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THÈSE
Délivrée par
L’INSA LYON
Spécialité : Acoustique
DIPLÔME DE DOCTORAT
(arrêté du 7 aout 2006)
Je remercie tout d’abord les membres du jury d’avoir accepté de participer à mon
jury de thèse, et surtout les rapporteurs Pr. Walter Blondel et Pr. Pierre Boutouyrie pour
leurs conseils avisés lors de la soutenance à mi-thèse et leurs remarques constructives à la
relecture du manuscrit.
Je tiens ensuite à remercier très chaleureusement mes encadrants, Stéphane et Didier,
qui ont su aiguiller mon travail pendant ces 3 ans de thèse. Stéphane, ce fut très enrichissant
de travailler au quotidien avec toi, je retiendrai de toi surtout ta rigueur et tes fonctions
Matlab complexes. Didier, malheureusement, je n’ai pas pu beaucoup venir te voir à Lyon
pendant la thèse mais ton expertise en US et ton regard sur nos résultats PPG nous ont
permis d’avancer efficacement.
J’ai eu la chance de travailler avec une super équipe, alors merci à toute l’équipe projet
COPOMA. En particulier, merci à Rémi sans qui je n’aurais jamais eu de dispositif multi-
PPG à utiliser pendant ma thèse. Merci également à Robinson, sans qui mes journées au
CEA auraient été beaucoup moins fun, et les problèmes de dispositif réglés beaucoup moins
vite. Merci à Maeva pour nos longues discussions sur les zones d’ombre à éclaircir sur nos
manips et nos résultats. Merci également à Emma, arrivée plus récemment mais qui m’a
aidé à obtenir de belles régressions. Enfin, merci à Xavier, Guillaume, Mathieu et Pierre
pour tous les échanges en weekly et d’avoir toujours répondu présents pour participer aux
manips.
Merci également à Aurore et toute l’équipe LS2P avec qui c’était toujours très agréable
d’échanger pendant les pauses et à la cantine et merci à tous ceux qui ont accepté de
participer à mes bases de données, vous avez été de super cobayes ! Et merci à Laurence
pour avoir simplifié toutes les démarches administratives.
Je remercie aussi Vincent Perrot qui m’a beaucoup aidé en début de thèse, en me
partageant des premières données US avec les algorithmes associés et m’a ensuite permis
de réaliser une autre expérience US à CREATIS. Merci également à François Varray qui
a aidé à la réalisation de la dernière expérience US.
Merci à mon Benou pour m’avoir soutenue pendant ces 3 ans et m’avoir écoutée pen-
dant mes longs monologues pour comprendre tout ce qu’il se passe dans mon avant-bras ;)
Et enfin, un énorme merci à toute ma famille qui m’encourage depuis toujours, ainsi qu’à
mes amis, avec une petite dédicace spéciale (vraiment pour vous faire plaisir) aux Pearl.
iii
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Résumé
L’hypertension artérielle (HTA) est la première cause de maladies cardiovasculaires au
monde. Pour réussir à détecter cette maladie facilement et efficacement, il est primordial de
réussir à mesurer la pression artérielle (PA) de manière non invasive, continue, automatisée
et peu intrusive. Aucune des méthodes usuelles de mesure ne remplit tous ces critères, mais
de nombreuses équipes travaillent activement sur ce sujet.
Ainsi, l’objectif principal de cette thèse est de développer la preuve-de-concept d’un
dispositif connecté de mesure de PA. Pour ce faire, deux modalités sont étudiées : la photo-
pléthysmographie (PPG), une technique optique donnant une image du volume de sang
dans les tissus et les ultrasons (US), une technique d’imagerie couramment utilisée pour
obtenir des images des tissus, par exemple les vaisseaux sanguins.
Au cours de la thèse, il a été montré que les deux modalités investiguées peuvent être
utilisées pour mesurer la PA. Pour ce faire, un dispositif multi-PPG a été développé au
CEA-Leti : des premières expériences avec le dispositif ont montré sa capacité à obtenir des
valeurs de vitesse d’onde de pouls (VOP) et de PA. En parallèle, des tests ont été effectués
en imagerie US ultra-rapide à CREATIS et ont permis de valider une autre méthode de
mesure de VOP et de PA. Finalement, une expérience à partir d’une sonde US et de notre
dispositif multi-PPG a permis de tester un traitement commun aux deux modalités, pour
valider l’intérêt de cette mesure bimodale de PA.
Abstract
Hypertension is the leading cause of cardiovascular diseases in the world. To detect this
disease easily and efficiently, it is necessary to obtain non invasive, continuous, automated
and minimally intrusive blood pressure (BP) measurement. None of usual measurement
methods succeed in validating all these criteria, but many teams are actively working on
this subject.
Thus, the main goal of this PhD is to develop the proof-of-concept of a wearable device
to measure BP. To do that, two different techniques are studied : photo-plethysmography
(PPG), an optical technique enabling to obtain blood volume in tissue and ultrasound
(US), an imaging technique currently used to obtain images of human tissue, like for
example blood vessels.
During my PhD, we succeed in showing that both modalities can be used to measure
BP. For that, a multi-PPG device has been developed in CEA-Leti : first experiments with
this device has confirmed its capacity to measure pulse wave velocity (PWV) and BP.
Parallely, some tests have been done with US at CREATIS and allow to validate another
method to measure PWV and BP. Finally, an experiment has been performed with a US
probe and our multi-PPG device to test a common processing for both modalities, that
demonstrates the value of this bimodal BP measurement.
Résumé/Abstract iv
Introduction xxi
1 Physiologie cardiovasculaire 1
1.1 Le cœur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
1.2 Les artères . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.2.1 Les parois artérielles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.2.2 La compliance artérielle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
1.3 Le sang . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
1.4 Le cycle cardiaque . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.5 La pression artérielle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.5.1 Définition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.5.2 Ordres de grandeur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.6 L’onde de pouls . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
1.6.1 Définition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
1.6.2 Ordres de grandeur de la VOP . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
v
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2.4.2 Modèles basés sur des données . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
2.4.3 Importance de la calibration . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
5 Mesure de PA par US 99
5.1 Description et méthodes de traitement des signaux des acquisitions US . . . 99
5.1.1 Description des données . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99
5.1.2 Méthodes de mesure de la distension . . . . . . . . . . . . . . . . . . 101
5.1.3 Méthodes de mesure de la VOP . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 101
5.2 Acquisition US en mode onde plane pour la mesure de la VOP (sur 2 bat-
tements cardiaques) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
5.2.1 Mesure de la distension . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
5.2.2 Mesure de la VOP . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 104
Annexes 137
Bibliographie 147
ix
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2.13 Oxymètre de pouls au poignet Oxitone® . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
2.14 PPG en mode transmittance (a) ou en réflectance (b) [9] . . . . . . . . . . . 28
2.15 Schéma de la vascularisation de la peau et fonctionnement du PPG en
réflectance [66] . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
2.16 Pénétration de la lumière dans la peau pour diverses longueurs d’onde [5] . 29
2.17 Composants du signal PPG [51] . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
2.18 Spectre d’absorption de l’hémoglobine et de l’eau. En trait pointillé vertical,
la longueur d’onde 800 nm correspondant au point isobestique . . . . . . . . 30
2.19 Signal PPG AC brut sur la figure du haut et retourné par convention sur
la figure du bas . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
2.20 Comparaison de signaux normalisés : un signal PPG (rouge) et un signal
de pression obtenu avec le Complior (bleu), au poignet . . . . . . . . . . . . 31
2.21 Fonctionnement du pOpmetre® pour détecter l’onde de pouls . . . . . . . . 32
2.22 Méthode de mesure du PAT entre le pic R de l’ECG et l’intersection des
tagentes du signal PPG . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
2.23 Dispositif ClearSight® . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
2.24 Schéma représentant le principe de la technique vascular unloading . . . . . 33
2.25 Deux images conventionnelles en imagerie US : (a) une artère carotidienne
et (b) les 4 chambres du cœur (2 ventricules et 2 oreillettes) [83] . . . . . . 34
2.26 Exemple de signal RF obtenu à l’artère carotide pour un élément d’une
sonde US . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
2.27 Schéma d’une sonde ultrasonore ultrarapide en mode onde plane . . . . . . 35
2.28 Enregistrement simultané du diamètre carotidien et de la pression artérielle
[43] . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
2.29 Exemple d’une mesure de VOP [PWV sur l’image] en début (ES) et en fin
(LS) de systole avec affichage de l’écart-type pour chaque mesure chez un
sujet sain, par Doppler tissulaire spatiotemporel [71] . . . . . . . . . . . . . 37
2.30 Dispositif avec 2 capteurs US [58] . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
2.31 Dispositif bimodal avec 2 capteurs PPG et un capteur US [75] . . . . . . . . 39
2.32 Courbe de distension et d’accélération chez un sujet jeune. SF = pied sys-
tolique et DN = incisure dicrotique [46] . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
2.33 Exemple des 14 ondes d’accélération pour un sujet jeune. Les cercles in-
diquent les points correspondant au maximum d’accélération de l’incisure
dicrotique (DN) pour chaque élément . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
2.34 Régression linéaire des points caractéristiques obtenus au DN pour les 14
éléments. La VOP obtenue (cDN ) est l’inverse de la pente de la régression. . 40
2.35 Matrice de transducteurs ultrasonores. (a) Patch placé au niveau de l’artère
brachiale. (b) Observation du signal obtenu pour chaque transducteur [107] 41
2.36 Schéma du dispositif avec une sonde US ultrafine placée sous un brassard
au niveau de l’artère brachiale [105] . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
2.37 Tracés temporels de la pression artérielle invasive (courbe du haut), de la
pression d’air dans le brassard (courbe du milieu) et du diamètre de l’artère
(courbe du bas) pendant l’inflation graduelle du brassard [105] . . . . . . . 42
2.38 Moyenne et écart-type des coefficients de corrélation entre chaque PAT/PTT
et la pression artérielle systolique pour les 32 sujets. * indique une différence
significative par paire avec un test Tukey. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
2.39 Paramètres de la composante pulsatile PPG pour estimer la pression arté-
rielle [59] . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
2.40 Caractéristique du signal PPG au doigt [23] . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
A.1 Photo du bouton TAG avec un capteur Complior fixé dessus . . . . . . . . 137
A.2 Schéma expérimental : placement simultané des capteurs Complior et PMP
sur un sujet . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 138
A.3 Signaux Complior et PPG du bouton TAG, avec fs,comp = fs,ppg = 1 kHz . 139
A.4 Signaux Complior et PPG du bouton TAG, avec fs,ppg = 1 kHz et fs,comp =
987 Hz . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 139
A.5 IBI obtenus par Complior et PPG, avec fs,comp = fs,ppg = 1 kHz . . . . . . 139
A.6 IBI obtenus par Complior et PPG, avec fs,ppg = 1 kHz et fs,comp = 987 Hz . 139
2.1 Tableau montrant les ratios idéaux selon divers articles [27, 37, 50, 66, 74, 106] 21
√
2.2 Tableau récapitulant le respect ( ) ou non (X) des 4 critères visés pour la
mesure de PA, par les méthodes médicales de mesure . . . . . . . . . . . . . 27
2.3 Valeurs typiques de densité, vitesse et impédance acoustique dans différents
tissus [6] . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
3.1 Biais et écart-type des différences entre la mesure et la référence pour chaque
longueur d’onde . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
3.2 Nombre de signaux valides, parmi les 12 expériences pour chaque longueur
d’onde, pour les mesures de Ps et de Pm . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
3.3 Tableau représentant le rapport entre Ps au doigt et Ps au bras pour les 3
longueurs d’onde . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
xvii
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4.9 Coefficient de corrélation r obtenu pour la régression commune aux 10 sujets
et chacun des 3 PATs. La case verte représente la meilleure régression . . . 92
4.10 Coefficient de corrélation r obtenu pour la régression commune aux 10 sujets
et chacun des 3 PATs, avec comme régresseurs P AT 1
, puis P TAT , avec T la
taille du sujet. La case verte représente la meilleure régression . . . . . . . . 93
4.11 Tableau représentant les variations des 3 PTTs entre la perturbation P ert
et la ligne de base Bsl et entre la récupération Reco et la perturbation P ert
pour HG, RF et SB. En rouge, les valeurs qui ne varient pas dans le sens
attendu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94
6.1 Tableau récapitulant les valeurs de VOP obtenues par Complior et par US . 121
6.2 Tableau représentant les différents Ps obtenues par US en fonction de la
valeur de VOP (c) choisie dans l’équation de Bramwell-Hill . . . . . . . . . 122
Abréviations
AC Composante pulsatile d’un signal (Alternating Current)
BPM Battement Par Minute
DC Composante continue d’un signal (Direct Current)
DN Incisure dicrotique de l’onde de pression (Dicrotic Notch)
ECG ElectroCardioGramme
Hb DéoxyHémogloBine ou désoxyHémogloBine
HbO2 OxyHémogloBine
HTA HyperTension Artérielle
IBI Intervalle temporel entre deux battements cardiaques (InterBeat Inter-
val)
IC InterCorrélation
LED Diode électro-luminescente (Light-Emitting Diode)
OD/OG Oreillette cardiaque Droite/Gauche
Pd Pression artérielle Diastolique
Pm Pression artérielle Moyenne
Ps Pression artérielle Systolique
PA = P Pression Artérielle
PAT Temps d’arrivée de l’onde de pouls (Pulse Arrival Time)
PD PhotoDiode
PEP Période de pré-éjection (Pre-Ejection Period)
PMP Plateforme Multimodale d’acquisition de signaux Physiologiques
PP Pression artérielle Pulsée
PPG Photo-PléthysmoGraphie
PRF Fréquence de répétition des tirs ultrasonores (Pulse Rate Frequency)
PTT Temps de transit (Pulse Transit Time)
RC Rythme Cardiaque
RMSE Racine de l’erreur quadratique moyenne (Root Mean Square Error)
RF RadioFréquence
SF Pied systolique d’une onde (Systolic Foot)
SM Point au maximum de la pente (Slope Maximum)
SpO2 Saturation Pulsée en Oxygène
T Tension artérielle
TI Point à l’intersection des tangentes (Tangent Intersection)
US UltraSons
VD/VG Ventricule cardiaque Droit/Gauche
VOP = c Vitesse d’Onde de Pouls
xix
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Introduction
L’hypertension artérielle (HTA) est la maladie chronique la plus mortelle dans le
monde. Usuellement nommée le tueur silencieux, elle est la première cause de maladies
cardiovasculaires au monde. Elle est responsable d’environ 9.4 millions de morts par an
dans le monde [1], dépassant la consommation de tabac, le cholestérol et le surpoids [20].
Une pression artérielle (PA) trop élevée entraîne la rigidité des vaisseaux sanguins, et en-
dommage la pompe cardiaque car le cœur doit fournir un travail plus important. La mesure
de la pression artérielle est donc d’une importance majeure dans le diagnostic et le suivi
de l’état de santé des patients. De plus, l’hypertension touche déjà 30 % des adultes et sa
prévalence augmente avec l’âge [33] et l’obésité [64], donc il est de plus en plus nécessaire
de réussir à détecter, traiter et contrôler l’hypertension.
Les méthodes de référence pour la mesure de la PA les plus couramment utilisées sont le
cathéterisme utilisé en clinique mais invasif et les méthodes ausculatoire et oscillométrique
qui utilisent un brassard et sont les méthodes de référence utilisées chez le médecin, en
automatique ou non. Cependant, aucune de ces méthodes ne permet à la fois une mesure
non invasive, continue, automatisée et peu intrusive. De plus, la méthode oscillo-
métrique, actuellement utilisée en consultation chez le médecin, a des grosses lacunes en
termes de précision de la mesure et de nombreux tensiomètres sont disponibles dans le
commerce sans avoir été préalablement validés [93]. Ces remarques montrent bien qu’il y
a une nécessité urgente d’améliorer ces méthodes ou d’en développer de nouvelles, pour
diagnostiquer précisément l’HTA.
Dans ce travail de thèse, nous proposons de développer la preuve-de-concept d’un
dispositif de mesure de PA non invasive et sans brassard, répondant aux critères explicités
précédemment.
Une étape préliminaire sera de mesurer la vitesse de l’onde de pouls (VOP). La VOP
facilite la prédiction de maladies cardiovasculaires [7], elle a en effet été ajoutée à la liste
des facteurs de pronostic de l’HTA en 2007 [103] : sa valeur nous donne des indications sur
l’état de santé des patients, notamment leur rigidité artérielle. De plus, ce biomarqueur
est très corrélé à la PA [30] et nous sera utile pour la mesurer.
Pour ce faire, deux techniques vont être investiguées : la photo-pléthysmographie (PPG)
et les ultrasons (US). En effet, la PPG est une technique optique déjà utilisée dans des
dispositifs portés par la personne pour la mesure du rythme cardiaque (RC) et de la
saturation pulsée en oxygène (SpO2 ) et semble prometteuse pour la mesure de la VOP et de
la PA. Quant aux US, ils permettent d’obtenir les dimensions de l’artère, ils sont donc une
bonne méthode pour comprendre comment se distendent les artères à chaque battement
cardiaque. L’imagerie US permet également de mesurer la vitesse de propagation de l’onde
de pouls (VOP) sur les parois des artères, pour ensuite remonter à la PA.
Nous nous sommes alors efforcés de mettre au point des méthodes innovantes pour
développer un système pour mesurer la VOP et la PA, avec les deux modalités PPG et
US. Pour ce faire, nous nous sommes fixés 3 principales contraintes :
— Ne pas utiliser de brassard pour que la mesure soit moins intrusive pour le sujet
— Utiliser la modalité PPG en réflectance pour pouvoir créer un dispositif que l’on
puisse placer à divers endroits du corps, et non seulement aux extrémités comme
le font de nombreuses recherches en cours avec la modalité PPG en transmittance.
Toutefois, la PPG en réflectance rajoute une difficulté car il est difficile de savoir
quels tissus sont sondés par la lumière rétro-diffusée qui constitue le signal PPG
— S’efforcer de bien comprendre les mesures de VOP/PA que nous effectuons, en nous
Ce manuscrit présente les résultats de mes travaux réalisés durant les 3 années de thèse
et est divisé en 6 chapitres qui vont être successivement détaillés.
Dans le premier chapitre, la physiologie cardiovasculaire est décrite, pour bien comprendre
comment fonctionnent le cœur, les artères, la pression artérielle, l’onde de pouls et comment
le système cardiovasculaire évolue en fonction de l’âge et de l’état de santé des personnes.
Le chapitre 2 présente la richesse des méthodes d’instrumentation et de traitement du
signal en cours de recherche/développement dans le domaine de la mesure de VOP/PA.
En effet, depuis quelques années, le développement de nouvelles méthodes de mesure de
PA est un sujet qui provoque une mobilisation mondiale des industriels de la santé et des
équipes de recherche.
Le chapitre 3 montre une première approche de mesure de PA par modalité optique, en uti-
lisant un bracelet PPG déjà développé au sein du CEA-Leti/DTBS, couplé à l’application
d’une force externe variable en utilisant un brassard ou un capteur de force.
Pour aller plus loin dans l’utilisation de la modalité PPG, un capteur multi-PPG a été
développé au CEA-Leti/DTBS, dans le cadre de ma thèse, afin d’obtenir une méthode de
mesure de VOP et de PA, sans nécessité d’utiliser un brassard. Le chapitre 4 va décrire ce
dispositif, ainsi que les différentes étapes mises en place pour valider son fonctionnement
par rapport à un tonomètre de référence, et réussir à mesurer les grandeurs attendues.
En parallèle, des données ont été acquises en imagerie US ultra-rapide à CREATIS. La
démarche mise en place pour mesurer la VOP et la PA à partir de la modalité ultrasonore
sera détaillée dans le chapitre 5.
Enfin, le chapitre 6 va permettre de regrouper nos deux modalités : une expérience a
été effectuée avec notre capteur multi-PPG en simultané d’une sonde US pour avoir des
premiers résultats par bimodalité.
Physiologie cardiovasculaire
1.1 Le cœur
Le cœur est une pompe qui propulse le sang dans l’organisme, il est donc essentiel à la
vie de l’organisme. Il comprend quatre cavités : un ventricule gauche (VG), une oreillette
gauche (OG), un ventricule droit (VD) et une oreillette droite (OD). Le cœur gauche se
charge de la circulation systémique pour alimenter via l’aorte le corps en sang oxygéné.
A chaque battement cardiaque, environ 70 mL de sang est éjecté du VG, c’est le volume
d’éjection systolique.
Une fois l’oxygène transmise au reste du corps, le sang désoxygéné va revenir vers le cœur
via la veine cave, puis être éjecté par la contraction du VD vers les poumons, qui vont se
charger de ré-oxygéner le sang. Le cœur droit va alors assurer la circulation pulmonaire.
Il est important de noter que le cœur gauche et le cœur droit sont synchrones. La figure 1.1
représente les principaux éléments du système cardiovasculaire.
La fréquence cardiaque est d’environ 60 à 100 battements par minute (bpm) en moyenne
pour un adulte mais varie selon les personnes et plusieurs facteurs dont l’âge, l’activité
physique, les émotions.
1
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CHAPITRE 1. PHYSIOLOGIE CARDIOVASCULAIRE
2 Mathilde LUBIN
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1.2. LES ARTÈRES
Pt = P − Pe (1.2)
dA C(P )
Cl (P ) = = (1.3)
dP L
où A représente l’aire de l’artère (en cm2 ) et L la longueur du segment artériel (en cm). On
a alors V = L · A. La figure 1.3 montre que la compliance (linéique) est maximale quand
la pression transmurale est proche de zero, c’est-à-dire quand l’artère ne subit aucune
contrainte.
Une alternative à la notion de compliance est la distensibilité artérielle (DA) qui
représente les variations de volume de l’artère à chaque battement cardiaque, entre Vs le
volume systolique ou volume maximal de l’artère et Vd son volume diastolique ou volume
minimal.
Vs − Vd
DA = (1.4)
Vd
Contrairement à la compliance qui s’intéresse à la déformation de la paroi de l’artère selon
la pression qui lui est exercée, la distensibilité artérielle est davantage en relation avec les
Mathilde LUBIN 3
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CHAPITRE 1. PHYSIOLOGIE CARDIOVASCULAIRE
1.3 Le sang
Le sang circule dans le cœur et les vaisseaux sanguins. Son rôle principal est de trans-
porter le dioxygène et les éléments nutritifs nécessaires aux processus vitaux de tous les
tissus du corps. Il va également récupérer les déchets des cellules et les amener aux reins,
au foie et aux poumons pour qu’ils soient éliminés.
Le sang est composé d’entités microscopiques, principalement des globules rouges, des glo-
bules blancs et des plaquettes, qui sont en suspension dans le plasma sanguin (figure 1.4).
Le corps d’un adulte est composé d’environ 5 litres de sang.
Un liquide est dit newtonien si son coefficient de viscosité est constant au cours du
temps et pour tout taux de cisaillement. Comme le plasma est composé à 90% d’eau, il peut
4 Mathilde LUBIN
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1.3. LE SANG
être considéré comme un fluide newtonien incompressible dont la viscosité vaut η = 10−3
Pa.s. Dans les grosses artères, il est également acceptable de considérer le sang comme un
fluide newtonien incompressible [104], avec une viscosité de l’ordre de η = 4 · 10−3
Pa.s. Cependant, quand la taille des particules dans le sang devient grande par rapport
au diamètre du vaisseau dans lequel il circule, le sang devient non newtonien : c’est le cas
dans les artérioles et les capillaires.
En supposant une fréquence cardiaque Fc d’environ 60 battements/min (bpm) au repos
et sachant que le volume d’éjection systolique Vs est de 70 mL par battement, le débit
cardiaque Q = Vs · Fc est d’environ 4.2 L/min = 70 cm3 /s.
Le débit sanguin est constant le long de l’arbre artériel et donc égal au débit cardiaque Q.
On note Q = S · v avec S la section cumulative de chaque catégorie de vaisseaux sanguins
et v la vitesse moyenne d’écoulement dans ce segment. Comme Q est constant, la vitesse
du sang est inversement proportionnelle à la surface du vaisseau. La surface de l’aorte S
2
est d’environ 4.9 cm2 : en effet, en considérant l’aorte circulaire, on obtient S = π D4 ,
avec D = 2.5 cm. Quant aux capillaires, leur section cumulative est d’environ 5,000 cm2 :
la vitesse moyenne d’écoulement du sang est alors d’environ 500 mm/s dans l’aorte et va
diminuer jusqu’à 0.5 mm/s dans les capillaires [32], puis va réaugmenter dans les veines.
Ces résultats sont représentés sur la figure 1.5.
8ηL
∆P = Q · R = Q · (1.5)
πr4
Mathilde LUBIN 5
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CHAPITRE 1. PHYSIOLOGIE CARDIOVASCULAIRE
pour un sujet donné. On peut alors observer que le rayon du vaisseau a une importance
prépondérante dans la mesure de la résistance : R ∝ 1
r4
.
A noter que l’unité du système international (SI) de la pression est le Pascal (Pa) mais
dans le cas de la pression artérielle, l’unité usuelle est le mmHg, c’est pourquoi toutes les
pressions ont été mises dans cette unité. Pour passer de l’une à l’autre, on utilise : 1 Pa =
7.5 · 10−3 mmHg, ou 1 mmHg = 133.32 Pa.
Le cycle cardiaque démarre au moment où le nœud sinusal envoie une impulsion élec-
trique (potentiel d’action cardiaque) aux deux oreillettes. Cela active la dépolarisation des
oreillettes : onde P en ECG. Juste après cette dépolarisation, les oreillettes se contractent,
c’est la systole auriculaire. On voit en effet sur la figure 1.6 que la pression dans
l’oreillette gauche augmente. Cette contraction pousse le sang restant dans les oreillettes
dans les ventricules : augmentation du volume des ventricules.
Le segment P-Q de l’ECG représente le temps que met le signal électrique à se propager
6 Mathilde LUBIN
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1.4. LE CYCLE CARDIAQUE
Mathilde LUBIN 7
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CHAPITRE 1. PHYSIOLOGIE CARDIOVASCULAIRE
8 Mathilde LUBIN
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1.5. LA PRESSION ARTÉRIELLE
vaisseaux périphériques quand la pression est à son minimum, nommé pression artérielle
diastolique (Pd ).
Au niveau médical, les valeurs Ps et Pd sont celles couramment utilisées mais la courbe
de pression artérielle peut également être envisagée en termes d’une composante continue,
la pression moyenne (Pm ), et une composante pulsatile, la pression pulsée (P P ) qui
sont reliées aux pressions systolique et diastolique avec les équations (1.7) et (1.8).
Ps + 2Pd
Pm = (1.7)
3
P P = Ps − Pd (1.8)
L’équation (1.7) est nommée formule de Lian [70] et a été obtenue en observant que
le système cardiaque passe environ 2/3 de son temps en phase de pause diastolique. La
pression artérielle moyenne est le produit du débit cardiaque (Q en cm3 /s) et de la résis-
tance vasculaire périphérique (R en mmHg/cm3 /s), cette dernière qui quantifie la rigidité
des parois et augmente donc inversement avec la taille des artères, comme expliquée dans
la partie 1.3. On note alors :
Pm = Q · R = Vs · Fc · R (1.9)
avec Vs le volume d’éjection systolique (en cm3 ) et Fc la fréquence cardiaque (en Hz).
On a déjà vu que Q est constant le long de l’arbre artériel et, en considérant les ar-
tères principales du réseau vasculaire, avec un rayon assez semblable, l’équation (1.5) nous
montre que la résistance vasculaire R va rester quasiment constante le long de ces artères :
ce point est confirmé par la figure 1.9 qui montre que c’est uniquement au passage des
petites artères aux artérioles que la résistance vasculaire va augmenter fortement. Ceci
explique que Pm varie peu sur le chemin artériel, mais ce n’est pas le cas pour le passage
aux artérioles.
