SPICE ne répond pas
aux attentes d’une tenue globale de 4 kV dans le cas d’un stress VDD/E.
Afin de vérifier la validité des résultats de simulation, nous les avons confrontés à plusieurs
résultats expérimentaux. La configuration de décharge de l’entrée vers la sortie est d’un intérêt

135
Chapitre 5. Étude des stratégies de protections

particulier car deux chemins de décharge sont possibles et mettent en jeu deux ou trois compo-
sants de protection. Pour cette configuration, les caractéristiques TLP expérimentales et simulées
(Fig. 5.5) sont en bon accord. Remarquons que les résistances des pistes de métal doivent être ex-
traites avec précision pour obtenir une caractéristique correcte. Les deux décrochages successifs
de la caractéristique témoignent du déclenchement des deux chemins possibles pour la décharge.
D’après les informations tirées des simulations, le courant circule au travers des composants D2,
M2 et D3 pour la première partie de la courbe TLP, puis par les composants M1 et D3 pour la
seconde partie (Fig. 5.5). Le chemin D2,M2,D3 est actif dans un premier temps car le transistor
M2 est déclenché par couplage capacitif, contrairement au transistor M1 dont la grille est liée à
la masse. Pour des niveaux de courant plus importants, sous l’effet des chutes de potentiel dans
la diode D2 et les pistes métalliques, la tension aux bornes du transistor M1 devient suffisante
pour permettre son déclenchement. Le courant emprunte alors le chemin M1,D3.

Mesure
Courant (A)

Simulation

M1,D3

D2,M2,D3

Tension (V)

Fig. 5.5 – Caractéristiques TLP expérimentale et simulée de la broche d’entrée par rapport à
celle de sortie.

L’utilisation de la microscopie d’émission lumineuse (photoémission) couplée au banc de


mesure TLP permet de déterminer expérimentalement le chemin suivi par une décharge [41]. La
confrontation du chemin prédit par simulation à celui déterminé expérimentalement permet de
valider les résultats de simulation.
La vue du circuit de test étudié est donné dans la figure 5.6. Les différents composants sont
repérés sur l’image.
Des images de photoémission ont été réalisées pour des courants TLP de 370 mA et 1,7 A
appliqués entre l’entrée et la sortie. La longueur de l’impulsion TLP est de 120 ns et la fréquence
de répétition de 10 Hz. La durée totale de l’exposition est de 5 min. L’image de la figure 5.7(a)
montre que seul le transistor M2 est actif pour un courant de 370 mA. Le courant emprunte
donc le chemin par les composants D2,M2 et D3. Les diodes D2 et D3, qui sont polarisées en
direct, émettent moins de photons que le transistor M2 polarisé en inverse, et dans des longueurs
d’onde pour lesquelles la caméra utilisée est moins sensible. Leur fonctionnement n’est donc pas
visible sur l’image de photoémission. Les courants obtenus par simulation (Fig. 5.7(b)) montrent
effectivement que seul le transistor M2 est actif dans ces conditions. De la même façon, l’image
de photoémission montre que seul le transistor MOS M1 est actif pour un courant de 1,7 A
(Fig. 5.8(a)), ce qui correspond parfaitement avec les résultats obtenus par simulation dans la
figure 5.8(b).
Les résultats de simulation ne peuvent pas être remis en cause. La simulation s’avère donc
être un outil performant pour prédire les chemins de décharge.

136
5.2. Étude d’une stratégie de protection

Circuit 2nd étage


interne protection
entrée
étage de
sortie

D2 M1
M2

Fig. 5.6 – Vue du circuit de test.

5.2.3 Analyse de défaillance


Pour certains chemins de décharge VDD/E, VDD/S et E/S, les résultats de simulation
ne permettent pas de prédire la robustesse du circuit étudié. La simulation montre qu’aucune
surtension ou courant destructifs ne pourraient conduire à la destruction du circuit interne.
Pourtant, la robustesse du circuit est nettement inférieure aux attentes, en particulier dans le
cas du stress VDD/E où il ne peut supporter de décharge supérieure à 3 kV HBM.
Afin de comprendre l’origine du problème rencontré, une localisation de défaillance a été
réalisée sur les circuits utilisés pour caractériser les configurations qui présentent une faible
robustesse. Pour chacun de ces cas, la fonctionnalité du circuit défaillant n’est pas affectée. Seul
le courant de fuite de l’alimentation possède une valeur anormalement élevée, variant de 2 µA à
20 µA en fonction des circuits alors qu’il était inférieur au nano-Ampère avant l’application des
stress HBM.
Dans aucun des cas, l’utilisation de la technique de photoémission, en tant que technique
d’analyse de défaillance, n’a permis de localiser des défauts, quelque soit l’importance du courant
de fuite. Seules les techniques de localisation OBIRCH et SEI ont permis de déterminer le lieu
de la défaillance. Les images OBIRCH obtenues dans le cas des chemins VDD/E et E/S sont
présentées dans la figure 5.9.
La localisation du défaut est particulièrement précise grâce a cette technique d’analyse.
Comme le montre la figure 5.9(a), le défaut observé sur le circuit qui a subi un stress HBM entre
les broches VDD et E, se situe dans l’anneau de protection contre le latch-up du transistor de
protection M1. De façon similaire, le défaut créé lors d’un stress HBM entre les broches E et S
du circuit se situe dans l’anneau de latch-up du transistor NMOS de l’étage de sortie.
Ceci laisse supposer que le transistor NPN parasite formé par le drain du transistor (émet-
teur), le substrat (base) et l’anneau N ++ N de protection contre le latch-up (collecteur), est un
élément qui joue un rôle important lors d’une décharge.
La jonction émetteur-base de ce transistor correspond à la diode drain-substrat D1 du tran-
sistor NMOS M1 (Fig. 5.3). Dans la figure 5.11, cette diode est remplacée par un transistor NPN
pour représenter le transistor parasite NPN1. De la même manière, le transistor parasite NPN3
remplace la diode D3.

137
Chapitre 5. Étude des stratégies de protections

0,4

0,3

Courant (A)
0,2
Courant total
Courant dans M1
Courant dans M2
0,1

0
0 5e-08 1e-07 1,5e-07
Temps (s)
(a) (b)

Fig. 5.7 – (a) Image en photoémission pour un courant TLP de 370 mA entre l’entrée et la
sortie. (b) Courant dans les transistors M1 et M2 au cours d’une impulsion TLP de 370 mA.

1,5
Courant (A)

1
Courant total
Courant dans M1
Courant dans M2
0,5

0
0 5e-08 1e-07 1,5e-07
Temps (s)
(a) (b)

Fig. 5.8 – (a) Image en photoémission pour un courant TLP de 1,7 A entre l’entrée et la sortie.
(b) Courant dans les transistors M1 et M2 au cours d’une impulsion TLP de 1,7 A.

Ce transistor dont le collecteur est relié à la ligne d’alimentation VDD, offre donc un chemin
supplémentaire lors d’une décharge de VDD vers E (Fig. 5.11). De la même façon, le transis-
tor bipolaire parasite NPN3 associé au transistor NMOS de l’étage de sortie, offre un chemin
supplémentaire dans le cas des décharges VDD/S et E/S.
L’utilisation de la simulation physique bidimensionnelle en mode mixte permet de vérifier
que le transistor bipolaire parasite NPN1 conduit une part importante du courant lors d’une
décharge VDD/E, malgré son très faible gain en courant. Pour cela, une description bidimension-
nelle est utilisée pour chacun des transistors M1 et M2. Les simulations physiques de ces deux
composants sont couplées au travers d’un circuit SPICE qui permet également d’introduire le cir-
cuit équivalent du modèle HBM pour générer le courant décharge. Lors de la décharge VDD/E,
l’essentiel du courant circule dans le transistor de la protection centrale qui est alors polarisé
en inverse. Sa tension de maintien, de l’ordre de 7 V, définit la tension entre VDD et VSS qui

138
5.2. Étude d’une stratégie de protection

VDD/E E/S

(a) (b)

Fig. 5.9 – Localisation de la défaillance par la technique OBIRCH pour des circuits ayant subi
un stress HBM entre les broches VDD et E (a) et entre l’entrée E et la sortie S (b). Les lieux
de défaillances sont cerclés de blanc.

