Premiere Partie - L'Approche Par Projet: 1. Les Projets Dans Le Processus de Developpement
Premiere Partie - L'Approche Par Projet: 1. Les Projets Dans Le Processus de Developpement
On peut citer beaucoup d'exemples de différents projets répondant à cette définition générale et
ayant chacun un type d'organisation différent; mais tous comportent les mêmes parties ou
phases fondamentales entre le moment où naît l'idée du projet et celui où il est terminé. Ces
phases s'articulent et se succèdent dans ce que l'on appelle le cycle du projet.
Les projets peuvent émaner de nombreuses sources. Ils peuvent être inspirés par une étude
sectorielle ou compris dans celle-ci et repris dans le plan de développement sectoriel; ils
peuvent être le résultat d'une mission de programmation exécutée par un organisme extérieur
d'aide, ils peuvent être le prolongement d'un projet antérieur; l'idée du projet peut naître dans
une administration nationale ou un organisme d'aide extérieure; ce peut aussi être une initiative
commerciale, etc.
Quelle que soit l'origine du projet, il est essentiel que les responsables de la planification
sectorielle et ceux de la préparation des projets ne perdent jamais de vue la nécessité de bien
intégrer les projets dans le processus de planification, sous peine de graves difficultés,
notamment:
gaspillage des ressources naturelles si les projets ne répondent pas à des besoins réels;
manque de ressources pour assurer la continuité de projets financés par des donateurs, et
qui avaient été acceptés à l'origine pour soulager dans l'immédiat les budgets des
ministères;
Beaucoup des faiblesses qui apparaissent lors de la mise en oeuvre des projets doivent être
attribuées à une mauvaise formulation et notamment au fait que les idées de projet ne sont pas
systématiquement intégrées dans la trame économique et institutionnelle du secteur concerné.
Une bonne formulation commence donc au stade de la planification sectorielle. La clé d'une
bonne planification sectorielle est l'étude sectorielle.
L'étude sectorielle, dans laquelle sont intégrés les objectifs nationaux et sectoriels, se compose
de deux parties, à savoir: (i) l'examen sectoriel. qui est un bilan du secteur et (ii) l'analyse
sectorielle, ou diagnostic. L'examen sectoriel consiste à présenter une description du secteur de
telle sorte que l'analyse en découle. L'analyse consiste à identifier les domaines importants pour
le développement qui se dégagent de l'examen et à indiquer les possibilités, les contraintes et
les questions de politique générale à résoudre. Entre autres résultats, l'étude sectorielle peut
amener à réviser tout ou partie des objectifs sectoriels fixés à l'échelon national. Ainsi, l'étude
aboutit notamment à donner une expression chiffrée, réaliste et concrète des objectifs sectoriels.
Les objectifs doivent être intégrés dans des plans. Il existe pour cela une méthodologie
généralement acceptée, mais la terminologie est souvent confuse. Ainsi, on dit souvent stratégie
pour politique et vice-versa; parfois, les planificateurs confondent la teneur des stratégies avec
celle des politiques ou en font des objectifs en soi.
La stratégie est le principal document de planification. Dans certains cas, il convient d'adopter
une stratégie unique pour le secteur aquacole d'un pays. Mais quand ce secteur est divisé en
parties bien distinctes dont chacune a son importance (par exemple crevettes de mer et algues),
ou s'il intéresse des zones géographiques ou climatiques très différenciées (par exemple zones
d'altitude très arrosées et plaines côtières sèches), il peut être nécessaire de diversifier les
approches et les initiatives de développement et d'adopter une stratégie distincte pour chaque
sous-secteur, comme le montre l'exemple ci-après.
Dans le pays X, un des objectifs nationaux est d'améliorer la production des pêches
continentales. Il est prévu pour cela d'appliquer une stratégie unique englobant le
développement de l'aquaculture et celui des pêches continentales proprement dites.
Cette stratégie comprend trois volets correspondant chacun à une politique, à
savoir: (i) enrichissement des pêcheries grâce à l'aquaculture; (ii) promotion des
petites piscicultures; (iii) amélioration des pêches de capture. Ces politiques se
concrétisent au moyen d'instruments tels que (a) modifications de la législation, (b)
mise en place de services de soutien et (c) projets. La politique d'amélioration des
pêcheries par l'aquaculture fait appel à deux instruments, à savoir les projets et les
mesures de soutien de l'Etat. Les projets peuvent être de divers types: construction
d'écloseries, empoissonnement de certaines eaux intérieures, amélioration des sites
de débarquement et, fourniture de crédit; les services de soutien officiels
comprennent des programmes d'aménagement et des services de vulgarisation
améliorés et ciblés principalement sur les petits pisciculteurs. D'autres politiques
utilisant certains instruments sont formulées pour la petite pisciculture et les pêches
de capture en eaux intérieures.
