Poly AF
Poly AF
Analyse fonctionnelle
Théorie et applications
Notes de Cours
Martine MARION
1
Table des matières
1 Espaces de Hilbert 4
1.1 Définitions. Propriétés élémentaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
1.2 Projection sur un ensemble convexe fermé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.3 Bases hilbertiennes et espaces séparables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.4 Equations variationnelles et théorème de Lax-Milgram . . . . . . . . . . . . . . . 7
2 Espaces Lp 9
2.1 Définitions et premières propriétés. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
2.2 Principales propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
2.2.1 Complétude. Séparabilité. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
2.2.2 Convergence dans Lp (Ω) et convergence p.p. . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
2.2.3 Comparaison entre les espaces Lp . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
2.2.4 Résultat de densité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
2.2.5 Un résultat fondamental . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
2.2.6 Dual de Lp (Ω). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
2
4.4.2 Topologie faible étoile. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
3
Chapitre 1
Espaces de Hilbert
Propriétés
• L’application kuk = (u, u)1/2 définit une norme sur H.
• Inégalité de Cauchy-Schwarz : ∀u, v ∈ H, |(u, v)| ≤ kukkvk.
• Identité du parallélogramme : ∀u, v ∈ H,
u+v 2 u−v 2 1
kuk2 + kvk2 .
k k +k k =
2 2 2
Définition 1.2 Un espace de Hilbert est un espace vectoriel H muni d’un produit scalaire (u, v)
et qui est complet pour la norme associée kuk = (u, u)1/2 .
Proposition 1.3 Tout sous-espace vectoriel fermé d’un espace de Hilbert est un espace de Hilbert
(muni du produit scalaire induit).
Exemple fondamental
Soit Ω ouvert de RN . L’espace
Z
L (Ω) = {f˜, f : Ω → R mesurable et t.q.
2
f (x)2 dx < +∞}
Ω
muni du produit scalaire : Z
(f˜, g̃) = f (x)g(x)dx
Ω
est un espace de Hilbert. La norme associée
Z 1/2
˜
kf k2 = 2
|f (x)| dx
Ω
est la norme de la convergence en moyenne quadratique.
4
1.2 Projection sur un ensemble convexe fermé
Définition 1.4 Soit K ⊂ H. On dit que K est convexe si et seulement si :
∀(u, v) ∈ K 2 , ∀t ∈ [0, 1], tu + (1 − t)v ∈ K.
Démonstration.
Etape 1. Introduction d’une suite minimisante. 0n introduit une suite minimisante, c’est-
à-dire une suite (un )n d’éléments de K telle que
dn = kh − un k → d = inf J(v), quand n → +∞.
v∈K
Etape 2. Convergence de la suite. 0n montre que (un )n est une suite de Cauchy en appliquant
l’inégalité du parallélogramme à h − up et h − uq :
up + uq 2 up − uq 2 1
kh − up k2 + kh − uq k2 .
kh − k +k k =
2 2 2
up +uq up +uq
Comme K est convexe on a 2
∈ K et kh − 2
k ≥ d. Donc
up − uq 2 1 2
k k ≤ (dp + d2q ) − d2 → 0 quand p, q → +∞
2 2
Proposition 1.7 (i) PK est linéaire si et seulement si K est un sous-espace vectoriel fermé.
(ii) Soit M un sous-espace vectoriel fermé. Alors
u∈M
u = PM (h) ⇔
(h − u, v) = 0, ∀v ∈ M.
5
Corollaire 1.8 Soit M un sous-espace vectoriel fermé. Alors H = M ⊕ M ⊥ .
On le munit de la norme :
|L(v)|
kLkE 0 = sup .
v6=0 kvk
Définition 1.10 On appelle base hilbertienne une suite (en ) d’éléments de H telle que
(i) ∀m, n, (em , en ) = δm,n ,
(ii) L’espace vectoriel engendré par les (en ) est dense dans H.
L’espace vectoriel engendré pas les (en ), noté F , est défini comme l’ensemble des combinaisons
linéaires (finies) d’éléments de la suite (en ) :
∞
X
F = {a, ∃ λn ∈ R tous nuls sauf un nombre fini tels que a = λn en }. (1.3.1)
n=1
On a
F̄ = H ⇔ ∀u ∈ H, ∃ an ∈ F tel que an → u quand n → +∞}.
Théorème 1.11 On suppose que (en ) est une base hilbertienne de H. Soit u ∈ H et ∀n ≥ 1,
un = (u, en )en . Alors ∀u ∈ H on a : P
(i) u = ∞ k
P
n=1 (u, e )e
n n , c’est-à-dire u = limk→+∞ n=1 (u, e )e
n n ,
(ii) kuk2 = ∞ 2
P
n=1 (u, en ) (égalité de Parseval).
Démonstration. Notons Sk = kn=1 PEn où PEn désigne la projection sur le droite engendrée par
P
en ; Sk est une application linéaire et continue de H dans H. Soit u ∈ H ; on a
k
X
kSk (u)k2 = kun k2 . (1.3.2)
n=1
6
D’autre part, dû à la caractérisation de la projection, (u, un ) = kun k2 . Donc par sommation
(u, Sk (u)) = kSk (u)k2 d’où
kSk (u)k ≤ kuk.
Définition 1.12 On dit qu’un espace vectoriel normé E est séparable s’il existe un sous-ensemble
D ⊂ E dénombrable tel que D̄ = E.
Proposition 1.13 Tout sous-espace vectoriel fermé d’un espace séparable est séparable.
Théorème 1.14 Un espace de Hilbert est séparable si et seulement si il admet une base hilber-
tienne.
Définition 1.15 On dit qu’une forme bilinéaire a : H × H → R est coercive s’il existe une
constante α > 0 telle que, ∀v ∈ H, a(v, v) ≥ αkvk2 .
7
Théorème 1.16 (théorème de Lax-Milgram). Soit a(u, v) une forme bilinéaire, continue, coercive
et soit L ∈ H 0 . Alors le problème
Trouver u ∈ H tel que ∀v ∈ H a(u, v) = L(v)
admet une unique solution.
De plus, si a est symétrique, u est caractérisé par la propriété
1
u ∈ H et J(u) = min J(v) avec J(v) = a(v, v) − L(v).
v∈H 2
8
Chapitre 2
Espaces Lp
Inégalité de Holder
Pour 1 ≤ p ≤ ∞, on désigne par p0 l’exposant conjugé de p, c’est-à-dire :
1 1
+ 0 = 1.
p p
0
Théorème 2.2 (Inégalité de Holder).Soient f ∈ Lp (Ω) et g ∈ Lp (Ω). Alors f g ∈ L1 (Ω) et
Z
|f g| ≤ kf kp kgkp0 .
Ω
9
Espace vectoriel et norme
Pour 1 ≤ p ≤ ∞, Lp (Ω) est un espace vectoriel. L’application f → kf kp est une semi-norme mais
ce n’est pas une norme car
kf kp = 0 ⇐⇒ f = 0 p.p.
On note Lp (Ω) l’espace des classes d’équivalence de fonctions de Lp (Ω) pour la relation d’équiva-
lence f = g p.p.. L’application f˜ → kf kp est une norme sur Lp (Ω).
Quand p = 2, l’application Z
˜
(f , g̃) = fg
Ω
2
définit un produit scalaire sur L (Ω).
Par contre la convergence dans Lp (Ω) entraîne la convergence p.p. d’une suite extraite.
Théorème 2.4 Soit 1 ≤ p < ∞. Soit (f˜n )n une suite convergeant vers f˜ dans Lp (Ω). Alors il
existe une sous-suite (fϕ(n) )n convergeant [Link] f .
La propriété (2.2.2) signifie que les injections dans (2.2.1) sont continues. On note
10
2.2.4 Résultat de densité
On considère l’espace C(Ω) = C 0 (Ω) = {f : Ω → R continue}. Pour f ∈ C(Ω), on définit le
support de f par
Supp f = {x ∈ Ω, f (x) 6= 0},
c’est-à-dire :
Définition 2.6 On dit que f ∈ C(Ω) est à support compact dans Ω si Supp f ⊂ Ω et Supp f est
un ensemble borné.
Pour f à support compact dans Ω, l’ensemble Supp f est un compact inclus dans l’ouvert Ω. La
distance entre Supp f et le complémentaire de Ω, égale à inf u∈Supp f,v∈c Ω ku − vkRN , est strictement
positive. Par exemple, si f ∈ Cc (]a, b[), avec a < b réels, il existe a < c < d < b tels que
Supp f ⊂ [c, d] ⊂]a, b[. On a f = 0 sur ]a, c] ∪ [c, b[.
On note
Cc (Ω) = {f ∈ C(Ω) a support compact dans Ω}.
et
Ccm (Ω) = Cc (Ω) ∩ C m (Ω), m entier ≥ 1, et Cc∞ (Ω) = Cc (Ω) ∩ C ∞ (Ω) = D(Ω).