VDD VSS E

  N 
   
  P 
  
A A’

 ++
 
  
  
  ++
 
  
  

N ++


N

Substrat P

(a) (b)

Fig. 5.10 – (a) Image OBIRCH de la localisation du défaut pour le stress E/S. (b) Coupe A-A’
schématique du transistor bipolaire latéral parasite.

correspond également à la tension appliquée sur la jonction collecteur-base du transistor NPN1


alors polarisé en inverse. Dans ces conditions, le courant circulant dans le collecteur du transistor
parasite représente environ 15% du courant total au cours de la simulation d’une décharge de
4 kV HBM.
L’utilisation de la photoémission couplée au banc de test TLP permet de confirmer le fonc-
tionnement du transistor parasite pour les fortes valeurs du courant dans le cas d’un courant
TLP circulant de l’entrée du circuit vers sa sortie (stress E/S) (Fig. 5.12). Dans cette image,
la formation d’un point de focalisation du courant au cours des 5 minutes d’acquisition, appa-
raı̂t clairement. Ce point est situé dans l’anneau de protection contre le latch-up du transistor
NMOS de sortie. Sa position correspond avec le lieu de défaillance mis en évidence par l’imagerie
OBIRCH.

139
Chapitre 5. Étude des stratégies de protections

VDD

D4
D2
M4
M2
E S D5
D1 D3
M1 M3
NPN1 NPN3

VSS

Fig. 5.11 – Schéma électrique du circuit de test dans lequel les diode D1 et D3 sont remplacées
par les transistors parasites NPN1 et NPN3 qu’elles forment avec leur anneau de protection
contre le latch-up.

5.3 Étude et optimisation des circuits de protection élémen-


taires
L’analyse précédente met en évidence que la seule conception de composants de protec-
tion robustes n’est pas suffisante pour assurer la protection efficace d’un circuit. Il apparaı̂t en
particulier nécessaire de prendre en compte les anneaux de protection contre le latch-up d’un
composant de protection ESD dès sa conception, afin de garantir les performances des stratégies
de protection globales.
En outre, les structures de protection ESD jouent un rôle important vis-à-vis du problème
de latch-up. Au cours d’un test de latch-up, les protections ESD sont polarisées en direct, et in-
jectent une grande quantité de porteurs dans le substrat. Les courants associés peuvent entraı̂ner
le déclenchement de thyristors parasites dans la partie du circuit la plus proche du composant de
protection. Le déclenchement d’un thyristor parasite entraı̂ne un important courant de consom-
mation qui n’est limité que par l’alimentation utilisée. Ce phénomène constitue le problème du
latch-up. La forte valeur du courant peut conduire à la destruction du thyristor incriminé et
donc du circuit.
Afin, de limiter et de contrôler l’injection de porteurs dans le substrat, les composants de
protection doivent être entourés d’anneaux de protection généralement connectés aux lignes
d’alimentation [153]. Le rôle de ces anneaux est de collecter l’essentiel des porteurs injectés par
le composant.
Comme nous venons de le montrer dans la section précédente, ces anneaux de protection
contre le latch-up peuvent interagir avec la stratégie de protection ESD d’un circuit et dégrader
fortement ses performances. L’objectif de l’étude suivante est de comprendre le comportement
des transistors bipolaires parasites mis en cause dans la dégradation des performances ESD.
L’utilisation de la simulation physique va permettre d’étudier les phénomènes de forte densité
de courant dans ces transistors. Finalement, de nouvelles règles de conception seront proposées
et validées expérimentalement.

5.3.1 Résultats sur les circuits de test


Pour simplifier l’étude, nous avons utilisé un réseau de protection simplifié, qui est présenté
dans la figure 5.13. Ce circuit simple constitue le réseau de protection élémentaire de toute

140
5.3. Étude et optimisation des circuits de protection élémentaires

Fig. 5.12 – Image en photo-émission pour un courant de 2,3 A circulant entre les broches d’en-
trée et de sortie du circuit. Fréquence de répétition 10 Hz, durée totale d’exposition 5 minutes.

stratégie de protection ESD, dans le cas d’une alimentation unique. En effet, tout chemin de

VDD VDD

D2

E PC E PC

D1

VSS VSS
(a) (b)

Fig. 5.13 – Réseau de protection élémentaire (a) et schéma équivalent pour la prise en compte
des anneaux de protection contre la latch-up des diodes.

décharge d’un réseau de protection complexe peut être décomposé aux moyens des six chemins
de décharges associés au réseau élémentaire.
La technologie CMOS 0,6 µm décrite dans la section 3.7.1 est utilisée pour la réalisation
des circuits de test. Les diodes D1 et D2 sont formées par les jonctions N ++ /P et P ++ /N
(Fig. 5.14), respectivement.
L’anneau de protection contre le latch-up de la diode D1 est constitué par une diffusion
N ++ N qui entoure la diode, alors que celui de la diode D2 est constitué par une diffusion P ++
(Fig. 5.14). Ces anneaux sont respectivement connectés aux lignes d’alimentation VDD et VSS
pour les diodes D1 et D2. La protection centrale PC est réalisée au moyen d’un transistor NMOS

141
Chapitre 5. Étude des stratégies de protections

D1
               
               

               
               

               
               

N ++ P ++ N ++ P ++ N ++
               

               

Wbal
Wbal

N P N

Anneaux de protection contre le latch-up

D2

                  
                  

                  

                  

++ ++ ++ ++ ++
P N P N P
                  
                  

P N P

Fig. 5.14 – Représentation schématique de la coupe technologique des diodes D1 et D2 avec


leurs anneaux de protection contre le latch-up associés.

à grille à la masse dont la robustesse HBM est de 2 kV.


Au cours de tests de latch-up, un circuit est alimenté et les diodes ESD D1 et D2 sont
successivement polarisées en direct. Le rôle des anneaux de latch-up est de collecter les porteurs
injectés par les diodes et de limiter ainsi l’injection de porteurs dans le substrat du circuit. Les
diodes et leurs anneaux de garde forment des transistors bipolaires parasites (Fig. 5.13(b)). Ce
transistor bipolaire est du type NPN latéral pour la diode D1 et de type PNP vertical pour la
diode D2 (Fig. 5.14). Le gain de ces transistors est très faible car la distance entre leur collecteur
et leur émetteur est très importante (plusieurs microns).
Les résultats des caractérisations HBM de chacun des six chemins de décharge possibles dans
le réseau de protection élémentaire sont résumés dans le tableau 5.4.

kV +  E VSS VDD
E 2 7
VDD 1 2
VSS 8 >10

Tab. 5.4 – Résultats des tests HBM en kV entre chaque broche. Une broche de la première
colonne est stressée positivement par rapport à une broche de la première ligne.

Pour des décharges positives de VSS vers E, VSS vers VDD et de E vers VDD, la robustesse
est très importante car seules des diodes polarisées en direct sont mises en jeu dans le chemin
de décharge. Les diodes D1 et D2 sont respectivement utilisées dans le cas des stress VSS/E
et E/VDD. Pour le stress VSS/VDD, la diode intrinsèque drain-substrat du transistor NMOS
de protection centrale est polarisée en direct. Au cours d’un stress de VDD vers VSS, seule la
protection centrale est déclenchée et peut supporter des décharges d’au moins 2 kV. Le chemin
de décharge dans le cas d’un stress VDD/E est composé de la protection centrale polarisée en
inverse et de la diode D1 polarisée en direct. La robustesse de la protection centrale étant de
2 kV et de 8 kV pour la diode D1, on peut supposer que la robustesse de ce chemin est de 2 kV.

