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Cours Sur La Conscience

Le cours explore la notion de conscience à travers les pensées de Bergson et Descartes, soulignant son rôle dans la mémoire, la liberté et l'identité du sujet. Il aborde la conscience comme une substance pensante, essentielle à l'existence et à la pensée, tout en examinant les critiques de Hume sur l'idée d'un 'moi' stable. Enfin, il évoque la réponse kantienne qui distingue entre le sentiment d'être et la connaissance de soi.

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Cours Sur La Conscience

Le cours explore la notion de conscience à travers les pensées de Bergson et Descartes, soulignant son rôle dans la mémoire, la liberté et l'identité du sujet. Il aborde la conscience comme une substance pensante, essentielle à l'existence et à la pensée, tout en examinant les critiques de Hume sur l'idée d'un 'moi' stable. Enfin, il évoque la réponse kantienne qui distingue entre le sentiment d'être et la connaissance de soi.

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Cours sur la conscience

I. Qu’est-ce que la conscience ? Qui est conscient ?


(Autour de la pensée de Bergson)

a. La conscience comme mémoire et anticipation…


b. …Au service de la liberté : « conscience est synonyme de choix ».
(Cf. Bergson, L’Energie spirituelle)
c. La conscience est « coextensive à la vie » : la distinction matière/vie prime
la distinction vie/conscience
(Cf. 2e texte de Bergson, extrait de L’Evolution créatrice)
d. Conscience = choix =˃ adaptabilité : la perfectibilité comme expression de
la conscience humaine
(Lecture d’un extrait de Rousseau, Première partie du Discours sur l’origine et
les fondements de l’inégalité parmi les hommes.)

II. La conscience comme puissance constitutive du sujet


- Par identité, il faut entendre le caractère de ce qui est le même, bien qu'il puisse être perçu,
représenté ou nommé de manières différentes. Il s'agit d'abord du problème fondamental et
constant de la perception : celui de la reconnaissance des choses perçues dans des contextes et
des temps différents : l'eau d'un fleuve s'écoule continuellement mais le fleuve demeure le
même, les cellules de notre corps se sont plusieurs fois renouvelées mais notre corps, qui a
changé et changera encore, est le même que celui que nous avions enfant. Il s'agit aussi du fait
banal qu'un homme reste le même homme, que son identité est continue et permanente.

- L'identité désigne la résistance au changement, c'est-à-dire la permanence ou la constance


dans le temps : tous les constituants d'une chose peuvent changer, l'identité ne change jamais.

- D'où l'idée que l'on pourrait faire passer entre les événements éparpillés dans la vie d'un
homme un fil invisible par lequel on rattache ces événements à la même personne dont
l'existence se poursuivrait identique à elle-même à travers la bigarrure des impressions
sensibles. Autrement dit, la notion d'identité renvoie à l'idée d'un être ou d'une existence
continue, à celle de chose (ou de substance) et son symétrique, l'idée du moi.

- Par chose ou substance, il convient d'entendre un pôle identique ou permanent de variations


et de changements successifs. Une chose est ce qui peut changer d’aspect, une substance peut
recevoir une diversité changeante d'accidents, sans que la chose ou la substance change elle-
même et devienne une autre chose. Par substance, il faut entendre ce qui demeure sous les
changements de qualités. Alors que la substance est ce qui subsiste en soi et par soi, l'accident
est ce qui peut s'affirmer d'un sujet, mais n'est ni nécessaire ni constant.

- On peut dès lors rattacher cette définition de la substance ou de la chose au Moi qui jouerait
le rôle d'une entité irréductible, d'un pôle auquel se rattacherait toutes les représentations du
sujet et qui constituerait par là même un principe d'identité. Définissons le moi comme la
conscience de la permanence et de l'unité des divers états affectifs, intellectuels, successifs.

1
a. L’épreuve du doute et la découverte de la conscience comme fondement de
la réalité du sujet. La notion de substance pensante.

- C'est dans et par l'exercice du doute que Descartes va mettre en évidence le caractère
irréductible et fondamental de la conscience. Descartes entend reconstruire le monde de la
connaissance en un moment culturel de doute et de crise. En quête du vrai, c'est-à-dire d'une
certitude inébranlable, Descartes cherche à discerner ce qui est indubitable et se propose pour
cela de réévaluer les connaissances en leur principe même.

