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Global Land Outlook: Rapport Thématique Afrique de L'ouest

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GLOBAL

LAND
OUTLOOK
accent marks on title page

Rapport thématique
Afrique de l’Ouest
Neutralité en matière de dégradation des terres :
Bénéfices pour la sécurité humaine
Le présent rapport thématique du GLO sur l’Afrique de Avertissement : Les appellations employées dans ce
l’Ouest et le Sahel a été élaboré par le Centre régional rapport d’information et la présentation des données
AGRHYMET dans le cadre d’un Mémorandum d’accord qui y figurent n’impliquent de la part de la CNULCD
signé en 2019 entre le Comité permanent inter-États aucune prise de position quant au statut juridique ou
de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS) et au niveau de développement des pays, territoires,
la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la villes ou zones ou de leurs autorités, ni quant au tracé
désertification (CNULCD). Ce travail a été accompli avec de leurs frontières ou limites. La mention de sociétés
l’appui généreux de TetraTech, USAID et SERVIR Afrique ou de produits spécifiques de fabricants, qu’ils aient
de l’Ouest. été brevetés ou non, n’implique pas que ceux-ci aient
été approuvés ou recommandés par la CNULCD de
Equipe du GLO Afrique de l’Ouest préférence à d’autres de nature similaire qui ne sont
pas mentionnés. Les opinions exprimées dans ce
Coordinateur : Issifou Alfari rapport d’information sont celles des auteurs ou des
contributeurs et ne reflètent pas nécessairement les
Éditeur : Dr. Cheikh Mbow vues ou les politiques de la CNULCD.

Contributeurs : Abdou Ali, Abdoulaziz Mainassara, Citation recommandée : United Nations Convention to
Adamou Didier Tidjani, Ado Dan Karami, Djibo Combat Desertification (UNCCD). 2019. The Global Land
Soumana, Henri Songoti, Issa Garba, Issaka Lona, Outlook, West Africa Thematic Report, Bonn, Germany.
Sanoussi Atta, Maguette Kaire, Marc Dawson, Saliou
Gaye Ndoye, Soule Mamane, Souleymane Ouedraogo ISBN : 978-92-95110-48-9
eISBN : 978-92-95110-47-2
Revue : Marie-Helene Schwoob, Morgane Chiocchia,
Julie Dabo, Sandrine Jauffret Printed on Rendezvous Super White,
FSC® 100% recycled.
Conception et mise en page : Miller Design
Cover Photo : © Axel Fassio/CIFOR
GLOBAL
LAND
OUTLOOK
Rapport thématique
Afrique de l’Ouest
Neutralité en matière de dégradation des terres :
Bénéfices pour la sécurité humaine
© Ollivier Girard/CIFOR

2 Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest


PREFACE
Au lendemain des sécheresses sans précédent qui ont frappé la région du Sahel et qui ont conduit à la
fragilité de l’écosystème et à la dégradation de son environnement, les États de la région se sont mobilisés
autour de grandes initiatives structurantes pour faire face à cette situation, dont la création du CILSS en 1973.

C’est ainsi que, depuis plus de 45 ans, le CILSS et ses partenaires s’activent à atténuer les effets de la
sécheresse et de la désertification en Afrique de l’Ouest et au Sahel.

Les actions et les initiatives entreprises dans la région s’articulent globalement autour de quatre pôles,
à savoir : la gouvernance des ressources naturelles à travers un appui aux politiques ; la formation et
l’information sur la lutte contre la désertification et la gestion durable des terres (GDT) ; la mobilisation de
ressources financières pour la mise en œuvre de projets multi-pays de lutte contre la désertification et
Dr. Djimé Adoum d’adaptation à la variabilité et au changement climatique au niveau local et régional ; et la capitalisation
Secrétaire exécutif du
et la diffusion de meilleures pratiques en gestion durable des terres et d’adaptation et atténuation du
CILSS
changement climatique. Ces actions exécutées à travers plusieurs programmes ont permis de créer des
conditions politiques, stratégiques et techniques pour la promotion de la GDT et le renforcement de la
résilience de la région face au changement climatique. A ce titre, je cite entre autres le Programme de suivi
de l’évolution de l’occupation des terres et de l’utilisation des sols au Sahel (Programme LU / LC) ayant
conduit à l’élaboration et à la diffusion d’un Atlas* Régional, le Programme Régional de Gestion Durable
des Terres et d’adaptation aux changements climatiques au Sahel et en Afrique de l’Ouest (PRGDT) grâce
à l’appui technique et financier de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification
(CNULCD) et du Mécanisme mondial. Aujourd’hui, ces efforts ont contribué à faciliter la formulation des
objectifs de neutralité en matière de dégradation des terres (NDT) pour lesquels les pays se sont engagés
à savoir l’appui au processus de réalignement/révision des PAN et du PASR à la stratégie décennale de la
CNULCD, à l’élaboration de leur rapport nationaux à la Convention, et le renforcement des capacités de
négociation de la sous-région au cours de la Conférence des Parties sur la désertification

Les résultats obtenus à l’issue de la mise en œuvre des actions de GDT ont notamment permis d’améliorer
les conditions de vie des communautés, la productivité des terres, la restauration de l’environnement
dégradé, l’augmentation du capital foncier, l’amélioration de la sécurité alimentaire. A cela s’ajoutent
la recharge des nappes phréatiques, l’expansion des superficies irriguées, la restauration des bassins
versants des cours d’eau et le renforcement de la résilience des populations à la sécheresse.

Malgré les efforts fournis, l’impact des différentes initiatives demeure localisé. Par conséquent, je reste
convaincu que la mise à l’échelle de ces expériences réussies de GDT au Sahel et en Afrique de l’Ouest
offre un potentiel important pour l’atteinte des objectifs de NDT. Cette approche de mise à l’échelle
d’expériences prouvées est un gage d’efficacité et d’efficience pour les investissements futurs. En effet,
les expériences réussies de reverdissement, de lutte contre la pauvreté, de bonne gouvernance socio-
environnementale, de mutualisation des efforts et de recherche de financement pour un développement
durable constituent des sources d’inspiration pour les investissements.

De plus, il convient de souligner qu’investir davantage dans la GDT permet de faire face non seulement
aux problèmes de dégradation continue des terres, mais également aux nouveaux défis de la région, en
particulier les conflits intercommunautaires, le terrorisme et la migration des jeunes.

Tout en saluant les efforts consentis par les États et les différents partenaires techniques et financiers du
Sahel et de l’Afrique de l’Ouest, j’appelle tous les acteurs à coopérer davantage et à fournir plus d’efforts
et d’investissements pour faire de la région une terre de paix et de bien-être.

Je reste convaincu qu’« un autre Sahel est possible »

Je vous remercie

Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest 3


RÉSUME EXÉCUTIF
Situé dans les zones arides et semi-arides de l’Afrique de l’Ouest, le Sahel est le théâtre de profonds
changements depuis 50 ans. Connu pour la prévalence des processus de dégradation des terres
qui y sont à l’œuvre, le Sahel subit les effets négatifs combinés de la croissance démographique,
des activités humaines et de la variabilité climatique ayant pour conséquences la récurrence des
sécheresses et le déclin continu des ressources naturelles et de la productivité des terres. Alors
que l’agriculture, l’élevage et la foresterie sont sources de revenus et d’emplois de plus de 80% de
la population, la surexploitation des ressources naturelles et les pratiques non durables de gestion
des eaux et des terres agro-sylvo-pastorales mettent en péril les moyens de subsistance et le
développement économique des zones rurales. Ceci a des impacts directs et persistants sur la sécurité
alimentaire, hydrique et énergétique amplifiant les inégalités sociales, les conflits pour l’accès aux
terres et aux ressources et les migrations. Néanmoins, si la situation semble critique donnant l’image
d’une région problématique, des solutions existent pour inverser ces tendances.

Analysant les enjeux, contraintes et atouts de 7 pays sahéliens (Burkina Faso, Mali, Mauritanie,
Niger, Nigéria, Sénégal et Tchad), ce rapport thématique régional met en lumière les acquis et
opportunités existants pour favoriser le développement durable et inclusif de toute la région. Ainsi,
faisant face à la dégradation des terres, de bonnes pratiques de Gestion Durable des Terres (GDT)
ont été développées. Souvent mises en œuvre sous l’impulsion des communautés locales, elles ont
permis de réduire l’érosion des sols, reconstituer le couvert végétal, retenir l’eau pour l’irrigation,
améliorer la production agro-sylvo-pastorale et accroître la résilience des écosystèmes et des
populations face au climat. Par ailleurs, les jeunes et les femmes ont un rôle essentiel à jouer dans
la valorisation du potentiel productif des terres puisque plus de 60% de la population a moins de 25
ans et les agricultrices représentent plus de 40% de la main-d’œuvre agricole. Enfin, le Sahel dispose
de ressources en eau souterraine et de surface couvrant plus que les besoins locaux, de vastes
espaces de terres à mettre en valeur et un ensoleillement permanent – source importante d’énergie
renouvelable, etc. à valoriser.

Toutes ces opportunités n’ont pas encore été bien saisies et la Neutralité en matière de Dégradation
des Terres (NDT), objectif 15.3 des Objectifs de développement durable (ODD) constitue un levier
pour ce faire. Basée sur la planification de l’utilisation des terres, leur gouvernance responsable et
inclusive et la capitalisation des bonnes pratiques de restauration et de GDT pour éviter, réduire et
inverser la dégradation des terres, cette approche novatrice permet le maintien voire l’amélioration
de la productivité et de la résilience des terres. La NDT fournit des bénéfices multiples en termes
de réduction de la pauvreté, sécurité alimentaire, hydrique et énergétique, création d’emplois verts,
réduction des conflits et des migrations environnementales… Elle permet d’assurer la sécurité humaine
au sens large.

Fort de ses acquis et atouts pour tirer le meilleur profit de ses ressources naturelles, le Sahel a les
capacités de mener d’ambitieux programmes de NDT, dans le cadre d’initiatives existantes telles que la
Grande Muraille Verte, et à travers la mise en œuvre de projets et programmes transformateurs mettant
à l’échelle les bonnes pratiques de GDT. Leur réussite reposera en particulier sur i) la mobilisation
d’importants moyens financiers innovants, ii) la sécurisation de l’accès aux terres, iii) la valorisation des
sources d’énergie renouvelable et l’eau, iv) l’engagement de réformes institutionnelles, v) la création
d’opportunités de marché et nouvelles chaînes de valeur, vi) la bonne gouvernance des espaces et
des ressources, l’utilisation équitable de la main d’œuvre des jeunes et des femmes et l’amélioration
des droits humains sur les ressources naturelles.

Un autre Sahel est possible avec la NDT, en valorisant tout le potentiel productif de ses terres, en tirant
avantage des acquis techniques existants et du dividende démographique pour créer des opportunités
et de la richesse à partir des ressources naturelles, aboutissant à une transformation économique,
sociale et environnementale inclusive et durable.

4 Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest


MESSAGES CLÉS
L’Afrique de l’Ouest, et le Sahel en particulier, sont le théâtre de profondes mutations
environnementales, sociales et économiques depuis 50 ans en raison de la dégradation des
terres, aggravée par des conditions climatiques de plus en plus drastiques et l’augmentation des
besoins lié à une croissance démographique exponentielle.

Traversé périodiquement par des crises climatiques et humanitaires sévères, le Sahel est
aujourd’hui vu comme une région où règnent la pauvreté, les conflits et l’insécurité humaine,
au sens large. Ces crises ont donné l’image d’un Sahel problématique, et non d’une zone
où les ressources naturelles constituent un atout majeur pour une transformation sociale et
environnementale inclusive et durable.

Le Sahel dispose pourtant de plusieurs acquis et atouts qui permettraient de développer


un avenir meilleur et prospère. Ceci repose sur :
ƒƒ La valorisation des savoir-faire locaux et la mise à l’échelle des bonnes pratiques de
Gestion Durable des Terres (GDT) et des paquets technologiques développés.
Ces actions permettent entre autres d’améliorer la productivité des ressources animales
et végétales et d’assurer la sécurité alimentaire et hydrique des zones concernées. Ceci
a eu pour bénéfice direct de créer des opportunités économiques et des emplois verts au
profit des populations les plus vulnérables, en particulier les jeunes et les femmes en zones
rurales, leur apportant ainsi des alternatives à la migration ;
ƒƒ Le dividende démographique et la bonne prise en compte du rôle des femmes dans le
secteur agricole pour la croissance verte reposant sur la mobilisation des jeunes de moins
de 25 ans (plus de 60% de la population) et des agricultrices (40% de la main-d’œuvre
agricole) pour réaliser les travaux de restauration et de GDT ;
ƒƒ La valorisation et l’utilisation durable des ressources en eau souterraine et de surface
en vue de développer l’agriculture irriguée ;
ƒƒ Le développement des énergies renouvelables et la valorisation de l’énergie solaire
en particulier, en vue d’améliorer la productivité agro-sylvo-pastorale et accompagner le
développement de nouvelles chaînes de valeurs durables.

La Neutralité en matière de Dégradation des Terres est une approche innovante, véritable
levier pour répliquer et mettre à l’échelle les expériences réussies, les bonnes pratiques de
restauration et de GDT dans le cadre d’initiatives nationales et / ou régionales existantes et de
nouveaux projets et programmes transformateurs de NDT.

Visant à éviter, réduire ou inverser la dégradation des terres, les pays sahéliens se sont
fixés des cibles réalistes et réalisables de NDT à l’horizon 2030. Leur atteinte repose en
particulier sur :
ƒƒ La mobilisation de financements innovants, à la hauteur des enjeux, pour la restauration
et la gestion durable des terres, la production et la transformation des ressources naturelles.
Les institutions et les modèles financiers existants doivent inclure un portfolio spécial afin de
répondre aux besoins d’une économie inclusive basée sur l’exploitation et la gestion durable
des ressources naturelles et des terres.
ƒƒ La sécurisation de l’accès aux terres—objet d’enjeux stratégiques, économiques
et sociaux importants afin de gérer les inégalités d’accès aux terres des différents acteurs
et renforcer les droits fonciers des groupes vulnérables et des femmes.

Nous pouvons changer durablement l’image du Sahel et créer de véritables terres


d’opportunités grâce à la NDT, en valorisant tout le potentiel productif existant.

Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest 5


© Axel Fassio/CIFOR

6 Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest


Global Land Outlook
RAPPORT THÉMATIQUE
AFRIQUE DE L’OUEST
Matières
Préface 3
Résume Exécutif 4
Introduction 8

1. Interface homme-environnement et enjeux économiques 10

2. Concepts et réponses sur la dégradation des terres 12

3. Climat : crises et opportunités 14

4. Le paradoxe de l’eau au Sahel 16

5. Une tradition de réhabilitation des terres dégradées 18

6. Le Foncier, un capital convoité 20

7. Ambitions pour un Sahel productif 24

8. Nécessite d’un financement innovant 32

9. La mise à l’échelle des bonnes pratiques de la GDT 34

10. Progrès en matière de NDT 46


Conclusion 52
Bibliographie 55

Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest 7


INTRODUCTION
Au cours de ces 50 dernières années, les activités des sols fragiles. Ces pratiques ont contribué à améliorer
humaines et la variabilité climatique ont provoqué des la productivité des terres et à réduire la pauvreté rurale.
changements environnementaux majeurs en Afrique Aujourd’hui, les pays de l’Afrique de l’Ouest et ceux du
de l’Ouest et dans la zone sahélienne. Situé dans une Sahel en particulier, sont confrontés au défi de savoir
zone aride et semi-aride, le Sahel est connu pour la tirer profit de ces innovations et bonnes pratiques et de
prévalence des processus de désertification et de créer les synergies nécessaires à la mise à l’échelle.
dégradation des terres productives. Les effets de la Ceci sera possible en combinant les efforts, au-delà
dégradation des terres constituent un facteur majeur des frontières nationales, pour faire face ensemble aux
des crises alimentaires récurrentes dans la sous-région. obstacles politiques, au faible niveau d’investissement
Depuis les années 1970, les périodes de sécheresses ainsi qu’aux capacités techniques institutionnelles
exceptionnelles ont conduit à une forte dégradation limitées.
des ressources naturelles et des écosystèmes avec un
impact négatif non-négligeable sur le développement Au niveau local, on assiste à une instabilité sociale
des pays concernés. caractérisée par une émigration massive des jeunes—
forces de travail—et à des tensions qui alimentent les
La désertification est un phénomène complexe conflits et favorisent l’insécurité dans la sous-région.
et multiforme qui aggrave la pauvreté et qui peut La sécurité est une nécessité pour un développement
être considéré à la fois comme une cause et une inclusif permettant de saisir les opportunités liées
conséquence de la perte de productivité des terres. à la restauration des terres (Mbow, Halle et Thiaw,
Le Sahel est une zone toujours citée parmi les parties 2019). Ainsi, la protection des terres ne pourrait être
du globe ayant le plus de terres dégradées. Cette dissociée des objectifs de diversification des sources
sous-région est confrontée à la fois à la variabilité de revenus qui permettent d’améliorer le bien-être
chronique des précipitations et à la forte pression des communautés et de contribuer in fine à retenir les
sur les terres cultivables. L’agriculture et l’élevage jeunes candidats à l’émigration. Dans le même temps,
dépendent fortement de la qualité des écosystèmes l’amélioration de la gestion des terres a un impact positif
dans un contexte où le niveau d’investissement dans dans la réduction des tensions entre les agriculteurs et
ces secteurs reste très faible. Ces deux secteurs les communautés pastorales (Ndiaye et al., 2016).
constituent les principaux secteurs d’emploi de la
sous-région (60% des ménages) et génèrent au moins Ce rapport régional Afrique de l’Ouest et Sahel met
40% du produit intérieur brut dans la majorité des pays. l’accent sur sept pays à savoir le Burkina Faso, le Mali,
En outre, les services écosystémiques fournissent la Mauritanie, le Niger, le Nigéria, le Sénégal et le Tchad.
des produits de subsistance indispensables, tels que Ces pays partagent ces mêmes problématiques qui sont
le bois -énergie et différents produits de cueillette. au cœur des priorités des organisations sous régionales.

Malheureusement, les pressions croissantes exercées Le rapport se base sur les bonnes pratiques et les
par la population sur ces ressources, rendent innovations en matière de lutte contre la dégradation des
l’environnement vulnérable à la détérioration des terres en Afrique de l’Ouest et au Sahel dans le cadre
terres, notamment le couvert végétal (UNCCD, 2017). des objectifs de la neutralité en matière de dégradation
Dans de nombreuses situations, les populations n’ont des terres (NDT). Il présente, de façon détaillée, une
d’autres choix que de mettre en œuvre des pratiques série d’études de cas et d’expériences pouvant conduire
non durables en raison de leurs besoins urgents. à la mise à l’échelle des bonnes pratiques en matière de
Cela mène alors à une spirale dangereuse où les gestion durable des terres dégradées. Les informations
pratiques non durables contribuent à l’augmentation reposent sur une analyse des opportunités et des
de la rareté des terres, à des pertes des ressources barrières en matière de NDT qui seront soutenues par
en eau et compromettent les possibilités d’adaptation. une analyse des bonnes pratiques qu’on peut mettre à
Ce phénomène se fait ressentir surtout dans la région l’échelle afin d’améliorer la résilience des écosystèmes
du Lac Tchad et au niveau de plusieurs petits bassins et des communautés locales.
aquatiques du Sahel.

La bonne nouvelle est qu’il existe plusieurs exemples de


pratiques innovantes en matière de gestion durable des
terres dans la région. Avec des moyens, certes, limités,
des programmes et initiatives communautaires ont réussi
à mettre en œuvre de bonnes pratiques de protection

8 Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest


© Axel Fassio/CIFOR

Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest 9


© Joe Nkadaani/CIFOR

1. INTERFACE HOMME-
ENVIRONNEMENT ET ENJEUX
ÉCONOMIQUES
La population de l’Afrique de l’Ouest est estimée en 2018 2006). La forte urbanisation a entrainé une augmentation
à plus 397 millions d’habitants soit 38% de la population des surfaces occupées par les villes passant de 15 172 km²
sub-saharienne et 5% de la population mondiale. Elle se à 36 412 km² soit une augmentation de 140% au
caractérise par une forte diversité culturelle et détriment des zones de culture et des terres pastorales.
sociologique. Le taux de croissance démographique En même temps le marché urbain crée une forte
annuel y est supérieur à 2,4% depuis 1980. Le taux demande pour des produits issus du secteur primaire
d’urbanisation est en moyenne de 4% par an ; en 2015 pour satisfaire les besoins alimentaires grandissants.
plus de 43% de la population, soit plus de 366 millions La réduction des surfaces couvertes par la végétation
d’habitants, vivaient dans les villes, contre 86 millions naturelle au profit des aires de culture et des zones
en 1960. Cette population urbaine devrait atteindre d’habitation ainsi que les mauvaises pratiques culturelles
843 millions d’habitants en 2050, soit près de 63% de la ont contribué à une baisse de la productivité des terres
population. La population du Sahel est essentiellement dans la sous-région.
jeune avec une frange de moins de 14 ans estimée à
près de 44% de la population totale. Cette situation place Le Sahel est la frange séparant le Sahara des formations
les pays du Sahel sous une forte pression de l’accès à boisées plus au sud. Il est caractérisé par un gradient
l’emploi des jeunes. Ces défis démographiques peuvent pluviométrique prononcé du nord-sud (200–800 mm /
être contenus si les nombreuses opportunités sur les an) ainsi que plusieurs facies de végétation (steppes à
ressources naturelles et les systèmes de production sont forêts) (Figures 1). La bande sahélienne recoupe regorge
saisies par les populations. Ce potentiel sur les les principaux bassins hydrographiques (Sénégal,
ressources naturelles est pour le moment limité par la Niger, Gambie, Volta, Lac Tchad et plusieurs rivières au
déforestation, l’expansion des terres cultivées, le Sud) et représente une grande diversité écologique.
surpâturage et les sécheresses fréquentes (Kandji et al., La région est dominée par les activités pastorales

10 Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest


Figure 1 : Diversité
écologique au Sahel
(GLC, 2000, EU-JRC
data).

et l’agriculture ; les autres utilisations des terres


comprennent l’agriculture par irrigation autour des plans Figure 1 : Diversité écologique au Sahel (GLC, 2000,
d’eau, l’agroforesterie et les zones de conservation. En EU-JRC data)
particulier, le pastoralisme est clairement la principale
activité productive qui valorise les ressources des zones L’utilisation des nombreuses ressources naturelles du
Sahel dépendra de la capacité des pays à développer
arides et semi-arides du Sahel, les pratiques séculaires
une vision commune pour un développement inclusif
étant préservées aux travers d’une longue tradition de permettant de générer des emplois, de créer des
transhumance. Les zones les plus sèches de la limite entreprises, et favoriser une production à forte
nord sont généralement dominées par les parcours, où valeur marchande s’appuyant sur une large variété
le pastoralisme concerne directement 50 millions de de ressources naturelles. La production animale doit
personnes vivant sur 1,8 million de km2 de parcours (35% augmenter de 6% pour répondre à une demande
de l’ensemble du Sahel ; Ndiaye et al., 2016). L’élevage croissante. La production de céréale et de produits
alimentaires transformés devrait soutenir une croissance
pastoral constitue une valeur économique de premier
de la population de 2,4% par an. Avec la mise en place de
ordre (40 à 60% du PIB agricole). Il est donc important la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf)
de garantir les conditions de mobilité des pasteurs qui vient d’être officiellement adoptée par l’UA, des
tout en gérant les diverses pressions exercées sur les espoirs sont permis pour une grande ouverture sur
ressources pour améliorer et maintenir la biodiversité, des marchés urbains africains qui se développent très
la conservation de la santé des sols et la gestion par les rapidement en même temps que la classe moyenne.
agriculteurs de la régénération naturelle.

Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest 11


© Ollivier Girard/CIFOR

2. CONCEPTS ET RÉPONSES SUR


LA DÉGRADATION DES TERRES
Dans le cadre de son appui à ses États membres, le liées à la désertification. Cette dynamique a conduit
CILSS et ses partenaires ont développé d’importants à des efforts substantiels déployés pour quantifier
programmes et projets d’investissement de restauration l’ampleur de la désertification et en comprendre
et de gestion durable des terres dans le but de les causes
réduire la vulnérabilité des écosystèmes tout en
accroissant la résilience socio-environnementale Il existe plusieurs compréhensions de ces notions de
des systèmes de production agro-sylvo-pastoraux. dégradation des terres, de déforestation et de neutralité
Les multiples avantages de la restauration des terres dans la dégradation des terres, parce que les facteurs
contribuant la NDT sont, notamment : une amélioration qui les expliquent sont les mêmes. La désertification
des rendements, une meilleure fertilité des sols, est un phénomène complexe et multiforme qui aggrave
une réduction de l’érosion, un accroissement de la pauvreté et qui peut être considéré à la fois comme
la disponibilité de fourrage, une diversification des une cause et une conséquence de l’épuisement des
revenus, l’accès aux services économiques, une plus ressources en terres. Selon la définition donnée par la
grande résilience au changement climatique, une Convention, la désertification est la « dégradation des
plus grande biodiversité, et une réduction des conflits sols dans les zones arides, semi-arides et subhumides
communautaires pour l’accès aux ressources. sèches résultant de divers facteurs, notamment les
variations climatiques et les activités humaines ».
À la suite des séries de sécheresses au Sahel et dans Alors que la désertification était considérée comme
toute l’Afrique de l’Ouest, depuis le début des années un phénomène important pour les zones arides du
1970 et 1980, l’ONU s’est concentrée sur le problème monde entier, la région Sahel-Afrique de l’Ouest
de la désertification en organisant la Conférence des restait une région d’intérêt particulier et de nombreux
Nations Unies sur la désertification (UNCOD) à Nairobi en efforts scientifiques ont été investis pour fournir une
1976. Ceci a conduit à une plus grande la priorité donnée compréhension empirique des facteurs anthropiques
à la dégradation des terres pour répondre aux crises et climatiques impliqués.

12 Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest


Exemple de cas
réussite de GDT : Sol
dénudé restauré à
Tahoua au Niger.

© AGRHYMET

Faire face aux problèmes de la dégradation des terres et Encadré 1. Définitions clés
de sécurité alimentaire est une contribution importante
à la lutte contre la pauvreté et au maintien d’une paix La dégradation des terres est définie par la CNULCD
durable dans la région (AFR100, OSS, CILSS, Office comme : « la réduction et la perte de la capacité de
du Niger, OMVS, Autorité de Lac Chad, etc.). Tous les production organique ou économique des terres
pays du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest ont mis en à produire. La dégradation des terres est souvent
place un PAN-LCD pour mener une politique nationale causée par les activités humaines, et exacerbée par les
sur l’amélioration des services écosystémiques et du processus naturels tels que le changement climatique
niveau de vie des communautés vulnérables afin de ‘et la perte de la biodiversité » (UNCCD, 2016).
réduire la dégradation des terres et in fine l’exode rural
et l’émigration. Plusieurs actions ont permis de protéger Gestion durable des terres (GDT) : « l’adoption
et restaurer la biodiversité, d’améliorer la productivité de systèmes d’utilisation des terres qui, à travers
agro-sylvo-pastorale, de lutter contre l’exode rural et la des pratiques de gestion appropriées, permet aux
migration des jeunes (par la création d’emplois pour les utilisateurs des terres de maximiser les avantages
communautés rurales), de lutter contre le changement économiques et sociaux de la terre tout en maintenant
climatique, la pauvreté, l’insécurité alimentaire et ou en améliorant les fonctions de soutien écologique
d’améliorer le bien-être des communautés. Ce rapport des ressources foncières » (TerrAfrica, 2009).
mettra l’action sur ces pratiques.
Neutralité dans la Dégradation des Terres (NDT) « État
dans lequel la quantité et la qualité des ressources
en terres, nécessaires pour soutenir les fonctions et
services des écosystèmes et renforcer la sécurité
alimentaire, restent stables ou augmentent à des
échelles temporelles et spatiales déterminées et les
écosystèmes (UNCCD). »

Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest 13


© Ollivier Girard/CIFOR

3. CLIMAT : CRISES ET OPPORTUNITÉS


Le Sahel est une zone climatique recouvrant des biomes d’une zone dans laquelle d’importantes réponses au
arides et semi-arides. Il s’agit d’une des plus grandes changement climatique sont possibles. Pour mieux
zones arides au monde. Les précipitations, dominées gérer les ressources pastorales et agricoles au Sahel,
par la mousson Ouest Africaine, sont en grande il est important de renforcer le suivi de la variabilité et
partie déterminées par la progression de la zone de ses implications sur la productivité des écosystèmes. La
convergence intertropicale (ZCIT) pendant la mousson grande résilience des populations qui ont survécu à de
ouest-africaine (Nicholson et Palao, 1993). nombreuses crises climatiques montre qu’il existe des
pratiques d’adaptation prouvées qu’il faut saisir et les
Le Sahel est considéré comme la région présentant partager dans des zones semi-arides similaires.
les plus grandes anomalies pluviométriques au
monde au cours du siècle dernier (Nicholson, 2000), L’analyse du climat du Sahel est souvent réduite à une
souffrant de sécheresses récurrentes et de fortes simple dimension pluviométrique. Le Sahel doit être
variations interannuelles des précipitations et, partant, aussi connu pour son très grand potentiel d’énergie
de la productivité de la végétation (Figure 2). Il a été solaire, éolienne, ses nombreuses espèces végétales
constaté que les précipitations saisonnières varient et animales, etc. Contrairement à la pensée générale, la
considérablement à des échelles de quelques dizaines longue saison sèche au Sahel est devenue une période
de km (méso-échelle) (Nicholson, 2000) et que la de grande production pour l’arboriculture fruitière
variabilité spatiale aux échelles de temps quotidiennes (mangues, anacarde, gomme arabique), des activités
est également élevée en raison de la nature maraichères par micro ou macro-irrigation ou par des
principalement convective des précipitations pendant la cultures de décrue, de la pêche intérieure dans des
saison des pluies (Lebel et al. 2003). lagunes aménagées. Toutes ces pratiques contribuent à
la restauration des terres dégradées et à la production
Le Sahel fait partie des écosystèmes les plus sensibles d’alimentation à haute valeur nutritive.
aux changements et à la variabilité climatique. Les
populations dépendent très largement d’une saison
des pluies très variable et incertaine. Il s’agit cependant

14 Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest


Figure 2 : Sahel
delineation (150–700
mm/year precipitation
isohyets) and annual
average precipitation
(Agrhymet Regional
Centre).