142
5.3. Étude et optimisation des circuits de protection élémentaires

Or, la mesure donne une valeur de seulement 1 kV. Finalement, pour une décharge entre les
broches E et VSS, le chemin de décharge est constitué par la diode D2 et la protection centrale.
Dans ce cas, une robustesse de 2 kV est obtenue comme on pouvait le supposer.
D’après les résultats obtenus dans la section précédente, nous pouvons supposer que la faible
robustesse obtenue pour un stress VDD/E est liée à la dégradation de l’anneau de latch-up de
la diode.

5.3.2 Analyse par la simulation physique


Afin d’étudier le comportement du transistor NPN parasite associé à l’anneau de protection
des diodes au cours d’une décharge HBM, nous avons utilisé l’outil de simulation physique
bidimensionnelle. Il permet de mettre en évidence le fonctionnement du transistor NPN parasite
et d’expliquer pourquoi le transistor PNP associé à la diode D2 ne dégrade pas de la même
manière la robustesse du circuit.
L’ensemble du réseau de protection élémentaire est simulé au moyen de la simulation en mode
mixte. Les diodes D1, D2 avec leurs anneaux de protection contre le latch-up et la protection
centrale sont décrites par trois structures bidimensionnelles distinctes. Ces trois composants sont
connectés au travers du simulateur SPICE qui permet également d’utiliser le circuit équivalent
du modèle HBM comme générateur de décharge. De cette façon, le comportement du réseau de
protection élémentaire pour un stress HBM est décrit avec une grande précision.
Deux configurations de stress revêtent un intérêt plus particulier : les stress E/VSS et
VDD/E. Ces deux cas ont été simulés pour des décharges HBM de 1 kV et 2 kV. Les résul-
tats des simulations sont présentés dans la figure 5.15(a) pour la décharge VDD/E et dans la
figure 5.15(b) pour la configuration E/VSS. Dans chacun des cas, les résultats obtenus pour les
stress de 1 et 2 kV HBM sont superposés.

Itot_2kV
Itot_2kV

1 10 Ipc_2kV
Vcb_2kV 1
10
Vcb_2kV
Vcb_1kV
Tension (V)
Courant (A)

Ipc_2kV Vcb_1kV

Tension (V)
Courant (A)

Ic_2kV

Itot_1kV

0.5 Itot_1kV 5 0.5 5


Ipc_1kV
Ipc_1kV

Ic_1kV
Ic_2kV
Ic_1kV
0 0 0 0
Ic_2kV
1E−10 1E−9 1E−8 1E−7 1E−10 1E−9 1E−8 1E−7
Temps (s) Temps (s) Ic_1kV

(a) (b)

Fig. 5.15 – Répartition des courants dans le réseau de protection élémentaire obtenue par
simulation en mode mixte pour des stress de 1 et 2 kV HBM appliqués entre les broches VDD et E
Ic
(a) et les broches E et VSS (b). (Vcb ) tension entre collecteur et base du transistor NPN parasite,
(Itot ) courant total de la décharge. (Ipc ) et (Ic ) les courants circulant dans la protection
centrale et le collecteur du transistor NPN (a) ou PNP (b), respectivement.

Au cours de ces décharges, les transistors NPN et PNP parasites associés aux diodes D1 et D2,
se trouvent polarisés dans une configuration similaire au montage en base commune classique.

143
Chapitre 5. Étude des stratégies de protections

Dans le cas du stress VDD/E, la jonction émetteur-base du transistor NPN est polarisée en
direct. La tension appliquée entre son collecteur et sa base est définie par la tension VPC aux
bornes de la protection centrale (Fig. 5.16(a)). Selon les résultats de simulation, cette tension est
de l’ordre de 8 V après le repliement de la protection centrale lorsque le courant est maximum
dans la diode (Fig 5.15).

VDD VDD

VPC VPC
ICN P N

E PC E PC

ICP N P

VSS VSS

Fig. 5.16 – Représentation schématique du circuit utilisé pour la simulation physique bidimen-
sionnelle en mode mixte du réseau de protection élémentaire soumis à un stress HBM. Chemin
principal du courant de décharge dans le cas d’un stress VDD/E (a) et d’un stress E/VSS (b).

Pour un stress HBM de 1 kV, la majeure partie du courant de la décharge circule dans
la protection centrale et environ 15% du courant circule dans le collecteur du transistor NPN
parasite (Fig 5.15). De la même manière, le transistor PNP parasite associé à la diode D2 se
trouve polarisé dans une configuration en base commune au cours d’une décharge entre E et
VSS. Dans ce cas, seulement 5% du courant total de la décharge circule dans son collecteur
(Fig 5.15)(b).
Le réseau de protection fonctionne correctement pour des décharges de 1 kV HBM. En
revanche, pour une décharge de 2 kV, lors d’un stress de VDD vers E, le transistor bipolaire
NPN parasite entre dans un mode de fonctionnement où il conduit la totalité du courant de
la décharge. En pratique, son déclenchement va entraı̂ner sa destruction. Par contre, aucun
déclenchement du transistor bipolaire PNP parasite n’est constaté pour un stress de 2 kV HBM
appliqué entre E et VSS.
Durant la décharge électrostatique, les jonctions collecteur-base des transistors NPN et PNP
se trouvent polarisées en inverse (dans le cas d’un stress VDD/E pour le NPN et E/VSS pour
le PNP). L’importante densité du courant qui circule dans la jonction émetteur-base entraı̂ne
un niveau d’injection très élevé dans la base. Dans ces conditions, malgré leur faible gain, ces
transistors peuvent donc conduire un courant significatif. En effet, la densité de porteurs mino-
ritaires dans leur base12 devient importante avec la forte injection et les porteurs sont happés
par le champ électrique de la jonction collecteur-base polarisée en inverse.
La différence de comportement du transistor NPN parasite vis-à-vis du transistor parasite
PNP peut être attribuée à la différence fondamentale qu’il existe entre les facteurs de multi-
plications des courants d’électrons et de trous dans une jonction polarisée en inverse. Comme
nous l’avons vu dans la section 2.4.2, le facteur de multiplication du courant d’électrons croı̂t
beaucoup plus rapidement que celui des trous avec la tension inverse. Dans une jonction plane
abrupte, pour une valeur de tension inverse égale à 80% de la tension de claquage, le facteur
12
Les porteurs minoritaires sont des électrons dans la base du transistor NPN et des trous pour le transistor
PNP

144
5.3. Étude et optimisation des circuits de protection élémentaires

de multiplication d’un courant d’électrons est de 3 alors que celui des trous reste proche de
1 (Fig. 2.15). Cette tendance n’est pas limitée au cas de jonctions abruptes et constitue une
propriété générale quelque soit le profil de jonction [68].
Le transistor bipolaire NPN parasite peut donc se retrouver rapidement dans les régimes
autopolarisés décrits dans les chapitres précédents. Le mécanisme de son déclenchement est
d’ailleurs identique à celui utilisé pour diminuer la tension de repliement des transistors de
protection développés précédemment. Le transistor PNP n’a en revanche que très peu de chance
de se déclencher. De plus, nous avons montré que la tension de maintien d’un transistor PNP
augmente très rapidement lorsque sa base est suffisamment profonde, même pour de très fortes
densités de courant (section 2.4.3).
Remarquons finalement que le transistor bipolaire PNP parasite étant vertical, il possède,
de par sa nature, une résistance de ballast naturelle dans son collecteur. La possibilité d’une
focalisation du courant dans ce composant est ainsi extrêmement limitée.