Proposition 2.7 Soit x0 ∈ Ω et R > 0 tels que la boule fermée B(x0 , R) de centre x0 et de rayon
R soit contenue dans Ω. Alors il existe φ ∈ Cc∞ (Ω), φ 6= 0, vérifiant Supp φ ⊂ B(x0 , R).
Pour 1 ≤ p < ∞, les fonctions de Lp (Ω) peuvent être approchées par des fonctions C ∞ à support
compact, comme énoncé dans le résultat suivant.
Théorème 2.8 Soit 1 ≤ p < ∞. Pour tout f ∈ Lp (Ω), il existe une suite φn ∈ Cc∞ (Ω) telle que
11
2.2.5 Un résultat fondamental
Définition 2.9 On dit que f : Ω → R est localement intégrable sur Ω si f ∈ L1 (K) pour tout
K ⊂ Ω fermé et borné. On note L1loc (Ω) l’espace des fonctions localement intégrables sur Ω.
On note L1loc (Ω) l’espace des classes de fonctions localement intégrables pour la relation d’équiva-
lence f = g p.p.
Démonstration. On fait la démonstration pour f˜ ∈ L2 (Ω). Par le théorème 2.8, il existe une suite
φn ∈ Cc∞ (Ω) telle que
kφn − f k2 → 0, quand n → +∞. (2.2.4)
0n peut prendre φ = φn dans (2.2.3), ce qui donne
Z
∀n, f (x)φn (x)dx = 0. (2.2.5)
Ω
12
Corollaire 2.11 Soit f˜ ∈ L1loc (Ω) telle que
Z Z
∞
f (x)φ(x)dx = 0, ∀φ ∈ Cc (Ω) tel que φ(x)dx = 0. (2.2.6)
Ω Ω
Alors Z
ψ(x) = φ(x) − θ(x) φ(x)dx (2.2.7)
Ω
appartient à Cc∞ (Ω) et est à moyenne nulle. Donc, par l’hypothèse (2.2.6),
Z
f (x)ψ(x)dx = 0.
Ω
Posons c = Ω f (y)θ(y)dy. Comme φ ∈ Cc∞ (Ω) est quelconque, on peut appliquer le théorème 2.10
R
Le théorème 2.12 exprime que toute forme linéaire sur Lp (Ω) avec 1 < p < ∞ se représente à
0
partir d’un élément de Lp (Ω). De plus l’application L 7→ ũ est une isométrie qui permet d’identifier
0 0
(Lp (Ω))0 et Lp (Ω). On écrit Lp (Ω) = (Lp (Ω))0 .
13
Théorème 2.13 Soit L ∈ (L1 (Ω))0 . Alors il existe ũ ∈ L∞ (Ω) unique tel que
Z
˜ 1
∀ f ∈ L (Ω), L(f ) =˜ uf.
Ω
Le théorème 2.13 affirme que toute forme linéaire sur L1 (Ω) se représente à partir d’un élément de
L∞ (Ω). De plus l’application L 7→ ũ est une isométrie qui permet d’identifier (L1 (Ω))0 et L∞ (Ω).
On écrit L∞ (Ω) = (L1 (Ω))0 .
14
Chapitre 3
Définition 3.1 On dit que ũ ∈ L1loc (I) est dérivable au sens faible s’il existe ṽ ∈ L1loc (I) tel que :
Z b Z b
∞ 0
∀φ ∈ Cc (I), uφ = − vφ. (3.1.1)
a a
Proposition 3.2 Si ũ ∈ L1loc (I) est dérivable au sens faible, alors il existe un unique ṽ ∈ L1loc (I)
satisfaisant (3.1.1). On dit que ṽ est la dérivée faible de ũ et on note ṽ = ũ0 .
Démonstration. On remarque d’abord que ũ ∈ L1loc (I). Soit φ ∈ Cc∞ (I) quelconque. Alors il existe
Rb Rd
c < d tels que Supp φ ⊂ [c, d] ⊂]a, b[. On a alors aussi Supp φ0 ⊂ [c, d] de sorte que a uφ0 = c uφ0 .
Comme u et φ sont de classe C 1 sur le compact [c, d], une intégration par parties donne
Z b Z d Z d
0 0
uφ = uφ = − u0 φ + u(d)φ(d) − u(c)φ(c).
a c c
15
Comme u0 ∈ C(I) ⊂ L1loc (I), on obtient que ũ est dérivable au sens faible et que sa dérivée faible
est la classe d’équivalence de la fonction dérivée u0 .
Proposition 3.4 Soit u ∈ C 0 (I) tel que ∃ a0 = a < a1 < ... < an+1 = b tel que ∀i ∈ {0, ..., n},
u ∈ C 1 (]ai , ai+1 [). Soit v : I → R vérifiant v(x) = u0 (x) ∀x ∈ ]ai , ai+1 [, ∀i ∈ {0, ..., n}. On suppose
que ṽ ∈ L1loc (I). Alors ũ est dérivable au sens faible et ũ0 = ṽ.
Démonstration. On suppose pour simplifier I =]0, 1[, ṽ ∈ L1 (]0, 1[), et α = 0. Le cas général est
un peu plus technique àR écrire (exercice).
x
La fonction u(x) = 0 v(t)dt est continue sur ]0, 1[ donc localement intégrable sur ]0, 1[ (exer-
cice).
Soit φ ∈ Cc∞ (]0, 1[) quelconque. On a
Z 1 Z 1 Z x
0
uφ = ( v(t)dt)φ0 (x)dx.
0 0 0
Attention : on ne peut pas faire d’intégration par parties car u n’est pas de classe C 1 .
On va utiliser le théorème de Fubini. On a
Z 1 Z x Z 1 Z 1
0
( v(t)dt)φ (x)dx = ( v(t)χ[0,x] (t)dt)φ0 (x)dx.
0 0 0 0
La fonction (x, t) → v(t)χ[0,x] φ0 (x) est intégrable sur ]0, 1[×]0, 1[ car
Z 1 Z 1 Z 1 Z 1
0 0
|v(t)|χ[0,x] |φ (x)|dxdt ≤ ( |φ (x)|dx)( |v(t)|dt) < +∞.
0 0 0 0
0n peut donc appliquer le théorème de Fubini à cette fonction et l’interversion des signes somme
donne : Z 1 Z x Z 1 Z 1 Z 1
0 0
( v(t)dt)φ (x)dx = v(t)( φ (x)dx)dt = − v(t)φ(t)dt.
0 0 0 t 0
16
3.1.2 Résolution de ũ0 = f˜.
Proposition 3.6 Soit ũ ∈ L1loc (I) à dérivée faible ũ0 = 0̃. Alors, il existe c ∈ R tel que u(x) = c
pour presque tout x ∈ I.
Démonstration. L’hypothèse ũ0 = 0̃ signifie
Z b
∀φ ∈ Cc∞ (I), uφ0 = 0. (3.1.2)
a
Par le corollaire 2.11, on en déduit qu’il existe c ∈ R telle que u(x) = c pour presque tout x ∈ I.
Proposition 3.8 RSoit f˜ ∈ L1loc (I). Alors les solutions de l’équation ũ0 = f˜ sont les classes d’équi-
x
valence de u(x) = α f (t)dt + c, où α ∈ I est fixé et c ∈ R est quelconque
Démonstration. Par la proposition 3.5, si on pose
Z x
v(x) = f (t)dt, ∀x ∈ I,
α
Démonstration. Soit α ∈ I. Par la proposition 3.8, il existe c ∈ R tel que, pour presque tout x ∈ I,
Z x
u(x) = v(t)dt + c = ū(x).
α
Rx
La fonction ū ainsi définie est continue sur I et ū(x) − ū(y) = y v(t)dt, ∀ x, y ∈ I.
L’unicité d’une fonction continue dans la classe d’équivalence ũ résulte du fait que, si deux
fonctions continues sont égales p.p., alors elles sont égales partout (exercice).
17
3.1.4 Dérivées faibles d’ordre supérieur.
Proposition 3.10 Soit ũ ∈ L1loc (I). On dit que ũ est dérivable au sens faible jusqu’à l’ordre m ≥ 1
s’il existe ṽ1 , ..., ṽm ∈ L1loc (I) tels que :
Z b Z b
j
u(x)D φ(x)dx = (−1) j
vj (x)φ(x)dx, ∀φ ∈ Cc∞ (I), ∀j = 1, ..., m.
a a
Les ṽj sont alors uniquement déterminés et on dit que ṽj est la dérivée faible d’ordre j de ũ pour
1 ≤ j ≤ m.
Proposition 3.11 Soit u ∈ C m (I). Alors ũ est dérivable au sens faible jusqu’à l’ordre m et,
∀j = 1, ..., m, D
g j u est la dérivée faible d’ordre j de ũ.
On a
2
ũ ∈ L (I),
ũ ∈ H 1 (I) ⇔ Rb Rb (3.2.3)
2
∃ g̃ ∈ L (I) t.q. ∀φ ∈ Cc∞ (I), 0
uφ = − gφ.
a a
Le lien suivant avec les fonctions de classe C 1 résulte aisément de la proposition 3.3.