Figure 3 : Sahel
Precipitation Index
(20-10N, 20W-10E), 1/3 du betail mort
June through October SN, MR, ML Secheresse
1950 - November 2016.
Crise alimentaire
Grande secheresse

Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest 15


© C Peterson (CIAT/CCAFS)

4. LE PARADOXE DE L’EAU AU SAHEL


Il y a beaucoup d’eau au Sahel, mais l’aridité constitue des réserves pendant toute l’année pour des activités
la première barrière au développement. Le Sahel productives. Ces barrages servent aussi dans une
est irrigué par onze (11) cours d’eau importants dont large mesure à la production d’énergie hydroélectrique,
les bassins fluviaux sont représentés sur la figure 4 réduisant ainsi la dépendance aux combustibles fossiles
(ECOWAS-OECD, 2008). Il s’agit, d’est en ouest, des et surtout au bois-énergie. Dans le même temps,
bassins du lac Tchad, du Niger, de l’Ouémé, du Mono, les grands barrages posent un certain nombre de
de la Volta, de la Comoé, du Bandama, du Sassandra, problèmes, notamment des pénuries d’eau en
du Sénégal et de la Gambie-Gorubal. Au total, on a aval, l’encrassement d’éléments nutritifs et parfois
dénombré vingt-huit (28) bassins fluviaux transfrontaliers des conflits liés à l’utilisation des ressources et à
en Afrique de l’Ouest. En dehors du Cap Vert, pays l’accès aux masses d’eau.
insulaire, tous les autres abritent au moins un bassin
transfrontalier. La Guinée à elle seule compte quatorze Le niveau d’extraction des ressources en eau
(14) bassins transfrontaliers. Le régime de ces sources renouvelables en Afrique de l’Ouest est actuellement
d’eau de surface a subi des variations liées à la baisse de 11 milliards de m3 par an pour un potentiel disponible
de la pluviométrie et à la succession d’années sèches de 1300 milliards de m3, soit moins de 1% (figure 5).
dans la région depuis le début des années 70. L’agriculture utilise 75% de cette eau, la consommation
domestique 17% et l’industrie 7%. Sur les 75,5 millions
Afin de réduire les incertitudes et les pénuries d’eau, d’hectares de terres arables d’Afrique de l’Ouest, seuls
les barrages sont souvent construits pour stocker de 1,2% (917 000 ha) bénéficient de l’irrigation, et encore
l’eau douce pendant la saison sèche et constituer moins - 0,8% (635 000 ha) - sont utilisés efficacement.

16 Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest


Figure 4 : Les
principaux bassins
fluviaux d’Afrique de
l’Ouest (BGR).

Figure 5 : Les
ressources en eau
souterraines (BGR).

Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest 17


5. UNE TRADITION DE RÉHABILITATION
DES TERRES DÉGRADÉES
(a) L’élevage est la
principale source de a b
revenus pour la plupart
des habitants du Sahel.
(b) La végétation
ligneuse au Sahel se
compose d’arbres et
d’arbustes dispersés
de petite taille. Photos
MAE-Niger. (c + d) Les
sols dégradés sont un
phénomène plus local
et rarement répandu.

c d
© ABN-Sofreco

La dégradation des terres, handicap majeur pour les terres dégradées. Les opportunités et les contraintes
l’agriculture des pays sahéliens, conduit à l’abandon pour de nouvelles utilisations des terres sont créées par
de vastes superficies inexploitables et à l’exode les politiques et les marchés locaux et nationaux. Les
dans les cas extrêmes. Cela entraîne l’expansion des forces mondiales deviennent les principaux déterminants
surfaces cultivées sur des terres marginales, et une du changement d’affectation des sols, dans la mesure où
évolution dans l’utilisation des terres et les systèmes elles amplifient ou atténuent les facteurs locaux.
de production. Dans la moitié nord du Burkina Faso
(notre zone d’étude), la dégradation continue des sols Les exigences techniques pour la réhabilitation des
par encroûtement et du couvert végétal du fait des terres dégradées et la NDT ne sont pas difficiles à mettre
phénomènes naturels (climat) et anthropiques (systèmes en œuvre. La plupart de ces techniques n’incluent pas
culturaux non conservateurs), a entraîné la formation de de la machinerie moderne. Il s’agit souvent de pratiques
glacis dénudés. innovantes basées sur une série d’actions coordonnées
qui engagent les communautés locales pour leur
Ni la population, ni la pauvreté ne constituent les seules réalisation et basées sur un ciblage géographique
et principales causes sous-jacentes de la dégradation rationnel. Il existe trois catégories d’interventions : celles
des terres au Sahel. Les réactions des populations aux portant sur les végétations sur pied et la biodiversité ;
opportunités économiques, influencées par des facteurs celles portant sur l’amélioration des sols et celles portant
institutionnels, déterminent plutôt les interventions sur sur les ressources en eau.

18 Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest


FACTEURS IMPACTS
PRINCIPAUX
Figure 6 :
Principales causes Erosion hydrique et eolienne Végétation dégradée
Déclin de la fertilité des sols Perte de ressource en eau
et conséquences de
DÉGRADATION DES
dégradations des terres Dégradation de la prorpiété TERRES Conversion des terres
au Sahel (Mbow, 2015). physique des sols Dégradation de la biodiversité
Salinisation Changement climatique local
Vairabilité/changement Dégradation des sols
climatique

INFLUENCE HUMAINE

Changement de l’utilisation des terres


Feux de brousse
Démographie, Mauvaise gestion des terres
Surpâturage, Insécurité foncière

SUR LE COUVERT VÉGÉTAL : ƒƒ Le Sahel est connu pour des techniques mises en
ƒƒ Les techniques de régénération des arbres incluent place d’alignement de blocs de cuirasse ferrugineuse,
les techniques de régénération naturelle des arbres perpendiculaires à la pente, sur les champs ou en
dans les terroirs agricoles ou au sein des formations dehors des terres de culture. Sur les sols sableux,
naturelles. La replantation, le semi-direct, l’entretien l’assemblage des branchages ou des tiges de mil, et
des plantules, la préparation du sol sont des aspects s’appuyant sur des piquets pour retenir les sédiments
techniques que les services nationaux maitrisent pour et améliorer la porosité du sol. Ces effets antiérosifs
l’avoir pratiqué depuis plusieurs décennies. sont aussi recherchés à travers des méthodes
ƒƒ Le contrôle et la gestion des coupes d’exploitation biologiques comme des haies-vives telle que des
dans les forêts aménagées et dans les plantations ou plantations d’espèces locales comme les euphorbes
forêts communautaires. (Euphorbia balsamifera) ou des espèces pérennes
ƒƒ Les techniques d’enrichissement, consistant à inclure comme des vétivers, andropogon. Au niveau des
des espèces adaptées pour différentes fonctions champs, les pratiques telles que le paillage, le
écologiques, des services écosystémiques et sarclage, etc.
des fonctions de protection contre l’érosion. Elles
consistent à des introductions de plants d’une ou
plusieurs essences utiles SUR LES RESSOURCES EN EAU :
ƒƒ Les techniques de rétention de l’eau sont souvent
combinées avec celles de l’amélioration de la
SUR LES SOLS : productivité des terres. Dans tous les pays du Sahel,
ƒƒ La restauration de la fertilité du sol implique des des pratiques telles que le Zaï, les demi—lunes, les
interventions tels que l’amendement des sols, bassins de rétention, les micro-barrages, les barrages
plantation d’arbres fixatrice d’azote, la lutte contre anti-sel, etc. ont fini de faire leur preuve sur la
l’érosion des sols par des méthodes biologiques restauration de nombreuses terres dégradées.
(brise-vents, haies vives) et physiques qui sont
des techniques simples, basées sur l’utilisation
de matériaux locaux, disposés en petits barrages
et destinés à dissiper l’énergie des eaux de
ruissellement.

Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest 19


© Axel Fassio/CIFOR

6. LE FONCIER, UN CAPITAL CONVOITÉ


Les systèmes de tenure foncière au Sahel ont beaucoup permettent pas une planification durable de l’utilisation
évolué depuis la période coloniale. Dans les pays du des terres à long terme. Alors que le système formel
Sahel, le marquage foncier de la morphologie agraire (étatique) n’a pas les moyens de gérer et d’aménager
et rurale des terroirs est un lourd legs de la politique toutes les terres productives surtout dans un contexte
coloniale qui avait fini d’asseoir l’économie nationale ou la majorité des pays du Sahel ont des superficies
sur une culture productiviste pour satisfaire un marché supérieures à 1 million de km2 malgré d’importantes
étranger. Le contrôle absolu sur les terres productives reformes foncières pendant ces 20 dernières années.
était un gage de contrôle des ressources naturelles et Au Burkina Faso, l’élaboration de nouvelles politiques
est devenu un déterminant majeur de l’aménagement foncières, garantissant la pleine propriété foncière
du territoire national en consacrant le dualisme entre et facilitant l’accès à la terre ouvre des possibilités
une centralité urbaine et une périphérie rurale. La d’investissement dans la gestion durable des terres, a été
relation rural-urbain est née de ces rapports de pouvoir effectuée pour impulser l’investissement sur les terres.
sur les terres et a déstructuré les équilibres régionaux,
indispensable pour une territorialisation homogène du Une analyse diachronique des régimes fonciers dans
développement essentiellement basé sur le potentiel les pays cibles donnent les évolutions sur le plan des
des ressources naturelles. Les pôles urbains eux-mêmes politiques nationales (Figure 7).
se sont développés en suivant les opportunités sur les
ressources naturelles. Cette maîtrise foncière orientée Les systèmes fonciers influencent directement la NDT.
vers l’exploitation est en train de se substituer à celle qui Les cadres juridiques, les conventions, plans d’action et
va avec la décentralisation et qui fait une connexion aux stratégies nationales sont conçus pour contribuer à
droits des communautés locales sur les terres. répondre efficacement à la détérioration des terres et des
moyens de subsistance. En effet, l’élaboration de ces
A l’heure actuelle, on a toujours une coexistence entre instruments politiques offre la possibilité de mener les
les systèmes formels et les systèmes traditionnels. Dans activités agricoles de manière plus durable et d’assurer
les pays du Sahel, les systèmes fonciers traditionnels une gestion durable des sols. Les pays du Sahel ont tous
(par exemple, la prédominance des systèmes coutumiers adhéré aux Défis de Bonn (Bonn Challenges), à la
dans de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest) ne CNULCD, aux Aichi-Targets etc. qui ont tous évoqué

20 Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest


Figure 7 : Évolution des
politiques et enjeux
Toutes les terres inoccupées et les terres

•PÉRIODE COLONIALE
fonciers dans les pays du Adoption d'une loi française 1865 des rois défaits appartiennent à la France
Sahel (Mbow et al., 2017). sur les terres «inoccupées»
Application généralisée de Resistence communautaires
1904
la Loi sur les terres «non
utilisées»
1935
Les droits fonciers traditionnels sont
reconnus
Reconnaissance des 1955
traditions régimes 95% des terres sont nationalisés pour la
1956 modernisation / commercialisation de
fonciers
l’agriculture.
•PÉRIODE POST-COLONIALE

Nationalisation des terres


Interdiction des systèmes traditionnels
(Loi sur le régime foncier 1964
national) (qui ont quand même survécu)
Promotion des droits d’usage individuels
Réforme territoriale 1972
Les communautés rurales sont
Loi sur la décentralisation 1992 institutionnalisées avec des prérogatives
sur les droits fonciers
Approches participatives Autonomisation locale en matière de
Décentralisation de 3ème 2000- gestion des ressources naturelles
génération Politiques (Unités pastorales, forets
(territorialisation politiques 2015- communautaires, champs
publiques) communautaires)

l’importance du foncier pour sécuriser les importants, et du coup les performances se trouvent
investissements et les activités de restauration réduites. Les droits d’accès et d’usage (sur les
des terres. ressources en eau et les pâturages) ne sont pas
toujours garantis, soit du fait des logiques d’exclusion
L’extension des surfaces de production agricole et ou d’accaparement, soit du fait des droits réels sur
horticole reste limitée par la disponibilité de sols les terres.
appropriés et d’eau de qualité. La grande majorité des
terres cultivables sont régies par la loi sur le domaine Dans le Secteur pastoral, par exemple, les obstacles liés
national, malgré la territorialisation des politiques à l’évolution du foncier rural et droit d’accès aux points
publiques issues de la décentralisation. Les producteurs d’eau influent très fortement sur la performance du
locaux n’ont ni titre ni droit formel. Ils sont attributaires secteur. Selon les lois et règlementations nationales les
sans être propriétaires et ceci ne leur permet pas terres de parcours et les points d’eau encourent une
d’accéder au crédit agricole afin de faire face aux privatisation (ou différentes formes d’appropriations) qui
investissements. Par ailleurs, la taille réduite de certaines les rend inaccessibles sans accord ou contrat avec le(s)
exploitations freine le recours aux investissements propriétaire(s).
© Ollivier Girard/CIFOR

Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest 21


Etude de cas 1

LA FORÊT DE FINKOLO AU MALI


Le village de Finkolo était jadis connu pour les la disparition de la forêt de bambous - principale
potentialités qu’il offrait à l’élevage et à l’agriculture, richesse forestière, la rareté du gibier, et les fréquents
avec l’exploitation des bas-fonds. Situé en pleine déplacements de troupeaux à la recherche d’eau. Pour
brousse, il est particulièrement exposé compte tenu mieux gérer les conflits inhérents à cette situation, la
de son enclavement. Ce village polarise une dizaine de communauté garde son organisation traditionnelle,
petits villages, majoritairement peuplés de chasseurs avec, à la tête de chaque village, un chef traditionnel
communément appelés « DOSSO». Cette activité de reconnu et respecté par toute la population. Les droits
chasse caractérise la zone, et sa pratique dépasse coutumiers sont respectés et mise à contribution dans
de loin les autres activités. La variabilité climatique le processus de réhabilitation de la forêt dégradée.
persistante a amené cette population à mesurer Il s’agit d’une hiérarchie traditionnelle implicite qui
la précarité de son activité, notamment avec la échappe facilement à la gouvernance moderne et
disparition progressive de la faune. Ces contraintes qui permet de dynamiser les chefs locaux pour des
cumulées menacent gravement le peuple DOSSO, qui concertations sur les approches à mettre en œuvre.
tient à conserver ses valeurs socio-culturelles et à Cette façon d’aborder les problèmes est érigée en règle
vivre de sa production. et constitue le fondement de l’autorité locale. C’est
à l’issue de cette concertation ouverte au reste de la
La dégradation drastique des ressources naturelles communauté villageoise, que la décision de réhabiliter
a précipité la disparition de la forêt, emportant avec l’environnement de Finkolo est donc prise. Une série
elle une grande partie du gibier. Les groupes sociaux d’activités est entreprise, comme le désensablement
ont souvent été tentés d’opérer des mutations dans des trois anciennes mares situées autour du village
leurs activités de production, parce que contraints central, et la régénération de la forêt de Bambou autour
par les conditions difficiles de mise en œuvre. Cette de ces mares.
situation est considérée par les anciens comme une
perte écologique et socio-économique, et les conduits La zone de Finkolo est redevenue très humide et
à inviter le reste de la population à prendre conscience boisée, et une production agricole diversifiée y est
du danger qui menace leur survie dans la zone. A cet menée en toute période. Mais, sans appui technique
effet, seul un engagement communautaire peut être à la conséquent, le système de production reste artisanal.
hauteur du défi. L’exploitation forestière n’a pas encore démarré, et le
gibier commence à revenir, ce qui est un signe d’espoir
La solidarité active, qui demeure un fondement des pour les chasseurs de Finkolo, qui comptent avant tout
valeurs socio-culturelles locales, est une dynamique sur leur détermination collective à préserver leur terroir.
essentielle pour la transformation sociale. Cette entente,
reconnue par les autorités locales, est une carte sur Source : « Adaptation, histoires vécues, Centre de
laquelle les anciens comptent jouer. Depuis le début recherche pour le développement international, 2010 :
des années 1980, la population a pris conscience de Auteurs : Fatima Denton et Alioune Badara Kaéré, avec
l’état avancé de dégradation de son environnement. l’appui de Henri Matthieu LO, et Ibrahima Paul Thiao
Les effets ressentis sont l’ensablement des mares, (p28-35).

