0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
11 vues103 pages

QFTe

Ce document présente un cours sur la théorie quantique des champs, destiné aux étudiants de master en physique. Il couvre des sujets allant de la relativité des champs classiques à la quantification des champs, en passant par des concepts avancés comme les diagrammes de Feynman et la renormalisation. Le cours met l'accent sur les observables en physique des particules, telles que les sections efficaces de diffusion et les taux de désintégration.

Transféré par

Bikobo marie
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
11 vues103 pages

QFTe

Ce document présente un cours sur la théorie quantique des champs, destiné aux étudiants de master en physique. Il couvre des sujets allant de la relativité des champs classiques à la quantification des champs, en passant par des concepts avancés comme les diagrammes de Feynman et la renormalisation. Le cours met l'accent sur les observables en physique des particules, telles que les sections efficaces de diffusion et les taux de désintégration.

Transféré par

Bikobo marie
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Théorie quantique des champs

Felix Brümmer

To cite this version:


Felix Brümmer. Théorie quantique des champs. Master. France. 2026. ⟨cel-02000731v2⟩

HAL Id: cel-02000731


[Link]
Submitted on 31 Mar 2026

HAL is a multi-disciplinary open access archive L’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est des-
for the deposit and dissemination of scientific re- tinée au dépôt et à la diffusion de documents scien-
search documents, whether they are published or not. tifiques de niveau recherche, publiés ou non, émanant
The documents may come from teaching and research des établissements d’enseignement et de recherche
institutions in France or abroad, or from public or pri- français ou étrangers, des laboratoires publics ou
vate research centers. privés.

Distributed under a Creative Commons CC BY-NC-SA 4.0 - Attribution - Non-commercial use - ShareAlike -
International License
Théorie quantique des champs

Felix Brümmer
Faculté des Sciences, Université de Montpellier

Dernière mise à jour : 31 mars 2026


Table des matières

1 Introduction 4
1.1 À propos de ces notes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
1.2 Motivation et aperçu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4

2 Théorie relativiste des champs classiques 6


2.1 Rappel de la notation en relativité restreinte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
2.2 Champs classiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
2.3 Le théorème de Noether . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11

3 Quantification canonique du champ scalaire libre 13


3.1 Développement du champ en modes de Fourier . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
3.2 Relations de commutation canoniques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
3.3 L’espace de Fock . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
3.4 Propagateurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19

4 La formule de réduction de LSZ 22


4.1 La théorie libre vs. la théorie avec interactions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
4.2 La formule de réduction de LSZ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22

5 Quantification par l’intégrale de chemin 28


5.1 Les intégrales de chemin en mécanique quantique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
5.2 Fonctionnelle génératrice . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
5.3 Les intégrales de chemin en théorie quantique des champs . . . . . . . . . . . . . . 33

6 Théorie des perturbations et diagrammes de Feynman 38


6.1 Fonctionnelle génératrice et diagrammes de Feynman . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
6.2 Les règles de Feynman pour la théorie ϕ4 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
6.3 Un premier regard à la renormalisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45

7 Sections efficaces et taux de desintégration 52


7.1 Des fonctions de correlation aux éléments de matrice . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
7.2 La diffusion : les processus 2 → 2 et 2 → n . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
7.3 La désintégration : les processus 1 → n . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56

8 Fermions 57
8.1 Le groupe et l’algèbre de Lorentz . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57
8.2 Le champ de Dirac . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
8.3 La quantification canonique du champ de Dirac libre . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
8.4 Les intégrales de chemin pour les fermions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
8.5 La théorie de Yukawa . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67

9 L’électrodynamique quantique 70
9.1 La quantification du champ électromagnétique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
9.2 L’électrodynamique quantique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
9.3 Processus élémentaires au niveau d’arbre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75

2
9.4 L’électrodynamique quantique à une boucle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80

10 Le groupe de renormalisation 92
10.1 La théorie ϕ4 à une boucle revisitée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92
10.2 Équations de renormalisation pour la QED . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95

A Annexe mathématique 99
A.1 Le théorème des résidus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99
A.2 Quelques propriétés de la fonction Gamma . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 100
A.3 Fonctionnelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 101

3
Chapitre 1

Introduction

1.1 À propos de ces notes


Ce document accompagne le cours HAP931P “Théorie quantique des champs” de la deuxième
année du master “Cosmos, champs et particules” à la faculté des sciences de l’Université de Mont-
pellier. Il contient sans doute toujours des erreurs typographiques et manque des signes perdus —
merci de me le signaler si vous trouvez l’un ou l’autre ([Link]@[Link]).
Les prérequis pour ce cours sont des connaissances au niveau de la licence et du M1 en physique
théorique : Mécanique analytique, théorie des champs classiques (électrodynamique), relativité
restreinte, mécanique quantique avancée, introduction à la physique théorique des particules. Côté
mathématique, des connaissances élémentaires de l’analyse complexe et de l’analyse fonctionnelle
seront utiles.
Littérature et sources pour ce texte et le cours :
• M. E. Peskin and D. V. Schroeder, An Introduction to Quantum Field Theory, Perseus Books
1995.
• M. Srednicki, Quantum Field Theory, Cambridge Univ. Pr. 2007.
• P. Ramond, Field Theory : A Modern Primer (2nd ed.), Westview 2001.
• A. Zee, Quantum Field Theory in a Nutshell, Princeton Univ. Pr. 2003.
• M. Schwartz, Quantum Field Theory and the Standard Model, Cambridge Univ. Pr. 2014.
• S. Weinberg, The Quantum Theory of Fields vols. I, II, Cambridge Univ. Pr. 2000.
• Notes de cours en ligne par M. Gaberdiel (Zurich), M. G. Schmidt (Heidelberg), D. Tong
(Cambridge), T. Weigand (Heidelberg).

1.2 Motivation et aperçu


À quoi sert la théorie quantique des champs ?
Dans les années 1920, la mécanique quantique a été trouvée d’être le formalisme approprié pour
décrire des phénomènes atomiques et subatomiques. Mais la formulation habituelle de la mécanique
quantique n’est pas relativiste, et une généralisation relativiste de l’équation de Schrödinger
(l’équation de Dirac, regardée comme équation différentielle pour une fonction d’onde) pose des
problèmes d’interprétation, car elle prédit des états d’énergie négative. En plus, le nombre de
particules dans ce formalisme est fixe. Il n’est donc pas possible de décrire des processus comme
l’annihilation électron-positron en deux photons, ou plus généralement la diffusion inélastique ou
la désintégration des particules.
Pour formuler une généralisation relativiste cohérente de la mécanique quantique, qui permettra
en plus de traiter des systèmes avec un nombre variable de particules, on est obligé de passer de
la notion de la fonction d’onde à la notion du champ quantique. En théorie quantique des champs,

4
les champs (fonctions d’espace-temps) sont eux-mêmes des opérateurs. L’action des opérateurs de
champ sur l’état fondamental produit des états à une ou plusieurs particules. De formalisme a
désormais trouvé ses applications non pas seulement dans la théorie des particules relativistes à
hautes énergies, mais aussi en physique nucléaire et hadronique, en cosmologie, dans la physique
statistique et dans la physique de la matière condensée. Dans le présent cours, on se limitera
cependant aux aspects pertinents pour la physique des particules élémentaires.

Un résumé du cours en sept points-clés


Pour ceux qui ont déjà travaillé ce cours, les points suivants sembleront évidents ; ceux qui n’ont
pas encore étudié la théorie quantique des champs trouveront les explications détaillés dans les
∼ 100 pages restantes. Voici alors ce que vous aurez compris après l’étude de ce document (et
après avoir complété les détails manquants des calculs, fait tous les exercices qui accompagnent le
cours et posé toutes vos questions. . .)

• Les observables physiques en physique des particules sont les sections efficaces de diffusion
et les taux de désintégration. Il y a d’autres observables pouvant être prédites par la TQC,
selon le contexte et le système physique, mais ici on mettra l’accent sur ces deux.
• Aux facteurs cinématiques près (qui résultent des aspects cinématiques de la relativité res-
treinte, et qui ne sont donc pas le sujet d’étude de la TQC proprement dite), les observables
sont données par les éléments de la matrice S. La matrice S est un opérateur unitaire dont
les éléments de matrice sont des amplitudes de probabilité quantiques de transition. Essentiel-
lement, il s’agit des amplitudes de probabilité pour passer d’un état initial |i⟩ dans le passée
distant, t → −∞, à un état final |f ⟩ dans le futur distant, t → +∞. Par exemple, elle peut
donner l’amplitude de transitionner d’un état initial “électron-positron” (avec certains im-
pulsions et polarisations) vers un état final “deux photons” (encore avec certains impulsions
et polarisations).
• Mathématiquement, les éléments de la matrice S se calculent comme les résidus des fonctions
de correlation en ordre chronologique sur couche de masse transformées par Fourier, d’après la
formule de réduction de LSZ. Une fonction de correlation est une certaine moyenne quantique
d’un produit d’opérateurs de champ. Pour une grande partie de ce cours, on va s’occuper
des techniques pour le calcul des fonctions de correlation.
• Notre point de départ pour ce calcul sera l’intégrale de chemin : l’évolution de l’état du
système entre l’état initial observé |i⟩ et l’état final observé plus tard |f ⟩ est par une su-
perposition cohérente des chemins traversant tous les états possibles intermédiaires, pendant
que les particules ne sont pas observées.
• Les seules théories pouvant être résolues exactement sont les théories libres, sans interactions
entre les differents champs, et donc incapables de décrire la diffusion et la désintégration.
Pour traiter des interactions entre particules, on va chercher des solutions approximatives
en théorie des perturbations.
• On trouvera qu’aux ordres supérieures en théorie des perturbations, les calculs mènent
souvent aux intégrales impropres divergentes. Pourtant les quantités divergentes ne cor-
respondent jamais aux observables physiques. Pour extraire des prédictions physiques sans
tomber sur des infinis, il faut déformer la théorie de manière à la rendre finie, puis défaire la
déformation en judicieusement suivant l’évolution des observables. Cette procédure s’appelle
la régularisation et renormalisation de la théorie.
• Le formalisme est le plus simple pour des champs scalaires (de spin 0), qui nous serviront
comme premier exemple. Mais il s’applique, avec quelques modifications, aussi aux champs
de spin 1/2 (fermions) et de spin 1 (bosons de jauge), ce qui permet de traiter des théories
plus intéressantes, comme l’électrodynamique quantique. On étudiera cette dernière vers la
fin du cours.

5
Chapitre 2

Théorie relativiste des champs


classiques

2.1 Rappel de la notation en relativité restreinte


Notre objectif sera de développer une théorie relativiste, alors les variables les plus appropriées
se transformeront de façon covariante par des transformations de Lorentz (même si parfois il
conviendra de fixer un référentiel et de séparer l’espace et le temps).
Pour la métrique de Minkowski, on utilisera la signature (+ − −−), conformément à la convention
courante en physique des hautes énergies :
 
+1
 −1 
g = (gµν ) =   (2.1)
 −1 
−1

La métrique inverse est désignée par g µν . Ses coefficients sont les mêmes car
  
+1 +1
−1 −1  = 1.
(gµν g νλ ) = 
  
 (2.2)
 −1   −1 
−1 −1

Ici et partout, on utilise la convention de sommation d’Einstein,


3
X
aµ bµ ≡ aµ bµ ≡ a0 b0 + a1 b1 + a2 b2 + a3 b3 (2.3)
µ=0

où les indices sont levés et abaissés avec la métrique,


3


ν
X
ν (µ = 0)
aµ = gµν a ≡ gµν a = , aµ = g µν aν . (2.4)
−aµ (µ = 1, 2, 3)
ν=0

L’ensemble des transformations de Lorentz propres et orthochrones est désigné par SO↑ (3, 1). Les
transformations Λ ∈ SO↑ (3, 1) sont représentés par des matrices 4 × 4 Λ qui satisfont

ΛT gΛ = g , det Λ = +1 (propre), Λ00 > 0 (orthochrone) . (2.5)

La première équation caractérise une transformation de Lorentz générale. La deuxième indique


que les transformations propres n’incluent pas la transformation de parité qui renverse les signes

6
des composantes spatiales. La troisième signifie que les transformations orthochrones ne changent
pas la direction du temps des vecteurs de genre temps, alors pour un observateur physique qui se
déplace sur une ligne d’univers de genre temps, le futur et le passé ne sont pas échangés par une
transformation orthochrone.
Même si les transformations de parité P et de renversement du temps T jouent des rôles importants
dans la physique des particules, on ne va pas les discuter en détail dans ce cours ; on se limitera
largement aux transformations propres et orthochrones, formant un sous-groupe du groupe de
Lorentz.
Les coordonnées de l’espace-temps
 
t
x = (xµ ) = (convention : c = 1) (2.6)
⃗x

se transforment comme un vecteur de Lorentz (ou “quadrivecteur”) :

x → Λx . (2.7)

Les dérivées d’une fonction de l’espace-temps par rapport à x sont notées


 
∂ ∂ ⃗
∂µ ≡ = , ∇ (2.8)
∂xµ ∂t
 ∂ 
µ µν ∂t
∂ ≡ g ∂ν = ⃗ (2.9)
−∇
∂2
□ ≡ ∂µ ∂ µ = − ∇2 . (2.10)
∂t2

2.2 Champs classiques


L’équation de Schrödinger (convention : ℏ = 1)


i |ψ⟩ = H|ψ⟩ (2.11)
∂t
n’est pas covariante de Lorentz : elle est linéaire en temps mais quadratique en espace, [Link]. pour
p2 ⃗2

une particle libre, on a H = 2m = − 2m . En fait, la distinction entre temps et espace en mécanique
quantique est même plus profonde. Tant que le temps est traité comme un paramètere du système,
l’espace est un opérateur qui agit sur l’espace de Hilbert. Si on veut traiter les deux au même
niveau, dans l’objectif de formuler une théorie manifestement covariante, il faudra soit promouvoir
le temps au statut d’un opérateur, soit dégrader l’espace pour qu’il devienne un paramètre. On
choisira cette dernière option.
On rappelle la représentation de Heisenberg de la mécanique quantique, où les opérateurs
dépendent du temps tant que l’état d’un système physique n’évolue pas. Les opérateurs en théorie
quantique des champs relativiste dépendront alors et du temps et de l’espace, et ce de façon cova-
riante : Φ(t) → Φ(t, ⃗x) = Φ(x). En revanche, les états (les vecteurs de l’espace de Hilbert sur lequel
agissent les opérateurs) seront indépendants de l’espace-temps, contrairement à la représentation
de Schrödinger.
Un champ quantique est alors une fonction de l’espace-temps à valeur opérateur.
Cependant, dans ce premier chapitre, on va d’abord étudier des champs classiques : des fonctions de
l’espace-temps à valeur réelle où complexe. On les décrira de façon axiomatique : on va postuler les
principes généraux qui déterminent le comportement du système sans trop chercher à les motiver,
sauf par comparaison avec la mécanique classique.

7
La quantité fondamentale : l’action S.
On affirme que la dynamique d’un système de champs classiques Φi peut être décrite par une seule
quantité, l’action S[Φi ]. Elle est soumise à trois postulats : S est une fonctionnelle 1
1. réelle,
2. invariante par les transformations de Lorentz
3. et locale
sur l’espace des champs Φi .
L’action doit être réelle, même si les champs peuvent être complexes, car les observables physiques
doivent être réelles. Ultérieurement, dans une théorie quantique, cette propriété sera liée avec
la conservation des probabilités. L’action est une invariante de Lorentz car la théorie doit être
relativiste. Par la localité de l’action, on entend qu’elle peut s’écrire comme
Z
S[Φi ] = d4 x L(Φi (x), ∂µ Φi (x), ∂µ ∂ν Φi (x), . . .) (2.12)

où la fonction L (la densité lagrangienne ou “lagrangien”) dépend des champs et d’un nombre fini
de leurs dérivées à un seul point x de l’espace-temps. La localité est importante pour garantir la
structure causale de la théorie (les causes précèdent toujours leurs effets ; il n’y a pas de propagation
superluminaire).
La notion d’action est bien connue du formalisme lagrangien de la mécanique classique, où l’action
est une fonctionnelle locale des coordonnées généralisées qi (t) du système :
Z
S[qi ] = dt L(qi (t), q̇i (t), . . .) (2.13)

Du postulat 2., l’invariance de Lorentz de l’action, on déduit que la densité lagrangienne L doit
un scalaire de Lorentz, car après une transformation de Lorentz propre
Z
!
S → S ′ = d4 x det Λ L′ = S. (2.14)

Or, le jacobien det Λ vérifie det Λ = 1, donc L = L′ (éventuellement aux dérivées totales près, voir
ci-dessous).

Le principe fondamental : le principe de moindre action.


On affirme en plus que l’évolution temporelle du système (dans l’espace des configurations des
champs) soit telle que l’action est stationnaire,

δS
= 0. (2.15)
δΦi
δS
Cf. les trajectoires classiques en mécanique qui vérifient δqi = 0.
La condition de stationnarité par rapport aux petites variations peut s’écrire comme un système
d’équations différentielles qui doivent être satisfaites par les champs. En fait, par définition de la
dérivée fonctionnelle dans éq. (2.15),
δS
· δΦi + O ||δΦi ||2

S[Φi + δΦi ] = S[Φi ] +
δΦ
Z i  
4 ∂L ∂L ∂L
= S[Φi ] + d x δΦi + ∂µ δΦi + ∂µ ∂ν δΦi + . . .
∂Φi ∂(∂µ Φi ) ∂(∂µ ∂ν Φi )
+ O ||δΦi ||2
 (2.16)
Z  
4 ∂L ∂L ∂L
= S[Φi ] + d x − ∂µ + ∂µ ∂ν − . . . δΦi
∂Φi ∂(∂µ Φi ) ∂(∂µ ∂ν Φi )
+ O ||δΦi ||2 .


1. Une application qui associe à une fonction un nombre, voir annexe A.3.

8
Ici la dernière égalité suit après intégration par parties, si on se limite aux variations telles que δΦi
et toutes ses dérivées tendent rapidement vers zéro à l’infini. Vu que, selon éq. (2.15), l’intégrale
doit s’annuler pour toute variation δΦi , on conclut que
∂L ∂L ∂L
− ∂µ + ∂µ ∂ν − ... = 0. (2.17)
∂Φi ∂(∂µ Φi ) ∂(∂µ ∂ν Φi )
La condition d’action stationnaire donne alors un système d’équations différentielles nommées les
équations de mouvement.
Maintenant il convient d’introduire un quatrième (et dernier) postulat :
4. L’action est telle que les équations de mouvement sont au maximum du second ordre en
temps (et alors en espace aussi, grace à la covariance relativiste).
Cf. encore la mécanique classique, où les équations de mouvement sont du second ordre, comme
l’indique le principe fondamental de la dynamique F⃗ = m ⃗x ¨.

Une implication du postulat 4. est que le lagrangien L peut dépendre de ∂µ Φi (au maximum
quadratiquement) ou de ∂µ ∂ν Φi (au maximum linéairement), mais pas des dérivées supérieures.
De plus, un terme qui dépend de ∂µ ∂ν Φi linéairement peut toujours s’écrire comme
  ∂f
f (Φj )∂µ ∂ν Φi = ∂µ f (Φj )∂ν Φi − (∂µ Φj ) (∂ν Φi ) (2.18)
| {z } ∂Φj
dérivée totale

On se limitera aux configurations où tous les champs et toutes leurs dérivées s’annulent à l’infini ;
sinon l’action et l’énergie du système seraient infinies. On peut donc supprimer les dérivées totales
(les termes de surface) dans L car
Z Z
∂F(Φi , ∂µ Φi , . . .) = F(Φi , ∂µ Φi , . . .) = 0 (2.19)
R4 ∂R4

pour toute fonction F qui tend rapidement vers zéro à l’infini. Du postulat 4. et de (2.18) on
conclut finalement que, sans perte de généralité, L ne dépend que de Φi et de ∂µ Φi (et de ce
dernier au maximum quadratiquement).
Les équations de mouvement deviennent alors les équations d’Euler-Lagrange,
∂L ∂L
− ∂µ = 0. (2.20)
∂Φi ∂(∂µ Φi )

Cf. leurs équivalents en mécanique classique :


∂L d ∂L
− = 0. (2.21)
∂qi dt ∂ q̇i

Exemple : Le champ scalaire réel


Appliquons ce formalisme au cas d’un seul champ réel ϕ(x) dit champ scalaire, caractérisé par sa
transformation triviale par une transformation de Lorentz : ϕ(x) → ϕ′ (x) = ϕ(Λ−1 x). 2
Les champs scalaires classiques relativistes ne figurent pas dans la déscription d’un système phy-
sique familier, même s’ils ont un rôle important en cosmologie. Pour cela il pourrait sembler plus
évident d’étudier plutôt le champ vectoriel Aµ (x) de l’électromagnétisme, par exemple. Mais la
quantification du champ vectoriel s’avére bien plus compliquée que celle d’un champ scalaire, alors
ce sera le champ scalaire qui va nous servir comme système exemplaire pour la première partie
du cours. Pour l’application du formalisme lagrangien à l’électromagnétisme classique, voir les
exercices.
Le lagrangien d’un champ scalaire réel est
1
L= ∂µ ϕ∂ µ ϕ − V(ϕ). (2.22)
2
2. L’inverse de la matrice Λ figure ici parce que ϕ′ (x′ ) = ϕ(x) avec x′ = Λx.

9
• Le terme cinétique 12 ∂µ ϕ∂ µ ϕ est le terme avec des dérivées le plus simple permis par l’inva-
riance de Lorentz. Son coefficient 12 est choisi par convention et fixe ainsi la normalisation
du champ ϕ. Ce choix implique que la dimension de ϕ est [ϕ] = 1. 3
• La densité d’énergie potentielle V(ϕ) pourrait être une fonction quelconque. Pour décrire un
système physique raisonnable, il faudra pourtant qu’elle possède une borne inférieure. En
supposant qu’elle soit analytique, on regarde son développement limité en 0 :
1 1 1
V(ϕ) = V0 + M 3 ϕ + m2 ϕ2 + µϕ3 + λϕ4 + . . . (2.23)
2 3! 4!
La constante V0 ne figure pas dans les équations de mouvement. Le terme linéaire peut
toujours être absorbé par une redéfinition du champ ϕ → ϕ − cte. et des autres coefficients.
Alors, sans perte de généralité, les premiers termes dans V sont

1 2 2 1 1
V(ϕ) = m ϕ + µϕ3 + λϕ4 . (2.24)
2 3! 4!

Ici m2 , µ et λ sont des paramètres réels de dimension 2, 1 et 0 respectivement, avec λ ≥ 0 pour


garantir que V soit borné par dessous.
On aurait pu ajouter des termes de dimension > 4 à L comme ϕ∂µ ϕ∂ µ ϕ, ϕ2 ∂µ ϕ∂ µ ϕ,. . ., ϕ5 , ϕ6 , . . .
etc. (avec des coefficients de dimension < 0). En physique quantique, ces termes représenteront
des interactions non renormalisables, comme on verra plus tard. Pour l’instant, acceptons qu’il y
a des bonnes raisons de les supprimer.

• Le cas spécial µ = 0, λ = 0 ,
1 1
∂µ ϕ∂ µ ϕ − m2 ϕ2 ,
L= (2.25)
2 2
donne une équation de mouvement linéaire, l’équation de Klein-Gordon,

□ + m2 ϕ = 0 .

(2.26)

Elle décrit un champ scalaire réel libre. Des solutions sont données par des superpositions
d’ondes planes, X µ
ϕ(x) = a(p) eipµ x , p2 = m2 . (2.27)
p

En fait, vu que l’équation de Klein-Gordon est linéaire, toute superposition de solutions


donnera une nouvelle solution. Deux paquets d’ondes venant de t → −∞ pourront alors se
croiser et continuer vers t → +∞, sans que l’un influence l’autre : il n’y a pas de diffusion
dans une théorie de champs libres.
L’interprétation du paramètre m2 est la suivante : vu que, dans les ondes planes, p est la
quadri-impulsion, alors selon la relation relativiste habituelle p2 = E 2 − p⃗ 2 = m2 , et donc le
paramètre m correspond à une masse.
• L’équation de mouvement au cas général n’est plus linéaire :
µ λ
□ + m2 ϕ = − ϕ2 − ϕ3 .

(2.28)
2 6
Le membre de droite se compose de termes non-linéaires ou termes d’interaction. Si µ ̸= 0
et/ou λ ̸= 0, il n’est plus possible d’écrire des solutions exactes de l’équation de mouvement
autre que ϕ = 0. En plus, il n’y a plus de principe de superposition : des paquets d’onde qui
étaient asymptotiquement séparés dans le passé à t → −∞ vont se propager et s’influencer
les uns les autres à cause de l’auto-interaction du champ scalaire. Cette théorie incluera alors
des processus de diffusion.
3. Avec ℏ = c = 1 il n’y a qu’une seule unité, celle de la masse : [masse] = [énergie] = [impulsion] = [temps−1 ]
= [distance−1 ]. L’action est sans dimension, le lagrangien est de dimension [masse]4 (ou 4 en bref), donc [ϕ] = 1
est une conséquence de [∂/∂xµ ] = 1.

10
2.3 Le théorème de Noether
Dans une théorie de N champs classiques Φi , i = 1 . . . N , pas forcément scalaires, on considère
une transformation continue dépendant d’un paramètre réel α :

Φi (x) → Φ′i (x) = Φi (x) + α δΦi (x) + O(|α|2 ) (2.29)

Si l’action reste inchangée,


S[Φi ] = S[Φ′i ] (2.30)
la transformation est une symétrie de la théorie. L’invariance de S implique que le lagrangien L
changera au maximum par un terme de surface qui ne contribue pas à S, c.-à-d. par une divergence
totale d’une certaine fonction. On appellera cette fonction (qui peut être nulle, selon la forme du
lagrangien et de la transformation de symétrie) Jˆµ . Un développement limité au premier ordre en
α donne

L → L + α∂µ Jˆµ (x)


∂L ∂L
=L+ (α δΦi ) + ∂µ (α δΦi )
∂Φi ∂(∂µ Φi )
    (2.31)
∂L ∂L ∂L
= L + α ∂µ δΦi + α − ∂µ δΦi
∂(∂µ Φi ) ∂Φi ∂(∂µ Φi )
| {z }
=0

Pour rappel, ici une somme double sur µ = 0, 1, 2, 3 et i = 1 . . . N est sous-entendue. En comparant
la première et la dernière ligne, on trouve
 
∂L
∂µ Jˆµ = ∂µ δΦi (2.32)
∂(∂µ Φi )

et alors
∂µ J µ (x) = 0 (2.33)
avec
∂L
Jµ = δΦi − Jˆµ . (2.34)
∂(∂µ Φi )

On a établi le théorème de Noether : L’existence d’une symétrie continue Φi → Φ′i implique


l’existence d’un courant conservé J µ (x), le courant de Noether.
Plus précisément, J µ est une densité de courant, et la loi de conservation associée est la suivante.
Vu que J µ satisfait l’équation de continuité ∂µ J µ = 0, il existe une charge conservée Q. Pour
construire cette dernière, fixons un référentiel et posons J µ = (ρ, ⃗ȷ). L’équation de continuité
devient
⃗ · ⃗ȷ ,
0 = ∂µ J µ = ρ̇ − ∇ (2.35)
alors, en intégrant sur l’espace,
Z Z Z
d ⃗ ⃗ = 0.
ρ= ∇ · ⃗ȷ = ⃗ȷ · dS (2.36)
dt espace espace infini spatial
| {z }
≡Q

La quantité Q vérifie alors Q̇ = 0, elle est conservée en temps.

Exemple : un champ scalaire libre sans masse


Cet exemple est presque trivial, mais il peut cependant servir pour illustrer le théorème de Noether.
On regarde le lagrangien
1
L = ∂µ ϕ∂ µ ϕ . (2.37)
2

11
On identifie facilement une symétrie continue qui porte ϕ(x) → ϕ′ (x) = ϕ(x) + α avec α une
constante, ∂µ α = 0. La variation du lagrangien est nulle, L → L, alors Jˆµ = 0 et le courant
conservé se construit avec la variation du champ ϕ seulement. On a δϕ = 1, alors J µ (x) = ∂ µ ϕ(x).
La conservation de ce “courant de dilatation” est équivalente à l’équation de mouvement, qui est
l’équation de Klein-Gordon sans masse ou bien l’équation des ondes, □ϕ = 0.

Exemple plus intéressant : symétries de translation ⊂ symétrie de Poincaré


Ce deuxième exemple est un peu plus compliqué, mais beaucoup plus intéressant. On regarde les
symétries d’espace-temps xµ → xµ − aµ ; il s’agı̂t des quatre symétries de translation de l’espace-
temps qui dépendent alors de quatre paramètres, regroupés dans le quadrivecteur aµ .
Concrètement, regardons un champ scalaire réel ϕ sans spécifier le lagrangien (mais en fait, la
construction peut se généraliser au cas de plusieurs champs, scalaires ou autres). Pour obtenir la
variation de ϕ, on développe

ϕ(x) → ϕ(x + a) = ϕ(x) + (∂µ ϕ)aµ + O(||a||2 ) . (2.38)

La variation du lagrangien est non nulle dans ce cas. Au premier ordre, elle est donnée par

L → L + (∂µ L)aµ = L + aν ∂µ (δνµ L) . (2.39)


| {z }
Jˆνµ

On a quatre symétries, une par translation ; il convient alors de grouper les quatre courants
conservés dans un tenseur Tνµ :

∂L ∂L
∂ν ϕ − Jˆνµ = ∂ν ϕ − δνµ L ≡ Tνµ . (2.40)
∂(∂µ ϕ) ∂(∂µ ϕ)

Les équations de conservation sont


∂µ Tνµ = 0 . (2.41)
On appelle Tνµ le tenseur d’énergie-impulsion.
Comme charges conservées, on peut identifier
Z
d3 x T 00 ≡ H , (2.42)
Z
d3 x T 0i ≡ P i , i = 1, 2, 3 . (2.43)

H s’appelle le hamiltonien ou l’énergie. Les P i s’appellent les quantités de mouvement ou impul-


sions.

12
Chapitre 3

Quantification canonique du
champ scalaire libre

3.1 Développement du champ en modes de Fourier


On considère un champ scalaire réel libre,
1 1
L= ∂µ ϕ∂ µ ϕ − m2 ϕ2 . (3.1)
2 2
Après une transformation de Fourier des coordonnées spatiales,
d3 k i⃗k·⃗x
Z
ϕ(t, x) = e ϕ̃(t, ⃗k) (3.2)
(2π)3

l’équation de Klein-Gordon (□ + m2 )ϕ = 0 devient


 2 
∂ ⃗k|2 + m2 ) ϕ̃ = 0 .
+ (| (3.3)
∂t2

Un mode de ⃗k fixe se comporte alors comme un oscillateur harmonique avec fréquence angulaire
q
ω⃗k = |⃗k|2 + m2 (défini avec la racine positive) . (3.4)

Rappelons le traitement standard de l’oscillateur harmonique en mécanique quantique : dans la


représentation de Schrödinger de la mécanique quantique, le hamiltonien de l’oscillateur harmo-
nique s’écrit en fonction des opérateurs de Schrödinger PS et QS , indépendants du temps, comme
1 2 mω 2 2
H= P + QS . (3.5)
2m S 2
Il est diagonalisé par une transformation canonique,
r
1 mω
QS = √ (a + a† ) , PS = −i (a − a† ) (3.6)
2mω 2

où [QS , PS ] = i, alors [a, a† ] = 1, et donc


 
1
H = ω a† a + . (3.7)
2

Les états stationnaires sont ensuite donnés par l’action répétée de l’opérateur de création a† sur
l’état fondamental :
|n⟩ ∝ (a† )n |0⟩ . (3.8)

13
Pour passer à la représentation de Heisenberg, on définit les opérateurs dépendants du temps Q(t)
et P (t) comme
1
Q(t) = eiHt QS e−iHt = √ a e−iωt + a† eiωt ,

2mω
r (3.9)

P (t) = eiHt PS e−iHt = −i a e−iωt − a† eiωt .

2

Retournons maintenant au champ scalaire. Afin de le quantifier, on souhaite traiter le champ


ϕ(t, ⃗x) comme l’équivalent de la variable de configuration Q(t). Qu’est-ce que sera l’équivalent de
la variable d’impulsion P (t) ? Puisque p = ∂L/∂ q̇ en mécanique classique, on définit le moment
conjugué π(t, ⃗x) de ϕ(t, ⃗x) par 1
∂L
π(t, ⃗x) = . (3.10)
∂ ϕ̇(t, ⃗x)
Pour un champ scalaire réel libre, éq. (3.1) donne
π(t, ⃗x) = ϕ̇(t, ⃗x) . (3.11)
De plus, vu que H = pq̇ − L en mécanique classique, on définit la densité hamiltonienne H par
Z
H = π ϕ̇ − L , H = d3 x H . (3.12)

Pour un champ scalaire libre, on obtient alors


1 2 1 1
H= π + (∇ϕ)2 + m2 ϕ2 . (3.13)
2 2 2
Il est facile de vérifier que cette définition reproduit le hamiltonien de l’éq. (2.42).
En vu de l’observation que les modes de Fourier spatiales de ϕ sont des oscillateurs harmoniques,
définissons des fonctions a(⃗k) et b(⃗k) en analogie avec éq. (3.9) :
d3 k  ⃗ −i(ω⃗ t−⃗k·⃗x)
Z 

ϕ(t, ⃗x) = a(k)e k + b(⃗k)ei(ω⃗k t+k·⃗x) (3.14)
f (|⃗k|)
avec ω⃗k comme dans éq. (3.4). Ici f est une fonction réelle quelconque pour l’instant qui sera
spécifiée sous peu (il se trouve qu’il convient de choisir une normalisation différente de celle de la
mécanique quantique non relativiste). On souligne encore que, avec éq. (3.14), ϕ est une solution
de l’équation de Klein-Gordon classique car ω⃗k2 − ⃗k 2 = m2 .
ϕ est réel, alors
d3 k  ∗ ⃗ i(ω⃗ t−⃗k·⃗x)
Z 

ϕ = ϕ∗ = a (k)e k + b∗ (⃗k)e−i(ω⃗k t+k·⃗x)
f (|⃗k|)
(3.15)
d3 k  ∗ ⃗ i(ω⃗ t+⃗k·⃗x)
Z 

= a (−k)e k + b∗ (−⃗k)e−i(ω⃗k t−k·⃗x)
f (|⃗k|)
En comparant avec éq. (3.14), on trouve
b∗ (−⃗k) = a(⃗k) (3.16)
et donc
d3 k  ⃗ −i(ω⃗ t−⃗k·⃗x)
Z 

ϕ(t, ⃗x) = a(k)e k + a∗ (−⃗k)ei(ω⃗k t+k·⃗x)
f (|⃗k|)
d3 k  ⃗ −i(ω⃗ t−⃗k·⃗x)
Z 

= a(k)e k + a∗ (⃗k)ei(ω⃗k t−k·⃗x) (3.17)
f (|⃗k|)
d3 k  ⃗ −ikx
Z 
= a(k)e + a∗ (⃗k)eikx .
f (|⃗k|) 0
k =ω ⃗
k

1. Il n’y a aucune relation avec le nombre π, évidemment.

14
On rappelle que k = (k 0 , ⃗k) et x = (t, ⃗x) sont des quadrivecteurs et que la notation kx signifie
le produit scalaire de Lorentz, kx ≡ kµ xµ . Dans la deuxième ligne d’éq. (3.17), on a changé la
variable d’intégration ⃗k → −⃗k pour le deuxième terme.
Maintenant on va s’occuper de la normalisation : il convient de choisir la fonction f (|⃗k|) de manière
3
que la mesure fd(|⃗k|)
k
est invariante par les transformations de Lorentz propres orthochrones, malgré
l’intégration sur d3 k qui dépend évidemment du référentiel. Partons de l’observation que l’expres-
sion Z
d4 k δ(k 2 − m2 )Θ(k 0 )

est manifestement invariante, car on intègre sur tout l’espace-temps (des impulsions) et l’intégrande
ne dépend que de l’invariante de Lorentz k 2 et du signe de k 0 ; et ce dernier est préservé par les
transformations orthochrones si k est un quadrivecteur de genre temps, ce qui est garanti par la
fonction delta. Or
Z Z Z Z
1
d4 k δ(k 2 − m2 )Θ(k 0 ) = d3 k dk 0 δ( k 2 − m2 )Θ(k 0 ) = d3 k , (3.18)
| {z } 2ω⃗k
=(k0 )2 −ω⃗2
k

où on a utilisé la règle pour les changements de variable dans la fonction delta,
X 1
δ(g(x)) = δ(x − y) . (3.19)
|g ′ (y)|
{y | g(y)=0}

d3 k
On conclut que, si f (|⃗k|) ∝ ω⃗k , alors f (|⃗
k|)
est invariant. La convention que l’on adoptera pour la
normalisation est
f (|⃗k|) = (2π)3 2ω⃗k . (3.20)
Définissons une notation courte pour la mesure d’intégration invariante :

f≡ d3 k
dk . (3.21)
(2π)3 2ω⃗k

Avec cette notation, éq. (3.17) s’écrit


Z  
ϕ(x) = f a(⃗k)e−ikx + a∗ (⃗k)eikx
dk . (3.22)
k0 =ω⃗k

q
La condition de couche de masse k 0 = ω⃗k = + |⃗k|2 + m2 peut aussi s’écrire de façon manifeste-
ment covariante :
k 2 = m2 , k0 > 0 . (3.23)

La relation entre ϕ et les coefficients de Fourier a et a† peut être inversée (→ exercices) :



Z


a(k) = i d3 xeikx ∂0 ϕ(x) , où f ∂ g ≡ f (∂g) − (∂f )g . (3.24)

Notons que le membre de droite ici semble dépendre du temps, mais en fait un calcul de deux
lignes montre que cette dépendance se supprime grace à l’équation de Klein-Gordon.
Pour le moment conjugué, on trouve l’expression
Z  
π(t, ⃗x) = ϕ̇(t, ⃗x) = dk(−iω ⃗ −ikx − a∗ (⃗k)eikx .
k ) a(k)e
⃗ (3.25)
f

Jusqu’à présent, toute la discussion a eu lieu au niveau des champs classiques ; pour construire
une théorie quantique, il faudra promouvoir ces champs en opérateurs.