- Il commence par considérer comme faux tout ce en quoi il pourrait imaginer le moindre
doute. Le doute est le commencement obligé de la philosophie. Non plus le doute sceptique,
passif, sans issue, mais le doute actif, méthodique, c'est-à-dire l'examen critique destiné à faire
table rase des superstitions, des dogmes, des préjugés. Avant de rechercher la vérité, il faut
d’abord purger l’esprit de nos préjugés installés par les nourrices, les éducateurs et les
opinions douteuses attachées aux sens. L'examen critique est un acte de liberté, il est
l'affirmation de la possibilité de juger par soi-même.

- Dans l'expérience du doute, je me découvre moi-même comme ce qui résiste au néant,


comme un subsistant, un reste, ce qui résiste en dernier appel, par delà toutes les destructions
que l'on peut tenter.

- En effet, une fois que j'ai douté de tout, y compris de moi-même, apparaît une première
certitude : je peux douter de tout, mais je ne peux douter de la condition inhérente à l'acte
même de douter ; il faut bien que moi qui me persuade que je rêve ou que je suis fou, moi qui
veux douter, je pense et que je sois ou j'existe, justement pour pouvoir penser. Au moment où
je doute, je pense et au moment où je doute, je suis.

- En clair, l'existence de la pensée est avérée par son activité même. Mon inexistence est
impensable au présent. Si je n'existais pas, je ne pourrais pas penser, pas même mon
inexistence : " Pour penser, il faut être; or je pense, donc je suis ". Si Je suis, j’existe, et ceci,
pour autant et aussi longtemps que je pense. Même si toutes mes représentations sont fausses,
elles ne cessent pas pour autant d'être mes représentations. Même si je pense le faux, je pense
effectivement : le "je pense" conditionne le doute lui-même ; il est hors de doute parce qu'il
est hors du doute.

- Descartes passe donc de la considération de la vérité ou de la fausseté des représentations à


leur caractéristique commune d'être des représentations, c'est-à-dire des événements mentaux
connus d'une conscience. La conscience apparaît comme donc comme la condition nécessaire
de toute représentation : il n'y a de représentation et de doute possibles que dans et pour une
conscience.

- A la question : " Mais qu'est-ce donc que je suis ? ", Descartes répond : " Une chose qui
pense ". Or, pourquoi la pensée, selon Descartes, relève-t-elle de la catégorie de la "chose", de
la substance, avec le modèle matériel que cela comporte ?

- La pensée est un attribut essentiel du "Je". Cet attribut essentiel, Descartes le nomme
"substance", dans la mesure où il suffit à définir le moi. Le "Je" est la substance pensante,
c'est-à-dire l'âme ou l'esprit. Cette conscience est réalisée dans une chose, un être, doté d'une
essence (la pensée) et d'une existence propres. Il s'agit d'une substance, condition sine qua non
de la conscience. La substance est ce sans quoi rien ne peut ni être ni être conçu; la substance

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subsiste par sa propre nature. L'attribut essentiel de la substance pensante est la pensée et ses
modes sont l'imagination, la sensation, le raisonnement, la volonté.

- Le réel existe sous deux formes : la substance étendue (matière : corps, phénomènes
physiques, monde) et la substance pensante (esprit ou âme, pensée). L’âme est pensée, c’est-
à-dire conscience ; donc tout phénomène psychique est nécessairement conscient ; la
conscience ou pensée est l’essence même de la vie psychique. Ainsi un comportement humain
trouve-t-il sa source ou bien dans le corps (mécanisme corporel, involontaire) ou bien dans
l’esprit (processus intentionnel, volontaire). Comme la pensée est identifiée à la conscience,
tout ce qui en moi échappe à la pensée, à la conscience, appartient au corps et s’explique, par
conséquent, par des mécanismes physiologiques.

- La pensée se définit par la conscience et n'existe comme pensée que pour autant qu'elle est
consciente : « Par le mot de penser, j’entends tout ce qui se fait en nous de telle sorte que nous
l’apercevons immédiatement par nous-mêmes ; c’est pourquoi non seulement entendre,
vouloir, imaginer, mais aussi sentir est la même chose ici que penser. » (Descartes, des
Principes de la philosophie, Première partie, Article 9) Ou encore « Par le nom de pensée, je
comprends tout ce qui est tellement en nous que nous en sommes immédiatement
connaissants » (Réponses aux secondes objections).