22 Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest


© Ollivier Girard/CIFOR

Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest 23


© Ollivier Girard/CIFOR

24 Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest


7. AMBITIONS
POUR UN SAHEL
PRODUCTIF
Le Sahel compte des ressources en eaux souterraines parmi
les plus importantes du continent (OECD-ECOWAS, 2008).
L’agriculture et les services écosystémiques soutiennent des
millions de personnes qui ont survécu à de nombreux chocs
climatiques et environnementaux au cours des années. Les
activités pastorales fournissent de la viande et des produits
laitiers à de nombreuses populations, y compris dans les régions
forestières du sud (WB, 2019 ; Mbow et al., 2019). Des succès
récents en matière de conservation des sols, de l’eau et de la
végétation au Sahel donnent de l’espoir que la restauration à
grande échelle est possible et nécessaire pour accélérer le
développement durable.

Au cours des trois dernières décennies, des centaines de milliers


d’agriculteurs du Sahel, ont transformé de vastes étendues de
paysages arides en terres agricoles productives, améliorant ainsi
la sécurité alimentaire pour environ 3 millions de personnes. La
régénération naturelle assistée, bien connue par les agriculteurs
ont été pendant plusieurs générations, un moyen peu coûteux
pour cultiver et reproduire des arbres et arbustes indigènes
fournissant des aliments, du combustible ou du fourrage utiles.
Cette pratique a permis aux agriculteurs du sud du Niger, centre
du Sénégal, Sud du Burkina Faso et du Mali, notamment, à
améliorer la fertilité de millions d’hectares de terres de culture.
Cette réussite, sur ces pratiques agroforestières se fait à une
échelle qu’on ne voit nulle part ailleurs en Afrique).

Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest 25


Vue aérienne de
l’évolution de la densité
des arbres à Galma, 1975 2003
Niger en 1975 et 2003.

Vue d’une
transformation
environnementale
positive induite par la
Régénération naturelle
assistée (RNA) au Niger.

Le Sahel est connu pour ces vastes étendus de terres sénégalo-mauritanienne. Ceci est le reflet des effets
dégradées qui augmentent au fil des années. Cependant, positifs des programmes nationaux et régionaux mis en
la restauration des terres est en cours dans tous les pays, œuvre en matière de GDT. Les efforts de restauration
notamment dans le cadre de l’Initiative de la Grande et l’amélioration de la pluviométrie expliqueraient
Muraille Verte, les programmes nationaux initiés par les l’amélioration de la productivité des terres. La faible
États, les partenaires au développement et les ONG. Le pression humaine pourrait être aussi en partie
problème réside dans le manque de financement pour responsable de la progression de la productivité surtout
permettre la restauration des terres à l’échelle requise. dans les zones de conflits (nord-est du Nigéria et le nord
Des instruments financiers spécialisés, tels que le Fonds du Mali).
sur la NDT, sont en cours de développement pour y
pallier. Un nombre croissant d’investisseurs manifestent Les pays du Sahel présentent de vaste surface avec
de l’intérêt pour financer la restauration des terres en des niveaux de dégradation variées. La restitution de
tant que moyen de prévenir la perte de biodiversité et de la capacité de production de ces terres est un levier
renforcer la résilience au climat. sûr et durable pour une transformation profonde des
économies et du bien-être des populations. Les analyses
Une cartographie du bilan de la productivité récentes sur la dynamique de l’occupation du sol
végétale (figure 8) montre une tendance générale (CILSS, 2016) donnent des informations quantitatives
au reverdissement dans la zone nord sahélienne, sur la dynamique de l’espace qu’on a couplé avec des
surtout au Niger et une baisse de la productivité des cibles spécifiques de restauration des terres dégradées
terres dans les zones sud sahéliennes et à la frontière (tableau 1).

26 Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest


Figure 8 : Bilan de la
productivité végétale
dans la zone d’étude
entre 2003 et 2018
(NDVI-MODIS, 250
m 2003-2018)/ Les
moyennes des Maxima
NDVI de 2003 à 2007 et
de 2014 à 2018 ont été
calculées. La différence
de ces deux moyennes
((2014 à 2018) – (2003
à 2007)) a permis
d’obtenir la carte de la
tendance entre les 2
périodes montrant les
zones à forte et à faible
productivité.

Tableau 1 : Dynamique
Pays Dégradation des terres et actions prioritaires
de l’occupation du sol et
actions prioritaires de
réhabilitation des terres Burkina Faso Rapide expansion des terres agricoles qui connaissent une augmentation de 160 % de
dégradées. 1975 à 2013. Ce taux d’expansion rapide dépasse 4 % par an, ce qui équivaut à environ
1,720 km2 de cultures supplémentaires chaque année (CILSS, 2016). En revanche, les
formations végétales notamment les forêts et les savanes connaissent un déclin passant
respectivement de 76 à 48 km2 soit une régression de 37% et de 18 956 à 13 752 km2
soit 28% entre 1975 à 2013.
Actions prioritaires
ƒƒ Mettre un terme à la conversion des forêts en d’autres classes d’occupation des
terres d’ici à 2030.
ƒƒ Améliorer la productivité des catégories d’occupation de terres en déclin (savanes
arbustives, prairies et terres cultivées) soit 2,5 millions ha.
ƒƒ Relever le taux de matière organique du sol à au moins 1% en améliorant les stocks
de carbone sur 798 000 ha ;
ƒƒ Récupérer 295.000 ha des terres dégradées sur un total de 590 000 ha.

Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest 27


Pays Dégradation des terres et actions prioritaires
République du Mali La superficie des zones cultivées a été multipliée par 2,3 en 38 ans, ce qui correspond à
une augmentation annuelle moyenne de 3,5 %, ou 1300 km2 par an (CILSS, 2016).
Actions prioritaires
ƒƒ Lutter contre la désertification par le reboisement, la restauration des sols dégradés
et la promotion des bonnes pratiques de gestion durable des terres.
ƒƒ Assurer la préservation des écosystèmes montagneux, notamment de leur
biodiversité, afin de mieux tirer parti de leurs bienfaits essentiels pour le
développement durable ;
ƒƒ Réduire la dégradation du milieu naturel, mettre un terme à la dégradation de
la biodiversité et, d’ici à 2020, protéger les espèces menacées et prévenir leur
extinction (Mali, 2018).

La République Islamique Le taux global de changement de l’utilisation des terres est passé de 0,4 % par
de Mauritanie an de 1975 à 2000 à 0,7 % entre 2000 à 2013. Le taux d’expansion agricole s’est
extraordinairement accentué entre 2000 et 2013. Les habitations ont vu leur superficie
multipliée par dix entre 1975 et 2013 d’une part et d’autre part, les forêts ont perdu plus
de 56 km2 de leur superficie entre 1975 et 2013 (CILSS, 2016).
Actions prioritaires
ƒƒ Accroitre la proportion d’aires protégées continentales dans le territoire national ;
ƒƒ Mettre un terme à la déforestation en réalisant 100 000 ha de reboisement par an
et réduisant le taux d’utilisation du bois-énergie ;
ƒƒ Lutter contre la désertification en restaurant les terres dégradées, notamment par
le renforcement des opérations d’ensemencement aérien.

La République du Niger Les formations végétales (savanes, savanes herbacées, savanes sahéliennes, forêts
galeries et steppes) passent de 411 372 km2 en 1975 à 349 328 km2 en 2013, soit une
perte de 62 044 km2. Les superficies sous cultures passent de 64 848 à 125 672 km2, soit
une augmentation de 60 824 km2 avec une moyenne annuelle des surfaces cultivées de
16 000 km2 (CILSS, 2016).
Actions prioritaires
ƒƒ Pour atteindre la NDT d’ici 2030, le Niger s’est fixé comme objectif la restauration de
4 440 500 ha de terres dégradées et la prévention de la dégradation des terres non
dégradées. Les cibles spécifiques définies sont :
ƒƒ Restaurer 44% (4 440 000 ha) sur les 10 760 000 ha de terres dégradées en 2010 ;
ƒƒ Réduire à 2% (252 000 ha) la superficie des terres cultivées présentant une tendance
négative de productivité primaire nette ;
ƒƒ Réduire de 1% (100 000 ha) à 0% le taux annuel de conversion des forêts/savanes/
zones humides en d’autres types d’occupation ;
ƒƒ Mettre un terme à l’ensablement et l’érosion hydrique le long du fleuve Niger et des
autres bas-fonds.

28 Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest


Pays Dégradation des terres et actions prioritaires
La République Fédérale Les cultures pluviales occupaient près de 380 000 km2 (40 % du territoire) en 2013, et ont
du Nigéria augmenté de 20 % par rapport à 1975. Des taux de changement élevés ont été observés
pour les habitations, les cultures irriguées, les plantations et les carrières, avec une
croissance de 1 à 2 % par an entre 1975 et 2000 et de 2 à 4 % par an entre 2000 et 2013.
Les formations végétales notamment forestières ont diminué, avec des taux de réduction
s’élevant à plus de 2 % par an entre 2000 et 2013. Entre 1975 et 2013, la superficie des
forêts a été réduite de 45 % (CILSS, 2016).
Le surpâturage, la pollution des sols, l’augmentation de la population, l’urbanisation
rapide et la pauvreté concourent à la dégradation des terres. L’apparition de dunes vives
au Nord et la recrudescence de l’érosion hydrique au Sud en sont les manifestations les
plus palpables (Nigeria, 2018).
Actions prioritaires
ƒƒ L’atteinte de la NDT par l’amélioration de la productivité des terres dans 463 300 ha
de terres cultivées et de prairies par rapport à 2015 ;
ƒƒ La réhabilitation de 1 722 660 ha de terres cultivées en déclin de productivité et de
10 565 040 ha de terres cultivées présentant des signes avancés de baisse de la
productivité ;
ƒƒ L’arrêt de la reconversion des forêts et des zones humides en d’autres classes
d’occupation des sols d’ici 2020 ;
ƒƒ L’augmentation de la couverture forestière de 20% par rapport à 2015 ;
ƒƒ La réduction de 40% du taux de scellement des sols (conversion en couverture
terrestre artificielle) par rapport à 2015.
ƒƒ La restauration de 100% des 218 958 000 ha de forêts dégradées par des actions de
reboisement et de réhabilitation pour un investissement global de 19 706,22 millions
de dollars ;
ƒƒ La restauration de 100% des 93 442 640 ha de savane (Arbustes, prairies et
végétation clairsemée montrant les premiers signes de déclin) par des actions de GDT
pour éviter le surpâturage pour un investissement de 63 765,36 millions de dollar ;
ƒƒ L’amélioration de la productivité de 100% des 1 228 770 000 ha de terres agricoles
pour un investissement de 110 589,30 millions de dollar (Nigeria, 2018).

La République du Sénégal L’expansion des terres cultivées a été relativement modeste, passant de 32 600 km2
en 1975 à 32 900 km2 en 2000 et 41 000 km2 en 2013, soit une augmentation de 26 %
entre 1975 et 2013 (CILSS, 2016). Le développement de l’agriculture a conduit à la
fragmentation des savanes et des forêts claires se traduisant par une perte du couvert
végétal et un déclin de la qualité des écosystèmes naturels restants (CILSS, 2016). Les
savanes ont diminué de 8 200 km2, soit une perte de 6,3 % de leur superficie de 1975.
Quant aux forêts claires, elles ont régressé de 42 %, soit 3 160 km2. Les forets galeries,
qui longent le réseau hydrographique et sont réputées pour leur importante biodiversité,
ont diminué de 19 %, soit 570 km2. La surface occupée par les habitations est passée de
530 km2 en 1975 à 850 km2 en 2000 et 1 450 km2 en 2013, soit une augmentation de 172 %
en 38 ans. Cette situation indique une forte croissance démographique (CILSS, 2016).
Actions prioritaires
ƒƒ Les investissements s’élèveront à environ 16 Milliards Fcfa durant la période 2009-2020
ƒƒ La restauration de 75% des 2 507 995 ha de forêts dégradées par des actions de
mises en défens, jachère, aménagement forestier, reboisement, régénération naturelle
assistée pour un investissement de 124 200 millions de dollar ;
ƒƒ La restauration de 75% des 1 367 609 ha de savanes dégradées (Arbustes, prairies et
zones à végétation clairsemée) par des actions de reboisement, des bandes pare-feu,
des brise-vent, des cultures fourragères, la fenaison, les feux de brousse précoces
pour un investissement de 96 000 millions de dollar ;
ƒƒ L’amélioration de la productivité de 75 % des 2 652 549 ha des terres agricoles pour
un investissement de 2 616 000 millions de dollars ;
ƒƒ La protection et la restauration de 75% des 153 010 ha des zones humides et plans
d’eau pour un investissement de 852 000 millions de dollar ;
ƒƒ Le reboisement et la mise en défens des 75% des 179 770 ha de zones marginales
(zones artificielles, terrain nu et autres domaines) pour un investissement de
102 000 millions de dollar (Sénégal, 2015).

Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest 29


Pays Dégradation des terres et actions prioritaires
La République du Tchad Les superficies dégradées ont été évaluées à 428 000 km², soit 33,43 % de la superficie
totale selon (Tchad, 2015).
Les forêts claires ont régressé de 29 % entre 1975 et 2013, soit une perte de 4 700 km²
(CILSS, 2016). L’expansion agricole est largement responsable du déclin du couvert
végétal entre 1975 et 2013 avec un taux moyen d’expansion de 5%. A l’échelle du pays,
les superficies cultivées ont augmenté de 190% entre 1975 et 2013 (CILSS, 2016). La
réduction de la superficie du lac Tchad qui est passée de 25 000 km2 à 2 500 km²
entre 1963 et 2008 a eu des effets négatifs sur la qualité de vie des communautés, la
biodiversité et les risques de migration et de conflit.
Actions prioritaires
ƒƒ Le Tchad s’est fixé comme objectif, dans le cadre de la NDT à l’horizon 2040, les
cibles spécifiques suivantes :
ƒƒ La restauration de 4% des 4 326 860 ha de forêts dégradées par des actions de mise
en défens, la lutte contre les feux de brousse et le contrôle de la transhumance pour
un investissement de 16 995,79 millions de dollar ;
ƒƒ La lutte contre l’érosion hydrique et éolienne sur moins de 1% des 827 975 ha des
zones humides dégradées avec un investissement de 14,72 millions de dollar ;
ƒƒ La restauration de 44% des 65 778 170 ha de terres dénudées et autres terres
dégradées par des actions de reboisement, de l’agroforesterie, de lutte contre
l’érosion hydrique et le contrôle de la transhumance avec un investissement de
4 156,67 millions de dollar (Chad, 2015).

