INTRODUCTION
Depuis plus de deux décennies, l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) est le théâtre de
conflits armés récurrents impliquant une multiplicité d’acteurs étatiques et non étatiques. Cette
situation de guerre persistante, alimentée par des facteurs historiques, politiques, sécuritaires et socio-
économiques, a favorisé l’émergence de groupes armés qui cherchent à s’imposer comme des acteurs
incontournables du champ politico-militaire. Ces acteurs ne se limitent pas à l’usage de la violence, mais
développent également des discours politiques visant à légitimer leur action et à proposer des solutions
alternatives à la crise sécuritaire.
Parmi ces acteurs figure le Mouvement du 23 mars (M23), un groupe rebelle apparu officiellement en
2012, avant d’être défait militairement en 2013, puis de connaître une résurgence progressive après les
élections générales de 2018. Cette résurrection s’est accompagnée de la création de l’Alliance Fleuve
Congo (AFC), une plateforme politique se voulant fédératrice, donnant naissance à une coalition
politico-militaire hybride connue sous l’appellation AFC/M23. Cette coalition se présente à la fois
comme un mouvement armé et comme un acteur politique porteur d’un projet de gouvernance, de
sécurité et de paix.
Le présent travail a pour objectif d’analyser la documentation produite par l’AFC/M23 sur la guerre et la
paix à l’Est de la RDC. Il s’agit d’examiner la nature de cette coalition, son historique, le contexte de sa
formation, ainsi que les discours qu’elle développe autour de la guerre, de la paix et des solutions
proposées pour mettre fin au conflit. Le travail s’intéresse également aux revendications manifestes et
latentes de l’AFC/M23, afin de mieux comprendre les enjeux politiques et sécuritaires sous-jacents à son
action.
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I. Présentation générale de l’AFC/M23
L’Alliance Fleuve Congo (AFC), associée au Mouvement du 23 mars (M23), constitue une coalition
politico-militaire rebelle non étatique opérant principalement dans l’Est de la RDC. Le M23 représente le
noyau militaire de la coalition, tandis que l’AFC se présente comme une structure politique destinée à
donner une légitimité idéologique et nationale à la lutte armée.
Cette coalition se caractérise par une double logique : d’une part, l’usage de la force armée comme
moyen de pression et de conquête territoriale ; d’autre part, l’élaboration d’un discours politique visant
à justifier cette violence au nom de la sécurité, de la gouvernance et de la protection de certaines
populations. L’AFC/M23 s’inscrit ainsi dans une dynamique de contestation de l’autorité de l’État
congolais et de remise en cause de l’ordre politico-institutionnel existant.
II. Historique du M23 et sa résurrection après 2018
Le Mouvement du 23 mars tire son nom de l’accord signé le 23 mars 2009 entre le gouvernement
congolais et le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP). En 2012, des ex-combattants du
CNDP intégrés dans les FARDC se mutinent, accusant le gouvernement de ne pas avoir respecté les
clauses de cet accord. Cette mutinerie donne naissance au M23, qui parvient à occuper plusieurs
localités stratégiques, dont la ville de Goma en novembre 2012.
En 2013, le M23 est défait militairement par les FARDC, avec l’appui de la Brigade d’intervention de la
MONUSCO. Ses dirigeants et combattants se replient principalement au Rwanda et en Ouganda.
Toutefois, à partir de 2018, dans un contexte post-électoral marqué par des contestations politiques,
une fragilisation de la gouvernance et une insécurité persistante à l’Est, le M23 entame un processus de
réorganisation et de résurgence progressive.
Cette résurrection est justifiée par le mouvement comme une réponse à l’insécurité persistante, à
l’échec des accords antérieurs et à ce qu’il considère comme la marginalisation de certaines
communautés. Elle s’inscrit également dans une recomposition plus large des groupes armés à l’Est de la
RDC.
III. Contexte de formation de la coalition AFC/M23
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La création de l’Alliance Fleuve Congo s’inscrit dans un contexte politique et sécuritaire spécifique. Sur le
plan sécuritaire, la persistance des violences armées, l’inefficacité perçue des mécanismes de paix et la
faiblesse de l’autorité de l’État dans certaines zones ont favorisé l’émergence de nouvelles alliances
armées. Sur le plan politique, le climat post-électoral de 2018 a accentué les tensions et les discours de
contestation du pouvoir central.
L’AFC se présente comme une plateforme politique visant à fédérer différentes sensibilités autour du
M23, afin de transformer une rébellion armée en un mouvement à portée nationale. La coalition
AFC/M23 repose ainsi sur une articulation entre une dimension militaire, incarnée par le M23, et une
dimension politique, portée par l’AFC, qui se veut un cadre de réflexion, de revendication et de
communication.
IV. Analyse des discours de l’AFC/M23 sur la guerre et la paix
La documentation produite par l’AFC/M23 (communiqués, déclarations publiques, interviews)
développe une lecture spécifique de la guerre à l’Est de la RDC. La coalition présente la guerre comme
une conséquence directe de la mauvaise gouvernance, de l’insécurité chronique et de l’incapacité de
l’État à protéger les populations civiles.