Dans une situation telle que celle qui est décrite ci-dessus, l'objectif d'améliorer la production
des pêches continentales est d'abord traduit en un certain nombre de buts chiffrés (production
des pêches continentales, pisciculture artisanale, pêche de capture en eaux intérieures). Les
moyens appliqués pour atteindre ces buts sont (i) la stratégie, (ii) les politiques, (iii) les
instruments des politiques.
Il importe aussi de noter que les projets du secteur public ne sont qu'un élément du processus
de développement. Les mesures très diverses auxquelles les gouvernements peuvent avoir
recours en vue de stimuler l'investissement privé pour compléter les investissements publics
sont tout aussi importantes et peut-être même plus.
Les stratégies sectorielles, les politiques et leurs instruments sont donc les principaux éléments
du plan sectoriel. Celui-ci définit les apports nécessaires pour obtenir les produits attendus et
assurer la gestion de ces apports. Ainsi, pour la politique de pisciculture artisanale dont il est
question ci-dessus, le plan peut consister en une déclaration d'objectifs pour l'élevage en étang
de tilapia et de poissons-chats pendant les cinq prochaines années, complétée par un tableau
des superficies exploitées, des besoins de terre, de main-d'oeuvre et de capital, ainsi que de
recherche, formation, etc. indiquant en particulier qui doit faire quoi, et quand.
Comme on l'a déjà indiqué, une caractéristique essentielle des projets est qu'ils ont une date
précise de début et de fin. Entre ces deux dates se situent la phase de développement, au cours
de laquelle démarrent les nouvelles activités, la phase opérationnelle, au cours de laquelle ces
activités se déroulent au rythme de croisière, ou à un rythme aussi proche que possible du
rythme de croisière, et enfin la phase d'achèvement, qui comprend une évaluation des résultats
du projet. Ainsi, un projet entrepris dans le cadre de la politique de pisciculture artisanale peut en
être à une deuxième phase de développement dans la région A (augmentation de 25 % de la
production au moyen d'une extension de la superficie exploitée, qui passerait de 400 à 500 ha);
ou bien il peut viser à introduire la pisciculture artisanale sur 500 ha dans la région B, en
prévoyant le même rendement moyen que dans la région A.
La complexité de l'organisation des projets varie en raison directe de leur taille et de la diversité
des activités qu'ils comportent. Indépendamment de ces facteurs, deux options sont possibles:
Option B: le promoteur n'a pas les capacités nécessaires pour la formulation et l'exécution des
projets et doit donc déléguer les responsabilités à une société ou un organisme compétent.
L'organisme de parrainage peut assumer toute la responsabilité de la gestion quand il s'agit par
exemple d'un ministère ou d'une société privée disposant de ses propres services d'études
techniques et d'enquête et ses propres unités de construction et de gestion opérationnelle, ayant
l'expérience des projets du type de celui qui est envisagé. Le projet peut alors être intégré dans
son organisation et ses opérations administratives ordinaires. C'est souvent le cas dans le
secteur agricole, où les offices de développement publics ou semi-publics ou les autorités para-
étatiques peuvent avoir ces capacités, mais cela est encore exceptionnel dans le secteur de
l'aquaculture.
Dans ce secteur, il est plus fréquent que ces responsabilités soient partiellement déléguées. Il se
peut en effet que le promoteur soit en mesure d'assurer la formulation, l'exécution et les
opérations d'un projet, mais n'ait pas les connaissances techniques spécialisées nécessaires. Il
achète ces connaissances en s'adressant à des experts-conseil indépendants ou à des bureaux
d'études, et fait exécuter sous contrat les études techniques et autres travaux spécialisés. En tel
cas, les consultants se contentent de donner des avis techniques et les entrepreneurs
d'exécuter leur contrat. Toutes les décisions importantes et les responsabilités administratives
restent du ressort du promoteur. Beaucoup de projets d'équipement du secteur privé et la plupart
des projets d'assistance financés par des organismes internationaux entrent dans cette
catégorie.
