Tlas Agroclimatique Sur La Variabilité Et Le Changement Climatique Au Sahel
Tlas Agroclimatique Sur La Variabilité Et Le Changement Climatique Au Sahel
Janvier 2015
Préface
Les secteurs prioritaires (agriculture, élevage, eau, etc..) sont les plus affectés par le climat
et ses variations dans les pays en voie de développement de l’Afrique de l’Ouest. Dans
ces régions, l’agriculture vivrière pluviale occupe une place capitale dans les économies
nationales. En effet, les populations de ces pays sont majoritairement rurales et exploitent
des systèmes de production dont les performances sont étroitement soumises au climat.
Cette vulnérabilité structurelle au climat s’est particulièrement amplifiée au Sahel à la fin du
20ème siècle, suite à une réduction des précipitations concomitante à une augmentation de
la population. Les sécheresses des années 1970 et 1980, l’accroissement des températures,
la variabilité accrue des pluies et ses composantes ainsi que et les fortes pluies récurrentes
des années 2000 qui ont frappé la zone, constituent quelques-uns des événements extrêmes
qui seront, sans doute, amplifiés par les changements climatiques (IPCC, 2013).
L’atlas agroclimatique sur le changement climatique au Sahel a été conduit dans le cadre du
programme régional intra ACP AMCC/GCC. Il a été préparé conjointement une équipe dirigée
par Dr Benoit SARR, agrométéorologiste, et coordonnateur scientifique du programme
AMCC/GCCA zone CILSS/CEDEAO et composé de Dr Mohamed Ly, climatologue, Dr Seyni
Salack, agrométéorologiste, Dr Alhassane Agali, agrophysiologiste, Dr Seydou Traoré,
agrométéorologique et chef de l’Unité de Coordination scientifique du Centre Régional
Agrhymet. Toutes ces compétences ont contribué à la préparation, au contrôle qualité
et l’analyse des données climatiques. Mr Brahima Koné et Oumbama Zakaria ont fourni
un appui dans la collecte et l’organisation des données, Mr Jean Claude Ouédraogo à
la représentation cartographique et en fin Mlle Mariama Moussa pour le traitement des
textes.
L’équipe exprime ses sincères remerciements a tous les rélecteurs qui ont fait des
commentaires et observations pertinentes tendant à améliorer la qualité du document.
Cet atlas a été réalisé avec le soutien financier de l’Union Européenne à travers le
programme Alliance Mondiale contre le changement climatique, une initiative du Secrétariat
ACP. L’équipe tient à remercier tous ceux qui ont contribué de près ou de loin à l’élaboration
de cette étude.
Auteurs
Dr Benoît SARR (Agrhymet, CILSS, Niger), Dr Mohamed Ly (Agrhymet, CILSS, Niger), Dr
Seyni Salack (Agrhymet, CILSS, Niger et programme Wascal), Dr Alhassane Agali (Agrhy-
met, CILSS, Niger), Dr Seydou Traoré (Agrhymet, CILSS, Niger),
Contributeurs
Dr Benoît SARR (Agrhymet/ CILSS, Niger), Dr Mohamed Ly (Agrhymet / CILSS, Niger), Dr
Seyni Salack (Agrhymet / CILSS, Niger et programme Wascal), Dr Alhassane Agali (Ag-
rhymet / CILSS, Niger), Dr Seydou Traoré (Agrhymet / CILSS, Niger),
Relecteurs
Prof Amadou GAYE (Laboratoire Physique atmosphère, UCAD, Sénégal) Dr P. Hiernaux
(CNRS, France), Pierre Camberlin (Centre de recherche de Climatologie, Dijon, France),
M’Baye Diop (ISRA, Sénégal), Chritian Baron (CIRAD, France)
Infographie et cartographie
Jean claude Ouédraogo (Agrhymet / CILSS, Niger),
Pape Oumar DIEYE UCID/Agrhymet
Boubacar Mainassara Abdoul Aziz UCID/Agrhymet
Publié par :
Le centre Régional Agrhymet / CILSS
Ce document a été élaboré avec l’appui financier de l’Union Européenne (UE). Le con-
tenu de la présente publication n’engage que les auteurs et l’UE n’est pas responsable de
l’usage qui pourrait être fait des informations qui y sont contenues.
