Machine asynchrone
Pr BERKOUK EL MADJID
Machine asynchrone
I. Introduction
La machine asynchrone (MAS), appelée aussi machine d’induction,
fait appel à un principe simple de champs tournant qui lui permet un
fonctionnement sans contacts électriques glissants. Ceci conduit à
une machine très robuste, à l’entretien aisé, qui convient aujourd’hui
très bien dans les applications en vitesse variable.
II. Champ tournant sinusoïdal
Pour les besoins de la définition d’un champ tournant sinusoïdal, on
crée une machine à induction élémentaire. Ceci permettra
d’introduire les propriétés de ce champ, d’en proposer une réalisation
technologique pour présenter deux applications essentielles en
électrotechnique.
II.1. Machine à induction élémentaire
On réalise une machine composée d’un cylindre fixe et creux appelé
stator. Sur le même axe, un cylindre libre en rotation, le rotor, est
couplé à la charge mécanique à entraîner. Ces deux ensembles sont
séparés par un entrefer (Figure 1).
Circuit magnétique statorique
Ce circuit magnétique est constitué de tôles empilées de perméabilité très élevée
vis à vis de l’air. Ceci procure des propriétés magnétiques favorisant la circulation
des lignes de champ.
Bobinage statorique
Pour créer le champ d’excitation statorique, des encoches parallèles à l’axe de la
machine sont aménagées dans la partie intérieure pour y loger des bobinages. Ils
sont répartis sur le pourtour du stator pour créer 2p pôles (association magnétique
nord-sud). Un cycle magnétique correspond alors à une fraction de tour du stator
dont l’ouverture angulaire est π2/p. Chaque pôle occupe donc un arc angulaire π/p
(Figure 2).
Rotor
Comme le stator, cette partie magnétique est constituée de tôles empilées
de perméabilité élevée.
Entrefer
Les deux parties précédentes sont séparées par l’entrefer de faible
épaisseur. Il permet le mouvement du rotor par rapport au stator. La
grande perméabilité magnétique des matériaux ferromagnétiques vis à vis
de l’air permet de supposer que toute induction dans l’entrefer est normale
au stator et donc radiale.
II.2. Induction magnétique dans l’entrefer
On s’intéresse maintenant aux grandeurs magnétiques essentielles qui
apparaissent dans la machine. On distingue l’induction magnétique dans
l’entrefer qui est une grandeur vectorielle. L’autre grandeur est le champ
d’excitation, lui aussi vectoriel, et dépendant des courants circulant dans
les conducteurs en vertu du théorème d’Ampère.
II.2.1. Caractérisation du champ d’induction magnétique
Les enroulements statoriques créent un champ d’induction magnétique Br
radial suivant l’axe ur. Cet axe est incliné d’un angle θ variable par rapport à
l’axe fixe de référence xr (Figure 3). On note b(θ) son module.
II.2.2. Répartition spatiale de l’induction
On dit que l’induction dans l’entrefer est à répartition spatiale
sinusoïdale (Figure 4) si son module est une fonction sinusoïdale de
la position θ de la forme :
où p est le nombre de paires de pôles au stator de la machine :
c’est la répétition du cycle
magnétique défini dans la présentation (§II.1, bobinage statorique).
II.2.3. Champ d’induction tournant sinusoïdal
Si le vecteur induction Br tourne à la vitesse constante ω dans
l’entrefer, l’induction dépend à la fois de la position angulaire θ et
du temps t :
On peut aussi écrire b( θ ,t ) sous la forme :
Une telle expression de l’induction caractérise un champ tournant
sinusoïdal : c’est une onde circulaire se propageant à la vitesse Ωs.
On peut représenter l’induction à différents instants (Figure 5) : on
peut imaginer que spatialement l’onde varie suivant l’axe θ .
Champ progressif / champ régressif
Suivant son sens de propagation, on dit du champ qu’il est :
• progressif (ou direct) si la pulsation ω est positive, c'est-à-dire dans le
même sens que θ,
• régressif (ou inverse) si la pulsation ω est négative (sens contraire de θ).
II.3. Réalisation d’un champ tournant
Le champ tournant est réalisé à l’aide des enroulements statoriques. Le but est
de s’approcher au mieux d’une fonction sinusoïdale (continûment variable) en
organisant la distribution discrète des conducteurs dans les encoches.