Une équipe spéciale de projet, créée au sein de l'organisme de parrainage, est la solution
classique pour les grands projets de développement du secteur public ou les investissements du
secteur privé dans de nouveaux domaines d'activité. L'équipe spéciale est constituée pendant la
formulation du projet, ou au début de l'exécution, avec du personnel déjà en place, qui est
affecté au projet pour toute sa durée, et le complément nécessaire de personnel recruté à
l'extérieur. Elle a généralement pour fonction de s'occuper des appels d'offres nationaux ou
internationaux pour des ensembles complets d'activités: études techniques, direction des
travaux de construction, transfert de technologie, etc. Quand il s'agit de projets du secteur
public, il faut en général respecter des règles administratives particulières pour assurer que les
fonctions de suivi, de gestion et d'opérations soient indépendantes les unes des autres.
Beaucoup d'organismes internationaux d'assistance distinguent cinq stades dans le cycle des
projets: identification, préparation, appréciation et accord de projet, exécution, suivi et
évaluation. Ces stades sont représentés dans le schéma ci-après (figure 1).
Lors de l'identification, l'idée de projet débouche sur une description préliminaire. Le mandat de
l'équipe de reconnaissance est établi, la situation existante est analysée, on procède à une
évaluation prospective de la situation “avec” et “sans” le projet et des propositions sont faites au
sujet de l'étendue et des limites du projet. Différentes approches sont identifiées, et on détermine
l'option à retenir pour la préparation du projet.
La préparation du projet est le stade de la conception: définition des objectifs, des conditions
préalables, des apports et des résultats attendus, de l'organisation, des autorisations
nécessaires, calcul des coûts et des recettes, établissement du plan financier, analyse des
résultats attendus, évaluation de l'impact socio-économique et écologique, établissement des
documents de projet provisoire et définitif.
Figure 1 Représentation graphique du cycle du projet - d'après “Guide for Training in the
Formulation of Agricultural and Rural Investment Projects”, FAO, 1986
Lors de l'appréciation du projet et de l'accord, des documents d'appréciation sont établis sur la
base des documents du projet et il y a ensuite toute une série de réunions d'appréciation, de
procédures d'autorisation et de négociations financières après quoi le projet est prêt pour la
conclusion d'un accord et le démarrage, éventuellement à la suite de révisions et d'adaptations
du calendrier, des coûts, des objectifs et du financement.
Lors de l'exécution, la direction du projet et les filières hiérarchiques sont mises en place et
diverses procédures d'exécution sont établies. Tout au long de l'exécution, le projet est suivi et
éventuellement révisé et adapté en fonction des événements imprévus; finalement, le projet est
achevé.
L'évaluation du projet est faite dans des délais appropriés après l'achèvement; elle consiste à
faire un bilan du point de vue des objectifs, de l'exécution et des avantages résultant du projet.
Cette évaluation peut déboucher sur la prolongation du projet, sur l'identification d'un nouveau
projet et, éventuellement, inspirer une révision des méthodes applicables à la formulation des
projets comparables. D'autres types d'évaluation peuvent avoir lieu plus tôt dans le cycle. Ainsi,
il arrive souvent que le Centre d'investissement de la FAO établisse un rapport (Project
Completion Report ou PCR) sur les projets qu'il a formulés. Ce rapport, généralement établi
pendant l'exécution du projet, a pour objet d'identifier les problèmes qui se posent et qui auraient
pu être prévus lors de la conception du projet. En particulier dans le cas des projets
d'assistance, beaucoup d'organismes donateurs effectuent des examens à mi-parcours qui
peuvent entraîner des modifications des projets.
L'idée de projet
A l'origine de tous les projets, il y a une idée de projet. Dès lors qu'une personne ou une
organisation a une idée raisonnablement cohérente d'une possibilité d'investir de l'argent et
d'autres ressources, on peut dire qu'il y a une idée de projet. Celle-ci peut trouver son
expression dans les plans nationaux de développement sectoriel, dans les rapports des
missions de programmation des organismes donateurs, dans la tête d'un entrepreneur ou d'un
agriculteur ou dans la stratégie de développement d'une société privée. Lorsqu'une idée de
projet émane d'un entrepreneur ou d'une société, ceux-ci disposent en général des ressources
financières nécessaires pour poursuivre les enquêtes préliminaires. Dans les autres cas, il faut
en général, pour pouvoir donner suite à l'idée, convaincre les institutions financières de sa
validité. Malheureusement, les interessés manquent souvent d'expérience en matière de
planification des projets d'aquaculture.
