Global Land Outlook: Rapport Thématique Afrique de L'ouest
Global Land Outlook: Rapport Thématique Afrique de L'ouest
LAND
OUTLOOK
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Rapport thématique
Afrique de l’Ouest
Neutralité en matière de dégradation des terres :
Bénéfices pour la sécurité humaine
Le présent rapport thématique du GLO sur l’Afrique de Avertissement : Les appellations employées dans ce
l’Ouest et le Sahel a été élaboré par le Centre régional rapport d’information et la présentation des données
AGRHYMET dans le cadre d’un Mémorandum d’accord qui y figurent n’impliquent de la part de la CNULCD
signé en 2019 entre le Comité permanent inter-États aucune prise de position quant au statut juridique ou
de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS) et au niveau de développement des pays, territoires,
la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la villes ou zones ou de leurs autorités, ni quant au tracé
désertification (CNULCD). Ce travail a été accompli avec de leurs frontières ou limites. La mention de sociétés
l’appui généreux de TetraTech, USAID et SERVIR Afrique ou de produits spécifiques de fabricants, qu’ils aient
de l’Ouest. été brevetés ou non, n’implique pas que ceux-ci aient
été approuvés ou recommandés par la CNULCD de
Equipe du GLO Afrique de l’Ouest préférence à d’autres de nature similaire qui ne sont
pas mentionnés. Les opinions exprimées dans ce
Coordinateur : Issifou Alfari rapport d’information sont celles des auteurs ou des
contributeurs et ne reflètent pas nécessairement les
Éditeur : Dr. Cheikh Mbow vues ou les politiques de la CNULCD.
Contributeurs : Abdou Ali, Abdoulaziz Mainassara, Citation recommandée : United Nations Convention to
Adamou Didier Tidjani, Ado Dan Karami, Djibo Combat Desertification (UNCCD). 2019. The Global Land
Soumana, Henri Songoti, Issa Garba, Issaka Lona, Outlook, West Africa Thematic Report, Bonn, Germany.
Sanoussi Atta, Maguette Kaire, Marc Dawson, Saliou
Gaye Ndoye, Soule Mamane, Souleymane Ouedraogo ISBN : 978-92-95110-48-9
eISBN : 978-92-95110-47-2
Revue : Marie-Helene Schwoob, Morgane Chiocchia,
Julie Dabo, Sandrine Jauffret Printed on Rendezvous Super White,
FSC® 100% recycled.
Conception et mise en page : Miller Design
Cover Photo : © Axel Fassio/CIFOR
GLOBAL
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Rapport thématique
Afrique de l’Ouest
Neutralité en matière de dégradation des terres :
Bénéfices pour la sécurité humaine
© Ollivier Girard/CIFOR
C’est ainsi que, depuis plus de 45 ans, le CILSS et ses partenaires s’activent à atténuer les effets de la
sécheresse et de la désertification en Afrique de l’Ouest et au Sahel.
Les actions et les initiatives entreprises dans la région s’articulent globalement autour de quatre pôles,
à savoir : la gouvernance des ressources naturelles à travers un appui aux politiques ; la formation et
l’information sur la lutte contre la désertification et la gestion durable des terres (GDT) ; la mobilisation de
ressources financières pour la mise en œuvre de projets multi-pays de lutte contre la désertification et
Dr. Djimé Adoum d’adaptation à la variabilité et au changement climatique au niveau local et régional ; et la capitalisation
Secrétaire exécutif du
et la diffusion de meilleures pratiques en gestion durable des terres et d’adaptation et atténuation du
CILSS
changement climatique. Ces actions exécutées à travers plusieurs programmes ont permis de créer des
conditions politiques, stratégiques et techniques pour la promotion de la GDT et le renforcement de la
résilience de la région face au changement climatique. A ce titre, je cite entre autres le Programme de suivi
de l’évolution de l’occupation des terres et de l’utilisation des sols au Sahel (Programme LU / LC) ayant
conduit à l’élaboration et à la diffusion d’un Atlas* Régional, le Programme Régional de Gestion Durable
des Terres et d’adaptation aux changements climatiques au Sahel et en Afrique de l’Ouest (PRGDT) grâce
à l’appui technique et financier de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification
(CNULCD) et du Mécanisme mondial. Aujourd’hui, ces efforts ont contribué à faciliter la formulation des
objectifs de neutralité en matière de dégradation des terres (NDT) pour lesquels les pays se sont engagés
à savoir l’appui au processus de réalignement/révision des PAN et du PASR à la stratégie décennale de la
CNULCD, à l’élaboration de leur rapport nationaux à la Convention, et le renforcement des capacités de
négociation de la sous-région au cours de la Conférence des Parties sur la désertification
Les résultats obtenus à l’issue de la mise en œuvre des actions de GDT ont notamment permis d’améliorer
les conditions de vie des communautés, la productivité des terres, la restauration de l’environnement
dégradé, l’augmentation du capital foncier, l’amélioration de la sécurité alimentaire. A cela s’ajoutent
la recharge des nappes phréatiques, l’expansion des superficies irriguées, la restauration des bassins
versants des cours d’eau et le renforcement de la résilience des populations à la sécheresse.
Malgré les efforts fournis, l’impact des différentes initiatives demeure localisé. Par conséquent, je reste
convaincu que la mise à l’échelle de ces expériences réussies de GDT au Sahel et en Afrique de l’Ouest
offre un potentiel important pour l’atteinte des objectifs de NDT. Cette approche de mise à l’échelle
d’expériences prouvées est un gage d’efficacité et d’efficience pour les investissements futurs. En effet,
les expériences réussies de reverdissement, de lutte contre la pauvreté, de bonne gouvernance socio-
environnementale, de mutualisation des efforts et de recherche de financement pour un développement
durable constituent des sources d’inspiration pour les investissements.