II.3.1. Évolution de h dans l’entrefer au voisinage d’un conducteur
Comme le précisait la présentation de la machine élémentaire, les parties
magnétiques sont supposées de perméabilité μr très élevée, c’est à dire quasi
infinie.
De plus, la conservativité du flux du vecteur champ d’induction magnétique
permet de la considérer continue au changement de milieu : entre l’entrefer et
le stator et entre l’entrefer et le rotor.
Il en résulte que :
En se référant à la Figure 6, on détermine la circulation C1 du champ
d’excitation sur le parcours
(C1), puis on applique le théorème d’Ampère :
Suivant le signe du courant I, on observe donc une modification du
champ d’excitation au voisinage d’un conducteur :
Conclusion
Le champ d’excitation, et par conséquent le champ magnétique,
demeurent constants en l’absence de courants. Le champ dans
l’entrefer évolue par paliers d’amplitude ±I/e à chaque passage
d’un courant I.
II.3.2. Comportement au voisinage d’un groupe de conducteurs
On réalise maintenant un bobinage diamétral régulier de N spires
réparties sur deux arcs d’ouverture angulaire π/3. Cette configuration
correspond à une seule paire de pôles (Figure 8).
Remarque : cette disposition est justifiée par l’utilisation à terme de
bobinages triphasés pour réaliser le champ tournant ; chaque
enroulement occupe alors un tiers de la périphérie du stator.
On considère donc que h(θ) est maximal pour θ = 0 (Hr suivant xr) et
minimal pour θ = π (Hr suivant -xr).
Le principe est le même : au passage d’un conducteur on observe un
saut de hθ d’amplitude ±I/e. On peut donc tracer l’évolution de h(θ)
représentée à la Figure 9.
II.3.3. Multiplicité des champs d’induction : théorème de Leblanc
L’enroulement est alimenté par un courant sinusoïdal
Expression du champ d’excitation dans l’entrefer
Cette expression montre que h est la superposition de deux
champ tournants (Figure 10) :
Conclusion
Un enroulement unique alimenté par un courant sinusoïdal
crée dans l’entrefer deux champs tournants en sens
opposés à la vitesse de synchronisme Ωs.
Remarque : cette propriété rend particulière la mise en
oeuvre de MAS monophasées car aucun champ tournant
n’est privilégié par le rotor pour sa mise en mouvement.
II.3.4. Réalisation du champ tournant avec un bobinage triphasé
Un enroulement monophasé ne permet pas un champ tournant unique. On a
alors recours à trois enroulements identiques au précédent disposés
régulièrement sur le pourtour du stator : il s’agit de bobinages triphasés.
Pour simplifier, la Figure 11 les représente pour une seule spire.
Champ d’excitation dans l’entrefer
Les trois champs d’excitation ont pour module :
Conclusion : théorème de Ferraris
Trois enroulements constituant p paires de pôles dont les axes sont
déphasés de 2π/3p, alimentés par un réseau triphasé équilibré de
pulsation ω et créant chacun une induction à répartition spatiale
sinusoïdale génèrent un champ tournant de pulsation ωs=Ω/p.
II.4. Application des champs tournants
II.4.1. Action sur une spire en court-circuit
Fonctionnement qualitatif de l’ensemble
Conclusion
Le rotor de cette machine tourne naturellement à une vitesse
légèrement inférieure à celle du synchronisme. C’est pourquoi
on l’appelle machine asynchrone (MAS).
III. Constitution d’une machine asynchrone industrielle
III.1. Le stator
Cette partie fixe (comme son nom l’indique !) de la machine crée le champ
tournant. Elle est organisée en un circuit magnétique circulaire et creux.
Sur la périphérie intérieure des encoches sont aménagées pour recevoir
les enroulements du bobinage. Aucun élément n’est saillant, les pôles
sont lisses.
Son alimentation peut être effectuée directement par le réseau industriel
triphasé ou par le biais d’un convertisseur d’énergie adapté pour
permettre une variation de vitesse.
Les enroulements statoriques sont libres de couplage (Figure 14). Chacune
est accessible par ses deux bornes de connexion.