15
3.2 Relations de commutation canoniques
Selon le principe de correspondance, les crochets de Poisson entre les quantités classiques (des
fonctions sur l’espace de phase) doivent se traduire aux commutateurs des opérateurs équivalents
en théorie quantique. Cela donne lieu aux relations de commutation canoniques [Qi (t), Qj (t)] =
[Pi (t), Pj (t)] = 0 et [Qi (t), Pj (t)] = iδij .
En analogie avec ces dernières, on va postuler les relations de commutation canoniques à temps
égaux pour les champs quantiques et ses moments conjugués :

[ϕ(t, ⃗x), ϕ(t, ⃗x ′ )] = 0 ,


[π(t, ⃗x), π(t, ⃗x ′ )] = 0 , (3.26)
[ϕ(t, ⃗x), π(t, ⃗x ′ )] = iδ (3) (⃗x − ⃗x ′ ) .

On peut montrer (→ exercice) que les relations équivalentes au niveau de a et a† sont

[a(⃗k), a(⃗k ′ )] = 0 ,
[a† (⃗k), a† (⃗k ′ )] = 0 , (3.27)
[a(⃗k), a† (⃗k ′ )] = 2ω⃗k (2π)3 δ (3) (⃗k − ⃗k ′ ) .

Ici on a remplacé le conjugué complexe a∗ de la fonction classique a par le conjugué hermitien a†


de l’opérateur a.
Ces relations définissent ce que l’on appelle la quantification canonique du champ scalaire réel
libre.
Maintenant on va montrer que
Z
H= f ω⃗ a† (⃗k)a(⃗k) + E0
dk (3.28)
k

avec E0 une constante. (Bien sûr, cette forme du hamiltonien évoque l’expression habituelle pour
un ensemble d’oscillateurs en mécanique quantique, H = i ωi (a†i ai + 21 ).)
P

Pour rappel, la densité hamiltonienne est (avec les champs maintenant interprétés comme des
champs quantiques à valeur opérateur)
1 2 1 1
H= π + (∇ϕ)2 + m2 ϕ2
2Z 2 2
1   
f′ −ω⃗ ω⃗ ′ a(⃗k)e−ikx − a† (⃗k)eikx a(⃗k ′ )e−ik′ x − a† (⃗k ′ )eik′ x

= dk
f dk
k k
2
1
Z     (3.29)
+ dk f′ −⃗k · ⃗k ′ a(⃗k)e−ikx − a† (⃗k)eikx a(⃗k ′ )e−ik′ x − a† (⃗k ′ )eik′ x
f dk
2
m2
Z   
+ dk
f dkf′ a(⃗k)e−ikx + a† (⃗k)eikx a(⃗k ′ )e−ik′ x + a† (⃗k ′ )eik′ x .
2
Le hamiltonien est l’intégrale spatiale sur la densité hamiltonienne. On utilise la représentation de

16
d3 x ei⃗q·⃗x = (2π)3 δ (3) (⃗q), et on écrit ω ≡ ω⃗k et ω ′ ≡ ω⃗k′ :
R
la fonction delta par l’exponentielle,
Z
H= d3 x H
Z
1 
f′ (2π)3 δ (3) (⃗k − ⃗k ′ ) ωω ′ + ⃗k · ⃗k ′ + m2

= dk
f dk
2
 ′ ′

a† (⃗k)a(⃗k ′ )e−i(ω−ω )t + a(⃗k)a† (⃗k ′ )ei(ω−ω )t
 
+ δ (3) (⃗k + ⃗k ′ ) −ωω ′ − ⃗k · ⃗k ′ + m2
!
 ′ ′

a(⃗k)a(⃗k ′ )ei(ω+ω )t + a† (⃗k)a† (⃗k ′ )e−i(ω+ω )t (3.30)
Z
1 f 1 ω 2 + ⃗k 2 + m2 a† (⃗k)a(⃗k) + a(⃗k)a† (⃗k)
  
= dk
2 2ω | {z }
2ω 2
Z
1 f 1 −ω 2 + ⃗k 2 + m2 a(⃗k)a(−⃗k)e2iωt + a† (⃗k)a† (−⃗k)e−2iωt
  
+ dk
2 2ω | {z }
0
Z
1  
f ω a† (⃗k)a(⃗k) + a(⃗k)a† (⃗k) .
= dk
2
Finalement, on peut échanger l’ordre des a et a† en prenant compte des relations de commutation
éq. (3.27) :
Z Z
H = dk f ω a† (⃗k)a(⃗k) + dkf ω 2 (2π)3 δ (3) (0) . (3.31)
| {z }
E0

En effet, le hamiltonien prend la forme attendue, mais il implique une constante E0 divergente. La
raison est que δ (3) (0) est infini, et même si on le remplaçait par une constante finie, son intégrale
sur dk
f serait toujours divergente. E0 est, en fait, donné par la somme de toutes les énergies du
point zéro d’une infinité continue d’oscillateurs. On va regarder l’origine de cette divergence dans
la prochaine section dans plus de détail ; pour l’instant, remarquons que, dans le cadre de notre
théorie, l’ajout d’une constante à l’énergie n’a pas de conséquence sur les observables physiques,
car seulement les différences d’énergies sont observables. Il est alors possible de redéfinir (ou
renormaliser ) le zéro de l’énergie de manière que E0 → 0, ou bien E0 → n’importe quelle valeur
finie.

3.3 L’espace de Fock


On connait maintenant l’algèbre d’opérateurs qui définissent notre théorie quantique, mais on
n’a pas encore étudié les états sur lesquels ces opérateurs agissent. L’espace de Hilbert des états
quantiques dans la théorie des champs s’appelle l’espace de Fock. En analogie avec l’oscillateur
harmonique en mécanique quantique, on peut établir quelques propriétés importantes :
• Le hamiltonien est défini positif (apres soustraction de E0 ), c.-à-d. ⟨ψ|H − E0 |ψ⟩ ≥ 0 pour
f ω⃗ ∥a(⃗k)|ψ⟩∥2 , ce qui est manifestement
R
tous les états |ψ⟩. Preuve : ⟨ψ|H − E0 |ψ⟩ = dk k
défini positif.
• Il existe un état |0⟩ (le vide) qui est annihilé par tous les a(⃗q), a(⃗q)|0⟩ = 0 ∀ ⃗q. Pour le
démontrer, on peut raisonner encore comme en mécanique quantique : on suppose que le
contraire soit le cas, alors en partant d’un état propre de H et en appliquant a(⃗q) de façon
répétée, on pourrait arriver à un autre état propre dont l’énergie serait négative. Mais on
vient de montrer que les énergies sont positives, alors tout état doit être annulé par a(⃗q)n
pour n suffisamment grand.
• L’énergie du vide E0 est une constante divergente. Sa divergence est due à deux causes bien
distinctes :

17
1. L’énergie a été calculée dans un volume infini. Le facteur divergent δ (3) (0) peut être
interprété comme le volume de l’espace (infini), VR3 ; pour motiver cette interprétation,
utilisons formellement la représentation exponentielle de la fonction delta :
Z Z
d3 x ei⃗p·⃗x = (2π)3 δ (3) (⃗
p) ⇒ “VR3 ” = d3 x = (2π)3 δ (3) (0) .
R3

Il s’agit ici d’une divergence dite infrarouge, car elle résulte d’une somme sur des
longueurs d’onde infiniment grandes. On pourrait “régulariser” cette divergence en
définissant la théorie dans un volume fini, ou on pourrait ne regarder que des quantités
physiques finies (dans l’infrarouge) comme la densité d’énergie du vide, ϵ0 = VE03 .
R
2. Cependant, ϵ0 diverge toujours dans l’ultraviolet :
Z Λ
d3 k
Z
1 1
q q
ϵ0 = |⃗
k|2 + m 2 = lim d|⃗k| |⃗k|2 |⃗k|2 + m2 → ∞ .
2 (2π)3 4π 2 Λ → ∞ 0
La divergence résiduelle résulte d’une somme sur des nombres d’onde infiniment grands,
ou des longueurs d’onde infiniment courtes, d’où la désignation “divergence ultravio-
lette”. À très courtes distances, la théorie devrait être remplacé par une théorie plus
fondamentale. Concernant, en particulier, l’énergie du vide : on a raisonné que celle-ci
n’est pas observable en théorie quantique des champs, puisque seulement les différences
d’énergies le sont. En revanche, elle devient importante pour la gravité, car en relativité
générale, c’est l’énergie qui détermine la géométrie de l’espace-temps.
q Alors, au-dessous
−35
c3 ≈ 10
ℏG
de l’échelle de longueur de la gravité quantique ℓPlanck = m, on s’at-
tend que la théorie quantique des champs devra être remplacée par une structure plus
fondamentale, comme par exemple la théorie des supercordes.
• Les opérateurs de champ agissent sur les états de l’espace de Fock de manière suivante :
• L’action de a† (⃗k) sur le vide crée un état propre d’énergie-impulsion |k⟩,

|k⟩ = a† (⃗k)|0⟩ . (3.32)

On montre facilement que la valeur propre correspondante du hamiltonien est ω⃗k et


que celle de l’opérateur d’impulsion est ⃗k. a† s’appelle donc l’opérateur de création.
L’impulsion de cet “état à une particule” |k⟩ étant bien définie, le principe d’incertitude
implique que sa localisation spatiale est pourtant maximalement incertaine.
• Les opérateurs d’annihilation a(⃗k) annihilent le vide, a(⃗k)|0⟩ = 0 ∀ ⃗k, et

a(⃗k)|k⟩ ∝ |0⟩ . (3.33)

• L’ensemble des états propres du hamiltonien libre est donné par l’ensemble des états à
n particules, obtenus par l’action successive de n opérateurs de création a† sur le vide.
• Avec nos conventions relativistes de la normalisation des a et a† , la normalisation des
états à une particule est

⟨k|k ′ ⟩ = ⟨0| a(⃗k)a† (⃗k ′ ) |0⟩


| {z }
[a(⃗
k),a† (⃗
k′ )]+a† (⃗
k′ )a(⃗
k)

= ⟨0|(2π)3 2ω⃗k δ (3) (⃗k − ⃗k ′ )|0⟩ + ⟨0|a† (⃗k ′ ) a(⃗k)|0⟩ (3.34)


| {z }
0
3
= (2π) 2ω⃗k δ (3)
(⃗k − ⃗k ′ ) .

• L’action de l’opérateur ϕ(x) crée un état |x⟩ localisé à x, |x⟩ = ϕ(x)|0⟩. Son impulsion
est maximalement incertaine selon le principe d’incertitude.
• Le produit scalaire entre |k⟩ et |x⟩ est ⟨k|x⟩ = eikx .
• Le produit scalaire ⟨x|y⟩ entre deux états |x⟩ et |y⟩ localisés à differents points dans
l’espace-temps peut s’interpréter comme l’amplitude de probabilité d’évoluer de |y⟩ à
|x⟩. On l’étudiera dans la section suivante.

18
3.4 Propagateurs
Causalité
Qu’est-ce que l’amplitude de propagation de y à x ? C’est-à-dire, si une configuration de champs
est bien localisée à l’endroit ⃗y au temps y 0 , quel sera l’amplitude de probabilité qu’elle sera, ou
était, localisée à ⃗x à un temps différent x0 ? Regardons l’amplitude de transition entre ces deux
états quantiques, que l’on appellera D(x − y) (car elle ne peut dépendre que de la différence x − y
dans une théorie invariante de Poincaré) :

D(x − y) ≡ ⟨x|y⟩ = ⟨0|ϕ(x)ϕ(y)|0⟩


Z   
= dk f′ ⟨0| a(⃗k)e−ikx + a† (⃗k)eikx a(⃗k ′ )e−ik′ y + a† (⃗k ′ )eik′ y |0⟩
f dk
Z
= dk f′ ⟨0|e−ikx a(⃗k)a† (⃗k ′ ) eik′ y |0⟩
f dk
| {z }
a† (⃗
k′ )a(⃗
k)−[a† (⃗
k′ ),a(⃗
k)]
Z
= f e−ik(x−y) .
dk
(3.35)

L’expression de D(x − y) pourrait paraı̂tre suspecte pour plusieurs raisons. La convergence de


l’intégrale n’est pas évidente ; mais D(x−y) pourra toujours être regardée comme une distribution.
Plus gravement, est-ce que ce résultat n’est pas en contradiction avec la causalité de la théorie,
vue que D(x − y) est non nul même pour (x − y)2 < 0 ?
Cette objection est invalidée par l’argument suivant. En mécanique quantique, deux mesures
peuvent s’influencer seulement si le commutateur des opérateurs correspondants est différent de
zéro. La quantité pertinente pour la causalité n’est donc pas D(x − y) mais plutôt le commutateur
des opérateurs ϕ(x) et ϕ(y). Or

[ϕ(x), ϕ(y)] = ⟨0|[ϕ(x), ϕ(y)]|0⟩ = D(x − y) − D(y − x)


(3.36)
=0 si (x − y)2 < 0 (→ exercice).

Dit de manière informelle, la probabilité de propager de x à y s’annule avec la probabilité de


propager de y à x, si l’intervalle lorentzien entre x et y est du genre espace.
Cet argument a une généralisation intéressante pour le cas d’un champ scalaire complexe :

[ϕ(x), ϕ† (y)] = 0 si (x − y)2 < 0 . (3.37)

Ainsi, la probabilité d’une particule (créée par ϕ) de propager de x à y s’annule avec probabilité
d’une antiparticule (créée par ϕ† ) de propager de y à x, d’où (probablement) la métaphore populaire
que les antiparticules “se déplacent dans le temps à l’envers”.

Propagateur de Feynman
Une quantité qui va s’avérer importante pour la théorie des perturbations est le propagateur de
Feynman, défini par
DF (x − y) ≡ ⟨0| T ϕ(x)ϕ(y)|0⟩ . (3.38)
Ici le symbole T est défini d’agir sur un produit d’opérateurs de champ comme

ϕ(x)ϕ(y) x0 ≥ y 0

T (ϕ(x)ϕ(y)) ≡ (3.39)
ϕ(y)ϕ(x) y 0 ≥ x0

Le T indique alors qu’il faut prendre le produit des opérateurs en ordre chronologique. La définition
de T se généralise de façon évidente aux produits de plus que deux opérateurs dépendants du temps.

19
Une expression explicite pour DF (x − y) est

DF (x − y) = Θ(x0 − y 0 )D(x − y) + Θ(y 0 − x0 )D(y − x)


Z Z
= Θ(x0 − y 0 ) dkf e−ik(x−y) + Θ(y 0 − x0 ) dk f eik(x−y)
(3.40)
d3 k 1 i⃗k·(⃗x−⃗y) 
Z 
0 0 −iω(x0 −y 0 ) 0 0 iω(x0 −y 0 )
= e Θ(x − y )e + Θ(y − x )e .
(2π)3 2ω

On va maintenant dériver une expression manifestement covariante pour DF (x − y) qui nous sera
utile plus tard. L’identité cruciale est
0 0 0
e−ik (x −y )
I
1 −iω(x0 −y0 ) 1
Θ(x0 − y 0 ) e = Θ(x0 − y 0 ) dk 0 0
2ω 2πi C− (k − ω)(k 0 + ω)
Z ∞ 0 0 0
(3.41)
i e−ik (x −y )
= Θ(x0 − y 0 ) dk 0 0 2 .
2π −∞ (k ) − ω 2 + iϵ

Ici C− est une courbe dans le plan complexe définie comme suit, dans la limite R → ∞ :
Im k0

Re k0
-R −ω +ω R

C_

-R

La variable d’intégration k 0 est donc un nombre complexe, et l’intégrale de contour de la première


ligne de (3.41) est évaluée par le théorème des résidus (voir annexe A pour un rappel). La première
0 0 0
e−ik (x −y )
égalité s’obtient avec le résidu de la fonction f (k 0 ) = (k0 −ω)(k0 +ω) à k 0 = +ω :
0 0
e−iω(x −y )
res (f, ω) = . (3.42)

Le deuxième pôle à k 0 = −ω n’est pas inclu dans la courbe C− et ne contribue alors pas à
l’intégrale. Pour obtenir la deuxième égalité, on note que x0 − y 0 est positif grace à la fonction Θ,
alors l’intégrande décroı̂t exponentiellement pour |k 0 | → ∞ si Im k 0 < 0. Quand on intègre le long
de la courbe C− , l’arc à |k 0 | → ∞ ne contribue alors pas à l’intégrale ; le seul apport provient de
l’axe réelle. Le “+iϵ” au dénominateur est simplement un moyen mnémotechnique pour rappeller
que l’intégration sur k 0 est définie par le contournement du pôle à −ω par dessous et du pôle à
+ω par dessus.
De même,
0 0 0
e−ik (x −y )
I
1 iω(x0 −y0 ) 1
Θ(y 0 − x0 ) e = − Θ(y 0 − x0 ) dk 0 0
2ω 2πi C+ (k − ω)(k 0 + ω)
Z ∞ 0 0 0
(3.43)
i e−ik (x −y )
= Θ(y 0 − x0 ) dk 0 0 2 .
2π −∞ (k ) − ω 2 + iϵ

Le raisonnement pour arriver à cette expression est essentiellement le même, mais maintenant la
courbe C+ doit être fermée dans le demi-plan supérieur puisque x0 −y 0 est négatif, donc l’intégrande
décroit exponentiellement pour Im k 0 > 0. Elle inclut alors le pôle à k 0 = −ω au lieu de celui à
k 0 = +ω.

20
Im k0
R
C+

-R −ω +ω R Re k0

Si on insère éqs. (3.41) et (3.43) dans éq. (3.40), on obtient


0 0 0
d3 k dk 0 i⃗k·(⃗x−⃗y) e−ik (x −y )
Z Z
Θ(x0 − y 0 ) + Θ(y 0 − x0 ) .

DF (x − y) = ie (3.44)
(2π)3 2π 0 2 2
(k ) − ω + iϵ | {z }
=1

Enfin on utilise que (k 0 )2 − ω 2 = (k 0 )2 − |⃗k|2 − m2 = k 2 − m2 pour obtenir

d4 k
Z
i
DF (x − y) = e−ik(x−y) . (3.45)
(2π) k − m2 + iϵ
4 2

Encore, le iϵ sert à rappeler qu’on a défini l’intégrale sur k 0 par une courbe d’intégration qui
contourne les pôles comme dans les deux graphiques ci-dessus. Sans cette précision, l’intégrale
serait ambigüe. En fait, d’autres préscriptions pour contourner les pôles donnent lieu a d’autres
objets aussi dits propagateurs (notamment le propagateur avancé et le propagateur retardé →
exercices).
On peut facilement montrer (→ exercices) que iDF (x − y) est une fonction de Green pour
l’opérateur de Klein-Gordon,

(□ + m2 )DF (x − y) = −iδ (4) (x − y) . (3.46)

Pour rappel, si G est une fonction de Green pour l’opérateur différentiel linéaire
R D, Dx G(x, y) =
δ(x − y), alors l’équation différentielle Dx f = J a comme solution f (x) = dy J(y)G(x, y). Il y a
des fonctions de Green différentes pour des conditions aux limites différentes.

21
Chapitre 4

La formule de réduction de LSZ

4.1 La théorie libre vs. la théorie avec interactions


Résumons les propriétés caractéristiques de la théorie d’un champ scalaire réel libre qu’on a étudié
jusqu’à présent :
• Le lagrangien est quadratique en ϕ, L = 12 (∂µ ϕ)2 − 21 m20 ϕ2 .
• Par conséquent, l’équation de mouvement est linéaire, (□ + m20 )ϕ = 0. Elle donne alors lieu
au principe de superposition ; en particulier, il n’y a pas de diffusion.
• La théorie est exactement soluble. Les états propres du hamiltonien sont les états à n parti-
cules, obtenus par l’action de n opérateurs de création sur le vide.
• La masse, ou l’énergie au repos, du premier état excité est m0 .
• Les opérateurs de création et d’annihilation a† (⃗k) et a(⃗k) sont construits par décomposition
du champ en modes de Fourier. Ils ne dependent pas du temps. L’action de a† sur le vide
crée un état à une particule bien normalisé :
a† (⃗k)|0⟩ = |k⟩ , ⟨k ′ |k⟩ = 2ω(2π)3 δ (3) (⃗k − ⃗k ′ ) .
Maintenant, on va regarder une théorie d’un champ scalaire réel avec interactions :
• Le lagrangien que l’on va considérer est de la forme L = 21 (∂µ ϕ)2 − 12 m20 ϕ2 − Vint (ϕ), avec
Vint (ϕ) un polynôme de degré ≥ 3.
• L’équation de mouvement sera donc non linéaire, (□ + m20 )ϕ = −Vint ′
(ϕ). Plus géneralement,
pour une théorie de plus qu’un seul type de champ, elle sera de la forme (□ + m20 )ϕ = J,
avec J une fonction non linéaire de ϕ et des autres champs. Les termes non linéaires donnent
lieu aux processus de diffusion.
• Ces théories sont généralement non solubles. On y trouve des états à n particules, mais aussi
des états liés, des résonances instables etc.
• L’énergie au repos m du premier niveau excité sera, en général, différent de m0 . On ne peut
alors pas identifier la masse de la particule m avec le paramètre m0 , la racine du coefficient
du terme −ϕ2 /2 dans le lagrangien.
• On peut toujours définir des opérateurs a et a† par éq. (3.24). Cependant, les opérateurs
ainsi définis ne seront plus indépendants du temps. En plus, le résultat de l’action de a† (⃗k)
sur le vide ne sera plus simplement un état à une particule normalisé d’impulsion ⃗k, mais
une superposition d’états,
a† (⃗k, t)|0⟩ = α|0⟩ + β|1⟩ + . . . (4.1)
† ⃗
A priori a (k, t)|0⟩ peut en fait être une combinaison linéaire de tous les états du spectre.

4.2 La formule de réduction de LSZ


Pour décrire des processus de diffusion des particules, on a besoin d’un formalisme permettant
de calculer les amplitudes quantiques de transition entre un état “initial” |i⟩ (connu à un certain

22
temps) et tout possible état “final” |f ⟩ (observé à un temps plus tard). L’objectif de cette section
du cours sera alors de dériver une formule générale pour la quantité

⟨f |i⟩

dans une théorie avec interactions, à partir des principes premiers.


Par exemple, dans un collisionneur de particules, |i⟩ pourrait étre un état à deux protons avec
une énergie de centre de masse de 14 TeV et |f ⟩ pourrait être un état contenant un boson de
Higgs ainsi qu’un ensemble de quarks et gluons à basse énergie. Ou |i⟩ pourrait être un état à
deux particules de matière noire dans le halo galactique et |f ⟩ pourrait contenir des particules du
modèle standard, produites par leur annihilation. 1 De l’amplitude ⟨f |i⟩, on déduira la probabilité
de transition |⟨f |i⟩|2 , et ultérieurement des observables physiques comme la section efficace de pro-
duction des bosons de Higgs au LHC, ou bien le flux des rayons gamma provenant de l’annihilation
des particules de matière noire.
Dans le chapitre 7, on va détailler comment on passe des amplitudes de transition aux sections
efficaces et aux taux de désintégration. Mais ces considérations n’impliqueront que la cinématique
des particules relativistes et sont donc indépendantes de la théorie quantique des champs au sens
strict. La TQC, quant à elle, permet de décrire la dynamique du processus, c’est-à-dire de calculer
⟨f |i⟩. Dans le présent chapitre, on va se concentrer sur ce calcul.

Processus de diffusion idéalisé


Dans une situation idéalisée, l’état initial contiendra des particules bien séparées aux impulsions
précisément connus au temps t → −∞. De même, dans l’état final se trouveront des particules bien
séparées avec des impulsions précisément mesurés au temps t → ∞. 2 Les particules (ou plutôt les
paquets d’onde, si on affirme de connaitre précisément les impulsions) étant bien isolées les unes
des autres, elles ne peuvent pas s’influencer aux temps t → ±∞, où elles peuvent donc être traitées
comme particules libres, sans interactions. Cette assertion, même si plausible intuitivement, reste
heuristique à notre niveau de la discussion ; il est possible de la formaliser et de l’élever au statut
d’un axiome fondamental (le “principe de décomposition des clusters”).
Pour le calcul des amplitudes de transition dans une théorie avec interactions, on va donc traiter
ces dernières comme si elles n’étaient présentes qu’aux temps intermédiaires, sans concerner les
états asymptotiques. Le cas spécial d’un processus idéalisé de diffusion 2 → 2 (deux particules
dans l’état initial, deux dans l’état final) est esquissé dans Fig. 4.1.

_ temps
+
8

particule 1 particule 1’

11111
00000
00000
11111
i 00000
11111
00000
11111 f
00000
11111
00000
11111
particule 2 particule 2’

paquets d’onde temps paquets d’onde


libres intermediaires: libres
bien separes interactions bien separes

Figure 4.1 – Un processus de diffusion idéalisé 2 → 2.


.
1. Si un tel processus existe, ce qui n’a pas encore été prouvé.
2. Bien sûr, selon le principe d’incertitude et à cause de la résolution finie de tout appareil de mesure, la précision
n’est jamais infinie en pratique. L’intervalle de temps entre la préparation de l’état initial et la mesure de l’état
final ne l’est pas non plus.

23
En particulier, pour une théorie d’un champ scalaire réel avec interactions, on regarde un état
initial générique |i⟩ donné par
|i⟩ = |k1 , k2 , . . . , kn ; in⟩ (4.2)
contenant n particules libres avec impulsions k1 , . . . kn . Il peut s’écrire

|k1 , k2 , . . . , kn ; in⟩ = a†in (⃗k1 ) . . . a†in (⃗kn )|0⟩ (4.3)

où les a†in sont des opérateurs de création des champs libres. De même pour l’état final :

|f ⟩ = |k1′ , k2′ , . . . , km

; out⟩ = a†out (⃗k1′ ) . . . a†out (⃗km

)|0⟩ (4.4)

Quelle est la rélation entre les opérateurs de création libres a†in/out et le champ interagissant ϕ ?
On rappelle que l’opérateur de création général peut être défini par (cf. éq. (3.24))

Z

† ⃗
a (k, t) = −i d3 xe−ikx ∂0 ϕ(x) , où f ∂ g ≡ f (∂g) − (∂f )g . (4.5)

Contrairement au cas d’une théorie libre (→ exerices), a† dépend du temps si il y a des interactions.
Il semble évident de poser a†out (⃗k) = limt → ∞ a† (⃗k, t) et a†in (⃗k) = limt → −∞ a† (⃗k, t) ; pourtant on a
vu dans éq. (4.1) que, dans une théorie avec interactions, a† (⃗k, t) ne crée pas simplement un état
à une particule d’impulsion ⃗k mais une superposition d’états. Il ne se comporte alors pas comme
un opérateur de création des particules libres.

Redéfinitions du champ
Heureusement il se trouve qu’il ne manque pas beaucoup pour pouvoir identifier a†out/in (⃗k) ∼
a† (⃗k, ±∞), au moins “au sens faible” des éléments de matrice ; il faut simplement redéfinir le
champ ϕ, et ce de manière assez simple. En détail, considérons l’état créé par l’action de a† sur
le vide aux temps asymptotiques ; cet état doit avoir les mêmes produits scalaires avec tout autre
état qu’un état à une particule bien normalisé. Il faut donc que

⟨0|a† (⃗k, ±∞)|0⟩ = 0 , (4.6)


⟨p|a† (⃗k, ±∞)|0⟩ = (2π)3 2ω⃗ δ (3) (⃗k − p⃗) ,
k (4.7)
⟨λp |a (⃗k, ±∞)|0⟩ = 0 ,

(4.8)

où |p⟩ est un état à une particule bien normalisé d’impulsion p et |λp ⟩ est un état à plusieurs
particules ou un état lié d’impulsion totale p.
Regardons d’abord éq. (4.6) qui peut s’écrire

Z
0 = −i lim d3 x e−ikx ∂0 ⟨0|ϕ(x)|0⟩ . (4.9)
t → ±∞

Évidemment, cette condition sera satisfaite si ⟨0|ϕ(x)|0⟩ = 0. Rappelons maintenant l’équation de


Heisenberg qui décrit l’évolution temporelle des opérateurs :

ϕ(t, ⃗x) = eiHt ϕ(0, ⃗x)e−iHt . (4.10)

Sa généralisation relativiste est


ϕ(x) = eiP x ϕ(0)e−iP x (4.11)
où les Ropérateurs d’impulsion (les générateurs des translations en espace-temps) sont donnés par
P µ = R3 T 0µ , voir section 2.3. Donc

⟨0|ϕ(x)|0⟩ = ⟨0|eiP x ϕ(0)e−iP x |0⟩ = ⟨0|ϕ(0)|0⟩ ≡ v (const.) (4.12)

où on a utilisé que le vide est invariant par translations. Pour s’assurer que ⟨0|ϕ(x)|0⟩ = 0, ce
qui implique la condition (4.6), il suffit donc de redéfinir le champ ϕ par l’ajout d’une constante
appropriée, ϕ(x) → ϕ(x) − v.

24
Regardons ensuite la condition (4.7), qui demande que l’état a† (⃗k)|0⟩ soit bien normalisé sur les
états à une particule. Cette condition sera satisfaite si

⟨p|ϕ(x)|0⟩ = eipx . (4.13)

En utilisant de nouveau éq.(4.11), en général on a

⟨p|ϕ(x)|0⟩ = ⟨p|eiP x ϕ(0)e−iP x |0⟩ = eipx ⟨p|ϕ(0)|0⟩ = eipx Z (4.14)

où Z ≡ ⟨p|ϕ(0)|0⟩ est une invariante de Lorentz (car Z peut dépendre seulement de p2 = m2 ). La
théorie libre vérifie bien la relation souhaitée Z = 1 :
Z   Z
⃗ † ⃗
Z = ⟨p|ϕ(0)|0⟩ = ⟨p| dk a(k) + a (k) |0⟩ = dk
f f ⟨p|k⟩
(4.15)
d3 k 1
Z
3 (3) ⃗
= (2π) 2ω⃗k δ (k − p⃗) = 1 .
(2π)3 2ω⃗k

Cependant, on peut montrer que Z = 1 uniquement dans la théorie libre, alors pour une théorie
avec interactions, il faut encore changer la normalisation du champ pour qu’il vérifie Z = 1. Cette
redéfinition implique un changement de la normalisation de tous les termes du lagrangien : la
“renormalisation de la fonction d’onde”.
Finalement, quant à la condition (4.8), il se trouve qu’elle est satisfaite sans qu’on doive encore
redéfinir ϕ. Elle peut être démontrée avec l’aide de la méthode de la phase stationnaire (→ exer-
cices).
On conclut que, après des redéfinitions du champ ϕ(x) par des constantes additives et multiplica-
tives appropriées, les conditions 4.6-(4.8) sont bien vérifiées et donc

lim a† (⃗k, t)|0⟩ se comporte comme état à une particule bien normalisé. (4.16)
t → ±∞

Dérivation de la formule LSZ


Après tous ces remarques préliminaires, commençons maintenant le calcul de l’amplitude de tran-
sition ⟨f |i⟩,
⟨f |i⟩ = ⟨k1′ , k2′ , . . . , km

; out|k1 , k2 , . . . , kn ; in⟩ . (4.17)
Selon la discussion ci-dessus, avec les redéfinitions nécessaires sous-entendues, elle peut s’écrire
comme
⟨f |i⟩ = ⟨0|a(⃗k1′ , ∞) . . . a(⃗km

, ∞)a† (⃗k1 , −∞) . . . a† (⃗kn , −∞)|0⟩ . (4.18)
Il convient de la réécrire avec l’aide du symbole T (on rappelle que ce dernier est défini de façon
que les produits d’opérateurs à sa droite sont à prendre en ordre chronologique) :

⟨f |i⟩ = ⟨0| T a(⃗k1′ , ∞) . . . a(⃗km



, ∞)a† (⃗k1 , −∞) . . . a† (⃗kn , −∞)|0⟩
= ⟨0| T a(⃗k1′ , ∞) − a(⃗k1′ , −∞) . . . a(⃗km ′
, ∞) − a(⃗km ′
 
, −∞) (4.19)
a† (⃗k1 , −∞) − a† (⃗k1 , ∞) . . . a† (⃗kn , −∞) − a† (⃗kn , ∞) |0⟩
 

La première égalité est une conséquence du fait que les opérateurs dans éq. (4.18) sont déjà en
ordre chronologique, alors préfixer le symbole T ne change rien. Dans la deuxième égalité, on a
soustrait de chaque opérateur d’annihilation ou de création à ±∞ son pendant à ∓∞. Ces termes
supplémentaires ne changent pas l’élément de matrice, car tous les opérateurs d’annihilation qu’on
vient d’ajouter se trouvent à droite du produit d’opérateurs sous le symbole T, où ils annihilent
le vide ; similairement, tous les opérateurs de création supplémentaires se trouvent à gauche en
ordre chronologique, où ⟨0|a† (⃗ki , ∞) = 0. Il faut pourtant supposer que les ⃗ki soient tous différents
des ⃗kj′ , ou, autrement dit, que toutes les particules participent au processus de diffusion ; aucune
des particules n’entre et sort avec l’impulsion inchangée. Si, en revanche, quelques-unes parmi les
impulsions initiales sont égales aux impulsions finales, cela donne lieu aux ambiguı̈tes d’ordre, car
[a(∞), a† (∞)] ̸= 0 et similairement à t = −∞. Ce cas spécial de “diffusion vers l’avant” nécessite
un traitement plus judicieux que l’on ne détaillera pas.

25
Regardons maintenant un des termes en parenthèses dans éq. (4.19) :

a† (⃗k, ∞)− a† (⃗k, −∞)


    
↔ ↔
Z Z
3 −ikx 3 −ikx
= − i 0lim d x e ∂0 ϕ(x) − 0 lim d x e ∂0 ϕ(x)
x →∞ x → −∞
 

Z
= − i d4 x ∂0 e−ikx ∂0 ϕ(x) (théorème fondamental de l’analyse)
Z (4.20)
= − i d4 x e−ikx −ik 0 ∂0 + ∂02 + (k 0 )2 + ik 0 ∂0 ϕ(x)


Z
= − i d4 x e−ikx (∂02 + |⃗k|2 + m2 )ϕ(x) (avec m2 = k 2 = (k 0 )2 − |⃗k|2 )
Z
= − i d4 x e−ikx (□ + m2 )ϕ(x) (IPP) .