De plus, il convient de souligner qu’investir davantage dans la GDT permet de faire face non seulement
aux problèmes de dégradation continue des terres, mais également aux nouveaux défis de la région, en
particulier les conflits intercommunautaires, le terrorisme et la migration des jeunes.
Tout en saluant les efforts consentis par les États et les différents partenaires techniques et financiers du
Sahel et de l’Afrique de l’Ouest, j’appelle tous les acteurs à coopérer davantage et à fournir plus d’efforts
et d’investissements pour faire de la région une terre de paix et de bien-être.
Je vous remercie
Analysant les enjeux, contraintes et atouts de 7 pays sahéliens (Burkina Faso, Mali, Mauritanie,
Niger, Nigéria, Sénégal et Tchad), ce rapport thématique régional met en lumière les acquis et
opportunités existants pour favoriser le développement durable et inclusif de toute la région. Ainsi,
faisant face à la dégradation des terres, de bonnes pratiques de Gestion Durable des Terres (GDT)
ont été développées. Souvent mises en œuvre sous l’impulsion des communautés locales, elles ont
permis de réduire l’érosion des sols, reconstituer le couvert végétal, retenir l’eau pour l’irrigation,
améliorer la production agro-sylvo-pastorale et accroître la résilience des écosystèmes et des
populations face au climat. Par ailleurs, les jeunes et les femmes ont un rôle essentiel à jouer dans
la valorisation du potentiel productif des terres puisque plus de 60% de la population a moins de 25
ans et les agricultrices représentent plus de 40% de la main-d’œuvre agricole. Enfin, le Sahel dispose
de ressources en eau souterraine et de surface couvrant plus que les besoins locaux, de vastes
espaces de terres à mettre en valeur et un ensoleillement permanent – source importante d’énergie
renouvelable, etc. à valoriser.
Toutes ces opportunités n’ont pas encore été bien saisies et la Neutralité en matière de Dégradation
des Terres (NDT), objectif 15.3 des Objectifs de développement durable (ODD) constitue un levier
pour ce faire. Basée sur la planification de l’utilisation des terres, leur gouvernance responsable et
inclusive et la capitalisation des bonnes pratiques de restauration et de GDT pour éviter, réduire et
inverser la dégradation des terres, cette approche novatrice permet le maintien voire l’amélioration
de la productivité et de la résilience des terres. La NDT fournit des bénéfices multiples en termes
de réduction de la pauvreté, sécurité alimentaire, hydrique et énergétique, création d’emplois verts,
réduction des conflits et des migrations environnementales… Elle permet d’assurer la sécurité humaine
au sens large.
Fort de ses acquis et atouts pour tirer le meilleur profit de ses ressources naturelles, le Sahel a les
capacités de mener d’ambitieux programmes de NDT, dans le cadre d’initiatives existantes telles que la
Grande Muraille Verte, et à travers la mise en œuvre de projets et programmes transformateurs mettant
à l’échelle les bonnes pratiques de GDT. Leur réussite reposera en particulier sur i) la mobilisation
d’importants moyens financiers innovants, ii) la sécurisation de l’accès aux terres, iii) la valorisation des
sources d’énergie renouvelable et l’eau, iv) l’engagement de réformes institutionnelles, v) la création
d’opportunités de marché et nouvelles chaînes de valeur, vi) la bonne gouvernance des espaces et
des ressources, l’utilisation équitable de la main d’œuvre des jeunes et des femmes et l’amélioration
des droits humains sur les ressources naturelles.
Un autre Sahel est possible avec la NDT, en valorisant tout le potentiel productif de ses terres, en tirant
avantage des acquis techniques existants et du dividende démographique pour créer des opportunités
et de la richesse à partir des ressources naturelles, aboutissant à une transformation économique,
sociale et environnementale inclusive et durable.
Traversé périodiquement par des crises climatiques et humanitaires sévères, le Sahel est
aujourd’hui vu comme une région où règnent la pauvreté, les conflits et l’insécurité humaine,
au sens large. Ces crises ont donné l’image d’un Sahel problématique, et non d’une zone
où les ressources naturelles constituent un atout majeur pour une transformation sociale et
environnementale inclusive et durable.
La Neutralité en matière de Dégradation des Terres est une approche innovante, véritable
levier pour répliquer et mettre à l’échelle les expériences réussies, les bonnes pratiques de
restauration et de GDT dans le cadre d’initiatives nationales et / ou régionales existantes et de
nouveaux projets et programmes transformateurs de NDT.
Visant à éviter, réduire ou inverser la dégradation des terres, les pays sahéliens se sont
fixés des cibles réalistes et réalisables de NDT à l’horizon 2030. Leur atteinte repose en
particulier sur :
La mobilisation de financements innovants, à la hauteur des enjeux, pour la restauration
et la gestion durable des terres, la production et la transformation des ressources naturelles.
Les institutions et les modèles financiers existants doivent inclure un portfolio spécial afin de
répondre aux besoins d’une économie inclusive basée sur l’exploitation et la gestion durable
des ressources naturelles et des terres.
La sécurisation de l’accès aux terres—objet d’enjeux stratégiques, économiques
et sociaux importants afin de gérer les inégalités d’accès aux terres des différents acteurs
et renforcer les droits fonciers des groupes vulnérables et des femmes.