La pression pulsée, quant à elle, est fonction de la compliance des grosses et petites artères.
Mathilde LUBIN 9
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CHAPITRE 1. PHYSIOLOGIE CARDIOVASCULAIRE
Figure 1.10 – Evolution de la pression le long de l’arbre artériel et suivant l’âge [77]
10 Mathilde LUBIN
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1.5. LA PRESSION ARTÉRIELLE
Figure 1.11 – Superposition des ondes directe et réfléchies sur l’aorte ascendante et une
artère périphérique [89]
Mathilde LUBIN 11
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CHAPITRE 1. PHYSIOLOGIE CARDIOVASCULAIRE
Table 1.1 – Classification des valeurs de pression artérielle brachiale et définition des
grades d’hypertension [102]
1.6.1 Définition
12 Mathilde LUBIN
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1.6. L’ONDE DE POULS
d’onde de pouls (VOP) donne une indication sur la rigidité des parois artérielles. Dans
les équations, cette vitesse sera notée c (en m/s). Il est important de noter que la VOP
n’est pas égale à la vitesse d’écoulement du sang : l’onde de pouls correspond à un
transfert d’énergie le long des parois des artères avec une vitesse de l’ordre de 5-10 m/s,
alors que l’écoulement du sang correspond à un transfert de matière (le sang) dans les
artères à une vitesse de l’ordre du cm/s. Une méthode couramment utilisée pour calculer
la VOP (c en m/s) est de diviser la distance parcourue par l’onde (∆L en m) par le temps
de parcours, nommé temps de transit (PTT en s), comme montré sur la figure 1.13 :
∆L
c= (1.10)
PTT
∆r r∆P
σ= E= (1.12)
r h
Mathilde LUBIN 13
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CHAPITRE 1. PHYSIOLOGIE CARDIOVASCULAIRE
On obtient ainsi un lien entre la VOP et la compliance, deux grandeurs qui décrivent
la rigidité artérielle, mais également une relation entre la VOP et la PA.
Figure 1.14 – Référence de valeurs de VOP entre les artères carotide et fémorale en m/s
selon l’âge et la pression des volontaires [30]
Ainsi, pour des sujets âgés de moins de 50 ans, la VOP entre carotide et fémorale varie de
5 à 10 m/s.
Il faut bien noter que ces valeurs sont moyennées au cours d’un battement cardiaque
mais la VOP va évoluer en fonction du point de mesure au sein d’un battement
cardiaque, en fonction de l’état de l’artère. En effet, on a vu que la VOP varie avec la
pression et le volume de l’artère qui vont évoluer au cours du cycle cardiaque. La VOP va
également fluctuer dans le temps, notamment en fonction de l’âge, et le long du système
vasculaire, comme la PA.
14 Mathilde LUBIN
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1.6. L’ONDE DE POULS
Figure 1.15 – Triangle qui représente l’inter-dépendance entre la vitesse d’onde de pouls
c, le volume de l’artère V et la pression artérielle P
Après avoir décrit les méthodes usuelles de mesure de la PA, nous verrons dans le
chapitre 2 que cette inter-dépendance de la PA avec la VOP et les dimensions de l’artère
peut être utilisée pour mettre au point les nouvelles méthodes de mesure de la PA.
Mathilde LUBIN 15
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CHAPITRE 1. PHYSIOLOGIE CARDIOVASCULAIRE
16 Mathilde LUBIN
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Chapitre 2
Une multitude de méthodes de mesure de la PA sont en cours d’étude par les industriels
de la Santé et des équipes de recherche. Ce deuxième chapitre va se concentrer sur les
méthodes d’instrumentation et de traitement des signaux, déjà existantes dans un premier
temps avec les méthodes de référence de mesure, actuellement utilisées dans le monde
médical, puis en cours de recherche et développement. Pour les nouvelles méthodes de
mesure, nous nous concentrerons sur les modalités de photo-pléthysmographie (PPG) et
d’ultrasons (US) qui seront également décrites dans ce chapitre.
2.1.1 Cathétérisme
17
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CHAPITRE 2. INSTRUMENTATION ET TRAITEMENT DU SIGNAL POUR LA MESURE DE PA/VOP
à un endroit précis mais ne peut donc être réalisée qu’en clinique et dans un cadre bien
contrôlé.
2.1.2 Sphygmomanométrie
Le sphygmomanomètre (ou tensiomètre) est l’appareil le plus couramment utilisé pour
mesurer la pression artérielle de manière non-invasive, au niveau de l’artère brachiale,
chez le médecin. Il a été inventé en 1896 par Riva Rocci avec une mesure de la pression
artérielle par palpation. Actuellement, deux types de sphygmomanomètres sont utilisés :
une méthode manuelle basée sur la détection de sons à l’aide d’un stéthoscope nommée
méthode auscultatoire et une méthode automatique basée sur la mesure de la pression
d’air dans le brassard nommée méthode oscillométrique.
Méthode auscultatoire
La poire est composée d’une valve pour contrôler la pression et la faire diminuer pro-
gressivement pour effectuer la mesure de pression artérielle. Un stéthoscope est utilisé en
parallèle pour permettre à l’utilisateur de détecter des sons particuliers liés à la reprise
des battements cardiaques dans l’artère brachiale : les bruits de Korotkoff.
Comme indiqué sur la figure 2.2, le brassard est d’abord gonflé au-dessus de la pression
systolique afin d’occlure l’artère brachiale pour stopper temporairement le passage du
sang dans l’avant-bras. Ensuite, la pression dans le brassard est progressivement diminuée,
l’utilisateur va alors entendre le premier bruit de Korotkoff au moment où la pression du
brassard devient inférieure à la pression systolique, il peut alors lire la valeur de cette
pression sur le manomètre. En continuant de relâcher la pression dans le brassard, les
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2.1. MÉTHODES DE RÉFÉRENCE DE MESURE DE PA
Méthode oscillométrique
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CHAPITRE 2. INSTRUMENTATION ET TRAITEMENT DU SIGNAL POUR LA MESURE DE PA/VOP
Ensuite, le brassard va être dégonflé pas à pas à l’aide d’une valve pendant que la pression
à l’intérieur du brassard est mesurée par un capteur de pression. Le signal du capteur de
pression est amplifié et filtré pour extraire les deux composantes nécessaires à la mesure
de la pression artérielle :
— La composante continue, appelée composante DC, est la valeur statique de pression
d’air dans le brassard
— La composante dynamique, appelée composante AC, représente les oscillations de
pression d’air dans le brassard
Ces signaux sont exploités par l’unité de contrôle, appliquant un algorithme spécifique afin
de calculer Ps , Pd et Pm . La méthode utilisée est spécifique à chaque dispositif et généra-
lement non communiquée. L’appareil va alors afficher sur son écran le rythme cardiaque,
Ps et Pd , et Pm pour certains appareils.
La variation d’amplitude du signal AC dessine l’enveloppe oscillométrique, dont l’analyse
permet de calculer les valeurs de pression. La figure 2.4 donne un exemple de méthode
utilisée.
Posey et Geddes [86] ont réussi à démontrer que l’amplitude maximale des oscillations
(notée Am sur la figure 2.4) correspond à Pm . En effet, le maximum des oscillations va
être atteint quand l’artère est déchargée, donc quand la paroi artérielle ne subit aucune
contrainte, la compliance est donc maximale [27]. Ce phénomène est observé quand la
pression externe exercée par le brassard est égale à la pression artérielle moyenne, on
parle de pression transmurale nulle. D’après l’équation (1.2) qui définit la pression
20 Mathilde LUBIN
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2.1. MÉTHODES DE RÉFÉRENCE DE MESURE DE PA
transmurale, on a Pe = Pm .
C’est aussi Geddes [37] qui, en référence à la méthode auscultatoire, a montré sur la courbe
oscillométrique, pendant la déflation du brassard, que :
— Ps correspond à la pression (supérieure à Pm ) à laquelle l’amplitude des oscillations
était d’environ 50% de l’amplitude maximale.
— Pd correspond à la pression (inférieure à Pm ) à laquelle l’amplitude des oscillations
était d’environ 80% de l’amplitude maximale.
Il a également précisé que ces valeurs pouvaient varier d’un sujet à l’autre et surtout
selon l’âge et l’état cardiovasculaire, ce qui remet en cause l’application d’un ratio fixe.
De nombreux auteurs ont tenté de trouver les ratios idéaux mais la diversité des résultats
obtenus (tableau 2.1) démontrent l’incohérence de cette méthode et peuvent d’expliquer
le manque de fiabilité de certains tensiomètres [93].
Table 2.1 – Tableau montrant les ratios idéaux selon divers articles [27, 37, 50, 66, 74, 106]
Une autre approche consiste à dire que Ps et Pd correspondent aux parties du signal
d’enveloppe oscillométrique où l’amplitude varie rapidement. La dérivée première de l’en-
veloppe oscillométrique est alors calculée en définissant Ps , respectivement Pd , comme la
pente maximale avant d’atteindre le maximum, respectivement la pente minimale après le
maximum [69]. Enfin, il est apparu qu’il serait encore mieux de développer une méthode
de calibration spécifique à chaque patient [66] mais cette méthode ne semble pas encore
avoir été mise en œuvre dans un dispositif commercial.
Mathilde LUBIN 21
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CHAPITRE 2. INSTRUMENTATION ET TRAITEMENT DU SIGNAL POUR LA MESURE DE PA/VOP
Une norme internationale ISO 81060-2 :2018 "spécifie les exigences et les méthodes
d’investigation clinique des appareils électromédicaux utilisés pour estimer ponctuellement,
de manière non-invasive et automatique, la pression artérielle au moyen d’un brassard".
Cette norme internationale a été établie à partir des procédures préalablement effectuées
par l’association américaine sur l’avancement de l’instrumentation médicale (AAMI) [31],
la société britannique d’hypertension (BHS) [80] et la société européenne d’hypertension
(ESH) [81]. Le critère 1 de cette norme définit que le biais eN entre les N valeurs de
pressions mesurées par le dispositif à valider Pmes et celles du sphygmomanomètre de
référence Pref ne doit pas excéder 5 mmHg avec un écart-type sN inférieur à 8 mmHg.
Ainsi, pour N mesures :
N N
1 X 1 X
eN = |Pmes [n] − Pref [n]| = |en | < 5.0 mmHg (2.1)
N n=1 N n=1
v
N
1 X
u
u
sN =t (en − eN )2 < 8.0 mmHg (2.2)
N − 1 n=1
22 Mathilde LUBIN
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2.1. MÉTHODES DE RÉFÉRENCE DE MESURE DE PA
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CHAPITRE 2. INSTRUMENTATION ET TRAITEMENT DU SIGNAL POUR LA MESURE DE PA/VOP
les organes cibles et que la pression augmente le long de l’arbre artériel comme montré
précédemment. De plus, de nombreuses études ont montré que la pression centrale est un
meilleur indicateur pour prédire les événements cardiovasculaires que la pression brachiale,
mesurée usuellement par les tensiomètres [13, 84].
La mesure du PTT est la méthode la plus couramment utilisée. Elle nécessite deux
capteurs de même modalité, que ce soit la tonométrie (Complior®) ou n’importe quelle
autre modalité. Elle est schématisée sur la figure 2.8 : les deux ondes vont être enregistrées
simultanément à deux points A et B distincts de l’arbre artériel (couramment entre les
artères carotide et fémorale). Connaissant la distance ∆L (en m) entre les deux capteurs
et le temps de transit PTT (en s) mesuré entre les deux ondes, on pourra en déduire la
VOP (c en m/s) d’après l’équation (1.10).
La méthode choisie pour détecter un décalage temporel entre les deux courbes enregistrées
nécessite de définir un point spécifique de chacune des deux courbes. La mesure de VOP
était usuellement effectuée au niveau du pied de l’onde diastolique (SF), au pic de la systole
ou à l’inflexion de la montée systolique (SM) mais il a été récemment prouvé que le point
qui donne une mesure la plus précise est le point d’intersection des tangentes (TI) [72] :
c’est la méthode utilisée par le logiciel Complior®. On prend alors l’intersection entre la
tangente horizontale qui passe par le minimum de la courbe et la tangente à l’inflexion de
24 Mathilde LUBIN
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2.2. MÉTHODES DE RÉFÉRENCE DE MESURE DE LA VOP
la montée systolique.
Les figures 2.9 et 2.10 montrent deux courbes, acquises au laboratoire, au niveau de l’artère
carotide et l’artère radiale pendant un battement cardiaque et les différents points évoqués
précédemment qui peuvent être utilisés pour le calcul du PTT.
Figure 2.9 – Courbe de pression mesurée Figure 2.10 – Courbe de pression mesu-
à l’artère carotide avec le Complior® rée à l’artère radiale avec le Complior®
Les figures nous montrent deux courbes de forme semblables aux courbes de pression
artérielle déjà observées. On retrouve alors le pied de l’onde, au niveau diastolique, puis
le pic systolique et l’incisure dicrotique. On peut aussi observer une autre réflexion qui
va apparaître avant le pic systolique au niveau de la carotide qui créé une épaule sur la
figure 2.9 vers 63.95 s mais qui va apparaître après le pic systolique au niveau de l’artère
radiale sur la figure 2.10 vers 64.05 s : cette réflexion va générer une erreur sur la mesure du
PTT en prenant comme point caractéristique le maximum de l’amplitude. Cela explique
pourquoi la mesure est couramment faite au pied des ondes, pour éviter les réflexions
futures qui pourraient perturber la mesure. Une autre remarque est qu’en effectuant une
mesure plus locale de la VOP, sur une même artère, les deux ondes seront plus semblables
et donc la mesure sera moins influencée par les réflexions.
Pour obtenir la VOP, il est nécessaire de connaître la distance entre les deux capteurs,
la littérature donne des longueurs d’artères qui nous ont permis d’estimer une distance
Mathilde LUBIN 25
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CHAPITRE 2. INSTRUMENTATION ET TRAITEMENT DU SIGNAL POUR LA MESURE DE PA/VOP
LB − LA
c= (2.3)
P ATB − P ATA
Figure 2.11 – Schéma de la mesure de la VOP par PAT avec un ECG, adapté de [89]
Cette méthode est décrite ici de manière séquentielle mais peut aussi être effectuée avec
2 capteurs et un ECG de manière simultanée. On peut noter que le PAT mesuré entre
l’ECG et un point singulier de la courbe est relié au PTT par l’équation :
P AT = P EP + P T T (2.4)
En effet, comme expliqué dans la partie 1.4, après le pic R de l’ECG, le ventricule cardiaque
va d’abord se contracter pendant la période de pré-éjection (PEP), puis le sang va être
éjecté.
Le traitement du signal sera similaire à la méthode du PTT avec détection du pic R pour
l’ECG et le choix d’un point caractéristique fixé sur la courbe du capteur tonométrique.
A noter que ces deux méthodes de mesure de la VOP (par PTT ou par PAT) vont être
utilisées dans la suite avec nos modalités PPG et US, décrites dans la partie suivante.
26 Mathilde LUBIN
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2.3. NOUVELLES MODALITÉS UTILISÉES POUR LA MESURE DE PA
Finalement, les méthodes de mesure de PA, actuellement utilisées dans le monde médi-
cal montrent toutes des lacunes. Le tableau 2.2 rappelle 4 critères majeurs pour la mesure
de PA (mesure non invasive, continue, automatisée et peu intrusive) et montre qu’aucune
des méthodes standard ne réussit à remplir ces critères. C’est pourquoi de nou-
velles modalités et méthodes sont étudiées pour améliorer la mesure de PA. Dans la partie
suivante, nous allons décrire les nouvelles modalités utilisées pour mesurer la VOP et la
PA, en se concentrant majoritairement sur la PPG et les US.
√
Table 2.2 – Tableau récapitulant le respect ( ) ou non (X) des 4 critères visés pour la
mesure de PA, par les méthodes médicales de mesure
2.3.1 Photo-pléthysmographie
Principe général
Mathilde LUBIN 27
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CHAPITRE 2. INSTRUMENTATION ET TRAITEMENT DU SIGNAL POUR LA MESURE DE PA/VOP
Il faut bien noter qu’un signal PPG en transmission va traverser toutes les couches de
capillaires, artérioles et artères présentes dans la zone sondée, alors qu’en réflexion, seuls
certains de ces tissus seront traversés, en fonction du passage ou non de la lumière dans
l’épiderme, le derme et les tissus sous-cutanés, pour une distance source-détecteur donnée
(figure 2.15). La profondeur à laquelle pénètre la lumière dans les tissus dépend directement
de sa longueur d’onde : plus la longueur d’onde est élevée, plus la lumière captée aura
pénétrée profondément dans les tissus, jusqu’à environ 5 mm pour le proche infrarouge
(figure 2.16).
L’autre facteur jouant sur la profondeur de pénétration est la distance source-détecteur.
Plus on éloigne la source du détecteur, plus la lumière va pénétrer profondément dans
les tissus [100], mais plus la lumière va être absorbée et donc moins il y aura de signal
récupéré par la photodiode. C’est pourquoi il est nécessaire de trouver le bon compromis
pour aller sonder des tissus assez profonds tout en gardant suffisamment de signal. Pour
des distances source-détecteur de 5 à 10 mm, la lumière va pénétrer dans les tissus à une
profondeur respectivement de l’ordre de 2 à 4 mm [22].
28 Mathilde LUBIN
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2.3. NOUVELLES MODALITÉS UTILISÉES POUR LA MESURE DE PA
Le signal PPG obtenu pourra être décomposé en une composante continue (DC) liée à la
perfusion du sang dans les tissus non pulsatiles et d’une composante pulsatile (AC) liée aux
variations temporelles du volume de sang, provenant des artères, artérioles et capillaires
(figure 2.17).
Des études sur les caractéristiques de la source lumineuse et du détecteur associé ont
permis de déterminer les longueurs d’onde utiles à l’observation du signal PPG. La fi-
gure 2.18 permet de visualiser le taux d’absorption des deux types d’hémoglobine et de
l’eau en fonction des longueurs d’onde.
Dans la gamme de longueur d’onde visible et proche infrarouge, on remarque que l’eau
apporte une contribution relativement faible par rapport à l’hémoglobine et pourra être
négligée.
L’hémoglobine chargée en oxygène est appelée oxyhémoglobine (HbO2 ) et la forme disso-
ciée de l’oxygène est la désoxyhémoglobine (Hb). Les deux courbes de HbO2 et de Hb se
croisent à 800 nm : c’est le point isobestique, où les coefficients d’absorption des deux
substances sont égaux.
Mathilde LUBIN 29
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CHAPITRE 2. INSTRUMENTATION ET TRAITEMENT DU SIGNAL POUR LA MESURE DE PA/VOP
Un exemple de signal PPG AC infrarouge au poignet est montré sur la figure 2.19. Le
signal PPG AC correspond au signal récupéré par la photodiode et il est donc inversement
lié à la quantité de sang dans les vaisseaux sanguins : plus il y a de sang dans les vaisseaux,
plus le signal PPG va être absorbé, moins il y aura de signal récupéré par la photodiode
donc le signal PPG AC diminue pendant la systole quand les artères se distendent. Par
convention, on retourne le signal PPG AC pour que le signal augmente quand il y a plus
de sang dans les vaisseaux et avoir ainsi une courbe similaire à une courbe de diamètre ou
de pression artérielle : ce sont donc des courbes comme celle du bas sur la figure 2.19 que
l’on étudiera par la suite.
Figure 2.19 – Signal PPG AC brut sur la figure du haut et retourné par convention sur
la figure du bas
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2.3. NOUVELLES MODALITÉS UTILISÉES POUR LA MESURE DE PA
Pour la mesure de la pression artérielle, c’est la pulsation artérielle qui est nécessaire.
Or, comme on l’a déjà compris, le signal PPG ne sonde pas des tissus à plus de 5 mm de
profondeur et ne va donc pas toujours pouvoir sonder l’artère. Il sondera plutôt des tissus
superficiels, comme les capillaires. On va donc préférentiellement utiliser une longueur
d’onde rouge ou infrarouge pour aller le plus profond possible dans les tissus. A noter
que les capillaires ne sont pas pulsatiles, c’est la pulsation artérielle qui va être vue dans
les tissus superficiels. Ainsi, le signal récupéré par la photodiode sera une combinaison
complexe des changements de volume liés aux artères, artérioles, capillaires et veines, en
fonction de la longueur d’onde et de la distance source-détecteur : le signal PPG est donc
assez complexe à comprendre et analyser.
Quelques dispositifs existent déjà pour effectuer des mesures de VOP à partir des
capteurs PPG. On retrouve notamment le pOpmetre® qui utilise la méthode du PTT
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CHAPITRE 2. INSTRUMENTATION ET TRAITEMENT DU SIGNAL POUR LA MESURE DE PA/VOP
pour mesurer la VOP : deux capteurs PPG sont placés au doigt et à l’orteil et le PTT est
mesuré au pied de l’onde, comme montré sur la figure 2.21. Ce dispositif permet d’obtenir
une VOP globale et l’âge des artères. La mesure de la distance parcourue par l’onde entre
le doigt et à l’orteil est estimée à partir de la taille du patient. Ce dispositif a été validé
par rapport à la méthode de référence de mesure de VOP entre carotide et fémorale.
Cependant, il reste des questionnements sur la praticité de la mesure entre le doigt et
l’orteil et la mesure de la distance parcourue par l’onde.
La mesure du PAT (présentée dans la partie 2.1.3), et donc de la VOP est également
réalisable avec un polysomnographe, comme par exemple le Nox A1® de Nox Medical
qui permet d’obtenir des acquisitions synchronisées entre un capteur PPG en transmis-
sion au doigt (Nonin®) et un ECG. On a pu tester la mesure du PAT entre le pic R de
l’ECG et l’intersection des tangentes du signal PPG à l’aide de ce dispositif (figure 2.22).
Cette méthode montre des PATs au doigt de l’ordre de 275 ms au point d’intersection des
tangentes montré sur la figure.
Figure 2.22 – Méthode de mesure du PAT entre le pic R de l’ECG et l’intersection des
tagentes du signal PPG
Finalement, il existe une méthode basée sur le couplage entre capteur PPG et brassard
avec capteur de pression pour mesurer la PA de manière continue : c’est le principe du vas-
cular unloading ou arterial volume clamp introduit par Jan Peñaz en 1973. Les dispositifs
32 Mathilde LUBIN
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2.3. NOUVELLES MODALITÉS UTILISÉES POUR LA MESURE DE PA
les plus connus basés sur cette méthode sont le Finapres® et le ClearSight®.
Le principe de la technique est d’annuler la pression transmurale (cf equation (1.2)) pour
que l’artère soit entièrement relâchée. Pour cela, le brassard est servorégulé continuellement
pour que l’amplitude du signal PPG reste à peu près constante : on obtient alors une
amplitude maximale des oscillations PPG et la pression d’air dans le brassard, obtenue
avec un capteur de pression, correspond à la pression artérielle. La figure 2.23 montre le
dispositif ClearSight® et la figure 2.24 illustre le principe de la méthode.
2.3.2 Ultrasons
Principe général
Les ultrasons correspondent aux ondes sonores dans la gamme de fréquences entre 1
MHz et 25 MHz. Des systèmes d’imagerie médicale basés sur le principe d’émission et de
réception des US sont couramment utilisés. C’est notamment le cas de l’échographie,
utilisée en clinique pour obtenir des images en temps réel de parties du corps humain.
Cette technique est utilisée pour l’évaluation du système cardiovasculaire depuis les années
50 [90]. En cardiologie, l’échographie est couramment utilisée pour investiguer les vaisseaux
sanguins et les chambres du cœur (figure 2.25).
L’imagerie ultrasonore utilise la propagation des ondes ultrasonores dans le milieu
d’intérêt, ici les tissus humains. Une onde US est une variation de pression, qui se propage
de proche en proche, dans une direction donnée à partir de la source, à une vitesse cs
donnée (en m/s), qui dépend de la densité du milieu traversé ρ (en [Link]−3 ). La résistance
d’un matériau est qualifiée par son impédance acoustique Z (en kg/(s.m2 )). Les valeurs
typiques de ces grandeurs pour différents tissus sont donnés dans le tableau 2.3. Ces ondes
ne présentent aucun danger pour les tissus et permettent l’obtention d’images observables
et interprétables en temps réel.
Quand une onde US arrive à l’interface entre deux milieux d’impédances différentes, une
partie va être réfléchie et le reste sera transmis à travers l’autre milieu. La partie réfléchie
Mathilde LUBIN 33
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CHAPITRE 2. INSTRUMENTATION ET TRAITEMENT DU SIGNAL POUR LA MESURE DE PA/VOP
Figure 2.25 – Deux images conventionnelles en imagerie US : (a) une artère carotidienne
et (b) les 4 chambres du cœur (2 ventricules et 2 oreillettes) [83]
Table 2.3 – Valeurs typiques de densité, vitesse et impédance acoustique dans différents
tissus [6]
va revenir au niveau des transducteurs. Ces capteurs vont à la fois transmettre les ondes
et recueillir leurs échos après rétro-diffusion par les tissus traversés. Ces transducteurs sont
rassemblés pour former la sonde ultrasonore, tenue par le médecin pour imager les tissus
d’intérêt. A la réception de l’onde réfléchie, les transducteurs vont chacun produire un
signal appelé signal Radio Fréquence (RF).
Ce signal RF représente la variation de l’amplitude de l’onde au cours du temps et va
permettre de reconstruire le milieu sondé et d’obtenir une image des tissus. La distance
en profondeur d (en m) parcourue par l’onde est directement liée au temps aller-retour ∆t
(en s) de l’onde émise par la sonde US :
2d
∆t = (2.6)
cs
avec cs la vitesse moyenne des US, choisie usuellement à 1,540 m/s dans les tissus.
Pour l’imagerie des vaisseaux sanguins, deux principaux échos vont être obtenus, corres-
pondant aux réflexions sur les deux parois. Un exemple de signal RF obtenu avec une
sonde US à l’artère carotide est montré sur la figure 2.26.
L’écart entre les deux échos nous permet donc directement d’avoir le diamètre de l’artère, à
un temps donné. Généralement, l’enveloppe des échos est utilisée pour mesurer précisément
34 Mathilde LUBIN
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2.3. NOUVELLES MODALITÉS UTILISÉES POUR LA MESURE DE PA
Figure 2.26 – Exemple de signal RF obtenu à l’artère carotide pour un élément d’une
sonde US
le diamètre artériel. Les transducteurs vont émettre des ondes US, nommées tirs US, à
une fréquence de répétition (P RF ), pendant une durée ∆t, on pourra alors reconstruire
l’évolution du diamètre artériel, à l’aide du signal RF de chaque tir et donc obtenir une
courbe de distension artérielle le long de l’expérience.
Afin d’utiliser les ultrasons pour mesurer la pression artérielle, il est nécessaire de
pouvoir mesurer la distension artérielle causée par l’onde de pouls. Pour obtenir une mesure
de la distension simultanément sur tous les capteurs de la sonde, l’imagerie ultrasonore
ultrarapide est couramment utilisée. Cette technique récente permet d’atteindre une
cadence d’image supérieure à 1 kHz [101]. Dans ce mode d’imagerie ultrarapide, également
appelée imagerie en onde plane, tous les transducteurs vont émettre en même temps,
comme sur la figure 2.27 : c’est cette méthode qui sera utilisée pour nos expériences US
dont le traitement et les résultats seront décrits dans le chapitre 5.
Figure 2.27 – Schéma d’une sonde ultrasonore ultrarapide en mode onde plane
La figure 2.28, tirée de Hansen et al. [43], montre une grande similarité entre les courbes
d’évolution du diamètre et de la pression artérielle.