Notons que, dans une théorie libre, (□ + m2 )ϕ(x) = 0 et donc a† (⃗k, ∞) = a† (⃗k, −∞), ce qui
reflète le fait que a† ne dépend pas du temps. Avec interactions, ce n’est plus le cas et alors
a† (⃗k, ∞) − a† (⃗k, −∞) est différent de zéro. Le conjugué d’éq. (4.20) donne
Z
⃗ ⃗
a(k, +∞) − a(k, −∞) = i d4 x eikx (□ + m2 )ϕ(x) . (4.21)

On substitue les éqs. (4.20) et (4.21) dans éq. (4.19) pour obtenir la formule de réduction de
Lehmann-Symanzik-Zimmermann :
Z
′ ′ ′ ′ ′ ′
⟨f |i⟩ = in+m d4 x1 . . . d4 xn d4 x′1 . . . d4 x′m e−ik1 x1 −ik2 x2 −...−ikn xn +ik1 x1 +ik2 x2 +...+ikm xm

(□1 + m2 ) . . . (□n + m2 )(□1′ + m2 ) . . . (□m′ + m2 )⟨0| T ϕ(x1 ) . . . ϕ(xn )ϕ(x′1 ) . . . ϕ(x′m )|0⟩ .
(4.22)
On a ainsi obtenu une relation entre l’amplitude de transition ⟨f |i⟩ et la fonction de correlation
en ordre chronologique ⟨0| T ϕ(x1 ) . . . ϕ(x′m )|0⟩. Par exemple, pour la diffusion 2 → 2 on obtient
Z
′ ′ ′ ′
⟨f |i⟩ = i4 d4 x1 d4 x2 d4 x′1 d4 x′2 e−ik1 x1 −ik2 x2 +ik1 x1 +ik2 x2
(4.23)
(□1 + m2 )(□2 + m2 )(□1′ + m2 )(□2′ + m2 )⟨0| T ϕ(x1 )ϕ(x2 )ϕ(x′1 )ϕ(x′2 )|0⟩ .

La formule de LSZ prend une allure un peu moins compliquée dans l’espace des impulsions :
n
Y m
Y
⟨f |i⟩ = (−i)n+m (ki2 − m2 ) (kj′2 − m2 ) G(k1 , k2 , . . . , kn , −k1′ , −k2′ , . . . , −km

) (4.24)
i=1 j=1

où G est la transformée de Fourier de la fonction de correlation,

G(k1 , . . . , kn , −k1′ , . . . , −km



)
Z Y n m
Y Pn Pm ′ ′ (4.25)
= d4 xi d4 x′j e−i i=1 ki xi +i j=1 kj xj ⟨0| T ϕ(x1 ) . . . ϕ(xn )ϕ(x′1 ) . . . ϕ(x′m )|0⟩ .
i=1 j=1

Quelques remarques sur la dérivation, l’interprétation et l’utilité de la formule de LSZ :


• Pour arriver à éq. (4.22), on a échangé l’ordre du sybole T et des opérateurs différentiels □.
Strictement dit, cet échange n’est pas permis ; pour compenser il faudrait ajouter des termes
dits termes de contact qu’on a supprimé ici, parce qu’ils ne contribuent en fait pas à ⟨f |i⟩.
• Les manipulations qui nous ont amenés à la formule de LSZ sont mieux justifiées si on traite
les particules entrantes et sortantes comme paquets d’onde de largeur fini et si on ne prend la
limite de largeur zéro qu’à la fin du calcul. Ici les expressions intégrales doivent se comprende
au sens des distributions.

26

• Sans la redéfinition des champs √ ϕ → ϕ/ Z, on aurait obtenu une formule équivalente
avec des facteurs explicites de Z ; cette convention alternative est assez courante dans la
littérature.
• La formule de LSZ se généralise de façon évidente aux cas des théories avec plusieurs espèces
de champ scalaire, dont les masses peuvent être toutes différentes. Des variantes de la formule
pour des champs quantiques non scalaires peuvent également être dérivées.
• Dans éq. (4.24) les particules sont sur couche de masse : ki2 = m2 , alors ki2 − m2 = 0, où
m est la masse physique de la particule dans la théorie avec interactions. Cela implique
que l’amplitude ⟨f |i⟩ est zéro, sauf si la transformée de Fourier de la fonction de correla-

tion G(k1 , . . . , −km ) a des pôles à ki2 = m2 (et à kj′ 2 = m2 également). Dans ce cas, les
préfacteurs k 2 − m2 vont supprimer les denominateurs k 2 − m2 et le résultat peut être non
nul. L’amplitude ⟨f |i⟩ est le résidu à ce pôle.
• Une grande partie du reste de ce cours va concerner le calcul des fonctions de correlation
⟨0| T ϕ(x1 ) . . . ϕ(x′n )|0⟩ (ou bien G(k1 , . . . , km

)). La formule de LSZ permet ensuite de faire
le lien avec les observables physiques.
• Ce calcul peut s’aborder par deux chemins différents (mais ultérieurement équivalents) : on
peut passer soit par la représentation d’interaction dans le cadre du formalisme canonique (→
exercices), soit par la quantification par l’intégrale de chemin (→ chapı̂tre suivant). Ce cours
va se concentrer sur cette dernière méthode, vu qu’elle est mieux adaptée à la quantification
des champs de jauge, ce qui sera un de nos objectifs du dernier chapitre.

27
Chapitre 5

Quantification par l’intégrale de


chemin

5.1 Les intégrales de chemin en mécanique quantique


Pour rappel, dans la représentation de Heisenberg de la mécanique quantique, les opérateurs
dépendent du temps tant que les états quantiques d’un système sont indépendants du temps,
contrairement à la représentation de Schrödinger. Supposons qu’un système quantique soit dans
l’état |qi , t = 0⟩ ≡ |qi ⟩, défini comme état propre de l’opérateur de position Q(t) au temps t = 0
avec valeur propre qi . On s’intéresse au recouvrement entre l’état |qi ⟩ et l’état |qf , T ⟩, un état
propre de Q(T ) = eiHT Q(0)e−iHT avec valeur propre qf . Ce dernier peut s’écrire

|qf , T ⟩ = e+iHT |qf ⟩ , (5.1)

une expression qui ressemble, au signe de l’exposant près, à celle de l’évolution temporelle d’un
état de Schrödinger. Mais il ne faut pas confondre les deux : |qf , T ⟩ et |qf ⟩ sont des états de
Heisenberg. Leur “dépendance du temps” provient du fait qu’ils ont été définis, respectivement,
comme états propres des opérateurs Q(T ) et Q(0) ; par contre |qf , T ⟩ et |qf ⟩ ne sont pas conduits
l’un à l’autre par l’évolution temporelle du système.
Pour calculer ⟨qf , T |qi ⟩, on écrit alors les deux états en fonction d’états propres de Q(0) comme

⟨qf , T |qi ⟩ = ⟨qf |e−iHT |qi ⟩ , (5.2)

ce qui met en évidence qu’il faut simplement calculer les éléments de matrice de l’opérateur
d’évolution e−iHT . Bien sûr, en mécanique quantique cela revient à une procédure assez stan-
dard : on diagonalise le hamiltonien dans l’espace des positions pour obtenir les fonctions d’onde
des états stationnaires ψn (q) avec énergies En et on calcule
X
⟨qf , T |qi ⟩ = ψn∗ (qi )e−iEn T ψn (qf ) . (5.3)
n

Maintenant on va discuter un autre formalisme, plus compliqué mais très instructif, pour le calcul
de ces éléments de matrice. Son intérêt sera ultérieurement dans sa généralisation, qui va nous
amener à une méthode pour le calcul des fonctions de correlation en théorie quantique des champs.
Rappelons d’abord une des expériences quintessenciées de la mécanique quantique : l’expérience des
fentes de Young. Une source localisée à qi produit un faisceau de particules qui, après un intervalle
de temps T , arrivent à un détecteur ou écran, où leurs positions sont de nouveau mesurées. Entre
la source et l’écran, il y a une plaque impénétrable percée par des fentes.
Pour deux fentes, on peut illustrer la configuration ainsi :

28
q1
qi
qf
source
q2

plaque écran
t=0 t=t 1 t=T

En mécanique quantique, le calcul de l’amplitude de probabilité pour une particule d’arriver à qf


nécessite de prendre une superposition cohérente des amplitudes de passer par q1 et q2 au temps
intermédiaire t1 . On a donc

⟨qf |e−iHT |qi ⟩ = ⟨qf |e−iH(T −t1 ) |q1 ⟩⟨q1 |e−iHt1 |qi ⟩ + ⟨qf |e−iH(T −t1 ) |q2 ⟩⟨q2 |e−iHt1 |qi ⟩ . (5.4)

Pour la généralisation au cas de n fentes, l’amplitude est la superposition cohérente des n ampli-
tudes correspondantes :
q1

qi
qf
source

qn

plaque écran
t=0 t=t 1 t=T
n
X
⟨qf |e−iHT |qi ⟩ = ⟨qf |e−iH(T −t1 ) |qk ⟩⟨qk |e−iHt1 |qi ⟩ . (5.5)
k=1

On peut aussi imaginer d’avoir plus qu’une plaque. Par exemple, pour deux plaques avec n fentes
chacune,
q1 q1’

qi
qf
source

qn qn’

plaque plaque écran


t=0 t=t 1 t=t 2 t=T

on trouve pour l’amplitude de passer de q = qi au temps 0, par l’intermédiaire de q = qm au temps


t1 et q = qk′ au temps t2 , à q = qf au temps t = T :
X
⟨qf |e−iHT |qi ⟩ = ⟨qf |e−iH(T −t2 ) |qk′ ⟩⟨qk′ |e−iH(t2 −t1 ) |qm ⟩⟨qm |e−iHt1 |qi ⟩ . (5.6)
mk

Qu’est-ce que l’on aurait pour un nombre infini de plaques avec un nombre infini de fentes ? Dans
ce cas il n’y a plus d’obstacle, mais on peut toujours appliquer le principe de la superposition

29
cohérente des amplitudes de probabilité pour écrire l’amplitude ⟨qf , T |qi ⟩ comme
X
⟨qf |e−iHT |qi ⟩ = (amplitude de suivre le chemin) . (5.7)
tous les chemins
possibles entre
qf et qi

Pour être plus concret, imaginons le temps entre t = 0 et t = T comme discrétisé en N intervalles.
Un chemin entre qi et qf parcourira les positions intermédiaires qk à t = k δt :

q1
qi
q3
qf

q2

t=0 δt 2 δt 3 δt t = N δt

Maintenant on laisse tendre N → ∞ et δt → 0 et on prend la somme ou, dans la limite du


continu, l’intégrale sur les q intermédiaires pour obtenir
−1
Z NY
T T T
−iHT
⟨qf |e |qi ⟩ = lim (dqj ) ⟨qf |e−iH N |qN −1 ⟩⟨qN −1 |e−iH N |qN −2 ⟩ · · · ⟨q1 |e−iH N |qi ⟩ . (5.8)
N →∞
j=1

Cas spécial : pour que cette expression devienne plus instructive, regardons d’abord le cas du
P2
hamiltonien libre, H = 2m On note les relations
Z Z
dp
dq |q⟩⟨q| = 1 , |p⟩⟨p| = 1 , ⟨q|p⟩ = eipq (5.9)

pour des états propres |q⟩ de l’opérateur de position Q(0) avec valeur propre q, et |p⟩ de l’opérateur
d’impulsion P (0) avec valeur propre p.
Concentrons-nous sur le pas entre qj et qj+1 , avec δt = T /N :
P2 P2
  Z  
dp
⟨qj+1 | exp −i δt |qj ⟩ = ⟨qj+1 | exp −i δt |p⟩⟨p|qj ⟩
2m 2π 2m
(5.10)
p2
Z  
dp
= exp −i δt exp (ip(qj+1 − qj )) .
2π 2m
Cette intégrale est une intégrale de Gauss (ou plutôt de Fresnel, l’exposant étant purement ima-
ginaire) ; on a (→ exercices)
∞  21
b2
Z     
1 2πi
dx exp iax2 + ibx = exp −i (5.11)
−∞ 2 a 2a
d’où 2 !
P2  m  12
  
i δt m qj+1 − qj
⟨qj+1 | exp −i δt |qj ⟩ = exp . (5.12)
2m 2πi δt 2 δt
Si on définit q0 et qN par q0 ≡ qi et qN ≡ qf , éq. (5.8) devient alors
 
 m  N2 NY −1 Z N −1  2
m X q j+1 − q j
⟨qf |e−iHT |qi ⟩ = lim dqk exp i δt . (5.13)
N → ∞ 2πi δt 2 j=0 δt
k=1

Dans la limite N → ∞ et δt = N/T → 0, on peut remplacer


 2 Z T
qj+1 − qj 2
X
→ q̇ , δt → dt . (5.14)
δt j 0

30
De plus, il convient de définir la mesure de l’intégrale de chemin formellement par
Z −1 Z
 m  N2 NY
Dq ≡ lim dqk . (5.15)
N → ∞ 2πi δt
k=1

On obtient ainsi une expression compacte pour l’amplitude de transition entre l’état q = qi au
temps t = 0 et l’état q = qf au temps t = T :

q(T
Z)=qf !
Z T
−iHT 1
⟨qf |e |qi ⟩ = Dq exp i dt mq̇ 2 . (5.16)
0 2
q(0)=qi

Alors, pour calculer l’élément de matrice de e−iHT entre deux états propres de position avec valeurs
propres qi et qf , il faut intégrer
R
sur tous les chemins possibles q(t) avec q(0) = qi et q(T ) = qf et
pondérer l’intégrale avec ei Ecin (t) dt , où Ecin (t) est l’énergie cinétique de la particule le long du
chemin.
Cas plus général : l’expression d’éq. (5.16) se généralise au cas d’un hamiltonien séparable donné
comme la somme de l’énergie cinétique habituelle et d’un potentiel qui ne dépend que de q,

P2
H(P, Q) = + V (Q) . (5.17)
2m
(Si, en revanche, le hamiltonien contient des puissances supérieures en P , l’intégrale sur p ne sera
plus gaussienne. S’il contient des termes mixtes impliquant des produits entre P et Q, son pendant
classique n’est plus défini sans ambiguı̈té car P et Q ne commutent pas.) En regardant encore le
pas entre qj et qj+1 , on a, selon la formule de Baker-Campbell-Hausdorff,
  2 
P
⟨qj+1 | exp −i δt + V (Q) |qj ⟩
2m
!
P2 δt2 2
 
3
= ⟨qj+1 | exp −i δt exp (−i δt V (Q)) exp [P , V (Q)] + O(δt ) |qj ⟩
2m |4m {z }
négligeable lorsque δt → 0
2 (5.18)
Z  
dp P
= ⟨qj+1 | exp −i δt |p⟩⟨p| exp (−i δt V (Q)) |qj ⟩ + O(δt2 )
2π 2m
p2
Z  
dp
= exp −i δt + i(qj+1 − qj )p exp (−i δt V (qj )) + O(δt2 )
2π 2m
m (qj+1 − qj )2
r   
int. gaussienne m
= exp i δt − V (q j ) + O(δt2 )
2πi δt 2 δt2

Les termes impliquant les commutateurs sont alors d’ordre supérieur en δt. Dans la limite δt → 0,
les termes en parenthèses deviennent m 2
2 q̇ − V (q) = L (le lagrangien classique). Comme pour le
cas libre, cf. eq. (5.13), le produit des N − 1 exponentielles est l’exponentielle de la somme, et la
RT
somme devient une intégrale dans la limite δt → 0. Or, 0 dt L(q, q̇) = S[q] est l’action classique.
Le résultat peut donc s’écrire

q(T
Z)=qf  
−iHT i
⟨qf |e |qi ⟩ = Dq exp S[q] . (5.19)

q(0)=qi

On intègre sur tous les chemins possibles q(t) qui satisfont les conditions au bord q(0) = qi et
q(T ) = qf avec un poids eiS[q] , où S[q] est l’action classique de la particule le long du chemin.
Notons que cette préscription, quoique très compacte et élégante, est purement formelle à notre
niveau de discussion. Il n’est pas du tout clair comment une mesure sur l’espace de “tous les

31
chemins entre qi et qf ” pourrait être définie, si l’intégrale converge dans un certain sens, ou
comment exactement il faut prendre la limite du continuum δt → 0.
Utilité du formalisme : Ignorons pour l’instant ces problèmes conceptuels en supposant qu’il
existe un moyen pour rigoureusement définir l’intégrale de chemin. On peut alors l’utiliser comme
outil pour le calcul des éléments de matrice de certains produits d’opérateurs. Par exemple, insérons
l’opérateur Q(t1 ) entre les états |qi ⟩ et ⟨qf , T |, où t1 est un temps intermédiaire, 0 ≤ t1 ≤ T :

⟨qf , t = T |Q(t = t1 )|qi , t = 0⟩


= ⟨qf |e−iH(T −t1 ) Q(0)e−iHt1 |qi ⟩
Z Y
= lim dqj ⟨qf |e−iH δt |qN −1 ⟩⟨qN −1 |e−iH δt |qN −2 ⟩ · · ·
N →∞
j

· · · ⟨qk+1 |e−iH δt Q(0)|qk ⟩⟨qk |e−iH δt |qk−1 ⟩ · · · ⟨q1 |e−iH δt |qi ⟩ (avec t1 = k δt)
| {z }
qk |qk ⟩ (5.20)
Z Y
= lim dqj qk ⟨qf |e−iH δt |qN −1 ⟩ · · · ⟨q1 |e−iH δt |qi ⟩
N →∞
j
q(T
Z)=qf
= Dq q(t1 )eiS[q] .
q(0)=qi

De même, pour une insertion de deux opérateurs,


q(T
Z)=qf
Dq q(t1 )q(t2 )eiS[q]
q(0)=qi
 (5.21)
⟨qf , T |Q(t1 )Q(t2 )|qi ⟩ si T > t1 > t2 > 0
=
⟨qf , T |Q(t2 )Q(t1 )|qi ⟩ si T > t2 > t1 > 0
= ⟨qf , T | T Q(t1 )Q(t2 )|qi ⟩

ou pour n opérateurs :

q(T
Z)=qf
Dq q(t1 ) . . . q(tn )eiS[q] = ⟨qf , T | T Q(t1 ) . . . Q(tn )|qi , 0⟩ . (5.22)
q(0)=qi

L’intégrale de chemin avec des facteurs q(tj ) dans l’intégrande calcule alors les insertions des
produits d’opérateurs Q(tj ) entre |qi ⟩ et ⟨qf , T | en ordre chronologique. Soulignons que le membre
de gauche d’éq. (5.22) n’implique que des quantités classiques qui commutent, tant que le membre
de droite contient des opérateurs quantiques.

5.2 Fonctionnelle génératrice


Soit J(t) une fonction vérifiant limt → ±∞ J(t) = 0 dite fonction de source. On définit l’action en
présence de la source J(t) comme une fonctionnelle de q(t) et de J(t) :
Z T  
SJ [q] ≡ S[q, J] ≡ dt L (q(t), q̇(t)) + J(t)q(t) . (5.23)
0

L’utilité de cette définition est que la dérivée fonctionnelle 1 de SJ par rapport à J donne q :
δSJ
= q(t) , (5.24)
δJ(t)
1. Voir l’annexe pour un rappel de sa définition.

32
et alors  
δ ∂ δSJ
exp (iSJ [q]) = exp(iSJ ) = iq(t) exp (iSJ [q]) . (5.25)
δJ(t) ∂SJ δJ(t)
En prenant l’intégrale de chemin sur tous les q, on obtient l’identité
Z Z
1 δ iSJ [q]
Dq e = Dq q(t)eiS[q] (5.26)
i δJ(t) J=0

ou plus généralement

q(T
Z)=qf
1 δ 1 δ
··· Dq eiSJ [q]
i δJ(t1 ) i δJ(tn )
q(0)=qi J=0
q(T
Z)=qf (5.27)
iS[q]
= Dq q(t1 ) . . . q(tn ) e
q(0)=qi

= ⟨qf , t = T | T Q(t1 ) . . . Q(tn )|qi , t = 0⟩

Ici la deuxième égalité correspondant à éq.


R (5.22). Si on connait une expression pour l’intégrale de
chemin comme fonctionnelle de la source Dq eiSJ [q] , on peut alors obtenir les éléments de matrice
des produits d’opérateurs Q(tj ) en ordre chronologique par les dérivées fonctionnelles par rapport
aux J(tj ).

5.3 Les intégrales de chemin en théorie quantique des


champs
En théorie quantique des champs, on s’intéresse aux fonctions de correlation, qui sont tout à fait
des éléments de matrice des produits d’opérateurs (de champ) en ordre chronologique. Cependant,
il faut les évaluer non pas entre deux états propres de position à t = 0 et t = T , mais plutôt dans le
vide aux temps asymptotiques |0, t → −∞⟩ et ⟨0, t → +∞|. On rappelle que ce sont les quantités

⟨0| T ϕ(x1 ) . . . ϕ(xn )|0⟩

qui figurent dans l’expression des amplitudes de transition ⟨f |i⟩ selon la formule de LSZ, éq. (4.22).
Généralisons donc le formalisme de la section précédente à une théorie quantique des champs
relativiste en quatre dimensions d’espace-temps. Pour le cas concret d’un champ scalaire réel avec
des interactions, on définit l’action en présence d’une source J(x) (un champ classique vérifiant
limt → ±∞ J(t, ⃗x) = 0) comme
Z  
4 1 2 1 2 2
SJ [ϕ] = d x (∂µ ϕ) − m ϕ − Vint (ϕ) + Jϕ . (5.28)
2 2

De même, l’intégrale de chemin en présence de la source est


ϕ(t′ ,⃗
xZ)=ϕf (⃗
x)

⟨ϕf (⃗x), t′ |ϕi (⃗x), t⟩J = Dϕ eiSJ [ϕ] . (5.29)


ϕ(t,⃗
x)=ϕi (⃗
x)

Le domaine d’intégration est l’ensemble de tous les chemins continus dans l’espace de configuration
de ϕ qui vérifient les conditions aux bords. Comme avant, on va ignorer le problème mathématique
de la définition rigoureuse de cette intégrale ; on supposera qu’elle existe et vérifie les propriétés
habituelles d’une intégrale dans un nombre fini de dimensions.
L’expression de l’intégrale de chemin ci-dessus dépend évidemment du choix de l’état initial ϕi
au temps t et de l’état final ϕf au temps t′ . Pour en extraire des informations sur la fonction de

33
correlation, on les choisit de manière que leur recouvrement avec le vide est non nul, ⟨ϕf |0⟩ =
̸ 0
et ⟨0|ϕi ⟩ =
̸ 0.
Le lien entre l’intégrale de chemin d’éq. (5.29) et la fonction de correlation s’établit avec l’aide
d’une observation cruciale, à savoir : lorsque t → −∞ et t′ → +∞, seulement les projections de
|ϕi,f ⟩ sur le vide contribueront à l’intégrale de chemin. Pour prouver cette affirmation, supposons
que H|0⟩ = 0 (sinon on ajoute une constante à H) et insérons deux ensembles complets d’états
propres de H, H|n⟩ = En |n⟩, dans l’expression de l’intègrale de chemin :
ϕ(+T,⃗
Zx)=ϕf (⃗x) !
Z T Z
3
lim Dϕ exp i dt d x(L + Jϕ)
T →∞ −T
ϕ(−T,⃗
x)=ϕi (⃗
x)

= lim ⟨ϕf , T |ϕi , −T ⟩J


T →∞ (5.30)
X
= lim ⟨ϕf , T |e−iHT |n, T ⟩J ⟨n|m⟩J ⟨m, −T |eiH(−T ) |ϕi , −T ⟩J
T →∞
mn
X
= lim e−i(En +Em )T ⟨ϕf , T |n, T ⟩J ⟨n, 0|m, 0⟩J ⟨m, −T |ϕi , −T ⟩J .
T →∞
mn

On donne à T une partie imaginaire −iϵT , puis on pose ϵ → 0 après l’intégration (cette
préscription fait partie de la définition de l’intégrale → exercices). Alors

lim lim ⟨ϕf , T |ϕi , −T ⟩J = e0 ⟨ϕf |0⟩⟨0|0⟩J ⟨0|ϕi ⟩ . (5.31)


ϵ → 0 T → ∞(1−iϵ)

Pour explication : toutes les contributions à la somme de la dernière ligne de éq. (5.30) décroissent
exponentiellement lorsque |T | → ∞, sauf celle de l’état fondamental car E0 = 0. De plus, on a
J → 0 à T → ±∞. Aux temps asymptotiques, les amplitudes ⟨ϕf |0⟩J et ⟨0|ϕi ⟩J deviennent donc
celles sans source. On obtient l’expression de l’amplitude de persistance du vide en présence de la
source J :
Z Z T !
1 1
⟨0|0⟩J = lim lim Dϕ exp i d4 x (L + Jϕ) ≡ Z[J] (5.32)
N ϵ → 0 T → ∞(1−iϵ) −T N

N = ⟨ϕf |0⟩⟨0|ϕi ⟩ est une constante de normalisation indépendante de J ; pour que, dans l’absence
de la source, ⟨0|0⟩ = 1, il faut que N = Z[0]. Si J(x) est une source physique, Z[J]/Z[0] donne
alors l’amplitude de probabilité que, pour un système quantique qui était dans l’état fondamental
dans le passé (à T → −∞, où J = 0) se trouvera de nouveau dans l’état fondamental dans le
futur (à T → +∞, où encore J = 0). Voir les exercices pour un exemple en mécanique quantique.
Mais souvent il convient de regarder la source seulement comme une quantité auxiliaire. C’est la
manière dont Z dépend de J qui nous donne des informations sur les fonctions de correlation, sans
que la valeur de J aie une signification physique. En fait Z[J] est la fonctionnelle génératrice des
fonctions de correlation à n points, dans le sens que ces dernières sont données par les dérivées de
Z à J = 0 :
1 1 δ 1 δ
⟨0| T ϕ(x1 ) . . . ϕ(xn )|0⟩ = ··· Z[J] . (5.33)
Z[0] i δJ(x1 ) i δJ(xn ) J=0

Cf. la physique statistique, où la moyenne thermique d’une observable est donnée par la dérivée
de la fonction de partition (la fonction génératrice), par exemple


⟨H⟩ ∝ Z, Z = tr e−βH . (5.34)
∂β

Exemple : Propagateur de Feynman de la théorie libre


On va utiliser ce formalisme pour retrouver la fonction de correlation à deux points dans la théorie
libre. On sait déjà, d’après le formalisme de la quantification canonique, que le résultat doit être

34
le propagateur de Feynman. L’action est

m2 2
Z  
1
iSJ = i d4 x (∂µ ϕ)2 − ϕ + Jϕ
2 2
Z
IPP i
d4 x ϕ(□ + m2 )ϕ − 2Jϕ

= −
2
d4 p d4 q i(p+q)x 
Z Z Z
Fourier i ˜ ϕ̃(q)

= d4 x e ϕ̃(p)(q 2
− m2
)ϕ̃(q) + 2 J(p)
2 (2π)4 (2π)4
Z 4 (5.35)
i d p 
2 2 ˜ ϕ̃(−p)

= ϕ̃(p)(p − m )ϕ̃(−p) + 2 J(p)
2 (2π)4
d4 p
Z    
i 1 ˜ 2 2 1 ˜
= ϕ̃(p) + 2 J(p) (p − m ) ϕ̃(−p) + 2 J(−p)
2 (2π)4 p − m2 p − m2
!
˜ 1 ˜
− J(p) J(−p)
p2 − m2

Maintenant faisons un changement de variable ϕ̃′ (p) ≡ ϕ̃(p) + p2 −m 1 ˜


2 J(p). Notons que la mesure

ne change pas, Dϕ = Dϕ, car le changement de variable revient à un ajout d’une “constante”,
ou plutôt d’un terme fonctionnellement indépendant de ϕ. On retrouve alors la même intégrale de
chemin que pour J = 0 à un facteur près, et c’est ce dernier qui contient toute la dépendance de
J : !
i
Z ˜ J(−p)
d4 p J(p) ˜
Z[J] = exp − Z[0] . (5.36)
2 (2π)4 p2 − m2
p
A priori l’intégrale sur p0 est ambigüe à cause des pôles à p0 = ± |⃗ p|2 + m2 ≡ ±ωp⃗ . Or, pour
définir l’intégration de chemin dans Z[J], nous avions remplacé t → t(1−iϵ). En espace de Fourier,
ce remplacement correspond à p0 → p0 (1 + iϵ), ce qui est la préscription de Feynman, évitant le
pôle à −ωp⃗ au-dessous et celui à +ωp⃗ au-dessus. Alors en fait on a
!
i
Z ˜ J(−p)
d4 p J(p) ˜
Z[J] = exp − Z[0] . (5.37)
2 (2π)4 p2 − m2 + iϵ

Après inversion de la transformation de Fourier, on obtient enfin la fonctionnelle génératrice pour


un champ scalaire libre :
 Z Z 
1 4 4
Z[J] = exp − d x d y J(x)DF (x − y)J(y) Z[0] (5.38)
2

avec l’expression de DF donnée comme avant (voir éq. (3.45)),

d4 p
Z
i
DF (x − y) = e−ip(x−y) . (5.39)
(2π)4 p2 − m2 + iϵ

Selon éq. (5.33), il faut prendre la dérivée seconde de la fonctionnelle génératrice pour trouver la
fonction à deux points :
 2
1 1 δ δ
⟨0| T ϕ(x1 )ϕ(x2 )|0⟩ = Z = DF (x1 − x2 ) . (5.40)
Z[0] i δJ(x1 ) δJ(x2 )
J=0

On a donc retrouvé l’ancien résultat du chapitre 3.4, comme on pouvait s’attendre : la fonction à
deux points de la théorie libre est le propagateur de Feynman.

35
Exemple : Fonctions à n > 2 points dans la théorie libre
Avec éqs. (5.33) et (5.38), on trouve pour la fonction à trois points

⟨0| T ϕ(x1 )ϕ(x2 )ϕ(x3 )|0⟩


 3  Z Z 
1 δ δ δ 1
= exp − d4 x d4 y J(x) DF (x − y) J(y) (5.41)
i δJ(x1 ) δJ(x2 ) δJ(x3 ) 2
J=0
= 0.
Le résultat s’annule car l’exponentielle est paire en J, sa dérivée troisième est alors impaire et
s’annule à J = 0. Le même raisonnement s’applique pour toutes les autres fonctions à n = (2m+1)
points :
⟨0| T ϕ(x1 )ϕ(x2 ) . . . ϕ(x2m+1 )|0⟩ = 0 . (5.42)
En conclusion, toutes les fonctions de correlation impliquant un nombre impair de champs sont
zéro dans la théorie libre.
Pour calculer la fonction à quatre points, développons l’exponentielle dans la fonctionnelle
génératrice. La seule contribution vient des termes avec exactement quatre facteurs de J (car,
si on prend la dérivée quatrième fonctionnelle, les termes avec moins que quatre facteurs de J
s’annulent, tant que les termes avec plus que quatre facteurs s’annuleront à J = 0). On trouve
ainsi
⟨0| T ϕ(x1 )ϕ(x2 )ϕ(x3 )ϕ(x4 )|0⟩
(5.43)
= DF (x1 − x2 )DF (x3 − x4 ) + DF (x1 − x3 )DF (x2 − x4 ) + DF (x1 − x4 )DF (x2 − x3 ) .

Similairement, on peut déduire un résultat géneral pour la fonction à (2n) points dans la théorie
libre. Il est connu sous le nom du théorème de Wick :
X
⟨0| T ϕ(x1 )ϕ(x2 ) . . . ϕ(x2n )|0⟩ = DF (xi1 − xi2 ) · · · DF (xi2n−1 − xi2n ) . (5.44)
appariements

Il n’est pas difficile d’obtenir les (mêmes) fonctions de correlation de la théorie libre par le forma-
lisme alternatif de la quantification canonique. On ne détaillera pas la procédure ici, mais elle se
trouve dans quasiment tous les livres sur la TQC.

Convergence et prolongement analytique


On termine avec quelques remarques, toujours plutôt heuristiques, sur la convergence des intégrales
de chemin. On les a introduites avec un poids exponentiel eiS[ϕ] dont l’exposant est purement
imaginaire. Pour les définir, il a donc fallu donner une petite partie imaginaire au paramètre t, de
manière équivalente que pour la définition d’une intégrale de Gauss avec un exposant purement
imaginaire (ou intégrale de Fresnel) dans un nombre fini de dimensions. Explicitement : on sépare
les parties positives et négatives de S,
!
Z 2 Z ⃗ 2
(∇ϕ) m2 2
3 ϕ̇ 3
S = Spos + Sneg , Spos = dt d x , Sneg = − dt d x + ϕ + Vint (ϕ)
2 2 2
(5.45)
(en supposant que Vint possède une borne inférieure, et sera donc positif au moins après ajout
d’une constante). Avec t → t(1 − iϵ), on a dt → (1 − iϵ) dt et ϕ̇2 → (1 − iϵ)−2 ϕ̇2 , et donc au
premier ordre en ϵ
iSpos → (i − ϵ)Spos , iSneg → (i + ϵ)Sneg . (5.46)
Par conséquent, Re(iS) est exponentiellement décroissant lorsque ||ϕ|| → ∞ (cf. exercices pour
les intégrales gaussiennes en dimension finie) et on peut s’attendre que l’intégrale converge.
Pas à pas, la procédure que l’on suit pour évaluer ces intégrales est :
1. on intègre dans le plan de t complexe avec la courbe d’intégration légérement penchée par rap-
port à l’axe réelle, t → t(1 − iϵ), pour obtenir une décroissance exponentielle de l’intégrande
à l’infini,

36
2. on évalue l’intégrale sur t et, en fonction de celle-ci, l’intégrale de chemin
3. on laisse tendre ϵ → 0 (mais en pratique, rien ne dépendra de la valeur précise de ϵ).
Mais le paramètre ϵ ne doit pas forcément être infinitésimal ; en fait, on peut obtenir le même
résultat avec une déformation conséquente du chemin d’intégration :
1. on intègre dans le plan de t complexe avec la courbe d’intégration tournée par 90◦ par rapport
à l’axe réelle, t → τ ≡ −it, ∂t → ∂τ = i∂t , dt → dτ = −i dt
2. on évalue l’intégrale et l’intégrale de chemin,
3. on inverse la rotation si nécessaire.
Cette dernière procédure s’appelle une rotation de Wick. Elle donne le résultat correct, pourvu
que, lors de la rotation de la courbe d’intégration dans le plan complexe, on ne croise pas pas de
pôles de l’intégrande.
Un exemple qui nous intéressera plus tard est l’intégrale suivante, calculée avec une rotation de
Wick :
d4 p d4 p
Z Z
1 p0 → ip0 1
4 2 2 n
→ i
(2π) (p − ∆ + iϵ) (2π) (−(p ) − p⃗ 2 − ∆2 )n
4 0 2
Z ∞
i 2π 2 |p|3
= 4
(−1)n d|p| (5.47)
(2π) 0 (|p|2 + ∆2 )n
i 1
= (−1)n 2
∆4−2n (n > 2) .
16π (n − 1)(n − 2)

Dans l’intégrale de chemin, la rotation de Wick t → τ donne lieu à ce qu’on appelle l’intégrale de
chemin euclidéenne
m2 2
Z Z  
−SE [ϕ] 4 1 2 1 2
Dϕ e , SE = d xE (∂τ ϕ) + (∇ϕ) + ϕ + Vint (ϕ) .
2 2 2

L’intégrale de chemin euclidéenne est mieux définie (car l’exposant est réel, donc l’intégrande est
exponentiellement décroissante lorsque ∥ϕ∥ → ∞) et souvent plus facile à évaluer : on peut se
servir de l’approximation du point col ( → exercices) ou des méthodes numériques comme de la
TQC sur réseau. En plus, la rotation de Wick fait le lien entre des notions importantes liés en
physique quantique et en physique statistique :
physique quantique physique statistique
intégrale de chemin intégrale de chemin euclidéenne
1
équation de Schrödinger i∂t ψ = 2m ∆ψ équation de diffusion ∂t u = D ∆u
opérateur d’évolution e iHt
facteur de Boltzmann e−βH
fluctuation quantique fluctuation thermique
fonctionnelle génératrice Z fonction de partition Z
potentiel effectif énergie libre

37
Chapitre 6

Théorie des perturbations et


diagrammes de Feynman

6.1 Fonctionnelle génératrice et diagrammes de Feynman


Dans ce chapitre on étudiera la théorie ϕ4 , un simple exemple d’une théorie avec interactions. Il
s’agit d’une théorie d’un champ scalaire réel avec le lagrangien
1 1 λ + δλ 2 4
L= Z∂µ ϕ∂ µ ϕ − (m2 + δm2 )Zϕ2 − Z ϕ . (6.1)
2 2 24
Le dernier terme est le terme d’interaction. Cette façon de paramétrer L prend en compte le fait
que, dans une théorie avec interactions, il n’y a pas de relation simple entre les coefficients des
différents termes du lagrangien et les observables physiques. Par exemple, le carré de la masse de la
particule m2 n’est pas le coefficient du terme quadratique en ϕ. De plus, si on définit le “couplage
physique” λ par une certaine section efficace de diffusion, voir plus tard, ce λ ne correspond pas
au coefficient du terme quartique, sauf au premier ordre en théorie des perturbations. Enfin, pour
que a† (⃗k)|0⟩ soit bien normalisé sur des états à une particule, il faut prendre Z ̸= 1 en présence
des interactions, comme on a vu lors de la dérivation de la formule LSZ.
2
Les paramètres Z, δm et δλ sont donc déterminés implicitement par les conditions que m soit la
masse physique de la particule, λ soit le couplage physique et a† (⃗k)|0⟩ soit bien normalisé. Dans
la limite d’une théorie sans interactions λ → 0, on aura Z → 1, δm2 → 0, et δλ → 0. En fait on
trouvera que Z = 1 + O(λ2 ), δm2 = O(λ) et δλ = O(λ2 ).
Cependant, pour l’instant on va poser Z = 1, δm2 = 0, δλ = 0 afin d’alléger la notation :

1 m2 2 λ 4
L= ∂µ ϕ∂ µ ϕ − ϕ − Vint (ϕ) , Vint (ϕ) = ϕ . (6.2)
2 2 24
Par conséquent, dans le reste de cette section, m et λ ne correspondront pas à la masse et au
couplage physique et le champ ϕ ne sera pas correctement normalisé. On va revisiter ce point dans
section 6.3. Notre objectif sera de construire les fonctions à n points sous forme de série entière
en λ, par analogie avec le formalisme de la théorie des perturbations en mécanique quantique.
On rappelle l’expression de la fonctionnelle génératrice :
Z  Z 
Z[J] = Dϕ exp i (L + Jϕ) . (6.3)

Observons encore que


1 δ i R Jϕ R
e = ϕei Jϕ (6.4)
i δJ

38
et plus généralement, pour une fonction ou fonctionnelle f quelconque dont l’action sur des
opérateurs différentiels est définie par sa série de Taylor,
  R
1 δ R
f ei Jϕ = f (ϕ)ei Jϕ . (6.5)
i δJ
λ 4
La théorie ϕ4 doit son nom au terme dans le lagrangien Vint (ϕ) = 24 ϕ dit potentiel d’interaction.
Selon l’identité ci-dessus, on peut remplacer le ϕ(x) dans Vint par l’opérateur différentiel 1i δJ(x)
δ
R
dans le produit avec ei Jϕ , alors on a
 Z   Z   Z    Z 
1 δ
exp −i Vint (ϕ) exp i Jϕ = exp −i Vint exp i Jϕ (6.6)
i δJ

ou bien, après multiplication avec l’exponentielle de l’action libre et intégration de chemin sur ϕ,
 Z   Z  Z  
1 δ 1 1
Z[J] = exp −i Vint Dϕ exp i (∂µ ϕ)2 − m2 ϕ2 + Jϕ , (6.7)
i δJ 2 2
| {z }
Z0 [J]

où Z0 [J] est la fonctionnelle génératrice de la théorie libre sans interactions. En résumé :
 Z  
1 δ
Z[J] = exp −i Vint Z0 [J] . (6.8)
i δJ

Rappelons maintenant que Z0 [J] est donné par éq. (5.38),


 Z 
1
Z0 [J] = Z0 [0] exp − d4 x d4 y J(x)DF (x − y)J(y) . (6.9)
2

On insère l’expression de Vint et on substitue les séries de Taylor des exponentielles :


∞ V X ∞ P
δ4
 Z  Z
X 1 iλ 1 1
Z[J] = Z0 [0] − d4 z − d4
x d4
y J(x)DF (x − y)J(y) .
V! 24 δJ(z)4 P! 2
V =0 P =0
(6.10)
Cette expression pour la fonctionnelle génératrice semble compliquée, mais il se trouve qu’il y a
une simple manière de représenter chacun des termes dans le développement de la somme double
par un diagramme, ce qui facilite largement son évaluation.
Regardons un terme générique T dans le développement d’éq. (6.10),
V Z P
δ4
 Z
Z[J] 1 4 4 4
= . . .+ −iλ d z d x d y (iJ(x))DF (x − y)(iJ(y)) +...
Z0 [0] V ! × 24 × P ! × 2P δJ(z)4
| {z }
≡T
(6.11)
Notons qu’il contient P facteurs de DF et 4V dérivées δ/δJ, et que chaque DF est associé à deux
facteurs de J. Après application des 4V dérivées, il y restent donc E = 2P − 4V facteurs de J. Le
terme T pourra alors contribuer à la fonction de correlation à E points (car celle-ci est obtenue
en prenant encore E dérivées fonctionnelles de Z par rapport à J, avant de poser J = 0).
Les différentes façons de répartir les dérivées δ/δJ entre les sources J peuvent être encodées par
des graphes appelés diagrammes de Feynman. On écrit
X D
T = (6.12)
S(D)
topologies

où le facteur de symétrie S(D) est un nombre entier et le diagramme de Feynman D représente
l’intégrale d’un produit de facteurs DF , iJ et −iλ. Il se compose des éléments graphiques

39
x y propagateur DF (x − y) (P au total)

d4 x iJ(x)
R
source externe (E au total)
x

d4 z
R
z vertex −iλ (V au total)

Pour explication : chaque extrémité d’une ligne (représentant un propagateur de Feynman) doit
être attachée soit à un point noir (représentant un facteur de J(x) qui n’a pas été supprimé par
un des δ/δJ(z)) soit à un vertex (représentant un facteur de J qui a été supprimé par une des
dérivées, auquel cas il y a trois autres J(z) du même z qui ont également été supprimés, et alors
trois autres extrémités de propagateurs attachés au même vertex).