Malheureusement, les pressions croissantes exercées Le rapport se base sur les bonnes pratiques et les
par la population sur ces ressources, rendent innovations en matière de lutte contre la dégradation des
l’environnement vulnérable à la détérioration des terres en Afrique de l’Ouest et au Sahel dans le cadre
terres, notamment le couvert végétal (UNCCD, 2017). des objectifs de la neutralité en matière de dégradation
Dans de nombreuses situations, les populations n’ont des terres (NDT). Il présente, de façon détaillée, une
d’autres choix que de mettre en œuvre des pratiques série d’études de cas et d’expériences pouvant conduire
non durables en raison de leurs besoins urgents. à la mise à l’échelle des bonnes pratiques en matière de
Cela mène alors à une spirale dangereuse où les gestion durable des terres dégradées. Les informations
pratiques non durables contribuent à l’augmentation reposent sur une analyse des opportunités et des
de la rareté des terres, à des pertes des ressources barrières en matière de NDT qui seront soutenues par
en eau et compromettent les possibilités d’adaptation. une analyse des bonnes pratiques qu’on peut mettre à
Ce phénomène se fait ressentir surtout dans la région l’échelle afin d’améliorer la résilience des écosystèmes
du Lac Tchad et au niveau de plusieurs petits bassins et des communautés locales.
aquatiques du Sahel.
1. INTERFACE HOMME-
ENVIRONNEMENT ET ENJEUX
ÉCONOMIQUES
La population de l’Afrique de l’Ouest est estimée en 2018 2006). La forte urbanisation a entrainé une augmentation
à plus 397 millions d’habitants soit 38% de la population des surfaces occupées par les villes passant de 15 172 km²
sub-saharienne et 5% de la population mondiale. Elle se à 36 412 km² soit une augmentation de 140% au
caractérise par une forte diversité culturelle et détriment des zones de culture et des terres pastorales.
sociologique. Le taux de croissance démographique En même temps le marché urbain crée une forte
annuel y est supérieur à 2,4% depuis 1980. Le taux demande pour des produits issus du secteur primaire
d’urbanisation est en moyenne de 4% par an ; en 2015 pour satisfaire les besoins alimentaires grandissants.
plus de 43% de la population, soit plus de 366 millions La réduction des surfaces couvertes par la végétation
d’habitants, vivaient dans les villes, contre 86 millions naturelle au profit des aires de culture et des zones
en 1960. Cette population urbaine devrait atteindre d’habitation ainsi que les mauvaises pratiques culturelles
843 millions d’habitants en 2050, soit près de 63% de la ont contribué à une baisse de la productivité des terres
population. La population du Sahel est essentiellement dans la sous-région.
jeune avec une frange de moins de 14 ans estimée à
près de 44% de la population totale. Cette situation place Le Sahel est la frange séparant le Sahara des formations
les pays du Sahel sous une forte pression de l’accès à boisées plus au sud. Il est caractérisé par un gradient
l’emploi des jeunes. Ces défis démographiques peuvent pluviométrique prononcé du nord-sud (200–800 mm /
être contenus si les nombreuses opportunités sur les an) ainsi que plusieurs facies de végétation (steppes à
ressources naturelles et les systèmes de production sont forêts) (Figures 1). La bande sahélienne recoupe regorge
saisies par les populations. Ce potentiel sur les les principaux bassins hydrographiques (Sénégal,
ressources naturelles est pour le moment limité par la Niger, Gambie, Volta, Lac Tchad et plusieurs rivières au
déforestation, l’expansion des terres cultivées, le Sud) et représente une grande diversité écologique.
surpâturage et les sécheresses fréquentes (Kandji et al., La région est dominée par les activités pastorales
© AGRHYMET
Faire face aux problèmes de la dégradation des terres et Encadré 1. Définitions clés
de sécurité alimentaire est une contribution importante
à la lutte contre la pauvreté et au maintien d’une paix La dégradation des terres est définie par la CNULCD
durable dans la région (AFR100, OSS, CILSS, Office comme : « la réduction et la perte de la capacité de
du Niger, OMVS, Autorité de Lac Chad, etc.). Tous les production organique ou économique des terres
pays du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest ont mis en à produire. La dégradation des terres est souvent
place un PAN-LCD pour mener une politique nationale causée par les activités humaines, et exacerbée par les
sur l’amélioration des services écosystémiques et du processus naturels tels que le changement climatique
niveau de vie des communautés vulnérables afin de ‘et la perte de la biodiversité » (UNCCD, 2016).
réduire la dégradation des terres et in fine l’exode rural
et l’émigration. Plusieurs actions ont permis de protéger Gestion durable des terres (GDT) : « l’adoption
et restaurer la biodiversité, d’améliorer la productivité de systèmes d’utilisation des terres qui, à travers
agro-sylvo-pastorale, de lutter contre l’exode rural et la des pratiques de gestion appropriées, permet aux
migration des jeunes (par la création d’emplois pour les utilisateurs des terres de maximiser les avantages
communautés rurales), de lutter contre le changement économiques et sociaux de la terre tout en maintenant
climatique, la pauvreté, l’insécurité alimentaire et ou en améliorant les fonctions de soutien écologique
d’améliorer le bien-être des communautés. Ce rapport des ressources foncières » (TerrAfrica, 2009).
mettra l’action sur ces pratiques.
Neutralité dans la Dégradation des Terres (NDT) « État
dans lequel la quantité et la qualité des ressources
en terres, nécessaires pour soutenir les fonctions et
services des écosystèmes et renforcer la sécurité
alimentaire, restent stables ou augmentent à des
échelles temporelles et spatiales déterminées et les
écosystèmes (UNCCD). »
Figure 3 : Sahel
Precipitation Index
(20-10N, 20W-10E), 1/3 du betail mort
June through October SN, MR, ML Secheresse
1950 - November 2016.