Mathilde LUBIN 35
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CHAPITRE 2. INSTRUMENTATION ET TRAITEMENT DU SIGNAL POUR LA MESURE DE PA/VOP
Divers systèmes utilisant les US permettent de suivre les parois de l’artère au cours du
temps : l’échotracking. A partir de la mesure du diamètre artériel à différents instants
du cycle cardiaque, il est possible de calculer la distension artérielle avec une très bonne
précision. On peut notamment citer 2 systèmes d’échotracking : le Wall Track System® [49]
et le NIUS 02® [39]. Ces dispositifs utilisent le signal RF pour calculer la distension avec une
précision environ 20 fois meilleure qu’avec un système US classique [48]. Ces technologies
permettent également de mesurer la VOP et l’épaisseur de la paroi artérielle, sur une
acquisition avec un élément US. La technologie du Wall Track System® est implémentée
sur le système Artlab® [14]. La mesure du diamètre sur plusieurs éléments de la sonde va
permettre le calcul de la VOP, puis de la pression artérielle par des modèles qui seront
décrits dans la suite.
Une autre technique est l’utilisation de l’imagerie ultrasonore ultrarapide ou UltraFast®
Imaging, qui permet de mesurer localement la VOP en début et fin de systole et est dispo-
nible sur le système échographique Aixplorer® de SuperSonic Imagine [71]. L’échographe
fait une acquisition ultrarapide de l’artère investiguée et une fois l’acquisition finie, le sys-
tème détecte les parois proximale et distale de l’artère, calcule le Doppler tissulaire sur les
parois et en déduit les vitesses de propagation des ondes de pouls en début de systole à
l’ouverture de la valve aortique et en fin de systole à la fermeture de la valve. Cette mesure
de VOP se fait en calculant les pentes de vitesses sur le Doppler tissulaire spatiotemporel
affiché sous l’image montrée sur la figure 2.29.
36 Mathilde LUBIN
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2.3. NOUVELLES MODALITÉS UTILISÉES POUR LA MESURE DE PA
Figure 2.29 – Exemple d’une mesure de VOP [PWV sur l’image] en début (ES) et en fin
(LS) de systole avec affichage de l’écart-type pour chaque mesure chez un sujet sain, par
Doppler tissulaire spatiotemporel [71]
Les valeurs de VOP obtenues confirment que la VOP varie le long du cycle cardiaque avec
une augmentation quand le diamètre et la pression augmentent, et donc quand l’artère est
plus contrainte.
D’autres modalités, que PPG et US, permettent d’obtenir la PA. Ces modalités sont
également basées sur la détection du passage de l’onde de pouls, générant diverses varia-
tions physiologiques sur les tissus :
— Déplacements, associés à la distension de l’artère :
• Mesurés à la surface par radar
• Mesurés mécaniquement par des capteurs capacitifs, ferroélectriques ou piézo-
résistifs
— Vibrations, associées à la distension de l’artère, mesurées par accélérométrie
— Variations de volume de sang qui vont avoir plusieurs conséquences :
• Variations de bioimpédance électrique, mesurées par pléthysmographie par im-
pédance (IPG)
• Variations du champ magnétique, mesurées par pléthysmographie magnétique
(MPG)
• Variations optiques (autres que la PPG), mesurées par pléthysmographie par vi-
déo (VPG) ou remote-PPG, qui a comme principal avantage d’être sans contact.
L’enregistrement d’images/vidéos à partir d’une caméra permet de récupérer des
oscillations de flux sanguins sur une partie du corps d’un sujet (le front ou la
main par exemple), à partir de la lumière ambiante ou d’un éclairage, et de les
relier à des valeurs de PA [91].
Les modalités présentées dans cette partie vont également pouvoir être utilisées pour
la mesure de la VOP. C’est la méthode du PTT qui va être couramment utilisée à partir
de deux capteurs de même modalité. La différence majeure de ces nouvelles méthodes, en
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CHAPITRE 2. INSTRUMENTATION ET TRAITEMENT DU SIGNAL POUR LA MESURE DE PA/VOP
∆D
∆P = 2ρc2 (2.7)
Dd
D(t) − Dd
P (t) = Pd + 2ρc2 (2.8)
Dd
A partir de cette équation (2.8), on comprend qu’en mesurant l’évolution du diamètre
D(t), le diamètre diastolique Dd , et en ajoutant la mesure de la VOP (c), on peut obtenir
les variations de PA (P (t)). Pour obtenir la courbe de pression artérielle, une calibration
de Pd est nécessaire.
Les ultrasons présentés dans la partie 2.2.2 permettent cette mesure de la distension
et sont couramment utilisés dans l’état de l’art : cette mesure est effectuée au niveau de
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2.4. MÉTHODES EN COURS DE RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT DE MESURE DE VOP/PA
l’artère carotide pour mesurer la pression centrale. La VOP peut également être obtenue
avec les US en utilisant 2 transducteurs [58] ou la sonde échographique entière [46]. Pour la
méthode à 2 capteurs dite du PTT, la VOP peut également être obtenue par d’autres mo-
dalités : PPG [75], magnéto-pléthysmographie (MPG) [53], accélération-pléthysmographie
(APG) [4]. On obtient alors le développement de dispositifs tout US ou bi-modalité pour
mesurer la VOP.
Figure 2.30 – Dispositif avec 2 capteurs Figure 2.31 – Dispositif bimodal avec 2
US [58] capteurs PPG et un capteur US [75]
Nabeel et al [75] propose une distance minimale entre les 2 capteurs pour la mesure de
la VOP de 23 mm, avec une fréquence d’échantillonnage de 10 kHz, pour un dispositif
bimodal PPG et US.
Pour les ultrasons, la mesure de la VOP peut aussi être obtenue à partir de tous
les éléménts d’une sonde échographique pour obtenir une meilleure précision qu’avec 2
capteurs. C’est le cas de l’article de Hermeling et al [46] qui utilise une sonde linéaire de 14
éléments pour une longueur totale de 16.4 mm au niveau de la carotide. Avec une fréquence
de tir (PRF) de 800 Hz, la distension artérielle, correspondant aux variations temporelles
du diamètre, est extraite avec succès pour les différents éléments. A partir de là, la dérivée
seconde est calculée : l’accélération permet de repérer des instants caractéristiques de la
courbe de distension, ici le pied systolique et l’incisure dicrotique (figure 2.32).
A partir des pics d’accélération obtenus pour les deux points d’intérêt, on peut voir un
Mathilde LUBIN 39
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CHAPITRE 2. INSTRUMENTATION ET TRAITEMENT DU SIGNAL POUR LA MESURE DE PA/VOP
décalage temporel entre chaque élément (figure 2.33) permettant de faire une régression
linéaire pour remonter à une valeur de VOP : la pente obtenue entre les 14 éléments
correspond à 1/c (figure 2.34).
Figure 2.33 – Exemple des 14 ondes Figure 2.34 – Régression linéaire des
d’accélération pour un sujet jeune. Les points caractéristiques obtenus au DN
cercles indiquent les points correspondant pour les 14 éléments. La VOP obtenue
au maximum d’accélération de l’incisure (cDN ) est l’inverse de la pente de la ré-
dicrotique (DN) pour chaque élément gression.
Deux VOP différentes sont alors obtenues au pied systolique cSF et à l’incisure dicrotique
cDN : cDN > cSF comme attendu car l’artère est plus chargée à l’incisure dicrotique qu’au
pied systolique. L’article conseille l’utilisation de DN car SF est perturbé par la présence
d’ondes réfléchies. L’article ne cherche pas à remonter à la pression artérielle mais aurait
toutes les informations pour le faire.
Plusieurs articles [43,54,107] ont testé un modèle reliant directement le diamètre d’une
artère D(t) à la pression artérielle P (t) :
D(t) − Dd
P (t) = Pd exp β (2.9)
Dd
D(t) − Dd
P (t) − Pd = Pd β (2.10)
Dd
On retrouve une équation semblable à l’équation (2.7), avec Pd β = 2ρc2 .
Ce modèle (2.9) a été utilisé par Wang [107] pour réaliser un patch conformable de 4x5
éléments qui peut être placé à différents endroits du corps humain. Les transducteurs
40 Mathilde LUBIN
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2.4. MÉTHODES EN COURS DE RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT DE MESURE DE VOP/PA
Figure 2.35 – Matrice de transducteurs ultrasonores. (a) Patch placé au niveau de l’artère
brachiale. (b) Observation du signal obtenu pour chaque transducteur [107]
Une autre approche consiste à coupler une mesure US avec un brassard [105]. La
relation utilisée ici pour relier la pression P (t) et le diamètre D(t) est :
avec Pe (t) la pression dans le brassard, P0 et α deux constantes. On retrouve ici la notion
de pression transmurale Pt (t) = P (t) − Pe (t).
Cette équation est plus complète que les équations précédentes car elle prend en compte
la pression externe exercée Pe mais dans le cas où il n’y a pas de brassard : Pe = 0, elle
β
reste similaire à l’équation (2.9) avec Pd αDd = 2ρc2 et donc α = Dd .
Une sonde US ultrafine est placée sous le brassard (figure 2.36). C’est une sonde linéaire
de 64 éléments, centrée à 6 MHz.
Figure 2.36 – Schéma du dispositif avec une sonde US ultrafine placée sous un brassard
au niveau de l’artère brachiale [105]
Mathilde LUBIN 41
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CHAPITRE 2. INSTRUMENTATION ET TRAITEMENT DU SIGNAL POUR LA MESURE DE PA/VOP
Pour estimer la pression artérielle, le brassard est légèrement gonflé, jusqu’à 50 mmHg
afin de diminuer le diamètre de l’artère sans influencer la pression artérielle. Pour chaque
pression de brassard, avec n l’indice du battement cardiaque considéré, on a des équations :
h i
Ps − Pc (tns ) = P0 exp αD(tns ) (2.12)
h i
Pd − Pc (tnd ) = P0 exp αD(tnd ) (2.13)
Dans cette partie, il est apparu que la mesure du diamètre artériel à partir de capteurs
US est une bonne piste pour mesurer la PA. Les équations utilisées ici sont directement
basées sur l’inter-dépendance physiologique entre ces deux grandeurs, pointées par la fi-
gure 1.15. La mesure de la VOP est d’ailleurs couramment rajoutée pour utiliser l’équation
de Bramwell-Hill (équation (2.7)) qui relie directement ces 3 grandeurs. Il est cependant
également nécessaire de faire une calibration pour avoir des valeurs absolues de PA.
Certains articles préfèrent s’affranchir de ces modèles physiques et créer des modèles
basés sur des données, pour lesquels l’acquisition d’une base de données assez conséquente
va permettre d’estimer la PA. La partie suivante va détailler deux principales familles de
modèles :
— Des régressions à partir du PTT ou de la VOP
— Des études sur la morphologie d’une courbe
42 Mathilde LUBIN
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2.4. MÉTHODES EN COURS DE RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT DE MESURE DE VOP/PA
L’état de l’art révèle plusieurs modèles pour obtenir la pression artérielle simplement
à partir du PTT : les relations entre PTT et PA vont de modèles linéaires [11, 45, 62, 82]
à des modèles non-linéaires plus complexes [38, 87, 109]. Comme expliqué dans les parties
précédentes, cette mesure du PTT peut se faire à l’aide de différentes modalités mais la
PPG reste la méthode la plus couramment utilisée.
Pour toutes les équations présentées dans cette partie, la pression artérielle, notée P ,
représente Ps et Pd : ces pressions seront respectivement calculées à partir du même modèle.
Le modèle le plus simple correspond à une relation affine entre la PA et le PTT de type :
P = aP T T + b. Les coefficients a et b sont obtenus à partir d’un protocole pour faire
varier la PA, en mesurant le PTT et la PA à chaque étape pour tracer la courbe de
régression [45, 82]. Des exemples de méthodes couramment utilisées pour faire augmenter
la PA sont de mettre la main dans l’eau froide ("cold pressor test") [63], de faire du calcul
mental [11], de presser un anneau de serrage dans la main ("handgrip test") [24] ou encore
n’importe quel exercice physique. La pente de la régression a sera négative car si la PA
augmente, la VOP augmente également (équation (2.7)) et donc PAT/PTT diminue.
A partir de ces valeurs de PA, une régression simple peut être effectuée ou un modèle de
machine learning peut être mis au point : une base de données d’apprentissage est utilisée
pour construire le modèle et il est ensuite testé sur d’autres données pour valider les valeurs
trouvées [62]. Ces deux méthodes sont couramment utilisées quelque soit le modèle choisi
et sa complexité.
Parmi les autres modèles que l’on peut trouver dans la littérature, il y a notamment un
modèle logarithmique P = a · ln(P T T ) + b [87], polynomial P = a + ( P T Tb −c )2 [109] ou
d’autres modèles plus complexes [38].
Il apparaît que rajouter le rythme cardiaque (RC) comme paramètre de la régression
rend la mesure plus robuste, avec des équations de ce type : P = a · P T T + b · RC + c [62].
Les caractéristiques propres des sujets comme la taille, l’âge, le sexe, le poids, l’index de
masse corporelle (IMC) peuvent aussi être utilisés dans des modèles. Certains apparaissent
plus corrélés que d’autres à la pression artérielle en fonction du modèle choisi [82].
Certains articles tentent de placer des capteurs PPG à plusieurs endroits du corps
humain (en transmission : oreille, doigt, orteil [11]) pour comparer les coefficients de cor-
rélation obtenus en utilisant comme principal régresseur différents PAT/PTT et en déduire
ainsi comment obtenir la meilleure régression possible. L’article [11] conclut par exemple
que c’est le PAT obtenu à l’orteil qui permet d’obtenir la meilleure régression pour la
pression systolique, avec un coefficient de corrélation de −0.63 ± 0.05, sur 32 sujets (fi-
gure 2.38). Comme déjà expliqué, PA et PAT/PTT varient dans des sens opposés, ce qui
explique que la corrélation obtenue soit négative. Cet article montre également que la ré-
gression est meilleure pour Ps que pour Pd : r = −0.63 pour Ps contre r = −0.36 pour
Pd . Ce constat est couramment fait dans les articles avec une difficulté plus grande pour
Mathilde LUBIN 43
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CHAPITRE 2. INSTRUMENTATION ET TRAITEMENT DU SIGNAL POUR LA MESURE DE PA/VOP
moduler Pd [92].
Le principal défaut des méthodes basées sur le PTT est la nécessité de positionner deux
capteurs distincts. C’est pourquoi une autre famille de méthodes a émergé en utilisant un
seul capteur et en étudiant la forme et différentes caractéristiques précises de l’onde de
pouls. Le signal PPG est le plus couramment utilisé dans ces études.
De nombreux paramètres permettent de caractériser la courbe pulsatile PPG. Les critères
usuels sont basés sur des mesures de temps et d’amplitude de différents points de la courbe,
comme par exemple la période cardiaque, la largeur du pic à différents pourcentages de
l’amplitude maximale (figure 2.39), le temps d’apparition de points caractéristiques comme
le pic systolique et l’incisure dicrotique (figure 2.40). Ces paramètres sont utilisés dans des
réseaux de neurones pour estimer Ps et Pd [59].
L’architecture d’un réseau de neurones utilisé est affiché sur la figure 2.41.
Pour entraîner ce réseau, une grande base de données est nécessaire : il en existe des ac-
cessibles gratuitement, comme la base de données "Multiparameter Intelligent Monotoring
in Intensive Care" (MIMIC). Pour l’étude de Kurylyak [59], 15,000 battements cardiaques
de données de PPG et de PA ont été extraites de la base MIMIC : 70% de ces données
ont été utilisées pour entraîner le réseau de neurones, 15% pour l’étape de validation et
les 15% restants pour tester que l’estimation de pression artérielle obtenue est précise.
44 Mathilde LUBIN
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2.4. MÉTHODES EN COURS DE RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT DE MESURE DE VOP/PA
Les performances du réseau de neurones ont été comparées à l’utilisation d’une régression
linéaire entre la PA et le temps diastolique (DT sur la figure 2.39) et il est apparu que le
réseau utilisé donne une meilleure estimation de la PA que la régression linéaire. En plus
des caractéristiques liées à la morphologie de la courbe, les réseaux de neurones utilisent
également les caractéristiques propres des sujets, comme pour les régressions.
En plus des caractéristiques déjà évoquées, Nabeel [76] a choisi d’utiliser le PTT comme
caractéristique supplémentaire pour obtenir une estimation précise de la courbe de PA et
en même temps mesurer la VOP : le PTT est mesuré au pied systolique, au pic systolique
et à l’incisure dicrotique pour prendre en compte l’évolution de la VOP au cours d’un
battement cardiaque. 2 capteurs US séparés de 35 mm sont utilisés : c’est la courbe de
distension artérielle de ces capteurs qui va être utilisée à l’entrée d’un réseau de neurones.
La figure 2.42 résume les caractéristiques relevées sur chaque battement cardiaque.
En plus des 2 capteurs US, un tonomètre est présent sur le dispositif pour avoir directement
les mesures de référence de PA qui vont permettre d’entraîner le réseau de neurones sans
avoir besoin d’une base de données externe. Le dispositif est montré sur la figure 2.43.
Ce dispositif a été testé sur 20 sujets pour remonter à la courbe entière de la pression
artérielle.
Mathilde LUBIN 45
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CHAPITRE 2. INSTRUMENTATION ET TRAITEMENT DU SIGNAL POUR LA MESURE DE PA/VOP
Le réseau de neurones renvoie les valeurs de Ps et Pd et l’équation (2.9) est utilisée pour
obtenir la courbe de pression artérielle (figure 2.44), le coefficient β étant calculé, pour
chaque battement cardiaque, à l’aide des valeurs de pression obtenues par le réseau. Les
résultats obtenus avec cette méthode montrent une très bonne précision sur les valeurs de
PA.
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2.4. MÉTHODES EN COURS DE RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT DE MESURE DE VOP/PA
La méthode utilise 2 capteurs PPG et un capteur US. L’équation (2.9) est utilisée pour
relier le diamètre (obtenu par US) et la PA, et les PPG permettent de mesurer la VOP
(c en m/s) en 2 points distincts des courbes pour faire une auto-calibration. En effet, en
utilisant l’équation (2.9) et la relation de Bramwell-Hill (équation (1.13)), on obtient :
D(t) − Dd 2ρc2 Dd
P (t) = Pd exp β = (2.14)
Dd β D(t)
2ρc2d 2ρc2ψ Dd
Pd = et Pψ = (2.15)
β β Dψ
Mathilde LUBIN 47
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CHAPITRE 2. INSTRUMENTATION ET TRAITEMENT DU SIGNAL POUR LA MESURE DE PA/VOP
chapitre 4 décrit le dispositif et les mesures qui ont été effectuées avec ce dernier.
— Mesure de PA par bimodalité PPG+US : après avoir confirmé que les US
peuvent être utilisés pour mesurer la PA (chapitre 5), et pour correspondre à l’objec-
tif de mesure multimodale de PA, nous avons réalisé des acquisitions synchronisées
entre notre dispositif multi-PPG et une sonde US. Le chapitre 6 nous permet donc
de montrer une mesure bimodale de la PA.
48 Mathilde LUBIN
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Chapitre 3
Un dispositif PPG avait déjà été développé au sein du CEA-Leti/DTBS, dans le cadre
d’un projet antérieur à cette thèse. Nous avons dans un premier temps tenté de moduler
le signal PPG en plaçant le bracelet en distal d’une mesure de PA par tensiomètre [79], il
nous est en effet apparu intéressant d’utiliser une technique de référence de mesure de PA,
l’oscillométrie, pour mieux comprendre comment relier nos signaux PPG à la PA. Nous
avons pu voir que ces deux dispositifs donnent une technique prometteuse de mesure de
la PA. Différentes expériences ont alors été effectuées et sont détaillées dans ce chapitre.
Le dispositif est composé d’un unique capteur PPG (mono-PPG), mais il contient 3
longueurs d’onde : vert (574 nm), rouge (645 nm) et infrarouge (940 nm). Chaque longueur
d’onde est représentée par 2 LEDs. La photodiode (PD) est la même pour les 3 longueurs
d’onde : les LEDs des différentes longueurs d’onde vont être activées séquentiellement pour
que la PD ne détecte qu’une longueur d’onde à la fois et un gain est adaptable pour assurer
un signal PPG du même ordre de grandeur pour les 3 longueurs d’onde. La PD est divisée
en deux surfaces et le signal PPG est la somme des quatre trajets optiques entre les 2
LEDs de la longueur d’onde considérée et les 2 surfaces de la PD. La figure 3.1 représente
49
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CHAPITRE 3. MESURE DE PA PAR PPG, COUPLÉ À UNE APPROCHE OSCILLOMÉTRIQUE
(APPLICATION D’UNE FORCE VARIABLE)
le dispositif mono-PPG.
Le dispositif est connecté en "Bluetooth Low Energy" (BLE) à un logiciel pour visualiser et
enregistrer les signaux, à 50 Hz. A partir de l’enregistrement, les signaux des 3 longueurs
d’onde seront traités sur Matlab®.
Les résultats des parties 3.2 et 3.3 ont été présentés lors d’une présentation orale [68]
pour la conférence Engineering for Medicine and Biology Conference (EMBC) en juillet
2020 à Montréal.
3.2.1 Expérience
Protocole de l’expérience
L’expérience a été faite avec un tensiomètre AutoTensio SPG 440 au niveau du bras
gauche, comme dans une mesure classique de pression artérielle et le bracelet PPG au
poignet gauche (figure 3.2).
Le brassard est utilisé comme dans une mesure classique d’oscillométrie : il est gonflé
jusqu’à 190 mmHg à une vitesse d’environ 9.5 mmHg/s, puis se relâche progressivement
à environ 3 mmHg/s jusqu’à ce que la méthode de mesure oscillométrique de Pd soit un
succès, puis finit de se dégonfler brusquement. Pendant ce temps, les signaux PPG sont
enregistrés au poignet ipsilatéral pour étudier l’influence de cette pression externe variable
50 Mathilde LUBIN
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3.2. APPORT DE LA MODALITÉ PPG SUR UNE MESURE OSCILLOMÉTRIQUE
sur les oscillations PPG. Cette expérience a été réalisée sur 6 sujets normotensifs et a été
répétée 3 fois par sujet (N = 18).
Mathilde LUBIN 51
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CHAPITRE 3. MESURE DE PA PAR PPG, COUPLÉ À UNE APPROCHE OSCILLOMÉTRIQUE
(APPLICATION D’UNE FORCE VARIABLE)
comme l’inflation est rapide (9.5 mmHg/s), il y est difficile de mesurer précisément Ps ou
Pd . L’ordre de grandeur de l’amplitude des oscillations est cohérent avec la bibliographe
[66] : AC
DC ≃ 1%.
Figure 3.4 – Signal du capteur de pression, en haut le mode continu (DC) et en bas le
mode oscillatoire (AC). Sur la partie AC, les traits noirs montrent les variations d’ampli-
tude des oscillations qui vont nous intéresser pour mesurer Ps et Pd autour du maximum
d’amplitude correspondant à Pm
La figure 3.5 montre l’évolution des signaux PPG AC pendant la même expérience. Les
3 longueurs d’onde PPG présentent un comportement proche : on retrouve des oscillations
à la fréquence cardiaque.
Figure 3.5 – Evolution temporelle de la pression dans le brassard et des signaux PPG AC
pendant l’expérience. Sur la partie AC, le trait vertical en pointillés représente le moment
de la disparition des signaux PPG.
Pendant l’occlusion sur le bras, on observe une disparition des signaux PPG (trait vertical
en pointillés sur la figure 3.5) en aval de l’occlusion. A ce moment, l’artère brachiale est
totalement occluse donc il n’y a plus de sang qui pulse dans l’artère radiale, car elle est
distale à l’artère brachiale : ce qui explique la disparition des signaux pulsatiles. Les signaux
restent absents tant que l’artère est occluse et pendant la déflation du brassard, l’artère
52 Mathilde LUBIN
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3.2. APPORT DE LA MODALITÉ PPG SUR UNE MESURE OSCILLOMÉTRIQUE
est progressivement relâchée donc on observe une réapparition des signaux. A partir de
là, on observe une évolution de l’amplitude des oscillations, comme en oscillométrie. Pour
une même variation de pression transmurale, la variation de volume évolue : on retrouve
ici l’évolution de la compliance artérielle (figure 1.3), avec un maximum de compliance
quand la pression transmurale s’annule.
Les signaux PPG sont semblables aux oscillations du capteur de pression du tensiomètre
(figure 3.4) : les deux techniques sont en effet sensibles aux mêmes phénomènes physiolo-
giques, comme on a pu le voir pour la compliance artérielle. A partir de cette remarque, il
nous est apparu cohérent de tenter d’utiliser les signaux PPG pour remonter à des valeurs
de pression artérielle.
3.2.2 Résultats
La qualité des signaux pulsatiles a été le point bloquant de ces expériences. La mesure
a été considérée comme acceptable si le rapport AC
DC > 0.1% pendant la baseline, pour ne
garder que les signaux les moins bruités : sur les 18 expériences, 10 sont utilisées pour la
longueur d’onde verte et 8 pour les longueurs d’onde rouge et infrarouge.
Mathilde LUBIN 53
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CHAPITRE 3. MESURE DE PA PAR PPG, COUPLÉ À UNE APPROCHE OSCILLOMÉTRIQUE
(APPLICATION D’UNE FORCE VARIABLE)
La figure 3.6 montre l’exemple des signaux obtenus pour un sujet. Du haut vers le bas, les
signaux correspondent respectivement au signal continu du capteur de pression d’air dans
le brassard, aux signaux PPG vert, rouge et infrarouge et aux oscillations de pression dans
le brassard.
Figure 3.6 – Evolution des signaux PPG et de la pression dans le brassard pendant
l’expérience et méthode de détermination de la pression systolique et moyenne
Pour valider les valeurs obtenues de PA, on compare ces dernières aux valeurs oscillo-
métriques. Pour Ps et Pd , elles sont directement lues à l’écran du tensiomètre. Pour Pm ,
comme la valeur n’est pas retournée par le tensiomètre, on va la mesurer comme le maxi-
mum des oscillations de pression, comme cela est fait en oscillométrie.
Pour cela, le biais et l’écart-type des différences entre la mesure et la référence sont calculés
pour chaque longueur d’onde et toutes groupées (n = 26). Les résultats obtenus sont
résumés dans le tableau 3.1 et représentés sous forme de diagrammes Bland-Altman pour
Ps , Pm et Pd . Ces diagrammes sont affichés sur la figure 3.7.
Table 3.1 – Biais et écart-type des différences entre la mesure et la référence pour chaque
longueur d’onde
Les résultats nous montrent que les mesures de Ps et Pm satisfont le critère de l’AAMI
défini par les équations (2.1) et (2.2) mais l’écart-type est un peu élevé pour Pd .
3.2.3 Conclusion
Les signaux PPG permettent d’avoir une image du volume de sang dans les tissus.
Sous l’influence de la pression externe exercée par le brassard, les signaux PPG apportent
une nouvelle technique pour mesurer la pression artérielle. La méthode est proche de
l’oscillométrie mais son principal avantage est de réussir à mesurer Ps à la disparition des
oscillations suite à l’occlusion de l’artère, et non seulement de l’estimer à l’aide de modèles
54 Mathilde LUBIN
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3.2. APPORT DE LA MODALITÉ PPG SUR UNE MESURE OSCILLOMÉTRIQUE
(a) Ps (b) Pm
(c) Pd
Mathilde LUBIN 55
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CHAPITRE 3. MESURE DE PA PAR PPG, COUPLÉ À UNE APPROCHE OSCILLOMÉTRIQUE
(APPLICATION D’UNE FORCE VARIABLE)
Une autre idée pour régler ce problème de qualité a été d’utiliser, non pas les oscillations
des signaux PPG, mais la partie continue (DC) des signaux. Il a en effet été observé que,
même quand les signaux AC sont dégradés, les signaux DC restent exploitables. L’étude
des signaux PPG DC pour remonter aux valeurs de pression artérielle a été effectuée mais
ne sera pas détaillée car un brevet a été déposé sur le sujet en décembre 2020 et est toujours
en cours de publication.