5.3.3 Règles de dessin et validation


L’une des solutions pour résoudre le problème de la réduction de la robustesse du réseau
élémentaire de protection lors d’un stress VDD/E, est d’éviter la mise en marche du transistor
NPN parasite. Le déclenchement de ce transistor dépend fortement du niveau d’injection et
donc de la densité de courant dans la diode émetteur-base. L’utilisation d’une diode de taille
plus importante permettra de réduire la densité de courant mais entraı̂nera une augmentation
concomitante de sa capacité parasite, qui n’est pas toujours acceptable vis-à-vis du circuit à
protéger.

Itot

1 10
Ic_PC_bal

Vcb
Courant (A)

Tension (V)

0.5 5
I_PC_orig

Ic_orig

Ic_bal
0 0
1E−10 1E−9 1E−8 1E−7
Temps (s)

Fig. 5.17 – Répartition des courants dans le réseau de protection élémentaire obtenue par
simulation en mode mixte pour un stress de 2 kV HBM appliqué entre les broches VDD et E.
(Vcb ) tension entre collecteur et base du transistor NPN parasite, (Itot ) courant total de la
décharge. (Ipc ) et (Ic ) les courants circulant respectivement dans la protection centrale et le
collecteur du transistor NPN, à la fois dans le cas de l’anneau de latch-up original ( orig) et
ballasté ( bal).

L’élargissement de la base du transistor, réalisé en éloignant l’anneau de protection contre le


latch-up, n’aura qu’un effet limité car le niveau d’injection dans la base est très élevé. Rappelons
qu’au cours d’une décharge HBM de 2 kV, le pic de courant est de 1,3 A et entraı̂ne des densités
de courant dans le composant de protection de l’ordre de 105 A/cm2 . En revanche, l’ajout d’une

145
Chapitre 5. Étude des stratégies de protections

résistance de ballast dans le collecteur est une solution plus efficace. Cette résistance est obtenue
en agrandissant la distance Wbal définie dans la figure 5.14. La chute de potentiel dans cette
résistance, qui dépend directement du courant qui y circule, va réduire la tension appliquée sur
la jonction collecteur-base et par conséquent le facteur de multiplication par avalanche. De cette
façon, le courant total nécessaire pour déclencher le transistor bipolaire peut être repoussé à des
valeurs bien supérieures à celle de destruction de la protection centrale.
La figure 5.17 présente les résultats de la simulation du réseau de protection élémentaire
pour un stress VDD/E de 2 kV HBM dans le cas de l’anneau de protection contre le latch-up
original et sa version ballastée. L’accroissement de 1µm de la distance Wbal permet de limiter le
courant dans le transistor bipolaire parasite à un niveau qui ne permet pas son déclenchement
et son passage dans un mode de fonctionnement autopolarisé.
Comme nous l’avons vu, il n’est pas nécessaire de porter d’attention particulière au transistor
bipolaire PNP parasite, du moins dans la technologie utilisée ici. Dans des technologies plus
avancées, les risques seront donc plus importants. En effet, pour des profondeurs de base plus
faibles, nous avons mis en évidence que le comportement des transistor PNP tend vers celui des
transistors NPN.
Le transistor bipolaire PNP parasite peut donc être plus facilement utilisé pour offrir un che-
min de décharge parallèle dans le cas de décharges E/VSS [154, 151]. L’utilisation du transistor
NPN dans le même objectif est plus difficile, comme nous venons de le montrer.
Grâce à l’introduction de la résistance de ballast dans le collecteur du transistor bipolaire
NPN parasite, la robustesse attendue de 2 kV HBM pour l’ensemble du réseau de protection
élémentaire a été atteinte expérimentalement.
Il convient cependant d’estimer l’impact de ce changement sur l’efficacité de l’anneau de
protection contre le phénomène de latch-up. Pour cela, des simulations ont été réalisées au
moyen de la simulation physique bidimensionnelle. La structure utilisée est représentée dans la
figure 5.18. Un anneau de test supplémentaire constitué par une diffusion N ++ N est ajouté à
proximité de la diode D1. Cet anneau, connecté à la ligne d’alimentation VDD, est situé à une
distance de 25 µm de l’injecteur constitué par la diffusion N ++ de cathode de la diode D1. Cette
I VDD MAX

25 µm ICtest
t
                       
               

                       
               

                       
               

N ++ P ++ N ++ N ++
                       
               

D1
Collecteur de test
P N P N

Axe de symétrie

Psub

Fig. 5.18 – Représentation schématique de la diode D1 et de son anneau de protection contre


le latch-up ainsi que le collecteur de test utilisé pour la simulation d’un test de latch-up.

structure permet de comparer le courant collecté par l’anneau de test dans le cas de l’utilisation
de l’anneau de protection contre le latch-up original et de l’anneau ballasté. Pour réaliser le
test, la tension d’alimentation est portée à la plus haute valeur autorisée par la technologie. Une
impulsion de courant est appliquée sur la broche d’entrée. Son amplitude est de 100 mA, sa durée
de 500 ms, et ses temps de montée et de descente de 5 µs. Une moitié seulement de la structure
est simulée car elle possède un axe de symétrie. La diode D1 se trouve ainsi polarisée en direct
et le courant injecté correspond à celui défini dans la norme de test de latch-up JEDEC [155].

146
5.4. Cas particulier pour le stress MM

Le courant collecté par l’anneau de test est de 2,5 mA avec l’anneau de protection original et
de 1,6 mA avec sa version ballasté. L’ajout d’une résistance de ballast par l’accroissement de la
distance Wbal a donc un effet positif sur l’efficacité de l’anneau de protection. En effet, la largeur
de l’anneau étant augmentée, sa surface de collection est accrue. Cette modification n’a donc
que des effets bénéfiques en termes de robustesse ESD et d’immunité au latch-up. La surface
supplémentaire demandée n’est pas significative et la capacité parasite de la diode de protection
n’est pas modifiée.
L’espace occupé et la dissymétrie du comportement des transistors parasites NPN et PNP
peuvent être mis à profit pour réaliser une structure optimisée en termes de robustesse, d’espace
et d’immunité au latch-up. En effet, les deux diodes de protection utilisées sur les entrée/sortie
sont généralement très proches sur la puce. L’espace créé pour réaliser la résistance de ballast
dans le collecteur du transistors parasite NPN peut être utilisé pour intégrer la diode P ++ /N
comme cela est représenté dans la figure 5.19.

VSS VDD VSS


                  
                 

                  
                 

                  

                 

++ ++ ++ ++ ++
P N P P N
                  
                 

Wbal
D2 D1
P N P

Fig. 5.19 – Coupe schématique de la structure intégrant les deux diodes D1 et D2.

L’intégration des deux diodes permet donc de ne consommer aucun espace supplémentaire.
L’immunité au latch-up est améliorée, la robustesse HBM garantie, la capacité et le courant de
fuite parasites des diodes minimisés vis-à-vis des performances obtenues.

5.4 Cas particulier pour le stress MM


5.4.1 Résultats expérimentaux
Une version optimisée du réseau de protection élémentaire qui vient d’être étudié a été testée
pour réaliser la protection complète d’un circuit de conversion DC–DC possédant 6 entrées/sor-
ties.
Pour l’ensemble du circuit, la robustesse de 2 kV HBM a été obtenue. Des tests complé-
mentaires réalisés avec le modèle de décharge MM montre que ce circuit possède une robustesse
supérieure à 200 V MM excepté pour deux configurations de test. Ce comportement inattendu
a permis de mettre en évidence un nouveau phénomène qui limite la performance du réseau de
protection global.
Après extraction des résistances des bus d’alimentation, le schéma partiel (trois des six en-
trées/sorties) du réseau de protection est représenté dans la figure 5.20. Les transistors bipolaires
parasites des diodes de protection, qui sont hors de cause ici, ne sont pas représentés afin de
simplifier le schéma.
Les configurations défaillantes correspondent à des stress MM négatifs sur les broches E2
et E3, la broche VSS servant de référence. La robustesse dans le cas du stress E3/VSS est de

147
Chapitre 5. Étude des stratégies de protections

VDD 0.433 Ω 1.294 Ω 1.022 Ω

(2) D2
+
PC E1 E2 E3
- (1) D1

0.243 Ω 1.589 Ω 0.559 Ω VSS

Fig. 5.20 – Schéma équivalent du réseau de protection ESD du circuit. Chemins de décharge
lors d’un stress MM entre les broches E2 et VSS.