Proposition 3.13 (i) Soit u ∈ C 1 (I) ∩ L2 (I) tel que u0 ∈ L2 (I). Alors ũ ∈ H 1 (I) et ũ0 = ũ0 .
¯ ũ ∈ H 1 (I) et ũ0 = ũ0 .
(ii) On suppose I borné. Pour u ∈ C 1 (I),
Démonstration. (i) résulte de la proposition 3.3. Pour (ii), quand I est borné, une fonction continue
sur I¯ est de carré intégrable, d’où le résultat.
et la norme associée :
1/2
Z
2 0 2
kukH 1 (I) = |u| + |u | .
I
Ci-dessus, la notation ’tilde’ pour la classe d’équivalence a été omise. Voir d’importantes remarques
à ce sujet après le théorème 3.15
18
Théorème 3.14 L’espace H 1 (I) muni du produit scalaire (3.2.4) est un espace de Hilbert sépa-
rable.
Démonstration. Soit (un )n une suite de Cauchy de H 1 (I). Par définition, pour tout > 0 il existe
N ∈ N tel que, ∀ p ≥ N , ∀ q ≥ N , kup − uq kH 1 (I) ≤ . En utilisant la définition de la norme de
H 1 (I), cela s’écrit aussi :
Les suites (un )n et (u0n )n sont donc de Cauchy dans L2 (I), et donc convergentes comme L2 (I) est
complet : il existe u ∈ L2 (I) et g ∈ L2 (I) tels que
Finalement comme u0 = g, (3.2.5) donne la convergence de la suite (un )n vers u dans H 1 (I).
Démonstration. C’est presque une ré-écriture de la proposition 3.9. Toutefois, de plus, comme
¯
v ∈ L1 (I), on a ū ∈ C(I).
Remarque importante : Dans toute la suite, on identifie u ∈ H 1 (I) et son unique représentant
¯ Aussi, on notera (de façon abusive) u0 ∈ L2 (I) la dérivée de
continu ū. On écrira H 1 (I) ⊂ C(I).
u. Avec ces notations, on a :
Z x
¯ u(x) − u(y) =
∀ x, y ∈ I, u0 (t)dt. (3.2.8)
y
Corollaire 3.16 (Intégration par parties dans H 1 (I)). Soit u, v ∈ H 1 (I). Alors, ∀c, d ∈ I¯ avec
c < d, on a : Z d Z d
0
u v = u(d)v(d) − u(c)v(c) − uv 0 .
c c
19
Cas particulier. Si I est borné : I =]a, b[ , a < b, on a
Z b Z b
0
u v = u(b)v(b) − u(a)v(a) − uv 0 .
a a
Démonstration. Pour simplifier légèrement on fait la démonstration dans le cas I borné. Par le
théorème 3.15 on a Z x
v(x) = v(a) + v 0 (t)dt
a
d’où :
Z b Z b Z x Z b Z b Z x
0 0 0 0 0
u (x)v(x)dx = u (x)(v(a) + v (t)dt)dx = v(a)( u (x)dx) + u (x)( v 0 (t)dt)dx.
a a a a a a
(3.2.9)
En appliquant à nouveau le théorème 3.15, pour le premier terme dans (3.2.9), on a
Z b
v(a)( u0 (x)dx) = v(a)(u(b) − u(a)).
a
Le second terme dans (3.2.9) se traite en utilisant le théorème de Fubini de façon analogue à la
preuve de la proposition 3.5. Les détails sont laissés en exercice.
Théorème 3.17 Les fonctions de H 1 (I) sont bornées. De plus, il existe une constante c > 0 telle
que
∀u ∈ H 1 (I), kuk∞ = sup |u(x)| ≤ ckukH 1 . (3.2.10)
x∈I¯
1 ∞
On a donc H (I) ,→ L (I).
Démonstration. On considère le cas I = R. On démontre d’abord l’inégalité pour v ∈ Cc1 (R). Au
sens de la dérivation des fonctions de classe C 1 on a (v 2 )0 = 2vv 0 . Ensuite comme v est à support
compact : Z x
v(x)2 = 2 v(t)v 0 (t)dt ≤ 2kvkL2 kv 0 kL2 ≤ kvk2L2 + kv 0 k2L2 ,
−∞
d’où
∀v ∈ C 1 (R), kvk∞ ≤ kvkH 1 . (3.2.11)
On va étendre ce résultat en utilisant la densité de Cc1 (R) dans H 1 (R). Soit u ∈ H 1 (R). Il existe
une suite un ∈ Cc1 (R) telle que un → u dans H 1 (R). Grâce à (3.2.11), pour tous les indices entiers
p et q, on a
kup − uq k∞ ≤ kup − uq kH 1 (3.2.12)
La suite est convergente dans H 1 (R) donc de Cauchy dans H 1 (R). Il résulte de (3.2.12) que (un )n
est de Cauchy dans L∞ (R). Cet espace étant complet, il existe v ∈ L∞ (R) tel que un → u dans
L∞ (R). Par unicité de la limité dans L1loc (R), on a u = v. Finalement on a aussi
∀n, kun k∞ ≤ kun kH 1
et par passage à la limite quand n → +∞
∀n, kuk∞ ≤ kukH 1
20
Corollaire 3.18 ∀ α ∈ I¯ fixé, l’application u → u(α) appartient au dual de H 1 (I).
On vérifie aisément que u ∈ H m (I) si et seulement s’il existe g1 , g2 , ..., gm ∈ L2 (I) telles que :
Z Z
∞ j j
∀j = 1, 2, ..., m, ∀φ ∈ Cc (I), uD φ = (−1) gj φ.
I I
et de la norme m
X
kuk2H m = kuk22 + kDj uk22
j=1
¯
On peut étendre à H m (I) des propriétés démontrées pour H 1 (I) ; par exemple H m (I) ⊂ C m−1 (I)
avec injection continue.
Muni du produit scalaire induit par H 1 (I), H01 (I) est un espace de Hilbert séparable.
Les fonctions de H01 (I) sont les fonctions de H 1 (I) nulles au bord, comme énoncé dans le
théorème suivant.
21
Démonstration. Soit u ∈ H01 (]a, b[). Par le théorème 3.15 on a
Z x
∀x ∈ [a, b], u(x) = u(a) + u0 (t)dt.
a
Puis Z x Z b
0
|u(x)| ≤ |u (t)|dt ≤ |u0 (t)|dt.
a a
2
Ensuite par l’inégalité de Cauchy-Schwarz dans L (]a, b[) :
√
∀x ∈ [a, b], |u(x)| ≤ b − aku0 kL2 (]a,b[)
et √
kuk∞ = sup |u(x)| ≤ b − aku0 kL2 (]a,b[)
x∈[a,b]
Enfin
∀u ∈ H01 (]a, b[), kuk2L2 (]a,b[) ≤ (b − a)kuk2∞ ≤ (b − a)2 ku0 k2L2 (]a,b[)
ce qui est l’inégalité recherchée.
Corollaire 3.23 Supposons I borné. Alors il existe une constante c > 0 telle que :
∀u ∈ H01 (I), kuk2H 1 (]a,b[) = kuk2L2 (]a,b[) + ku0 k2L2 (]a,b[) ≤ (b − a)2 + 1 ku0 k2L2 (]0,1[)
Les conditions aux limites où on impose la valeur de l’inconnue u sur le bord sont dites condi-
tions de Dirichlet. Quand cette valeur est nulle, comme ici, on parle de conditions de Dirichlet
homogènes.
22
L’approche variationnelle pour étudier (3.3.13) est constituée de trois étapes que nous détaillons.
Le but de cette première étape est seulement de trouver la formulation variationnelle (3.3.14) ; on
étudiera dans la troisième étape comment et en quel sens on peut revenir au problème aux limites
(3.3.13) à partir de (3.3.14).
On part de u solution du problème aux limites (3.3.13). Pour trouver la formulation varia-
tionnelle, on multiplie l’équation dans (3.3.13) par une fonction test régulière v et on intègre par
partie. Cette étape 1 est formelle au sens où l’on suppose que tous les calculs effectués sont li-
cites. Seule cette première étape sera formelle. Dès que la formulation variationnelle sera obtenue,
l’étude (étapes 2 et 3) sera rigoureuse et totalement justifiée mathématiquement. On trouve :
Z 1 Z 1 Z 1 Z 1 Z 1
00 0 0 0 0
fv = − u v+2 uv = u v − u (1)v(1) + u (0)v(0) + 2 uv. (3.3.15)
0 0 0 0 0
Comme u doit satisfaire des conditions de Dirichlet homogènes, on a u(0) = u(1) = 0. On remarque
que, si la fonction test v vérifie de même v(0) = v(1) = 0, alors (3.3.15) devient
Z 1 Z 1 Z 1
0 0
uv +2 uv = f v. (3.3.16)
0 0 0
Pour que le terme de gauche de (3.3.16) ait un sens il suffit que u, v soient dans L2 (]0, 1[), et
0 0
qu’ils aient des dérivées faible u , v dans L2 (]0, 1[). Pour que le terme de droite de (3.3.16) ait
un sens il suffit que u, f soient dans L2 (]0, 1[). Par conséquent, un choix raisonnablepour H est
H = H01 (]0, 1[).