Les utilisations à des fins non commerciales seront autorisées à titre gracieux sur de-
mande. La reproduction pour la revente ou à d’autres fins commerciales, y compris à des
fins didactiques, pourront être soumises à des frais.
Liste des acronymes
CC Changement Climatique
CCNUCC Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique
CEDEAO Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest
CILSS Comité permanent Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel
CNRS Centre National de Recherche Scientifique
CRA Centre Régional de Formation et d’Application en Agrométéorologie et Hydrologie
Opérationnelles (Centre Régional AGRHYMET)
ETc Evapotranspiration maximale
ETo Evapotranspiration potentiele
DS Date de sémis
DSSAT Decision Support System for Agro-technology
FIT Front InterTropical
FOD Faux départs
FOF Fins précoces
GCCA Global Climate change Alliance
GIEC Groupe Intergouvernemental d’Experts sur l’Evolution du Climat
ISRA Institut Sénégalais de Recherche Agricole
MDP Mécanisme pour un Développement Propre
MOA Mousson Ouest Africain
NASA National Aeronautics and Space Administration
PAN Plan d’Adaptation Nationaux
PANA Programme d’action national d’adaptation aux changements climatiques
PMA Pays moins avancés
REDD+ Réduction des émmissions due à la dégration et à la déforestation
SOA Sahel Ouest Africain
TEJ Jet d’Est Tropical
UCAD Université Cheikh Anta Diop
UCID Unité, Communication, Information et Documentation
UE Union Européenne
ZCIT Zone de convergence intertropicale
Titres : Atlas agroclimatique sur la variabilité et le changement climatique
au Sahel
Selon l’Organisation des Nations Unies, la population des pays d’Afrique au Sud du Sahara
passera de 850 million aujourd’hui à près de 1,7 milliards en 2050 (UN, 2009). Ce qui
correspond à plus de 35 % d’accroissement. Le principal corollaire de cet accroissement
de la population est l’augmentation concomitante de la demande en nourriture et l’énorme
défi à maintenir une production agricole durable. La difficulté des pays de la zone CILSS/
CEDEAO tient principalement au fait que l’agriculture est tributaire au climat et les
populations ont une capacité économique et institutionnelle limitée pour s’adapter aux
changements. Par ailleurs, en se basant sur la synthèse de nombreuses publications
scientifiques, le quatrième rapport d’évaluation du Groupe Intergouvernemental des
Experts du Climat a désigné l’Afrique de l’Ouest comme étant l’un des épicentre de la crise
alimentaire en Afrique sub-saharienne et les changements climatiques prévus au cours de
la première moitié du 21ème siècle affecteront durement les zones déjà vulnérables.
2. Enjeux et défis pour un atlas agroclimatique sur les changements
climatiques
Avec les pratiques agricoles existantes et la très grande variabilité climatique caracté-
risant la zone, l’approvisionnement en nourriture des populations représentera un défi
encore plus difficile à surmonter. Si des mesures d’adaptation ne sont pas prises, la fré-
quence de plus en plus élevée des évènements extrêmes tels que les inondations, l’oc-
currence des pauses pluviométriques extrêmes, les sécheresses etc. vont accentuer, la
vulnérabilité des systèmes de production agricole. Dans ce contexte, la veille climatique
des régions semi-arides doit être améliorée et renforcée avec des applications agro-mé-
téorologiques qui tiennent compte non seulement du niveau de significativité statistique
des changements observés mais aussi de leurs impacts sur les cultures. Le défi majeur
est de fournir des informations de qualité afin de guider la prise de décision pour mieux
faire face aux climats et ses variations.
3. Public Visé
Cet atlas est destiné aux décideurs politiques, à de nombreux usagers et aux agences de
coopération pour le développement, etc. Il est conçu afin de présenter aussi un intérêt pour
les acteurs et les usagers de terrain intervenant dans les secteurs clés du développement
(agriculture, élevage, foresterie, eau, santé, énergie), les planificateurs, les aménagistes
et divers spécialistes du monde de la recherche et de la formation. Cet atlas est également
destiné aux négociateurs ouest africains et aux points focaux de la CCNUCC sur le climat.