Comme la pression exercée par le brassard est assez inconfortable, une nouvelle étude a
été menée pour essayer d’améliorer l’expérience. L’idée est de réaliser soi-même l’occlusion
de l’artère palmaire transversale. Pour ce faire, nous avons eu l’idée d’utiliser un capteur
de force et d’appuyer dessus avec le doigt pour visualiser et récupérer le signal montrant la
variation de la pression externe. Un dispositif composé de capteurs PPG et d’un capteur
de force va alors être utilisé [17]. L’idée est de pouvoir reprendre la même méthode que
précédemment pour mesurer Ps et Pm au bout du doigt.
Le capteur de force utilisé est un capteur capacitif SingleTact CS15 avec une force nominale
de 4.5 N sur 10 bits et un diamètre de 15 mm, ce qui donne une pression nominale de 191
mmHg. Ce capteur est connecté à une carte Arduino UNO et les données sont visualisées et
enregistrées par le logiciel SingleTact®. Une calibration a été effectuée avec des poids pour
connaître la force correspondante à la sortie digitale enregistrée et en déduire la pression
exercée.
Ce capteur va être utilisé pour mesurer la pression artérielle en appliquant le principe
oscillométrique au doigt, en pressant le doigt contre ce capteur. Une courbe de pression
semblable à une courbe oscillométrique, comme montrée sur la figure 3.4, va alors pouvoir
être utilisée pour obtenir des variations d’amplitude des oscillations du volume sanguin en
couplant ce capteur avec des capteurs PPG.
L’anatomie de la phalange distale d’un doigt est montrée sur la figure 3.8. L’expérience
va donc consister à occlure l’artère palmaire transversale.
56 Mathilde LUBIN
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3.3. APPORT DE LA MODALITÉ PPG COUPLÉE À UN CAPTEUR DE FORCE
3.3.1 Expérience
Protocole
Le dispositif est montré sur la figure 3.9 : il est composé du dispositif PPG, enlevé du
bracelet qui le maintenait dans la partie précédente, et du capteur de force.
L’expérience consiste à presser l’index gauche sur le dispositif (figure 3.10) pour aug-
menter linéairement la pression appliquée jusqu’à environ 190 mmHg, puis relâcher progres-
sivement à à la même vitesse pour obtenir une courbe proche de la courbe oscillométrique.
Le logiciel SingleTact® montre le signal obtenu en appuyant sur le dispositif afin d’aider le
sujet à appliquer la pression nécessaire pour le bon fonctionnement de l’expérience, mais
il a été trop difficile de fixer une vitesse de compression et de dépression souhaitée pour
les différents sujets. Par abus, on parlera d’inflation et de déflation.
Le protocole a été testé sur 6 sujets et répété 2 fois par sujet (N = 12). Une mesure
oscillométrique a également été effectuée au début de l’expérience pour avoir une mesure
de référence de pression artérielle pour chaque sujet.
La figure 3.11 montre l’évolution du signal du capteur de force et des signaux PPG AC
pendant l’expérience pour un des sujets.
Mathilde LUBIN 57
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CHAPITRE 3. MESURE DE PA PAR PPG, COUPLÉ À UNE APPROCHE OSCILLOMÉTRIQUE
(APPLICATION D’UNE FORCE VARIABLE)
Figure 3.11 – Evolution temporelle du signal du capteur de force et des signaux PPG
AC pendant l’expérience (de haut en bas, respectivement PPG vert, rouge et infrarouge)
La similarité avec les courbes montrées sur la figure 3.6 est à noter : on retrouve bien
sur les oscillations PPG les mêmes phénomènes physiologiques liés à l’occlusion et à l’évo-
lution temporelle de la compliance. Cependant, une différence majeure avec l’expérience
précédente est que l’évolution de l’amplitude des oscillations PPG est visible à la fois
pendant la déflation et l’inflation de la pression.
De plus, on observe un comportement différent entre la longueur d’onde verte et les deux
autres longueurs d’onde rouge et infrarouge. En effet, on observe que les oscillations du
signal vert disparaissent avant les autres et réapparaissent après. Ceci s’explique par la
différence de milieux traversés par les diverses longueurs d’onde : le vert ne traverse que
les capillaires alors que le rouge et l’infrarouge vont plus profondément, jusqu’à l’artère.
Les capillaires étant plus proches de la surface, ils vont être occlus avant l’artère.
Les signaux du capteur de force et des capteurs PPG ont été acquis séparément sur
leur logiciel respectif à 50 Hz et ont été synchronisés a posteriori et traités sur Matlab®.
Ps et Pm ont été obtenues avec des méthodes similaires à celles de la partie 3.1.1 :
— Ps est estimée, pendant l’inflation de la pression appliquée, comme la pression pour
laquelle les oscillations des signaux PPG disparaissent.
— Pm est définie, de la même façon qu’en oscillométrie, comme la pression quand les
oscillations sont maximales, pendant l’inflation et aussi pendant la déflation de la
pression exercée sur le capteur.
Les valeurs de pression artérielle obtenues seront ensuite comparées aux valeurs obtenues
avec le tensiomètre au niveau brachial qui servent de valeurs de référence. Il est cependant
important de noter que les valeurs du tensiomètre sont au niveau de l’artère brachiale alors
que la pression mesurée dans notre expérience est au niveau du doigt. L’augmentation de
Ps le long de l’arbre artériel va donc empêcher une comparaison directe de la mesure et de
la référence : la PA au doigt est une surestimation de la PA brachiale. Il sera désormais
possible de quantifier l’augmentation entre le bras et le doigt.
58 Mathilde LUBIN
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3.3. APPORT DE LA MODALITÉ PPG COUPLÉE À UN CAPTEUR DE FORCE
3.3.2 Résultats
Un exemple des signaux obtenus pour un sujet est montré sur la figure 3.12.
Figure 3.12 – Evolution des signaux PPG et du signal du capteur de pression pendant
l’expérience
Le critère sur la qualité des signaux PPG est le même que dans la partie précédente : le
nombre de signaux considérés valides est résumée dans le tableau 3.2.
Table 3.2 – Nombre de signaux valides, parmi les 12 expériences pour chaque longueur
d’onde, pour les mesures de Ps et de Pm
Une comparaison a été effectuée entre ces valeurs et celles de référence : les résultats sont
affichés sur le Bland-Altman de la figure 3.13.
La mesure de Pm semble plus précise avec les longueurs d’onde rouge et infrarouge mais
cette mesure n’est possible que pendant l’appui sur le dispositif et sur peu de données, à
Mathilde LUBIN 59
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CHAPITRE 3. MESURE DE PA PAR PPG, COUPLÉ À UNE APPROCHE OSCILLOMÉTRIQUE
(APPLICATION D’UNE FORCE VARIABLE)
cause de la qualité des signaux. En étudiant le rapport entre les valeurs de Pm mesurées
et celles de référence, on valide que Pm n’est pas amplifiée entre le bras et le doigt, comme
P mdoigt
attendu : P mbras = 1.02 ± 0.08 (n = 20).
Pour la mesure de Ps , les résultats sont affichés sur le tableau 3.3.
Table 3.3 – Tableau représentant le rapport entre Ps au doigt et Ps au bras pour les 3
longueurs d’onde
3.3.3 Conclusion
L’utilisation d’un capteur de force pour mesurer la pression artérielle à l’aide des cap-
teurs PPG semble comparable à l’utilisation du brassard avec moins d’inconfort pour le
sujet. Cependant, on ne peut pas directement comparer les mesures oscillométriques au
bras avec ces mesures au doigt à cause de l’amplification de la pression systolique le long
du bras : l’étude nous a donc finalement permis d’obtenir des valeurs d’amplification entre
le bras et le doigt.
Un modèle paramétrique a été développé dans [17], on peut noter que les oscillo-
grammes obtenus sont similaires à ceux obtenus dans notre étude mais nous avons choisi
de ne pas utiliser ce modèle car il dépend de la vitesse d’appui : il était en effet difficile de
contrôler précisément la vitesse d’appui de chaque sujet. L’article a eu l’idée d’utiliser cette
méthode avec un téléphone : les derniers smartphones ont en effet des capteurs PPG et de
force donc l’utilisation d’une application dédiée permettrait de mesurer assez simplement
la PA.
Un objectif pour une étude future serait de créer notre propre modèle paramétrique sur
une cohorte plus importante. Avant cela, il est nécessaire de réussir à améliorer la qualité
des signaux PPG pour s’assurer de la fiabilité des résultats.
La mauvaise qualité des oscillations PPG a été une des principales limitations des
études effectuées. Il est donc nécessaire de chercher comment améliorer la qualité des
signaux pour optimiser les résultats obtenus.
60 Mathilde LUBIN
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3.4. OPTIMISATION DES SIGNAUX PPG : EFFET DU SERRAGE DU DISPOSITIF
Les expériences présentées nous ont permis de comprendre que l’amplitude des oscillations
PPG est influencée par la pression exercée sur les vaisseaux sanguins, et donc par la
pression exercée par le dispositif PPG sur les tissus. En effet, le serrage du bracelet PPG
autour du poignet peut être modulé et va influencer à la fois le couplage optique entre le
dispositif et la peau, mais aussi la charge appliquée sur les vaisseaux sanguins (et donc la
compliance artérielle).
Le but de l’expérience va donc être de faire varier la pression exercée par le bracelet
PPG sur le poignet et de relever l’évolution de l’amplitude des oscillations PPG, pour
savoir quel serrage permet d’optimiser les signaux.
3.4.1 Expérience
Pour connaître la pression exercée par le bracelet, le capteur de force présenté dans la
partie précédente va être utilisé. Collé à l’intérieur du dispositif PPG, le capteur va nous
donner l’information souhaitée. Les figures 3.14 et 3.15 nous montrent le bracelet PPG
avec le capteur de force collé à l’intérieur du bracelet, sous le poignet.
Le bracelet PPG va alors être serré par palier de 20 mmHg, de 0 et 100 mmHg, pendant
environ 30 s : un retour visuel est fourni par le logiciel SingleTact® pour connaître la pres-
sion exercée et permettre de choisir les paliers souhaités. La principale difficulté rencontrée
pendant ce protocole est que le bracelet se ferme à l’aide d’un scratch et rend les paliers
de serrage difficilement reproductibles par manque de repères.
Après le plus haut palier autour de 100 mmHg, un dernier serrage est effectué : le bracelet
est serré comme il le serait usuellement pour une mesure des signaux PPG. Le but de ce
dernier palier est d’avoir une idée de la pression exercée quand on serre le bracelet pour
une mesure classique sans se soucier du serrage : on le nommera par la suite serrage usuel.
Ce protocole a été testé 3 fois sur un sujet. La pression artérielle du sujet a été mesurée
en début d’expérience : Ps = 114 mmHg, Pm = 85 mmHg et Pd = 71 mmHg.
Mathilde LUBIN 61
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CHAPITRE 3. MESURE DE PA PAR PPG, COUPLÉ À UNE APPROCHE OSCILLOMÉTRIQUE
(APPLICATION D’UNE FORCE VARIABLE)
3.4.2 Résultats
La figure 3.16 montre le signal du capteur de force et les signaux des 3 longueurs d’onde
PPG pour une des données à traiter. Il faut noter que l’amplitude des oscillations PPG a
été normalisée pour une meilleure visualisation.
Figure 3.16 – Figure représentant l’évolution du serrage du bracelet PPG et son influence
sur l’amplitude des oscillations
Figure 3.17 – Courbe de l’évolution de l’amplitude des oscillations des PPG aux 3 lon-
gueurs d’onde en fonction du serrage du bracelet. Le point montre que les 3 signaux ont
été normalisés à 40 mmHg, correspondant au serrage usuel du bracelet
Le premier résultat obtenu est que le serrage usuel du bracelet PPG est d’environ
40 mmHg : c’est pourquoi les signaux de la figure 3.17 ont été normalisés en prenant
l’amplitude à cette pression comme référence.
A 40 mmHg, l’amplitude des signaux PPG n’apparaît pas optimale. En effet, on remarque
une augmentation de l’amplitude des signaux avec un maximum autour de 80 mmHg et
ensuite une diminution quand le bracelet devient plus serré, autour de 100 mmHg. Cette
62 Mathilde LUBIN
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3.4. OPTIMISATION DES SIGNAUX PPG : EFFET DU SERRAGE DU DISPOSITIF
variation d’amplitude est très visible sur les signaux verts : si on prend comme référence
l’amplitude au serrage usuel, on trouve une augmentation d’amplitude de 360 %. Pour les
signaux rouge et infrarouge on remarque une amplitude semblable pour les 2 longueurs
d’onde et on retrouve une augmentation de 250 %.
Le pic autour de 80 mmHg est cohérent avec l’évolution de la compliance (figure 1.3), on
obtient un maximum d’amplitude quand la pression transmurale s’annule, donc quand la
pression exercée par le bracelet est proche de Pm (ici 85 mmHg).
3.4.3 Conclusion
Cette dernière étude montre bien que le serrage du bracelet PPG va influencer l’am-
plitude des oscillations, avec un maximum pour une pression exercée autour de la pression
artérielle moyenne.
Ce résultat préliminaire nous a bien permis de comprendre la nécessité d’appliquer une
certaine pression sur les tissus pour optimiser le signal PPG. Cette remarque sera prise
en compte pour le développement et l’utilisation du capteur multi-PPG qui sera présenté
dans la partie suivante.
Finalement, même si un serrage du bracelet autour de la compliance maximale permet
d’améliorer l’amplitude des signaux PPG, il ne faut pas oublier qu’à partir d’environ
40 mmHg, le retour veineux commence à être bloqué. Une pression exercée supérieure à
cette valeur ne peut donc pas être maintenue trop longtemps sans risquer de perturber
la circulation veineuse. Le délai accepté pour maintenir le bracelet à cette pression devra
être étudié et un compromis pourra être trouvé pour améliorer au maximum l’amplitude
des oscillations tout en assurant la sécurité et le confort des sujets.
Mathilde LUBIN 63
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CHAPITRE 3. MESURE DE PA PAR PPG, COUPLÉ À UNE APPROCHE OSCILLOMÉTRIQUE
(APPLICATION D’UNE FORCE VARIABLE)
64 Mathilde LUBIN
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Chapitre 4
Dans la dynamique des résultats encourageants obtenus avec la modalité PPG pour
la mesure de la PA, un dispositif multi-PPG intégré à une plateforme multimodale a été
développé pendant ma thèse au sein du laboratoire LS2P du CEA-Leti/DTBS. Des détails
du développement et une validation de ce dispositif par rapport au Complior sont présentés
dans les parties 4.1 et 4.2. Les résultats ont fait l’objet d’une présentation orale [67] à
l’Engineering for Medicine and Biology Conference (EMBC) en novembre 2021.
65
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CHAPITRE 4. MESURE DE PA PAR MULTI-PPG
vérifier leur qualité et l’enregistrement des acquisitions dans la mémoire interne du dispo-
sitif.
Le capteur multi-PPG comporte 3 ’légos’ indépendants, ils pourront donc être positionnés
sur différentes parties du corps en fonction de l’objectif visé : dans cette thèse, nous
utiliserons essentiellement les capteurs placés sur les artères carotide et radiale. Chaque
légo comporte 3 sources (LED) et 2 détecteurs (PD), selon l’arrangement physique de la
figure 4.1.
Pour toutes les expériences de ce chapitre, nous utiliserons une seule LED à 855 nm et la
distance source-détecteur la plus longue à 9 mm. On ne va utiliser que la photodiode la
plus éloignée de la source pour sonder des tissus plus profonds : avec notre distance de 9
mm, on pourra sonder des tissus à environ 4 mm de profondeur. On pourra notamment
noter que les artères carotide et radiale (au niveau du poignet) se situent à une profondeur
respective d’environ 15 mm et 4 mm, nous savons donc que notre capteur PPG nous
permet sans doute de sonder l’artère radiale, au poignet, mais ne nous permet
pas de sonder l’artère carotide. A la carotide, les tissus sondés seront essentiellement
des capillaires, qui sont non pulsatiles.
Mon rôle dans le développement de ce capteur a principalement été de définir les besoins
que nous avions pour choisir les différents capteurs à ajouter à la plateforme, d’aider aux
choix des longueurs d’onde, des distances, de la fréquence d’échantillonnage, et une fois le
capteur développé, de faire des retours réguliers sur les expériences effectuées pour détecter
les problèmes potentiels et permettre une optimisation du dispositif.
66 Mathilde LUBIN
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4.2. VALIDATION DU DISPOSITIF PAR RAPPORT AU COMPLIOR
4.2.1 Expérience
Le protocole a été testé sur 6 volontaires, agés de 22 à 47 ans (31 ± 9 ans), avec des
pressions systoliques de 106 et 161 mmHg (126 ± 19 mmHg), en position assise. Comme
montré sur la figure 4.2, les deux dispositifs sont utilisés séquentiellement : dans un premier
temps, les capteurs Complior sont placés au niveau des artères carotide et radiale droites,
sur le cou et au poignet, à l’endroit où l’on sent le mieux le pouls.
Des pinces, fournies avec le dispositif Complior, sont utilisées pour maintenir les cap-
teurs et appliquer la pression nécessaire pour obtenir une mesure fiable. Une mesure de la
pression exercée a été effectuée avec le capteur SingleTact® présenté dans le chapitre 3 et
il est apparu que la pince carotide applique une pression locale à la surface de la peau de
l’ordre de 50 mmHg alors que la pince radiale en applique une de l’ordre de 110 mmHg.
Au poignet, cette pression apparaît proche de Ps mais il faut bien noter que la pression
est exercée très localement et qu’elle n’occlut pas l’artère radiale car, pour tous les sujets,
les signaux PPG sont bien pulsatiles. Ainsi, cette pression appliquée permet d’améliorer
la qualité des signaux, mais, avec de telles pressions, une partie du système veineux va
être occlus et cela va également avoir une influence sur le système artériel, sans l’occlure.
Ces pinces sont montrées sur les figures 4.3 et 4.4 qui représentent comment sont placés
les capteurs Complior, respectivement sur les artères carotide et radiale.
Après avoir retiré les capteurs Complior, dans un second temps, deux capteurs du dispo-
sitif multi-PPG sont placés aux mêmes endroits sur les artères carotide et radiale droites
et les pinces Complior sont également utilisées pour appliquer la même pression sur les
capteurs PPG. Une acquisition de deux minutes est enregistrée pour chaque dispositif. Les
paramètres utilisés pour le dispositif multi-PPG ont été décrits en 4.1.
Pour le dispositif Complior, les données brutes sont enregistrées sur un logiciel dédié
à 1 kHz et importées dans Matlab. Le logiciel permet aussi d’accéder à une estimation
du PTT toutes les 15 ou 30 secondes. En plus de la valeur du PTT, le logiciel renvoie un
facteur de qualité (QI en %) qui nous donne une information sur la qualité de la mesure.
Dans cette étude, le PTT a été estimé toutes les 30 secondes et un PTT moyen sur
Mathilde LUBIN 67
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CHAPITRE 4. MESURE DE PA PAR MULTI-PPG
l’expérience (2 minutes donc 5 points) a été calculé pour les valeurs dont QI > 50 % afin
d’éliminer les valeurs abérrantes. Ce PTT moyen sera utilisé dans la suite comme la valeur
de référence. L’algorithme utilisé par le logiciel Complior est un algorithme d’intersection
des tangentes [19].
Il a été observé que certains signaux PPG à la carotide sont inversés : dans cette étude,
cette inversion est vue sur 5 des 6 sujets. La figure 4.5 montre deux courbes carotide non-
inversée (pente systolique positive), puis inversée (pente systolique négative). Au niveau
traitement des signaux, nous retournons juste la courbe inversée (avec un signe -) et
traitons les données comme expliqué ci-dessous.
Figure 4.5 – Exemple de courbe carotide non-inversée puis inversée, pour un sujet donné.
Les traits noirs montrent la pente systolique positive pour la courbe non-inversée et néga-
tive pour la courbe inversée
68 Mathilde LUBIN
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4.2. VALIDATION DU DISPOSITIF PAR RAPPORT AU COMPLIOR
Mesure du PTT
Figure 4.6 – Exemple d’une courbe Complior à la carotide avec les points caractéristiques
obtenus : SM en bleu et TI en rouge, avec les deux traits en pointillés qui représentent les
deux tangentes utilisées pour trouver le point TI
Le PTT peut alors être obtenu en soustrayant, pour chaque battement, le point ca-
ractéristique correspondant à l’artère carotide de celui à l’artère radiale. On peut alors
obtenir un PTT avec les deux méthodes SM et TI :
Mathilde LUBIN 69
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CHAPITRE 4. MESURE DE PA PAR MULTI-PPG
Une estimation de PTT est alors typiquement obtenue toutes les 15 secondes. Un retard
maximal de 200 ms a été défini, d’après les ordres de grandeur de PTT donnés par le
logiciel Complior.
Pour les signaux PPG, nous allons en plus utiliser le signal ECG enregistré grâce à
la plateforme PMP pour estimer de manière robuste l’instant de la pente maximale SM.
Pour cela, on commencera par identifier les pics R de l’ECG, noté trn et nous pourrons
alors chercher tsn sur l’intervalle [trn , trn + P ATmax ], avec P ATmax défini à l’aide de nos
connaissances physiologiques à 300 ms. Dans ce cas, nous avons P ATns = tsn − trn et donc
les équations (4.1) deviennent :
P T Tns = P ATrad,n
s s
− P ATcar,n
(4.3)
P T Tni = P ATrad,n
i i
− P ATcar,n
On pourra également exploiter les deux points caractéristiques pour définir les inter-
valles inter-battements (IBI) et obtenir ainsi les variations du rythme cardiaque : RC
(bpm) = IBI(s) .
60
A partir de cette mesure, on pourra par exemple contrôler la qualité de
chaque battement n en définissant un critère de validité de type : |IBIn − IBImedian | <
0.1 ∗ IBImedian , et ainsi éliminer les battements dégradés.
De plus, pour les signaux PPG, l’ECG pourra être utilisé comme référence de IBI via
les intervalles R-R et il sera alors vérifié que l’IBI donné par PPG est bien similaire à l’IBI
donné par l’ECG pour chaque battement n : |IBIP P G,n − IBIECG,n | < th , avec th une
valeur seuil de l’ordre de 20 ms.
4.2.3 Résultats
Nous allons d’abord traiter les données Complior : en utilisant le PTT donné par le
logiciel Complior comme référence, nous allons pouvoir le comparer avec les PTTs obtenus
70 Mathilde LUBIN
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4.2. VALIDATION DU DISPOSITIF PAR RAPPORT AU COMPLIOR
avec nos 3 algorithmes, appliqués sur les données brutes Complior. Nous pourrons donc
conclure sur l’efficacité de nos algorithmes. Ensuite, nous pourrons nous concentrer sur les
résultats multi-PPG, toujours en gardant le PTT donné par le logiciel Complior comme
référence.
Complior
L’estimation du PTT donnée par le logiciel Complior est utilisée comme référence, nous
allons donc pouvoir comparer ce P T Tref avec les 3 estimations faites par nos algorithmes
décrits précédemment. La figure 4.7 montre l’évolution temporelle du PTT pour chaque
méthode, pour un sujet donné.
Figure 4.7 – Exemple d’évolution temporelle du PTT donné par le logiciel Complior
toutes les 30 secondes (courbe noire) et par nos 3 algorithmes : slope max = SM (courbe
bleue), tangent intersection = TI (courbe rouge) et intercorrelation = IC (courbe jaune),
pour un sujet
Cette figure montre des résultats similaires pour les différentes méthodes avec une cor-
respondance plus forte entre la référence et notre méthode d’intersection des tangentes
(TI) : ce résultat est cohérent car le logiciel Complior utilise un algorithme similaire. Pour
comparer quantitativement nos 3 méthodes, le PTT moyen a été calculé pour chaque mé-
thode et chaque sujet. Nous pouvons alors obtenir le coefficient de corrélation r de chaque
méthode sur le P T Tmes,n pour tous les sujets N = 6 et également la racine de l’erreur
moyenne quadratique (RM SE) :
v
N
u1 X
u
RM SE = t (P T Tmes,n − P T Tref,n )2 (4.4)
N n=1
Mathilde LUBIN 71
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CHAPITRE 4. MESURE DE PA PAR MULTI-PPG
Table 4.1 – Coefficient de corrélation r et RM SE pour nos 3 méthodes (SM, TI, IC) sur
les données Complior
L’écart de PTT obtenu entre nos algorithmes et la référence Complior est suffisamment
faible pour valider que les algorithmes mis au point permettent bien d’obtenir un PTT
cohérent. Cependant, nous avons été étonné de ne pas réussir à réduire l’écart à moins de
2.85 ms.
Le manque d’informations sur les méthodes de traitement des données mises au point par
Complior peut expliquer cet écart. En effet, nous savons que l’algorithme utilisé par le
logiciel Complior suit également la méthode d’intersection des tangentes mais le détail de
l’algorithme utilisé n’est pas connu, il est très certainement différent du nôtre. En effet,
plusieurs paramètres ont été choisis au cours de la mise au point de notre algorithme : une
différence de valeur de ces paramètres va influencer la mesure de PTT et peut expliquer
en partie l’écart obtenu. De plus, le PTT est ici une moyenne sur toute l’expérience mais
les méthodes de moyennage sont différentes entre les deux méthodes : Complior donne une
valeur de PTT sur 30 secondes d’expérience (la valeur correspond sûrement à un PTT
moyen mais nous ne savons pas précisément comment cette valeur est obtenue), alors
que notre moyenne est effectuée directement sur les PTT mesurés pour chaque battement
cardiaque de l’expérience. Cela peut générer une petite différence sur le PTT moyen final
obtenu et peut donc également contribuer à expliquer l’écart observé.
Multi-PPG
De la même façon pour les signaux PPG, un PTT moyen a pu être mesuré pour chaque
sujet et chaque méthode. Toujours en utilisant le PTT donné par le logiciel Complior
comme référence, nous avons alors pu obtenir des coefficients de corrélation et RM SE qui
sont représentés sur le tableau 4.2.
Table 4.2 – Coefficient de corrélation r et RM SE pour nos 3 méthodes (SM, TI, IC) sur
les données multi-PPG
On retrouve que les 3 méthodes ont des performances similaires, avec des RM SE assez
élevés, à 15.9 ms pour SM, 16.3 ms pour TI et 16.6 ms pour IC. Pour les coefficients de
coefficients, étonnamment c’est la méthode TI qui a le moins bon coefficient à 0.76, alors
que SM et IC ont respectivement 0.83 et 0.82.
72 Mathilde LUBIN
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4.2. VALIDATION DU DISPOSITIF PAR RAPPORT AU COMPLIOR
La figure 4.8 montre les PTT moyens obtenus pour chacun des 6 sujets par PPG avec la
méthode TI comparés au PTT de référence, avec les barres d’erreur horizontale et verticale
qui représentent respectivement les écart-types de Complior et du multi-PPG.
Figure 4.8 – PTT obtenu par multi-PPG avec la méthode TI comparé au PTT de
référence de Complior. La ligne noire représente la bissectrice et les lignes pointillées ±10%
de la bissectrice
Les figures 4.9 et 4.10 montrent la superposition des battements moyens PPG et Com-
plior, épochés sur le TI de chaque modalité, pour un sujet donné, à gauche pour la carotide
et à droite pour la radiale. Il ne faut pas oublier de préciser que les mesures Complior et
PPG ont été effectuées séquentiellement à 10 minutes d’écart et que le signal PPG est
inversé à la carotide.