La disposition physique en deux rangées de trois bornes permet
d’effectuer de manière aisée le couplage des enroulements :
interconnexion de X, Y et Z et alimentation par U, V et W en étoile
(Figure 15) ou interconnexion et alimentation par les liaisons U-Z, V-X
et W-Y pour le couplage triangle (Figure 16).
C’est aussi ce repérage qui est noté sur le symbole de la machine
(Figure 17).
III.2. L’entrefer
Cette partie amagnétique (c’est de l’air !) est d’épaisseur la plus faible
possible (de l’ordre du millimètre). Cette caractéristique appelle
plusieurs remarques :
• l’épaisseur réduite rend la taille de l’entrefer sensible aux variations
dues aux encoches statoriques. Ceci crée des harmoniques dites
d’encoches. Pour les réduire, les encoches sont fermées par des
cales magnétiques qui maintiennent le bobinage.
• sur les machines volumineuses, une si faible épaisseur impose peu de
fléchissement de la partie centrale. Il doit en être tenu compte dans le
dimensionnement mécanique.
III.3. Le rotor
C’est par le rotor, la partie mobile, que la machine asynchrone se
distingue de l’autre machine triphasée, la machine synchrone.
De manière générale, le rotor est le siège de grandeurs
électromagnétiques variables. Pour limiter les pertes, le circuit
magnétique sera donc feuilleté.
Les enroulements rotoriques sont toujours en court-circuit. Les
différentes propriétés du circuit électrique seront développées
dans la partie relative à la modélisation de la MAS. Mais d’ores
et déjà, suivant les caractéristiques électromécaniques que
l’on souhaite obtenir, on développe des rotors à cage ou
III.3.1. Rotor de machine asynchrone à cage
La partie électrique du rotor est constituée de barres conductrices en
cuivre placées dans les encoches rotoriques. Elle sont mises en court
circuit permanent par deux anneaux de court-circuit sertis de part et
d’autre du rotor (Figure 18).
Un autre procédé de fabrication consiste à mouler le circuit électrique
rotorique en coulant de l’aluminium dans les encoches fermées
aménagées dans le circuit magnétique. L’intérêt essentiel de ce
procédé est la grande robustesse du rotor, une fabrication aisée et un
faible coût de réalisation pour des machines sans pratiquement aucun
entretien. De plus, pour éviter les harmoniques d’encoches rotoriques,
les conducteurs sont inclinés par rapport à l’axe du rotor (Figure 19).
III.3.2. Machine asynchrone à rotor bobiné (ou à bagues)
Le rotor est bobiné de manière à obtenir aussi p paires de pôles.
Mais à la différence du rotor à cage, il est facile de choisir un
nombre de spires par enroulement différent (Figure 21)
Le rotor est mis en court-circuit par l’extérieur au travers de trois
bornes liées électriquement par des contacts glissants appelés
bagues réalisées en laiton sur lesquelles s’appliquent des
balais de graphite.
Les trois enroulements rotoriques sont couplés en étoile à
l’intérieur de la machine (Figure 22).
IV. Schéma électrique équivalent
Pour établir un schéma électrocinétique équivalent des
enroulements statoriques et rotoriques, il faut se baser sur les
lois de base de l’électromagnétisme. On utilise les symétries des
enroulements et du réseau d’alimentation triphasé pour ne
s’intéresser qu’à un modèle équivalent monophasé ramené à
une seule phase de la machine.
Sur cette base, l’écriture du comportement de la machine tant sur le
plan électrique qu’électromécanique est possible.
On s’appuiera sur une MAS qui possède p paires de pôles.
IV.1. Rapport de transformation en tension
IV.1.1. Tension induite au stator par le champ tournant
L’entrefer de la MAS est le siège d’une induction tournante sinusoïdale :
Pour atténuer le développement des calculs, on suppose que
l’enroulement comporte NS spires ponctuelles (Figure 1). D’autre part,
cette figure représente la MAS avec une seule paire de pôles (p = 1),
mais le calcul sera mené pour p quelconque. Dans ces conditions,
l’enroulement occupe un arc angulaire π/p.
On évalue l’influence électromagnétique des enroulements en déterminant la
force électromotrice vS(t) induite par ce champ dans cet enroulement
statorique à NS spires. L’entrefer d’épaisseur e est très faible vis-à-vis du
rayon intérieur du stator R, si bien que le rotor de longueur l a même rayon.