En conclusion la formulation variationnelle proposée pour (3.3.13) est :
Théorème 3.24 Soit f ∈ L2 (]0, 1[). La formulation variationnelle (3.3.17) possède une unique
solution u ∈ H01 (]0, 1[).
23
On a Z 1 Z 1
0 0
a(u, v) = uv +2 uv.
0 0
∀(u, v) ∈ H01 (]0, 1[)2 , |a(u, v)| ≤ ku0 kL2 (]0,1[) kv 0 kL2 (]0,1[) + 2kukL2 (]0,1[) kvkL2 (]0,1[) . (3.3.19)
Au vu de (3.3.18), on a kukL2 (]0,1[) ≤ kukH 1 (]0,1[) , ku0 kL2 (]0,1[) ≤ kukH 1 (]0,1[) et des inégalités similaires
pour les termes en v. On déduit donc de (3.3.19) la majoration :
∀(u, v) ∈ H01 (]0, 1[)2 , |a(u, v)| ≤ 3 kukH 1 (]0,1[) kvkH 1 (]0,1[) .
est linéaire et en utilisant à nouveau l’inégalité de Cauchy-Schwarz dans L2 (]0, 1[) et la définition
(3.3.18) de la norme de H01 (]0, 1[) :
∀v ∈ H01 (]0, 1[), |L(v)| ≤ kf kL2 (]0,1[) kvkL2 (]0,1[) ≤ kf kL2 (]0,1[) kvkH 1 (]0,1[)
Démonstration.
00
(i) On va montrer en même temps que u ∈ H 2 (]0, 1[) et calculer u . On a Cc∞ (]0, 1[) ⊂ H01 (]0, 1[).
On peut donc prendre v = φ ∈ Cc∞ (]0, 1[) dans (3.3.17). On a donc
Z 1 Z 1 Z 1
∞ 0 0
∀φ ∈ Cc (]0, 1[), uφ +2 uφ = fφ
0 0 0
ou encore Z 1 Z 1 Z 1 Z 1
∀φ ∈ Cc∞ (]0, 1[), 0 0
u φ = −2 uφ + fφ = (f − 2u)φ. (3.3.20)
0 0 0 0
24
Ici u0 ∈ L2 (]0, 1[) et f − 2u ∈ L2 (]0, 1[). Par la définition (3.12) de l’espace de Sobolev H 1 (]0, 1[),
on en déduit que
u0 ∈ H 1 (]0, 1[) et (u0 )0 = 2u − f. (3.3.21)
Par la définition (3.19) de H 2 (]0, 1[), comme u ∈ H 1 (]0, 1[), on conclut que u ∈ H 2 (]0, 1[) et
00
u = 2u − f dans L2 (]0, 1[) et p.p., ce qui prouve (i).
Concernant (ii), comme u ∈ H01 (]0, 1[), on a u(0) = u(1) = 0.
Remarque. Considérons maintenant le cas d’une fonction f continue sur [0, 1]. Comme elle est
de carré intégrable sur ]0, 1[, (3.3.17) possède une unique solution u, qui vérifie aussi u ∈ H 2 (]0, 1[)
00
et u = 2u − f dans L2 (]0, 1[) et p.p. par l’étape 3. On peut vérifier que
u ∈ C 2 ([0, 1]) et u00 (x) = 2u(x) − f (x) pour tout .x ∈ [0, 1]. (3.3.22)
En effet comme u0 ∈ H 1 (]0, 1[) et, au sens faible, (u0 )0 = 2u − f , la proposition 3.8 entraîne que
Z x
0 0
u ∈ C([0, 1]) et u (x) = (2u(t) − f (t))dt + c pour tout .x ∈ [0, 1]. (3.3.23)
0
u0 ∈ C 1 ([0, 1]).
avec u0 ∈ C 1 ([0, 1]), on conclut que u ∈ C 2 ([0, 1]) et u00 (x) = 2u(x) − f (x) pour tout .x ∈ [0, 1].
En conclusion si f ∈ C([0, 1]), la solution de la formulation variationnelle vérifie le problème
aux limites (3.3.13) de façon standard. On dit aussi alors que c’est une solution classique.
Les conditions aux limites où on impose la valeur de la dérivée de l’inconnue u sur le bord sont
dites conditions de Neumann. Quand cette valeur est nulle, comme ici, on parle de conditions
de Neumann homogènes.
L’approche variationnelle pour étudier (3.3.24) suit les mêmes étapes que dans le premier exemple.
25
On multiplie l’équation dans (3.3.24) par une fonction test régulière v et on intègre par partie.
On trouve :
Z 1 Z 1
1 1
Z 1
1 1
Z Z
00 0 0 0 0
fv = − u v+ uv = u v − u (1)v(1) + u (0)v(0) + uv. (3.3.25)
0 0 2 0 0 2 0
0 0
Comme u doit satisfaire des conditions de Neumann homogènes, on a u (0) = u (1) = 0. (3.3.25)
devient donc : Z 1
1 1
Z Z 1
0 0
uv + uv = f v. (3.3.26)
0 2 0 0
On peut noter que (3.3.26) est analogue à (3.3.16) mais en apparence seulement car maintenant
on ne suppose rien sur v sur le bord.
Pour que le terme de gauche de (3.3.26) ait un sens il suffit que u, v soient dans L2 (]0, 1[), et
0 0
qu’ils aient des dérivées faible u , v dans L2 (]0, 1[). Pour que le terme de droite de (3.3.26) ait
un sens il suffit que u, f soient dans L2 (]0, 1[). Par conséquent, un choix raisonnable pour H est
H = H 1 (]0, 1[). Ici on n’a pas de conditions aux limites dans l’espace H car on n’a rien supposé
sur v au bord.
En conclusion la formulation variationnelle proposée pour (3.3.24) est :
u ∈ H 1 (]0, 1[),
R1 0 0 1 R1 R1 (3.3.27)
1
∀v ∈ H (]0, 1[), 0 u v + 2 0 uv = 0 f v.
Théorème 3.26 Soit f ∈ L2 (]0, 1[). La formulation variationnelle (3.3.27) possède une unique
solution u ∈ H 1 (]0, 1[).
Démonstration. C’est très similaire au cas précédent. J’ai toutefois modifié un peu l’équation pour
que les calculs soient différents.
Par le cours, on sait que H 1 (]0, 1[) muni de la norme
Z 1 Z 1 1/2
2 0 2
kvkH 1 (]0,1[) = v + (v ) . (3.3.28)
0 0
26
Il reste à établir la coercivité de a :
Z 1 Z 1
1 1 1
1
∀v ∈ H (]0, 1[), a(v, v) ≥ v + 2
(v 0 )2 = kvk2H 1 (]0,1[)
2 0 2 0 2
ce qui donne la coercivité avec α = 12 .
Finalement Z 1
L(v) = fv
0
est linéaire et en utilisant à nouveau l’inégalité de Cauchy-Schwarz dans L2 (]0, 1[) et la définition
(3.3.28) de la norme de H01 (]0, 1[) :
∀v ∈ H 1 (]0, 1[), |L(v)| ≤ kf kL2 (]0,1[) kvkL2 (]0,1[) ≤ kf kL2 (]0,1[) kvkH 1 (]0,1[)
ce qui donne la continuité de L.
En conclusion toutes les hypothèses du théorème de Lax-Milgram sont satisfaites. L’application
de ce théorème donne l’existence et l’unicité d’une solution de (3.3.27).
Comme u ∈ H 2 (]0, 1[), en appliquant la formule d’intégration par partie à u0 et v (corollaire 3.16),
on a Z Z 1 1
0 0
1
∀v ∈ H (]0, 1[), uv =− u00 v + u0 (1)v(1) − u0 (0)v(0).
0 0
27
Donc en revenant à (3.3.31)
Z 1 Z 1 Z 1
1 00 1 0 0
∀v ∈ H (]0, 1[), − u v+ uv + u (1)v(1) − u (0)v(0) = fv
0 2 0 0
ou encore Z 1
1
1
∀v ∈ H (]0, 1[), (−u00 + u − f )v + u0 (1)v(1) − u0 (0)v(0) = 0. (3.3.32)
0 2
00
Par l’étape (i), on sait que u = 12 u − f dans L2 (]0, 1[) et p.p. L’intégrale dans (3.3.32) est donc
nulle et on a
∀v ∈ H 1 (]0, 1[), u0 (1)v(1) − u0 (0)v(0) = 0. (3.3.33)
En prenant v(x) = x, on en déduit u0 (1) = 0, et en prenant v(x) = 1 − x, on trouve u0 (0) = 0.