La figure montre que les courbes optique et mécanique sont très similaires. Pour les deux
modalités, on retrouve une pente systolique identique et plusieurs réflections d’onde qui
arrivent aux mêmes instants pour les deux artères. La principale différence est observable
pour la courbe radiale pendant la diastole : la courbe PPG descend moins rapidement que
la courbe Complior et cette observation a été faite sur tous les sujets.
4.2.4 Discussion
Une limitation de notre étude est l’impossibilité de placer les deux dispositifs simulta-
nément et à la même position sur le corps. Nous avons dû faire un choix entre les deux et
comme il est difficile de précisément mesurer la distance entre les deux capteurs carotide
et radiale, nous avons décidé de placer les deux modalités au même emplacement pour
Mathilde LUBIN 73
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CHAPITRE 4. MESURE DE PA PAR MULTI-PPG
Figure 4.9 – Superposition des signaux Figure 4.10 – Superposition des signaux
normalisés Complior et PPG pour l’ar- normalisés Complior et PPG pour l’ar-
tère carotide. Le temps initial correspond tère radiale. Le temps initial correspond
au point d’intersection des tangentes pour au point d’intersection des tangentes pour
chaque modalité chaque modalité
pouvoir directement comparer les PTTs sans avoir besoin de connaître précisément la dis-
tance : c’est pourquoi les mesures ont dû être effectuées séquentiellement. Un autre point
influençant la mesure est la force appliquée par le dispositif sur la peau. Ici, la même force
a été appliquée sur les deux dispositifs, en utilisant les pinces fournies avec le Complior
pour essayer d’avoir des résultats comparables.
Pour tenter de comprendre l’origine de l’écart élevé entre les PTT obtenus par les
deux modalités, une synchronisation a été effectuée entre les deux dispositifs. Cette étude
est détaillée dans l’annexe A : le résultat principal est qu’il apparaît que les données
Complior ne sont pas réellement acquises à 1 kHz (comme attendu) mais plutôt
à 987 Hz. En prenant en compte cette diminution de la fréquence d’échantillonnage, le
PTT de Complior augmente d’environ 1 ms : ce qui permet de diminuer légèrement l’écart
entre les PTT mais n’est pas suffisant pour compenser l’écart observé.
Nous avons relevé plusieurs raisons pour expliquer la différence de PTT restante. La raison
principale est que la physique qui régit chaque modalité est différente : pour Complior,
l’impulsion est générée par une déformation mécanique des tissus quand l’onde de pouls
passe dans l’artère et créé une distension de ses parois, alors que le PPG est sensible
à la fois à ces déformations mécaniques mais aussi aux changements d’absorption des
tissus [55]. Une autre raison est que les mesures sont faites séquentiellement, la variabilité
du PTT entre nos deux mesures doit être pris en compte et peut expliquer en partie la
différence observée. La littérature montre en effet que le système nerveux autonome module
le PTT [25] et l’état de ce système nerveux peut avoir évolué le long des 10 minutes entre
nos expériences.
Enfin, pour 5 des 6 sujets, le signal PPG de la carotide est inversé. Une étude sera effectuée
dans la partie 4.3 pour essayer de comprendre d’où provient cette inversion et supprimer
son influence sur le PTT estimé.
Pour la comparaison de la morphologie des courbes optique et mécanique, cela confirme
74 Mathilde LUBIN
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4.2. VALIDATION DU DISPOSITIF PAR RAPPORT AU COMPLIOR
que le PPG est sensible aux mêmes déformations mécaniques que Complior car la forme des
ondes est très similaire, notamment dans la phase systolique et les réflexions sont observées
aux mêmes moments, et surtout à la carotide. Cependant, la différence observée pendant
la phase diastolique à l’artère radiale peut s’expliquer par un temps de relaxation plus
lent lié aux changements d’absorption des tissus (vus uniquement par le PPG) comparés
aux variations mécaniques. Ainsi, le capteur PPG radial semble être plus sensible aux
changements d’absorption que le capteur à la carotide, ce qui est cohérent car le signal
PPG peut sonder l’artère radiale (à une profondeur d’environ 4 mm) mais pas l’artère
carotide car elle est trop profonde (à une profondeur d’environ 15 mm).
Cette étude de la morphologie des courbes nous a aussi montré que la forme de l’onde
carotide et le nombre de réflexions sont influencés par l’âge : plus le sujet est âgé, plus les
réflexions vont arriver tôt et plus le nombre de réflexions va augmenter. Les figures 4.11
et 4.12 nous confirment les remarques effectuées, elle montre l’évolution des courbes sur 3
sujets agés respectivement de 22, 31 et 47 ans.
Figure 4.11 – Comparaison de la morphologie des courbes à la carotide pour 3 des sujets
âgés respectivement de gauche à droite, de 22, 31 et 47 ans
Figure 4.12 – Comparaison de la morphologie des courbes à la radiale pour 3 des sujets
âgés respectivement de gauche à droite, de 22, 31 et 47 ans
On remarque en effet à la carotide que la morphologie de la courbe change, avec une onde
de réflexion qui arrive de plus en plus tôt avec l’âge qui augmente, ce qui crée l’épaule
souvent observée à la carotide. Pour l’artère radiale, la forme reste similaire mais on voit
que le nombre de réflexions observées pendant la diastole augmente avec l’âge. Cela peut
alors nous permettre d’avoir des informations sur la compliance artérielle de nos sujets.
Finalement, dans cette étude, des valeurs de PTT ont été données parce qu’il est
difficile de mesurer précisément la distance nécessaire à l’onde de pouls pour se propager
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CHAPITRE 4. MESURE DE PA PAR MULTI-PPG
de la carotide à l’artère radiale. Cependant, c’est la VOP qui est un biomarqueur d’intérêt
donc un futur travail serait de chercher le meilleur moyen d’obtenir une mesure précise de
la distance pour donner fiablement les VOPs correspondant aux PTTs mesurés.
4.2.5 Conclusion
A notre connaissance, c’est la première fois que des PTT et des formes de courbes
optique et mécanique ont été comparées. Nous avons pu montrer que les courbes sont en
effet très ressemblantes, mais que le PTT mesuré par multi-PPG a tendance à surestimer
le PTT obtenu par Complior. Plusieurs pistes d’explications ont été données pendant la
discussion, il apparaît alors qu’il serait intéressant de refaire la même expérience en simul-
tané, avec les deux dispositifs synchronisés (cf annexe A), en considérant une fréquence
d’échantillonnage de 987 Hz pour Complior et avec des signaux PPG non inversés pour
vérifier l’impact de ces paramètres sur les PTT obtenus. Par manque de temps, ce test n’a
pas été effectué pendant la thèse, mais l’influence de l’inversion des signaux PPG sur les
résultats sera investiguée dans la partie suivante.
Cette étude nous a également permis de valider le fonctionnement de notre plateforme
PMP et les différents signaux physiologiques qu’il est possible d’obtenir avec et nous en-
courage à continuer de travailler dessus pour optimiser au mieux les résultats.
Dans l’étude précédente, il est apparu qu’en plaçant un capteur PPG à la carotide
avec la pince Complior au même emplacement que les capteurs Complior, c’est-à-dire à
l’endroit du cou où l’on sent le mieux le pouls, les signaux sont inversés. Cette position
des capteurs est montrée sur la figure 4.3.
Cette inversion de signal a déjà été observée dans la littérature dès les années 1980 [78,
108]. La première explication investiguée à ce moment là était une augmentation relative
de la densité optique du tissu environnant par rapport aux vaisseaux artériels, provoquée
par un engorgement veineux et dépendant de la pression appliquée. Plus récemment, une
équipe russe [55] a montré que cette explication n’était pas satisfaisante car le signal PPG
ne pénétrait pas assez profondément dans les tissus pour être sensible aux veines. Ils ont
alors tenté de trouver une meilleure explication à l’origine de cette inversion. L’utilisation
d’une technique d’imagerie par PPG, l’imagerie par pulsation sanguine (BPI) qui permet
de connaître l’amplitude et la phase relative des pulsations sanguines, leur a permis de
cartographier la distribution spatiale de la phase des signaux PPG, avec une longueur
d’onde verte. Des signaux en opposition de phase ont alors été observées au niveau du
poignet, comme montré sur la figure 4.13.
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4.3. INFLUENCE DE L’INVERSION DES SIGNAUX PPG
L’explication trouvée est alors qu’en appliquant une force de contact sur la peau, la dis-
tance locale entre chaque capillaire diminue. Cette variation de densité des capillaires juste
au dessus de l’artère va moduler temporairement les coefficients d’absorption et de diffu-
sion. La figure 4.14 montre une version simplifiée de cette explication. Sur l’image (c),
on comprend en effet que si une pression externe est exercée, la densité des capillaires
au-dessus de l’artère en systole augmente, et donc a contrario, les zones aux alentours se
retrouvent dépeuplées de capillaires.
Figure 4.14 – Nouvelle explication pour l’origine du signal PPG. (a) L’artère est dans
sa phase diastolique avec une compression minimale du réseau capillaire. (b) La phase
systolique avec des capillaires peu contraint car la peau est élastique. (c) Le réseau capillaire
est très contraint en appliquant une force externe [55]
Finalement, il semble exister des zones localisées proches d’une artère où la densité des
capillaires se retrouve dépeuplée quand l’artère se distend, ce qui provoque cette inversion
des signaux. Ainsi, pour des zones (ROIs) séparées de 3 mm, le signal PPG peut être
inversé pour une zone et non pour l’autre : il ne sera pas inversé dans la zone à la verticale
de l’artère car il y a une densification de capillaires, mais il sera inversé dans la deuxième
zone, légèrement décentrée par rapport à l’artère, pour laquelle il y a un dépeuplement
de capillaires. Il apparaît que la courbe inversée a une allure similaire à un signal PPG
Mathilde LUBIN 77
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CHAPITRE 4. MESURE DE PA PAR MULTI-PPG
classique avec une partie systolique rapide (en descente au lieu d’une montée) et on retrouve
aussi l’incisure dicrotique (figure 4.13 (b)).
Cette inversion morphologique a aussi été observé au niveau de la carotide [3], comme
nous l’observons dans nos expériences. La figure 4.15 nous montre un exemple avec les
deux zones à la carotide, l’une inversée et l’autre non-inversée.
Figure 4.15 – Comparaison des signaux obtenus à deux endroits proches de la carotide
avec une position inversée et l’autre non-inversée [3]
Cet article explique que la position inversée est essentiellement causée par la veine jugu-
laire, mais dans nos expériences, comme nous appuyons avec la pince Complior sur nos
capteurs avec une pression de l’ordre de 50 mmHg, la veine jugulaire est sans doute oc-
cluse. Ainsi, nous pensons qu’une explication similaire à celle de Kamshilin et al [55], à la
carotide serait plus cohérente avec nos observations.
Il est maintenant important de vérifier si nos observations sont cohérentes avec cette
explication physiologique et si cette inversion a une influence sur la forme du signal PPG
et le PTT obtenu à partir de ce signal.
4.3.2 Expérience
Pour vérifier l’influence de l’inversion des signaux PPG à la carotide, nous avons utilisé
un échographe SonoScanner® U-Lite, qui a permis d’observer la position de l’artère carotide
par rapport à nos capteurs. La figure 4.16 montre que le positionnement des capteurs PPG
à l’endroit où l’on capte le mieux le pouls, nommé position Complior (car c’est à cette
position que les capteurs Complior sont placés pour obtenir les signaux les plus fiables) et
correspondant à une inversion du signal, n’est pas situé à la verticale de l’artère carotide,
mais légèrement décalé. Une étude sur 4 sujets, en position assise, a été effectuée en plaçant
d’abord le capteur au niveau de la position Complior pour voir le signal inversé, et ensuite
en le déplaçant d’environ 2 cm vers l’intérieur du cou (position verte) pour qu’il soit placé
à la verticale de l’artère, cette position sera nommée position US.
2 minutes d’acquisition ont été effectuées pour chaque sujet pour chacune des deux posi-
tions du capteur PPG à la carotide avec les mêmes paramètres d’acquisitions que décrits
en 4.1. Un deuxième capteur PPG est placé au poignet au dessus de l’artère radiale et
78 Mathilde LUBIN
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4.3. INFLUENCE DE L’INVERSION DES SIGNAUX PPG
n’est pas déplacé entre les 2 acquisitions. Nous allons donc pouvoir comparer le PTT et
la morphologie des courbes entre la position inversée et la position non-inversée pour les
deux capteurs PPG.
Figure 4.16 – Image échographique du cou avec l’artère carotide droite représentée en
bleu au centre de l’image et les deux positions des capteurs PPG : en violet la position
Complior où les signaux PPG sont invariablement inversés et en vert la position US à la
verticale de l’artère. Le trait pointillé en orange représente la trachée/le centre du cou
4.3.3 Résultats
La figure 4.17 montre la morphologie des courbes carotide et radiale pour la première
(trait plein) et la deuxième (trait pointillé) position. Le capteur PPG radial n’a pas bougé
entre les deux expériences, il est donc normal et attendu que les deux courbes se super-
posent. Pour la courbe carotide, on observe une importante différence entre la courbe
inversée (qui a été retournée lors du traitement des signaux) et la courbe non-inversée :
la pente de la montée systolique est plus faible dans la position non-inversée. Par contre,
il apparaît que les réflexions, représentées par les traits noirs verticaux en pointillés sur la
figure 4.17, apparaissent simultanément sur les deux courbes.
Figure 4.17 – Courbes inversées (en trait plein) et non-inversées (en trait pointillé) à la
carotide (gauche) et à la radiale (droite), pour un des sujets
Mathilde LUBIN 79
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CHAPITRE 4. MESURE DE PA PAR MULTI-PPG
Ces observations sont similaires pour les 4 sujets. Il est important de noter que sur la
figure 4.17, le décalage temporel entre les deux positions a été supprimé en superposant
les points d’intersection des tangentes.
Mesure du PTT
Pour visualiser s’il y a un décalage temporel entre les deux positions, la figure 4.18
montre les courbes à la carotide inversée et non-inversée superposées et placées par rapport
à l’ECG.
Figure 4.18 – Signal ECG (courbe bleue), superposé avec le signal PPG pour la position
inversée (courbe rouge) et pour la position non-inversée (courbe jaune), pour un des sujets,
sur un battement cardiaque
Un PTT moyen a alors été mesuré pour chacune des deux expériences à l’aide des
PATs à l’intersection des tangentes (TI) entre carotide et radiale. Comme le capteur à
l’artère radiale n’a pas bougé entre les deux expériences, il est attendu que le P ATrad
reste constant. Pour 2 des 4 sujets, on observe néanmoins des variations de ce P ATrad :
une explication possible est qu’un léger mouvement ou une contraction/détente de la main
des sujets ait impactée la mesure. Nous avons donc choisi de nous concentrer sur les deux
sujets dont le P ATrad reste à peu près constant pour la suite des résultats.
Pour ces deux sujets, le P ATcar augmente entre la position inversée et la position non-
inversée, comme on le voit sur la figure 4.18 et sur le tableau 4.3. L’amplitude d’augmen-
tation est différente d’un sujet à l’autre, de 8.4 à 37.5 ms.
Table 4.3 – Tableau bilan représentant le PTT moyen ± écart-type pour chacune des
deux expériences pour chacun des 4 sujets. INV correspond à l’expérience avec carotide
inversée et NON-INV à l’expérience avec carotide non-inversée
80 Mathilde LUBIN
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4.3. INFLUENCE DE L’INVERSION DES SIGNAUX PPG
4.3.4 Discussion
Nous avons vu que la position non-inversée du signal PPG à la carotide modifie la mor-
phologie de la courbe. En regardant l’image échographique de la figure 4.16, on voit que les
tissus traversés par les deux trajets sont différents, ce qui peut expliquer que le couplage
mécanique diffère d’une position à l’autre. Comme la courbe carotide non-inversée a une
pente systolique plus faible que la courbe inversée, il apparaît que le couplage mécanique
est moins bon pour la position non-inversée, ce qui est cohérent car, en plaçant le capteur
Complior a cette position, nous n’obtenons pas un assez bon signal pour valider l’acquisi-
tion. Finalement, la position non-inversée permet d’avoir le signal PPG à la carotide dans
le bon sens avec un positionnement au plus proche de l’artère carotide mais par contre,
cela dégrade le couplage mécanique.
4.3.5 Conclusion
Cette étude nous a montré qu’il est possible en déplaçant d’environ 2 cm le capteur
PPG à la carotide d’obtenir une courbe inversée ou non. La morphologie de la courbe à la
carotide est assez différente entre les deux positions, il apparaît que le couplage mécanique
est moins bon pour la position non-inversée. Pour le PTT, il apparaît que la position non-
inversée tend à faire diminuer le PTT, ce qui peut expliquer, en partie, la surestimation de
PTT observée sur la figure 4.8 entre les capteurs PPG et Complior, et permettrait donc
de réduire l’écart entre les PTTs.
Finalement, nous en avons conclu que la position non-inversée est meilleure car elle est
plus proche de l’artère, correspond à un phénomène physiologique plus classique avec
une densité importante de capillaires et permet d’obtenir un PTT plus faible qui va mieux
correspondre aux valeurs trouvées avec le Complior. Ainsi, pour la suite des expériences, les
capteurs seront toujours placés à l’aide de l’échographe pour optimiser le positionnement
des capteurs par rapport aux artères et ne plus avoir d’inversions.
On aurait alors pu refaire une base de données d’expériences avec le Complior et notre
dispositif multi-PPG pour vérifier si le RM SE des PTTs mesurés par les deux modalités
a bien diminué avec un signal PPG à la carotide non-inversée, mais nous avons décidé de
nous concentrer sur notre plateforme PMP. Nous avons donc effectué une base de données
décrite dans la partie suivante, uniquement à partir de notre dispositif multi-PPG pour
obtenir des valeurs de PA.
Mathilde LUBIN 81
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CHAPITRE 4. MESURE DE PA PAR MULTI-PPG
4.4.1 Expérience
La figure 4.19 montre le placement des capteurs pour cette étude. La plateforme PMP
est utilisée avec les capteurs et paramètres déjà décrits dans la partie 4.1, la seule différence
est qu’en plus des deux capteurs PPG à la carotide et au poignet, nous avons rajouté un
troisième capteur PPG également sur l’artère radiale à 10 cm du poignet.
En plus de PMP, un brassard est placé au bras gauche pour avoir des valeurs de PA de
référence. Pendant l’expérience, le sujet est semi-allongé à 30° sur une table de massage avec
un dossier sous la tête pour garder le cou dans une position verticale. La figure 4.19 montre
le schéma de positionnement des divers capteurs (a), ainsi que la réalisation pratique sur
un sujet (b). Les capteurs PPG sont placés à l’aide de l’échographe SonoScanner® U-Lite
afin de placer les capteurs au plus proche des artères carotide (pour avoir des signaux
non-inversés) et radiale (pour que les deux capteurs radiaux soient le plus possible sur
le même chemin artériel). Pour chaque sujet, les 3 images US sont enregistrées et seront
utilisées pour noter le diamètre et la profondeur des artères carotide et radiale aux points
de mesure. De plus, on notera la distance entre les deux capteurs radiaux, ainsi que la
distance entre le capteur carotide et la bifurcation carotidienne (vue à l’échographe) pour
estimer au mieux les distances entre capteurs. Les deux capteurs PPG au niveau radial à
10 cm d’écart vont nous permettre d’avoir des valeurs de PTT et de VOP dites locales.
Ces valeurs pourront alors être comparées aux valeurs globales obtenues entre carotide et
radiale.
Pour obtenir des valeurs variées de PA et de temps de transit pour chaque sujet, il est
nécessaire de mettre en place des méthodes pour moduler ces grandeurs. Notre choix s’est
porté sur 3 perturbations différentes :
— Handgrip (HG) : un petit anneau de serrage, montré sur la figure 4.20, est pressé
en continu dans la main gauche pendant une minute. La contraction de la main
gauche a pour but d’augmenter la PA tout en faisant diminuer le PAT/PTT, et en
gardant le cou et le bras droit détendu pour ne pas dégrader les signaux PPG.
— Ring Fit (RF) : un anneau de pilates, montré sur la figure 4.21, est ensuite serré
en continu entre les genoux pendant 2 minutes. La contraction des jambes va avoir
un effet similaire à l’expérience HG mais l’amplitude de variation de la PA peut être
plus ou moins forte en fonction de l’effort effectué par chaque sujet donc nous avons
choisi de faire les deux perturbations pour s’assurer d’avoir des valeurs différentes
pour notre régression.
— Slow Breathing (SB) : une respiration contrôlée avec une fréquence de 6 cycles/min
82 Mathilde LUBIN
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4.4. RÉGRESSION POUR OBTENIR PA À PARTIR DE PAT/PTT/VOP
est effectuée pour la dernière perturbation afin de détendre les sujets et de voir l’effet
de la cohérence cardiaque sur nos signaux et grandeurs. La respiration contrôlée a
été effectuée en donnant aux sujets des repères temporels pour inspirer puis expirer
toutes les 5 secondes.
Mathilde LUBIN 83
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CHAPITRE 4. MESURE DE PA PAR MULTI-PPG
Table 4.4 – Tableau montrant les différentes étapes et durées de chacune des 3 expé-
riences. BSL représente la ligne de base au début de chaque expérience. Cuff représente les
moments où une mesure oscillométrique par brassard est faite. Recovery (R) représente la
période de repos après chaque perturbation pour que la PA revienne à sa valeur initiale.
Ce protocole a été testé sur 10 sujets, âgés de 26 à 51 ans (39 ± 8.5 ans), a été approuvé
par le CEA-Leti/DTBS et un consentement écrit a été obtenu de chaque sujet. De plus,
pour respecter les consignes sanitaires liées à la Covid 19, la canule nasale n’a été utilisée
que sur 3 sujets.
84 Mathilde LUBIN
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4.4. RÉGRESSION POUR OBTENIR PA À PARTIR DE PAT/PTT/VOP
Figure 4.22 – Etapes de traitement des signaux pour obtenir la PA, avec L la distance
entre deux capteurs
Le premier modèle de régression choisi est une régression linéaire de type P = aP AT +b,
on se concentrera essentiellement sur Ps pour cette étude car c’est surtout cette valeur qui
va être modulée par nos perturbations. Pour cela, pour chaque sujet, nous allons utiliser
les 9 valeurs de PA obtenues par tensiomètre (Ps,bsl , Ps,pert et Ps,reco pour chacune des 3
perturbations). Nous allons également avoir besoin de 9 valeurs de PAT : une médiane est
alors mesurée pendant la 1ère minute de la ligne de base (PATbsl ), une pendant la mesure
au brassard lancée juste à la fin de la perturbation (PATpert ) et enfin, une pendant la
dernière minute d’expérience (PATreco ) et cela pour chacune des 3 perturbations (HG, RF
et SB), et pour chacun des 3 PATs. La figure 4.23 montre, sur une expérience donnée, les
instants de mesures des valeurs de PA et de PAT médianes.
La figure 4.23 permet de noter que les mesures de PA et de PAT considérées pour la
régression ne sont pas obtenues simultanément pour la ligne de base et la récupération.
Les mesures sont effectuées en même temps uniquement à la fin de la perturbation et
encore, pour le PAT, on mesure une valeur médiane sur la minute d’expérience alors que
le brassard renvoie une seule valeur qui ne peut être assignée à un instant précis.
Un modèle de régression sera alors construit pour chaque sujet à l’aide de la fonction
Matlab fitlm. La qualité de la régression sera jugée grâce au coefficient de corrélation r,
au coefficient de détermination r2 et à la racine de l’erreur quadratique moyenne RM SE
pour permettre de définir quel PAT permet d’obtenir la meilleure régression. RM SE a
déjà été défini dans l’équation (4.4), il nous reste maintenant à définir r en considérant X
et Y nos deux variables qui vont correspondre ici à PAT et PA.
(X − X) · (Y − Y )
P
r = qP qP (4.5)
(X − X)2 · (Y − Y )2
Mathilde LUBIN 85
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CHAPITRE 4. MESURE DE PA PAR MULTI-PPG
Figure 4.23 – Figure montrant l’évolution des 3 PATs pendant une expérience HG d’un
sujet. Les rectangles gris représentent les instants où la pression est mesurée avec le bras-
sard et les rectangles jaunes montrent les moments utilisés pour faire une médiane de PAT.
Les traits pointillés montrent les 2 TAGs : début/fin de perturbation
Nous testerons de la même façon d’utiliser le PTT ou la VOP, à la place du PAT, pour
comprendre quel est le meilleur régresseur.
Une tentative de régression commune à tous les sujets sera également testée.
4.4.3 Résultats
La première étape a été de regarder les signaux PPG et ils ont été jugés de bonne
qualité pour 9 des 10 sujets. La figure 4.24 montre un sujet avec des signaux fiables (a) et
le sujet avec des signaux jugés de mauvaise qualité (b).
En effet, pour les signaux de bonne qualité, on retrouve bien, pour chacun des deux
battements cardiaques, pour les trois signaux, une pente systolique rapide puis une descente
plus lente avec des réflexions d’onde générant des remontées du signal. En regardant le pied
des ondes, on observe également que l’onde arrive d’abord à la carotide (courbe jaune),
puis à l’avant-bras (courbe rouge) et enfin, au poignet (courbe bleue) : ce qui est bien
cohérent avec la propagation de l’onde de pouls du cœur vers la périphérie. Cependant,
pour le sujet avec les signaux dégradés (figure 4.24 (b)), nous observons la forme d’onde
habituelle seulement pour le signal à l’avant-bras. Les courbes carotide et radiale sont
perturbées et l’onde à la carotide semble arriver en même temps que l’onde à l’avant-
bras, ce qui montre bien que nous allons avoir des problèmes au moment de la mesure
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4.4. RÉGRESSION POUR OBTENIR PA À PARTIR DE PAT/PTT/VOP
du PTT. Nous pensons que cette dégradation est liée à un mauvais positionnement des
capteurs pendant la mise en place et nous ne tiendrons donc pas compte de ce sujet pour
les mesures et régressions qui utilisent la courbe carotide.
Nous allons déjà regarder l’effet de nos perturbations sur PA et sur RC, puis sur
PAT/PTT/VOP pour tenter d’effectuer des premières régressions entre nos paramètres.
Nous allons maintenant vérifier que les perturbations effectuées pour moduler la PA
ont bien eu l’effet escompté. Pour cela, les variations de PA entre le début de l’expérience
et la perturbation ainsi que celles entre la perturbation et la fin de l’expérience ont été
étudiées pour chaque sujet et les variations de Ps sont résumées dans le tableau 4.5.
Mathilde LUBIN 87
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CHAPITRE 4. MESURE DE PA PAR MULTI-PPG
observée précédemment donc peut être que la période de récupération de 4 minutes n’était
pas assez longue pour permettre une récupération totale de Ps .
Pour la perturbation SB, l’effet a été différent d’un sujet à l’autre, ce qui explique qu’en
moyenne il n’y ait pas eu d’effet mais le point positif est que sur 9 des 10 sujets, la
variation de Ps liée à la perturbation est opposée à la variation pendant la récupération :
ce qui signifie que si la perturbation a fait augmenter Ps , elle a diminué par la suite, et
inversement.
Quant à Pd , les variations sont moins marquées : en mesurant la moyenne et l’écart-
type de Pd,pert −Pd,bsl , on obtient une variation de Pd associée à la perturbation de 0.8±3.8
mmHg pour HG, 2.4±4.3 mmHg pour RF et 1.5±6.6 mmHg pour SB. Ces valeurs tendent
à montrer que nos méthodes modulent Pd mais avec une amplitude plus faible que Ps . Il
est en effet connu qu’il est plus difficile de moduler Pd [92], car cette grandeur est surtout
reliée à la résistance vasculaire, quasiment constante le long de l’arbre artériel, alors que Ps
est surtout lié à l’éjection du VG et la compliance artérielle qui elles vont être influencées
par nos perturbations : ce qui explique que nous allons surtout nous concentrer sur des
régressions de Ps par la suite.