Une idée de projet peut être inspirée par un travail de recherche et par l'analyse d'une
documentation importante et une bonne connaissance des activités aquacoles existant dans la
zone envisagée pour le projet. Par exemple, une société sucrière possédant des terres proches
d'un plan d'eau et dont elle n'a plus besoin pour ses plantations de canne, peut décider, après
recherche, d'examiner la possibilité de les valoriser par l'aquaculture. Mais il arrive aussi que
l'idée de projet ne soit pas inspirée par les conditions locales et ne soit liée à aucune espèce
déterminée ni à aucun emplacement géographique. Par exemple, une société vendant des
produits de la mer peut vouloir s'assurer des approvisionnements de poissons de valeur par un
investissement dans la pisciculture, sans savoir encore ni où ni dans quelles conditions investir
pour optimiser ses bénéfices.
Quelles que soient les conditions, s'il est décidé de donner suite à l'idée et de formuler un projet,
celui-ci doit passer par les trois premiers stades du cycle décrit au chapitre l, à savoir
identification, préparation et appréciation.
Les trois stades du cycle des projets se succèdent, mais la démarcation entre les diverses
activités peut se faire de bien des façons différentes. On peut distinguer des phases, elles-
mêmes composées d'étapes. Phases et étapes peuvent, dans une certaine mesure, se
chevaucher. Chaque étape comprend une ou plusieurs tâches.
Le cadre de formulation proposé ci-après est inspiré de celui qui figure dans le Guide de la FAO
pour la formation à la formulation des projets d'investissement agricole et rural.
Ce cadre diffère d'un modèle couramment présenté dans lequel les organismes donateurs
confient généralement l'appréciation non pas à l'équipe chargée de la formulation du projet mais
à un groupe différent, souvent dirigé par un de leurs fonctionnaires. Mais en dehors du système
d'aide publique au développement, il est habituel que l'équipe chargée de la formulation du
projet poursuive son travail jusqu'à la signature de l'accord. Dans cette formule, l'appréciation du
projet et les négociations sont intégrées dans le processus de formulation.
Les phases, les étapes et les produits du processus de formulation des projets sont représentés
dans la figure 3 et décrits dans les sections qui suivent. La présentation de la formulation des
projets proposée ici s'inspire aussi du Guide de la FAO.
Cette première phase comprend toutes les activités nécessaires à la préparation d'une bonne
formulation. Elle s'articule en deux étapes:
La deuxième phase comprend toutes les activités nécessaires à la définition des objectifs du
projet, l'identification et l'examen des options possibles pour atteindre ces objectifs, l'évaluation
préliminaire du contenu du projet et de ses effets probables. Elle comprend normalement quatre
étapes, à savoir:
Figure 2 Les phases de la formulation du projet et les stades du project - d' aprés “Guide for
Training in the Formulation of Agricultural and Rural Investment Projects”, FAO, 1986
C'est avec cette phase que commence normalement le stade de préparation formelle du projet.
Elle comprend en général cinq étapes, à savoir:
Etape 8 - définition plus précise des objectifs, immédiats et à plus long terme et des critères de
conception du projet;
Etape 9 - conception de diverses composantes du projet;
Etape 11 - estimation du coût et des recettes du projet et première proposition pour son
financement.
Le produit de cette phase est une description et un devis complets du projet, ainsi qu'une
proposition de plan de financement.
Dans les projets d'assistance extérieure, cette phase ne donne généralement pas lieu à un
rapport séparé. Dans le secteur privé, le rapport qui parfois est établi à ce stade s'appelle en
général “étude de faisabilité”.
La quatrième phase contient toutes les activités nécessaires à l'évaluation des résultats du
projet (produits, effets et impact sur le secteur et éventuellement sur les autres secteurs). Elle a
généralement pour point de départ le rapport de conception du projet, qui constitue la base de
l'analyse.
Le produit de cette phase est la détermination des effets et des impacts du projet.
La cinquième phase comprend toutes les activités nécessaires à la préparation d'un document
de projet, définitif, comprenant la conception du projet et les analyses pertinentes.
Les activités de la première phase peuvent être groupées en une seule étape, à savoir:
Dans les projets financés par une assistance extérieure, le travail de l'équipe de formulation est
généralement achevé à la fin de cette phase. Au contraire, dans le secteur privé, la participation
des membres de l'équipe peut être utile pendant la phase de négociation du projet, surtout
lorsque plusieurs organismes de financement interviennent ou si des ajustements du projet se
révèlent nécessaires lors des négociations.
Les activités sont groupées dans une seule grande étape, à savoir:
Le produit est un projet prêt à être exécuté, avec une administration appropriée et les
engagements financiers nécessaires.
