I.
INTRODUCTION
Le mariage constitue, en droit gabonais, l’acte juridique fondateur de la famille légitime. Institution
à la fois sociale et juridique, il est régi par le Code civil qui en fixe les conditions de formation et les
effets. À ce titre, le mariage civil est le seul reconnu par l’État, conformément à l’exigence de
célébration devant l’officier d’état civil posée par l’article 231 du Code civil.
Cependant, dans la pratique, de nombreux obstacles — notamment économiques, culturels ou
administratifs — limitent encore l’accès effectif au mariage civil. Cette situation favorise le
développement d’unions parallèles, telles que l’union libre (article 377 du Code civil), ou la liaison
irrégulière (articles 389 et 390), qui sont dépourvues d’effets juridiques protecteurs.
Dans ce contexte, la démocratisation de l’accès au mariage civil apparaît comme une nécessité pour
garantir une meilleure protection des individus.
Mais cette ouverture soulève une interrogation fondamentale : la facilitation de l’accès au mariage
civil permet-elle d’assurer une protection optimale de cette institution, ou risque-t-elle d’en
compromettre la portée juridique et sociale ?
Il conviendra de démontrer que la démocratisation de l’accès au mariage civil renforce la protection
juridique des individus et consolide l’institution matrimoniale (I), tout en nécessitant un encadrement
strict afin d’éviter sa banalisation et sa dénaturation (II).
DÉVELOPPEMENT
I. Le mariage civil : Une armature de protection juridique supérieure
Le Code civil sécurise les membres de la famille là où l'union de fait ou le mariage non enregistré
échouent.
A. La protection du patrimoine et des droits conjoints
Régimes matrimoniaux : Le cadre légal protège le conjoint économiquement plus faible lors d'un
divorce ou d'un décès.
Droit successoral : Seul le mariage civil garantit la qualité d'héritier réservataire, évitant l'expulsion ou
la spoliation par la belle-famille.
B. La sécurisation de la filiation et de l'intérêt de l'enfant
La présomption de paternité : « L'enfant conçu ou né pendant le mariage a pour père le mari ». Ce
principe simplifie l'établissement de la filiation sans action en justice complexe. L’autorité parentale :
Le cadre civil assure une stabilité éducative et matérielle en définissant clairement les devoirs des
parents.
II. Les leviers de la démocratisation : Vers une accessibilité universelle
La protection n'est réelle que si elle n'est pas réservée à une élite urbaine.
A. La levée des freins financiers et procéduraux
La gratuité de l'acte : Suppression des taxes municipales qui découragent les ménages modestes.
La proximité du service public : Création d'antennes mobiles pour rapprocher l'institution des
populations rurales.
B. La reconnaissance et la passerelle avec les traditions
La transcription des mariages coutumiers : Mécanismes simplifiés pour convertir une union
traditionnelle en mariage civil (force probante).
L'alphabétisation juridique : Campagnes d'information pour lutter contre la précarité des femmes et
des orphelins.
. CONCLUSION
La protection offerte par le Code civil est le rempart le plus solide contre la précarité familiale.
Cependant, cette protection reste lettre morte si l'accès au mariage demeure un parcours du
combattant. La démocratisation est la condition sine qua non pour que le mariage remplisse sa
fonction de stabilisation de la nation.