De la même façon que pour la PA, nous allons maintenant regarder l’effet des perturba-
tions sur le rythme cardiaque. La figure 4.25 nous montre les variations d’IBI, l’intervalle
temporel entre deux battements cardiaques et donc l’inverse du rythme cardiaque, me-
surées sur l’ECG à chaque battement cardiaque pour un sujet pendant l’expérience de 8
minutes avec perturbation RF entre les deux TAG.
Figure 4.25 – Exemple d’évolution du signal IBI pour un sujet, pour l’acquisition avec
la perturbation RF. Les 2 traits verticaux montrent les appuis sur le bouton TAG : la
perturbation RF a lieu entre les deux traits
On retrouve bien sur la figure 4.25 une diminution de l’IBI pendant la perturbation RF,
donc une augmentation du RC. Après la perturbation (TAG2 ), le signal revient assez
rapidement à une valeur proche de celle pendant la ligne de base, en environ 15 secondes,
ce qui tend à montrer que le sujet revient à un état de repos pendant la mesure effectuée
88 Mathilde LUBIN
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4.4. RÉGRESSION POUR OBTENIR PA À PARTIR DE PAT/PTT/VOP
Table 4.6 – Tableau représentant les variations de l’IBI entre la perturbation pert et la
ligne de base bsl et entre la récupération reco et la perturbation pert pour HG, RF et SB
On observe alors que la perturbation RF a plus d’effet sur l’IBI avec une diminution de
−153 ± 75.3 ms, comparé à HG qui a une diminution de −92.5 ± 89.5 ms. Quant à SB,
l’effet est assez différent d’un sujet à l’autre, avec une variation de −15.5 ± 51.1 ms :
les conclusions sont alors les mêmes que pour la PA. L’amplitude des variations est très
différente d’un sujet à l’autre, ce qui explique l’écart-type élevé observé.
Pour la récupération, contrairement à la PA, l’IBI a retrouvé sa valeur initiale grâce aux
4 minutes de récupération. En effet, la figure 4.25 nous a montré que l’IBI va revenir
rapidement à sa valeur initiale : les temps de réponse de la PA et de l’IBI sont donc
différents.
Maintenant que nous avons validé la modulation de PA par nos perturbations, il reste
à vérifier si le PAT a également été modulé. La figure 4.26 nous montre les variations des
3 PATs pour un sujet.
Figure 4.26 – Evolution temporelle des 3 PATs pour un sujet pendant l’acquisition RF :
du bas vers le haut, carotide (C), avant-bras (F) et poignet (W). Les 2 traits verticaux
montrent les appuis sur le bouton TAG : avant/après la perturbation
Mathilde LUBIN 89
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CHAPITRE 4. MESURE DE PA PAR MULTI-PPG
A partir de la figure 4.26, il apparaît que les 3 PATs semblent diminuer pendant la per-
turbation RF et ré-augmenter pendant la récupération. Pour confirmer cela, le tableau 4.7
montre les médianes ± écart-types de chaque PAT pendant la ligne de base (Bsl, avant
TAG1 ), pendant la perturbation (Pert, entre TAG1 et TAG2 ) et pendant la récupération
(Reco, après TAG2 ), pour les 10 sujets.
Table 4.7 – Tableau représentant les variations des 3 PATs entre la perturbation P ert et
la ligne de base Bsl et entre la récupération Reco et la perturbation P ert pour HG, RF
et SB
Nous retrouvons bien des diminutions des 3 PATs entre la ligne de base et la perturbation
ainsi qu’une réaugmentation pendant la récupération, comme pour la PA et l’IBI. De
plus, comme pour la PA, nous remarquons que le PAT ne revient pas tout à fait à sa
valeur initiale pendant la récupération, sauf pour la perturbation SB, ce qui confirme qu’il
faudrait sûrement faire une récupération un peu plus longue pour s’assurer du retour à
la normale de nos paramètres. Les variations des 3 PATs sont assez similaires entre elles,
notamment pour la perturbation RF. Ceci est très encourageants pour nos régressions car
PA et PAT sont bien modulés, comme attendu, par les perturbations.
Un autre aspect de la figure 4.26 est que les 3 courbes présentent des variations tem-
porelles, liées à la respiration comme pour le rythme cardiaque (la comparaison entre le
rythme cardiaque et la respiration n’ont pas été montrées ici mais sont détaillées dans
l’annexe B), avec notamment une forte modulation sur PATC . Cependant, ces variations
ne sont pas en phase avec les variations du rythme respiratoire, contrairement au rythme
cardiaque. On retrouve ici des variations de PAT décalées d’environ 3 battements car-
diaques par rapport à la respiration : ce constat a déjà été observé dans la littérature [25]
mais aucune conclusion n’a été trouvée car la régulation des paramètres comme RC et
PAT est effectuée par des systèmes physiologiques complexes, comme le système nerveux
autonome, et les paramètres sont inter-dépendants.
A partir de ces PAT, nous pouvons maintenant tester des modèles de régression pour
mesurer la PA.
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4.4. RÉGRESSION POUR OBTENIR PA À PARTIR DE PAT/PTT/VOP
Table 4.8 – Coefficient de corrélation r obtenu pour la régression, pour chaque sujet et
chacun des 3 PATs. La case jaune représente le coefficient positif qui n’est pas cohérent
Ce tableau nous montre des coefficients de régression négatifs, ce qui est bien cohérent
avec ce qui est attendu, le PAT diminuant quand la PA augmente, sauf pour 1 valeur
représentée en jaune sur le tableau. Cette valeur correspond au signal PPG à la carotide
de mauvaise qualité, montré sur la figure 4.24.
Pour comparer l’efficacité des 3 PATs comme régresseurs, nous avons calculé un coefficient
de corrélation moyen sur les 10 sujets : nous retrouvons des valeurs similaires pour le
capteur au poignet (W) et celui à l’avant-bras (F) avec des coefficients de corrélation
respectifs rmoyen,W = −0.53 ± 0.13 et rmoyen,F = −0.54 ± 0.25, mais nous remarquons que
l’écart-type est plus élevé à l’avant-bras, et une valeur un peu plus faible à la carotide (C) :
rmoyen,C = −0.43 ± 0.28.
La figure 4.28 illustre les résultats des régressions à partir du PATW pour les 10 sujets
avec une figure de corrélation statistique et un diagramme de Bland-Altman.
Cette figure nous montre les résultats des régressions obtenues pour chaque sujet avec un
coefficient de corrélation moyen de -0.53 et un RMSE moyen de 3.87 mmHg (figure 4.28
(a)). Le diagramme de Bland-Altman (figure 4.28 (b)), montre une erreur entre la pré-
diction et la mesure de Ps de 2.86 ± 2.16 mmHg : il apparaît alors que cette mesure de
Ps satisfait le critère de l’AAMI défini par les équations (2.1) et (2.2), avec seulement
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CHAPITRE 4. MESURE DE PA PAR MULTI-PPG
deux valeurs en dehors des limites fixées par les traits pointillés. Ces résultats sont très
encourageants pour une première régression.
Une tentative de régression commune aux 10 sujets a ensuite été envisagée. Comme
pour les régressions individuelles, nous avons testé la régression pour chacun des 3 PATs.
Pour P ATC , nous avons enlevé le sujet 10 dont la qualité du signal est dégradé. Le ta-
bleau 4.9 nous montre les coefficients de corrélation obtenus pour chacun des 3 PATs.
Table 4.9 – Coefficient de corrélation r obtenu pour la régression commune aux 10 sujets
et chacun des 3 PATs. La case verte représente la meilleure régression
Il apparaît alors que la meilleure régression avec r = −0.34 est obtenue au poignet. Il
est intéressant de voir que le poignet (W) et l’avant-bras (F) avaient des coefficients de
corrélation similaires pour les régressions individuelles (tableau 4.8) mais que, pour la
régression commune aux 10 sujets, le poignet est bien meilleur que l’avant-bras. Pour la
carotide (C), r est similaire à celui obtenu de l’avant-bras (F), avec une valeur très faible
donc ce ne sont pas des bons régresseurs.
Ce premier modèle de régression commune n’est pas optimal, avec un coefficient de déter-
mination maximal r2 = 0.12. Pour tenter d’améliorer ce résultat, nous avons également
testé d’utiliser comme régresseur 1
P AT et d’ensuite ajouter la taille des sujets. En effet, il a
été vu dans la partie 2.3.2 que de considérer la taille des sujets va améliorer la régression.
Nous avons donc testé comme régresseur une variable homogène à une vitesse : P AT ,
T
avec
T la taille du sujet (en mm) en testant les 3 différents PATs. Cette fois, on s’intéresse à un
régresseur en 1
P AT donc on s’attend à obtenir un coefficient de corrélation positif et une
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4.4. RÉGRESSION POUR OBTENIR PA À PARTIR DE PAT/PTT/VOP
amélioration des résultats par rapport au régresseur P AT : c’est ce qu’on va vérifier sur
le tableau 4.10.
Table 4.10 – Coefficient de corrélation r obtenu pour la régression commune aux 10 sujets
et chacun des 3 PATs, avec comme régresseurs P AT 1
, puis P TAT , avec T la taille du sujet.
La case verte représente la meilleure régression
La figure 4.29 montre les variations des PTTs pendant la perturbation RF pour un
sujet.
Figure 4.29 – Evolution temporelle des 3 PTTs pour un sujet pendant l’acquisition RF :
du bas vers le haut, entre l’avant-bras et le poignet (F-W), entre la carotide et l’avant-bras
(C-F) et entre la carotide et le poignet (C-W). Les 2 traits verticaux montrent les appuis
sur le bouton TAG : avant/après la perturbation
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CHAPITRE 4. MESURE DE PA PAR MULTI-PPG
perturbation, contrairement à ce qui est attendu. Pour vérifier si ces constatations sont
les mêmes pour les 10 sujets, le tableau 4.11 montre les variations de PTT pour chaque
perturbation. Une étude sur les valeurs absolues de PTT est détaillée dans l’annexe B.
Table 4.11 – Tableau représentant les variations des 3 PTTs entre la perturbation P ert
et la ligne de base Bsl et entre la récupération Reco et la perturbation P ert pour HG, RF
et SB. En rouge, les valeurs qui ne varient pas dans le sens attendu
Les valeurs rouges du tableau nous montrent que plusieurs PTTs ne varient pas dans le
sens attendu : il apparaît que la perturbation HG ne fait diminuer aucun des 3 PTTs alors
que la perturbation RF permet d’observer une diminution de P T TC−W de 1.00 ± 6.31 ms
et également une diminution de P T TC−F de 4.50 ± 8.04 ms. L’écart-type élevé montre
que l’effet est assez différent d’un sujet à l’autre. Pour la récupération, ces deux PTTs
ré-augmentent bien pour les 3 perturbations. Les valeurs ne sont pas cohérentes pour le
P T TF −W , ce qui n’est pas étonnant car pour 5 des 10 sujets, ce PTT est négatif : des
inversions temporelles sont observées chez ces sujets avec P ATW < P ATF et cela sera
détaillé dans l’annexe B et la discussion.
Finalement, nous avons choisi de ne pas détailler de régressions à partir du PTT, ni à
partir de la VOP car les valeurs obtenues ne nous semblent pas très fiables, à cause des
inversions temporelles observées sur les PATs.
4.4.4 Discussion
Dans les résultats, nous avons choisi de nous concentrer sur les variations de PAT/PTT
mais si on regarde plus attentivement les valeurs absolues des grandeurs, nous observons
des valeurs incohérentes. Une étude de ces valeurs pendant la ligne de base de la per-
turbation HG est détaillée dans l’annexe B. Le résultat principal qui en ressort est que,
pour 5 des 10 sujets, PATW < PATF et nous allons dans cette discussion essayer de
comprendre cette inversion temporelle.
Grâce aux images échographiques prises aux points de mesure ; nous avons pu étudier la
profondeur de l’artère radiale aux deux points de mesure à 10 cm d’écart pour chaque sujet.
On peut alors noter une profondeur de l’artère radiale au poignet de 4.29±0.66 mm contre
une profondeur de l’artère radiale à l’avant-bras de 9.68 ± 1.83 mm. Nous pouvons donc en
déduire que notre capteur PPG, qui sonde à une profondeur d’environ 4 mm va pouvoir
sonder l’artère radiale au niveau du poignet mais pas au niveau de l’avant-bras (à 10 cm
94 Mathilde LUBIN
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4.4. RÉGRESSION POUR OBTENIR PA À PARTIR DE PAT/PTT/VOP
du poignet). Cette constatation rend cohérents les résultats des régressions à partir du
PAT : pour les régressions individuelles, les deux capteurs (F et W) donnent des résultats
similaires, ce qui montre que les variations de chaque sujet sont similaires, mais en prenant
en compte tous les sujets dans une régression commune, la valeur absolue du PAT prend
de l’importance et la régression va donc être perturbée par l’inversion temporelle des PATs
pour 5 sujets. Ainsi, le fait que le poignet (W) donne une meilleure régression commune
(tableau 4.10) montre que le signal au poignet est plus stable que celui à l’avant-bras : ce
qui paraît cohérent comme il sonde un signal plus artériel.
Pour tenter d’expliquer l’inversion temporelle, en reprenant la théorie de Kamshilin [55]
discutée dans la partie 4.3.1, on peut se rappeler que la distribution spatiale de la phase de
signaux PPG verts au niveau du poignet (figure 4.13) montrait des inversions (passage de
la phase de 0 à -180°) assez brusques au niveau des artères radiale et ulnaire au poignet : ce
qui générait des inversions de signaux. Ainsi, à partir de ce raisonnement, notre hypothèse
serait de dire qu’au poignet, si notre capteur est placé entre deux zones proches de l’artère
radiale qui vont correspondre à une opposition de phase, on peut avoir une contribution
des deux zones qui vont dégrader la qualité de nos signaux et peut ainsi expliquer les
différences de PAT obtenues. On retrouve alors que, comme le capteur au poignet sonde
l’artère, il va être moins sensible à ce phénomène, car le signal artériel sera prédominant par
rapport à la contribution des autres zones, ce qui peut expliquer qu’elle permet d’obtenir
de meilleurs résultats pour la régression. Cependant, pour le capteur à l’avant-bras, elle
sonde des tissus superficiels et peut donc être plus influencée par ces modulations de phase
qui vont alors générer des décalages temporels.
Nous pouvons également noter que la pression exercée par les capteurs sur la peau peut
sûrement avoir une influence sur les PAT obtenus. En effet, un avantage est que nous oc-
cluons une partie du système veineux donc il y a peu de chances qu’il influence nos mesures.
Par contre, l’appui en amont sur l’artère peut modifier légèrement son comportement en
aval et pourrait expliquer des variations temporelles de PAT observées. De plus, cet appui
provoque certainement des modifications également sur le comportement des capillaires et
ce mélange complexe de phénomènes physiologiques influencés par l’appui de nos capteurs
plus ou moins proches de l’artère peuvent expliquer les différences observées entre les deux
capteurs F et W.
4.4.5 Conclusion
Cette étude sur 10 sujets nous a permis de valider que les perturbations HG et RF
permettent bien de moduler la PA, avec une amplitude de 10 mmHg et également le PAT.
Les valeurs absolues de PTT et de VOP pendant la ligne de base de la perturbation HG
sont données dans l’annexe B. L’effet de la perturbation SB au niveau de la modulation des
paramètres est plus complexe mais avec l’utilisation du capteur de respiration, cela a permis
de voir la cohérence cardiaque et de mieux comprendre la relation entre la respiration et
les modulations du RC et du PAT.
Mathilde LUBIN 95
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CHAPITRE 4. MESURE DE PA PAR MULTI-PPG
Cela a également mis en avant des inversions temporelles de PAT au niveau du bras que
nous nous sommes efforcés de comprendre et les pistes d’explication ont été données dans
la discussion. Finalement, ces observations mettent en avant la complexité du PPG et
nous permettent de comprendre de mieux en mieux son fonctionnement et ce qu’il permet
réellement de mesurer.
Des premiers modèles de régression pour obtenir la PA à partir du dispositif multi-PPG, en
mesurant le PAT ou le PTT, ont été testés. Les premiers résultats sont encourageants mais
il faut bien noter que nous n’avons que 9 points par sujet, ce qui n’est pas beaucoup pour
effectuer une telle régression. Pour créer un modèle plus précis, et ainsi, pouvoir comparer
proprement les variations de PA avec celles du PAT/PTT et de la VOP, il serait nécessaire
d’avoir des valeurs de PA battement-par-battement et d’avoir ainsi plus de points pour
notre régression. Ceci n’est pas possible en utilisant un brassard car la mesure met environ
1 minute. Pour remédier à ce problème, un dispositif du commerce ClearSight® basé sur
la méthode arterial volume clamp (définie dans la partie 2.2.1) a été acheté et sera utilisé
dans le cadre d’un essai clinique prévu au CEA-Leti/DTBS à la fin de l’année. Il permettra
alors de récupérer la courbe de PA continue et d’extraire diverses caractéristiques de la
PA, notamment Ps et Pd à chaque battement cardiaque. Cependant, nous n’avons pas
encore eu le temps de tester cet appareil.
96 Mathilde LUBIN
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4.4. RÉGRESSION POUR OBTENIR PA À PARTIR DE PAT/PTT/VOP
Mathilde LUBIN 97
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CHAPITRE 4. MESURE DE PA PAR MULTI-PPG
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Chapitre 5
Mesure de PA par US
Dans ce chapitre, nous allons nous intéresser à la modalité US et adapter les méthodes
de l’état de l’art pour remonter à la pression artérielle à partir de données US. Nous
pourrons ainsi dans le chapitre suivant confronter les 2 modalités US et PPG.
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CHAPITRE 5. MESURE DE PA PAR US
Un exemple de signal RF a déjà été montré sur la figure 2.26, représentant l’élément 64 au
centre de la sonde et le tir 600 : on voit bien les deux échos qui apparaissent, correspondant
chacun à la réflexion des ultrasons sur les parois proximale et distale de l’artère carotide. La
distance entre les deux échos va alors nous permettre de mesurer l’évolution du diamètre
de l’artère en fonction des éléments et du temps : on va alors pouvoir reconstruire la courbe
de distension artérielle.
Pour chaque tir, les données RF de tous les éléments peuvent permettre de construire
une image en mode B après filtrage, démodulation et calcul de l’enveloppe. La figure 5.1
représente un exemple d’image en mode B, elle permet de visualiser l’artère à un temps
donné tout le long de la sonde et récapitule les différentes dimensions utiles dans cette
étude. L’élément 1 est celui le plus proche du cœur et l’élément 128 le plus proche du
cerveau.
A partir des données RF, nous allons maintenant présenter les méthodes mises au point
pour mesurer la distension artérielle et la VOP.
A partir du signal RF obtenu pour chaque élément de la sonde et pour chaque tir, la
composante axiale vz de chacune des deux parois est estimée à partir d’une méthode de
suivi de phase inspirée de Kasai et al [56] :
cs ∗ P RF R̂(1)
vz = − ∗ (5.1)
4πf0 π
avec cs la vitesse du son (en m/s), P RF la fréquence de répétition (en Hz), f0 la fréquence
d’émission (en Hz) et R̂(1) l’autocorrélation complexe de lag 1.
La figure 5.2 montre un exemple de vitesse de chacune des deux parois pour l’élément
central de la sonde US, sur un battement cardiaque.
Figure 5.2 – Vitesse des parois proximale et distale, pour un élément US sur un battement
cardiaque
La figure 5.2 nous montre les vitesses des parois de l’artère avec des pics au début du
battement, au passage de l’onde de pouls, qui sont comme attendu de signes opposés, avec
une vitesse plus rapide sur la paroi distale, ce qui peut s’expliquer car elle est plus libre
que la paroi proximale, cette dernière étant plus proche de la peau et donc plus contrainte
par la force exercée par la sonde US.
On pourra alors intégrer cette vitesse pour estimer le mouvement de la paroi proximale ou
distale pour chaque élément. En soustrayant le mouvement de la paroi proximale à celui
de la paroi distale, on va retrouver la courbe de distension artérielle, dont un exemple est
montré sur le haut de la figure 5.3.
On pourra également dériver cette vitesse pour obtenir le signal d’accélération, qui va
être utilisé pour mesurer la VOP.
Pour chaque élément et pour chaque paroi, on obtient alors le signal d’accélération : le
bas de la figure 5.3 nous montre un exemple de signal d’accélération pour l’élément central
de la sonde US.
Figure 5.3 – Distension artérielle et sa dérivée seconde pour l’élément central de la sonde
US
On remarque que deux instants particuliers du cycle cardiaque sont remarquables car on
observe des pics d’accélération, qui vont nous permettre de mesurer le décalage temporel de
l’onde de pouls entre les différents éléments de la sonde, pour chaque battement cardiaque :
le pied systolique (SF) et l’incisure dicrotique (DN).
On va alors s’intéresser à la carte d’accélération en donnant un exemple sur un batte-
ment cardiaque zoomé autour de l’incisure dicrotique (DN) (figure 5.4).
L’objectif de notre algorithme est de détecter les contours du pic d’accélération (à partir
de la bande jaune principale sur la figure 5.4), pour lequel l’accélération est supérieure à
un seuil fixé, et d’y sélectionner le maximum de l’accélération ou le centroïde (moment
d’ordre 1), pour chaque élément. Nous remarquons que les deux méthodes donnent des
résultats similaires et réussissent bien à suivre la bande d’accélération le long de la sonde.
Pour chacune des deux expériences, nous utiliserons la méthode qui donne les régressions
avec le meilleur coefficient de détermination r2 . La pente de la régression obtenue est égale
à − 1c et nous permet donc d’obtenir la VOP locale à l’emplacement de la sonde.
Un exemple de courbes obtenues pour l’élément central de la sonde et pour tous les
éléments de la sonde sont montrées sur les figures 5.5 et 5.6.
Ces courbes nous montrent bien que l’artère se distend à chaque battement cardiaque, au
passage de l’onde de pouls. On retrouve bien, pour tous les éléments de la sonde, une courbe
de distension artérielle, semblable à une courbe de pression artérielle, avec visualisation
notamment de l’incisure dicrotique. De plus, sur la figure 5.6, un décalage temporel est
visible entre les différents éléments de la sonde US (les courbes rouges arrivent après les
courbes bleues), ce décalage correspond au passage de l’onde de pouls et va être utilisé dans
la suite pour mesurer la VOP. Ces courbes nous permettent également d’obtenir des ordres
de grandeur, avec un diamètre diastolique de 4.9 mm et une distension moyenne d’environ
0.6 mm : ce qui fait une distension d’environ 12 % pour ce sujet. Nous remarquons que
l’amplitude de la distension est différente en fonction des éléments de la sonde (de 0.5 à 0.7
mm, respectivement entre les premiers et les derniers éléments de la sonde), ceci semble
montrer que l’appui de la sonde US sur le cou du sujet n’est pas uniforme, ou que l’artère
carotide n’est pas exactement à la même profondeur le long de la sonde.
Les figures 5.7 et 5.8 montrent le décalage temporel entre les 128 éléments de la sonde,
sur des échelles temporelles similaires pour les deux figures, respectivement au niveau du
pied systolique (SF) et de l’incisure dicrotique (DN) le long de la sonde US.
Au niveau du pied systolique (figure 5.7), la bande jaune principale représente l’onde
directe qui circule du cœur au cerveau. Après cette onde directe, on observe une onde
réfléchie, avec une pente négative : cette onde réfléchie provient d’une forte réflexion au
niveau des artérioles carotidiennes à ∆t = 40 ms. Cette réflexion a lieu à environ 10 cm
du premier élément de la sonde en estimant comme VOP : c = 5 m/s (D = 2 ).
c·∆t
Ensuite, environ 300 ms après le pied systolique, on retrouve l’incisure dicrotique (fi-
gure 5.8) : elle semble provenir de réflexions, à environ 75 cm de la carotide (cf discussion
à suivre). Cette onde va revenir au niveau carotidien, on la voit alors passer avec une
pente positive sur la figure 5.8 : on aurait pu s’attendre à voir cette onde avec une pente
négative comme c’est une onde réfléchie, cela montre qu’elle a été réfléchie par le corps en
dessous du cou et revient donc dans le même sens qu’une onde directe à la carotide. On
observe également l’onde qui est réfléchie au niveau des artérioles carotidiennes comme
précédemment, mais ici avec ∆t = 30 ms : en estimant que c’est le même lieu de réflexion
qu’au SF, il apparaît que l’onde revient plus vite, donc que la VOP est plus élevée. Nous
pourrons confirmer que cDN > cSF dans la suite des résultats. Une troisième réfléxion est
visible sur cette figure mais la raison pour qu’elle apparaisse à l’incisure dicrotique et non
au pied systolique n’a pas encore été validée.
Cette expérience nous a donné une nouvelle information sur l’incisure dicrotique : les
réflexions qui participent à sa création ont lieu à environ 75 cm de la carotide. Cette infor-
mation liée à la provenance de l’incisure n’est pas clairement connue dans la littérature,
comme déjà discuté dans la partie 1.4 : en plus de la fermeture de la valve aortique, les
réflexions d’ondes semblent aussi jouer un rôle dans la création de cette incisure. Nous
avons trouvé 2 articles présentant des hypothèses plausibles : Lamia et al [61] affirme que
les réflexions d’onde proviennent du "barrage artériolaire distal" sans donner plus de détails
et Takahashi et al [99] décrit une réflexion d’onde à la bifurcation iliaque (bifurcation entre
l’aorte et les artères iliaques). Cette bifurcation a également été discutée lors d’une présen-
tation orale à la conférence EMBC 2020 par Kyriacou et al (associée à l’abstract [60]) : sur
une étude in vitro sur fantôme simulant le fonctionnement du système cardiovasculaire, il
a montré que l’ajout d’un élément résistif pour simuler la bifurcation iliaque permettait
de générer l’incisure dicrotique.
Pour tester cette hypothèse, nous avons calculé la distance artérielle entre la carotide
droite et la bifurcation iliaque, d’après le modèle de Liang et al [65] : on obtient 65 cm, ce
qui semble un peu faible par rapport à la valeur de 75 cm obtenue avec les US. De plus,
on a déjà vu dans le chapitre 1 que c’est plutôt au niveau des artérioles qu’on va avoir
de fortes réflexions d’onde. Or, au niveau de la bifurcation iliaque, on passe de l’aorte
abdominale qui a un diamètre de 6.3 mm aux deux artères iliaques primitives avec un
diamètre de 4 mm [65] : ce ne sont pas des petites artères et donc cela ne permet pas de
justifier une réflexion d’onde aussi forte à cet endroit.
Néanmoins, en étudiant la vascularisation des tissus au niveau des artères iliaques, on
observe une zone vasculaire très dense au niveau du petit bassin, irrigué par les artères
iliaques internes (figure 5.9).
En rajoutant à la distance précédente le chemin artériel entre la bifurcation iliaque et le
bout d’une des deux artères iliaque interne (même distance du côté gauche ou du côté
droit), on trouve une distance totale de 75.3 cm, qui correspondrait à la valeur trouvée
par ultrasons.
Ainsi, l’hypothèse que nous formulons ici est de dire que l’incisure dicrotique pourrait
provenir, non pas de la bifurcation iliaque mais de la séparation des artères iliaques internes
en artérioles qui vont se charger d’irriguer le petit bassin. Cela est cohérent avec la notion de
"barrage artériolaire", car c’est bien au passage entre artères et artérioles que la résistance
vasculaire augmente fortement (figure 1.9), ce qui permet d’expliquer la forte réflexion
d’onde obtenue qui va participer à la création de l’incisure dicrotique.
Mesure de la VOP
Les régressions effectuées pour les deux instants sont montrées sur les figures 5.10
et 5.11.