Exemples :
E=0 V =1

E=2 V =0

E=2 V =1

E=2 V =2

E=4 V =0

E=4 V =1

E=4 V =2 + diagrammes déconnexes

Pour obtenir le facteur de symétrie S(D) par lequel il faut pondérer le diagramme d’une topologie
donnée, il faut compter le nombre de façons équivalentes de repartir les dérivées δ/δJ entre les
sources J dans T . Il se trouve que le facteur combinatoire résultant va supprimer le dénominateur
V !×24×P !×2P dans l’expression de T , voir éq. (6.11), sauf pour un entier S(D) qui est déterminé
par la symétrie du diagramme. Plus précisement, il est donné par le nombre de possibles permu-
tations des extremités de propagateur équivalentes, des propagateurs équivalents, des vertices
équivalents ou d’une combinaison d’entre eux qui ne changent pas la topologie du diagramme.

Exemples :
Le diagramme
Z
= d4 x d4 y d4 z iJ(x) DF (x − z) (−iλ) DF (z − z) DF (z − y) iJ(y)

a S = 2 × 2 = 4 : échanger les deux extremités du propagateur interne donne le même diagramme.


De même pour un échange simultané des deux propagateurs externes (connectés aux sources) et
P
 iciR V = 1,4E = 2R et P = 3, alors V ! × 24 × P ! × 2  = 1152, mais
des deux sources. Explicitement,
4 δ 4 4 3
un calcul direct montre que −iλ d z δJ(z)4 d x d y (iJ(x))DF (x − y)(iJ(y)) ne contient

40
que 288-fois l’expression du diagramme. Ce calcul confirme donc que S = 1152/288 = 4.
Le diagramme

a S = 8 : 2 (échanger les extremités du propagateur à gauche) ×2 (échanger les extremités du


propagateur à droite) ×2 (échanger le propagateur à gauche avec celui à droite).
Le diagramme

a S = 2 × 3! = 12 dont 3! pour une permutation des propagateurs internes et 2 pour échanger à


la fois toutes les extrémités des propagateurs internes, les sources et les propagateurs externes.
La conclusion finale est que Z[J] peut s’écrire comme une somme de diagrammes de Feynman,
chacun pondéré avec son facteur de symétrie S :
X
Z[J] = Z0 [0] (diagramme D) / (facteur de symétrie S(D)) . (6.13)
topologies

Diagrammes connexes
Un diagramme D s’appelle connexe si on peut relier tout point du diagramme à tout autre par
un chemin continu. Un diagramme D général est le produit de sous-diagrammes connexes. Pour
déterminer le facteur de symétrie de D, on écrit CI pour l’expression du I-ème sous-diagramme
connexe divisé par son propre facteur symétrie ; on a donc
D 1 Y
= (CI )nI (6.14)
S(D) SD
I

où SD est la partie du facteur de symétrie de D qui n’a pas encore été pris en compte dans les CI .
Il est donné par Y
SD = nI ! (6.15)
I

(venant des permutations des sous-diagrammes connexes de la même topologie). Donc



!
X D XY 1 YX (CI )nI Y X
Z[J] = = (CI )nI = = exp(CI ) = exp CI .
S(D) nI ! n =0
nI !
{nI } {nI } I I I I I
(6.16)
En conclusion, Z[J] est donné par la somme de tous les diagrammes pondérés, mais cette dernière
est encore donnée par l’exponentielle de la somme des diagrammes connexes pondérés.
Notons maintenant que les fonctions de correlation ne dépendent que de Z[J]/Z[0], et donc la
normalisation de Z[J] peut être choisie librement. Pour la suite, on adoptera la normalisation

Z[0] = 1 (6.17)

en posant
Z[J] = eiW [J] (6.18)
où X
iW [J] = CI . (6.19)
diagrammes
connexes,
E̸=0

Avec cette normalisation, les diagrammes de vide où E = 0 sont exclus de la somme, alors W [0] =
0. Tant que Z est la fonctionnelle génératrice des fonctions de correlation, iW = log Z est la
fonctionnelle génératrice des fonctions de correlation dites connexes.

41
6.2 Les règles de Feynman pour la théorie ϕ4
Pour le calcul des fonctions de correlation à n points ⟨0| T ϕ(x1 ) . . . ϕ(xn )|0⟩, on note que l’action
de la dérivée fonctionnelle
1 δ
i δJ(xk )
sur un diagramme de Feynman supprime un facteur iJ et associe à l’extrémité du propagateur où
J était attaché le point xk .

Fonction à un point
Dans la dérivation de la formule de LSZ, on avait demandé que le champ (potentiellement après
une rédéfinition) vérifie la condition
!
⟨0|ϕ(x1 )|0⟩ = 0 . (6.20)
Ici la fonction à un point peut se calculer comme

1 δ
⟨0|ϕ(x1 )|0⟩ = Z[J] . (6.21)
i δJ(x1 )
J=0

La seule contribution à la fonction à un point pourrait venir des diagrammes avec E = 1, mais il
n’y en a pas dans Z[J] pour la théorie ϕ4 . Donc en fait

⟨0|ϕ(x1 )|0⟩ = 0 (6.22)

est déjà vérifié sans que aucune rédéfinition soit nécessaire ; il s’agı̂t d’une conséquence du fait que
le lagrangien est pair en ϕ, et donc symétrique par ϕ → −ϕ. (On remarque que, si cette symétrie
est spontanément brisée avec un paramètre de masse m2 < 0, cette conclusion n’est plus valide.)

Fonction à deux points


Essayons de calculer la fonction à deux points. On a

1 δ 1 δ
⟨0| T ϕ(x1 )ϕ(x2 )|0⟩ = Z[J]
i δJ(x1 ) i δJ(x2 )
J=0

1 δ 1 δ 1 δ 1 δ
= iW [J] + iW [J] iW [J]
i δJ(x1 ) i δJ(x2 ) i δJ(x1 ) i δJ(x2 )
J=0 | {z } J=0
=0

1 δ 1 δ
= iW [J]
i δJ(x1 ) i δJ(x2 )
J=0
X
diagrammes connexes avec E=2, sources

= enlevées et avec ses extrémités à x1 et x2 .
(6.23)

À l’ordre λ0 ,
⟨0| T ϕ(x1 )ϕ(x2 )|0⟩ = x1 x2 + x2 x1 + O(λ)

1 1
= DF (x1 − x2 ) + DF (x2 − x1 ) + O(λ)
2 2 (6.24)
= DF (x1 − x2 ) + O(λ) .

Les facteurs 21 proviennent des facteurs de symétrie qu’on a intégrè ici dans la définition du
diagramme de Feynman. Le résultat au “0-ème” ordre est donc celui pour un champ scalaire libre
(comme attendu, car dans la limite λ → 0 il faut retrouver la théorie libre).
Pour les corrections jusqu’à O(λ2 ), on trouve

42
⟨0| T ϕ(x1 )ϕ(x2 )|0⟩ = 2 x1 x2 + x1 y x2 + x1 y1 y2 x2

y2
!
y1 y2
3
+ x1 y1 x2 + x1 x2 + O(λ )

= DF (x1 − x2 )
Z
1
+ d4 y DF (x1 − y)(−iλ)DF (y − y)DF (y − x2 )
2
Z
1
+ d4 y1 d4 y2 DF (x1 − y1 )(−iλ)DF (y1 − y1 )DF (y1 − y2 )(−iλ)DF (y2 − y2 )DF (y2 − x2 )
4
Z
1
+ d4 y1 d4 y2 DF (x1 − y1 )(−iλ)DF (y1 − y2 )(−iλ)DF (y2 − y2 )DF (y2 − y1 )DF (y1 − x2 )
4
Z
1
+ d4 y1 d4 y2 DF (x1 − y1 )(−iλ)DF (y1 − y2 )DF (y1 − y2 )DF (y1 − y2 )(−iλ)DF (y2 − x2 )
6
+ O(λ3 )
(6.25)

Dans la première ligne, le facteur 2 devant la parenthèse vient de x1 ↔ x2 . Les facteurs devant les
intégrales viennent des facteurs de symétrie résiduels. On retournera sous peu vers l’évaluation de
cette expression, mais regardons d’abord le cas général :

Fonction à n points
On peutR traiter des diagrammes générales dans la même façon. Chaque vertex apporte un facteur
(−iλ) dy, chaque propagateur un facteur DF . En résumé, on obtient les régles de Feynman dans
l’espace des positions pour retraduire les diagrammes en expressions algébriques :

1. Pour chaque point externe, x =1


2. Pour chaque propagateur, x y = DF (x − y)
z = (−iλ) d4 z
R
3. Pour chaque vertex,
4. Diviser par le facteur de symétrie.

Les calculs sont souvent plus simples dans l’espace des impulsions. On rappelle l’expression de DF
et sa transformée de Fourier :
d4 p
Z
i i
DF (x − y) = e−ip(x−y) ⇒ D
e F (p) = . (6.26)
(2π)4 p2 − m2 + iϵ p2 − m2 + iϵ

Alors, dans l’espace des impulsions, chaque propagateur est associé à une impulsion p. Pour un
vertex avec des impulsions entrantes p1,2,3,4 , on a
Z
(−iλ) d4 z e−ip1 z e−ip2 z e−ip3 z e−ip4 z = (−iλ)(2π)4 δ (4) (p1 + p2 + p3 + p4 ) (6.27)

et donc l’impulsion est conservée à chaque vertex. On obtient ainsi les régles de Feynman dans
l’espace des impulsions

p
1. Pour chaque point externe, = e−ipx
x

43
i
2. Pour chaque propagateur, p = p2 −m2 +iϵ
p1 p2
3. Pour chaque vertex, = (−iλ)(2π)4 δ (4) (p1 + p2 + p3 + p4 )
p3 p4
4. Intégrer toutes les impulsions.
5. Diviser par le facteur de symétrie.

ou plus pratiquement

p1 p2
3. Pour chaque vertex, = −iλ
p3 p4
4.a Imposer la conservation des impulsions à chaque vertex.
4.b Intégrer toutes les impulsions pas encore déterminées.
5. Diviser par le facteur de symétrie.

Dans la litterature, les diagrammes de Feynman que l’on rencontre le plus souvent ont déjà les
sources supprimées, c.-à-d. un diagramme ne représente pas à un terme dans la fonctionnelle
génératrice comme les diagrammes de section 6.1, mais plutôt un terme dans la fonction de cor-
relation comme ceux de section 6.2. Les facteurs de symétrie sont définis de manière correspon-
dante : comme on a vu ci-dessus, si on remplace des sources externes (indiscernables) par des
points d’espace-temps xk distincts, le facteur de symétrie est réduit.

Tentative d’exemple : La correction O(λ) à la fonction à deux points


On va maintenant essayer d’appliquer les règles de Feynman au calcul du diagramme
p3

p1 p2
x1 x2

d4 p1 d4 p2 d4 p3 ip1 x
Z
1 i i i
= e (−iλ)(2π)4 δ (4) (p1 − p2 ) 2 e−ip2 x2
(2π)4 (2π)4 (2π)4
2 p21 − m2 + iϵ p3 − m2 + iϵ p22 − m2 + iϵ
Z 4 Z 4
λ d p1 ip1 (x1 −x2 ) 1 d p3 1
=− e
2 (2π)4 (p21 − m2 + iϵ)2 (2π)4 p23 − m2 + iϵ
(6.28)

Pour évaluer l’intégrale de p3 , on effectue une rotation de Wick et on transforme aux coordonnées
sphériques : Z 4 Z ∞
d p3 1 i |p|3
= − d|p| . (6.29)
(2π)4 p23 − m2 + iϵ 8π 0 |p|2 + m2
Mais cette intégrale n’existe pas comme intégrale impropre (la primitive diverge comme ∼ |p|2
lorsque |p| → ∞, divergence quadratique) ! Il paraı̂t que la correction à la fonction à deux points
à l’ordre λ est en fait infinie. On est tombé sur une complication importante, omniprésente dans
la théorie des perturbations : avant d’obtenir des résultats physiquement raisonnables, il faut
renormaliser la théorie, voir ci-dessous dans section 6.3.

Résumé provisoire : Calcul des observables en théorie de perturbations


Pour calculer la section efficace pour un processus n → m :
1. On calcule et on additionne tous les diagrammes de Feynman avec n + m pattes externes
jusqu’à un ordre fixe en λ pour obtenir la fonction à n + m points ⟨0| T ϕ(x1 ) . . . ϕ(xn+m )|0⟩.

44
(Si quelques-uns des diagrammes divergent, il faut d’abord renormaliser la théorie, voir
section 6.3.)
2. On choisit les paramètres libres du lagrangien de la sorte que les prérequis pour notre
dérivation de la formule de LSZ sont remplis. Cette étape est étroitement liée avec la re-
normalisation, voir section 6.3 également.
3. Ainsi on obtient l’amplitude de transition ⟨f |i⟩ par la formule LSZ. Pour plus de détails, voir
chapitre 7.
4. Enfin on obtient la section efficace en prenant compte des facteurs cinématiques, voir aussi
chapitre 7.

6.3 Un premier regard à la renormalisation


Un propriété générale de toute théorie quantique des champs raisonnable est que la fonction à deux
points admet une représentation spectrale (pour une discussion approfondie, voir [Link]. le livre de
Weinberg) :
Z
iZ
d4 x ⟨0| T ϕ(x)ϕ(0)|0⟩eipx = 2 + (termes réguliers à p2 = m2 ) . (6.30)
p − m2
Ici m est l’énergie au repos du premier état excité, soit la masse de la particule. Autrement dit,
la transformée de Fourier de la fonction à deux points possède un pole simple à p2 = m2 . Par
exemple, dans la théorie libre,
1 1
L = ∂µ ϕ∂ µ ϕ − m20 ϕ2 , (6.31)
2 2
l’expression du propagateur de Feynman dans l’espace des impulsions est
Z
i
d4 x ⟨0| T ϕ(x)ϕ(0)|0⟩eipx = 2 (6.32)
p − m20

ce qui est bien de la forme d’éq. (6.30), avec m = m0 , Z = 1 et les “termes réguliers” zéro. Plus
généralement, Z = |⟨10 |ϕ(0)|0⟩|2 s’appelle la constante de renormalisation de la fonction d’onde ;
elle est donnée par le résidu au pôle au facteur i près (⟨10 | étant un état à une particule au repos).
Rappelons qu’on avait dérivé la formule de LSZ Eq. (4.22) pour des états incidents et émergents
avec p2 = m2 (“sur couche de masse”) et Z = 1, tel que ⟨k|ϕ(x)|0⟩ = eikx . Or, pour la théorie ϕ4 ,

1 1 λ0
L= ∂µ ϕ∂ µ ϕ − m20 ϕ2 − ϕ4 , (6.33)
2 2 24
on trouve Z ̸= 1 et m ̸= m0 ; en plus λ0 ne peut pas être identifié avec le couplage physique λ. Si
on souhaite tout de même écrire le lagrangien en fonction des quantités physiques m et λ et d’un
champ scalaire qui est normalisé comme un champ libre, il faut compenser la différence par des
termes supplémentaires.
Explicitement, après les redéfinitions
ϕ 1 1
ϕ → √ ≡ ϕr , m20 ≡ (m2 + δm2 ) , λ0 ≡ (λ + δλ ) (6.34)
Z Z Z2
on a
Z 1 λ0
L= ∂µ ϕr ∂ µ ϕr − Z m20 ϕ2r − Z 2 ϕ4r
2 2 24
Z 1 2 2 λ 4 1 δλ
= ∂µ ϕr ∂ ϕr − m ϕr − ϕr − δm2 ϕ2r − ϕ4r
µ
2 2 24 2 24 (6.35)
1 1 λ
= ∂µ ϕr ∂ µ ϕr − m2 ϕ2r − ϕ4r
2 2 24
1 1 δλ
+ δZ ∂µ ϕr ∂ µ ϕr − δm2 ϕ2r − ϕ4r
2 2 24

45
où δZ ≡ Z − 1. Ici les contre-termes δZ , δm2 , δλ doivent être choisis tel que le pôle du propagateur
est à p2 = m2 avec résidu i et tel que le couplage λ est le couplage physique. 1 Ce dernier est défini
par l’amplitude de transition à quatre points dans la limite cinématique où toutes les particules
incidentes/émergentes sont au repos :
p1 p2
1111
0000
0000
1111
0000
1111 → −iλ (pi → (m, ⃗0)) .
0000
1111
p3 0000
1111 p4

Il semble évident de regarder les contre-termes dans la dernière ligne d’éq. (6.35) comme des termes
supplémentaires qu’on aurait ajouté au lagrangien d’origine, mais ce n’est pas l’interprétation
correcte. Il s’agı̂t plutôt d’une écriture alternative du même lagrangien en utilisant un paramétrage
différent. Les premiers trois termes sont le lagrangien de départ, mais avec le champ ϕ remplacé
par un champ ϕr de normalisation différente, et avec les paramètres physiques m2 et λ comme
coefficients dans le potentiel. Vu que ce lagrangien n’est pas celui d’origine, il faut encore ajouter
la différence sous forme de contre-termes qui, à ce stade, sont définis implicitement.
De l’expression du lagrangien Eq. (6.35), on obtient des nouvelles règles de Feynman avec deux
nouveaux vertex à deux et à quatre points pour les contre-termes. Dans l’espace des impulsions,
on obtient :

p
1. Propagateur : = i
p2 −m2 +iϵ

2. Vertex : = −iλ
p
3. Contre-terme à deux points : = i(p2 δZ − δm2 )

4. Contre-terme de vertex : = −iδλ

Tout diagramme de Feynman doit maintenant être construit avec ces nouvelles règles, les règles
de Feynman en théorie des perturbations renormalisée. Pour plus de détails, notamment sur δZ et
δm2 , voir les exercices.
La procédure pour le calcul des amplitudes de transition est alors :
1. Calculer les corrections au propagateur et au vertex à un certain ordre en λ, en utilisant les
règles de Feynman modifiées. Le résultat sont deux fonctions de λ, m2 , δm2 , δλ , δZ et des
impulsions externes.
2. Fixer les valeurs de δm2 , δλ , δZ avec les conditions de renormalisation :
111111
000000
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
= −iλ à pi = (m, ⃗0)
000000
111111
000000
111111
111111
000000
000000
111111
000000
111111
000000
111111 i
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
= p2 −m2 + termes réguliers (deux conditions : pôle et résidu)
000000
111111
000000
111111
000000
111111

3. Une fois les contre-termes connus, on peut calculer une fonction à n points avec n quelconque
pour une configuration cinématique quelconque. Avec la formule de LSZ on en obtient l’ex-
pression de l’amplitude.
Problème : Comme on l’avait déjà remarqué en essayant de calculer la fonction à deux points à
111111
000000
000000
111111
000000
111111
000000
111111
l’ordre λ, le résultat que l’on trouve aux ordres supérieures pour , et en fait aussi
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
111111
000000
000000
111111
000000
111111
pour 000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
, est donné par des intégrales impropres divergentes dans l’ultraviolet, c.-à-d. quand
000000
111111
000000
111111

les impulsions des particules virtuelles dans la boucle tendent vers l’infini.
1. Cette définition de contre-termes, où schéma de soustraction, est le plus utile pour le calcul des amplitudes de
diffusion avec la formule de LSZ. Cependant parfois d’autres schèmes de soustraction sont plus convenients même
si la relation avec les amplitudes physiques est plus compliquée.

46
Solution :
1. Régularisation. Trouver une façon “intelligente” d’écrire ces intégrales comme

lim (une fonction qui diverge lorsque ϵ → 0) .


ϵ→0

Il n’y a pas de préscription universelle ni de définition précise de ce qui constitue une


régularisation “intelligente”. Au moins le régulateur devrait conserver toutes les symétries
de la théorie. Idéalement il affectera seulement la physique dans l’ultraviolet, l’objectif de la
procédure étant de cacher notre ignorance de la physique microscopique à courtes distances.
2. Renormalisation. Absorber les divergences dans les expressions des contre-termes, non ob-
servables.
3. Ensuite, toutes les observables physiques ne devraient plus dépendre de ϵ et, en particulier,
rester finies lorsque ϵ → 0.
Si cette procédure peut être effectuée, on dit que la théorie est renormalisable.
Pour un développement cohérent : on compte le nombre de boucles plutôt que les puissances
de λ (car ces dernières dépendent du nombre de particules externes n, [Link]. la fonction à
deux/quatre/six points au premier ordre est O(λ0 )/O(λ)/O(λ2 )). Ainsi, la correction du (k + 1)-
ème ordre en théorie des perturbations à un processus quelconque est donnée par les diagrammes
de Feymnan connexes à k boucles. En particulier, le premier ordre correspond aux diagrammes
sans boucles dits “diagrammes d’arbre”.

Exemple : Renormalisation de la théorie ϕ4 à une boucle


On va expliciter cette procédure en calculant les contre-termes pour la théorie ϕ4 au premier
ordre au-delà du niveau de l’arbre, c.-à-d. à une boucle. On commence avec la renormalisation du
vertex. Avec des diagrammes de Feynman amputés (sans compter les propagateurs externes, qui
sont tracés ici seulement pour indiquer comment les impulsions externes p1 . . . p4 rentrent dans le
diagramme), on a
p1 p3 p1 p3
p1 p3 p1 p3
1111
0000
0000
1111 p1 p p1 p
0000
1111
3 3
= + + + +
0000
1111
0000
1111 p2 p4 p2 p4
p2 p4 p2 p4
p2 p4 p2 p4

k+p

On calcule d’abord p où p ≡ p1 + p2 = p3 + p4 . Selon les règles de Feynman, il faut


k
intégrer l’impulsion k :
k+p
(−iλ)2 d4 k
Z
i i
p = . (6.36)
2 (2π)4 k 2 − m2 + iϵ (k + p)2 − m2 + iϵ
k

L’astuce de Feynman permet de combiner les dénominateurs (voir exercices) :


Z Z 1
1 1 1
= dx = dx
(k 2 − m2 )((k + p)2 − m2 )) (k 2 + 2x kp + x p2 − m2 )2
0 (ℓ2 + x(1 − x) p2 − m2 )2
(6.37)
avec ℓ ≡ k + x p (et donc d4 k = d4 ℓ). Puisque l’intégrande ne dépend que de ℓ2 , nous pouvons

47
transformer l’intégrale en coordonnées sphériques après une rotation de Wick t → −it :
Z 1
λ2 d4 ℓ
Z
1
= dx 2
2 (2π)4 0 (ℓ + x(1 − x) p2 − m2 )2
iλ2 d ℓE 1
Z 4 Z
1
= dx 2 (avec ∆2 (x) ≡ m2 − x(1 − x) p2 )
2 (2π)4 0 (ℓE + ∆2 (x))2
2 Z 1 Z ∞
? iλ 1 ℓ3E
= dx 2 dℓE 2 (facteur 2π 2 de l’intégration angulaire) .
2 0 8π 0 (ℓE + ∆2 (x))2
(6.38)

Pour ℓ2E ≫ ∆2 l’intégrande se comporte comme 1/ℓE , donc la primitive ∼ log(ℓE ) diverge lorsque
ℓE → ∞ : on a trouvé une divergence logarithmique dans l’ultraviolet. Pour traiter cette diver-
gence, il faut régulariser et renormaliser.
1. Régularisation. On utilise la régularisation dimensionnelle : les diagrammes sont calculés comme
fonctions analytiques du nombre d de dimensions d’espace-temps. Vu que le résultat sera une
fonction analytique de d, sauf pour les dimensions où il diverge, il est possible d’analytiquement
prolonger cette fonction aux valeurs non entiers de d. Seulement après renormalisation on va
ultérieurement prendre la limite d → 4.
Notamment, l’expression
dd ℓE
Z
1
(2π)d (ℓ2E + ∆2 )2
peut etre évalué pour d ̸∈ N avec l’aide de la fonction Gamma (voir annexe) :
∞ d−1
dd ℓE
Z Z Z
1 dΩd ℓE
2 = dℓE
(2π) (ℓE + ∆2 )2
d (2π)d 0 (ℓ2E + ∆2 )2
d ∞ d
(ℓ2E ) 2 −1
Z
1 2π 1 2
= d(ℓ2E )
(2π)d Γ( d2 ) 2
0 (ℓ2E + ∆2 )2
2− d2 Z 1
∆2

1 1 1 d d
= dy y 1− 2 (1 − y) 2 −1 avec y ≡ .
(4π) d/2 d
Γ( 2 ) ∆ 2
0 ℓ2E + ∆2
(6.39)

Avec les deux représentations de la fonction Bêta, voir éqns. (A.14) et (A.15), on trouve enfin
2− d2
dd ℓE
Z  
1 1 d 1
= Γ 2 − . (6.40)
(2π)d (ℓ2E + ∆2 )2 (4π)d/2 2 ∆2

La fonction Γ(z) a des pôles simples à z = 0, −1, −2, −3 . . ., donc Γ 2 − d2 a des pôles à d =


4, 6, 8 . . ., mais l’expression Eq. (6.40) est bien définie pour tout autre d. Puisqu’on s’intéresse au
résultat en d = 4, on pose d = 4 − 2ϵ. Eq. (6.38) s’écrit alors formellement
1 ϵ
iλ2
Z 
1 1
= lim dx Γ(ϵ) . (6.41)
ϵ→0 2 0 (4π)2−ϵ 2
∆ (x)

Bien entendu, cette expression diverge toujours dans la limite ϵ → 0, alors pour l’instant on va
garder ϵ non nul. On a

(4π)ϵ = eϵ log 4π = 1 + ϵ log(4π) + O(ϵ2 ) (6.42)


1
Γ(ϵ) = − γE + O(ϵ) (6.43)
 ϵ ϵ
1
= 1 − ϵ log ∆2 + O(ϵ2 ) (6.44)
∆2

48
et donc
1
iλ2
Z  
1
dx 1 + ϵ log(4π) + O(ϵ2 )
− γE + O(ϵ) 1 − ϵ log ∆2 + O(ϵ2 )
 
= lim
ϵ → 0 32π 2 0 ϵ
2 Z 1
 
iλ 1 2
= lim dx + log(4π) − γE − log ∆ (x)
ϵ → 0 32π 2 0 ϵ
Z 1
iλ2
 
1 2 2
= lim + log(4π) − γ E − dx log(m − x(1 − x)p ) .
ϵ → 0 32π 2 ϵ 0
(6.45)

On rappelle qu’on avait posé p = p1 + p2 . Evidemment le résultat sera le même pour les autres
deux diagrammes à une boucle si on remplace p → p1 − p3 ou p → p1 − p4 respectivement :
p1 p3
1
iλ2
 Z 
1 2 2
= lim + log(4π) − γE − dx log(m − x(1 − x)(p1 + p2 ) ) , (6.46)
ϵ → 0 32π 2 ϵ 0
p2 p4

p1 p3

1
iλ2
 Z 
1
= lim + log(4π) − γE − dx log(m2 − x(1 − x)(p1 − p3 )2 ) , (6.47)
ϵ → 0 32π 2 ϵ 0

p2 p4
p1 p3
1
iλ2
 Z 
1
= lim + log(4π) − γE − dx log(m2 − x(1 − x)(p1 − p4 )2 ) . (6.48)
ϵ → 0 32π 2 ϵ 0

p2 p4

2. Rénormalisation. La condition de renormalisation est que, pour p1 = p2 = p3 = p4 = (m, ⃗0),


p1 p3 p1 p3
p1 p3
p1 p p1 p
3 3
+ + + + = −iλ (6.49)
p2 p4 p2 p4
p2 p4
p2 p4 p2 p4

et alors
Z 1
iλ2
 
1
−iλ+ lim + log(4π) − γE − dx log(m2 − x(1 − x) 4m2 )
ϵ → 0 32π 2 ϵ 0
2
  (6.50)
iλ 1 2
+ 2 lim + log(4π) − γE − log m ) + (−iδλ ) = −iλ .
ϵ → 0 32π 2 ϵ

Le contre-terme δλ doit alors être donné par l’expression (divergente également)


1
λ2
 Z 
3
δλ = lim − 3 γE + 3 log(4π) − 2 log m2 − 2
dx log(m − 4 x(1 − x) m ) 2
. (6.51)
ϵ → 0 32π 2 ϵ 0

49
3. Vertex renormalisé au niveau d’une boucle. On combine ces résultats pour trouver
p1 p3 p1 p3
p1 p3
p1 p p1 p
3 3
+ + + +
p2 p4 p2 p4
p2 p4
p2 p4 p2 p4
1
iλ2 m2 − x(1 − x)(p1 + p2 )2
Z
= −iλ − dx log
32π 2 0 m2 − 4 x(1 − x)m2
!
m2 − x(1 − x)(p1 − p3 )2 m2 − x(1 − x)(p1 − p4 )2
+ log 2
+ log .
m m2
(6.52)
On pourrait évaluer l’intégrale sur x mais le résultat ne deviendra ni plus instructif ni plus simple.
À noter que le résultat final ne dépend plus de ϵ et est évidemment fini ; la divergence a été
absorbée par le contre-terme (qui n’est pas observable et n’a pas de significance physique, alors le
fait qu’il diverge ne devrait pas nous inquiéter). Avec ce contre-terme, on peut en fait calculer les
amplitudes de transition pour la diffusion ϕϕ → ϕϕ au second ordre en λ pour une configuration
cinématique p1 , p2 , p3 , p4 quelconque ; le résultat sera toujours fini.
On termine par la régularisation et renormalisation du propagateur. Au niveau d’une boucle,
q

p 1111
0000
0000
1111 p p p
0000
1111 = + +
0000
1111
0000
1111
d4 q
 Z 
i 1 i i 2 i
= 2 1 + (−iλ) + i(δZ p − δm2 ) 2
p − m2 + iϵ 2 (2π)4 q 2 − m2 + iϵ p2 − m2 + iϵ p − m2 + iϵ
(6.53)

Les conditions de renormalisation sont que le pôle de cette expression soit à p2 = m2 avec résidu
iZ = i :
p 0000
1111
0000
1111 i
0000
1111 = 2 + (régulier) (6.54)
0000
1111 p − m2
0000
1111
et donc la partie impliquant les contre-termes peut s’écrire
d4 q
Z
2 λ i
δZ p − δm2 = + (p2 − m2 )2 f (p2 , m2 ) (6.55)
2 (2π) q − m2 + iϵ
4 2

avec une fonction régulière f (p2 , m2 ). En comparant les coefficients de p4 , p2 et p0 à gauche et à


droite, on s’aperçoit que f (p2 , m2 ) = 0, que
δZ = 0 (6.56)
et que
d4 q
Z
λ i
δm2 = − . (6.57)
2 (2π)4 q 2 − m2 + iϵ
Le fait que le contre-terme de renormalisation de la fonction d’onde δZ s’annule au niveau d’une
boucle est spécifique à la théorie ϕ4 . Dans une théorie quantique des champs plus générale, δZ ̸= 0
à une boucle, et de même dans la théorie ϕ4 à partir de deux boucles. Quant à δm2 , on pourrait
en principe se contenter avec la forme d’éq. (6.57). Mais ici on va tout de même évaluer δm2 en
régularisation dimensionnelle, afin d’acquérir plus de familiarité avec cette technique.
1. Régularisation. L’intégrale Eq. (6.57) diverge quadratiquement dans d = 4 dimensions. Pour
d ̸= 4, une rotation de Wick donne
dd q
Z Z d
1 d qE 1
= −i 2 + m2 (6.58)
(2π)d q 2 − m2 + iϵ (2π)d qE

50
et donc avec d = 4 − 2ϵ
d4 q
Z
1 1
4 2 2
= − i lim Γ(−1 + ϵ)(m2 )1−ϵ
(2π) q − m + iϵ ϵ → 0 (4π)2−ϵ
 
i 1
m2 1 − ϵ log m2

= 2
lim (1 + ϵ log(4π)) − γ E + 1 (6.59)
16π ϵ → 0 ϵ
i m2
 
1 2
= lim − γ E + log(4π) + 1 − log m .
16π 2 ϵ → 0 ϵ

2. Renormalisation. En suivant le raisonnement ci-dessus, on déduit

λm2
 
1 2
δm2 = lim − γ E + log(4π) + 1 − log m . (6.60)
32π 2 ϵ → 0 ϵ

3. Propagateur renormalisé. En résumé, la renormalisation du propagateur à une boucle dans la


théorie ϕ4 n’est pas très intéressante, parce que le seul diagramme à une boucle dépend de p de
façon triviale : le contre-terme δm2 le supprime précisément, tant que δZ = 0. Alors en fait
p 1111
0000
0000
1111 p
0000
1111 = + O(λ2 ) . (6.61)
0000
1111
0000
1111
Remarques :
• On peut montrer : Avec les contre-termes δλ , δZ , δm2 ainsi déterminés, les fonctions à
n points au niveau d’une boucle pour un n quelconque et avec des impulsions/positions
externes quelconques peuvent être calculées sans tomber sur des divergences.
• Il suffit alors de mesurer deux quantités (la masse de la particule et la fonction à quatre
points pour des particules au repos) pour calculer toutes les observables. En général, une
théorie est renormalisable s’il faut fixer un nombre fini de contre-termes par des conditions
de renormalisation pour être prédictive.
• On peut montrer : Une théorie est renormalisable ⇒ tous les coefficients des termes dans
le lagrangien sont de dimension ≥ 0 (une condition nécessaire pour la renormalisabilité
en général qui est en fait nécessaire et suffisante pour des théories des champs scalaires,
potentiellement après une redéfinition des champs).
• Ainsi le terme cinétique ∂µ ϕ∂ µ ϕ, le terme de masse m2 ϕ2 et le terme d’interaction λϕ4
peuvent figurer dans une théorie renormalisable ([m2 ] = 2 et [λ] = 0) ; pareil pour des
termes linéaires f ϕ ou cubiques gϕ3 ([f ] = 3 et [g] = 1). En revanche, si on inclut des termes
comme Λ11 ϕ∂µ ϕ∂ µ ϕ ou Λ12 ϕ5 , alors la théorie devient non-renormalisable.
• Les divergences ici se sont produites dans la limite des énergies et impulsions de boucle
infiniment grandes (“divergences dans l’ultraviolet”) à cause de l’extrapolation aux échelles
de distance infiniment petites. La renormalisation sert à cacher les détails de la physique
UV.
• Il existe une autre classe de divergences, les divergences dans l’infrarouge. Ces dernières
apparaı̂tront dans les théories avec des particules sans masse, dans la limite d’énergies et
impulsions qui tendent vers zéro. Elles sont traitées de manière assez différente au niveau
technique ; on ne détaillera pas la procédure ici.