30 Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest


© C Peterson (CIAT/CCAFS)

Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest 31


© Axel Fassio/CIFOR

8. NÉCESSITE D’UN FINANCEMENT


INNOVANT
Il existe plusieurs pratiques et techniques de GDT Les options techniques pour la réhabilitation des terres
pour accompagner les communautés à mieux gérer dégradées sont nombreuses au Sahel et décrite dans
leurs environnements. Les pratiques les plus connues de nombreux manuels scientifiques et/ou techniques.
consistent à cloisonner les champs en vue de réduire Un inventaire récent relativement exhaustif en est donné
le ruissellement diffus par des haies vives, cordons par Gomes et al. (2008). Les cas de réussite d’inversion
pierreux, banquettes en terre, fossés d’infiltration ; et les de tendance à la dégradation socio-environnementale
écoulements en ravins par des seuils filtrants, fascines sont nombreux un peu partout au Sahel. On peut citer
antiérosives, etc. pour exemples, le Projet de lutte contre l’ensablement
des cuvettes oasiennes (PLECO) dans les régions de
Retenir l’eau dans le sol passe par une amélioration de Zinder et de Diffa au Niger, le projet de Renforcement
l’infiltration par l’adoption de labours perpendiculaire des capacités pour le contrôle de la dégradation des
aux courbes de niveau, par des semis directs avec un terres et la promotion de leur valorisation dans les zones
amendement substantiel en matière organique, par de sols dégradés dans les départements de Fatick, de
la mise en défens et le reverdissement des espaces Foundiougne (Région Fatick), de Kaolack et de Nioro
pastoraux, par la pratique des demi-lunes, Zaï, barrage du Rip (Région de Kaolack) au Sénégal. Dans la même
de pierres, etc. lancée, les projets d’investissement du Programme
régional de gestion durable des terres et d’adaptation
Pour assurer le développement de la fertilité des sols et aux changements climatiques dans le Sahel et en Afrique
la permanence d’un couvert végétal protecteur, le Sahel de l’Ouest (PRGDT) coordonné par le CILSS, en sont des
est connu pour ses pratiques séculaires d’utilisation de illustrations parfaites.
plantes fixatrices d’azote (comme Faidherbia albida,
Cordyla pinnata, Parkia biglobosa, Sesbania sesban, ), Pour mettre à l’échelle ces technologies, la mise en
qui non seulement apportent de la matière organique place de mécanismes de financements adéquats est
mais fonctionnent comme une pompe biologique qui nécessaire pour développer un investissement massif
font remonter les nutriments en surface tout en apportant en faveur de la restauration des terres. Cette approche
de l’azote et une porosité du sol, augmentant ainsi la constitue une option gagnante pour atteindre les
capacité de rétention de l’humidité. objectifs de NDT. En dépit des barrières financières

32 Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest


qui entravent la restauration des terres dégradées, le Différentes formes de régulations des finances ont été
secteur des produits naturels reste hautement fécond et appliquées dans les pays du Sahel et qui prennent
prospère au Sahel. En effet, les pays du Sahel sont parmi en compte l’harmonisation des institutions des
les grands exportateurs de plusieurs produits primaires financements comme les banques commerciales, les
comme le beurre de karité, le coton, l’arachide, le fonio, coopératives de crédit, les institutions de micro-crédit
le sésame, ainsi que plusieurs autres produits forestiers et les banques agricoles, la mise en place de normes
non-ligneux comme le moringa, les dérivés des fruits et recommandations pour les finances classiques et les
de baobab, les huiles. La présence du secteur privé est services financiers numériques, etc. Très peu d’options
déjà très perceptible dans le secteur de l’horticulture existent pour garantir ces financements contre les
et le maraîchage d’exportation, la transformation de nombreux risques, notamment climatiques qui dans le
fruits locaux et dans l’agro-alimentaire. Une grande Sahel est la grande inconnue. Les politiques nationales
partie des produits horticoles, notamment les mangues, sur les garanties de crédit ont évolué mais restent
les bananes, les noix de cajou est exportée avec des largement insuffisantes pour appuyer massivement des
avantages encore très faible aux producteurs locaux. projets banquables sur la production agricole durable.

En matière de financement, on se focalise sur le risque Il est aussi important de noter que les mécanismes
relatif de l’investissement et pas beaucoup sur l’aspect le existants de financements sur les terres, ne concernent
plus important qui est la rentabilité́ de la production pas pour le moment des financements sur le long-terme
durable des terres (TerreAfrica, 2009). Au cœur de la comme dans les autres secteurs de développement. Or,
question de la rentabilité, est le rôle des états dans dans le domaine des ressources naturelles, hormis la
l’amélioration des pratiques agricoles et les investissements production agricole pluviale saisonnière, qui est annuelle,
connexes pour s’assurer que les aménagements qui les formes de productions impliquant des arbres et la
devraient être rentables d’un point de vue privé pour les restauration des terres prennent de nombreuses années
agriculteurs (ou rentables collectivement pour la localité), voire de décennies pour produire des bénéfices. Pour
le soient à condition que ces agriculteurs bénéficient l’instant, la situation du financement agricole et sur les
d’un régime de propriété́ foncier plus sûr, et qu’ils aient ressources naturelles est basée sur les systèmes de
largement accès aux marchés. microfinance qui répondent plus à des besoins de
subsistance, plutôt que sur le développement d’un
Le plus grand obstacle pour le financement sur la entreprenariat durable basé sur les ressources naturelles.
dégradation des terres par conséquent la faible volonté
de donner la priorité́ a ce secteur dans les lignes de Le financement reste ainsi le principal catalyseur
dépense nationale. Il faudrait par alors une augmentation transversal de la croissance du secteur. La demande de
des ressources financières strictement réservées à financement dans la réhabilitation des terres dégradées
la GDT, pour aboutir à une plus grande dissémination a fait l’objet d’importants financements étatiques depuis
des bonnes pratiques. Afin d’améliorer le financement les périodes de sècheresse des années 1970. Ces
des GDT dans le cadre LDN, il faut dans un premier financements englobent des portefeuilles qui vont du
temps améliorer le niveau d’information sur l’ampleur financement commercial (production de bois d’œuvre,
de la dégradation des terres et de leurs conséquences. énergie) aux investissements à long-terme sous forme
Dans un deuxième temps, ils faire un examen détaillé de programmes financés par l’appui technique à travers
des dépenses publiques en matière sur la GDT, d’en les missions des directions nationales chargées des
tirer des recommandations pour une meilleur ciblage forêts et de la protection des sols. Quel que soit le
et un calibrage des projets en fonction des ambitions. modèle opérationnel, les financements en faveur de la
Ces financements devraient concernes les efforts à restauration des terres ont eu des résultats mitigés avec
faire pour une l’élaboration et l’adoption de meilleures un impact réel qui n’a pas toujours été satisfaisant.
technologies au service de la GDT, la sécurité foncière
et la planification stratégique (intégrée) nationale Avec la limite des financements publics, les ONG et le
(TerreAfrica, 2009). secteur privé apportent un concours de plus en plus
important qui devrait être mieux structuré et planifié.
Les progrès sur la valorisation des ressources naturelles L’investissement sur la restauration des terres peut dans
deviendraient importants si l’investissement existait non plusieurs situations constituer une opportunité pour
seulement sur les facteurs de production, mais aussi sur développer des chaînes de valeur sur les ressources
la transformation et la commercialisation des produits. naturelles. Des exemples sur la gomme arabique, les
Les banques de développement appliquent toujours des produits forestiers non ligneux, les fruits, les huiles et
taux d’intérêt hors de portée pour les paysans locaux feuilles aux valeurs nutritives existent en abondance
qui assurent une large part de la production de produits au Sahel.
de base et de transformation. La conséquence de ces
barrières financières affecte directement les Petites et
Moyennes Entreprises (PME) qui sont confrontées à
un déficit d’accès aux produits de base en quantité et
qualité pour créer de la plus-value (AGRA, 2017).

Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest 33


© Ollivier Girard/CIFOR

34 Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest


9. LA MISE À
L’ÉCHELLE DES
BONNES PRATIQUES
DE LA GDT
La mise à l’échelle de la gestion durable des terres ne peut réussir
que si les utilisateurs des terres reconnaissent et bénéficient des
avantages d’une gestion durable des terres ou s’ils ont accès à
des mécanismes d’incitations. Pour les producteurs pauvres du
Sahel, les facteurs d’adoption de pratiques de restauration des
terres vont dépendre de plusieurs facteurs, à savoir :

ƒƒ L’engagement politique et financier, à long terme en faveur


de la mise en œuvre de programmes de gestion durable des
terres ;
ƒƒ La règlementation du système foncier et de l’accès à la terre et
de la gouvernance locale ;
ƒƒ L’implication effective des bénéficiaires dans l’élaboration des
politiques, la planification et la mise en œuvre des stratégies ;
ƒƒ L’adéquation avec les pratiques locales, les systèmes de
production en place, les valeurs culturelles, les aspirations des
communautés, etc. ;
ƒƒ Les mauvaises conditions biophysiques, notamment le climat et
les sols ;
ƒƒ Les défis techniques, les opportunités de marché, le foncier et
la dynamique sociale en place.

La question de la mise à l’échelle des bonnes pratiques a été


une grande préoccupation dans le secteur des terres. Des
solutions de réhabilitation des terres qui ont fait leur preuve ne
sont pas toujours largement utilisées du fait d’un contexte très
variable et des besoins différents d’un endroit à l’autre. Pour s’y
faire il faut d’ambitieux programmes de co-production de bonnes
pratiques et surtout la mise en place des conditions connexes en
matière de financement initial, d’un cadre politique consolidant
et durable, d’un marché pour des chaines de valeur porteur
et surtout beaucoup de renforcement de capacité non pas
seulement par les canaux techniques étatiques mais par le bais
des communautés elles-mêmes en se basant sur des plateformes
d’échange et de démonstration. Les compétences requises
varient selon les secteurs et les contextes. Nous présentons ici
quelques propositions transversales pour améliorer la mise en
œuvre à grande échelle des pratiques durables de restauration
des terres dégradées.

Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest 35


SUR L’AGRICULTURE ET LA SUR L’ÉLEVAGE PASTORAL
GESTION DES TERROIRS L’élevage pastoral est la principale activité économique
rurale du Sahel. Cette activité valorise les ressources
Des investissements substantiels dans la gestion durable naturelles du Sahel par la production d’aliments à très
des terres sont nécessaires et devraient inclure des haute valeur nutritive (viande, lait), mais aussi des peaux,
investissements dans les installations et les systèmes, laine et cuirs, il contribue à de nombreux services de
notamment: (i) les infrastructures liées à l’eau (stockage, transport et de traction animale, un élément essentiel
systèmes de transport, systèmes d’irrigation, etc.) ; (ii) les des systèmes de production. L’élevage pastoral est
sols et les systèmes de conservation; ( iii) la recherche et un secteur important de la sécurité alimentaire avec
le développement pour la gestion durable des terres, en une demande croissante du fait de la croissance
mettant l’accent sur les compromis entre les utilisations démographique et de l’urbanisation. L’élevage contribue
des terres et les biens et services écosystémiques; (iv) dans une large mesure à la fertilisation des terres par
le développement et l’optimisation de systèmes viables un amendement organique du sol très largement utilisé
d’intégration des cultures, de l’animal et des forêts; (v) comme source de fertilisants. Par exemple, les excrétions
le développement et la distribution à grande échelle de fécales et urinaires du bétail assurent un recyclage
matériel de plantation amélioré et (vi) les technologies de rapide de près de la moitié des fourrages consommés
traitement post-récolte. et de larges fractions des éléments minéraux et en
particulier l’azote et le phosphore, qui favorisent une
Approches GRN soutenues par les conventions bonne productivité des terres.
locales pour garantir l’engament local. Elles portent
principalement sur la gestion et l’exploitation locale L’élevage valorise des ressources végétales et en eau
de l’ensemble des ressources naturelles des espaces distribuées de façon hétérogène et très variable au
villageois ou inter-villageois. Ces démarches ont été cours des saisons et des années en s’appuyant sur des
développées à la faveur des approches de gestion des principes de gestion communautaire et de mobilité. Les
terroirs des années 1990. plantations forestières et les techniques agro-forestières
offrent une large gamme d’options d’amélioration des
Agriculture Intelligente au Climat (AIC) [Climat Smart ressources fourragères dans les terroirs agricoles avec
Agriculture (CSA)]. Les pratiques agricoles ont longtemps les parcs agroforestiers, les haies aux bords de champs
occulté la dimension écosystémique et la préservation et les systèmes bocagers, les jachères buissonnantes
de la nature. Au Sahel, où l’agriculture est le premier ou arbustives : régénération naturelle assistée, régimes
facteur de déforestation et de dégradation des terres, d’émondage, de recepage. Les chaumes, fanes et
une large adoption de pratiques agricoles durables résidus de culture - qu’ils soient récoltés et stockés
devrait être une règle générale (CCAFS). L’AIC concilie pour être distribués à l’auge ou laissés à la pâture sur le
Agriculture, Séquestration du carbone et Adaptation champ - sont une ressource fourragère importante.
des populations aux changements climatiques. Les
techniques AIC visent à une meilleure planification et Il est toutefois difficile d’établir un bilan sur l’impact
valorisation des terres sans compromettre la sécurité de l’élevage pastoral sur la dégradation des terres
alimentaire et l’équilibre du climat avec l’adoption de qui ne peut se faire qu’à l’échelle de vastes territoires
techniques plus d’efficaces dans la production et la pastoraux. L’élevage pastoral reste néanmoins mis
préservation des terres. Au nombre des techniques en cause de façon récurrente pour sa contribution
AIC, figurent : les plantations de couverture du sol ; les à la dégradation du couvert végétal et des sols par
rotations culturales; l’utilisation des plantes utiles en surpâturage. Toutefois, les observations menées
agroforesterie; la gestion de la fertilisation; la fixation de dans des protocoles expérimentaux et des suivis
l’azote avec les légumineuses; l’utilisation de la matière écosystémiques de long terme, nuancent ces assertions
organique; l’association agriculture-élevage; la réduction (Ndiaye et al., 2016).
des labours; la promotion des jachères travaillées; les
techniques de réduction de production de méthane par En effet, si la pâture intense des herbacées au cours
la riziculture; les techniques d’inoculation; la réduction de la saison des pluies peut réduire leur production
des labours; la promotion de l’irrigation; la gestion des et affecter leur diversité, cela ne s’applique que très
adventistes et des ravageurs; la réduction du brûlage localement du fait de la brièveté de la saison de
des résidus de récolte; la réduction des pertes de croissance et de la mobilité régionale du bétail pastoral.
récolte; la gestion des ressources génétiques. A moindre intensité, la pâture tend au contraire à
diversifier la composition floristique, à favoriser la
fragmentation des croûtes de surface des sols arides, et
favorisent ainsi l’infiltration des eaux de pluie, améliorant
l’efficience d’utilisation de l’eau par la végétation.

Cet élevage ne peut prospérer que si certains obstacles


liés à la dynamique de l’occupation des sols sont levés.

36 Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest


Etude de cas 2

LE « ZAÏ », LA PRATIQUE QUI A STOPPÉ LE DÉSERT


Zai pits À 184 km au nord de Ouagadougou, capitale du
Burkina Faso, s’étend sur 25 hectares la forêt de «
Gourga », une zone réputée semi-aride à aride grâce
à l’œuvre de Yacouba Sawadogo connu comme «
l’homme qui arrêta le désert », lauréat du prix Nobel
alternatif 2018 (Right Livelihood Award 2018).

Confrontée depuis quelques décennies à une baisse


continue de la pluviométrie dans un contexte de forte
pression démographique, la région du nord du Burkina
Faso a subi une dégradation progressive des terres
et une forte régression des rendements agricoles.
Selon les données de l’Observatoire national de
Vue de la forêt de l’environnement et du développement durable (ONEDD),
Gourga au Burkina Faso. en 2011, la région constituait l’une des trois zones où la
dégradation des sols était la plus forte. Cette situation
expose les communautés à l’insécurité alimentaire. Des
études faites en 2013 indiquent que 74,1% (pour un total
national de 273 828 km² de terres cultivables) sont des
terres affectées par la désertification et la sécheresse.

C’est dans ce contexte de forte dégradation des


ressources naturelles que Yacouba Sawadogo, 80 ans,
a agi pour inverser la tendance à la dégradation. Cette
action lui a valu le pseudonyme de « L’homme qui arrêta
le désert ». Pour réussir ce défi, il promu le Zaï qui est
une pratique innovante adapté au contexte de sol
encrouté sahélien. Cette pratique consiste à concentrer
l’eau et le compost dans de petites crevasses en début de ligneux dans la matière organique ou dans les
de saison sèche. Ces crevasses ont des diamètres de sédiments transportés par le vent et l’eau contribuerait à
30 à 40 cm, pour une profondeur de 10 à 15 cm. Ils sont améliorer la couverture ligneuse dans les champs.
distants de 80 cm et sont disposés en quinconce. Le
déblai issu du fossé est utilisé comme barrage d’eau Afin de pérenniser cet acquis, Yacouba Sawadogo a
situé en aval du trou dans le sens de la pente. Pour souhaité partager sa technique. Ainsi dans son village
accroitre la performance de l’ouvrage, on y ajoute natal de Gourga (4km à l’ouest de Ouahigouya),
du fumier et d’ordures ménagères organiques pour une mini-foire « marché zaï » a été créée ainsi
favoriser une activité microbiologique qui amélioreront que « l’Association des groupements Zaï pour le
la porosité et la fertilité du sol du fait de l’apport développement du Sahel ».
d’éléments minéraux provenant de la matière organique.
Afin que les matières organiques ne soient pas Associé à la régénération naturelle assistée découverte
emportées par le ruissellement dès les premières pluies, par les agriculteurs, le zaï pourrait devenir un symbole
on fait recouvrir le fumier par un peu de terre. Cette d’amélioration de la résilience des communautés vivant
technique permet en plus de récupérer les particules de l’exploitation des ressources naturelles.
fines et les matières organiques transportées par le
vent et l’eau de ruissèlement. Ainsi, à l’installation de la Source : « Impact Journalism Day, pour changer l’info »,
saison des pluies, le lit de semence sera fertile et retient 26 juin 2017
assez d’eau pour les cultures. La présence de semence

Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest 37


Abreuvoir de Dahra.