Détermination de l’expression du flux φS(t) sous un pôle
Le flux sous un pôle est obtenu en parcourant l’arc polaire :
D’où l’expression du flux sous un pôle :
Expression de la tension statorique induite vS(t)
En considérant le flux φS(t) du champ tournant à travers l’enroulement, la
loi de Faraday
permet d’écrire :
Conclusion
La force électromotrice statorique induite par le champ tournant
est une tension sinusoïdale :
IV.1.2. Tension induite au rotor par le champ tournant
On détermine maintenant la force électromotrice vr(t) induite par le champ
dans un enroulement rotorique supposé ponctuel de Nr spires.
En considérant la variation du flux φr(t) du champ tournant à
travers l’enroulement, grâce à la loi de Faraday la tension vr(t)
s’écrit :
La seule différence par rapport au calcul précédent provient du fait que
le rotor tourne à la pulsation Ωr.
En conséquence, relativement au rotor, le champ tourne donc à une
pulsation (Ωs – Ωr).
Expression du champ rotorique
En intégrant sous un pôle rotorique , on obtient l’expression du flux :
Que l’on ramène à la vitesse du champ tournant :
On voit apparaître le coefficient :
Cette grandeur permet d’exprimer les grandeurs rotoriques en
déplaçant la fréquence des phénomènes comme s’il s’agissait d’un
changement de repère.
En prenant à la pulsation du réseau d’alimentation, on obtient alors
l’expression finale du champ rotorique :
Expression de vr(t)
Le calcul est identique au cas précédent, en remplaçant Ns par
Nr.
Conclusion
La force électromotrice induite par le champ tournant dans un
enroulement rotorique est une tension sinusoïdale :
IV.1.3. Rapport de transformation en tension (et en fréquence)
IV.2. Schéma équivalent par phase de la machine asynchrone réelle
La vision d’une phase statorique de la MAS, décrite au paragraphe
§II.1.3, précisait le fonctionnement d’une MAS parfaite basé sur un
transformateur parfait.
Les informations relatives au transformateur, et en particulier ses
imperfections, permettent d’établir le schéma équivalent électrique
de la MAS réelle présenté à la Figure 4.
La connaissance du transformateur associé aux informations
établies précédemment permettent de décrire plus précisément
les différents éléments du schéma équivalent :
• La résistance Rμ symbolise les pertes fer dans le rotor de la MAS* ;
• L’inductance Lμ est l’inductance magnétisante du circuit
magnétique ;
• La résistance R1 est celle propre à chacun des enroulements
statoriques ;
• L’inductance L1 est celle des fuites des enroulements statoriques**.
• La résistance R2 est celle du circuit rotorique ;
• L’inductance L2 est celle des fuites magnétiques du circuit
rotorique*** ;
(*)Remarque 1
La présence de l’entrefer dans le circuit magnétique augmente notablement
sa réluctance. La valeur de l’inductance magnétisante diminue donc
nettement par rapport à celle d’un transformateur classique de puissance
équivalente. C’est la raison pour laquelle la réactance Xμ = Lμω est souvent
beaucoup plus faible que Rμ : on ne tient donc que rarement compte de
cette résistance Rμ (résistance considérée infinie vis à vis de Xμ).
Une autre manière de raisonner serait de réaliser l’hypothèse de Kapp
comme dans les transformateurs. En fait, cette méthode n’est pas aussi
juste car la diminution de Xμ tend à augmenter le courant magnétisant qui
crée donc une chute de tension dans R1 et L1 non nécessairement
négligeable face à la tension délivrée par le réseau d’alimentation.
(**)Remarque 2
Au stator, cette inductance rend compte des toutes les fuites
magnétiques : de l’enroulement statorique considéré (même indice),
mais aussi des autres enroulements (autres indices) par le biais des
inductances mutuelles. C’est pourquoi on la nomme « inductance
cyclique des fuites statoriques ». Ce type d’étude n’est pas
approfondi car signalé hors programme en classe de TSI.
En fait une analyse plus fine montrerait que l’inductance et la
résistance au stator n’ont qu’une influence infime sur le
comportement de la machine. En conséquence, R1 et L1 seront
désormais considérées nulles.
(***)Remarque 3
Au rotor, suivant une analyse similaire, l’inductance L2 est l’ «
inductance cyclique des fuites rotoriques ».