- Penser, c’est savoir que l’on pense, sinon on ne pense pas du tout. Etre conscient ou penser,
c’est simultanément et indissolublement, penser à quelque chose et savoir qu’on y pense. Il
faut noter aussi, pour comprendre l’apparent paradoxe qui consiste à dire que sentir, c’est
aussi penser, que c’est l’aperception immédiate qui permet de définir l’ensemble des actes de
la pensée. On pourrait renverser la formule et dire : on a affaire à la pensée ou à la conscience
chaque fois qu’il y a aperception immédiate de quelque chose qui se passe en moi. Ainsi,
digérer n’est pas penser, parce que si cela se passe en moi, je n’en ai aucune aperception
immédiate. Mais sentir, c’est bien penser parce que j’en ai une aperception immédiate.

- Si nous avons des pensées inconscientes, c’est-à-dire des pensées que nous ne connaissons
pas, comment pourrions-nous savoir que nous les avons ? Si quelque chose affecte notre esprit
sans que nous le pensions, en ignorant que c’est en notre esprit, ce n’est en rien de la pensée.
La pensée consciente est la pensée présente à l’esprit à l’instant où il pense. Les autres
pensées ne sont pas des pensées actuelles, mais des pensées passées, c’est-à-dire des pensées
qui ont existé mais qui, présentement, n’existent plus. Il n’y a pas non plus de pensée latente,
possible, virtuelle. Le “je pense” n’est légitime qu’au présent de l’indicatif.

- Ainsi, l'automate le plus semblable à l'homme ne pourrait jamais rapporter ses "pensées" à
l'unité du " Je pense ". En ce sens, il ne peut exister de "machine pensante" : un automate
parlant ne pense pas ce qu'il dit, et c'est du reste pourquoi il faut le programmer. Et c'est pour
cela que la conscience, qui caractérise toute pensée, ne dérive pas du mécanisme.

Conclusion
- La conscience se découvre donc d'abord elle-même comme une réalité en soi dont
l'évidence, incontestée, résiste à tous les efforts du doute. Je suis assuré d'être grâce à la
conscience que j'ai d'être une chose qui pense : le simple fait du " Je pense " appelle un " Je
suis ". Or, si de tout ce que je fais, je peux dire que c'est moi qui le fais, le moi est-il pour
autant quelque chose qui existe à part ou pour lui-même ? Désigne-t-il réellement une
substance ? Faut-il conclure, en somme, à l'existence de quelque chose comme une
"subjectivité"

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b. Le problème spécifique de l’identité du sujet

1/ insaisissable moi : une idée illusoire, le moi comme fiction


(Textes de Hume, photocopie distribuée + texte 7 p. 29)

- Dans son Traité de la nature humaine (Livre 1, IVe partie, section IV à VI), Hume cherche à
expliquer la croyance en un être nommé " moi ", c'est-à-dire la tendance de l'esprit à forger la
fiction de l'identité.
- De même que l'on voit un bâton brisé dans l'eau à cause de la réfraction, ainsi l'on croit
sentir un principe d'existence ininterrompu en soi (le moi), alors que nous avons seulement
pris l'habitude d'associer des impressions semblables, et de les associer de si nombreuses fois
que nous n'avons plus conscience de passer de l'une à l'autre. Hume va donc montrer que c'est
l'accoutumance de glisser d’une chose à une autre qui induit le mirage ou la fiction du moi. Il
s'agit donc d'un effet de croyance : " nous n'avons aucune idée du moi " (Hume, [Link].).

- Qu'est-ce que l'esprit ou le moi ? « Rien qu'un faisceau ou une collection de perceptions
différentes qui se succèdent les unes aux autres avec une rapidité inconcevable et qui sont
dans un flux et un mouvement perpétuels » (Hume, ibid.)

- Quand je regarde ce qui se passe en moi, je tombe toujours sur une perception particulière :
chaleur, froid, amour, haine, plaisir, douleur. Je ne peux me saisir moi-même sans une
perception. Nous sommes un faisceau de perceptions différentes qui se succèdent; pensées,
sens, facultés changent constamment : " L'esprit est une sorte de théâtre, où des perceptions
diverses font successivement leur entrée, passent, repassent, s'esquivent et se mêlent en une
variété infinie de positions et de situations " ([Link]., p 344). Il n'y a pas dans notre esprit
d'identité.

