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TD n3 Critique

La Poétique d'Aristote, rédigée vers 335 av. J.-C., établit une première théorie de la littérature, visant à guider les écrivains en définissant la poésie comme un art d'imitation qui se distingue de la science et de l'histoire. Aristote propose une classification des genres littéraires, tels que l'épopée et la tragédie, en fonction de l'objet imité et du mode d'imitation, tout en soulignant la finalité de chaque genre, notamment la catharsis dans la tragédie. Cette œuvre marque une séparation entre théorie et pratique littéraire, tout en influençant la création littéraire future, notamment dans le classicisme français.

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TD n3 Critique

La Poétique d'Aristote, rédigée vers 335 av. J.-C., établit une première théorie de la littérature, visant à guider les écrivains en définissant la poésie comme un art d'imitation qui se distingue de la science et de l'histoire. Aristote propose une classification des genres littéraires, tels que l'épopée et la tragédie, en fonction de l'objet imité et du mode d'imitation, tout en soulignant la finalité de chaque genre, notamment la catharsis dans la tragédie. Cette œuvre marque une séparation entre théorie et pratique littéraire, tout en influençant la création littéraire future, notamment dans le classicisme français.

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TD n°3

La critique séparée de la littérature


Rédigée aux environs de 335 av. J.-C., la Poétique d’Aristote illustre un premier état des rapports de la
critique avec la littérature : élaborée par un philosophe, en dehors de la littérature, et après coup, la théorie
vise pourtant à guider et à orienter la pratique des écrivains. En rendant compte rationnellement et
systématiquement de toute la production du passé, en donnant à la littérature la conscience d’elle- même,
de ses moyens et de ses fins, Aristote pense créer la possibilité de produire de belles œuvres. La Poétique
est donc tout à la fois une théorie de la littérature, qui découvre un nouvel objet d’étude, le nomme, le
définit et le structure, et un manuel de la composition littéraire : les écrivains peuvent y trouver des
indications techniques utiles sur « la manière dont il faut agencer les histoires si l’on souhaite que la
composition soit réussie ».
Au siècle d’Aristote, la littérature est, en Grèce, une pratique spontanée pluriséculaire, mais anonyme. Les
chefs-d’œuvre majeurs de la littérature grecque ont été écrits entre le VIIIe et le Ve siècle : pourtant « l’art
qui imite […] par la prose ou les vers […] n’a pas jusqu’à présent reçu de nom ». Aristote propose qu’on le
nomme « poésie », en refusant de confondre la « poésie » avec l’emploi du langage versifié. Le terme
devra donc désigner tous les textes en vers ou en prose, qui façonnent des images des choses au moyen des
mots. La définition de la
« poésie » par ce philosophe grec du IV siècle av. J.-C. préfigure la définition par Voltaire, à la fin du
XVIIIe siècle, de la « littérature » : non pas tous les textes écrits, mais seulement ceux que distingue un
certain usage du langage, et un certain type de rapport à la réalité. Aristote distingue ainsi nettement la «
poésie » de la science ou de l’histoire.. Empédocle, par exemple, est un naturaliste plutôt qu’un poète : bien
qu’écrite en vers, son œuvre est un exposé d’histoire naturelle. Même mises en vers, Les Histoires
d’Hérodote seront toujours une « chronique », attachée « au fait particulier », « à ce qu’a fait Alcibiade ou
à ce qui lui est arrivé ». La poésie ne se distingue pas de l’histoire par le fait qu’elle utilise le langage en
vers, mais parce qu’elle vise à l’universalité : elle représente non pas un homme particulier, mais « le type
de chose qu’un certain type d’homme fait ou dit nécessairement ». Elle est un travail de composition par
les mots qui établit des relations nécessaires entre des caractères et des actions.
Il y a création, dans la Poétique, d’un métalangage de la littérature : pour la définir objectivement, Aristote
met en œuvre, dans les chapitres d’introduction, deux notions essentielles : l’imitation, ou mimésis –
commune à tous les arts – et la « vraisemblance », qu’il oppose à la vérité historique. Affaire des seuls
poètes tant qu’elle était une pratique spontanée, la littérature, comme possible objet d’étude, devient affaire
des philosophes. Cette séparation de la théorie et de la pratique n’empêche pourtant pas qu’elles se
rejoignent à l’intérieur même de la Poétique. Aristote dirige la théorie vers l’activité poétique à venir en
donnant une description précise des différents types d’imitation de la réalité par le langage en vers ou en
prose.
Appliquant à l’étude de la littérature les méthodes de classification de son Histoire Naturelle, il y distingue
quatre « espèces particulières » ou « genres » : l’épopée, la tragédie, la parodie et la comédie. L’objet imité
et le mode de l’imitation sont les deux critères essentiels de la classification générique. L’épopée et la
tragédie imitent des « actions nobles » ; mais la première les raconte par le relais d’un narrateur, la seconde
les représente directement. Cette même distinction oppose la parodie à la comédie, qui, à la différence de
l’épopée et de la tragédie, imitent des actions inférieures. En outre, chaque genre a sa « finalité propre » : la
tragédie – des quatre genres le mieux décrit – doit, « en représentant la pitié et la frayeur, réaliser une
épuration de ce genre d’ « émotions », une « catharsis ». Le genre est donc un ensemble d’éléments
subordonnés les uns aux autres et rapportés à une fin. Le choix des personnages de la tragédie – ni trop
bons ni trop méchants -, la conduite de l’action – du bonheur au malheur -, ces deux « règles » de la
tragédie, apparaissent guidées par la considération de l’effet à produire : la purgation de la pitié et de la
frayeur. Le genre est ainsi une forme préétablie – au pouvoir technique évident -, mise à la disposition des
écrivains, pour les aider dans la fabrique de l’œuvre. La capacité de la critique aristotélicienne à dominer la
création littéraire sera illustrée, bien des siècles plus tard, par le profit que le classicisme français va tirer
des règles de la « belle tragédie » décrites dans la Poétique.

Anne Maurel, La Critique, pp. 5-7.

Questions :
1/ Quel est l’intérêt de la Poétique d’Aristote et quels objectifs poursuit-elle ?
2/ Par quel terme Aristote choisit-il de désigner l’ensemble de la production littéraire ? Pour quelle
raison ?
3/ Quelle distinction le philosophe établit-il entre la poésie et l’histoire ?
4/ A quel métalangage recourt Aristote dans sa Poétique ? Pourquoi ?
5/ Dans quelle mesure, l’activité descriptive d’Aristote mérite-t-elle d’être nommée poétique ?

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