-170 V MM et de -200 V MM pour le stress E2/VSS. Pour chacun des deux cas, la robustesse
pour un stress positif est supérieure à 200 V MM. Les analyses de défaillance montrent que la
diode D1 est dégradée. De même, la diode connectée entre E3 et VSS est détériorée lors du stress
MM négatif E3/VSS.

5.4.2 Origine du problème


Nous pouvons supposer deux origines possibles de la dégradation de ces diodes. La diode
peut être détruite soit lorsqu’elle conduit en direct soit lorsque la tension inverse qui lui est
appliquée dépasse sa tension de claquage. La première hypothèse ne peut pas être retenue car
la robustesse de la diode en direct pour un stress HBM est de 8 kV. Le courant maximum
et l’énergie dissipée lors d’un stress MM de 200 V sont bien inférieurs à ceux du stress HBM
maximum qu’elle peut supporter. La seconde hypothèse n’est pas plus valide. Au cours d’une
décharge MM, le courant change de sens. Pour le stress négatif considéré ici, la diode se trouve
polarisée en inverse au cours de la seconde alternance. Le courant circule alors en empruntant le
chemin (2) (Fig. 5.20). Le potentiel inverse appliqué sur la diode D1 correspond à la somme des
chutes de potentiel sur ce chemin. Cette seconde alternance possède une amplitude égale aux
deux tiers de la première. Or, au cours de la première alternance d’une décharge MM positive
entre E2 et VSS le courant emprunte ce même chemin. Le maximum de tension appliqué sur
la diode D1 est donc bien supérieur lors d’une décharge positive de 200 V MM qui ne conduit
pourtant à aucune dégradation du circuit.
En réalité, la cause de la défaillance provient du phénomène d’avalanche dynamique lié au
recouvrement inverse de la diode [156, 157]. Ce phénomène est plus particulièrement connu dans
les diodes utilisées pour l’électronique de puissance. Il limite la tenue en tension des diodes lors
de leur passage de l’état passant à l’état bloqué. Si ce passage est rapide, la tension inverse
maximum que peut supporter une diode est inférieure à sa tension de claquage statique.
Dans le cas du stress MM négatif entre E2 et VSS, la diode D1 est polarisée en direct au
cours de la première alternance de la décharge. Le très fort courant qui circule entraı̂ne un très
fort niveau d’injection de porteurs dans la diode (Fig. 5.21(a)). Au cours de la seconde alter-
nance, la diode se trouve brutalement polarisée en inverse. Une grande quantité d’électrons et de
trous, qui n’ont pas eu le temps de disparaı̂tre par recombinaisons, sont stockés dans le substrat.
L’établissement de la tension inverse dans la diode correspond à l’apparition d’un champ élec-
trique dans sa jonction. Les électrons libres présents dans le substrat vont êtres happés par ce
champ (Fig. 5.21(a)), créant ainsi un courant d’électrons dans la région de fort champ électrique.
Le facteur de multiplication du courant d’électrons étant significatif, bien avant d’atteindre la
tension de claquage de la jonction, le courant de conduction qui circule dans la diode est très

148
5.4. Cas particulier pour le stress MM

important. Sous l’effet des fortes densités de courant, la diode polarisée en inverse présente alors

D1 D2
                      
                    

                      

                    

                      

                    

++ ++ ++ ++ ++ ++
P N P N P N
                      
                    

+ − E − + − + E +− −
+ − − − + − + +

+ + + + − + + + − + − +
+ − − + − − − + − + +
+ + + +
− Région quasi-neutre Région quasi-neutre −
− +
− en forte injection + − en forte injection
+ + + − − + + − + − + − + − +
− N

P P

(a) (b)

Fig. 5.21 – État interne d’un diode lors du recouvrement inverse, après une forte injection de
courant direct, dans la diode D1 de type N ++ /P (a) et dans la diode D2 de type P ++ /N (b).

une caractéristique à résistance dynamique négative [158]. Une grande partie du courant de dé-
charge va alors emprunter la diode polarisée en inverse car elle constitue un chemin de plus faible
impédance. La formation d’un filament de courant, associé à la caractéristique de résistance né-
gative, conduit rapidement à la destruction thermique de la diode [159]. Ce phénomène explique
donc l’origine de la plus faible robustesse observée dans ce cas. La focalisation du courant dans
la diode, n’est pas d’origine thermique mais purement électrique [160]. Comme nous avons déjà
pu le montrer pour les TBA dans les chapitres précédents, les phénomènes physiques associés
aux très fortes densités de courant jouent un rôle primordial. Les aspects thermiques ne jouent
qu’un rôle secondaire, bien qu’important, dans la physique des composants soumis aux ESD.
Remarquons enfin que lors d’un stress MM positif entre E2 et VDD, la diode D2 se trouve
polarisée dans les mêmes conditions. Pourtant, aucune diminution de la robustesse n’est observée.
En effet, dans ce cas, ce sont les trous stockés dans la diode qui sont happés par le champ
électrique (Fig. 5.21(b)). Le facteur de multiplication du courant de trous n’étant important que
pour des tensions proches de la tension de claquage statique, la multiplication par avalanche
dans la jonction est peu importante et aucun phénomène d’emballement ne se produit.

5.4.3 Solution et recommandations


La dégradation de la robustesse dans le cas de stress MM négatifs entre une entrée ou une
sortie et la broche VSS est évidemment d’autant plus importante que la tension inverse appliquée
sur la diode est importante. Pour cette raison, la valeur des résistances des lignes d’alimentation
joue un rôle primordial. Le cas de plus faible robustesse (-170 V MM) correspond à la broche
E3 (Fig. 5.20). pour laquelle la résistance totale des lignes d’alimentation est maximale. La
robustesse s’accroı̂t pour la broche E2 (-200 V MM) et ne pose plus de problème pour la broche
E1. Dans ce cas particulier, la modification des pistes métalliques de façon à réduire les résistances
des lignes d’alimentation a permis d’obtenir la robustesse attendue.
Le problème qui vient d’être exposé montre une nouvelle fois que l’optimisation des protec-
tions intégrées contre les décharges électrostatique doit être menée à la fois du point de vue des
composants de protection et du réseau de protection qu’ils vont former. Pour étudier ce dernier
aspect, l’optimisation de réseaux élémentaires est un outil très utile. Il permet à la fois l’étude
des problèmes liés aux anneaux de protection contre le latch-up et peut également être utilisé
pour optimiser le réseau de protection vis-à-vis du recouvrement inverse des diodes lors d’une
décharge MM. Pour cela, il apparaı̂t très important d’exprimer les performances du réseau de

149
Chapitre 5. Étude des stratégies de protections

protection élémentaire en terme de robustesse en fonction de la valeur des résistances des lignes
d’alimentation.
Le réseau élémentaire ainsi optimisé et dont les performances sont définies vis-à-vis des
conditions d’utilisation, permettra de garantir le succès de la stratégie de protection utilisée
pour un circuit, dès les premiers essais expérimentaux. Associé à la simulation de type SPICE,
qui permet de vérifier l’absence d’interaction du réseau de protection ESD avec le circuit à
protéger, cette approche a l’ambition de garantir les performances des solutions de protection
fournies aux concepteurs de circuits intégrés.