Remarque. Comme pour l’exemple 1, on peut montrer que si f ∈ C([0, 1]), la solution de la
formulation variationnelle (3.3.27) vérifie
u ∈ C 2 ([0, 1]) et u00 (x) = 2u(x) − f (x) pour tout .x ∈ [0, 1]. (3.3.34)
Remarques importantes.
(i) Les traitements des conditions aux limites diffèrent dans les deux exemples ci-dessus. Dans
l’exemple 1, les conditions apparaissent dans l’espace de la formulation variationnelle. Ce n’est
pas le cas dans l’exemple 2. Toutefois, pour l’exemple 2, elles ne sont pas perdues pour autant
puisqu’on peut montrer que la solution de la formulation variationnelle est dans H 2 (]0, 1[) et
vérifie les conditions de Neumann homogènes (proposition 3.27). L’information sur les conditions
aux limites est en quelque sorte "cachée" dans la formulation variationnelle.
(ii) Les problèmes aux limites diffèrent entre eux par l’équation et/ou les conditions aux limites.
Chaque problème est spécifique. Le traitement des conditions aux limites est souvent un mélange
des exemples 1 et 2. Il va falloir pratiquer grâce à de nombreux exercices.
(iii) Le choix de l’espace de la formulation variationnelle est délicat. Deux remarques très utiles :
- il ne faut jamais introduire dans cet espace des conditions aux limites qui ne sont pas présentes
dans le problème aux limites à étudier.
- il faut toujours se demander si l’espace qu’on introduit a un sens mathématique. Par exemple
si u ∈ H 1 (]0, 1[), les quantités u0 (0) et u0 (1) n’ont pas de sens. Introduire un espace consistant de
fonctions H 1 (]0, 1[) satisfaisant les conditions de Neumann serait dons absurde. Dans l’exemple 2,
le fait qu’on démontre que u ∈ H 2 (]0, 1[) est essentiel pour obtenir dans une deuxième étape que
u0 (0) = u0 (1) = 0.
28
Chapitre 4
La topologie faible est un outil fondamental pour l’étude des équations aux dérivées partielles
non linéaires.
Elle n’est pas nécessaire pour les problèmes aux limites du type de ceux que nous venons
d’étudier dans le chapitre précédent. Je vais toutefois motiver son introduction en commençant
une démonstration du théorème de Lax-Milgram par la méthode de Galerkin (section 4.1). Cette
méthode est très importante dans le domaine des équations aux dérivées partielles non linéaires,
stationnaires ou d’évolution ; l’étude des formulations variationnelles linéaires faite ici permet
d’appréhender plusieurs aspects de la méthode. Nous verrons que la démonstration repose sur des
arguments de compacité. La topologie faible permet en effet d’avoir des résultats de compacité
dans des espaces de dimension infinie. Elle sera aussi utilisée dans le chapitre suivant consacré à
l’optimisation (théorème 5.5).
La topologie faible est présentée dans la section 4.2 dans le cas des espaces de Hilbert. Ce cas,
très important dans les applications, permet aussi des démonstrations assez élémentaires.
Puis dans la section 4.3 on conclura la démonstration du théorème de Lax-Milgram.
Enfin la dernière section 4.4 présente des résultats concernant les espaces de Banach.
29
a une unique solution. Cette méthode consiste à introduire un problème en dimension finie et à
passer ensuite à la limite au sens de la topologie faible.
∃ ξj , 1 ≤ j ≤ m, um = m
P
j=1 ξj ej
⇔ Pm
j=1 a(e , e
j i j)ξ = L(ei ), ∀ i = 1, ..., m.
Soit A la matrice carrée d’ordre m de terme général aij = a(ej , ei ). Le système linéaire ci-dessus
a pour matrice A. Le système linéaire (et donc le problème (Pm )) a une unique solution si et
seulement si A est inversible. Pour prouver que A est inversible, il suffit de démontrer que Aξ =
0 ⇒ ξ = 0. !
m
X Xm
Aξ = 0 ⇔ ∀i, a(ej , ei )ξj = 0 ⇔ ∀i, a ξj ej , ei = 0.
j=1 j=1
Ceci entraîne : !
m
X m
X
a ξj ej , ξj ej = 0.
j=1 j=1
d’où m
X
ξj ej = 0 ⇒ ∀ j, ξj = 0.
j=1
30
On a donc Aξ = 0 ⇒ ξ = 0 et A est inversible.
a(um , um ) = L(um ).
(Dans un espace vectoriel normé, les propriétés ci-dessus sont satisfaites par d(u, v) = ku − vk).
On dit qu’une suite (un )n d’un espace métrique (K, d) converge vers a si d(un , a) → 0 quand
n → +∞. Les résultats du I sur la compacité s’étendent alors de façon immédiate.
31
vectoriel de dimension finie (exercice). On va donc chercher une autre topologie qui va faire des
boules fermées, des ensembles compacts.
Définition 4.2 Soit (un )n une suite de H. On dit que un tend vers u ∈ H au sens de la topologie
faible si
∀L ∈ H 0 , L(un ) → L(u) quand n → +∞.
On note un * u quand n → +∞. Si une telle limite faible u existe, alors elle est uniquement
définie.
Justification de la définition 4.2. Il faut montrer que si une limite faible existe alors elle est unique.
Supposons que un * u quand n → +∞ et un * v quand n → +∞. Pour tout f ∈ H, l’application
w → (w, f ) étant un élément de H 0 , on a nécessairement (un , f ) → (u, f ) quand n → +∞ et
(un , f ) → (v, f ) quand n → +∞. Par unicité de la limite (dans R), ∀f ∈ H, (u, f ) = (v, f ), ou
(u − v, f ) = 0. Pour f = u − v cela donne ku − vk2 = 0 et donc u = v.
On a dorénavant deux notions de convergence des suites :
un → u quand n → +∞ si kun − uk → 0 quand n → +∞ ; on dit qu’il y a convergence forte
ou que la suite converge fortement
un * u quand n → +∞ ; on dit qu’il y a convergence faible ou que la suite converge
faiblement.
Les deux notions de convergence coïncident dans les espaces de dimension finie (exercice).
La convergence forte entraîne la convergence faible comme énoncé dans la proposition suivante,
qui donne d’autres premières propriétés.
Démonstration.
(i) Continuité de L ∈ H 0
(ii) Conséquence du théorème de Riesz (théorème 1.9).
(iii) Admis
(iv) On a les majorations suivantes :
|Ln (un ) − L(u)| ≤ |(Ln − L)(un ) + L(un − u)| ≤ kLn − LkH 0 kun k + |L(un − u)|
32
Chacun des deux termes à droite de l’inégalité tend vers 0 quand n → +∞, d’où le résultat.
Une propriété dans H 1 (I). Soit (un )n une suite de H 1 (I) convergeant faiblement vers u ∈ H 1 (I)
(I est un intervalle de R). Alors ∀α ∈ I¯ on a un (α) → u(α) quand n → +∞.
La proposition suivante donne des critères pour démontrer qu’une suite est faiblement convergente.
Démonstration.
Les deux implications ⇒ sont évidentes. Montrons les réciproques.
(i) Par hypothèse, il existe une constante R > 0 telle que, ∀n, kun k ≤ R et kuk ≤ R. Soit v ∈ H.
Par densité de F dans H, pour tout > 0, il existe f ∈ F tel que kv − f k ≤ . Alors
pour n assez grand. On a donc bien (un , f ) → (u, f ) quand n → +∞, et la convergence faible de
(un )n .
(ii) Soit F l’espace vectoriel engendré par les (ep ) (voir (1.3.1)). Clairement, ∀f ∈ F , on a (un , f ) →
(u, f ) quand n → +∞. L’argument du (i) montre que ∀f ∈ F̄ , on a (un , f ) → (u, f ) quand n →
+∞. Comme F̄ = H, cela prouve la convergence faible de (un )n .
Suites bornées
Le résultat suivant est fondamental.
Théorème 4.5 Soit (un )n une suite bornée de H. Alors on peut en extraire une sous-suite conver-
geante au sens de la topologie faible.
Démonstration.
Pour démontrer ce résultat on va décomposer sur une base hilbertienne et travailler avec les
coefficients. Comme H n’est pas supposé séparable, on introduit d’abord un espace séparable bien
choisi M . Pour cela soit F l’espace vectoriel engendré par les un . On pose M = F̄ . L’espace M
est séparable et possède une base hilbertienne (ep )p .
On travaille d’abord avec le premier coefficient (un , e1 ). La suite ((un , e1 ))n est bornée dans R,.
On peut donc extraire une sous-suite (uϕ1 (n) )n telle que (uϕ1 (n) , e1 ) soit convergeante.
On considère ensuite le second coefficient pour la suite qui vient d’être extraite. La suite (uϕ1 (n) , e2 )
est bornée dans R. On peut donc extraire une sous-suite (uϕ1 ◦ϕ2 (n) )n telle que (uϕ1 ◦ϕ2 (n) , e2 ) conver-
geante. On note que, pour cette suite extraite, on a aussi (uϕ1 ◦ϕ2 (n) , e1 ) convergeante.