IV.3. Représentation des puissances : problème posé par la
puissance active
La modélisation précédente s’opérait sur une seule phase. On
conserve le même découpage pour la puissance : un tiers de la
puissance totale fournie à la machine par phase.
IV.3.1. Rapport de transformation en courant
Dans une machine parfaite, le théorème d’Ampère indique que le
champ d’excitation Hs créé par le stator est compensé à tout
instant par le champ rotorique Hr (comme pour un transformateur
parfait).
Or, ces champs sont directement proportionnels aux valeurs
efficaces des courants dans les enroulements et au nombre de
spires de ces enroulements (toujours le même théorème).
Il en résulte que :
Cette relation définit le rapport de transformation en courant :
Ce résultat complète les relations décrivant le transformateur équivalent
et peut prendre la forme synthétique de la Figure 5.
II.3.2. Modélisation de la puissance active
Parallèle avec le transformateur parfait
Contrairement au transformateur parfait, on constate que le rapport de
transformation de la machine parfaite en tension (g⋅m) et celui en
courant (1/m) ne sont pas inverses l’un de l’autre.
En d’autres termes, et conformément à la manière d’introduire les
différents rapports de transformation dans un transformateur parfait, il
n’y a pas échange total d’énergie sous forme électrique entre le «
primaire » (stator) et le « secondaire » (rotor) de la MAS. Il reste à
établir où se localise cette « puissance égarée ».
Transfert électrique
Le raisonnement est adapté en ayant recours à la puissance fournie par le
stator (le primaire du transformateur parfait), nommée aussi puissance
transmise au rotor Ptr :
Au rotor (le secondaire), la puissance active (dû à l’effet Joule
dans R2) est :
Au rotor (le secondaire), la puissance active (dû à l’effet Joule
dans R2) est :
Or le transformateur est parfait, il ne déphase donc aucune grandeur. Les
déphasages rotoriques et statoriques sont identiques. On note alors ϕ ce
déphasage.
Un rapide développement permet d’écrire :
On en conclut que toute la puissance électrique active au stator
n’est pas transmise au rotor par ce transformateur si particulier.
Puissance électromagnétique
La différence entre la puissance au stator et celle au rotor
traduit le déséquilibre du bilan des puissances.
Cette différence est la puissance électromagnétique
celle qui anime mécaniquement le rotor et la charge.
II.4. Évolution du schéma équivalent
Le schéma équivalent précédent ne peut modéliser le transfert en
puissance car aucun élément électrique ne lui correspond. Il faut
donc modifier la localisation des puissance comme montre la
Figure 6 pour traduire les transferts.
Puisque les puissances mises en jeu sont actives, elles seront
représentées par des résistances parcourues par le courant I2 :
• R2 pour Pjr ;
• Rem pour Pem.
Les relations sur les puissances permettent d’exprimer Rem :
Ceci conduit au nouveau schéma équivalent de la partie secondaire de la
MAS représenté à la Figure 7. On remarque alors que la résistance
équivalente au secondaire R2/g représente toute la puissance active
secondaire, c'est-à-dire la puissance transmise au rotor Ptr (le transfert
est total).
IV.5. Dernière évolution : schéma équivalent sans transformateur
Le modèle électrique précédent règle le problème de la puissance.
Cependant, les fréquences au primaire f et au secondaire fr sont
différentes. Pour simplifier l’étude, il serait appréciable de
transformer le schéma équivalent pour qu’il ne comporte qu’une
seule fréquence (celle du stator) tout en rendant compte de toutes
les puissances actives de la machine.
Puisque le schéma équivalent précédent fait appel à un transformateur,
on peut envisager de ramener toutes les grandeurs rotoriques
(secondaires) au stator (primaire). Il ne subsistera qu’un modèle
global vu du stator.
Côté stator
Rμ et Lμ sont inchangées par rapport au schéma précédent.
Transfert de R2/g (ou R2 et Rem simultanément) et L2
Comme pour un transformateur, pour passer au primaire,
l’impédance secondaire est divisée par
le carré du rapport de transformation en courant m, donc :
Ce résultat permet de présenter à la Figure 8 le nouveau schéma équivalent
sans transformateur. C’est aussi l’occasion de préciser la localisation des
différentes puissances actives dans la machine.