51
Chapitre 7

Sections efficaces et taux de


desintégration

7.1 Des fonctions de correlation aux éléments de matrice


On rappelle la formule de LSZ du chapitre 4.2 pour la diffusion 2 → 2 dans la théorie ϕ4 , afin de
définir l’élément de matrice de transition Mfi :
Z
′ ′ ′ ′
⟨f |i⟩ = i4 d4 x1 d4 x2 d4 x′1 d4 x′2 e−ip1 x1 −ip2 x2 +ip1 x1 +ip2 x2

(□1 + m2 )(□2 + m2 )(□′1 + m2 )(□′2 + m2 )⟨0| T ϕ(x1 )ϕ(x2 )ϕ(x′1 )ϕ(x′2 )|0⟩ (7.1)

≡ i(2π)4 δ (4) (p1 + p2 − p′1 − p′2 )Mfi

La fonction delta apparaı̂t parce que l’impulsion totale est conservée. Mfi est, en générale, une
fonction des impulsions, de la masse et du couplage. Elle contient toutes les informations sur la
dynamique du processus de diffusion, alors il n’y a pas besoin de calculer la fonction de correlation
si on peut obtenir Mfi directement. Pour des processus de diffusion autres que 2 → 2, Mfi est
défini de manière analogue avec une fonction δ qui porte sur toutes les impulsions des particules
entrantes et sortantes.
En fait il est possible d’extraire Mfi des diagrammes de Feynman, sans passer par les fonctions de
correlation et la formule LSZ. En pratique, on préférera alors cette approche directe si l’objectif
final est de calculer une section efficace ou un taux de désintégration. Le lien entre Mfi et les
diagrammes de Feynman dits amputés est détaillé dans ce qui suit, avec toujours la diffusion
2 → 2 comme exemple.
Au niveau de l’arbre : il n’y a qu’un seul diagramme (les diagrammes non connexes ne contri-
buent pas, ils correspondent au cas où les particules se manquent), à savoir

x1 x’1
⟨0| T ϕ(x1 )ϕ(x2 )ϕ(x′1 )ϕ(x′2 )|0⟩ =
x2 x’2
Z
= (−iλ) d4 y DF (x1 − y)DF (x2 − y)DF (x′1 − y)DF (x′2 − y) .
(7.2)

52
On utilise que (□ + m2 )DF (x − y) = −iδ (4) (x − y) dans la formule LSZ :
Z
′ ′ ′ ′
⟨f |i⟩ = d4 x1 d4 x2 d4 x′1 d4 x′2 e−ip1 x1 −ip2 x2 +ip1 x1 +ip2 x2
Z
(−iλ) d4 y (−i)δ (4) (x1 − y)(−i)δ (4) (x2 − y)(−i)δ (4) (x′1 − y)(−i)δ (4) (x′2 − y)
Z (7.3)
′ ′
= − iλ d4 y e−i(p1 +p2 −p1 −p2 )y

= − iλ (2π)4 δ (4) (p1 + p2 − p′1 − p′2 )

et alors on trouve
Mfi = −λ . (7.4)

Aux ordres supérieurs : Schématiquement, la fonction à quatre points connexe peut se


représenter comme
x1 x1’
2 2
⟨0| T ϕ(x1 )ϕ(x2 )ϕ(x′1 )ϕ(x′2 )|0⟩ = (7.5)
4

2 2
x2 x2’

où 2 représente la fonction à deux points, y compris toutes les corrections à boucles, et

similairement 4 représente le vertex et toutes ses corrections quantiques :

2 = + + + + + + ...

4 = + + + + + + + ...

Or on sait que la fonction à deux points renormalisée 2 possède un pôle à p2 = m2 avec


résidu i. Alors, en appliquant la formule LSZ, les facteurs −i(p2 − m2 ) vont supprimer les pôles
correspondantes aux pattes externes i/(p2 − m2 ) (dans l’espace de positions, les opérateurs de
Klein-Gordon □ + m2 vont tomber sur les propagateurs externes renormalisés et produire des
fonctions delta, comme on a vu explicitement au niveau de l’arbre).

On peut alors directement calculer Mfi à partir des diagrammes amputés qui correspondent à 4 ,
c’est-à-dire, la somme des diagrammes connexes sans pattes externes, avec impulsions entrantes
p1 , p2 , −p′1 , −p′2 :

i(2π)4 δ (4) (p1 + p2 − p′1 − p′2 ) Mfi


(7.6)
Z
′ ′ ′ ′
= d4 x1 d4 x2 d4 x′1 d4 x′2 e−ip1 x1 −ip2 x2 +ip1 x1 +ip2 x2 ⟨0| T ϕ(x1 )ϕ(x2 )ϕ(x′1 )ϕ(x′2 )|0⟩amputé

Ici “patte externe” signifie un propagateur renormalisé connecté à un point externe du diagramme,
c.-à.-d. 2 incluant toutes les corrections à boucles à la fonction à deux points. Ainsi, un
diagramme générique est amputé comme, par exemple,

53
amputer

Exemple à une boucle : Avec les variables de Mandelstam

s =(p1 + p2 )2 (7.7)
t =(p1 − p′1 )2 (7.8)
u =(p1 − p′2 )2 (7.9)

on trouve, selon Eq. (6.52),


Z 1
λ2 m2 − s x(1 − x)
  
Mfi = −λ − dx log + (s ↔ t) + (s ↔ u) + 2 . (7.10)
32π 2 0 m2

La généralisation d’éq. (7.6) aux processus 2 → n est évidente :


• il y aura plus de variables d’impulsion dans la fonction delta et dans l’exponentielle,
• au lieu de la fonction à quatre points, il faut regarder la fonction à 2 + n points,
• toutes les 2 + n pattes externes doivent être amputées.

7.2 La diffusion : les processus 2 → 2 et 2 → n


Dans l’expérience, on ne mesure pas directement les éléments de matrice de transition Mfi mais
plutôt des sections efficaces de diffusion. Introduisons le volume caractéristique V et le temps
caractéristique T du processus (dont le résultat final ne dépendra pas, alors ultérieurement on
pourra les faire tendre → ∞) et définissons la section efficace différentielle

1
dσ = dP . (7.11)

Ici Φ est le flux incident sur la cible et dP est la probabilité différentielle pour la diffusion dans
une sous-region de l’espace des phases pour l’état final. Pour un processus 2 → n avec impulsions
initiales et finales
|i⟩ = |p1 ⟩|p2 ⟩ , ⟨f | = ⟨p′1 | · · · ⟨p′n | (7.12)
on a
2 n 
d3 p′k

|⟨f |i⟩| Y
dP = dΠ dΠ = V . (7.13)
⟨f |f ⟩⟨i|i⟩ (2π)3
k=1

À cause de notre choix de normalisation pour les états à une particule, l’expression de
2
|⟨f |i⟩| /(⟨f |f ⟩⟨i|i⟩) contient des facteurs δ (3) (⃗0) et δ (4) (0) qui sont régularisés par le volume V et
temps T : Z
1 ⃗ V TV
δ (3) (⃗0) = 3
d3 x ei⃗x·0 = 3
, δ (4) (0) = . (7.14)
(2π) (2π) (2π)4
En détail, on a
!2
 X 
2 2
|⟨f |i⟩| = (2π)4 δ (4) p1 + p2 − p′k |Mfi |
k
 X  2
4 (4)
= (2π) δ p1 + p2 − p′k (2π)4 δ (4) (0) |Mfi | (7.15)
k
 X  2
= (2π)4 δ (4) p1 + p2 − p′k (V T ) |Mfi |
k

54
ainsi que

⟨i|i⟩ = ⟨p1 |p1 ⟩⟨p2 |p2 ⟩ = (2π)3 2ωp⃗1 δ (3) (⃗0) (2π)3 2ωp⃗2 δ (3) (⃗0) = 4 E1 E2 V 2 , (7.16)
Y
⟨f |f ⟩ = (2 Ek′ V ) . (7.17)
k

Ensemble les éqs. (7.13), (7.15), (7.16) et (7.17) donnent


 
δ (4) p1 + p2 − k p′k (2π)4 T V
P
2
Y  d3 p′ 
k
dP = |Mfi | V
4 E1 E2 V 2 k (2 Ek′ V )
Q
(2π)3
k (7.18)
T 1 Y   X  2
= dp ′
g (2π) δ
k
4 (4)
p1 + p2 − p′k |Mfi | .
V 4 E1 E2
k k

g′ .
Ici on a utilisé la définition d’éq. (3.21) pour la mesure de l’espace de phase invariante dpk

De plus, on peut exprimer le flux Φ dans le référentiel du repos de la particule 1 par la 3-vitesse
⃗v2 de la particule 2,
|⃗v2 |
Φ= . (7.19)
V
Plus généralement, on peut passer de ce référentiel à d’autres référentiels d’intérêt par un boost de
Lorentz en direction ⃗v1 − ⃗v2 ; notamment, le référentiel du centre de masse, ou bien un référentiel
quelconque dans lequel un expérimentateur voit les particules intiales entrer en collision à un angle
de 180◦ . Dans un tel référentiel, on a

|⃗v1 − ⃗v2 |
Φ= . (7.20)
V
En utilisant les éqs. (7.18) et (7.20) dans l’éq. (7.11), on obtient enfin l’expression de la section
efficace différentielle pour la diffusion 2 → n :

n n
!
1 Y X 2
dσ = g′ (2π)4 δ (4)
dpk p1 + p2 − p′k |Mfi | . (7.21)
4 E1 E2 |⃗v1 − ⃗v2 |
k=1 k=1

A noter que tous les facteurs de T et V se suppriment dans le résultat final. Cette expression est
invariante de Lorentz par des boost en direction ⃗v1 − ⃗v2 (mais pas par des transformations de
Lorentz générales).
La section efficace totale est Z
σ= dσ . (7.22)

Si l’état final contient n′ particules indiscernables, il faut encore la multiplier par un facteur 1
n′ !
afin de ne pas surdénombrer des configurations équivalentes.
Dans le cas spécial de la diffusion 2 → 2, l’expression de la section efficace différentielle peut être
simplifiée encore. On choisit le référentiel du centre de masse où p⃗1 + p⃗2 = 0 (= p⃗1 ′ + p⃗2 ′ ). Dans
ce référentiel,

g′ (2π)4 δ (4) (p1 + p2 − p′ − p′ ) =d3 p′1 d3 p′2


g′ dp
dp1 2 1 2 (2π)4 δ (4) (p1 + p2 − p′1 − p′2 )
(2π)3 2E1′ (2π)3 2E2′
(7.23)
d3 p′1 ′ ′ p1 ′ |2 d|⃗
√  |⃗ p1 ′ | dΩ ′ ′
√ 
= δ E1 + E2 − s = δ E1 + E2 − s
16π 2 E1′ E2′ 16π 2 E1′ E2′

où comme avant s = (p1 + p2 )2 , et E1′ et E2′ sont donnés en fonction de |⃗ p1 ′ | comme
q q
E1′ = m′1 2 + |⃗ p1 ′ |2 , E2′ = m′2 2 + |⃗p1 ′ |2 . (7.24)

55
Pour transformer la fonction δ, on rappelle l’identité
Z X 1
dx δ(f (x)) = . (7.25)
|f ′ (x i )|
xi : f (xi )=0

Ici l’argument de la fonction δ est √


E1′ + E2′ − s,
ce qui s’annule à r
′ (s − (m′1 + m′2 )2 ) (s − (m′1 − m′2 )2 )
|⃗
p1 | = ≡ pCM . (7.26)
4s
La quantité pCM est le module de la 3-impulsion dans le référentiel du centre de masse. La dérivée
de l’argument de la fonction δ est

∂ ′ ′
√  |⃗ p1 ′ | |⃗
p1 ′ | p1 ′ | (E1′ + E2′ ) |⃗p1 ′ |=pCM pCM s
|⃗
E + E − s = + = = (7.27)
p1 ′ |) 1
∂(|⃗ 2
E1′ E2′ E1′ E2′ E1′ E2′

Si on insère ce résultat dans éq. (7.23), on obtient

g′ (2π)4 δ (4) (p1 + p2 − p′ − p′ ) = pCM


g′ dp
dp1 2 1 2 p1 ′ | − pCM ) | d|⃗
√ δ (|⃗ p1 ′ | dΩ (7.28)
16π 2 s

et alors
dσ 1 1 pCM
= √ |Mfi |2 . (7.29)
dΩ 64π 2 E1 E2 |⃗v1 − ⃗v2 | s
Cette formule est valide généralement, même pour des espèces de particules différentes. Si, de plus,
les quatre masses sont identiques, alors on a

p⃗2 p⃗1 p1 |
2|⃗ 2 pCM
|⃗v2 − ⃗v1 | = − = = (7.30)
E2 E1 E1 E1

et E1 = E2 = s/2, d’où
2
dσ |Mfi |
= . (7.31)
dΩ 64π 2 s
2
Par exemple, pour la diffusion ϕϕ → ϕϕ dans la théorie ϕ4 au niveau de l’arbre, on a |Mfi | = λ2
et deux particules indiscernables dans l’état final, ce qui donne pour la section efficace totale

λ2
σ= . (7.32)
32π s

7.3 La désintégration : les processus 1 → n


Strictement dit, le formalisme de LSZ ne peut pas être employé pour décrire les processus de
désintegration, car une particule instable ne peut pas exister à T → ±∞. Il est tout de même
possible de simplement ignorer cette complication et néanmoins arriver au résultat physique correct
en généralisant éq. (7.21) : dans le référentiel où la particule initiale est au repos, p⃗1 = 0 et E1 = m1 ,
alors la largeur différentielle est

n
!
1 Y g′ X 2
dΓ = dpk (2π)4 δ (4) p1 − p′k |Mfi | . (7.33)
2m1
k=1 k

La largeur totale Z
Γ= dΓ (7.34)

doit encore être multipliée par 1/n′ ! pour tout ensemble de n′ particules indiscernables dans l’état
final.

56
Chapitre 8

Fermions

8.1 Le groupe et l’algèbre de Lorentz


µ′ ′
Pour rappel, les transformations de Lorentz xµ → x′ = Λµν xν préservent le produit scalaire
lorentzien kx = kµ xµ = gµν k µ xν , c.-à-d. ΛgΛT = g. L’ensemble des transformations Λ forment
le groupe de Lorentz O(3, 1), un exemple d’un groupe de Lie (un groupe qui est aussi une variété
différentielle). La composante connexe de O(3, 1) contenant l’élément d’identité forme un sous-
groupe, le groupe des transformations de Lorentz propres orthochrones SO↑ (3, 1).
Quelques exemples de transformations propres orthochrones sont donnés par :
les rotations par un angle α dans le plan (x1 , x2 ),
 
1
 cos α sin α 
Λ= , (8.1)
 − sin α cos α 
1

ou bien les boost avec rapidité η selon x1 ,


 
cosh η sinh η
 sinh η cosh η 
Λ=  (8.2)
 1 
1
p
avec cosh η = γ = √ 1
et sinh η = cosh2 β − 1 = βγ.
1−β 2

Les éléments de SO↑ (3, 1) peuvent se construire par l’application exponentielle,


 
i i
Λ = exp − ωκλ M κλ = 1 − ωκλ M κλ + O ||ω||2

(8.3)
2 2

Ici ωκλ est une matrice 4 × 4 réelle antisymétrique contenant les trois angles et les trois rapidités.
(Dans une matrice 4 × 4 antisymétrique, il y a six paramètres indépendants.) Les M κλ = −M λκ
sont des matrices 4 × 4 avec les éléments

(M κλ )µν = i δµκ δνλ − δνκ δµλ .



(8.4)

Elles s’appellent les générateurs de Lorentz ; encore, en vue de l’antisymétrie des indices κλ, il
n’y a que six générateurs indépendants. Ils vérifient les relations de commutation de l’algèbre de
Lorentz
[M κλ , M ρσ ] = i g λρ M κσ − g κρ M λσ − g λσ M κρ + g κσ M λρ .

(8.5)

57
L’algèbre de Lorentz est l’espace vectoriel engendré par les générateurs. Il s’agit d’un exemple d’une
algèbre de Lie, qui est l’espace tangent à l’identité du groupe de Lie associé. Moins formellement,
ses éléments sont les “transformations infinitésimales”. Pour résumer, l’algèbre de Lie des ωκλ M κλ ,
i
so(3, 1), génère le groupe de Lie des Λ = e− 2 ωM , SO↑ (3, 1), par l’application exponentielle.
Une représentation n-dimensionnelle de so(3, 1) est un ensemble de 6 matrices n × n
f01 , M
{M f02 , M
f03 , M
f12 , M
f13 , M
f23 } telles que
 
0 f01
M f02 M
M f03
 f01 f12 Mf13 
fκλ ) =  −M 0 M
(M (8.6)

 f02 f12 f23 
 −M −M 0 M 
−Mf03 −Mf13 −Mf23 0

vérifie l’algèbre éq. (8.5).


Exemples :
• M
fκλ = M κλ comme dans éq. (8.4), dite la représentation vectorielle (parce qu’elle génère
les transformations de Lorentz des vecteurs Λµν ).
fκλ = 0, la représentation triviale (non fidèle), qui génère seulement l’identité e0 = 1.
• M
• La représentation de Dirac : Soient γ µ = (γ µαβ ) un ensemble de 4 matrices 4 × 4 telles que

(γ µ γ ν + γ ν γ µ )α µν α
β = 2 g δβ (algèbre de Clifford) (8.7)

alors les matrices


fκλ = i [γ κ , γ λ ] ≡ γ κλ
M (8.8)
4
forment une représentation 4-dimensionnelle de l’algèbre de Lorentz (preuve : exercices).
Cette représentation n’est pas isomorphe à la représentation vectorielle. Il se trouve que
toutes les représentations des γ sont équivalents (liées par des transformations unitaires). Ici
on va utiliser la représentation de Weyl de l’algèbre de Clifford,

0 1 σi
   
0
γ0 = , γi = (8.9)
1 0 −σ i 0
   
i 1 0 1 2 0 −i
avec les σ = les matrices 2 × 2 de Pauli, σ = , σ = , σ3 =
  1 0 i 0
1 0
.
0 −1
Pour construire une théorie quantique des champs invariante par des transformations de Lorentz,
les champs doivent se transformer de façon covariante = prendre ses valeurs dans un espace
vectoriel n-dimensionnel qui porte une représentation n-dimensionnelle de so(3, 1).
Anciens exemples :
• le champ scalaire à une seule composante, qui se transforme par la représentation triviale :
ϕ → Λϕ avec Λ = 1.
• le champ vectoriel à quatre composantes, qui se transforme par la représentation vectorielle :
Aµ → Λµν Aν avec Λ la matrice de la transformation de Lorentz, Λ = exp(− 2i ωM ).

8.2 Le champ de Dirac


Nouvel exemple :

• le champ de Dirac (spineur de Dirac) à quatre composantes, qui se transforme par la


représentation de Dirac :
 α
i
ψ α → Λα
β ψ β
, Λα
β = exp − ω κλ γ κλ
. (8.10)
2 β

58
Les premiers termes du lagrangien qui sont réels et invariants par Lorentz sont (→ exercices) :

L = ψ α i(γ µ )α α
 β
β ∂µ − m δβ ψ . (8.11)

Ici on a défini
ψ ≡ ψ† γ 0 . (8.12)
Les équations de mouvement (→ exercices) sont l’équation de Dirac

(iγ µ ∂µ − m) ψ = 0 (8.13)

et sa conjuguée (on a supprimé les indices des spineurs). L’équation de Dirac implique l’équation
de Klein-Gordon car
0 = (−iγ µ ∂µ − m)(iγ ν ∂ν − m)ψ
= (γ µ γ ν ∂µ ∂ν + m2 )ψ
1 
= (γ µ γ ν + γ ν γ µ ) ∂µ ∂ν + m2 ψ (8.14)
2| {z }
2 g µν

= (□ + m2 )ψ

mais elle est plus restrictive : un objet à quatre composantes qui sont toutes des solutions de
l’équation de Klein-Gordon n’est en général pas une solution de l’équation de Dirac, voir ci-dessous.
La représentation de Dirac est réductible : Si on pose
 
ψL1
 ψL2 
ψ=  ψR1  ,
 (8.15)
ψR2

alors les objets à deux composantes ψL et ψR ne sont pas melangés par les transformations de
Lorentz propres. Ils s’appellent spineurs de Weyl (à main gauche, “left-handed”, et à main droite,
“right-handed”). Pour l’opérateur de chiralité

γ 5 ≡ iγ 0 γ 1 γ 2 γ 3 (8.16)

on trouve les vecteurs propres et valeurs propres


       
5 0 0 5 ψL ψL
γ = , γ =− . (8.17)
ψR ψR 0 0

γ 5 commute avec les générateurs de Lorentz (→ exercices), ce qui montre que ψL et ψR se trans-
forment indépendamment. Les représentations de l’algèbre de Lorentz correspondantes s’appellent
les représentations de Weyl à main gauche et à main droite respectivement ; elles sont irréductibles
à leur tour.
Les spineurs de Weyl décrivent des fermions sans masse. Pour écrire un terme de masse 1 il en faut
toujours deux que l’on peut arranger dans un spineur de Dirac, donc on va désormais utiliser des
spineurs de Dirac exclusivement.

Les solutions de l’équation de Dirac


Les solutions de l’équation de Klein-Gordon

(□ + m2 )ψ α = 0 (8.18)
1. Plus précisement, un terme de masse “de Dirac” comme dans éq. (8.11) — pour des spineurs neutres dits “de
Majorana”, il existe un autre type de terme de masse.

59
sont les superpositions des ondes planes ; par exemple les ondes planes progressives

p)e−ipx avec p2 = m2 ,
ψ α (x) = uα (⃗ p0 > 0 . (8.19)

En insérant cette solution dans l’équation de Dirac on trouve la contrainte supplémentaire

(γ µ pµ − m)u(⃗
p) = 0 . (8.20)

On va maintenant chercher la solution la plus générale de cette contrainte pour obtenir une solution
générale de l’equation de Dirac. Dans le référentiel du repos, p = (m, ⃗0) et

−1 1
 
0 = (mγ − m1)u(0) = m
0 ⃗ ⃗
1 −1 u(0) (8.21)

donc

 
ξ
u(⃗0) = m (8.22)
ξ
avec ξ un spineur à deux√ composantes quelconque. On choisit la normalisation conventionnelle
ξ † ξ = 1 (le coefficient m est aussi conventionnel, et semble étrange à cause de sa dimension, mais
les observables physiques impliqueront toujours des bilineaires des spineurs). Dans une solution
de l’équation de Dirac, il y a alors seulement deux degrés de liberté indépendants contenus dans
le spineur u(⃗ p) ; on trouvera plus tard qu’ils correspondent aux états de spin de la particule.
Dans un référentiel quelconque, on obtient u(⃗ p) par un boost de Lorentz appliqué à u(⃗0). Les
générateurs des boost de la représentation de Dirac dans la direction des xi sont les matrices
K i ≡ γ 0i . Avec
p⃗
p̂ ≡ (8.23)
|⃗
p|
un vecteur unitaire en direction de l’impulsion et
|⃗
p| |⃗
p|
η = sinh−1 = tanh−1 0 (8.24)
m p
la rapidité qui paramètre le boost, on a alors pour la transformation de Lorentz

Λ = e−iηp̂·K (8.25)

et
⃗√
 
ξ
p) = e−iηp̂·K m
u(⃗ . (8.26)
ξ
On peut décomposer
 u(⃗
p) en spineurs de base en choisissant une base dans l’espace des ξ : avec
ξ+ = 10 et ξ− = 01 on a

⃗√
 
ξs
p) = e−iηp̂·K m
us (⃗ (s = +, −) . (8.27)
ξs

Un autre type de solution de l’équation de Dirac implique des ondes planes regressives

p)e+ipx avec p2 = m2 ,
ψ = v(⃗ p0 > 0 . (8.28)

Les mêmes considérations qu’avant donnent la contrainte

(γ µ pµ + m)v(⃗
p) = 0 (8.29)

et les spineurs de base

⃗√
 
−iη p̂·K ξs
vs (⃗
p) = e m (s = +, −) . (8.30)
−ξs

60
Enfin, on va établir quelques identités utiles pour les spineurs de base vs et us ainsi que pour
ūs ≡ u†s γ 0 et v̄s ≡ vs† γ 0 . Notons que
i 0 0 i 0 i i
γ0K iγ0 = (γ 0 )2 γ i γ 0 − γ 0 γ i (γ 0 )2 = − [γ 0 , γ i ] = −K i = (K i )†

γ [γ , γ ]γ = (8.31)
4 4 4
et donc
γ 0 K i = (K i )† γ 0 (8.32)
d’où on déduit
 †
⃗ ⃗† ⃗
p) = u† (⃗
ū(⃗ p)γ 0 = e−iηp̂·K u(⃗0) γ 0 = u† (⃗0)e+iηp̂·K γ 0 = ū(⃗0)eiηp̂·K . (8.33)

Alors les exponentielles se suppriment dans les combinaisons bilinéaires comme ū(⃗
p)u(⃗
p) et on
obtient †
√ √
  
ξr ξs
ūr (⃗ p) = ūr (⃗0)us (⃗0) = m
p)us (⃗ m = 2 m δrs . (8.34)
ξr ξs
De même,

v̄r (⃗ p) = − 2 m δrs ,
p)vs (⃗
ūr (⃗
p)vs (⃗
p) = 0 , (8.35)
v̄r (⃗
p)us (⃗
p) = 0 .

Plus tard on aura besoin des sommes de spins qui s’écrivent, dans le référentiel du repos,
X
us (⃗0)ūs (⃗0) = mγ 0 + m ,
s=+,−
X (8.36)
vs (⃗0)v̄s (⃗0) = mγ 0 − m .
s=+,−

Dans un référentiel général on obtient


X
us (⃗
p)ūs (⃗
p) = /p + m ,
s=+,−
X (8.37)
vs (⃗ p) = /p − m .
p)v̄s (⃗
s=+,−

Ici on a introduit la notation du slash de Feynman, pµ γ µ ≡ /p, γ µ ∂µ ≡ /∂ etc.

8.3 La quantification canonique du champ de Dirac libre


Pour quantifier le champ de Dirac, il se trouve qu’on ne peut pas procéder comme on l’avait fait
pour le champ scalaire, en promouvant les champs en opérateurs et en imposant des relations de
commutation canoniques. Si on suivait ce chemin, soit que l’on perdrait l’unitarité de la théorie
(impliquant une violation de la conservation de probabilité), soit que l’on tomberait sur un hamil-
tonien sans borne inférieure (alors il n’existerait plus d’état fondamental). À la place des relations
de commutation, il faut imposer plutôt des relations de anticommutation 2 à temps égaux entre ψ
et son moment conjugué ∂L/∂ ψ̇ = iψ † :

{ψ α (t, ⃗x), ψβ† (t, ⃗x′ )} = δ (3) (⃗x − ⃗x′ )δβα ,


(8.38)
{ψ α (t, ⃗x), ψ β (t, ⃗x′ )} = 0 = {ψα† (t, ⃗x), ψβ† (t, ⃗x′ )} .

En fait, dans toute théorie quantique des champs relativiste, il est possible d’établir un théorème
important connu sous le nom de théorème spin-statistique. Il affirme que, afin d’obtenir une théorie
2. L’anticommutateur entre deux opérateurs est défini comme {A, B} ≡ AB + BA.

61
bien défini, les champs associés aux représentations de Lorentz de spin demi-entier doivent vérifier
des relations de anticommutation, ou bien la statistique de Fermi-Dirac et principe d’exclusion
de Pauli. Les particules de ce type s’appellent les fermions. En revanche, les champs associés aux
représentations de Lorentz de spin entier doivent vérifier des relations de commutation, menant
à la statistique de Bose-Einstein. Les particules de ce type s’appellent les bosons. Une preuve du
théorème spin-statistique se trouve dans les références, mais on ne le démontrera pas ici.
Afin de poursuivre avec la quantification du champ de Dirac, on décompose ce dernier en modes
de Fourier :
XZ
p)e−ipx + b†s (⃗ p)eipx ,

ψ(x) = dp
f as (⃗
p)us (⃗ p)vs (⃗
s
XZ (8.39)
p)e−ipx + a†s (⃗ p)eipx .

ψ(x) = dp
f bs (⃗
p)v̄s (⃗ p)ūs (⃗
s

Ici a† , b† , a et b sont des opérateurs de création et d’annihilation ; comme pour le champ scalaire
complexe (→ exercices) il faut distinguer deux types d’excitations, particules et antiparticules. Des
éqs. (8.38) et (8.39), on obtient les règles d’anticommutation

p), a†r (⃗
{as (⃗ p ′ )} = (2π)3 δ (3) (⃗
p − p⃗ ′ ) 2ωp⃗ δrs ,
{b†s (⃗ p ′ )} = (2π)3 δ (3) (⃗
p), br (⃗ p − p⃗ ′ ) 2ωp⃗ δrs , (8.40)
(autres anticommutateurs) = 0 .

Le hamiltonien est (→ exercices)


Z XZ
3 i f ωp⃗ a† (⃗ p)b†s (⃗

H = d x ψ(−iγ ∂i + m)ψ = dp p) − bs (⃗
s p)as (⃗ p) (8.41)
s

On note le signe moins par rapport au cas bosonique du champ scalaire complexe. En utilisant les
relations d’anticommutation, on trouve une expression manifestement positive :
XZ
f ωp⃗ a† (⃗ p) + b†s (⃗

H= dp s p)as (⃗ p)bs (⃗
p) + E0 , (8.42)
s

avec E0 une constante (divergente), représentant l’énergie du vide non observable.


L’action des opérateurs de création et d’annihilation sur l’espace de Fock est similaire qu’avant :
• l’état fondamental ou le vide |0⟩ est annihilé par tous les as (⃗p) et bs (⃗
p),
• a†s (⃗
p) crée un état à une particule de “type a” d’impulsion p⃗ et de spin s,
• b†s (⃗
p) crée un état à une particule de “type b” d’impulsion p⃗ et de spin s.
On interprète les particules de “type a” comme des fermions et celles du “type b” comme des
antifermions. Le fait que s correspond à un spin (un moment cinétique intrinsèque) sera démontré
dans la suite.

L’identification s ↔ spin
Pour rappel, les composantes du moment cinétique sont les générateurs des rotations, c.-à-d. les
charges conservées associées à l’invariance par rotations selon le théorème de Noether, voir sec. 2.3.
Le groupe des rotations est un sous-groupe des transformations de Lorentz. Une transformation
de Lorentz linéarisée dans la représentation de Dirac s’écrit
i
Λ = 1 − ωµν γ µν + O(||ω||2 ) . (8.43)
2
Spécifiquement, les rotations sont générées par les γ µν avec des indices spatiales,
 k 
ij 1 ijk σ 0
γ = ϵ (8.44)
2 0 σk
| {z }
rotation avec axe xk

62
Par exemple, pour une rotation par un angle θ autour de l’axe des z :
 3 
i σ 0
Λ=1− θ + O(|θ|2 ) (8.45)
2 0 σ3

Le champ ψ(x) se transforme par rotations avec la matrice Λ, mais il faut aussi prendre en compte
la rotation des composantes spatiales de x :
  3 
i σ 0
ψ(t, x, y, z) → 1 − θ ψ(t, x + θy, y − θx, z) + O(|θ|2 )
2 0 σ3
 3 
i σ 0
= ψ(t, x, y, z) − θ ψ(t, x, y, z) − θ(x∂y − y∂x )ψ(t, x, y, z) + O(|θ|2 ) .
2 0 σ3
(8.46)

La variation du champ est alors

σ3
  
i 0
δψ = − (x∂y − y∂x + ψ. (8.47)
2 0 σ3

Pour une rotation autour d’une axe générale, définie par un vecteur unitaire r̂, on obtient
  
⃗ i ⃗σ 0
δψ = − ⃗x ∧ ∇ + · r̂ ψ (8.48)
2 0 ⃗σ

Le courant conservé de Noether est, selon section 2.3,


∂L
Jµ = δψ − Jˆµ , (8.49)
∂(∂µ ψ)

où ∂µ Jˆµ est la variation du lagrangien ; puisque la rotation n’implique pas le temps, on a Jˆ0 = 0.
Il y a alors trois charges de Noether d3 x J 0 (une par axe de rotation indépendante). Ensemble
R

elles constituent le vecteur du moment cinétique :


Z  
⃗ 3 †⃗ ⃗ ⃗ 1 ⃗σ 0
J = d x ψ Σψ, Σ = ⃗x ∧ (−i∇) + (8.50)
| {z } 2 0 ⃗σ
“MC orbital” | {z }
“MC intrinsèque”

On reconnaı̂t l’expression habituelle d’un moment cinétique orbital en mécanique quantique dans
le premier terme de Σ.⃗ Le deuxième terme est présent même quant la particule est au repos avec
impulsion nulle, il correspond donc à un moment cinétique intrinsèque.