Crise alimentaire
Grande secheresse
Figure 5 : Les
ressources en eau
souterraines (BGR).
c d
© ABN-Sofreco
La dégradation des terres, handicap majeur pour les terres dégradées. Les opportunités et les contraintes
l’agriculture des pays sahéliens, conduit à l’abandon pour de nouvelles utilisations des terres sont créées par
de vastes superficies inexploitables et à l’exode les politiques et les marchés locaux et nationaux. Les
dans les cas extrêmes. Cela entraîne l’expansion des forces mondiales deviennent les principaux déterminants
surfaces cultivées sur des terres marginales, et une du changement d’affectation des sols, dans la mesure où
évolution dans l’utilisation des terres et les systèmes elles amplifient ou atténuent les facteurs locaux.
de production. Dans la moitié nord du Burkina Faso
(notre zone d’étude), la dégradation continue des sols Les exigences techniques pour la réhabilitation des
par encroûtement et du couvert végétal du fait des terres dégradées et la NDT ne sont pas difficiles à mettre
phénomènes naturels (climat) et anthropiques (systèmes en œuvre. La plupart de ces techniques n’incluent pas
culturaux non conservateurs), a entraîné la formation de de la machinerie moderne. Il s’agit souvent de pratiques
glacis dénudés. innovantes basées sur une série d’actions coordonnées
qui engagent les communautés locales pour leur
Ni la population, ni la pauvreté ne constituent les seules réalisation et basées sur un ciblage géographique
et principales causes sous-jacentes de la dégradation rationnel. Il existe trois catégories d’interventions : celles
des terres au Sahel. Les réactions des populations aux portant sur les végétations sur pied et la biodiversité ;
opportunités économiques, influencées par des facteurs celles portant sur l’amélioration des sols et celles portant
institutionnels, déterminent plutôt les interventions sur sur les ressources en eau.
INFLUENCE HUMAINE
SUR LE COUVERT VÉGÉTAL : Le Sahel est connu pour des techniques mises en
Les techniques de régénération des arbres incluent place d’alignement de blocs de cuirasse ferrugineuse,
les techniques de régénération naturelle des arbres perpendiculaires à la pente, sur les champs ou en
dans les terroirs agricoles ou au sein des formations dehors des terres de culture. Sur les sols sableux,
naturelles. La replantation, le semi-direct, l’entretien l’assemblage des branchages ou des tiges de mil, et
des plantules, la préparation du sol sont des aspects s’appuyant sur des piquets pour retenir les sédiments
techniques que les services nationaux maitrisent pour et améliorer la porosité du sol. Ces effets antiérosifs
l’avoir pratiqué depuis plusieurs décennies. sont aussi recherchés à travers des méthodes
Le contrôle et la gestion des coupes d’exploitation biologiques comme des haies-vives telle que des
dans les forêts aménagées et dans les plantations ou plantations d’espèces locales comme les euphorbes
forêts communautaires. (Euphorbia balsamifera) ou des espèces pérennes
Les techniques d’enrichissement, consistant à inclure comme des vétivers, andropogon. Au niveau des
des espèces adaptées pour différentes fonctions champs, les pratiques telles que le paillage, le
écologiques, des services écosystémiques et sarclage, etc.
des fonctions de protection contre l’érosion. Elles
consistent à des introductions de plants d’une ou
plusieurs essences utiles SUR LES RESSOURCES EN EAU :
Les techniques de rétention de l’eau sont souvent
combinées avec celles de l’amélioration de la
SUR LES SOLS : productivité des terres. Dans tous les pays du Sahel,
La restauration de la fertilité du sol implique des des pratiques telles que le Zaï, les demi—lunes, les
interventions tels que l’amendement des sols, bassins de rétention, les micro-barrages, les barrages
plantation d’arbres fixatrice d’azote, la lutte contre anti-sel, etc. ont fini de faire leur preuve sur la
l’érosion des sols par des méthodes biologiques restauration de nombreuses terres dégradées.
(brise-vents, haies vives) et physiques qui sont
des techniques simples, basées sur l’utilisation
de matériaux locaux, disposés en petits barrages
et destinés à dissiper l’énergie des eaux de
ruissellement.
•PÉRIODE COLONIALE
fonciers dans les pays du Adoption d'une loi française 1865 des rois défaits appartiennent à la France
Sahel (Mbow et al., 2017). sur les terres «inoccupées»
Application généralisée de Resistence communautaires
1904
la Loi sur les terres «non
utilisées»
1935
Les droits fonciers traditionnels sont
reconnus
Reconnaissance des 1955
traditions régimes 95% des terres sont nationalisés pour la
1956 modernisation / commercialisation de
fonciers
l’agriculture.
•PÉRIODE POST-COLONIALE
l’importance du foncier pour sécuriser les importants, et du coup les performances se trouvent
investissements et les activités de restauration réduites. Les droits d’accès et d’usage (sur les
des terres. ressources en eau et les pâturages) ne sont pas
toujours garantis, soit du fait des logiques d’exclusion
L’extension des surfaces de production agricole et ou d’accaparement, soit du fait des droits réels sur
horticole reste limitée par la disponibilité de sols les terres.
appropriés et d’eau de qualité. La grande majorité des
terres cultivables sont régies par la loi sur le domaine Dans le Secteur pastoral, par exemple, les obstacles liés
national, malgré la territorialisation des politiques à l’évolution du foncier rural et droit d’accès aux points
publiques issues de la décentralisation. Les producteurs d’eau influent très fortement sur la performance du
locaux n’ont ni titre ni droit formel. Ils sont attributaires secteur. Selon les lois et règlementations nationales les
sans être propriétaires et ceci ne leur permet pas terres de parcours et les points d’eau encourent une
d’accéder au crédit agricole afin de faire face aux privatisation (ou différentes formes d’appropriations) qui
investissements. Par ailleurs, la taille réduite de certaines les rend inaccessibles sans accord ou contrat avec le(s)
exploitations freine le recours aux investissements propriétaire(s).
© Ollivier Girard/CIFOR
Vue d’une
transformation
environnementale
positive induite par la
Régénération naturelle
assistée (RNA) au Niger.