- La croyance en l'identité est le fruit de l'imagination et de l'esprit qui ont naturellement


tendance, que ce soit pour les choses extérieures ou les perceptions intérieures, à associer les
impressions toujours distinctes, à unir ce qui est séparé, à rassembler nos multiples
expériences discontinues. Principe de connexion qui se subdivise en trois principes :

1. Le principe de ressemblance (il régit notre imagination). Par analogie, nous imaginons que
deux idées simples, correspondant à deux impressions distinctes, sont semblables : par
exemple, j'associe l'idée de cheval, animal familier que j'aime, à la vertu, qualité orale que
j'apprécie, et je forme l'idée de cheval vertueux.

2. Le principe de contiguïté (il régit notre perception) : j'associe deux phénomènes perçus
simultanément : j'associe, par exemple, la froideur à la neige. Comme nous avons pris
l'habitude d'associer des impressions semblables de si nombreuses fois, nous n'avons plus
conscience de passer de l'une à l'autre. En passant facilement, habituellement, d'une chose
à une autre, l'esprit ne remarque pas ce passage : de là la fiction de l'identité. Exemple du
ralenti cinématographique : la succession très rapide des images nous donne l'impression
d'une action, alors qu'au ralenti nous percevons une somme d'actes discontinus. Lorsque la
succession est trop rapide, trop coutumière pour qu'on l'aperçoive, on croit voir la même
chose.

3. Le principe de causalité (il régit notre raison) : de la conjonction répétée de deux


phénomènes perçus simultanément, notre esprit conclut à une relation de causalité; à
l'apparition d'un premier phénomène – par exemple, la source de chaleur – je m'attends à

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celle d'un second phénomène – l'ébullition. Les pseudo-liaisons nécessaires ne sont que
des connexions de fait, des habitudes. La connaissance est la construction d'une habitude :
celle-ci est si forte qu'elle entraîne une croyance en l'existence objective de relations là où
il n'existe que des successions habituelles.

- Toute connexion est donc produite par notre esprit, elle ne dit rien sur l'essence des objets
qui demeure cachée. C'est notre esprit qui imagine que les objets se ressemblent, bien qu'en
réalité ils sont toujours distincts. Notre esprit procède toujours suivant le principe d'union
avec régularité, avec méthode. En réalité, les objets sont distincts les uns des autres, les
événements ne se répètent pas, notre esprit ne sait rien des lois qui les régissent.

- Il en est de même en ce qui concerne la conscience ou le moi. L'individu n'a que des
sensations externes ou internes reliées par des associations contingentes, et non par un sujet. Il
n'est que la constatation d'un défilé d'images et de sensations.

2/ La réponse kantienne

- Si la conscience ne se réduit pas à un sentiment mais correspond à un savoir, une


connaissance, il faut distinguer entre avoir le sentiment d’être au monde et être doué de
conscience à proprement parler. Lorsque nous dormons, que nous avons perdu connaissance,
que nous sommes dans le coma, nous avons perdu ce sentiment d’exister au monde. Nous
existons sans le savoir, comme une pierre ou une table, comme n’importe quelle chose
dépourvue de conscience par nature ou provisoirement. Lorsque nous nous réveillons, que
nous reprenons conscience, nous retrouvons ce sentiment d’exister au monde, mais de plus,
parce que nous sommes doués de conscience, nous nous savons exister au monde : nous
sommes capables non plus seulement de le sentir, mais de nous le représenter, c’est-à-dire de
nous le dire.

- Cette conscience fait de moi, non point une chose parmi les choses, mais un sujet. Un être
qui existe et qui sait qu’il existe, un être capable de prendre conscience de lui-même et des
choses qui l’entourent, de se les représenter, est un sujet.

c. La conscience comme manifestation de la singularité de l’être humain


dans le règne vivant

1/ La pensée consciente comme revanche de l’esprit sur la matière


Pascal, fragments extraits des Pensées, « L’homme est un roseau pensant ».

2/ La négativité de la conscience et son existence comme pour-soi


(Hegel, texte extrait de l’introduction à L’Esthétique )
+ Baudelaire, « Eloge du maquillage »)

- "Avoir conscience de", ce n'est pas seulement représenter le réel, le réfléchir en quelque
sorte ; c'est aussi présenter l'irréel, nier la réalité présente, de sorte que la conscience ne
photographie pas la réalité, elle dessine ou peint la sienne. La conscience réplique au monde,
elle n'est pas une réplique du monde.