63
Calculons la valeur propre de Jz d’un état à une particule au repos :

Jz a†s (⃗0) |0⟩ = [Jz , a†s (⃗0)] |0⟩ car Jz |0⟩ = 0, vide invariant
XZ Z h
d3 x dp f′ a† (⃗ †
p)vr† (⃗
p)eipx + br (⃗ p)e−ipx Σz ·

= f dp
r p)ur (⃗
r,r ′
 ′ ′
 i
· ar′ (⃗ p ′ )e−ip x + b†r′ (⃗
p ′ )ur′ (⃗ p ′ )vr′ (⃗
p ′ )eip x , a†s (⃗0) |0⟩
XZ Z

3 f′ a† (⃗ †
p)vr† (⃗
p)eipx + br (⃗ p)e−ipx Σz ur′ (⃗
p ′ )e−ip x ·

= d x dp
f dp
r p)ur (⃗
r,r ′

p ′ ), a†s (⃗0)} |0⟩


· {ar′ (⃗
| {z }
p ′ )δr′ s
2m (2π)3 δ (3) (⃗
XZ Z
0 0
= d3 x f a† (⃗
dp †
p)eiωp⃗ x −i⃗p·⃗x e−imx Σz us (⃗0)|0⟩
r p)ur (⃗ car br (⃗
p)|0⟩ = 0
r
d3 p σ3
XZ  
0 1 0
= a†r (⃗
p)u†r (⃗
p)(2π)3 δ (3) (⃗ p)ei(ωp⃗ −m)x us (⃗0)|0⟩
(2π) 3 2ω
p
⃗ 2 0 σ3
r
σ3 0
 
1 X †⃗
= ur (0) us (⃗0) a†r (⃗0)|0⟩
4m r 0 σ3
X  σ3 
= ξr† ξs a†r (⃗0) |0⟩
r=+,−
2
1
= ± a†s (⃗0)|0⟩ (s = ±) .
2
(8.51)

Ici on a utilisé que [AB, C] = A{B, C} − {A, C}B et que{a† , a† } ={b, a† } = {b† , a† } = 0. On a
σ3 0
ultérieurement pu remplacer Σz par l’opérateur de spin, 21 , car l’opérateur différentiel
0 σ3
qui correspond au moment cinétique orbital n’agı̂t que sur une constante après évaluation de
p ′ ), a†s (⃗0)} (comme attendu, le moment cinétique orbital d’une
la fonction delta venant de {ar′ (⃗
particule au repos s’annule).
On conclut que le fermion créé par a†± possède un moment cinétique au repos (“spin”) de ± 21 . Le
même calcul pour les antifermions montre que b†± (⃗0)|0⟩ possède le moment cinétique ∓ 21 .

Le propagateur de Dirac
L’équation de Dirac est linéaire : la théorie de Dirac est une théorie libre. Tout comme dans la
théorie d’un champ scalaire, la fonction à deux points du champ libre est un élément important
pour ultérieurement développer la théorie des perturbations pour les champs avec interactions.
Calculons donc les fonctions à deux points dans la théorie de Dirac. En utilisant que bs |0⟩ = 0 et
⟨0|b†s = 0, on trouve
XZ
⟨0|ψ α (x)ψ β (y)|0⟩ = dp
f dpf′ eip′ y−ipx us (⃗
p)ūs′ (⃗ p)a†s′ (⃗
p ′ )⟨0|as (⃗ p ′ )|0⟩
ss′
Z X
= dp
f us (⃗ p)β e−ip(x−y)
p)α ūs (⃗
s (8.52)
| {z }
p+m)α
(/ β
Z
= f (/p + m)α e−ip(x−y) .
dp β

et de même Z
⟨0|ψ β (y)ψ α (x)|0⟩ = − f (/p + m)α e−ip(y−x) .
dp (8.53)
β

64
Pour se débarasser du signe moins, il convient de l’absorber dans la définition de l’ordre chrono-
logique pour les champs fermioniques : le symbole T est défini d’inclure un facteur de (−1) s’il
implique un échange d’ordre de deux opérateurs fermioniques,

x0 > y 0

ψ(x)ψ(y) ,
T ψ(x)ψ(y) ≡ (8.54)
−ψ(y)ψ(x) , x0 < y 0

Un calcul équivalent à celui du cas bosonique (voir sec. 3.4) donne l’expression

d4 p
Z
i(/p + m) −ip(x−y)
⟨0| T ψ(x)ψ(y)|0⟩ = e ≡ SF (x − y) . (8.55)
(2π)4 p2 − m2 + iϵ

Une remarque sur la notation : vu que

(/ p − m) = /p2 − m2 1 = (p2 − m2 )1 ,
p + m)(/ (8.56)

on écrit parfois pour la transformée de Fourier de SF


i
SeF = (8.57)
/p − m + iϵ

p − m est une matrice.


même si, strictement parlant, /

La formule de LSZ pour les champs de Dirac


En analogie avec le champ scalaire, on peut obtenir une formule de réduction de LSZ pour des
champs de Dirac avec interactions, mais celle-ci présente quelques complications supplémentaires :
il faut distinguer entre les fermions dans l’état initial u, les antifermions dans l’état initial v̄, les
fermions dans l’état final ū et les antifermions dans l’état final v. Avec les impulsions entrantes pi
←−
(i = 1 . . . m) et les impulsions émergentes p′j (j = 1 . . . n), et l’opérateur (−i /∂ − m) défini d’agir
vers la gauche, on trouve
Z
′ ′ ′ ′
⟨f |i⟩ = d4 x1 . . . d4 x′n e−i(p1 x1 +...+pm xm −p1 x1 −...−pn xn )

p′1 )(i /
(−i)ūr1′ (⃗ ∂ − m)x′1 . . . iv̄sm (⃗
pm )(i /∂ − m)xm (8.58)
⟨0| T ψ(x1 ) . . . ψ(x′1 ) . . . ψ(xm ) . . . ψ(x′n )|0⟩
←− ←−
(−i)(−i /∂ − m)x1 us1 (⃗ pn ′ ) .
p1 ) . . . i(−i /∂ − m)x′n vrn′ (⃗

Ici m est la masse physique (le pôle dans le propagateur renormalisé). La condition

⟨0|ψ(x)|0⟩ = 0 (8.59)

est en fait assurée par invariance de Lorentz pour les champs spinoriels (contrairement au cas
scalaire où elle peut nécessiter une redéfinition du champ, comme on a vu). De même, les conditions

⟨p, s, fermion|ψ(x)|0⟩ = 0 = ⟨p, s, antifermion|ψ(x)|0⟩ (8.60)

pour tout état à un (anti)fermion avec impulsion p et spin s sont garanties pour des fermions de
Dirac par la conservation du nombre fermionique. En revanche, les conditions de normalisation

p)e−ipx
⟨p, s, fermion|ψ(x)|0⟩ = ūs (⃗
(8.61)
p)e−ipx
⟨p, s, antifermion|ψ(x)|0⟩ = vs (⃗

devront être assurés par des conditions de renormalisation.

65
8.4 Les intégrales de chemin pour les fermions
On rappelle que les champs bosoniques vérifient des relations de commutation. Ils commutent, en
particulier, dans la limite classique ℏ → 0. On avait dérivé les amplitudes de transition dans la
théorie quantique par le moyen des intégrales de chemin, qui sont des intégrales sur l’espace de
configurations des champs classiques commutants.
Il n’est pas évident comment on peut faire pareil pour les champs fermioniques, vu qu’ils vérifient
des relations d’anticommutation. Afin de définir l’intégrale de chemin, il faudrait donc des objets
qui anticommutent dans la limite classique : ψχ = −χψ. Par conséquent, un champ fermionique
classique ne sera pas un champ à valeurs réelles ou complexes, mais à valeurs de nombres de
Grassmann.
Formellement, une algèbre de Grassmann est définie comme algèbre libre associative, réelle ou
complexe, générée par l’identité 1 et par un ensemble de générateurs anticommutants {θi }i∈I ,
modulo la relation θi θj = −θj θi .
Un exemple (important en topologie et géométrie différentielle, mais aussi dans le traitement
mathématique des théories de jauge classiques) avec un nombre fini de générateurs est l’algèbre
extérieure sur un espace vectoriel. Si cet espace est l’espace tangent d’une variété de dimension
n, elle se compose des formes différentielles (= champs tensoriels antisymétriques). Le produit
dans cette algèbre est le produit extérieur ∧ et les générateurs sont les différentielles {dxi } par
rapport
Pn à un système de coordonnées locales {xi }. Ses éléments sont donc les sommes formelles
i1 ik
k=0 ωi1 ...ik dx ∧ . . . ∧ dx , où les ω sont des tenseurs antisymétriques.

Ultérieurement on va considérer un nombre infini de générateurs (même des familles I non


dénombrables) : θi → θ(x).
Propriétés des nombres de Grassmann :

θi2 = 0 (8.62)

[θi θj , θk ] = 0 (8.63)
où plus généralement : les produits d’un nombre pair des θ commutent avec tous les éléments de
l’algèbre.
Des fonctions sont définies par leur développement limité, nécessairement fini :

f (θ) = A + θ B + θ2 C + . . . (8.64)
| {z }
=0 car θ 2 =0


La dérivée (de gauche) ∂θ est définie sans ambiguı̈té par deux propriétés :
• linéarité
   
∂ ∂
• , θ = 1 (cf. nombres commutants où on a , x = 1)
∂θ ∂x
Il en résulte

(A + θB) = B . (8.65)
∂θ
R
L’opérateur d’intégration (impropre) dθ est définie par les propriétés
• linéarité
Z Z
• dθ f (θ + η) = dθ f (θ) (invariance par un changement de variables additif)
Z
• dθ θ = 1 (normalisation)
Il en resulte Z Z
dθ (A + θB) = B dθ θ = B . (8.66)

Alors intégration et différentiation sont effectivement la même opération.

66
La complexification de l’algèbre de Grassmann est définie de manière évidente : on traite θi et θi∗
comme variables indépendantes (plutôt que leurs parties réelles et imaginaires). Il faut cependant
noter la règle pour le conjugué complexe des produits de nombres de Grassmann, qui implique un
changement d’ordre :
(θi θj )∗ = θj∗ θi∗ = −θi∗ θj∗ . (8.67)

Il est possible (et pratique) de formellement définir des intégrales gaussiennes :


Z Z Z Z

dθ∗ dθ e−θ aθ = dθ∗ dθ (1 − θ∗ aθ) = dθ∗ dθ (1 + θaθ∗ ) = dθ∗ aθ∗ = a (8.68)

dz dz ∗ −z ∗ az 1
R
Ce résultat est à comparer avec le cas de nombres commutants, où 2π e = a. Pour les
intégrales gaussiennes multidimensionnelles, on trouve (→ exercices) :
n Z
Y ∗
dθi∗ dθi e−θj Ajk θk = det A . (8.69)
i=1
| R {z }
≡ dn θ ∗ dn θ

R n z dn z∗ −z† Az
À comparer avec le cas de nombres commutants, où d (2π) n e = 1
det A . Plus généralement,
on a Z
† † † † −1
dn θ∗ dn θ e−θ Aθ+η θ+θ η = (det A) eη A η . (8.70)

Notre objectif final est de définir des intégrales de chemin pour lesquelles on peut largement
suivre les pas du cas bosonique, voir section 5.3. Les champs ψ(x), ψ(x) et les sources η(x), η̄(x)
sont des champs de Grassmann. La fonctionnelle génératrice de la théorie libre est
Z Z  Z 
Z[η, η̄] = N Dψ Dψ exp i d4 x ψ(i /∂ − m)ψ + η̄ψ + ψη (8.71)

Après un changement de variable d’intégration, on trouve


 Z 
4 4
Z[η, η̄] = Z[0, 0] exp − d x d y η̄(x) SF (x − y) η(y) (8.72)

Les fonctions de correlation se calculent en prenant les dérivées fonctionnelles par rapport aux
sources (mais il faut bien prendre en compte l’ordre des champs de Grassmann). Par exemple,
pour la fonction à deux points de la théorie libre on trouve
  
1 1 δ δ
⟨0| T ψ(x1 )ψ(x2 )|0⟩ = i Z[η, η̄]
Z[0, 0] i δ η̄(x1 ) δη(x2 ) η=η̄=0
 Z 
δ δ 4 4
= exp − d x d y η̄(x) SF (x − y) η(y)
δ η̄(x1 ) δη(x2 ) η=η̄=0 (8.73)
 Z 
δ δ
= − exp − d4 x d4 y η̄(x) SF (x − y) η(y)
δη(x2 ) δ η̄(x1 ) η=η̄=0
= SF (x1 − x2 )

comme il faut.

8.5 La théorie de Yukawa


En quatre dimensions on ne peut pas écrire une théorie renormalisable avec interactions qui ne
contient que des fermions. En fait, la dimension du lagrangien est 4 = [L] = [iψ /∂ ψ], alors la
dimension du champ ψ est [ψ] = 32 et tout terme d’interaction est de dimension > 4 (par exemple,
[(ψψ)2 ] = 6), donc non renormalisable.

67
Une théorie renormalisable avec interactions qui contient des fermions de Dirac doit alors contenir
d’autres champs aussi. L’exemple le plus simple est la théorie de Yukawa dont les degrés de liberté
sont un fermion de Dirac ψ et un scalaire réel ϕ. Le lagrangien est
L = LDirac + Lscalaire + y ϕψψ . (8.74)
Ici le couplage y est sans dimension. La théorie de Yukawa sert comme modèle pour les interactions
du boson de Higgs avec les fermions du modèle Standard, aux énergies au-dessous de l’échelle
électrofaible.
La fonctionnelle génératrice est
Z[η, η̄, J]
Z  Z 
4 1 2 1 2 2
= Dψ Dψ Dϕ exp i d x ψ(i / ∂ − mψ )ψ − (∂µ ϕ) − mϕ ϕ + y ϕψψ + η̄ψ + ψη + Jϕ
2 2
 Z  
1 δ δ 1 δ
= exp iy d4 x i Z0 [η, η̄, J]
i δJ(x) δη(x) i δ η̄(x)
(8.75)
où on a séparé le terme d’interaction avec le même raisonnement que dans section 6.1, avec Z0
donné par
 Z   Z 
4 4 1 4 4
Z0 [η, η̄, J] ∝ exp − d x d y η̄(x)SF (x − y)η(y) exp − d x d y J(x)DF (x − y)J(y) .
2
(8.76)
Les termes dans le développement de la fonctionnelle génératrice peuvent être représentés par des
diagrammes de Feynman qui se composent des élements suivants :
Z
00
11
00
11
00
11 source externe J : i d4 x J(x)

Z
source externe η : i d4 x η(x)

Z
source externe η̄ : i d4 x η̄(x)

propagateur de fermion : SF (x − y)
x y

propagateur de scalaire : DF (x − y)
x y

Z
δ δ δ
vertex : d4 x
δJ(x) δη(x) δ η̄(x)
Les propagateurs des fermions sont orientés (ce qui est indiqué par la flèche). Pour les propagateurs
attachés aux sources externes, la direction est toujours et ; aux vertex, il y a
toujours une flèche qui entre et une qui sort. La flèche indique ainsi la direction du flux de nombre
fermionique, conservé à travers le diagramme.
Comme pour le cas scalaire, les facteurs combinatoires se suppriment (aux facteurs de symétrie
près) et on peut écrire la fonctionnelle génératrice en fonction des diagrammes comme
X D
Z[J, η, η̄] = Z0 [0, 0, 0] . (8.77)
facteur de symétrie S(D)
diagrammes D

Règles de Feynman pour le calcul des amplitudes


Similairement au cas du champ scalaire, on peut aussi représenter les fonctions de correlation par
des sommes des diagrammes de Feynman : les dérivées fonctionnelles par rapport aux sources

68
enlèvent les J, η et η̄ et les extrémités des propagateurs correspondants sont étiquetés par xi .
Dans l’espace d’impulsions, les règles de Feynman sont obtenus par transformation de Fourier.
Pour calculer les éléments de matrice, les pattes externes sont supprimées selon la formule LSZ,
voir chapitre 7, et il faut donc considérer des diagrammes amputés. Sans démontrer les détails, les
règles de Feynman qui en resultent sont :

111111
000000
p 000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
1.a Fermions incidents : 000000
111111
000000
111111
000000
111111
= us (⃗
p)
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000 p
111111
000000
111111
1.b Fermions émergents : 000000
111111
000000
111111
000000
111111
= ūs (⃗
p)
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
p 000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
1.c Antifermions incidents : 000000
111111
000000
111111
000000
111111
= v̄s (⃗
p)
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111 p
000000
111111
000000
111111
1.d Antifermions émergents : 000000
111111
000000
111111
000000
111111
= vs (⃗
p)
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
p 000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
1.e Scalaires externes : 000000
111111
000000
111111
000000
111111
=1
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
p i(/p + mψ )
2.a Propagateurs de fermion : =
p2 − m2ψ + iϵ
p i
2.b Propagateurs de scalaire : = 2
p − m2ϕ + iϵ

3. Vertex : = −iy

4. Conservation des impulsions à chaque vertex.


5. Intégrer sur toutes les impulsions pas encore déterminées.
6. Diviser par le facteur de symétrie.
7. Déterminer le signe total du diagramme :
• boucle fermionique ⇒ facteur de (−1)
• deux pattes externes fermioniques échangées ⇒ facteur de (−1)

69
Chapitre 9

L’électrodynamique quantique

9.1 La quantification du champ électromagnétique


On rappelle que le champ électromagnétique classique est un tenseur antisymétrique, Fµν = −Fνµ ,
qui est contraint par l’identité de Bianchi

∂µ ϵµνκλ Fκλ = 0 . (9.1)

Les équations de mouvement sont


∂µ F µν = J ν , (9.2)
avec J = (ρ, ⃗ȷ) le courant électromagnétique. Ensemble, les éqs. (9.1) et (9.2) sont les équations
de Maxwell.
Une solution de la contrainte (9.1) est

Fµν = ∂µ Aν − ∂ν Aµ (9.3)

avec un vecteur Aµ , le quadri-potentiel. On utilise alors Aµ comme variable fondamentale ; les


éqs. (9.2) sont les équations d’Euler-Lagrange δAµδ(x) d4 x L = 0 avec
R

1
L = − Fµν F µν − Jµ Aµ . (9.4)
4

Deux choix de Aµ sont équivalents physiquement (ils donnent le même Fµν ) s’ils sont liés par une
transformation de jauge
Aµ (x) → Aµ (x) + ∂µ α(x) (9.5)
avec α(x) une fonction quelconque. En résolvant la contrainte d’éq. (9.1) par l’introduction d’un
champ de jauge, on a alors introduit une redondance dans la déscription de notre théorie. Cette
redondance pose des difficultés pour sa quantification.
Un problème pour la quantification canonique est que la procédure naı̈ve donne lieu aux contra-
dictions. Le moment conjugué à Aµ est

∂L
Πµ = = Fµ0 (9.6)
∂ Ȧµ

donc Π0 = 0 et on ne peut pas imposer les relations de commutation canoniques


?
[A0 (t, ⃗x), Π0 (t, ⃗x′ ] = (autre que 0) . (9.7)

Une possibilité d’éviter ce problème est de “fixer la jauge”. Classiquement on imposerait une
condition de jauge telle que, pour chaque configuration de champs, il existe un Aµ unique qui la

70
remplit. Exemples : nµ Aµ = 0 pour un vecteur nµ fixe (jauge axiale/du cône lumière/temporelle
⃗ = 0 (jauge de Coulomb, non covariante), ∂µ Aµ = 0
selon le signe de n2 , non covariante), ∇ · A
(jauge de Lorenz, covariante).
Adoptons la jauge de Lorenz, avec laquelle l’équation de mouvement devient
□Aµ = J µ . (9.8)
On obtient la même équation de mouvement si on mofidie le lagrangien en ajoutant un terme :
1 1 2
L = − Fµν F µν − Jµ Aµ − (∂µ Aµ ) (9.9)
4 2ξ
et si on pose ξ = 1 (“jauge de Feynman”). Ce lagrangien modifié peut servir comme point de
départ pour une quantification canonique du champ électromagnétique. Le moment conjugué est
maintenant
Πµ = −Ȧµ (9.10)
et les relations canoniques de commutation sont
[Aµ (t, ⃗x), Πν (t, ⃗x′ )] = iδνµ δ (3) (⃗x − ⃗x′ ) . (9.11)
Si on poursuivait cette approche canonique, on tomberait sur un espace de Hilbert avec une
norme indéfinie, mais la projection sur la partie avec une norme définie positive donne une théorie
cohérente (formalisme de Gupta-Bleuler, quantification canonique du champ électromagnétique).
Ce formalisme étant plus difficile à généraliser aux théories de jauge non-abéliennes, on va plutôt
poursuivre une approche différente, basée sur les intégrales de chemin.
Un problème dans le formalisme de la quantification par l’intégrale de chemin est la prise en
compte des degrés de liberté non physiques. En détail, si on essaye de définir une intégrale de
chemin dans l’espace des configurations des quadripotentiels,
Z
?
Z = DA eiS[A] , (9.12)

alors on intègre sur des configurations physiquement équivalentes, liées l’une à l’autre par des
transformations de jauge. Pour voir cela, regardons l’action classique sans sources en fonction de
la transformée de Fourier õ :
d4 k
Z Z
1 1
d4 x Fµν F µν = õ (k) −k 2 g µν + k µ k ν Ãν (−k) .

S=− 4
(9.13)
4 2 (2π)
Si on pose, par exemple, õ (k) = kµ α(k) (avec α(k) une fonction quelconque : une telle configu-
ration est alors “pure jauge”, équivalente à Aµ = 0), chacune de ces configurations contribue à
l’intégrale de chemin avec un poids 1 car
d4 k
Z
õ (k) −k 2 g µν + k µ k ν Ãν (−k)

4
=0
(2π) õ (k)=kµ α(k) (9.14)
iS[A]
⇒ e = 1.
õ (k)=kµ α(k)

On a alors une infinité continue de configurations de champ de jauge qui contribuent toutes à
l’intégrale de chemin, même si elles sont toutes physiquement équivalentes. Une méthode qui
permettra de ne compter chaque configuration physique qu’une seule fois, et qui est utilisé surtout
dans la quantification des champs de jauge non-abéliens, est l’astuce de Faddeev-Popov.

Astuce de Faddeev-Popov :
On considère une fonction G(A) (une condition de jauge ; le champ de jauge sera ultérieurement
contraint de vérifier G(A) = 0) dont on va préciser la forme plus tard. On insère 1 dans l’intégrale
de chemin sous la forme
δG(A(α) )
Z  
(α)
1 = Dα(x) δ[G(A )] det . (9.15)
δα

71
(α)
Ici Aµ est obtenu de Aµ par une transformation de jauge,

A(α)
µ (x) ≡ Aµ (x) + ∂µ α(x) . (9.16)

Eq. (9.15) est la généralisation fonctionnelle de l’identité


Z Z  
n (n) n ∂(y1 . . . yn )
1 = d y δ (y) = d x det δ (n) (y(x)) . (9.17)
∂(x1 . . . xn )

Soit ω(x) une fonction fixe ; elle définit alors un exemple d’une condition de jauge par

G(A) = ∂µ Aµ − ω(x) . (9.18)

Avec ce G(A), on obtient


G(A(α) ) = ∂µ Aµ + ∂µ ∂ µ α − ω (9.19)
et alors la dérivée fonctionnelle de G par rapport à α est l’opérateur d’alembertien :
δG
= □. (9.20)
δα
Notons que δG/δα est indépendant de Aµ . (Dans une théorie non-abelienne, ce ne serait pas le
cas, et on serait obligé d’introduire des champs non physiques appellés fantômes pour traiter la
dépendance du champ de jauge.) En insérant éq. (9.15) dans l’intégrale de chemin, on obtient

δG(A(α) )
Z Z Z  
iS[A] iS[A] (α)
DA e = DAe Dα δ[G(A )] det
δα
(α)
 Z Z
δG(A )
= det Dα DA eiS[A] δ[G(A(α) )]
δα
δG(A(α) )
 Z Z
(α)
= det Dα DA(α) eiS[A ] δ[G(A(α) )] (9.21)
δα
δG(A(α) )
 Z Z
= det Dα DA eiS[A] δ[G(A)]
δα
Z Z
= det(□) Dα DA eiS[A] δ[∂µ Aµ − ω]

Dans la deuxième ligne on a utilisé que le déterminant est indépendant de α. Dans la troisième
ligne on a exploité l’invariance de jauge de l’action et le fait que DA = DA(α) . Dans la quatrième
on a renommé la variable d’intégration. Dans la cinquième on s’est servi des éqs. (9.18) et (9.20).
A noter que l’intégrale de chemin a été restreinte aux Aµ qui vérifient une condition de Lorenz
généralisée ∂µ Aµ = ω. On a pu faire sortir le déterminant fonctionnel de
R Jacobi (“déterminant
de Faddeev-Popov”) de l’intégrale. Notons que les coefficients det □ et Dα sont formellement
infinis, mais il s’agit des facteurs de normalisation globales pas importants.
Pour progresser, il convient de ne pas considérer seulement une fonction ω mais d’intégrer sur tous
ω avec une pondération gaussienne (menant à une classe de jauges dites jauges Rξ )
Z Z 2
Z Z
−i d4 x ω
R
iS[A]
DA e = N (ξ) Dω e 2ξ det(□) Dα DA eiS[A] δ[∂µ Aµ − ω]
Z Z R 4 1 µ 2
= N (ξ) det(□) Dα DA eiS[A] e−i d x 2ξ (∂µ A ) (9.22)
Z Z R 4
= N (ξ) det(□) Dα DA ei d x (L+Lgf ) .

Ici ξ est une constante, N (ξ) est un facteur de normalisation et le terme de fixation de jauge
(“gauge-fixing term”) est
1
Lgf = − (∂µ Aµ )2 . (9.23)

72
RL’expression finale contient toujours plusieurs facteurs divergents et mal définis, comme det(□) ou
Dα, mais ils apparaissent en facteur. De conséquence, pour le calcul des fonctions de correlation,
ces facteurs se suppriment dans la fonctionnelle génératrice normalisée
R 4 µ
DA ei d x(L+Lgf +Jµ A )
R
Z[J]
= R R
4
(9.24)
Z[0] DA ei d x(L+Lgf )

À la fin de la procédure, on a effectivement ajouté un terme supplémentaire Lgf au lagrangien.


Les observables physiques doivent être indépendants du choix de paramètre de jauge ξ. Pour des
calculs en pratique, le choix
ξ=1 (9.25)
est souvent le plus convenient (jauge de Feynman). Parfois d’autres choix comme ξ → 0 (jauge
de Landau, avec la limite à prendre à la fin du calcul) peuvent convenir selon le problème sous
étude.

Propagateur du photon :
Nous pouvons maintenant calculer la fonction à deux points pour le photon en jauge Rξ générale :
 
1 δ 1 δ Z[J]
⟨0| T Aµ (x)Aν (y)|0⟩ =
i δJ µ (x) i δJ ν (y) Z[0] J=0
(9.26)
d4 k ik(x−y) −i
Z  
kµ kν
= e gµν − (1 − ξ) 2 .
(2π)4 k 2 + iϵ k

L’électrodynamique pure, ne contenant que des photons, est une théorie libre, et alors toutes les
autres fonctions de correlation sont triviales (déconnexes). On obtient une théorie beaucoup plus
intéressante et importante si on couple le photon aux autres champs, par exemple, aux champs de
Dirac.

9.2 L’électrodynamique quantique


Rappelons deux résultats qui nous aideront à construire le lagrangien de l’électrodynamique quan-
tique :

• On a vu aux exercices que le lagrangien de Maxwell avec un couplage à un courant, L =


− 14 Fµν F µν − Aµ J µ , est invariant de jauge, pourvu que ∂µ J µ = 0.
• Le théorème de Noether (sec. 2.3) dit que, si l’action est invariante sous une symétrie conti-
nue, S[Φi ] = S[Φ′i ] (où Φi → Φ′i = Φi + αδΦi + O(||α||2 ) et L → L + α∂µ Jˆµ + O(||α||2 )),
alors le courant
∂L
Jµ ≡ δΦi − Jˆµ (9.27)
∂(∂µ Φi )
est conservé.

Regardons maintenant
LDirac = ψ(i /∂ − m)ψ (9.28)
et la transformation
ψ → eieα ψ , ψ → ψe−ieα . (9.29)
Ici e dans l’exposant est une constante. Pour α constant, le lagrangien est invariant par cette
transformation, LDirac → LDirac , et par conséquent Jˆ = 0 et S est invariant aussi. On a δψ = ieψ,
δψ = −ieψ et le courant de Noether est

J µ = e ψγ µ ψ . (9.30)

73
d3 x J 0 avec la
R
On va identifier la constante e avec la charge électrique élémentaire et la charge
charge électrique portée par le champ ψ.
Dans ce contexte, J µ n’est plus une “source externe” (= un moyen auxiliaire pour calculer les
fonctions de correlation qui ne figure plus dans le résultat final) mais une source physique : les
électrons sont la source du champ électromagnétique, le courant est construit des champs quantifiés.
Tout ensemble :
1
∂ − m)ψ − Fµν F µν − eψγ µ Aµ ψ
LQED = ψ(i /
4 (9.31)
1
= ψ(iD/ − m)ψ − Fµν F µν
4
où la dérivée covariante de jauge est

/ = γ µ Dµ ≡ γ µ (∂µ + ie Aµ ) .
D (9.32)

On note que éq. (9.31) est invariant par des rotations de phase locales où α = α(x) :

ψ(x) → eieα(x) ψ(x)


ψ(x) → ψ(x)e−ieα(x) (9.33)
Aµ (x) → Aµ (x) − ∂µ α(x)
car
1
LQED → ψe−ieα (i /
∂ − m)eieα ψ − Fµν F µν − eψe−ieα (A/ − ( /∂ α)) eieα ψ = LQED . (9.34)
| {z } 4
∂ −m)ψ−eψ( /
ψ(i / ∂ α)ψ

Autrement dit, l’invariance du lagrangien de Dirac par des transformations de jauge locales
nécessite un couplage à un champ de jauge (le photon). Le lagrangien (9.31) qui résulte est celui
de l’électrodynamique quantique.

Règles de Feynman pour la QED


Par le même raisonnement que pour le champ scalaire, on obtient les règles de Feynman dans
l’espace des impulsions pour l’électrodynamique quantique dans la jauge de Feynman ξ = 1 :

1.a (Anti)fermions externes : voir théorie de Yukawa, section 8.5


p
000000
111111
111111
000000
1.b Photons incidents : 000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111 = εµ (p)
000000
111111
000000
111111
µ 000000
111111
000000
111111
000000
111111

000000
111111
p
= ε∗µ (p)
000000
111111
1.c Photons émergents : 111111
000000
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
µ
p i(/p + m)
2.a Propagateur de fermion : =
p2 − m2 + iϵ
p
2.b Propagateur de photon : −i gµν
=
µ ν p2 + iϵ
µ

3. Vertex : = −ieγ µ

4. Conservation des impulsions à chaque vertex.


5. Intégrer sur toutes les impulsions pas encore déterminées.
(6. Diviser par le facteur de symétrie — toujours 1 en QED spinorielle.)
7. Déterminer le signe total du diagramme.

74
Ici εµ (p) est le quadrivecteur de polarisation du photon, εµ (p) = (0, ⃗ε(p)) avec |⃗ε| = 1 et ⃗ε · p⃗ = 0
(polarisation transverse).

9.3 Processus élémentaires au niveau d’arbre


Ici on va regarder quelques processus de diffusion 2 → 2 à l’ordre le plus bas en théorie des
perturbations, afin d’illustrer l’application des règles de Feynman.

La diffusion e+ e− → µ+ µ−
Il n’y a qu’un seul diagramme au niveau d’arbre qui contribue à ce processus. Le diagramme
amputé est, dans la jauge de Feynman,
p1 p’1 _
_
e p1+ p2 µ

e+ µ+
p2 p’2
= p1+ p2− p’
1
 
−igµν
= v̄s2 (p2 )(−ieγ )us1 (p1 ) µ
ūs′1 (p′1 )(−ieγ ν )vs′2 (p′2 )
(p1 + p2 )2
(9.35)
ie2
(v̄s2 (p2 )γ µ us1 (p1 )) ūs′1 (p′1 )γµ vs′2 (p′2 ) = i Mfi .

= 2
(p1 + p2 )
On a
(v̄γ µ u)∗ = u† (γ µ )† (v † γ 0 )† = u† (γ µ )† (γ 0 )† v = u† γ 0 γ µ v = ūγ µ v (9.36)
et donc
e4
|Mfi |2 = (v̄s2 (p2 )γ µ us1 (p1 )ūs1 (p1 )γν vs2 (p2 )) ūs′1 (p′1 )γµ vs′2 (p′2 )v̄s′2 (p′2 )γ ν us′1 (p′1 )

(p1 + p2 )4
(9.37)
On va maintenant calculer la section efficace de diffusion. Plus précisement on calculera la section
efficace non polarisée : on prend la moyenne 21 s1 12 s2 des spins incidents et la somme s′ s′
P P P P
1 2
des spins émergents. Avec m et M les masses de l’électron et du muon :
1 X
|Mfi |2
4
s1 s2 s′1 s′2

e4 1 X µ
= v̄s2 α γαβ us1 β ūs1 γ γν γδ vs2 δ ūs′1 α γµ α′ β ′ vs′2 β ′ v̄s′2 γ ′ γγν′ δ′ us′1 δ′
(p1 + p2 )4 4
s1 s2 s′1 s′2 (9.38)
e4 1 µ
= p2 − m)δα γαβ
(/ (/p1 + m)βγ γν γδ (/p′1 + M )δ′ α′ γµ α′ β ′ (/p′2 − M )β ′ γ ′ γγν′ δ′
(p1 + p2 )4 4
e4 1
≈ 4
p2 γ µ /
tr (/ p′1 + M )γµ (/p′2 − M )γ ν )
p1 γν ) tr ((/
(p1 + p2 ) 4
P P
On a utilisé s us (p)ūs (p) = / p + m et s vs (p)v̄s (p) = /p − m. Dans la dernière ligne on a négligé
m par rapport à M , ce qui est justifiée par le fait que M ≈ 100 MeV et m ≈ 0.5 MeV. Les identités
pour les traces des matrices de Dirac

tr(γ µ γ ν ) = 4 g µν
tr(γ µ γ ν γ ρ γ σ ) = 4 (g µν g ρσ − g µρ g νσ + g µσ g νρ ) (9.39)
tr(produit d’un nombre impair de γ) = 0

75
permettent de simplifier l’expression précédente :
1 X
|Mfi |2
4
s1 s2 s′1 s′2

1 e4
4 (pµ1 pν2 + pν1 pµ2 − g µν p1 p2 ) 4 p′1µ p′2ν + p′1ν p2µ′ − gµν (p′1 p′2 + M 2 ) (9.40)

= 4
4 (p1 + p2 )
8 e4
(p1 p′1 )(p2 p′2 ) + (p1 p′2 )(p2 p′1 ) + M 2 p1 p2 .

= 4
(p1 + p2 )
Dans le référentiel du centre de masse on a, toujours en négligeant la masse de l’électron,

p1 = (E, 0, 0, E)
p2 = (E, 0, 0, −E)
(9.41)
p′ = (E, ⃗k)
1

p′2 = (E, −⃗k)

avec ⃗k 2 = E 2 − M 2 et ⃗k · ⃗ez = |⃗k| cos θ. Dans ce référentiel,

(p1 + p2 )2 = 4 E 2
p1 p2 = 2 E 2
(9.42)
p1 p′1 = p2 p′2 = E 2 − E |⃗k| cos θ
p1 p′ = p2 p′ = E 2 + E |⃗k| cos θ .
2 1

et alors
1 X 8 e4  2 
|Mfi |2 = 4
E (E − |⃗k| cos θ)2 + E 2 (E + |⃗k| cos θ)2 + 2 M 2 E 2
4 16 E
spins
(9.43)
M2 M2
    
4 2
=e 1 + 2 + 1 − 2 cos θ .
E E

Pour calculer la section efficace avec éq. (7.21), on simplifie d’abord les facteurs cinématiques avec
éqs. (9.41) et avec |⃗v1 − ⃗v2 | = 2. On note que
X 1
dk δ (f (k)) = dk δ(k − ki ) (9.44)
|f ′ (ki )|
ki : f (ki )=0

et en particulier
 −1 
 p
2 2
 2k p 
dk δ 2E − 2 k + M = dk δ k − E2 − M 2 (9.45)
E

ce qui nous permet de poser

1 d3 p′1 d3 p′2
(2π)4 δ(E1 + E2 − E1′ − E2′ )δ (3) (⃗
p1 + p⃗2 − p⃗′1 − p⃗′2 )
E1 E2 |⃗v1 − ⃗v2 | 2 E1 (2π) 2 E2′ (2π)3
′ 3

1 k 2 dk dΩ 1 p
= 2 ′ ′ 2
δ(2 E − 2 k 2 + M 2 )
2E 4 E1 E2 16π
 −1 
1 k 2 dk dΩ 1 2k p
2 − M2

(9.46)
= δ k − E
2E 2 4E 2 16π 2 E

1 E2 − M 2
= 2
dΩ
256π rE3
1 1 M2
= 2 2
1 − 2 dΩ .
256π E E

76
Enfin, selon éqs. (7.21), (9.43) et (9.46),
r
α2 M2 M2 M2
    

= 1− 1+ + 1 − 2 cos2 θ (9.47)
dΩ 16 E 2 E2 E2 E

avec α = e2 /(4π). La section efficace totale est enfin donnée par


r
πα2 M2 1 M2
Z  

σ= dΩ = 1− 1+ . (9.48)
dΩ 3E 2 E2 2 E2

La diffusion e− µ− → e− µ− (diffusion de Coulomb)


p1 p’1
_ _
e e

_ _
µ µ
p2 p’2

Le seul diagramme qui contribueP est le même qu’avant, après une rotation par 90◦ . Il donnera
donc le même résultat pour 4 spins |Mfi | si on remplace p2 ↔ −p′1 :
1 2

1 X 8 e4
|Mfi |2 = (p1 p2 )(p′1 p′2 ) + (p1 p′2 )(p2 p′1 ) − M 2 p1 p′1 .

′ 4
(9.49)
4 (p1 − p1 )
spins

Cela est un exemple de symétrie de croisement, une propriété générale des amplitudes de diffusion :
on peut remplacer des particules dans l’état initial par des antiparticules dans l’état final dans les
éléments de matrice et vice-versa,

Mfi (ϕ(p) + . . . → . . .) = Mfi . . . → . . . + ϕ̄(−p) (9.50)
avec ϕ̄ = antiparticule de ϕ.
Pour la cinématique de ce processus, voir les exercices.