© AGHYMET Abreuvoir

Au Sahel, plusieurs espaces, comme les mises en culture mobilité des troupeaux facilite aussi l’accès des éleveurs
et les plantations agro-forestières ou forestières, sont au marché (bétail, intrants, biens de consommation
souvent formellement soustraits aux parcours même si courante) et aux services. La mobilité est aussi une
dans la pratique ce n’est pas toujours le cas. Ceci crée réponse efficace pour réduire les risques encourus par
souvent des conflits entre groupes sociaux. Ces les éleveurs et leur cheptel en cas de crise : sècheresse,
oppositions sont connues depuis l’immatriculation des épizootie, insécurité civile, etc.
terres et les zonages modernes qui n’ont pas tenu en
compte certaines réalités sociologiques. Des crises
récurrentes surviennent sur la gestion des couloirs de
passage du bétail y compris l’accès aux points d’eau, SUR L’EAU ET LE CONTRÔLE DE
l’enclavement de parcours au sein du terroir, etc. Même L’ÉROSION HYDRIQUE.
si les champs et les forêts en systèmes agro-forestiers
produisent des fourrages, ces fourrages (chaumes, On estime que la productivité des terres irriguées
adventices, résidus de culture, cultures fourragères) ne est environ trois fois supérieure à celle des terres
sont pas disponibles au cours de la saison de croissance sous culture pluviale. Investir dans le développement
végétale. En outre, les espaces voués à la conservation de l’irrigation offre davantage d’assurance contre
de la nature (forêts classées, parcs nationaux), les les précipitations irrégulières, stabilise la production
infrastructures (réseau routier, chemin de fer ; barrages ; agricole, augmente la productivité des cultures et permet
périmètres irrigués) et le maillage urbain contribuent aux agriculteurs de diversifier leur productivité. Cela
aussi à réduire les espaces pastoraux et à les fragmenter. peut se traduire par une augmentation des revenus
agricoles et la mise en place de moyens de subsistance
Obstacles liés à la réglementation de l’accès aux améliorés et durables en milieu rural. La superficie des
ressources et infrastructures (points d’eau, couloirs de terres irriguées en Afrique subsaharienne pourrait être
passage, parcs de vaccination, marchés du bétail…) augmentée de 330% afin d’accroître considérablement
et aux taxations licites ou illicites des mouvements du la production agricole, d’autant que 85% du potentiel
bétail, en particulier transfrontaliers. d’irrigation de l’Afrique subsaharienne reste inexploité
(Frenken, 2005).
Les opportunités en matière de gestions durables des
espaces pastoraux portent alors sur l’amélioration Il existe à présent de nombreuses opportunités pour
de la mobilité des troupeaux sur un circuit de pâture investir économiquement dans l’irrigation au Sahel où
tout comme la mobilité saisonnière régionale, voire la superficie irriguée pourrait être doublée d’ici 2030.
transfrontalière, pour optimiser la pâture du bétail. La Il existe un énorme potentiel d’irrigation au Sahel avec
pâture sélective permet au bétail de tirer profit des ses abondantes eaux de surface et eaux souterraines
ressources fourragères qui varient en quantité et en permettant de transformer et de diversifier la productivité
qualité d’un lieu à l’autre, et au cours des saisons. Elle agricole, d’une part ; et d’améliorer les moyens de
détermine in fine la productivité de l’élevage pastoral. La subsistance des communautés rurales, d’autre part.

38 Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest


Les problèmes liés à l’irrigation, tels que les systèmes gestion, le contrôle de l’exploitation du bois de chauffe,
inefficaces entraînant l’engorgement de l’eau et la et la maîtrise de feux de brousse. A cela s’ajoutent les
salinisation, sont les principales causes de la baisse des interventions de réhabilitations des terres dégradées, la
rendements des cultures sur les terres irriguées dans les production de plants en régie, les plantations linéaires,
régions arides et semi-arides. les plantations massives, les plantations de conservation
et de restauration des sols et les opérations de regarnis
Il est urgent d’investir dans le stockage de l’eau pour (Diouf, et al., 2000). Les efforts sur l’inventaire forestier,
l’irrigation. Le principal défi de la ZSA sera de capter partie intégrante de la mise en œuvre des Plans
davantage de ressources en eau disponibles. Par d’Action Forestiers (PAFs) des années 1990, avaient
conséquent, l’utilisation efficace de l’eau des systèmes deux objectifs : (i) estimer le potentiel ligneux afin de
d’irrigation actuels est de plus en plus problématique, calibrer l’exploitation du bois surtout dans un contexte
car on estime que certains gaspillent 60% ou plus d’eau de dépendance au bois-énergie ; et (ii) identifier des
détournée ou pompée (Frenken, 2005). L’enjeu majeur sites de dégradation pour cibler les interventions de
est de répondre aux besoins alimentaires croissants des replantations d’arbres.
populations urbaines sans compromettre la production
alimentaire. Il apparaît alors crucial de rechercher des Malgré ces efforts soutenus pendant trois décennies, les
avancées en termes de productivité susceptibles de pays du Sahel n’ont pas obtenu des résultats significatifs
modifier les conditions économiques de l’irrigation et en matière de reboisement. Cette approche classique
de mettre au point des technologies de gestion de héritée du colonialisme qui était fortement centralisée et
l’eau alternatives viables pour améliorer la production soutenue par des budgets consistants a fait place
alimentée par les pluies en Afrique subsaharienne. progressivement à une approche décentralisée,
communautaire et participative. Plusieurs initiatives
Les mesures de contrôle des processus d’érosion, communautaires ont vu le jour et consistent à concevoir
nécessitent des actions spécifiques prenant en compte et mettre en œuvre les politiques forestières avec les
les objectifs d’utilisation des sols, les spécificités des communautés. C’est à partir de ces activités que certaines
terrains à améliorer (topographie, propriétés et structure bonnes pratiques peuvent être identifiées et mises à
des sols, type de dégradation, couvert végétal, influence l’échelle. Plusieurs cas de succès sur la régénération
des bassins versants, etc.), ainsi que les facteurs naturelle assistée, sur la mise en défens, sur la
climatiques locaux (caractéristiques des précipitations, prévention des feux de brousse, sur l’amélioration de la
températures, taux d’évapotranspiration, caractéristiques production et de la consommation de bois-énergie ont
du vent). Par conséquent, l’évaluation de tout un bassin fini de prospérer dans la sous-région (Ribot et al., 2010).
hydrographique devient essentielle pour garantir un
succès des opérations car elle permet de sélectionner De plus en plus, le secteur privé s’investit dans
les techniques et approches les plus appropriées à des activités de plantations massives d’arbres à
combiner, et non de proposer des stratégies qui seraient forte valeur ajoutée comme la gomme arabique, le
inaccessibles techniquement et économiquement moringa, l’anacarde, etc. Dans certains cas cependant,
aux agriculteurs et qui n’auraient pas d’effets directs l’acquisition des terres ne s’est pas faite sur une base
plausibles. Cette évaluation doit être réalisée à l’aide de transparente et a fini par créer des crises sociales
méthodologies participatives impliquant les populations dans plusieurs endroits. Cette course à la terre
locales et même les habitants des zones voisines. n’est pas seulement le fait de capitaux étrangers,
Ces évaluations participatives permettent de mettre les acquéreurs nationaux aussi s’y mettent pour
en lumière les conflits potentiels sur les terres, de développer des entreprises agricoles qui, dans
sensibiliser les populations aux enjeux de la dégradation certains cas, ne bénéficient pas aux communautés
des terres et de faciliter leur adhésion. locales. Le développement de l’entreprenariat local
dans un contexte de droit d’usage des espaces et des
ressources doit se faire avec un fort contenu local.

LA GESTION DES RESSOURCES Pour l’agroforesterie, les plus grands acquis sont le
FORESTIÈRES, LES PLANTATIONS fait des populations elles-mêmes. Les pays du Sahel
ET L’AGROFORESTERIE n’ont pas assez tôt identifié l’agroforesterie comme
un secteur des reconquêtes des terres dégradées. Le
Dans tous les pays du Sahel, le reboisement a été le caractère hybride de l’agroforesterie et la segmentation
principal levier de la politique forestière pendant de institutionnelle entre les services agricoles et les services
longues décennies. La crise des sècheresses des forestiers, ont fait de l’agroforesterie un orphelin des
années 1970 a incité un déploiement massif de moyen politiques publiques. Avec les nombreuses évidences
financiers et techniques pour replanter des arbres sur de des impacts positifs de ces pratiques compatibles à
vastes étendues. Il y a eu plusieurs types d’inventions. la fois avec la conservation de la biodiversité et des
Il y a des intervenions purement forestières consistant écosystèmes mais aussi avec l’agriculture vivrière ou
à mettre en place des stratégies préventives contre marchande, a fini par convaincre les décideurs politiques
la déforestation et consistant améliorer les plans de et devient de plus en plus mis en avant dans la GDT.

Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest 39


Etude de cas 3

PROJET DE LUTTE CONTRE L’ENSABLEMENT DES CUVETTES D’OASIS


DANS LES DÉPARTEMENTS DE GOURÉ, GOUDOUMARIA ET MAÏNÉ-
SOROA (PLECO) AU NIGER : PHASE PILOTE QUI COUVRAIT LA PÉRIODE
2010-2015
Le projet a été financé par le Fonds mondial pour Le projet a contribué à la protection et la stabilisation
l’environnement (FEM), en partenariat avec le PAM, de 44 cuvettes ( soit 3 952 ha), à la mise en place de
le PNUD, l’État du Niger et les huit communes des 9 sites de démonstration de bonnes pratiques de GDT,
départements de Gouré, de Goudoumaria et de Maïné- à la sensibilisation et la formation de 3 600 à 4 800
Soroa (22 280 000 $ US). Il a été mis en œuvre dans personnes aux techniques de protection des cuvettes,
les communes rurales de Bouné, Kellé, et Guidiguir, la à la création de 10 commissions foncières de base et la
commune urbaine de Gouré, dans la région de Zinder, redynamisation de 42 Comités locaux de gestion des
les communes rurales de Goudoumaria, N’Guel Beyli, ressources naturelles (COGERNAT), à l’élaboration de
Foulatari et la commune urbaine de Maïné-Soroa, dans 17 fiches techniques portant notamment sur les
la région de Diffa. pépinières villageoises, la fixation des dunes, le paillage,
et au développement et l’opérationnalisation d’un
Ces communes comptent près de 3 674 cuvettes partenariat avec l’université Abdou Moumouni de
d’oasis exploitables sur le plan agricole, représentant Niamey et le CNSEE.
138 391 ha, dont 12 701 ha sont menacés d’ensablement,
tout comme les 22 000 ha de bas-fonds agro-sylvo- Ce projet a promu des actions tendant à l’augmentation
pastoraux et 60% des infrastructures socio-économiques et la diversification de la production maraichère
tels que des points d’eau, routes nationales, villages, et fruitière, l’accroissement de la disponibilité en
écoles et centres de santé. Notons que les cuvettes fourrage herbacé et ligneux et la sécurisation de cet
oasiennes constituent les seuls espaces exploitables important potentiel écologique mais également à la
qui permettent aux populations locales de subsister réduction des conflits entre les exploitants des terres
dans cet espace au climat aride et semi-aride. Pour une et le renforcement des capacités institutionnelles des
préservation durable des cuvettes, la fixation mécanique communautés locales.
puis biologique des dunes vives a été utilisée. Elle a
permis la stabilisation des dunes mobiles et leur re- En partenariat avec le PIC-REC2 (FA/UAM), ce projet
végétalisation par des ligneux et des herbacées. Cette a rendu opérationnel l’Observatoire de suivi de
situation a permis la réduction de l’érosion éolienne l’ensablement et de la dégradation des terres dont
et hydrique, l’accroissement de la biodiversité et la l’objectif est d’améliorer et de rendre plus efficient les
restauration de la fertilité des sols. actions de lutte contre l’ensablement des cuvettes et
leur valorisation.
Dans l’optique de promouvoir la durabilité de
restauration de cet écosystème fragile, des actions Ces photos résultent de la mise en œuvre de la phase
de sensibilisation des communautés sur l’importance pilote au cours de la période 2009-2011. Elles montrent
socioéconomique et environnementale des cuvettes, les efforts accomplis en un laps de temps court par le
l’accompagnement des producteurs maraichers et des projet principalement dans la zone de Gouré (Région
exploitants des eaux potables et du natron pour une de Zinder).
meilleure efficience dans la valorisation des ressources
des cuvettes oasiennes ont été entreprises en parallèle Source : « [Link]
aux actions de fixation de dune. view/technologies_3257/ »

Installation du chantier Fixation mécanique Fixation biologique

40 Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest


Etude de cas 4

LA GOMME ARABIQUE FAVORISE UNE CROISSANCE VERTE EN


MAURITANIE
Dans la région sahélienne de la Mauritanie, Acacia de l’Ouest (SAWAP), doté de 1,1 milliard USD, mené
sp, une ressource traditionnelle, est utilisé dans la conjointement par la Banque mondiale et le Fonds pour
lutte contre la désertification et la pauvreté rurale. l’environnement mondial (FEM) en appui à l’Initiative
Cet arbre, qui prospère dans le sud chaud et sec du de la Grande muraille verte. Il vise à restaurer les
pays, est depuis longtemps considéré comme une écosystèmes dégradés et à améliorer les moyens de
source de gomme arabique – une gomme naturelle subsistance ruraux.
constituée de sève durcie. Très polyvalent, cet
ingrédient est utilisé depuis des millénaires. Utilisée Le programme SAWAP vise à consolider la gestion
comme stabilisant dans de nombreux aliments, durable des paysages dans 39 communes des régions
boissons et médicaments, la gomme arabique est méridionales du Trarza, du Brakna et du Gorgol. Situées
devenue un produit incontournable pour les industries à l’extrême sud du désert du Sahara, toujours en
agroalimentaires et pharmaceutiques. expansion, ces régions abritent des écosystèmes de
production de la gomme arabique qui permettent de
La Mauritanie a été le deuxième pays exportateur lutter contre la désertification et d’enrichir et retenir la
de gomme arabique, avec une production annuelle terre et l’eau. L’étude récente de la Banque mondiale
moyenne record de 5 700 tonnes. Toutefois, ces chiffres sur la croissance verte inclusive en Mauritanie a
se sont brutalement effondrés suite aux sécheresses souligné la nécessité de développer des activités
sévères des années 1970 et 1980, et ont continué à génératrices de revenus en lien avec les ressources
chuter avec la migration de masse des populations naturelles renouvelables. Ce projet répond à cet objectif
rurales vers les zones urbaines. À l’heure actuelle, la en favorisant le développement d’une chaîne de valeur
Mauritanie ne produit plus que 500 tonnes de gomme durable de la gomme arabique via une amélioration
arabique par an environ. de l’accès aux marchés. Les villageois savent que leur
prospérité à long terme est étroitement liée à celle de la
Pour exploiter le potentiel socio-économique de la terre et aspirent à un avenir meilleur où, en subvenant
gomme arabique grâce à la tolérance de Acacia senegal eux-mêmes à leurs besoins, ils pourront contribuer à
à la sécheresse, la Banque mondiale appuie la politique préserver la santé de l’écosystème pour les générations
mauritanienne de régénération de cette espèce et le futures.
développement de la production de gomme arabique.
Ce projet fait partie du Programme Sahel et Afrique Source : Banque Mondiale, 2016

Vue d’un parc à Acacia


senegal.
© Centre Régional AGRHYMET

Source : Banque Mondiale, 2016 Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest 41
Le Sahel accueille de grands parcs nationaux et des Les exemples de mesures réussies de restauration des
réserves de biosphères. Ces zones sont des lieux de terres, de reboisement et de conservation de l’eau au
conservation de la biodiversité, du recyclage de l’eau, Sahel comprennent la gestion des masses d’eau pour
et des couloirs de migration des animaux sauvages. la production animale et végétale; la réduction et la
Ces parcs abritent une grande partie des espèces maîtrise des feux de brousse; l’amélioration des plans
rares ou en voie de disparition citées par l’UICN et d’extraction du bois; l’augmentation de la production
consignés dans les codes forestiers nationaux. Leur d’énergie renouvelable; l’ajout des arbres aux paysages
gestion permet une conservation in situ de la diversité agricoles; l’ utilisation des méthodes traditionnelles telles
génétique qui sert de sources de semences pour une que le zaï et les demi-lunes; la récupération de l’eau;
reconquête des terres dégradées. Il est important de l’irrigation à petite échelle; la réhabilitation des terres par
noter qu’avec la dégradation accélérée des terres, les amendement organique; la gestion des pâturages; et la
populations utilisent ces parcs et réserves pour les plantation d’ arbres pour le fourrage (Mbow, 2018).
activités de production et font souvent face aux services
de conservation.