- Par la conscience, ici la pensée, l'homme accède à une double existence, c'est-à-dire à une
double manière d'exister. En tant qu'être conscient, il est d'abord cet être, cette chose (un
corps, quelque chose de matériel), mais il est aussi un être pour soi par sa conscience ou
comme le dit aussi Hegel, une conscience de soi. Etre doué de conscience, c’est vouloir

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prendre conscience de soi, c’est-à-dire vouloir se saisir, se représenter, se connaître. Un être
doué de conscience ne se contente pas de savoir qu’il existe et qu’il est au monde; il ne peut
que partir à la découverte de lui-même et du monde, attitude présente aussi bien chez l’enfant,
dans sa curiosité à l’égard de lui-même et du monde, que dans l’espèce humaine qui ne cesse
en effet de s’interroger sur elle-même et sur le monde qui l’entoure.

- Cette conscience de soi est le fruit d’une activité, d’une double conquête : celle, théorique,
qui consiste à se connaître et à se représenter à soi-même (pouvoir dire : cela, c’est moi.) et
celle, pratique, qui consiste à transformer la réalité extérieure afin de lui imposer son sceau,
des déterminations qui portent notre marque et qui rendent donc cette réalité d’abord
étrangère familière. Ainsi se trouve réduite ou détruite l’altérité de cette réalité.

- La conscience, telle que Hegel nous la décrit dans ce texte, est acte, extériorisation marquant
le monde de la forme du sujet. D'essence tout autant théorique que pratique, la conscience est
désir, c'est-à-dire mouvement par lequel je tends vers les choses, me les approprie, les
transforme, tout en me découvrant et transformant moi-même.

III. La conscience comme rapport au monde : l’apport décisif de la


phénoménologie
a. L’intentionnalité

- Selon Husserl (1859-1938), le père de la phénoménologie, l'intentionnalité est le caractère


essentiel de la conscience. Par intentionnalité, il faut entendre l'acte par lequel la conscience
se rapporte à l'objet qu'elle vise : « Toute conscience est conscience de quelque chose ». Elle
n'est pas un sujet qui se réfléchit lui-même en dehors du monde, à côté des choses. La
conscience n'est pas, comme le prétend Descartes, une "chose pensante", mais une visée : on
ne peut pas saisir la conscience comme telle, c’est-à-dire isolément, comme une chose ou un
objet.

- La conscience ne se rencontre qu’en train d’avoir conscience d’un objet, que prenant
conscience d’un objet et cela de diverses manières. Tout ce que l’on peut saisir d’elle, ce n’est
pas un quelque chose, mais différents actes de conscience en rapport avec différents objets :
perception, jugement, représentation, etc.

- Lorsque nous pensons, nous pensons toujours à quelque chose : je perçois tel arbre, j’en ai
conscience parce que je le perçois ; je me souviens de telle chose passée, j’ai conscience de
cette chose en tant que je fais l’effort de m’en souvenir ; je crois en telle chose, j’ai
conscience de cette chose en tant que j’y crois…

- Mais la conscience pourrait-elle n’être conscience de rien du tout et rester une conscience ?

- Au premier abord, il semble que oui : ne dit-on pas quelquefois que l’on ne pense à rien,
voulant dire par là que notre conscience est vide, qu’elle n’a aucun objet, aucun contenu ?
Mais cela est-il exact ? Lorsqu’on dit qu’on ne pense à rien, pensons-nous vraiment à rien ?
En réalité, nous avons encore des pensées, quelque chose à l’esprit, mais ces pensées ne font
que nous traverser l’esprit sans qu’on fixe sur elle notre attention. Un flux de pensées
confuses nous passe par la tête et notre attention est flottante. Lorsqu’on dit qu’on ne pense à
rien, on pense encore à quelque chose ! Husserl en conclut qu'il n'existe pas de pensée pure ou

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indépendante d’un objet nécessairement toujours donné avec elle, une pensée qui serait
pensée de rien est tout bonnement impossible.