Le Sahel est connu pour ces vastes étendus de terres sénégalo-mauritanienne. Ceci est le reflet des effets
dégradées qui augmentent au fil des années. Cependant, positifs des programmes nationaux et régionaux mis en
la restauration des terres est en cours dans tous les pays, œuvre en matière de GDT. Les efforts de restauration
notamment dans le cadre de l’Initiative de la Grande et l’amélioration de la pluviométrie expliqueraient
Muraille Verte, les programmes nationaux initiés par les l’amélioration de la productivité des terres. La faible
États, les partenaires au développement et les ONG. Le pression humaine pourrait être aussi en partie
problème réside dans le manque de financement pour responsable de la progression de la productivité surtout
permettre la restauration des terres à l’échelle requise. dans les zones de conflits (nord-est du Nigéria et le nord
Des instruments financiers spécialisés, tels que le Fonds du Mali).
sur la NDT, sont en cours de développement pour y
pallier. Un nombre croissant d’investisseurs manifestent Les pays du Sahel présentent de vaste surface avec
de l’intérêt pour financer la restauration des terres en des niveaux de dégradation variées. La restitution de
tant que moyen de prévenir la perte de biodiversité et de la capacité de production de ces terres est un levier
renforcer la résilience au climat. sûr et durable pour une transformation profonde des
économies et du bien-être des populations. Les analyses
Une cartographie du bilan de la productivité récentes sur la dynamique de l’occupation du sol
végétale (figure 8) montre une tendance générale (CILSS, 2016) donnent des informations quantitatives
au reverdissement dans la zone nord sahélienne, sur la dynamique de l’espace qu’on a couplé avec des
surtout au Niger et une baisse de la productivité des cibles spécifiques de restauration des terres dégradées
terres dans les zones sud sahéliennes et à la frontière (tableau 1).
Tableau 1 : Dynamique
Pays Dégradation des terres et actions prioritaires
de l’occupation du sol et
actions prioritaires de
réhabilitation des terres Burkina Faso Rapide expansion des terres agricoles qui connaissent une augmentation de 160 % de
dégradées. 1975 à 2013. Ce taux d’expansion rapide dépasse 4 % par an, ce qui équivaut à environ
1,720 km2 de cultures supplémentaires chaque année (CILSS, 2016). En revanche, les
formations végétales notamment les forêts et les savanes connaissent un déclin passant
respectivement de 76 à 48 km2 soit une régression de 37% et de 18 956 à 13 752 km2
soit 28% entre 1975 à 2013.
Actions prioritaires
Mettre un terme à la conversion des forêts en d’autres classes d’occupation des
terres d’ici à 2030.
Améliorer la productivité des catégories d’occupation de terres en déclin (savanes
arbustives, prairies et terres cultivées) soit 2,5 millions ha.
Relever le taux de matière organique du sol à au moins 1% en améliorant les stocks
de carbone sur 798 000 ha ;
Récupérer 295.000 ha des terres dégradées sur un total de 590 000 ha.
La République Islamique Le taux global de changement de l’utilisation des terres est passé de 0,4 % par
de Mauritanie an de 1975 à 2000 à 0,7 % entre 2000 à 2013. Le taux d’expansion agricole s’est
extraordinairement accentué entre 2000 et 2013. Les habitations ont vu leur superficie
multipliée par dix entre 1975 et 2013 d’une part et d’autre part, les forêts ont perdu plus
de 56 km2 de leur superficie entre 1975 et 2013 (CILSS, 2016).
Actions prioritaires
Accroitre la proportion d’aires protégées continentales dans le territoire national ;
Mettre un terme à la déforestation en réalisant 100 000 ha de reboisement par an
et réduisant le taux d’utilisation du bois-énergie ;
Lutter contre la désertification en restaurant les terres dégradées, notamment par
le renforcement des opérations d’ensemencement aérien.
La République du Niger Les formations végétales (savanes, savanes herbacées, savanes sahéliennes, forêts
galeries et steppes) passent de 411 372 km2 en 1975 à 349 328 km2 en 2013, soit une
perte de 62 044 km2. Les superficies sous cultures passent de 64 848 à 125 672 km2, soit
une augmentation de 60 824 km2 avec une moyenne annuelle des surfaces cultivées de
16 000 km2 (CILSS, 2016).
Actions prioritaires
Pour atteindre la NDT d’ici 2030, le Niger s’est fixé comme objectif la restauration de
4 440 500 ha de terres dégradées et la prévention de la dégradation des terres non
dégradées. Les cibles spécifiques définies sont :
Restaurer 44% (4 440 000 ha) sur les 10 760 000 ha de terres dégradées en 2010 ;
Réduire à 2% (252 000 ha) la superficie des terres cultivées présentant une tendance
négative de productivité primaire nette ;
Réduire de 1% (100 000 ha) à 0% le taux annuel de conversion des forêts/savanes/
zones humides en d’autres types d’occupation ;
Mettre un terme à l’ensablement et l’érosion hydrique le long du fleuve Niger et des
autres bas-fonds.
La République du Sénégal L’expansion des terres cultivées a été relativement modeste, passant de 32 600 km2
en 1975 à 32 900 km2 en 2000 et 41 000 km2 en 2013, soit une augmentation de 26 %
entre 1975 et 2013 (CILSS, 2016). Le développement de l’agriculture a conduit à la
fragmentation des savanes et des forêts claires se traduisant par une perte du couvert
végétal et un déclin de la qualité des écosystèmes naturels restants (CILSS, 2016). Les
savanes ont diminué de 8 200 km2, soit une perte de 6,3 % de leur superficie de 1975.
Quant aux forêts claires, elles ont régressé de 42 %, soit 3 160 km2. Les forets galeries,
qui longent le réseau hydrographique et sont réputées pour leur importante biodiversité,
ont diminué de 19 %, soit 570 km2. La surface occupée par les habitations est passée de
530 km2 en 1975 à 850 km2 en 2000 et 1 450 km2 en 2013, soit une augmentation de 172 %
en 38 ans. Cette situation indique une forte croissance démographique (CILSS, 2016).