5.5 Conclusion
Après un rapide état de l’art des stratégies de protection contre les décharges électrostatiques
utilisées pour les circuits intégrés, l’étude d’un réseau de protections d’un circuit simple a été
présentée. L’utilisation des macromodèles des composants de protection dans les simulations de
type SPICE a permis de vérifier l’efficacité de la stratégie de protection utilisée. Les chemins
prévus par simulation ont été confrontés avec succès à ceux déterminés expérimentalement grâce
au couplage de l’analyse par photoémission et du banc de mesure TLP.
Cependant, nous avons mis en évidence que le développement de composants de protection
optimisés et l’utilisation de la simulation SPICE ne sont pas suffisants pour garantir la robustesse
ESD d’un circuit. En effet, l’interaction des composants de protection au sein du réseau de
protection peut provoquer une diminution significative des performances.
Une faiblesse associée aux anneaux de protection contre le latch-up a pu être mise en évi-
dence grâce à la performance de la localisation de défaillance par la technique de stimulation
thermique laser OBIRCH. Les anneaux de protection contre le latch-up placés autour de com-
posants de protection forment des transistors bipolaires parasites de type NPN ou PNP. Dans
certaines configurations de décharge, ces composants peuvent être activés et détruits. Nous
avons pu mettre en évidence et expliquer le comportement sensiblement différent des transistors
bipolaires parasites de type NPN et PNP. La solution proposée grâce à cette étude permet de
résoudre ce problème en modifiant simplement la géométrie de l’anneau de latch-up. L’utilisation
astucieuse des résultats de cette étude a conduit à l’intégration des deux diodes de protection
des entrées/sorties au sein d’une seule structure. Elle présente l’avantage de ne pas modifier les
caractéristiques du composant de protection (capacité parasite, courant de fuite), de garantir la
robustesse HBM et d’améliorer l’immunité au latch-up, sans demander de surface supplémen-
taire.
Nous avons également mis en évidence une configuration de stress MM dans laquelle le
réseau de protection possède une robustesse moindre. L’origine de cette faiblesse correspond à un
phénomène bien connu pour les diodes de l’électronique de puissance, associé aux fortes densités
de courant et au mécanisme de recouvrement inverse des diodes. Lors de la commutation rapide
d’un état passant, à très forte densité de courant, à l’état bloqué, le phénomène d’avalanche
dynamique induit une diminution de la tenue en tension des diodes par rapport à leur tenue en
tension statique. Cet effet est beaucoup plus marqué pour les diodes de type N ++ /P que celles
de type P ++ /N . Dans la cas étudié, la diminution des résistances des lignes d’alimentation a
permis de résoudre ce problème.
Afin de garantir les performances d’une stratégie de protection, la méthode de conception
basée sur le développement de composants de protection et l’utilisation de la simulation SPICE
doit être complétée par l’optimisation de réseaux de protections élémentaires. Ces réseaux per-
mettent de caractériser et d’étudier les problèmes liés aux anneaux de protection de latch-up et
à certaines configurations de stress MM. Un ensemble de réseaux de protections élémentaires,
dont les performances sont définies en fonction de la résistance des lignes d’alimentation, est
alors fourni aux concepteurs de circuit.
L’ambition de cette méthode est de garantir le succès d’une stratégie de protection choisie

150
5.5. Conclusion

par le concepteur dès les premiers essais expérimentaux. Elle contribue ainsi à réduire le nombre
de cycles de conception liés aux problèmes de la protection contre les décharges électrostatiques.

151
Chapitre 5. Étude des stratégies de protections

152
Conclusion générale

Dans le contexte du besoin d’amélioration de la compétitivité et de l’augmentation des pro-


blèmes liés aux décharges électrostatiques, les fabricants de semiconducteur doivent se doter
d’outils et de méthodologies performants pour la conception et l’optimisation des protections
ESD intégrées sur les puces. Il est aujourd’hui nécessaire de prendre en compte au plus tôt la
robustesse aux décharges électrostatiques dans le développement de nouvelles technologies et de
nouveaux produits.
Les travaux présentés dans ce mémoire font suite aux études des thèses antérieures de C.
Delage et G. Bertrand qui ont tour à tour traité de la conception de structures de protection et
de leur modélisation [60, 61]. Ils viennent les compléter en amenant un réflexion plus approfon-
die sur les phénomènes physiques associés aux fortes densités de courant et en analysant plus
complètement le fonctionnement des réseaux de protection ESD.
Reprenant les méthodologies proposées aux termes des thèses précédentes, en ajoutant une
part plus importante aux possibilités offertes par les techniques de localisation de défaillance, ce
mémoire s’attache plus particulièrement à l’étude et l’optimisation de structures de protection
basées sur les transistors bipolaires NPN autopolarisés (TBA) et des réseaux de protection ESD
des circuits.
Étant donnée la forte intensité du courant lors d’une décharge électrostatique et la relative-
ment faible dimension des structures de protection, les densités de courant mises en jeu dans les
composants sont bien plus importantes que dans les composants classiques. L’étude des TBA a
donc été menée en s’appuyant sur les connaissances issues de la physique des transistors bipo-
laires de puissance et des transistors bipolaires hautes fréquences. Inspirée de celle utilisée pour
les composants de puissance, une approche régionale unidimensionnelle adaptée au cas de TBA
a permis d’étudier les phénomènes physiques spécifiques aux fortes densités de courant dans ces
composants. La principale difficulté de la modélisation réside dans la description de la région
électrique de collecteur qui est le siège de génération par avalanche. L’étude montre que dans
les régimes de fort courant, la tension de claquage de la jonction collecteur-base des transistors
dépend de la densité de courant. Elle explique également la différence de comportement des
transistors bipolaires NPN et PNP en fonction de la profondeur de leur base. La diminution de
la tension de claquage de la jonction collecteur-base des transistors NPN pour des densités de
courant croissantes a conduit à une explication originale de la focalisation du courant observée
dans les transistors NPN et démontré l’importance d’introduire une résistance de ballast dans
leur collecteur. Le modèle semi-analytique a également permis d’étudier l’impact de l’échauf-
fement des régions d’émetteur et de collecteur. Alors que la région de collecteur possède des
propriétés favorables pour éviter l’apparition du second claquage thermique, la région d’émet-
teur a un comportement inverse. Il apparait ainsi que l’éloignement spatial de la région chaude
de collecteur de la région d’émetteur doit permettre d’obtenir des composants plus robustes aux
décharges électrostatiques.
Après cette première approche, le principe d’un nouveau type de composant de type TBA
NPN à collecteur graduel a pu être proposée, puis étudiée d’une manière plus approfondie au
moyen de la simulation physique. Différents régimes de fonctionnement ont été mis en évidence
en fonction de l’intensité du courant. Ces régimes sont liés à l’évolution des caractéristiques
électriques de la jonction collecteur-base qui sont modifiées par la charge électrique des porteurs