Exemples de bonnes pratiques à diffuser Description

Tableau 2 : Gestion des plans d’eau pour la production animale et


Exemples de bonnes végétale (Cassou, Burkina Faso)
pratiques à diffuser.
Améliorer l’approvisionnement en eau pendant les périodes
sèches ; créer une production supplémentaire en saison
sèche telle que la micro-irrigation ; récupérer l’eau pour
le bétail et gérer de façon durable les ressources en eau;
développer des plantations de bois autour des plans d’eau,
etc. Cette activité est très apparente dans la stratégie de la
VGG, mais nécessite un investissement à long terme.

Gestion des feux de brousse (Cassou, Burkina Faso)

La surutilisation des incendies affecte la biodiversité et


les services écosystémiques. Les populations utilisent les
incendies pour créer une mosaïque de zones d’habitat
permettant certaines pratiques telles que la chasse,
la cueillette de produits de savane et le pâturage. Les
incendies peuvent créer localement des changements
irréversibles qui, accumulés sur de vastes superficies,
peuvent modifier la couverture terrestre à l’échelle régionale.
Avec l’augmentation de la température et les précipitations
incertaines, la fréquence et les impacts des incendies vont
probablement augmenter.

42 Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest


Exemples de bonnes pratiques à diffuser Description
Exploitation du bois énergie
(partout dans les pays du Sahel)

L’extraction du bois destinée aux marchés locaux et


internationaux a eu des conséquences très graves sur la
couverture forestière dans de nombreuses régions. Avec
l’augmentation de la population principalement dans les
centres urbains et la grande dépendance vis-à-vis des
systèmes énergétiques traditionnels à base de bois ou de
charbon de bois, cette activité nécessite plus d’attention de
la part du GMV afin de réduire la surexploitation du bois

Promotion de l’agroforesterie (Khombole, Sénégal)


Diverses pratiques d’agroforesterie, principalement des
arbres fixateurs d’azote, peuvent être un grand succès
dans la région du Grand Sud, en raison de son adaptation
aux systèmes agricoles traditionnels et du potentiel de la
région. Les systèmes agroforestiers vont des systèmes
sylvopastoraux aux jardins potagers, aux cultures
intercalaires en allées et aux plantations de biomasse. Cela
peut aider à réduire la pauvreté en raison de ses avantages.
L’agroforesterie peut soutenir les mesures de dégradation
des sols pour sa biomasse fournissant des matières
organiques tout en produisant du bois de chauffage et des
services environnementaux.

Technique du Zaï (Burkina Faso)

Cette technique entre dans la catégorie de collecte d’eau.


Mais la technique du Zaï fait plus que cela, il permet
également une fertilité accrue du sol lorsqu’il est paillé
avec des résidus de récolte ou de la biomasse récoltée. Sa
capacité à retenir l’eau et à augmenter l’humidité du sol non
seulement amortira les longues périodes sèches pendant
la courte saison des pluies, mais permettra également
de recharger la nappe phréatique, contribuant ainsi à
l’augmentation du couvert arboré global. Les rendements
dans la ferme Zaï sont toujours meilleurs que dans les
fermes non Zaï.

Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest 43


Exemples de bonnes pratiques à diffuser Description
Réduction de l’érosion (Burkina Faso)

La majeure partie de l’eau du Sahel est rapidement perdue


à cause d’un fort ruissellement. Le manque d’arbres limitera
la capacité des surfaces dures à retenir l’eau qui se déverse
rapidement dans les rivières. Pour réduire cet effet, des
lignes de labour parallèles sont tracées sur les affleurements
de sol pour permettre à l’eau de rester plus longtemps.
Le même effet est poursuivi avec des lignes de pierres
disposées le long des isolignes d’altitude pour augmenter
l’infiltration.
© ABN-Sofreco

Gestion des parcours de bétails (Maradi, Niger)

La gestion des parcours implique de nombreuses actions


telles que le zonage des zones de pâturage, la création de
corridors de transhumance, l’assurance des plans d’eau
pour le bétail et la réduction des impacts sur le fourrage.
Une prise en compte complète des systèmes pastoraux
dans la GMV constituera un critère de réussite essentiel non
seulement pour assurer les activités de reverdissement, mais
également pour la réduction de la pauvreté et la mise en
place de systèmes socio-environnementaux résilients.

Ouest du Niger

Au Sahel, les précipitations ne sont que de 3 mois au mieux


dans la partie nord. Dans cette région, les petits ruminants
qui ne sont pas souvent impliqués dans la transhumance sur
de longues distances dépendent des arbres fourragers pour
se nourrir. De nombreux acacias ont une très bonne valeur
nutritive pour les animaux. Les avantages de ces arbres
fourragers sont leur forme de vie à feuilles persistantes
et leur capacité à puiser dans les eaux souterraines pour
survivre à la sécheresse.
© ABN-Sofreco

44 Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest


© UNCCD

LA GRANDE MURAILLE VERTE : L’initiative vise à contribuer à mettre fin à la


UNE INITIATIVE PANAFRICAINE désertification et à la dégradation des sols dans la
SUR LA RESTAURATION DES zone sahélienne, à améliorer les conditions de vie et
TERRES DÉGRADÉES les moyens de subsistance des petits exploitants et
des pasteurs de la région et à aider ces populations à
Pendant plusieurs décennies, les pays sahéliens ont été élaborer des stratégies et des mesures d’adaptation
confrontés à des pénuries pluviométriques persistantes efficaces grâce à des programmes de développement
qui, conjuguées à des facteurs anthropiques, ont axés sur les arbres. Pour que l’initiative GMV soit
sérieusement bouleversé les grands équilibres couronnée de succès, les pays membres ont mis
écologiques en installant la région dans un processus en place un effort coordonné et intégré allant du
inexorable de désertification. La persistance du gouvernement aux échelles locales et engagé de
changement climatique, caractérisé par une forte nombreuses parties prenantes. La planification, la prise
variabilité des précipitations et des sécheresses de décision et les actions sur le terrain doivent être
fréquentes, constitue l’un des principaux facteurs de guidées par la participation et l’engagement fondés sur
vulnérabilité de la population dans cette partie du des connaissances pertinentes pour traiter l’ensemble
monde. Les communautés qui y vivent, luttent contre de des pratiques de restauration des terres évolutives et
graves processus de dégradation des terres et de perte des facteurs de changement d’utilisation des terres dans
de productivité sans précédent. divers contextes humains-environnementaux. Dans de
nombreux pays, des activités spécifiques à la réalisation
Cette situation nuit à leurs moyens de subsistance des objectifs de la GMV ont été lancées depuis les cinq
et les place parmi les plus pauvres du monde et les dernières années.
plus vulnérables au changement climatique. Face à la
grave dégradation des terres, onze pays du Sahel ont La Grande Muraille Verte est une initiative qui va en
décidé de travailler ensemble pour lever les obstacles droite ligne avec AFR100 (Initiative pour la restauration
politiques, financiers et institutionnels à la mise en place des paysages forestiers en Afrique) qui est une initiative
d’un programme de restauration des sols prenant en Panafricaine, mise en œuvre au l’échelle des pays pour
compte le changement climatique et la dégradation restaurer 100 millions d’hectares de terres en Afrique
des sols. Le programme sur la Grande Muraille Verte d’ici 2030.
repose principalement sur l’identification et la promotion
de pratiques de gestion durable des terres et le AFR100 contribue au défi de Bonn, à l’Initiative des
renforcement des services socio-économiques de base paysages africains résilients (ARLI), à l’Agenda 2063
au niveau rural. Elle comporte un package cohérent de l’Union africaine, aux objectifs de développement
d’actions et d’interventions multisectorielles à des fins durable et à d’autres objectifs stratégiques de
de repositionner le Sahel comme un catalyseur d’un développement durable.
développement inclusif pour l’éradication de la pauvreté́
et de l’insécurité́ alimentaire (Dia et Duponnois., 2013).

Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest 45


© B. Cika/ICRAF

46 Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest


10. PROGRÈS EN
MATIÈRE DE NDT
Comme mentionné dans le cadre scientifique conceptuel, la
Neutralité en matière de Dégradation des Terres (DND) a pour
objectifs de i) maintenir ou améliorer la fourniture durable de services
écosystémiques ; ii) maintenir ou améliorer la productivité afin de
renforcer la sécurité alimentaire ; iii) accroître la résilience des terres
et des populations dépendantes de ces dernières ; iv) rechercher
des synergies avec d’autres objectifs sociaux, économiques et
en¬vironnementaux et v) renforcer la gouvernance responsable et
inclusive des terres (Orr et al. 2017). Dans ce cadre, le Programme
de définition des cibles de NDT a été mis en place par le Mécanisme
mondial de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la
désertification en coopération avec le secrétariat de ladite Convention
et 18 partenaires internationaux. Soutenant actuellement 122 pays
dans ce processus à l’échelle mondiale, le programme a permis à
l’ensemble des pays d’Afrique de l’Ouest de formuler des cibles
nationales volontaires en matière de NDT à l’horizon 2030.

Si certains pays ont déjà inclus la NDT dans de nombreuses politiques


et initiatives, d'importants investissements sont nécessaires pour
renforcer la NDT, à travers le développement et la mise en œuvre de
projets et programmes transformateurs de NDT, inclusifs, générant de
multiples bénéfices (liés à la réduction de la pauvreté, à la sécurité
alimentaire, à l’égalité homme-femme, à l'amélioration des services
écosystémiques, au développement et à l’accès aux énergies
renouvelables, à la création d’emplois verts, à la réduction des conflits
et des migrations, etc.), et qui associent financements publics et privés
nationaux et internationaux.

Les projets et programmes transformateurs de NDT, à développer,


cherchent en particulier à générer et à maintenir un changement positif
fondamental et durable dans le système couplé homme-environnement
dans lequel les interventions sont ciblées. La transformation positive
dans le cadre des projets et programmes transformateurs de NDT
peut être poursuivie à travers des interventions durables et inclusives
à grande échelle (par exemple, dans les paysages) tout en mettant en
avant / intégrant des technologies, des pratiques et des mécanismes
financiers adaptés (par exemple le financement mixte).

Source : [Link]
access-capacity-policy-support-technology-tools/checklist-land

Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest 47


Pays Opportunités et contraintes Projets et Progrès en matière de NDT
Tableau 3 : Projets et
Le Burkina Faso ƒƒ Importante main d’œuvre (jeunes <20 ans ƒƒ Réduire la surface moyenne de
progrès en matière de
restauration des terres. font 56,46% de la population) ; déforestation de 360 000 ha par an
ƒƒ Techniques de récupération des terres entre 1992 et 2000 Burkina, 2010) à
dégradées (gestion des terroirs, mini 59 900 ha par an entre 2001 et 2015
barrages, CLE (police de l’Eau), CES/DRS, (FAO-FRA, 2015) ;
collecte de l’eau, Zaï, Demi-lunes, etc.) ; ƒƒ Le projet COSOP-FIDA (2005-2012) a
ƒƒ Défis structurels et financiers pour mettre permis de réaliser : 247 forages, 72 560
à l’échelle ces bonnes pratiques. Défis ha de terres cultivables aménagées dont
sécuritaires ; 2 247 ha de bas-fonds, et 229 123 petits
ƒƒ Forte croissance démographique, forte exploitants appliquant des techniques
demande en bois d’énergie, le surpâturage, améliorées
l’exploitation minière artisanale (orpaillage) ; ƒƒ Objectif de restaurer d’ici à 2030,
ƒƒ Utilisation non contrôlée des produits et 5,16 millions ha soit 100% des terres
engrais chimiques ; dégradées par rapport à la période de
ƒƒ le faible accès à la terre pour les femmes ; référence (2002-2013), correspondant
le faible accès aux crédits, aux marchés à 19% de la superficie du pays (Burkina
et aux intrants ; le manque de soutien Faso, 2018).
et d’appui aux Organisations paysannes
(OP) sont autant de facteurs qui limitent
l’investissement pour la mise en œuvre de la
GDT (Paul et al., 2016).

La République du Mali ƒƒ Importante main d’œuvre (jeunes <15 ans ƒƒ Les techniques traditionnelles (Zaï,
font 46% de la population) ; cordons pierreux, les diguettes en terre,
ƒƒ L’Office du Niger est le plus ancien des les demi lunes, fixation des dunes, etc.)
périmètres irrigués de l’Afrique de l’Ouest ; et l’agroforesterie ont été testées et
ƒƒ Le potentiel des terres irrigables s’élève à vulgarisées par les programmes GRN
2,2 millions d’ha et seuls moins de (CMDT, OHVN, ONG etc.) ;
400 000 ha sont aménagées (PNAE) ; ƒƒ « Opération pour un MALI Vert » et
ƒƒ Importantes ressources en eau avec le l’élaboration d’une stratégie nationale de
Fleuve Niger (1700 km) ; reboisement en 2000 ;
ƒƒ 113 forêts classées pour une superficie totale ƒƒ Il a été produit 44 430 796 plants (contre
de 992 241 ha ; seuls 42 forêts classées ont 36 388 290 plants en 2011) toutes
des plans d’aménagement ; espèces confondues sur une prévision
ƒƒ 500 000 ha de forêts disparaissent chaque de 60 822 977 plants, soit un taux de
année dont 400 000 pour l’exploitation réalisation de 73,05%. De 2000 à 2012,
de bois et 100 000 pour l’extension des 260 689 ha de terres dégradées ont été
surfaces cultivables. reboisés.