Figure 5.9 – Schéma de vascularisation du corps humain, zoomé au niveau des artères
iliaques qui vont irriguer le petit bassin
La pente de la régression est égale à − 1c [46]. Deux VOP (c) sont donc obtenues (en m/s)
pour chaque battement cardiaque et présentées dans le tableau 5.2 :
Finalement, une mesure satisfaisante de la VOP est obtenue à l’aide de cette méthode
car l’ordre de grandeur de 5 m/s est bien respecté et les coefficients de détermination
r2 montrent des valeurs supérieures à 0.76. On remarque que la VOP évolue en fonction
du point de mesure, elle est plus élevée à l’incisure dicrotique qu’au pied systolique : il
apparaît alors que la VOP augmente avec la distension, ce qui est cohérent car l’artère est
Table 5.2 – Tableau donnant les 4 valeurs de VOP obtenues pour chacun des deux
battements cardiaques au pied systolique (cSF ) et à l’incisure dicrotique (cDN )
plus contrainte quand elle se distend. De plus, on observe une différence de VOP entre le
battement 1 et le battement 2 : cette variabilité de la VOP (outre les écarts causés par
la technique de mesure) peut s’expliquer par une modulation de la VOP par le système
nerveux autonome, notamment par la respiration [25].
Cette étude nous montre finalement que les ultrasons permettent d’obtenir les dimen-
sions de l’artère sondée et la VOP. Le tableau 5.3 résume les ordres de grandeur obtenues
dans cette étude.
Table 5.3 – Tableau récapitulant les valeurs moyennes de distension, du diamètre dias-
tolique et des VOPs obtenues dans cette étude
Cependant, cette étude n’a été faite que sur 1 sujet, pendant 2 secondes et sans
calibration en pression. Nous n’allons donc pas tenter de remonter à la pression à partir
de cette acquisition. Nous avons alors effectué une nouvelle expérience, présentée dans la
partie suivante, sur une dizaine de battements cardiaques pour confirmer ces résultats et
remonter à la PA.
Nous utilisons les mêmes méthodes de mesures de la distension et de la VOP que celles
présentées dans le paragraphe 5.1. Pour la VOP, l’algorithme a été optimisé pour obtenir
la mesure au pied systolique (SF) et à l’incisure dicrotique (DN) sur tous les battements
cardiaques successifs en sélectionnant manuellement les instants sur la carte d’accélération
de la paroi proximale. Pour remonter à la PA, nous avons choisi d’utiliser la méthode
de Bramwell-Hill, on rappelle ici l’équation (2.8) que nous allons utiliser :
D(t) − Dd
P (t) = Pd + 2ρc2 (5.2)
Dd
Nous pourrons donc obtenir une courbe continue de PA (P (t)), à partir de la distension
(D(t) − Dd ), de la VOP (c) et d’une calibration de Pd effectuée en début d’expérience
avec un tensiomètre. A noter qu’on va utiliser dans ce chapitre un modèle linéaire entre le
diamètre et la PA. Usuellement, des modèles exponentiels sont également utilisés, comme
celui de l’équation (2.9). Nous avons testé les deux modèles, réussi à montrer que les deux
méthodes donnent des résultats équivalents et choisi de nous concentrer sur le modèle
linéaire, comme décrit par l’équation (5.2).
Le traitement des données Complior a déjà été décrit dans la partie 4.2.2 pour la mesure
de PTT. Dans cette étude, nous nous concentrerons sur le PTT obtenu par intersection
des tangentes (TI) et un nouvel algorithme a été mis au point pour mesurer le PTT au
niveau de l’incisure dicrotique (DN), en détectant l’instant autour du DN où la pente de
la courbe de diamètre est maximale, donc un SM au niveau du DN.
Pour la pression centrale, le logiciel Complior donne directement la valeur de Ps centrale (à
partir d’une calibration par tensiomètre décrite pendant la description du dispositif dans
la partie 2.1.3), ainsi qu’une courbe d’un battement médian sur les 30 dernières secondes
de l’acquisition.
5.3.2 Résultats
Figure 5.12 – Evolution temporelle du diamètre moyen sur les 128 éléments de la sonde
US
Nous allons maintenant nous concentrer sur la mesure de VOP. En regardant la carte
d’accélération de la paroi proximale (figure 5.13), nous remarquons que le bas de l’image, à
partir d’une position latérale supérieure à 5 mm (donc les derniers éléments de la sonde), est
moins bien définie, c’est pourquoi nous avons décidé d’effectuer le traitement sur seulement
une partie des 40 mm de la sonde pour rendre plus fiable l’estimation de la VOP : on ne
traitera alors que les 80 premiers éléments de la sonde, donc sur une distance de 23.5 mm.
Cette carte d’accélération nous montre bien le passage des deux ondes décrites précé-
demment pour chaque battement cardiaque. On retrouve ici 12 battements cardiaques
successifs.
En se concentrant sur un battement cardiaque (figure 5.14), on retrouve l’onde directe
au pied systolique (SF) autour de 7450 ms et l’onde dicrote (DN) autour de 7750 ms.
Dans la partie 5.1.3, il avait été observé que l’incisure dicrotique avait lieu environ 300 ms
après le pied systolique : cette remarque est bien confirmée également dans cette étude.
Notons que nous ne voyons pas les ondes de réflexion carotidiennes revenir avec une pente
négative : nous pensons que cela dépend de la physiologie de chaque sujet et surtout de la
position de la sonde sur le cou.
Nous allons désormais pouvoir pointer manuellement des différentes ondes sur lesquelles
nous souhaitons mesurer la VOP. Sur cette carte d’accélération (figure 5.13), nous allons
donc obtenir 24 valeurs de VOP : 2 valeurs (SF+DN) par battement et 12 battements
cardiaques. Les valeurs obtenues pour chacune des 3 expériences sont résumées sur le
tableau 5.4.
En regardant les valeurs obtenues dans le tableau, nous remarquons qu’il y a une grande
variabilité de la VOP d’une expérience à l’autre, mais également un écart-type assez élevé
pour une même expérience. De plus, nous retrouvons bien cDN > cSF . Si on compare ces
valeurs avec celles de l’expérience précédente, résumées dans le tableau 5.3, on remarque
qu’elles sont plus faibles : le sujet n’étant pas le même, cela semble juste signifier que ce
sujet a une VOP plus faible que le sujet précédent, les deux étant jeunes et sains.
Figure 5.14 – Carte d’accélération de la paroi proximale zoomée sur un battement car-
diaque avec l’onde directe (SF) et l’onde réfléchie (DN)
Table 5.4 – Tableau montrant la VOP moyenne ± écart-type, pour SF et pour DN, pour
chaque expérience, sur les 80 premiers éléments de la sonde
Nous allons regarder plus en détails les valeurs obtenues pour l’expérience 3 afin de tenter
de comprendre l’origine de la variabilité observée sur les 10 secondes d’expérience. La
figure 5.15 nous montre les valeurs de VOP obtenues à chaque battement sur l’expérience
3, ainsi que les valeurs d’IBI obtenues également à chaque battement au niveau de SF.
Figure 5.15 – Valeurs de VOP obtenues au DN et d’IBI sur les 10 secondes de l’expérience
Cette figure (a) montre une assez grande variabilité de la VOP entre chaque battement,
qui peut en partie être expliqué par les variations de l’IBI, similaires à celles de la VOP
(b). Une autre partie de la variabilité peut être expliquée par des variations du système
nerveux autonome du sujet, dont la respiration, même si normalement, le sujet est en
apnée pendant l’expérience. De plus, si la force exercée par la sonde sur le cou n’est pas
parfaitement constante, cela peut aussi expliquer ces variations de VOP.
Pour s’assurer que ces variations ne sont pas liées à une mauvaise régression, une vérifica-
tion visuelle de chaque régression a été effectuée (figure 5.16) et permet de valider que les
régressions suivent bien le passage de l’onde.
Pour mesurer la PA à l’aide de l’équation (5.2), nous devons choisir une valeur de
VOP, la variabilité que nous venons de voir complique ce choix. Nous avons vu dans
l’étude précédente que c’est cDN qui donnait de meilleurs coefficients de détermination r2
(tableau 5.2). Nous allons tester notre méthode de mesure de PA à partir de l’expérience
1 dont la qualité de l’image en mode B semble optimale : cDN,1 = 5.49 m/s. La courbe de
PA obtenue est montrée sur la figure 5.17 (a).
Cette courbe montre des variations cohérentes, avec Ps,US = 126 mmHg. Cette valeur
de Ps ne peut pas être directement comparées avec la valeur obtenue par le tensiomère
(Ps,brac = 134 mmHg) car cette dernière est mesurée au niveau brachial et non au niveau
central (à la carotide) comme notre mesure par US. On pourra néanmoins comparer cette
valeur avec la référence Complior dans la partie suivante.
Cette étude nous montre qu’utiliser la méthode de Bramwell-Hill avec l’équation (5.2)
pour mesurer la PA est une méthode efficace. Cependant, le facteur le plus important de
cette équation est la VOP : P ∝ c2 . Ainsi, la grosse difficulté est le choix d’UNE valeur
de VOP. En effet, entre l’onde directe et l’onde réfléchie, la VOP évolue : chaque point
caractéristique va donc donner des valeurs différentes et en plus, la VOP évolue entre un
battement et le suivant.
Hermeling et al [46], dont l’article a été détaillé dans la partie 2.3.1, a montré que le DN est
un bon point de mesure de la VOP, nos résultats sont en accord avec cette constatation.
Pendant la discussion, nous essaierons de réfléchir à comment choisir la bonne valeur de
VOP.
Le PTT donné par le logiciel Complior à l’intersection des tangentes (donc similaire au
SF) est de 90.33 ms. En prenant une distance entre carotide et radiale de 476 mm, on
obtient cT I = 5.27 m/s. Cette VOP est supérieure aux VOP obtenues au SF par US.
Un algorithme a été mis au point pour mesurer le PTT au DN sur les données Complior,
il a été difficile de détecter précisément toujours le même point de l’incisure dicrotique
mais nous avons tout de même réussi à mesurer un PTT. Les variations de ce PTT entre
chaque battement cardiaque sont montrées sur la figure 5.19 avec des variations assez
importantes d’un battement à l’autre : une partie de ces variations peut être liée à une
difficulté à mesurer précisément le DN mais une autre partie est certainement liée aux
variations intrinsèques de la VOP dont nous avons déjà discuté. Finalement, on obtient
cDN = 5.64 m/s. Cette VOP est assez proche des valeurs trouvées par US.
Figure 5.19 – Evolution du PTT entre carotide et radiale mesuré sur les données Com-
plior au DN
Le tableau 5.5 résume les valeurs de PTT et de VOP obtenues par Complior.
Table 5.5 – Tableau récapitulant les valeurs de PTT et de VOP obtenues par Complior
Discussion
Dans cette partie, nous avons choisi de présenter les résultats sur les 80 premiers
éléments de la sonde. En effet, nous avons vu sur la figure 5.13 que la qualité de la carte
d’accélération se dégrade au niveau des derniers éléments de la sonde (bas de l’image).
Cela a généré des difficultés pour faire les régressions en considérant les 128 éléments de
la sonde. Pour illuster cela, la figure 5.20 montre des battements cardiaques pour lesquels
notre algorithme ne réussit pas à obtenir une valeur valide de VOP.
Figure 5.20 – Valeurs de VOP obtenues au DN sur les 10 secondes de l’expérience, sur 128
éléments, avec 3 cartes d’accélération montrant la régression pour 3 battements spécifiques
Les cartes d’accélération de cette figure nous montre bien que la bande bleue d’accélération
est moins bien définie sur le bas de l’image et nous avons réussi à ne plus avoir de valeurs
non valides de VOP en ne considérant que les 80 premiers éléments de la sonde. Ceci peut
s’expliquer par un appui différent de la sonde US sur le cou pendant les acquisitions entre
les premiers et les derniers éléments : c’est en effet une des difficultés principales pour
l’expérimentateur.
Un autre point à discuter est le choix d’une seule valeur de VOP pour mesurer la
PA à partir de l’équation de Bramwell-Hill. En effet, cette grandeur varie en fonction du
point de mesure sur un battement cardiaque, d’un battement au suivant et aussi d’une
expérience à l’autre. Nous avons vu dans ce chapitre que la VOP mesurée à l’incisure
dicrotique (DN) permet une mesure fiable de la PA mais le choix d’un point précis sur un
battement cardiaque peut être critiqué en comprenant que la VOP va dépendre du point
choisi. Il apparaît alors qu’une meilleure méthode serait peut-être de mesurer une VOP
3
DDN − DSF = (Dpeak − DSF ) (5.3)
4
4 1
cpeak = cDN − cSF (5.4)
3 3
Connaissant la VOP au pic systolique, nous allons désormais tester deux hypothèses :
— Les variations de VOP (sur un battement cardiaque) sont linéairement liées aux
variations de PA (utilisation d’une équation similaire à l’équation (1.7)) :
1 2
cmean = cpeak + cSF (5.5)
3 3
1 2
cquadmean = c2mean = c2peak + c2SF (5.6)
3 3
Finalement, pour les 3 expériences, le tableau 5.6 résume les valeurs de VOP obtenues avec
les différentes méthodes : choix d’un point spécifique, le pied systolique (SF), l’incisure
dicrotique (DN) ou le pic systolique (Peak) ou VOP moyenne sur un battement, linéaire
(Mean) ou quadratique (Quad).
Table 5.6 – Tableau montrant la VOP (c en m/s), pour les 5 différentes méthodes de
mesure, pour chaque expérience, sur les 80 premiers éléments de la sonde. SF correspond
au pied systolique, DN à l’incisure dicrotique et Peak au pic systolique. Mean correspond
à une VOP linéairement moyenné sur un battement et Quad à une VOP quadratiquement
moyenné sur un battement.
Ps = 108 mmHg, ce qui serait bien inférieur à la valeur de référence. Nous concluons donc
que la VOP la plus cohérente pour obtenir des valeurs de PA au plus proche de la référence
Complior reste la VOP mesurée à l’incisure dicrotique (DN).
5.3.3 Conclusion
Cette étude sur une dizaine de battements nous a permis de confirmer et préciser
les observations déjà effectuées pour l’étude sur 2 battements. Les US apparaissent alors
comme une méthode efficace pour mesurer le diamètre, la VOP et la PA, avec comme
principale difficulté le choix de la valeur de VOP nécessaire pour obtenir la courbe de PA.
Cette étude nous a permis de conclure que la VOP mesurée au DN apparaît comme la
plus pertinente, connaissant la pression artérielle attendue.
La comparaison avec Complior nous a apporté une valeur de référence pour Ps , un bon
ordre de grandeur pour la VOP, ainsi qu’une confirmation que les signaux obtenus ont une
morphologie similaire. Cependant, comme les acquisitions n’étaient pas simultanées, ces
conclusions peuvent être améliorables. Pour ce faire, une étude avec les deux modalités en
simultané a été effectuée et sera présentée dans le chapitre 6.
Par la même occasion, une autre expérience, également présentée dans le chapitre 6, a été
effectuée en simultané entre notre dispositif multi-PPG décrit dans la partie 4 et les US
pour avoir un premier traitement bimodal, comme attendu par le sujet de la thèse.
Les chapitres 4 et 5 ont permis de montrer que les modalités PPG et US peuvent toutes
les deux être utilisées pour obtenir des valeurs de PA. Une première comparaison entre
deux modalités a déjà été effectuée entre une sonde US et le tonomètre Complior, mais
non simultanément.
Dans ce dernier chapitre, deux expériences bimodales vont être détaillées :
— Expérience simultanée entre Complior et US, pour confirmer les observations
du chapitre précédent, en termes de morphologie des courbes, valeurs de VOP et
de pression centrale.
— Expérience simultanée entre multi-PPG et US également pour comparer les
morphologies des courbes et obtenir des valeurs de PA à partir d’un traitement
bimodal effectué pour conclure sur les intérêts potentiels d’un couplage entre ces
deux modalités.
6.1 Expériences
Pour les US, le matériel et les paramètres d’acquisition sont ceux déjà définis et utilisés
dans la partie 5.1. On peut notamment rappeler P RF = 3 kHz et Texp = 10 s et les
paramètres sont décrits dans le tableau 5.1. Les expériences sont effectuées sur un sujet
assis âgé de 61 ans.
Pour chacune des deux modalités Complior et multi-PPG, des acquisitions d’au moins 2
minutes seront effectuées. L’acquisition US de 10 secondes sera déclenchée au cours de
117
Cette thèse est accessible à l'adresse : [Link]
© [M. Lubin], [2021], INSA Lyon, tous droits réservés
CHAPITRE 6. MESURE DE PA BIMODALE : COMPLIOR+US ET MULTI-PPG+US
ces acquisitions, et le sujet va retenir sa respiration pendant ces 10 secondes pour limiter
l’influence de la respiration. Le bouton TAG (connecté à la fois à la plateforme PMP et
au dispositif Complior d’après le montage décrit dans l’annexe A) va permettre de repérer
précisément le moment où l’acquisition US est lancée dans le but d’avoir des mesures
simultanées.
Au début des expériences, le sujet est au repos pendant 5 minutes, la PA est ensuite
mesurée 3 fois de suite à l’aide du tensiomètre, on calcule la moyenne des 3 mesures pour
noter la PA du sujet : Ps,brac = 125 mmHg et Pd,brac = 89 mmHg. Ces valeurs seront
utilisées par la suite comme référence de PA brachiale.
Les deux capteurs Complior sont placés sur les artères carotide et radiale droites aux
mêmes emplacements que décrits dans le chapitre 4, notamment par les figures 4.3 et 4.4,
et la sonde US est tenue par le sujet lui-même sur sa carotide gauche. La figure 6.2 montre
le positionnement de la sonde US et de la pince Complior à la carotide sur le sujet, placés
à la même hauteur sur le cou.
Trois acquisitions de 2 minutes sont alors effectuées sur le dispositif Complior, avec acqui-
sition US et utilisation du bouton TAG pour avoir des mesures simultanées. A noter que
la fréquence d’échantillonnage de Complior sera considérée à 987 Hz, comme discuté dans
l’annexe A.
A la fin de ces trois acquisitions, les capteurs Complior sont retirés pour pouvoir placer
les capteurs PPG ibidem.
partie 4.1. La figure 6.3 nous montre le placement de ces capteurs avec ajout de la sonde
US sur la carotide gauche et le tensiomètre au bras gauche.
Pour s’assurer que la PA du sujet est stable, une mesure est effectuée avec de commencer
les acquisitions multi-PPG et sera utilisée comme référence brachiale. Ensuite, trois ac-
quisitions de 2 minutes sont effectuées sur la PMP à 1 kHz, avec acquisition US et appuis
sur le bouton TAG comme décrit précédemment.
Le traitement des signaux mis au point pour les 3 modalités (Complior, US et multi-
PPG) pour mesurer la VOP et la PA a déjà été défini dans les chapitres 4 et 5.
Pour l’expérience bimodale PPG et US, nous utiliserons l’équation (5.2) comme pour le
traitement par US, mais la VOP utilisée sera la VOP obtenue grâce à notre dispositif
multi-PPG.
6.2 Résultats
Parmi les 6 expériences effectuées, nous présenterons dans cette partie uniquement les
résultats des 2 expériences avec la meilleure qualité des signaux : une pour l’expérience
Complior et US, et la deuxième pour l’expérience multi-PPG et US.
En regardant les images en mode B des 6 expériences, on observe des qualités d’images
semblables mais la position de l’artère carotide change d’une image à l’autre. Nous choi-
sissons alors les expériences dont la profondeur de la carotide reste à peu près constante le
long de la sonde, ce qui tend à montrer que la sonde est bien positionnée au milieu du cou
et que l’appui est similaire pour tous les éléments. Nous allons donc détailler les résultats
des deux expériences choisies, en commençant par celle en simultané du Complior.
L’expérience Complior dure 160 secondes mais le signal obtenu à l’aide du bouton TAG
nous a permis de sélectionner les 10 secondes d’expérience en simultané de l’acquisition
US. A noter que les capteurs ne sont pas synchrones sur la même base de temps mais sont
enregistrés simultanément. Pour superposer la courbe de diamètre artériel moyen obtenu
par US et la courbe de pression obtenue par Complior sur une même figure, nous allons
donc devoir les post-synchroniser en recalant les battements cardiaques. Pour ce faire, nous
avons choisi de recaler le point d’intersection des tangentes du premier battement des 10
secondes d’acquisition pour chacune des deux modalités. Les signaux sont alors affichés
sur la figure 6.4.
Pour les deux modalités, on retrouve bien le même rythme cardiaque, à 59 bpm. Le dia-
mètre diastolique est d’environ 6.45 mm avec une distension de 0.35 mm (5.4 %). En
comparant cette valeur de distension avec celle obtenue sur le tableau 5.3, on remarque
qu’elle est plus faible ici : ce qui est cohérent comme le sujet est plus âgé donc les artères
moins compliantes.
Quant à la PA mesurée par Complior à la carotide, Ps,complior = 119 mmHg, avec
Le logiciel Complior nous donne un PTT toutes les 30 secondes : sur l’expérience totale
(de 160 secondes), on obtient un PTT médian avec écart-type de 57.4±6.00 ms. Comme la
mesure par US ne dure que 10 secondes pendant l’expérience, nous avons choisi de mesurer
le PTT avec notre algorithme d’intersection des tangentes (TI) sur les 9 battements car-
diaques pendant l’acquisition US : on obtient alors P T Tcomplior,T I = 58.3 ± 1.51 ms. Cette
valeur est bien similaire au PTT médian sur toute l’expérience, donné par le logiciel Com-
plior. Pour pouvoir comparer aux valeurs obtenues par US, nous avons également mesuré
le PTT à l’incisure dicrotique : P T Tcomplior,DN = 48.5 ± 4.64 ms. Nous remarquons que
l’écart-type de PTT est plus grand au DN, ce qui s’explique car il est difficile de repérer
précisément le DN sur la courbe Complior car il n’est pas aussi bien défini d’un battement
à l’autre (figure 6.4).
Pour remonter à la VOP obtenue par Complior (ccomplior ), le choix de la distance entre
les deux capteurs carotide et radiale a été effectuée de la même façon que décrit dans la
partie 4.4.3 : à partir du modèle [65] adapté en fonction de la longueur du bras du sujet
et de la position du capteur à la carotide, on obtient une distance de 542 mm. On obtient
alors ccomplior,TI = 9.30 ± 0.24 m/s et ccomplior,DN = 11.2 ± 1.07 m/s. On retrouve
bien ccomplior,DN > ccomplior,T I .
Pour les US, la VOP a été mesurée le long des 128 éléments à l’incisure dicrotique
(cus,DN ) et au pied systolique (cus,SF ) sur les 9 battements cardiaques consécutifs : on
obtient cus,DN = 7.82 ± 0.60 m/s et cus,SF = 4.65 ± 0.32 m/s. On a bien cus,DN >
cus,SF .
Les valeurs de VOP obtenues avec les deux modalités sont résumées dans le tableau 6.1.
Table 6.1 – Tableau récapitulant les valeurs de VOP obtenues par Complior et par US
On ne peut pas comparer directement les VOP car la mesure est globale entre carotide
et radiale pour Complior alors qu’elle est locale à la carotide pour les US. En effet, nous
n’avons pas de méthode qui puisse donner une valeur de référence de VOP locale à la
carotide, que l’on pourrait comparer à notre mesure US. Une comparaison indirecte peut
tout de même nous aider à valider l’ordre de grandeur car on s’attend à ce que la VOP
globale soit plus grande comme la VOP augmente en périphérie et c’est bien le cas, quelque
soit le point de mesure choisi : ccomplior > cus .
On va à présent se concentrer sur la mesure de PA à la carotide qui va directement pouvoir
être comparée entre les deux modalités.
Au chapitre précédent, nous avions conclu que la VOP la mieux adaptée pour obtenir une
valeur cohérente de PA est la VOP au DN. Cependant, en regardant les valeurs de Ps
obtenues dans le tableau 6.2, on remarque que la VOP au DN (cus,DN ) permet d’obtenir
une valeur, Ps = 146 mmHg, trop élevée par rapport à Ps,complior et Ps,brac . Pour cette
expérience, la VOP qui apparaît la plus cohérente est la VOP moyenne (cus,mean ) qui donne
Ps,us = 121 mmHg. La différence de choix de VOP entre les deux chapitres montre la
faille principale de cette méthode, la différence principale entre les deux études étant l’âge
du sujet.
Dans cette étude, on obtient des VOP plus élevées sans avoir des PA beaucoup plus élevées :
la figure 1.14 nous a en effet montré que la VOP augmente avec l’âge, même si la PA reste
constante, ce qui peut expliquer que les conclusions soient différentes. Le choix de la valeur
de VOP à utiliser dans l’équation de Bramwell-Hill semble dépendre majoritairement de
l’âge du sujet.
Un battement médian a été obtenu pour chacune des deux modalités afin de comparer
précisément la morphologie des courbes épochées sur le TI et normalisées entre 0 et 1, et
est affiché sur la figure 6.5.
On retrouve bien les valeurs de PA similaires, précédemment mesurées et une forme sem-
blable avec une même pente systolique, une épaule carotidienne simultanée et le pic sys-
tolique également. De plus, l’incisure dicrotique arrive bien en même temps sur les deux
courbes, mais n’est pas à la même amplitude et est plus marquée sur le signal Complior.
Au niveau de la pente diastolique, on observe un écart entre les deux courbes avec le signal
Complior qui semble revenir plus rapidement en diastole.
Ainsi, la méthode, outre le problème de choix de VOP, permet bien d’avoir une courbe
de PA similaire à la courbe obtenue par Complior, mais avec une petite différence pendant
la diastole, sûrement à cause de l’incisure dicrotique qui est plus marquée sur le signal
Complior.
Nous allons maintenant passer au traitement bimodal multi-PPG et US.
Pour la courbe US, on retrouve un diamètre diastolique d’environ 6.25 mm avec une
distension de 0.45 mm (7.2 %). Les valeurs sont légèrement différentes par rapport à
l’expérience décrite dans la partie précédente : le diamètre diastolique diminue (de 6.45
mm à 6.25 mm) alors que la distension augmente (de 0.35 mm à 0.45 mm). Cela est
probablement dû à une différence de placement et/ou d’appui de la sonde US sur le cou,
mais l’écart va peu influencer la mesure de PA car l’équation (5.2) utilisée prend en compte
les variations relatives de diamètre (de l’ordre de quelques pourcents).
L’amplitude du signal PPG n’a pas vraiment d’importance dans cette étude et ne sera
donc pas étudié. La figure 6.6 nous montre une différence de morphologie entre les deux
courbes : nous allons nous concentrer sur un battement médian pour chacun des deux
signaux afin de comparer plus précisément les morphologies.
La superposition d’un battement médian signal PPG avec le diamètre artériel US est
affichée sur la figure 6.7.
Cette superposition nous montre des différences entre les deux courbes, la courbe PPG
à la carotide ne semble pas de très bonne qualité, en comparaison avec les signaux PPG
observés dans le chapitre 4. La pente systolique est un peu plus faible sur le signal PPG
avec un pic systolique antérieur au pic du diamètre. De plus, pendant la diastole, on observe
très peu l’incisure dicrotique sur la courbe PPG et une descente diastolique avec un temps
de relaxation supérieur pour le PPG (le signal met plus de temps à diminuer). A première
vue, cela semble étonnant car nous avons montré dans la partie 4.2 que les morphologies
Complior et PPG sont similaires à la carotide (figure 4.9) et dans la partie précédente, que
les morphologies Complior et US sont similaires également (figure 6.5). Cependant, une
différence principale par rapport à la partie 4.2 est que le signal PPG n’est ici pas inversé et
la figure 4.17 nous montre bien que la morphologie du signal PPG change à cause de cette
inversion : la non-inversion tend à diminuer la pente systolique et à ralentir la relaxation.
