Introduction de l'article : Effets de la politique budgétaire sur l'inflation et
le taux de change réel au Maroc
Dans le contexte des économies émergentes, la politique budgétaire demeure l’un des
instruments les plus mobilisés par les autorités publiques pour accompagner la croissance,
amortir les chocs économiques et stabiliser les principaux équilibres macroéconomiques.
Agissant principalement à travers deux canaux les recettes fiscales et les dépenses
publiques elle joue un rôle déterminant dans la gestion conjoncturelle. Parmi ces leviers, les
dépenses publiques se distinguent par leur capacité à agir directement sur la demande
globale, à influencer les anticipations des agents économiques et à intervenir dans des
domaines stratégiques tels que l’investissement public, l’éducation, ou encore la protection
sociale. Toutefois, les effets de ces dépenses sur certaines variables nominales clés, telles
que l’inflation ou le taux de change réel, demeurent encore peu explorés dans la littérature
empirique, notamment dans le cas du Maroc.
Depuis le début des années 2000, le Maroc a entrepris plusieurs réformes visant à améliorer
la gouvernance budgétaire, renforcer la transparence des finances publiques et consolider
la trajectoire de la dépense publique. Dans ce cadre, il apparaît essentiel d’évaluer, de
manière rigoureuse, l’impact des chocs budgétaires plus précisément ceux relatifs aux
dépenses publiques sur deux dimensions fondamentales de l’économie : le niveau général
des prix et la compétitivité externe mesurée par le taux de change réel effectif. Cela conduit
à formuler la problématique suivante : dans quelle mesure les chocs de dépenses
publiques influencent-ils l’évolution de l’inflation et du taux de change réel au
Maroc ? Cette interrogation se décline en plusieurs axes : quels sont les canaux à travers
lesquels ces dépenses affectent les prix à la consommation ? Comment se transmettent-elles
à la valorisation réelle de la monnaie nationale dans un contexte économique ouvert ? Et
dans quelle mesure ces effets varient-ils selon leur intensité ou la conjoncture
macroéconomique ?
Afin d’apporter des éléments de réponse à ces questions, cette recherche s’appuie sur un
modèle structurel vectoriel autorégressif (SVAR), particulièrement adapté à l’étude des
relations dynamiques entre variables macroéconomiques. Le modèle développé dans cette
étude intègre quatre variables principales : les dépenses publiques réelles, le produit
intérieur brut réel, l’indice des prix à la consommation (IPC) et le taux de change réel
effectif. Cette spécification permet d’évaluer l’impact d’un choc budgétaire exogène sur les
variables nominales et réelles de l’économie. Pour assurer une identification structurelle
pertinente, nous mobilisons à la fois des restrictions contemporaines (comme proposé par
Blanchard et Perotti) et des éléments issus d’approches narratives, à l’instar des travaux de
Ramey.
L’objectif de ce travail est donc d’analyser, à travers une modélisation empirique
rigoureuse, l’effet des chocs de dépenses publiques sur l’inflation et le taux de change réel
au Maroc. Il s’agit, en particulier, d’identifier ces chocs, de quantifier leur influence dans le
temps, d’observer les mécanismes de transmission économique, et d’en tirer des
enseignements utiles pour la conduite de la politique budgétaire nationale. En mobilisant
des données trimestrielles couvrant la période 1990–2023, cette étude cherche à fournir
une lecture empirique claire de la relation entre politique budgétaire et stabilité
macroéconomique.
L’article s’articule autour de cinq sections. La première est consacrée à la revue de la
littérature sur les liens entre dépenses publiques, inflation et taux de change réel. La
deuxième présente les données utilisées ainsi que les traitements préalables nécessaires à
l’analyse. La troisième détaille la méthodologie SVAR adoptée et les hypothèses
d’identification. La quatrième section expose les résultats empiriques obtenus. Enfin, la
cinquième section propose une discussion approfondie des résultats et met en lumière leurs
implications pour la politique économique marocaine.