153
Conclusion générale

libres due au passage du courant. Les valeurs des courants et des tensions caractéristiques et
l’allure de la caractéristique TLP ont pu être associées aux paramètres géométriques et tech-
nologiques du composant. La tension et le courant de repliement sont respectivement liées à la
profondeur et au dopage de la couche faiblement dopée du collecteur. La tension de maintien dé-
pend des caractéristiques de la jonction effective formée à forte densité de courant à la frontière
des régions faiblement et fortement dopées de collecteur. Nous avons montré que le profil de
dopage de cette frontière détermine directement cette tension. Plus ce profil est abrupt, plus la
tension de maintien sera basse. La formation de la jonction effective, dont la tension de claquage
décroı̂t pour des densités de courant croissantes, est également la cause de la focalisation du
courant à forte densité de courant. À plus faible densité de courant, le gradient de potentiel
dans la résistance intrinsèque de base est également dans une moindre mesure à l’origine d’une
non-uniformité.
La robustesse de ces composants réside dans leur capacité à retarder l’apparition d’un se-
cond claquage thermique. Nous avons montré par simulation que malgré l’inévitable focalisation
du courant, la diminution des coefficients de multiplication par avalanche avec la température
permet d’uniformiser la dissipation thermique dans le composant. Lors d’une décharge de faible
intensité, cette propriété provoque le déplacement de la région focalisée de courant dans les
simulations réalisées. Ce mouvement difficilement observable expérimentalement étant donnée
l’échelle de temps, a été mis en évidence très récemment pour des composants similaires par D.
Pogany et son équipe grâce à des techniques d’interférométrie laser. Afin de retarder l’apparition
d’un second claquage thermique, l’augmentation de la profondeur de base effective est apparue
comme une excellente solution pour découpler à la fois thermiquement et électriquement les
régions d’émetteur et de collecteur au cours d’une décharge. Les résultats de simulation ont
confirmé cette hypothèse. Cette étude, basée sur l’utilisation de la simulation physique, a finale-
ment permis de définir un ensemble de régles de universelles de conception de TBA performants.
Ces régles ont été appliquées à la réalisation de composants pour trois technologies distinctes.
Les résultats obtenus viennent confirmer et illustrer le bien fondé de l’étude théorique. L’utilisa-
tion des techniques de localisation de défauts reposant sur la stimulation photoélectrique laser
de type OBIC ont permis de confirmer le mécanisme de défaillance. L’impossibilité de réaliser
des structures équivalentes avec des transistors bipolaire PNP a également été confirmée expéri-
mentalement. La principale limitation pour l’utilisation des composants réalisés est l’importante
valeur de la tension de repliement.
La structure TBA optimisée a été utilisée avec succès dans une structure de protection
d’entrée à deux étages dans un circuit commercial. Afin d’étendre le domaine d’utilisation de
ces composants, des solutions de déclenchement pour diminuer la tension de repliement ont été
également proposées et validées expérimentalement.
La prise en compte des effets des fortes densités de courant sur le comportement de la jonction
collecteur-base a été abordée dans le cadre de la modélisation de type SPICE. Une nouvelle
technique de calcul du facteur de multiplication du courant dans la région de collecteur est
proposée. Elle permet de conserver une excellente précision des calculs et élimine les problèmes
de convergence couramment observés. L’approche modulaire retenue pour son efficacité vis-à-vis
de la réduction du travail d’extraction des paramètres, permet d’introduire les effets associés aux
fortes densités de courant mais souffre de quelques limitations. Le modèle développé présente
cependant l’avantage d’être étroitement lié à la structure physique du composant et offre donc la
possibilité de mieux comprendre l’impact de certains paramètres. En dernier lieu, la modélisation
des composants a été utilisée pour proposer une méthode d’optimisation de la technique de
déclenchement par couplage de grille des transistors MOS. Cette méthode est développée après
une analyse de la dynamique de déclenchement des transistors bipolaires et MOS. L’étude a
également conduit à une amélioration du macromodèle pour tenir compte, au premier ordre, des
effets distribués des courants capacitifs.
Enfin, l’efficacité de la simulation de type SPICE pour étudier les stratégies de protection
ESD et prédire les chemins de décharges est démontrée en la confrontant aux résultats expé-

154
rimentaux. Toutefois, nous avons montré sur un cas pratique, que la robustesse attendue pour
le circuit n’est pas toujours obtenue. La technique de localisation de défaillance OBIRCH a été
mise à profit pour déterminer l’origine du problème qui provient des anneaux de protection
des composants ESD contre le phénomène de latch-up. L’étude de réseaux de protection élé-
mentaires par la simulation physique en mode mixte a permis d’expliquer et de proposer des
solutions optimales en termes de robustesse ESD, d’immunité au latch-up, de surface, de réduc-
tion des capacités et des courants de fuite parasites. En outre, l’origine d’une faiblesse du réseau
de protection lié a une configuration de stress MM a pu être expliquée.
L’optimisation de composant de protection et l’utilisation de la simulation SPICE ne sont
pas suffisant pour garantir la robustesse de la protection globale d’un circuit aux ESD. Ces
travaux montrent que la conception des structures de protection doit être complétée par l’étude
de réseaux de protection élémentaires. Ils permettent d’étudier et de valider les protections en
prenant en compte la protection contre latch-up et les spécificités du test MM. Afin de garantir
les performances des protections ESD fournie aux concepteurs de circuit, un ensemble de réseaux
de protection élémentaires doivent être proposés. La performance des réseaux devra être définie
en fonction de contraintes d’utilisation comme la résistance maximale des lignes d’alimentation
utilisées.
Nous proposons pour finir une méthodologie de développement de bibliothèque ESD dont la
représentation schématique est donnée dans le figure 22

Calibrage des simulations OPTIMISATION Calibrage des simulations


Informations sur les mécanismes Savoir faire Simulation physique Informations sur les mécanismes
de fonctionnement de fonctionnement
et de défaillance et de défaillance
Réalisation

Caractérisation de Caractérisation de
composants de protection réseaux de protection
Caractérisation électrique Caractérisation électrique
Tests HBM, MM, et CDM SILICIUM Tests HBM, MM, et CDM
TLP et VF-TLP TLP et VF-TLP
TLP + EMMI TLP + EMMI
... Latch-up . . .

Localisation et analyse de défaillance Localisation et analyse de défaillance


EMMI EMMI
STL STL
SPL SPL
... ...

Modélisation électrique type SPICE


Extraction de paramètres Extraction de paramètres
Définition des
Bibliothèque de composants et
contraintes d’utilisation
de réseaux de protection ESD
optimisés avec contraintes d’utilisation

Fig. 22 – Méthodologie de développement de protections ESD intégrées.

Au terme de cette étude, diverses perspectives de travaux peuvent être envisagées :


– Les contraintes d’utilisation des réseaux de protection élémentaires restent à définir plus
précisément.
– D’autres aspects comme la susceptibilité électromagnétique pourrai être considérés, pour
évoluer vers une approche plus globale du traitement des agréssions des circuits intégrés.

155
Conclusion générale

– L’utilisation de la modélisation distribuée basée sur une approche régionale semble très
prometteuse pour décrire à la fois les effets des fortes densités de courant et le compor-
tement dynamique. Elle apparaı̂t très adaptée pour la modélisation des composants de
protection ESD.
– Le développement d’outils et de méthodes d’extraction des paramètres dynamiques adaptés
à l’échelle de temps et de courant des ESD permettrait de donner des informations fiables
sur la dynamique des composants. Les acquisitions TLP ne sont pas pour le moment
exploitables car les signaux sont déformés par des éléments parasites mal maı̂trisés et
caractérisés : boı̂tier, connexions, . . .
– Des efforts importants seront encore nécessaires pour étendre le domaine de validité des
modèles utilisés pour la simulation physique et permettre son utilisation pour réduire la
part des tests expérimentaux.
– La physique des TBA met en jeu la physique des systèmes très éloignés de l’équilibre
thermodynamique. Des progrès importants pourraient découler de l’utilisation des outils
d’analyse développés pour l’étude des phénomènes non linéaires et du chaos.