Actions prioritaires
Les investissements s’élèveront à environ 16 Milliards Fcfa durant la période 2009-2020
La restauration de 75% des 2 507 995 ha de forêts dégradées par des actions de
mises en défens, jachère, aménagement forestier, reboisement, régénération naturelle
assistée pour un investissement de 124 200 millions de dollar ;
La restauration de 75% des 1 367 609 ha de savanes dégradées (Arbustes, prairies et
zones à végétation clairsemée) par des actions de reboisement, des bandes pare-feu,
des brise-vent, des cultures fourragères, la fenaison, les feux de brousse précoces
pour un investissement de 96 000 millions de dollar ;
L’amélioration de la productivité de 75 % des 2 652 549 ha des terres agricoles pour
un investissement de 2 616 000 millions de dollars ;
La protection et la restauration de 75% des 153 010 ha des zones humides et plans
d’eau pour un investissement de 852 000 millions de dollar ;
Le reboisement et la mise en défens des 75% des 179 770 ha de zones marginales
(zones artificielles, terrain nu et autres domaines) pour un investissement de
102 000 millions de dollar (Sénégal, 2015).
En matière de financement, on se focalise sur le risque Il est aussi important de noter que les mécanismes
relatif de l’investissement et pas beaucoup sur l’aspect le existants de financements sur les terres, ne concernent
plus important qui est la rentabilité́ de la production pas pour le moment des financements sur le long-terme
durable des terres (TerreAfrica, 2009). Au cœur de la comme dans les autres secteurs de développement. Or,
question de la rentabilité, est le rôle des états dans dans le domaine des ressources naturelles, hormis la
l’amélioration des pratiques agricoles et les investissements production agricole pluviale saisonnière, qui est annuelle,
connexes pour s’assurer que les aménagements qui les formes de productions impliquant des arbres et la
devraient être rentables d’un point de vue privé pour les restauration des terres prennent de nombreuses années
agriculteurs (ou rentables collectivement pour la localité), voire de décennies pour produire des bénéfices. Pour
le soient à condition que ces agriculteurs bénéficient l’instant, la situation du financement agricole et sur les
d’un régime de propriété́ foncier plus sûr, et qu’ils aient ressources naturelles est basée sur les systèmes de
largement accès aux marchés. microfinance qui répondent plus à des besoins de
subsistance, plutôt que sur le développement d’un
Le plus grand obstacle pour le financement sur la entreprenariat durable basé sur les ressources naturelles.
dégradation des terres par conséquent la faible volonté
de donner la priorité́ a ce secteur dans les lignes de Le financement reste ainsi le principal catalyseur
dépense nationale. Il faudrait par alors une augmentation transversal de la croissance du secteur. La demande de
des ressources financières strictement réservées à financement dans la réhabilitation des terres dégradées
la GDT, pour aboutir à une plus grande dissémination a fait l’objet d’importants financements étatiques depuis
des bonnes pratiques. Afin d’améliorer le financement les périodes de sècheresse des années 1970. Ces
des GDT dans le cadre LDN, il faut dans un premier financements englobent des portefeuilles qui vont du
temps améliorer le niveau d’information sur l’ampleur financement commercial (production de bois d’œuvre,
de la dégradation des terres et de leurs conséquences. énergie) aux investissements à long-terme sous forme
Dans un deuxième temps, ils faire un examen détaillé de programmes financés par l’appui technique à travers
des dépenses publiques en matière sur la GDT, d’en les missions des directions nationales chargées des
tirer des recommandations pour une meilleur ciblage forêts et de la protection des sols. Quel que soit le
et un calibrage des projets en fonction des ambitions. modèle opérationnel, les financements en faveur de la
Ces financements devraient concernes les efforts à restauration des terres ont eu des résultats mitigés avec
faire pour une l’élaboration et l’adoption de meilleures un impact réel qui n’a pas toujours été satisfaisant.
technologies au service de la GDT, la sécurité foncière
et la planification stratégique (intégrée) nationale Avec la limite des financements publics, les ONG et le
(TerreAfrica, 2009). secteur privé apportent un concours de plus en plus
important qui devrait être mieux structuré et planifié.
Les progrès sur la valorisation des ressources naturelles L’investissement sur la restauration des terres peut dans
deviendraient importants si l’investissement existait non plusieurs situations constituer une opportunité pour
seulement sur les facteurs de production, mais aussi sur développer des chaînes de valeur sur les ressources
la transformation et la commercialisation des produits. naturelles. Des exemples sur la gomme arabique, les
Les banques de développement appliquent toujours des produits forestiers non ligneux, les fruits, les huiles et
taux d’intérêt hors de portée pour les paysans locaux feuilles aux valeurs nutritives existent en abondance
qui assurent une large part de la production de produits au Sahel.
de base et de transformation. La conséquence de ces
barrières financières affecte directement les Petites et
Moyennes Entreprises (PME) qui sont confrontées à
un déficit d’accès aux produits de base en quantité et
qualité pour créer de la plus-value (AGRA, 2017).