L'exécution comprend plusieurs phases dont chacune se compose d'un certain nombre
d'étapes. Mais les projets peuvent être très différents les uns des autres et le processus décrit ci-
après est une présentation générale.
Pour faciliter les références, les phases sont numérotées à la suite des phases de la formulation.
Phases du projet
Phase XI: Rythme de croisière des opérations et réalisation des buts du projet
Tous les projets n'ont pas toutes les phases et toutes les phases ne sont pas toujours
complètes. Par exemple, pour un projet de production et de commercialisation de moules
comprenant quatre composantes (étude de marché pour l'écoulement de la nouvelle production,
services de vulgarisation pour les nouveaux mytiliculteurs, programme de crédit et gestion du
projet), cinq phases seraient suffisantes. En tel cas, il n'y a pas de Phase IX et la Phase VIII
(enquêtes et études techniques) ne comprend que l'étude de marché, car aucune étude
technique n'est nécessaire. La durée de ces phases et leur place dans l'exécution du projet
peuvent varier. Ainsi la gestion du projet doit commencer au début du projet et s'achever à sa fin
tandis que l'étude du marché peut être achevée tôt dans le calendrier du projet.
Cette phase démarre dès la signature de l'accord de projet. Les principales étapes sont les
suivantes:
recrutement du Chef de projet et de ses assistants, ainsi que des Chef et assistants de
chaque composante;
établissement d'un bureau de gestion du projet et (le cas échéant) de bureaux pour les
composantes, et équipement de ces bureaux;
recrutement de consultants pour le projet et (le cas échéant) des consultants nécessaires
pour les composantes;
Cette phase est terminée dès que le dernier recrutement a été effectué.
La phase suivante, qui comprend les enquêtes et les études techniques nécessaires au projet,
démarre dès que le bureau de gestion du projet est opérationnel. Selon le calendrier et les
caractéristiques des composantes, une partie des enquêtes et des études techniques peut être
différée (jusqu'au début de la composante à laquelle ils se rattachent) ou se réduire uniquement
à des enquêtes (si aucune étude technique n'est nécessaire comme c'est le cas dans une
composante de commercialisation) ou même être complètement omises (par exemple, aucune
enquête n'est nécessaire pour une composante de formation dont toutes les caractéristiques ont
été entièrement définies lors de la formulation du projet).
Cette phase prend fin lorsque le dernier document (projet de construction, appels d'offres ou
listes d'achats) est achevé et approuvé.
Cette phase commence dès que le premier dossier d'appel d'offres ou d'achats a été approuvé.
Cette phase prend fin lorsque la dernière construction ou livraison a été effectuée ou reçue et
acceptée et que les conditions de garantie sont satisfaites. Pour les constructions, cela implique
en général un délai d'une année entière après la fin des travaux.
Cette phase prend fin lorsque tous les objectifs des opérations de terrain ont été réalisés dans le
respect des normes minimums prévues.
PHASE XI: Rythme de croisière des opérations de terrain et réalisation des buts du projet
Cette phase commence lorsque les activités de démarrage sont achevées et que la direction
peut s'occuper des grandes priorités du projet, par exemple vente du produit des nouveaux
étangs, ou amélioration du fonctionnement des composantes du projet.
C'est la dernière phase. Elle chevauche la précédente et commence quand tous les buts ont été
atteints ou que les fonds sont épuisés.
suivi du projet, et
réaffectation du personnel.
Cette phase s'achéve lorsque la dernière structure administrative du projet a fermé et que le
personnel a été dispersé.
Problèmes possibles
Les problèmes rencontrés varient d'un projet à l'autre mais on peut les classer dans des
catégories ou domaines bien définis.
Problèmes institutionnels: de tels problèmes peuvent surgir lorsque les pouvoirs, les
responsabilités ou les relations de travail ne sont pas bien définies; il faut qu'il existe des filières
de communication formelles entre l'équipe du projet et les unités organisationnelles, que ces
filières soient respectées et que les pouvoirs de décision soient attribués de façon rationnelle.
Ainsi, s'il est difficile d'obtenir les terrains nécessaires à la construction d'étangs pour un grand
nombre de pisciculteurs, cela peut tenir à ce que l'on n'a pas affaire à l'organisation compétente,
à ce que la gestion et le personnel du projet laissent à désirer, à des difficultés d'achat ou à un
travail insuffisant de suivi et d'évaluation.