- Husserl montre donc que la structure même de la conscience est d’être ainsi ouverte sur le
monde et d’inclure en elle le sens de chacun des objets auxquels elle a affaire. Que le monde
existe ou qu’il n’existe pas, qu’il existe tel que je le pense ou non, la conscience ne se réduit
jamais à une conscience pure de tout contenu, elle est toujours conscience de quelque chose,
visée de quelque chose qui se distingue d’elle, d’un objet.

Pour comprendre ce rapport prospectif de la conscience au monde, voir le texte 3 p. 26 (pas


évident… j’attends vos questions).

b. La transcendance de la conscience – la conscience comme mouvement de


transcendance.

Cf. texte de Sartre, fourni dans l’espace de travail.

- De même qu'il ne saurait y avoir de conscience purement intérieure, il n'y a pas non plus de
monde purement extérieur. Même des états de conscience qui passent pour purement
intérieurs représentent à leur manière une certaine relation au monde extérieur. La conscience
n'est pas un récipient, un monde intérieur qu'on pourrait opposer au monde extérieur : " la
conscience s'éclate vers l'objet; si elle essaie de se reprendre, de coïncider enfin avec elle-
même, tout au chaud, volet clos, elle s'anéantit…" (Sartre, Une idée fondamentale de la
phénoménologie de Husserl : l'intentionnalité"). Je sais certes qu'il existe au monde autre
chose que moi, mais ce monde, qui apparemment est sans moi, c'est moi qui, par mon regard
sur lui, le fait être. Je ne peux pas prendre conscience du monde sans prendre en même temps
conscience de moi.

- Sartre, dans le prolongement de la phénoménologie husserlienne, en conclut qu'exister, pour


la conscience, c'est être hors de soi, se projeter en avant vers les choses, vers l'avenir, sous la
forme de projets. Le corrélat de la conscience est alors la liberté : exister, pour la conscience
humaine, c'est orienter par son projet le sens de l'avenir. C'est ainsi que Sartre distingue l'en
soi et le pour soi : l'en soi est le mode d'être des choses qui sont ce qu'elles sont, dans une
parfaite coïncidence avec elles-mêmes; le pour soi est le mode d'être de l'existant humain qui,
toujours à distance de lui-même, n'est jamais tout à fait soi.

- Sartre reprend la notion husserlienne d'intentionnalité de la conscience et lui adjoint celle de


négativité. Si la conscience n'existe que dans son rapport à autre chose qu'elle-même, si elle
est condamnée à sortir de soi et qu'elle ne possède pas d'intériorité, la conscience est alors
échappement permanent à soi, refus d'être substance. La négativité désigne la capacité qu'a la
conscience de mettre à distance, d'annuler. Ainsi l’exemple de l'imagination analysé en
particulier dans L’imaginaire comme pouvoir de s'arracher au monde et de le nier, de le poser
comme absent ou irréel.

- Conséquence : je suis moi et en même temps toujours plus et autre que ce que je suis; je
puis, à tout moment, dépasser mes déterminations, échapper à toutes les définitions. Par la
négativité, l'homme se saisit comme liberté entendue comme pouvoir de s'arracher au monde,
de se soustraire aux déterminations. Certes la liberté est toujours en situation et le sujet ne
choisit pas la situation dans laquelle surgit la liberté. Mais il choisit le sens qu'il lui donne, le
rapport que la liberté entretient avec une situation est toujours un choix : je décrète impossible

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ce que je refuse de rendre possible, je juge intolérable la situation que je décide de ne plus
tolérer. Or, on peut toujours reculer les limites de l'intolérable…

c. Signification et implications concrètes

(Extraits de la préface de la Phénoménologie de la perception, et de Sens et non sens, p. 128,


126, 127, 129)
« Nous ne sommes pas esprit et corps, conscience en face du monde, mais esprit incarné, être-
au-monde. » Sens et non sens, p. 129

IV. Les illusions de la conscience


a. Le bouddhisme et la découverte de l’illusion du moi

- Dans L'inscription corporelle de l'esprit, Sciences cognitives et expérience humaine,


Francisco Varela, Evan Thompson et Eleanor Rosch montrent que les avancées les plus
récentes des sciences cognitives déconstruisent la conception classique du sujet humain. Selon
les auteurs, c'est la tradition bouddhique de la " voie moyenne " qui " peut nous permettre,
existentiellement, de nous voir comme des êtres pensants sans sujet et de faire nôtre, "sans
angoisse", une éthique du "sans fond ". Le bouddhisme propose en effet une sagesse de la
vacuité.