Il contient également une masse d’information capitale qui constituent des arguments
techniques pour les négociateurs climat ouest africains dans le cadre des débats inter
gouvernementaux sur le climat
4. Objectifs spécifiques
• de diffuser auprès des groupes cibles et des usagers finaux les produits climatiques
générés en langage clair et compréhensible,
Données de base
Les données météorologiques de pluviométrie, de températures minimales et maximales
journalières des années 1950 à 2010 ont été exploitées. Pour le cas des pays du CILSS,
les données pluviométriques proviennent du Système de Gestion de la Base de Données
Régionales (SGBD) du Centre Régional Agrhymet. Pour les données de températures
minimales et maximales, elles proviennent du SGBD et de différentes sources dont les
bases de données météorologiques des pays, complétées par des bases de données dis-
ponibles sur internet.
Des simulations ont été réalisées à l’aide du modèle biophysique Decision Support Sys-
tem for Agro-technology Transfer (DSSAT) (Jones et al. 2003, Hoogenboom et al. 2010)
afin d’étudier les Impacts de la hausse des températures, du CO2 et les variations des
pluies sur les cultures de mil et de maïs.
6. Les changements climatiques dans le monde et en Afrique
Tableau 1: Les 10 années les plus chaudes entre 1880 et 2013 dans le monde (d’après les
seules mesures des stations météorologiques au sol) source NASA 2013.
1 2010 +0,92 °C
2 2005 +0,86 °C
3 2007 +0,85 °C
4 1998 +0,82 °C
5 2013 +0,82 °C
6 2009 +0,79 °C
7 2011 +0,78 °C
8 2002 +0,77 °C
9 2003 +0,77 °C
10 2006 +0,77 °C
Selon le Goddard institute for space studies (GISS) de la NASA, l’année 2010 (tableau 1)
a été l’année la plus chaude et marque une suite de 30 années les plus chaudes jamais
enregistrées depuis l’avénement des observations météorologique, en dépit des effets
d’une faible activité solaire. Le réchauffement s’est globalement poursuivi sans discon-
tinuer de 1980 à 2010, sur 30 ans, intervalle de temps généralement considéré par les
climatologues comme suffisamment représentatif des tendances du climat d’une région
donnée.
Ce réchauffement planétaire semble de plus corrélé avec une forte augmentation dans
l’atmosphère de la concentration de plusieurs gaz à effet de serre, dont le dioxyde de car-
bone, le méthane et le protoxyde d’azote.
Selon les profils représentatifs d’évolution
des concentrations de gaz à effet de serre
(RCP) qui sont des scénarii de référence de
l’évolution du forçage radiatif (changement
de bilan radiatif en Watt par m 2, figure 2),
la température du global augmenterait en
moyenne de 1°C [0,4 à 1,6] et de 2° C [1,4
à 2,6] en 2046 -2065 respectivement pour
le RCP2,6 (scénario minimal) au RCP8,5
(scénario maximal). Cette hausse atteindrait
en moyenne plus de 1°C [0,3 à 1,7] et 3,7 ° C
[2,6 à 4,8] en 2081-2100 pour le RCP2,6 et le
RCP8,5 respectivement (figure 3).
Ce réchauffement global sera plus intense, plus rapide que prévu et inexorable (avec ou
sans mesures d’atténuation) d’ici la moitié du 21 ème siècle.
Figure 3: Projections climatiques à la fin du 21ème siècle. (a) taux d’augmentation de la température de l’air
à la surface du globe et (b) pourcentage des précipitations, au cours de la période 2081 -2100 comparée à la
période 1986 -2005 (GIEC, 2013).
L’état d’un réchauffement permanemment supérieur aux records historiques est prévu
en moyenne globale en 2047 (± 14 ans de variabilité spatiale) alors qu’en en Afrique de
l’Ouest, il se situe autour de 2030 (± 8 ans de variabilité spatiale).
Figure 4: Années de début du réchauffement permanemment supérieur aux records historiques. a) variabilité
interannuelle et b) variabilité mensuelle (Source : Mora et al., 2013)
Pour l’essentiel, les scientifiques s’accordent pour dire que le rejet massif de gaz à effet
de serre (ges) dans l’atmosphère dû aux activités humaines est la cause principal du ré-
chauffement climatique. Depuis 1750, sous l’effet des activités humaines, les concentra-
tions atmosphériques de CO2, et autres gaz à effet de serre (GES) anthropiques se sont
fortement accrues. Selon le GIEC (2013), il est extrêmement probable que l’influence
humaine a été la cause principale du réchauffement climatique du fait de l’accentuation
de l’effet de serre anthropique.