Problèmes sociaux: ces problèmes résultent d'une analyse insuffisante des aspects sociaux du
projet au cours de la formulation ou de modifications des équilibres sociaux ou de l'organisation
sociale intervenant pendant l'exécution. Par exemple, le groupe cible peut être rebuté par la
pisciculture ou juger qu'elle n'est pas rentable, et adopter trop lentement les techniques
préconisées par le projet, ou bien il peut y avoir la répartition des bénéfices peut-être inéquitable
du fait que, certaines piscicultures sont naturellement plus productives que d'autres.
D'autres problèmes peuvent être liés à la gestion et aux opérations du projet lui-même. Certains
peuvent être dus aux facteurs humains, par exemple quand un membre de l'équipe de gestion
tend à rendre insurmontables des difficultés mineures; ou bien il peut y avoir un cas de force
majeure.
Il appartient au chef de projet ou, pour les grands projets, au bureau de gestion du projet,
d'assurer le respect du calendrier du projet. Un bon suivi (Etape 10) facilite cette tâche. Dans un
petit projet, le Chef de projet assure lui-même le suivi, mais un grand projet peut justifier la
création d'un groupe spécial généralement appelé unité de suivi.
Il est particulièrement important de respecter le calendrier lorsque, comme c'est le plus souvent
le cas, les retards entraînent des accroissements de coûts. Il n'est pas facile de respecter les
délais. Dans une analyse des problèmes rencontrés au cours au cours de 70 projets de
développement ou d'investissement agricoles établis au cours des années 70, le Centre
d'investissement de la FAO signale que dans 80 % des projets, on avait observé des retards de
plus de six mois et dans 40 % des retards de plus de 20 mois1. Il n'existe pas d'étude de ce
genre sur les projets d'aquaculture mais il est extrêmement probable que ceux-ci subissent des
retards comparables.
Les retards d'exécution peuvent être dus à toute sorte de causes. Une des plus fréquentes est la
pression considérable qui s'exerce sur les équipes chargées de la formulation, surtout lorsqu'il
s'agit de projets commerciaux, pour les inciter à achever le projet à l'avance. Les équipes n'ont
souvent pas de moyens de résister aux directives d'un PDG ou d'un ministre. Par exemple,
lorsqu'avec les meilleures intentions du monde on cherche à achever un projet d'aquaculture à
temps pour le début du cycle de reproduction des poissons ou crustacés à élever (sous peine de
perdre toute l'année), l'équipe de formulation est tentée au stade de la préparation d'accélérer
les études techniques ou d'abréger la phase de préparation si le ministre ou le préfet promet que
le Ministère des travaux publics donnera la priorité à l'achat des équipements et matériels
nécessaires au projet. Mais en pratique, il est difficile et souvent imprudent de procéder ainsi
hâtivement. Conception et construction avancent à un rythme relativement uniforme qui est
pratiquement le même pour tous les projets d'un coût donné, à moins qu'ils ne soient
extrêmement complexes. Si l'on veut accélérer les temps sans affecter à ce travail des
ressources humaines et financières supplémentaires, les résultats sont toujours désastreux:
retards, dépassements de crédit, et souvent mésentente entre les partenaires.
Même quand les calendriers d'exécution prévus lors de la formulation sont raisonnables,
d'autres raisons peuvent entraîner des retards et des dépassements de crédits. Ainsi il arrive
très souvent que les emprunteurs ne puissent pas satisfaire les conditions exigées pour les
prêts.
Il peut être utile pour éviter ou résoudre les problèmes identifiés ci-dessus que les gestionnaires
connaissent bien les outils appropriés de gestion tels que l'analyse des tâches et, pour les
grands projets, l'analyse des réseaux.
4. DIFFERENTES FORMULATIONS POSSIBLES DES PROJETS
D'AQUACULTURE
Les trois sections précédentes donnent une introduction générale aux projets et aux grandes
lignes des processus et des parties constituantes de ces projets. Il a été indiqué
qu'indépendamment du type de projet, qu'il appartienne au secteur public ou au secteur privé,
les procédures sont analogues mais que, selon la nature du projet, certaines étapes et même
des phases tout entières peuvent être omises ou exécutées rapidement. En pratique, les projets
sont très différents les uns des autres et il faut tenir compte dans la formulation des facteurs
propres à chaque situation. La façon dont les méthodologies de formulation et d'exécution ont
été appliquées à trois projets d'aquaculture est présentée ci-après. Tous trois sont des projets du
secteur public financés par une assistance extérieure, mais ils sont de nature très différente.