La diffusion de Compton e− γ → e− γ
Ici on a deux diagrammes qui contribuent au niveau d’arbre :
p1 p1 p’1
p’1

p2 p’2 p2 p’2

Sans écrire explicitement les indices de spin, on trouve donc


i (/p1 + /p2 + m)
i Mfi = ū(p′2 )(−ieγ µ )ε∗µ (p′1 ) (−ieγ ν )εν (p1 )u(p2 )
(p1 + p2 )2 − m2
p2 − /p′1 + m)
i (/
+ ū(p′2 )(−ieγ ν )εν (p1 ) (−ieγ µ )ε∗µ (p′1 )u(p2 )
(p2 − p′1 )2 − m2
γ ν (/p2 − /p′1 + m)γ µ
 µ
γ (/p1 + /p2 + m)γ ν

2 ∗ ′ ′
= − ie εµ (p1 )εν (p1 )ū(p2 ) + u(p2 ) (9.51)
(p1 + p2 )2 − m2 (p2 − p′1 )2 − m2
γ ν (/p2 − /p′1 + m)γ µ
 µ
γ (/p1 + /p2 + m)γ ν

= − ie2 ε∗µ (p′1 )εν (p1 )ū(p′2 ) − u(p2 )
2 p1 p2 2 p2 p′1
γ ν /p′1 γ µ − 2γ ν pµ2
 µ
γ /p1 γ ν + 2γ µ pν2

= − ie2 ε∗µ (p′1 )εν (p1 )ū(p′2 ) + u(p2 ) .
2 p1 p2 2 p2 p′1

77
Pour la troisième égalité on a utilisé p21 = p′1 2 = 0 et p22 = m2 . Pour la quatrième égalité on a
p2 − m)u(p2 ) = 0.
utilisé l’algèbre de Clifford et (/
Pour calculer la section efficace non polarisée, on prend la somme sur les spins et polarisations
dans l’état final et la moyenne sur ceux dans l’état initial. La somme des polarisations des photons
se simplifie avec l’aide de l’identité de Ward (prouvée aux exercices) :

Si Mfi est une amplitude avec un photon extérieur d’impulsion p qui peut donc s’écrire
Mfi = Mµ (p)ε∗µ (p), alors Mµ (p) pµ = 0.

L’identité de Ward est une manifestation de l’invariance de jauge des amplitudes.


On en déduit
X
|Mfi |2 = −gµν Mµ (p)M∗ν (p) (9.52)
polarisations

Preuve : on choisit un référentiel avec p⃗ en direction des z, (pµ ) = (p, 0, 0, p). Puisque la polarisation
du photon est transverse, elle est donnée par une combinaison linéaire de (εµ1 ) = (0, 1, 0, 0) et
(εµ2 ) = (0, 0, 1, 0), et
X
|ε∗µ (p)M µ (p)|2 = |M1 (p)|2 + |M2 (p)|2
ε
= |M1 (p)|2 + |M2 (p)|2 + |M3 (p)|2 − |M0 (p)|2 = −gµν Mµ (p)M∗ν (p) .
| {z }
0 selon l’identité de Ward
(9.53)

(On note que l’identité de Ward dans ce référentiel est pM0 (p) − pM3 (p) = 0.)
Conclusion : pour la diffusion de Compton, on a

e4 γ µ /p1 γ ν + 2γ µ pν2 γ ν /p′1 γ µ − 2γ ν pµ2


 
1 X
|Mfi |2 = gµρ gνσ tr (/p′2 + m) +
4 4 2 p1 p2 2 p2 p′1
spins,
polarisations
!
γ σ /p1 γ ρ + 2γ ρ pσ2 γ ρ /p′1 γ σ − 2γ σ pρ2

(/
p2 + m) +
2 p1 p2 2 p2 p′1

4m4 − 2m2 p2 p′2 + 4m2 p1 p2 − 2m2 p1 p′2 + 2(p1 p2 )(p′1 p′2 ) (9.54)
= 4 e4
(2p1 p2 )2
4m4 − 2m2 p2 p′2 − 4m2 p′1 p2 + 2m2 p′1 p′2 + 2(p′1 p2 )(p1 p′2 )
+
(2p′1 p2 )2
!
4m4 + 2m2 p1 p2 + 2m2 p′1 p2
− .
(2p1 p2 )(2p2 p′1 )

La deuxième égalité suit d’un long calcul où on utilise les identités pour les matrices de Dirac de
façon répétée. Enfin si on pose p1 + p2 = p′1 + p′2 on obtient
2 !
p2 p′1
  
1 X
2 4 p2 p1 2 1 1 4 1 1
|Mfi | = 2e + + 2m − ′ +m − ′ .
4 p2 p1 p2 p′1 p1 p2 p1 p2 p1 p2 p1 p2
spins,
polarisations
(9.55)
La section efficace est donnée par la formule de Klein-Nishina (→ exercices) :

πα2 ω ′2 ω ′
 
dσ ω 2
= 2 2 + ′ − sin θ . (9.56)
dcos θ m ω ω ω

Ici ω et ω ′ sont les énergies des photons et θ l’angle entre eux.

78
L’annihilation électron-positron : e− e+ → γγ
Ce processus est de nouveau lié par la symétrie de croisement à la diffusion de Compton (on
remplace p1 ↔ −p′2 ) :

2 !
p2 p′1 p2 p′2
  
1 X 1 1 1 1
|Mfi |2 = −2e4 ′ + + 2m2 + ′ − m4 + ′ .
4 p2 p2 p2 p′1 p′2 p2 p1 p2 p2 p′2 p1 p2
spins,
polarisations
(9.57)
On n’en détaillera pas la cinématique (voir [Link]. le livre de Peskin/Schroeder).

79
9.4 L’électrodynamique quantique à une boucle
L’objectif de cette section est de renormaliser la QED au niveau d’une boucle. On va terminer
avec le calcul des corrections quantiques au moment magnétique de l’électron, une des premières
prédictions de la QED renormalisée et un sujet qui est toujours d’actualité pour la recherche.
Commençons par une définition : un diagramme de Feynman connexe est irréductible à une parti-
cule (1PI, “1-particle irreducible”) ⇔: le diagramme reste connexe si on coupe un des propagateurs
internes.
Exemples :

diagrammes 1PI

diagrammes non 1PI

(les flèches indiquent où on peut couper en deux).

Le degré de divergence superficiel


Une expression algébrique pour un diagramme typique en QED prendra la forme
d4 p1 . . . d4 pn
Z
(diagramme) ∝ .
(/p1 − m) . . . (/pj − m) p2j+1 . . . p2n

On définit le degré de divergence superficiel D ≡ (la puissance des p au numérateur) − (la puissance
des p au dénominateur),
D = 4 L − Pe − 2 Pγ (9.58)
avec L = le nombre de boucles (chacune contribuant d4 pi ), Pe = le nombre de propagateurs
1
d’électron internes (chacun contribuant /pj −m ), Pγ = le nombre de propagateurs de photon internes
1
(chacun contribuant p2 ). Pour une première estimation du comportement d’un diagramme dans
k
l’ultraviolet, on intègre les impulsions jusqu’à |p| = Λ, puis on fait tendre Λ → ∞, ce qui donne
R Λ dp
• D = 0 : divergence logarithmique ∝ p ∝ log Λ
R Λ D−1
• D > 0 : divergence de puissance ∝ p dp ∝ ΛD
R Λ dp
• D < 0 : convergence ∝ p1−D
Mais cette estimation peut être erronée. Voici quelques contrexemples typiques :

est fini, même si D = 0 (il n’y a pas d’intégration)

∝ log Λ, même si D = 2, car les termes ∝ Λ2 se suppriment

∝ log Λ, même si D = −2 (il y a un sous-diagramme divergent)

Les divergences des diagrammes réductibles ont toujours leur origine dans ses sous-diagrammes
1PI. Étudions donc les divergences des diagrammes 1PI.
En QED, on a pour chaque diagramme

L = Pe + Pγ − V + 1
1 (9.59)
V = 2 Pγ + Nγ = (2Pe + Ne )
2

80
avec L, Pe,γ , V , Ne,γ = le nombre des boucles, des propagateurs d’électron/photon, des vertex
et des électrons/photons externes respectivement. Donc le degré de divergence superficiel peut
s’écrire
3
D = 4(Pe + Pγ − V + 1) − Pe − 2 Pγ = 4 − Nγ − Ne , (9.60)
2
ce qui montre qu’il ne dépend que des lignes externes.
Les diagrammes 1PI potentiellement divergents en QED sont alors

111111
000000
000000
111111
000000
111111
1PI
000000
111111
000000
111111 (D = 4) : pas d’intérêt (renormalise la densité d’énergie du vide, pas observable)
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
1PI (D = 3) : zéro selon théorème de Furry (⇒ Ex.)
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
1PI
000000
111111 (D = 2) : divergence logarithmique (identité de Ward ⇒ divergence quadratique s’annule)
000000
111111

111111
000000
000000
111111
000000
111111
000000
111111
1PI (D = 1) : zéro selon théorème de Furry
000000
111111
000000
111111

111111
000000
000000
111111
000000
111111
000000
111111
1PI
000000
111111 (D = 0) : convergent (identité de Ward ⇒ divergence logarithmique s’annule)
000000
111111

111111
000000
000000
111111
000000
111111
000000
111111
1PI
000000
111111 (D = 1) : divergence logarithmique (symétrie chirale ⇒ pas de divergence linéaire)
000000
111111

111111
000000
000000
111111
000000
111111
000000
111111
1PI (D = 0) : divergence logarithmique
000000
111111
000000
111111

Les seuls diagrammes 1PI divergents sont alors ceux avec soit deux photons externes, soit deux
électrons externes, soit un photon et deux électrons externes. Au niveau d’une boucle il n’y a qu’un
représentant de chaque classe :

correction au propagateur de photon

correction au propagateur de l’électron

correction au vertex

Théorie des perturbations renormalisée pour la QED


Il faudra régulariser et renormaliser la théorie afin de traiter les divergences. Pour ce faire, il
convient de se servir de nouveau du formalisme de la théorie des perturbations renormalisée,
comme on a fait pour le champ scalaire.
Écrivons le lagrangien de l’électrodynamique quantique comme
1
L = − Fµν F µν + ψ(i /∂ − m0 )ψ − e0 ψγ µ ψ Aµ . (9.61)
4

81
Ici la “masse nue” m0 ne correspond pas à la masse physique de l’électron (qui est la position du
pôle du propagateur) et la “charge nue” e0 n’est pas le couplage physique, si on prend en compte
les corrections d’ordre supérieur en théorie des perturbations.
En revanche, on sait que les propagateurs exactes (avec toutes corrections inclues) prendront la
forme 000000
111111
111111
000000
000000
111111
000000
111111
iZ2
=
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
+ régulier (9.62)
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
/p − m
111111
000000
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
−iZ3 gµν
000000
111111
000000
111111
000000
111111
= + régulier (9.63)
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
p2
avec Z2 , Z3 des constantes de renormalisation de la fonction d’onde et m = la masse physique
(du pôle) de l’électron.
La formule de LSZ n’est valide que pour Z2 = Z3 = 1. Afin de calculer les amplitudes de transition,
il faut donc redéfinir p p
ψ = Z 2 ψr , Aµ = Z3 Aµr (9.64)
tel que
1 p
L = − Z3 Fr µν Frµν + Z2 ψ r (i /∂ − m0 )ψr − e0 Z2 Z3 ψ r γ µ ψr Ar µ . (9.65)
4
Définissons les quantités Z1 et δm par
e0 p
Z1 ≡ Z2 Z3 , δm ≡ Z2 m0 − m (9.66)
e
où e est le couplage physique (défini par une certaine condition de renormalisation, voir ci-dessous)
et m est la masse du pôle. De plus, on définit

δ1,2,3 ≡ Z1,2,3 − 1 . (9.67)

Cela permet de réécrire le lagrangien en fonction des paramètres physiques et des contre-termes :
1
L = − Fr µν Frµν + ψ r (i /∂ − m)ψr − e ψ r γ µ ψr Ar µ
4 (9.68)
1
− δ3 Fr µν Frµν + ψ r (iδ2 /∂ − δm )ψr − eδ1 ψ r γ µ ψr Ar µ .
4
La première ligne d’éq. (9.68) correspond à la structure du lagrangien original d’éq. (9.61) mais
avec les remplacements ψ, Aµ → ψr , Aµr et avec m0 et e0 remplacés par la masse et le couplage
physique. La deuxième ligne contient les contre-termes.
Similairement à la théorie ϕ4 , on trouve les règles de Feynman pour l’électrodynamique quantique
en théorie des perturbations renormalisée :

p i
=
p − m + iϵ
/
p
−i gµν
=
µ ν p2 + iϵ
µ
= −ieγ µ

= −i(g µν p2 − pµ pν )δ3
µ ν
p
p δ2 − δm )
= i(/

= −ie γ µ δ1

82
Les contre-termes δ1 , δ2 , δ3 , δm doivent être déterminés, ordre par ordre en théorie des perturba-
tions, de la manière que les conditions de renormalisation sont remplies :

I. le pôle du propagateur de l’électron est à /p = m, voir éq. (9.62)


II. le résidu de ce pôle est i (c.à.d. Z2 = 1), voir éq. (9.62)
III. le résidu du propagateur du photon au pôle p2 = 0 est −i gµν (l’invariance de jauge
garantie que le pôle est toujours à p2 = 0 et que le photon reste alors sans masse → ex.),
voir éq. (9.63)

000000
111111
000000
111111
111111
000000

IV. pour l’énergie du photon → 0 et les deux fermions sur couche de masse, 000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111

µ
−ie γ (ce qui fixe la charge de l’électron = e).

Cette dernière condition est un peu subtile à cause d’une complication que l’on trouve dans des
théories avec des particules sans masse : lorsque les impulsions des photons extérieurs se rap-
prochent à 0 on tombe sur des divergences infrarouges. Une définition judicieuse des observables
physiques permet de s’en débarasser. Ici on ne les discutéra pas mais on les régularisera avec une
masse fictive µ ̸= 0 pour le photon ; à la fin du calcul on posera µ = 0.

Propagateur de l’électron
111111
000000
000000
111111
On définit l”auto-énergie de l’électron −iΣ(/p) ≡ 000000
111111
000000
111111
1PI (la somme des tous diagrammes 1PI
000000
111111
000000
111111
avec un électron entrant et un électron sortant, sans compter les propagateurs de Dirac externes).
La fonction à deux points exacte est alors donnée par une série géométrique :
000000
111111
111111
000000 111111
000000 111111
000000
000000
111111 111111
000000
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111 000000
111111
000000
111111 000000
111111 000000
111111
000000
111111
000000
111111 = + 000000
111111
1PI + 000000
111111
1PI
000000
111111
000000
111111
1PI
000000
111111
+ ...
000000
111111
000000
111111 000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111 000000
111111 000000
111111 000000
111111

i i i
= + (−iΣ(/p))
p − m + iϵ p
/ / − m + iϵ /p − m + iϵ
i i i
+ (−iΣ(/p)) (−iΣ(/p)) + ...
p − m + iϵ
/ /p − m + iϵ /p − m + iϵ
∞  n
i X Σ(/p)
= (9.69)
p − m + iϵ n=0 /
/ p − m + iϵ
 −1
i Σ(/p)
= 1−
p − m + iϵ
/ p − m + iϵ
/
i
=
p − m − Σ(/
/ p) + iϵ
On vérifie facilement que les conditions de renormalisation I. et II. peuvent être exprimées comme
conditions sur Σ et sur sa dérivée à /
p=m:
(Condition de renormalisation I.) ⇔ Σ(/p)|/p=m = 0 (9.70)

d
(Condition de renormalisation II.) ⇔ Σ(/p) =0 (9.71)
d/p /
p=m

Calculons maintenant −iΣ(/


p) au premier ordre. Au niveau d’une boucle, il n’y a que deux dia-
grammes :

−iΣ(/
p) = + (sciseaux = diagrammes sans pattes externes)
|✃ {z ✃} ✃ ✃
≡I
(9.72)

83
Selon les règles de Feynman, avec une masse fictive µ pour le photon, le diagramme à une boucle
est
d4 q −i gµν
Z
i(/
q + m)
I= (−ieγ µ ) 2 (−ieγ ν )
(2π)4 q − m2 + iϵ (q − p)2 − µ2 + iϵ
d4 q γ µ γν γµ q ν + γ µ γµ m
Z
2
= −e
(2π)4 (q 2 − m2 )((q − p)2 − µ2 )
Z 1
d4 q γ µ γν γµ q ν + γ µ γµ m
Z
= − e2 dx (9.73)
0 (2π)4 (q 2 − 2pqx + x2 p2 − x2 p2 + xp2 − (1 − x)m2 − xµ2 )2
Z 1
d4 ℓ γ µ γν γµ (ℓν + x pν ) + γ µ γµ m
Z
= − e2 dx
0 (2π)4 (ℓ2 − ∆2 )2
Z 1
d4 ℓ γ µ γµ m + xpν γ µ γν γµ
Z
= − e2 dx .
0 (2π)4 (ℓ2 − ∆2 )2
On a utilisé l’astuce de Feynman pour combiner les dénominateurs, changé la variable
R d’intégration
q → ℓ = q − px, introduit ∆2 = x(x − 1)p2 + (1 − x)m2 + xµ2 et utilisé que d4 ℓ ℓµ f (ℓ2 ) =
0 (invariance de Lorentz). Le résultat diverge dans l’ultraviolet, il faut alors le régulariser et
renormaliser.
Comme dans la section 6.3 on va utiliser la régularisation dimensionnelle : la dimension d’espace-
temps sera d = 4 − 2ϵ et
Z 1
dd ℓ γ µ γµ m + xpν γ µ γν γµ
Z
I → −e2 dx . (9.74)
0 (2π)d (ℓ2 − ∆2 )2
Dans d = 4 − 2ϵ dimensions, les identités pour les matrices γ sont modifiées car δ µ µ = d :

γ µ γµ = 4 (d = 4) , γ µ γµ = 4 − 2ϵ (d = 4 − 2ϵ) (9.75)

γ µ γν γµ = −2γν (d = 4) , γ µ γν γµ = (2ϵ − 2)γν (d = 4 − 2ϵ) (9.76)


Alors
1
dd ℓ (4 − 2ϵ)m + (2ϵ − 2)x/p
Z Z
I = −e2 dx . (9.77)
0 (2π)d (ℓ2 − ∆2 )2
On va appliquer la formule universelle pour l’évaluation des intégrales à une boucle en
régularisation dimensionnelle, qui généralise l’éq. (6.40) et qui prend déjà en compte la rotation
de Wick :

β−α+ d2 Γ β + d2 Γ α − β − d2
 
dd q (q 2 )β
Z
α+β −d 2
= (−1) i(4π) 2 ∆ . (9.78)
(2π)d (q 2 − ∆2 )α Γ d2 Γ(α)


1 ϵ
ie2
Z 
1
⇒ I=− dx ((4 − 2ϵ)m − 2(1 − ϵ)x/p) (4π)ϵ Γ(ϵ) . (9.79)
16π 2 0 ∆2
Avec éq. (A.12) et Aϵ = 1 + ϵ log A + O(ϵ2 ) :
Z 1
ie2
 
1
1 − ϵ log ∆2 + O(ϵ2 )

I= − 2
dx ((4 − 2ϵ)m − (2 − 2ϵ)x/p ) (1 + ϵ log(4π)) − γ E
16π 0 ϵ
2
 Z 1 
ie 1 2
= − (4m − / p − 2m + 2
p) + / dx (x/p − 2m) log ∆ (x, /p) + O(ϵ)
16π 2 ϵ̄ 0
(9.80)
1 1
où ϵ̄ ≡ ϵ + log(4π) − γE .
On impose la condition de renormalisation II., éq. (9.71) :

d d dI
0 = −i Σ(/
p) = (I + i(/p δ2 − δm )) = + iδ2 (9.81)
d/
p /
p=m d/p /
p=m d/p /
p=m

84
avec
Z 1
ie2
  
dI 1 2 d 2
= −1−2 dx x log ∆ + (x/p − 2m) log ∆
d/
p /
p=m 16π 2 ϵ̄ 0 d/p /
p=m
2 1
x(x − 1)(x − 2)m2
 Z  
ie 1 2 2 2

= −1−2 dx x log (x − 1) m + xµ + 2 .
16π 2 ϵ̄ 0 (x − 1)2 m2 + xµ2
(9.82)

Donc le contre-terme δ2 est donné par


Z 1
e2 x(x − 1)(x − 2)m2
  
1 2 2 2

δ2 = − −1−2 dx x log (x − 1) m + xµ + 2 , (9.83)
16π 2 ϵ̄ 0 (x − 1)2 m2 + xµ2
ou en retenant seulement les parties non nulles lorsque µ → 0
e2
 
1 2 2
δ2 = − + 2 log µ − 3 log m + 4 . (9.84)
16π 2 ϵ̄

De même, on impose la condition de renormalisation I., éq. (9.70) :

0 = −iΣ(/
p) = (I + i(/p δ2 − δm )) (9.85)
/
p=m /
p=m

et on trouve alors

δm = − iI + mδ2
/
p=m
Z 1
e2  x(x − 1)(x − 2)m2
  
4 2 2 2
= − m −2−4 dx log (x − 1) m + xµ + (9.86)
16π 2 ϵ̄ 0 (x − 1)2 m2 + xµ2
2
 
e 4
→ − m + 2 log µ2 − 6 log m2 + 8 (quand µ → 0) .
16π 2 ϵ̄

Enfin l’auto-énergie de l’électron est −iΣ(/p) = I + i(/p δ2 − δm ), ou avec éqs. (9.80), (9.83) et (9.86)
1
ie2 x(x − 1)p2 + (1 − x)m2 + xµ2 x(x − 1)(x − 2)m2
Z  
−iΣ(/
p) = − dx p − 2m) log
(x/ − 2(/p − m)
8π 2
0
2 2
(x − 1) m + xµ 2 (x − 1)2 m2 + xµ2
(9.87)
• Ce résultat est toujours divergent dans l’IR (l’intégrale ne converge pas si µ = 0). Mais les
observables physiques, soigneusement définies, seront finies lorsque µ → 0. Un traitement
détaillé des divergences IR est donné [Link]. dans le livre de Peskin et Schroeder.
• En revanche, tous les termes sont finis dans l’UV : il n’y a plus de dépendence de ϵ.

Propagateur du photon
Selon les exercices, la structure tensorielle des graphes 1PI sans pattes externes contribuant à la
fonction à deux points du photon est

1PI = iΠµν (p) = i(p2 g µν − pµ pν )Π(p2 ) (9.88)


✃ ✃

et la fonction à deux points exacte, avec toutes les corrections incluses, peut s’écrire avec une
fonction Π(p2 ) (l’auto-énergie du photon) comme
pµ pν
 
111111
000000
000000
111111
000000
111111 −i µν
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
= g − 2 + (termes dépendant de ξ) . (9.89)
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
p2 (1 − Π(p2 )) p

La condition de renormalisation III. est donc équivalent à

Π(0) = 0 . (9.90)

85
Calculons Πµν à une boucle : il y a deux diagrammes qui contribuent,

1PI = ✃
+ . (9.91)
✃ ✃ ✃ ✃ ✃

Selon les règles de Feynman,

d4 q
Z  
2 µ i(/q + m) ν i(/q + /p + m)
= (−1)(−ie) tr γ γ
✃ ✃ (2π)4 (q 2 − m2 + iϵ) (q + p)2 − m2 + iϵ
1
d4 q tr (γ µ (/q + m)γ ν (/q + /p + m))
Z Z
2
= −e dx
(2π)4 0 (q 2 + 2xpq + x2 p2 − x2 p2 + xp2 − m2 )2
1
d4 ℓ tr (γ µ (ℓ/ − x/p + m)γ ν (ℓ/ − x/p + /p + m))
Z Z
= −e2 dx
(2π)4 0 (ℓ2 − ∆2 )2
1

d4 ℓ tr γ µ γ κ γ ν γ λ ℓκ ℓλ − x(1 − x)γ µ γ λ γ ν γ κ pλ pκ + γ µ γ ν m2
Z Z
2
= −e dx .
(2π)4 0 (ℓ2 − ∆2 )2
(9.92)

On a défini ℓ = q + px et ∆2 = x(x − 1)p2 + m2 . Le (−1) de la première ligne vient de la boucle


fermionique.R En d = 4 − 2ϵ dimensions, grace à l’invariace de Lorentz on peut remplacer, sous
l’intégrale dd ℓ,
ℓ2 gκλ ℓ2 gκλ
ℓκ ℓλ → = (9.93)
d 4 − 2ϵ
donc
Z 1
dd ℓ 1 − ϵ ℓ2 g µν x(1 − x)(2pµ pν − p2 g µν ) − m2 g µν
Z  
2
= 4e dx + .
✃ ✃ (2π)d 0 2 − ϵ (ℓ2 − ∆2 )2 (ℓ2 − ∆2 )2
(9.94)

L’intégrale du permier terme est, selon éq. (9.78),


1
dd ℓ 1 − ϵ ℓ2 g µν
Z Z
dx
(2π)d 0 2 − ϵ (ℓ2 − ∆2 )2
Z 1
i µν  Γ(3 − ϵ)Γ(−1 + ϵ) 1 − ϵ
=− 2
g dx ∆2 (1 + ϵ log 4π) 1 − ϵ log ∆2
16π 0 Γ(2 − ϵ) 2−ϵ
i µν 1
Z
dx ∆2 (1 + ϵ log 4π) 1 − ϵ log ∆2 Γ(−1 + ϵ)(1 − ϵ)

=− g
16π 2 0
(9.95)
i µν 1
Z  
2 2
 1
= g dx ∆ (1 + ϵ log 4π) 1 − ϵ log ∆ − γ E + 1 (1 − ϵ)
16π 2 0 ϵ
i µν 1
Z  
2 1 2
= g dx ∆ − log ∆
16π 2 0 ϵ̄
Z 1  
i 2 µν 2 µν 1 2
=− dx (x(1 − x)p g − m g ) − log ∆
16π 2 0 ϵ̄
1 1
où on a utilisé éqs. (A.9) et (A.13), et toujours ϵ̄ ≡ ϵ + log(4π) − γE . L’intégrale du deuxième
terme dans éq. (9.94) est, selon éq. (9.78),
1
dd ℓ x(1 − x)(2pµ pν − p2 g µν ) − m2 g µν
Z Z
dx
(2π)d 0 (ℓ2 − ∆2 )2
Z 1  
i 2
 1
x(1 − x)(2pµ pν − p2 g µν ) − m2 g µν

= 2
dx (1 + ϵ log 4π) 1 − ϵ log ∆ − γ E
16π 0 ϵ
Z 1  
i µ ν 2 µν 2 µν
 1 2
= dx x(1 − x)(2p p − p g ) − m g − log ∆ .
16π 2 0 ϵ̄
(9.96)

86
Dans la somme des intégrales (9.95) et (9.96), les termes qui ne sont pas proportionnels à (p2 g µν −
pµ pν ) se suppriment et éq. (9.94) devient


= i(p2 g µν − pµ pν )Π(p
b 2) (9.97)

où Z 1
e2
 
2 11 2
Π(p ) = − 2
b − dx x(1 − x) log ∆ . (9.98)
2π 6 ϵ̄ 0
On impose la condition de renormalisation III. qui implique
Z 1
e2 e2
   
11 1
δ3 = Π(0)
b =− 2 − dx x(1 − x) log m2 = − − log m 2
. (9.99)
2π 6 ϵ̄ 0 12π 2 ϵ̄
Tous ensemble, on a trouvé l’auto-énergie du photon à une boucle
1
e2 x(x − 1)p2 + m2
Z
Π(p2 ) = − dx x(x − 1) log . (9.100)
2π 2 0 m2

Remarques :
• Des divergences “quadratiques” (qui impliqueraient une renormalisation de masse pour le
photon, et donc une violation de l’invariance de jauge) sont absentes grace à l’identité de
Ward. Mais cela n’est pas garanti indépendamment du schéma de régularisation. 1 On a choisi
la régularisation dimensionnelle qui preserve l’invariance de jauge / l’identité de Ward.
• Le logarithme en tant que fonction complexe a une coupure à x(x − 1)p2 + m2 = 0 qui
commence à p2 = 4m2 , car x(x − 1) ≥ 14 si x ∈ [0, 1]. L’interprétation de cette structure est
qu’il s’agı̂t du seuil cinématique pour la production d’une paire électron-positron réelle. A
partir de cette énergie, les fermions dans la boucle peuvent dévenir réels.
• On peut utiliser éq. (9.100) pour calculer le potentiel électrostatique dans la limite non
relativiste :
α e−2mr
 
α
V (r) = − 1+ √ + ... (9.101)
r 4 π (mr)3/2
Le premier terme est le terme de Coulomb. La correction implique que, à courtes distances
(≲ longueur d’onde de Compton de l’électron), la force électromagnétique devient plus forte.
Intuitivement, cet effet est causée par la “polarisation du vide” due aux paires virtuelles
de e+ e− à longue distance. Un électron suffisamment énergétique peut pénétrer le “nuage
d’électrons virtuels”. En fait, on va montrer dans le dernier chapitre que, à très hautes
énergies, la théorie devient fortement couplée et la théorie des perturbations n’est plus valide.

Vertex
Pour renormaliser le vertex, on définit la fonction Γµ par la somme de diagrammes 1PI amputés
avec un photon et deux électrons :
µ
q = p’ - p

1PI ✃ ≡ −ieΓµ (p, p′ ) . (9.102)


p p’

Ici e est la charge physique de l’électron. La fonction Γµ permet une formulation plus précise de la
condition de renormalisation IV. : avec les électrons externes sur couche de masse, p2 = p′2 = m2 ,
et dans la limite q → 0, il faut que

p ′ )Γµ (p, p′ )ur (⃗


ūs (⃗ p) p ′ )γ µ ur (⃗
= ūs (⃗ p) (9.103)
p2 =p′ 2 =m2 , q → 0

1. Plus précisément : Il n’y a jamais de divergence quadratique en régularisation dimensionnelle, mais a priori
il aurait pu y avoir une divergence ∝ g µν venant de l’intégrale (9.95) sans un terme ∝ pµ pν correspondant. Le fait
que la régularisation respecte l’identité de Ward garantie que ce n’est pas le cas.

87
(Avec cette condition, on obtient la loi de Coulomb habituelle comme cas limite de la diffusion de
Coulomb à basse énergie, voir chap. 9.3.)
La structure tensorielle de Γµ peut se décomposer, en supposant que les électrons (mais pas le
photon) soient sur leur couche de masse, comme

Γµ (p, p′ ) = γ µ A(q 2 ) + (pµ + p′µ ) B(q 2 ) + q µ C(q 2 ) . (9.104)


p2 =p′ 2 =m2

Ici A, B et C sont des fonctions scalaires. Selon l’identité de Ward,

p ′ )Γµ (p, p′ )u(⃗


qµ ū(⃗ p) =0 (9.105)
p2 =p′ 2 =m2

et alors

p ′ )/ p)A + (p′2 − p2 )B ū(⃗


p ′ )u(⃗ p ′ )u(⃗
p) + q 2 C ū(⃗

0 = ū(⃗ q u(⃗ p) . (9.106)
p2 =p′ 2 =m2

Le premier terme du membre de droite d’éq. (9.106) s’annule car

p ′ )/
ū(⃗ q u(⃗ p ′ ) (/p′ − /p) u(p) = ū(⃗
p) = ū(⃗ p ′ ) (m − m) u(⃗
p) = 0 . (9.107)
2
Le deuxième terme du membre de droite d’éq. (9.106) s’annule car p2 = m2 = p′ . On conclut
qu’éq. (9.105) est vérifée pourvu que
C(q 2 ) = 0 . (9.108)
Par contre, les deux fonctions A(q 2 ) et B(q 2 ) restent à déterminer. Il est pratique courante d’em-
ployer deux autres fonctions équivalentes F1 et F2 qui sont liées à A et B par l’identité de Gordon
 ′µ
p + pµ iγ µν qν

′ µ ′
ū(⃗
p )γ u(⃗p) = ū(⃗
p ) + u(⃗
p) (9.109)
2m m
tel que

iγ µν qν
 
p ′ )Γµ (p, p′ )u(⃗
ū(⃗ p) p ′ ) γ µ F1 (q 2 ) +
= ū(⃗ F2 (q 2 ) u(⃗
p) . (9.110)
p2 =p′2 =m2 m p2 =p′ 2 =m2

L’identité de Gordon permet d’identifier F1 = A + 2mB et F2 = −2mB. Les F1,2 s’appellent


facteurs de forme. Au niveau de l’arbre on a F1 = 1 et F2 = 0.
Qu’est-ce que F1 et F2 au niveau d’une boucle ? Les diagrammes qui contribuent à Γµ sont
µ

q = p’ - p

1PI ✃ = + (9.111)



p p’

Le diagramme à une boucle donne l’expression


µ
q=p’-p

d4 k −i gνρ i(k/′ + m)
Z
k i(k/ + m)
k’ = k + q = 4 2
(−ieγ ν ) ′2 2
(−ieγ µ ) 2 (−ieγ ρ )
p p’ (2π) (k − p) + iϵ k − m + iϵ k − m2 + iϵ
p-k ✃

d4 k γ ν (k/′ + m)γ µ (k/ + m)γν


Z
3
= −e .
(2π)4 ((k − p)2 + iϵ) (k ′2 − m2 + iϵ) (k 2 − m2 + iϵ)
(9.112)
On se sert de l’astuce de Feynman pour combiner trois dénominateurs :
Z 1 Z 1 Z 1
1 2
= dx dy dz δ(1 − x − y − z) 3 (9.113)
((k − p)2 ) (k ′2 − m2 ) (k 2 − m2 ) 0 0 0 D

88
avec
D = x(k 2 −m2 )+y(k ′2 −m2 )+z(k−p)2 ≡ ℓ2 −∆2 , ℓ = k+yq−zp , ∆2 = −xyq 2 +(1−z)2 m2 .
(9.114)
Ici on a utilisé que x + y + z = 1 et on a posé p2 = p′2 = m2 (⇒ 2pq = −q 2 ). Le numérateur est
γ ν (k/ + /
q + m)γ µ (k/ + m)γν
= γ ν (ℓ
/ − y/
q + z/ q + m)γ µ (ℓ
p+/ / − y/q + z/p + m)γν
(9.115)
= γ ν (ℓ
/γ µ/ℓγν + γ ν (/
q − y/ p + m)γ µ (−y/q + z/p + m)γν + (termes linéaires en ℓ)
q + z/
| {z }
0 sous l’intégrale

Tout ensemble :

d4 ℓ
Z Z
= −e3 dx dy dz δ(1 − x − y − z)
(2π)4

✃ !
2γ ν/ℓγ µ/ℓγν 2γ ν (/q − y/q + z/p + m)γ µ (−y/q + z/p + m)γν
+ .
(ℓ2 − ∆2 )3 (ℓ2 − ∆2 )3
| {z } | {z }
divergent convergent dans l’UV
(9.116)

Il y a une divergence IR que l’on régularise avec une masse du photon µ, ce qui change la définition
de ∆2 :
∆2 = −xyq 2 + (1 − z)2 m2 + zµ2 . (9.117)
Le premier terme est divergent aussi dans l’UV. La régularisation dimensionnelle en d = 4 − 2ϵ
dimensions donne, sachant que γ ν γ λ γ µ γ κ γν = −2γ κ γ µ γ λ + 2ϵγ λ γ µ γ κ et γ ν γ µ γν = −2(1 − ϵ)γ µ
et en utilisant les identités (9.78) et (9.93) :
dd ℓ 2γ ν/ℓγ µ/ℓγν
Z  
i µ 1 2
= γ − 1 − log ∆ . (9.118)
(2π)d (ℓ2 − ∆2 )3 8π 2 ϵ̄
Le deuxième terme donne
d4 ℓ 2γ ν (/
q − y/ p + m)γ µ (−y/ i γ ν ((1 − y)/q + z/p + m)γ µ (−y/q + z/p + m)γν
Z
q + z/ q + z/p + m)γν
= − .
(2π)4 (ℓ2 − ∆2 )3 16π 2 ∆2
(9.119)
Afin de déterminer le contre-terme δ1 , il faut isoler A et B dans la limite q → 0, poser F1 =
A + 2mB (selon éq. (9.109)) et appliquer condition de renormalisation IV (F1 → 1 pour q → 0).
• Cette procédure mène au résultat final
δ1 = δ2 . (9.120)

• On a alors Z1 = Z2 , ce qui implique que, dans le lagrangien éq. (9.65)


1
L = − Z3 Fr µν Frµν + Z2 ψ r (i /∂ − m0 )ψr − eZ1 ψ r γ µ ψr Ar µ (9.121)
4
les termes /∂ et ieA/ forment la dérivée covariante D/ même après la prise en compte des
corrections radiatives : L’invariance de jauge est préservée.
Le facteur de forme F2 peut être extrait de la partie finie : le numérateur d’éq. (9.119) est
N ≡ γ ν ((1 − y)/ p + m)γ µ (−y/
q + z/ q + z/p + m)γν
= γ ν γ λ γ µ γ κ γν ((1 − y)qλ + zpλ ) (−yqκ + zpκ ) + γ ν γ λ γ µ γν m ((1 − y)qλ + zpλ )
+ γ ν γ µ γ κ γν m(−yqκ + zpκ ) + m2 γ ν γ µ γν
(9.122)
= −2γ κ γ µ γ λ ((1 − y)qλ + zpλ ) (−yqκ + zpκ ) + 4m ((1 − 2y)q µ + 2zpµ ) − 2 m2 γ µ
= −2γ κ γ µ γ λ ((1 − y)p′λ − (1 − y − z)pλ ) (−yp′κ + (y + z)pκ )
+ 4m ((1 − 2y)p′µ − (1 − 2y − 2z)pµ ) − 2m2 γ µ

89
On multiplie avec ū(⃗p ′ ) à gauche et u(⃗p) à droite, puis on utilise l’algèbre de Clifford pour placer
les facteurs de /
p à côté de u(⃗ p) et ceux de /p′ à côté de ū(⃗
p ′ ), ce qui permet de remplacer /
pu(⃗p) = mu(⃗ p ′ )/
p) et ū(⃗ p′ = ū(⃗
p ′ )m. Avec
γ κ γ µ = −γ µ γ κ +2g µκ , γ µ γ λ = −γ λ γ µ +2g µλ , γ κ γ µ γ λ = −γ λ γ µ γ κ −2γ µ g λκ +2γ λ g µκ +2γ κ g µλ
(9.123)
on identifie le coefficient de (p + p′ )µ :

p ′ )N u(⃗
ū(⃗ p ′ ) −(1 − y)(y + z)(pµ + p′µ ) + (1 − y − y 2 )p′µ
p) = 4m ū(⃗

+ (−1 + 3y + 3z − 2zy − z 2 − y 2 )pµ + (termes ∝ γ µ ) u(⃗p)
 (9.124)
p ′ ) −(1 − y)(1 − x)(pµ + p′µ ) + (1 − y − y 2 )p′µ + (1 − x − x2 ))pµ
= 4m ū(⃗

+ (termes ∝ γ µ ) u(⃗
p) .