© AGHYMET Abreuvoir
Au Sahel, plusieurs espaces, comme les mises en culture mobilité des troupeaux facilite aussi l’accès des éleveurs
et les plantations agro-forestières ou forestières, sont au marché (bétail, intrants, biens de consommation
souvent formellement soustraits aux parcours même si courante) et aux services. La mobilité est aussi une
dans la pratique ce n’est pas toujours le cas. Ceci crée réponse efficace pour réduire les risques encourus par
souvent des conflits entre groupes sociaux. Ces les éleveurs et leur cheptel en cas de crise : sècheresse,
oppositions sont connues depuis l’immatriculation des épizootie, insécurité civile, etc.
terres et les zonages modernes qui n’ont pas tenu en
compte certaines réalités sociologiques. Des crises
récurrentes surviennent sur la gestion des couloirs de
passage du bétail y compris l’accès aux points d’eau, SUR L’EAU ET LE CONTRÔLE DE
l’enclavement de parcours au sein du terroir, etc. Même L’ÉROSION HYDRIQUE.
si les champs et les forêts en systèmes agro-forestiers
produisent des fourrages, ces fourrages (chaumes, On estime que la productivité des terres irriguées
adventices, résidus de culture, cultures fourragères) ne est environ trois fois supérieure à celle des terres
sont pas disponibles au cours de la saison de croissance sous culture pluviale. Investir dans le développement
végétale. En outre, les espaces voués à la conservation de l’irrigation offre davantage d’assurance contre
de la nature (forêts classées, parcs nationaux), les les précipitations irrégulières, stabilise la production
infrastructures (réseau routier, chemin de fer ; barrages ; agricole, augmente la productivité des cultures et permet
périmètres irrigués) et le maillage urbain contribuent aux agriculteurs de diversifier leur productivité. Cela
aussi à réduire les espaces pastoraux et à les fragmenter. peut se traduire par une augmentation des revenus
agricoles et la mise en place de moyens de subsistance
Obstacles liés à la réglementation de l’accès aux améliorés et durables en milieu rural. La superficie des
ressources et infrastructures (points d’eau, couloirs de terres irriguées en Afrique subsaharienne pourrait être
passage, parcs de vaccination, marchés du bétail…) augmentée de 330% afin d’accroître considérablement
et aux taxations licites ou illicites des mouvements du la production agricole, d’autant que 85% du potentiel
bétail, en particulier transfrontaliers. d’irrigation de l’Afrique subsaharienne reste inexploité
(Frenken, 2005).
Les opportunités en matière de gestions durables des
espaces pastoraux portent alors sur l’amélioration Il existe à présent de nombreuses opportunités pour
de la mobilité des troupeaux sur un circuit de pâture investir économiquement dans l’irrigation au Sahel où
tout comme la mobilité saisonnière régionale, voire la superficie irriguée pourrait être doublée d’ici 2030.
transfrontalière, pour optimiser la pâture du bétail. La Il existe un énorme potentiel d’irrigation au Sahel avec
pâture sélective permet au bétail de tirer profit des ses abondantes eaux de surface et eaux souterraines
ressources fourragères qui varient en quantité et en permettant de transformer et de diversifier la productivité
qualité d’un lieu à l’autre, et au cours des saisons. Elle agricole, d’une part ; et d’améliorer les moyens de
détermine in fine la productivité de l’élevage pastoral. La subsistance des communautés rurales, d’autre part.
LA GESTION DES RESSOURCES Pour l’agroforesterie, les plus grands acquis sont le
FORESTIÈRES, LES PLANTATIONS fait des populations elles-mêmes. Les pays du Sahel
ET L’AGROFORESTERIE n’ont pas assez tôt identifié l’agroforesterie comme
un secteur des reconquêtes des terres dégradées. Le
Dans tous les pays du Sahel, le reboisement a été le caractère hybride de l’agroforesterie et la segmentation
principal levier de la politique forestière pendant de institutionnelle entre les services agricoles et les services
longues décennies. La crise des sècheresses des forestiers, ont fait de l’agroforesterie un orphelin des
années 1970 a incité un déploiement massif de moyen politiques publiques. Avec les nombreuses évidences
financiers et techniques pour replanter des arbres sur de des impacts positifs de ces pratiques compatibles à
vastes étendues. Il y a eu plusieurs types d’inventions. la fois avec la conservation de la biodiversité et des
Il y a des intervenions purement forestières consistant écosystèmes mais aussi avec l’agriculture vivrière ou
à mettre en place des stratégies préventives contre marchande, a fini par convaincre les décideurs politiques
la déforestation et consistant améliorer les plans de et devient de plus en plus mis en avant dans la GDT.
Source : Banque Mondiale, 2016 Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest 41
Le Sahel accueille de grands parcs nationaux et des Les exemples de mesures réussies de restauration des
réserves de biosphères. Ces zones sont des lieux de terres, de reboisement et de conservation de l’eau au
conservation de la biodiversité, du recyclage de l’eau, Sahel comprennent la gestion des masses d’eau pour
et des couloirs de migration des animaux sauvages. la production animale et végétale; la réduction et la
Ces parcs abritent une grande partie des espèces maîtrise des feux de brousse; l’amélioration des plans
rares ou en voie de disparition citées par l’UICN et d’extraction du bois; l’augmentation de la production
consignés dans les codes forestiers nationaux. Leur d’énergie renouvelable; l’ajout des arbres aux paysages
gestion permet une conservation in situ de la diversité agricoles; l’ utilisation des méthodes traditionnelles telles
génétique qui sert de sources de semences pour une que le zaï et les demi-lunes; la récupération de l’eau;
reconquête des terres dégradées. Il est important de l’irrigation à petite échelle; la réhabilitation des terres par
noter qu’avec la dégradation accélérée des terres, les amendement organique; la gestion des pâturages; et la
populations utilisent ces parcs et réserves pour les plantation d’ arbres pour le fourrage (Mbow, 2018).
activités de production et font souvent face aux services
de conservation.