Ce projet, comprenant une seule composante, a été développé et financé par la coopération
bilatérale; il visait à construire et exploiter une ferme piscicole de démonstration pour tester la
faisabilité de la crevetticulture dans un environnement spécifique.
Le projet a été identifié en 1980 à la suite d'une étude du potentiel aquacole de la côte
sénégalaise. L'étude a indiqué qu'il existe en Casamance des sites adaptés à la crevetticulture
de crevettes et que les températures ambiantes sont appropriées, mais on craignait que les
eaux de l'estuaire de la Casamance ne soient trop salées pendant l'estivage à la suite de la
sécheresse qui a sérvi dans le Sahel. Ces périodes d'hypersalinité, jointes aux variations
saisonnières de température, ont créé un modèle de variation de la salinité et de la température
dont on n'avait pas l'expérience dans d'autres zones de crevetticulture. De plus, il n'existait
aucune expérience de l'élevage des espèces locales de crevettes. D'où la nécessité tout d'abord
de déterminer si l'hypersalinité et les températures élevées créeraient un obstacle à la
crevetticulture et ensuite de comparer la productivité des espèces indigènes avec celles des
espèces importées pour lesquelles les techniques d'élevage sont connues.
Pour réduire le coût de l'équipement, les installations d'essai ont été limitées à 15 000 m2
d'étangs en terre. Il a été décidé de ne pas construire d'écloseries et d'utiliser des post-larves
importées et des juvéniles d'espèces indigènes sauvages.
Il a été décidé de prolonger les essais en utilisant les étangs existant déjà pour établir des stocks
de reproducteurs captifs et en construisant une petite écloserie et quatre nouveaux étangs d'un
hectare chacun. Cette extension, pour laquelle il a fallu allouer des fonds supplémentaires, a
comporté elle-même des phases de construction et achats et de démarrage des opérations de
terrain.
Enfin, en 1986–87, le projet était en mesure de produire l'essentiel des post-larves nécessaires.
Une production annuelle de 2 à 3 t à l'hectare pouvait être obtenue en deux cycles de production
par an, des espèces différentes étant utilisées pour chaque cycle. Toutefois, les objectifs n'ont
pas été atteints en ce qui concerne la ponte et les écloseries et, dans plusieurs étangs, il n'a pas
été possible de répéter les démonstrations.
A ce stade, l'assistance technique à plein temps a été supprimée et il a été mis fin au projet sans
que les phases rythme de croisière des opérations et de réalisation des objectifs aient été
atteintes.
Un deuxième projet a alors démarré sur la base d'une évaluation extérieure du premier. Ce
deuxième projet avait pour but de poursuivre l'exploitation des installations construites pendant
le premier afin d'étudier les moyens d'encourager l'investissement dans la crevetticulture des
crevettes dans la zone et, d'une façon générale, de développer le secteur.
Ce projet comprenant plusieurs composantes et financé par la Banque mondiale avait pour
objectif d'améliorer les rendements en crevettes grâce à une meilleure gestion de l'eau, à
l'introduction de nouvelles pratiques de production et à un programme de crédit à l'intention des
aquaculteurs.
Par son budget (plus de 36 millions de dollars EU) et par le nombre des bénéficiaires visés, ce
projet est l'un des plus grands qui aient été exécutés dans le sous-secteur de l'aquaculture. Il
s'adressait à de petits exploitants occupant 7 000 ha environ de basses terres côtières déjà
utilisées pour l'élevage des crevettes dans les districts de Cox's Bazar et du Khulna. Le projet a
assuré dans cette zone des services de vulgarisation et de crédit ainsi que des investissements
publics. Dans une autre zone de 2 500 ha, le projet n'a fourni que des services de vulgarisation
et de crédit. Il comprenait quatre composantes, à savoir:
b. Crédit: fourniture de crédit à moyen terme aux crevetticulteurs, aux commerçants, et aux
opérateurs d'écloseries pour financer les investissements dans la crevetticulture, le
matériel de commercialisation et les investissements privés dans les écloseries.
d. Assistance technique: services consultatifs pour aider l'Unité d'exécution du projet dans
ses activités d'exécution, de formation et de coordination; appui à la formation de
crevetticulteurs et bourses pour former des spécialistes et le personnel de l'Unité
d'exécution.
Le coût du projet a été estimé à 36,7 millions de dollars EU dont 60 % fournis par la Banque
mondiale, 12% par le Programme des Nations Unies pour le développement, 12% par le
Gouvernement du Bangladesh, 7 % conjointement par la Bangladesh Krishi Bank et par la
Sonali Bank, 5% par des investisseurs privés du Bangladesh et 4% par la Banque du
Bangladesh.