La République Islamique de ƒƒ Près de 80% de la population vit dans le ƒƒ le couvert végétal a connu une
Mauritanie tiers sud du pays, dans la Vallée du fleuve régénération appréciable, avec plusieurs
Sénégal ; centaines d’hectares restaurés et
ƒƒ Les terres aptes pour des activités agro- protégés de manière participative. Les
sylvo-pastorales sont estimées à superficies reboisées ont évolué de
20 000 000 ha. Les terres cultivables 4 530,78 ha en 2000 à 74 666,27 ha
couvrent une superficie de 502 000 ha en 2012 soit une augmentation de
dont 137 000 ha irrigables le long du fleuve 1752% en 13 ans ;
Sénégal. Seul 50 000 à 220 000 ha sont ƒƒ la production 44430 796 de plants sur
exploitées annuellement ; une prévision de 60 822 977 soit un taux
ƒƒ Les ressources forestières occupent une 73,05% ;
superficie de 4 385 000 ha dont 30 forêts ƒƒ la plantation sur une superficie plantée
classées ; 74 666,27 ha sur une prévision de
ƒƒ Les eaux renouvelables souterraines sont 117 877 ha soit 63,34% ;
estimées à 0,3 km³/an et les eaux de ƒƒ la fixation de 31,0 ha de dunes
surface renouvelables totales à 11,1 km³/an
dont 0,1 km³/an est généré à l’intérieur du
pays (MHA, 2012).

48 Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest


Pays Opportunités et contraintes Projets et Progrès en matière de NDT
La République du Niger ƒƒ 15 millions d’ha de terres cultivables dont ƒƒ L’Initiative 3N (les nigériens nourrissent
seulement 5 millions sont exploitées ; les nigériens) dans le cadre du
ƒƒ Sur un potentiel 270 000 ha irrigables, la Programme d’investissement prioritaire
mise en valeur ne concerne que 10 000 ha (PIP) pour améliorer la productivité des
seulement ; systèmes agro-sylvo-pastoraux par le
ƒƒ Le futur barrage de Kandadji et la possibilité biais de l’amplification des pratiques
d’exploitation de certaines vallées et de gestion durable des terres, de la
cuvettes irrigables offrent un grand potentiel végétation et de l’eau ;
de terres irrigables ; ƒƒ La récupération de 254 536 ha sur
ƒƒ Les ressources hydriques souterraines sont 260 000 ha de terres dégradées
immenses et insuffisamment exploitées prévues, soit un taux de réalisation de
(exception faite de certaines parties du 97,9% ;
plateau du Liptako-Gourma) ; ƒƒ 39 771 ha ont été stabilisés sur 65 000 ha
ƒƒ Le fleuve Niger et le Lac Tchad, drainent escomptés dans les 5 ans (62,1% de taux
annuellement 24 à 30 milliards de m³ d’eau de réalisation) ;
dont seulement 1% est exploité ; ƒƒ Un total de 40 020 359 plants d’arbres
ƒƒ la concentration de ¾ des populations du a été produit sur une prévision de
pays dans seulement ¼ du territoire ; 48 000 000 soit 83,4% dans le cadre
de la régénération de l’écosystème, ce
qui a permis de couvrir 140 807 ha de
plantation sur une prévision de 148 000
soit 95,1% ;
ƒƒ La réalisation de quelques 105 861 km de
bande par feu sur la période 2011-2015 ;
ƒƒ Les superficies touchées par la
régénération naturelle assistée (RNA) en
2015 correspondent à 48 091 hectares
contre 21 938 hectares en 2014 soit une
progression de 119,2%, ce qui démontre
l’importance de la régénération naturelle
assistée principalement dans la Région
de Maradi ;
ƒƒ La superficie des aires protégées du
pays, qui était de 6,6% en 2011 est
passée à 14,29% de la superficie du
territoire national.

La République Fédérale PrésPrès de 70 millions d’ha de terres ƒƒ Le pays s’est engagé à restaurer plus
du Nigéria cultivables, dont 40 % seraient exploitées pour de 84 millions d’hectares de terres
l’agriculture. Le secteur agricole emploie plus dégradées, dans le cadre de l’Initiative
des 2/3 de la population active ; pour la restauration des paysages
ƒƒ le droit foncier traditionnel local est forestiers en Afrique (FAO-FRA, 2015) /
complexe et peu accessible ; Bonn Challenge ;
ƒƒ les infrastructures d’irrigation ne bénéficient ƒƒ Restauration, en 2017, de 1 056 hectares
qu’à 1 % des terres agricoles ; de terres dégradées et plantation de
ƒƒ la disponibilité en intrants est insuffisante, 500 hectares de terres avec six espèces
tandis que les techniques culturales locales ;
évoluent peu et l’accès au crédit demeure ƒƒ Quatre espèces herbeuses indigènes ont
limité (1,4 % seulement de l’activité été introduites pour fournir du fourrage
bancaire) ; pour le bétail (FAO, 2018) ;
ƒƒ le niveau de mécanisation est également ƒƒ Projet Fadama-III financé par l’AID
très faible, les infrastructures de stockage a construit des puits, des forages,
(silos, etc.) et de transport sont insuffisantes d’augmenter les surfaces irriguées
et entrainent des pertes (40%) énormes de (153,92 ha) et de former plus de 338
récoltes. personnes en techniques de restauration
des terres dégradées, ainsi qu’en
traitement des semences et plantation
par semis direct.

Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest 49


Pays Opportunités et contraintes Projets et Progrès en matière de NDT

La République du Sénégal 60 % de la population active vit en milieu rural ƒƒ Le pays a adopté un cadre national
et les 2/3 ont moins de 25 ans ; d’investissement stratégique pour la
gestion durable des terres (CNIS/GDT)
Le potentiel irrigable est de 350 000 ha dont qui est un cadre de concertation et
seulement 130 000 ha sont aménagés ; de mise en commun des efforts des
différentes structures pour lutter contre la
Les ressources en eau sont évaluées à 35 dégradation des terres ;
milliards m³ reparties en 31 milliards m³ d’eaux ƒƒ programme de vulgarisation des foyers
de surface (comprenant essentiellement améliorés ;
les fleuves Sénégal, Gambie, Casamance ƒƒ ressources provenant de la valorisation
et Kayanga), et à 4 milliards m3 d’eaux des crédits de carbone sont estimées à
souterraines (PRACAS, 2014) ; 25 Milliards Fcfa. Les efforts de mise en
œuvre, de projets et programmes auront
La mobilisation des eaux souterraines est de permis de stocker 27 967 500 tonnes de
l’ordre de 5% ; carbone et la mise en défens a pu créer
un capital ligneux de 30 m3/ha soit 900
La baisse de fertilité des sols et de la 000 m3 de bois sur un terrain qui était
détérioration des écosystèmes, de la faible initialement nu (Sénégal, 2010);
valorisation des produits agricoles. ƒƒ Trois régions (Thiès, Louga et Kolda) sont
retenues pour la formulation des cibles
volontaires NDT dont le Sénégal s’est
fixé d’atteindre à l’horizon 2035 (UNCCD,
2018);
ƒƒ Les superficies qui seront affectées par
ce processus de NDT tournent autour
de 317 127 ha pour le département de
Tivaouane (Thiès), 1 573 914 ha pour
le département de Linguère (Louga)
et 470.201 ha dans le département de
Médina Yoro Foula (Kolda).

La République du Tchad Les potentialités agricoles du pays sont Grands projets de conservation et
considérables, avec 39 millions ha cultivables restauration des sols, de reboisement,
dont 2,2 millions sont cultivées annuellement, d’aménagements hydrauliques, de lutte
5,6 millions ha potentiellement irrigables, dont contre l’ensablement, de développement
700 000 ha seulement irriguées ; communautaire, etc.

Les 2/3 de la superficie du pays sont des


pâturages potentiels (84 millions ha) et
23,5 millions ha de forêts naturelles ;

Le pays dispose d’un réseau hydrographique


important dont 12 720 km2 de lacs, deux cours
d’eau permanents, le Chari et le Logone, et
d’une importante source en eau souterraine
(20,6 milliards de m3 renouvelables.

50 Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest


© Ollivier Girard/CIFOR

Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest 51


© Ollivier Girard/CIFOR

52 Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest


CONCLUSION
La dégradation des terres affectent directement des dizaines de
millions de personnes en Afrique de l’Ouest, particulièrement au
Sahel où les deux-tiers des terres sont arides et désertiques. Le
nombre croissant de personnes vulnérables qui subissent les
effets négatifs de la dégradation des terres est une préoccupation
majeure pour la région. Aggravée par la variabilité climatique,
en particulier la récurrence des sécheresses, et la multiplication
des besoins liés à la croissance démographique, la dégradation
des terres est essentiellement due à des activités humaines non
appropriées incluant la surexploitation des ressources naturelles et
les pratiques non durables de gestion des eaux et des terres agro-
sylvo-pastorales. Ces mésusages contribuent significativement au
déclin de la productivité des ressources naturelles et des terres
et à la perte concomitante de la biodiversité et de la fertilité des
sols. De ce fait, les moyens de subsistance des populations et
le développement économique des zones rurales sahéliennes
sont ainsi mis en péril engendrant l’augmentation de la pauvreté
et de l'insécurité humaine au sens large. Ceci est d’autant plus
préjudiciable dans un contexte où la majorité de la population est
constituée de petits paysans et éleveurs fortement dépendants des
biens et services liés à l’exploitation et à la gestion des ressources
naturelles agro-sylvo-pastorales.

Après avoir dressé le tableau des enjeux et contraintes de


la région, l’analyse des études de cas de 7 pays sahéliens a
permis de mettre en exergue les nombreux acquis et atouts
des pays sahéliens pour faire face à la dégradation des terres.
Il a été en particulier fait état de toutes les bonnes pratiques de
restauration et de gestion durable des terres développées dans
le cadre de nombreux projets, programmes et initiatives, tant
aux niveaux nationaux que régional. En effet, afin d’assurer une
gestion durable de leurs ressources naturelles, les pays d’Afrique
de l’Ouest ont mené, depuis plus de 40 ans, des interventions
d’envergure en matière de lutte contre la dégradation des terres
et la désertification. Les résultats de ces programmes sont
variables du fait de nombreuses contraintes comme les barrières
financières et techniques, les contraintes liées à la sécurisation
foncière, l’absence d’approches intégrées etc. Néanmoins, malgré
ces limites, le Sahel pourrait être considéré comme la zone où

Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest 53


l’expérimentation des techniques de restauration ont Pour ce faire, capitalisant ses acquis et valorisant
été les plus prolifiques. La restauration de la fertilité l’ensemble de ses atouts, le Sahel doit maintenant
des sols (arbres fertilisants, amendement organique), procéder à un changement de paradigme en passant de
la réduction de l’érosion (cordons pierreux, Zai, demi- la logique de « Dégradation > Abandon > Migration » à
lunes), les pratiques agroforestières, les techniques de un nouveau paradigme fondé sur la Neutralité en matière
rétention de l’eau (micro-barrage, bassins de rétention) et de la Dégradation des Terres (NDT) et sa hiérarchie de
la promotion d’espèces adaptées à la sècheresse ont fait réponse « Éviter > Réduire > Inverser » la dégradation
l’objet de plusieurs projets et programmes. Les initiatives des terres.
régionales d’envergure telles que la Grande Muraille
Verte et les grands projets structurants au niveau des Il s’agit maintenant de mettre à l’échelle l’ensemble de
Etats ont permis de consolider certains acquis qui ses expériences réussies dans le cadre des initiatives
pourraient, dans le cadre la Neutralité en matière de existantes ou celles à développer aux échelles
Dégradation des Terres, être mis à l’échelle pour inverser régionales et nationales en vue d’atteindre la neutralité
les processus de dégradation. en matière de dégradation des terres, notamment à
travers le développement et la mise en œuvre de projets
En plus de ces acquis, la région regorge d’atouts et programmes, ambitieux, transformateurs de NDT.
considérables au titre desquels on peut citer : son
exceptionnel ensoleillement, source d’énergie Une nouvelle voie de développement durable et inclusif
inépuisable, n’ayant de limite que la capacité à déployer pour le Sahel se dessine aujourd’hui pour créer de la
les technologies solaires ; ses importantes ressources richesse, pour toutes et tous, à partir de l’exploitation
en eau souterraine et de surface capables de couvrir durable et équitable des ressources naturelles
bien au-delà les besoins ; sa jeunesse en plein essor sous réserve de, entre autres, mobiliser les moyens
et ses femmes particulièrement engagées dans les techniques et financiers adéquats et sécuriser l’accès
travaux agricoles ; la diversité de ses agroécosystèmes aux terres.
et des produits qui découlent de leur exploitation…. Enfin,
l’étendue des espaces sahéliens étant si grande, le
potentiel productif est immense. Les opportunités pour
créer des terres prospères existent et il suffit maintenant
d’exploiter au maximum ce potentiel.
© Ollivier Girard/CIFOR

54 Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest


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Global Land Outlook | Rapport thématique Afrique de l’Ouest 55


SIGLES ET ABBRÉVIATIONS
AFR100 Africa Forest Landscape Restoration Initiative
AGRHYMET AGRo-HYdro-METéorologique
AGMV Agence de la Grande Muraille Verte
CBD Convention sur la biodiversité
CBLT Commission du bassin du lac Tchad
CCAFS CGIAR Research Program on Climate Change, Agriculture and Food Security
CCNUCC Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques
CDN Contribution déterminée au niveau national
CEDEAO Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest
CES/DRS Conservation des eaux du sol/Défense et restauration des sols
CFA Communauté française d’Afrique
CILSS Comité permanent inter-États de lutte contre la sécheresse dans le Sahel
CNULCD Convention des Nations Unies pour la lutte contre la désertification
COSOP-FIDA Country Strategic Opportunities Programme
ECOAGRIS ECOWAS Agriculture Information System (Le Système Régional Intégré
d’Information Agricole de la CEDEAO)
FAO Food and Agriculture Organization
FIDA Fonds international de développement agricole
GDRN Gestion durable des ressources naturelles
GDT Gestion durable des terres
GMV Grande Muraille Verte
JRC-EU Joint Research Centre – European Union
LDN Land Degradation Neutrality
NDT Neutralité en matière de dégradation des terres
ODD Objectifs du développement durable
OMVS Office pour la Mise en Valeur du Fleuve Senegal
OSS Observatoire du Sahel et du Sahara
PAM Programme Alimentaire Mondial
PAN LCD Plan d’action national de lutte contre la désertification
PLECO Projet de lutte contre l’ensablement des cuvettes oasiennes
PNUD Programme des Nations Unies pour le développement
PRAPSV Projet régional d’appui au pastoralisme au Sahel
PRACAS Programme d’Accélération de la Cadence de l’Agriculture Sénégalaise
PRGDT/CC Programme régional de gestion durable des terres
PRGDT/CC Programme régional de gestion durable des terres et d’adaptation aux changements
climatiques dans le Sahel et en Afrique de l’Ouest
REEB Rapport sur l’état de l’environnement au Burkina Faso
RNA Régénération naturelle assistée
UNCCD United Nations Convention to Combat Desertification
USAID United States Agency for International Development
USGS United States Geological Survey
ZLECAf Zone de libre-échange continentale africaine

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Bold decisions and investments
made today will determine
the quality of Life on Land
tomorrow. This Global Land
Outlook thematic regional
report serves as a timely
reminder of the steps we can
take to shape a prosperous
and more secure future.
A future based on rights,
rewards and above all respect
for our precious land resources.
GLOBAL
LAND
OUTLOOK
The United Nations Convention to Combat Desertification (UNCCD) recognizes
that addressing and reversing land degradation is one of the key sustainable
development priorities for many countries, particularly in the developing
world. In response, the UNCCD secretariat and its partners created a strategic
communications publication and platform, entitled the Global Land Outlook
(GLO), to facilitate insights, debate and discourse on a transformative vision for
land management policy, planning and practice at various scales.

The aim of the GLO is to communicate and raise awareness of evidence-based,


policy-relevant information and trends to a variety of stakeholders, including
national governments formulating their responses to commitments to better
manage and restore land resources, including the SDGs and associated targets,
such as Land Degradation Neutrality (LDN). The evidence presented in the Global
Land Outlook thematic regional reports demonstrates that informed and responsible
decision-making can if more widely adopted help to reverse the current worrying
trends in the state of our land resources.

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