L’effet de serre : une partie du rayonnement infrarouge émis par la Terre vers l’atmosphère
terrestre reste piégée dans les basses couches par les gaz dits « à effet de serre »,
augmentant ainsi la température de la basse atmosphère .
Lorsque le rayonnement solaire atteint l’atmosphère terrestre, une partie (28 %) est
directement réfléchie (renvoyée vers l’espace) par l’air, les nuages et la surface claire de
la Terre particulièrement les surfaces blanches, c’est l’albédo. Les rayons incidents qui
n’ont pas été réfléchis vers l’espace sont absorbés par l’atmosphère (21 %) et la surface
terrestre (51 %). Cette partie du rayonnement absorbée par la Terre créée de la chaleur
(énergie) qui est restituée à son tour, la nuit notamment, en direction de l’atmosphère
sous forme de rayons infrarouges : c’est le rayonnement du corps noir. Ce rayonnement
est en partie absorbé par les gaz à effet de serre, puis réémis sous forme de chaleur vers
la Terre : c’est l’effet de serre (figure 5) en référence au comportement d’une serre vis à
vis de la lumière et de la chaleur (figure 6). Sans ce phénomène, la température moyenne
sur terre chuterait d’abord à -18 C. Or, les observations montrent une température de la
terre de l’ordre de + 15 °C. Selon les scénarii d’émission de gaz à effet de serre qui sont
étroitement dépendant de l’évolution démographique, technologique et socio-économique
du monde, la température du globe pourrait atteindre + 16,5° C à 19,5 ° C (figure 7).
Les constituants de l’atmosphère qui participent au phénomène de l’effet de serre sont
notamment la vapeur d’eau, le gaz carbonique, l’ozone, le méthane et l’oxyde nitreux.
Environ un tiers du CO 2 a été produit par l’homme.
Figure 5. Principe de l’effet de serre et mécanisme de réchauffement de la terre
La région CILSS/CEDEAO est la zone comprise entre les longitudes 18°W et 25°E et les
latitudes 3°N et 28°N. Elle couvre plus de 5 millions de km² et compte plus de 300 millions
d’habitants. Elle comprend 17 pays à savoir le Bénin, le Burkina Faso, le Cap vert, la
Côte d’Ivoire, la Gambie, le Ghana, la Guinée-Bissau, la Guinée, le Liberia, le Mali, la
Mauritanie, le Niger, le Nigeria, le Sénégal, la Sierra Leone, le Tchad et le Togo.
Le Sahel Ouest Africain (SOA) désigne les pays de la bande sahélienne et le Nord des
pays côtiers humides (Bénin, Nigéria, Togo) à régime pluviométrique unimodal (Figure
9).
Figure 9: Zone du Sahel Ouest Africain, le réseau de station utilisé et la climatologie des précipitations de
la période 1981-2010
Figure 10 : Cycle de l’harmattan et de la mousson en Afrique de l‘Ouest , en saison sèche (à gauche) and saison des
pluies (droite)
L’interface entre ces deux courants d’air est la zone de convergence intertropicale (ZCIT).
La trace de la ZCIT au sol est dénommée le front intertropical (FIT) dont le déplacement
latitudinal (entre 4-6°N en Janvier et 20-25°N en Août) favorise la pénétration de la mousson
(figure 10). Les facteurs physiques et dynamiques de l’atmosphère déterminants pour la
mousson Ouest Africain (MOA) sont le Front Intertropical (FIT), La dépression thermique
saharienne, le Jet d’Ouest Subtropical, les Thalwegs en provenance des moyennes
latitudes, le Jet d’Est Tropical (TEJ), le Jet d’Est Africain (AEJ), Les Ondes d’Est Africaines
et les vortex cycloniques, l’Air sec en moyenne troposphère, le flux d’humidité, l’énergie
des basses couches et l’activité convective.
La coexistence et l’interaction de ses éléments avec d’autres parties du système climatique,
tels que la distribution et l’occupation des sols, déterminent le temps météorologique
dominant dans la sous-région.