IV.6. Bilan des puissances actives
La connaissance des différentes puissances actives d’origine tant
électrique, magnétique que mécanique permet de tracer le bilan des
puissances sur la forme de l’arbre de la Figure 9.
V. Expression et étude du couple électromagnétique
Après avoir mis en place les puissances transitant du stator au rotor,
grâce à la puissance électromagnétique Pem, il est maintenant
possible de s’intéresser au lien entre les grandeurs électriques et
mécaniques mises en jeu dans la MAS. Ce travail nous permettra
d’établir l’expression du couple électromagnétique développé par la
machine.
V.1. Vision « mécanicienne » : puissances et grandeurs mécaniques
Les puissances mises en jeu dans la machine peuvent s’exprimer
directement avec les grandeurs mécaniques : le couple
électromagnétique Cem, la vitesse de rotation du champ tournant Ωs,
celle du rotor Ωr et le glissement g. Le seul recours au schéma
équivalent de la Figure 7 est suffisant.
Puissance transmise au rotor Ptr
C’est ce qu’apporte « mécaniquement » le champ tournant :
Puissance électromagnétique Pem
C’est la différence « mécanique » des puissances :
Mais cette puissance anime le rotor :
V.2. Vision « électricienne » : expression du couple
Pour établir l’expression du couple électromagnétique utilisant toutes
les grandeurs électriques, le schéma équivalent électrique le plus
complet est nécessaire, celui de la Figure 8.
De manière équivalente, la puissance électromagnétique est
dissipée par la résistance R’em parcourue par le courant I2 :
V.3. Étude de la caractéristique de couple
L’étude de la fonction représentant le couple électromagnétique permet
le tracé de la caractéristique de couple et l’évaluation de certaines
propriétés de la MAS.
III.3.1. Couple fonction du glissement : Cem(g)
Le couple est une fonction impaire, si bien que la caractéristique
présente une symétrie par rapport à l’origine.
Position et valeur du maximum
La caractéristique de couple passe par un maximum Cmax pour g =
gmax.
Ce qui conduit à :
On remarquera que Cmax est essentiellement influencé par la
tension statorique et par l’inductance rotorique, tandis que gmax
ne dépend que du rotor : c’est la cotangente de l’impédance
rotorique.
V.3.2. Couple fonction de la vitesse rotorique : Cem(Ωr)
Le tracé de cette caractéristique couple/vitesse se déduit aisément du
tracé précédent par transformations géométriques : une translation
de Ωs et une symétrie d’axe OΩr pour le signe moins.
V.3.3. Comportement au démarrage
L’examen de la caractéristique de la Figure 11 montre le couple de
démarrage Cd est moins important que le couple maximal Cmax. Par
rapport à la MCC, c’est un élément défavorable à l’usage de la MAS
pour les applications de traction. Cependant l’association d’un
variateur adapté permet de corriger ce problème.
De plus, à l’instant du démarrage (g = 1), la résistance R’2/g est minimale.
Elle est d’autant plus faible que l’on a intérêt à minimiser la
résistance rotorique d’une machine asynchrone pour limiter la
variation de vitesse en charge. Par conséquent, le courant d’appel Id
est très important : jusqu’à plus de 10 fois le courant nominal. Ceci
entraîne d’importantes perturbations en ligne qui nécessitent un
surdimensionnement ou une adaptation des appareils de protection
(ils sont temporisés pour n’intervenir qu’une fois le démarrage
terminé).
Pour diminuer le courant au démarrage, on utilise des rotors à double
cage ou à encoches profondes. Au démarrage, la fréquence des
grandeurs rotoriques est proche de celle du réseau. Assujetti à l’effet
de peau, ces courants circulent sur la périphérie des conducteurs,
réduisant la surface de conduction pour augmenter la résistance
rotorique : l’amplitude de ces courants est diminuée. Avec la montée
en vitesse, la fréquence rotorique diminue ainsi que la résistance
rotorique équivalente : le courant s’établit progressivement à sa
En conséquence, un dispositif de démarrage aura pour objectif de limiter Id
tout en maintenant un couple Cd suffisant pour assurer un démarrage en
charge : les procédés de variations de vitesse aideront à ajuster Cmax au
démarrage.