Il y avait plusieurs autres projets de pêche, d'aquaculture ou d'irrigation dans le pays; beaucoup
étaient déjà achevés (par exemple le projet de développement de l'aquaculture en eau douce,
financé par la Banque mondiale et le premier projet de développement de l'aquaculture financé
par la Banque asiatique de développement); d'autres étaient en cours (par exemple, les projets
de coopération technique bilatérale avec la France et la République fédérale d'Allemagne) ou au
stade des négociations et devaient commencer prochainement (par exemple, le deuxième projet
de développement de l'aquaculture financé par la Banque asiatique de développement). Ces
projets étaient essentiels au développement de ce secteur clef pour la production d'aliments
destinés au marché national et à l'exportation. Tous étaient particulièrement ciblés sur les ruraux
pauvres.
Malgré certains retards intervenus en 1990 et certains ajustements apportés au plan de travail,
le projet a d'une façon générale été conforme à la conception primitive.
Il s'agit d'un projet interrégional financé par la Communauté économique européenne et par les
pays de l'ANASE. Il visait à fournir une assistance technique ciblée sur la coopération
scientifique et la formation technique en aquaculture; il comportait le jumelage d'instituts
européens avec des instituts de la région de l'ANASE.
L'idée du projet remonte au début des années 80, le Comité de l'alimentation, de l'agriculture,
des forêts de l'ANASE ayant alors présenté une proposition à la CEE; la formation et la
négociation du projet ont été entreprises en 1985–86; un contrat a été passé pour la formulation
entre la CEE et un bureau d'études néerlandais lié à l'université. Ces travaux ont abouti à
l'approbation du projet en novembre 1986.
Les objectifs du projet ainsi formulé étaient les suivants: (a) renforcer les travaux de recherche
appliquée, de développement et de formation de certains instituts d'aquaculture des pays de
l'ANASE afin de contribuer à améliorer les capacités techniques dans la région; (b) développer
l'aquaculture dans la région afin d'améliorer la situation socio-économique des ruraux pauvres
grâce à l'accroissement des disponibilités de protéines animales, à l'augmentation des revenus
et à la création d'emplois; (c) optimiser l'utilisation des ressources marines, côtières et
continentales de l'ANASE pour l'aquaculture; (d) lancer une collaboration à long terme et des
échanges d'informations techniques entre pays de l'ANASE, et (e) établir des liens de
collaboration durables entre des instituts de la CEE et de l'ANASE qui s'occupent de
développement, de formation et de recherche dans le secteur aquacole.
Le projet, coordonné à partir de la Thaïlande, a une composante dans chacun des cinq pays de
l'ANASE; ces composantes sous-sectorielles sont en fait des programmes de travail communs
exécutés par les instituts jumelés de la CEE et de l'ANASE.
Outre la composante “gestion du projet”, les cinq composantes sous-sectorielles sont les
suivantes:
Philippines - améliorer la capacité des spécialistes de la formation des pays de l'ANASE dans le
secteur aquacole et développer des techniques d'aquaculture et la formation dans ce domaine.
Singapour - mettre au point des aliments pour les poissons de mer et transférer les technologies
de mariculture et les techniques après récolte.
Les instituts participants des pays de l'ANASE ont été désignés par leurs gouvernements, tandis
que dans la CEE, on a opté pour la procédure d'appels d'offres internationaux, distribués à une
longue liste d'instituts intéressés, dont les capacités ont été évaluées par un comité d'experts de
la CEE qui en ont sélectionné un petit nombre pour les diverses composantes.
Formation: stages de courte durée pour chaque composante, représentant au total 600
hommes/mois de formation, plus deux bourses de longue durée à l'étranger par
composante.
Même si le budget n'est pas particulièrement élevé (environ 11 millions de dollars EU) c'est un
grand projet par son assiette géographique (cinq pays de l'ANASE) et par le nombre d'instituts
participants (dix instituts de neuf pays).
En plus des avantages économiques, sociaux et techniques attendus pour le secteur aquacole
de la région, pour la plupart différés et indirects à cause de la nature même du projet, la
principale réalisation devrait être la création d'un cadre pour la collaboration interrégionale
future, les cinq paires d'instituts jumelés devant préparer le terrain à une future collaboration
entre la CEE et l'ANASE en coordination étroite avec d'autres institutions et avec des
programmes entrepris dans la région.