Figure 11: Anomalies des températures minimales (en haut) et maximales (en bas) au Sahel ouest Africain
Figure 12 a: Anomalies de températures maximales de 1960 à 2010 dans les sous-régions du Sahel ouest Africain
Figure 12b: Anomalies de températures minimales de 1960 à 2010 dans les sous-régions du Sahel ouest Africain
Figure 13: Typologie des années
du point de vu thermique : année
«chaudes», «moyennes» «froides»,
selon la méthode d’Analyse en
Composante Principale.
Figure 16: Taux de réchauffement projeté par la moyenne d’ensemble de 6 modèles climatique du GIEC (2013) [BCC-CSM1,
CSIRO-Mk3-6-0, IPSL-CM5A-LR, IPSL-CM5A-MR, MIROC5, NorESM1-M] selon le forçage radiatif RCP8.5 a l’horizon 2050.
Figure 17: Réchauffement climatique projeté par quatre modèles climatiques régionaux [CLM, HadRM3P, RACMO, REMO]
selon le scenario socio-économique A1B du GIEC (2007) à l’orizon 2050.
Figure 21: Tendance historique (1960-2010) de l’amplitude thermique (Source: Ly et al., 2013)
En outre, il a été obsservé une tendance à une augmentation en plusieurs endroits, sans
cohérence spatiale, de fortes pluies journalières au cours de ces 20 dernières années (fig
22).
L’analyse du cumul annuel de la pluie met en exergue trois époques du régime pluviométrique
dans le SOA. Dans la période 1950-1969 les cumuls pluviométriques et l’intensité des
cumuls journaliers sur 3 jours consécutifs sont excédentaires. Dans la période 1970-1990
les cumuls et l’intensités des cumuls journaliers sont déficitaires. La période 1991-2010
est caractérisée par des déficits la moyenne des cumuls pluviométriques, l’intensité des
cumuls journaliers sur 3 jours, assez proches de la normale (tableau 2). Ce « retour
apparent » de la pluviométrie, vers des conditions normales des années post-1990
est caractérisé par une variabilité accrue (fig 23) de la pluviométrie qui rend difficile la
planification agricole. La variabilité inter décennale est statistiquement significative et
dénote un changement du régime pluviométrique notable.
Figure 24: Evolution comparative des dates d’occurrence des pauses pluviométriques extrêmes caractérisant les faux départ/
fin précoce des saissons (Source: Salack et al., 2013)
Des dates de semis tardives et longueurs de saisons culturales courtes
La période 1950-1969 dans laquelle les cumuls pluviométriques et l’intensité des cumuls
journaliers sur 3 jours consécutifs sont excédentaires, les dates de début de saison sont
précoces et les saisons sont assez longues. La période 1970-1990 sur laquelle les cumuls
et les intensités des pluies sont déficitaires, les longueurs des saisons sont plus courtes
et les dates de début des saisons sont devenues tardives par rapport à la moyenne 1961-
1990. La période 1991-2010 qui est caractérisée par des déficits pluviométriques assez
proches de la normale, et comportant quelques années excédentaires, les dates de début
de saison restent relativement tardives, avec seulement quelques années à début normal
ou précoce, comme dans la période précédente 1970-1990 (fig 25).
Figure 25: Evolution des indice d’anomalies des dates de semis et longueurs moyennes des saisons au Sahel Ouest Africain
(Source : Alhassane et al., 2013 ).
On définit les risques de ré-semis dans la région, lorsqu’il y a occurrence de séquence sèche
d’une durée relativement longue après les semis. L’indice agroclimatique correspondant à
ce paramètre de la pluviométrie locale est la séquence sèche maximale dans les 30 jours
après la date de début de saison (SQSsem). Cet evenement est de plus en plus fréquent
dans le SOA surtout en 1991-2010. En passant d’une période à l’autre, la durée moyenne
de SQSsem n’a pas connu un changement statistiquement significatif, au seuil de 5%.
Néanmoins, la variabilité est plus importante. Ces résultats renforcent l’hypothèse selon
laquelle les risques de ré-semis sont beaucoup plus probables dans les périodes récentes
(Agali et al 2013).