On procède ensuite de proche en proche par récurrence. A l’étape k, on extrait une suite (uϕ1 ◦...◦ϕk (n) )n
telle que (uϕ1 ◦...◦ϕk (n) , ek ) est convergeante. La construction fait que (uϕ1 ◦...◦ϕk (n) , el ) converge pour
l < k.
33
On considère alors la "suite diagonale" (wl )l avec wl = uϕ1 ◦...◦ϕl (l) . Par construction, ∀k ≥ 1, la
suite (wl , ek )l a une limite ak quand l → +∞.
On va montrer que les ak sont les coefficients de Fourier d’un élément de M . On a
N
X N
X
2
|ak | = lim (wl , ek )2 .
l→+∞
k=1 k=1
Or ∀k
N
X
(wl , ek )2 ≤ kwl k2 ≤ R2
k=1
où ∀n, kun k ≤ R (la suite (un )n est supposée bornée). Donc
N
X
|ak |2 ≤ R2
k=1
P∞ 2
ce qui entraîne que la série k=1 |ak | converge. Grâce au théorème 1.11, on peut donc définir
∞
X
a= ak e k .
k=1
On a a ∈ M et (a, ek ) = ak .
On a donc ∀k, (wl , ek ) → (a, ek ) quand l → +∞. Par la proposition 4.4, on en déduit que
∀f ∈ M, (wl , f ) → (a, f ) quand l → +∞.
Comme H = M ⊕ M ⊥ (corollaire 1.8) on conclut que ∀f ∈ H, (wl , f ) → (a, f ) quand l → +∞
(à expliciter), ce qui entraîne la convergence faible de (wl )l vers a.
Théorème 4.6 Soit H un espace de Hilbert séparable. Alors, ∀R > 0, la boule fermée
B(0, R) = {u ∈ H, kuk ≤ R}
munie de la topologie faible, est un espace métrique compact.
Par le théorème 4.5, de toute suite de B(0, R) on peut extraire une sous-suite faiblement conver-
gente. Dans un espace métrique. cette propriété peut être une définition de la compacité. Mais
la topologie faible n’est pas une topologie d’espace métrique. Toutefois si H est séparable on
peut montrer que la topologie faible restreinte aux boules peut être associée à une distance, d’où
l’énoncé du théorème 4.6. Ceci dépasse le cadre de ce cours.
Applications linéaires
Une application linéaire continue entre deux espaces de Hilbert reste continue quand on munit
ceux-ci de leurs topologies faibles respectives, comme énoncé dans la proposition suivante.
Proposition 4.7 Soient H1 , H2 deux espaces de Hilbert. Soit T une application linéaire et conti-
nue de H1 dans H2 . Alors si un * u quand n → +∞ dans H1 faible, on a T (un ) * T (u) quand
n → +∞ dans H2 faible.
Démonstration. Soit L ∈ H20 . On a L(T (un )) = (L ◦ T )(un ) → (L ◦ T )(u) = L(T (u)) quand n → ∞
car L ◦ T ∈ H10 .
34
Topologie faible et opérateurs compacts
Soient E, F deux espaces de Banach. On note BE = boule unité fermée de E = {u ∈ E, kuk ≤ 1}.
Définition 4.8 On dit qu’un opérateur T ∈ LC(E, F ) (application linéaire continue de E dans
F ) est compact si l’ensemble T (BE ) est relativement compact dans F , c’est-à-dire si
Démonstration. Cela résulte facilement de (T1 + T2 )(BE ) ⊂ T1 (BE ) + T2 (BE ) ⊂ T1 (BE ) + T2 (BE ).
Une opérateur compact entre deux espaces de Hilbert transforme une suite faiblement convergente
en une suite fortement convergeante, comme énoncé dans la proposition suivante. C’est un résultat
fondamental.
Démonstration. On commence par remarquer qu’il y a convergence faible de la suite (T (un ))n . En
effet, par la proposition 4.7, on a T (un ) * T (u) quand n → +∞ dans H2 faible.
Comme la suite (un )n est faiblement convergeante, elle est bornée : ∃R > 0, ∀n, kun k ≤ R. On
a donc T (un ) ∈ T (B(0, R)) compact de H2 (comme T est compact).
On va montrer que la suite (T (un ))n admet une unique valeur d’adhérence. Soit l valeur
d’adhérence de T (un ). Il existe une sous-suite telle que T (uϕ(n) ) → l quand n → +∞ fort. Alors
T (uϕ(n) ) → l quand n → +∞ faible. Mais, T (uϕ(n) ) * T (u) faiblement quand n → +∞. Par
unicité de la limite faible, on a l = T (u).
La suite (T (un ))n appartient à un compact et admet T (u) comme unique valeur d’adhérence
donc T (un ) → T (u) fortement quand n → +∞.
Exemple fondamental
Théorème 4.11 (théorème de Rellich) Si I est borné, l’injection de H 1 (I) dans L2 (I) est com-
pacte.
Conséquence. Soit (un )n une suite bornée de H 1 (I) où I est un intervalle borné. Alors il existe
une sous-suite uϕ(n) et u ∈ H 1 (I) tels que, quand n → +∞,
— uϕ(n) * u dans H 1 (I) faible
— uϕ(n) → u dans L2 (I) fort.
35
4.3 Retour à la démonstration du théorème de Lax-Milgram
Etape 3 : Extraction d’une sous-suite convergeante et passage à la limite
On rappelle que um est l’unique solution du problème (Pm ) (étape 1). Puis dans l’étape 2 on a
montré qu’il existe R > 0 tel que ∀m, kum k ≤ R (voir (4.1.1)).
Par le théorème 4.4, on peut donc extraire une sous-suite (uϕ(m) )m telle qu’il existe u ∈ H et
uϕ(m) * u quand m → +∞ dans H faible (l’application ϕ : N → N est strictement croissante).
Montrons que u est solution de (P ). La formulation variationnelle de uϕ(m) s’écrit
∀v ∈ H, a(u, v) = L(v)
∀v ∈ H, a(u1 − u2 , v) = 0 (4.3.4)
36
Comme αku1 − u2 k2 ≥ 0, on en déduit αku1 − u2 k2 = 0 et u1 = u2 .
Convergence forte
On va montrer que la suite entière des approximations de Galerkin (um )m converge fortement vers
l’unique solution de (P ). Ce résultat est important du point de vue de l’approximation numérique
car la méthode de Galerkin où on introduit un problème en dimension finie est à la base de
nombreuses méthodes numériques, en particulier de la méthode des éléments finis.
Il est rare qu’on puisse démontrer ainsi la convergence forte. C’est dû à des propriétés très
particulières. Il est impossible de démontrer directement que kum − uk → 0 quand m → +∞. On
va passer à la limite dans une quantité étroitement liée aux formulations variationnelles (qui est
a(u − um , u − um )).
Proposition 4.12 Sous les hypothèses du théorème de Lax-Milgram (avec H séparable), on a
um → u quand m → +∞ dans H fort.
Démonstration.
(i) On commence par remarquer que la suite (um )m toute entière converge faiblement vers u quand
m → +∞.
En effet, la suite (um )m est bornée donc appartient à un compact pour la topologie faible.
Montrons qu’elle admet une unique valeur d’adhérence. Soit l une valeur d’adhérence. Il existe
une sous-suite (uψ(m) )m telle que uψ(m) * l quand m → +∞ dans H faible. Exactement comme
ci-dessus pour la suite (uϕ(m) )m , on montre que l est solution de (P ). Dans l’étape 4 on a prouvé
que (P ) possède une unique solution u. On a donc l = u.
La suite (um )m étant dans un compact et ayant une unique valeur d’adhérence u (pour la
topologie faible), on a que um * u dans H faible quand m → +∞.
(ii) Il reste à montrer la convergence forte. On a
a(u, v) = L(v), ∀v ∈ H (4.3.5)
a(um , v) = L(v), ∀v ∈ Hm . (4.3.6)
Attention : les espaces pour les deux formulations variationnelles sont différents. Mais
on peut prendre v ∈ Hm pour (4.3.5) et (4.3.6). En soustrayant les relations on trouve que
∀v ∈ Hm , a(u − um , v) = 0 (4.3.7)
C’est la propriété qui va permettre de conclure. On a
a(u − um , u − um ) = a(u − um , u) − a(u − um , um )
En prenant v = um dans (4.3.7), on a a(u − um , um ) = 0 et donc :
a(u − um , u − um ) = a(u − um , u) (4.3.8)
Comme l’application w → a(w, u) est linéaire continue et que um − u * 0 dans H faible quand
m → +∞, on conclut que
a(u − um , u − um ) = a(u − um , u) → 0 quand m → +∞.
Donc, comme αku − um k2 ≤ a(u − um , u − um ), um → u quand m → +∞ dans H fort.
Remarque. La simplification dans (4.3.8) est essentielle. On ne peut pas passer à la limite par
convergence faible dans le terme a(um , um ).