Dans son discours, l’AFC/M23 affirme recourir à la lutte armée comme un moyen de contrainte et non
comme une finalité. La paix est présentée comme un objectif central, mais conditionné à des réformes
profondes de l’État congolais, du secteur de la sécurité et de la gouvernance politique. La coalition
insiste sur la nécessité d’un dialogue inclusif, de la reconnaissance de ses revendications et de la mise en
œuvre de solutions politiques durables.
Toutefois, une tension apparaît entre ce discours de paix et la poursuite des actions militaires, ce qui
soulève des interrogations quant à la sincérité et à la cohérence de la démarche.
V. Revendications manifestes et latentes de l’AFC/M23
Les revendications manifestes de l’AFC/M23 portent principalement sur :
la sécurité des populations,
le retour des réfugiés et déplacés,
la réforme de l’armée et des institutions de sécurité,
le respect des accords passés.
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Parallèlement, l’analyse des discours permet d’identifier des revendications latentes, moins
explicitement formulées, telles que :
- la recherche d’une reconnaissance politique nationale;
- l’intégration ou la reconfiguration du pouvoir étatique;
- le contrôle stratégique de certains territoires et ressources.
Ces revendications latentes traduisent une ambition politique plus large que la simple résolution de la
crise sécuritaire locale.
VI. Solution préconisée pour la fin de la guerre à l’Est de la RDC
L’organisation d’un dialogue inclusif, crédible et sincère serait une solution centrale pour mettre fin à la
guerre à l’Est de la République démocratique du Congo. Cette option repose sur l’idée que le conflit à
l’Est n’est pas uniquement un problème militaire, mais avant tout une crise politique et institutionnelle
profonde, dont les racines dépassent les affrontements armés.
L’expérience des conflits internes en Afrique et ailleurs montre que les solutions strictement militaires
ne produisent, au mieux, qu’une accalmie temporaire. À l’inverse, un dialogue inclusif permet de réunir
l’ensemble des acteurs concernés; autorités étatiques, groupes armés, communautés locales, société
civile et partenaires régionaux afin de transformer les rapports de force militaires en compromis
politiques. L’exclusion répétée de certains acteurs a, par le passé, contribué à la résurgence cyclique des
violences à l’Est de la RDC.
Ce dialogue doit viser à s’attaquer aux causes profondes du conflit, notamment la mauvaise
gouvernance, la corruption, le tribalisme, l’impunité, l’injustice sociale et la faiblesse de l’État.
Ces facteurs structurels alimentent la méfiance entre les populations et les institutions, favorisent la
militarisation des revendications et fragilisent durablement la cohésion nationale. Sans leur prise en
compte, toute tentative de pacification demeure superficielle et instable.
Par ailleurs, le dialogue inclusif ne doit pas être une simple rencontre symbolique, mais un cadre de
refondation politique débouchant sur des réformes concrètes. Il doit permettre la réforme du secteur de
la sécurité, le renforcement de la justice et de la lutte contre l’impunité, l’amélioration de la
gouvernance publique et la promotion de l’inclusion sociale. Ces réformes sont essentielles pour
restaurer la confiance entre l’État et les citoyens.
Enfin, l’ouverture d’un espace politique crédible réduit la légitimité du recours à la violence armée.
Lorsque les revendications peuvent être exprimées et traitées par des moyens politiques, la guerre perd
progressivement sa justification. Ainsi, seule une approche globale, fondée sur le dialogue et la
transformation des structures politiques et institutionnelles, peut offrir des perspectives réelles de paix
durable à l’Est de la RDC.
CONCLUSION
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L’analyse de la documentation de l’AFC/M23 sur la guerre et la paix à l’Est de la RDC met en évidence la
nature hybride de cette coalition, à la fois militaire et politique. L’AFC/M23 s’inscrit dans une dynamique
de contestation de l’autorité de l’État congolais, en mobilisant un discours de légitimation fondé sur la
sécurité, la gouvernance et la recherche de la paix.
Si la coalition affirme œuvrer pour la fin de la guerre, ses pratiques militaires et ses revendications
latentes soulèvent des interrogations quant à la cohérence entre discours et actions. L’AFC/M23
apparaît ainsi comme un acteur central du conflit, dont la compréhension est indispensable pour
analyser les perspectives de paix durable à l’Est de la RDC.
En définitive, l’étude de la documentation de l’AFC/M23 révèle que la paix ne peut être envisagée
uniquement sous l’angle militaire, mais nécessite une approche globale intégrant les dimensions
politiques, sécuritaires et institutionnelles. Cette analyse souligne également l’importance d’un cadre de
dialogue crédible et inclusif pour espérer une résolution durable du conflit à l’Est du pays.
BIBLIOGRAPHIE
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1. Organisation des Nations Unies, Rapports du Groupe d’experts sur la République démocratique du
Congo, Conseil de sécurité, New York, 2012–2024.
2. MONUSCO, Rapports sur la situation sécuritaire à l’Est de la RDC, Nations Unies, New York, différentes
années.
3. International Crisis Group, La résurgence du M23 et les enjeux régionaux dans l’Est de la RDC, Rapport
Afrique, Bruxelles, 2022.
4. Radio Okapi, Crise sécuritaire à l’Est de la RDC : analyses et dossiers spéciaux, Kinshasa, différentes
publications.
5. AUTESSERRE, Séverine, « Dangerous Tales: Dominant Narratives on the Congo and Their Unintended
Consequences », African Affairs, vol. 111, n°443, 2012, pp. 202-222.