Pour des variétés non-photopériodiques, ayant une durée moyenne de cycle de 90 jours
ou un peu moins, le début de la période épiaison-floraison est estimé à 50 jours après
semis. La durée moyenne de ces pauses observée en 1950-1960 (P1) est de 7 jours (±
5), alors qu’elle est de 9 jours (±7) en 1961-1990 (période de référence) et de 9 jours (±
6) en 1991-2010 (P3). Ces différences de moyennes sont statistiquement significatives
entre la période P1 et la période de référence P3. Alors qu’il n’y a pas de différence entre
la période de référence et la P3. Il ressort de ces résultats que les risques de stress
hydriques augmentent avec l’augmentation de la durée des séquences sèches, en phase
reproductive des cultures pluviales, notamment les céréales précoces (mil, sorgho, maïs,
etc.).
Figure 26: Variabilité interannuelle du nombre de jours pluvieux 1950-2010 sur la région du Sahel Ouest Africain. (a)
Nombre total saisonnier, (b) Nombre de jours pluvieux faibles, (c) Nombre de jours pluvieux forts (d) Nombre de jours
pluvieux très intenses
Tableau 3: Evolution des indicateurs des extrêmes pluviométriques à certaines villes
(Source: Ly et al., 2013)
Indices Périodes Nouakchott Bamako Ouagadougou Niamey N’Djamena Units
Figure 27 : Effet de la variabilité climatique sur la durée du cycle, l’évapotranspiration potentielle et les besoins en eau
des variétés précoces du mil au Sahel.
7.2 Impacts sur la production
Lorsque le réchauffement climatique faible à modéré est associé à une certaine variabilité
des précipitations, alors la production des variétés de mil et de maïs précoces sera plus
affectée. Sur la periode 2011-2030, la biomasse foliaire et les rendements en grains
baisseront respectivement de 5-15% et 8-15%. Lorsque, le réchauffement est modéré
(+1.4 à 1.8°C), cette baisse va s’accentuer surtout sur les rendements (-10 à -20%) même
s’il y a une faible augmentation la pluviométrie. Mais cette pratique n’est pas assez efficace
pour résorber les pertes de production vers la fin de l’horizon 2050 (fig 28).
Dans une approche plus générale, de forçage des sorties des modèles climatiques
directement sur un autre modèle biophysique, d’autres résultats montrent que les plantes
en C4 subissent une perte moyenne de -6% (avec une gamme de dispersion des scénarii
individuels de -29% à +11%). Selon les zones climatiques de la classification de Köppen,
l’effets de la hausse des temperatures est plus importants et moins robustes dans les
zones arides et semi-arides à cause des incertitudes liées à la projection des modèles.
Ainsi, un taux de rechauffement inférieures à +2°C et une baisse des précipitations (de
l’ordre de -10%) peuvent amplifier les pertes en production foliaire et en grains du mil et du
maïs précoces. Par ailleurs, si ce taux de réchauffement est associée à une augmentation
des précipitations, elle permettra de réduire faiblement les pertes en biomasse foliaire et
non les rendements grains.
Selon des contributions récentes sur l’effet d’une augmentation de température supérieure
+2°C, l’impact négatif de la hausse des températures est plus important sur toute la
production (biomasse foliaire et grains). Cet impact négatif ne pourra pas être compansé
par une quelconque augmentation de la pluviométrie.
Figure 28 : Pourcentage de changement de la production de trois variétés de mil précoce [SOUNA3, HKP, ZATIB] et trois
variétés de maïs [OBATAMPA, EV99-QVM, EV-8443] simulées par DSSAT selon un scenario d’augmentation progressive
des températures associées à une variabilité de la pluviométrie en 2011-2050 relativement au climat de référence 1981-
2010
8. Des options d’adaptation urgentes aux options d’adaptation planifiées
L’agriculture de la zone représente 20% du PIB de la région et occupe 67% de la force totale
de travail, principal moyen de subsistance de la population pauvre. Elle est caractérisée
par de petites exploitations paysannes familiales. Leur vulnérabilité étant déjà forte de par
les contextes socio-économiques et physiques dans lesquels elles évoluent et leur grande
exposition aux impacts des changements climatiques. Toutefois, ces systèmes agricoles
sont dotées de capacités de résilience importantes, qui ont déjà fait leur preuve dans le
passé (survivance des systèmes agraires traditionnels à des chocs climatiques violents).
Toutefois cette résilience sera de plus en plus mis à mal par les CC actuel et à venir
marqués par une variabilité accrue des pluies et ses composantes, une recrudescence
de phénomène extrêmes, une augmentation des températures et des vagues de chaleur.