Ouest du Niger
Source : [Link]
access-capacity-policy-support-technology-tools/checklist-land
La République du Mali Importante main d’œuvre (jeunes <15 ans Les techniques traditionnelles (Zaï,
font 46% de la population) ; cordons pierreux, les diguettes en terre,
L’Office du Niger est le plus ancien des les demi lunes, fixation des dunes, etc.)
périmètres irrigués de l’Afrique de l’Ouest ; et l’agroforesterie ont été testées et
Le potentiel des terres irrigables s’élève à vulgarisées par les programmes GRN
2,2 millions d’ha et seuls moins de (CMDT, OHVN, ONG etc.) ;
400 000 ha sont aménagées (PNAE) ; « Opération pour un MALI Vert » et
Importantes ressources en eau avec le l’élaboration d’une stratégie nationale de
Fleuve Niger (1700 km) ; reboisement en 2000 ;
113 forêts classées pour une superficie totale Il a été produit 44 430 796 plants (contre
de 992 241 ha ; seuls 42 forêts classées ont 36 388 290 plants en 2011) toutes
des plans d’aménagement ; espèces confondues sur une prévision
500 000 ha de forêts disparaissent chaque de 60 822 977 plants, soit un taux de
année dont 400 000 pour l’exploitation réalisation de 73,05%. De 2000 à 2012,
de bois et 100 000 pour l’extension des 260 689 ha de terres dégradées ont été
surfaces cultivables. reboisés.
La République Islamique de Près de 80% de la population vit dans le le couvert végétal a connu une
Mauritanie tiers sud du pays, dans la Vallée du fleuve régénération appréciable, avec plusieurs
Sénégal ; centaines d’hectares restaurés et
Les terres aptes pour des activités agro- protégés de manière participative. Les
sylvo-pastorales sont estimées à superficies reboisées ont évolué de
20 000 000 ha. Les terres cultivables 4 530,78 ha en 2000 à 74 666,27 ha
couvrent une superficie de 502 000 ha en 2012 soit une augmentation de
dont 137 000 ha irrigables le long du fleuve 1752% en 13 ans ;
Sénégal. Seul 50 000 à 220 000 ha sont la production 44430 796 de plants sur
exploitées annuellement ; une prévision de 60 822 977 soit un taux
Les ressources forestières occupent une 73,05% ;
superficie de 4 385 000 ha dont 30 forêts la plantation sur une superficie plantée
classées ; 74 666,27 ha sur une prévision de
Les eaux renouvelables souterraines sont 117 877 ha soit 63,34% ;
estimées à 0,3 km³/an et les eaux de la fixation de 31,0 ha de dunes
surface renouvelables totales à 11,1 km³/an
dont 0,1 km³/an est généré à l’intérieur du
pays (MHA, 2012).
La République Fédérale PrésPrès de 70 millions d’ha de terres Le pays s’est engagé à restaurer plus
du Nigéria cultivables, dont 40 % seraient exploitées pour de 84 millions d’hectares de terres
l’agriculture. Le secteur agricole emploie plus dégradées, dans le cadre de l’Initiative
des 2/3 de la population active ; pour la restauration des paysages
le droit foncier traditionnel local est forestiers en Afrique (FAO-FRA, 2015) /
complexe et peu accessible ; Bonn Challenge ;
les infrastructures d’irrigation ne bénéficient Restauration, en 2017, de 1 056 hectares
qu’à 1 % des terres agricoles ; de terres dégradées et plantation de
la disponibilité en intrants est insuffisante, 500 hectares de terres avec six espèces
tandis que les techniques culturales locales ;
évoluent peu et l’accès au crédit demeure Quatre espèces herbeuses indigènes ont
limité (1,4 % seulement de l’activité été introduites pour fournir du fourrage
bancaire) ; pour le bétail (FAO, 2018) ;
le niveau de mécanisation est également Projet Fadama-III financé par l’AID
très faible, les infrastructures de stockage a construit des puits, des forages,
(silos, etc.) et de transport sont insuffisantes d’augmenter les surfaces irriguées
et entrainent des pertes (40%) énormes de (153,92 ha) et de former plus de 338
récoltes. personnes en techniques de restauration
des terres dégradées, ainsi qu’en
traitement des semences et plantation
par semis direct.
La République du Sénégal 60 % de la population active vit en milieu rural Le pays a adopté un cadre national
et les 2/3 ont moins de 25 ans ; d’investissement stratégique pour la
gestion durable des terres (CNIS/GDT)
Le potentiel irrigable est de 350 000 ha dont qui est un cadre de concertation et
seulement 130 000 ha sont aménagés ; de mise en commun des efforts des
différentes structures pour lutter contre la
Les ressources en eau sont évaluées à 35 dégradation des terres ;
milliards m³ reparties en 31 milliards m³ d’eaux programme de vulgarisation des foyers
de surface (comprenant essentiellement améliorés ;
les fleuves Sénégal, Gambie, Casamance ressources provenant de la valorisation
et Kayanga), et à 4 milliards m3 d’eaux des crédits de carbone sont estimées à
souterraines (PRACAS, 2014) ; 25 Milliards Fcfa. Les efforts de mise en
œuvre, de projets et programmes auront
La mobilisation des eaux souterraines est de permis de stocker 27 967 500 tonnes de
l’ordre de 5% ; carbone et la mise en défens a pu créer
un capital ligneux de 30 m3/ha soit 900
La baisse de fertilité des sols et de la 000 m3 de bois sur un terrain qui était
détérioration des écosystèmes, de la faible initialement nu (Sénégal, 2010);
valorisation des produits agricoles. Trois régions (Thiès, Louga et Kolda) sont
retenues pour la formulation des cibles
volontaires NDT dont le Sénégal s’est
fixé d’atteindre à l’horizon 2035 (UNCCD,
2018);
Les superficies qui seront affectées par
ce processus de NDT tournent autour
de 317 127 ha pour le département de
Tivaouane (Thiès), 1 573 914 ha pour
le département de Linguère (Louga)
et 470.201 ha dans le département de
Médina Yoro Foula (Kolda).
La République du Tchad Les potentialités agricoles du pays sont Grands projets de conservation et
considérables, avec 39 millions ha cultivables restauration des sols, de reboisement,
dont 2,2 millions sont cultivées annuellement, d’aménagements hydrauliques, de lutte
5,6 millions ha potentiellement irrigables, dont contre l’ensablement, de développement
700 000 ha seulement irriguées ; communautaire, etc.