- Les sciences cognitives ont pour objet l'analyse scientifique de l'esprit et de la connaissance
sous toutes ses formes. Les sciences cognitives aboutissent à la même idée que le
bouddhisme, savoir que le sujet de la connaissance est fondamentalement fragmenté, divisé,
non unifié. La tradition bouddhique est elle-même fondée sur le concept d'un " sans moi " ou
d'un " sans soi ".

- L'essence du bouddhisme est exprimée dans les fameuses quatre " nobles vérités " que
Bouddha exprima dans le Sermon de Bénarès.

- Rappelons que d'après la légende, le jeune Siddharta Gautama a quitté la palais paternel
après voir lors de quatre promenades successives rencontré un vieillard, un malade, un convoi
funéraire et un moine renonçant. La conscience de la misère inhérente à une vie vouée à la
mort amène Siddharta à demander à son père qu'il lui donne la jeunesse éternelle et
l'immortalité – et c'est précisément quand son père avoue son impuissance, qu'il part en errant
à la recherche de la délivrance. C'est ce pessimisme quant à l'existence terrestre qui transparaît
dans les " nobles vérités " (évoquons les trois premières) :

1. Tout est souffrance


" La naissance est souffrance, le vieillissement est souffrance, la maladie est souffrance, la
mort est souffrance, être uni à ce que l'on n'aime pas est souffrance, être séparé de ce que
l'on aime est souffrance ".
2. La cause de la souffrance est le désir
Il n’y a de vie que par le désir, par le désir farouche de survivre, de se défendre contre les
autres êtres vivants. Le désir fondamental est le désir de persévérer dans son être (ce que
Spinoza appelle le conatus), le désir d’être et de persister à être un individu (désir
d’individuation). Mais le désir n’est jamais insatiable, nous souffrons toujours de désirs
inassouvis.

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3. La cessation de la souffrance
Elle suppose " la cessation de cette soif " (s'en libérer, la délaisser, y renoncer).

- L'idée essentielle du bouddhisme est celle de « l'impermanence » : rien n'est stable, tout
change et doit disparaître; le monde est comme une maison en feu dans laquelle l'homme
comme un enfant joue avec insouciance; et ce feu est celui du désir qui mène à la mort. Il n'y
a donc pas derrière les phénomènes de substance permanente, mais seulement des
combinaisons provisoires de forces. Cela est non seulement vrai pour les choses autour de
nous, mais aussi pour notre moi.

- En effet, nous sommes pour la plupart convaincus de notre identité : nous avons une
personnalité, des souvenirs, des projets, etc., qui semblent se rassembler en un centre à partir
duquel nous observons le monde, bref un soi ou moi unique réellement existant.

- En même temps, nous observons que notre expérience se modifie sans cesse et est toujours
tributaire d'une situation particulière, d'un contexte.

- L'expérience bouddhiste de la méditation révèle au début l'activité tumultueuse de l'esprit du


méditant : perceptions, pensées, sentiments, désirs se pourchassent à l'infini. Le méditant
prend conscience d'une fugacité intime qui pénètre l'activité de son esprit. Les bouddhistes
appellent " absence de soi " ou " absence de moi " le sentiment concrètement vécu de n'avoir
aucun refuge unique, stable, précis.

- Nous observons aussi que l'esprit tente de rejeter sa propre impression de fugacité, d'absence
de soi, en recherchant toutes les distractions mentales susceptibles d'interrompre l'attention,
voler d'une préoccupation à l'autre. Ce courant d'agitation, d'anxiété, d'insatisfaction qui
envahit l'expérience est appelé Dukka – souffrance ou malaise. La souffrance se développe à
mesure que l'esprit cherche à nier qu'il est par nature pétri de fugacité et dénué de soi.

- Ainsi l'origine de la souffrance humaine réside-t-elle dans cette tendance à construire un


sentiment de soi, un moi, là où il n'y en a pas. La souffrance a pour origine l'obsession du
sujet à s'agripper à lui-même. On pense, agit, sent comme si l'on avait un soi à protéger et à
préserver. L'espoir le plus intime de se mettre en valeur par le profit, les éloges, la célébrité
suscite l'avidité. C'est cette illusion d'être un moi qui engendre la volonté de l'affirmer, de
l'imposer égoïstement aux autres et celle d'exister indéfiniment.