La proposition 4.12 donne un résultat de convergence. L’étape suivante serait d’obtenir des
estimations d’erreur. Là aussi (4.3.7) joue un rôle fondamental.
37
4.4 Topologie faible dans les espaces de Banach
Soit E un espace de Banach (c’est-à-dire espace vectoriel normé complet) de norme k.k. Le dual
E 0 muni de la norme :
|L(v)|
kLkE 0 = sup
v6=0 kvk
Définition 4.13 Soit (un )n une suite de E. On dit que un tend vers u ∈ E au sens de la topologie
faible si
∀L ∈ E 0 , L(un ) → L(u) quand n → +∞.
On note un * u quand n → +∞. Si une telle limite faible u existe, alors elle est uniquement
définie.
Proposition 4.15 Soient E, F deux espaces de Banach. Soit T une application linéaire et conti-
nue de E dans F . Alors si un * u quand n → +∞ dans E faible, on a T (un ) * T (u) quand
n → +∞ dans F faible.
Suites bornées
L’espace E 0 admet lui-aussi un dual noté E 00 et appelé bidual de E. On a une injection J : E → E 00
définie comme suit. Soit u ∈ E fixé ; alors l’application L 7→< L, u > de E 0 dans R est une forme
linéaire continue sur E 0 c’est-à-dire un élément de E 00 .
Définition 4.17 Soit E un espace de Banach. On dit que E est réflexif si J(E) = E 00 .
Définition 4.18 Soit E un espace de Banach. On dit que E est séparable s’il existe un sous-
ensemble D ⊂ E dénombrable et dense.
38
Théorème 4.19 Soit E un espace de Banach séparable et réflexif. Soit (un )n une suite bornée de
E. Alors on peut en extraire une sous-suite convergeante au sens de la topologie faible.
Pour tout R > 0, la boule fermée
B(0, R) = {u ∈ H, kuk ≤ R}
Exemple
Pour 1 < p < ∞, le théorème 4.19 s’applique à Lp (Ω). Soit ũn une suite bornée de Lp (Ω) ; alors il
existe une sous-suite ũϕ(n) et ũ ∈ Lp (Ω) telles que, quand n → +∞ :
Z Z
˜ p0
∀ f ∈ L (Ω), uϕ(n) f → uf
Ω Ω
Définition 4.21 Soit (Ln )n une suite de E 0 . On dit que Ln tend vers L ∈ E 0 au sens de la
topologie faible ∗ si
∀ u ∈ E, Ln (u) → L(u) quand n → +∞.
Si une telle limite faible ∗ existe, alors elle est uniquement définie.
Théorème 4.22 Soit E un espace de Banach séparable et (Ln )n une suite bornée de E 0 . Alors
on peut en extraire une sous-suite convergeante au sens de la topologie faible ∗.
Comme L1 (Ω) est séparable, le théorème 4.22 s’applique à L∞ (Ω). Soit ũn une suite bornée de
L∞ (Ω) ; alors il existe une sous-suite ũϕ(n) et ũ ∈ L∞ (Ω) telles que
Z Z
∀ f˜ ∈ L (Ω),
1
uϕ(n) f → uf
Ω Ω
quand n → +∞.
39
Chapitre 5
On dit qu’une application J définie sur un ensemble convexe non vide K et à valeurs dans R est
convexe sur K si
On dit qu’une application J définie sur un ensemble convexe non vide K et à valeurs dans R est
strictement convexe sur K si
Exemple.
Proposition 5.1 Soit g une fonction continue de R dans R. Alors, pour tout v ∈ H 1 (]a, b[), où
a et b sont deux réels tels que a < b, on peut définir
Z b
J(v) = g(v(x))dx. (5.1.3)
a
Si de plus g est convexe sur R, alors J est convexe sur H 1 (]a, b[).
Démonstration. Si v ∈ H 1 (]a, b[), alors v est continue sur [a, b]. Comme g est continue, g ◦ v est
aussi continue sur [a, b] et l’intégrale dans (5.1.3) est bien définie.
Supposons maintenant g convexe. Soient (u, v) ∈ H 1 (]0, 1[)2 et t ∈ [0, 1]. Alors
Z b
J(tu + (1 − t)v) = g(tu(x) + (1 − t)v(x))dx. (5.1.4)
a
40
Par convexité de g, pour tout x ∈ [a, b] :
d’où la convexité de J.
Remarque. Dans (5.1.3), l’argument de J est une fonction. On donne donc le nom de fonctionnelle
à J (et non de fonction définie sur un espace de fonctions...)
On étudie des propriétés de la topologie faible qui concernent les ensembles et les fonctions
convexes. Elles joueront un rôle essentiel pour établir l’existence de minimum globaux.
Ensemble convexes
Soit H un espace de Hilbert et un ensemble fermé F ⊂ H non vide (pour la topologie forte
associée à la norme). Par définition d’un ensemble fermé, si (un )n est une suite d’éléments de F
convergeant dans H fort, sa limite appartient à F . Si la suite n’est que faiblement convergente, la
limite ne sera pas dans F a priori. Toutefois cette propriété est satisfaite si F est de plus convexe.
Théorème 5.2 Soit H un espace de Hilbert et K ⊂ H un ensemble convexe fermé non vide. Soit
un ∈ K telle que ∃u ∈ H, un * u dans H faible quand n → +∞. Alors u ∈ K.
Démonstration. On raisonne par l’absurde et on suppose que u ∈/ K. Le résultat est une consé-
quence du lemme suivant qui est un lemme de séparation, par un hyperplan entre un point et un
ensemble convexe fermé non vide.
Lemme 5.3 Soit H un espace de Hilbert. Soient K ⊂ H un ensemble convexe fermé non vide et
/ K. Alors il existe L ∈ H 0 et un réel α tels que
soit u ∈
Supposons le lemme démontré. Pour la forme linéaire continue donnée par le lemme 5.3, comme
un ∈ K, on a
∀n, L(u) < α < L(un )
ce qui est en contradiction avec L(u) = limn→+∞ L(un ) comme un * u dans H faible.
Il reste à démontrer le lemme 5.3. Comme K est convexe fermé non vide on dispose de la projection
sur K, PK , donnée par le théorème 1.5. Par le théorème 1.6, on sait que
Considérons
T (v) = (PK (u) − u, v − u)
41
convient. En effet T (u) = 0. Ensuite, pour tout v ∈ K
et grâce à (5.1.6)
T (v) ≥ kPK (u) − uk2 .
kPK (u)−uk2
Ainsi L(v) = (PK (u) − u, v) convient pour obtenir (5.1.5) avec α = 2
+ (PK (u) − u, u).
Fonctions convexes
Pour énoncer le résultat relatif aux fonctions convexes et à la topologie faible, nous avons besoin
de la notion de limite inférieure d’une suite de réels.
lim sup xn = lim sup Xn = inf sup xk , lim inf xn = lim inf Xn = sup inf xk .
n n→+∞ n n k≥n n n→+∞ n n k≥n
42
Soit H un espace de Hilbert et J une fonction continue de H dans R. Par définition de la continuité,
si un → u quand n → +∞ dans H (fort), on a J(un ) → J(u) quand n → +∞. La question est :
que peut-on dire si on a seulement un * u quand n → +∞ dans H faible ? On a une réponse
partielle si J est convexe.
Théorème 5.4 Soit H un espace de Hilbert et J : H → R une fonction convexe continue (pour
la topologie usuelle associée à la norme). Si un * u quand n → +∞ dans H faible, on a
Démonstration. Soit
λ < J(u) (5.1.7)
fixé quelconque. Montrons que
Si l’assertion (5.1.8) est fausse, il existe une suite extraite (uϕ(n) )n telle que, pour tout n, J(uϕ(n) ) ≤
λ. Ou encore :
∀n ≥ n0 , uϕ(n) ∈ {v ∈ H, J(v) ≤ λ} = K. (5.1.9)
Comme J est convexe et continue, l’ensemble K est convexe fermé. Par le théorème 5.2, comme
uϕ(n) * u quand n → +∞ dans H faible, on a u ∈ K, c’est-à-dire J(u) ≤ λ ce qui est en
contradiction avec (5.1.7) et prouve (5.1.8).
Soit maintenant µ une valeur d’adhérence de la suite (J(un ))n . Par définition, il existe une suite
extraite (J(uψ(n) ))n telle que J(uψ(n) ) → µ quand n → +∞. La propriété (5.1.8) garantit que
En prenant la limite quand n → +∞ dans (5.1.10), on trouve que λ ≤ µ. Comme cette propriété
est satisfaite pour toute valeur d’adhérence de (J(un ))n , on a que λ ≤ lim inf n J(un ).
En conclusion, on a montré que, pour tout λ < J(u), on a λ ≤ lim inf n J(un ). En prenant la limite
λ → J(u), ceci entraîne que J(u) ≤ lim inf n J(un ).