V.3.4. Au-delà du synchronisme : fonctionnement en génératrice
hypersynchrone
Si la vitesse devient supérieure au synchronisme —en pratique, cela
s’obtient lorsque la MAS est entraînée— on observe que le couple
change de signe. La puissance fournie à la MAS devient donc
négative, ce qui signifie qu’elle fournit de la puissance au réseau :
c’est un fonctionnement en génératrice hypersynchrone ou par
certains aspects du freinage.
Dans ce mode de fonctionnement, la MAS a un comportement
analogue à un pont redresseur PD2 tout-thyristors fonctionnant en
onduleur assisté. Du point de vue énergétique, elle est capable de
délivrer de la puissance active à un réseau triphasé. Toutefois ce
dernier doit exister puisqu’il doit fournir la puissance réactive
nécessaire à la création du champ tournant de la machine.
V.3.5. Conclusion
Par rapport à une machine à courant continu, la machine asynchrone
dispose d’un couple au
démarrage relativement faible, d’autant plus que la résistance rotorique est
faible.
Par contre, dans sa zone utile, la forte pente présentée par cette
caractéristique permet à la vitesse de la MAS de varier très peu en
charge puisque cette zone est de faible largeur.
V.4. Facteurs modifiant la caractéristique de couple — Applications
V.4.1. Influence de la tension efficace statorique
V.4.1.1. Mise en évidence du comportement
Dans le cas d’une modification de la tension statorique Vs, la caractéristique de
couple est modifiée dans une proportion carrée comme le montre la Figure
12.
La modification de la tension efficace affecte légèrement le couple au
démarrage : plus la tension statorique est élevée, plus le couple au
démarrage Cd et le couple maximal Cmax augmentent.
Lors de l’entraînement d’une charge, le point de fonctionnement est
sensiblement affecté par la modification de la tension statorique.
Cependant, ce procédé ne constitue pas un mode d’action performant
sur la vitesse. Il sera juste rappelé dans le document « Machine
asynchrone triphasée : pilotage à vitesse variable ».
Le couple maximal évolue proportionnellement au carré de la tension.
Il apparaît toujours à la même vitesse de rotation qui insensible à la
tension statorique.
V.4.1.2. Applications au démarrage
V.[Link]. Démarrage étoile-triangle
La modification du comportement de la MAS sous l’action de la tension
statorique était très utilisé pour assurer le démarrage avant
l’avènement de l’électronique de puissance. Il consiste à alimenter la
machine en étoile pendant une durée fixée avant de basculer sur un
couplage triangle. Il constitue un moyen simple et peu coûteux de
diminuer le courant de ligne, mais limité aux seules machines
couplées en triangle pour obtenir le point de fonctionnement nominal.
Ce mode de démarrage est utilisé tantôt pour les machines démarrant
sous une charge faible, tantôt pour celles possédant un couple au
démarrage élevé (MAS à cage résistive ou à encoches profondes).
V.[Link]. Démarrage par gradateur
Une autre solution technologique utilise l’électronique de puissance. Elle
emploi un gradateur triphasé qui permet de faire varier la tension efficace
délivrée à la MAS pour la démarrer progressivement (Figure 13).
L’inconvénient majeur d’un tel dispositif est l’introduction d’harmoniques
dues au découpage des tensions et courants (chronogrammes de la
Figure 14). Celles-ci polluent et perturbent le réseau d’alimentation en
conduisant à un mauvais facteur de puissance lors d’une utilisation
permanente. Puisque l’usage apparaît au démarrage, ce n’est
heureusement pas le cas !
Remarque :
Pour atténuer les harmoniques indésirables, on utilise des filtres sélectifs
accordés sur chaque harmonique à éliminer.
V.4.2. Influence de la résistance rotorique
La modification de la résistance rotorique totale (par insertion de
résistances en série dans le circuit rotorique) déplace le glissement gmax.
La caractéristique de couple s’en trouve affectée conformément à la
Figure 15 (une sorte de dilatation suivant les vitesse négatives).
La détermination du couple au démarrage Cd :
permet de montrer que lorsque R’2 augmente, le couple de
démarrage passe par le maximum Cmax puis décroît
progressivement.
De plus, une augmentation de R’2 permet de limiter le courant
d’appel, en augmentant l’impédance équivalente de la machine (Cf.
§III.3.3).
Cette méthode était utilisée pour démarrer les MAS à bagues par
élimination de résistances rotoriques).