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Bibliographie

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Liste des publications

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Jean-Marie Dorkel, Quang Nguyen, Nicolas Mauran, David Trémouilles et
Philippe Perdu : Analysis and compact modeling of a vertical grounded-base NPN
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mouilles, Marise Bafleur et Dean Lewis : Backside localization of current leakage
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nalysis (ESREF’2002).
– David Trémouilles, Géraldine Bertrand, Marise Bafleur, Felix Beaudoin,
Philippe Perdu, Nicolas Guitard et Lionel Lescouzeres : TCAD and SPICE
modeling help solve ESD protection issues in analog CMOS technology. Microelectronic
Reliability, 43(1):71–79, janvier 2003.
– T. Beauchêne, D. Trémouilles, D. Lewis, P. Perdu et P. Fouillat : Characteriza-
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Reliability, 43(9-11):1577–1582, septembre 2003. XIVth European Symposium on Reliabi-
lity of Electron Devices, Failure Physics and Aanalysis (ESREF’2003).
– D. Trémouilles, M. Bafleur, G. Bertrand, N. Nolhier, N. Mauran et L. Les-
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Conférences internationales :
– David Trémouilles, Géraldine Bertrand, Marise Bafleur, Felix Beaudoin,
Philippe Perdu et Lionel Lescouzeres : TCAD and SPICE modeling help solve ESD
protection issues in analog CMOS technology. Dans 23rd International Conference on
Microelectronics (MIEL 2002), pages 749–752, Nis (Yougoslavie), 12 mai 2002.
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Trémouilles : Laser beam based ESD defect localization in ICs. Dans 28th International
Symposium on Testing and Failure Analysis (ISTFA’2002), Phoenix (USA), 3 novembre
2002. ISTFA Best In Session Award.
– T. Beauchêne, D. Lewis, D. Trémouilles, F. Essely, P. Perdu et P. Fouillat :
ESD defect localization and analysis using pulsed OBIC techniques. Dans 18th SYMPO-
SIUM ON MICROELECTRONICS TECHNOLOGY AND DEVICES CHIP IN SAMPA
(SBMicro 2003), São Paulo (Bresil), 8 septembre 2003.

167
Liste des publications

– David Trémouilles, Géraldine Bertrand, Marise Bafleur, Nicolas Nolhier


et Lionel Lescouzeres : Design guidelines to achieve a very high ESD robustness in
a self-biased NPN. Dans 24th Electrical Overstress/Electrostatic Discharge Symposium
(EOS/ESD’02), pages 281–288, 8 octobre 2002.
– David Trémouilles, Marise Bafleur, Géraldine Bertrand, Nicolas Nolhier,
Nicolas Mauran et Lionel Lescouzeres : Solving ESD protection latchup guard rings
issue during electrostatic discharge (ESD) events. Dans 2003 Bipolar/BiCMOS Circuits
and Technology Meeting (BCTM’2003), Toulouse (France), 28 septembre 2003.
– N. Guitard, [Link]́mouilles, [Link], [Link], [Link], [Link] et [Link] :
ESD Induced Latent Defects In CMOS ICs And Reliability Impact. Dans EOS/ESD Sym-
posium, 2004.
– N. Guitard, D. Trémouilles, M. Bafleur, L. Escotte, L. Bary, P Perdu, G.
Sarrabayrouse, N. Nolhier et R. Reyna-Rojas : Low frequency noise measurements
for ESD latent defect detection in high reliability applications. Dans 15th European Sym-
posium on Reliability of Electron Devices, Failure Physics and Analysis (ESREF’2004),
2004.
Conférences et séminaires :
– David Trémouilles : Conception et optimisation de circuits robustes aux décharges
électrostatiques ; vers la fiabilité prédictive. Dans Vèmes Journées Nationales du Réseau
Doctoral de Microélectronique (JNRDM’2002), pages 194–195, Grenoble (France), 23 avril
2002.
– David Trémouilles, Nicolas Guitard, Marise Bafleur, Nicolas Nolhier et Lio-
nel Lescouzeres : TLP and photo emission coupling, a powerful tool for study of ESD
protection strategy. Dans Workshop EOS/ESD/EMI, 13 octobre 2002.
– T. Beauchêne, D. Lewis, F. Beaudoin, H. Lapuyade, P. Perdu, M. Bafleur et D.
Trémouilles : Thermal laser stimulation and OBIC techniques applied to ESD defect
localization. Dans Workshop EOS/ESD/EMI, 13 octobre 2002.
– Marise Bafleur, David Trémouilles, Stéphane Alves, Felix Beaudoin, Phi-
lippe Perdu et Alain Wislez : Impact of CDM ESD stress on CMOS ICs reliability.
Dans Workshop ESD/EOS/EMI, Toulouse (France), 13 octobre 2003.
– M. Bafleur, D. Trémouilles, S. Alves, F. Beaudoin, P. Perdu et A. Wislez :
Impact d’un stress ESD de type CDM sur la fiabilité d’un circuit intégré. Dans 8ème
Atelier Analyse et Mécanismes de Défaillance des Composants pour l’Electronique, Port
d’Albret (France), 4 juin 2002.
– David Trémouilles : Stratégies de protection intégrées contre les décharges électrosta-
tiques. Comparaison des stress de types HBM et CDM. Dans Séminaire Annuel de l’Ecole
Doctorale Génie Electrique, Electronique, Télécommunications (GEET), 11 mars 2003.
– N. Guitard, D. Trémouilles, M. Bafleur, L. Escotte, L. Bary, P Perdu, G.
Sarrabayrouse, N. Nolhier et R. Reyna-Rojas : Potentialities of low frequency
noise measurement as esd latent defect detection for high reliability applications. Dans
2nd Workshop EOS/ESD/EMI, pages 39–42, Toulouse (France), 13 mai 2004.
– F. Essely, D. Trémouilles, N. Guitard, M. Bafleur, P. Perdu, A. Touboul et
D. Lewis : OBIC techniques applied to study the impact of multiple ESD stresses. Dans
2nd Workshop EOS/ESD/EMI, pages 35–37, Toulouse (France), 13 mai 2004.
– N. Guitard, D. Trémouilles, M. Bafleur, L. Escotte, L. Bary, P Perdu, G.
Sarrabayrouse, N. Nolhier et R. Reyna-Rojas : Méthode de détection de défauts
latents ESD dans les technologies CMOS basée sur des mesures de bruit basse fréquence.
Dans Atelier ANADEF 2004, Port d’Albret (France), 8 juin 2004.

168
Résumé
Les travaux présentés dans ce mémoire visent à améliorer la méthodologie de conception et
les performances des stratégies de protection contre les décharges électrostatiques (ESD) dans
les circuits intégrés.
Pour cela, l’approche choisie est basée sur une analyse approfondie de la physique des com-
posants soumis aux ESD et plus particulièrement, les effets des très fortes densités de courant.
L’étude, focalisée sur les transistors bipolaires autopolarisés, s’appuie sur la simulation phy-
sique 2D et l’utilisation des outils de localisation de défaillance basés sur les techniques de
stimulation laser. L’analyse physique en résultant a permis d’une part, de définir des règles de
dessin universelles pour l’obtention d’une robustesse ESD élevée et d’autre part, de proposer des
macro-modèles de type SPICE originaux pour prendre en compte les effets des fortes densités
de courant.
Enfin, après avoir mis en évidence plusieurs phénomènes limitant les performances des ré-
seaux de protection, nous avons défini une méthodologie de conception améliorée permettant de
les prendre en compte et de garantir la performance des solutions de protections fournies aux
concepteurs de circuits.

Mots-clés: Décharges électrostatiques (ESD), Protection, Forte densité de courant, Transistor


bipolaire autopolarisé, Latch-up, Simulation physique, Modélisation SPICE, Stimulation laser

Abstract
The research work presented in this thesis is aimed at improving the performance of
electrostatic discharges (ESD) protection and the related design methodology for integrated
circuits.
To achieve this goal, a thorough analysis of the physical mechanisms involved and more
precisely of high current density effects has been carried out.
Such a study, focused on self-biased bipolar transistors, has been achieved with the help
of 2D-numerical simulation and failure localization techniques based on laser stimulation. New
universal design guidelines resulting in high performance ESD protections and original SPICE
macro-models that take into account high current density effects, are proposed.
Finally, the physical mechanisms limiting the performance of ESD protection networks are
studied. To cope with these issues, an improved design methodology that guarantees the robust-
ness of ESD protections used by circuit designers, is proposed.

Keywords: Electrostatic discharge (ESD), Protection, High current density, Self biased bipolar
transistor, Latch-up, Device simulation, SPICE modeling, Laser stimulation

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