L’adaptation est l’ensemble des solutions apportées dans les différents secteurs
(agriculture, élevage, pêche, foresterie, habitat, infrastructures, etc); pour répondre aux
effets néfastes ou positifs des changements climatiques. Ces mesures peuvent être de
court, moyen et long terme.
En outre, ces pratiques devraient favoriser l’accès des pays en développement au marché
carbone dans le cadre du Mécanisme pour un Développement Propre (MDP) ou dans les
marchés volontaires.
Ces actions devraient être financées d’une part par les budgets nationaux des pays.
Toutefois, des ressources financières additionnelles provenant des différents fonds
mondiaux sur le climat sont susceptibles d’être captées (fonds d’adaptation et d’atténuation
de la CCNUCC dont le Fond Vert Climat, fonds multilatéraux et bilatéraux, fonds atténuation
dans le cadre des marchés carbone dans le cadre du MDP et des marchés volontaires, les
fonds REDD+,etc..). L’accès de l’Afrique à ces fonds est en cours de négociation et devra
être encore être mieux négocié au cours des débats inter gouvernementaux sur le climat,
la COP21 à Paris notamment.
Conclusion
AGRHYMET (2013) Bulletin spécial sur la mise à jour des prévisions des caractéristiques
agro-hydro-climatiques de la campagne d’hivernage 2013 en Afrique de l’Ouest, au Tchad
et au Cameroun. Bulletin Spécial No 03. Centre Régional AGRHYMET. 6p
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191.
ANNEXE 1 : LISTE DES INDICES CLIMATIQUES ET AGROCLIMATIQUES
Sigle Signification
HWDI Nombre de jours de vague de chaleur (Tx supérieure de 5°C pendant au
moins 6 jours à la moyenne quotidienne calculée sur une fenêtre de 5
jours centrée sur la journée, et pour la période 1971-2000)
Tx10p Pourcentage de jours climatologiquement froids (journées où Tx inférieu-
re au premier décile (décile quotidien calculé sur une fenêtre de 5 jours,
sur la période 1971-2000)
Tx90p Pourcentage de jours climatologiquement chauds (journées où Tx su-
périeure au dernier décile (décile quotidien calculé sur une fenêtre de 5
jours, sur la période 1971-2000)
Tx>37,5 Nombre de jours ou la températures maximales est supérieurs à 37,5 ,C
ou un autre
seuil
Sigle Signification
Tn10p Pourcentage de nuits climatologiquement froides (Tn inférieure au pre-
mier décile (décile quotidien calculé sur une fenêtre de 5 jours, sur la
période 1971-2000)
Tn90 Décile supérieur de la température minimale
Tn90p Pourcentage de nuits climatologiquement chaudes (Tn supérieure au
dernier décile (décile quotidien calculé sur une fenêtre de 5 jours, sur la
période 1971-2000)
Sigle Signification
ETR Amplitude thermique absolue (maximum des Tx moins minimum des Tn)
Sigle Signification
Prectot Précipitation totale (saisonnier, mensuel, décadaire) en mm
RR1 Nombre de jours de pluie (RR >=1.0 mm)
CDD Nombre maximal de jours secs consécutifs (lorsque RR<1mm)
R3d Maximum des précipitations cumulées sur 3 jours
prec90 Décile supérieur des précipitations quotidiennes (parmi les jours plu-
vieux)
R20 Nombre de jours de fortes précipitations (RR >=20 mm
R50 Nombre de jours de très fortes précipitations (RR >=50 mm
SDII Intensité moyenne des précipitations par jour de pluie ≥ 1 mm
Les indices agroclimatiques
Sigle Signification
DDS Date de début de la saison des pluies
DFS Date de fin de la saison des pluies
LSC Longueur de la saison des pluies
Sqspl Séquence sèche la plus longueur de la date de début à la date de fin de
l’hivernage
Sqsmoysai- Durée moyenne des séquences sèches pendant la saison agricole
son
Sqs7semis Probabilité d’avoir une séquence sèche de plus de 7 jours 30 jours après
le semis
Sqs10semis Probabilité d’avoir une séquence sèche de plus de 10 jours 30 jours après
le semis
Sqs7DFlo Probabilité d’avoir une séquence sèche de plus de 7 jours pendant la pé-
riode de la floraison
o La longueur de la saison (LSC) est la différence entre la date de fin (DFS) et la date
de début de la saison (DDS) des pluies.