Ces remarques sont alors cohérentes avec les différences observées entre les signaux PPG
et US. Finalement, malgré ces différences de morphologies, on retrouve notamment une
réflexion qui a lieu en même temps, pendant la montée systolique, ce qui tend bien à
confirmer que des variations similaires sont observées.
Nous allons maintenant tester notre traitement bimodal pour mesurer la PA.
La courbe de distension artérielle moyenne est obtenue par US et montrée sur la fi-
gure 6.8 et sera utilisée dans l’équation de Bramwell Hill.
Il nous reste donc à obtenir la VOP par multi-PPG. En regardant la qualité des signaux
PPG (figure 6.9), nous remarquons que les signaux à l’avant-bras (F) et à la carotide (C)
sont assez bruités et qu’on retrouve l’inversion temporelle discutée dans la partie 4.4.4 et
détaillée sur l’annexe B : le signal au poignet arrive avant le signal à l’avant-bras dont le
capteur est pourtant 13 cm en amont. Ainsi, nous n’allons pas pouvoir utiliser les mesures
locales de VOP (car elles sont négatives).
On obtient alors Ps,bimod = 134 mmHg. Comme la VOP a été mesurée entre les artères
carotide et radiale, on ne peut pas dire que cette pression soit centrale (car c et Ps aug-
mentent le long de l’arbre artériel), mais plutôt un bon ordre de grandeur de pression
brachiale. En effet, l’artère brachiale est au milieu du chemin entre les artères carotide et
radiale. Ceci est alors très encourageant car cohérent avec la référence de PA brachiale
donnée par le tensiomètre Ps,brac = 131 mmHg.
Finalement, ce traitement bimodal nous permet d’obtenir une courbe de PA brachiale
avec une pression systolique similaire à celle donnée par le tensiomètre en début d’expé-
rience.
Discussion
Dans les résultats de l’expérience multi-PPG et US, nous n’avons pas étudié la VOP
mesurée par US mais il est intéressant de la connaître pour la comparer à la valeur obtenue
par multi-PPG et également aux valeurs obtenues pendant la première expérience décrite
dans la partie 6.2.1. De la même manière que pour les autres expériences US, on peut
mesurer la VOP au pied systolique (SF) et à l’incisure dicrotique (DN) : cus,SF = 3.36±0.47
m/s et cus,DN = 4.28 ± 0.37 m/s. On retrouve cus,SF < cus,DN < cppg,T I , ce qui confirme
l’augmentation de la VOP le long du cycle cardiaque et le long de l’arbre artériel (cppg
correspond à une mesure carotide/radiale alors que cus est une mesure locale à la carotide).
En comparant avec l’expérience US en simultanée du Complior (présentée dans la partie
précédente), on trouve des différences de VOP mesurées par US, pour un même sujet,
comme cela a déjà été observé sur un autre sujet dans le chapitre 5 sur le tableau 5.6. Ceci
confirme toujours le problème principal de cette méthode de mesure de PA par US avec
une variabilité de la VOP importante d’une expérience à l’autre. Ceci dépend sûrement
des deux facteurs principaux de variabilité pour chaque expérience : le positionnement de
la sonde et la pression appliquée par la sonde sur le cou.
Ce choix d’une seule valeur de VOP pour estimer la PA est aussi un questionnement
important pour notre mesure bimodale car nous pouvons obtenir plusieurs VOP avec
notre dispositif multi-PPG. Dans cette étude, la dégradation de nos signaux a limité ce
questionnement car nous n’avions qu’une valeur de VOP cohérente mais il faut bien garder
en tête que nous aurons toujours ce questionnement tant qu’on essaie de mesurer la PA
via l’équation de Bramwell-Hill, quelque soit la modalité choisie.
Dans cette partie, nous n’avons pas discuté du capteur de fréquence respiratoire pré-
sent sur la plateforme PMP et utilisé dans cette étude bimodale, l’annexe C détaille ces
variations, en lien avec l’IBI et le PAT.
6.3 Conclusion
Ces expériences effectuées à CREATIS ont permis d’obtenir des mesures simultanées
avec différentes modalités d’intérêt.
Pour l’expérience US et Complior, nous avons montré des résultats similaires à ceux
du chapitre précédent en termes de morphologies de courbes similaires et de comparaison
des valeurs de VOP. Cependant, pour la mesure de PA par US, le problème du choix de la
VOP est toujours présent, avec une VOP moyenne qui donne le meilleur résultat ici : ce
qui est en contradiction avec la conclusion du chapitre 5. Cela montre la principale faille
de ce traitement par US, avec le choix de la valeur de VOP majoritairement impacté par
l’âge.
Nous avons donc mis au point un traitement bimodal en utilisant toujours une sonde
US pour mesurer la distension artérielle à la carotide, associée à notre dispositif multi-PPG
pour mesurer la VOP entre les artères carotide et radiale. Ceci nous a permis d’obtenir une
courbe de PA, jugée équivalente à une PA brachiale vu le chemin considéré pour la mesure
de la VOP, cohérente avec les valeurs données par le tensiomètre. Cependant, nous avons
observé des problèmes de qualité des signaux PPG et d’inversion temporelle des PAT qui
ont déjà été décrits dans le chapitre 4.
Finalement, cette étude est encourageante et montre l’intérêt de l’utilisation d’une sonde
US pour compléter avantageusement notre dispositif multi-PPG, en donnant des informa-
tions sur le diamètre et également la profondeur des artères. Cela nous a donc confirmé
qu’il serait intéressant de concevoir un dispositif biimodal pour mesurer la PA.
Conclusions
129
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CHAPITRE 6. MESURE DE PA BIMODALE : COMPLIOR+US ET MULTI-PPG+US
rend l’expérience assez intrusive pour le sujet, nous avons donc choisi de nous concentrer
sur une mesure par multi-PPG.
Nous avons alors développé un dispositif multi-PPG et eu l’occasion de valider son uti-
lisation pour la mesure de VOP et de PA (chapitre 4). Ce dispositif nous a notamment
permis de commencer à développer une base de données de mesure de VOP sur les artères
carotide et radiale, et d’en déduire Ps . Cela nous a également permis de mieux comprendre
le fonctionnement des capteurs PPG, mais il nous reste encore des points à éclaircir pour
bien comprendre les tissus sondés par les capteurs PPG et ainsi, appréhender les résul-
tats obtenus avec notre dispositif. Cette étude est un succès de preuve-de-concept d’un
dispositif de mesure de PA, par PPG. Cependant, le dispositif peut encore être optimisé,
notamment la distance source-détecteur pour pouvoir sonder des tissus artériels, tout en
obtenant suffisamment de signaux, et la fréquence d’échantillonnage pour pouvoir rap-
procher les deux capteurs PPG. En effet, nous souhaitons faire une mesure locale de la
VOP, avec les deux capteurs séparés de l’ordre de quelques centimètres : actuellement nous
avons testé des mesures à 10 cm mais pour diminuer cette distance, il faudrait augmenter
la fréquence d’échantillonnage, ceci est une perspective pour la continuité du projet au
CEA-Leti/DTBS.
Quant aux US, nous avons pu obtenir une mesure de PA à partir d’une sonde US (chapitre
5). Plusieurs expériences US effectuées pendant ma thèse ont permis d’obtenir des données
de distension et de VOP à la carotide, et d’en déduire la PA à partir de l’équation de
Bramwell-Hill. Cette méthode s’est avérée efficace pour mesurer la PA de manière continue,
mais la principale faille est de devoir choisir une valeur de VOP alors qu’une multitude de
valeurs peuvent être obtenues, en fonction du point, du lieu et de la technique de mesure
et que la VOP varie intrinsèquement avec le système nerveux autonome. Ce point pourrait
potentiellement être amélioré par la PPG, d’où l’idée d’une mesure bimodale.
Une mesure bimodale de PA à partir d’une sonde US et de notre dispositif multi-PPG a
alors été montrée dans le chapitre 6. A défaut d’avoir pu développer un dispositif mul-
timodal pendant ma thèse, nous avons effectué une expérience simultanée avec nos deux
modalités, en utilisant les US pour mesurer le diamètre artériel et la multi-PPG pour
mesurer la VOP. Il a fallu aussi faire une calibration de Pd , avec un tensiomètre. Cette
expérience a confirmé que les deux modalités peuvent être co-utilisées avantageusement
pour mesurer la PA en respectant tous les critères énoncés précédemment.
Pour finir cette conclusion, nous allons faire un petit récapitulatif des avantages et
inconvénients de chacune des deux modalités, à partir de 3 critères :
— Les tissus sondés : la difficulté principale rencontrée pendant les mesures PPG
est de savoir quels tissus contribuent à la mesure, le signal PPG étant un mélange
complexe de tous les tissus sondés sans savoir d’ailleurs si on parvient à sonder
des tissus artériels. Les tissus sondés vont en effet dépendre de la longueur d’onde
utilisée, la distance source-détecteur et du couplage mécanique, lié à la position du
capteur sur le corps. A l’inverse, l’imagerie US permet de visualiser l’artère sondée :
nous détectons directement les parois de l’artère et il n’y a donc aucun doute sur
les tissus sondés par les US, ils vont surtout dépendre de la fréquence d’émission et
aussi du couplage mécanique, via la position des capteurs sur le corps. Finalement,
les 2 modalités vont également être sensibles à la pression exercée.
— La continuité de la mesure de PA : le dispositif multi-PPG développé dans
cette thèse a permis de mesurer des valeurs de PA, mais les modèles de régression
utilisés ici ne permettent pas d’avoir une mesure continue de la PA. Il sera tout de
même possible d’obtenir des valeurs de Ps et Pd pour chaque battement cardiaque.
A contrario, les US permettent de mesurer la distension de l’artère et donc d’avoir
une courbe complète de la PA, notamment à partir de l’équation de Bramwell-Hill.
— La facilité pour créer un dispositif connecté : c’est le principal avantage de
la PPG, cette modalité est peu chère et facilement miniaturisable pour créer un
dispositif connecté, comme par exemple des montres/bracelets connectés comme
il en existe déjà sur le marché. A l’inverse, les capteurs US sont plus chers et
encombrants, des nouveaux capteurs sont en cours de développement pour améliorer
ce point mais le développement est long et nécessite donc plus de temps avant qu’on
puisse avoir un dispositif connecté, ce qui explique que nous avons uniquement
utilisé une sonde US pendant cette thèse.
Perspectives
Le projet autour duquel ma thèse a été mise en place au CEA-Leti/DTBS va continuer
à travailler sur le dispositif multi-PPG. En effet, un essai clinique va démarrer d’ici la fin
de l’année 2021 pour développer la base de données de mesure de VOP, et donc de PA,
à partir du dispositif. Des perturbations similaires à celles de la partie 4.4 seront alors
effectuées sur une vingtaine de sujets. L’étude sera faite avec le Complior en parallèle pour
continuer à comparer les valeurs de VOP/PA obtenues, comme montré dans le partie 4.2,
en prenant en compte toutes les remarques mises en avant au cours de ma thèse. De plus,
un dispositif de mesure de PA continue de référence, le ClearSight®, sera utilisé pour avoir
une courbe continue de PA à chaque battement cardiaque. Avec ces données, ajoutées à
celles déjà acquises pendant cette thèse, il sera plus facile de conclure sur l’efficacité du
dispositif développé et les points d’amélioration nécessaires.
Pour améliorer le travail sur le dispositif multi-PPG, il est envisagé d’augmenter la fré-
quence d’échantillonnage afin de pouvoir faire des mesures plus localisées, à quelques centi-
mètres d’écart. De plus, les deux distances source-détecteur vont être utilisées pour essayer
de séparer la contribution artérielle de la contribution superficielle afin d’améliorer la qua-
lité des signaux PPG et de mieux comprendre les mesures de PAT/PTT qui en découlent.
A plus long terme, un travail sera effectué sur les US pour essayer de mettre au point un
dispositif de mesure de PA bimodal avec un transducteur US miniaturisé pour estimer la
distension artérielle et deux capteurs PPG, séparés de quelques centimètres, pour mesurer
la VOP et ainsi obtenir une mesure continue de la PA à partir d’un dispositif multimodal.
Brevets
• M. Lubin, and S. Bonnet. Mesure de PA par bi-modalité oscillométrie et PPG,
N°FR2014163, 27 décembre 2020.
133
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CHAPITRE 6. MESURE DE PA BIMODALE : COMPLIOR+US ET MULTI-PPG+US
135
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Annexe A
Suite à l’écart important observé entre les PTTs obtenus par le dispositif Complior et
par notre dispositif multi-PPG dans la partie 4.2 (RMSE = 16.3 ms), nous avons eu l’idée
d’essayer de synchroniser les deux dispositifs afin de pouvoir plus facilement comparer les
résultats obtenus.
Expérience
Le bouton TAG de la plateforme PMP, dans laquelle notre dispositif multi-PPG est
intégré, va permettre la synchronisation des deux dispositifs. En effet, l’appui sur ce bouton
va générer un signal, synchronisé avec les autres éléments de la plateforme PMP. Nous
avons alors tenté de fixer un des capteurs Complior sur ce bouton pour qu’au moment où
l’expérimentateur appuie sur le bouton, un signal soit obtenu à la fois sur notre dispositif
et sur le Complior. Une photo de ce bouton TAG, avec le capteur Complior fixé dessus,
est montré sur la figure A.1.
Figure A.1 – Photo du bouton TAG avec un capteur Complior fixé dessus
137
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ANNEXE A. SYNCHRONISATION DES DISPOSITIFS COMPLIOR ET MULTI-PPG
Un test a alors été effectué sur un sujet assis. Le schéma de placement des capteurs est
montré sur la figure A.2 :
— Du côté gauche, 2 capteurs Complior sont placés sur les artères carotide et radiale,
et un troisième capteur est utilisé sur le bouton TAG : 3 voies Complior vont donc
être acquises en simultané, à la fréquence définie par le logiciel qui est à 1 kHz en
théorie
— Du côté droit, 2 capteurs PPG sont placés sur les artères carotide et radiale. La
longueur d’onde utilisée est à 855 nm et la fréquence d’échantillonnage à 1 kHz.
En plus, la dérivation ECG composée de trois électrodes et le bouton TAG sont
connectés et acquis en simultané.
Figure A.2 – Schéma expérimental : placement simultané des capteurs Complior et PMP
sur un sujet
Deux minutes d’acquisition sont effectuées dans ces conditions en lançant l’acquisition
à peu près en même temps pour les deux dispositifs et pour pouvoir post-synchroniser les
données sur Matlab, l’expérimentateur a appuyé 3 fois sur le bouton TAG : au début, au
milieu et à la fin de l’acquisition.
Résultats
Il est tout d’abord nécessaire de regarder les signaux du bouton TAG pour s’occuper de
la synchronisation des deux dispositifs. La figure A.3 montre les signaux PPG et Complior
du bouton TAG : le premier appui sur le bouton a été aligné pour les deux dispositifs. On
remarque alors qu’un décalage apparaît le long de l’expérience et que les autres appuis sur
le bouton ne sont pas alignés temporellement. On en déduit alors qu’il y a un problème
de fréquence d’échantillonnage sur l’un des deux dispositifs. Plusieurs tests ont déjà été
effectués sur notre dispositif pour valider sa fréquence d’échantillonnage : on en déduit
donc que l’acquisition des données Complior ne semble pas être à 1 kHz. Fina-
lement, pour réussir à recaler les 3 appuis sur le bouton, il est apparu que la fréquence
d’échantillonnage de Complior serait plutôt à 987 Hz : on retrouve sur la figure A.4
les signaux du bouton TAG alignés en considérant que la fréquence d’échantillonnage du
dispositif multi-PPG (fs,ppg ) est d’1 kHz alors que celle du dispositif Complior (fs,comp )
est à 987 Hz.
Ce problème de fréquence d’échantillonnage a aussi été remarqué en mesurant les
intervalles inter-battements (IBI) (méthode de mesure explicitée dans le chapitre 4). En
considérant fs,comp = 1 kHz, un décalage apparaît entre le IBI mesuré par Complior et
celui par PPG : la figure A.5 montre les IBI obtenus dans ce cas là, tandis que la figure A.6
montre les IBI qui se superposent bien quand on considère fs,comp = 987 Hz.
Toutes les données présentées dans cette thèse avec le dispositif Complior
ont été considérées acquises à 1 kHz. Cette surestimation de la fréquence d’échan-
tillonnage va impacter les valeurs de PTT données au cours de la thèse. En effet, un rapide
calcul nous permet d’estimer la variation de PTT générée par cette variation de fréquence :
on notera PTT1000 le PTT obtenu à 1 kHz, PTT987 celui obtenu à 987 Hz et des notations
similaires pour les fréquences :
1000 − 987
P T T987 = 1 + P T T1000 = (1 + A)P T T1000 (A.1)
987
Le facteur A étant positif, le PTT réel (à 987 Hz) sera plus grand que le PTT théorique (à
1 kHz) qui a été utilisé dans la thèse. En considérant des PTT1000 entre 50 et 100 ms, le
PTT987 sera augmenté d’environ 1 ms [0.66 ;1.32 ms]. On en déduit donc que les valeurs
de PTT de Complior données durant cette thèse, notamment dans le chapitre
4 sont sous-estimées d’environ 1 ms. Cela permet notamment de diminuer l’écart
observé dans la partie 4.2 mais cela correspond à une partie assez faible de l’écart (RMSE
= 16.3 ms).
La suite de l’analyse de cette expérience n’a pas été effectuée durant cette thèse mais
pourrait nous donner des valeurs de PAT/PTT pour les deux modalités, du côté gauche
pour Complior et du côté droit pour le PPG.
Conclusion
Finalement, cette synchronisation entre les deux dispositifs a permis de détecter un pro-
blème apparent de fréquence d’échantillonnage sur Complior. Nous avons contacté l’entre-
prise qui a développé le dispositif et ce problème n’avait jamais été détecté : les discussions
sont en cours pour valider que ce problème est bien réel et pour savoir comment le résoudre
mais aucune conclusion n’a été établie pour le moment.
Cette synchronisation serait utile pour faire des mesures en simultané, pour éliminer la
variabilité temporelle due aux mesures séquentielles. De plus, grâce à l’ECG, synchronisé
à la fois avec le PPG et avec le Complior, il serait alors possible d’obtenir des PATs pour
les deux modalités et d’avoir des résultats plus précis sur la propagation de l’onde de pouls
d’après chacune des deux modalités.
Cependant, nous n’avons pas eu le temps de faire d’autres mesures synchronisées dans
le cadre de cette thèse, mais comme cela a été évoqué dans les perspectives, cette synchro-
nisation sera utilisée dans la continuité du projet au CEA-Leti/DTBS, notamment dans
le cadre de l’essai clinique de fin d’année 2021.
On retrouve alors que les variations d’IBI sont associées à des variations de respiration.
Ceci est surtout visible sur la figure (b) pendant la respiration contrôlée : on comprend
pourquoi cet exercice s’appelle aussi cohérence cardiaque. On peut alors analyser les deux
phases de respiration : l’inspiration quand le signal respiratoire est négatif et l’expiration
quand il est positif. En effet, au moment de l’inspiration, l’oxygène contenu dans les alvéoles
141
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ANNEXE B. DONNÉES SUPPLÉMENTAIRES SUR L’ÉTUDE 4.4
pulmonaires est maximal donc le rythme cardiaque s’accélère pour assurer que le maximum
de sang va être envoyé vers les poumons pour une efficacité maximal dans les échanges
gazeux. Inversement, pendant l’expiration, les alvéoles pulmonaires sont principalement
chargées en dioxyde de carbone donc le RC ralentit pour que moins de sang n’arrive dans
les poumons [95]. Cette remarque est bien cohérente avec la figure B.1 car IBI diminue
pendant l’inspiration, donc RC augmente, et inversement.
On retrouve une fréquence respiratoire de 0.1 Hz du IBI pendant la perturbation SB, ce
qui correspond bien à la consigne avec 6 cycles respiratoires par minute.
Mesures globales
La figure B.2 montre le PTT global (PTTC−W ) médian obtenu durant la ligne de base
de la première acquisition pour 8 sujets, deux sujets ayant des signaux dégradés.
Figure B.2 – PTTC−W médian pendant la ligne de base de la première acquisition (HG)
pour chacun des 8 sujets. En pointillés, la ligne horizontale montre un PTT moyen
On retrouve un PTT de 61.9 ± 14.4 ms. On reprend le P T Tref moyen de 60 ms donné par
Complior sur nos sujets pour comprendre que les valeurs obtenues sont cohérentes.
Pour mieux comprendre ces valeurs de PTT, nous allons convertir en VOP car nous avons
un a priori sur les valeurs de VOP attendues, entre 5 et 10 m/s. Pour cela, il est nécessaire
de connaître la distance précise entre les deux capteurs au niveau de l’artère carotide et
sur l’artère radiale, au poignet. La littérature donne des longueurs d’artères, nous avons
alors pu trouver une distance de 476 mm entre la bifurcation carotidienne et le poignet
[65]. Cependant, il n’y a aucune information sur la taille du sujet considéré. Nous avons
donc choisi de nous baser sur cette distance en enlevant la distance entre la bifurcation
carotidienne et la position du capteur à la carotide qui a été mesurée pour chaque sujet
grâce à l’échographe. De plus, grâce au mètre ruban livré avec le Complior, nous avons
mesuré la longueur de bras de chacun de nos sujets et avons tenté d’adapter la distance par
rapport à cette longueur : nous obtenons une distance de 508 ± 23.0 mm. Nous pouvons
alors donner des valeurs de VOP globale à partir de cette distance et du PTT obtenu pour
chaque sujet. Les valeurs obtenues sont montrées sur la figure B.3.
Les valeurs de VOP sont en moyenne de 8.56 ± 1.95 m/s, avec une valeur de référence de
Complior à 8.5 m/s, les valeurs sont donc bien cohérentes.
Il est positif de savoir que les valeurs de VOP globales sont cohérentes mais nous nous
intéressons surtout aux valeurs locales, sur l’avant-bras.
Mesures locales
En regardant les PATs à l’avant-bras et au poignet pour un sujet (tableau 4.7), nous
avons déjà vu qu’il semble y avoir un problème dans l’ordre d’arrivée de l’onde entre
l’avant-bras et le poignet. Pour confirmer cela, le PTT entre l’avant-bras et le poignet est
calculé à partir des PATs et affiché sur la figure B.4.
Figure B.4 – PTTF −W médian obtenu pendant la ligne de base de la première acquisition
(HG) pour chacun des 10 sujets
Nous observons alors que, sur 5 des 10 sujets, PTT < 0 donc PATW < PATF .
Ces valeurs de PTT négatives sont totalement incohérentes en considérant que le signal
PPG correspond à l’onde de pouls dans l’artère radiale, une autre explication doit alors
être trouvée. Cela a été détaillé pendant la discussion (4.4.4).
Connaissant les distances entre les deux capteurs PPG, nous pouvons tout de même me-
surer les VOP pour les 5 sujets dont le PTT est positif : le tableau B.1 montre les valeurs
de VOP obtenues.
Table B.1 – VOPF −W médian obtenu pendant la ligne de base de la première acquisition
(HG) pour les sujets dont le PTT est positif, les valeurs négatives sont représentés par x
Nous remarquons alors que les VOPs positives sont comprises entre 4.13 et 20.8 m/s.
Finalement, pour les sujets dont le PTT est positif, on réussit à obtenir des VOPs assez
cohérentes.
Influence de la respiration
Dans le chapitre 6, nous n’avons pas discuté du capteur de fréquence respiratoire
présent sur la plateforme PMP et utilisé dans cette étude bimodale. La première utilité de
ce capteur est de vérifier que le sujet a bien coupé sa respiration pendant l’acquisition US.
En effet, la figure C.1 montre les signaux obtenus par le capteur de fréquence respiratoire
et du bouton TAG, synchronisés.
Les deux créneaux du signal TAG montrent respectivement le début et la fin de l’acquisition
US, d’une durée de 10 secondes. On voit alors le signal de fréquence respiratoire qui devient
nul pendant cette période, ce qui montre bien que le sujet retient sa respiration.
Ainsi, pendant cette acquisition US, on s’attend à ce que le RC, les PATs et donc les
VOPs aient moins de variations temporelles que pour les autres expériences détaillées
dans ce document car il n’y a pas de modulations associées à la respiration. En regardant
la courbe d’IBI obtenue par ECG, superposée à la courbe de fréquence respiratoire et du
bouton TAG (figure C.2 (a)), on retrouve que l’IBI varie le long de l’expérience, avec des
modulations en phase avec la respiration.
145
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ANNEXE C. DONNÉES SUPPLÉMENTAIRES SUR L’ÉTUDE 6.2
De plus, pendant l’acquisition US avec respiration stoppée (entre les deux traits verticaux
du bouton TAG), les variations d’IBI semblent diminuer mais surtout l’IBI semble plus
stable et plus élevé que pendant le reste de l’acquisition PPG. Il reste cependant des
variations de l’IBI pendant la respiration stoppée (figure C.2 (b)), ce qui montre que les
variations de l’IBI ne sont pas uniquement liées à la respiration.
Si on s’intéresse maintenant à l’influence sur le PAT, la figure C.3 nous montre les
variations du P ATW pendant les 10 secondes d’acquisition US, pendant que la respiration
est stoppée.
Figure C.3 – Courbe de P ATW pendant l’acquisition US, avec respiration stoppée
Nous remarquons, comme pour le IBI, que le PAT présente aussi des variations, même
quand la respiration est coupée. Cela a été montré ici pour le P ATW et est vrai aussi pour
les autres PATs.
147
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Prénoms : Mathilde
TITRE : MESURE SANS BRASSARD DE PRESSION ARTERIELLE PAR APPROCHE MULTIMODALE ULTRASONS ET
PHOTO-PLETHYSMOGRAPHIE
Spécialité : Acoustique
RESUME : L’hypertension artérielle (HTA) est la première cause de maladies cardiovasculaires au monde. Pour réussir à
détecter cette maladie facilement et efficacement, il est primordial de réussir à mesurer la pression artérielle (PA) de manière
non invasive, continue, automatisée et peu intrusive. Aucune des méthodes usuelles de mesure ne remplit tous ces critères,
mais de nombreuses équipes travaillent activement sur ce sujet.
Ainsi, l’objectif principal de cette thèse est de développer la preuve-de-concept d’un dispositif connecté de mesure de PA. Pour
ce faire, deux modalités sont étudiées : la photo-pléthysmographie (PPG), une technique optique donnant une image du
volume de sang dans les tissus et les ultrasons (US), une technique d’imagerie couramment utilisée pour obtenir des images
des tissus, par exemple les vaisseaux sanguins.
Au cours de la thèse, il a été montré que les deux modalités investiguées peuvent être utilisées pour mesurer la PA. Pour ce
faire, un dispositif multi-PPG a été développé au CEA-Leti : des premières expériences avec le dispositif ont montré sa capacité
à obtenir des valeurs de vitesse d’onde de pouls (VOP) et de PA. En parallèle, des tests ont été effectués en imagerie US ultra-
rapide à CREATIS et ont permis de valider une autre méthode de mesure de VOP et de PA. Finalement, une expérience à
partir d’une sonde US et de notre dispositif multi-PPG a permis de tester un traitement commun aux deux modalités, pour
valider l’intérêt de cette mesure bimodale de PA.
Président de jury
Composition du jury :
Walter BLONDEL, PU, Université de Lorraine, Nancy, Rapporteur
Pierre BOUTOUYRIE, PU-PH, APHP, Paris, Rapporteur
Marc LETHIECQ, PU, INSA Centre Val de Loire, Tours, Examinateur
Monica SIGOVAN, CR, CREATIS, Lyon, Examinatrice
Didier VRAY, PU, CREATIS, Lyon, Directeur de thèse
Stéphane BONNET, HDR, CEA, Grenoble, Co-Directeur de thèse