On a utilisé x + y + z = 1. Le dénominateur d’éq. (9.119) et le domaine d’intégration d’éq. (9.116)


étant symétriques par x ↔ y, on peut remplacer
 
4m −(1 − y)(1 − x)(pµ + p′µ ) + (1 − y − y 2 )p′µ + (1 − x − x2 ))pµ
 
1 2 2
(p + p′ )µ = 2m z(1 − z)(p + p′ )µ .

→ 4m −(1 − y)(1 − x) + 1−y−y +1−x−x
2
(9.125)

Enfin, avec F2 (q 2 ) = −2mB(q 2 ) et éqs. (9.116), (9.119) et (9.125),


1
e2 2m2 z(1 − z)
Z
F2 (q 2 ) = dx dy dz δ(1 − x − y − z) . (9.126)
8π 2 0 m2 (1 − z)2 − q 2 xy

(Cette expression est convergente dans l’IR, alors on peut faire tendre la masse du photon vers 0).
En particulier, on trouve à q 2 = 0 :
Z 1
e2 2m2 z(1 − z)
F2 (0) = dx dy dz δ(1 − x − y − z)
8π 2 0 m2 (1 − z)2
2 Z 1 Z 1−z
e z
= 2
dz dy
4π 0 0 (1 − z)
e2 (9.127)
=
8π 2
α
=

= 0.0011614 .
F2 (0) correspond à une contribution d’ordre supérieur au moment magnétique de l’électron. Pour
voir cela, regardons le lagrangien effectif au premier ordre en dérivées
e
L = e F1 (0)ψA/ψ + F2 (0)Fµν ψγ µν ψ + . . . (9.128)
2m
Avec un champ externe classique Fµν dérivé du potentiel A = (0, 0, Bx, 0) (alors F12 = −F21 = B
et toutes autres composantes de Fµν zéro, ce qui correspond à un champ magnétique en direction
des z) on trouve le hamiltonien d’interaction
Z  α 12 
HI = −eB d3 x ψ xγ 2 + γ ψ + ... (9.129)
2πm

Le premier terme correspond au couplage du spin S ⃗ de l’électron au champ magnétique de la


e ⃗
mécanique quantique. Il donne un moment magnétique µ ⃗ = g 2m S avec g = 2. Cette valeur de g
reçoit une correction de F2 (0) par le deuxième terme. La valeur expérimentelle est en fait
g = 2.0011597 (9.130)

90
en bon accord avec notre calcul (on s’attendait un écart de l’ordre α2 ≈ 10−4 qui provient des
termes d’ordre supérieur en théorie des perturbations que l’on a négligés).
Les calculs les plus récents de g − 2 prennent en compte des corrections à cinq boucles, avec des
contributions de O(10 000) diagrammes de Feynman, et incluent aussi des corrections des autres
particules du modèle standard. Vu qu’il est également possible de mesurer g − 2 à une très grande
précision, cette observable est idéale pour comparer théorie et expérience et pour ainsi confirmer
que le formalisme de la TQC donne des prédictions précises, dérivées des premiers principes.

91
Chapitre 10

Le groupe de renormalisation

10.1 La théorie ϕ4 à une boucle revisitée


On rappelle l’ancien résultat pour l’élément de matrice de la diffusion ϕϕ → ϕϕ à une boucle dans
la théorie ϕ4 , éq. (7.10) :
! !
λ2phys m2p − s x(1 − x)
Z 1
Mfi = −λphys − dx log + (s ↔ t) + (s ↔ u) + 2 . (10.1)
32π 2 0 m2p

Ici s, t et u sont les variables cinétiques de Mandelstam, mp est la masse du pôle et le couplage
physique λphys est défini par la condition de renormalisation

Mfi = −λphys . (10.2)


s=4m2p ,t=u=0

Regardons maintenant un processus de diffusion avec s ≫ m2p et toujours t = u = 0. L’élément de


matrice devient
λ2phys
 
s
Mfi = −λ phys − log + iπ . (10.3)
s≫m2p ,t=u=0 32π 2 m2p

Évidemment, pour ms2 exponentiellement grand, le terme d’ordre λ2phys peut devenir plus important
p
que celui du premier ordre. En géneral, aux ordres supérieurs λnphys en théorie des perturbations,
on trouvera des termes ∝ logn−1 (s/m2p ). Pourtant, les termes d’ordre supérieur sont censés être de
plus en plus petits pour que la série perturbative converge. Est-ce que cela signifie que la théorie
2
devient intrinsèquement non-perturbative aux échelles s ≈ m2p e32π /λphys ?
Il se trouve qu’il n’est en effet pas possible de définir la théorie ϕ4 de manière perturbative jusqu’aux
échelles énergétiques arbitrairement grandes. Mais une partie du problème provient en fait de notre
paramétrage de la théorie. Pour comprendre pourquoi, il faut se rendre compte que la définition
du couplage physique par la condition de renormalisation d’éq. (10.2) est en fait arbitraire : on
l’a adopté parce qu’il semblait convenient de paramétrer les auto-interactions de ϕ par la quantité
λphys , qui peut être facilement liée à une observable physique (la section efficace 2 → 2 dans le
régime profondement non relativiste.) Mais on aurait pu tout aussi bien choisir une autre définition
du couplage en employant un autre processus à une autre échelle d’énergie.
Similairement, en QED il est pratique courante de définir la constante de structure fine α en
faisant référence à un processus à basse énergie E ≪ me , comme on l’a fait. Mais en principe,
rien n’empêche de définir ce que l’on appelle le couplage par un processus différent ; dans ce cas,
α ≈ 1/137 à basse énergie devient une prédiction de la théorie. Dans une théorie sans échelle
de masse perturbative, comme la chromodynamique quantique par exemple, il n’y pas de choix
préféré pour définir le couplage, alors toutes définitions à toute échelle sont également bonnes
(pourvu que la théorie des perturbations soit valide).

92
Retournons à la théorie ϕ4 . Vu qu’il existe un infinité de façons de paramétrer cette théorie, re-
gardons une famille infinie de couplages renormalisés λ(µ) qui dépendent d’une échelle de masse
µ dite l’échelle de renormalisation. Bien entendu, on ne considère qu’une seule théorie : un chan-
gement de µ ne correspond qu’à un changement de définition de ce que l’on appelle le couplage
renormalisé, tant que les prédictions pour les observables physiques ne doivent pas dépendre de µ.
Pour définir λ(µ), il faut spécifier des conditions de renormalisation. Comme on l’a fait avant, on
sépare donc le lagrangien en une partie qui dépend du couplage renormalisé λ(µ) (et aussi d’un
champ renormalisé ϕr (µ) et d’un paramètre de masse renormalisée m(µ)) et une deuxième partie
contenant les contre-termes, voir éq. (6.35). L’élément de matrice de la diffusion 2 → 2 à une
boucle, régularisé en régularisation dimensionnelle, peut s’écrire (voir chapitre 6.3) :
Z 1
λ(µ)2 1 m2 (µ) − 4 x(1 − x)s
  
Mfi = −λ(µ) + − dx log + (s ↔ t) + (s ↔ u) − δλ (µ) .
32π 2 ϵ̄ 0 µ2
(10.4)
Ici µ2 apparaı̂t au dénominateur pour des raisons dimensionnelles : l’argument du logarithme
doit être sans dimension. Dans les expressions du chapitre 6.3, on n’avais pas inclu cette échelle
arbitraire ; ici on l’identifie avec l’échelle de renormalisation paramétrant les couplages λ(µ). Ce-
pendant, tant qu’on n’a pas encore spécifié la condition de renormalisation qui déterminera le
contre-terme, éq. (10.4) est complétement générale.
Choisissons maintenant la condition de renormalisation selon le schéma dit MS (“MS-barre”,
“modified minimal subtraction”), en définissant le contre-terme de façon qu’il soustrait seulement
le terme du pôle ∝ 1/ϵ̄ dans éq. (10.4). Dans le schéma MS, on a alors

λ(µ)2 1 m2 (µ) − x(1 − x) s


Z  
Mfi = −λ(µ) − dx log + (s ↔ t) + (s ↔ u) . (10.5)
32π 2 0 µ2

La forme fonctionnelle de λ(µ) est déterminée par la condition que Mfi ne doit pas dépendre de
l’échelle de renormalisation, non physique. Il faut donc que
dMfi
µ = 0. (10.6)

Si on réécrit eq. (10.5) comme

λ2
−3 log µ2 + termes qui ne dépendent de µ qu’implicitement via m2 (10.7)

Mfi = −λ − 2
32π
alors on obtient
dλ 3 2
= β(λ) , avec β(λ) = λ . (10.8)
d log µ 16π 2
Ici on a supprimé les termes d’ordre ≥ λ3 , vu qu’on travaille au niveau d’une boucle en théorie
des perturbations. Notamment, à cet ordre, le terme ∝ λ2 dans éq. (10.5) ne contribue que par sa
dépendance explicite de log µ2 d’eq. (10.7), tant que la dépendance implicite de µ dans λ et m2
est d’ordre supérieur.
Sachant que λ est la solution de l’équation différentielle ordinaire du premier ordre (10.8)
(l’équation de renormalisation), il faut encore une condition intiale pour uniquement fixer sa
valeur numérique. Des différentes conditions initiales correspondront aux différentes théories. Soit
la condition initiale, à une échelle de référence µ0 ,

λ(µ0 ) = λ0 . (10.9)

Alors on peut résoudre l’équation de renormalisation pour obtenir


λ0
λ(µ) = 3 λ0 µ2
. (10.10)
1− 32π 2 log µ20

Contrairement au couplage physique λphys , le couplage λ(µ) renormalisé dans le schéma MS n’est
pas directement défini par une observable physique. Mais il est facile de traduire entre le schéma de

93
renormalisation physique et le schéma MS : en comparant les expressions d’éq. (10.5) et éq. (10.1)
à s = 4m2p et t = u = 0, on se rend compte que
! !
λ(µ)2 1 m2 (µ) − 4 x(1 − x) m2p m2 (µ)
Z
λphys = λ(µ) + dx log + 2 log . (10.11)
32π 2 0 µ2 µ2

En prenant compte du fait que m2 (µ) = m2p (1 + O(λ)), on obtient donc au niveau d’une boucle

µ2
  
λ(µ)
λphys = λ(µ) 1 − 3 log + 2 . (10.12)
32π 2 m2p

La différence entre le couplage physique et le couplage MS est une correction au niveau d’une
boucle, qui se compose de deux parties : une partie logarithmique et un term sans logarithmes. La
partie logarithmique peut être importante si l’échelle de renormalisation est loin de la masse de la
particule.
En pratique, il convient de choisir l’échelle de renormalisation proche de l’échelle énergétique
caractéristique du processus qu’on regarde. Un tel choix minimisera les logarithmes et donnera
alors une approximation optimale aux observables physiques, sans devoir aller aux ordres supérieurs
en théorie des perturbations. Pour des systèmes à plusieurs échelles très différentes, il faut faire
évoluer les couplages entre elles selon leurs équations de renormalisation.
Regardons finalement l’équation de renormalisation pour le paramètre de masse m2 (µ) dans le
schéma MS. L’auto-énergie −iΣ(p2 , µ) (la somme des diagrammes 1PI avec deux particules ex-
ternes, sans compter les propagateurs externes) à une boucle est, en régularisation dimensionnelle,

−iλ(µ) dd q
Z
2 i
+ i δZ (µ)p2 − δm2 (µ)

−iΣ(p , µ) =
2 (2π)d q 2 − m2 (µ) + iϵ
(10.13)
im2 (µ)λ(µ) 1 m2 (µ)
 
2

= + 1 − log + i δZ (µ)p − δm2 (µ)
32π 2 ϵ̄ µ2
Vu que l’intégrale de boucle ne dépend pas de p, on a δZ = 0 au niveau d’une boucle et l’auto-
énergie est indépendante de p (voir chapitre 6.3). Dans le schéma MS, seul le terme du pôle est
soustrait par le contre-terme, ce qui donne

m2 (µ)λ(µ) m2 (µ)
 
Σ(µ) = − 1 − log . (10.14)
32π 2 µ2

La fonction à deux points a maintenant un pôle à m2p = m2 (µ) + Σ(µ). La masse du pôle en tant
qu’observable physique doit être indépendante de l’échelle de renormalisation, dm2p / d log µ = 0.
On en déduit l’équation de renormalisation

dm2 1
= γ(λ) m2 , avec γ(λ) = λ. (10.15)
d log µ 16π 2
De nouveau, on a supprimé tous les termes d’ordre supérieur. La fonction γ s’appelle dimension
anomale. Étant donné une condition initiale m2 (µ) = m20 , la solution pour m2 (µ) est facile à
trouver :
m20
m2 (µ) =  1/3 . (10.16)
3λ0 µ2
1 − 32π2 log µ2
0

Il est possible de généraliser ce formalisme au-delà du niveau d’une boucle et aux théories re-
normalisables générales. Restons d’abord sur la théorie ϕ4 . On rappelle que, à partir du niveau
de deux boucles en théorie des perturbations, la renormalisation de la fonction d’onde Z est non
nulle, d’où la nécessité d’introduire le contre-terme δZ . On écrit G(x
e 1 , . . . , xn ) et G
p r (x1 , . . . , xn )
e
pour les fonctions à n points du champ non renormalisé et renormalisé, ϕr = ϕ/ Z(µ) :

e 1 , . . . , xn ) = ⟨0| T ϕ(x1 ) . . . ϕ(xn )|0⟩ ,


G(x e r (x1 , . . . , xn ) = ⟨0| T ϕr (x1 ) . . . ϕr (xn )|0⟩ .
G (10.17)

94
La relation entre G
e et G
e r est
e 1 , . . . , xn ) = Z n/2 G
G(x e r (x1 , . . . , xn ) . (10.18)

Ge r est une fonction qui dépend de l’échelle de renormalisation µ explicitement, ainsi qu’implici-
tement car elle dépend du couplage renormalisé et de la masse renormalisée. En revanche, G e est
indépendant de l’échelle de renormalisation :
d e d  
0=µ G =µ Z(µ)n/2 G
e r (λ(µ), m2 (µ), µ) . (10.19)
dµ dµ
On conclut que  
∂ n ∂ ∂
+ γϕ + β + γm 2 G
er = 0 (10.20)
∂ log µ 2 ∂λ ∂ log m2
avec
dλ d log Z d log m2
β= , γϕ = , γm2 = . (10.21)
d log µ d log µ d log µ
Eq. (10.20) s’appelle l’équation de Callan-Symanzik dans le contexte de la régularisation dimen-
sionnelle, même si des relations similaires ont été obtenues avant par Gell-Mann et Low, et même
avant par Stückelberg et Petermann.

10.2 Équations de renormalisation pour la QED


Similairement, les fonctions de correlation de la QED renormalisée vérifient des équations de
Callan-Symanzik. Il y a, en général, une dimension anomale γ pour chaque champ et une autre
pour chaque paramètre de masse, ainsi qu’une fonction β pour chaque couplage. En QED, on a
alors  
∂ nψ nA ∂ ∂
+ γ2 + γ3 + β e + γm G
er = 0 . (10.22)
∂ log µ 2 2 ∂e ∂ log m
Ici G
e r est une fonction à (nψ + nA ) points renormalisée impliquant nψ électrons et nA photons et
dépendant de µ, du couplage renormalisé e(µ) et de la masse de l’électron renormalisée m(µ). On
a posé
de d log Z2 d log Z3 d log m
βe = , γ2 = , γ3 = , γm = (10.23)
d log µ d log µ d log µ d log µ
avec les constantes de renormalisation de fonction d’onde de l’électron Z2 et du photon Z3 définies
dans éq. (9.65).
Il est instructif de calculer la fonction βe de la QED à une boucle et d’étudier le comportement
du couplage en fonction de l’échelle µ. En route, on trouvera aussi les fonctions γ2 et γ3 . Pour
simplicité, on étudiera la théorie avec un électron sans masse, m → 0 (en fait, les fonctions βe et
γ2,3 sont indépendantes de m). Le dernier terme dans l’équation de Callan-Symanzik éq. (10.22)
est donc supprimé.
Revisitons d’abord la fonction à deux points de l’électron. Son équation de Callan-Symanzik s’écrit
  111111
000000
000000
111111
∂ 000000
111111
000000
111111
000000
111111
+ γ2 000000
111111
000000
111111
000000
111111
= 0. (10.24)
∂ log µ 000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111

Ici on a utilisé que le terme ∝ βe est d’ordre supérieur. Dans le chapitre 9.4, on avait trouvé
000000
111111
111111
000000
000000
111111
000000
111111
000000
111111
i
000000
111111
000000
111111
000000
111111
= (10.25)
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
/p − Σ(/p) + iϵ
avec l’auto-énergie de l’électron au niveau d’une boucle (calculée avec le diagramme 1PI sans
propagateurs externes) donnée par

e2
 
1 2
−iΣ(/
p) = + (contre-termes) = − + log µ p / + (indépendant de µ) . (10.26)
✃ ✃ 16π 2 ϵ̄

95
Cf. éq. (9.80). On a alors
111111
000000 111111
000000 111111
000000
−e2
000000
111111
 000000
111111
   000000
111111

∂ 000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
1 ∂Σ 000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
= 000000
111111
000000
111111
000000
111111
= 000000
111111
000000
111111
000000
111111
.
∂ log µ 000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
/p − Σ + iϵ ∂ log µ 8π 2 000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
(10.27)
Ici on a supprimé le Σ au dénominateur, car il ne donne lieu qu’aux termes d’ordre supérieur. De
l’équation de Callan-Symanzik, on déduit

e2
γ2 = . (10.28)
8π 2
Notons que le coefficient du terme log µ2 dans éq. (10.26) est le même que celui du terme de pôle
1/ϵ̄. Cette propriété est générale : pour identifier le coefficient du terme logarithmique, il suffit
d’identifier celui du pôle.
Similairement, la fonction à deux points du photon vérifie l’équation de Callan-Symanzik
111111
000000
 
∂ 000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
+ γ3 + (termes d’ordre supérieur) =0 (10.29)
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
∂ log µ 000000
111111
000000
111111

On a
pµ pν
111111
000000
 
000000
111111
000000
111111
000000
111111 −i
g µν −
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111 = + (termes dépendant du jauge) (10.30)
000000
111111
000000
111111
000000
111111 p2 (1 − Π(p2 )) p2
avec l’auto-énergie du photon à une boucle

i(p2 g µν − pµ pν )Π(p2 ) = ✃ + (contre-termes) . (10.31)


Si on ne regarde que la projection transversale (indépendante de jauge), on obtient


111111
000000 111111
000000
  
∂ 000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
1 ∂Π
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
=
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111 (10.32)
∂ log µ 000000
111111
000000
111111
000000
111111 1 − Π ∂ log µ
000000
111111
000000
111111
000000
111111

et alors, avec
ie2 2 µν
 
11 1
p g − pµ pν + log µ2 + (indépendant de µ)


= − 2
(10.33)
✃ 2π 6 ϵ̄ 6
(cf. éq. (9.98)) on a
∂Π e2
=− 2 (10.34)
∂ log µ 6π
soit
e2
γ3 = . (10.35)
6π 2

Finalement on regarde la fonction à trois points avec un photon et deux électrons. Au niveau d’une
boucle, on a

  111111
000000
000000
111111
∂ 1 ∂ 000000
111111
000000
111111
000000
111111
+ γ 2 + γ 3 + βe 000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
=0 (10.36)
∂ log µ 2 ∂e 000000
111111
000000
111111
000000
111111

avec

111111
000000
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
= + + + +
000000
111111
000000
111111

+ (contre-termes) .
(10.37)

96
Sachant que βe est d’ordre e3 , au premier ordre il n’y a que le graphe d’arbre à prendre en compte

pour βe ∂e , et celui-ci est linéaire en e :

111111
000000
000000
111111
∂ 000000
111111
000000
111111
000000
111111 ∂ βe
βe 000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
= βe + ... = + ... (10.38)
∂e 000000
111111
000000
111111
000000
111111 ∂e e

où “+ . . .” indique des termes d’ordre supérieur que l’on a supprimé. De même,

  111111
000000  
000000
111111
1 000000
111111
000000
111111
000000
111111 1
γ2 + γ3 000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
= γ2 + γ3 + ... (10.39)
2 000000
111111
000000
111111
000000
111111 2

Seulement les graphes de boucle dépendent de µ, alors on a


 
 
 
000000
111111  
111111
000000
∂ 000000
111111
000000
111111
000000
111111 ∂  
000000
111111
000000
111111
000000
111111
000000
111111
=  + + + .
∂ log µ 000000
111111
000000
111111
000000
111111 ∂ log µ 



 
 

(10.40)
La dépendance de µ des premiers trois diagrammes à la droite provient des auto-énergies du photon
et de l’électron ; on a donc
 
 
 
 
∂  
 = − (γ3 + 2γ2 )
 + + + . . . (10.41)
∂ log µ 



 
 

Finalement, avec le résultat de section 9.4 (cf. éqs. (9.116) et (9.118))


ie3 µ
 
1
= − γ + log µ2 + (indépendant de µ) (10.42)
16π 2 ϵ̄


on a

∂ e2
= + ... (10.43)
∂ log µ 8π 2

On combine les éqs. (10.36), (10.38), (10.39), (10.41) et (10.43) pour trouver

γ3 e3
βe − e − eγ2 + 2 = 0 (10.44)
2 8π
ce qui donne enfin
e3
βe = . (10.45)
12π 2

97
Notons que γ2 et γ3 dépendent du choix de jauge, tant que βe est indépendant de la jauge (ainsi
que du schéma de renormalisation au niveau d’une boucle).
2
e
On en déduit que la “constante” de structure fine α = 4π de l’électrodynamique quantique satisfait
l’équation de renormalisation
d 2 2
α= α (10.46)
d log µ 3π
soit
α0
α(µ) = α0 µ2
. (10.47)
1− 3π log µ20

Cette expression diverge à µ = µ0 e3π/2α0 ≡ ΛQED : la QED présente un pôle de Landau, l’interac-
tion électromagnétique devient de plus en plus forte vers l’ultraviolet jusqu’à ce qu’elle devienne
non perturbative à l’échelle ΛQED .
En réalité, la QED n’est pas une théorie fondamentale, parce que les interactions
électromagnétiques sont unifiées avec les interactions faibles à l’échelle de Fermi ≈ 100 GeV.
Pourtant, dans le Modèle Standard, le groupe de jauge est SU(3) × SU(2) × U(1) et le facteur
U(1) (les interactions de hypercharge) a essentiellement les mêmes propriétés que la QED à basse
énergie. En particulier, il possède également un pôle de Landau à hautes énergies. Dans le Modèle
Standard, l’importance de cette observation est pourtant diminuée par le fait que l’échelle associée
est bien au-delà de l’échelle de Planck.
Les théories de jauge non-abéliennes, comme la chromodynamique quantique, peuvent présenter
le phénomène inverse : le signe de la fonction β est négatif, le couplage devient alors de plus en
plus fort vers l’infrarouge. En QCD, l’échelle associée ΛQCD ≈ 300 MeV signale que l’on perd la
déscription perturbative et le début des effets non-perturbatives comme le confinement.

98
Annexe A

Annexe mathématique

A.1 Le théorème des résidus


Soient D ⊂ C un domaine, {a1 . . . an } ⊂ D un ensemble fini de points, f : D \ {a1 . . . an } → C
holomorphe, et γ un lacet dans D \ {a1 . . . an }. Alors
I n
X
f (z) dz = 2πi I(γ, ak )res (f, ak ) . (A.1)
γ k=1

Ici I(γ, ak ) est l’indice du lacet γ par rapport à ak (le nombre de tours de γ autour le point ak dans
le sens de rotation mathématique) et res (f, ak ) est le résidu de f en ak , défini comme (−1)-ème
coefficient de la série de Laurent autour de ak :

c−3 c−2 res (f, ak )


f (ak + z) = . . . + + 2 + + c0 + c1 z + c2 z 2 + . . . (A.2)
z3 z z

Le théorème de résidus permet de calculer certaines intégrales impropres sur l’axe réelle. Supposons
qu’on souhaite calculer Z ∞
f (x) dx . (A.3)
−∞

Si f permet un prolongement méromorphe au plan complexe, et si limr → ∞ f (reiϕ ) = 0 pour


ϕ ∈ [0, π] avec une décroissance suffisamment rapide, alors
Z ∞ X
f (x) dx = 2πi res (f, ak ) . (A.4)
−∞ pôles ak : Im ak >0

Im z
γ

a1
a2 r
φ
Re z = x

99
Similairement : Si limr → ∞ f (re−iϕ ) = 0 pour ϕ ∈ [0, π] (suffisamment vite), alors
Z ∞ X
f (x) dx = −2πi res (f, ak ) . (A.5)
−∞ pôles ak : Im ak <0

On compte toujours la somme de tous les pôles à l’intérieur de la courbe d’intégration — pour
ceux à l’extérieur, I(γ, ak ) = 0.
Exemple : pour calculer Z ∞
1
dx
−∞ (1 + x2 )2
on note que (1 + z 2 )2 = (i − z)2 (−i − z)2 , alors la fonction f (z) = 1/(1 + z 2 )2 a un double pôle à
z = i. On trouve f (i + z) = − 41 z12 + 4i
1 1 0 1 iϕ
z + O(z ), alors res(f, i) = 4i . De plus, |f (re )| tend vers
4
0 comme 1/r lorsque r → ∞, donc l’intégrale de f (z) sur l’arc à rayon r tend vers 0 également.
Le théorème des résidus donne enfin
Z ∞
1 π
2 2
dx = 2πi res (f, i) = . (A.6)
−∞ (1 + x ) 2
Ce résultat est facilement vérifié par un cacul élémentaire :
Z ∞  ∞
1 1 x π
2 2
dx = 2
+ arctan x = . (A.7)
−∞ (1 + x ) 2 1+x −∞ 2

A.2 Quelques propriétés de la fonction Gamma


La fonction Gamma d’Euler Γ(z) est une fonction méromorphe (holomorphe sauf pour un ensemble
de pôles isolés) sur C. Elle est la généralisation continue de la factorielle, Γ(n) = (n − 1)! pour
n ∈ N∗ . Sa restriction sur le demi-plan droit {z ∈ C | Re z > 0} est donnée par
Z ∞
Γ(z) = tz−1 e−t dt . (A.8)
0

Après intégration par parties on obtient l’équation fonctionnelle fondamentale

Γ(z + 1) = zΓ(z) . (A.9)

Une représentation alternative, valable sur tout C \ {entiers non-positifs}, est le produit infini

e−γE z Y  z −1 z
Γ(z) = 1+ en (A.10)
z n=1 n

avec γE = 0.577 . . . la constante d’Euler-Mascheroni. Γ(z) a des pôles simples à z ∈


{0, −1, −2, −3 . . .} et est holomorphe ailleurs. Proche des pôles son développement de Laurent
est donné par
(−1)n 1
 
1 1 1
Γ(−n + ϵ) = − γE + 1 + + + . . . + + O(ϵ) (A.11)
n! ϵ 2 3 n
alors le résidu à z = −n est (−1)n /n!. En particulier, on a
1
Γ(ϵ) = − γE + O(ϵ) (A.12)
ϵ
et  
1
Γ(−1 + ϵ) = − − γE + 1 + O(ϵ) . (A.13)
ϵ

La fonction Bêta d’Euler B(x, y) est définie par


Γ(x)Γ(y)
B(x, y) = . (A.14)
Γ(x + y)

100
Quand les parties réelles de x et y sont positives, elle peut être représentée par l’intégrale
Z 1
B(x, y) = tx−1 (1 − t)y−1 dt . (A.15)
0

n−1
Enfin on note
R la relation entre la fonction Gamma et le volume de la sphère unité S en n
dimensions dΩn : On a
Z ∞ n Z Z ∞
√ n
Z
−x2 − n x2i 2
P
π = e = d xe n i=1 = dΩn rn−1 e−r dr
−∞ 0
Z  Z ∞ Z  (A.16)
1 n
2 2 −1 −r 2
2 1 n
= dΩn (r ) e d(r ) = dΩn Γ
2 0 2 2

et donc Z n
2π 2
dΩn = . (A.17)
Γ( n2 )

A.3 Fonctionnelles
Cette section sera moins rigoureuse car on ne va pas préciser les prérequis pour les espaces de
fonctions sur lesquels nos affirmations sont valables. On regarde alors un certain sous-ensemble T
de l’espace C 0 (Rn ) des fonctions continues réelles sur Rn . Cet espace T , dit l’espace des “fonctions
test”, contiendra au moins les fonctions C ∞ à support compact (non nulles seulement sur un
ensemble borné et infiniment dérivables). Souvent on aimerait inclure toutes les fonctions lisses qui
tendent vers 0 exponentiellement à l’infini (permettant d’intégrer par parties la fonction et toutes
ses dérivées sans terme de surface). La précise formulation des critères sur T pour pouvoir bien
définir toutes les notions que l’on va seulement esquisser ici est le sujet de l’analyse fonctionnelle.
On peut généraliser tout ce qui suit pour des fonctions et fonctionnelles complexes sans problème.
Définitions : Une fonctionnelle réelle est une application F : T → R, f 7→ F [f ]. Une fonc-
tionnelle est linéaire si F [f + λg] = F [f ] + λF [g] pour toutes fonctions f , g et tout scalaire λ.
Elle est continue si pour toute suite convergente de fonctions fn → f on a F [fn ] → F [f ]. Une
fonctionnelle linéaire et continue s’appelle aussi une distribution.
Exemples :
1. Une fonction g ∈ T peut elle-même être interprétée comme fonctionnelle linéaire par le
produit scalaire (de L2 ) sur T :
Z
g[f ] = g · f = dn x g(x)f (x) .

2. L’application qui associe f 7→ f (0) est une distribution désignée par δ[f ]. On la représente
souvent par une notation intégrale :
Z
δ[f ] = dn x δ (n) (x)f (x)

mais la “fonction delta de Dirac dans n dimensions” δ (n) (x) qui figure ici n’est pas en fait
une fonction, sa valeur en 0 n’étant pas définie.
3. Soit L une fonction analytique en plusieurs variables et x ∈ Rn fixe. Alors

Lx [f ] = L x, f (x), ∂µ f (x), ∂µ ∂ν f (x), . . .

définit une fonctionnelle (généralement non linéaire). On appelle locale une fonctionnelle F
qui peut être représentée comme une intégrale d’un tel Lx :
Z
F [f ] = dn x Lx [f ]. (A.18)

101
Définition : Soit F une fonctionnelle. La dérivée fonctionnelle δFδf est une fonctionnelle linéaire
avec la propriété
δF
F [f + h] = F [f ] + [h] + O(||h||2 ). (A.19)
δf
δF
On supposera que δf existe et soit unique où on en a besoin, sans en discuter les conditions.
Observations :
• Si F est une fonctionnelle linéaire, on a

F [f + h] = F [f ] + F [h] (A.20)

et alors
δF
= F. (A.21)
δf
En particulier,
δ δ[f ]
[h] = δ[h] = h(0) . (A.22)
δf
• Si F est une fonctionnelle locale donnée dans la forme d’éq. (A.18), un développement limité
donne

Lx [f + h] = L x, f (x) + h(x), ∂µ f (x) + ∂µ h(x), ∂µ ∂ν f (x) + ∂µ ∂ν h(x), . . .
∂L ∂L ∂L (A.23)
= Lx [f ] + h(x) + ∂µ h(x) + ∂µ ∂ν h(x) + . . .
∂f ∂(∂µ f ) ∂(∂µ ∂ν f )

Par conséquent, après intégration par parties,


Z  
δF n ∂L ∂L ∂L
[h] = d x (x) − ∂µ (x) + ∂µ ∂ν (x) − . . . h(x). (A.24)
δf ∂f ∂(∂µ f ) ∂(∂µ ∂ν f )

Comme dans l’exemple 1. on peut alors identifier la dérivée fonctionnelle δFδf avec une fonction
δF δF
δf (x) (parfois aussi désignée δf (x) ) qui est donné par la dérivée d’Euler-Lagrange de L.
Similairement, la dérivée de la fonctionnelle δ éq. (A.22) est parfois exprimée avec l’aide de
la “fonction delta” (en identifiant δ[f ] = f (0)) de façon suivante :

δf (x)
= δ (n) (x − y). (A.25)
δf (y)

Comparaison avec le cas de dimension finie : Pour les espaces vectoriels V ≃ Rn de dimension
finie n
• les fonctionnelles correspondent aux fonctions V → R,
• les fonctionnelles linéaires correspondent aux formes linéaires,
• par le le produit scalaire euclidéen on peut identifier chaque vecteur v avec une forme linéaire
qui envoie u 7→ v · u (et contrairement aux cas de dimension infinie, l’espace des formes
linéaires sur V est ainsi isomorphe à V ),
• pour un indice fixe j on peut définir une forme linéaire δj : v → v j qui est plus commune-
ment représentée par la matrice δij , en écrivant (v i ) → δij v i = v j ,
• la dérivée fonctionnelle correspond à la dérivée ordinaire : soit f : V → R, alors

f (v + h) = f (v) + (∇f )(v) · h + O(|h|2 ) (A.26)

• l’équivalent d’éq. (A.25) est


∂v i
= δji . (A.27)
∂v j

102

Vous aimerez peut-être aussi