Théorème 5.5 Soit K un ensemble convexe fermé non vide d’un espace de Hilbert H et J une
fonctionnelle convexe continue de K dans R. On suppose de plus :
− soit K est borne
(5.1.11)
− soit K est non borne et limkvk→+∞, v∈K J(v) = +∞
Alors, J admet un minimum global sur K en (au moins) un point. Si on suppose de plus J
strictement convexe, alors il existe un unique point de minimum global de J sur K.
43
Démonstration. Sous les hypothèses de ce théorème, la fonctionnelle J n’est a priori pas minorée
sur K de sorte que
inf J(v) ∈ R ∪ {−∞}.
v∈K
0n introduit une suite minimisante, c’est-à-dire une suite (un )n d’éléments de K telle que
La suite (un )n est bornée. En effet soit K est borné et c’est évident. Soit K est non borné et J est
∞ à l’∞. Dans ce second cas, fixons u0 ∈ K. Comme limkvk→+∞, v∈K J(v) = +∞, il existe R > 0
tel que
∀v ∈ K tels que kvk > R, on a J(v) > J(u0 ) + 1.
Alors (5.1.12) entraîne que kun k ≤ R pour n assez grand.
La suite (un )n est bornée dans H qui est un espace de Hilbert. Elle possède donc une sous-suite
faiblement convergente : il existe (uϕ(n) )n et u ∈ H tels que uϕ(n) * u quand n → +∞ dans H
faible.
Montrons que la limite faible u est un point de minimum global de J sur K. Comme K est convexe
fermé, on a
u ∈ K. (5.1.13)
Ensuite, J étant convexe continue, on a que :
Or par (5.1.12), la suite toute entière (J(un ))n converge vers inf v∈K J(v). On a donc
La fonctionnelle J est donc minorée sur K. De plus, comme u ∈ K par (5.1.13), la borne inférieure
de J sur K est atteinte en u et J(u) = minv∈K J(v).
Il reste à montrer l’unicité d’un point de minimum global si J est de plus strictement convexe. On
raisonne par l’absurde. Si le minimum de J est atteint en deux points u1 6= u2 , on a u1 +u
2
2
∈ K et
u1 + u2 1 1
J( ) < J(u1 ) + J(u2 ) = min J(v)
2 2 2 v∈K
d’où la contradiction.
44
5.2.1 Différentiation en dimension quelconque.
Définition 5.6 Soit J : E → R. On dit que J est différentiable en u ∈ E s’il existe une application
linéaire et continue Lu : E → R telle
|(v)|
∀ v ∈ E, J(u + v) = J(u) + Lu (v) + (v) et lim = 0.
kvk→0 kvk
Exemples.
Toute application linéaire continue L : E → R est différentiable et, en tout point u, DLu = L.
Démonstration. Comme a est continue, il existe une constante M > 0 telle que, ∀(u, v) ∈ E 2 ,
|a(u, v)| ≤ M kukkvk. Soient u, v ∈ E. On a
1 1 1
j(u + v) − j(u) = a(u + v, u + v) − a(u, u) = a(u, v) + a(v, v)
2 2 | {z } |2 {z }
lineaire continu
reste : ε(v)
et
|ε(v)| |a(v, v)| M
= ≤ kvk → 0 quand v → 0
kvk 2kvk 2
Proposition 5.8 Soit g une fonction de R dans R de classe C 2 . Soit la fonctionnelle J définie
sur H 1 (]a, b[), où ]a, b[ est un intervalle borné, par
Z b
J(v) = g(v(x))dx.
a
45
Démonstration. Soit u ∈ H 1 (]a, b[) et v ∈ H 1 (]a, b[). On a
Z b
J(u + v) = g(u(x) + v(x))dx.
a
Pour tout x ∈ [a, b], par la formule de Taylor-Lagrange à l’ordre deux, il existe θ(x) ∈ ]0, 1[ qui
dépend de u(x) et v(x), tel que
1
g(u(x) + v(x)) = g(u(x)) + g 0 (u(x))v(x) + g 00 (u(x) + θ(x)v(x))v(x)2 .
2
En intégrant sur [a, b], il en résulte
Z b Z b
0 1
J(u + v) = J(u) + g (u(x))v(x)dx + g 00 (u(x) + θ(x)v(x))v(x)2 dx.
a 2 a
b
Comme g 0 ◦ u est bornée sur [a, b], l’application v → a g 0 (u(x))v(x)dx est linéaire et continue de
R
1 b 00
Z
(v) = g (u(x) + θ(x)v(x))v(x)2 dx. (5.2.15)
2 a
On veut montrer que
|(v)|
lim = 0. (5.2.16)
kvkH 1 (]a,b[) →0 kvkH 1 (]a,b[)
On peut supposer kvkH 1 (]a,b[) ≤ R où R > 0 est un réel quelconque fixé. Alors par l’injection
de Sobolev H 1 (]a, b[) ,→ L∞ (]a, b[), il existe une constante c1 > 0 telle que pour tout v tel que
kvkH 1 (]0,1[) ≤ R, on a
kvk∞ ≤ c1 kvkH 1 ≤ c1 R
et comme 0 ≤ θ(x) ≤ 1
En revenant à (5.2.15) on en déduit que, pour tout v tel que kvkH 1 (]0,1[) ≤ R :
Z b
1 00 1
|(v)| ≤ max |g (s)| v(x)2 dx ≤ max |g 00 | kvk2H 1 (]a,b[) , (5.2.17)
2 |s|≤β a 2 [−β,β]
ce qui entraîne (5.2.16).
Il existe des critères pour étudier si une fonctionnelle J différentiable est convexe ou strictement
convexe. Ils sont généralement plus faciles à utiliser que les définitions (5.1.1) et (5.1.2).
46
Pour E = R, la propriété (i) signifie que la courbe est au-dessus de la tangente. La propriété (ii)
est équivalente à la croissance de la fonction dérivée.
Pour E = R, la propriété (i) signifie que la courbe est "strictement" au-dessus de la tangente. La
propriété (ii) est équivalente à la croissance stricte de la fonction dérivée.
On réfère à Ciarlet [3] et Faurre [5], pour les démonstrations de ces deux propositions.
Exemple.
Démonstration. Par la proposition 5.7, j est différentiable en tout point u et Dju (h) = a(u, h).
Ensuite
(Dju − Djv )(u − v) = a(u − v, u − v) ≥ αku − vk2
d’où les résultats en appliquant la proposition 5.9 (ii) et la proposition 5.10 (ii).
47
Démonstration. La partie condition nécessaire ne nécessite pas que J soit convexe, seulement
l’ensemble K. Soit u solution de (5.2.18). Soit v ∈ K. Comme K est convexe, pour t ∈]0, 1], on a
u + t(v − u) ∈ K et donc
J(u + t(v − u)) − J(u)
≥0 (5.2.20)
t
Par définition de la différentiabilité :
|(t(v − u))|
J(u + t(v − u)) − J(u) = tDJu (v − u) + (t(v − u)) avec lim =0
t→0 t
d’où
J(u + t(v − u)) − J(u)
→ DJu (v − u) quand t → 0,
t
et DJu (v − u) ≥ 0 grâce à (5.2.20).
Réciproquement supposons que u vérifie (5.2.19). Comme J est convexe, par la proposition 5.9
(i), on a :
∀ v ∈ K, J(v) ≥ J(u) + DJu (v − u)
d’où J(v) ≥ J(u) grâce à (5.2.19).
Cas particuliers importants
Les conditions (5.2.19) peuvent être simplifiées pour des ensembles plus particuliers. Les arguments
permettant ces simplifications sont importants par eux-mêmes.
∀v ∈ C, DJu (v − u) ≥ 0. (5.2.21)
48
J : E → R est une fonctionnelle convexe différentiable.
Démonstration. Un sous-espace vectoriel fermé est un cône convexe fermé de sommet 0, donc le
résultat précédent s’applique. On sait que u ∈ M est un point de minimum si et seulement si
∀v ∈ M, DJu (v) ≥ 0 et DJu (u) = 0. Comme −v ∈ M , on a DJu (−v) ≥ 0, d’où DJu (v) = 0.
Dans le cas particulier où K est un sous-espace vectoriel fermé M de H, u est caractérisé par
u ∈ M,
(5.2.24)
∀ v ∈ M, a(u, v) = L(v).
Démonstration. Par la proposition 5.11, J est strictement convexe, et J est continue. L’ensemble
K est convexe, fermé, non vide. Soit K est borné. Soit K est non borné. Alors, en notant α une
constante de coercivité de a, on a que
α
J(v) ≥ kvk2 − kLkH 0 kvk.
2
D’où limkvkH 1 →+∞ J(v) = +∞ dans H et a fortiori sur K. Le théorème 5.5 peut être appliqué et
fournit l’existence et l’unicité d’un point de minimum global de J sur K.
Par la proposition 5.7, J est différentiable et DJu (v) = a(u, v) − L(v). Par le théorème 5.13, u est
point de minimum global sur K si et seulement si u satisfait (5.2.22). Ces conditions se simplifient
en (5.2.23) ou (5.2.24), pour des ensembles K particuliers comme décrit après le théorème 5.13.
49
Bibliographie
50