- Il n'existe rien qui corresponde réellement à un soi permanent. Ce que nous nommons le soi
n'est qu'une combinaison de forces ou d'énergies physiques entremêlées, en état de
changement constant. L'erreur est de surimposer à ces agrégats l'idée d'un soi permanent qui
les tiendrait ensemble ou les gouvernerait. Là se trouve justement la source même de tout
malheur et de toute souffrance. De là viennent les réactions néfastes telles que " ceci
m'appartient ", " je suis ", ainsi que les différentes manières qu'a l'homme d'affirmer son moi,
souvent aux dépens d'autrui. L'illusion que le soi existe donne naissance à l'avidité, à
l'attachement aux choses.

- Se détacher de l'illusion du moi est la condition de la libération, du nirvana (délivrance du


temps, béatitude définitive). Nécessité d'un regard désillusionné sur l'existence, d'un
renoncement à la quête de la vie éternelle et à celle d'un sens transcendant, d'un détachement
apaisé par rapport à tous les liens qui peuvent nous aliéner, ce qui n'exclut nullement
bienveillance et compassion. La désillusion sur soi est la condition de la liberté et du bonheur.
Une telle libération ne peut s'obtenir qu'au terme d'un long travail de méditation.

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b. L’étrangeté au cœur du « moi » – les déterminations physiologiques de la
conscience

1/ « Quelque chose pense »


(Cf. Nietzsche, Par-delà bien et mal, § 17 ; voir aussi le § 19)

« Pour ce qui en est de la superstition des logiciens, je veux souligner encore, sans me
laisser décourager, un petit fait que ces esprits superstitieux n'avouent qu'à contrecœur.
C'est, à savoir, qu'une pensée ne vient que quand elle veut, et non pas lorsque c'est moi qui
veux ; de sorte que c'est une altération des faits de prétendre que le sujet moi est la
condition de l'attribut « je pense ». Quelque chose pense, mais croire que ce quelque chose
est l'antique et fameux moi, c'est une pure supposition, une affirmation peut-être, mais ce
n'est certainement pas une « certitude immédiate ». En fin de compte, c'est déjà trop
s'avancer que de dire « quelque chose pense », car voilà déjà l'interprétation d'un
phénomène au lieu du phénomène lui-même. On conclut ici, selon les habitudes
grammaticales : « Penser est une activité, il faut quelqu'un qui agisse, par conséquent... » Le
vieil atomisme s'appuyait à peu près sur le même dispositif, pour joindre, à la force qui agit,
cette parcelle de matière où réside la force, où celle-ci a son point de départ : l'atome. Les
esprits plus rigoureux finirent par se tirer d'affaire sans ce « reste terrestre », et peut-être
s'habituera-t-on un jour, même parmi les logiciens, à se passer complètement de ce petit
« quelque chose », auquel s'est réduit le respectable « je » du passé. »
Nietzsche, Par-delà Bien et Mal, § 17

A compléter par le § 354 du Gai Savoir (Nietzsche) : la conscience comme réalité dérivée
(et non originaire), produit du besoin de communication, lui-même résultat de la fragilité et de
la précarité de l’homme. Cette perspective confère ainsi à la conscience une origine qui n’a
donc rien de transcendant et apparaît beaucoup moins noble qu’on la prétend, et beaucoup
plus dépendante de nécessités matérielles. Ce qui dément le caractère indépendant et
autonome de la conscience et par conséquent du sujet par la conscience. La conscience alors
ne serait qu’un instrument au service de la vie, et le plus tard venu, donc le moins affiné et le
moins au point, beaucoup moins sûr que l’instinct.

2/ Une conception politique du moi (Nietzsche, dans Volonté de Puissance,


fragments réunis par Geneviève Blanqui, 230 et 232, photocopies distribuées)
Voir aussi le texte 13 p. 33 du manuel qui insiste sur le primat du corps
(Attention le titre est un mauvais jeu de mot de l’éditeur, à partir de la célèbre
formule de Pascal, « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas ». Ne
confondez pas Nietzsche et Pascal…)

c. La conscience est déterminée par les réalités socio-économiques


(Textes de Marx, extraits de L’Idéologie allemande, 4e et 6e fragments,
photocopies distribuées.)

1/ La pensée du soupçon
2/ L’illusion de l’autonomie de la conscience – sa détermination par la
« vie réelle ».

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